Tournée vers le futur - Le Mensuel de Rennes

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Tournée vers le futur - Le Mensuel de Rennes
p
a
c
é
Tournée vers le futur
Foncièrement rural, le cœur de Pacé est en passe de
devenir complètement urbain. Après Beausoleil, les
pelleteuses et les marteaux-piqueurs prendront le chemin
de la zone Rive ouest. Pacé la rurale trouvera-t-elle son
salut dans l’immensité de son territoire ?
Par Claire Staes
[email protected]
Photos Romain Joly
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Le Mensuel
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r
iche, fière et rurale. ces adjectifs résument l’image que Pacé
renvoie aux habitants de la
métropole. Pour l’historien local
claude Veillot, cette perception s’explique d’abord par l’histoire de la commune. « De tout temps, Pacé a
refusé de se laisser dicter sa conduite. » Anecdotes à l’appui, l’ancien adjoint à la communi-
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cation poursuit : « la révolution française avait
aboli les privilèges et notamment les foires. les
Pacéens n’ont pas tenu compte de l’interdiction gouvernementale. Ils ont maintenu celle
de la Foucherais dans la clandestinité ! En 1870,
la commune s’est opposée à l’arrivée du train.
Du coup, c’est romillé qui en a profité. Plus tard,
Pacé n’a pas souhaité être intégrée au réseau de
transports routiers du district… » De nombreux
Ci-contre. Aujourd'hui, le développement de la commune
se fait au détriment de l'agriculture qui demeure un
élément fort de l'économie pacéenne.
Ci-dessus. A Pacé, les commerçants du centrebourg ne se plaignent pas : les affaires marchent
bien ! symbole de cette prospérité : récemment, un
marchand de primeurs s’est installé dans le bourg.
nombreux médecins », rappelle Paul kerdraon,
le maire (uMP).
Depuis les années 70, Pacé dévoile petit à petit
ses charmes : sa relative proximité avec rennes
(7 km) et surtout son cadre de vie exceptionnel.
Paradis pour les promeneurs et cyclistes, la ville
joue sa carte verte et développe ses chemins de
randonnée. En outre, elle possède un petit centre
sinquin, membre de cette équipe, aujourd’hui
leader de l’opposition. Et nous n’avons fait qu’un
seul mandat. » A Pacé, les électeurs choisissent
des maires de centre droit ou de droite modérée,
souvent issus de la démocratie chrétienne. une
tendance à laquelle appartient l’équipe municipale actuelle.
cette sensibilité explique aussi certainement
pourquoi Paul kerdraon, le maire, ne s’oppose
que rarement aux élus Ps de l’agglomération (lire
p. 60-61). contrairement à saint-Grégoire, autre
commune de droite, Pacé a signé le Plan local de
l’habitat (PlH). Voilà
pourquoi le nouveau
Pacé
quartier Beausoleil
habitants
comptera 25% de – 8 895
(1er janvier 2010, source Insee)
logements sociaux
–35 km2
et autant d’acces– 48 exploitations agricoles
sions aidées à la proprofessionnelles en 2000
priété. Malgré tout, – 8% de retraités, 4,9% de
une fois Beausoleil
chômeurs. Chez les actifs
a c h e vé e , l a co m ayant un emploi : 3% sont
mune ne totalisera
agriculteurs, 5% artisans,
commerçants ou chefs
q u e 11 à 12 % d e
d’entreprise, 27% cadres et
logements sociaux.
professions supérieures, 30%
loin des 25% requis
professions intermédiaires,
par le PlH. l’arrivée
23% employés, 12% ouvriers
de 1 500 logements
(source Insee 2006).
supplémentaires
résonne p our tant
comme un véritable
séisme à l’échelle communale. la commune passera de 3 500 à 5 000 logements. une augmentation de 42% ! Paul kerdraon, le maire, relativise : « la population ne devrait pas exploser. la
commune comptera 10 000 habitants, pas plus !
certes, il y a les nouveaux arrivants, mais les lotissements des années 70-80 se dépeuplent.
« Ces grands
changements
font naître des
crispations
»
albert, agriculteur en retraite
exemples qui, selon claude Veillot, illustrent le
refus du changement et la mentalité conservatrice qui bercent cette localité très rurale.
For te d’une sur face de 3 500 ha, Pacé est
la plus grande commune de l’agglomération après rennes. Aujourd’hui encore, seuls
500 ha sont urbanisés. le reste est couvert par
des petits bois et, surtout, par d’immenses
exploitations agricoles.
un grand territoire très peu peuplé jusqu’aux
années 70-80. En 1830, la commune comptait
2 790 habitants, autant qu’en 1970 ! ces chiffres
laissent penser que durant ce siècle et demi,
Pacé n’a pas beaucoup évolué. Il faut attendre les
années 70 pour que la commune entame sa mue.
les premiers lotissements sortent alors de terre.
cossus, les pavillons poussent sur de généreuses
parcelles de terrain boisé. « la proximité avec le
centre hospitalier universitaire (cHu) a attiré de
très vivant. Autour de l’église saint-Melaine, de
nombreux commerces animent la place, comme
autrefois. De quoi rappeler que Pacé a longtemps
été un village rural.
ces atouts ont séduit des populations aisées.
En 2006, avec un revenu moyen de 33 500 €
par foyer fiscal*, les Pacéens figuraient parmi
les habitants les plus riches de l’agglomération.
loin derrière les Grégoriens, qui caracolaient
en tête avec 41 500 €, mais juste derrière les
cessonnais (36 600 €).
Traditionnellement à droite
rurale d’un côté, urbaine et aisée de l’autre…
Depuis toujours, Pacé vote à droite. A une exception près : en 1989, en pleine vague rose, Frédéric
Vénien, encarté au Parti socialiste, a pris les rênes
de la commune. « Il faut dire que la droite avait
présenté deux listes, se souvient catherine
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dOSSIER SPécIaL pacé
les enfants quittent le foyer parental. »
Pendant longtemps, Pacé n’a accueilli que des
habitations. Jusque dans les années 90, les zones
commerciales n’existaient pas. la première (la
Teillais) a « mis du temps à démarrer », se souvient
Philippe rouault, ancien maire et actuel premier
adjoint. c’est avec la création de la zone d’aménagement concerté de la Giraudais et l’arrivée de
cora que l’activité commerciale a réellement pris
son envol. De nombreuses enseignes ont suivi,
jusqu’à l’arrivée d’un deuxième mastodonte en
novembre 2008 : Ikea.
Perdre son âme
Aujourd’hui, la municipalité continue à jouer la
carte commerciale. un énorme projet de 55 ha
démarrera dans les mois qui viennent (lire p.
58-59). là encore, une question se pose. une
telle extension commerciale ne risque-t-elle pas
de faire perdre le petit supplément d’âme que la
commune a jalousement préservé jusqu’à présent ? c’est l’interrogation qui taraude de nombreux habitants. « ces grands changements font
naître des crispations, souligne Albert, agriculteur
en retraite. Mais l’équipe municipale a bien compris qu’il faut également développer le service à
la population pour que les habitants se plaisent. »
salle de spectacle du Ponant, salle de sports,
espace culturel et associatif du Goffic ou encore
station d’épuration… les investissements de
grande ampleur ont été nombreux ces dernières
ce n’est pas tout : dans le centre, l’équipe municipale envisage de transformer le Vieux logis et
le Bon pasteur en parcs. « le poumon vert doit
le rester… », assure Paul kerdraon. Quid de l’extension de la MJc ? le maire explique qu’elle est
prévue mais qu’aucune date ne peut être avancée. le manoir de la Touche-Milon ? « J’y verrais
bien un lieu pour des activités culturelles ou des
activités pour les enfants.
Mais avec les normes d’accueil du public, il n’est pas
évident de transformer ce
lieu. » Et puis il y a le grand
projet intercommunal : la
piscine. Elle coûtera entre 2 et 2, 5 millions d’euros à Pacé. une coquette somme. Après tout cela,
il y a fort à parier que le bourg rural deviendra
une vraie petite ville. Mais son véritable atout
résidera dans les milliers d’hectares de terrain
encore vierges, à quelques kilomètres du centre
de rennes.
En 1830, la commune comptait
autant d’habitants qu’en 1970
années. « Nous avons beaucoup d’autres projets », glisse Paul kerdraon. Au printemps prochain, le maire présentera ses premières propositions de réaménagement du centre-bourg.
objectif : l’agrandir et fluidifier la circulation. un
projet à haut risque pour l’équipe municipale.
Elle s’attaque au cœur du village. « Nous serons
attentifs aux commerces et nous essaierons de
favoriser aussi les professions médicales. » Mais
* source Insee
Zone rive ouesT
adieu les champs,
bonjour
projet commercial xxL
Un an et demi après l’arrivée d’Ikea, le développement
de la zone Rive ouest est loin d’être terminé. Les élus
planchent sur la création d’une immense galerie
marchande à ciel ouvert. En coulisse, on évoque un « retail
park » de 30 000 m2. Du jamais-vu dans l’agglomération.
«j
sur une quinzaine d’hectares, la zone artisanale
sera la première à sortir de terre. les PME
devraient s’installer vers fin 2011, début 2012.
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e me souviens de l’ouverture
d’Ikea comme si c’était hier !
s’exclame Mélinda leplanois,
directrice adjointe du magasin la Halle
aux vêtements, situé juste en face de
l’hypermarché cora. Pendant un mois,
nous avons regardé les voitures passer,
c’était angoissant ! » Depuis, l’inquiétude de cette jeune femme, comme
celle des commerçants du secteur, a disparu. Petit à petit, les visiteurs ont repris
le chemin des grandes surfaces de la
Zac de la Giraudais. l’heure est au premier bilan. un an et demi après l’installation du géant du meuble suédois, les
répercussions diffèrent selon les commerces. Pour la Halle aux vêtements,
l’arrivée d’Ikea et celle de la crise économique ont engendré une augmentation de plus de 10% du chiffre d’affaires.
En revanche, chez Intersport, le voisin
de palier, « l’effet Ikea » n’aurait suscité « qu’une augmentation de 4,5% ».
Même son de cloche chez Aubert, où
Valérie lescop livre : « Tout le monde
disait que l’arrivée d’Ikea entraînerait
une croissance à deux chiffres. Nous
n’avons pas connu ce boom ! cependant, depuis son installation, nos
ventes sont meilleures le samedi. c’est
certainement grâce à cela que nous
résistons mieux à la crise que les autres
boutiques du groupe. »
Disposant déjà d’une attraction régio-
Philippe Rouault
attend son heure
p
remier adjoint au maire de Pacé, Philippe Rouault incarne
ce qu’on pourrait appeler une « comète politique ». En
2002, à seulement 39 ans, il était déjà maire, conseiller général
et député. Rattrapé par la loi sur le cumul des mandats, l'élu
UMP a choisi de lâcher sa casquette d'édile. Mal lui en a pris.
Aux cantonales 2008, il s'est fait reprendre son siège par
François André (PS), alors qu’il venait de perdre la troisième
circonscription d’Ille-et-Vilaine face à Marcel Rogemont (PS).
« Je ne pense pas avoir fait d’erreur stratégique, livre-t-il
aujourd’hui. J’ai tenté de conserver le canton, c’était risqué. »
Désormais, le délégué interministériel aux industries
agroalimentaires s’accroche à son siège de premier adjoint. Ou,
plutôt, attend patiemment son heure. De nombreux observateurs
confient que Philippe Rouault veut redevenir maire. Une
hypothèse d’autant plus probable que Paul Kerdraon pourrait ne
pas se représenter (lire p. 60-61). Quant aux législatives, le maire
affirme que « Philippe risque de se représenter. J’espère pour lui
qu’il gagnera. » Des propos que le quadragénaire ne contredit
pas. Visiblement amusé, il souffle : « Les législatives et les
municipales ? On verra le moment venu. »
longtemps, Pacé n’a pas grandi. Aujourd’hui, la construction de 1 500 logements à Beausoleil
résonne comme un véritable séisme à l’échelle communale.
nale, le pôle commercial de Pacé
devrait continuer à gagner en puissance. Autour d’Ikea, une zone à dominante commerciale et artisanale de
55 ha commencera à sortir de terre
d’ici un an. Pour préparer ce big-bang
économique, rennes Métropole et la
commune de Pacé ont investi près de
sept millions d’euros dans l’achat des
terrains et l’aménagement des routes.
sur une vingtaine d’hectares, la « partie
commerces » se taillera la part du lion,
notamment avec l’arrivée de ce qu’on
appelle dans le jargon commercial un
« retail park » de 30 000 m2 de surface
de vente. En français : une immense
galerie marchande à ciel ouvert. « ce
centre sera conçu comme une véritable
promenade marchande. les consommateurs circuleront à pied dans un
Trois fois plus grand
que cap malo
espace paysager soigné », explique
Emmanuel couet, vice-président de
l’agglomération chargé de l’aménagement. « cette galerie proposera
une offre commerciale inédite dans la
région, ajoute Honoré Puil, vice-président de l’agglomération délégué au
commerce. le site sera conçu comme
un véritable lieu de vie. » Et les élus
d’insister sur la qualité architecturale
des bâtiments, le respect des normes
environnementales et l’intégration
dans le paysage. si « qualité » semble
être le maître mot du projet, la « quantité » sera également au rendez-vous…
La Fnac sur les rangs
Pour donner un ordre de grandeur, le
« retail park » de Pacé sera trois fois
plus grand que celui de cap Malo !
s’ajouteront 36 000 m2 de surface commerciale pour l’artisanat, 10 000 m2 de
bureaux et 5 500 m2 pour l’hôtellerie !
le projet commercial de Pacé est de
loin le plus important de l’agglomération (lire également p.10).
outre les généreuses sur faces de
vente, la zone rive ouest bénéficie
d’un emplacement idéal : au croisement de la quatre voies rennes-saintBrieuc (rN12) et de la deuxième ceinture de rennes (rD 29). D’ores et déjà,
de nombreuses marques ont fait
connaître leur intérêt pour le secteur.
selon nos sources, la Fnac et Boulanger lorgneraient sur un emplacement
à côté d’Ikea. « Il est vrai que certaines
négociations sont déjà avancées, mais
il reste de nombreuses questions à
régler », tempèrent Paul kerdraon,
maire de Pacé, et Philippe rouault,
premier adjoint. Qui construira la zone,
de quelle façon, sur quelle surface précisément ? Quel sera le calendrier ? les
élus sont unanimes : en 2010, le projet
doit être mis sur les rails.
«
michel seimandi
Directeur d’Ikea
auchan à betton
sera un concurrent de plus
»
Michel Seimandi dirige le magasin Ikea
de Pacé depuis 2008. Responsable de
273 salariés, ce Marseillais de 46 ans
évoque ses affaires et la concurrence
que se livrent les nombreuses enseignes
de meuble dans le bassin rennais.
Le mensuel : Vous avez ouvert en novembre 2008. Quel
bilan tirez-vous de ces premiers mois d’exploitation ?
michel seimandi : Les objectifs que nous nous étions fixés étaient ambitieux. Malgré
tout, notre magasin fonctionne très bien. Je ne peux pas communiquer de chiffres
précis, mais je peux parler des tendances observées. Durant les cinq mois qui ont suivi
l’ouverture, nos résultats ont été excellents. Puis, notre activité s’est un peu ralentie.
En revanche, le mois d’août a été miraculeux ! Nous n’imaginions pas avoir autant
d’étudiants. Le panier moyen est monté très haut. Depuis la fin de l’année 2009 et le
début 2010, nos chiffres sont beaucoup moins bons. Une tendance s’installe : la semaine,
nous avons peu de visiteurs et le samedi, le magasin est bondé !
Qui sont vos clients et que vendez-vous le plus ?
Notre zone de chalandise s’étend jusqu’à Guingamp, Avranches, Laval… Des villes
comme Vannes ou Lorient sont plus tournées vers Nantes. Pour le moment, le chiffre
d’affaires du magasin est constitué à 50% par l’ameublement et à 50% par la décoration.
À terme, quand les cuisines et les chambres seront bien lancées, nous serons à 60% pour
l’ameublement et à 40% pour la décoration.
L’arrivée probable d’auchan home à Betton (lire aussi p.10), soit 20 000 m2 de
surface de vente, vous inquiète-t-elle ?
Ça va être plus compliqué, c’est certain. Je ne comprends pas bien quel est leur intérêt. Ils vont
scier la branche sur laquelle ils sont assis. Alinéa fait partie du groupe Auchan ! Pour nous,
Auchan home sera un acteur de plus, un concurrent de plus. A nous d’être les plus forts.
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dOSSIER SPécIaL pacé
paul Kerdraon
Maire
« je ne sais pas si
je me représenterai »
En 2002, au pied levé, Paul Kerdraon (UMP) prenait
les rênes de la mairie de Pacé. Aujourd’hui, à 60
ans, le commissaire général du Space répond sans
ambages aux critiques de l’opposition, mais émet
des doutes sur sa candidature aux prochaines
élections municipales.
P. KERdRaON
Paul Kerdraon est né en 1941 à
Landerneau. Après des études
au Centre de formation des
journalistes de Paris, il démarre
sa carrière au Journal des jeunes
agriculteurs. Là, il rencontre
celui qui deviendra un de ses
plus fidèles amis : Jean-Michel
Lemétayer, l’actuel président
de la Fédération nationale des
syndicats d’exploitants agricoles
(FNSEA). Après douze ans de
journalisme, il devient patron de
la FDSEA du Finistère. En 1988,
il prend en charge la Chambre
d'agriculture d'Ille-et-Vilaine et
s’installe à Pacé. Puis, en 1996, ce
père de quatre enfants devient
commissaire général du Salon des
productions animales (Space). En
2002, il succède à Philippe Rouault
à la mairie de Pacé.
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L e M e n su e l : L’o p p os i ti o n vo u s
reproche un manque de visibilité et
un manque de transparence, notamment dans l’attribution de terrains,
de subventions aux associations et
de l’aide versée par le Centre communal d’action sociale (CCAS). Que
répondez-vous ?
Paul Kerdraon : Manque de visibilité…
Nous avons au contraire une vision très
claire du développement de la commune. on a réalisé de très gros équipements ces dernières années. Ils impactent nos finances locales de manière
évidente. Après toutes ces réalisations,
on ne peut pas nous reprocher notre
L’opposition vous reproche aussi une
politique culturelle peu ambitieuse,
et n’apprécie pas que la gestion de
la salle du Ponant ait été confiée à la
société d’économie mixte Citédia…
Nous avons effectivement des points de
divergence sur le sujet. Mais plus l’opposition critique le Ponant, moins bien
elle se porte. Depuis dix ans, le Ponant
fonctionne très bien. on assume complètement d’avoir construit ce lieu et de
l’avoir construit tel quel.
Cette salle de spectacle a été inaugurée juste avant les municipales de
mars 2001. De même pour la salle de
« je défends mes positions.
Pourtant, je pense être très tolérant
manque d’idées ! Maintenant, on aimerait poursuivre, mais il faudra faire des
choix. Quant à la transparence… les
subventions aux associations sont discutées dans la commission vie associative, à laquelle l’opposition participe. De même pour les aides du ccAs.
En ce qui concerne l’attribution des
terrains constructibles, il n’y a pas de
commission mais nos critères sont
simples. Nous privilégions les Pacéens
qui jusque-là étaient locataires, puis les
gens qui travaillent déjà à Pacé. Ensuite,
la priorité est donnée aux habitants des
communes proches de la nôtre.
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sport et l’espace Le Goffic, juste avant
les élections de 2008. La coïncidence
est troublante. A Pacé, certains pensent que votre politique ressemble à
des « coups » électoralistes ?
le plus simple aurait été de ne rien
faire ! chacun des trois équipements
représente près de trois millions d’euros d’investissement. Il faut pouvoir les
assumer. Il se trouve que ces réalisations arrivent en fin de mandat, car ce
sont des projets très lourds. Il faut du
temps. Mais si nous n’étions que dans
une politique de « coups », nous aurions
attendu la fin de ce mandat pour inau-
gurer la station d’épuration que nous
terminons actuellement. l’essentiel,
c’est que les besoins principaux de la
population soient couverts (il rit…).
Allez-vous vous représenter aux prochaines municipales ?
oh… Il reste quatre ans ! Je ne sais pas
si je me représenterai. J’aurai 64 ans
en 2014. Je pense que j’aurai d’autres
envies… Profiter de ma retraite, de ma
famille, voyager. on verra… Je ne dis
jamais « jamais ».
Vous êtes chef de file de l’opposition
à Rennes Métropole…
(Il coupe) Euh… oui, enfin un des chefs
de file… Et puis, est-ce qu’on peut parler d’opposition ? De nombreux sujets
font l’objet d’un grand consensus à
rennes Métropole : la défense de la
ceinture verte, l’élaboration du plan
local de l’habitat…
Lors des conseils communautaires,
on ne vous entend presque jamais.
Vous préférer laisser Bruno Chavanat,
conseiller municipal UMP de Rennes,
aller au charbon ?
chacun fait ce qu’il veut ! Moi, je parle
caTherine sinQuin
Leader de l'opposition
« IL y a UN défIcIT d’IdéES »
« En 2008, nous avons investi plus de huit millions d’euros. un tel engagement financier n’est pas
possible de manière régulière. Il faut calmer le jeu, on n’a pas les moyens de tout faire. »
quand je pense avoir quelque chose
d’important à dire. Dans l’« opposition », nous sommes trop peu nombreux pour réagir sur le mode opposition-majorité. Nous n’avons pas de
pouvoir. Je participe à rennes Métropole de façon constructive. les sujets
avec lesquels je ne suis pas d’accord
n’ont rien à voir avec mon orientation
politique. Quand je critique le choix
d’implantation du centre de congrès au
couvent des Jacobins, c’est parce que je
pense que cela posera des problèmes
d’organisation et d’accessibilité.
Combien gagnez-vous ?
Plus de 8 000 €. là-dedans, je compte
mon salaire de commissaire général du
space, qui en représente une bonne
partie, et les indemnités perçues à
rennes Métropole. Pour cette fonction,
je touche un peu plus de 2 000 € ! une
indemnité que je trouve très bonne,
voire trop bonne ! c’est voté, alors je
la prends. Pour compenser, j’ai décidé
de ne pas toucher les indemnités auxquelles un maire d’une ville de 9 000
habitants pourrait prétendre. J’ai préféré répartir ce pécule entre tous les
membres de l’équipe municipale. Nous
sommes une des rares communes où
tout le monde touche un petit quelque
chose… Je trouve cela normal. Mais
attention, il ne faut pas être démago :
pour que des personnes s’investissent
dans les collectivités locales, il faut les
rémunérer justement.
On dit que vous êtes direct, franc,
sympathique et que vous connaissez
vos dossiers…
(Il coupe) certainement, si ce sont les
gens qui le disent…
On dit aussi que vous êtes bordélique et que vous supportez mal la
contradiction…
Je suis organisé dans mon bazar !
la contradiction… oui, c’est vrai, je
défends mes positions. Pourtant, je
pense être très tolérant. l’opposition
ne peut pas se plaindre d’être maltraitée ! cela dit, je prends rarement des
décisions sans avoir écouté et consulté.
Mais je n’ai pas l’habitude de louvoyer
ou de retourner ma veste. Je ne fais
rien miroiter. Quand je m’engage sur
quelque chose, je le fais. sinon, je dis
franchement que je ne sais pas.
Chef de file de l’opposition à Pacé, Catherine Sinquin
critique la politique de la majorité : environnement, social,
culture… Autant de sujets qui, selon elle, sont négligés.
Le Mensuel : Quels sont les principaux reproches que vous formulez au sujet de la gestion municipale ?
catherine sinquin : Il n’y a pas de lisibilité. les choses sont faites au coup
par coup. la commune, par exemple, s’est dotée d’une usine d’épuration
d’eau très moderne. Très bien ! Pourtant, cela ne veut pas dire qu’une
vraie politique verte est mise en place. c’est une volonté environnementale de façade. on continue à construire comme avant. A Pacé, les
choses sont faites sans réflexion. Il y a un déficit d’idées. on achète des
bâtiments anciens. résultat : on accumule du patrimoine qu’il faut entretenir, mais on ne sait qu’en faire !
L’opposition ne compte que cinq sièges au conseil municipal. Avezvous du mal à vous faire entendre ?
oui. Nous ne sommes pas tenus au courant des projets. Jamais nous ne
participons aux débats de fond. c’est aussi parce que l’équipe municipale elle-même ne sait pas où elle va. De nombreux sujets manquent
de transparence. sur quels critères sont attribués les terrains ? comment
le personnel communal est recruté ? certaines embauches nous ont
plus que surpris ! comment sont versées les aides du centre communal d’action sociale (ccAs) ? la politique sociale est opaque. Pourquoi
avoir délégué la gestion de la salle du Ponant à une entreprise privée ?
une vraie politique culturelle manque terriblement. Nous sommes une
commune urbaine qui fonctionne avec des mécanismes de petit bourg.
Qu’est-ce qui manque le plus, selon vous, à Pacé ?
Du lien social ! la commune souffre du syndrome cité-dortoir. certes, il
y a des associations sportives et culturelles, mais il manque un lieu où
les gens puissent réellement s’investir. Nous aimerions par exemple voir
se créer un cinéma associatif. cela éviterait que les gens aillent consommer du cinéma dans des zones commerciales sans âme.
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