CP C. Gronfier PNAS 11 mai 2011

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CP C. Gronfier PNAS 11 mai 2011
Paris, le 11 mai 2011
Information presse
Hommes et femmes : à chacun son horloge…
Au lever et au coucher, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes
habitudes. Par exemple, on sait que les femmes ont tendance à se lever et se
coucher plus tôt en moyenne que les hommes. Est-ce pour autant que l’homme
et la femme ont une horloge biologique réglée différemment ? Des chercheurs
américains en collaboration avec Claude Gronfier, chargé de recherche à
l’Inserm, viennent de montrer que l’horloge biologique des femmes avance
plus rapidement que celle des hommes. De plus, les femmes ont 2,5 fois plus
de chance d’avoir un rythme circadien (circa: proche de, dies: 24h) inférieur à
24 heures. Ce décalage horaire pourrait expliquer pourquoi l’insomnie touche
50% plus de femmes que d’hommes. Les résultats de cette étude menée sur
157 personnes (52 hommes et 105 femmes) suivies dans un laboratoire
américain spécialisé pendant un mois, sont disponibles en ligne sur le site de
la revue PNAS.
L'horloge biologique circadienne (circa: proche de, dies: 24h) est indispensable à la vie de
tous les organismes vivants. Elle permet de rester synchronisé à la journée de 24 heures
définie par l’alternance du jour et de la nuit. Toutes les grandes fonctions biologiques, sont,
directement ou indirectement, contrôlées par ce système : le cycle veille-sommeil, le
système cardiovasculaire, digestif et immunitaire mais aussi les sécrétions hormonales, les
performances cognitives... La vitesse de l'horloge n'est pas exactement la même pour toutes
les espèces. Chez l’Homme, le cerveau la règle entre 23h30 et 24h30. Tous les jours, les
« pendules doivent donc être remises à l’heure » par la lumière, en particulier le cycle
lumière-obscurité qui corrige, selon les individus, l’avance ou le retard par rapport à la durée
du jour de 24 heures.
Dans cette étude réalisée dans un laboratoire américain (Harvard Med School, Boston,
USA), les chercheurs ont mesuré la longueur du cycle de l’horloge circadienne intrinsèque
de 52 femmes et 105 hommes, d’âges compris entre 18 et 74 ans. Les participants de
l’étude ont été observés entre 2 et 6 semaines, dans un environnement spécial, en l’absence
d’informations temporelles, pour déterminer la vitesse du cycle de leur horloge circadienne.
D’une part, l’équipe américaine en collaboration avec Claude Gronfier de l’Inserm, relève
que la durée moyenne du cycle circadien est, en moyenne, très légèrement supérieure à 24
heures chez les hommes et les femmes, cela indépendamment de l’âge. D’autre part, l’étude
apporte des éléments très nouveaux. L’horloge biologique circadienne des femmes est plus
rapide que celle des hommes : la durée du cycle circadien des femmes est, en moyenne,
plus court de 6 minutes par rapport a celui des hommes. De plus, les chercheurs ont conclu
que les femmes ont 2.5 fois plus de chance que les hommes d’avoir un rythme circadien de
moins de 24 heures. Pour ces dernières, cela signifie que la journée définie par l’horloge
biologique est terminée avant que 24 heures ne soient écoulées. Ce décalage nécessite
donc un réajustement de l’horloge tous les jours par rapport à la durée du jour de 24 heures.
« Ce résultat pourrait expliquer pourquoi les femmes se réveillent en moyenne plus tôt »,
explique Claude Gronfier. En effet, si le réajustement n’est pas effectif, l’horloge des femmes
prend de l’avance chaque jour et elles ont envie de se coucher et de se lever un peu plus tôt
que la veille. Dans la vie quotidienne, les femmes se couchent plus tard que ce que
recommande leur horloge biologique mais celle-ci sonne toujours tôt. « Cette
désynchronisation entre l’heure biologique et l’heure réelle du coucher entrainerait une
diminution de la durée du sommeil et des difficultés à s’endormir. Cela pourrait expliquer
pourquoi l’insomnie a une prévalence beaucoup plus élevée parmi les femmes » suggère
Claude Gronfier.
Les chercheurs mettent l’accent sur ce dernier point car « connaitre cette différence entre
hommes et femmes permettrait d’adapter les stratégies thérapeutiques (photothérapie,
mélatonine…) actuellement utilisées pour traiter les troubles des rythmes biologiques et du
sommeil. On pourrait par exemple moduler l’heure d’administration et la dose selon le sexe »
souligne Claude Gronfier.
Sources
Sex difference in intrinsic circadian period in humans
Jeanne F. Duffy1, Sean W. Cain, Anne-Marie Chang, Andrew J. K. Phillips, Mirjam Y. Münch2, Claude
Gronfier3, James K. Wyatt4, Derk-Jan Dijk5, Kenneth P. Wright, Jr.6, and Charles A. Czeisler1
Division of Sleep Medicine, Department of Medicine, Brigham and Women's Hospital and Division of
Sleep Medicine, Harvard Medical School, Boston, MA 02115
1 E-mail: [email protected] or [email protected]
2 Solar Energy and Building Physics Laboratory, Swiss Federal Institute of Technology, Station 18, CH-1015,
Lausanne, Switzerland.
3 Department of Chronobiology, INSERM U846, Stem Cell and Brain Research, Bron F-69500, France; and
University of Lyon, Lyon I, UMR-S 846, Lyon, France.
4 Sleep Disorders Service and Research Center, Rush University Medical Center, Chicago, IL 60612-3833.
5 Surrey Sleep Research Centre, University of Surrey, Guildford GU2 7XP, United Kingdom.
6 Present address: Department of Integrative Physiology, Sleep and Chronobiology Laboratory, Center for
Neuroscience, University of Colorado, Boulder, CO 80309.
Proceedings of the National Academy of Sciences
En ligne le 2 mai 2011
DOI: 10.1073
Contact chercheur
Claude Gronfier
Chargé de recherche Inserm
Unité Inserm 846 Institut cellule souche et cerveau
Département de chronobiologie
18 avenue Doyen Lepine,
69500 Bron
[email protected]
04 72 91 34 89
Contact presse
Juliette Hardy
01 44 23 60 98
[email protected]