Rendement des fonds en euros d`assurance vie

Transcription

Rendement des fonds en euros d`assurance vie
NOTES SUR LE PATRIMOINE
Note du 16 octobre 2010
Rendement des fonds en
euros d’assurance vie
Perspectives et nouveaux risques
Le rendement des fonds en euros, est composé de deux éléments :
1. Le taux minimum garanti : défini chaque année par décret, il est
identique pour chaque compagnie d’assurance. Il correspond au
maximum à 75% du taux moyen des emprunts d’Etats.
2. La participation aux bénéfices : au 31 décembre de chaque année, les
compagnies d’assurances doivent reverser au minimum 85% des
bénéfices techniques et financiers (hors réserve) réalisés grâce à
l’argent des assurés.
Capital : Les fonds en euros d’assurance vie sont des placements dont
le capital est garanti par l’assureur. Traditionnellement, le fonds en euro
est investi très majoritairement en obligations d’État de la zone euro.
Les fonds sont obligés de conserver ces titres jusqu’à leur
remboursement par les Etats emprunteurs, afin de garantir et de
financer le capital.
Depuis 2002, face à la baisse constante des taux de rendement des
emprunts d’États, les fonds en euros, en recherche de rendements plus
importants, se sont généralement portés sur la dettes d’États d’Europe
du Sud (Grèce, Portugal, Espagne, Italie…), nouvellement entrés dans la
zone euro. Si la pondération des fonds en euros sur ces dettes varie d’un
fonds à un autre, la pondération précise d’un fonds en euro est
extrêmement difficile à obtenir : il n’y a aucune obligation de
communiquer sur la teneur interne de ces fonds (contrairement aux
opcvm).
Christophe Brochard
Conseil en investissements financiers agréé
Conseil en gestion de patrimoine certifié CGPC
14 rue Silbermann
67000 Strasbourg
En outre, toujours pour se « protéger » de la baisse des rendements des
dettes d’États, ils se portent de plus en plus sur l’immobilier (le
rendement locatif devenant supérieur à celui des obligations d’États), et,
plus récemment, vers les actions européennes à haut dividendes : les
compagnies d’assurances se couvrent alors contre les variations de
cours de ces actions, par l’achat d’options, permettant de sécuriser à
terme la valeur du capital. L’immobilier, quant à lui, ne peut être
couvert.
+33 (0) 3 88 15 96 60
[email protected]
Analyse extraite du site
www.brochardfinance.fr
Les fonds en euros comprennent également un volant variable de
trésorerie : ces liquidités sont destinées à pourvoir honorer les retraits,
par les assurés, sans avoir à vendre le capital constitutif du fonds.
Qu’y a-t-il en moyenne dans les fonds en euros ?
Composition moyenne des fonds en euros (entre le 30/06/2007 et le
15/04/2008)
Si l’on en croit « Comparatif Assurance vie.com », la composition
moyenne des fonds en euros comprend 63% d’obligations d’États, 12%
d’immobilier, 16% d’actions, 9% de trésorerie.
Or, la crise que nous traversons fait porter de nouveaux risques
conjointement sur chacune des classes d’actifs présentes dans
les fonds en euros.
Ces risques pèsent à la fois sur le rendement à venir de ces fonds, et, de
façon extra-contractuelle, sur le capital de ces derniers (cf. ci-après).
Les perspectives de rendement des fonds en euros
Comme indiqué ci-dessus, les fonds en euros sont contraints de
conserver les obligations d’États jusqu’à l’échéance ou au
remboursement de ces obligations. Cela signifie que les fonds en euros
offrent un « retard permanent » sur l’évolution des rendements des
obligations.
Depuis une vingtaine d’années, pendant lesquelles les taux de
rendement et l’inflation n’ont cessé de baisser, ce retard était à
l’avantage des fonds en euros.
Un rendement nominal durablement proche de 0% : Or, la crise
que nous traversons depuis 2007 comprend une baisse « artificielle »
des taux d’emprunts des Etats réputés « solides » : en effet, le
ralentissement économique durable que nous affrontons, pousse les
banques centrales à maintenir des taux d’intérêts proches de 0%. Ainsi,
les taux d’emprunts d’États jugés solides sont également à des plus bas
niveaux historiques depuis près de 4 ans.
Les fonds en euros ont dus, pendant ces années, acquérir des
obligations à des taux d’intérêts extrêmement bas, qu’ils devront
conserver jusqu’à échéance : aussi, le rendement net des fonds en
euros sera durablement baissier dans les années à venir.
L’entrée dans un nouveau cycle long d’inflation importée : La
vigueur de l’entrée dans la consommation des nouveaux pays
émergents est véritablement le cœur de la révolution mondiale que
nous connaissons actuellement.
La Chine, par exemple, est déjà à ce jour le premier consommateur de
pétrole au monde, devant les USA… Aussi, même en situation de très
faible croissance des pays développés, marquée de passages récessifs,
la très forte croissance des émergents suffit à exercer une pression
structurelle à la hausse sur les matières premières. Les coûts de
production augmenteront donc aussi dans le monde occidental, et cette
hausse sera répercutée sur les prix – en générant de l’inflation importée.
Remarquons bien que, s’agissant d’inflation importée, elle ne
s’accompagne pas d’une augmentation corrélative du pouvoir d’achat
des ménages (comme c’était le cas pendant les Trente Glorieuses), mais
bien au contraire, d’une réduction de ce pouvoir d’achat, directement
obéré par la hausse tendancielle du coût de la vie.
Face au caractère structurel et durable du ralentissement de l’activité
économique dans les pays développés, les fonds en euros
distribueront durablement des rendements inférieurs au taux
d’inflation.
Et ce, même sans compter que les nouveaux, et importants risques
pesant sur le capital de ces fonds, obligent déjà les assureurs à
prélever une partie de plus en plus importante du rendement
des fonds en euros, pour les placer en réserve en cas de forte
dépréciation de ce capital.
Les nouveaux risques sur le capital des fonds en euros
Les fonds en euros sont en train de concentrer une forte exposition aux
principaux risques pesant sur les pays développés. Voici lesquels :
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Risque de défaut d’un (ou plusieurs) État(s) dans le remboursement de
sa dette :
Les fonds en euros détiennent majoritairement des emprunts d’Etats
de la zone euro. Et comme nous l’avons signalé plus haut, ces fonds en
euros se sont, pour la plupart d’entre eux, portés sur les obligations
des États d’Europe du Sud (Grèce, etc.), alors jugées solides par des
agences de notation relativement peu scrupuleuses.
La situation de faillite annoncée de la Grèce (entre autres)
occasionnera des pertes en capital pour les fonds en euros. En outre,
la contagion de la crise de la dette à d’autres Etats jugés plus solides
(l’Italie, l’Espagne, la France ?) devrait entraîner d’autres défauts – et
donc des pertes sèches dans le capital des fonds en euros, qui devront
être compensées par les assureurs, s’ils en ont les moyens… Les
sommes en jeu sont colossales.
Risque de faillite d’établissement financiers (banques / assurances) :
Les dettes d’États étant majoritairement détenues par les banques et
les assurances, ainsi que par les particuliers au sein de leurs
assurances vies, un défaut, même partiel, d’un Etat européen,
entraînera des faillites au moins techniques de ces mêmes banques et
compagnies d’assurances.
Aussi, les produits dérivés permettant aux assureurs de se couvrir
contre le non-remboursement de dettes par les États (cds), ou contre
la baisse des actions qu’ils détiennent (options), risquent de ne plus
trouver de contrepartie : autrement dit, la banque ou l’assurance
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émettrice de ces garanties se retrouvera très probablement dans
l’incapacité d’honorer ces contrats.
Pour information, le marché des seuls cds représente à ce jour 40% du
pib mondial…
Risque de baisse des prix de l’immobilier :
Enfin, en cas de baisse des prix de l’immobilier, la valeur des actifs
réels détenus dans les fonds en euros sera obérée directement du
même montant.
La baisse du marché immobilier, à terme, nous semble inévitable du
fait de la nécessité, pour les banques et compagnies d’assurances, de
diminuer leurs encours de prêts pour assumer d’éventuels défauts sur
les dettes d’États ; du fait aussi de ce que la très forte hausse de ces
actifs, ne s’est pas accompagnée d’une hausse du revenu des
ménages. Enfin, l’inflation à venir est importée, c’est-à-dire qu’elle ne
devrait pas arranger la tendance durablement baissière du pouvoir
d’achat des ménages.
Christophe Brochard
Conseil en investissements financiers agréé

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