Le costume religieux : un signe subversif

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Le costume religieux : un signe subversif
Le costume religieux : un signe subversif?
Dans le Devoir du 11 février dernier, on avait droit à un cours de sociologie du vêtement 101, par
l’anthropologue athée Daniel Baril qui affirmait que le costume religieux n’est pas insignifiant sur le plan
symbolique et qu’il doit être interdit dans la fonction publique. Il écrivait : « Le langage non-verbal du
vêtement religieux ou signe distinctif exprime le fait non seulement que la personne est croyante, mais
aussi qu’elle professe telle ou telle religion, avec tout son système de valeurs et de croyances, et qu’elle
en fait une interprétation fondamentaliste puisqu’elle place son appartenance religieuse au-dessus de sa
fonction professionnelle ». Dans le Devoir du 16 mars, nous avons droit, cette fois, à l’initiative de
monsieur Baril et de Guy Rocher, le père de la loi 101, à une déclaration signée par des centaines de
personnes, qui réaffirme explicitement que la laïcité exige le retrait de tous signes religieux dans la
sphère publique pour assurer la neutralité de l’État.
Il est vrai que le costume religieux identifie le porteur, mais en quoi est-ce automatiquement une
interprétation fondamentaliste que de signifier son appartenance religieuse? Le costume religieux seraitil devenu subversif? Qu’on exige la neutralité de l’État est une chose, mais qu’on oblige les personnes qui
y travaillent à faire semblant de l’être, c’est hypocrite et abusif. Nul besoin d’un costume particulier pour
pratiquer l’endoctrinement et le prosélytisme : on n’a qu’à lire le collectif Heureux sans Dieu, sous la
direction de Daniel Baril et de Normand Baillargeon, paru aux éditions VLB, en 2009, pour s’en
convaincre. Que de mépris à l’endroit des religions en général et du catholicisme en particulier! Après
cela, on tente de me faire croire que la déclaration sur la laïcité, initiée par ce même Daniel Baril et
signée par Normand Baillargeon, se porte à la défense d’un Québec laïque et pluraliste? Il faut être naïf
pour le croire.
Dans une société laïque comme la nôtre, on peut porter un costume ou un signe religieux sans nier la
neutralité de l’État et sans enfreindre la liberté des autres. C’est évident que le vêtement ou le signe
arborés doivent répondre à certains critères de sécurité et de transparence : le nikab et la burka ne
satisfont pas ces critères. Par ailleurs, on ne peut ni imposer ni interdire le port d’un costume, sous
prétexte que celui-ci n’exprime pas le modèle social attendu et que les usagers des services publics n’ont
pas à être soumis à ce langage non-verbal signifié par le costume.
Personnellement, je me méfie davantage du langage verbal des intégristes religieux ou laïques qui font
preuve d’intolérance envers tous ceux et celles qui ne partagent pas leurs vues. Je préfère de beaucoup
le manifeste pour un Québec pluraliste publié dans les pages du Devoir au début du mois de février,
lequel manifeste reconnaît que l’interdiction de signes et de vêtements religieux de la part des
représentants de l’État ne répond à aucune nécessité sociale et serait même disproportionnée par
rapport aux objectifs de neutralité des services publics.
On peut déplorer certains costumes qui nous apparaissent rétrogrades et inesthétiques : le voile
islamique, le turban sikh, la soutane des prêtres, la cornette des soeurs catholiques ou encore
l’accoutrement des juifs hassidiques, mais les interdire produirait exactement le contraire du but
recherché : ça inciterait plus de gens à les porter. Et, contrairement, à ce que laissent entendre la
déclaration sur la laïcité, si les religieux et les religieuses catholiques qui oeuvraient dans les
établissements de santé et d’enseignement ont accepté de modifier ou d’abandonner leur livrée, ce
n’était pas parce que leurs institutions passaient aux mains de l’État et qu’ils voulaient continuer à y
travailler. C’est parce qu’il y a eu le concile Vatican II qui invitait les prêtres, les religieux et les religieuses
à moderniser leurs habits qui ne correspondaient plus au renouveau voulu par le concile. Par ailleurs, ces
femmes et ces hommes ont continué de porter des signes religieux distinctifs jusqu’à aujourd’hui, dans
le respect de la diversité religieuse et de la pluralité.
Les costumes et les signes religieux au Québec sont inoffensifs, lorsqu’ils ne sont que des symboles
religieux. Là où ils deviennent subversifs, c’est lorsqu’ils sont utilisés à des fins politiques, par des
intégristes qui s’opposent à la laïcité de la société québécoise et qui nient les valeurs culturelles et
religieuses de la majorité. Sans même s’en rendre compte, certains signataires de cette déclaration sur la
laïcité font le jeu de ces intégristes en voulant retirer tout symbole religieux traditionnel de l’espace
public, comme s’il fallait nier nos racines et oublier nos origines. Le crucifix sur le mur de l’Assemblée
nationale n’est pas dangereux; mais l’endoctrinement idéologique de certains groupes religieux ou
athées l’est beaucoup plus. Peut-être devrait-on s’en méfier davantage.
Personnellement, je suis favorable à un Québec laïque et pluraliste qui respecte, à la fois, les croyants de
toutes confessions et les athées. Cependant, ce n’est sûrement pas en éliminant les symboles religieux et
en cachant notre identité qu’on affirme la laïcité de la société québécoise et qu’on assure la neutralité de
l’État.
Raymond Gravel ptre
Diocèse de Joliette
Animateur spirituel des Pompiers de Montréal et des Policiers de Laval
Le 17 mars 2010