Forum paysan

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Forum paysan
Rapport de la troisième réunion mondiale du
Forum paysan
organisée en marge de la trente-troisième session
du Conseil des gouverneurs du FIDA
Siège du FIDA, Rome
15-16 février 2010
Oeuvrer pour que les populations rurales pauvres se libèrent de la pauvreté
Consensus de 2005 sur le Forum paysan*
Le Forum paysan est:
• un processus permanent – et non une manifestation occasionnelle – couvrant, à partir de
la base, les activités soutenues par le FIDA sur le terrain et la concertation;
• un processus tripartite impliquant des organisations paysannes, des États et le FIDA;
• un espace de concertation et de dialogue axé sur la réduction de la pauvreté rurale;
• un instrument pour rendre compte de l’efficacité du développement, en particulier en ce
qui concerne l’autonomisation des populations rurales pauvres et de leurs organisations;
et
• une interface entre les interventions visant le développement rural favorable aux pauvres
et le processus de renforcement des capacités des organisations d’agriculteurs et de producteurs ruraux (y compris les organisations d’artisans pêcheurs, de pasteurs, de
paysans sans terres et de populations autochtones).
Le Forum paysan:
• est régi par les principes de large participation, de pluralisme, d’ouverture et de flexibilité;
• tire autant que possible parti des forums existants et évite les doubles emplois dans ce
domaine; et
• respecte les organisations existantes et crée, en tant que de besoin, de nouveaux espaces.
Conditions:
• Le processus du Forum paysan débute par des consultations à l’échelle nationale que
complètent des réunions régionales ou sous-régionales. Ces dernières réunions déterminent la participation au Forum paysan, qui a lieu lors du Conseil des gouverneurs du FIDA,
et façonnent son contenu.
• Le processus du Forum paysan devra être répercuté par les organes directeurs du FIDA.
• Le succès du Forum paysan dépend de la capacité du FIDA à favoriser la consultation à
l’échelle nationale avec des organisations paysannes et à contribuer à satisfaire leurs besoins en matière de renforcement des capacités.
• Les participants recommandent, en particulier, d’institutionnaliser les engagements pris
avec des organisations paysannes dans le cadre des principaux processus opérationnels
du FIDA (projets, stratégies nationales et régionales).
(*) Extrait de la déclaration conclusive de l’atelier de 2005.
Membres du comité de pilotage du Forum paysan
• Fédération internationale des producteurs agricoles (FIPA)
• La Via Campesina
• Association des agriculteurs d’Asie pour le développement rural durable
• Instance de coordination des producteurs familiaux (COPROFAM)
• Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA)
• Forum mondial des aquaculteurs et pêcheurs
• Forum mondial des populations de pêcheurs
• Fonds international de développement agricole (FIDA)
Rapport de la troisième réunion mondiale du
Forum paysan
organisée en marge de la trente-troisième session
du Conseil des gouverneurs du FIDA
Siège du FIDA, Rome
15-16 février 2010
Oeuvrer pour que les populations rurales pauvres se libèrent de la pauvreté
Table des matières
Avant-propos
7
Résumé
9
I.
Session spéciale: promotion du leadership féminin dans les organisations
paysannes et les organisations de producteurs ruraux
11
II. Ouverture du Forum paysan
17
III. Première séance plénière: tendances et évolution du partenariat
du FIDA avec les organisations paysannes
25
IV. Réunions des groupes de travail régionaux: progrès réalisés et objectifs
futurs des partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes
aux niveaux national et régional
Afrique de l’Ouest et du Centre
31
31
Afrique orientale et australe
34
Proche-Orient, Afrique du Nord, Europe centrale et orientale
37
Amérique latine et Caraïbes
39
Asie et Pacifique
40
V. Discussions thématiques (groupes de travail régionaux)
Le rôle des organisations paysannes dans le développement des filières
et les moyens de reproduire les succès (Afrique de l’Ouest et du Centre)
43
43
Comment promouvoir l’accès aux marchés des petits exploitants agricoles
(Afrique orientale et australe)
45
Les politiques et l’agriculture familiale: politiques et programmes
d’investissements différenciés pour l’agriculture paysanne
(Amérique latine et Caraïbes)
48
Comment promouvoir la sécurité alimentaire et l’agriculture paysanne
dans un contexte de concurrence croissante pour la terre et d’autres
ressources naturelles (Asie et Pacifique)
49
VI. Synthèse des délibérations
Synthèse
55
55
La réponse de la direction générale du FIDA
59
La réponse des gouvernements des États membres
60
Clôture du Forum paysan
61
3
Appendices
I.
Ordre du jour du Forum
II. Discours d’ouverture du Président
65
III. Présentation des “Partenariats en action 2008-2009”
69
IV. Résumé des deux événements parallèles du jeudi 18 février
75
Introduction
Événement parallèle n° 1: Qu’est-ce que le programme
“Achats au service du progrès” (P4P)? Œuvrer aux côtés des
organisations paysannes à différents niveaux
Généralités
Exposé présenté par la Fondation Bill et Melinda Gates
Exposé présenté par le Programme alimentaire mondial
Exposé présenté par la Coordination nationale des organisations
paysannes du Mali
Débat en séance plénière
Événement parallèle n° 2: Comment aider les organisations
paysannes à offrir de meilleurs services à leurs membres
Généralités
Objectif et résultats attendus
Débats
Recommandations
Observations finales
V. Liste des participants
4
62
75
76
76
77
77
79
80
83
83
84
84
86
87
88
Sigles et acronymes
APE
Accord de partenariat économique
AROPA
Projet d’appui au renforcement des organisations professionnelles
et aux services agricoles
Asia DHRRA
Développement des ressources humaines en Asie rurale
A-SWAp
Approche sectorielle de l’agriculture
CNOP
Coordination nationale des organisations paysannes
CONTAG
Confédération nationale des travailleurs du secteur de l’agriculture
(Brésil)
COPROFAM
Instance de coordination des producteurs familiaux
COSOP
Programme d’options stratégiques pour le pays
EAFF
Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale
ESA
Division Afrique orientale et australe
FAA
Federación Agraria Argentina
FAO
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIPA
Fédération internationale des producteurs agricoles
FOSCA
Centre d’appui aux organisations de producteurs en Afrique
IFOAM
Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique
JNC
Junta Nacional del Café
KENFAP
Fédération nationale des producteurs agricoles du Kenya
MERCOSUR
Marché commun du Sud
MIJARC
Mouvement international de la jeunesse agricole et rurale catholique
MVIWATA
Réseau national des groupements d’agriculteurs (République-Unie
de Tanzanie)
NASFAM
Association nationale des petits agriculteurs du Malawi
PAM
Programme alimentaire mondial
P4P
Achats au service du progrès
PROPAC
Plateforme sous-régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale
REAF
Commission de l’agriculture familiale
ROPPA
Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique
de l’Ouest
SACAU
Confédération des syndicats agricoles d’Afrique australe
SFOAP
Programme d’appui aux organisations paysannes africaines
S&E
Suivi-évaluation
UNAG
Union nationale des agriculteurs et éleveurs
WCA
Division Afrique de l’Ouest et du Centre
WOCAN
Femmes organisant le changement dans l’agriculture et la gestion des
ressources naturelles
FIDA/G.M.B. Akash
6
Avant-propos
Au cours des deux années 2008 et 2009, les crises
concomitantes alimentaires et énergétiques se sont trouvées
aggravées par la crise financière et une récession d’ampleur
mondiale. La déclaration de l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) selon laquelle le
nombre de personnes souffrant de la faim a dépassé le
milliard en 2009 est venue cruellement souligner les
conséquences d’une telle conjonction de crises. La nette
diminution des moyens de subsistance et du pouvoir d’achat a
touché une population encore plus large. En outre,
l’agriculture – qui assure la subsistance de la très grande
majorité des populations rurales pauvres des pays en
développement – ressent de plus en plus les effets du
changement climatique, de la désertification, du recul de la
biodiversité et d’une intensification de la compétition sur la
terre et l’eau alors que la population mondiale s’achemine
vers les 9 milliards d’habitants.
Devant cette situation, la communauté internationale a manifesté l’année dernière, sur
les plans politique et financier, un souci croissant concernant la sécurité alimentaire et le
sort de l’agriculture. À L’Aquila, 26 pays et 14 organismes multilatéraux ont adopté une
initiative concertée sur la sécurité alimentaire. En novembre dernier, à Rome, les
participants au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire ont réaffirmé leur volonté
d’intensifier le soutien national et international en faveur du développement agricole et
de la sécurité alimentaire, en particulier pour les petits exploitants. À l’approche de 2015,
date butoir des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), on voit se
renforcer le consensus autour de la nécessité d’appuyer les efforts que déploient les
ruraux pauvres, femmes et hommes, pour vaincre la pauvreté, jouir de leur droit à
l’alimentation, s’adapter au changement climatique et aider à en atténuer les effets.
Des organisations plus fortes de petits exploitants, de pêcheurs et de pasteurs sont
indispensables si l’on veut faire face à ces défis et saisir les opportunités qui se présentent. La
coopération entre producteurs ruraux se traduit pour eux par une amélioration de l’accès aux
marchés et aux savoirs. Elle leur permet de réaliser des économies d’échelle et de disposer
d’un plus grand pouvoir de négociation au sein des filières. Elle accroît la capacité des petits
agriculteurs à gérer les ressources et les infrastructures et à influencer les politiques et les
programmes de développement.
7
Le FIDA affronte ces défis en faisant preuve de diligence et de sens des responsabilités.
Lors de la dernière reconstitution de ses ressources, ses membres ont convenu de porter les
ressources à un niveau sans précédent. Au cours des années 2008 et 2009, le Fonds a engagé
plus de 1,2 milliard d’USD pour financer 69 projets d’investissement rural et agricole de ses
pays membres. Les organisations paysannes nationales ou locales ont participé à la
conception de 70% de ces projets et ont été associées à la formulation de la plupart des
stratégies de pays adoptées par le FIDA au cours du cycle biennal. Le financement direct sous
forme de dons accordé aux organisations paysannes en vue de renforcer leurs capacités a
plus que doublé par rapport au cycle précédent.
À un moment où l’agriculture mondiale se trouve à la croisée des chemins et où le FIDA
commence à mettre en œuvre la huitième reconstitution de ses ressources, la troisième
réunion mondiale du Forum paysan constitue une occasion exceptionnelle de faire le point
sur un “partenariat en action” et de réfléchir avec les dirigeants d’organisations paysannes
aux moyens d’améliorer l’efficacité du Fonds en matière de développement et de renforcer la
capacité des 500 millions de petits exploitants agricoles dans le monde de se libérer de la
pauvreté et de la faim.
8
Résumé
La réunion mondiale 2010 du Forum paysan, qui s’est tenue à Rome les 15 et 16 février 2010,
a rassemblé 120 participants, parmi lesquels 70 dirigeants d’organisations paysannes
représentant des millions de petits exploitants et de producteurs ruraux du monde entier, afin
de leur permettre de dialoguer avec le personnel du FIDA et certains partenaires.
Suivant en cela une recommandation issue de la réunion 2008 du Forum, les
organisations paysannes participantes ont fait un effort particulier pour que les femmes
bénéficient d’une présence et de possibilités d’expression accrues à la session 2010. Une
réunion préparatoire, tenue le 13 février, a permis de réfléchir aux moyens de favoriser la
présence des femmes au sein des instances dirigeantes des organisations paysannes.
L’engagement avait été pris, en 2008, d’avoir au moins 30% de femmes dirigeantes
d’organisations paysannes parmi les participants au Forum; cet objectif a été dépassé, avec
40% de participantes.
Comme en 2008, le FIDA a préparé un rapport destiné au Forum, en se fondant sur une
enquête menée auprès des chargés de programme de pays et de dirigeants d’organisations
paysannes à propos de l’évolution des partenariats au cours des deux dernières années. Après
la présentation du rapport au début du Forum, les participants ont fait part de leurs
réactions et de leurs observations.
La réunion 2010 du Forum a fait une plus large place que les éditions précédentes aux
questions opérationnelles. Dans cette optique, les deux séances en groupes de travail ont été
axées sur les dimensions nationale et régionale de cette problématique:
• Le lundi 15, dans l’après-midi, une séance a été consacrée à la collaboration
opérationnelle entre le FIDA et les organisations paysannes aux niveaux national
et régional.
• Le mardi 16, une séance a été consacrée, dans la matinée, aux thèmes suivants:
a) la sécurité alimentaire dans un contexte de concurrence croissante pour l’accès à la
terre; b) les rôles des organisations paysannes à l’égard de l’autonomisation des petits
exploitants au sein des filières; et c) les politiques et les programmes d’investissement
différenciés à l’appui des petites exploitations agricoles.
Une synthèse des délibérations et recommandations sur les évolutions nécessaires des
partenariats a été approuvée par les participants et examinée avec la direction du FIDA dans
l’après-midi du mardi 16. Cette séance de clôture était ouverte aux membres des organes
directeurs du Fonds.
Comme d’habitude, les participants au Forum paysan ont été invités à assister, en qualité
d’observateurs, à la session du Conseil des gouverneurs. Ils ont eu la possibilité de prendre
part aux manifestations régionales organisées le 18 février dans le cadre du Conseil des
gouverneurs. La synthèse des délibérations du Forum a été présentée au Conseil des
gouverneurs lors de la séance du matin du 17 février.
Après la clôture du Conseil des gouverneurs, deux événements parallèles se sont déroulés
dans l’après-midi du jeudi 18 février, avec la participation des organisations paysannes et de
certains partenaires, sur les thèmes suivants: a) la fourniture de services d’appui aux
organisations paysannes; et b) l’initiative “Achats au service du progrès” du Programme
alimentaire mondial et la collaboration à ce titre avec les organisations paysannes nationales.
9
FIDA/Santiago Albert Pons
10
I. Session spéciale: atelier préparatoire
sur la promotion du leadership
féminin dans les organisations
paysannes et les organisations de
producteurs ruraux
Introduction
Dans la plupart des pays en développement, les femmes accomplissent une part importante
des travaux agricoles et produisent, au niveau mondial, la plus grande partie des cultures
vivrières. Pourtant, leur rôle dans l’agriculture est dans une large mesure ignoré dans le cadre
des politiques et de l’allocation de ressources. Les points de vue et les préoccupations des
femmes rurales sont à peine entendus au niveau national comme au niveau mondial. Cela
tient, entre autres, à la faible présence des femmes au sein des instances dirigeantes des
organisations rurales et, dans certains cas, à la capacité limitée des quelques femmes aux
commandes au niveau national à représenter efficacement les intérêts des femmes travaillant
sur le terrain, où les groupements féminins sont le plus souvent confinés. Dans les
organisations mixtes, si les femmes sont bien représentées en tant que membres, rares sont
celles qui occupent des postes de direction; lorsque l’on passe du niveau local aux niveaux
régional et national, cette tendance est encore plus marquée. Il en résulte un profond
déséquilibre entre les moyens d’expression et le pouvoir décisionnel des femmes rurales et
leur contribution considérable à la production, à la commercialisation et aux moyens de
subsistance dans le secteur de l’agriculture. Les jeunes femmes capables qui auraient la
possibilité d’assumer des fonctions dirigeantes doivent relever des défis particuliers, dans la
mesure où elles doivent jongler pour concilier leurs rôles d’agricultrices et de dirigeantes et
la prise en charge de leurs enfants en bas âge. Les normes socioculturelles qui attribuent le
soin des enfants exclusivement aux femmes et relèguent ces dernières dans la sphère
domestique font qu’il leur est difficile, sinon impossible, d’occuper des postes clés.
Reconnaissant l’importance de ces questions pour l’avenir de l’agriculture paysanne et le
bien-être des ménages ruraux, la réunion du Forum paysan qui s’est tenue au FIDA en 2008
avait recommandé qu’une session spéciale soit consacrée à ce sujet au cours de la réunion de
2010. En fait, près de 40% des participants au Forum paysan 2010 étaient des représentantes
des agricultrices (contre 10% à la première réunion mondiale en 2006). La session spéciale
du Forum paysan 2010 (“Promouvoir la participation des femmes aux instances dirigeantes
des organisations paysannes et des organisations de producteurs ruraux”), qui s’est tenue les
12 et 13 février, a été organisée conjointement par le FIDA et l’ONG Femmes organisant le
changement dans l’agriculture et la gestion des ressources naturelles (WOCAN) et cofinancée
par le Gouvernement norvégien. Elle a réuni plus de 60 participants, parmi lesquels
35 représentantes d’agricultrices venues participer au Forum paysan 2010, des membres du
comité de pilotage du Forum paysan, des observateurs d’ONG et de la FAO, et des
fonctionnaires du FIDA. Dix femmes siégeant au Conseil d’administration du FIDA ont pris
part au dîner informel du 12 février.
Lors des séances plénières et au sein des quatre groupes de travail régionaux (Afrique
francophone, Afrique anglophone, Amérique latine et Caraïbes, Asie et Pacifique), les
participants ont débattu des moyens permettant d’accroître les profits économiques que
tirent les femmes de l’agriculture; d’améliorer la formation des agricultrices et de mieux leur
11
transmettre l’information; d’appliquer des systèmes de quotas pour les femmes; de financer
l’accès des femmes aux postes de direction des organisations paysannes et de producteurs
ruraux; et de construire des réseaux et des partenariats entre les organisations paysannes et le
FIDA. La déclaration finale de la session spéciale a été incluse dans la synthèse des
délibérations du troisième Forum paysan, et il en a été donné lecture au cours de la trentetroisième session du Conseil des gouverneurs du FIDA (voir page 55).
Les sections suivantes résument les principales questions qui ont émergé durant la
session spéciale.
Autonomisation économique et accès aux moyens de production
Tous les groupes de travail ont estimé que l’autonomisation économique des femmes est la
condition essentielle pour qu’elles fassent davantage entendre leur voix et qu’elles accèdent
plus largement aux fonctions de direction au sein des organisations paysannes. Les
participants ont instamment invité le FIDA et les autres donateurs à affecter, plus que
jamais, des ressources financières aux agricultrices, car leur indépendance économique et le
renforcement de leur pouvoir d’action sont liés à de nombreux problèmes, notamment ceux
de l’accès à la terre et à l’eau, aux ressources productives, au crédit, aux sources d’énergie
alternatives, à la technologie, à l’information et aux marchés. Les décideurs, les milieux
d’affaires et les agriculteurs doivent tous rechercher, à l’intention des femmes, de nouveaux
points d’accès aux filières, afin de créer de nouveaux débouchés économiques durables pour
les agricultrices.
Selon les participants, la principale question à laquelle doit répondre cette génération de
décideurs et de dirigeants est la suivante: “Comment pouvons-nous rendre l’agriculture plus
rentable et plus durable pour les générations futures d’agriculteurs?”. Les principaux points
débattus concernant plus spécifiquement les agricultrices incluent la propriété foncière,
l’amenuisement des ressources naturelles et leur dégradation qualitative, en particulier dans
les zones les plus gravement touchées par le changement climatique. Pour enrayer de telles
tendances, des politiques agricoles en faveur des femmes et des jeunes doivent être élaborées
afin d’aider les agricultrices et les jeunes agriculteurs à acquérir l’esprit d’entreprise. Pour ce
faire, les femmes et les jeunes ont besoin de gagner en confiance, ce qui leur sera possible
dès lors qu’ils auront accès aux moyens de production, aux savoirs et aux compétences.
Ils ont également besoin du soutien des hommes.
Renforcement des capacités et formation
Le renforcement des capacités a été un élément essentiel, dans tous les aspects des débats,
pour promouvoir l’accession d’un plus grand nombre de femmes à des postes clés au sein
des organisations paysannes et de producteurs ruraux. Selon les participants, il est
fondamental que le FIDA et les autres donateurs voient dans le développement
organisationnel et le renforcement des capacités le liant qui agglomère les efforts visant à
favoriser l’accès des femmes à des postes de direction au sein des organisations paysannes et
de producteurs ruraux.
Différents types de capacités doivent être renforcées. Les femmes ont besoin d’un accès
aux informations technologiques les plus récentes concernant l’agriculture, la production et
les mesures d’adaptation au changement climatique, ainsi qu’aux technologies de
l’information pour avoir accès à ces informations. Elles doivent acquérir des compétences
entrepreneuriales et commerciales, une plus grande confiance en elles et des capacités de
direction, tout comme l’aptitude à négocier et à débattre avec les autorités. Elles ont
également besoin de comprendre les aspects de la politique qui les touchent en tant
qu’agricultrices. Plus précisément, il est nécessaire que:
• la formation soit ciblée et décentralisée de sorte que les femmes disposent de
l’autonomie requise pour appliquer leurs propres programmes de formation;
12
• le renforcement des capacités comprenne des visites de terrain, des échanges
d’agriculteur à agriculteur et des visites dans des instituts de recherche et des écoles
secondaires;
• les organisations soient souples et tiennent compte des contraintes pesant sur l’emploi
du temps des femmes, en particulier pour celles qui ont des enfants en bas âge, et des
dynamiques familiales qui peuvent affecter leur participation; et
• des crèches soient créées pour permettre aux femmes de participer à
des formations, de manière qu’elles puissent remplir leur rôle en tant
que professionnelles, prendre plus de postes de direction au sein de
leurs organisations et s’attacher davantage à rendre leur travail
rentable. Leur coût de fonctionnement devrait être inclus dans les
activités de formation susceptibles d’être financées par les donateurs.
Quotas de participation des femmes
Malgré la difficulté de mise en œuvre, l’application et le maintien de quotas
“Rien de ce qui nous concerne ne doit
de participation des femmes ont été désignés comme des actions
se faire sans nous!”
prioritaires pour le FIDA et les organisations paysannes. Il été affirmé, en
Estrella Penunia Banzuela, AFA
fait, que le premier acte de l’autonomisation des femmes doit être
l’établissement de quotas de participation pour leur donner une plus
grande visibilité. Les quotas contribuent à instaurer la nécessaire masse critique de membres
et leaders féminins qui provoquera le changement dans la politique et la culture
institutionnelle. Les participants ont relaté des histoires vécues au sein de leurs organisations
respectives, dans lesquelles l’instauration de quotas (allant de 30 à 50%) a réussi à accroître
la participation des femmes. Ils s’accordent néanmoins à dire que les quotas sont une
condition nécessaire mais non suffisante pour que les femmes jouent des rôles de dirigeants
au sein des organisations paysannes. Même dans les organisations appliquant le système de
quotas, les préoccupations des agricultrices peuvent ne pas être exprimées avec assez de
force. Dans ces cas, il peut être nécessaire de créer des comités exclusivement féminins –
espaces au sein desquels les femmes gagneront en confiance et plates-formes à partir
desquelles elles pourront négocier avec le reste de l’organisation et avec les partenaires et
institutions externes. L’existence d’outils, de chartes et de statuts a été citée comme
essentielle pour le succès des systèmes de quotas, de même que les mécanismes de suivi de
leur application. Tous les autres thèmes examinés au cours de la session spéciale, et en
premier lieu l’autonomisation économique et le renforcement des capacités, ont été retenus
comme des compléments essentiels à tout système de quotas.
Changement culturel et institutionnel
Afin d’accroître la participation des femmes, les organisations ont besoin de mieux
communiquer avec les agricultrices, qui supportent le double fardeau du travail agricole et
des tâches domestiques. La culture et le mode de fonctionnement des organisations, qui
tendent à reproduire les normes culturelles masculines, doivent changer. Suivant le sexe du
dirigeant, les critères de performance ne sont pas les mêmes: un homme accordera souvent
plus d’importance aux considérations politiques, tandis qu’une femme s’attachera plus aux
problèmes sociaux. Ces différences influent sur les priorités d’une organisation: les hommes,
par exemple, pourront accorder une plus grande importance à la commercialisation, alors
que les femmes mettront davantage l’accent sur l’autosuffisance alimentaire. D’autre part, les
femmes ne s’attachent pas toujours à faire avancer leur cause, et le choix des dirigeants des
organisations paysannes devrait aussi constituer, pour les membres de ces organisations,
l’occasion d’une sensibilisation et d’un renforcement des capacités pour une meilleure prise
en compte des problèmes sexospécifiques. Les hommes doivent comprendre l’importance
13
d’une participation conjointe et d’un nouveau système de gestion moins exclusif, et y
donner leur adhésion. Chacun, sur le terrain – des agents de vulgarisation aux acteurs du
développement communautaire –, doit s’engager davantage à respecter et à comprendre la
parité hommes-femmes.
Réseaux, forums et autres structures
L’instauration de réseaux de soutien destinés tant aux femmes qu’aux hommes sert à
consolider tous les efforts visant à promouvoir l’accès des femmes à des postes de
responsabilité au sein des organisations paysannes du monde entier. De tels réseaux non
seulement renforcent le développement des capacités et améliorent les services de
formation, mais offrent également un forum pour le lancement de nouvelles plates-formes
où les femmes puissent se réunir et s’organiser. Au bout du compte, ces réseaux aident à
garantir la durabilité des efforts entrepris pour l’accession des femmes à des postes de
direction au sein des organisations paysannes. Il faut, par ailleurs, que les organisations
paysannes travaillent avec des structures implantées dans des zones urbaines et créent des
alliances avec des institutions communales publiques et privées.
Il serait souhaitable d’institutionnaliser des plates-formes de consultation et de
concertation avec les organisations paysannes, où la représentation des femmes serait
garantie. La participation à de telles consultations aura un coût pour les représentants des
organisations paysannes locales, et il conviendrait de leur apporter un soutien pour faire
face à une partie des frais administratifs.
Il conviendrait de créer des forums réservés aux femmes (organisations exclusivement
féminines ou structures féminines au sein d’organisations mixtes), où elles pourraient se
réunir, délibérer et débattre, étant donné que, dans de nombreux contextes, il est plus facile
aux femmes de parler quand elles sont entre elles.
14
On a également souligné l’importance d’une assistance visant à donner une forme juridique
à ces organisations, étant donné que les groupements féminins sont souvent informels.
Messages médiatiques
On a, par ailleurs, souligné la nécessité de messages médiatiques et de portraits de femmes
plus positifs. Les participants ont plus particulièrement mentionné le besoin de
professionnaliser l’image des agricultrices, y compris celle des jeunes paysannes.
Financement
Les participants ont insisté pour que les financements soient directement attribués aux
organisations féminines ou aux structures féminines au sein des organisations paysannes, et
ont formulé, à cet égard, des recommandations spécifiques au FIDA.
Conclusion
Dans la déclaration finale, les participants ont invité le FIDA à maintenir un quota minimal
de 30% pour la participation des femmes au Forum paysan (ainsi que dans ses opérations
de soutien aux organisations paysannes) avec, à terme, un objectif de 50%. Ils ont invité
instamment le FIDA et les autres donateurs à accroître les efforts et les soutiens financiers en
faveur de l’autonomisation économique des femmes; à fournir des aides et des récompenses
spéciales aux organisations qui favorisent la parité hommes-femmes et des modèles de
production tenant compte de la sexospécificité; à financer des projets lancés et pilotés par
des femmes; à garantir la participation conjointe des femmes et des hommes à la conception
et à la mise en œuvre de projets; à investir dans le renforcement des capacités; à appliquer et
à contrôler les quotas; à créer des fonds spéciaux pour les femmes et pour les structures
féminines même au sein d’organisations mixtes; et à faire de l’adhésion au système des
quotas l’une des conditions d’octroi d’un financement. Les donateurs devraient également
soutenir les femmes pour qu’elles commanditent des travaux de recherche sur les cultures et
technologies présentant un intérêt pour elles, en établissant un pont entre les organisations
paysannes et les instituts universitaires et de recherche. Enfin, les participants ont
recommandé que les jeunes agricultrices constituent un thème de discussion prioritaire lors
de la session spéciale du Forum paysan qui se tiendra en 2012.
15
FIDA/G.M.B. Akash
16
II. Ouverture du Forum paysan
Après une série de consultations aux niveaux national et régional, le
Forum paysan a tenu, les 15 et 16 février 2010, sa troisième réunion
biennale mondiale en marge de la trente-troisième session du Conseil
des gouverneurs du FIDA. Il a réuni plus de 70 dirigeants, représentant
des millions de petits agriculteurs et de producteurs ruraux d’Asie,
d’Afrique, d’Amérique latine, du Proche-Orient et de l’Europe, en vue
d’échanges avec le personnel du FIDA et certains partenaires. Les
participants ont aussi été invités à assister, en qualité d’observateurs, aux
travaux du Conseil des gouverneurs du FIDA et à présenter aux
gouverneurs une synthèse des délibérations du Forum paysan.
Le Forum a été ouvert par le Président du FIDA, Kanayo F. Nwanze,
qui a dès l’abord attiré l’attention sur le fait que les femmes représentent
40% des participants au Forum, chiffre en augmentation significative,
puisqu’elles n’étaient que 10% lors de la première réunion mondiale du
Forum paysan en 2006. Il a également rendu hommage à tous ceux qui
ont perdu la vie ou souffert dans la catastrophe survenue le 12 janvier à
Port-au-Prince, en Haïti, et annoncé la création, par les trois institutions
des Nations Unies ayant leur siège à Rome, d’une équipe spéciale
chargée d’apporter à Haïti une aide coordonnée afin que la prochaine
saison culturale soit aussi productive que possible.
On trouvera ci-après quelques extraits de son allocution d’ouverture
(le texte intégral en est repris dans l’appendice II).
“Le dialogue que nous sommes en
train d’établir est absolument essentiel
– ce processus dans lequel une
organisation comme le FIDA ouvre ses
bras à d’autres et offre un forum au
sein duquel les organisations
paysannes peuvent exprimer leurs
points de vue. Cette approche devrait
être encore développée avec d’autres
organisations multilatérales.”
Alberto Ercilio Broch, CONTAG
Extraits de l’allocution d’ouverture prononcée par le Président du
FIDA à la troisième réunion mondiale du Forum paysan
“... Depuis la précédente réunion du Forum paysan il y a deux ans, le
monde a connu de multiples crises, aggravées par la récession mondiale
et le changement climatique. Ces crises ont non seulement mis en lumière
des décennies de négligence du secteur agricole, mais aussi sensibilisé le
monde à l’importance du développement de l’agriculture en tant que source de croissance
économique et de stabilité politique. Elles ont également été à l’origine d’un engagement en
faveur d’une sécurité alimentaire durable à long terme...
... L’exploitation agricole, indépendamment de sa taille ou de son échelle, est une entreprise.
Chaque agriculteur voudrait nourrir sa famille et produire un excédent lui permettant d’obtenir
un revenu grâce aux échanges. Tel est le fondement de la commercialisation de l’agriculture, la
transformation de paysans pratiquant une activité de subsistance en petits entrepreneurs du
secteur agroalimentaire... Lorsque nous savons que 85% des exploitations agricoles de par le
monde ont une superficie inférieure à 2 hectares (dans le monde en développement, cette
superficie atteint parfois à peine 0,25 hectare); lorsque nous savons que 500 millions de petits
exploitants produisent 80% des produits alimentaires que nous consommons dans le monde
en développement; qu’ils vivent dans les zones rurales et constituent la majorité des ruraux
pauvres; et lorsque nous savons que les jeunes constituent plus de 60% de la population rurale
17
et que les jeunes femmes ou les jeunes filles représentent plus de la moitié d’entre eux – si nous
savons tout cela, je vous le demande, qui nourrira le monde en 2020, en 2030 ou en 2050,
alors que, d’ici là, la population de la planète comptera trois milliards d’habitants
supplémentaires, soit une augmentation de 50%?
Nous devons investir dans les jeunes ruraux d’aujourd’hui, car ils seront les agriculteurs de
demain. Les gouvernements nationaux, les partenaires du développement et le secteur privé
doivent se donner la main pour renforcer leurs capacités, pour mettre à leur disposition les
technologies dont ils ont besoin, les infrastructures rurales, les institutions financières,
l’information de marché et les liaisons qui sont les ingrédients essentiels de cette
transformation... Cela implique également le développement des capacités et les possibilités
d’emploi; cela implique d’inverser le sens des migrations qui vont actuellement des zones
rurales vers les zones urbaines; cela suppose de nouveaux partenariats commerciaux – un
changement des structures mentales; une évolution paradigmatique en matière de
développement, car l’investissement dans la jeunesse rurale est la fondation sur laquelle bâtir
des économies viables; il constitue le lien entre la productivité agricole et la sécurité alimentaire,
entre la stabilité politique et la sécurité nationale, facteurs précurseurs d’une paix mondiale.
C’est pour tout cela que milite le FIDA.
... Aucune nation, aucun peuple ne peut parvenir au développement économique si ce
développement ne trouve pas sa source à l’intérieur et si l’agriculture n’en est pas le
fondement; après tout, le développement est un processus intrinsèque et endogène. Certes, il
peut recevoir une aide de l’extérieur, mais un palmier ne peut pas utiliser l’énergie de la lumière
solaire s’il n’est pas solidement enraciné dans son propre sol!
Et l’initiative doit partir de vos organisations. Elle doit aussi prendre les jeunes pour point de
départ. Le renforcement des organisations de petits agriculteurs, pêcheurs et pasteurs est
essentiel si nous voulons parvenir à saisir les opportunités que font naître les défis du temps
présent. Il est tout aussi important de renforcer votre capacité de vous rapprocher du secteur
privé pour élargir ces partenariats, afin de mettre la demande et les marchés en relation avec
la production des petits exploitants.
Nous souhaitons que le Forum stimule les occasions de constituer des réseaux entre vous et
de renforcer votre esprit d’initiative pour parvenir à ces objectifs... Je me félicite des progrès
que nous avons pu réaliser. Mais nous devons faire fond sur notre expérience et élargir nos
partenariats... Je voudrais évoquer quatre domaines dans lesquels nous pouvons mieux faire:
• Il existe encore un certain nombre de pays dans lesquels la coopération du FIDA avec les
organisations paysannes est peu développée. Nous devons aller plus loin, et approfondir
et développer ces relations.
• Nous devons œuvrer, de concert, au renforcement des liens entre vos organisations et les
mouvements communautaires de base et investir dans le plaidoyer à l’échelon des
villages pour avoir un impact au niveau du terrain et améliorer la base globale de nos
partenariats.
• Nous devons développer le rôle de plaidoyer des organisations paysannes dans le
contexte du débat national sur les politiques. Ainsi, alors que le changement climatique
constitue un énorme défi pour les agriculteurs, rares sont les responsables des politiques
qui reconnaissent le rôle que peuvent jouer les petits exploitants dans l’atténuation de son
impact. En travaillant ensemble, nous pouvons sensibiliser les autorités nationales afin de
déterminer les meilleurs moyens de rétribuer les petits exploitants pour les services
environnementaux qu’ils peuvent fournir pour réduire les émissions de carbone.
• Nous devons assurer la participation des jeunes ruraux à l’agriculture, les aider à
s’organiser en associations de jeunes paysans, fournir des possibilités de renforcement
des capacités et de formation, de liaisons institutionnelles et d’information de marché. Ce
sont ces jeunes qui assureront la production vivrière de demain.
... Alors que, partout dans le monde, l’agriculture est aujourd’hui sous les feux des projecteurs
du fait de la crise de la sécurité alimentaire à laquelle nous avons été confrontés en 2007 et en
2008, cette troisième réunion du Forum paysan survient en temps opportun pour que nous
18
déterminions comment nous pouvons agir avec les gouvernements en vue d’accroître la
productivité et les revenus des petits exploitants. J’espère qu’à la conclusion de cette session
du Forum paysan nous aurons produit des idées novatrices sur la manière d’utiliser nos
partenariats pour élargir les débouchés offerts par le marché aux petits exploitants et mettre au
point des programmes de participation des jeunes ruraux aux activités agricoles, en incitant les
petits exploitants à évoluer d’une agriculture de subsistance vers des activités agroalimentaires
rentables et créatrices de richesses, en investissant dans leurs moyens de subsistance et en
contribuant à la sécurité alimentaire, à l’autonomisation sociale et à la croissance économique.”
Après l’allocution d’ouverture du Président, chacun des membres du comité
de pilotage du Forum paysan a fait une déclaration.
Estrella Penunia Banzuela, Secrétaire générale de l’Association des
agriculteurs d’Asie pour le développement rural durable, a salué en le
Forum paysan mondial “une grande occasion de dialoguer, de renforcer la
solidarité et d’échanger des expériences, des enseignements tirés et des
stratégies pour le développement des petits paysans et pêcheurs, hommes et
femmes, à travers le monde”. Elle a expliqué que “les petits agriculteurs,
hommes et femmes, doivent avant tout avoir une terre à labourer. Compte
tenu du prix élevé des produits alimentaires, de l’insécurité alimentaire et
du changement climatique, nous espérons pouvoir généraliser un mode de
production intégrée, diversifiée et utile à l’agriculture par le biais d’actions
massives de vulgarisation et de promotion de l’agriculture, et également en
ciblant et en faisant participer les jeunes agricultrices qui produisent la plus
grande partie de la nourriture de la planète. Nous aimerions aussi que nos
gouvernements élaborent des programmes à assise communautaire pour
gérer les catastrophes et mettent en place des systèmes d’alerte rapide
assortis d’une forte dissémination de l’information, parce que cela est très
important pour que nous puissions nous adapter au changement
climatique. Nous voudrions aussi qu’on nous aide à imaginer une politique
énergétique qui encourage un recours croissant aux sources libres d’énergie,
comme le soleil, l’eau et le vent dans toute la mesure du possible, et que
ces actions soient gérées par la communauté… Nous voudrions encourager
la création de coopératives agricoles, la formation de groupements de
producteurs spécialisés parmi les petits exploitants agricoles, hommes et
femmes, en vue d’activités coopératives de production et de
commercialisation au niveau local ou au niveau régional. Et surtout, nous
souhaiterions assurer la participation des petits exploitants aux processus
gouvernementaux de prise de décision dans les domaines qui les
concernent et les affectent, du plan local aux plans national, régional et
international.” Elle a enfin demandé au FIDA de fournir, à long terme et de
manière durable et souple, un soutien financier direct, en particulier par
l’intermédiaire des organisations faîtières aux échelons national et régional.
Alessandra Da Costa Lunas, Secrétaire exécutive de l’Instance de
coordination des producteurs familiaux (COPROFAM), a fait l’éloge du
Forum paysan qui, a-t-elle dit, “a reconnu le rôle joué par les organisations
indigènes en tant que porte-parole dans le dialogue sur les politiques mené
avec les autorités publiques en vue de la définition des grandes orientations
adéquates… Le Forum nous permet de nous sensibiliser davantage aux
importants instruments que nous pouvons élaborer ensemble pour accroître
“L’Association des agriculteurs d’Asie
pour le développement rural durable
considère que chaque réunion
mondiale du Forum paysan est une
grande occasion de dialoguer, de
renforcer la solidarité et d’échanger
des expériences, des enseignements
tirés et des stratégies pour le
développement des petits paysans et
pêcheurs, hommes et femmes, à
travers le monde.”
Estrella Penunia Banzuela, AFA
“La faim constitue malheureusement
un problème majeur à l’échelle
mondiale, mais cela nous donne en
même temps une occasion de premier
plan de placer l’agriculture familiale au
centre du débat, en reconnaissant son
importance décisive dans la lutte
contre la faim.”
Alessandra Da Costa Lunas, COPROFAM
19
le développement de nos régions.” Elle a souligné l’assistance extrêmement utile que le FIDA
apporte à la région, spécialement dans le contexte de la Commission de l’agriculture familiale
(REAF) du Marché commun du Sud (MERCOSUR), et de la promotion de cette agriculture
familiale dans le développement et la politique agricoles. Elle a aussi mis en lumière “un
certain nombre de défis auxquels nous sommes encore confrontés non seulement en
Amérique latine, mais partout dans le monde. Nous savons que les politiques élaborées au fil
des années ont tendu à favoriser l’exclusion d’hommes et de femmes de leur terre. Notre but
est de développer une agriculture à visage humain, répondant aux besoins des populations
qui jouent un rôle si important dans le travail de la terre. Il est essentiel d’étudier les
questions liées à l’accès à la terre, en fournissant des garanties aux droits des populations et
en affirmant leur droit à l’accès aux ressources naturelles, et à l’eau en particulier.” Il est un
autre défi, celui concernant la nécessité de travailler ensemble à la recherche de solutions
durables au problème de la production alimentaire. “Dans ce processus, il est capital de
prendre conscience du rôle des femmes dans la production alimentaire, et cette importance
doit être reconnue… Traditionnellement, les femmes ont accumulé une vaste expérience en
matière de production durable.” Elle a également insisté sur le fait que “les jeunes doivent
obtenir les moyens qui leur permettront de participer à l’agriculture familiale”. Alessandra Da
Costa Lunas a souligné l’importance de l’agriculture familiale et de son rôle dans l’éradication
de la faim dans le monde, et la nécessité de placer l’agriculture familiale au centre du débat.
Elle a évoqué, à cet égard, le soutien de la COPROFAM à la campagne en faveur d’une année
consacrée à l’agriculture familiale dans le cadre des Nations Unies, qui constituerait un
moyen approprié de centrer le débat, dans divers domaines d’action des pouvoirs publics, sur
l’importance de l’agriculture familiale.
Ndiogou Fall, Président du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de
l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), a exprimé sa profonde gratitude pour la
tenue de ce troisième Forum paysan. “La réunion du Forum paysan au
FIDA est désormais l’un des grands événements du calendrier agricole
international.” L’agriculture est un secteur confronté à des risques
multiples, ce qui le différencie de bien d’autres secteurs. C’est aussi l’une
des rares professions soumises à toute une gamme de contraintes qu’il
faut surmonter afin d’éviter de compromettre son avenir. L’une de ces
contraintes prend la forme d’un défi: nourrir une population croissante, et
lui offrir des produits suffisants, en qualité et en quantité, mais aussi
assurer la durabilité de la production de cette nourriture. Il faut aussi citer
“Au ROPPA, nous pensons que le
la contrainte que constitue la nécessité de produire une richesse suffisante
modèle d’agriculture à promouvoir
pour combattre la pauvreté rurale tout en respectant les impératifs de
devrait reposer sur la petite agriculture
durabilité dans des sociétés confrontées à une profonde transformation.
familiale. C’est ce modèle qui nous fera
Ndiogou Fall a remercié le FIDA du financement direct qu’il a apporté aux
aller de l’avant, et nous devons faire tout
initiatives de renforcement des capacités des quatre grands réseaux
notre possible pour soutenir les petits
régionaux en Afrique. Il a aussi souligné l’importance du processus du
exploitants qui travaillent dans des
Forum paysan dans la promotion du dialogue avec les pouvoirs publics:
conditions très difficiles.”
“C’est là un important pas en avant, mais vous devez réaliser que les pays
Ndiogou Fall, ROPPA
ne se limitent pas simplement aux gouvernements, et donc c’est déjà
quelque chose de voir les gouvernements participer davantage et réfléchir à ces problèmes.
Vous devez aller plus loin, et vous devez associer d’autres parties prenantes. Vous devez
englober toutes les personnes impliquées dans le domaine de l’agriculture et encourager la
sensibilisation et la participation. Lorsque nous parlons de cette notion d’appropriation,
nous devons nous assurer qu’elle couvre toutes les dimensions nécessaires de la question.” Il
a salué le Forum 2010 pour avoir “innové en créant un secteur spécifique consacré aux
femmes” et a exprimé le souhait qu’”un forum du même ordre soit créé pour les jeunes qui
20
seront les agriculteurs de demain”. Il a évoqué, en conclusion, la nécessité de fonder les
partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes sur des principes fiables pour
réaliser des progrès adéquats, particulièrement en Afrique, citant comme exemple la
question de l’accès à la terre, qui exige une sérieuse réflexion pour lutter contre
l’accaparement des terres et l’appropriation incontrôlée de la propriété rurale.
Herman Kumara Wijethunge, Secrétaire général du National Fisheries Solidarity
Movement (NAFSO), Forum mondial des populations de pêcheurs, a abordé les crises
financière, alimentaire et climatique dans le contexte d’un système
capitaliste dominant qui ignore les externalités pour accroître les bénéfices
et qui a pour effet la destruction de l’agriculture paysanne au profit d’une
agriculture intensive et d’un accaparement des terres pour des
investissements à grande échelle (par exemple, dans le secteur des
biocarburants). Il a relevé que “les pêches côtières et les activités menées
sur les terres côtières sont progressivement remplacées par la pêche et
l’aquaculture industrielles, la promotion du tourisme, les zones
économiques libres…” et qu’il existe donc un risque d’accaparement des
terres et d’importants investissements par les pays développés. Il a souligné
“Nous devons, en application du code
que ces solutions ne sont pas valables pour le long terme et que, faute de
de conduite de la FAO pour une pêche
mesures énergiques, les migrants climatiques se compteront par millions. Il
responsable, reconnaître que les petits
a remercié le FIDA pour le soutien qu’il a apporté aux petits agriculteurs,
pêcheurs, les artisans pêcheurs et les
aux pêcheurs et aux jeunes. Il a encouragé le FIDA à “appuyer les
communautés de pêcheurs côtiers
programmes de réforme foncière et de gestion des ressources halieutiques,
apportent une contribution essentielle
afin que les petits agriculteurs et les petits pêcheurs et tous les petits
en termes de ressources économiques,
d’emploi, de revenu et de souveraineté
producteurs de produits alimentaires puissent mettre à la disposition de
alimentaire.”
l’humanité des aliments peu coûteux en qualité et en quantité suffisantes.
Le FIDA doit soutenir une production d’énergie – solaire ou éolienne – qui
ne pollue pas la Terre mère… Nous pensons que les petits agriculteurs et les
petits pêcheurs constituent la clé de voûte de leurs pays et qu’ils en
favorisent la souveraineté alimentaire, quel que soit le pays.” Le FIDA
devrait les aider à conserver leurs modes de vie et d’acquisition des moyens
de subsistance de manière durable, et contribuer à promouvoir
l’application du “code de conduite de la FAO pour une pêche responsable,
qui reconnaît l’importance du rôle des petits pêcheurs et des artisans
pêcheurs dans la réponse aux besoins économiques des communautés de
pêcheurs côtiers… emploi, revenu et souveraineté alimentaire; et dans
lequel les États s’engagent à protéger les droits de subsistance et à accorder
aux petits pêcheurs et aux artisans pêcheurs un accès préférentiel à des lieux
de pêche supplémentaires”.
Pedro Avendaño Garcès, représentant du Forum mondial des
aquaculteurs et pêcheurs, a souligné le fait que “le secteur de la pêche
est l’une des composantes du secteur de l’agriculture, mais qu’il est
souvent invisible dans les organisations internationales et dans leur
travail. Dans le contexte des politiques nationales, la présence et la
contribution des petits pêcheurs et des organisations côtières tendent très
souvent à être oubliées… Pourtant, les petits pêcheurs nourrissent plus
d’un milliard de personnes, les pauvres de la planète. Les produits de la
pêche représentent environ 19% des protéines animales consommées par
la population mondiale.” Il a expliqué que les organisations de petits
pêcheurs “doivent élargir et développer leurs capacités organisationnelles
et faire davantage entendre leur voix sur le plan politique… développer
Herman Kumara Wijethunge, WFFP
“Vous ne pouvez pas lutter
efficacement contre la faim et la
pauvreté sans une implication des
communautés et des organisations de
petits pêcheurs. Leur secteur d’activité
est très important pour assurer la
sécurité alimentaire et sa durabilité
partout dans le monde.”
Pedro Avendaño Garcès, WFF
21
des mécanismes de formation et d’enseignement en vue d’échanges d’expériences aux plan
national et régional. Les droits de pêche doivent être attribués aux petites communautés
de pêcheurs et retirés des mains des grandes flottes de pêche commerciales qui évoluent
dans nos eaux.” On devra s’efforcer de lutter contre la tendance à la surpêche et à la
dévastation des mers du monde. Il a déclaré, en conclusion, que “le financement de
projets n’est pas aussi important que le soutien pour parvenir au respect mutuel,
l’encouragement à l’autonomie des organisations de pêcheurs, et l’inscription des océans
du monde à l’ordre du jour de la réflexion planétaire. Nous devons éviter de voir
s’éteindre la vie des communautés côtières. Nous devons éviter de voir leurs activités
submergées par celles des grandes entreprises commerciales.”
Henry Saragih, coordonnateur du Secrétariat opérationnel international de La Via
Campesina, a souligné que “le Forum paysan se tient cette année à un moment crucial pour
l’humanité, marqué par les crises alimentaire, climatique et financière... Davantage de
paysans ont été déplacés, le nombre de personnes souffrant de la faim s’est accru, et les
communautés en ruine se multiplient. Nous sommes aujourd’hui les
témoins d’une augmentation du nombre de paysans sans terres, et de
femmes et de jeunes qui ne sont pas en mesure d’avoir accès à la terre.” Il a
décrit le modèle d’agriculture nécessaire, tel que le conçoit La Via
Campesina: “Dans notre modèle, les êtres humains travaillent la terre afin
de produire de la nourriture pour répondre aux besoins des communautés
locales et protéger dans le même temps nos biens communs comme la
terre, l’eau et les semences autochtones, mais également notre culture
locale et notre histoire. Notre modèle propose une agriculture et des
systèmes agroécologiques durables pour résoudre la crise mondiale qui
“Dans notre modèle agroécologique,
pousse un nombre croissant de personnes vers l’extrême pauvreté… Notre
les êtres humains travaillent la terre
modèle apporte également une réponse au changement climatique… qui
afin de produire de la nourriture pour
est aussi à l’origine d’une crise de migration. Des millions de personnes ne
répondre aux besoins des
peuvent plus survivre sur leur propre terre et sont contraintes de migrer. La
communautés locales et protéger dans
Via Campesina est convaincue que notre modèle de production
le même temps nos biens communs
alimentaire peut atténuer ce problème des déplacements de populations.
comme la terre, l’eau et les semences
Dans le même temps, nous exigeons que soient respectés les droits de tous
autochtones, mais également notre
les travailleurs migrants et de leurs familles.” Il a souligné que l’avenir de
culture locale et notre histoire.”
la production alimentaire est entre les mains des femmes et des enfants. Il
Henry Saragih, La Via Campesina
a demandé au FIDA d’accentuer encore son appui direct aux petits
producteurs agricoles familiaux, afin d’accroître leur capacité de faire survivre leurs
exploitations et de participer au développement agricole et rural et aux politiques qui s’y
rapportent. Il a instamment demandé au FIDA “de veiller à ce que son appui parvienne
effectivement aux organisations paysannes de base, en modifiant sa manière de travailler
avec nous aux plans national et régional. Nous sommes d’avis qu’il devrait élaborer un
protocole applicable aux plans régional et national où nous soyons sûrs que son
organisation conserve son autonomie et que les financements du FIDA parviennent
réellement aux plus pauvres.” Henry Saragih a expliqué que La Via Campesina œuvre, aux
plans national, régional et international, à la création d’une charte internationale des droits
des paysans. Il a demandé, en conclusion, un appui du FIDA pour faciliter le processus de
mise en œuvre des recommandations de la Conférence internationale sur la réforme agraire
et le développement rural.
Ajaykumar Manubhai Vashee, Président de la Fédération internationale des
producteurs agricoles (FIPA), a félicité le FIDA pour les progrès réalisés “spécialement sur
le plan de la consultation des paysans dans le cadre de la conception des stratégies de
22
pays, et de la reconnaissance des femmes, qui constituent un groupe très
spécial et vulnérable à l’intérieur du secteur de l’agriculture… mais le
problème subsiste quant au retour d’information de nos programmes.
Nous avons besoin d’un mécanisme amélioré et concerté permettant le
suivi-évaluation (S&E) par les paysans… En outre, il est également
essentiel pour le FIDA que les programmes que nous entreprenons, quels
qu’ils soient, comportent un élément de conception qui les intègre
automatiquement dans la structure existante des organisations agricoles,
que ce soit au niveau du village, du district ou de la province. Cela
fournira un appoint à la sortie durable des programmes en cours du FIDA “Les défis les plus importants
et permettra de ne pas fragmenter les organisations paysannes existantes.” auxquels sont confrontés les paysans
sont liés à un environnement politique
Il a souligné qu’un “changement de mode de pensée est nécessaire de la
défectueux
et à une mauvaise
part des agences multilatérales et d’autres institutions et que lorsque les
organisation
des marchés agricoles,
pouvoirs publics s’intéressent aux paysans, ils sont mieux en mesure de le
et il n’est pas de meilleur moyen de
faire par l’intermédiaire des organisations paysannes”. Les défis les plus
les aborder que par l’organisation des
importants auxquels sont confrontés les paysans sont liés à un
producteurs, qu’il s’agisse
environnement politique défectueux et à une mauvaise organisation des
d’associations par filière, de
marchés agricoles, et il est nécessaire “de faire fond sur la durabilité et la
coopératives ou d’organisations
capacité d’adaptation de l’agriculture à petite échelle, ce qui signifie en
paysannes à vocation générale.”
substance le profit… Nous avons par conséquent besoin d’une approche
Ajaykumar Manubhai Vashee, IFAP
délibérée qui garantisse que les marchés agricoles travaillent en faveur des
petits paysans et des pauvres, et que toute politique formulée pour faire
en sorte que cela se produise prenne également en compte d’autres aspects comme les
droits relatifs à la terre et à l’eau, le financement du crédit, les transferts de technologie et
la modernisation générale de l’agriculture paysanne, et que ces aspects se voient accorder
la priorité par les pouvoirs publics… Nous avons besoin de nouveaux instruments de
gestion du risque, non seulement pour le risque climatique, mais aussi pour le risque
financier… Nous avons besoin d’une meilleure adaptation au changement climatique,
reposant sur une recherche conduite à l’initiative des paysans et davantage de services de
vulgarisation… Pour ce qui concerne l’atténuation des effets du changement climatique et
la possibilité ultérieure de crédits carbone et de rétribution pour la prestation de services
environnementaux, nous devons veiller à ce que les petits agriculteurs en bénéficient et
que toutes autres initiatives ne soient pas exclues du développement rural, comme c’est
généralement le cas.” Il a souligné, pour conclure, la nécessité d’une cohésion entre les
politiques et les initiatives aux plans national et international. “Nous devons adopter une
approche plus holistique du développement rural et de l’agriculture, pour lesquels
davantage d’investissements sont nécessaires. Mais les gouvernements sont-ils capables de
hiérarchiser ces besoins et les besoins des paysans lorsqu’ils formulent des programmes?”.
Au plan international, de nombreuses initiatives ont été prises dans le contexte de la
nouvelle architecture mondiale de l’agriculture rendue nécessaire par la crise alimentaire.
Toutefois, a demandé Ajaykumar Manubhai Vashee, “sont-elles plus cohérentes, et
sont-elles capables de répondre aux besoins des acteurs principaux, à savoir les paysans?”.
23
FIDA/R. Ramasomanana
24
III. Première séance plénière:
tendances et évolution du
partenariat du FIDA avec les
organisations paysannes
Lors de la précédente réunion du Forum, le FIDA avait présenté aux participants son rapport
intitulé “Partenariats en action 2008-2009”, établi sur la base d’une enquête menée auprès des
chargés de programme de pays du FIDA et d’un échantillon de dirigeants paysans. Le rapport
présente un bilan des progrès réalisés dans les partenariats entre le FIDA et les organisations
paysannes au cours des deux dernières années.
La première séance plénière s’est ouverte par la présentation du rapport du FIDA par
Philippe Rémy (coordonnateur des politiques), suivie par un débat ouvert sur ses principales
conclusions.
Les points saillants du rapport du FIDA au Forum, “Partenariats en action 2008-2009”, sont
résumés ci-après1:
• Méthodologie. Des données chiffrées ont été transmises pour tous les programmes
d’options stratégiques pour le pays (COSOP) et projets approuvés par le FIDA au cours
de la période 2008-2009, c’est-à-dire 18 COSOP et 69 projets. Pour la première fois, une
enquête qualitative a été réalisée auprès de diverses organisations paysannes pour
déterminer leur propre évaluation de leur participation aux activités du FIDA, en
répondant aux questions suivantes: quelle est la forme de cette participation?; quels types
d’avantages leur a-t-elle apportés?; quel a été son impact sur les résultats d’ensemble du
projet?; et ont-elles été confrontées à des difficultés particulières dans la participation aux
activités du projet? Au total, 24 organisations paysannes ont été contactées.
• Participation des organisations paysannes aux COSOP et aux projets. Au cours de la
période 2008-2009, la participation des organisations paysannes à la formulation des
COSOP a été très élevée, atteignant 83%. De plus, la qualité et l’intensité de cette
collaboration se sont très sensiblement améliorées – dans 61% des cas, les organisations
paysannes ont été considérées comme des “acteurs spéciaux”. Le chiffre correspondant,
pour la période 2006-2007, était de 55%. De manière générale, les tendances concernant
les projets sont semblables à celles relatives aux COSOP. En 2008-2009, les organisations
paysannes ont été des acteurs spéciaux dans la conception de 51% des nouveaux projets,
au lieu de 34% en 2006-2007. On a observé, dans toutes les régions, une hausse du
pourcentage de projets pour lesquels les organisations paysannes ont été associées à la
conception en qualité d’acteurs spéciaux. Le pourcentage de nouveaux projets où les
organisations paysannes interviennent comme organismes d’exécution ou comme
prestataires de services a atteint 52% en 2008-2009, chiffre en hausse de 30% par rapport
à la période biennale précédente. Les dirigeants d’organisations paysannes font partie des
comités de pilotage dans près de la moitié des projets approuvés au cours de la dernière
période biennale. Le chiffre correspondant, pour la période 2006-2007, était de 39%.
L’une des observations intéressantes tirées de l’examen concerne la créativité dont ont fait
preuve les chargés de programme de pays disposés à associer les organisations paysannes
1 L’ensemble de la présentation est repris dans l’appendice III.
25
à la conception et à l’exécution des projets. Les modalités mises en œuvre sont d’une très
grande diversité et varient en fonction des contextes nationaux ainsi que des capacités
effectives des organisations paysannes.
• Financement direct. Le montant total du financement direct accordé aux organisations
paysannes en 2008-2009 s’est élevé à 12 millions d’USD, soit plus du double du montant
de la période 2006-2007 (5,9 millions d’USD). En l’espace de six ans, le financement
direct a été multiplié par onze. Une évolution importante est à noter concernant
l’échelon géographique/organisationnel ciblé par l’appui financier direct. En 2006-2007,
un tiers environ des dons ou des contrats institutionnels avaient pour cadre l’échelon
national, les deux tiers restants étant partagés entre les échelons régional et mondial. En
2008-2009, un seul don ciblait l’échelon national. La plus grande partie du financement
destiné aux organisations paysannes nationales a été acheminée par l’intermédiaire de
leurs fédérations ou réseaux régionaux. En Afrique subsaharienne, le FIDA et la
Commission européenne financent conjointement un vaste programme consacré au
renforcement institutionnel et à l’appui à la participation à la concertation sur les
politiques aux échelons national, sous-régional et panafricain. Cette nouvelle répartition
correspond à l’évolution du nombre de dons approuvés: il est moins coûteux pour le
FIDA de traiter, aux échelons régional ou mondial, quelques dons de volume élevé et
pouvant bénéficier à un plus grand nombre d’organisations nationales par l’intermédiaire
de leurs réseaux régionaux ou mondiaux que de formuler une multitude de petits dons
ciblant des organisations nationales prises individuellement. La préférence pour les
échelons régional ou sous-régional correspond aussi à l’intérêt croissant manifesté par les
organisations paysannes pour les processus d’intégration régionale, en particulier en
Afrique et en Amérique latine.
• Appui à l’implication dans la formulation des politiques. À l’échelon régional, le FIDA
a appuyé, en Amérique latine, la participation de la COPROFAM au travaux de la REAF,
créée dans le cadre du MERCOSUR; en Amérique centrale, les organisations paysannes du
Costa Rica, de la République dominicaine, d’El Salvador, du Guatemala, du Honduras et
du Nicaragua ont bénéficié d’un appui qui leur a permis de recenser les points d’intérêt
commun et d’entamer conjointement une discussion sur la politique agricole en
Amérique centrale; en Afrique subsaharienne, le FIDA et la Commission européenne
financent conjointement un vaste programme de développement institutionnel et
d’appui à l’implication dans la formulation des politiques aux échelons national,
sous-régional et panafricain. Au plan international, le FIDA a continué d’appuyer la
participation des organisations paysannes à des conférences et des manifestations de haut
niveau, en particulier celles qui ont été organisées par la FAO. L’appui apporté dans ce
domaine a contribué à donner aux représentants des producteurs agricoles des pays en
développement la possibilité d’avoir accès aux processus d’élaboration des politiques et a
renforcé leur capacité d’exercer une influence sur les politiques. Cette évolution s’est
concrétisée par la réforme du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, au sein duquel
les organisations paysannes seront désormais des participants à part entière. En outre, le
FIDA appuie, par un don de 1,4 million d’USD, l’initiative de la FAO concernant la
formulation de Directives volontaires sur la gouvernance responsable de la tenure des
terres et des autres ressources naturelles. Les Directives volontaires visent à fournir aux
gouvernements, à la société civile et au secteur privé des indications pratiques sur la
gouvernance responsable des terres en tant que moyen de réduire la pauvreté et
l’insécurité alimentaire.
• Impact des partenariats. Pour les organisations paysannes, les avantages sont notamment
les suivants: renforcement des capacités de leurs membres; développement institutionnel;
26
plus grande cohésion et nombre accru de membres; multiplication des
contacts avec les agriculteurs et les partenaires; et amélioration du
dialogue avec les pouvoirs publics et les donateurs. Il existe également
des avantages pour les projets financés par le FIDA: focalisation accrue
sur les petits paysans pauvres; meilleure compréhension de la pauvreté
rurale; accès aux savoirs locaux et autochtones; exécution plus efficace; et
meilleur impact sur la sécurité alimentaire.
Pour conclure, Philippe Rémy a posé quatre questions concernant la voie
à suivre:
1. Comment trouver un second souffle dans notre collaboration en:
• trouvant des solutions pour renforcer les partenariats, même dans des
conditions difficiles?
• tirant un meilleur parti des bonnes pratiques?
• repensant le processus ascendant du Forum paysan, spécialement entre
les réunions mondiales?
2. Comment trouver le juste équilibre entre les échelons régional et national:
• pour le renforcement des capacités?
• pour l’appui à l’implication dans la formulation des politiques?
3. Comment renforcer notre dialogue et notre collaboration sur les grandes
questions liées à l’action des pouvoirs publics, comme le changement
climatique, la sécurité alimentaire et la gouvernance foncière?
4. Comment évaluer conjointement l’impact de nos partenariats sur le
terrain, et leur efficacité en matière de développement?
“Un dialogue doit s’établir entre le
FIDA et les organisations paysannes,
mais cela n’est pas suffisant. Ce
dialogue doit être institutionnalisé afin
d’éviter qu’il ne se produise au cas par
cas – un cadre d’ensemble afin que
chacun participe à la prise de décision
et au partage.”
Elisabeth Atangana, PROPAC
Après la présentation du rapport du FIDA, les participants se sont concentrés
sur l’examen des méthodes qui permettraient à leurs organisations respectives
et au FIDA de travailler plus efficacement ensemble. Les principaux points
ressortant du débat en séance plénière sont résumés ci-après.
• Institutionnalisation de la participation des organisations paysannes “Je pense vraiment qu’il est important
aux projets. De nombreux participants ont fait observer que, bien que
que le FIDA facilite le processus
l’on tende de plus en plus à associer les organisations de producteurs à
préparatoire du Forum au sein des
la conception des projets et des COSOP du FIDA, leur participation
organisations paysannes, parce qu’il
n’est pas encore systématique. Les décisions sur le point de savoir quand est très frustrant d’arriver dans une
enceinte où il est possible de
et comment associer les organisations paysannes, et lesquelles choisir
promouvoir ses propres priorités sans
parmi ces organisations, sont souvent prises au cas par cas par les
s’y
être préparé; c’est pourquoi
pouvoirs publics. Des directives, des mécanismes et des conditions
l’élaboration
d’un plan stratégique au
explicites ont été réclamés pour institutionnaliser leur participation aux
niveau
des
paysans
prend beaucoup
opérations du FIDA; en outre, l’approche du FIDA consistant à associer
de temps et de ressources, et ce point
les organisations paysannes devrait être appliquée dans les projets
est souvent négligé.”
cofinancés avec d’autres donateurs.
• Qualité de la participation. Il est important, pour garantir une véritable Ibrahima Coulibaly, CNOP-Mali
efficacité du processus d’élaboration du COSOP, de veiller à ce que les
organisations paysannes disposent des ressources et du temps suffisants pour que leurs
membres puissent débattre entre eux des problèmes et formuler leurs positions. À cet
effet, le FIDA devrait apporter un soutien systématique aux organisations paysannes afin
qu’elles soient préparées à participer.
• Le rôle des organisations paysannes dans la totalité du cycle du projet. Le rôle des
organisations paysannes au-delà de la phase de conception des projets est jugé important
pour s’assurer que les petits exploitants en tirent véritablement des avantages. Elisabeth
27
Atangana a suggéré de réserver une partie du budget du projet aux organisations paysannes
pour donner un exemple positif du soutien à leur participation tout au long du cycle du
projet. Ajaykumar Manubhai Vashee a préconisé une méthode de S&E permettant aux
organisations paysannes de participer, et a rappelé aux membres du Forum que le S&E a
pour objectif de mesurer non seulement l’impact, mais aussi l’efficacité de l’exécution d’un
projet, avec d’amples répercussions sur les investissements futurs.
• Représentativité des organisations paysannes. Un certain nombre de
participants ont souligné la nécessité d’associer à la conception et à
“Ce n’est pas sorcier, mais le suivil’exécution des projets des organisations paysannes authentiques et
évaluation est un outil qui vous permet
représentatives, et non des organisations créées par les projets ou par les
de mesurer quelque chose, et une
gouvernements. Plutôt que de voir les projets créer de nouvelles
chose que vous pouvez mesurer est
organisations, il conviendrait d’orienter les efforts vers le renforcement des
une chose que vous pouvez réparer.
organisations existantes et d’appuyer leur participation. La nécessité de
Le plus important, pour moi, c’est qu’à
veiller à ce que les organisations paysannes représentent et fassent participer
plus long terme cet outil aidera aussi
les gouvernements nationaux à
tous leurs membres, les femmes comme les hommes, a également été
déterminer l’ordre de priorité de leurs
soulignée.
projets, parce qu’ils seront en mesure
• Soutien direct aux organisations paysannes. Poursuivre et amplifier le
de voir ce qui marche et ce qui ne
soutien direct du FIDA aux organisations paysannes font partie, selon les
marche pas.”
participants, des actions essentielles à la garantie de leur autonomie vis-à-vis
des gouvernements et au renforcement de leur viabilité économique. Karen
Ajaykumar Manubhai Vashee, IFAP
Serres, de la FIPA, a souligné la nécessité de développer, chez les paysans, les
capacités productives qui permettent l’augmentation des revenus.
Les participants ont préconisé un renforcement des capacités dans divers domaines
thématiques et techniques, comme l’accès au marché, la terre et la gouvernance des ressources
naturelles. Il faut aussi, dans le même temps, soutenir les structures des organisations
paysannes pour s’assurer que les ressources des organisations régionales et nationales
parviennent progressivement jusqu’aux organisations de base, selon le principe de subsidiarité.
• Implication dans la formulation des politiques. On a observé qu’outre les ressources
financières qu’il fournit le partenariat direct entre le FIDA et les organisations paysannes
entraîne la reconnaissance et la facilitation, par le gouvernement, de l’accès de ces
organisations aux processus de concertation sur les politiques. Selon l’expression
d’Elisabeth Atangana, “le FIDA a fait venir les organisations paysannes sur le devant de la
scène”. Plusieurs participants ont aussi relevé l’importance de l’appui à leur participation
aux processus régionaux ou mondiaux d’élaboration des politiques. Les fédérations et les
réseaux régionaux ont un rôle clé, qui est de représenter les agriculteurs dans les processus
d’intégration régionale et les processus connexes de définition des politiques, et il est
important, selon Philip Kiriro de la Fédération des agriculteurs d’Afrique orientale (EAFF),
que le FIDA continue à les appuyer.
Les participants ont abordé plusieurs domaines dans lesquels le FIDA doit soutenir la
participation des organisations paysannes à la concertation sur les politiques – et surtout les
questions liées au marché, à l’accès à la terre et à la gouvernance des ressources naturelles, et à
la jeunesse.
• Les questions liées au marché. Alberto Ercilio Broch, de CONTAG-Brésil, a rappelé aux
participants que le secteur agro-industriel, et en particulier la présence de grandes sociétés
multinationales dans les zones rurales, constitue un défi majeur pour les petits exploitants
agricoles, et qu’il convient d’y faire face si l’on veut résoudre les problèmes de
marginalisation et l’avenir de l’agriculture familiale. Il existe d’énormes écarts entre la
rémunération perçue par les petits exploitants pour leurs produits et le prix payé par le
28
consommateur. Il faut trouver le moyen de faire apparaître ces questions
dans le contexte du dialogue, étant donné qu’elles font partie intégrante
de l’avenir des petits exploitants agricoles et de l’agriculture familiale.
• L’accès à la terre et aux ressources naturelles. Les participants ont
également évoqué le rôle des réseaux d’organisations paysannes, qui
contribuent à modeler la gouvernance des ressources naturelles.
Plusieurs d’entre eux ont fait référence à la distorsion des politiques
nationales, qui favorisent les investissements multinationaux à grande
échelle aux dépens des intérêts des petits producteurs ruraux, et au rôle
“Les grandes multinationales ont un
décisif que jouent les organisations paysannes dans la défense des
non seulement sur la terre,
impact
moyens de subsistance ruraux.
mais aussi sur l’eau. Au Pérou, nous
• La jeunesse. Améliorer la rentabilité de l’agriculture est nécessaire pour
avons des sociétés minières qui font
attirer les jeunes ruraux – le caractère transversal de ce thème est apparu
des forages pour puiser de l’eau et qui
tout au long des débats. Parmi les domaines clés dans lesquels le FIDA
utilisent aussi les eaux de surface. Les
pourrait intervenir pour s’adresser à la jeunesse, les participants ont
États sont intéressés par les bénéfices
notamment cité: professionnaliser l’agriculture par le biais de la
qui découlent des activités minières.
formation, améliorer la durabilité des moyens de subsistance ruraux et
Mais nous, les petits paysans, n’avons
de l’emploi rural, et garantir aux jeunes la sécurité de jouissance du sol et
plus assez d’eau pour irriguer nos
l’accès au crédit. George Dixon Fernandez, du Mouvement international
champs. Il n’y a pas d’agriculture sans
de la jeunesse agricole et rurale catholique (MIJARC), a souligné qu’une
terre, mais il ne peut pas non plus y
approche ciblant les jeunes ruraux devrait être intégrée dans la
avoir d’agriculture sans eau.”
conception de tous les projets du FIDA. Dans le cadre du processus du
Lucila Quintana, JNC
Forum paysan, un certain nombre de participants ont suggéré
l’organisation d’une réunion spéciale de jeunes agriculteurs afin d’établir
les grandes lignes des expériences acquises par les organisations dans la
prise en compte des jeunes et de définir une stratégie commune destinée à la jeunesse.
Germán Cartagena, de l’Union nationale des agriculteurs et éleveurs (UNAG), a suggéré
que le FIDA et d’autres institutions de financement envisagent aussi l’élaboration d’une
politique spécifique concernant la jeunesse.
Le FIDA réagit aux débats en séance plénière
Kevin Cleaver, Vice-Président adjoint, chargé des opérations, a formulé un certain nombre
d’observations et de suggestions, en prenant pour base les questions soulevées au cours des
débats en séance plénière. Les paragraphes ci-après sont extraits de sa réponse.
“Ma réponse sera un peu provocatrice parce que je souhaite engager un débat. Je suis frappé,
en entendant les déclarations des femmes, par l’extrême complexité de notre contexte. Il ne
s’agit pas simplement de travaux agricoles et d’agriculture, mais aussi de politique sociale, de
droit, d’éthique et d’économie. L’un des problèmes que nous rencontrons est que nous avons
des objectifs multiples. Le résultat est un mélange plutôt compliqué. Si vous juxtaposez cela à
la nature du FIDA – institution spécialisée des Nations Unies –, nous voilà face à un véritable
casse-tête ne faisant pas seulement appel à nos compétences dans l’agriculture, mais aussi à
des dimensions liées à l’éthique, au droit, etc.
Maintenant, la question critique: vous souhaiteriez tous que nous apportions un appui beaucoup
plus dynamique à la participation des groupes de paysans et de femmes, avec différents niveaux
de participation: un simple niveau de consultation, un deuxième niveau de conception des
projets, un troisième pour leur mise en œuvre et enfin celui du suivi et de l’évaluation. C’est cela
que nous voudrions voir se produire. Nous sommes tous sur la même longueur d’onde. Nous
voulons grimper dans la hiérarchie des partenariats, et passer d’une invitation à une réception à
une participation au suivi et à l’évaluation de nos actions. Et, dans certains pays, nous y
parvenons…”
29
FIDA/Susan Beccio
30
IV. Réunions des groupes de
travail régionaux: progrès réalisés
et objectifs futurs des partenariats
entre le FIDA et les organisations
paysannes aux niveaux national
et régional
La session 2010 du Forum a fait une large place à la discussion des questions opérationnelles
au sein des groupes de travail régionaux. Les participants au Forum paysan, ainsi que des
membres du personnel de chacune des divisions régionales du FIDA, se sont répartis en cinq
groupes régionaux pour examiner les progrès réalisés à ce jour à propos des partenariats entre
le FIDA et les organisations paysannes, et les objectifs futurs des partenariats aux niveaux
national et régional. Les sections ci-après contiennent un résumé des débats de chacun des
groupes de travail, ainsi qu’une synthèse des principaux points de discussion qui se sont
dégagés au cours de la réunion plénière qui a suivi les réunions des groupes de travail.
1. Afrique de l’Ouest et du Centre
La réunion, présidée par le Directeur de la Division Afrique de l’Ouest et du Centre (WCA)
du FIDA, a réuni des membres du personnel du FIDA travaillant dans la région, les
dirigeants du ROPPA et de la PROPAC, des représentants des organisations nationales de
paysans dans la région, ainsi que des observateurs d’organisations gouvernementales et non
gouvernementales. La séance a été introduite par Léopold Sarr, chargé de programme de
pays du FIDA au sein de WCA, qui a proposé trois thèmes de discussion:
1. Quel jugement les organisations paysannes portent-elles sur leur partenariat avec le FIDA
et, plus précisément, sur leur participation à la formulation des stratégies du FIDA
(COSOP) et à l’exécution des projets?
2. Quelle opinion ont-elles de l’appui du FIDA au renforcement de leurs capacités?
3. Existe-t-il de nouveaux domaines qui ne soient pas encore couverts par les programmes en
cours du FIDA et dans lesquels les organisations paysannes souhaiteraient recevoir une aide?
Participation des organisations paysannes à la
formulation des COSOP et à l’exécution des projets
Les représentants des organisations paysannes ont noté que
d’importants progrès ont déjà été réalisés dans l’association
de leurs organisations à la préparation des COSOP et à
l’exécution des projets, mais que plusieurs contraintes sont
encore insuffisamment prises en compte.
• Capacités et ressources nécessaires à la participation.
Les organisations paysannes ont indiqué qu’elles ne sont
pas familières de ces processus et qu’elles manquent
souvent des capacités et des ressources nécessaires pour
s’y préparer et être en mesure d’y participer sur un pied
31
d’égalité avec les autres parties prenantes. En outre, elles ont besoin de plus de temps
pour parvenir à des consensus sur les positions à défendre. Ces processus ne prennent
toutefois pas en compte ces exigences, et c’est généralement à la dernière minute que les
organisations paysannes sont invitées à participer. D’autre part, les autorités publiques
peuvent aussi ne pas être familiarisées avec les processus participatifs, ce qui ne contribue
pas à résoudre les difficultés spécifiques des organisations paysannes.
Le personnel du FIDA reconnaît que les règles régissant la conception des COSOP ne
contiennent aucun mécanisme spécifique visant à faciliter la participation des
organisations paysannes en termes de temps ou de ressources financières. Les chargés de
programme de pays ont toutefois fait état de plusieurs exemples positifs d’association des
organisations paysannes aux processus de conception, qui devraient contribuer à la
définition des mécanismes appropriés. Au Mali, l’emploi des fonds du projet a facilité la
participation d’organisations paysannes. Au Burkina Faso et au Congo, plusieurs ateliers
préparatoires ont été organisés afin d’aider les organisations paysannes à élaborer leurs
propres positions à soumettre aux ateliers nationaux réunissant toutes les parties
prenantes; en outre, de très nombreux échanges sont intervenus, par voie électronique,
entre les organisations paysannes et le FIDA au Burkina Faso. En Guinée, les
organisations paysannes participent à la conception des projets et à d’autres missions clés
du FIDA. On a également noté que la participation d’un représentant d’une organisation
paysanne au processus d’amélioration de la qualité, comme ce fut le cas dans un projet
récemment approuvé au Sénégal, peut avoir des résultats extrêmement positifs.
• Représentativité. Les organisations paysannes n’ont pas toutes le même degré
d’organisation ni de représentativité. Dans certains pays, elles peuvent être très
fragmentées, ou manquer de liaisons solides entre les échelons national et local, ou
encore être des émanations des pouvoirs publics et ne pas être reconnues par les paysans
comme représentant véritablement leurs intérêts. La qualité du dialogue dépend aussi de
la participation d’organisations représentatives et bien structurées.
Recommandations. Le Directeur de la Division WCA a résumé les débats en déclarant que
la Division doit institutionnaliser son dialogue avec les organisations paysannes et l’adapter
à leurs divers stades de développement dans les 24 pays relevant de la Division. À cet effet,
a-t-il dit, i) conformément aux directives relatives aux COSOP, les organisations paysannes
doivent être associées à la formulation du COSOP; ii) des ressources financières doivent être
mises à disposition pour faciliter leur participation à la formulation des COSOP et des
projets, et cette participation doit être planifiée à l’avance; iii) les capacités des organisations
paysannes doivent être renforcées pour qu’elles puissent apporter une contribution efficace;
iv) les organisations paysannes doivent être représentées au sein des équipes de gestion des
programmes de pays et des comités de pilotage des projets; et v) des réunions avec les
organisations paysannes doivent être systématiquement prévues dans le cadre de toutes les
missions du FIDA. Il a également noté que leur participation doit être plus clairement
définie dans le COSOP et les accords de financement et que, bien que leur participation au
processus d’amélioration de la qualité doive se poursuivre, il est plus important encore
d’assurer leur participation à la formulation des projets.
Les organisations paysannes ont elles aussi formulé un certain nombre de
recommandations: i) planifier bien à l’avance le processus de formulation du COSOP ainsi
que la participation des organisations paysannes, afin que ces dernières disposent d’un délai
suffisant pour organiser des consultations internes et établir des positions solides; ii)
communiquer des informations sur le processus du COSOP à un large éventail
d’organisations paysannes pour s’assurer que l’accès à l’information n’est pas limité aux
organisations non gouvernementales (ONG) soutenues par les pouvoirs publics; iii) faire en
32
sorte que des ressources financières puissent être mises à disposition des
organisations paysannes à titre de soutien direct au renforcement de leurs
capacités de contribuer efficacement aux processus de conception; iv)
veiller à une participation accrue des femmes, en particulier dans les
comités de pilotage des projets; v) décrire les expériences positives en
matière de partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes, les
faire connaître et explorer les moyens de les reproduire; et vi) dans certains
pays, développer les capacités des autorités publiques afin qu’elles
comprennent mieux les processus participatifs et qu’elles soient capables de
Mohamed Beavogui, Directeur de la Division
nouer un véritable dialogue avec les organisations paysannes. Il a
Afrique de l’Ouest et du Centre du FIDA
également été observé que l’inclusion systématique des organisations
paysannes dans les missions du FIDA (programme de visites) donnerait une visibilité accrue
au partenariat et contribuerait à favoriser le dialogue entre les organisations paysannes et les
pouvoirs publics à propos de l’exécution du projet.
Soutien du FIDA au renforcement des capacités
• Dimension économique du renforcement des capacités. Tous les représentants des
organisations paysannes ont souligné que, bien qu’ils aient fait – avec quelques résultats
positifs – tout leur possible pour développer leurs capacités de plaidoyer et de lobbying,
leur priorité est maintenant de répondre à la demande de services économiques
émanant de leurs membres pour les aider à s’intégrer dans des filières rentables, à avoir
accès aux intrants et aux ressources financières, à commercialiser leur production, à créer
de la valeur ajoutée par le biais de la transformation et à respecter les normes de qualité,
entre autres. Ce programme exige, à son tour, un renforcement des capacités
organisationnelles – par exemple, pour appuyer le développement des coopératives,
organiser les achats collectifs d’intrants ou la commercialisation, et donner une forme
juridique aux groupes informels. Des cas ont été cités où le FIDA continue à axer son
soutien sur la production sans garantir l’accès aux marchés. Une autre préoccupation
majeure tient à la nécessité, pour les organisations paysannes, de générer leurs propres
ressources afin de moins dépendre des sources de financement extérieures. Les liaisons
entre le développement de la puissance économique et l’acquisition d’une légitimité et
d’une crédibilité politiques ont également été soulignées.
• Modalités de soutien. Selon les organisations paysannes, la question des capacités doit être
abordée simultanément aux niveaux régional et national, parce que leurs fonctions sont
complémentaires. Elles estiment également que les formes classiques de soutien, axées sur
l’assistance technique, ne sont pas toujours adaptées aux paysans. En revanche, l’échange
d’expériences entre paysans, aussi bien Sud-Sud que Nord-Sud, est considéré comme une
approche très efficace, à laquelle le FIDA pourrait apporter son soutien. Il a été fait référence
à des expériences positives de développement des échanges avec les organisations paysannes
du Sénégal associées au Projet de services agricoles et organisations de producteurs (PSAOP),
ainsi qu’entre des organisations paysannes ouest-africaines et brésiliennes. La nécessité
d’impliquer les fonctionnaires dans ces échanges d’expériences a également été soulignée.
Les chargés de programme de pays du FIDA ont indiqué que les procédures du FIDA et/ou
nationales peuvent empêcher les organisations paysannes de conclure des contrats avec des
prestataires de services. On a d’autre part noté que, dans les projets du FIDA, ce sont les
budgets de formation qui ont les plus faibles taux de décaissement.
Recommandations. Résumant les principales conclusions des débats, le Directeur de la
Division WCA a reconnu que le FIDA devrait avoir pour priorité le renforcement de la
33
capacité des organisations paysannes de produire davantage et mieux, et de transformer et
de commercialiser leur production. Il a également indiqué que le soutien du FIDA doit être
modulé suivant les différentes fonctions et priorités aux échelons local, régional et national,
et que le meilleur moyen de renforcer les capacités consiste à promouvoir l’échange de
savoirs et d’expériences, tant positives que négatives, avec des agriculteurs de la région et des
agriculteurs d’autres continents. Il a souligné l’importance de la jeunesse comme force de
modernisation du secteur de l’agriculture, et la nécessité d’investir dans les jeunes
producteurs. Il a également recommandé que le FIDA révise ses propres procédures pour
faciliter la passation de contrats par les organisations paysannes, et que les projets cherchent
à mieux adapter leur offre à la demande effective des organisations paysannes, afin de
parvenir à un meilleur taux de décaissement des budgets de formation.
En outre, les représentants des organisations paysannes ont insisté sur la nécessité de faire
en sorte que les agricultrices tirent aussi parti des activités de renforcement des capacités. Il a
également été recommandé que des fonds renouvelables destinés aux organisations
paysannes soient inclus dans les projets du FIDA, afin de contribuer à la génération de
ressources et à la réduction de la dépendance financière.
Autres domaines dans lesquels il convient de renforcer le partenariat du FIDA avec les
organisations paysannes
Les représentants des organisations paysannes ont cité trois domaines prioritaires:
• Forums paysans aux échelons régional et national. Des forums devraient être organisés,
aux échelons régional et national, pour la préparation du Forum paysan, et devraient être
associés à d’autres parties prenantes du secteur.
• Accaparement des terres. Les organisations paysannes estiment urgentes les réponses à
cette question parce que l’accaparement des terres met en jeu la stabilité de tout un pays.
Il a été noté qu’à la suite de l’étude conduite par le FIDA, la FAO et l’Institut international
pour l’environnement et le développement des Directives volontaires sont en cours
d’élaboration à l’intention des investisseurs. Le Directeur de la Division WCA a confirmé
que le FIDA était disposé à se tenir aux côtés des organisations paysannes sur cette
question.
• Jeunesse et formation professionnelle. Il est indispensable de mettre en place, à
l’intention des jeunes, des systèmes nationaux durables de formation professionnelle, qui
doivent prendre en compte les initiatives paysannes connexes, comme les universités
paysannes. Le Directeur de la Division WCA a affirmé que la participation du FIDA à la
recherche d’une solution à cette question prioritaire serait examinée dans le cadre de la
formulation des COSOP.
L’un des membres du groupe de travail a ajouté qu’il avait été suggéré d’organiser, avant la
prochaine réunion mondiale du Forum paysan, des forums décentralisés qui garantiraient
une appropriation à différents échelons régionaux et renforceraient le dialogue entre les
organisations paysannes, les autorités locales et les communautés économiques et
commerciales locales.
2. Afrique orientale et australe
Cette réunion a été présidée par Ides de Willebois, Directeur de la Division Afrique
orientale et australe (ESA), et animée par Benoît Thierry, chargé de programme de pays
pour Madagascar et les Seychelles. Trois exposés ont été présentés au cours de la réunion de
ce groupe de travail. Les deux premiers exposés ont abordé les progrès réalisés sur le plan
des partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes à l’échelon national dans le
cadre d’un don (Réseau national des groupements d’agriculteurs – MVIWATA, RépubliqueUnie de Tanzanie) et d’un prêt (Projet d’appui au renforcement des organisations
34
professionnelles et aux services agricoles – AROPA,
Madagascar). La troisième intervention a présenté les
progrès réalisés en termes de concertation sur les politiques
publiques dans le cadre du Programme d’appui aux
organisations paysannes africaines (SFOAP) (don aux
organisations paysannes faîtières d’Afrique).
Exposé sur le MVIWATA (République-Unie de Tanzanie)
Steven Ruvuga a présenté le projet MVIWATA (2009-2012),
dont il est le coordonnateur au cours des trois années de son
exécution. Le projet est axé sur le renforcement des capacités
des groupes de paysans en vue d’obtenir un meilleur impact
sur la planification et la mise en œuvre, à l’échelon national,
de l’approche sectorielle de l’agriculture (A-SWAp). Il a pour objectifs: i) la formation des
dirigeants et des groupements paysans; ii) l’établissement de liens avec les décideurs; et iii)
le renforcement des groupes et des réseaux locaux dans le contexte de l’aménagement des
districts et de la mise en œuvre de l’A-SWAp. Le projet a notamment permis de faire évoluer
la mentalité des paysans, avec un passage d’une attitude passive à une attitude active vis-à-vis
de l’aménagement des districts et de l’exécution; de multiplier les partenariats et d’accroître
le dialogue à tous les échelons, y compris celui des comités du système de suivi des dépenses
publiques; d’accroître la participation des paysans aux comités; et de constituer des réseaux
de paysans.
Tout en soulignant l’efficience du projet, l’exposé a aussi mis en évidence les deux
structures mentales qui en ont freiné le progrès: les services publics décident de tout sans
consulter les paysans; et le gouvernement doit faire des choses pour eux, d’où l’importance
des engagements à long terme. Steven Ruvuga a également insisté sur le rôle que peuvent
jouer les organisations paysannes faîtières dans l’offre aux groupements paysans de base
d’un soutien en matière de renforcement des capacités.
Exposé sur l’AROPA (Madagascar)
Solofo Andrianjafimahatratra, Président de la Chambre d’agriculture de Madagascar, a
présenté les activités du projet AROPA, soutenu par le FIDA, et décrit le processus qui avait
abouti à ce projet et à l’accord de prêt. Le partenariat entre le FIDA et les organisations
paysannes a débuté bien avant la conception de l’AROPA, par un petit don et une
participation des organisations paysannes à la formulation du COSOP. Ce capital
d’amorçage a contribué à l’ouverture d’un dialogue entre les organisations paysannes, qui a
mis en évidence l’importance d’une organisation faîtière unique couvrant l’ensemble de ces
organisations. Le dialogue entre l’organisation faîtière et le gouvernement a abouti au projet
AROPA, d’un montant total de 20 millions d’USD sur une période de dix ans. Le projet
fournit des services aux organisations paysannes à tous les niveaux, depuis la base jusqu’à
l’organisation faîtière, mais également à la Chambre d’agriculture.
Les centres de services agricoles (CSA), mis en place par les organisations paysannes
faîtières, ont pour objectif de pallier l’absence de services agricoles destinés aux paysans. Les
CSA permettent d’établir un lien entre les agriculteurs, les intermédiaires et les opérateurs. Ils
ont entrepris une consultation avec les organisations paysannes, mais aussi avec des
agriculteurs n’appartenant pas à ces organisations.
Du point de vue de l’AROPA, les éléments essentiels au succès du partenariat sont:
• un soutien à l’organisation d’élections nationales conduisant à une meilleure
représentation et à une légitimité accrue des dirigeants des organisations paysannes
faîtières et de la Chambre d’agriculture;
35
• un soutien institutionnel et un renforcement des services du Ministère de l’agriculture
pour améliorer l’ancrage et la coordination des activités de soutien aux organisations
paysannes; et
• un soutien à moyen terme (dix ans) aux organisations paysannes pour la mise en
œuvre des politiques et stratégies.
Du point de vue des organisations paysannes, les éléments clés sont les suivants:
• l’augmentation du financement direct des initiatives prises par les organisations
paysannes;
• le renforcement de la gestion des savoirs en matière de développement agricole
pertinent pour les organisations paysannes; et
• la promotion de dirigeants paysans, spécialement parmi les femmes et les jeunes.
Exposé sur le SFOAP
Doug Taylor-Freeme, Président de la Confédération des syndicats agricoles d’Afrique australe
(SACAU), a présenté le Programme d’appui aux organisations paysannes africaines
(SFOAP), un programme triennal lancé en novembre 2009 grâce à un important don de
l’Union européenne (5 millions d’euros) et à un soutien du FIDA d’un montant de
1,5 million d’USD. La demande de financement par un don a abouti à un programme
quadriennal (2009-2012) couvrant 36 organisations paysannes à l’échelon national, quatre
réseaux régionaux et une plate-forme panafricaine. Le SFOAP a pour objectifs principaux
l’autonomisation des organisations paysannes grâce au renforcement de leurs capacités par
l’intermédiaire des organisations paysannes régionales, et le renforcement du rôle joué par
les organisations paysannes dans l’élaboration des politiques et des programmes. Les trois
quarts des composantes du programme sont consacrés au développement institutionnel, le
dernier quart concernant la participation aux processus d’élaboration des politiques.
Les résultats ci-après ont été obtenus au cours de la première année (2009) du programme:
• capacité organisationnelle accrue: six organisations paysannes ont créé des bureaux
permanents, 14 organisations prévoient le recrutement de nouveaux administrateurs;
une formation a déjà été assurée dans les domaines de la gestion de projet et de la
comptabilité;
• amélioration des relations avec les membres: le soutien aux organes directeurs des
organisations paysannes, et notamment l’élaboration de textes statutaires et la tenue de
réunions statutaires, a contribué à améliorer les structures institutionnelles; la
communication et la transparence se sont accrues entre les plates-formes des
organisations paysannes nationales et leurs membres; et
• concertation sur les politiques: la plus grande partie du programme sera consacrée au
développement d’activités en 2010 (une grande étude sur la concurrence pour la terre,
par exemple, est en cours de réalisation par la SACAU et sera à l’ordre du jour de la
conférence sur les politiques les 29 et 30 mars).
Recommandations. Ces trois exposés ont fait clairement apparaître que les organisations
paysannes peuvent jouer un rôle pilote dans l’élaboration de programmes fondés sur leurs
besoins. Le débat qui a suivi ces présentations a été axé sur la détermination des moyens
appropriés pour une meilleure collaboration entre le FIDA et les organisations paysannes et
sur la formulation de recommandations concrètes. Les recommandations adressées au FIDA
sont les suivantes:
• promouvoir un dialogue sans exclusive entre les pouvoirs publics, les organisations
paysannes et la société civile (ONG);
• faire participer les organisations paysannes aux équipes de gestion des programmes de
pays du FIDA (concertation sur les politiques);
36
• faire participer les organisations paysannes aux équipes de conception des COSOP et
des projets;
• associer les organisations paysannes à l’exécution et à la supervision des projets; et
• aider les organisations paysannes à fournir davantage de services commerciaux à leurs
membres.
3. Proche-Orient, Afrique du Nord, Europe centrale
et orientale
Présidé par Nadim Khouri, Directeur de la Division ProcheOrient et Afrique du Nord (NEN), le groupe de travail était
composé de représentants de l’Arménie, de la Jordanie, du
Maroc, du Soudan et de la Tunisie, ainsi que d’organisations
paysannes internationales. Des membres de la Division NEN
et d’autres membres du personnel du FIDA étaient
également présents.
La première partie de la réunion du groupe de travail a été
consacrée à une présentation du travail du FIDA dans la région;
le programme comporte 43 projets en cours dans 16 pays, pour
des montants de 600 millions d’USD sous forme de prêts et de 26 millions d’USD sous forme
de dons. Les principaux domaines thématiques d’intervention du programme du FIDA dans la
région sont:
• la gestion des ressources naturelles (terre et eau);
• l’augmentation de la production et de la productivité agricoles;
• le développement rural communautaire et de zone;
• les activités génératrices de revenus; et
• les services financiers ruraux.
En Europe centrale et orientale et dans les nouveaux États indépendants, les projets financés
par le FIDA concernent les domaines thématiques suivants:
• les services financiers ruraux;
• les filières commerciales pour les petits exploitants ruraux (gestion de la filière
d’approvisionnement);
• l’économie rurale non agricole par le soutien aux petites et moyennes entreprises; et
• les infrastructures d’inspiration commerciale.
L’exposé contenait des exemples de collaboration entre le FIDA et les organisations
paysannes au cours de la période 2008-2009, notamment dans les domaines de la
formulation des stratégies de pays, la conception et l’exécution des projets et le renforcement
des capacités.
À la suite de cette présentation, le groupe de travail a débattu des progrès réalisés dans la
collaboration entre le FIDA et les organisations paysannes, et a pris note du programme de
travail du FIDA pour les trois prochaines années. Les organisations paysannes ont établi la
liste suivante des domaines prioritaires pour elles-mêmes et leurs membres:
• amélioration de l’accès à la finance rurale;
• soutien à la commercialisation et à l’accès aux marchés;
• accentuation de la valeur ajoutée dans l’agriculture et gestion de la chaîne de valeur;
• amélioration de la gestion de l’eau et de l’accès aux ressources en eau;
• adaptation au changement climatique;
• appui aux organisations de femmes et amélioration de l’accès direct des femmes aux
ressources naturelles et financières;
37
• association de la jeunesse rurale et amélioration des possibilités d’emploi dans
l’agriculture; et
• amélioration de l’environnement porteur et des systèmes de gouvernance pour les
organisations paysannes privilégiant leurs membres.
Au cours du débat, un certain nombre d’enseignements se sont dégagés de la collaboration
en cours:
• Les organisations paysannes peuvent influencer les politiques des pouvoirs publics en
matière de gestion des ressources naturelles, et le partenariat entre le FIDA et les
organisations paysannes peut contribuer efficacement à l’amélioration/à la formulation
des politiques et stratégies nationales.
• Les syndicats paysans et les organisations paysannes nationales sont souvent dominés
par les défenseurs des intérêts des gros exploitants (ou des zones agricoles les plus
riches) et doivent faire un effort pour s’adapter aux besoins des petits paysans pauvres
des zones marginales.
Le FIDA a écouté les recommandations formulées par les organisations paysannes et
examiné les possibilités de coopération future. Les recommandations étaient les suivantes:
• définir des programmes et des projets spécifiques se prêtant à une collaboration, en
prenant en compte les succès antérieurs et en adaptant les innovations techniques et
institutionnelles à la région, au pays ou au site spécifique;
• faire fond sur les institutions existantes ayant fait leurs preuves et dont le système de
gouvernance est à la fois adaptable et autonome (ne dépendant pas du
projet), afin de garantir la durabilité;
• veiller à ce que les futurs programmes prennent en compte les besoins
des femmes et des jeunes, dans la mesure du possible grâce à un
financement par des dons;
• collaborer avec les réseaux d’organisations paysannes et les soutenir,
en renforçant leurs capacités et en favorisant le partage des savoirs et
l’accès à l’information;
• veiller à l’inclusion des petits exploitants agricoles;
• veiller à ce que les organisations paysannes collaborant aux projets
Nadim Khouri, Directeur de la Division
Proche-Orient et Afrique du Nord
financés par le FIDA soient gérées par leurs membres et représentatives
des paysans;
• travailler avec différents types d’organisations paysannes (organisations informelles, de
pasteurs, de pêcheurs), et pas seulement celles qui sont soutenues par l’État;
• évaluer diverses possibilités d’enregistrement (par exemple, sous la forme
d’associations professionnelles) pour éviter l’étiquetage politique ou les interférences
politiques; et
• chercher à faire en sorte que le cadre réglementaire général favorise les organisations
paysannes gérées par leurs membres, à but non lucratif et reposant sur l’autoassistance.
Le FIDA s’est engagé à continuer de rechercher la participation des organisations
paysannes dans les pays suivants: l’Arménie (en mettant l’accent sur l’appui aux études de
marché et aux systèmes d’information des paysans basés sur le Web); la République arabe
syrienne (en mettant l’accent sur le renforcement des capacités et sur les fonds de
développement pour les associations de gardiens de troupeaux); l’Azerbaïdjan et la
République de Moldova (en mettant l’accent sur le soutien aux associations d’usagers de
l’eau et de producteurs); et la Jordanie, le Maroc, la Tunisie et le Soudan (en matière de
conception et d’exécution des projets).
Les participants se sont engagés à explorer les possibilités d’un soutien institutionnel aux
38
organisations paysannes en rapport avec les activités spécifiques aux pays mentionnées cidessus, et d’un soutien pour leur permettre d’améliorer leur gouvernance, afin de s’assurer
que tous les petits exploitants agricoles sont pris en compte et de renforcer les capacités des
organisations paysannes pour qu’elles puissent répondre à leurs besoins. Les participants ont
aussi convenu de chercher à accroître la participation des organisations paysannes des
régions Proche-Orient et Afrique du Nord et Europe centrale et orientale et nouveaux États
indépendants à de futures manifestations, afin que la voix des paysans de ces régions puisse
être entendue dans ces enceintes.
4. Amérique latine et Caraïbes
C’est Mme Josephina Stubbs, Directrice de la Division
Amérique latine et Caraïbes, qui a présidé la réunion à
laquelle ont participé des membres du personnel du FIDA
travaillant dans la région, des dirigeants des organisations
paysannes régionales et nationales, et des observateurs
d’organisations gouvernementales et non gouvernementales.
L’allocution d’introduction a été prononcée par Paolo Silveri,
chargé de programme de pays du FIDA dans la région
Amérique latine et Caraïbes, qui a proposé d’articuler le
débat autour de deux dimensions principales: la dimension
du projet et la dimension politique. Les participants ont formulé des recommandations
reflétant les deux dimensions dans lesquelles ils dialoguent avec le FIDA. Les
recommandations adressées au FIDA sont les suivantes:
Au niveau du projet (par le biais des prêts accordés aux gouvernements)
• Le FIDA devrait trouver des formes viables de consultation efficace avec les
organisations à deux moments particuliers – au cours de l’élaboration du COSOP et
pendant la conception du projet – en veillant constamment à la participation active
des femmes et des jeunes au processus de consultation.
• Le FIDA devrait promouvoir le renforcement des capacités, en donnant la priorité aux
femmes et aux jeunes, avec un double objectif: fournir les capacités nécessaires à
l’exécution du projet (l’assistance technique, par exemple); et améliorer la capacité de
plaidoyer des organisations dans le contexte de la concertation sur les politiques.
• Par le biais des projets, le FIDA devrait soutenir l’accès des producteurs familiaux aux
ressources prioritaires, notamment la terre, l’eau, la finance et les technologies.
• Par le biais des projets, le FIDA devrait faciliter le respect des normes, phytosanitaires
ou autres, afin d’assurer aux producteurs familiaux l’accès aux marchés et le maintien
sur ces marchés (en particulier les marchés institutionnels).
• Le FIDA devrait améliorer l’efficience des retraits et d’autres procédures administratives
et poursuivre l’assignation directe des fonds aux organisations.
Au niveau des politiques (dons aux gouvernements et/ou aux organisations)
• Appuyer, en tant que partenaire, les organisations paysannes à mesure qu’elles
introduisent et installent dans le dialogue politique l’idée selon laquelle l’agriculture
familiale contribue effectivement à la sécurité alimentaire;
• appuyer, grâce à des dons, les organisations qui encouragent le dialogue politique avec
les pouvoirs publics. Ces dons devraient en particulier privilégier les organisations qui
consolident une égale participation des femmes et des jeunes;
• soutenir, par le biais d’initiatives en cours ou nouvelles, les actions de plaidoyer des
organisations auprès des pouvoirs publics, en vue d’influer sur le pourcentage du budget
national alloué à l’agriculture familiale et afin d’assurer la mise en œuvre adéquate des
39
politiques publiques nationales ou, lorsqu’elles existent, des politiques régionales;
• garantir la participation pleine et active des organisations de producteurs familiaux,
aussi bien ceux qui sont engagés dans l’agriculture et l’élevage que ceux pratiquant la
pêche traditionnelle locale (“pesca artesanal”), le tourisme agricole, l’agriculture
biologique, la production artisanale, ainsi que les ouvriers agricoles;
• promouvoir la participation des organisations paysannes aux processus politiques,
spécialement lorsqu’ils concernent les positions nationales dans le contexte des
négociations commerciales internationales; et
• continuer de soutenir, parmi les initiatives en cours, celles qui ont réussi à renforcer le
dialogue politique entre les organisations paysannes et les pouvoirs publics.
Une préoccupation a été exprimée, en séance plénière, à propos de l’extension du soutien à
l’accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne, au-delà des Caraïbes,
au reste de l’Amérique latine. Il a été suggéré, à cet égard, que le FIDA continue d’apporter
un soutien au suivi de l’APE dans le cadre de la Communauté des Caraïbes. Un représentant
de La Via Campesina a ajouté que son organisation n’était pas favorable à l’APE entre
l’Union européenne et l’Amérique centrale.
5. Asie et Pacifique
La réunion, présidée par Thomas Elhaut, Directeur de la
Division Asie et Pacifique du FIDA, a bénéficié de la
participation de membres du personnel du FIDA travaillant
dans la région, de représentants des organisations paysannes
régionales et nationales, et d’observateurs d’organisations
gouvernementales et non gouvernementales. Dans son
introduction, Sana Jatta, chargé de programme de pays du
FIDA, a proposé deux thèmes de discussion: les partenariats
entre le FIDA et les organisations paysannes; et les progrès
réalisés dans le cadre du programme de coopération à
moyen terme pour le renforcement des capacités des organisations paysannes en Asie.
S’agissant des partenariats, le groupe de travail a noté que la participation des organisations
paysannes aux consultations s’est certes accrue, mais que la qualité de la participation à ces
consultations et à d’autres projets du FIDA doit être renforcée. Les organisations paysannes
peuvent assumer des responsabilités plus importantes dans le cadre de leur participation. Dans
les projets du FIDA incluant une composante consacrée aux organisations paysannes, cette
composante peut être prise en charge par des organisations paysannes partenaires et des ONG,
qui peuvent participer au projet sur un pied d’égalité avec les pouvoirs publics. Les
organisations paysannes participant à un projet peuvent aussi conserver leurs propres activités
d’apprentissage de savoirs et de commercialisation. Elles ont toutefois besoin d’un soutien
pour l’exécution des activités. Il a également été noté que le FIDA devrait conserver une
certaine souplesse dans la conception des projets, afin que les activités du projet répondent aux
besoins réels des agriculteurs. Il conviendrait, à cet égard, d’associer davantage les pêcheurs aux
consultations, de prêter une attention accrue aux nuances dans les catégories sectorielles (par
exemple, les femmes au Népal) et de mettre fortement l’accent sur les jeunes agriculteurs.
De l’avis du groupe de travail, l’autonomisation des organisations paysannes a pour effet
de leur permettre de mener des activités de vulgarisation répondant aux demandes des
agriculteurs, de se lancer dans des entreprises à base agricole (surtout les jeunes), d’exprimer
clairement leurs opinions et de s’assurer du soutien des pouvoirs publics.
Le débat a ensuite porté sur les progrès réalisés dans le cadre du programme de
coopération à moyen terme, décrit comme une “version asiatique du processus ascendant du
40
Forum paysan”, en phase pilote dans dix pays d’Asie du Sud et du Sud-est et en Chine.
Plusieurs exemples de ces progrès ont été présentés:
• Des contrats ont été signés en décembre 2009 par le Bureau régional de la FAO pour
l’Asie et le Pacifique.
• En Asie du Sud, la mise en œuvre a démarré, et les crédits sont arrivés.
• En Asie du Sud-est, la phase de recrutement prévue dans le cadre du programme
régional a débuté; on espère que le coordonnateur sera en fonction d’ici à mars 2010.
Le groupe de travail a souligné que le programme doit être impulsé par les paysans et avoir
une portée inclusive par l’intermédiaire de comités d’orientation régionaux et sousrégionaux composés d’organisations paysannes. Le groupe a également insisté sur la
nécessité d’une forte représentation des femmes.
La question de la place des ONG dans ce programme a été évoquée en séance plénière.
Estrella Penunia Banzuela a expliqué que les groupes de soutien jouent un rôle très
important et cité un certain nombre d’activités prévues par le programme de coopération à
moyen terme – établissement du profil et cartographie des groupements paysans, recherche
sur les grandes orientations, renforcement des capacités – pour lesquelles un appui des ONG
pourrait s’avérer nécessaire. Toutefois, a-t-elle souligné, les décisions quant au type de
soutien requis et au fournisseur de ce soutien seront prises par les organisations paysannes
membres des comités d’orientation aux échelons national, sous-régional et régional.
41
FIDA/Pablo Corral Vega
42
V. Discussions thématiques
(groupes régionaux)
Dans la matinée du mardi, les participants au Forum se sont répartis en
quatre groupes régionaux pour débattre des questions ou problèmes
principaux se rattachant à l’un des quatre thèmes suivants: i) le rôle des
organisations paysannes dans le développement des filières et les moyens
de reproduire les succès (Afrique de l’Ouest et du Centre); ii) comment
promouvoir l’accès aux marchés des petits exploitants agricoles (Afrique
orientale et australe); iii) les politiques et l’agriculture familiale: politiques
et programmes d’investissements différenciés pour l’agriculture paysanne
(Amérique latine et Caraïbes); et iv) comment promouvoir la sécurité
alimentaire et l’agriculture paysanne dans un contexte de concurrence
croissante pour la terre et d’autres ressources naturelles (Asie et Pacifique).
Les groupes ont également été invités à mettre l’accent, au cours de leurs
débats, sur leurs attentes vis-à-vis du FIDA. Les principaux points abordés et
les recommandations issues de chacun des groupes thématiques ont été
présentés à la réunion plénière et sont résumés dans les paragraphes ci-après.
“Certains professionnels des filières
ont un important pouvoir de
négociation, ce qui constitue leur
arme principale, mais un petit
exploitant agricole ne dispose pas des
mêmes capacités. L’une des questions
à prendre en compte dans la filière est
celle de la nécessité de doter les petits
exploitants agricoles d’une réelle
capacité de négociation.”
King-David Amoah, FONG
1. Le rôle des organisations paysannes dans le
développement des filières et les moyens de reproduire les
succès (Afrique de l’Ouest et du Centre)
Le Directeur de la Division WCA du FIDA, le Président et le Secrétaire
général du ROPPA, des représentants d’organisations paysannes nationales,
des chargés de programme de pays du FIDA et des observateurs
d’organisations gouvernementales et non gouvernementales ont participé à cette réunion.
Dans son introduction, Norman Messer, chargé de programme de pays du FIDA, a soulevé
plusieurs questions:
• Renforcement des capacités: comment pouvons-nous concilier la nécessité d’obtenir
rapidement des résultats et de mettre les organisations paysannes en mesure de se
rattacher aux marchés déjà organisés, d’une part, et les différentes exigences
temporelles liées au renforcement des capacités des groupements paysans, en
particulier les plus pauvres, d’autre part?
• Formes juridiques: quelles sont les formes juridiques les plus appropriées pour les
organisations paysannes?
• Types d’intervention: quelles sont les meilleures formes de soutien à apporter à
l’intégration des paysans dans les filières – les microprojets ciblant les paysans sont-ils
appropriés ou serait-il préférable que les projets ciblent un plus large éventail de
parties prenantes au sein d’une filière?
• Cibler les groupes vulnérables: comment faire en sorte que les paysans pauvres
puissent aussi bénéficier d’une approche reposant sur les filières?
• Gouvernance: quel type de gouvernance faut-il promouvoir pour les filières et quel
rôle des organisations paysannes doivent-elles y jouer?
43
Les représentants des organisations paysannes ont manifesté un souci commun, celui de
veiller à ce que la participation aux filières ne se fasse pas aux dépens de la diversification
des cultures, qui constitue la principale stratégie adoptée par les petits exploitants pour
minimiser le risque. Ils ont cité plusieurs exemples de projets ayant incité les agriculteurs à
concentrer leurs efforts sur une seule culture de rente, ce qui les a poussés à négliger leurs
cultures vivrières et les a privés en fin de compte de revenus, parce qu’il n’y avait pas de
marché ou parce qu’ils avaient dû vendre leur production à un prix peu élevé. Des exemples
plus positifs ont également été cités, où l’intégration des petits exploitants dans les filières
leur a ouvert un accès au marché et s’est traduite par une augmentation des revenus et de la
sécurité alimentaire. Plusieurs ONG ont fait observer que lorsque l’approche basée sur les
filières n’a pas donné de résultats positifs, il faut en attribuer la cause au manque de pouvoir
de marché des paysans et à leur faible capacité de négociation avec les commerçants. La
réponse à ce déséquilibre de pouvoir et de ressources ne doit pas être le rejet des filières, qui
modèlent l’accès aux marchés, mais plutôt le renforcement des organisations paysannes afin
qu’elles soient mieux intégrées à la filière, depuis la fourniture des intrants jusqu’à la
commercialisation, le développement des formes collectives de commercialisation et de
contrats, et l’amélioration de leur position dans les négociations avec les négociants et les
autres parties prenantes. Les organisations paysannes ont recommandé, de manière générale,
qu’un soutien soit apporté aux petits exploitants pour la participation aux filières et pour le
renforcement de leurs organisations pour leur donner accès à des marchés rentables, tout en
préservant la diversification et en choisissant les filières pouvant avoir des effets positifs sur
leurs autres productions.
Les organisations paysannes ont également souligné que, alors que la participation aux
négociations sur les filières exige des organisations spécialisées, elles sont organisées en
plates-formes globales couvrant toutes les activités agricoles. Elles ont insisté sur la nécessité
de centrer les efforts sur le renforcement des capacités des plates-formes paysannes plutôt
que sur la création d’organisations spécialisées, parce que les plates-formes émanant des
paysans eux-mêmes sont capables de renforcer leurs capacités par le maintien de la
cohésion, et qu’elles rendent mieux compte des préoccupations des petits exploitants. Elles
ont débattu des avantages de l’interprofessionnalité comme moyen de regrouper toutes les
parties prenantes d’une filière et de faciliter la négociation entre les organisations paysannes
et les autres acteurs de la filière. Plusieurs représentants d’organisations paysannes ont
estimé que ce modèle leur avait été imposé alors même qu’elles n’avaient pas encore acquis
une force suffisante pour dialoguer avec les autres parties prenantes, les empêchant de tirer
des avantages concrets de leur participation aux groupements interprofessionnels. Un
exemple positif observé en Tunisie a toutefois été cité: des plates-formes locales de pêcheurs
se sont groupées pour renforcer leur pouvoir au sein de la filière et obtenir une plus grande
part de la valeur ajoutée le long de la filière.
Le Directeur de la Division WCA a confirmé que le FIDA était prêt à soutenir le
renforcement des capacités et l’expansion des plates-formes afin de leur donner les moyens de
mieux négocier avec les acteurs de la filière, de retirer des avantages accrus de leur
participation à des groupes interprofessionnels et d’accroître les recettes des petits exploitants.
Il a invité, en conclusion de la réunion, les organisations paysannes à aider le FIDA à
concevoir de bons programmes.
Plusieurs participants au groupe de travail ont réitéré la nécessité de renforcer le pouvoir et
les capacités des petits exploitants, en particulier du point de vue organisationnel, afin que les
petits exploitants puissent exprimer leur avis, par exemple, sur la formation des prix. On a
également mentionné que les petits exploitants doivent être en mesure de diversifier leur
production, de s’industrialiser et de vendre sur d’autres marchés.
44
2. Comment promouvoir l’accès aux marchés des petits exploitants agricoles
(Afrique orientale et australe)
Cette réunion a été présidée par Ides de Willebois, Directeur de la Division ESA du FIDA, et
animée par Benoît Thierry, chargé de programme de pays pour Madagascar et les Seychelles.
Deux exposés ont été présentés en ouverture, l’un concernant l’Association nationale des
petits agriculteurs du Malawi (NASFAM) et l’autre présenté par un économiste régional de la
Division ESA. Ces deux exposés sont résumés ci-après.
Présentation de NASFAM (Malawi) par Alice Kachere (Présidente du
Conseil d’administration de NASFAM)
NASFAM, la plus importante organisation paysanne du Malawi, a démarré
en 1994, sous la forme d’un projet connu sous le nom de projet de
développement des agro-industries par les petits exploitants, et a été
juridiquement enregistrée en 1998. Cet exposé a montré comment
NASFAM peut fournir à ses membres divers services économiques:
organiser le secteur des petits exploitants; donner aux petits exploitants
agricoles de meilleures capacités d’accéder aux marchés; développer la
Alice Kachere, NASFAM
participation des petits exploitants agricoles aux marchés; et influer sur la
détermination des prix sur le marché intérieur, entre autres. L’exposé a
également présenté la commercialisation comme une véritable activité pour les petits
exploitants, en donnant comme exemple concret le marché du commerce équitable des
arachides, à propos duquel NASFAM s’intéresse: i) à la recherche et au développement de la
production; ii) à la formation en matière d’agronomie et de techniques post-récolte; iii)
aux essais relatifs à la contamination par l’aflatoxine d’échantillons prélevés sur le terrain et
en entrepôt; et iv) l’échantillonnage et les essais ultérieurs des produits avant leur mise en
conteneurs et leur expédition.
L’exposé s’est achevé par un inventaire des points qui n’ont pas encore été abordés,
parmi lesquels : i) renforcer les capacités des petits exploitants agricoles en matière de
production; ii) faire progresser les petits agriculteurs vers l’aval de la filière (valeur ajoutée);
iii) faire en sorte que l’accès au marché ne supplante pas la protection du marché;
iv) élaborer et gérer des outils et des structures pour la commercialisation (entrepôts, par
exemple); v) fournir un accès aux services financiers et commerciaux; et vi) soutenir les
formes participatives d’élaboration ou de formulation et de mise en oeuvre des politiques.
Les questions soulevées au cours du débat qui a suivi la présentation portaient
principalement sur le programme de subventions publiques aux intrants agricoles et
visaient à déterminer si le programme de subventions apporte des avantages aux
agriculteurs au niveau local. Malgré son coût élevé, le programme a contribué à réduire la
faim parmi les paysans pauvres.
Exposé de Geoffrey Livingstone, économiste régional de la Division ESA
L’exposé portait principalement sur les questions relatives à la manière de promouvoir
l’accès aux marchés des petits exploitants agricoles, et sur les raisons de l’échec fréquent des
associations de commercialisation agricole. Les raisons recensées sont multiples: volatilité
des prix des produits, difficultés de la manutention post-récolte et contrôle de la qualité.
L’orateur a souligné que le problème tient bien plus à des faiblesses organisationnelles qu’à
des problèmes techniques.
Les causes sous-jacentes de cette défaillance organisationnelle se rattachent au fait que les
coopératives sont souvent impulsées par les projets et que les agriculteurs ne sont pas
suffisamment consultés au préalable. Dans la plupart des cas, les responsables des
coopératives de commercialisation n’entament des discussions avec les agriculteurs que
45
longtemps après l’établissement des coopératives. Une fois les coopératives mises en place,
on ne prête généralement que peu d’attention à l’éducation, l’information et la formation en
rapport avec le projet. Cela se traduit par une compréhension extrêmement faible des droits,
obligations et avantages de l’appartenance à l’association. En conséquence, les membres de
l’association ne manifestent à son égard qu’un très faible sens d’appropriation, de sorte que
ces associations comprennent mal la dynamique du marché d’une filière donnée, qu’elles
connaissent peu la situation financière des coopératives, qu’il existe une coupure entre les
membres ordinaires et le comité de gestion, et qu’un manque de confiance entoure les
transactions commerciales.
Plusieurs suggestions ont été formulées quant à la voie à suivre:
• reconnaître que les agriculteurs sont des entrepreneurs;
• assurer l’enseignement et la formation en vue des possibilités de commercialisation;
• développer les associations aux premiers stades du développement des filières;
• assurer la formation concernant les services financiers et les implications de l’obtention
d’un prêt auprès d’une banque commerciale;
• affecter à l’association, sur une base semi-permanente, un formateur en matière
coopérative; et
• veiller à une bonne gouvernance institutionnelle au sein de l’association et aux liaisons
entre les membres et la direction.
Les débats qui ont suivi les présentations ont tourné autour de trois questions:
• À quels défis les petits exploitants agricoles doivent-ils faire face lorsqu’ils cherchent à
s’assurer d’un accès aux marchés?
• Comment ces défis peuvent-ils être relevés et quel est le rôle des organisations paysannes?
• Que peut faire le FIDA en termes de partenariat avec les organisations paysannes pour
soutenir l’accès aux marchés des petits exploitants en général et des organisations
paysannes en particulier?
À quels défis les petits exploitants agricoles doivent-ils faire face lorsqu’ils cherchent
à s’assurer d’un accès aux marchés?
Quatre principaux problèmes ont été recensés: infrastructure rurale; information de marché;
autonomie des agriculteurs; et absence de mouvement coopératif en Afrique orientale et
australe. Il a été suggéré que, pour chercher à les résoudre, le FIDA
“L’avenir appartient à ceux qui sont
investisse dans les routes de desserte et d’autres infrastructures rurales
organisés.”
comme les marchés, les installations de stockage et les entrepôts réfrigérés,
à l’intention des petits exploitants, mais aussi de leurs organisations. Le
Philip Kiriro, EAFF
FIDA pourrait fournir des capitaux de démarrage pour permettre aux
organisations paysannes au niveau national d’assurer des bénéfices
tangibles à leurs membres. Pour ce qui concerne l’information de marché,
il a été recommandé que le FIDA apporte un soutien à des centres
d’information et mette au point des systèmes d’information utilisant de
nouvelles technologies par le biais, par exemple, de connexions mobiles.
Les agriculteurs étant souvent dispersés sur l’ensemble du territoire, le
FIDA pourrait aider les organisations paysannes à se réunir autour de
produits de base/cultures spécifiques, créant ainsi des possibilités de
commercialisation collective. Enfin, les associations étant souvent créées
par les pouvoirs publics et sur la base de cultures spécifiques, il a été suggéré que le FIDA
oriente ses interventions de manière à autonomiser les agriculteurs pour qu’ils puissent créer
leurs propres structures. Recréer un mouvement coopératif dans la région et reconstruire
l’image des fermes coopératives pourraient contribuer à relever ce défi particulier.
46
Comment ces défis peuvent-ils être relevés et quel est le rôle des organisations
paysannes?
Le groupe de travail a retenu quelques suggestions que le FIDA pourrait suivre pour relever
ces défis:
• créer des plates-formes d’échange entre vendeurs et acheteurs le long de la filière afin
de sensibiliser les agriculteurs aux possibilités de commercialisation, ce qui
contribuera à faire coïncider l’offre et la demande;
• développer des centres d’affaires;
• encourager les échanges transfrontaliers;
• renforcer le marché des prestataires de services; et
• aider les organisations paysannes nationales à fournir des services économiques à
leurs membres.
Que peut faire le FIDA en termes de partenariat avec les organisations paysannes
pour soutenir l’accès aux marchés des petits exploitants en général et des
organisations paysannes en particulier?
Il a été noté, au cours du débat, que jusqu’en 2004 ESA n’était guère informée de l’existence
d’organisations paysannes faîtières dans la région, alors même que certaines organisations
paysannes avaient été créées en 1946 (la Fédération nationale des producteurs agricoles du
Kenya [KENFAP], par exemple). En fait, on trouve dans la région Afrique orientale et australe
un large éventail d’organisations de producteurs créées autour d’un produit (associations de
producteurs de café, par exemple) et/ou plus généralement sous la forme d’organisations
paysannes. Il a été suggéré que le FIDA consacre une attention accrue au développement de
son travail avec les organisations paysannes au niveau des pays.
Le groupe de travail a formulé les cinq recommandations suivantes à l’intention du FIDA:
• jouer le rôle d’intermédiaire pour contribuer à associer les organisations paysannes aux
grands programmes dirigés par les pouvoirs publics, comme l’A-SWAp en RépubliqueUnie de Tanzanie;
• contribuer à structurer et à promouvoir l’indépendance financière des organisations
paysannes au niveau national afin qu’elles offrent des services économiques à leurs
membres;
• travailler avec les organisations paysannes à la réduction des risques associés à la
commercialisation – en favorisant, par exemple, une assurance contre les risques du
marché adaptable à leurs besoins;
• œuvrer en faveur de la décentralisation du financement, étant donné que les flux de
fonds vont du centre vers les régions;
• soutenir le développement de la capacité de plaidoyer des organisations paysannes.
Les membres du groupe de travail ont formulé un certain nombre d’observations après la
présentation de la synthèse en séance plénière. La relation entre les petits exploitants agricoles et
les entreprises agroalimentaires doit être facilitée par des politiques volontaristes des pouvoirs
publics. Laisser cette relation au marché ne constitue pas une solution à cause des économies
d’échelle. Cela ramène à la nécessité d’organisations paysannes solides et d’un espace de
plaidoyer dans le cadre des politiques. En outre, le renforcement de la prestation de services ne
devrait pas être limité aux organisations paysannes. D’autres prestataires de services – services
publics de vulgarisation, recherche, groupes au sein du secteur privé – sont tout aussi
importants. L’idée est de rechercher un juste équilibre qui permette aux agriculteurs d’avoir accès
aux marchés et de produire efficacement pour les marchés. À cet égard, les marchés régionaux
ne doivent pas être sous-estimés. Les possibilités d’échanges transfrontaliers doivent toutefois
être mieux comprises par les petits agriculteurs afin qu’ils puissent participer au processus.
47
Les relations entre sociétés multinationales et petits agriculteurs ont aussi été évoquées.
Une approche positive de ce type de relations peut impliquer qu’une société multinationale
développe une activité à grande échelle et à forte valeur ajoutée pour un produit spécifique,
et que les agriculteurs en assurent la production. Une telle
approche doit cependant comporter une véritable
consultation entre l’industrie de transformation et les
agriculteurs, y compris les femmes. De plus, les agriculteurs
ne doivent pas être consultés individuellement, mais plutôt
par l’intermédiaire de leurs organisations, dont la voix
pèse davantage.
3. Les politiques et l’agriculture familiale: politiques
et programmes d’investissements différenciés pour
l’agriculture paysanne (Amérique latine et Caraïbes)
La réunion s’est tenue en présence du Directeur de la
Division Amérique latine et Caraïbes du FIDA, de
représentants de la REAF du MERCOSUR et d’organisations paysannes nationales, des
chargés de programme de pays du FIDA, ainsi que d’observateurs d’organisations
gouvernementales et non gouvernementales.
Un exposé sur la REAF, présenté par Paolo Silveri, a servi d’introduction.
Le MERCOSUR, composé de quatre membres à part entière (Argentine, Brésil, Paraguay,
Uruguay), de deux membres associés (État plurinational de Bolivie, Chili) et d’un pays
candidat à une adhésion pleine et entière (République bolivarienne du Venezuela), est un
marché commun régional où les convergences politiques se renforcent.
Les exploitations pratiquant une agriculture familiale représentent approximativement
85% du total des exploitations – agriculture et élevage – de la région. La superficie moyenne
d’une exploitation familiale est de 25 hectares, et environ 60% de la population rurale
travaille sur cette catégorie d’exploitations. L’agriculture familiale représente 35% de la
production primaire, et environ 65% des produits alimentaires consommés dans la région
en proviennent.
Le processus de la REAF a été lancé à l’initiative d’un pays membre (le Brésil) appuyé à
l’origine par l’Argentine. La création de la REAF répondait à deux objectifs essentiels:
i) faciliter les échanges; et ii) créer un espace de convergence pour des politiques
différenciées. Un fonds régional du MERCOSUR a été créé par les gouvernements des pays
membres afin d’assurer la continuité du processus pendant une période initiale de cinq ans
(2010-2015); son objectif est de faciliter la pérennité du processus et la prise de conscience,
aux échelons des pays et du MERCOSUR, que la concertation sur les politiques entre les
pouvoirs publics et la société civile est possible et qu’elle peut être efficace. Un ordre du jour
permanent a été adopté, plaçant l’agriculture familiale parmi les priorités de l’action des
pouvoirs publics au niveau des pays et du MERCOSUR. La COPROFAM coordonne les
principales organisations représentatives de l’agriculture familiale dans ces pays, et un réseau
de contacts régionaux a été mis en place pour soutenir le processus.
Le processus a déjà plusieurs résultats à son actif, dont les principaux sont des
changements dans les structures régionales des pouvoirs publics visant à une mise en œuvre
adéquate de politiques différenciées en matière d’agriculture familiale (en Argentine et en
Uruguay), et la création de programmes régionaux: un programme régional de formation
destiné à la jeunesse rurale, déjà appliqué, et un programme régional sur l’égalité hommesfemmes, en cours d’exécution.
Au cours du débat qui a suivi la présentation de cet exposé, il a été reconnu que, dans le
domaine de la concertation sur les politiques, la REAF constituait une expérience efficace du
48
point de vue de l’élaboration des politiques publiques, ainsi que de l’organisation de
rencontres entre les gouvernements et les organisations de la société civile, dans leurs pays
respectifs, puis dans l’espace régional du MERCOSUR. Elle offre la possibilité de concevoir et
de mettre en œuvre des politiques publiques différenciées pour le secteur de l’agriculture
familiale. Elle a donné une visibilité à l’agriculture familiale, à divers points de vue: besoins
spécifiques (pour les politiques différenciées) et potentiel économique (offre de marchés
intérieurs), social (sécurité alimentaire, colonisation rurale) et environnemental
(biodiversité). La REAF a aussi contribué à faire naître la confiance entre les
“Nous pouvons demeurer autonomes
pouvoirs publics et les organisations du secteur de l’agriculture familiale,
rapport aux gouvernements; la
par
avec des changements dans les modalités d’interaction entre les parties.
REAF crée un important espace pour
Il a également été fait référence à un processus semblable en cours en
un dialogue efficace, sans cooptation
Amérique centrale – le Programme régional de dialogue rural, créé dans le
par
les gouvernements.”
contexte du traité de libre-échange entre l’Amérique centrale et la
République dominicaine – à propos duquel les mêmes observations ont été Alessandra Da Costa Lunas Santos,
COPROFAM
formulées au sujet de l’impact sur la concertation sur les politiques et la
participation des organisations paysannes. Le programme a permis
d’intégrer au sein des instances régionales les organisations du secteur de l’agriculture
familiale; il a souligné l’importance de ce secteur et de ses organisations pour la sécurité
alimentaire régionale.
Les participants à la réunion ont mis en évidence un certain nombre de problèmes:
• Aucun résultat de fond n’a encore été atteint en matière d’intégration des échanges et
d’intégration de politiques différenciées dans les politiques macroéconomiques à
l’échelon des pays.
• Les réalisations du processus de concertation sur les politiques doivent être plus
efficacement portées à la connaissance de la société civile.
• Il faut que les changements d’orientations et les
changements institutionnels se traduisent davantage par
des investissements importants (publics et privés) en
faveur de l’agriculture familiale.
• Les engagements pris par les gouvernements doivent être
mieux intégrés aux politiques nationales pour garantir la
pérennité des résultats atteints par le processus.
4. Comment promouvoir la sécurité alimentaire et
l’agriculture paysanne dans un contexte de
concurrence croissante pour la terre et d’autres
ressources naturelles (Asie et Pacifique)
Cette séance a réuni des représentants d’une quinzaine d’organisations paysannes de la région
ainsi que d’organisations régionales/mondiales d’agriculteurs et de producteurs actives dans
la région. Thomas Elhaut, Directeur de la Division Asie et Pacifique du FIDA, un certain
nombre de chargés de programme de pays du FIDA dans la région et d’autres partenaires
intéressés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du FIDA, étaient également présents. La réunion a
été présidée par Sana F.K. Jatta, chargé de programme de pays et coordonnateur des
partenariats du FIDA avec les organisations paysannes dans la région Asie et Pacifique.
La projection d’un documentaire vidéo sur les luttes menées par certaines communautés
paysannes pour leur terre a attiré l’attention des participants sur les expériences des paysans
sumilao et negros et sur les enseignements tirés de leur campagne en faveur de la mise en
œuvre intégrale des dispositions de la loi relative à l’extension du programme global de
réforme agraire, récemment promulguée aux Philippines. Le documentaire a montré
49
comment une société civile forte et bien coordonnée et une mobilisation de masse ont
réussi à protéger de la conversion certaines terres irrigables de la communauté sumilao
malgré l’action de puissants intérêts commerciaux privés qui persécutent parfois
impunément les paysans.
La présentation des conclusions préliminaires d’une étude, actuellement menée par la
Coalition internationale pour l’accès à la terre et le FIDA, sur les investissements en rapport
avec la terre en Asie a fourni une vue d’ensemble du phénomène en cours. On observe, en
particulier, que le contexte régional est caractérisé par un déclin des dépenses publiques dans
le secteur de l’agriculture, associé à une réduction de l’aide au développement outre-mer. Les
exemples du Pakistan, de la Malaisie, de l’Inde et de l’Indonésie, entre autres, montrent que
cette tendance s’est traduite par un déficit d’investissements que de nombreux gouvernements
s’efforcent de combler par des investissements privés (locaux et étrangers). Comme l’a
démontré la hausse des investissements étrangers directs en Asie (souvent de caractère
intrarégional), cette situation rend les terres agricoles de plus en plus vulnérables à
l’exploitation commerciale par d’autres secteurs – ceux du tourisme et de l’énergie, par
exemple. De multiples impacts négatifs ont été relevés par l’étude qui met en évidence, parmi
les plus importants, le fait que les terres ciblées par les investisseurs privés sont très souvent
déjà occupées, ce qui ouvre la porte à des conflits, au déplacement de paysans et à la privation
de moyens de subsistance. Les effets incluent également des impacts environnementaux qui
peuvent avoir des conséquences négatives si les investisseurs ne prennent pas les précautions
requises. Dans certaines régions d’Asie, ce problème est particulièrement crucial parce que
certains investissements, comme ceux consacrés à l’extension à grande échelle des plantations
de palmiers à huile dans certains pays, auraient provoqué une déforestation.
Les débats en séance plénière ont fait apparaître des problèmes et des défis particuliers,
résumés ci-après.
Mise en œuvre des lois et politiques en vigueur: on a noté que, dans de nombreux pays
d’Asie, la réforme agraire existe bien dans les politiques et la législation nationales, mais
qu’il arrive souvent qu’elle ne soit pas appliquée, ou qu’elle le soit de manière inadéquate.
Des représentants d’organisations paysannes ont cité plusieurs cas où il existe une législation
appropriée dans un certain nombre de domaines clés dans leurs pays, comme la
conservation des terres agricoles, mais où le suivi de l’application de ces textes est
insuffisant. En outre, les entreprises privées étrangères sont parfois autorisées – voire invitées
– à réaliser des investissements fonciers pour pratiquer des cultures de rente, créant ainsi des
déséquilibres qui compromettent directement la capacité des agriculteurs locaux de produire
suffisamment de vivres pour répondre à la demande locale. Il a par conséquent été
recommandé qu’une nouvelle réforme agraire soit adoptée, en s’inspirant de modèles mis en
œuvre avec succès dans des pays d’Asie comme le Japon et la République de Corée.
Manque de cohérence des politiques à l’intérieur des pays: parmi les cas de conflits
entre les orientations, on a observé des situations où, d’une part, il existe un fort
engagement en faveur de la préservation de la forêt mais où, d’autre part, de vastes
superficies de terres forestières sont vendues à des investisseurs étrangers à des fins
commerciales. Des conflits du même ordre existent dans certains pays entre la législation
sur l’extraction minière, souvent pratiquée par de grandes sociétés, et les lois sur la
réforme agraire qui sont censées encourager un meilleur accès des populations
autochtones à leurs espaces domaniaux ancestraux.
Relations commerciales internationales: certains participants ont exprimé leur
préoccupation quant à l’inégalité des relations de pouvoir entre les acteurs de l’économie de
marché aux échelons mondial et national, qui rend ces marchés inefficaces et non
50
concurrentiels. L’un des participants s’est même dit préoccupé par le risque d’une apparente
“colonisation impérialiste” des terres agricoles des pays en développement par des sociétés
transnationales qui encouragent l’utilisation de pesticides et autres produits chimiques
potentiellement dangereux, ainsi que la culture de plantes génétiquement modifiées pour
réaliser des bénéfices rapides.
Agriculture paysanne et inégalité des relations de pouvoir: il a été réaffirmé que les
petits paysans peuvent produire suffisamment de vivres pour répondre à la demande
locale. Il a été noté, en conséquence, qu’il faudrait mettre l’accent sur l’autonomisation
des agriculteurs, et spécialement des petits paysans, pour qu’ils soient en mesure de
négocier sur un pied d’égalité avec des intérêts économiques puissants (grandes sociétés et
pouvoirs publics) désireux d’avoir accès à leurs terres pour accroître la production
alimentaire et leurs revenus. La question est donc de savoir comment établir des
partenariats triplement gagnants avec des investisseurs dans le secteur de la production
agricole par le biais de modèles opérationnels conçus de manière appropriée pour
protéger les intérêts des paysans.
Souveraineté alimentaire: de nombreux participants ont demandé que les agriculteurs
obtiennent la maîtrise du processus de production vivrière. Certains participants estiment en
particulier que la pratique des monocultures devrait être découragée et remplacée par des
systèmes d’exploitation diversifiés incluant des pratiques telles que l’agriculture biologique.
Rôle des gouvernements nationaux: il a été noté que de nombreux investissements de
grande ampleur ne peuvent pas être réalisés sans le soutien des pouvoirs publics. Il convient
par conséquent de mener des actions de plaidoyer auprès des gouvernements afin qu’ils
jouent, de manière responsable, un rôle pilote dans les investissements agricoles plutôt que
de laisser le secteur privé national ou les investisseurs étrangers directs usurper ce rôle.
Politiques agricoles: dans plusieurs pays, les politiques de protection des paysans auraient
été réduites par la suppression des subventions qui leur étaient accordées, ce qui a rendu
beaucoup plus difficile l’augmentation de la production agricole, spécialement lorsque cela
va de pair avec de faibles investissements publics dans le secteur agricole. Dans certains pays,
l’autosuffisance alimentaire est mise en péril par la trop grande importance accordée à
l’agriculture axée sur les exportations.
Terres côtières: dans certains pays, spécialement ceux ayant une longue façade maritime, les
terres côtières sont ciblées par des sociétés privées en vue d’une exploitation commerciale,
par exemple pour la culture de canne à sucre. Certains des exemples cités auraient eu un
impact négatif sur les moyens de subsistance des pêcheurs vivant dans les zones concernées.
Coexistence de l’agriculture paysanne et de l’agriculture commerciale: malgré l’aversion
que certaines personnes manifestent à l’égard des grandes sociétés internationales, des
industries agroalimentaires et de la monoculture, les débats de la session ont mis en
évidence la nécessité de faciliter la coexistence des deux modèles de production afin qu’ils
puissent se renforcer mutuellement.
Les participants ont notamment recommandé:
• une politique mondiale de réglementation des grands investissements fonciers, et
notamment le parachèvement et la mise en œuvre effective des Directives volontaires
partant de la base, dont l’initiative a été prise par la FAO;
• un système de production agricole fondé sur la protection de la biodiversité et de
l’environnement et sur l’autonomisation des communautés agricoles rurales en tant
que partenaires et parties prenantes sur un pied d’égalité;
51
“Je voudrais très sincèrement
remercier le FIDA pour l’organisation
du Forum paysan. Je participe à un
grand nombre de réunions
internationales à travers le monde, et
celle-ci me frappe agréablement par la
qualité du débat et par celle des
personnes qui y participent... et par
l’importance accordée aux petits
exploitants plutôt qu’aux processus de
concentration des terres, qui en
accroissant les superficies des
exploitations réduisent en même
temps le nombre d’exploitants.”
Andre Leu, IFOAM
52
• une participation des organisations paysannes à tous les stades du
processus décisionnel, conduisant à des lois et réglementations qui
protégeront les droits d’accès
à la terre;
• une coopération Sud-Sud, en particulier entre les organisations
paysannes, venant s’ajouter à la coopération Nord-Sud, qui peut être
facilitée par le biais du Forum paysan;
• un effort supplémentaire de conception et de mise en œuvre, entre
agriculteurs et grands investisseurs, de différents modèles de
partenariat susceptibles de déboucher sur une situation gagnantgagnant;
• un soutien à un code mondial de conduite pour les investisseurs
dans le secteur de l’agriculture pour éviter que des investisseurs sans
scrupules, peu nombreux, ne profitent de la situation dans des pays
où les systèmes de gouvernance foncière ne sont pas solides.
Le représentant de la FAO, Paul Mathieu, a annoncé la publication
d’une étude parrainée conjointement par la FAO, le FIDA, l’Institut
international pour l’environnement et le développement et l’Agence
suisse de développement et de coopération, dans laquelle sont analysés
divers types d’arrangements de coopération entre d’importants
investisseurs et des petits exploitants locaux, comme les diverses formes
d’agriculture sous contrat, les entreprises conjointes, les contrats de
gestion et les nouvelles relations et les nouveaux partenariats au sein des
filières. Il a été reconnu, parmi les principales conclusions de l’étude,
qu’aucun de ces modèles ne peut être considéré comme l’unique solution. Le contexte est
fondamental, et les négociations sont fortement caractérisées par des asymétries de
pouvoir entre les investisseurs, les pouvoirs publics à l’échelon local ou central, et les
agriculteurs locaux.
Le rapport relève deux conditions préalables fondamentales qui doivent être remplies
pour qu’un modèle quelconque d’investissement en partenariat soit équitable: la symétrie
dans l’accès à l’information, et la sûreté des droits fonciers des pauvres. Étant donné que
la gouvernance foncière, plutôt que les acquisitions de terres en elles-mêmes, joue un rôle
central indispensable à la réussite d’un partenariat gagnant-gagnant, la FAO a entrepris
l’élaboration d’un ensemble de Directives volontaires sur la gouvernance responsable de la
tenure des terres et des autres ressources naturelles, dans le cadre d’un processus
entièrement consultatif avec une forte participation d’organisations de la société civile.
En conclusion, Thomas Elhaut a souligné l’importance du rôle des organisations
paysannes dans la recherche de réponses aux défis posés par les grands investissements
fonciers des sociétés et des investisseurs privés. Il a encouragé les représentants des
organisations paysannes à demeurer vigilants dans la mise en œuvre de grands
investissements fonciers dans leurs pays, mais aussi à continuer, de manière constructive, à
faire participer les investisseurs, en qualité de partenaires égaux, au profit des paysans
membres. Il a confirmé la disposition du FIDA à faciliter la poursuite de consultations sur
les grands investissements fonciers au cours de l’année 2010 et au-delà. Ces consultations
auront pour base les conclusions de l’étude en cours commanditée par la Coalition
internationale pour l’accès à la terre, avec le soutien de la Division Asie et Pacifique du
FIDA, et portant sur les pressions commerciales exercées sur la terre dans un certain
nombre de pays de la région.
FIDA/Susan Beccio
54
VI. Synthèse des délibérations
Synthèse
À la fin des débats en séance plénière, une synthèse des délibérations
a été rédigée et soumise aux participants au Forum paysan, à la
Direction du FIDA et aux représentants des États membres présents
à cette séance finale. C’était la première fois que les gouvernements
des pays membres étaient invités à participer à cette séance du
Forum paysan.
La synthèse a été entérinée par le comité de pilotage du Forum
paysan et par les représentants des organisations paysannes. C’est
Alphonsine Nguba Ngiengo, de la Confédération paysanne du Congo
(COPACO-PRP), membre du comité de pilotage du Forum paysan, qui
en a donné lecture en séance plénière du Conseil des gouverneurs du
FIDA, le 17 février. Cette synthèse est présentée ci-dessous in extenso.
“De par le monde, l’agriculture n’est
pas une priorité. Grâce au FIDA, nous,
les paysans, avons la possibilité de
débattre dans ce forum de ces
questions et de rédiger une déclaration
à soumettre aux gouvernements. Nous
pourrions, dans d’autres enceintes,
maximiser aussi notre potentiel, non
pas en qualité d’observateurs mais en
nouant un dialogue effectif avec les
gouvernements. Nous devrions
envisager cette possibilité.”
Pedro Rafael Alegría Moncada,
La Via Campesina (Honduras)
Synthèse des délibérations de la troisième réunion mondiale du
Forum paysan, organisée en marge de la trente-troisième session
du Conseil des gouverneurs du FIDA 15-16 février 2010
Excellences, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs du FIDA,
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Nous, les participants au Forum paysan, représentant des millions de petits et moyens
agriculteurs, éleveurs et pêcheurs artisanaux, avons travaillé au cours des quatre derniers jours,
dans le cadre de la troisième réunion du Forum paysan au FIDA, et avons approuvé la synthèse
ci-après de nos délibérations.
Depuis la précédente réunion du Forum paysan il y a deux ans, le monde a connu des crises
multiples, aggravées par la récession mondiale et le changement climatique. Ceux qui sont
pauvres et souffrent de la faim sont aujourd’hui plus nombreux. Nous voulons souligner les
paroles prononcées par le Président du FIDA à l’ouverture de notre forum, qui a déclaré que ces
crises “attirent l’attention du monde sur l’importance du développement de l’agriculture en tant
que source de croissance économique et de stabilité politique... Les investissements dans le
développement rural et une attention sérieuse portée au rôle que jouent les ruraux pauvres,
hommes et femmes, dans la croissance agricole, et en particulier le rôle des petits exploitants à
travers le monde, doivent être au cœur des politiques gouvernementales et de leurs agendas
pour le développement.” Nous reconnaissons le rôle significatif de l’agriculture familiale dans le
monde, et nous apportons notre soutien à la campagne pour la proclamation, par les Nations
Unies, d’une année internationale de l’agriculture familiale.
Nous assistons partout à travers le monde à une compétition croissante pour la terre et l’eau,
avec une concentration croissante des terres et des acquisitions foncières à grande échelle par
des entreprises transnationales et les élites locales. Ces pratiques ont pour résultat que des
communautés rurales se voient exclues de l’accès à la terre et à l’eau, ressources
fondamentales dont elles dépendent en tant que producteurs agricoles. Il faut inclure, parmi ces
ressources, nos ressources halieutiques, qui s’épuisent de plus en plus. Il est important de
55
continuer à promouvoir la participation de nos organisations paysannes à l’élaboration des
Directives volontaires sur la gouvernance responsable de la tenure des terres et des autres
ressources naturelles, à titre de suivi de la Conférence internationale sur la réforme agraire et le
développement rural.
Nous voulons que la maîtrise de l’agriculture nous revienne, à nous qui cultivons la terre et
nourrissons le monde. Aucune réponse efficace ne peut être apportée aux défis que constituent
la sécurité alimentaire pour tous, l’élimination de la pauvreté et l’atténuation des effets du
changement climatique sans une augmentation et une amélioration des investissements
consacrés à nos exploitations agricoles et à nos communautés rurales, et sans des politiques
de soutien accru au développement rural.
La communauté internationale a reconnu comme principe fondamental la définition et
l’appropriation par chaque pays des politiques de développement agricole et rural. Mais cette
appropriation ne doit pas se limiter à nos gouvernements et à nos administrations. Par
conséquent, en tant qu’organisations légitimes et autonomes de producteurs agricoles, nous
affirmons qu’il est de notre devoir et de notre droit d’être associées à la conception, l’exécution
et l’évaluation de ces politiques et programmes de développement rural dont les avantages ne
vont pas seulement à nos communautés rurales, mais aussi à nos concitoyens urbains qui
dépendent de la nourriture que nous produisons.
Partenariat entre le FIDA et les organisations paysannes dans le cadre des programmes
de pays. Nous sommes très satisfaits des progrès réels réalisés dans la consultation et le
partenariat entre le FIDA, les gouvernements et nos organisations depuis la création du Forum
paysan, et en particulier au cours des deux dernières années.
Nous sommes d’accord avec le Président du FIDA lorsqu’il souligne que les partenariats du FIDA
avec les organisations paysannes ont amélioré la compréhension, par le Fonds, de la pauvreté
rurale, qu’ils ont permis au FIDA de veiller à ce que l’accent soit davantage mis sur les plus petits et
les plus pauvres des paysans, et qu’ils ont également permis de mieux valoriser les connaissances
et l’expérience locales et autochtones, avantages qui se sont traduits, à leur tour, par l’amélioration
des projets et des bénéfices plus durables pour les petits exploitants. Nous reconnaissons, dans le
même temps, que nous devons faire plus et mieux pour approfondir ce partenariat.
Afin de saisir toutes les occasions offertes par une participation plus générale des producteurs
ruraux, nous avons besoin de temps et de ressources pour nous consulter. Nous soumettons
les recommandations suivantes au FIDA:
• étendre le partenariat à tous les pays dans lesquels le FIDA intervient, en prenant en
compte la diversité des organisations des ruraux pauvres;
• inclure systématiquement au moins une organisation faîtière nationale parmi les membres
de l’équipe de gestion du programme de pays afin qu’elle contribue au pilotage du
programme (formulation du COSOP, conception et exécution des projets et programmes,
concertation sur les politiques et autres initiatives);
• créer, au sein du budget du FIDA, un guichet souple et répondant à la demande visant à
faciliter la participation des organisations paysannes au COSOP et au cycle du projet;
• élaborer des directives opérationnelles pour appuyer la participation systématique des
organisations paysannes au niveau du pays, et en particulier au suivi et à l’exécution des
programmes financés par le FIDA;
• veiller à systématiser la pratique, déjà bien établie, des consultations avec les organisations
paysannes. À cet égard, le FIDA et les organisations paysannes régionales et
internationales pourraient tenir à jour un fichier d’organisations qui pourraient être
systématiquement invitées lorsque le FIDA est sur le point d’entamer la conception d’un
projet; et
• dresser un bilan des leçons à tirer des programmes conduits avec les organisations
paysannes, dans la perspective d’une réplication à plus grande échelle; et promouvoir les
échanges Sud-Sud et développer les connaissances entre les paysans. (Nous
recommandons, à ce propos, d’étudier la possibilité de répliquer les programmes des
“itinéraires d’apprentissage”, mis en œuvre avec succès en Amérique latine.)
56
Suivi-évaluation (S&E). Il est recommandé d’ouvrir systématiquement aux organisations
paysannes les systèmes de S&E des projets pour leur donner les moyens d’influencer leur mise
en œuvre et d’avoir accès à des informations essentielles. La participation des organisations
paysannes à l’équipe de gestion du programme de pays servira de point d’entrée pour un suivi
en commun des résultats et des impacts du programme de pays du FIDA et pour évaluer la
qualité de l’implication des organisations paysannes.
Appui direct aux organisations paysannes. Nous avons noté avec satisfaction l’appui direct
croissant que le FIDA a apporté, au cours des années, à nos organisations par le biais d’un
financement, sous forme de dons, des programmes de renforcement des capacités. Nous
convenons avec le FIDA que l’appui direct à nos organisations devrait être acheminé
principalement par l’intermédiaire de nos réseaux et fédérations à l’échelle régionale, dans un
souci d’économies d’échelle et d’efficience. L’appui direct à des organisations nationales ou
locales devrait néanmoins demeurer possible.
À mesure que l’appui s’élargit, le FIDA attend aussi des organisations paysannes qu’elles
conduisent leurs propres évaluations des avantages et de l’impact de cet appui sur les groupes
cibles du FIDA au sein de leurs propres organisations, particulièrement en termes de
développement économique. Il faudrait en outre procéder à un recensement plus systématique
des synergies entre l’appui direct au renforcement des organisations paysannes et la capacité
de ces organisations de bénéficier des projets d’investissement de plus grande ampleur
appuyés par le FIDA et les gouvernements. Il conviendra d’analyser les synergies entre ces
deux processus.
Processus du Forum paysan. Nous demandons à nouveau que le Forum paysan soit un
processus de consultation permanent, de la base au sommet, prenant pleinement en compte la
diversité de nos organisations et respectant leur autonomie.
Nous recommandons, à cet égard, que chaque division régionale du FIDA élabore et exécute
ses propres plans de concertation et de consultation au niveau des pays et des régions, en
partenariat avec les membres du comité de pilotage du Forum, en vue d’organiser des réunions
régionales ou sous-régionales du Forum paysan dans au moins cinq régions/sous-régions au
cours des deux prochaines années, avec des contributions des organisations paysannes. Les
plans des divisions régionales devraient être élaborés au cours des prochains mois et soumis,
pour observations et validation, au comité de pilotage du Forum paysan. Il est suggéré qu’au
niveau régional la consultation soit systématiquement liée aux possibilités existantes en rapport
direct avec les opérations du FIDA dans ses cinq régions. Ainsi:
• Pour l’Amérique latine et les Caraïbes, une session spéciale serait organisée chaque année
dans le contexte des processus d’intégration régionale, et notamment le CAFTA-DR et le
REAF/MERCOSUR.
• Dans les autres divisions régionales du FIDA, les organisations paysannes nationales
seraient invitées à participer à l’Atelier régional annuel sur l’exécution des projets, et une
journée supplémentaire serait ajoutée à l’ordre du jour pour établir un bilan et définir les
moyens d’accélérer le partenariat, au niveau national, entre le FIDA, les organisations
paysannes et les gouvernements nationaux.
Il est également recommandé que le FIDA amorce un dialogue avec le Secrétariat du Nouveau
partenariat pour le développement de l’Afrique en vue de l’établissement d’un point focal du
Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine afin d’accélérer le partenariat
avec les organisations paysannes.
Les femmes dans l’agriculture et les organisations paysannes2
Nous, femmes paysannes, pêcheuses et éleveuses, attirons une fois encore l’attention sur la
disproportion flagrante entre les rôles des femmes dans tous les aspects de l’agriculture dans
l’ensemble du monde en développement et l’insuffisance de la reconnaissance, des droits, des
2 Cette déclaration a été préparée dans le cadre d’une session spéciale du Forum paysan: “Atelier préparatoire sur
le thème Promouvoir la participation des femmes aux instances dirigeantes des organisations paysannes et de
producteurs ruraux”.
57
ressources et des services dont nous bénéficions. Nous lançons aussi un signal d’alarme à
propos des effets du changement climatique et de la crise financière sur les femmes, car ils se
traduisent par une augmentation de la pauvreté et des pénuries alimentaires. À cause de la
pauvreté et de l’absence de services dans les zones rurales, nos fils et nos filles ne veulent pas
être des paysans et continuent de migrer vers les zones urbaines. Cette situation suscite une
question capitale: comment assurer la rentabilité et la durabilité de l’activité agricole afin de
garantir un avenir à la prochaine génération de paysans, femmes et hommes?
Des organisations de producteurs efficaces et représentatives peuvent constituer un
puissant instrument permettant aux femmes rurales de faire entendre leur voix, afin que nous
puissions exercer une plus grande influence sur les décisions qui affectent nos vies et nos
moyens de subsistance. Mais, à ce jour, nos voix n’ont été que trop rarement entendues au
sein de nos organisations.
L’autonomisation économique des femmes ainsi que leur savoir et leurs compétences accrus
sont des préalables essentiels pour améliorer notre statut et nos moyens de subsistance et pour
nous permettre de jouer un rôle efficace au sein des organisations de producteurs. Nous invitons
instamment le FIDA et les autres bailleurs de fonds à consacrer de nouvelles ressources à l’appui
de l’autonomisation économique des femmes paysannes. Nous avons besoin de ces ressources
pour renforcer nos savoirs, nos compétences et notre rôle dirigeant, afin de produire et de
transformer les produits alimentaires de manière plus efficace et plus durable, pour nos familles
ainsi que pour les marchés. Nous invitons instamment le FIDA et les autres bailleurs de fonds à
orienter des ressources vers les structures féminines au sein des organisations paysannes et à
exiger des quotas à respecter.
Nous invitons aussi spécifiquement le FIDA:
• à poursuivre et à accroître les efforts visant à permettre aux femmes d’obtenir un meilleur
accès aux moyens de production, y compris la terre et l’eau, et de mieux maîtriser ces
moyens;
• à appuyer l’élaboration et la mise à disposition de services financiers adaptés à l’agriculture
et à rendre possible l’augmentation des revenus des femmes;
• à prévoir chaque fois que cela sera possible, outre l’intégration des préoccupations
relatives à l’égalité entre les hommes et les femmes dans l’ensemble des projets et des
programmes, l’affectation de fonds réservés aux femmes dans les programmes financés
par le FIDA à titre de mesure de discrimination positive – par exemple, au titre des fonds
de développement communautaire et au titre de la formation;
• à utiliser le financement sous forme de dons pour le renforcement des capacités des
femmes – y compris le cas échéant pour des installations de protection de l’enfance –
lorsqu’il n’est pas possible de financer de telles activités par un prêt;
• lorsque les programmes financés par le FIDA appuient l’accès à la terre et à d’autres types
de propriété, à chercher à négocier l’attribution de titres de propriété conjoints, avec
l’appui de services juridiques consultatifs pour permettre aux femmes de défendre leurs
droits; et
• à prêter attention, dans le contexte d’une indispensable focalisation sur la jeunesse rurale,
à la situation et aux besoins spécifiques des jeunes femmes.
Dans le contexte de l’engagement du FIDA auprès des organisations paysannes, nous
recommandons que le FIDA:
• fasse de la place aux femmes dirigeantes paysannes afin qu’elles participent aux
processus d’élaboration des politiques aux niveaux national et mondial, ainsi qu’aux
consultations sur la stratégie du FIDA dans les pays;
• détermine, dans la conception des projets et programmes travaillant avec les organisations
paysannes, des quotas réservés aux femmes (qui ne seront pas, là où c’est possible,
inférieurs à 30% et viseront à atteindre, progressivement, 50%); fournisse des moyens
pour inciter les organisations de producteurs à atteindre ces cibles; et assure le suivi de
leur exécution;
58
• investisse davantage de ressources sous forme de dons pour accroître la capacité des
organisations paysannes d’aborder les questions d’égalité entre les hommes et les
femmes et d’autonomiser les femmes et pour renforcer le rôle dirigeant des femmes – si
possible en acheminant directement des fonds vers les structures féminines au sein de nos
organisations; et
• implique les femmes leaders d’organisations paysannes dans la supervision et le suivi des
programmes de développement.
Enfin, nous notons avec satisfaction que le chiffre de 30% de femmes participantes
recommandé lors de la précédente réunion du Forum paysan a été dépassé cette année. Nous
demandons le maintien de la proportion actuelle de 40% au cours des prochaines réunions,
l’objectif étant de l’augmenter progressivement à l’avenir.
Investir dans les jeunes paysans
Nous sommes tous conscients de la nécessité urgente d’aborder la question des jeunes
agriculteurs. Notre agriculture familiale doit être rémunératrice et leur assurer une vie digne. Il faut
assurer aux jeunes paysans, femmes et hommes, un accès aux facteurs de production – terre,
crédit et formation. À cet égard, nous recommandons au FIDA:
• de recenser les organisations de jeunes agriculteurs et de jeunesse rurale, et leurs réseaux
(nationaux et régionaux);
• d’organiser une session spéciale du Forum paysan semblable à celle consacrée cette
année aux femmes, et de veiller à ce que les jeunes soient davantage représentés aux
prochaines réunions du Forum paysan;
• de désigner au sein du FIDA un point focal pour la jeunesse;
• d’organiser un atelier mondial sur la participation des jeunes au programme Agriculture
durable et développement rural au cours de cette année, proclamée Année internationale
de la jeunesse par les Nations Unies;
• d’intégrer les jeunes dans tous les programmes et politiques du FIDA, en respectant
l’équilibre entre les sexes et en mettant l’accent sur l’élaboration de programmes de
renforcement et d’amélioration des capacités pour permettre aux jeunes ruraux de
s’engager dans une production alimentaire durable et dans des emplois agricoles et ruraux;
• de lancer des projets pilotes à l’appui des jeunes ruraux; et
• d’organiser des échanges de jeunes pour un partage d’expériences sur les meilleures
pratiques et pour l’apprentissage.
Nous adressons à nouveau nos remerciements sincères au FIDA pour sa réponse positive à
notre demande de création du Forum paysan en tant que plate-forme unique pour un dialogue
sans exclusive sur le développement rural et pour l’occasion qui nous est offerte de prendre la
parole devant son Conseil des gouverneurs.
Je vous remercie de votre attention.
La réponse de la Direction générale du FIDA
Kevin Cleaver, Vice-Président adjoint du FIDA, chargé des programmes, a répondu à un grand
nombre de points soulevés dans la synthèse des délibérations. Il a réaffirmé l’importance du
Forum paysan en tant que moyen, pour les organisations paysannes, d’exprimer des points de
vue qui font si souvent défaut dans le dialogue avec les pouvoirs publics. Il a souligné la
situation difficile des femmes et des enfants et insisté sur la volonté du FIDA de chercher à y
remédier. Il a aussi reconnu que les organisations paysannes ont besoin d’un soutien
financier et technique direct accru, et démontré l’engagement du FIDA sur ce point en
déclarant que ce soutien a été multiplié par quatre entre 2008 et 2009. Il a également pris
acte de ce que les pêcheurs et les peuples autochtones ne peuvent pas être négligés.
Kevin Cleaver a expliqué que le FIDA doit rendre des comptes aux gouvernements et que
les mesures qu’il prend, sur le plan des politiques, peuvent créer un lien entre les
59
organisations paysannes et les pouvoirs publics, qu’il s’agisse d’expression, de renforcement
des capacités ou d’investissement direct. Il a déclaré que le FIDA continuera à financer les
organisations paysannes par le biais de projets, sur le plan régional par le biais de dons, et
sur le plan international par le biais de conférences et d’autres enceintes. Il a aussi réaffirmé
que le FIDA – et cela a été déjà démontré – est résolu à encourager la
participation des organisations paysannes à la conception des COSOP et
des projets, affirmant que la qualité des projets s’améliore précisément grâce
à cette participation des organisations paysannes à leur formulation. Dans
le même temps, a-t-il déclaré, cet engagement financier, tout comme la
supervision directe des projets, ne peut pas être garanti pour tous les pays,
étant donné que certains gouvernements ne l’autorisent pas.
Il a ensuite abordé, pour y répondre, les points qu’il a qualifiés de
“plus controversés”.
• Accaparement des terres et investissements étrangers privés: cette
“Nous demanderons toujours
question est l’une des plus controversées aujourd’hui. L’investissement
l’autorisation du gouvernement. Nous
privé peut cependant être le meilleur ou le pire. Le FIDA estime qu’il
chercherons à le convaincre, mais
doit être régi par des principes, et il a publié à cet effet des principes
nous ne pouvons pas lutter contre lui.”
dont les investisseurs pourraient utilement s’inspirer. L’investissement
Kevin Cleaver, Vice-Président adjoint
privé va faire partie de la réalité. Il faut simplement veiller à ce qu’il
du FIDA
soit bénéfique et non nuisible.
• Suivi-évaluation: l’idée selon laquelle le S&E pourrait aller au-delà de l’usage qu’en
font les donateurs, et qu’il pourrait être à la disposition des organisations paysannes,
est une idée bienvenue. Si les organisations paysannes participent à la supervision et à
la conception et savent ce qu’il se passe, les résultats n’en seront probablement que
meilleurs.
• Filières: le rôle du FIDA consiste à aider les agriculteurs à participer à ce qui existe déjà.
La plupart des paysans vendent leurs produits à quelqu’un. Mais il existe un
déséquilibre de pouvoir, et le FIDA a pour mission de renforcer la partie “paysanne” de
cette équation.
• Échanges: certains croient à l’utilité des barrières à l’importation, à l’autosuffisance
alimentaire. Il existe un déséquilibre dans la plupart des accords de libre-échange. Le
FIDA ne peut intervenir dans ce débat que de manière limitée. Mais nous nous
efforcerons de vous écouter et de respecter vos points de vue, et de vous aider à
renforcer votre capacité d’influencer vos gouvernements.
Kevin Cleaver a souligné, en conclusion, l’importance d’être à l’écoute des points de vue de
chacun: c’est seulement ainsi que nous irons de l’avant.
La réponse des gouvernements des États membres
La parole a ensuite été donnée, en séance plénière, aux représentants des gouvernements
membres (en particulier les membres du Conseil d’administration). La demande d’un débat
au Conseil d’administration sur la synthèse des délibérations du Forum a été l’un des
thèmes les plus souvent abordés. On trouvera ci-après un résumé des observations formulées
par les gouvernements membres:
Suède. Je n’avais jamais assisté à une réunion de ce type, avec des paysans venant de toutes les
régions du monde et un si grand nombre de femmes. Je pense que vous avez tous droit à pratiquer
une agriculture rentable.
Argentine. La synthèse des délibérations devrait être transformée en un document de travail à
soumettre au Conseil d’administration, afin que ce dernier puisse l’utiliser pour répondre à certaines
60
des questions soulevées. Un appel a été lancé en vue de rapprocher les véritables bénéficiaires des
projets du FIDA et les pouvoirs publics. Les membres du Conseil d’administration ont un rôle à jouer
dans ce rapprochement.
France. Je voudrais exprimer mon soutien résolu à l’idée d’intégrer votre synthèse des délibérations à
l’ordre du jour du Conseil d’administration. Il est important que vous transmettiez ces idées et que
vous en fassiez un document de travail, pas seulement pour le FIDA, mais aussi pour ses organes
directeurs. Certains des points de ce document pourraient être discutables, mais le moment est venu
d’en débattre. Vous avez accompli un bond en avant, quantitatif et qualitatif. J’aimerais beaucoup
être ici pour travailler avec vous.
Guatemala. Tout comme certains de mes collègues, j’ai assisté aux précédentes réunions du Forum
paysan, et je voudrais vous féliciter pour les améliorations significatives observées au cours de cette
manifestation. Je pense aussi que nous devons prendre en compte dans nos travaux la déclaration et
les suggestions qu’elle contient, afin de parvenir à une vision de ce qui se passe sur le terrain, et de
comprendre la réalité des bénéficiaires des programmes du FIDA.
Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord. L’idée de faire participer davantage
les organisations paysannes à la conception, à l’exécution et à d’autres phases des projets me paraît
très convaincante. Comment intégrer ce processus au niveau opérationnel, où il peut réellement
avoir un sens? Comment y parvenir lorsque le retour d’information du terrain n’est pas toujours
suffisant? Nous pouvons compter sur le FIDA pour qu’il crée ces processus vertueux d’information
aux niveaux pertinents.
Canada. Le soutien direct apparaît clairement comme une question importante, très probablement
comme moyen de garantir que l’argent parvient bien aux utilisateurs finaux.
Ouganda. Si les gouvernements ne sont pas en accord avec les idées pour lesquelles milite le FIDA,
ce dernier doit alors s’engager auprès des gouvernements pour souligner que les organisations
paysannes font partie des acteurs des filières. De toute façon, les gouvernements ont besoin du FIDA
pour s’ organiser. Il y a de bons combats et de mauvais combats. Le FIDA doit mener le bon combat.
Clôture du Forum paysan
C’est Yukiko Omura, Vice-Présidente du FIDA, qui a présidé la clôture
officielle du Forum paysan, en rendant hommage aux participants pour
les nombreux et importants messages formulés dans la synthèse des
délibérations. Elle a assuré les participants que le FIDA ferait tout ce qui
est en son pouvoir pour apporter son soutien, combler les écarts et
réduire les déséquilibres. Elle a souligné que la plate-forme du Forum
paysan est unique non seulement en ce qu’elle permet des échanges
d’idées et d’opinions, mais aussi parce qu’elle concerne une action
Yukiko Omura, Vice-Présidente du FIDA
commune sur le terrain en vue de produire des résultats utiles aux ruraux
pauvres, hommes et femmes. Elle a remercié les organisations paysannes
pour le long voyage qu’elles ont effectué pour partager leur clairvoyance quant à la voie à
suivre. Elle a conclu sa déclaration en citant une phrase prononcée par le Président du
FIDA à l’ouverture du Forum paysan – “Nous devons investir dans les jeunes ruraux
d’aujourd’hui, car ils seront les agriculteurs de demain” –, et elle a assuré le Forum que le
FIDA serait partie prenante de cette transformation.
61
APPENDICE I
Ordre du jour du Forum
Session spéciale du Forum paysan
Atelier préparatoire – Promouvoir la participation des femmes aux instances
dirigeantes des organisations paysannes et de producteurs ruraux
Vendredi 12 février 2010 (ARAN Park Hotel)
16.30
Inscription des participants
17.30–19.30
Session d’introduction – prises de contact informelles – explication de l’ordre
du jour – attente (cocktail)
19.30
Dîner offert aux participants et aux invités extérieurs
Samedi 13 février 2010 (siège du FIDA)
9.00–10.30
Introduction et débat en séance plénière – salle de conférences Italie
10.30–10.45
Pause-café
10.45–13.00
Groupes de travail (réunions parallèles) – salle Ovale A, salle Ovale B,
C 200, C 300
13.00–14.00
Déjeuner (ingrédients biologiques)
14.00–15.30
Plénière: comptes rendus des groupes de travail et débat – salle de conférences
Italie
15.30–15.45
Pause-café
15.45–17.00
Groupes de travail (réunions parallèles) – salle Ovale A, salle Ovale B,
C 200, C 300
17.00–18.00
Plénière: comptes rendus des groupes de travail et débat –
salle de conférences Italie
18.00–18.30
Plénière: conclusion – salle de conférences Italie
Dimanche 14 février 2010 (ARAN Park Hotel)
62
9.00–18.00
Réunions préparatoires et parallèles des réseaux d’organisations paysannes
et de producteurs ruraux
14.00–18.00
Inscription des participants
18.15–20.00
Réunion d’information avec les membres du comité de pilotage
du Forum paysan
15-16 février: réunion mondiale du Forum paysan
Lundi 15 février 2010
9.00–10.30
Séance d’ouverture – salle de conférences Italie
Allocution du Président du FIDA
Interventions des membres du comité de pilotage du Forum paysan: FIPA,
La Via Campesina, Forum mondial des populations de pêcheurs, Forum
mondial des aquaculteurs et pêcheurs, ROPPA, Association des agriculteurs
d’Asie pour le développement rural durable, COPROFAM (5 minutes chacun)
10.30–10.45
Pause-café
10.45–12.30
Séance plénière: tendances et faits nouveaux en matière de partenariats entre
le FIDA et les organisations paysannes
12.30–13.00
Séance plénière: compte rendu de l’atelier préparatoire de samedi sur la
promotion de la participation des femmes aux instances dirigeantes des
organisations paysannes
13.00–14.30
Déjeuner (ingrédients biologiques)
14.30–17.30
Réunions des groupes de travail régionaux: progrès réalisés et objectifs futurs des
partenariats FIDA/organisations paysannes aux niveaux national et régional:
Afrique de l’Ouest et du Centre – salle Ovale A
Afrique orientale et australe – C 300
Proche-Orient, Afrique du Nord, Europe centrale et orientale – salle Ovale B
Amérique latine et Caraïbes – salle de conférences Italie
Asie et Pacifique – C 200
17.30–18.30
Préparation des comptes rendus des groupes de travail régionaux
18.00
Cocktail – zone des conférences
20.00
Séance de travail nocturne du comité de pilotage sur les recommandations
concernant l’évolution des partenariats FIDA/organisations paysannes
Mardi 16 février 2010
8.30 – 10.30
Réunion des groupes de travail thématiques régionaux (en parallèle):
Afrique de l’Ouest et du Centre: rôle des organisations paysannes dans le
développement des filières et comment reproduire les réussites exemplaires –
salle Ovale A
Afrique orientale et australe: comment promouvoir l’accès des petits exploitants
agricoles aux marchés – C 300
Amérique latine et Caraïbes: action des pouvoirs publics et agriculture familiale:
politiques et programmes d’investissements différenciés pour les petits paysans –
salle de conférences Italie
Asie et Pacifique: comment promouvoir la sécurité alimentaire et l’agriculture
paysanne dans un contexte de concurrence croissante pour la terre et d’autres
ressources naturelles – salle Ovale B
10.30 – 11.00 Pause-café
11.00 – 12.30 Séance plénière: rapports des groupes de travail thématiques régionaux et débat
général – salle de conférences Italie
63
12.30 – 14.00 Déjeuner (ingrédients biologiques)
Préparation de la synthèse des délibérations
(Comité de pilotage du Forum paysan)
14.00 – 16.30 Séance plénière – salle de conférences Italie
Comptes rendus des groupes de travail régionaux concernant les partenariats
FIDA/organisations paysannes aux niveaux régional et national; débat sur les
conclusions et recommandations
Présentation, discussion et approbation, par les représentants des
organisations paysannes, de la synthèse des délibérations en vue de sa
présentation au Conseil des gouverneurs
16.30 – 16.45 Pause-café
16.45 – 18.30 Séance plénière finale – Salle de conférences Italie
(Séance ouverte aux Gouverneurs et aux membres du Conseil d’administration
du FIDA)
Réactions de la Direction du FIDA à la synthèse des délibérations
Discussion avec les membres du Conseil d’administration
Clôture du Forum
Les participants au Forum paysan sont invités à assister, en qualité d’observateurs, au Conseil
des gouverneurs. La synthèse des délibérations du Forum paysan sera présentée au Conseil
des gouverneurs au cours de la séance plénière qui se tiendra dans la matinée du mercredi
17 février. Les participants au Forum auront la possibilité de participer aux quatre événements
parallèles organisés dans la matinée du jeudi 18 février.
Événements parallèles au Forum paysan
Jeudi 18 février 2010 (siège du FIDA)
64
14.30 – 17.00
Comment aider les organisations paysannes et de producteurs ruraux
à fournir des services adéquats à leurs membres? – salle Ovale
14.30 - 17.00
Qu’est-ce que le programme “Achats au service du progrès” (P4P)?
Collaboration avec les organisations paysannes et de producteurs ruraux
à différents échelons – salle de conférences Italie
APPENDICE II
Discours d’ouverture du Président
Représentants des organisations paysannes et de producteurs ruraux, partenaires, collègues,
Mesdames et Messieurs, permettez-moi tout d’abord d’exprimer mon grand plaisir de vous
accueillir tous ici au siège du FIDA pour cette troisième réunion du Forum paysan. Vous êtes
les bienvenus.
Je voudrais spécialement souhaiter la bienvenue aux femmes dirigeantes présentes ici
aujourd’hui. Un grand nombre d’entre elles ont déjà participé, samedi, à l’atelier sur le
leadership féminin. Je suis ravi de savoir que les femmes représentent, cette année, 40% des
participants au Forum paysan. C’est là un très grand progrès depuis la première réunion du
Forum paysan, en 2006, où elles n’étaient que 9%. Le FIDA est fermement résolu à renforcer le
rôle moteur joué par les femmes et leur influence en matière de prise de décisions dans
l’agriculture. En fait, tel est exactement le deuxième engagement que j’ai pris, au nom du FIDA,
lorsque j’ai reçu la Torche de champion de l’OMD 3, qui m’a été remise l’an dernier à Istanbul
par la Ministre de la coopération pour le développement du Danemark.
Avant de prononcer quelques mots à propos du Forum, permettez-moi de dire que le FIDA
s’associe à la communauté internationale pour rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie
ou souffert de la catastrophe qui a frappé, le 12 janvier, Port-au-Prince, en Haïti. Vendredi
dernier, un mois après le séisme, les institutions basées à Rome ont annoncé la constitution
d’une équipe spéciale chargée d’apporter une aide coordonnée à Haïti. Le FIDA est à l’avantgarde pour aider Haïti à faire en sorte que la prochaine campagne agricole soit aussi
productive que possible.
De manière plus générale et au plan mondial, nous explorons au FIDA les moyens de
mieux soutenir les agriculteurs – et en particulier les petits exploitants qui sont extrêmement
vulnérables à l’impact des catastrophes – et les possibilités de mettre en place un cadre
général de réaction rapide pour le relèvement et la reconstruction afin de renforcer notre
capacité opérationnelle d’apporter une aide dans des circonstances aussi dramatiques partout
dans le monde.
Permettez-moi maintenant d’aborder les petits exploitants et le Forum paysan. Depuis la
précédente réunion du Forum paysan, il y a deux ans, le monde a connu de multiples crises,
aggravées par la récession mondiale et le changement climatique. Ces crises ont non seulement
mis en lumière des décennies de négligence du secteur agricole, mais aussi sensibilisé le monde
à l’importance du développement de l’agriculture en tant que source de croissance économique
et de stabilité politique. Elles ont également été à l’origine d’un engagement en faveur d’une
sécurité alimentaire durable à long terme. Pour atteindre d’ici à 2015 les Objectifs du Millénaire
pour le développement, à supposer que nous y parvenions, il faudra placer au centre des
politiques publiques et de leurs agendas de développement les investissements dans le
développement rural, et porter une sérieuse attention au rôle des ruraux pauvres, hommes et
femmes, dans la croissance agricole, et en particulier au rôle que jouent, à travers le monde, les
petits exploitants agricoles.
65
Pendant des décennies, le FIDA a plaidé avec vigueur en faveur du secteur agricole, et en
particulier du rôle des petits exploitants: agriculteurs, pêcheurs et pasteurs. Au cours de
l’année dernière, nous avons été en mesure d’attirer l’attention des gouvernements et des
dirigeants d’entreprises du monde entier – et tout récemment, le mois dernier, au Forum
économique mondial de Davos, où j’ai représenté la voix des petits exploitants – sur le fait
que 500 millions de petits exploitants de par le monde soutiennent environ un tiers de la
population mondiale et produisent 80% des aliments consommés dans le monde en
développement. L’exploitation agricole, indépendamment de sa taille ou de son échelle, est
une entreprise. Chaque agriculteur voudrait nourrir sa famille et produire un excédent lui
permettant d’obtenir un revenu grâce aux échanges. Tel est le fondement de la
commercialisation de l’agriculture, la transformation de paysans pratiquant une activité de
subsistance en petits entrepreneurs du secteur agro alimentaire.
Lorsque nous savons que 85% des exploitations agricoles de par le monde ont une
superficie inférieure à 2 hectares et que, dans le monde en développement, cette superficie
n’est parfois que de 0,25 hectare; lorsque nous savons que 500 millions de petits exploitants
produisent 80% des produits alimentaires que nous consommons dans le monde en
développement; que ces petits exploitants vivent dans les zones rurales et constituent la
majorité des ruraux pauvres; et lorsque nous savons que les jeunes constituent plus de
60% de la population rurale et que les jeunes femmes ou les jeunes filles représentent plus de
la moitié d’entre eux – si nous savons tout cela, je vous le demande, qui nourrira le monde en
2020, en 2030 ou en 2050, alors que d’ici là la population de la planète comptera trois
milliards d’habitants supplémentaires, soit une augmentation de 50% par rapport à la
population actuelle? Nous devons donc investir dans les jeunes ruraux d’aujourd’hui, car ils
seront les agriculteurs de demain.
Les gouvernements nationaux, les partenaires du développement et le secteur privé doivent
se donner la main pour renforcer leurs capacités, pour mettre à leur disposition les
technologies dont ils ont besoin, les infrastructures rurales, les institutions financières,
l’information de marché et les liaisons qui sont les ingrédients essentiels de cette
transformation. Le FIDA est résolu à être partie à cette transformation. Cela concerne le
développement agricole et rural, mais cela implique également le développement des
capacités et les possibilités d’emploi; cela implique d’inverser le sens des migrations qui vont
actuellement des zones rurales vers les zones urbaines; cela suppose de nouveaux partenariats
commerciaux, un changement des structures mentales, une évolution paradigmatique en
matière de développement, car l’investissement dans la jeunesse rurale est la fondation sur
laquelle bâtir des économies viables. Il constitue le lien entre la productivité agricole et la
sécurité alimentaire, entre la stabilité politique et la sécurité nationale, facteurs précurseurs
d’une paix mondiale. C’est pour tout cela que milite le FIDA.
Quel est alors le positionnement du FIDA dans ce nouveau paradigme? L’an dernier, le
Conseil des gouverneurs du FIDA a approuvé une augmentation de 67% des ressources du
Fonds pour la prochaine période triennale, 2010 2012. Cela signifie que le FIDA exécutera
chaque année un programme de travail d’un montant d’environ un milliard d’USD, en vue de
toucher au moins 60 millions de ruraux pauvres, dont beaucoup sont membres de vos
organisations. Je voudrais tracer les grandes lignes de ce que nous faisons déjà et de ce que
nous prévoyons de faire. Par le biais de nos projets et programmes, nous financerons des
investissements innovants pour renforcer les droits d’accès et d’occupation, pour la terre et
l’eau, et améliorer l’accès aux services financiers, aux intrants et au matériel agricole, aux
infrastructures et aux marchés. Dans le cadre des stratégies de développement impulsées par
les pays, et en étroite consultation avec les producteurs ruraux, nous continuerons à cibler
soigneusement ces investissements sur les plus pauvres, et en particulier les agricultrices.
66
Nous œuvrons main dans la main avec vos organisations pour faire progresser les femmes
rurales, qui sont de plus en plus les agricultrices du monde en développement. Ce sont elles qui
effectuent la plus grande partie des travaux agricoles, et elles produisent plus de 60% des plantes
vivrières. Les projets du FIDA ciblent les petites agricultrices, qui ont souvent moins de droits à
la propriété de la terre, à la finance et à d’autres moyens de production que leurs homologues
masculins à travers le monde. Mais les services financiers à eux seuls ne suffisent pas; nos
investissements ne seront pas efficaces si les pouvoirs publics ne mettent pas en place les cadres
d’action adéquats. De ce point de vue également, nous travaillons en liaison étroite avec vos
organisations pour inciter les gouvernements à mettre en œuvre des politiques de soutien au
développement agricole et rural. Les projets du FIDA insistent sur le fait que l’augmentation de
la production agricole des petits exploitants exige une mobilisation de tout le potentiel de
recherche et d’innovation technologique. Ce sont là les moteurs du changement, et ils doivent
bénéficier d’investissements durables aux échelons tant régional que national pour améliorer la
production des agriculteurs. La révolution verte qui s’est déroulée en Asie est un exemple
remarquable de ce processus. Je suis convaincu que, si ces instruments sont en place, la pauvreté
rurale et l’insécurité alimentaire peuvent être surmontées et, comme l’ont démontré la Chine au
cours des années 1980 et le Viet Nam plus récemment, cela peut intervenir rapidement.
Le Viet Nam, qui était un pays en déficit vivrier, s’est transformé pour devenir le deuxième
exportateur mondial de riz, grâce au développement de l’agriculture paysanne. De ce fait, la
pauvreté est tombée de 58% en 1979 à moins de 15% aujourd’hui. Je suis absolument
convaincu que l’Afrique peut se nourrir par elle-même, tout comme l’ont fait le Viet Nam et la
Chine. L’Afrique possède les ressources humaines et naturelles dont elle a besoin pour assurer sa
croissance agricole et son autosuffisance alimentaire. Ce dont l’Afrique a besoin, c’est de
dirigeants locaux motivés, et c’est cela que certains d’entre vous ont appelé de leurs vœux
vendredi dernier, et c’est cela que j’ai préconisé aux dirigeants africains tout au long de ma
carrière. C’est pour cela qu’ils ont apposé leur signature à Maputo en 2003, et pourtant moins
de dix pays allouent aujourd’hui 10% de leur budget national à l’agriculture comme ils s’y
étaient engagés à Maputo en 2003.
L’Afrique a besoin d’engagement et de leadership au niveau le plus élevé des pouvoirs
publics, tout comme nous en avons besoin au niveau le plus bas de la communauté, et je
répéterai donc mon appel. Aucune nation, aucun peuple ne peut parvenir au développement
économique si ce développement ne trouve pas sa source à l’intérieur et si l’agriculture n’en est
pas le fondement; après tout, le développement est un processus intrinsèque et endogène.
Certes, il peut recevoir une aide de l’extérieur mais, comme je l’ai dit auparavant, et je le répète
aujourd’hui, un palmier ne peut pas utiliser l’énergie de la lumière solaire s’il n’est pas
solidement enraciné dans son propre sol. Cette initiative doit partir de vos organisations. Elle
doit aussi prendre les jeunes pour point de départ. Le renforcement des organisations de petits
agriculteurs, pêcheurs et pasteurs est essentiel si nous voulons parvenir à saisir les opportunités
que font naître les défis du temps présent. Il est tout aussi important de renforcer votre capacité
de vous rapprocher du secteur privé pour élargir ces partenariats, afin de mettre la demande et
les marchés en relation avec la production des petits exploitants.
Nous souhaitons que le Forum stimule les occasions de constituer des réseaux entre vous et
de renforcer votre esprit d’initiative pour parvenir à ces objectifs. Depuis la première réunion du
Forum paysan du FIDA, en 2005, nous avons observé d’importants résultats. La coopération
entre les producteurs agricoles, les pêcheurs et le secteur privé améliore l’accès aux marchés et au
savoir, renforce le pouvoir de négociation des paysans tout au long de la filière, de la production
à la commercialisation, crée des possibilités d’emplois et de génération de revenus dans les
zones rurales et donne plus de force à la voix des producteurs ruraux pour influencer les
politiques et les programmes de développement.
67
Au FIDA, notre participation avec les organisations paysannes revêt de nombreuses formes.
Fait particulièrement important, le FIDA consulte les paysans au moment de la préparation du
programme d’options stratégiques pour le pays, habituellement désigné par l’acronyme
COSOP, et lors de la conception des projets. Nous accordons également des dons importants
aux organisations paysannes faîtières pour les soutenir et pour soutenir leurs réseaux aux
échelons régional ou sous-régional.
Grâce au partenariat avec les organisations paysannes, le FIDA a une meilleure
compréhension de la pauvreté rurale. Ce partenariat nous a permis de mieux cibler les plus
petits et les plus pauvres parmi les paysans, et nous avons bénéficié de l’expérience et du
savoir locaux et autochtones, avec pour résultat des projets de meilleure qualité et des
avantages plus durables pour les petits exploitants. Je me félicite des progrès que nous avons
pu réaliser. Mais nous devons faire fond sur notre expérience et élargir nos partenariats.
Avant de conclure, je voudrais donc évoquer quatre domaines dans lesquels nous pouvons
mieux faire.
Premièrement, il existe encore un certain nombre de pays dans lesquels la coopération du
FIDA avec les organisations paysannes est peu développée. Nous devons aller plus loin, et
approfondir et développer ces relations.
Deuxièmement, nous devons œuvrer, de concert, au renforcement des liens entre vos
organisations et les mouvements communautaires de base, et investir dans le plaidoyer à
l’échelon des villages pour avoir un impact au niveau du terrain et améliorer la base globale
de nos partenariats.
Troisièmement, nous devons développer le rôle de plaidoyer des organisations paysannes
dans le contexte du débat national sur les politiques. Ainsi, alors que le changement
climatique constitue un énorme défi pour les agriculteurs, rares sont les responsables des
politiques qui reconnaissent le rôle que peuvent jouer les petits exploitants dans l’atténuation
de son impact. En travaillant ensemble, nous pouvons sensibiliser les autorités nationales afin
de déterminer les meilleurs moyens de rétribuer les petits exploitants pour les services
environnementaux qu’ils peuvent fournir pour réduire les émissions de carbone.
Quatrièmement, nous devons assurer la participation des jeunes ruraux à l’agriculture, les
aider à s’organiser en associations de jeunes paysans, fournir des possibilités de renforcement
des capacités et de formation, de liaisons institutionnelles et d’information de marché. Ce
sont ces jeunes qui assureront la production vivrière de demain.
En conclusion, alors que, partout dans le monde, l’agriculture est aujourd’hui sous les feux
des projecteurs du fait de la crise de la sécurité alimentaire à laquelle nous avons été
confrontés en 2007 et en 2008, cette troisième réunion du Forum paysan survient en temps
opportun pour que nous déterminions comment nous pouvons agir avec les gouvernements
en vue d’accroître la productivité et les revenus des petits exploitants. J’espère qu’à la
conclusion de cette session du Forum paysan nous aurons produit des idées novatrices sur la
manière d’utiliser nos partenariats pour élargir les débouchés offerts par le marché aux petits
exploitants et mettre au point des programmes de participation des jeunes ruraux aux activités
agricoles, en incitant les petits exploitants à évoluer d’une agriculture de subsistance vers des
activités agroalimentaires rentables et créatrices de richesses, en investissant dans leurs moyens
de subsistance et en contribuant à la sécurité alimentaire, à l’autonomisation sociale et à la
croissance économique.
68
APPENDICE III
Présentation des “Partenariats en
action 2008-2009”
69
70
71
72
73
74
APPENDICE IV
Résumé des deux événements parallèles
Événements parallèles du Forum paysan, organisés en marge
de la trente-troisième session du Conseil des gouverneurs du FIDA
Siège du FIDA, Rome
18 février 2010
Introduction
Deux événements parallèles ont été organisés, dans le cadre du processus du Forum paysan,
après la fin des travaux du Conseil des gouverneurs, dans l’après-midi du 18 février. Il avaient
pour objectif d’offrir un espace de dialogue entre les représentants des organisations
paysannes, des représentants des gouvernements et des membres du personnel du FIDA et
d’autres institutions des Nations Unies. Deux thèmes ont été retenus pour ces événements
parallèles:
• Qu’est-ce que le programme “Achats au service du progrès” (P4P)? Œuvrer aux côtés des
organisations paysannes à différents niveaux
• Comment aider les organisations paysannes à offrir de meilleurs services à leurs
membres
On trouvera dans les pages ci-après un résumé de ces deux événements.
75
Qu’est-ce que le programme “Achats au
service du progrès” (P4P)? Œuvrer aux
côtés des organisations paysannes à
différents niveaux
Généralités
Le programme “Achats au service du progrès” (P4P) vise à améliorer les moyens d’existence
des petits exploitants et des agriculteurs à faible revenu grâce à des interventions axées sur le
marché. S’inspirant de la vaste expérience acquise par le Programme alimentaire mondial
(PAM) des Nations Unies dans l’achat de produits alimentaires sur les marchés locaux et
régionaux, le P4P fait appel à la “plate-forme de demande” du PAM concernant de tels
produits pour accroître les niveaux de production et les débouchés des agriculteurs.
L’objectif de cet événement parallèle était d’ouvrir un dialogue avec les participants à
propos du programme P4P et d’examiner les principaux enseignements tirés à ce jour
pour ce qui concerne l’action à entreprendre aux côtés des organisations paysannes à
différents niveaux du programme.
Trois résultats étaient attendus de cet événement:
• clarification du concept de P4P;
• établissement d’une liste de recommandations adressées au PAM sur la possibilité de
poursuivre son action auprès des organisations paysannes à différents niveaux; et
• établissement d’une liste de recommandations adressées aux organisations paysannes
pour qu’elles sensibilisent leurs membres aux possibilités de vente au PAM (en en
précisant les limites).
Une quarantaine de personnes ont participé à cet événement, présidé par Jean-Philippe
Audinet (coordonnateur du Forum paysan – FIDA). L’événement a débuté avec la
présentation, par Arlene Mitchell, d’un exposé sur la Fondation Bill et Melinda Gates, l’une
des principales sources de financement du P4P. Cet exposé a été suivi par celui présenté par
deux membres du personnel du PAM: Mary McGroarty, conseillère principale de programme
et Sarah Longford, conseillère P4P. Le troisième exposé a été présenté par Ibrahima Coulibaly,
Président de la Coordination nationale des organisations paysannes (CNOP) du Mali.
Après la présentation des exposés, le débat a été ouvert et la parole donnée aux
participants. Pour faciliter la discussion, les orateurs ont été invités à proposer, dans leurs
interventions:
• des exemples des meilleures méthodes suivies pour impliquer les organisations
paysannes à différents niveaux/échelons;
• une description de modes efficaces de transmission de messages clés depuis
l’organisation faîtière jusqu’aux membres vivant dans les zones rurales, par exemple en
matière de qualité, de fixation des prix et d’information sur les marchés; et
• des exemples de bonnes pratiques suivies par le réseau d’organisations paysannes pour tirer
les enseignements de l’expérience et en faire profiter leurs membres et des entités extérieures.
Jean-Philippe Audinet a ouvert l’événement en déclarant que cette approche, qui consiste à
tenter d’établir un lien entre les petits exploitants agricoles des pays en développement et le
PAM, l’un des principaux acheteurs de produits alimentaires dans le monde, est à la fois
importante et novatrice, mais non exempte de difficultés. Le manque d’aide alimentaire est
76
souvent perçu comme un obstacle au développement. Le fait qu’un acheteur important et
stable, tel que le PAM, s’ouvre à un groupe de fournisseurs difficiles à appréhender, car constitué
de nombreux petits exploitants, apparaît au FIDA comme une extraordinaire opportunité. Cela
constitue de plus une excellente occasion de travailler de concert avec une autre institution
basée à Rome et de rechercher des synergies.
Il a souligné l’importance de cet événement dans lequel il voit un moyen, pour des acteurs
qui n’ont pas nécessairement l’habitude de travailler ensemble – le PAM et les petits exploitants
–, d’apprendre à se connaître et de trouver des avantages communs.
Exposé présenté par la Fondation Bill et Melinda Gates
Arlene Mitchell, Directrice adjointe par intérim, Développement agricole/Accès au marché, a
présenté un exposé décrivant l’approche suivie par les trois programmes de la Fondation Bill et
Melinda Gates – éducation, santé mondiale (malaria, VIH/sida, maladies négligées) et le
troisième et nouveau pilier du programme: développement mondial. L’agriculture constitue la
plus importante composante du programme de développement mondial, dont l’objectif,
extrêmement ambitieux, est d’aider 150 millions de familles paysannes pauvres d’Afrique
subsaharienne et d’Asie du Sud à tripler leurs revenus d’ici à 2025.
Dans l’ensemble des programmes, l’approche est guidée par plusieurs principes
fondamentaux:
• placer les petits paysans, dont la plupart sont des femmes, au cœur des efforts de la
Fondation;
• mettre l’accent sur les zones dans lesquelles les besoins sont les plus pressants;
• agir sur la base des observations et dans une perspective de résultats;
• accorder une large place à des partenariats solides;
• mener, dans le secteur de l’agriculture, des activités sur tous les points de la filière.
Dans le cadre du programme de développement mondial, ce sont les petits paysans disposant
de moins de deux hectares pour vivre qui constituent le centre d’intérêt, et la mise en œuvre de
la stratégie de la Fondation en matière d’impact sur la problématique hommes-femmes permet
d’assurer la prise en compte des besoins et des rôles des femmes. Cet axe d’activité accorde une
place importante à l’écoute des paysans et à leur association à toutes les phases du travail.
Trois critères définissent le succès:
• augmentation des revenus des ménages paysans;
• augmentation du poids des enfants;
• qualité et quantité accrues dans les régimes alimentaires des individus.
Le programme travaille avec un large éventail de partenaires des secteurs public, privé et non
lucratif, des pays en développement et des pays développés, et s’en inspire. Le premier don, et le
plus important, est celui accordé à l’Alliance pour une révolution verte en Afrique, une
organisation conduite par des Africains et œuvrant pour redynamiser l’agriculture sur le
continent. Il s’agit d’un mécanisme de financement accordant des dons aux échelons national et
infranational. Le deuxième don, par ordre d’importance, concerne le P4P: la Fondation vise à
accroître les revenus des paysans en les faisant accéder à un nouveau marché, celui du PAM, et
en faisant en sorte que le PAM effectue des achats auprès des petits paysans. Les organisations
paysannes doivent, à cet égard, représenter les petits exploitants agricoles, et il faut que les
femmes soient justement représentées parmi leurs membres et parmi leurs dirigeants. Ce don
est exécuté par le PAM.
Exposé présenté par le Programme alimentaire mondial
Le programme “Achats au service du progrès” (P4P) est un projet pilote quinquennal, lancé en
septembre 2008 par le PAM, et dont le but est d’offrir aux petits exploitants agricoles la
77
possibilité d’accéder aux marchés agricoles et de devenir des acteurs compétitifs sur le marché.
La vision du P4P consiste à promouvoir le développement de marchés agricoles de manière
que, d’ici à 2013, au moins 500 000 petits paysans à faible revenu – majoritairement des
femmes – puissent produire des excédents vivriers et les vendre à un prix équitable pour
accroître leurs revenus. Depuis son lancement, l’initiative P4P a permis l’achat de
36 000 tonnes de denrées alimentaires à de petits exploitants agricoles de 11 pays pilotes.
L’objectif, pour 2010, est de porter les achats à 100 000 tonnes.
Le programme laisse place à l’expérimentation de nouvelles modalités et plates-formes
d’achat. Parmi celles-ci figurent les appels d’offres propres à favoriser les petits agriculteurs,
l’acquisition directe auprès d’organisations paysannes ou de négociants, la passation de contrats
à terme avec les organisations paysannes et les achats opérés dans le cadre du nouveau système
de récépissés d’entrepôt et des bourses de marchandises. En outre, le PAM viendra ajouter son
pouvoir d’achat de produits alimentaires aux initiatives collectives de manière à réduire ou à
mutualiser les risques pesant sur les petits agriculteurs, à accroître leurs liquidités et à leur
donner plus largement accès aux services financiers. Avec ce programme, le PAM s’écarte des
pratiques d’acquisition essentiellement à grande échelle, avec appel à la concurrence, au profit
de formules d’achat plus modulées s’appliquant à différents stades de la filière.
Le programme poursuit les objectifs suivants:
• recenser et mettre en commun les meilleures pratiques qui permettront au PAM, aux
organisations non gouvernementales, aux gouvernements et aux parties prenantes du
marché agricole de participer davantage et avec profit aux marchés;
• améliorer les capacités afin d’accroître les revenus procurés par les marchés agricoles;
• accroître les ventes des paysans au PAM; et
• transformer les programmes d’achat de produits vivriers du PAM.
Le PAM entend conjuguer sa demande et les compétences, connaissances et ressources de
partenaires qui, du côté de l’offre, incitent les agriculteurs à accroître leur production et à en
améliorer la qualité. Grâce à la formation et au renforcement de leurs capacités, les petits
exploitants acquerront les compétences et les outils nécessaires pour jouer un rôle actif sur les
marchés agricoles, en vendant leurs produits au PAM et à d’autres clients. L’accès au crédit, la
meilleure compréhension de la dynamique des marchés et l’assistance technique de partenaires
aideront les agriculteurs à intervenir sur les marchés en dehors du concours du PAM.
Couverture géographique du P4P: 21 pays pilotes
Afrique: Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Kenya, Libéria, Malawi, Mali, Mozambique, Ouganda,
République démocratique du Congo, Rwanda, Sierra Leone, Soudan, République-Unie de
Tanzanie, Zambie
Asie: Afghanistan, République démocratique populaire lao
Amérique latine: El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua
Les chiffres de décembre 2009 montrent que le PAM et ses partenaires avaient, à cette date,
recensé 356 organisations paysannes réparties dans 15 pays et regroupant au total plus de
620 000 membres. Ces organisations ont été ciblées dans le cadre du programme P4P en
fonction de critères préétablis, parmi lesquels on trouve généralement:
• l’immatriculation réglementaire;
• la capacité minimale de rassembler des effectifs suffisants;
• un pourcentage minimal de femmes parmi les membres (ou projet/stratégie
d’accroissement de ce pourcentage); et
• l’obtention de l’appui de divers partenaires se situant du côté de l’offre/pouvoirs
publics, etc.
78
Dans le cadre du programme P4P, une quarantaine de ces organisations ont déjà signé avec le
PAM des contrats d’achat portant sur un total de 20 000 tonnes, ou bien ont reçu une formation
dans cette perspective. Néanmoins, toutes sont “ciblées”, ce qui signifie qu’elles auront la
possibilité de vendre au PAM et/ou de bénéficier d’une formation ainsi que d’obtenir un appui
du côté de l’offre.
Le nombre et le type d’organisations paysannes varient considérablement d’un pays à l’autre
(de quatre ou cinq organisations paysannes au Libéria, au Mozambique et en Zambie à 202 au
Kenya, des associations locales aux organisations faîtières, en passant par les syndicats et
fédérations d’agriculteurs au Mali et au Mozambique). La proportion de femmes parmi les
membres des organisations paysannes est extrêmement variable; dans l’ensemble des 15 pays
visés, toutefois, les agricultrices ne représentent en moyenne que 20% du nombre d’adhérents.
Cela étant, la plupart des organisations paysannes se sont engagées à accroître ce pourcentage
dans le cadre du programme P4P.
L’importance que revêtent une participation plus directe des petits exploitants à la
conception et à la mise en œuvre du programme P4P ainsi que la question des capacités a été
soulignée lors du premier examen annuel du programme. L’accent est actuellement placé sur
cette participation, de manière que le programme réponde aux besoins et aux priorités indiqués
par ses bénéficiaires.
Bien que le matériel didactique actuellement utilisé soit extrêmement varié, rien n’a encore
été tenté pour harmoniser et intégrer les approches de formation. Est-ce nécessaire? Le PAM et
ses partenaires sont conscients de la nécessité de traduire ces matériels dans les langues locales,
mais aussi de veiller à la mise en place d’une formation qui favorise l’égalité entre les sexes,
fasse largement appel à des approches participatives/interactives et soit accessible aussi bien à
un public alphabétisé que non alphabétisé.
Exposé de la CNOP du Mali sur le P4P au Mali et sur le partenariat avec
l’organisation paysanne Faso Jigi
Ibrahima Coulibaly, de la CNOP du Mali, a décrit comment le PAM développe l’approche du
P4P dans le pays et comment s’est structuré le partenariat avec les organisations paysannes. Au
cours des dernières années, les achats locaux ont essentiellement concerné le mil et le sorgho
(1 500 tonnes en 2009 et 1 400 tonnes en 2010) par le biais d’une combinaison de contrats
directs, de contrats à terme et d’adjudications concurrentielles. Les organisations paysannes ont
participé aux programmes locaux d’acquisitions principalement dans les régions de Sikasso,
Ségou, Koulikoro et Mopti. Pour ce qui concerne le programme P4P, la possibilité pour une
organisation paysanne de signer des contrats avec le PAM est soumise aux conditions et critères
suivants: avoir été immatriculée depuis au moins un an, disposer d’un compte bancaire,
compter au minimum 30% de femmes parmi ses membres et comporter une grande majorité
de petits exploitants parmi ses membres. Les adjudications locales sont organisées par le biais
de l’établissement de partenariats avec le Gouvernement malien, le Ministère de l’agriculture et
certaines ONG nationales et internationales.
Dans ce contexte, l’organisation paysanne Faso Jigi a entamé des discussions préliminaires
avec l’équipe P4P du PAM en vue de comprendre comment Faso Jigi pourrait vendre sa
production (mil, sorgho et riz) au PAM. Après chaque récolte, Faso Jigi peut disposer de
10 tonnes de mil, de sorgho et de riz. Faso Jigi a été en mesure d’augmenter les prix à la
production payés à ses membres, sur la base de primes de qualité, et c’est sur cette base qu’elle a
entamé des discussions avec le bureau du PAM au Mali sur les modalités selon lesquelles le
PAM pourrait absorber la nouvelle capacité de livraison de Faso Jigi. Du point de vue de Faso
Jigi, les principales conditions du développement d’un partenariat durable entre les
organisations paysannes et le programme P4P reposent sur trois éléments: a) déterminer un prix
fixe pour les cultures de base, afin de stabiliser la demande et de mieux organiser la
79
planification de chaque organisation paysanne; b) soutenir le développement institutionnel
des organisations paysannes, afin d’accroître leur capacité de production de masse; et
c) proposer un calendrier plus souple de collecte des récoltes.
Débat en séance plénière
“Nous avons toujours compris que le PAM nous fournissait des vivres, mais nous n’avons
jamais envisagé le PAM comme une entité susceptible de nous acheter notre production.
Je pense qu’il est important que cette occasion nous soit donnée et que nous puissions
envisager de telles solutions de rechange pour les petits paysans. Aujourd’hui, nous ne
disposons pas réellement des conditions adéquates à la production. Les paysans
parviennent difficilement à bien vendre leur production sur le marché. Pourquoi? Il y a des
intermédiaires, et ce sont eux qui gagnent le plus. Cela est certainement vrai au Honduras.
Nous avons besoin d’installations d’entreposage. Nous avons besoin d’infrastructures pour
nous soutenir. Nous avons besoin d’argent. Nous sommes souvent payés des mois et des
mois après la vente. Et comment nous assurer que nous disposons de la technologie
nécessaire pour une production de qualité?”
– Maria Alicia Calles, Union des femmes paysannes, Honduras
Après la présentation des exposés, le débat a été ouvert et la parole donnée aux participants.
Les principaux points ressortant de la discussion sont résumés ci-après.
Prix du marché et modalités d’acquisition
Les plus vives préoccupations ont été exprimées à propos des prix et des modalités
d’acquisition. Où et comment sont-ils définis? De nombreux participants ont dit craindre que
retenir le critère de la fixation “concurrentielle” des prix ne crée un fossé qui exclurait leur
participation au programme. Les appels d’offres seraient monopolisés par les négociants qui
ont l’habitude des importations et disposent des moyens de manipuler de grandes quantités
de biens normalisés et de mobiliser des ressources financières grâce à leur accès au crédit. Il
est impossible, pour les petits exploitants, de répondre à ces conditions. Il a été proposé de
définir un prix intéressant, qui serait le prix du marché avec un petit supplément pour le
travail accompli, de diviser le montant total en montants plus petits et de limiter le recours
aux appels d’offres afin de donner la priorité aux organisations paysannes. On a aussi estimé
que le programme P4P devrait établir une connexion directe avec les organisations paysannes
pour débattre des prix. Si le PAM veut se rendre dans les villages et procéder aux acquisitions
selon ses propres critères, ce sont les petits négociants villageois qui en bénéficieront, et non
les petits paysans. Collectivement, les membres d’une coopérative de petits paysans ne seront
pas en mesure d’amasser 20 tonnes de maïs. D’une manière ou d’une autre, il faut créer des
conditions de fixation des prix qui soient adéquates pour les organisations paysannes et
auxquelles elles puissent légitimement répondre. Le P4P doit, à cet égard, être bien plus
qu’une stratégie d’approvisionnement, car d’autres facteurs entrent en jeu. Comme l’a dit l’un
des participants, “l’objectif du PAM est d’atteindre 500 000 ménages à faible revenu? Mais,
s’agissant des prix, le principe d’action est-il conforme à l’objectif fixé?”.
La représentante du PAM a expliqué que le programme se réfère aux prix du marché local.
L’une des règles, sur ce plan, est que le PAM ne veut pas payer plus qu’il ne l’aurait fait en
ayant recours à un processus normal d’appel d’offres local. C’est là un bon point de référence,
qui supprime des couches de la pyramide et ramène aux paysans. Elle a ajouté que le PAM est
aussi un acquéreur privilégiant la qualité et qu’il n’ignore pas que le nettoyage et la
préparation des différents produits alimentaires impliquent un travail non négligeable, pour
lequel les négociants seront remboursés. Elle a aussi expliqué que le P4P cherche à
expérimenter de nouvelles modalités d’acquisition, et plus précisément en matière d’appels
d’offres, en réduisant la taille à 50 tonnes, en fournissant des sacs aux organisations paysannes
80
ou aux vendeurs (c’est normalement le négociant qui achète les sacs), en achetant sur une base
incoterm FCA (le PAM collecte les marchandises à l’entrepôt du vendeur) – essentiellement
pour rendre le processus plus simple pour le petit exploitant. Si quelqu’un offre des semences
ou des technologies améliorées, le PAM attribuera un contrat à terme ou formulera un
engagement d’achat.
L’un des participants du Brésil a expliqué que le PAM conduit des programmes
d’alimentation scolaire et qu’il peut travailler par le biais de ce programme ou d’autres
programmes. Il n’est pas nécessaire d’acheter d’énormes quantités à de grandes distances. Le
PAM pourrait ainsi avoir recours à une procédure locale de passation de marchés pour participer
à un travail avec une organisation de soins de santé. Il existe, au niveau local, une longue chaîne
d’acteurs et d’associations dans laquelle cela pourrait se faire.
Capacité de stockage/entreposage
Une autre préoccupation a été exprimée: bien que de nombreux paysans soient membres
d’organisations paysannes, ils ne remplissent néanmoins pas un autre critère, en ce sens qu’ils
ne disposent pas d’installations d’entreposage et de capacité de stockage. Le PAM a reconnu que,
lors des travaux préparatoires menés dans les 21 pays, il était clairement apparu que la capacité
de stockage et de commercialisation constituait un énorme facteur limitant pour les
organisations paysannes. Le PAM a exprimé l’espoir de pouvoir catalyser ses efforts par
l’intermédiaire d’autres partenaires – en ayant recours, par exemple, à des contrats à terme afin
que des partenaires privés puissent intervenir et mettre en place des unités de stockage.
Liquidités immédiatement disponibles et accès au crédit
Plusieurs participants ont évoqué le besoin de liquidités, en particulier pour des paiements
rapides après la récolte. Le microcrédit ne constitue pas la panacée, spécialement pour les petits
exploitants. Le PAM a reconnu la complexité de la question et cité le crédit à terme comme
l’une des solutions possibles. Le partenariat est toutefois essentiel sur ce point, étant donné
que le PAM est une institution ne possédant pas d’expertise en matière de microcrédit. Le PAM
s’est dit conscient de la nécessité de développer des partenariats avec des organisations comme
le FIDA et la FAO, cependant que le PAM pourrait offrir son système de passation des marchés
comme catalyseur.
Représentativité des organisations paysannes
“Notre coopérative fonctionne avec succès, elle est démocratique, et les femmes y sont
fortement représentées. Quel est le problème? Chacun pense savoir quels sont les besoins
des autres.”
– Ibrahim Coulibaly, CNOP, Mali
Il y a une réalité tenace: il existe des négociants, grands ou petits, qui veulent court circuiter les
agriculteurs marginalisés. Certains participants ont dit craindre que les organisations paysannes
légitimes ne soient négligées à cause de perceptions “extérieures” de non-représentativité de
leurs membres, ou à cause d’impressions d’exclusion de paysans plus marginalisés. Le PAM a
reconnu avoir été parfois déçu par le fait que les organisations paysannes ne se soucient pas des
petits exploitants. Il ne cherche toutefois jamais à affaiblir les organisations paysannes ou leurs
relations avec les institutions des Nations Unies. L’intention est de faire en sorte que les petits
exploitants soient inclus dans l’équation, dans la mesure en particulier où c’est au niveau du
village qu’est attendu l’impact souhaité du programme. Pour être résolues, ces difficultés doivent
être abordées en commun.
Partenariat
“Je n’ai pas d’expérience du P4P, mais j’ai celle d’un donateur de toutes les institutions basées
à Rome. Nous pensons que l’importance de ce mécanisme tient au fait qu’il devient un fort
élément de développement, par son introduction dans l’aide humanitaire et par
81
l’introduction de mesures à court terme dans une perspective de développement à plus
long terme. Et il est important, dans cet effort, de rechercher des alliances de différentes
forces. Nous avons toujours plaidé pour que les organisations œuvrent de concert. En voici
une parfaite occasion.”
– Martine Van Dooren, Ambassadeur de Belgique
Cette question des partenariats est fondamentale – partenariat entre les gouvernements, entre
les institutions des Nations Unies ayant leur siège à Rome et les organisations paysannes, ainsi
qu’avec les partenaires du côté de l’offre et le secteur privé. Chaque partenaire a son mandat et
apporte sa propre expertise, ses compétences, ses ressources, ses technologies et ses
innovations. La clé réside dans la coordination, qui doit faire en sorte que les avantages soient
répartis équitablement, spécialement en faveur des petits exploitants agricoles. En principe, ce
sont les gouvernements qui devraient assurer la coordination de l’ensemble.
Durabilité
Étant donné que le programme P4P est limité dans le temps, puisqu’il doit s’achever en 2013,
la question de sa durabilité a été soulevée. Le programme est un processus induit par la
demande, conçu pour renforcer les capacités des agriculteurs et les aider à produire. Si, à la fin
du programme, la demande stable et importante du PAM venait à manquer, qu’est-ce qui la
remplacerait? Le gouvernement? Le poids d’un acteur tel que le PAM sur le marché est loin
d’être négligeable. Quelle est la stratégie de sortie?
La représentante du PAM a répondu que lorsque les stratégies sont conçues pour les
différents pays, le principal facteur pris en compte est celui de la manière dont le programme
peut contribuer au développement de l’agriculture et du marché, de manière à faire des
organisations paysannes des acteurs compétitifs sur le marché, sur une base durable. Un autre
facteur intervient dans la durabilité: la liaison avec les programmes mis en œuvre par les
pouvoirs publics, par exemple par l’intermédiaire des programmes d’alimentation scolaire
utilisant des produits cultivés sur place. La clé de la durabilité se trouve donc dans la liaison
entre les agriculteurs et le marché. On ne peut pas créer de dépendance du côté du marché,
avec une situation dans laquelle les agriculteurs vendraient tout leur stock de produits au
PAM. Le programme se veut une occasion d’ouvrir une porte, et cette occasion ne peut pas et
ne doit pas s’arrêter au PAM. Dans cette perspective, le PAM travaille avec d’autres acheteurs en
Afrique, et avec les gouvernements ayant exprimé un intérêt pour l’acquisition de produits
locaux pour l’alimentation scolaire. L’idée est d’opérer une transition et de remplacer les
acteurs externes pour parvenir à une situation du type acquisitions locales, gestion locale,
appropriation locale. Dans cette perspective, il n’est pas nécessaire que les prix soient
compétitifs pour assurer la durabilité. L’une des stratégies possibles consiste à réduire les coûts
de production.
“Nous devrions toujours démarrer sur un a priori: ‘Oui, vous êtes mon partenaire.’ “
– Jean-Philippe Audinet, FIDA
Jean-Philippe Audinet a conclu l’événement parallèle en réaffirmant que le Forum paysan
n’est pas seulement un lieu de rencontre et de dialogue, mais aussi un lieu de respect et de
découverte du potentiel que peut déclencher la collaboration. Il a souligné la valeur de
l’initiative P4P et l’ampleur de la collaboration et du partenariat qu’elle exige, dans lesquels
les organisations paysannes occupent la place la plus importante.
82
Comment aider les organisations
paysannes à offrir de meilleurs services à
leurs membres?
Généralités
La nécessité de soutenir les organisations paysannes n’est plus mise en question. Elles
contribuent pour une part essentielle à la réalisation de plusieurs objectifs: améliorer les moyens
de subsistance des populations rurales pauvres, réduire la pauvreté et parvenir à la sécurité
alimentaire. Par les services qu’elles offrent à leurs membres, elles peuvent apporter un précieux
concours à l’amélioration de la production et des revenus des petits producteurs. Les données
disponibles attestent de leur capacité à relier les petits exploitants aux marchés; à accélérer
l’adoption des technologies et des intrants; à encourager la gestion durable de la terre, de l’eau et
d’autres ressources naturelles; ainsi qu’à regrouper et exprimer les avis des petits producteurs dans
l’élaboration et la mise en œuvre des politiques, du niveau national au niveau mondial.
Il ressort de l’examen des partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes pour la période
biennale 2008-2009 que leur participation à la conception et à l’exécution des programmes et
projets du FIDA a pour résultats des stratégies nationales mieux adaptées et plus précises, une
meilleure compréhension de la pauvreté rurale et une identification plus facile des groupes cibles
du FIDA. Leur participation garantit qu’une attention renforcée est accordée aux petits paysans
pauvres. Elle permet aussi de faciliter l’accès aux connaissance et à l’expérience des populations
locales et autochtones, ce qui accroît la pertinence des projets. Elle contribue enfin à une plus
grande durabilité des projets en développant un fort sentiment d’appropriation par les organisations
paysannes. En un mot, la participation des organisations paysannes influe positivement sur les
résultats des projets, en termes de réduction de la pauvreté et de sécurité alimentaire.
Afin de fournir des services appropriés à leurs membres, les organisations paysannes ont
besoin d’un large soutien pour améliorer leurs capacités humaines et financières internes et
développer leur organisation institutionnelle. De toute évidence, ces besoins varient selon le
niveau d’activité des organisations paysannes (du niveau local au niveau mondial) et selon le
type de services qu’elles offrent à leurs membres (techniques, économiques, sociaux, etc.). Leurs
besoins sont également fonction de leur maturité et de leur degré de développement. Un
nombre croissant d’organisations paysannes ont renforcé leurs capacités internes et sont de plus
en plus à même de définir et de planifier leurs objectifs. Certaines d’entre elles ont même créé
des agences de développement qui fournissent des services à leurs propres membres et à
d’autres organisations paysannes.
Même lorsqu’elles disposent de fortes capacités internes, les organisations paysannes ne
peuvent pas fournir tous les services dont leurs membres ont besoin. En outre, il est parfois plus
efficace pour elles de servir de relais à des services d’origine externe. Elles doivent donc s’en
remettre dans une certaine mesure à des prestataires de services externes appartenant au secteur
public ou privé – institutions publiques de conseil et de recherche, organisations non
gouvernementales, entreprises privées, prestataires de services financiers et fournisseurs d’intrants.
Un autre problème important auquel sont confrontées les organisations paysannes
concerne leur dépendance vis-à-vis de soutiens financiers externes, et les risques qui y sont
liés. En général extrêmement variables (en fonction, par exemple, des cycles de projet),
83
les soutiens externes ne favorisent pas la durabilité des prestations de services. De plus, ils
sont souvent extrêmement exigeants en termes de soumission de rapports. Les soutiens
externes peuvent également dissuader les organisations paysannes de chercher à accroître
leurs propres ressources, et les gouvernements d’appuyer la prestation par ces organisations
de services publics.
Objectif et résultats attendus
L’objectif de cet événement parallèle était d’engager un dialogue avec les participants en vue
de formuler des recommandations sur la manière d’aider les organisations paysannes à offrir
de meilleurs services à leurs membres, eu égard en particulier aux questions suivantes:
• comment adapter le soutien au développement des organisations paysannes en tenant
compte de leur diversité et des divers degrés de maturité;
• comment parvenir à un juste équilibre entre services internes et externes; et
• comment parvenir à la durabilité de la prestation des services des organisations
paysannes tout en rendant mieux compte de leurs activités à leurs membres.
Quatre résultats étaient escomptés:
• une liste des principes clés relatifs au soutien à apporter aux organisations paysannes
pour qu’elles puissent offrir de meilleurs services à leurs membres;
• des recommandations sur la manière d’adapter le soutien aux différents types
d’organisations paysannes;
• des recommandations sur la manière de nouer des partenariats avec des organisations
parvenues à maturité et ayant développé une forte capacité d’appui à leurs membres; et
• des exemples de bonnes pratiques et de pratiques novatrices de soutien aux
organisations paysannes, en particulier pour l’amélioration de la durabilité des services
et le renforcement de la capacité des organisations paysannes à rendre compte.
Débats
L’événement parallèle a été présenté et présidé par Philippe Rémy, coordonnateur des politiques
au FIDA. La nécessité de soutenir les organisations paysannes n’est plus mise en question. Elles
contribuent pour une part essentielle à la réalisation de plusieurs objectifs: améliorer les moyens
de subsistance des populations rurales pauvres, réduire la pauvreté et parvenir à la sécurité
alimentaire. Par les services qu’elles offrent à leurs membres, elles peuvent apporter un précieux
concours à l’amélioration de la production et des revenus des petits producteurs. Les données
disponibles attestent de leur capacité à relier les petits exploitants aux marchés; à accélérer
l’adoption des technologies et des intrants; à encourager la gestion durable de la terre, de l’eau et
d’autres ressources naturelles; ainsi qu’à regrouper et exprimer les avis des petits producteurs
dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques, du niveau national au niveau mondial.
Cinq des participants au débat ont présenté de brefs exposés sur leur organisation et leur
expérience en matière de soutien à la prestation de services par les organisations paysannes.
• Ignace Coussement, Directeur d’AgriCord, a présenté cette alliance qui regroupe dix
agri-agences de huit pays de l’Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE) et qui mobilise un soutien aux organisations paysannes de pays
en développement dans quatre domaines principaux: renforcement organisationnel,
développement institutionnel et coopération entre paysans, élaboration des politiques et
plaidoyer, et opérations économiques. Il a souligné la nécessité de répondre à la diversité
des organisations paysannes en offrant de la souplesse, en veillant à une bonne
détermination et préparation des projets, et en encourageant les réseaux de paysan à
paysan. Le juste équilibre entre services internes et externes devrait être basé sur une
évaluation préalable approfondie des prestataires de services potentiels et sur un contrôle
84
•
•
•
•
par les paysans de la prestation des services – par exemple, par l’intermédiaire d’un cadre
coopératif, d’une unité distincte appartenant totalement aux paysans, d’une position clé
dans le cadre de gouvernance et d’un suivi des petits planteurs.
Mercy Karanja, responsable principale des programmes, a présenté un exposé général sur
les objectifs et les activités de la Fondation Bill et Melinda Gates dans le secteur du
développement de l’agriculture. Elle a expliqué que la Fondation s’intéresse principalement
aux petits exploitants agricoles, et tout particulièrement aux femmes, et qu’elle soutient
l’ensemble de la filière par le biais d’un certain nombre d’initiatives: initiative relative à la
productivité des agriculteurs (accès au savoir et aux intrants); initiative relative à la science
et à la technologie (développement de nouvelles technologies); initiative relative à l’accès
au marché; et initiative relative à la politique et aux statistiques (politique porteuse). La
Fondation soutient le Centre d’appui aux organisations de producteurs en Afrique
(FOSCA), en cours d’établissement.
Fadel Ndiamé, consultant pour la Fondation Bill et Melinda Gates, est ensuite intervenu
pour décrire le FOSCA, dont l’objectif est de faciliter l’accès des organisations paysannes à
des prestataires de services externes induits par la demande et de promouvoir des liens
commerciaux entre les groupes de paysans et les acteurs privés, les partenaires du
développement et les intermédiaires financiers. Le FOSCA coopérera avec les organisations
paysannes pour rendre possible la fourniture au plan local d’une capacité technique et
administrative et agira en coordination avec d’autres partenaires plus spécialisés dans la
fourniture d’une assistance aux organisations paysannes en matière d’élaboration des
politiques. Le FOSCA a pour fonction première de certifier des réseaux de prestataires
pouvant fournir, à la demande, des services techniques, de gestion et institutionnels à
différentes organisations paysannes et de faire ensuite office de mécanisme chargé de
faciliter l’établissement de liens commerciaux entre les collectifs de groupements paysans
et les marchés des intrants et des produits par l’intermédiaire d’acteurs du secteur privé, de
partenaires du développement et d’intermédiaires financiers.
Marlene Ramirez, Secrétaire générale de Développement des ressources humaines en Asie
rurale (Asia DHRRA), a présenté son organisation. Asia DHRRA est un partenariat régional
de réseaux et d’organisations de dix pays asiatiques qui donne à des représentants du
monde rural – paysans aussi bien qu’agents du développement – un soutien et des
possibilités d’améliorer leurs connaissances, leurs compétences et leur façon de voir. Au
plan régional, ses services cherchent à accompagner les organisations paysannes dans le
renforcement de leur base organisationnelle, démarche essentielle pour assurer leur
autonomisation et leur durabilité. Le soutien fourni suit une intervention programmatique
adaptée à leur croissance organisationnelle, depuis la création jusqu’à
l’institutionnalisation et la consolidation. Au plan national, l’appui d’Asia DHRRA au
développement des entreprises rurales prend en compte les divers stades du renforcement
des capacités des organisations paysannes, à commencer par l’amélioration des régimes
fonciers. Son programme facilitant l’accès des petits producteurs au marché fournit des
services ciblés aux organisations paysannes et aux organisations partenaires utilisant
l’approche des filières.
Pedro Peretti, de la Federación Agraria Argentina (FAA), a présenté son organisation
centenaire, un syndicat qui fournit aussi des services – financiers et non financiers – par
l’intermédiaire d’un réseau de coopératives. La FAA n’accepte aucun financement du
Gouvernement argentin, afin de sauvegarder son indépendance, mais elle accepte une aide
internationale à concurrence de 15% de ses ressources totales. Il a insisté sur un certain
nombre de principes fondamentaux, notamment la nécessité de veiller à la transparence
dans la prestation des services, d’éviter le développement d’une caste bureaucratique de
85
dirigeants en assurant des élections et un renouvellement périodiques, de maintenir
d’étroites connexions avec les bases locales et de parvenir à un contrôle social fort. Le
renforcement des capacités des organisations membres est encouragé par l’intermédiaire
d’une fondation, en particulier pour le renforcement des filières commerciales.
Recommandations
Les principales recommandations issues des observations formulées par trois des intervenants
(Ndiogou Fall, du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de
l’Ouest [ROPPA], Steven Ruvuga, du Réseau national des groupements d’agriculteurs de
Tanzanie [MVIWATA], et Pedro Peretti, de la FAA), et du débat qui a suivi peuvent être
résumées comme suit:
Principes fondamentaux relatifs au soutien à apporter aux organisations paysannes afin
qu’elles offrent un meilleur service à leurs membres
• Fonder le soutien aux organisations paysannes sur un partenariat efficace, le respect
mutuel et la confiance.
• Veiller à ce que la prestation de services soit contrôlée par les agriculteurs et induite par
la demande.
• Privilégier le soutien direct aux organisations paysannes pour renforcer leurs propres
capacités de choisir entre la prestation directe de services à leurs membres ou le recours à
des prestataires externes.
• Partir de la réalité: prévoir une phase préparatoire induite par les organisations
paysannes (éventuellement avec un soutien externe) pour définir les objectifs, évaluer le
contexte d’ensemble (par exemple, cadre juridique, politiques budgétaires et autres
politiques pertinentes, cartographie des prestataires de services, marchés), concevoir le
programme de prestation de services et définir un plan d’action. À cet effet, les activités
préparatoires doivent être reflétées dans les programmes et budgets des donateurs.
• Développer des services de proximité, en s’appuyant sur diverses sources, couvrant à la
fois les organisations paysannes et les partenaires externes.
• Un appui institutionnel à long terme est nécessaire pour soutenir le développement des
institutions, en particulier du point de vue de la gouvernance et de celui de la gestion des
organisations paysannes. Les organisations paysannes doivent être renforcées à la fois
pour offrir des services et pour avoir accès aux services (recenser les prestataires de services
correspondant aux besoins des organisations paysannes), et ensuite pour assurer le suivi
de la qualité des services ainsi que de leur impact sur les activités des agriculteurs.
• Veiller, dans le même temps, à ce que de petits montants puissent être alloués à court
terme, afin d’assurer la souplesse des budgets et la mise à disposition rapide de fonds.
Adaptation du soutien aux divers types d’organisations paysannes
• Cartographier les organisations paysannes et leur stade de développement pour un
soutien mieux adapté. (Asia DHRRA, par exemple, distingue quatre stades – survie,
productivité, croissance et expansion.)
• Cartographier les prestataires de services, afin d’aider les organisations paysannes à
trouver le meilleur équilibre entre services internes et externes.
• Faire en sorte que le soutien soit souple, afin de l’adapter aux différents types
d’organisations paysannes et de promouvoir une diversification des prestataires de
services, parmi lesquels les organisations paysannes elles-mêmes.
• Aider les organisations paysannes à faire leurs propres choix stratégiques quant aux
domaines prioritaires de renforcement des capacités, déterminer les services qu’elles
peuvent elles-mêmes offrir et renforcer leurs capacités en la matière.
86
Durabilité de la prestation des services aux membres des organisations paysannes
• Se concentrer sur les activités économiques et l’accès aux marchés. L’autonomisation
économique est considérée comme essentielle pour assurer la durabilité. Dans cette
perspective, toutefois, l’amélioration des capacités des organisations paysannes d’assurer
aux producteurs l’accès aux ressources productives, notamment la terre, et/ou le contrôle
de ces ressources est un facteur important.
• Aider les organisations paysannes à s’insérer dans les filières et à établir des partenariats
avec les autres parties prenantes.
• Offrir aux organisations paysannes un accès aux ressources financières (fonds
renouvelables, prêts concessionnels accordés par des institutions de microfinancement) et
les aider à developper des contrats avec des investisseurs privés socialement responsables,
garantissant des prix rémunérateurs, et aidant les OP à élargir leur éventail d’activités.
• Aider les organisations paysannes à envisager des stratégies de sortie dès le début de leurs
activités de prestation de services.
• Aider les organisations paysannes à s’engager dans les processus de concertation sur les
politiques avec les gouvernements, et à négocier des soutiens, en particulier lorsqu’elles
assurent des services publics.
• Adapter les subventions à la capacité de paiement : les capacités des organisations
paysannes sont souvent surestimées, et il faut les aider à développer leur propre capacité de
démarrage, d’autoévaluation et d’adaptation de leurs activités.
Observations finales
En conclusion, le rôle central des organisations paysannes et de leurs membres dans la
définition, la prestation et le contrôle de la qualité des services a été réaffirmé, tout comme ont
été réitérés les problèmes qu’implique le soutien financier externe.
Les risques du soutien financier externe
Les organisations paysannes ont à l’évidence besoin d’un appui extérieur pour offrir de meilleurs
services à leurs membres, directement ou par l’intermédiaire de prestataires de services externes.
Elles sont toutefois confrontées à un important défi, qui concerne leur dépendance vis-à-vis de
soutiens financiers externes, et les risques qui y sont liés. En général extrêmement versatiles (en
fonction, par exemple, des cycles de projet), les soutiens externes ne favorisent pas la durabilité
des prestations de services. De plus, ils sont souvent extrêmement exigeants en termes de
soumission de rapports, et les organisations paysannes risquent dans ces conditions d’avoir
davantage de comptes à rendre à leurs donateurs qu’à leurs membres. En outre, si le soutien des
pouvoirs publics aux organisations paysannes fournissant des services publics relève d’une
attitude positive, il présente aussi un risque de dépendance que certaines organisations
paysannes se refusent à prendre.
Les participants ont également souligné l’importance de la capitalisation des connaissances
au sein des organisations paysannes, spécialement par l’encouragement et le renforcement des
liaisons/réseaux entre paysans sur la base d’engagements institutionnels à long terme, et le
renforcement des liens entre plates-formes régionales. Apprendre les bonnes pratiques, faciliter
les échanges – en particulier les échanges Sud-Sud – et faire participer les organisations
paysannes au suivi évaluation des projets, y compris ceux du FIDA, sont essentiels pour tirer
davantage – et plus utilement – d’enseignements de la participation des organisations paysannes
en termes de renforcement des capacités et de prestation de services.
87
APPENDICE V
Liste des participants
ORGANISATIONS PAYSANNES ET DE PRODUCTEURS RURAUX
Afrique orientale et australe
Mr Renaldo Chingore João, President, Uniao Nacional de Camponeses (UNAC),
Maputo, Mozambique. Tel +258-21-306738 / +258-21-311828; Fax +258-21-306738
[email protected]; [email protected]
Mr Leonard Nduati Kariuki, National Chairman, Kenya National Federation of Agricultural
Producers (KENFAP), Nairobi, Kenya. Tel +254-20-608324; [email protected],
[email protected], [email protected]; http://www.kenpaf.org
Mr Philip Kiriro, President, Nairobi, Kenya. Tel/fax +254-20-4451691;
Mobile +254-728 405067; [email protected]; [email protected]; [email protected];
www.eaffu.org
Mr Steven A. Ruvuga, National Coordinator, Morongoro, Tanzania.
Tel/Fax +255-(0)232 6141 84; Fax +255-(0)2614184; Mobile +255-(0)744 38 92 47;
[email protected]; [email protected]
Mr Douglas Taylor-Freeme, President, Pretoria, South Africa. [email protected],
[email protected]; http://www.sacau.org
Mr Solofo Andrianjafimahatratra, President, Chambre d’Agriculture, Tranoben’ny Tantsaha,
Madagascar. [email protected], [email protected]
Ms Alice Kachere, Board Chair Person, National Smallholder Farmers Association
of Malawi, Lilongwe, Malawi. Tel +265 1 772866, [email protected];
http://www.nasfam.org
Ms Frank Tumwebaz, President, Uganda National Farmers Federation (UNFFE),
Northern Region Representative, Kampala, Uganda. Tel +256-414-340249 / 230705;
[email protected]; http://www.unffe.org
Afrique de l’Ouest et du Centre
Mr King-David Amoah, President, Farmers’ Organisations Network in Ghana Accra
(FONG), Ghana. Tel +233-21-315894; [email protected],
[email protected]; [email protected]
Mr Makanjuola Olaseinde Arigbede, National Coordinator, United Small & Medium
Scale Farmers Associations of Nigeria (USMEFAN), Member of the Farmers’ Forum
Steering Committee, IBADAN Oyo State, Nigeria. Tel +234-2-8107367;
Tel/fax +234-2-8103720; Mobile +234-8034647797; [email protected]
88
Mr Ibrahima Coulibaly, President, CNOP Mali, Bamako, Mali.
Tel +223-228-7415/272 34 88 (dir), Tel c/o AOPP +223-228-6781 / 223-6761126;
[email protected], [email protected]
Mr NDiogou Fall, President, ROPPA Western Africa, Member of the Farmers’ Forum
Steering Committee, Thiès, Senegal. Tel +221-9511237; Mobile +221 77 614 17 24;
[email protected], [email protected], [email protected];
http://www.roppa.info
Ms Elisabeth Atangana, President, PROPAC Central Africa, Yaounde, Cameroon.
Tel +237 99 44 08 30 / +23799825940; [email protected],
[email protected], [email protected]; http://www.propac-op.org
Ms Hortense Kinkodila, Présidente, CNOP Concertation Nationale des Organisations
Paysannes et des producteurs agricoles du Congo Brazzaville, Republic of Congo.
[email protected], [email protected], [email protected]
[email protected]; http://cnop-congo04.e-monsite.com/
Ms. Alphonsine Nguba Ngiengo, COPACO-PRP, Confédération Paysanne du Congo,
Member of the Farmers’ Forum Steering Committee, ICC member of La Via Campesina,
DR Congo. Tel +243 99 46 42 963; [email protected], [email protected],
[email protected]
Mr Abba Manneh, Member of the Executive Board, National Co-coordinating
Organisation of Farmers’ Association of The Gambia, NACOFAG, Gambia.
[email protected], [email protected]
Ms Seynabou Ndoye, Vice-President, Fédération Nationale des GIE de Pêche du Sénégal,
FENAGIE Pêche, Dakar, Senegal. Tel +221 832 11 00; [email protected],
[email protected]; http://www.fenagiepeche.com/index.html
Ms Korotoumou Gariko, Membre du Conseil d’Administration, Confédération Paysanne
du Faso, CPF, Ouagadougou, Burkina Faso. Tel +226 50301844; [email protected];
http://www.cpf.bf
Proche-Orient et Afrique du Nord
Mr Abdelmajid Labidi, Member of the Executive Board, Union Tunisienne de
l’Agriculture et de la Pêche, UTAP, Tunisia. Tel +216-71806800; [email protected],
[email protected]; http://www.utap.org.tn/
Mr.Ahmad Al-Faour, President, Jordan Farmers’ Union (JFU), Amman, Jordan.
Tel +962 65655835/7; Fax 00 962 65622 182; [email protected];
[email protected]
Ms Nazeli Vardanyan, Director, Federation of Agricultural Associations (FAA),
Yerevan 0032, Armenia. Tel (374-10) 77 88 70, 77 88 07; [email protected],
[email protected]; http://www.faa-ule.am/
Ms Maha Hussein Freigoun, Focal Point, North Sudan Commission, The Sudan.
Tel 0912364917; [email protected]
89
Asie
Mr Zainal Arifin Fuat, Secretary, Serikat Petani Indonesia (SPI); Jakarta, Indonesia.
Tel +62-21-7991890; [email protected], [email protected];
http://www.viacampesina.org
Mr Raul Q. Montemayor, Vice-President, IFAP, National Manager, Federation of Free
Farmers Cooperatives, IFAP Asian Committee, Quezon City, The Philippines.
Tel +63-2-6471093; Fax +63-2-6471451; [email protected]
Ms Estrella Penunia Banzuela, Secretary General, Asian Farmers’ Association for
Sustainable Rural Development, Member of the Farmers’ Forum Steering Committee,
Quezon City, Philippines. Tel/Fax +632-4364640; [email protected];
[email protected], [email protected]; http://www.asianfarmers.org
Mr Kushal Pal Singh, Chairman, IFAP - Asian Regional Committee, Meerut, India.
Tel +9111-2688-9002; [email protected], [email protected]
Ms Kong Sokchhoin, Project Coordination of FNN, Khan Tuol Kork, Phnom Penh,
Cambodia. [email protected], [email protected]; www.fnn.org.kh
Ms Amalia Pulungan, Representative, Aliansi Petani, Indonesia (Indonesian Peasant
Alliance), Jakarta Timur, Indonesia. Tel +62 21 8564164, Mobile 62-8561446269;
[email protected], [email protected], [email protected];
http//www.api-indonesia.blogspot.com/
Ms Florita Caya, National Vice Chairperson, LAKAMBINI-PAKISAMA, Quezon City,
Philippines. Tel +63-2 426 7785; Fax +63-2 426 7784; [email protected],
[email protected], [email protected], pakisam[email protected]
Ms Smita Bhatnagar, Finance Coordinator, Self Employed Women’s Association (SEWA),
SEWA Reception Centre, Opp. Victoria Garden, Bhadra, Ahmadabad, India.
Tel 91-79-25506444 / 25506477 / 25506441; [email protected],
[email protected], [email protected]; http://www.sewa.org/index.asp
Mr Ibrahim Umar, President, Maldives Farmers’ and Agriculture Association (MFAA),
Republic of the Maldives. Tel +960-9947888; Fax +960-3335894;
[email protected]
Ms Jeomsook Goo, Secretary General, Korean Women Peasants Association (KWPA),
Republic of Korea. [email protected], [email protected]; http://www.viacampesina.org
Balram Banskota, Deputy Secretary General, Nepal Peasants Federation (ANPFa),
PO Box: 273, Lalitpur, Nepal. Tel +977 14288404; Fax+ 977 14288403;
[email protected], [email protected], [email protected];
http://www.anpfa.org.np
Ms Padma Pushpakanthi, Convener of Women’s Network on PRSP and National
Coordinator, MONLAR, Sri Lanka. [email protected], [email protected];
http://savisthri.blogspot.com/
Amérique centrale et Caraïbes
Mr Germán Cartagena, Unión Nacional des Agricultores e Ganaderos (UNAG),
Nicaragua. Tel +268-7429-2661675, Tel Office +505-2687439, Tel/Fax +505-2502044;
[email protected], [email protected], [email protected]
Mr Pedro Rafael Alegría Moncada, Coordinator, Global Campaign on Agrarian Reform
Member of the International Coordination Commission, La Via Campesina, Honduras.
[email protected], [email protected]
90
Ms Juana Mercedes de Brioso, Confederación Nacional de Mujeres Campesinas
(CONAMUCA), Santo Domingo, Dominican Republic. Tel +809 682 0075;
Fax +809 686 7517; [email protected], [email protected]
Ms Maria Alicia Calles, President, Consejo Coordinador de Organizaciones Campesinas
de Honduras, COCOCH, Honduras. [email protected], [email protected]
Mr Rose Renwick, Coordinator, Windward Islands Farmers Association, WINFA,
Saint Vincent. [email protected], [email protected]; http://www.winfa.org
Mr Juan Santos, Asociación de Agricultores Integral El Sembrador (AGRISEM),
Aldea Cholá, Uspantán, Quiché, Guatemala. Tel 502) 53663541, (502) 51912145,
(502) 57897656; [email protected], [email protected]; http://www.agrisem.org
Amérique du Sud
Mr Alberto Ercilio Broch, Confereraçao Nacional dos Trabalhadores na Agricultura,
CONTAG, Brazilia, Brazil. Tel +5561-2102-2288, +5561-8134-0389;
[email protected], [email protected], [email protected];
http://www.contag.org.br
Mr Pedro Peretti, Coordinadora de productores familiares del MERCOSUR
(COPROFAM) Secretary, c/o Federación Agraria Argentina (FAA), Argentina.
Tel +54 341-512-2000, +54 114-343-5478; Fax +54 341-512-2001; [email protected],
[email protected]; http://www.faa.com.ar
Mr Eugenio Rigoberto Turra Paredes, President, Movimento Unitario Campesino y Etnia
de Chile, MUCECH, Chile. Tel +562 635 1518 / 681 96 63; [email protected],
[email protected]
Ms Alessandra Da Costa Lunas Santos, Executive Secretary, COPROFAM,
Cono Mercosur, Member of the Farmers’ Forum Steering Committee.
[email protected]; http://www.coprofam.org
Mr Juan Macuaga Condori, Coordinadora de Integración de Organizaciones Económicas
campesinas de Bolivia (CIOEC), Bolivia. [email protected],
[email protected]
Ms Raquel Copa de Justo, Secretaria de Actas y Archivos, Asociación de Productores
Agropecuarios Ecologicos, Imperial Talaca, Candarave, Tacna, Perú. Tel 052 – 952647786,
052 - 472040; [email protected], [email protected]
Ms Julia Flores Calderon, Lideresa, Asociación de Productores Agropecuarios y
Artesanales, Cumbre de Llave, Perú. Tel. 051 951566454; [email protected]
Ms Lucila Quintana, Vice-President, Junta Nacional del Café (JNC), Lima, Perú.
Tel (511) 4331477 - (511) 3327914; [email protected], [email protected];
http://www.juntadelcafe.org.pe
Ms Mercedes Pluas Pacheco, Coordinadora del Sector campesino, Federación Nacional
de Campesinos e Indígenas Libres de Ecuador (FENACLE), Guayaquil, Ecuador.
Tel (593) 04 2414077; [email protected], [email protected],
[email protected], [email protected], [email protected];
http://www.fenacle.org.ec
Mr Juan Herrero, Asociación de Productores del NorOeste Cordobés (APENOC),
Argentina. [email protected], [email protected],
[email protected], [email protected],
[email protected]
91
Pays de l’OCDE
Ms Elizabeth Gauffin, President, IFAP Development Cooperation Committee (DCC),
Federation of Swedish Farmers (IFAP), Stockholm, Sweden.
Tel +467- 053-60361; [email protected]
Ms Claude Girod, International Commission, La Via Campesina, Responsable de la
commission “internationale” de la Confédération Paysanne, Responsable du groupe de
travail sur la “Souveraineté Alimentaire” pour les Organisations Européennes,
Frangy-en Bresse, France. Tel +33-3-85747189; [email protected],
[email protected]
Ms Karen Serres, Présidente, Commission Nationale des Agricultrices, FNSEA, IFAP,
Lauzes, France. Tel +33-6219-37136; [email protected]
Mr Giuseppe Politi, President, Confederazione italiana agricoltori (CIA), Rome, Italy.
Tel +39 06 32 68 73 05; [email protected], [email protected]
Ms Kati Partanen, President of IFAP Young Farmers’ Committee, YFC, IFAP, Iisalmi,
Finland. Tel +358 40 5229872; [email protected], [email protected];
http://www.ifap.org
Mr Carlos Marentes, Director, Border Agricultural Workers USA, Texas, USA.
Tel (915) 532-0921; [email protected]
Mr Roger Johnson, President, NFU, Washington DC, USA. Tel +1 202 554 1600;
[email protected]
Fédération/réseaux internationaux
Mr Taghi Farvar, Executive Secretary, International Federation/Networks, WAMIP, Teheran,
Iran. Tel +98-2166972-973; Mobile +98-9121764-908; [email protected]
Ms George Dixon Fernandez, President, MIJARC, Brussels, Belgium.
[email protected]
Mr Pedro Avendaño Garcès, Executive Secretary, WFF, Member of the Farmers’ Forum
Steering Committee. [email protected], [email protected],
[email protected]
Mr David King, Secretary General, IFAP, Member of the Farmers’ Forum Steering
Committee, Paris, France. [email protected]
Mr Andre Leu, Vice-President, IFOAM. [email protected]
Mr Henry Saragih, General Coordinator, International Operative Secretariat,
La Via Campesina, Member of the Farmers’ Forum Steering Committee, Indonesia.
Tel +62 21 799 1890; Fax +62 21 799 3426; [email protected],
[email protected], [email protected]; http://www.viacampesina.org
Mr Ajaykumar Manubhai Vashee, President, IFAP, Member of the Farmers’ Forum
Steering Committee. Tel. +27-12-3226980; Fax +27-12-3200557; [email protected],
[email protected], [email protected]
Mr Herman Kumara Wijethunge, General Secretary, WFFP, Member of the Farmers’
Forum Steering Committee, Sri Lanka. Tel +94-31-4870658 / 31-22-39750 / 31-48-72692;
Fax +94-31-4872692; [email protected], [email protected], [email protected];
http://www.nafsolk.org
92
OBSERVATEURS
Personnes ressources et personnel technique d’organisations paysannes
Mr Gustave Ewole, PROPAC, Cameroun. Tel/Fax +23799825940, +23722234190;
[email protected], [email protected]
Mr Benito Eliasi, Capacity-Building Officer, SACAU, South Africa. Tel +27(0) 760249307;
Fax +27-12-6440808; [email protected]; http://www.sacau.org
Mr Stephen Muchiri, Chief Executive Officer, EAFF, Nairobi, Kenya.
Tel +254 (20) 445 1691; Fax +254 (20) 445 1691; Mobile +254 (722) 80 93 20;
[email protected], [email protected]
Mr Mohamadou Magha, Coordonateur Cellule d’Exécution Technique, ROPPA,
Burkina Faso. Tel +226 (50) 36 08 25; Mobile +226 (788) 47 302;
[email protected], [email protected]; http://www.roppa.info
Ms Lilia Hantanirina Ravoniarisoa, Secrétaire Générale, FVTM, Madagascar.
[email protected]
Ms Carolin Grieshop, Secretary General, Mouvement International de la Jeunesse
Agricole (MIJARC), Brussels, Belgium. Tel +32 2 734 92 11; [email protected];
http://www.mirjac.org
Mr Mamadou Cissokho, Facilitator, Pan-African Farmers’ Platform.
Mobile +221 (77) 5581455; [email protected], [email protected]
Ms Cristina Grandi, Liaison Officer to FAO & IFAD International Federation of Organic
Agriculture Movements (IFOAM) Rome, Italy. Tel +39-06-45437-485; [email protected];
http://www.ifoam.org
Ms Indra Sakti Gunawan Lubis, La Via Campesina, Jakarta, Indonesia.
Tel +62-21-7991890; [email protected]
Mr Lamine Coulibaly, La Via Campesina, CNOP Mali, Bamako, Mali.
Tel/Fax 00223 20 28 60 0; [email protected]
Mr Paul Nicholson, Euskal Herriko Nezakarien Elkartasuna (EHNE), La Via Campesina,
Spain. [email protected]
Ms Solenne Piriou-Garin, International staff, La Via Campesina.
[email protected]
Organisations non gouvernementales (ONG) et consultants
Mr José A. Osaba, WRF-FRM IYFF-AIAF Campaign Coordinator, WORLD RURAL
FORUM, Araba, Spain. Mobile + 34 649 638996; Tel + 945 12 13 24;
[email protected], [email protected]; www.familyfarmingcampaign.net,
www.ruralforum.net
Ms Laura Lorenzo Lacalle, WORLD RURAL FORUM, WRF, Araba, Spain.
Mobile + 34 649 638996, Tel + 945 12 13 24; [email protected]
Ms Marlene Ramirez, Secretary General, Asian Partnership for the Development of
Human Resources in Rural Asia (AsiaDHRRA), Quezon City, Philippines.
Tel (632) 436.47.06, (632) 426.67.39; Fax (632) 426.67.39; [email protected];
http://www.asiadhrra.org
Mr Aksel Naerstad, Senior Policy Adviser, International coordinator of the More and
Better Campaign, More and Better, Oslo, Norway. Tel +47 23 10 95 91;
Mobile +47 48 25 82 85; Skype:akselnaerstad; [email protected];
http:// www.moreandbetter.org, http://www.utviklingsfondet.no
93
Ms Kanchan Lama, Coordinator, Women Organizing for Change in Agriculture WOCAN,
Nepal. Tel 1-202-331-9099; [email protected]
Ms Shanta Manavi, Chairperson of Central Acting Committee of Pokhara,
All Nepal Women Association, Kathmandu, Nepal. [email protected]
Ms Livia Zoli, ACTIONAID. [email protected]
Mr Chris Leather, Food Policy Adviser, OXFAM, International, Rome, Italy.
Tel +39 34 05 44 98 67; [email protected];
http://www.oxfaminternational.org, http://www.ipcinfo.org
Ms Martha Hirpa, Director of Gender Equity and Young People’s Initiative,
Heifer International, Board Member, WOCAN, Little Rock, AR/USA. Tel (800) 422-0474;
[email protected]; http://www.heifer.org/
Mr Antonio Onorati, President CROCEVIA, International NGO/CSO Planning
Committee (IPC), Roma, Italy. Tel 06-72902263; Mobile +393408219456;
[email protected]; http://www.croceviaterra.it, http://www.foodsovereignty.org
Ms Nora McKeon, Coordinator, TERRA NUOVA, Rome, Italy. Tel 0039/06/8070847,
Mobile +393358388785; [email protected]; http://www.terranuova.org
Mr Laurent Pellerin, President, AGRICORD and President of Union Producteurs
Agricoles (UPA), Canada, Leuven, Belgium. Tel +32 (0) 16 24 27 50;
Fax +32 (0) 16 24 27 55; [email protected], [email protected],
http://www.upa.qc.ca
Mr Ignace Coussement, Managing Director Agricord, Leuven, Belgium.
Tel +32 (0) 16 24 27 50; [email protected], [email protected];
http://www.agricord.org
Mr Marek Poznanski, Collectif Stratégies Alimentaires (CSA), Brussels, Belgium.
Tel +32 (0)2 412 06 62; [email protected]; http://www.csa-be.org
Mr Christophe Jacqmin, Directeur, Inter-réseaux Développement rural, Paris, France.
Tel +33 (0)1 42 46 57 13; [email protected];
http://www.Inter-reseaux.org
Ms Nathalie Boquien, Animatrice réseau, Inter-réseaux Développement rural, France.
Tel +33 (0)1 42 46 57 13; [email protected];
http://www.Inter-reseaux.org
Mr Fadel Diamé, Consultant, Jilanka, Pretoria, South Africa. Tel +27 (0) 129918628,
Mobile +27 (0) 846062782; [email protected]
Organisations internationales et agences de coopération bilatérale
Mr Madiodio Niasse, Director of the Secretariat of the International Land Coalition (ILC),
Rome, Italy. Tel +390654592206; [email protected]
Mr Thomas Price, FAO, Rome, Italy. Tel +39 06 5705-54775; [email protected];
http://www.fao.org
Mr Doyle Baker, FAO, Rome, Italy. [email protected]
Mr Guy Evers, FAO, Rome, Italy. [email protected]; http://www.fao.org
Ms Alberta Mascaretti, FAO, Rome, Italy. [email protected]; http://www.fao.org
Paul Mathieu, FAO, Rome, Italy. [email protected]
Mr Jacky Ganry, Global Forum for Agricultural Research (GFAR), Rome, Italy.
Tel +39 06570 56614; [email protected]
94
Mr Heiko Karl Knoch, Head, NGO Unit, Division of External Relations, WFP, Rome,
Italy. Tel +39-06/6513 2958; [email protected]; http://www.wfp.org
Ms Sarah Longford, Purchase for Progress, WFP, Rome, Italy. Tel +39-06/6513 2958;
[email protected]; http://www.wfp.org
Mr Ken Davies, Coordinator, Purchase for Progress, WFP, Rome, Italy.
Tel +39-06/6513 2958; [email protected]; http://www.wfp.org
Ms Florence Lasbennes, Country coordinator, HLTF on the global food security crisis,
Rome, Italy. Tel +39-06/5459 2641; [email protected]
Ms Sabine Schenk, Senior Advisor - Natural Resources and Environment, Swiss Agency
for Development and Cooperation (SDC), Bern, Switzerland.
[email protected]; http://www.sdc.admin.ch/
Mr Philip Mikos, Head of Rural Development and Environment Unit, DG Development,
European Commission, Evere, Belgium. Tel + 32.2.29 93047; Fax + 32.2.29 92908;
[email protected]; http://ec.europa.eu
Mr Yves Leenaerts, European Commission, AIDCO E6, Evere, Belgium.
Tel + 32 2 299 37 64; Fax + 32.2.29 92908; [email protected];
http://ec.europa.eu
Ms Mercy Karanja, Senior Program Officer, Global Development, Bill and Melinda Gates
Foundation, Seattle, USA. Tel +1 206 770 1501; Fax +1 206 709 3131;
[email protected]; http://www.gatesfoundation.org
Ms Arlene Mitchell, Bill and Melinda Gates Foundation, Seattle, USA.
Tel +1 206 770 1501; Fax +1 206 709 3131; [email protected];
http://www.gatesfoundation.org
Ms Dorothee Loetscher, Global Forum for Rural Advisory Services (GFRAS), Switzerland.
Tel +41 (0)52 354 97 64, +41 (0)52 354 97 64, +41 (0)52 354 97 64,
+41 (0)52 354 97 64; Fax + 41 (0)52 354 97 97; [email protected]
Mr Claude Torre, Chargé de mission AFD, France. Tel +39 06 68 40 52 29 / 40;
[email protected]; http://www.delegfrance-oaa.org
Programmes soutenus par le FIDA
Mr Lic. Susana Márquez, Responsable del Área de Relaciones Internacionales Ministerio
de Agricultura, Unidad para el Cambio Rural (UCAR), Ganadería y Pesca, Argentina.
[email protected]
Mr Carlos Mermot Salvino, Asistente Técnico Programa REAF, FIDA MERCOSUR,
Tel + 598 99 69 36 28; [email protected]
Mr Lautaro Viscay, Asistente Técnico, Secretaría REAF, FIDA MERCOSUR.
Tel +54-343-15-4593357; [email protected], [email protected]
Mr Leonardo Granados Rojas, Coordinador Programa, Dr CAFTA, Diálogo Regional
Rural, Global, Tel (506) 2222 8624; [email protected];
www.dialogoregionalrural.org
95
Personnes ressources
Agnès Deshormes, Consultante, Paris. [email protected]
Sappho Haralambous, Consultante, Rome. [email protected]
Brett Shapiro, Consultante, Rome. [email protected]
Participation du FIDA
De nombreux membres du personnel du FIDA ont participé à l’événement, et la plupart
des membres du Département gestion des programmes étaient présents à une ou
plusieurs des séances plénières, des réunions des groupes de travail et des événements
parallèles.
Le Président du FIDA a prononcé le discours d’ouverture, la Vice-Présidente a présidé la
séance de clôture, et le Vice-Président adjoint responsable des programmes, a participé à
toutes les séances plénières.
Toutes les photos de la réunion par le FIDA/Publifoto
96
Les appellations employées dans cette publication et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part du Fonds international de développement agricole des Nations
Unies aucune prise de position quant au statut juridique des pays, territoires, villes ou zones,
ou de leurs autorités, ni quant au tracé de leurs frontières ou limites. Les appellations de
pays “développés” et “en développement” sont employées à des fins de commodité statistique et ne reflètent pas nécessairement un jugement quant au stade atteint par tel ou tel
pays ou telle ou telle région dans le processus de développement.
La présente publication peut être reproduite en tout ou en partie sans l’autorisation préalable
du FIDA, à condition que la source soit indiquée par l’éditeur et qu’une copie du texte publié
soit envoyée au FIDA.
Photo page de couverture: FIDA/G.M.B. Akash
Contacts
Jean-Philippe Audinet
Division des politiques et du conseil technique
FIDA
Courrier électronique: [email protected]
Roberto Longo
Division des politiques et du conseil technique
FIDA
Courrier électronique: [email protected]
Philippe Rémy
Division des politiques et du conseil technique
FIDA
Courrier électronique: [email protected]
Janvier 2011
Fonds international de
développement agricole
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00142 Rome, Italie
Tél.: +39 06 54591
Télécopie: +39 06 5043463
Courriel: [email protected]
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www.ifad.org/farmer