zoom sur l`ecole democratique et populaire (edp)

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zoom sur l`ecole democratique et populaire (edp)
ZOOM SUR L’ECOLE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE (EDP)
L’EDP a été créée en juillet 1983 par le Syndicat National des
Travailleurs de l’Education et de la Recherche (SYNTER), syndicat membre
fondateur de la Confédération Générale du Travail du Burkina (CGT-B).
Elle est gérée depuis 1990 par la CGT-B. Mais déjà au cours de l’année
scolaire 1982-1983, quatre (04) classes, préfiguration de l’EDP, existaient au
quartier Djaradougou à Bobo-Dioulasso.
Elle fonctionne essentiellement sur la base du bénévolat et des sacrifices des
militant(e)s et sympathisant(e)s de la CGT-B. Elle bénéficie de l’appui de
démocrates et patriotes burkinabè qui interviennent dans l’encadrement des
élèves, de même que des amis (personnes morales et physiques) démocrates
étrangers apportent leur soutien à l’œuvre de l’EDP par des dons matériels et
financiers. Citons L’Association « Coup de Pouce 38 », les Parents d’élèves du
Lycée de Fumel par l’entremise de l’Association des Travailleurs Burkinabè en
Aquitaine (ATB), l’Union Régionale des Syndicats de l’Education Nationale,
l’URSEN-CGT de l’Académie de Poitiers, l’UL/CGT de Grenoble, Madame
Françoise VINEL de Strasbourg, Monsieur et Madame Gérard et Irmgard
SIEGWALT.
A la rentrée scolaire 1983-1984, l’Ecole était implantée dans sept (07) localités
avec un effectif total de 1.169 élèves. C’étaient Banfora, Bobo, Dédougou, Fada,
Gaoua, Kongoussi et Ouagadougou.
A la fin de l’année scolaire 1984-1985, l’EDP comptait dix (10)
Directions Locales (DL) et enregistrait un effectif global de 1693 élèves.
L’Institution avait fait sur les deux années 149 admis au BEPC et 70 au BAC.
Les intervenants dispensaient les cours gratuitement sans aucune
contrepartie.
C’est dans cette phase ascendante qu’interviendra l’interdiction de l’EDP
par le Conseil National de la Révolution (CNR) en juin 1985 (voir .Circulaire
Min Educ Nat.). Quelques jours plus tard, les 1er , 2 et 3 juillet 1985 les CDR du
secteur 29 investissaient le siège de l’EDP et le domicile du Directeur National
Germain NAMA.
Ils prennent en otage deux membres de la famille comme monnaie
d’échange contre le Directeur National absent.
Après l’occupation, les CDR volent du matériel de l’EDP ; bouclent le
siège et emportent les clés.
Une délégation du SYNTER est constituée pour rencontrer les autorités
du Ministère de l’Education Nationale (MEN) et le Secrétariat Général National
(SGN) des CDR. Devant l’insistance de la délégation pour avoir les éléments
qui fondent les autorités à accuser l’EDP de mener des activités anti-CDR, le
Ministre répondra : « Ce serait trop facile que nous vous donnions les raisons
qui nous font prendre cette mesure pour que vous vous en serviez contre nous ».
En fait la raison de l’interdiction de l’EDP avait été clairement annoncée
par le MEN dès le premier contact de la délégation avec lui. En effet face aux
incohérences et contrevérités relevées par la délégation, le Ministre Philippe
SOME avait laissé tomber « De toutes façons ce que vous devez savoir, c’est
que la mesure est politique ».
Du SGN des CDR à la Délégation du Peuple au Logement (DPL) dirigée
alors par le Lieutenant Daouda TRAORE en passant par la permanence du
secteur 29, l’Administration Territoriale, c’est une fin de non recevoir qui a été
opposée à la délégation du SYNTER.
Les clés du siège EDP-SYNTER ne seront donc pas restituées, confirmant
ainsi la nature politique de la mesure. Cette mesure politique visait le SYNTER
qui partageait le même siège avec l’EDP. Elle entrait dans une vaste tentative du
régime du 4 Août qui ne cachait pas sa volonté politique de mettre au pas toutes
les organisations syndicales, les syndicats révolutionnaires notamment, qui
défendaient leur autonomie organisationnelle et politique vis-à-vis du CNR.
Il faudra attendre le coup d’Etat sanglant du 15 Octobre 1987, avec le vent
de décrispation qui a suivi, pour que l’EDP puisse rouvrir ses portes à la rentrée
scolaire 1988-1989.
Entre temps que de préjudices financiers, matériels et moraux causés à
l’Ecole !
Comme préjudices on peut citer entre autres :
Au plan financier : Plus de 10.500.000 F CFA de manque à gagner
correspondant :
aux charges locatives ; aux charges du personnel et autres frais incompressibles.
Au plan matériel : Des livres, du matériel scolaire, des caisses de boissons, de la
liquidité d’une valeur totale estimée à 70.000 F emportés par les CDR
Au plan moral : Combien d’élèves défavorisés, pour ne parler que d’eux, ont été
obligés; soit de changer d’établissement pour ceux qui le pouvaient, soit
d’abandonner l’école purement et simplement ! Combien ont ainsi perdu une ou
plusieurs années scolaires par la faute du CNR et de son gouvernement ?
Pour l’institution elle-même, trois années de passage à vide et des
documents emportés portant dommage à l’écriture de son histoire.
Pour donner plus de force à l’Ecole et augmenter ses capacités, le SYNTER
engagea en son sein le processus du passage de l’EDP du SYNTER à la CGT-B,
passage accepté lors de son 4e congrès en décembre 1989.
Par lettre conjointe SYNTER/CGTB du 16 novembre 1990, l’EDP est passée
sous la tutelle de la CGT-B.
Une nouvelle direction avec Victor WINDIGA comme Directeur National
est constituée en remplacement de l’équipe de Germain NAMA.
En 1996 et en terme d’effectifs ; l’EDP était après le Lycée Philippe Zinda
KABORE, la deuxième formation scolaire secondaire du pays.
Dans le même temps de nouveaux volets sont initiés. Il s’agit :
du volet Enseignement de Base et Alphabétisation qui vise les ouvriers, les
paysans, et le secteur informel membres de la Centrale ou non.
Du volet Concours et Examens Professionnels (CEP) pour la formation
permanente des travailleurs(euses).
Suite à une demande, le Haut Commissaire du Kadiogo Boniface NARE
attribuait par lettre N° 533/PKAD/HC du 1er mars 1989, la parcelle EZ-02-01
située en bordure de l’Avenue Charles De Gaule, au SYNTER pour le siège de
l’EDP.
A la rentrée 1989-1990, l’EDP y avait construit son siège qu’elle occupa.
A
la
rentrée
1990-1991,
par
lettre
n°
AN-VII
047/FP/MAT/PKAD/HC/DE/BH du 10 septembre 1990, le Haut Commissaire
du Kadiogo Boniface NARE, rapportait les termes de sa lettre d’attribution cidessus référencée. La raison du retrait était que « l’ensemble des terrains situés
dans le domaine de la Cité 1200 logements et en bordure de l’Avenue Charles
De Gaule ont été requis pour la réalisation d’un « projet d’importance
nationale ».
En fait de « projet d’importance nationale », c’est un petit projet
dénommé projet LOCOMAT qui a occupé et occupe à ce jour la parcelle de
l’EDP.
Toutes les protestations et démarches de la CGT-B pour conserver la
parcelle et le siège sis au secteur 14 n’y changeront rien.
En guise de compensation, le Front Populaire, après avoir procédé luimême à l’évaluation des investissements réalisés sur la parcelle avec ses propres
techniciens, procèdera au dédommagement de l’EDP.
Par lettre n° 466/PKAD/HC/SPDETO/DOM du 02 mai 1991, la parcelle
KZ-05-01 sise au secteur 28 sera attribuée en remplacement de la 1 ère par le
Haut Commissaire Véronique KPODA.
C’est en septembre 1993 que l’EDP sera contrainte au déguerpissement
avec ce que cela comporte comme désagréments pour les élèves, leurs parents,
les encadreurs et les responsables de la Centrale qui ont à charge la gestion de
l’école.
L’EDP restera en location pendant 08 (huit) ans de septembre 1993 à
septembre 2001 avant de pouvoir intégrer les bureaux qu’elle a aménagés sur
son siège actuel au secteur 28.
A la rentrée 1996-1997, l’EDP relançait l’alphabétisation avec la mise en œuvre
du projet « alphabétisation de 3 000 ouvriers ». Ce projet qui a été
essentiellement financé par l’AGCD (qui deviendra plus tard la DGCI) du
Gouvernement Belge sous la requête de l’ONG belge FSTM,
L’objectif était d’alphabétiser dans un cycle de trois (3) ans les ouvriers en
Français, en passant par une alphabétisation en langue nationale mooré, jula ou
fulfuldé pendant deux (2) ans.
Il faut rappeler que la mise en œuvre du projet s’est faite dans un contexte
marqué par la dévaluation du F CFA intervenue en 1994 et par le PAS. C’était le
« printemps » des fermetures, des privatisations, des restructurations
d’entreprises avec leur cortège de compressions et de licenciements qui ont
beaucoup contribué à démotiver le public cible qu’étaient les ouvriers.
C’est dans ces conditions que le projet a dû se réorienter vers un public
cible à dominante paysanne et artisane. Seront inscrites à ce projet, les DL de
Banfora, Bobo, Diébougou, Gaoua, Kaya, Ouagadougou, Tenkodogo, avec une
mention particulière pour la DL de Kaya qui fera des performances
remarquables.
Pendant les cinq (5) ans d’alphabétisation les effectifs
progresseront régulièrement passant de 148 apprenants en 1996-97 à 1 091 en
2001-2002. Ce sera plus de 2400 apprenants dans ce laps de temps que auront
fait l’expérience de l’alphabétisation.
C’est dans cette évolution que le projet prit fin, faute de financement. Il était
prévu cinq (05) financements, mais le cinquième ne sera pas effectué. Les
dispositions structurelles prévues de commun accord pour relayer la période de
financement, bien qu’assez avancées n’auront ni le temps ni les moyens de se
mettre en place. De ce point de vue, le projet, par son arrêt brutal et après être
allé aussi loin (cinq ans !) et à un pas de réussir sa réorientation, a été un gâchis.
Cependant, d’un autre point de vue, le projet « alphabétisation de 3 000
ouvriers » a eu un acquis inestimable, majeur. Bien plus que sa contribution au
recul de l’analphabétisme, c’est le fait d’avoir fait germer dans les esprits des
populations déshéritées qui en ont bénéficié, l’esprit de la recherche à
s’alphabétiser.
N’est-ce pas extraordinaire en effet, lorsque des paysans du village de
Damané (Kaya) s’organisent et approchent l’EDP pour réclamer qu’on leur
ouvre un centre d’alphabétisation ? Cette dynamique-là, l’EDP doit être fière
d’avoir contribué à la faire naître. Dommage qu’elle n’ait pas eu le temps et les
moyens de l’étendre et de l’enraciner dans le pays.
Durant les années 1996 et 1997, outre le développement des établissements
privés, l’Etat procède à des ouvertures de nouveaux CEG dans les départements
et de nouveaux lycées dans les provinces. Dans le même temps il y a une
prolifération des cours du soir, doublé de l’effritement de l’esprit de sacrifice
des encadreurs.
Ces facteurs ont eu comme conséquence de faire tomber les effectifs de
l’EDP en dessous des 3 000 élèves.
La DL de Ouagadougou sera même contrainte de fermer ses portes en cette
rentrée 1996-1997. Fermeture qui va se prolonger cinq années durant.
A la rentrée 1998-1999, la DL de Bobo fermera à son tour pour insuffisance
d’effectifs. Cela va durer trois années.
Mais cette rentrée 1998-1999 sera surtout marquée négativement par un
événement de portée nationale, l’assassinat odieux de Norbert ZONGO et de ses
trois compagnons à Sapouy le 13 décembre 1998. Le (Collectif des
Organisations Démocratiques de Masse et des Partis Politiques) CODMPP sera
créé. L’engagement des enseignants, des encadreurs, des élèves et parents
d’élèves dans la lutte citoyenne du Collectif est sans commune mesure. La
répression comme réponse à cet engagement qui s’en est suivie influe sur les
effectifs de l’EDP qui tombent à environ 1 750 élèves en 1998-99 et 1 500 en
1999-2000.
En 1999-2000, les luttes du SYNTER et de l’ANEB consécutives à la crise du
système éducatif et qui se sont prolongées à la rentrée 2000-2001, font
dégringoler les variables de l’EDP qui connaîtront leurs plus bas niveaux
Ainsi en 2000-2001, seulement douze (12) DL ouvriront leurs portes, totalisant
un effectif de 769 élèves ! Il faudra attendre 2001-2002 pour voir les effectifs
avoisiner les 2 000 élèves avec vingt quatre (24) DL fonctionnelles.
Cette année scolaire 2011-2012 a connu l’ouverture de 71 directions locales
dont 61 ont pris part à la 18ème conférence annuelle des directions de l’Ecole.
En 25 ans d’existence, l’EDP a enregistré des acquis importants :
- une implantation sur l’ensemble du territoire national à travers 71
directions locales fonctionnelles en 2011-2012
- plus de 116 500 élèves dont 13 902 au moins pour la seule année 20112012
- 7504 admis au BEPC et 1573 au Bac 789 avec des taux de succès
atteignant 70% dans certaines directions locales
- 1573 bacheliers dont 183 en 2011-2012
- 1411 enseignants bénévoles en 2011-2012, et plus de la moitié de ces
enseignants sont des militants de la CGT-B.
Une expérience pilote de cours du jour à Kaya avec le groupe scolaire EDP qui
compte cinq (5) classes avec pour l’année scolaire 292 élèves.
Une expérience en alphabétisation avec 2 464 apprenants de 1996 à 2002
Il faut souligner avec force, que ces résultats n’auraient pas été atteints s’il
n’y avait pas ce dévouement et ce sens de l’organisation qui ont animé et
animent des milliers de militant(e) et sympathisant(e)s de la CGT-B.
L’année 2008 a été marquée par la disparition tragique et brutale de son
Directeur Général, le camarade Hamidou OUANDAOGO, décédé
accidentellement le 16 mars 2008. Le 4 août 2008, la direction de l’EDP lui a
rendu hommage à travers une journée d’hommage à laquelle ont pris part
diverses organisations.
Conclusion
L’EDP est l’expression d’une solidarité agissante des militant(e)s et
sympathisant(e)s de la CGTB avec les enfants et les couches défavorisées du
Burkina Faso. Elle est l’expression d’une autre vision de la question de
l’Education dans notre pays.

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