Mariage imposé, amours contrariées. Etude comparative de Romeo

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Mariage imposé, amours contrariées. Etude comparative de Romeo
L’héritage de Romeo and Juliet dans le roman et le cinéma indiens contemporains.
La pièce de Shakespeare Romeo and Juliet est un patrimoine tout autant intellectuel que
culturel, qui a fait l’objet de diverses mythifications. Le motif du Liebestod, qui peut être traduit par
« l’amour dans la mort, la mort dans l’amour et la mort de l’amour », a été exploité par Shakespeare
qui s’est inspiré de mythes occidentaux (Les Métamorphoses d’Ovide) et de diverses autres sources
(Luigi da Porto, Matteo Bandello, Pierre Boaistuau, William Painter, Arthur Brooke, etc.). Les
personnages éponymes ont été considérés et interprétés au cours des siècles comme correspondant à
un idéal humain, un modèle exemplaire et les adaptations sont nombreuses car l’intertexte
shakespearien séduit. En effet, le texte parle de désir : un désir passionné, frustré, éconduit et qui lie
pour toujours Eros à Thanatos. En Inde, le roman et le cinéma contemporains sont les représentations
culturelles d’un monde de flux et de migrations. A travers ces représentations, les mythes indiens (tels
que le Ramayana, le Mahabharata, et les Puranas) et les mythes occidentaux (tels que les mythes grecs,
romains, et bibliques) s’enchevêtrent et se pénètrent. Cette hybridité est certes le fruit de
l’impérialisme britannique qui s’est exercé au cours de deux siècles d’occupation (1750 – 1947) et qui
a laissé une empreinte sur la mémoire des créateurs contemporains, mais le métissage indien moderne
est aussi le résultat de la mondialisation et des influences subies par la diaspora.
Dans notre travail de thèse, nous verrons comment les créateurs indiens se libèrent de
l’angoisse de l’influence1 du canon occidental en réécrivant l’intertexte shakespearien, et en
actualisant ainsi une référence afin d’assurer sa continuation dans la mémoire humaine. L’hypotexte
shakespearien nous permettra de mettre au jour les échos entre les diverses œuvres traitées dans notre
corpus et la manière dont les auteurs et les réalisateurs y font référence ou allusion. Nous étudierons
ainsi les procédés intertextuels de citation, parodie ou pastiche de l’œuvre support. Nous verrons
comment des auteurs comme Rushdie (Shalimar the Clown), Roy (The God of Small Things), Kamila
Shamsie (Kartography) et Chitra Banerjee Divakaruni (Arranged Marriage) emploient la matière
presque première et lui donnent une forme nouvelle, et nous emprunterons au concept baroque de
Perpetuum Mobile.2 Nous analyserons en outre comment le cinéma indien et notamment le cinéma
Bollywood (Devdas, Qayamat Se Qayamat Tak, Issaq, Ram-Leela, etc.) s’empare du mythe en en
changeant les motifs et en le modernisant avec ses propres spécificités locales, traitant ainsi du
mariage imposé et des amours contrariées, notions qui sont au cœur de la société indienne. Le film de
James Ivory, Shakespeare Wallah, nous permettra également de mettre en perspective les relations
indo-britanniques en nous contant une fois encore le mythe de Roméo et Juliette.
1
Bloom, Harold. The Anxiety of Influence, a Theory of Poetry. Oxford : Oxford University Press,
1973.
2
Jeanneret, Michel. Perpetuum Mobile. Paris : Macula, 1997.