Sans titre - Michel Rivard

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Sans titre - Michel Rivard
le retour de don quichotte
je t’écris ces quelques lignes
sur du papier quadrillé
ça te rappellera l’école
et les années folles
moi c’est le seul papier que j’ai
ça fait déjà deux semaines
on m’a laissé le droit de sortir
comme j’suis pas tellement fort sur le
téléphone
j’ai préféré t’écrire
j’te raconte pas
tout ce qu’on m’a fait
ni tout ce qu’on m’a fait dire
ni tout ce qu’on m’a dit
pour me faire croire
qu’on voulait me guérir
j’t’écris pas pour me plaindre
j’avais juste le goût de parler
c’est encore troublant pour moi
d’être revenu dans le quartier
cinq ans sans recevoir de nouvelles
faut dire que j’en ai pas donné
y’a des mélodrames
qu’on est aussi bien
de ne jamais publier
le soleil me fait tout drôle
les rues sont belles
ça sent le printemps
on pourrait peut-être
se voir un peu
peut-être que t’as pas le temps
tu peux dire à tout le monde
que don quichotte est revenu
avec son cheval de porcelaine
et une armure qui ne tient plus
les romances impossibles
qui traînent le soir au coin des rues
comme les moulins et les géants
ne lui font pas plus peur qu’avant
quand on passe le temps
que j’ai passé
à vivre en attendant
entre les quatre murs
et le lit trop dur
offerts par le gouvernement
on écrit aux larmes
sur les draps blancs
d’incroyables comédies
pour tous les acteurs drôles
qui apprennent leurs rôles
dans les coulisses de l’ennui
pour tous les fous
qui ont peur de l’amour
comme des sirènes dans la nuit
pour toutes les fées des étoiles
toutes les robes de bal
de toutes les reines
de tous les carnavals
pour tous les imbéciles qui chassent la baleine
sur d’immenses bateaux
mais qui ne voient jamais
le poisson d’avril
qui leur pend dans le dos
tu peux dire à tout le monde
que don quichotte est revenu
avec son cheval de porcelaine
et une armure qui ne tient plus
les romances impossibles
qui traînent le soir au coin des rues
comme les moulins et les géants
ne lui font pas plus peur qu’avant
comme tu vois
on peut pas vraiment dire
que quelque chose a changé
mais je reviens debout
c’est déjà beaucoup
et c’est déjà le mois de mai
j’aimerais juste trouver la place
que tout le monde finit
par se trouver
et si t’as le goût de me voir
j’te raconterai
de belles histoires de chevaliers

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