OBLIGATIONS DU CONDUCTEUR 12-04-18

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OBLIGATIONS DU CONDUCTEUR 12-04-18
Les obligations du conducteur en cas d’accident
en vertu du Code de la sécurité routière
Les articles 166.1 à 171
du Code de la sécurité routière (L.R.Q., c. C-24.2)
Alain St-Pierre, j.c.m.m.
Version corrigée
10 avril 2012
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE I – Article 166.1 – Champ d’application .............................................. 7
CHAPITRE II – Article 167 – Définition d’accident ............................................. 10
1)
Préjudice – Définition...................................................................................... 10
2)
Accident – Éléments requis .......................................................................... 11
3)
Véhicule en mouvement................................................................................. 11
4)
Préjudice – Élément nécessaire à un accident ........................................ 12
5)
Accident – véhicule seul ................................................................................ 13
6)
Accident – sans contact................................................................................. 18
7)
Lien de causalité .............................................................................................. 23
8)
La définition d’accident sous d’autres lois............................................... 23
9)
Conducteur ........................................................................................................ 24
10) L’application de l’article 592 du Code de la sécurité routière............. 30
11) La poursuite doit prouver qu'il y a eu accident …................................35
12) L'identité du conducteur - Preuve circonstancielle …………………….35
CHAPITRE III – Article 168 – Obligation de demeurer sur les lieux et de
fournir de l’aide ........................................................................................................... 36
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte/absolue) .................................. 37
2) S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 169 à 171 du Code? .................................................................................. 38
3) Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 168 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au titre IV
du Code? .................................................................................................................... 39
4)
L’article 168 du Code et l’application de l’article 592............................. 43
-2-
5)
La nécessité d’une intention......................................................................... 44
6)
Les éléments essentiels................................................................................. 44
7) L’article 168 du Code prévoit deux (2) façons alternatives de
commettre l’infraction............................................................................................. 45
8) Demeurer sur les lieux ou y retourner immédiatement après
l’accident .................................................................................................................... 46
a) Demeurer sur les lieux pendant combien de temps et pour y faire
quoi?........................................................................................................................ 46
b)
Sur les lieux de l’accident.......................................................................... 50
c)
Immédiatement ............................................................................................. 54
d) La personne ayant subi un préjudice ne peut dispenser le conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident des obligations qui lui
sont imposées par la loi ..................................................................................... 56
e) « Je n’ai pu remplir mes obligations, l’autre conducteur avait quitté
les lieux. » .............................................................................................................. 57
9)
Fournir l’aide nécessaire ............................................................................... 59
a) La poursuite n’a pas à prouver qu’une aide était nécessaire ............. 60
b) Le conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident ne peut
présumer qu’aucun préjudice n’a été causé ou qu’aucune aide n’est
nécessaire……………………………………………………………………….. .......... 61
c) Le conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident doit
s’assurer sérieusement de l’existence ou non d’un préjudice ou de la
nécessité ou non d’une aide…………………………………………………. 61
d) Qu’est-ce que « l’aide nécessaire »? ......................................................... 62
e) Il n’appartient pas à la personne ayant subi un préjudice de requérir
de l’aide, mais c’est plutôt au conducteur impliqué
de l’offrir …………………………………………………………………………..…….63
10)
L’obligation de demeurer sur les lieux n’inclut pas l’obligation d’y
demeurer jusqu’à l’arrivée des policiers. .......................................................... 64
-3-
11)
Est-ce que le conducteur impliqué dans un accident avec un
véhicule routier inoccupé est soumis aux obligations édictées par
l’article 168 du Code? ............................................................................................. 65
12)
Est-ce que le conducteur d’un véhicule routier impliqué dans un
accident respecte son obligation de demeurer sur les lieux s’il y laisse un
ami ou un autre représentant? ............................................................................. 35
CHAPITRE IV – Article 169 – Aide d’un agent de la paix................................... 74
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte / absolue)................................ 74
2) S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168, 170 et 171 du Code?........................................................................ 75
3) Peut-il y avoir déclaration de culpabilité en vertu de l’article 169 du
Code et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au titre IV du
Code? .......................................................................................................................... 75
4)
L’article 169 du Code et l’application de l’article 592............................. 76
5)
La nécessité d’une intention......................................................................... 76
6)
Éléments essentiels de l’infraction ............................................................. 76
7)
Les objectifs visés par l’article 169 du Code............................................ 77
8) L’obligation de faire appel à un agent de la paix n’est pas
conditionnelle à la gravité des blessures.......................................................... 81
9)
L’existence d’un préjudice corporel ........................................................... 81
10)
Dans quel délai doit-on faire appel à un agent de la paix?............... 83
11)
Faire appel à un agent de la paix ............................................................. 83
12)
Est-ce que l’obligation de faire appel à un agent de la paix, prévue
à l’article 169 du Code, doit obligatoirement être accomplie par le
conducteur impliqué dans un accident avec préjudice corporel? ............. 85
CHAPITRE V – Article 170 – Information ............................................................... 87
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte/absolue) .................................. 88
-4-
2) S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168, 169 et 171 du Code?........................................................................ 88
3) Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 170 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au titre IV
du Code? .................................................................................................................... 88
4)
L’article 170 du Code et l’application de l’article 592 du Code.. ......... 88
5)
La nécessité d’une intention......................................................................... 89
6)
Les éléments essentiels de l’infraction ..................................................... 89
7) Il n’appartient pas à l’autre partie de requérir d’un conducteur
impliqué les informations énumérées à l’article 170 du Code .................... 90
8) L’obligation prévue à l’article 170 du Code existe indépendamment
que les parties impliquées désirent ou non compléter un constat à
l’amiable ..................................................................................................................... 91
9) L’accomplissement de l’obligation faite au conducteur impliqué dans
un accident de fournir certains renseignements présuppose que celui-ci
demeure sur les lieux de cet accident................................................................ 91
10)
L’obligation de fournir les renseignements prévus à l’article 170 du
Code n’est pas conditionnelle à la détermination de la responsabilité de
l’un des conducteurs dans la survenance de l’accident............................... 93
11)
La relation entre les articles 170 et 171 du Code ................................ 93
12)
La suffisance d’une partie des renseignements prévus à l’article
170 du Code............................................................................................................... 95
CHAPITRE VI – Article 171 – Accident avec véhicule routier inoccupé........ 97
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte / absolue)................................ 97
2) S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168 à 171 du Code? .................................................................................. 98
3) Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 171 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au titre IV
du Code? .................................................................................................................... 98
4)
L’article 171 du Code et l’application de l’article 592 du Code. .......... 98
-5-
5)
La nécessité d’une intention......................................................................... 98
6)
Les éléments essentiels de l’infraction ..................................................... 99
7)
Objet inanimé .................................................................................................... 99
8)
Animal de plus de 25 kg ............................................................................... 100
9)
Véhicule routier inoccupé............................................................................ 101
10) Les renseignements qui doivent être transmis au poste de police . 103
11) Sans délai ........................................................................................................ 103
12) Qui le représente ........................................................................................... 106
13) Le conducteur peut-il déléguer l’accomplissement des obligations
imposées par l’article 171 du Code? .............................................................. 1067
14) L’article 171 comprend-il une obligation de demeurer sur
les lieux? ……………………………………………………………………..107
CHAPITRE VII – Les moyens de défense............................................................. 108
1)
La défense de diligence raisonnable........................................................ 108
2)
La défense d’erreur de fait raisonnable ................................................... 109
3)
La défense d’erreur de droit........................................................................ 113
4)
La défense de nécessité............................................................................... 114
5)
De minimis non curat lex ............................................................................. 116
6)
Défense d’aliénation mentale ..................................................................... 121
7)
La défense d’alibi ........................................................................................... 123
8)
La défense d’impossibilité........................................................................... 125
9)
La défense d’énervement ou de panique ................................................ 126
-6-
CHAPITRE I
Article 166.1
Champ d’application
166.1
« Le présent titre s’applique à un accident
survenu sur tout chemin ou terrain »
Cet article définit le champ d’application des dispositions contenues au Titre IV
du Code de la sécurité routière, à savoir les articles 166.1 à 179.
Il déroge au champ d’application généralement prévu par le Code de la sécurité
routière à l’article 11. En effet, l’article 1 du Code limite, sous réserve d’une
disposition contraire, l’application de celui-ci aux véhicules utilisés sur les
chemins publics, ainsi qu’à la circulation des piétons sur de tels chemins.
C’est en 19902 que le législateur a jugé opportun d’étendre le champ
d’application des articles concernant les obligations des conducteurs en cas
d’accident.
En étendant le champ d’application des articles 167 à 179 du Code, le législateur
désirait être le plus inclusif possible.
Toutefois, les membres de la commission chargées d’étudier l’article 166.1 du
Code se sont questionnés sur la portée de celui-ci3. Pour certains membres, il
n’était pas évident que les mots utilisés englobaient toutes les situations
possibles.
Voici quelques arrêts qui ont suivi l’adoption de cette modification apportée à
l’article 166.1 par le législateur, et dont le lieu où l’accident était survenu a été
jugé comme visé par cet article :
1
Ville de Châteauguay c. Brooks, Juge Pelletier, Cour municipale de la Ville de Châteauguay, 20 juin
2006, [2006] J.Q. no 6483 (QL).
2
Loi modifiant le Code de la sécurité routière et d’autres dispositions connexes, L.Q. 1990, c. 83, adoptée
le 20 décembre 1990.
3
Journal des débats, Commission permanente de l’aménagement et des équipements, 12 décembre 1990,
16 h 57, site web de l’Assemblée nationale.
-7-
Ville de St-Léonard c. Auger
Juge Béliveau
Cour supérieure du Québec
[1997] J.Q. no 3128 (QL)
(Lampadaire renversé sur le terrain d’une station-service)
Ville de Longueuil c. Lampron
Juge Alary
Cour municipale de Longueuil
[1994] J.Q. no 1735 (QL)
(Accident entre deux (2) véhicules dans le stationnement
d’un magasin d’alimentation)
Ville de Laval c. Morency
Juge Caron
Cour municipale de Laval
[1996] J.Q. no 4837 (QL)
(Véhicule remorqué se décroche de la dépanneuse et
percute une clôture sur un terrain privé)
Ville de St-Romuald c. Fitzback
Juge Fortin
Cour municipale de St-Jean-Chrysostome
[1996] J.Q. no. 4949 (QL)
(Accident dans un terrain de stationnement d’un centre
commercial)
Les problèmes relatifs à l’étendue du champ d’application de l’article 166.1 sont
illustrés dans l’affaire Ville de McMasterville c. Côté4
Dans cette cause, un incident était survenu à l’intérieur d’un lave-auto. Une porte
du lave-auto avait été endommagée par le recul involontaire du camion du
défendeur.
Le juge Alarie est arrivé à la conclusion que l’intérieur d’une construction abritant
un lave-auto n’était pas un terrain. De plus, il ne voyait pas comment l’intérieur
d’un lave-auto pourrait, par ailleurs, être défini comme un chemin.
4
Ville de McMasterville c. Côté, Juge Luc Alarie, Cour municipale de Beloeil, 30 juin 2004 [2004] J.Q. no
7796 (QL).
-8-
Le tribunal est donc arrivé à la conclusion que les articles 167 à 179 du Code ne
pouvaient recevoir application dans cette cause.
En conclusion, la portée de l’article 166.1 du Code reste à être déterminée pour
les cas les moins usuels.
-9-
CHAPITRE II
Article 167
Définition d’accident
167
« Pour l’application du présent titre, un
accident est un évènement au cours duquel
un préjudice est causé par un véhicule routier
en mouvement. »
Cette définition du terme « accident » existe depuis le 22 octobre 1999
1
. Avant cette date, cet article se lisait ainsi :
167
« Pour l’application du présent titre, un
accident est un évènement au cours duquel
un dommage est causé par un véhicule en
mouvement. »
Le législateur a donc choisi, par cette modification, d’abandonner l’utilisation du
terme « dommage » pour retenir le terme « préjudice ».
1)
Préjudice – Définition
Le terme « préjudice » nous apparaît avoir une portée plus large que le terme
« dommage » antérieurement utilisé2.
Cette expression désigne, d’une manière générale, les dommages matériels,
corporels ou autres torts causés à des tiers3.
1
L.Q. 1990 c. 40 a. 55.
Ville de Montréal c. Dubuc, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 5 août 2003, [2003]
J.Q. no 27369 (QL), par. 20.
3
Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no
2337 (QL), par. 16; Ville de Longueuil c. Gladu, Juge Chabot, Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006,
[2006] J.Q. no 5083 (QL), par. 14; Ville de Montréal c. Dubuc, op. cit. no 1; Ville de L'Ancienne-Lorette c.
Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 6 février 2008, [2008] J.Q. no 2650 (QL),
par. 21; Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée, Juge Laramée, Cour supérieure de Québec, 23 juin
2005, AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par. 16; Procureur général du Québec c. Morency,
Juge Bigué, Cour du Québec, 11 avril 2005, [2005] J.Q. no 6920 (QL), par. 49; Ville de Québec c. Blais,
Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 8 avril 2002, [2002] J.Q. no 10118 (QL); Ville de
Québec c. Tanguay, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 octobre 2006, [2006] J.Q. no
12559 (QL), par. 30 à 32; Municipalité de Sainte-Claire c. Veer, juge Ouellet, Cour municipale de la MRC
de Bellechasse, 1er février 2012, 2012 Can LII 5064 (QCCM)
2
- 10 -
Un traumatisme nerveux causé lors d’un accident a été jugé comme représentant
un préjudice au sens de l’article 167 du Code4.
Aucun niveau d’importance du préjudice n’est exigé par la loi. Par conséquent,
même un préjudice minime pourra suffire pour qu’il y ait un accident au sens du
Code de la sécurité routière.5
2)
Accident – Éléments requis
Il faut comprendre que pour qu’il y ait un accident au sens de l’article 167 du
Code, trois (3) éléments doivent être établis6 :
1. la présence d’un véhicule en mouvement;
2. l’existence d’un préjudice;
3. l’existence d’un lien de causalité entre le véhicule en mouvement et le
préjudice constaté.
3)
Véhicule en mouvement
La première exigence prévue au Code pour qu’il y ait accident est la présence
d’un véhicule en mouvement. Par conséquent, si aucun véhicule n’est en
mouvement, il n’y a pas d’accident au sens de la loi.
Tel est le cas d’un piéton se blessant en se frappant sur un véhicule immobilisé.
Un exemple de cette situation se trouve dans la cause de Ricard c. Ville de
Joliette.7
4
Ville de Montréal c. Dubuc, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 5 août 2003, [2003]
J.Q. no 27369 (QL), par. 20.
5
Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour municipale de Québec, 31 octobre 2001, [2001] J.Q.
no 8207 (QL), par. 12; Ville de Québec c. Blais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 8
avril 2002, [2002] J.Q. no 10118 (QL), par. 12; Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour
municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 69; Ville de
Loretteville c. Laliberté, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 14 juin 1994,
B.J.C.M.Q. 94-159, [1994] J.Q. no 1743 (QL); Ville de Buckingham c. Bastien, Juge Gravel, Cour
municipale commune de Gatineau, 15 octobre 1999, [1999] J.Q. no 5231 (QL), par.11; Ville de Gatineau c.
Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13 août 1999, [1999] J.Q. no 4420 (QL),
par. 13; Procureur général du Québec c. Otis, Juge Verrette, Cour du Québec, 18 novembre 2008, [2008]
J.Q. no 11811 (QL), par. 30; Ville de Québec c. Lacombe, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de
Montréal, 1er février 2010, [2010] J.Q. no 2143 (QL).
6
Ville de L'Ancienne-Lorette c. Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 6 février
2008, [2008] J.Q. no 2650 (QL), par. 18; Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour
municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23 octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395 (QL).
7
Ricard c. Ville de Joliette, Juge Downs, Cour supérieure du Québec, 5 novembre 1997, J-E. 98-456,
[1997] J.Q. no 3504 (QL).
- 11 -
Dans cette cause, selon la preuve retenue par le juge, l’autobus dans lequel
voulait monter la personne ayant subi un préjudice, était immobilisé et c’est en se
dirigeant dans l’autobus que cette personne aurait trébuché et se serait blessée.
Le juge Downs a conclu, dans ces circonstances, qu’il n’y avait pas d’accident au
sens du Code de la sécurité routière.
À l’opposé, le juge Turcotte, dans une cause impliquant une étudiante se
blessant en descendant d’un autobus, a considéré qu’il y avait accident puisque,
selon son évaluation de la preuve, l’autobus était toujours en mouvement lorsque
l’étudiante a décidé d’en descendre.8
Il est important de réaliser que la présence d’un véhicule en mouvement n’est
pertinente qu’à la détermination de l’existence ou non d’un accident au sens de
l’article 167. Une fois qu’il est déterminé qu’il y a eu accident au sens du Code,
les obligations énumérées au Chapitre I du Titre IV du Code ne se limitent pas au
seul conducteur du véhicule en mouvement.
À titre d’exemple, le conducteur d’un véhicule immobilisé au feu rouge qui se fait
heurter par un autre véhicule est soumis, selon nous, aux mêmes obligations
prévues au Code de la sécurité routière que le conducteur du véhicule en
mouvement qui l’a percuté9.
4)
Préjudice – Élément nécessaire à un accident
La deuxième exigence prévue au Code pour qu’il y ait accident est l’existence
d’un préjudice.
Il faut se rappeler que la poursuite doit établir cette existence10. Elle n’a toutefois
pas à établir comme élément essentiel de sa cause le montant du préjudice
subi11. Le préjudice peut être déduit des circonstances particulières du dossier12.
8
Ville de Jonquière c. Castonguay, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 6 octobre
1998, [1998] J.Q. no 5115 (QL).
9
Ville de Laval c. Éthier, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 19 novembre 1998, [1998]
J.Q. no 4310 (QL), par. 15 (conducteur arrêté à un signal d’arrêt).
10
Ville de L’Ancienne-Lorette c. Lebel, Juge Cloutier, Cour municipale de L’Ancienne-Lorette, 30 août
1999, [1999] J.Q. no 6660 (QL), par. 10; Ville de Charny c. Bilodeau, Juge Fortin, Cour municipale de StJean-Chrysostome, 28 janvier 1997, [1997] J.Q. no 4855 (QL), par. 60.
11
Ville de Québec c. Tourigny, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 9 mars 2007, [2007]
J.Q. no 2678 (QL), par. 39.
12
Municipalité de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix c. Trépanier, Juge Tremblay, Cour municipale de la
Municipalité de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, 13 mars 2001, [2001] J. Q. no 8342 (QL). Cette cause est un
exemple où le juge déduit de la preuve présentée l’établissement d’un préjudice, et ce, bien qu’aucune
preuve du montant des dommages n’ait été présentée et que l’identité de la personne ayant subi le préjudice
était incertaine. Il s’agit dans ce dossier du cas d’un véhicule ayant heurté une haie d’arbustes. Directeur
des poursuites criminelles et pénales c. Salois, juge White, 26 octobre 2010, [2010] QCCQ 9174, par. 39 et
40.
- 12 -
Ceci ne veut pas dire que le montant du préjudice ne peut pas être utile à
l’établissement de celui-ci ou encore, à l’évaluation d’une défense d’erreur de fait
raisonnable soumise par le défendeur, mais cette preuve n’est pas un élément
essentiel que la poursuite doit établir pour obtenir une condamnation.
À titre d’exemple, une marque de pneu sur la bordure d’un trottoir n’a pas été
considérée comme constituant un préjudice au sens du Code13. L’absence de
preuve de détérioration du bien semble avoir été une considération importante
dans la conclusion du juge dans ce dossier.
Dans un autre dossier, c’est le concept de dégradation qui fut retenu par le juge
dans son analyse du préjudice14.
Toutefois, tous ces cas impliquaient des dommages matériels. Il faut se rappeler
que le terme « préjudice » possède une portée plus large.
5)
Accident – véhicule seul
Ceci nous amène au cas de l’accident n’impliquant qu’un véhicule unique; ce
véhicule étant le seul à subir des dommages. Cette situation peut être illustrée
par le véhicule conduit par son propriétaire qui s’enlise dans un fossé. Le seul
préjudice constaté à la suite de cette manœuvre se résume à des dommages
matériels au véhicule.
Dans une telle situation, est-ce que le conducteur de ce véhicule est soumis aux
obligations prévues aux articles 168 et 171 du Code de la sécurité routière?
Lorsque l’on tient compte de la jurisprudence existante sur le sujet, la réponse à
cette question nécessite l’examen aussi bien de l’article 167 que des articles 168
à 171 du Code. Comme il n’y a pas d’endroit idéal pour discuter de ce point,
nous avons jugé bon, compte tenu de la nature générale de l’article 167, de le
faire dans le cadre de l’étude de cet article.
13
Ville de Longueuil c. Hammond, Juge Lamontagne, Cour municipale de la Ville de Longueuil, 13
décembre 1996, [1996] J.Q. no 4967 (QL), par. 36.
14
Ville de Loretteville c. Laliberté, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 14 juin 1994,
[1994] J.Q. no 1743 (QL).
- 13 -
La jurisprudence consultée15 arrive à la conclusion que les obligations prévues
au Code ne s’appliquent pas au conducteur propriétaire d’un véhicule à moteur
qui est impliqué dans un « accident » où l’on ne retrouve que ce seul véhicule et
que le préjudice constaté est constitué de dommages à ce seul véhicule.
Il y a lieu de reprendre quelques extraits de certaines des décisions prononcées
sur le sujet afin de saisir les raisons qui ont justifié cette conclusion.
Tout d’abord, arrêtons-nous sur l’arrêt Tadeusz16, où le juge Auger écrit :
« Si nous reprenons la définition de l'accident tel que précisé à l'article
167, on doit conclure que cette définition n'est pas suffisamment large
pour comprendre un dommage qui est causé par un véhicule routier
en mouvement, si les seuls dommages constatés le sont à ce
véhicule car, si telle avait été l'intention du législateur il aurait énoncé
la définition d'accident autrement. Cette définition pourrait ainsi se lire:
accident est un évènement au cours duquel un dommage est causé
par ou à un véhicule en mouvement.
Comme les articles 168 et 169 ne peuvent avoir d'application,
personne n'étant impliqué dans l'accident, le Tribunal doit déterminer
si l'article 170 a une application dans le présent cas. Pour ce faire, le
Tribunal doit se demander quel est l'objectif visé par le législateur à
cet article.
Manifestement, cet article veut permettre à la personne victime d'un
accident de pouvoir retracer son auteur. S'il n'y a pas d'autres
personnes impliquées, aucun dommage causé à autrui, doit-on
conclure que le conducteur n'a pas d'obligation. Toute autre
conclusion pourrait nous conduire à une situation absurde, ce que le
Tribunal doit éviter, présumant que le législateur n'a pas voulu un tel
effet. (Voir R. c. McIntosh, 1995 CanLII 124 (C.S.C.), [1995] 1 R.C.S.
686). »
Pour le juge Auger, le libellé de l’article 167 et l’objectif poursuivi par l’article 170,
à savoir de permettre à la victime d’un préjudice d’en retrouver l’auteur, excluent
du champ d’application de l’article 170 le conducteur se retrouvant dans la
situation sous étude (véhicule seul impliqué et endommagé).
Le juge Gravel abonde dans le même sens dans l’affaire Bédard17 où il écrit :
15
Ville de Loretteville c. Couturier, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 11 décembre
1996, [1996] J.Q. no. 5075 (QL); M.R.C. des Collines-de-l’Outaouais c. Bédard, Juge Gravel, Cour
municipale commune M.R.C. des Collines-de-l’Outaouais, 4 juin 1998, [1998] J.Q. no 4439 (QL); R. c.
Tadeusz, Juge Auger, Cour du Québec, 22 octobre 1999, [1999] J.Q. no 5017 (QL); Ville de Kirkland c.
Montpoint, Juge Mondor, Cour municipale de la Ville de Pointe-Claire, 26 août 1996, [1996] J.Q. no 4909
(QL); R. c. Demers, Juge Brun, Cour municipale de la Ville de Lac-Brome, 16 janvier 2001, [2001] J.Q. no
8454 (QL); Demers c. R., Juge Bellavance, Cour supérieure du Québec, 3 avril 2003, [2003] J.Q. no 3385
(QL) (confirme décision du juge Brun).
16
R. c. Tadeusz, Juge Auger, Cour du Québec, 22 octobre 1999, [1999] J.Q. no 5017 (QL).
- 14 -
« Les articles 168 et 171 du Code de la sécurité routière prévoient
essentiellement trois situations différentes où le conducteur d’un
véhicule est assujetti à un certain nombre d’obligations : les
dommages matériels en l’absence de la victime, dommages matériels
en présence de la victime et enfin, dommages corporels. Ces articles
visent à assurer la responsabilité du conducteur vis-à-vis la victime
ayant subi un dommage. Il s’agit de dommage causé par un véhicule
routier en mouvement et non à son propre véhicule.
Le défendeur est la seule personne ayant subi des dommages. Les
articles 170 et 171 du C.S.R. ne lui sont pas applicables. L’article 168
ne lui est pas non plus applicable puisqu’aucun dommage matériel n’a
été causé et qu’il y a absence de victime. L’accident survenu le 13
décembre 1997 n’est pas un événement au cours duquel un
dommage à un bien a été causé par le véhicule du défendeur. »
Le juge Charest, dans la cause de Couturier18, tout en étant d’accord avec les
principes mentionnés dans les deux (2) extraits précédents, ajoute ceci :
« 19.Il serait encore illogique ou du moins surprenant d'affirmer que le
Législateur ait voulu obliger le conducteur à se communiquer à soimême, en tant "que personne ayant subi des dommages" les
renseignements prévus à l'article 170.
20 Ce sont justement ces renseignements qui, communiqués soit à
la personne ayant elle-même subi les dommages ou à la police feront
en sorte que la victime de ces mêmes dommages verra son
indemnisation d'autant facilitée. C'est à notre avis l'essence même du
but visé par le Législateur au Titre IV du Code de sécurité routière. »
Ceci résume le raisonnement juridique que l’on retrouve dans la jurisprudence
sur cette question.
Il faut, toutefois, être conscient que l’argument basé sur l’interprétation du texte
de l’article 167 du Code, tel qu’énoncé dans la cause de Tadeusz19, n’est pas
sans contre-argument.
En effet, les causes de Mihalick20 et de McColl21 donnent une définition plutôt
large du terme « accident » utilisé à l’article 252 du Code criminel.
17
M.R.C. des Collines-de-l’Outaouais c. Bédard, Juge Gravel, Cour municipale commune M.R.C. des
Collines-de-l’Outaouais, 4 juin 1998, [1998] J.Q. no 4439 (QL).
18
Ville de Loretteville c. Couturier, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 11 décembre
1996, [1996] J.Q. no. 5075 (QL).
19
R. c. Tadeusz, Juge Auger, Cour du Québec, 22 octobre 1999, [1999] J.Q. no 5017 (QL).
20
R. c. Mihalick, Cour d’appel de la Colombie-Britannique, 24 janvier 1991, 28 M.V.R. (2d) 114.
21
R. c. McColl, Cour d’appel de l’Alberta, 18 août 2008, 2008 ABCA 287 (CanLII), [2008] A.J. no 907
(QL).
- 15 -
Le texte de cet article mentionne que commet une infraction quiconque omet de
faire certaines choses avec une certaine intention alors qu’il est impliqué dans un
accident, soit avec une personne, soit avec un véhicule (résumé partiel de
l’article).
Tout d’abord, mentionnons que le Code criminel, contrairement au Code de la
sécurité routière, ne définit pas le terme « accident ».
Deuxièmement, dans ces deux (2) arrêts, il s’agissait d’accidents n’impliquant
qu’un seul véhicule où dans un cas, une passagère est décédée, et dans l’autre,
des passagers furent blessés.
Troisièmement, dans chacun de ces cas il fut plaidé que l’article 252 du Code
criminel ne s’appliquait pas, puisque le défendeur n’avait pas été impliqué dans
un accident avec une autre personne comme l’exige le texte de loi.
Le juge Taylor, rendant la décision pour la Cour d’appel de la ColombieBritannique dans la cause de Mihalick22, s’exprime ainsi :
« It seems to me inconsistent with the sense of the section that the
word "accident" in the phrase "everyone who has the . . . control of a
vehicle . . . that is involved in an accident with . . . another person"
should be interpreted as meaning "collision", so as to limit its
application to circumstances in which there has been an impact of
some sort between the vehicle and the person referred to.
It seems to me that in this context the word "accident" should be
given its broader, more natural and generally understood meaning,
encompassing an incident of any sort causing injury or damage. The
words are in my view more readily capable of bearing that meaning
than the meaning proposed for the appellant, and there is nothing in
the context which could justify the proposed restrictive construction. »
(Nous soulignons)
La majorité de la Cour d’appel de l’Alberta dans l’affaire McColl23 s’appuie, entre
autres, sur l’arrêt Mihalick dans l’élaboration de sa décision. Toutefois, les juges
majoritaires prennent soin de circonscrire leur décision aux circonstances qui leur
étaient soumises, à savoir des passagers blessés.
La définition d’ « accident » élaborée par la Cour d’appel de la ColombieBritannique avait d’ailleurs été avancée par la poursuite dans la cause de
Bédard24. Le juge Gravel ne s’est pas rallié aux arguments de la poursuite et a
22
R. c. Mihalick, Cour d’appel de la Colombie-Britannique, 24 janvier 1991, 28 M.V.R. (2d) 114.
R. c. McColl, Cour d’appel de l’Alberta, 18 août 2008, 2008 ABCA 287 (CanLII), [2008] A.J. no 907
(QL).
24
M.R.C. des Collines-de-l’Outaouais c. Bédard, Juge Gravel, Cour municipale commune M.R.C. des
Collines-de-l’Outaouais, 4 juin 1998, [1998] J.Q. no 4439 (QL).
23
- 16 -
décidé que le terme « accident » dans le cadre des dispositions du Code de la
sécurité routière ne s’étendait pas au cas du véhicule seul avec dommages
matériels.
Par ailleurs, il nous apparaît évident que l’article 167 du Code couvre la situation
du passager qui subit un préjudice corporel lors d’un accident n’impliquant que le
véhicule dans lequel il se trouve.
Qu’en serait-il si la personne subissant le préjudice corporel était le conducteur
lui-même?
Cette situation s’est présentée dans l’affaire Fontaine25. Dans ce dossier, le
défendeur, alors qu’il tentait d’éviter un chevreuil, a perdu le contrôle de son
véhicule et a quitté la route. Il était étourdi et saignait d’une oreille. Il a
abandonné son véhicule endommagé sur les lieux et s’est fait reconduire chez lui
par un passant. Il appela sa sœur une fois à la maison et de cet endroit, se fit
reconduire à l’hôpital où il passa la nuit. Le lendemain, le défendeur appela les
policiers pour rapporter l’accident. Il fut accusé d’avoir contrevenu à l’article 169
du Code.
Tout d’abord, le juge disposa de la question relative au délai pris par le
défendeur pour appeler les policiers. Il arriva à la conclusion que l’obligation
prévue à l’article 169 de faire appel à un agent de la paix doit être accomplie
sans délai.
Dans un deuxième temps, il se demanda si le défendeur avait l’obligation
d’appeler les policiers compte tenu qu’il fut la seule personne blessée dans cet
accident. Le juge arriva à la conclusion que non en ces termes :
« [18] Le but recherché par cette obligation nouvelle faite à un
conducteur impliqué en un accident est, de toute évidence, de
permettre rapide et efficace enquête sur son éventuelle responsabilité
civile, pénale ou criminelle en cet accident ayant causé un préjudice
corporel.
[19] La recherche de ce but n’a de sens que si cette personne ainsi
préjudiciée corporellement en est une autre que ce conducteur même.
En effet, quelle responsabilité civile, pénale ou criminelle pourrait être
recherchée contre ce conducteur qui s’est lui-même blessé?
[20] Il suffit de se référer aux nombreuses chutes en motocyclettes en
lesquelles seuls sont impliqués leurs conducteurs, souventes fois que
légèrement blessés, pour comprendre et conclure que cet article 169
25
Municipalité de St-Apolinaire c. Fontaine, Juge Ouellet, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 27
janvier 2009, [2009] J.Q. no1636 (QL). Voir également Municipalité de St-Agapit c. Belley, Juge Cloutier,
Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 22 octobre 2001, [2001] J.Q. no 8224 (QL), par. 4; MRC de
Rivière-du-Loup c. Lepage, Juge Dionne, Cour du Québec, 30 avril 2009, [2009] J.Q. no 5060 (QL).
- 17 -
du C.S.R. n’oblige pas ces conducteurs d’aviser les policiers de leurs
maladresses simplement parce qu’ils se sont alors écorché un genou
ou même fracturé un poignet. »
Un dernier aspect sur les accidents n’impliquant qu’un véhicule mérite notre
attention.
Est-ce que la conclusion à l’effet que les articles 168 à 171 du Code ne visent
pas le conducteur propriétaire d’un véhicule seul impliqué dans un accident dont
les dommages matériels constatés sont à son propre véhicule serait la même, si
le véhicule était conduit par une autre personne que lui?
La seule cause que nous avons trouvée sur ce point est celle de la Ville de
Sherbrooke c. Lévesque26.
Dans cette affaire, le défendeur circule avec l’automobile de son patron. Il est
accusé en vertu de l’article 171 du Code.
Il ressort du jugement que le juge a retenu de la preuve que les seuls dommages
constatés lors de l’accident avec un poteau de l’Hydro l’ont été au véhicule
conduit par le défendeur.
Il a été décidé dans cette cause que le défendeur n’avait pas à communiquer
avec le poste de police le plus près, puisqu’à titre d’emprunteur, il avait
l’obligation de rendre le bien à son propriétaire. Selon le juge, il y a lieu de
présumer que le propriétaire connaissait l’identité du conducteur à qui il avait
prêté son véhicule.
Toutefois, le tribunal croit que cette obligation existerait si le conducteur avait pris
le véhicule sans le consentement du propriétaire. À titre d’exemple, le tribunal
réfère au cas d’un vol de véhicule.
Nous croyons humblement que la question du conducteur qui n’est pas le
propriétaire du véhicule demeure ouverte et qu’elle mérite d’être étudiée plus
amplement.
6)
Accident – sans contact
L’étude de la définition d’ « accident » est propice à l’examen du sens de
l’expression « impliqué dans un accident » que l’on retrouve dans le texte de
chacun des articles 168 à 171 du Code.
Doit-il y avoir un contact pour qu’un conducteur soit impliqué dans un accident?
26
Ville de Sherbrooke c. Lévesque, Juge Lamoureux, Cour municipale de Sherbrooke, 30 octobre 1997,
[1997] J.Q. no 4966 (QL).
- 18 -
Y-a-t-il accident au sens de l’article 167 du Code lorsqu’il n’y a pas contact entre
le véhicule du défendeur et un autre véhicule, une personne ou un objet?
Nous ne croyons pas qu’il doive y avoir impact entre le véhicule du défendeur et
un autre véhicule, une personne, un objet ou un animal pour que ce défendeur
soit impliqué dans un accident au sens du Code.
Notre Cour d’appel, dans la cause de Thériault27, s’exprimait ainsi sur le sujet :
« La conduite de l'appelant qui, selon les conclusions de fait du
premier juge, a, sur une voie rapide, coupé sans avertissement la
trajectoire de l'automobile de la victime, tenté de lui bloquer le chemin
à plusieurs reprises pour ensuite, sans que le flot de la circulation ne
le justifie de quelque façon, freiner brusquement, causant ainsi
l'embardée de l'automobile qui le suivait, constitue manifestement un
"écart marqué" par rapport à la norme de diligence au sens de l'arrêt
R. c. Hundal, [1993] 1 R.C.S. 867;
Quant au délit de fuite, il n'est pas nécessaire, pour être impliqué
dans un accident, au sens de l'art. 252 C.cr., qu'il y ait eu collision : R.
c. Mihalik, 28 M.V.R. (2d) 114, C.A. C.B.; en l'espèce, la conduite de
l'appelant fut précisément la cause de l'accident ayant entraîné la
perte totale du véhicule de la victime et il n'y a donc aucun doute, à
notre avis, qu'il a été impliqué dans un accident avec un véhicule et
que son départ précipité des lieux de cet accident constitue un délit
de fuite au sens du Code criminel; »
À cette décision, il faut ajouter celle du juge Dudemaine de la Cour supérieure du
Québec, qui dans la Reine c. Roy28 écrit ceci sur le sujet :
«6
En d'autres termes, la conduite du véhicule de Monsieur Roy
fut de telle nature qu'elle provoqua l'embardée qui amena l'automobile
de Monsieur Laramée à entrer en contact avec celle de Monsieur
Gamelin.
7 La défense soutient que l'accusé Roy n'était alors pas parti à un
accident, si l'on s'en tient aux paramètres fixés par l'article 167 du
Code de la sécurité routière, en ce qui concerne ce type
d'événements, puisque l'automobile conduite par Monsieur Roy n'a
pas heurté les autres véhicules, et qu'il n'a subi aucun dommage. Qui
plus est, si tant est que l'on se soit trouvé devant un accident
d'automobile, l'accusé nie y être impliqué, puisque le véhicule de ce
dernier n'est venu en contact ni avec l'un ni avec l'autre des autres
véhicules mêlés à cette affaire.
27
28
R. c. Thériault, Cour d’appel du Québec, 26 mai 2005, JE-2005-1174, [2005] J.Q. no 7187 (QL).
R. c. Roy, Juge Dudemaine, Cour supérieure du Québec, 15 janvier 1997, [1997] J.Q. 4250 (QL).
- 19 -
11 Lorsque le législateur écrit à l'article 167 du Code de la sécurité
routière qu'un "accident est un événement au cours duquel un
dommage est causé par un véhicule routier en mouvement", il
apparaît net qu'une interprétation éclairée et généreuse de cette
disposition, en application de l'article 41 de la Loi d'interprétation du
Québec, appelle que l'on n'a pas voulu restreindre l'application de
cette définition du concept d'accident, pour la cantonner aux seuls
véhicules qui subiraient un dommage, par opposition à ceux qui, à
l'occasion d'un événement donné, n'en subiraient pas.
12
À cette école plaidée par la défense, ne seraient partie à un
accident que les véhicules en mouvement qui sont l'objet de
dommages lors dudit accident. Or, même à ce chapitre, on peut
facilement imaginer un contact entre deux voitures automobiles en
mouvement qui n'affectent, au chapitre des dommages, qu'un seul.
Celui-ci serait l'orphelin de l'impact, puisque l'autre véhicule ne ferait
pas partie de l'accident.
13
Par cette interprétation restrictive du concept de l'accident, le
législateur aurait voulu, si l'on suit le raisonnement de la défense,
évacuer de toute responsabilité civile et civique les conducteurs dont
les véhicules sortent indemnes d'un fracas routier, même si leurs
comportements, à titre d'acteur, ont engendré chez autrui des
dommages.
14 Le législateur n'a certes pas voulu faire collection d'absurde et
de déraisonnable pour limiter le concept d'accident en matière de
véhicule automobile aux uniques véhicules qui subissent un
dommage à l'occasion d'un événement donné, les reliant, plus ou
moins, à titre de cause ou d'effet.
15
Le Tribunal, sous cet aspect, conclut qu'un accident est le fait
d'un dommage quelconque causé par un véhicule routier en
mouvement, et que la réalité de tel événement ne se limite
aucunement aux véhicules ayant subi des dommages, mais englobe
également l'ensemble des véhicules mêlés à quelque titre à
l'événement, qu'il soit indemne ou non.
16 Enfin, être impliqué dans un accident, c'est participer, à titre de
conducteur d'un véhicule routier, à l'arrivée de l'événement ou à son
déroulement, c'est y être mêlé en tant qu'acteur. Le conducteur qui
provoque, en tout ou en partie, l'accident ou y est mêlé, à titre de
partie agissante ou à titre de victime, est impliqué dans l'accident.
Bref, un conducteur est impliqué dans un accident par son action ou
son inaction, fautive ou non, lorsque des dommages en résultent pour
lui ou pour d'autres.
17 Par voie de conséquence, tout conducteur d'un véhicule routier,
ayant subi ou non des dommages, qui est engagé, dans le processus
de l'événement accidentel, soit par sa présence, soit par son action,
étant ainsi relié à titre d'auteur, d'acteur ou mêlé à titre de victime au
processus d'un événement où un dommage est causé, et qui a pour
source un véhicule routier en mouvement, se voit par là même,
impliqué dans un accident, et impartir l'obligation de demeurer sur les
lieux afin de fournir à qui de droit ses paramètres et, le cas échéant,
de prêter assistance aux personnes nécessitant aide. »
- 20 -
D’autres décisions29 arrivent à la même conclusion que la Cour d’appel du
Québec et la Cour supérieure du Québec.
C’est l’implication du véhicule du défendeur dans l’occurrence d’un préjudice
occasionné par un véhicule en mouvement qui sera déterminant dans
l’application ou non des articles 168 à 171 du Code au défendeur.
L’affaire Bourbonnais30 illustre cette affirmation.
La défenderesse dans ce dossier, circule depuis déjà quelques minutes derrière
un tracteur de ferme avec remorque. Alors qu’elle approche d’une élévation, elle
décide d’effectuer un dépassement. La signalisation interdit une telle manœuvre
à cet endroit.
Alors qu’elle effectue son dépassement, elle se retrouve par la suite face à une
camionnette blanche qui circule en sens inverse. Afin d’éviter une collision
frontale, la camionnette effectue une manœuvre d’évitement et prend le fossé.
Une autre camionnette, de couleur rouge cette fois, se retrouve devant le
véhicule de la défenderesse. La camionnette rouge effectue également une
manœuvre afin d’éviter la collision frontale et se retrouve dans le fossé et frappe,
à cet endroit, la camionnette blanche qui s’y trouvait.
La défenderesse plaidait qu’elle n’avait pas été impliquée dans un accident.
Le juge est arrivé à la conclusion que la défenderesse avait été impliquée dans
un accident avec les deux (2) camionnettes immobilisées dans le fossé, et ce,
même s’il n’y avait pas eu de contact entre son véhicule et l’une de ces
camionnettes.
La plus grande partie des motifs du juge ont par la suite porté sur la défense
d’erreur raisonnable soulevée par la défenderesse. Elle prétendait ignorer avoir
causé quelque accident.
Naturellement, il est facile de concevoir que ce type de dossier requiert une
preuve plus complexe de la poursuite, aussi bien dans l’établissement de
l’implication du véhicule d’un défendeur dans un tel type d’accident, que pour
contrer une défense d’erreur de fait raisonnable basée sur l’ignorance de
l’implication du défendeur dans la survenance de l’accident.
29
R. c. Mihalick, Cour d’appel de la Colombie-Britannique, 24 janvier 1991, 28 M.V.R. (2d) 114.; R. c.
Dubois, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 23 septembre 2008, [2008] J.Q. no 9588
(QL), par. 77; Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000,
[2000] J.Q. no 3001 (QL).
30
Ville de Gatineau c. Bourbonnais,, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q.
no 3001 (QL).
- 21 -
Lorsque l’on regarde les circonstances existantes dans les dossiers de
Thériault31 et de Bourbonnais32, il faut déduire de celles-ci que l’implication du
véhicule d’un défendeur, dans un tel cas, doit être suffisamment significative pour
établir un lien de causalité entre l’accident et la conduite du défendeur.
Une autre facette de la réponse aux questions que nous avions initialement
posées au début de la présente section se retrouve dans les faits de l’affaire
Bergeron33.
Dans cette cause, le défendeur frappe un banc de neige afin d’éviter une
collision avec le véhicule qui le précède.
Le banc de neige éclate suite à l’impact avec le véhicule, projetant de la neige et
des morceaux de glace sur un véhicule immobilisé à proximité. Des dommages
sont occasionnés à ce véhicule par la neige et la glace.
Le juge, dans cette décision, précise que l’article 167 du Code n’exige pas qu’il y
ait impact entre deux (2) véhicules pour qu’il y ait un accident. Il arrive à la
conclusion que le véhicule du défendeur a été impliqué dans un accident au sens
du Code.
Il est certain que l’existence d’un lien de causalité entre le préjudice occasionné
et le véhicule en mouvement doit être établie.
Selon le juge, ce lien existait dans cette cause; par conséquent, le défendeur
avait été impliqué dans un accident.
C’est d’ailleurs l’existence de ce lien de causalité qui a amené la Cour d’appel du
Québec dans Thériault34 et le juge Gravel dans Bourbonnais35 à conclure que le
défendeur avait été impliqué dans un accident au sens de la loi.
L’allégation par le défendeur qu’il n’avait pas connaissance du lien de causalité
entre son véhicule et le préjudice, ou encore de l’existence même d’un préjudice,
est une toute autre question.
31
R. c. Thériault, Cour d’appel du Québec, 26 mai 2005, JE-2005-1174, [2005] J.Q. no 7187 (QL).
Ville de Gatineau c. Bourbonnais,, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q.
no 3001 (QL).
32
33
Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23
octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395. Cette décision fut renversée en appel non pas sur l’existence d’un
accident, mais en regard de la défense d’erreur de fait raisonnable présentée par la défense au procès;
(Jugement oral, 200-36-000842-005, Juge Deblois, Cour supérieure du Québec, 19 mars 2001).
34
R. c. Thériault,, Cour d’appel du Québec, 26 mai 2005, JE-2005-1174, [2005] J.Q. no 7187 (QL).
35
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q.
no 3001 (QL).
- 22 -
C’est d’ailleurs dans le cadre d’une défense de diligence raisonnable ou d’erreur
de fait raisonnable soulevée par le défendeur que cette allégation sera analysée
par le tribunal.
7)
Lien de causalité
Tel que nous l’avons déjà mentionné36, l’existence d’un lien de causalité entre le
véhicule en mouvement et le préjudice constaté est l’un des trois (3) éléments
devant être établis pour qu’il y ait accident au sens de l’article 167 du Code.
8)
La définition d’accident sous d’autres lois
Certaines lois du Québec contiennent également une définition du terme
« accident ».37
Toutefois, nous croyons qu’il est hasardeux, pour ne pas dire non souhaitable, de
recourir à la définition du mot « accident » contenu dans d’autres lois pour
résoudre le cas d’une infraction à l’un des articles 168 à 171 du Code de la
sécurité routière.
Le Code prévoit une définition spécifique du terme « accident » pour les
infractions prévues à ces articles. C’est donc cette définition qui devrait être
utilisée ou interprétée dans de tels cas.
Dans la cause de Ricard38, il fut décidé que le juge de première instance avait
mal interprété le mot « accident ». Il faut préciser que le juge de première
instance avait eu recours à la définition d’accident contenue à la Loi sur
l’assurance automobile.39
D’ailleurs, le juge Bellavance, dans la cause de Demers40, mentionne ceci à cet
égard :
« Le premier débat consiste à déterminer si nous avons ici un
accident au sens du Code de la sécurité routière. Si le mot "accident"
peut avoir différentes significations, selon le problème soumis
(assurance-automobile, assurance-habitation, accident de travail,
etc.), il faut pour notre dossier se limiter à la Loi concernée. »
36
Voir les arrêts mentionnés aux notes de bas de page numéros 6, 27 et 29.
À titre d’exemple : Loi sur l’assurance automobile, L.R.Q. c. A-25, art. 1; Loi sur les accidents du
travail, L.R.Q. c. A-3, art.2.
38
Ricard c. Ville de Joliette, Juge Downs, Cour supérieure du Québec, 5 novembre 1997, J-E. 98-456,
[1997] J.Q. no 3504 (QL).
39
Op. cit. no 37
40
Demers c. R., Juge Bellavance, Cour supérieure du Québec, 3 avril 2003, [2003] J.Q. no 3385 (QL),
par. 7 (confirme décision du juge Brun).
37
- 23 -
9)
Conducteur
Chacun des articles 168 à 171 du Code fait référence au « conducteur d’un
véhicule routier impliqué dans un accident ». La présente section vise à
définir qui est donc ce conducteur auquel réfèrent les articles mentionnés.
Dans la majorité des cas, la réponse à cette question est simple.
Il s’agit généralement de la personne qui, assise dans le siège du conducteur,
assure le contrôle du véhicule (vitesse, direction, etc.) pendant que le véhicule se
déplace41.
Certains cas ont requis des tribunaux une réflexion plus poussée sur la portée du
mot « conducteur ».
Nous allons donc présenter certains arrêts illustrant divers problèmes rencontrés
dans l’interprétation de ce terme. Ceci nous permettra de mieux circonscrire sa
portée.
Il y a lieu, premièrement, de s’attarder sur la cause de Ville de Laval c.
Morency42.
Dans cette affaire, le défendeur est à l’emploi d’une entreprise de remorquage. Il
est appelé à se rendre à un endroit afin d’y remorquer un véhicule. La
propriétaire du véhicule à remorquer est sur les lieux. Alors qu’il effectue le
remorquage du véhicule, celui-ci se décroche de la remorque et s’en va percuter
une clôture située sur une propriété privée. Aucune personne ne se trouvait dans
le véhicule remorqué. La propriétaire du véhicule se trouvait lors de l’incident à
l’intérieur de la dépanneuse.
L’employé de l’entreprise de remorquage fut accusé en vertu du Code de la
sécurité routière d’avoir, à titre de conducteur d’un véhicule à moteur impliqué
dans un accident, contrevenu à l’article 171 de ce Code.
41
Toutefois, certaines décisions rendues sous l’égide du Code criminel ont jugé que la personne qui
s’emparait momentanément du volant d’un véhicule (ex. passager) conduisait ce véhicule. Bélanger c. R.,
Cour suprême du Canada, [1970] R.C.S. 567; R. c. Scott, Juge Brien, Cour provinciale du NouveauBrunswick, 1er mai 2007, [2007] N.B.J. no 141 (QL). Ces décisions concernaient des accusations de
conduite dangereuse. Dans le cas des articles 168 à 171 du Code de la sécurité routière, si être conducteur
veut dire celui qui conduit (activité physique), alors il est possible que ce soit le passager qui a saisi le
volant causant l’accident qui serait visé par ces articles, sous réserve évidemment de l’article 592 du Code.
Il faudra, toutefois, s’assurer que les principes émis dans les arrêts mentionnés s’appliquent aux articles 167
à 171 du Code de la sécurité routière
42
Ville de Laval c. Morency, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 28 juin 1996, [1996] J.Q.
no 4837 (QL).
- 24 -
Est-ce que l’employé de l’entreprise de remorquage était un conducteur impliqué
dans un accident au sens de cet article?
Le juge dans cette affaire répond affirmativement à cette question en ces
termes :
« Si le véhicule de madame Pageau a endommagé la clôture de
monsieur Stevens, c'est qu'il fut mis en mouvement par le défendeur
qui le remorqua à l'aide du véhicule qu'il conduisait. Aucun autre
conducteur ne se trouvait dans le véhicule remorqué. N'eut été de
l'intervention du défendeur, le véhicule de madame Pageau n'aurait
pas été mis en mouvement. »
Il ressort donc de cette décision que, selon le juge, le défendeur était le
conducteur du véhicule remorqué, puisqu’il était celui qui en assurait le
déplacement et qui en contrôlait les mouvements.
Ces notions de contrôle sur le déplacement et/ou sur les mouvements d’un
véhicule se retrouvent également dans d’autres décisions.
Dans l’affaire Fleming43, le défendeur répondait à une accusation d’avoir conduit
un véhicule alors que son permis de conduire était révoqué contrairement au
Code criminel.
Le véhicule où se trouvait le défendeur ne pouvait avancer par lui-même. Celuici était tiré à l’aide d’une chaîne par un autre véhicule. Le défendeur était assis
dans le siège du conducteur. La seule chose qu’il faisait était de freiner ou
diriger le véhicule en faisant à l’occasion, des manœuvres avec le volant.
La question soulevée dans ce dossier était de savoir si le défendeur conduisait le
véhicule remorqué. Le juge est arrivé à la conclusion que oui et s’exprima de
cette façon aux paragraphes 14 et 16 de sa décision :
« 14 Nevertheless, it is clear that the defendant was assisting in the
driving of the towed vehicle, to which driving the driver of the Ford
contributed not only the general direction but the propulsion. This
combined operation surely constitutes driving, in which the defendant
took a significant part: the analogy of the role of the rear steersman on
the kind of fire engine that carries long ladders comes to mind.
16
(…).the defendant, in participating in the combined operation of
the two vehicles as he did, would take part in the driving of the towed
vehicle. »
43
R. c. Flemming, Juge O’Hearn, Nova Scotia County Court, 21 novembre 1980, [1980] N.S.J. no 129
(QL).
- 25 -
Dans la cause de Sanderson44, le défendeur était également accusé en vertu du
Code criminel d’avoir conduit un véhicule à moteur alors que cela ne lui était pas
permis.
Encore une fois, le véhicule dans lequel se trouvait le défendeur ne pouvait se
déplacer par lui-même. Au lieu d’être tiré par un autre véhicule comme dans la
décision précédente, il était poussé par un autre véhicule. Les seules actions du
défendeur étaient d’assurer la direction du véhicule pendant qu’il était poussé par
l’autre véhicule.
Le juge est arrivé à la conclusion que le défendeur conduisait le véhicule, car
dans les faits, il exerçait un contrôle significatif sur la direction et les mouvements
de celui-ci.
Avant d’arriver à cette conclusion, le juge a fait une revue de la jurisprudence en
la matière. Nous croyons utile de citer un extrait de la décision rendue par le juge
dans cette cause :
« Later decisions however, have applied a broader definition of
driving. In R. v MacDonagh [1974] 2 All E.R. 257 (Eng. C.A.) the court
disapproved of the earlier Wallace v Major decision and held that the
word "drive",
". . . refers to a person using the driver's controls for the
purpose of directing the movement of the vehicle. It
matters not that the vehicle is not moving under its own
power, or is being driven by the force of gravity, or even
that it is being pushed by other well-wishers. The essence
of driving is the use of the driver's controls in order to direct
the movement, however that movement is produced.
There are an infinite number of ways in which a person
may control the movement of a motor vehicle, apart from
the orthodox one of sitting in the driving seat and using the
engine for propulsion. He may be coasting down a hill with
the gears in neutral and the engine switched off; he may
be steering a vehicle which is being towed by another. .
Although the word 'drive' must be given a wide meaning,
the courts must be alert to see that the net is not thrown so
widely that it includes activities which cannot be said to be
driving a motor vehicle in any ordinary use of that word in
the
English
language."
(Emphasis
added)
The emphasis in these decisions is on the element of control over
direction of the movement of the vehicle rather than how the
movement is created. »
44
R. c. Sanderson, Juge Giesbrecht, Manitoba Provincial Court, 2 septembre 1992, [1992] M.J. no 510
(QL).
- 26 -
Le juge Pelletier, dans la cause de Ashy45, a eu à se pencher sur la question.
Les faits mis en preuve dans cette cause sont relativement simples.
« ...la défenderesse se rend au même endroit. Elle stationne son
véhicule du côté sud de la rue Jean-Talon, le devant en direction est,
à proximité de l’intersection de la rue Drolet. Elle entrouvre sa
portière, sort la jambe gauche du véhicule, la pose au sol. Au moment
où elle s’apprête à sortir l’autre jambe, ce qu’elle ne peut faire
aisément ni rapidement en raison d’un problème au genou droit, le
coin avant droit du pare-chocs du véhicule conduit par Nadeau
Ouellet frappe le chant de la portière entrouverte. Celle-ci excède de
1 à 2 pieds, à ce moment, la largeur de base du véhicule de la
défenderesse... »46
La défenderesse jugea, compte tenu que les dommages étaient minimes sur
l’autre véhicule et inexistants sur le sien, qu’elle n’avait pas à donner les
informations requises à l’article 170 à l’autre conducteur. Elle quitta alors les lieux
sans fournir lesdits renseignements.
L’une des questions que le juge Pelletier avait à résoudre était de savoir si la
défenderesse pouvait être considérée comme un conducteur au sens de l’article
170 du Code.
Il arriva à la conclusion que la défenderesse n’était pas un conducteur au sens
de cet article pour les raisons suivantes :
« Le mot « conducteur » de l’article 170 C.s.r. ne requiert pas
interprétation, à tout le moins pas au-delà de son sens commun. La
loi n’exige pas, on l’a vu, que le véhicule conduit soit en mouvement
pour qu’il y ait un conducteur. Reste que ce dernier doit être en train
d’effectuer un contrôle effectif, concret, tangible, matériel sur l’un où
l’autre des dispositifs usuels qu’utilise normalement le conducteur,
comme le volant, l’accélérateur, le frein, une énumération qui n’est
pas nécessairement exhaustive. Mais tel n’est pas le cas de la
défenderesse.
Si le même mot avait eu à être interprété, les principes d’interprétation
applicables en matière pénale, soit l’interprétation la plus favorable à
la défense, ces principes donc, obligeaient le Tribunal à en arriver au
même résultat.
Le Tribunal est d’avis qu’au moment où le plaignant frappe la portière
entrouverte du véhicule d’où la défenderesse est déjà en partie sortie,
portière entrouverte depuis plusieurs secondes, la défenderesse n’est
45
Ville de Montréal c. Ashy, Juge Pelletier, Cour municipale de la Ville de Montréal, 13 mars 2009, [2009]
J.Q. no 2221 (QL).
46
Ville de Montréal c. Ashy, op. cit. no 45, par. 5.
- 27 -
plus la conductrice de son véhicule. N’étant pas la conductrice, elle ne
47
détient pas d’obligations sujettes à sanctions sur le plan pénal. »
Il nous reste à discuter d’un dernier cas, celui de l’arrêt Kirby.48
Le défendeur dans cette affaire est accusé, à titre de conducteur ayant eu une
collision avec un véhicule inoccupé, de ne pas avoir localisé et informé la
personne en charge de ce véhicule ou le propriétaire, de son nom, du nom et de
l’adresse du propriétaire enregistré du véhicule et du numéro de plaque de celuici.
Il s’agissait d’une infraction à une loi provinciale similaire à celles que l’on
retrouve au Code de la sécurité routière du Québec.
Le défendeur dans cette cause stationne son véhicule en bordure de la rue.
Alors qu’il s’apprête à entrer dans la maison de son amie, il voit le véhicule qu’il
conduisait reculer et percuter une motocyclette qui était stationnée de l’autre côté
de la rue.
Le propriétaire du véhicule percuté n’était pas sur les lieux lors de l’impact. Le
défendeur se rend à son véhicule et le déplace. Il remarque alors les dommages
sur l’autre véhicule.
Le propriétaire de la motocyclette, ayant perçu un bruit à l’extérieur, sort de sa
maison. Il remarque alors l’état de son véhicule. Il se fâche et devient belliqueux.
À l’invitation de son épouse, le défendeur quitte alors les lieux.
Le défendeur dit avoir eu peur que le propriétaire de l’autre véhicule ne devienne
violent. Il y a lieu de mentionner que le défendeur avait bu et qu’il n’était pas très
enchanté par la suggestion du propriétaire de la motocyclette de faire venir les
policiers.
Le juge, dans sa décision, rejette la raison invoquée par le défendeur pour
quitter. Le juge croit que la peur du défendeur était plutôt reliée à la présence
éventuelle des policiers sur les lieux.
La question principale soulevée par cette décision était de savoir si le défendeur
était visé par la disposition qu’on lui reprochait. Dans les faits, le défendeur étaitil un « conducteur impliqué dans un accident ».
47
48
Ville de Montréal c. Ashy, op. cit. no 45, par. 70 à 72
R. c. Kirby, Juge Hutchison, British Columbia County Court, 1er mars 1983, [1983] B.C.J. no 580 (QL).
- 28 -
En première instance, le juge du procès avait répondu oui. Il s’exprima ainsi :
« it is suggested that first of all Mr. Kirby was not the driver. I have to
conclude that although he was not in the motor vehicle at the time of
the accident, he was by any definition the driver of that vehicle
inasmuch as he had put it where it was, had not parked it properly,
and was responsible for its continuing its journey in his absence. »
Le juge Hutchison siégeant en appel de cette décision arriva à une conclusion
autre. Pour lui, le défendeur n’était plus le conducteur de l’automobile lorsque
l’accident est survenu.
Il s’exprime ainsi aux paragraphes 18, 20, 21 et 22 de sa décision :
« 18. By "driver", the section in my view means the person actually
operating the vehicle at the relevant time. Therefore an unattended
vehicle (that is one without a driver) that collides with another
unattended vehicle leaves no duty on anybody under subsection (2) to
do any of the enumerated things.
20. At the hearing of this appeal, the Crown mounted a rather
ingenious argument. While the appellant's vehicle backed up
unattended into the motorcycle the owner appellant later got into the
car and removed it from the trampled motorcycle. They argue that
because of this subsequent event there was a "driver" who had had a
collision with an unattended vehicle.
21 I cannot accept this argument because the collision had already
taken place and the section puts the duty upon a driver "that collides
with an unattended vehicle". If one were to accept the Crown's
submission, tow truck drivers would be under a constant duty to make
the requisite report. The Section should not be construed as the
Crown suggests to include not only collision but "recollision". By
"collision" I take the Oxford Dictionary definition, a violent striking of a
moving body against another or against a fixed object.
22 I cannot think that when the appellant retrieved his motor vehicle
that he had a collision with the motorcycle. That collision had already
taken place, as I understand the meaning of that word. Only one
collision occurred. »
Nous devons ajouter aux causes déjà mentionnées, celle de la Cour d’appel de
la Colombie-Britannique dans l’affaire Steeden49. Dans cette affaire, un
conducteur de tramway arrive à son terminus et descend de son véhicule pour
aller prendre une pause. Il a oublié de mettre le frein à main. Alors qu’il est en
pause, le véhicule se met en mouvement et tue deux (2) piétons. Il est accusé
d’avoir conduit un véhicule à moteur sans y avoir apporté toute son attention et
sa diligence en vertu du Motor Vehicule Act de la Colombie-Britannique. Il fut
49
R. c. Steeden, Cour d’appel de la Colombie-Britannique, 26 juin 1995, [1995] B.C.J. no 1413 (QL).
- 29 -
décidé qu’au moment où l’accident s’est produit, le défendeur ne conduisait pas
son véhicule.
Nous devons conclure, pour l’instant, que le défendeur se retrouvant dans des
situations similaires à celles précédemment mentionnées ne serait pas visé par
les dispositions des articles 168 à 171 du Code dans l’état actuel du droit.
10) L’application de l’article 592 du Code de la sécurité routière
L’article 592 du Code se lit ainsi :
« Le propriétaire dont le nom est inscrit dans le registre de la Société
tenu en vertu de l'article 10 d'un véhicule routier peut être déclaré
coupable de toute infraction au présent code ou à un règlement
municipal relatif à la circulation et au stationnement, commise avec ce
véhicule, à moins qu'il ne prouve que, lors de l'infraction, ce véhicule
était, sans son consentement, en la possession d'un tiers.
Culpabilité du propriétaire.
Dans le cas d'une infraction à l'un des articles 35, 36, 65, 74, 89, 96 à
102, 105, 168, 171, 310, 311, 320 à 324, au deuxième alinéa de
l'article 325, à l'un des articles 326 à 331, 333, 335 à 337, 339 à 377,
au premier alinéa de l'article 378, à l'un des articles 379, 395, 396,
401, 402 à 413, 415 à 418, 421 à 429, 431 à 443, 455 à 460, 464, au
deuxième alinéa de l'article 468, à l'article 470, au deuxième alinéa de
l'article 472, au deuxième alinéa de l'article 476 ou à l'un des articles
477 à 484 ou à un règlement municipal au même effet, le propriétaire
ne peut être déclaré coupable que s'il est établi qu'il était le
conducteur du véhicule au moment de l'infraction ou qu'il se trouvait
dans le véhicule alors conduit par son préposé. Dans ce dernier cas,
le tribunal peut condamner l'un ou l'autre ou les deux à la fois. »
Quelle est l’application de l’article 592 en relation avec les articles prévus au titre
IV du Code de la sécurité routière?
L’article 592 s’applique aux articles 168 à 171 du Code.
La question de l’applicabilité de l’article 592 à ces articles a été soulevée devant
la Cour supérieure du Québec dans la cause de Babai-Khamneh50.
Le défendeur, dans cette cause, a soulevé que cet article ne s’appliquait qu’aux
infractions relatives à la circulation et au stationnement et qu’il ne pouvait viser
en conséquence que les infractions prévues au Titre VIII du Code et non celles
du Titre IV.
50
Babai-Khamneh c. Ville de Longueuil, Juge Buffoni, Cour supérieure du Québec, 31 juillet 2008, [2008]
J.Q. no 7143 (QL).
- 30 -
Le juge dans cette décision rejette cet argument et expose sur plusieurs
paragraphes pourquoi cette prétention est juridiquement mal fondée.
Voici l’interprétation que le juge donne de l’article 592 en relation avec les articles
168 à 171 du Code :
« 33
Comme on l'a vu, le législateur établit par l'article 592 deux
régimes distincts :
- Le propriétaire enregistré du véhicule impliqué dans une infraction
donnée peut être déclaré coupable même s'il n'est pas établi qu'il en
était le conducteur au moment de l'infraction : c'est la règle générale
énoncée dans le premier alinéa;
- Au contraire, le propriétaire enregistré ne peut être déclaré
coupable que s'il est établi qu'il était le conducteur du véhicule au
moment de l'infraction (ou qu'il se trouvait dans le véhicule alors
conduit par son préposé) : c'est le cas des infractions visées par le
second alinéa.
34 Le Code prévoit quatre infractions distinctes découlant du défaut
de respecter le comportement requis lorsqu'un véhicule se trouve
impliqué dans un accident, soit les articles 168 à 171. Ce
comportement varie suivant les circonstances décrites :
- Rester sur les lieux de l'accident et fournir l'aide nécessaire à la
personne ayant subi un préjudice (article 168);
- Faire appel à un agent de la paix lorsqu'une personne a subi un
préjudice corporel (article 169);
- Fournir à l'agent de la paix ou à la personne qui a subi un préjudice
ses nom, adresse, numéro de plaque et autres renseignements
relatifs à l'immatriculation et à l'assurance (article 170);
- Communiquer avec le poste de police lors d'un accident avec un
animal, un véhicule inoccupé ou un autre objet inanimé (article 171).
35
Le législateur a choisi de traiter le fardeau de la preuve de la
poursuite, selon chacun de ces cas, de façon différenciée. Ainsi, le
second alinéa de l'article 592 mentionne expressément les articles
168 et 171, mais non les articles 169 et 170.
36
Ce choix transparent du législateur mène tout droit à la
conclusion que dans le cas des articles 169 et 170, la poursuite n'a
pas à prouver que le propriétaire enregistré était le conducteur du
véhicule au moment de l'infraction (ou qu'il se trouvait dans le
véhicule alors conduit par son préposé).
- 31 -
37
Or, l'appelant a été accusé d'avoir fait défaut de respecter la
norme de conduite édictée par l'article 170.
Conclusion quant au premier moyen
38
L'appelant s'appuyait sur une interprétation de la loi selon
laquelle la poursuite aurait été tenue d'établir qu'il était le conducteur
du véhicule impliqué.
39
Pour les motifs qui précèdent, la Cour estime que c'est à bon
droit que le juge d'instance a rejeté cette interprétation. Sa conclusion
selon laquelle il était suffisant pour la poursuite de prouver que
l'appelant était le propriétaire enregistré du véhicule est bien
fondée. »
Il faut mentionner que le constat d’infraction reprochait au défendeur d’avoir
contrevenu à l’article 170 à titre de conducteur.
Pour certains, l’absence de mention des articles 169 et 170 dans le texte du 2e
paragraphe de l’article 592 du Code serait une erreur de rédaction du législateur.
Selon eux, il n’existerait pas d’arguments juridiques permettant de distinguer ces
articles des articles 168 et 171 du Code. La lecture de l’article 592 dans
l’ensemble du Code ne semble pas en apparence, justifier l’omission des articles
169 et 170 du deuxième alinéa de 592. Nous verrons ce que les décisions
futures nous réserveront sur le sujet.
Il y a lieu de mentionner que le 10 avril 2012, le juge Ghanimé, dans l’affaire Ville
de Montréal c. Dieudonné Paquette51, déclarait inapplicable à l’égard de la
défenderesse l’article 592 du Code de la sécurité routière.
La défenderesse était poursuivie en vertu de l’article 170 du Code à titre de
propriétaire. Le juge a décidé dans cette affaire que l’article 592 du Code
contrevenait à la présomption d’innocence et que cette disposition ne pouvait
être sauvée par l’article 1 de la Charte canadienne des droits et libertés.
La date à laquelle cette décision a été rendue ne rend pas possible son analyse
compte tenu que celle-ci coïncide avec celle de la mise à jour du présent
document.
Il y a lieu de faire un retour sur l’affaire Morency52 dans l’étude de l’article 592 du
Code. Il s’agit de la cause concernant un véhicule qui s’était décroché d’une
dépanneuse.
51
Ville de Montréal c. Dieudonné Paquette, Juge Ghanimé, Cour municipale de la Ville de Montréal, 10
avril 2012.
52
Ville de Laval c. Morency, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 28 juin 1996, [1996] J.Q.
no 4837 (QL).
- 32 -
Dans cette affaire, le juge fait mention que les obligations décrites à l’article 171
du Code de la sécurité routière incombent au conducteur et à nulle autre
personne. Cette conclusion du juge est exacte selon nous, compte tenu des faits
de la cause. Toutefois, il faut apporter une légère nuance à cette affirmation, si
celle-ci vise l’application générale de l’article 171 du Code.
En effet, compte tenu du deuxième alinéa de l’article 592, le propriétaire du
véhicule pourrait être contraint de respecter l’article 171, et ce, même s’il n’est
pas le conducteur. La nuance survient lorsque le véhicule est la propriété du
défendeur et que celui-ci se trouve à l’intérieur du véhicule qui est conduit par
son préposé.53
Cette cause nous permettra d’introduire le dernier aspect dont nous voulons
discuter relativement à l’article 592 du Code.
Est-ce que le conducteur de la dépanneuse était le préposé de la propriétaire du
véhicule qui avait retenu ses services afin de faire remorquer son véhicule, alors
que celle-ci était présente à l’intérieur de la dépanneuse au moment de
l’accident?
Si la réponse à cette question est oui, alors la propriétaire du véhicule remorqué
serait soumise aux prescriptions de l’article 171 en vertu de l’article 592 du Code.
Nous ne croyons pas que le dépanneur était le préposé de la propriétaire du
véhicule remorqué.
Sans avoir fait une recherche exhaustive sur la notion de préposé, nous notons
ce qu’écrit le juge Jean-Louis Baudouin54 sur la relation commettant/préposé :
« 737.
Généralités.
La jurisprudence québécoise, comme la
jurisprudence française, place au tout premier rang des critères de
détermination du lien de préposition, celui du pouvoir de contrôle,
de surveillance et de direction du commettant sur le préposé.
L'importance des décisions qui ont insisté sur ce facteur est
révélatrice.
740.
Pouvoir direct. Dans l'état actuel de la jurisprudence, la
spécificité du contrôle est indispensable à la relation de
préposition. Il existe, en effet, une différence entre veiller à ce que
la tâche fixée soit remplie et surveiller son exécution en la
dirigeant. Un simple droit de regard ne suffit pas, en principe, à
l'établissement d'un lien de préposition, s'il ne s'accompagne pas
du pouvoir de donner des ordres, des instructions ou des
directives précises sur la manière dont le préposé doit exécuter la
tâche. C'est d'ailleurs sur ce critère que la jurisprudence s'est
53
Ville de Delson c. Robertson, Juge Laurier, Cour municipale de la Ville de Saint-Constant, 21 avril 1999,
[1999] J.Q. no 1329 (QL).
54
BAUDOUIN, Jean-Louis, La responsabilité civile, 6e édition, Éditions Yvon Blais.
- 33 -
fondée pour refuser de voir une relation de préposition dans le
contrat d'entreprise, solution qui apparaît désormais bien acquise
en raison de la règle énoncée à l'article 2099 C.c. Le client a, en
effet, un certain contrôle sur l'entrepreneur et peut veiller à ce que
ce dernier se conforme aux obligations assumées par le contrat. Il
n'exerce pas cependant un pouvoir spécifique sur lui. Est donc un
commettant celui qui, en tout temps, peut faire agir le
subordonné, peut changer ou varier les instructions, et conserve
le pouvoir, tout au long de la phase de l'exécution, d'exercer une
maîtrise sur la manière dont les fonctions sont remplies. C'est
donc par rapport au degré du pouvoir d'immixtion dans le mode
d'exécution des fonctions que s'évalue l'existence du contrôle
attaché à la relation de préposition. Ainsi, le seul fait d'indiquer à
un ouvrier le lieu ou l'endroit où le travail doit être accompli n'est
pas considéré comme révélateur d’une autorité spécifique, non
plus que de simples recommandations générales sur l'orientation
de son travail.
751.
Fourniture des outils. En troisième lieu, le fait pour l'ouvrier de
fournir ses propres outils ou sa propre machinerie dans
l'exécution du travail peut être considéré comme un signe
d'indépendance.
757.
Différence entre le louage de services. Le contrat d'entreprise,
autrefois également connu sous le nom de louage d'ouvrage,
présente des différences notables avec le contrat de travail.
L'entrepreneur exécute le travail à ses risques, de la manière dont
il l'entend et, en général, avec ses propres instruments. L'article
2099 C.c. précise, en effet, qu'il conserve le libre choix des
moyens d'exécution et qu'aucun lien de subordination n'est créé
par la convention. Le contrat oblige en règle générale à fournir un
résultat précis, dans un délai imparti, répondant à certaines
normes de qualité convenues entre les parties. L'entrepreneur
reste maître de l'exécution du travail, même si le cocontractant, en
raison de l'intérêt du succès de l'entreprise, conserve un droit de
surveillance générale. L'indépendance de l'entrepreneur est donc
incompatible avec le caractère spécifique du pouvoir de
surveillance, de contrôle et de direction exigé par la jurisprudence
pour reconnaître une relation préposé-commettant. »
Mentionnons que la notion de préposé de l’article 592 du Code de la sécurité
routière a toutefois reçu une interprétation plus large dans l’affaire Medhat55.
55
Directeur des affaires publiques c. Medhat, Cour du Québec, 10 décembre 2007, [2007] J.Q. no 14119
(QL).
- 34 -
11) La poursuite doit prouver qu’il y a eu accident
Il appartient à la poursuite d’établir, selon le fardeau de la preuve qui est le sien,
l’existence d’un accident.56
12) L’identité du conducteur – Preuve circonstancielle
Lorsque l’identité du conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident repose
sur une preuve circonstancielle, il faut se rappeler les exigences d’un tel type de
preuve avant de pouvoir conclure à la culpabilité ou non de ce conducteur57.
56
Ricard c. Ville de Joliette, Juge Downs, Cour supérieure du Québec, 5 novembre 1997, J-E. 98-456,
[1997] J.Q. no 3504 (QL).
57
Ville de Québec c. Fortin, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 22 octobre 2010, [2010]
Can LII 63057 (QC CM); Directeur des poursuites criminelles et pénales c. Roberge, Juge Ouellet, Cour
municipale de la M.R.C. de la Côte-de-Beaupré.
- 35 -
CHAPITRE III
Article 168
Obligation de demeurer sur les lieux et de fournir de l’aide
168
« Le conducteur d’un véhicule routier
impliqué dans un accident doit rester sur les
lieux ou y retourner immédiatement après
l’accident et fournir l’aide nécessaire à toute
personne qui a subi un préjudice. »
L’article 145 du précédent, si l’on peut s’exprimer ainsi, Code de la sécurité
routière1 comprenait les prescriptions de l’actuel article 168. L’article 145 se lisait
ainsi :
« 145. Le conducteur d'un véhicule routier impliqué dans un accident
doit rester sur les lieux ou y retourner immédiatement après l'accident,
et fournir l'aide nécessaire à une personne qui a subi une blessure ou
un dommage. Lors d'un accident au cours duquel une personne a été
blessée, le conducteur du véhicule routier doit faire appel à un agent de
la paix.
Renseignements à fournir.
Il doit également donner par écrit à l'agent de la paix ou à la personne
qui a subi un dommage ses nom et adresse, le numéro de son permis
de conduire, de son permis d'apprenti conducteur ou de son certificat
de compétence, les nom et adresse du propriétaire inscrit au certificat
d'immatriculation du véhicule et le numéro d'immatriculation du
véhicule. »
1
Code de la sécurité routière, L.R.Q., c. C-24.1, édicté par art. 145, L.Q. 1981, Chap. 7.
- 36 -
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte/absolue)
Si, au début des années 90, la question touchant la qualification de la nature de
l’infraction prévue à l’article 168 du Code de la sécurité routière pouvait alimenter
certains débats, cela n’est plus le cas aujourd’hui.
En effet, une jurisprudence2 volumineuse et constante a conclu que l’infraction
prévue à l’article 168 du Code en était une de responsabilité stricte.
Cette conclusion est d’ailleurs renforcée par la décision rendue par la Cour
suprême du Canada dans la cause de Ville de Lévis c. Tétreault3.
Naturellement, la qualification de la nature de l’infraction influence les défenses
pouvant être admissibles à l’encontre d’une accusation portée en vertu de cet
article.
Les défenses admissibles à l’encontre d’une accusation portée en vertu des
articles 168 à 171 du Code seront étudiées dans un chapitre spécifique consacré
aux moyens de défense.
2
Tremblay c. Ville de Loretteville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 juin 1992, [1992] J.Q.
no 1122 (QL), par. 4; Ricard c. Ville de Joliette, Juge Downs, Cour supérieure du Québec, 5 novembre
1997, J-E. 98-456, [1997] J.Q. no 3504 (QL).; Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée, Juge
Laramée, Cour supérieure de Québec, 23 juin 2005, AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par. 28;
Brepols c. Ville de St-Jean-sur-Richelieu, Juge Champagne, Cour supérieure du Québec, 9 mars 2007,
[2007] J.Q. no 1766 (QL), par. 16; Slobodrian c. Procureur général du Québec, Juge Lévesque, Cour
supérieure du Québec, 17 avril 2007, [2007] J.Q. no 3723 (QL), par. 23; Municipalité de Lotbinière c.
Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23 octobre 2000, [2000] J.Q. no
7395 (QL); Ville d’Alma c. Bergeron, Juge Morency, Cour municipale de la Ville d’Alma, 30 janvier 1995,
[1995] J.Q. no 2705 (QL); Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale
de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 57; Ville de la Pocatière c.
Lavoie, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de la Pocatière, 29 octobre 1997, [1997] J.Q. no 4964
(QL); Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006,
[2006] J.Q. no 11 004 (QL), par. 37; Ville de L'Ancienne-Lorette c. Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale
de la Ville de Québec, 6 février 2008, [2008] J.Q. no 2650 (QL), par. 25; Ville de Laval c. Tousignant, Juge
Fournier, Cour municipale de la Ville de Laval, 10 juillet 2001, [2001] J.Q. no 3670 (QL), par. 23; Ville de
Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 12 février 2007, [2007] J.Q. no
1893 (QL), par. 34; Ville de Québec c. Vaillancourt, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec,
11 mars 2003, [2003] J.Q. no 27420 (QL), par. 20.
3
Ville de Lévis c. Tétreault, Cour suprême du Canada, [2006] 1 R.C.S. 420.
- 37 -
2)
S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 169 à 171 du Code?
Une jurisprudence4 importante est à l’effet que les infractions prévues aux
articles 168 à 171 du Code de la sécurité routière constituent des infractions
distinctes les unes par rapport aux autres. Il ne s’agit pas non plus d’infractions
moindres et incluses.
Comme l’exprimait le juge Diamond dans la cause de Corbeil 5:
« 6 Il a été plaidé par la poursuivante que le défendeur ayant omis
de fournir les renseignements requis par l'article 170 C.s.r., il s'agit là
d'une infraction moindre et incluse à l'article 171 C.s.r. dont il devrait
être trouvé coupable.
7 Cet argument ne peut être retenu. Le titre IV du Code de sécurité
routière, par les articles 168, 169, 170 et 171, prévoit quatre situations
spécifiques qui déterminent les obligations d'un conducteur en cas
d'accident. Le non-respect de l'une ou l'autre de ces obligations
constitue une infraction bien spécifique dont l'élément constitutif
essentiel ne se retrouve pas dans les autres. Les infractions prévues
à chacun de ces articles ne sont pas incluses entre elles.
8
Quoique les articles 170 et 171 C.s.r. comportent les éléments
communs d'être impliqué dans un accident et de fournir les
renseignements requis, la situation visée et l'actus reus de l'infraction
4
Ville de St-Léonard c. Auger, Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J. Q. no
3128 (QL), par. 13; Tremblay c. Ville de Loretteville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 juin
1992, [1992] J.Q. no 1122 (QL), par. 19 à 22; Ville de Longueuil c. Gladu, Juge Chabot, Cour supérieure
du Québec, 30 mai 2006, [2006] J.Q. no 5083 (QL), par. 14; Auclair c. R., Juge Marx, Cour supérieure du
Québec, 6 octobre 1994, [1994] J.Q. no 2283 (QL), par. 8; Ville de St-Jérôme c. Corbeil, Juge Diamond,
Cour municipale de la Ville de St-Jérôme, 7 décembre 1995, [1995] J.Q. no 2679 (QL), par. 6 à 9;
Municipalité de St-Tite c. Arcand, Juge Trudel, Cour municipale de la M.R.C. de Mékinac, 24 avril 2006,
[2006] J.Q. no 4076 (QL), par. 14; Ville de Charny c. Bilodeau, Juge Fortin, Cour municipale de St-JeanChrysostome, 28 janvier 1997, [1997] J.Q. no 4855 (QL); Ville de Québec c. Blais, Juge Cloutier, Cour
municipale de la Ville de Québec, 8 avril 2002, [2002] J.Q. no 10118 (QL), par. 20; Ville de Chicoutimi c.
Gauthier, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 24 février 1999, [1999] J.Q. no 6769
(QL); Ville de Disraeli c. Giroux, Juge Ouellet, Cour municipale de la Ville de Thetford Mines, 20 juin
2000, [2000] J.Q. no 2563 (QL), par. 4; Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour municipale de la
Ville de Québec, 28 juillet 2006, [2006] J.Q. no 11 004, par. 36; Ville de Montréal c. Poulette, Juge
Schlesinger, Cour municipale de la Ville de Montréal, 3 août 2007, [2007] J.Q. no 11645 (QL), par. 23 à
25; Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour municipale de Québec, 31 octobre 2001, [2001]
J.Q. no 8207 (QL), par. 15; Ville de Laval c. Tousignant, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de
Laval, 10 juillet 2001, [2001] J.Q. no 3670 (QL), par. 19; Ville de Sherbrooke c. Giard, Juge Lamoureux,
Cour municipale de la Ville de Sherbrooke, 26 janvier 1999, [1999] J.Q. no 6718 (QL); Ville de Laval c.
Litalien, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 2 février 1996, [1996] J.Q. no 4836 (QL).
5
Ville de St-Jérôme c. Corbeil, Juge Diamond, Cour municipale de la Ville de St-Jérôme, 7 décembre
1995, [1995] J.Q. no 2679 (QL). Il est à noter que le juge Béliveau de la Cour supérieure du Québec dans
l’affaire Auger (op. cit. no 4) fait référence avec approbation au jugement du juge Diamond relativement au
caractère distinct des infractions prévues aux articles 170 et 171 du Code.
- 38 -
alléguée sont bien différents. L'élément essentiel d'une infraction à
l'article 170 est de ne pas fournir les renseignements à l'agent de la
paix ou à la personne ayant subi un dommage alors qu'ils sont sur les
lieux. Celui de l'article 171 est de ne pas communiquer avec un poste
de police lorsque les personnes y mentionnées ne s'y trouvent pas. Il
est impossible de vivre les deux situations en même temps : ou bien
les personnes mentionnées à ces articles sont sur les lieux ou elles
n'y sont pas. C'est pourquoi le législateur a prévu ces deux situations
distinctes.
9 De plus, le libellé même de l'infraction reprochée en l'instance ne
permet certainement pas au défendeur de comprendre qu'une
infraction à l'article 170 C.s.r. y est incluse implicitement. Ceci à
l'encontre du critère d'équité procédurale édicté dans la cause R. c.
Colburne ( [1991] R.J.Q. 1199 (C.A.)) qui veut que l'accusé soit
informé par la teneur de l'acte d'accusation des infractions incluses
auxquelles il doit répondre. »
3)
Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 168 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au
Titre IV du Code?
Nous venons de mentionner qu’il a été clairement établi en jurisprudence que les
articles 168, 169, 170 et 171 sont des infractions distinctes et que ces articles ne
constituent pas des infractions moindres et incluses les unes aux autres.
Une telle conclusion entraîne comme conséquence qu’il est possible qu’un
défendeur puisse être poursuivi concernant un même événement en vertu de
plusieurs articles du Titre IV du Code et que, selon la preuve offerte, le tribunal
puisse arriver à la conclusion que l’ensemble des infractions reprochées a été
prouvé.
Naturellement, comme dans la majorité des dossiers, les faits mis en preuve
seront déterminants dans la conclusion du juge.
Toutefois, ceci ne dispose pas de la question de savoir si le tribunal peut déclarer
coupable un défendeur en regard de plusieurs infractions.
Nous avons retrouvé deux (2) décisions où un défendeur fut déclaré coupable
d’avoir enfreint l’article 168 et les articles 169 ou 170 du Code. Il s’agit des
causes de Guilbault6 et de Bastien7.
6
Ville de Gatineau c. Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13 août 1999, [1999]
J.Q. no 4420 (QL). Dans cette cause, le défendeur fut déclaré coupable d’avoir enfreint l’article 168 et
l’article 169 du Code.
7
Ville de Buckingham c. Bastien, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 15 octobre 1999,
[1999] J.Q. no 5231(QL). Dans cette cause, le défendeur fut déclaré coupable d’avoir enfreint l’article 168
et l’article 170 du Code.
- 39 -
Il faut préciser que dans aucune de ces décisions, la question de l’applicabilité de
l’arrêt Kienapple8 n’a été soulevée devant le juge.
Les recherches que nous avons effectuées, bien qu’elles ne puissent être
qualifiées d’exhaustives, ne nous ont pas permis de trouver de décisions portant
exactement sur l’applicabilité des principes de cet arrêt dans le cadre où
plusieurs infractions à divers articles du Titre IV du Code sont reprochées à un
défendeur.
La question demeure donc ouverte sur ce point.
Nous nous permettons de rappeler certains principes concernant la défense de
res judicata.
En résumé, cette défense interdit qu’un individu soit déclaré coupable de deux
(2) infractions qui, bien qu’abstraitement différentes à la lecture des textes
d’incrimination, comportent des éléments déterminants qui se recoupent et visent
de facto des comportements essentiellement identiques.9
La défense de res judicata n’empêche pas que deux (2) verdicts de culpabilité
puissent être prononcés à l’égard d’un seul fait si les infractions reprochées sont
essentiellement différentes.10
Il est toutefois loisible au législateur d’ajouter des éléments à une infraction pour
la rendre différente d’une autre qui, à première vue, lui semble pourtant
identique11.
Selon l’arrêt Prince12 qui reprenait les critères mentionnés dans l’arrêt
Kienapple13, pour que la défense de res judicata s’applique, il doit exister d’abord
un lien factuel entre les infractions reprochées : cela signifie que le même
comportement aurait pu être reproché en vertu de l’une ou l’autre des infractions.
Ensuite, il doit exister un lien juridique suffisant entre les dispositions légales : la
8
R. c. Kienapple, Cour suprême du Canada, [1975] 1R.C.S. 729.
9
BÉLIVEAU et VAUCLAIR, Traité général de preuve et de procédure pénales, Éditions Thémis, 13e
édition, 2006, par. 2411.
10
BÉLIVEAU et VAUCLAIR, op. cit. no 9, par. 2412.
11
BÉLIVEAU et VAUCLAIR, op. cit. no 9, par. 2413.
12
R. c. Prince, Cour suprême du Canada, [1986] 2 R.C.S. 480.
13
R. c. Kienapple, op. cit. no 8.
- 40 -
question est donc de savoir si le législateur a voulu des éléments distinctifs entre
les deux (2) infractions14.
Retournons aux articles 168, 169, 170 et 171 du Code. Après considération des
principes mentionnés, nous tenterons de dégager certaines conclusions.
Nous croyons humblement, sur la base de ces principes, que rien n’interdit qu’un
défendeur puisse être déclaré coupable d’une infraction à l’article 168 ainsi qu’à
l’article 169 pour les mêmes évènements.15
En effet, ce n’est pas parce que l’on commet une infraction à l’article 168 du
Code que l’on commet une infraction à l’article 169 et vice-versa.
L’article 168 du Code oblige le conducteur impliqué dans un accident à demeurer
sur les lieux et, si requis, à fournir l’aide nécessaire à la personne ayant subi un
préjudice.
L’article 169 du Code, de son côté, oblige un conducteur impliqué dans un
accident où une personne a subi un préjudice corporel à faire appel à un agent
de la paix.
Le but poursuivi par chacun de ces articles est différent.
L’appel au policier est requis dès l’existence d’un préjudice corporel. Cette
présence est nécessaire dans un premier temps pour enquêter sur la nature de
cet accident et pour ultérieurement en faire rapport, conformément à l’article 173
du Code16, et si cela est nécessaire, procéder aux actions requises à la suite des
enquêtes effectuées.
Dans un deuxième temps, cette présence est exigée pour assurer la sécurité des
lieux et si nécessaire, pour apporter l’aide requise aux différentes personnes
impliquées dans un accident ainsi qu’aux autres intervenants appelés sur les
lieux.
Il est évident que le bilan routier du Québec constitue une priorité pour le
législateur québécois.
D’ailleurs, la plupart des amendements législatifs
apportés au Code de la sécurité routière ont pour objectif l’amélioration de ce
bilan. C’est d’ailleurs dans cette perspective que le législateur québécois, selon
nous, a jugé utile d’exiger le recours à un agent de la paix lorsqu’il y a présence
d’un préjudice corporel lors d’un accident.
14
BÉLIVEAU et VAUCLAIR, op. cit. no 9, par. 2414.
15
Municipalité de Saint-Félix-de-Valois c. Provost, Juge Lalande, Cour municipale de Matawinie, 26 mai
2008, [2008] J.Q. 4533 (QL), par. 46
16
Règlement sur le rapport d’accident, c. C-24.2 r.4.02.01, art. 1.
- 41 -
Il faut également garder à l’esprit que le rôle des policiers a évolué depuis les
années 60 au Québec. Les policiers ne sont plus responsables du transport des
blessés de la route vers les hôpitaux ou encore responsables d’assurer les
premiers soins aux victimes d’accident de la route.
Aujourd’hui, ces services sont dispensés par certains services ambulanciers,
dont Urgence-Santé, et par divers groupes de premiers répondants que l’on peut
retrouver dans certains services d’incendie de la province. Ceci ne veut pas dire
que les policiers ne peuvent pas apporter de l’aide aux personnes blessées
lorsqu’ils se présentent sur les lieux d’un accident de la route, mais il ne s’agit
pas, selon nous, du seul but de leur présence.
La distinction que nous avons faite entre les articles 168 et 169 du Code trouve
un certain écho dans les propos du juge Paul de la Cour supérieure du Québec
dans la cause de Herrera17 lorsqu’il dit :
«8
L'appelant se devait en vertu de l'article 169 Code de la
sécurité routière de faire appel à un agent de la paix, car une
personne a subi un préjudice corporel lors d'un accident dans lequel il
a été impliqué :
"169. Lors d'un accident au cours duquel une personne a
subi un préjudice corporel, le conducteur d'un véhicule
routier impliqué dans l'accident doit faire appel à un
agent de la paix"1. (je souligne)
9
Avec égard pour l'appelant, nonobstant le fait qu'il ait arrêté ou
non après l'accident, ce qui est déterminant en l'espèce, c'est qu'il y a
eu contact physique entre le véhicule de l'appelant et une, ou même
les deux plaignantes et qu'il n'a pas fait appel aux policiers. »
Le juge Paul précise donc que l’appel exigé par l’article 169 du Code à un agent
de la paix n’est pas relié au fait que le conducteur impliqué ait immobilisé ou non
son véhicule sur les lieux de l’accident.
En regard des articles 168 et 170 du Code, la conclusion sur l’applicabilité de la
défense de res judicata entre ces deux (2) articles est moins évidente18.
Il serait logique de conclure qu’un défendeur impliqué dans un accident qui ne
s’arrête pas sur les lieux de cet accident n’a pas, dans les faits, transmis les
informations requises par l’article 170 du Code. Dans une telle situation, il
pourrait être soutenu que les principes de l’arrêt Kienapple19 trouvent application
17
Herrera c. Ville de Montréal, Juge Paul, Cour supérieure du Québec, 12 novembre 2003, [2003] J.Q. no
15849 (QL), par. 8 et 9.
18
Ville de Montréal c. Crevier, Juge Schlesinger, Cour municipale de la Ville de Montréal, 25 février 2003,
[2003] J.Q. no 12791 (QL), par. 10. Le juge dans cette cause arrive à la conclusion qu’un défendeur peut
être déclaré coupable sous les articles 168 et 170 du Code.
19
R. c. Kienapple, op. cit. no 8.
- 42 -
en l’espèce et que le défendeur ne pourrait être déclaré coupable des deux (2)
infractions pour le même événement.
Toutefois, l’article 168 ne se limite pas à imposer comme seule obligation celle
de demeurer sur les lieux. Cette obligation est jumelée avec une autre
obligation, à savoir : celle de fournir l’aide nécessaire à la personne ayant subi un
préjudice.
Le juge Desjardins de la Cour supérieure du Québec dans la cause de Roy
mentionne :
20
« Le but recherché par le législateur consiste à obliger le conducteur
à s’assurer qu’aucune aide n’est nécessaire. Sinon, l’article 168 serait
vide de sens. »
Avec une telle définition, on pourrait prétendre qu’il s’agit, dans le cas des
articles 168 et 170, d’infractions essentiellement différentes et que le législateur
désirait imposer au conducteur diverses obligations cumulatives, mais distinctes.
Dans cette optique, il est permis d’arriver à la conclusion qu’il est possible qu’un
défendeur puisse être déclaré coupable sous les articles 168 et 170 du Code
pour un même événement.
En conclusion, nous croyons que la question de l’applicabilité des principes de
l’arrêt Kienapple21 entre les divers articles du Titre IV du Code demeure ouverte
et que la réponse à celle-ci sera précisée par les décisions à venir.
4)
L’article 168 du Code et l’application de l’article 592.
Comme il est mentionné à l’article 592 du Code, pour que le propriétaire
enregistré d’un véhicule routier soit déclaré coupable d’une infraction à l’article
168 du Code, la poursuite doit établir :
a) que le propriétaire était le conducteur du véhicule au moment de
l’accident22 ; ou
b) que le propriétaire se trouvait dans le véhicule au moment de l’accident et
que ce véhicule était conduit par son préposé.
20
Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no
2337 (QL), par. 18.
21
R. c. Kienapple, op. cit. no 8.
22
Ville de Delson c. Robertson, Juge Laurier, Cour municipale de la Ville de Saint-Constant, 21 avril 1999,
[1999] J.Q. no 1329 (QL).
- 43 -
Pour une étude plus détaillée sur l’application de l’article 592 du Code, nous vous
référons aux pages 30 et suivantes du présent texte.
5)
La nécessité d’une intention
Contrairement à l’article 252 du Code criminel, l’article 168 du Code de la
sécurité routière ne requiert pas la preuve d’une quelconque intention23.
Le juge Cloutier s’exprime d’ailleurs ainsi dans la cause de Bergeron24 :
« Les infractions prévues au Code de la sécurité routière en matière
de délit de fuite ne sont donc pas des infractions exigeant la preuve
de l’intention coupable. L’esprit malhonnête, la malice, l’intention
d’esquiver sa responsabilité ne sont pas en cause. »
6)
Les éléments essentiels
Les éléments essentiels de l’infraction prévue à l’article 168 du Code, sous
réserve de l’article 592 du Code, sont25 :
a)
l’identité du conducteur; et
b)
le fait que le conducteur d’un véhicule routier a été impliqué dans
un accident au sens du Code; et
c)
le conducteur ne demeure pas sur les lieux de l’accident ou il n’y
retourne pas immédiatement; ou
23
Ville de Saint-Laurent c. Pace, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Saint-Laurent, 17 mars
1999, [1999] J.Q. no 2743 (QL); Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale
régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763, par. 56; Ville de Gatineau c.
Asselin, Juge Gravel, Cour municipale de la Ville de Gatineau, 11 janvier 1996, B.J.C.M.Q. 96-144;
Procureur général du Québec c. Gagné, Juge Labbé, Cour provinciale du Québec, 15 mai 1968, [1969] R.L.
534; Léger c. Ville de Beloeil, Juge Nichols, Cour supérieure du Québec, 4 février 1977, [1977] C.S. 423;
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q. no
3001 (QL), par. 11; Ville de Saint-Laurent c. Rousseau, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de
Saint-Laurent, 11 octobre 1995, [1995] J.Q. no 2638 (QL); Ville de Gatineau c. Whissel, Juge Gravel, Cour
municipale de la Ville de Gatineau, 29 novembre 2002, [2002] J.Q. no 10025 (QL).
24
Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23
octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395 (QL).
25
Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no
2337 (QL), par. 15; Perron c. Ville de St-Jérôme, Juge Cohen, Cour supérieure du Québec, 17 mai 2004,
[2004] J.Q. no 8429 (QL), par.20; Côté c. Municipalité de Saint-Charles-Borromée, Juge Laramée, Cour
supérieure de Québec, 23 juin 2005, AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par. 17; Ville de
Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre
2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 61; Ville de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de
la Ville de Québec, 12 février 2007, [2007] J.Q. no 1893 (QL), par. 27; Ville de Québec c. Fauchon, Juge
Grenier, Cour supérieure du Québec, 17 juin 2002, jugement inédit, dossier 200-36-000954-024, partie du
jugement est reprise au paragraphe 21 de l’arrêt Roy c. Ville de Victoriaville (supra. no 28).
- 44 -
d)
7)
le conducteur ne fournit pas l’aide nécessaire à une personne qui a
subi un préjudice.
L’article 168 du Code prévoit deux (2) façons alternatives de
commettre l’infraction.
Pendant plusieurs années, un courant jurisprudentiel voyait dans le texte de
l’article 168 du Code une seule façon de commettre l’infraction prévue à cet
article. Ce courant jurisprudentiel centrait la commission de l’infraction sur
l’existence d’une aide nécessaire. L’obligation de demeurer sur les lieux de
l’accident était donc conditionnelle à la preuve de l’existence ou non de ce besoin
d’aide.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point dans une autre section touchant
la notion d’aide.
Il suffit, pour l’instant, de mentionner qu’actuellement l’état de la jurisprudence26
est à l’effet que l’article 168 du Code prévoit deux (2) manières alternatives de
commettre l’infraction :

soit en ne demeurant pas sur les lieux de l’accident;

soit en ne fournissant pas l’aide nécessaire à une personne ayant
subi un préjudice.
La juge Cohen de la Cour supérieure du Québec, dans l’affaire Perron27,
s’exprime ainsi en référant à l’article 168 du Code :
« Au contraire, l'article impose l'obligation de rester sur les lieux ou d'y
retourner immédiatement après l'accident. On ne prévoit pas une
26
Côté c. Municipalité Saint-Charles-Borromée, Juge Laramée, Cour supérieure de Québec, 23 juin 2005,
AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par.17; Ville de Québec c. Fauchon Juge Grenier, Cour
supérieure du Québec, 17 juin 2002, jugement inédit, dossier 200-36-000954-024, partie du jugement est
reprise au paragraphe 21 de l’arrêt Roy c. Ville de Victoriaville (supra. no 28); Ville de Vaudreuil-Dorion
c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q.
no 13763 (QL), par. 64; Ville de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de
Québec, 12 février 2007, [2007] J.Q. no 1893 (QL), par. 28; Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier,
Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006, [2006] J.Q. no 11 004 (QL), par. 34; Ville de
L'Ancienne-Lorette c. Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 6 février 2008, [2008]
J.Q. no 2650 (QL), par. 19; Ville de Québec c. Loisel, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de
Québec, 28 décembre 2001, [2001] J.Q. no 8261 (QL); Ville de Varennes c. Brewer, Juge Jetté, Cour
municipale de la Ville de Boucherville, 25 août 2000, [2000] J.Q. no 7570 (QL), par. 7 à 11; R. c. Cyr, Juge
Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 20 novembre 2007, [2007] J.Q. no 15008 (QL), par. 59.
27
Perron c. Ville de St-Jérôme, Juge Cohen, Cour supérieure du Québec, 17 mai 2004, [2004] J.Q. no 8429
(QL), par. 20.
- 45 -
obligation de fournir l'aide seulement. Le mot "nécessaire" implique
qu'une aide ne serait pas toujours nécessaire, mais l'obligation de
rester sur les lieux demeure. »
8)
Demeurer sur les lieux ou y retourner immédiatement après
l’accident
La première obligation imposée au conducteur d’un véhicule impliqué dans un
accident par l’article 168 du Code est de demeurer sur les lieux. Nous allons
maintenant examiner certaines questions relatives à cette obligation.
a) Demeurer sur les lieux pendant combien de temps et
pour y faire quoi?
Bien qu’il y ait consensus aujourd’hui dans la jurisprudence sur le fait que l’article
168 du Code crée deux (2) façons distinctes de commettre l’infraction, il est bien
moins évident d’établir la période pendant laquelle un conducteur doit demeurer
sur les lieux d’un accident et en outre, il y demeure pour y faire quoi.
Nous croyons que ces deux (2) aspects sont interdépendants. En effet, si l’on
reconnaît une certaine forme d’obligation à un conducteur, celui-ci devra
nécessairement rester sur les lieux suffisamment de temps pour accomplir cette
obligation.
La première obligation prévue par l’article 168 du Code est de demeurer sur les
lieux, et ce, même si aucune aide n’est nécessaire28.
La période de temps durant laquelle un conducteur devra demeurer sur les lieux
dépendra des circonstances de chaque dossier29.
Toutefois, la jurisprudence donne certains éléments de réponse sur cette durée.
Débutons par ce qui ne semble pas faire controverse.
28
Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no
2337 (QL), par. 8 et 14; Perron c. Ville de St-Jérôme, Juge Cohen, Cour supérieure du Québec, 17 mai
2004, [2004] J.Q. no 8429 (QL), par. 20; Côté c. Municipalité St-Charles-Borromée, Juge Laramée, Cour
supérieure de Québec, 23 juin 2005, AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par. 26; Ville de
Longueuil c. Gladu, Juge Chabot, Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006, [2006] J.Q. no 5083 (QL), par.
16; Ville de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 12 février 2007,
[2007] J.Q. no 1893 (QL), par. 32; Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale
régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 65 et 66; Ville de Laval
c. Vigeant, Juge Cournoyer, Cour supérieure du Québec, 19 août 2010, [2010] J.Q. no 8080 (QL), par. 32.
29
Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no
2337 (QL), par. 9; Ville de Laval c. Vigeant, op. cit. no 28, par. 41; Ville de Saint-Sauveur c. Michiels,
Juge Laverdure, Cour municipale de Sainte-Adèle, 30 mars 2010, [2010] J.Q. no 2584 (QL).
- 46 -
Il est reconnu dans la jurisprudence qu’un conducteur impliqué dans un accident
ne peut supposer qu’aucun préjudice n’a été causé et qu’aucune aide n’est
nécessaire30.
Par conséquent, le conducteur d’un véhicule à moteur impliqué dans un accident
doit s’enquérir du fait qu’aucun préjudice n’a été causé et qu’aucune aide n’est
nécessaire. Ceci requiert certaines actions de sa part et de ce fait, il doit
demeurer sur les lieux suffisamment de temps pour accomplir ces vérifications.
On exige également du conducteur impliqué dans un accident qu’il procède
sérieusement à ces vérifications31. Ceci nous aide à évaluer le temps pendant
lequel ce conducteur doit demeurer sur les lieux, puisque les vérifications
exigées sont qualifiées par l’adverbe « sérieusement ».
Une autre obligation exigée du défendeur par l’article 168 du Code est de fournir
l’aide nécessaire à toute personne qui a subi un préjudice32. Nous verrons dans
une section ultérieure la nature de l’aide nécessaire. Aux fins de la présente
section, certaines actions sont par conséquent exigées du défendeur et la nature
et la durée de celles-ci dépendront des circonstances de chaque dossier.
Une fois que le conducteur impliqué dans un accident s’est arrêté sur les lieux de
l’accident, qu’il a vérifié l’existence d’un préjudice, qu’il a vérifié si une aide était
nécessaire et qu’il appert de cette vérification qu’aucune aide n’est nécessaire,
ce conducteur doit-il encore demeurer sur les lieux?
C’est ici que l’harmonie jurisprudentielle s’arrête et que l’on constate une certaine
divergence entre diverses décisions.
Tout d’abord, le juge Laramée de la Cour supérieure du Québec dans l’affaire
Côté33 mentionne ceci au paragraphe 21 de cette décision :
« Pourquoi rester sur les lieux? Pour, notamment, aider toute
personne qui a subi un préjudice (art. 168) et lui fournir son nom ainsi
que les autres détails prévus à l’article 170 du même Code. »
30
Roy c. Ville de Victoriaville, op. cit. no 28, par. 14; Ville de Longueuil c. Gladu, op. cit. no 28, par. 15 et
16; Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée, op. cit. no 28, par. 19 et 26; Ville de Vaudreuil-Dorion c.
Brown, op. cit. no 28, par. 66; Ville de Québec c. Thivierge, op. cit. no 28, par. 33; Ville de Laval c.
Vigeant, op. cit. no 28, par. 33.
31
Côté c. Municipalité St-Charles-Borromée, op. cit. no 28, par. 26.
32
Voir l’ensemble des décisions mentionnées à la note de bas de page no 28.
33
Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée, op. cit. no 28, par. 21. Voir également : Ville de StHyacinthe c. Bovaicha M’Hammed, Juge Locas, Cour municipale de la Ville de St-Hyacinthe, 10 janvier
1995, B.J.C.M.Q. 95-092; R. c. Roy, Juge Dudemaine, Cour supérieure du Québec, 15 janvier 1997, [1997]
J.Q. no 4250 (QL), par. 17; Bertrand c. Municipalité de Saint-Casimir, Juge Lacroix, Cour supérieure du
Québec, 8 mars 2005, [2005] J.Q. no 1441, par. 18.
- 47 -
Il est rejoint dans cette position par les commentaires du juge Chabot de la Cour
supérieure du Québec dans l’affaire Gladu34 lorsqu’il mentionne au paragraphe
14 de son jugement :
« L’obligation première faite au conducteur est de demeurer sur les
lieux de l’accident afin de remplir, le cas échéant, ses autres
obligations, à savoir fournir l’aide nécessaire à une personne qui a
subi un préjudice (art. 168 in fine), faire appel à un agent de la paix en
cas de blessures (art. 169) et divulguer les renseignements prévus à
l’article 170. »
Dans le sens contraire, le juge Desjardins de la Cour supérieure du Québec dans
la cause de Tremblay35 au paragraphe 26 de son jugement écrit :
« J’estime, avec respect, que la conclusion du premier juge à l’effet
que l’appelant n’est pas resté sur les lieux est déraisonnable, compte
tenu de toutes les circonstances, et que celle à l’effet qu’il avait
l’obligation de donner ses nom et adresse constitue une erreur en
droit. »
(Nous soulignons)
Il faut spécifier que dans ce dossier, personne n’avait requis du défendeur de
renseignements le concernant, et ce, même s’il était resté près de quinze (15)
minutes sur les lieux. De plus, cette décision a été rendue dans l’optique où le
contenu de l’article 168 s’articulait autour de l’existence ou non d’un besoin
d’aide. Avec une telle conceptualisation de l’article, il est compréhensible qu’il ne
puisse exister aucune autre obligation rattachée à celui-ci que de vérifier si une
aide est nécessaire.
Il faut mentionner que le juge Desjardins a eu l’occasion, dans la cause de Roy36,
de réviser sa décision dans Tremblay37 en ce qui touche à la nécessité de
prouver l’existence d’une aide nécessaire pour qu’il y ait infraction à l’article 168
du Code.
34
Ville de Longueuil c. Gladu, Juge Chabot, Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006, [2006] J.Q. no 5083
(QL), par. 14. Il faut noter que le juge Lévesque réfère dans son jugement Slobodrian c. Procureur général
du Québec, Juge Lévesque, Cour supérieure du Québec, 17 avril 2007, [2007] J.Q. no 3723 (QL), par. 22, à
ce passage de l’arrêt Gladu.
35
Tremblay c. Ville de Loretteville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 juin 1992, [1992] J.Q.
no 1122 (QL), par. 26.
36
Roy c. Ville de Victoriaville, op. cit. no 28.
37
Tremblay c. Ville de Loretteville, op. cit. no 35.
- 48 -
Le juge Marx dans le dossier Auclair38 arrive dans une brève décision à la
conclusion que l’obligation de fournir l’aide nécessaire prévue à l’article 168 ne
comprend pas l’obligation de fournir les informations mentionnées par l’article
170 du Code.
Cette décision a été également rendue alors que la jurisprudence requérait
l’existence d’une aide à fournir pour que l’article 168 puisse recevoir application.
Telle n’est plus la situation actuellement. La décision est par conséquent
silencieuse sur le contenu de l’obligation distincte de demeurer sur les lieux
prévue par l’article 168 du Code.
Finalement, le juge Champagne de la Cour supérieure du Québec, dans la cause
de Brepols39, mentionne en obiter que le juge de première instance avait exigé
plus que ce que requiert le texte de l’article 168 du Code lorsque celui-ci
mentionna dans sa décision que le défendeur aurait dû donner ses noms,
adresse, etc., à la victime.
Il est difficile de concilier la position de ceux qui ne voient pas dans l’obligation
distincte de demeurer sur les lieux prévue par l’article 168 d’obligation d’y
demeurer pour donner les informations prévues à l’article 170, avec la position
jurisprudentielle qu’il existe une obligation à l’article 168 du Code de demeurer
sur les lieux d’un accident même si aucune aide n’est requise.
La juge Cohen dans l’arrêt Perron40 écrit, en référant à l’article 168 du Code :
« On ne prévoit pas une obligation de fournir l’aide seulement. Le mot
« nécessaire » implique qu’une aide ne serait pas nécessaire, mais
l’obligation de rester sur les lieux demeure. »
En conclusion, si aucune aide ne s’avère nécessaire, on y demeure pour y
faire quoi au juste!
Dans un autre registre, il y a lieu de rappeler que la question de savoir si une
personne est demeurée sur les lieux d’un accident au sens de l’article 168 du
Code ne se résout pas par l’application d’un barème de temps prédéterminé. Tel
que nous l’avons déjà mentionné, c’est un examen de l’ensemble des
38
Auclair c. R., Juge Marx, Cour supérieure du Québec, 6 octobre 1994, [1994] J.Q. no 2283 (QL).
Brepols c. Ville de St-Jean-sur-Richelieu, Juge Champagne, Cour supérieure du Québec, 9 mars 2007,
[2007] J.Q. no 1766 (QL).
40
Perron c. Ville de St-Jérôme, Juge Cohen, Cour supérieure du Québec, 17 mai 2004, [2004] J.Q. no 8429
(QL), par. 20.
39
- 49 -
circonstances qui permettra de conclure au respect ou non des obligations
prévues à l’article 168 du Code41.
Finalement, le simple fait de garer son véhicule après l’impact, de quitter pour
vaquer à d’autres occupations à proximité des lieux de l’accident et de revenir à
son véhicule pour quitter par la suite ne constitue pas le fait de demeurer sur les
lieux au sens de l’article 168.42
b) Sur les lieux de l’accident
Quelle est la signification des termes « sur les lieux » dans l’expression « rester
sur les lieux ou y retourner immédiatement » utilisée à l’article 168 du Code?
La première signification, et la plus évidente pour tous, est l’endroit précis où le
contact a eu lieu entre le véhicule du défendeur et un autre véhicule, personne,
animal ou objet inanimé.43
De plus, comme nous l’avons déjà mentionné, le conducteur d’un véhicule à
moteur peut être impliqué dans un accident même si son véhicule à moteur n’a
pas eu de contact avec un autre véhicule. C’est le cas, lorsque suite à une
manœuvre effectuée par le conducteur, celle-ci cause un accident44. Dans un tel
cas, les termes « sur les lieux » signifieraient l’endroit où les autres véhicules ont
41
Ville de Varennes c. Brewer, , Juge Jetté, Cour municipale de la Ville de Boucherville, 25 août 2000,
[2000] J.Q. no 7570 (QL), par. 14.; Ville de Laval c. Vigeant, Juge Cournoyer, Cour supérieure du Québec,
19 août 2010, [2010] J.Q. no 8080 (QL).
42
Ville d’Alma c. Bergeron, Juge Morency, Cour municipale de la Ville d’Alma, 30 janvier 1995, [1995]
J.Q. no 2705 (QL). Contra : Ville de Longueuil c. Tremblay, Juge Alary, Cour municipale de la Ville de
Longueuil, 19 mars 1998, [1998] J.Q. no 4502 (QL), par. 23. (Nous croyons que la position prise dans la
décision Bergeron est plus conforme avec l’intention du législateur.)
43
Procureur général du Québec c. Morency, Juge Bigué, Cour du Québec, 11 avril 2005, [2005] J.Q. no
6920 (QL). Il s’agissait dans cette cause de deux (2) véhicules qui s’étaient accrochés alors qu’ils
circulaient en sens opposé. Le défendeur avait arrêté son véhicule à quelques centaines de pieds de l’impact
immédiatement après une courbe. Voici comment le juge Bigué a disposé de la question des lieux de
l’accident :
« 40 Les mots "les lieux" signifient les lieux où est survenu l'accident, c'est-à-dire les lieux où la collision est
survenue.
41 Le lieu d'un accident est normalement repérable par certains signes et en l'espèce, il s'agissait de l'endroit où se
trouvaient les débris résultant de la collision et où fut retrouvée, entre autres, la partie du feu clignotant arraché de la
motocyclette du défendeur lors de l'impact.
42 Le défendeur n'est ni resté ni retourné sur les lieux de la collision : il affirme s'être arrêté plus loin, hors de
portée de la vue des lieux de l'accident.
43 Une fois resté ou retourné immédiatement sur les lieux d'un accident où il a été impliqué, le conducteur ne doit
pas rester passif : il doit vérifier si de l'aide est nécessaire à toute personne qui a subi un préjudice
44 Ici, si le défendeur était retourné sur les lieux, il aurait constaté qu'il y avait préjudice. »
44
Voir à titre d’exemple : Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20
juin 2000, [2000] J.Q. no 3001 (QL).
- 50 -
été impliqués dans un accident ou encore, l’endroit où la manœuvre qui a
occasionné l’accident est survenue.
Naturellement, les termes « sur les lieux » ne constituent pas un concept exact.
Ils s’ajustent aux circonstances de chaque dossier. En effet, l’impact ou la
manœuvre causant l’impact peut être survenu à une certaine distance des lieux
où finalement les véhicules impliqués s’immobiliseront. Dans un tel cas, le terme
« sur les lieux » représentera, selon nous, l’endroit où les obligations imposées
par le Code à un conducteur impliqué dans un accident, pourront être remplies.
Il ne faut pas comprendre de cette affirmation que celle-ci n’est pas limitée dans
le temps et dans l’espace. Notre intention était de circonscrire cet énoncé aux
lieux avoisinant l’impact afin d’englober une variété de situations pouvant
survenir lors d’un accident.
Toutefois, certaines décisions ont donné aux termes « sur les lieux » une
interprétation plus libérale.
Le juge Bouchard dans la cause Ville de Saint-Laurent c. Bernard45 mentionne
au paragraphe 17 de son jugement :
« L’utilisation des mots « sur les lieux » aux articles 168 et 170 du
C.s.r. doit recevoir une interprétation plutôt libérale en ce qu’elle n’est
pas limitative au lieu même de l’accident si le conducteur n’en a pas
eu immédiatement connaissance. »
Le juge Bouchard fait référence dans son jugement à la décision rendue par le
juge Locas dans l’affaire Buissières46.
Dans cette cause, la défenderesse n’a pas connaissance d’avoir eu un accident
avec un autre véhicule. Un kilomètre après le lieu de l’impact, elle est rejointe par
la victime qui l’avait prise en chasse. La victime informe la défenderesse des
dommages qu’elle a causés à son véhicule. La défenderesse donne alors à la
victime sa bonne adresse, mais un faux nom. La victime insatisfaite enlève les
clés du véhicule de la défenderesse et se dirige dans un commerce pour
demander la présence de policiers. À son retour sur les lieux, la défenderesse a
quitté, mais son véhicule est toujours en place.
45
Ville de Saint-Laurent c. Bernard, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Saint-Laurent, 8 mai
1995, [1995] J.Q. no 2805 (QL), par. 17.
46
Ville de Ste-Hyacinthe c. Buissières, Juge Locas, Cour municipale de la Ville de Ste-Hyacinthe, 15
novembre 1994, [1994] J.Q. no 1872 (QL), par. 7 à 10. Il y a lieu de souligner que dans la décision Brepols
c. Ville de St-Jean-sur-Richelieu, Juge Champagne, Cour supérieure du Québec, 9 mars 2007, [2007] J.Q.
no 1766 (QL), le juge Champagne arrive à la conclusion qu’il n’y a pas eu infraction à l’article 168 alors
que les faits de cette cause sont similaires à ceux de l’affaire Buissières. Quelle aurait été la décision du
tribunal, si l’infraction reprochée en avait été une sous l’article 170? Toutefois, en toute justice pour le juge
Locas, le juge Champagne n’aborde pas le problème sous l’angle de ce que peut constituer « les lieux d’un
accident ».
- 51 -
Voici comment le juge Locas a interprété les mots « sur les lieux » :
« Il s'agit alors de décider si les mots "sur les lieux" de l'article 168
C.S.R. se limitent uniquement aux lieux précis de l'accident ou s'ils
incluent également l'endroit où le conducteur en a effectivement pris
connaissance. En d'autres termes, la défenderesse avait-elle le devoir
de rester à l'endroit où elle s'est immobilisée même si l'accident dont
elle venait de prendre connaissance (où dont elle pouvait maintenant
soupçonner la survenance) s'était produit ailleurs. Aucune décision ne
s'étant prononcée à date sur cet aspect de la question, je crois
pertinent de rechercher les objectifs visés par le législateur.
8
Les articles 168 à 171 C.S.R. concernent les obligations d'un
conducteur impliqué dans un accident et apportent certaines
précisions selon qu'il s'agit d'un dommage corporel, d'un dommage
matériel, d'un dommage causé à un véhicule inoccupé, etc. On y
retrouve, en termes exprès ou implicites, l'obligation de demeurer sur
les lieux (art. 168 et 171), de faire appel à un agent de la paix (art.
169 et 171), de s'identifier (art. 170 et 171) et de fournir de l'aide (art.
168). La lecture de l'ensemble de ces dispositions démontre que la
volonté du législateur est de s'assurer que le conducteur impliqué
dans un accident demeure présent et disponible non seulement pour
apporter son aide si nécessaire, mais aussi, comme le disait le juge
Lamoureux dans Ville de Sherbrooke c. Raymond, [1994] J.Q. no
1691, C.M. 94-03868-2 (1994), pour prendre des mesures afin
d'éviter une aggravation des dommages ou un danger pour la sécurité
des biens ou des personnes et préserver ou autrement assurer
l'indemnisation des victimes de dommages. L'utilisation par le
législateur des mots "immédiatement" et "sans délai" aux articles 168
et 171 démontre d'ailleurs clairement qu'il voulait éviter aux autorités
policières la tâche de procéder à des enquêtes longues et laborieuses
pour l'obtention des informations nécessaires au règlement des
litiges.
9
Pour que ces objectifs soient atteints, il m'apparaît clair que les
obligations mentionnées à chacun des articles 168 à 171 doivent être
exécutées par le conducteur non seulement sur les lieux même de
l'accident, mais aussi à l'endroit où il en prend connaissance si celuici est différent, en autant bien sûr que l'on soit toujours dans une
période contemporaine à l'accident lui-même (il ne saurait être
question ici d'appliquer ces articles du code à un conducteur qui
apprend une semaine après un accident, qu'il était impliqué dans
celui-ci).
10
La question de décider si le moment où le conducteur a pris
connaissance de l'accident est contemporain à l'accident lui-même
est une question de fait qui sera appréciée par le tribunal à la lumière
de toutes les circonstances. »
- 52 -
Donc, pour le juge Locas, les mots « sur les lieux » peuvent être également
l’endroit où le conducteur d’un véhicule à moteur prend connaissance du fait qu’il
a été impliqué dans un accident s’il existe une contemporanéité entre l’impact et
la prise de connaissance de celui-ci.
Il faut, également, mentionner que le juge Lévesque de la Cour supérieure du
Québec dans l’affaire Slobodrian47 semble interpréter l’expression « rester sur
les lieux » de façon restrictive. En effet, il semble limiter la portée de cette
expression aux lieux mêmes où l’impact est survenu entre les véhicules.
Nous croyons que cette conclusion qui se dégage de ce jugement est largement
tributaire des faits établis dans ce dossier. Tout d’abord, le juge d’appel reproche
au juge de première instance d’avoir traité les deux (2) conducteurs impliqués
dans l’accident différemment.
Dans ce dossier, il s’agissait d’un accident survenu dans une bretelle d’accès
d’une autoroute. Il était impossible pour les deux (2) conducteurs de
s’immobiliser, car il n’y avait aucun accotement à cet endroit.
Pour le juge Lévesque, les deux (2) conducteurs impliqués dans l’accident se
devaient de respecter les obligations prescrites par l’article 168 du Code.
Le juge fait reproche au juge de première instance d’avoir excusé le premier
conducteur en raison de son impossibilité à respecter l’article 168 du Code
compte tenu des caractéristiques de l’endroit où était survenu l’accident et
d’autre part, de ne pas avoir reconnu au défendeur la même impossibilité.
Ceci a fait dire au juge Lévesque :
« À l’impossible, nul n’est tenu. »
De plus, le défendeur dans cette cause avait témoigné que le véhicule de l’autre
conducteur avait accéléré en se dirigeant vers l’autoroute après l’accident. On ne
sait pas à partir du jugement quelle influence cette partie du témoignage du
défendeur a eu sur la décision du juge Lévesque.
En conclusion, nous croyons que ce jugement s’explique lorsque l’on tient
compte de la défense présentée par le défendeur dans ce dossier et des
circonstances particulières de celui-ci. Ce jugement ne visait pas, selon nous, à
déterminer le sens de l’expression « rester sur les lieux ».
Le recours à cette expression dans le jugement servait plutôt à illustrer
l’impossibilité d’agir qu’a reconnue le juge au défendeur après avoir tenu compte
de toutes les circonstances du dossier.
47
Slobodrian c. Procureur général du Québec, Juge Lévesque, Cour supérieure du Québec, 17 avril 2007,
[2007] J.Q. no 3723 (QL).
- 53 -
c) Immédiatement48
Le terme « immédiatement » signifie, dans son usage courant, tout de suite, à
l’instant même49.
Le juge Fish de la Cour suprême du Canada a eu à définir le sens de ce terme
contenu à l’article 254 (2) du Code criminel dans l’arrêt Woods50. Il écrit ce qui
suit sur le sujet :
« 13 Reste aussi la question de l’échantillon fourni par l’intimé dans
un ADA au poste de police, environ une heure et 20 minutes après
son arrestation pour refus de fournir un échantillon sur le bord de la
route. « Immédiatement » signifie « à l’instant même, tout de
suite » : Le Nouveau Petit Robert (2003), p. 1312. Il est impossible,
sans
dénaturer
cette
définition,
d’élargir
le
sens
de
« immédiatement » de manière à englober dans le par. 254(2) du
Code criminel l’« obéissance » très tardive en l’espèce. Cet obstacle
sémantique à la thèse du ministère public, tout comme l’obstacle
factuel, est à mon avis insurmontable.
43 Il est vrai, comme je l’ai déjà mentionné, que dans le contexte du
par. 254(2) du Code criminel, le mot « immédiatement » peut, dans
des circonstances inhabituelles, recevoir une interprétation plus
souple que celle que son sens ordinaire semble strictement lui
réserver. Par exemple, un délai court et inévitable de 15 minutes peut
ainsi se justifier si cela est conforme aux exigences d’utilisation de
l’appareil : voir Bernshaw.
44 Il me semble, toutefois, que l’exigence d’immédiateté prévue au
par. 254(2) évoque un ordre prompt de la part de l’agent de la paix et
l’obéissance immédiate de la part de la personne visée par cet ordre.
L’on ne peut accepter comme étant le fait d’obtempérer
« immédiatement » la fourniture d’un échantillon d’haleine plus d’une
heure après l’arrestation pour défaut d’obtempérer.
Cela
constituerait, à mon avis, un élargissement sémantique qui va au-delà
des frontières de la littéralité et des limites constitutionnelles. »
Nous croyons que le mot « immédiatement » contenu à l’article 168 du Code doit
être interprété de la même façon que dans l’arrêt Woods51 en tenant compte des
particularités propres aux dispositions législatives concernées.
48
Voir également les discussions que l’on retrouve dans le Chapitre VI concernant l’article 171 sur
l’expression « sans délai » (section 11).
49
Le Petit Robert, Dictionnaire de la langue française.
50
R. c. Woods, Cour suprême du Canada, [2005] 2 R.C.S. 205, par. 13, 43 et 44.
51
R. c. Woods, op. cit. no 50.
- 54 -
Par conséquent, le conducteur d’un véhicule routier impliqué dans un accident
devra, s’il n’est pas demeuré sur les lieux de l’accident, y retourner tout de suite.
Toutefois, certaines circonstances particulières pourront faire en sorte que cette
action de retourner sur les lieux ne puisse être réalisée à l’instant même52. Dans
de telles circonstances exceptionnelles, le mot « immédiatement » pourra
recevoir une interprétation plus souple.
Toutefois, ces circonstances, selon nous, ne devront pas faire perdre au mot
« immédiatement » le caractère de promptitude et d’urgence qu’il comporte.
Nous croyons qu’il s’agit de l’interprétation donnée à ce mot par le juge Nichols
de la Cour supérieure du Québec, dans l’affaire Léger53, lorsqu’il écrit :
« L'appelant est accusé d'avoir illégalement quitté les lieux d'un
accident. Il peut se libérer en démontrant qu'il y est retourné
immédiatement. L'accusé soutient qu'il y a lieu de déduire de son
comportement que c'était son intention de revenir sur les lieux
immédiatement, après avoir terminé ses deux commissions. Le juge
de première instance n'a pas jugé à propos d'interpréter sa conduite
comme étant celle d'un homme imbu d'une pareille intention.
J'abonde dans le même sens. L'usage du mot « retourner » dans la
disposition laisse supposer qu'il peut y avoir des circonstances où
un individu pourrait être excusable de ne pas rester sur les lieux.
Les tribunaux n'ont pas cependant une discrétion absolue pour
décider à quel moment doit s'effectuer le retour. L'article précise
que ce retour doit être immédiat. Cette qualification particu!ière
laisse peut-être une certaine marge de discrétion, mais il est certain
que dans le cas présent l'appelant n'est pas retourné sur les lieux
immédiatement au sens de cet article. »
C’est d’ailleurs le caractère instantané de l’action requise par l’article 168 du
Code qui ressort de certaines décisions54 portant sur le sens à attribuer aux mots
« sans délai » contenus à l’article 171 du Code.
52
Ville de Varennes c. Brewer, Juge Jetté, Cour municipale de la Ville de Boucherville, 25 août 2000,
[2000] J.Q. no 7570.
53
Léger c. Ville de Beloeil, Juge Nichols, Cour supérieure du Québec, 4 février 1977, [1977] C.S. 423.
54
Ville de Thetford Mines c. Duclos, Juge Ouellet, Cour municipale de la Ville de Thetford Mines, 6 avril
2004, [2004] J.Q. no 17045 (QL), par. 6; Ville de Saguenay c. Gaudreault, Juge Côté, Cour municipale de
la Ville de Chicoutimi, 1er février 2008, [2008] J.Q. no 11478 (QL), par. 24 à 30; Ville de Québec c.
Veilleux, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juin 2005, [2005] J.Q. no 24237 (QL).
- 55 -
d) La personne ayant subi un préjudice ne peut dispenser
le conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident
des obligations qui lui sont imposées par la loi.
C’est la conclusion à laquelle est arrivé le juge Laramée de la Cour supérieure du
Québec lorsqu’il écrit dans la cause de Côté 55:
« 33 Qu'on ait dit à l'appelant de s'en aller ne l'excuse pas de ne
pas avoir respecté les obligations que lui impose la loi. La victime d'un
accident ne peut dispenser son auteur de respecter les dispositions
d'une loi d'ordre public. »
Dans ce dossier, le défendeur frappe, en sortant d’un stationnement, un cycliste.
Le vélo est endommagé, mais sur le coup, le cycliste ne semble pas avoir de
préjudice corporel. Un autre cycliste qui circulait avec la victime dit alors au
défendeur « décrisse », « tu es un cave », qu’il ne sait pas conduire et qu’il ne
veut plus le voir. De son côté, la victime traite le défendeur de « crisse de cave ».
Le défendeur leur fait alors un doigt d’honneur et quitte les lieux. Au total, le
défendeur sera resté sur les lieux durant deux (2) minutes.
On peut déduire du jugement que le défendeur a prétendu devant le juge
Laramée qu’il était relevé, par l’invitation qui lui fut adressée de quitter, de son
obligation de demeurer sur les lieux.
Nous croyons que le juge Laramée avait raison de conclure comme il l’a fait sur
cette question.
Toutefois, cette affirmation du juge Laramée doit être, selon nous, nuancée. En
effet, la présence de circonstances différentes pourraient amener un tribunal à
conclure qu’un défendeur a rempli les obligations qui lui sont imposées par
l’article 168 du Code ou encore, que celles-ci permettent à un défendeur d’établir
par prépondérance de la preuve une défense de diligence raisonnable ou une
défense d’erreur raisonnable.
La conclusion du juge Laramée doit, toutefois, être lue en conjonction avec le
devoir d’enquêter sérieusement sur l’existence d’un préjudice ou d’une aide à
laquelle réfère le juge dans son jugement.
55
Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée Juge Laramée, Cour supérieure de Québec, 23 juin 2005,
AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL), par. 33. Dans la cause Ville de Montréal c. Ashy, Juge
Pelletier, Cour municipale de la Ville de Montréal, 13 mars 2009, [2009] J.Q. no 2221 (QL), le juge
Pelletier se questionne, aux paragraphes 21 à 33 de son jugement, sur l’effet d’un accord intervenu entres
les parties de ne pas donner suite à l’accident, sur les obligations imposées par l’article 170 du Code. Le
juge Pelletier revient sur cette question dans Ville de Montréal c. Sowa, Juge Pelletier, Cour municipale de
Montréal, 23 juillet 2009, [2009] J.Q. no 7538 (QL), par. 62 à 69. Cette dernière décision a été confirmée
par le juge Delorme, Cour supérieure du Québec, le 16 février 2010, [2010] QC CS 912. Toutefois, le juge
Delorme ne se prononce pas sur le point dont il est question aux paragraphes 62 à 69 de l’arrêt Sowa.
- 56 -
Dans cette optique, les simples mots prononcés par la victime sur les lieux d’un
accident n’ont pas pour effet magique de dispenser le conducteur de s’enquérir
sérieusement de l’existence ou non d’un préjudice ou d’une aide. En effet, il est
logique de penser que dans l’énervement d’un accident, l’existence d’un
préjudice ne se révèle pas instantanément. C’est d’ailleurs en ayant à l’esprit
cette réalité que les tribunaux ont requis d’un conducteur impliqué dans un
accident qu’il procède sérieusement à certaines vérifications avant que l’on
considère que les obligations qui lui sont imposées par la loi aient été remplies.
Une application du principe émis par le juge Laramée se retrouve dans la cause
de Ville de Québec c. Lefebvre56.
Dans cette cause, le défendeur a frappé un piéton. Il s’arrête et selon sa version
des faits, il demande au piéton à partir de l’intérieur de son véhicule s’il est
correct. Le piéton lui aurait dit que oui. Il lui aurait alors demandé s’il était sûr. Le
piéton lui aurait dit que tout était correct.
Le juge, dans cette affaire, applique dans les faits les commentaires du juge
Laramée, et ce, même s’il n’emploie pas les mots de celui-ci.
En effet, pour le juge, le simple fait pour le défendeur de demander à la victime si
tout est correct et de se faire répondre par l’affirmative ne dispense pas celui-ci
de s’enquérir sérieusement sur l’existence d’un préjudice ou sur la nécessité
d’une aide.
e) « Je n’ai pu remplir mes obligations, l’autre conducteur
avait quitté les lieux. »
Il arrive que le défendeur invoque pour sa défense qu’il n’a pas pu remplir les
obligations que lui imposent les articles 168 à 170 du Code parce que l’autre
conducteur ne serait pas resté sur les lieux. Il aurait quitté.
Les formes les plus souvent rencontrées de cette prétention sont les suivantes :
•
Compte tenu de l’endroit où l’accident est survenu, le défendeur témoigne
qu’il a déplacé son véhicule vers un endroit plus sécuritaire. En cours de
chemin ou arrivé sur les lieux, l’autre conducteur avait disparu.
•
Compte tenu de l’endroit où l’accident est survenu, l’autre conducteur
déplace son véhicule vers un lieu plus sécuritaire. Le défendeur le suit. Le
défendeur témoigne que la conduite de l’autre conducteur était telle qu’il
l’a perdu de vue, ou encore, que la conduite de l’autre véhicule et/ou les
56
Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006,
[2006] J.Q. no 11 004. Voir également, Ville de Laval c. Éthier, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de
Laval, 19 novembre 1998, [1998] J.Q. no 4310 (QL).
- 57 -
circonstances de l’accident (ex. : impact léger), l’ont amené à croire que
l’autre conducteur voulait quitter ou avait quitté.
On retrouvera généralement cette prétention du défendeur dans le cadre soit
d’une défense d’impossibilité, soit d’une défense de diligence raisonnable ou soit
d’une défense d’erreur raisonnable de fait.
La qualification de la défense présentée par le défendeur est importante, puisque
chacune de ces défenses possède des conditions d’application qui lui sont
propres.
Il est possible, compte tenu des faits au dossier, que plus d’une défense entre en
jeu en même temps. Il y aura lieu, dans un tel cas, de procéder à l’analyse de
chaque défense séparément avec les conditions d’application qui leur sont
spécifiques. Nous vous référons au chapitre sur les moyens de défense pour les
conditions rattachées à chaque type de défense.
Comme dans la plupart des dossiers, les faits mis en preuve conditionnent
largement l’acceptation ou non par le tribunal du type d’argument discuté dans la
présente section.
On retrouve dans la jurisprudence certaines décisions où cette prétention fut
soulevée par le défendeur57.
Afin d’illustrer cette prétention, nous aurons recours à la décision rendue par le
juge Vachon dans Ville de Québec c. Tourigny58.
Dans la sortie d’une autoroute, un accident survient entre deux (2) automobiles.
Le conducteur de l’autre véhicule se range à la hauteur du véhicule du défendeur
et baisse sa fenêtre afin d’indiquer au défendeur de s’arrêter à un certain endroit.
Il lui est impossible de le faire car dès que le défendeur baisse sa fenêtre, celui-ci
se met à l’engueuler et à l’insulter. Immédiatement après, le défendeur continue
sa route. L’autre conducteur entreprend de suivre le défendeur.
57
Ville de Longueuil c. Nakhla, Juge Simard, Cour municipale de la Ville de Longueuil, 8 février 1994,
[1994] J.Q. no 1813 (QL); Ville de Saguenay c. Kirouac, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de
Chicoutimi, 25 avril 2008, [2008] J.Q. no 11476 (QL); Ville de Québec c. Painchaud, Juge Vachon, Cour
municipale de la Ville de Québec, 15 février 2006, [2006] J.Q. no 1865 (QL); Ville de Sainte-Foy c.
Balmont, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Sainte-Foy, 26 avril 1999, [1999] J.Q. no 6784
(QL); Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 5 décembre 2006,
[2006] J.Q. no 23550 (QL); Ville de Québec c. Tourigny, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de
Québec, 9 mars 2007, [2007] J.Q. no 2678 (QL); Ville de Jonquière c. Carrier, Juge Turcotte, Cour
municipale de la Ville de Jonquière, 3 juillet 2001, [2001] J.Q. no 8190 (QL); Slobodrian c. Procureur
général du Québec, Juge Lévesque, Cour supérieure du Québec, 17 avril 2007, [2007] J.Q. no 3723 (QL)
(Dans ce dernier arrêt, la question qui nous intéresse n’est touchée qu’accessoirement); Ville de StConstant c. Gignac, Juge Laurier, Cour municipale de la Ville de St-Constant, 18 avril 1995, [1995] J.Q. no
2782 (QL); Ville de Laval c. Gauthier, Juge Fournier, Cour municipale de Laval, 17 décembre 2009, [2009]
J.Q. no 16082 (QL).
58
Ville de Québec c. Tourigny, op. cit. no 57.
- 58 -
Il note son numéro d’immatriculation un peu plus loin. Il cesse de suivre le
défendeur à un certain moment, car sa passagère a peur du défendeur. Il
descend constater ses dommages. Ils s’élèvent à environ 1 400 $.
Lors de sa défense, le défendeur reconnaît avoir senti « un petit coup » au
moment de l’accident. Le défendeur reconnaît avoir eu une conversation avec
l’autre conducteur sur les lieux de l’impact. Il dit qu’il avait l’intention de s’arrêter
à un endroit situé un peu plus loin, mais qu’il n’a pas eu l’occasion de le dire à
l’autre conducteur. Il prétend qu’alors que les deux (2) véhicules se trouvaient à
un feu de circulation situé entre 500 et 1 000 mètres du lieu de l’impact, l’autre
véhicule aurait tourné à gauche en faisant crisser ses pneus. Il soulève qu’il
croyait, compte tenu du comportement de l’autre conducteur, que celui-ci ne
désirait pas s’arrêter. Il justifie de plus cette croyance sur le fait qu’il n’avait
remarqué aucun dommage sur l’autre véhicule.
Le juge a rejeté ces prétentions et a jugé non crédible son témoignage.
Pour ce faire, il a jugé que le défendeur n’avait pas été diligent. Lors de
l’engueulade, il avait l’opportunité de convenir avec l’autre conducteur de moyens
lui permettant de se conformer aux exigences de l’article 170 du Code. De plus,
le juge tient compte de la distance parcourue par le défendeur et n’accorde pas
une grande valeur probante à la simple affirmation non détaillée qu’il n’y avait
pas d’endroit sécuritaire pour s’arrêter59.
Dans ce dossier, c’est avec justesse, selon nous, que le juge a considéré la
distance parcourue par le défendeur. Il est clair qu’un défendeur n’est pas libre
de s’arrêter au moment et au lieu de son choix. L’article 168 est impératif et
exige du conducteur impliqué dans un accident de demeurer sur les lieux ou d’y
retourner immédiatement. Dans les cas où cela s’avère impossible (voir critères
défense impossibilité ou de nécessité), ceci ne libère pas les conducteurs
impliqués de leurs obligations en vertu de l’article 170, ni n’excuse le conducteur
qui, dans les faits, n’a jamais eu l’intention de s’arrêter60.
9)
Fournir l’aide nécessaire
La deuxième obligation imposée au conducteur impliqué dans un accident par
l’article 168 du Code est de fournir l’aide nécessaire à toute personne ayant subi
un préjudice lors d’un accident. Nous allons maintenant examiner certaines
questions relatives à cette obligation.
59
Ville de Québec c. Painchaud, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 15 février 2006,
[2006] J.Q. no 1865 (QL).
60
Ville de Saguenay c. Kirouac, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 25 avril 2008,
[2008] J.Q. no 11476 (QL); Ville de Québec c. Painchaud, op. cit. no 59.
- 59 -
a) La poursuite n’a pas à prouver qu’une aide était
nécessaire
Tel que nous l’avons déjà mentionné, pendant de nombreuses années, un
courant jurisprudentiel61 associait l’obligation de demeurer sur les lieux prévue à
l’article 168 du Code, à l’existence d’une aide quelconque à fournir. On exigeait
de la poursuite qu’elle prouve, selon le fardeau de preuve qui est usuellement le
sien, l’existence d’une aide quelconque à fournir.
En l’absence d’une preuve à l’effet qu’une aide était nécessaire, le conducteur
d’un véhicule à moteur impliqué dans un accident n’était pas requis de demeurer
sur les lieux. Dans de telles circonstances, le défendeur avait peut-être commis
une infraction à une autre disposition du Code, mais il n’avait pas commis celle
prévue à l’article 168.
Ce courant jurisprudentiel ne représente plus l’état du droit. Un autre courant
jurisprudentiel62 s’est développé en prenant appui sur plusieurs décisions de la
Cour supérieure du Québec. C’est ce courant qui, pour l’instant, représente l’état
du droit sur cette question. Selon ce courant, la poursuite n’a pas à faire la
61
Tremblay c. Ville de Loretteville, Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 juin 1992, [1992] J.Q.
no 1122 (QL); La Corporation municipale de la Ville de Masson-Angers c. Martin, Juge Séguin, Cour
municipale de la Ville de Masson-Angers, 21 avril 1995, J.Q. no 2762 (QL); Ville de St-Antoine c. Richer,
Juge Laverdure, Cour municipale de Saint-Jérôme, 30 mai 2002, [2002] J.Q. no 10174 (QL);Ville de
Charny c. Bilodeau, Juge Fortin, Cour municipale de St-Jean-Chrysostome, 28 janvier 1997, [1997] J.Q. no
4855 (QL); Ville de Chicoutimi c. Gauthier, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 24
février 1999, [1999] J.Q. no 6769; Ville de Sherbrooke c. Giard, Juge Lamoureux, Cour municipale de la
Ville de Sherbrooke, 26 janvier 1999, [1999] J.Q. no 6718 (QL); Ville de Montréal c. Poulette, Juge
Schlesinger, Cour municipale de la Ville de Montréal, 3 août 2007, [2007] J.Q. no 11645 (QL); Ville de
Laval c. Litalien, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 2 février 1996, [1996] J.Q. no 4836
(QL); Ville de Laval c. Tousignant, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Laval, 10 juillet 2001,
[2001] J.Q. no 3670 (QL); Municipalité de St-Malo c. Desbiens, Juge Lamoureux, Cour municipale de la
Ville de Coaticook, 30 janvier 2006, [2006] J.Q. no 17636 (QL); Ville de Sherbrooke c. Lévesque, Juge
Lamoureux, Cour municipale de Sherbrooke, 30 octobre 1997, [1997] J.Q. no 4966 (QL); Ville de Disraeli
c. Giroux, Juge Ouellet, Cour municipale de la Ville de Thetford Mines, 20 juin 2000, [2000] J.Q. no 2563
(QL).
62
Côté c. Municipalité de St-Charles-Borromée, , Juge Laramée, Cour supérieure de Québec, 23 juin 2005,
AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL); Perron c. Ville de Saint-Jérôme, Juge Cohen, Cour
supérieure du Québec, 17 mai 2004, [2004] J.Q. 8429 (QL); Roy c. Ville de Victoriaville, Juge Desjardins,
Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q. no 2337 (QL); Ville de Longueuil c. Gladu, Juge
Chabot, Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006, [2006] J.Q. no 5083 (QL); Ville de Québec c. Loisel,
Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 décembre 2001, [2001] J.Q. no 8261 (QL);
Procureur général du Québec c. Morency, Juge Bigué, Cour du Québec, 11 avril 2005, [2005] J.Q. no 6920
(QL); Ville de Québec c. Vaillancourt, , Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 mars
2003, [2003] J.Q. no 27420 (QL); Ville de Varennes c. Brewer, Juge Jetté, Cour municipale de la Ville de
Boucherville, 25 août 2000, [2000] J.Q. no 7570 (QL); Municipalité de St-Félix-de-Valois c. Provost, Juge
Lalande, Cour municipale de Matawinie, 26 mai 2008, [2008] J.Q. 4533 (QL); Ville de Coaticook c.
Gervais, Juge Bureau, Cour supérieure du Québec, 12 mai 2010, [2010] J.Q. no 4302 (QL).
- 60 -
preuve qu’une aide était nécessaire pour que l’article 168 du Code puisse
recevoir application.
b) Le conducteur d’un véhicule impliqué dans un
accident ne peut présumer qu’aucun préjudice n’a été
causé ou qu’aucune aide n’est nécessaire
Le conducteur qui constate ou qui soupçonne qu’il a eu un contact avec un
véhicule, une personne, un objet inanimé ou un animal ne peut présumer
qu’aucun préjudice n’a été causé ou qu’aucune aide n’est nécessaire. Il a
l’obligation de faire les vérifications nécessaires afin de s’assurer de l’existence
ou non d’un préjudice ou de la nécessité d’une aide63.
c) Le conducteur d’un véhicule impliqué dans un
accident doit s’assurer sérieusement de l’existence ou
non d’un préjudice ou de la nécessité ou non d’une aide.
La jurisprudence64 exige que les vérifications sur l’existence ou non d’un
préjudice ou sur la nécessité d’une aide soient effectuées de façon sérieuse.
À titre d’exemple, le fait pour un conducteur de demander à un piéton qu’il a
percuté s’il va bien et de se faire répondre que oui, ne constitue pas une
vérification sérieuse. Surtout si, comme en l’espèce, le conducteur n’est pas
descendu de son véhicule et qu’il n’est demeuré sur les lieux qu’un bref instant65.
63
Roy c. Ville de Victoriaville, , Juge Desjardins, Cour supérieure du Québec, 17 mars 2003, [2003] J.Q.
no 2337 (QL), par. 14; Ville de Longueuil c. Gladu Juge Chabot, Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006,
[2006] J.Q. no 5083 (QL), par. 15; Procureur général du Québec c. Morency, Juge Bigué, Cour du Québec,
11 avril 2005, [2005] J.Q. no 6920 (QL), par. 43 et 46; Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour
municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006, [2006] J.Q. no 11 004 (QL), par. 41; Ville de VaudreuilDorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007,
[2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 66; Ville de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la
Ville de Québec, 12 février 2007, [2007] J.Q. no 1893 (QL), par. 32; Ville de L’Ancienne-Lorette c.
Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 6 février 2008, [2008] J.Q. no 2650 (QL),
par. 23; R. c. Roger, Juge Toupin, Cour du Québec, 20 avril 2006, [2006] J.Q. no 3662 (QL), par. 46 et 48;
Ville de Québec c. Vaillancourt, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 mars 2003,
[2003] J.Q. no 27420 (QL), par. 19; Ville de Laval c. Vigeant, Juge Cournoyer, Cour supérieure du
Québec, 19 août 2010, [2010] J.Q. no 8080 (QL), par. 33; Ville de Coaticook c. Giroux, Juge Bureau, Cour
supérieure du Québec, 12 mai 2010, [2010] J.Q. no 4302 (QL).
64
Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, op. cit. no 63, par. 66; Ville de Québec c, Thivierge, op. cit. no 63,
par. 35; Roy c. Ville de Victoriaville, op. cit. no 63, par. 18; Perron c. Ville de Saint-Jérôme, op. cit. no 62,
par. 20; Côté c. Municipalité de St-Charles-de-Borromée, Juge Laramée, Cour supérieure de Québec, 23
juin 2005, AZ-50321151, par. 16, [2005] J.Q. 8663 (QL),, par. 19 et 25; Ville de Québec c. Lefebvre, op.
cit. no 63, par. 38 et 41; Procureur général du Québec c. Morency, op. cit. no 63, par. 43 et 44; Ville de
Québec c. Vaillancourt, op. cit. no 63, par. 20; Municipalité de Saint-Félix-de-Valois c. Provost, Juge
Lalande, Cour municipale M.R.C. Matawinie, 11 mai 2009, [2009] J.Q. no 4426 (QL).
65
Ville de Québec c. Lefebvre, op. cit. no 63, par. 66.
- 61 -
d) Qu’est-ce que « l’aide nécessaire »?
L’article 168 du Code requiert du conducteur d’un véhicule à moteur impliqué
dans un accident qu’il fournisse l’aide nécessaire à toute personne qui a subi un
préjudice.
Toutefois, quelle est cette « aide nécessaire » exigée du conducteur par l’article
168 du Code?
Le juge Séguin, dans la cause La Corporation municipale de la Ville de MassonAngers66 s’exprimait ainsi sur le sujet :
«8
L'utilisation du terme "aide", évoque l'idée d'une intervention
immédiate et nécessaire pour porter secours à la victime, afin d'éviter
une aggravation du dommage; cette notion d'aide fait donc référence
à une variété infinie de situations où l'intervention du conducteur
impliqué dans un accident deviendra nécessaire; la généralité des
termes utilisés présuppose que le législateur n'entendait pas limiter,
de quelque façon que ce soit, cette notion d'aide. »
Le juge Lamoureux, pour sa part, écrit dans l’affaire Giard67 :
«9
Il s'agit donc de couvrir immédiatement les besoins de la
victime résultant de l'accident : besoins de soins parce que la victime
est blessée, besoins de transport parce que la victime est dans un
secteur isolé et sa voiture est hors de fonction, besoins d'un abri à la
chaleur dans la voiture de l'impliqué parce que la voiture de la victime
est démolie et le froid est intense... etc... »
Finalement, le juge Cloutier joint sa voix à celles s’étant déjà exprimées sur le
sujet dans l’affaire Lefebvre68 :
« 35
L'article 168 prévoit "l'aide nécessaire". La version anglaise
utilise "necessary assistance". Selon son sens courant, "nécessaire"
signifie : "dont on a absolument besoin, dont on ne peut se passer,
66
La Corporation municipale de la Ville de Masson-Angers c. Martin, Juge Séguin, Cour municipale de la
Ville de Masson-Angers, 21 avril 1995, [1995] J.Q. no 2762 (QL), par. 8. Voir également Ville de Laval c.
Laguerre, Juge Fournier, Cour municipale de Laval, 15 mars 2011, [2011] J.Q. no 2298 (QL).
67
Ville de Sherbrooke c. Giard, Juge Lamoureux, Cour municipale de la Ville de Sherbrooke, 26 janvier
1999, [1999] J.Q. no 6718 (QL), par. 9. Il faut noter que l’on retrouve souvent cette décision sous la
désignation « Bergeron-Girard ». Nous croyons qu’il s’agit d’une erreur typographique. Cette décision est
bien rapportée dans les banques de jurisprudence sous « Giard ».
68
Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006,
[2006] J.Q. no 11 004 (QL), par. 35. Le juge Cloutier s’est exprimé également de la même façon dans Ville
de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 12 février 2007, [2007] J.Q.
no 1893 (QL), par. 31 et dans Ville de L’Ancienne-Lorette c. Paquet, Juge Cloutier, Cour municipale de la
Ville de Québec, 6 février 2008, [2008] J.Q. no 2650 (QL), par. 22.
- 62 -
indispensable, exigé pour que quelque chose se produise" (Le Petit
Robert). L'article 168 ne prévoit pas l'aide "requise" par la personne
qui a subi le préjudice. Le Tribunal en conclut que ces termes visent
diverses formes de secours nécessitées par les circonstances
entourant l'accident, y compris par le préjudice subi. Comme le
mentionne la décision Ville de Masson-Angers c. Martin, [1995] J.Q.
no 2762, (BJCMQ 1995-275), l'aide nécessaire lors d'un accident peut
revêtir plusieurs formes, selon les circonstances. »
Nous devons préciser que nous croyons humblement que la phrase de ce
jugement qui mentionne que l’article 168 ne prévoit pas l’aide « requise » par la
personne qui a subi un préjudice ne modifie rien à l’interprétation large que le
juge Cloutier donne aux mots « aide nécessaire » dans ce jugement. Le Petit
Robert reconnaît au mot « nécessaire » la signification suivante :
« Dont l’existence, la présence est requise pour répondre au besoin
de quelqu’un. »
L’étendue de l’aide à fournir et sa nature varieront selon les circonstances de
chaque dossier. Cette expression doit recevoir une interprétation large. Elle ne
doit pas se limiter à une vision simpliste et limitative de l’aide pouvant être
nécessaire69 ni s’étendre à des besoins d’aide que l’on pourrait qualifier de
fantaisistes, capricieux ou futiles.
e) Il n’appartient pas à la personne ayant subi un
préjudice de requérir de l’aide, mais c’est plutôt
au conducteur impliqué de l’offrir.
Cette affirmation se retrouve dans quelques causes.
Le juge Cloutier s’exprimait ainsi dans l’affaire Lefebvre70 :
« 68
Le défendeur a aussi tort de faire reposer son obligation de
porter assistance à la victime sur une affirmation imprécise de celle-ci.
Il revient au conducteur, en vertu de l'article 168, de fournir l'aide
nécessaire, et non à la victime de la requérir. Le défendeur doit tenir
compte que le piéton est un mineur qui, pour divers motifs, peut ne
pas se rendre compte de son état et de l'aide qu'il nécessite. Un
adolescent de 15 ans, même s'il rentre chez lui à 22 h 30, peut, pour
diverses raisons, ne pas reconnaître ses blessures. L'âge du piéton
ne dispense pas le défendeur de son obligation "de s'assurer
qu'aucune aide n'est nécessaire avant de quitter les lieux, comme
l'affirme monsieur le juge Desjardins dans l'affaire Roy (précitée). »
69
Par exemple, simplement s’informer si tout va bien sans autre vérification après avoir frappé un piéton ou
encore, prétendre avoir apporté l’aide nécessaire à un piéton renversé parce que le conducteur l’a amené sur
le trottoir et que le piéton n’avait pas l’air si mal ou qu’il ne s’est plaint de rien.
70
Ville de Québec c. Lefebvre, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juillet 2006,
[2006] J.Q. no 11 004 (QL), par. 68.
- 63 -
(Nous soulignons)
Cette affirmation vaut également dans le cas d’une infraction sous l’article 170.
Le juge Cloutier, dans la cause de Gervais71, précise :
« 45
Les informations mentionnées à l'article 170 doivent être
fournies à la personne qui a subi un préjudice lors d'un accident.
Cette obligation d'un conducteur impliqué n'est pas conditionnelle à
ce que la personne qui a subi un préjudice en fasse la demande.
L'obligation s'applique intégralement du seul fait de l'accident. »
Le juge Verrette partage cette opinion dans la cause Procureur général du
Québec c. Otis72.
Le juge Zigman de la Cour supérieure du Québec confirme ce courant de pensée
dans l’affaire St-Pierre73.
Les obligations prévues à l’article 168 du Code sont celles imposées au
conducteur d’un véhicule à moteur impliqué dans un accident et non celles de la
personne ayant subi un préjudice, à moins qu’elle ne soit elle-même un
conducteur impliqué dans l’accident. Il faut garder à l’esprit que lorsque
l’accident implique deux (2) conducteurs, chacun d’eux doit respecter les
obligations prévues à l’article 168 du Code.
En ce qui concerne l’article 170, il y a lieu de consulter les rubriques pertinentes
que l’on retrouve dans le chapitre relatif à cet article.
10) L’obligation de demeurer sur les lieux n’inclut pas l’obligation d’y
demeurer jusqu’à l’arrivée des policiers.
C’est ce qu’affirment trois (3) décisions.
Dans la cause Ville de Laval c. Litalien74, le juge mentionne :
« Dans ces circonstances les exigences des articles 168 (demeurer
sur les lieux et fournir l'aide nécessaire), 169 (faire appel à un agent
de la paix lorsqu'une personne a subi un dommage corporel à
71
Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 5 décembre 2006,
[2006] J.Q. no 23550 (QL), par. 45.
72
Procureur général du Québec c. Otis, Juge Verrette, Cour du Québec, 18 novembre 2008, [2008] J.Q. no
11811 (QL), par. 30; Ville de Québec c. Lacombe, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Montréal,
1er février 2010, [2010] J.Q. no 2143 (QL).
73
St-Pierre c. Ville de Montréal, Juge Zigman, Cour supérieure du Québec, 24 novembre 2009, 2009
QCCS 5408.
74
Ville de Laval c. Litalien, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 2 février 1996, [1996] J.Q.
no 4836, par. 11.
- 64 -
l'occasion d'un accident) et 170 (s'identifier à la personne ayant subi
un dommage ou à l'agent de la paix qui se rend sur les lieux de
l'accident) n'avaient-elles pas été remplies? Que pouvait faire de plus
la prévenue en demeurant sur les lieux? Rien d'autre que d'attendre
les policiers et de collaborer à la rédaction du rapport de police. Or ce
n'est pas une obligation prescrite par le Code de la Sécurité Routière
du Québec. Le propriétaire d'un véhicule routier ne doit aviser la
Société de l'Assurance Automobile du Québec d'un accident que
dans la mesure où son véhicule routier est une perte totale (article
172 C.S.R.). L'assureur doit aviser la Société de l'Assurance
Automobile du Québec d'un accident si aucun agent de la paix n'a été
demandé sur les lieux (article 174 C.S.R.). L'agent de la paix quant à
lui doit informer la Société de l'Assurance Automobile du Québec du
fait qu'il s'est rendu sur les lieux d'un accident (article 173C.S.R.).
Mais à partir du moment où un conducteur de véhicule routier
impliqué dans un accident est demeuré sur les lieux, a fourni l'aide si
besoin était, a l'assurance qu'un agent de la paix viendra sur les lieux
lorsqu'une personne a subi un dommage corporel et s'est identifié
auprès de l'autre conducteur ou à l'agent de la paix, il n'a pas d'autres
obligations et peut quitter les lieux. Si le législateur veut imposer
d'autres obligations au conducteur d'un véhicule routier impliqué dans
un accident, libre à lui d'apporter les amendements qu'il croira
appropriés au Code de la Sécurité Routière du Québec mais, pour
l'instant, lesdites obligations se résument à ce que ci-devant
mentionné. »
(Nous soulignons)
Les décisions de Baillargeon75 et d’Alarie76 mentionnent simplement que l’article
168 n’impose pas l’obligation d’attendre les policiers.
Nous reviendrons sur ce point lors de l’étude de l’article 169 du Code.
11) Est-ce que le conducteur impliqué dans un accident avec un
véhicule routier inoccupé est soumis aux obligations édictées par
l’article 168 du Code?
L’article 168 du Code impose au conducteur d’un véhicule routier impliqué dans
un accident, l’obligation de demeurer sur les lieux. Le texte de cet article ne fait
aucune distinction. Il s’applique dès qu’un préjudice est causé par un véhicule
routier en mouvement. Il importe peu de savoir si le véhicule routier est occupé
ou non ou encore, s’il est question d’un objet inanimé. Son objectif est centré sur
l’existence ou non d’un accident au sens de l’article 167 du Code.
75
R. c. Baillargeon, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Laval, 21 novembre 2001, [2001] J.Q.
no 5815 (QL), par. 41.
76
Ville de Hull c. Alarie, Juge Simard, Cour municipale de la Ville de Hull, 9 septembre 1996, [1996] J.Q.
no 4916 (QL), par.3.
- 65 -
Naturellement, la durée de cette obligation variera selon les circonstances de
l’espèce comme nous l’avons mentionné précédemment.
Que le conducteur d’un véhicule impliqué dans un accident avec un véhicule
inoccupé soit soumis aux obligations de l’article 168 se comprend aisément d’un
point de vue logique. Comment ce conducteur peut savoir si le conducteur de
l’autre véhicule est présent ou non s’il quitte immédiatement? Comment peut-il
savoir si cet autre conducteur est facilement rejoignable ou non, s’il ne demeure
pas sur les lieux? Comment pourra-t-il fournir des informations relatives à
l’accident s’il ne demeure pas suffisamment de temps pour les colliger?
Comment pourra-t-il fournir l’aide nécessaire s’il ne sait pas si un tel besoin
d’aide existe ou non s’il ne demeure pas sur les lieux?
Mais, au-delà de ces questions, c’est le texte même de l’article 168 du Code qui
rend cette disposition applicable aux cas où l’accident implique un véhicule
routier inoccupé.
D’ailleurs, plusieurs décisions77 reconnaissent l’applicabilité de l’article 168 du
Code à une telle situation.
Toutefois, il nous faut à ce stade parler de la décision de Ville de Laval c.
Vigeant78 rendue par la Cour supérieure du Québec.
Dans cette affaire, le défendeur était poursuivi en vertu de l’article 168 du Code.
Le défendeur avait percuté dans la nuit un poteau indiquant le nom des rues à
une intersection de la ville. Il a quitté les lieux presque immédiatement après
l’accident.
Le juge de première instance acquitta le défendeur, car à ses yeux il s’agissait
d’un cas visé par l’article 171 du Code. Selon lui, lorsqu’un accident implique un
objet inanimé, l’article 168 du Code ne peut recevoir application.
Le juge siégeant en appel de cette décision confirme celle-ci en spécifiant que
l’infraction sous laquelle le défendeur aurait dû être poursuivi était celle prévue à
l’article 171 du Code.
77
Ville d’Alma c. Bergeron, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 26 mai 1995, [1995]
J.Q. no 2813 (QL); Municipalité de St-Tite c. Arcand, Juge Trudel, Cour municipale de la M.R.C. de
Mékinac, 24 avril 2006, [2006] J.Q. no 4076 (QL); Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour
municipale de Québec, 31 octobre 2001, [2001] J.Q. no 8207 (QL); Municipalité de St-Félix-de-Valois c.
Provost, Juge Lalande, Cour municipale de Matawinie, 26 mai 2008, [2008] J.Q. 4533 (QL);
Contra : Ville de Disraeli c. Giroux, Juge Ouellet, Cour municipale de la Ville de Thetford Mines, 20 juin
2000, [2000] J.Q. no 2563 (QL); Ville de Varennes c. Brewer, Juge Jetté, Cour municipale de la Ville de
Boucherville, 25 août 2000, [2000] J.Q. no 7570 (QL), par. 12.
78
Ville de Laval c. Vigeant, Juge Cournoyer, Cour supérieure du Québec, 19 août 2010, [2010] J.Q. no
8080 (QL).
- 66 -
Dans un premier temps, le juge d’appel mentionne que l’article 168 du Code vise
un préjudice à une personne, alors que l’article 171 vise un préjudice causé à un
bien endommagé.
Il est fait mention, un peu plus loin dans le jugement, qu’en vertu de l’article 171
du Code, le conducteur doit rester sur les lieux. Ceci serait implicite au libellé de
l’article 171 du Code. La durée de cette obligation variera en fonction des
circonstances. Finalement, selon le tribunal, l’article 168 ne peut imposer une
obligation de rester sur les lieux si l’article 171 autorise le conducteur à quitter les
lieux.
Nous croyons humblement que le résultat de cet appel est conforme à l’exposé
juridique contenu dans le présent texte.
En effet, les faits de cette cause pouvaient amener un tribunal à la conclusion
que le conducteur était autorisé de quitter les lieux et que, ce faisant, il devait à
partir de cet instant se soumettre aux obligations prescrites à l’article 171 du
Code. Il est clair qu’avec une telle conclusion, le conducteur du véhicule ne
pouvait être poursuivi sous l’article 168. Il devait l’être sous l’article 171 du Code.
Avec respect pour l’opinion contraire, nous croyons que l’obligation de rester sur
les lieux est prescrite légalement à l’article 168, bien que nous sommes d’accord
que la lecture de l’article 171 laisse entrevoir qu’une telle obligation est
implicitement prévue à cet article.
Si un conducteur ne respecte pas cette obligation de demeurer sur les lieux, en
présumant qu’il s’agit d’un cas où le conducteur sous l’article 171 doit demeurer
sur les lieux, rien dans l’article 171 ne permet à un tribunal de sanctionner ce
manquement. La sanction au manquement de cette obligation ne peut venir que
de l’article 168 du Code ou encore de l’article 170 du Code.
L’obligation de rester sur les lieux n’est pas éternelle. La durée variera, comme
nous l’avons démontré, selon l’ensemble des circonstances. Dans l’affaire
Vigeant, elle n’était que de quelques secondes. D’ailleurs, le tribunal d’appel
dans cette affaire insiste à plusieurs reprises sur l’importance des circonstances
de la cause pour juger de la durée de cette obligation de demeurer sur les lieux
de l’accident.
D’ailleurs, dans des circonstances où l’article 171 n’autoriserait pas un
conducteur à quitter les lieux, il y a lieu de penser que le tribunal d’appel
reconnaît l’applicabilité de l’article 168.
- 67 -
En effet, lorsque le juge dit :
« Pour des raisons de cohérence et de logique, l’article 168 ne peut
imposer une obligation de rester sur les lieux si l’article 171 autorise le
conducteur à quitter les lieux. »,
Le juge d’appel semble conscient de cette possibilité.
À titre d’exemple, prenons un conducteur qui percute en soirée le devant d’une
maison habitée, lui causant d’importants dommages. Ce conducteur recule et
quitte immédiatement dans les secondes de l’impact. Dans un tel cas, nous
croyons qu’il avait l’obligation de demeurer sur les lieux, à tout le moins pour
s’assurer que le propriétaire ou une personne qui le représente ne se trouverait
pas dans cette demeure.
L’article 171 ne sanctionne pas ce manquement de demeurer sur les lieux; c’est
l’article 168 qui le fait.
De plus, nous croyons, tel que le mentionne le tribunal d’appel, que l’article 168
vise les cas où une personne a subi un préjudice. Nous ne croyons pas, le tout
humblement soumis, que le fait qu’un véhicule soit inoccupé vienne changer
quelque chose au fait que la personne qui possède ce bien a subi un préjudice.
L’article 168 s’applique à tous les cas où une personne a subi un préjudice.
Naturellement, cet article ne s’appliquera pas aux biens sans maître (ex. : animal
sauvage). L’article 171 ne vient rien changer au but visé par l’article 168. Cet
article 171 vient plutôt en circonscrire les limites dans les cas particuliers qui y
sont mentionnés.
Reprenons l’exemple de la maison. Y-a-t-il un besoin d’aide? Est-ce qu’une
personne a été blessée à l’intérieur de la maison? Y-a-t-il quelqu’un de présent?
S’agit-il d’une maison inoccupée?
La nature des obligations du conducteur et leur durée sous l’article 168 du Code
varieront, selon nous, selon les circonstances de l’espèce et en accord avec les
prescriptions de l’article 171 du Code.
En conclusion, certains pourraient prétendre, à juste titre, que le ratio de l’arrêt
Vigeant est à l’effet que l’article 168 du Code ne s’applique pas lorsqu’on se
trouve dans un cas visé par l’article 171 du Code.
- 68 -
La lecture que nous faisons de ce jugement ne nous amène pas à y voir cette
conclusion79.
Avant de clore cette section, il est nécessaire de faire état des décisions ayant
été rendues à la suite de l’arrêt Vigeant.
Tout d’abord, notre attention se portera sur la décision Ville de Salaberry-deValleyfield c. Bourgignon80.
Dans cette cause, le défendeur a heurté un véhicule inoccupé stationné sur la
propriété de sa propriétaire. Étant en retard à un examen du ministère de
l’Éducation, le défendeur quitte immédiatement les lieux pour se rendre passer
cet examen avec l’intention de revenir sur les lieux après avoir complété celui-ci.
La propriétaire du véhicule inoccupé a entendu l’impact survenu lors de
l’accident. Elle aperçoit le véhicule du défendeur quitter les lieux. Elle
connaissait le véhicule. Elle appelle les policiers.
Il est en preuve que le défendeur s’est présenté deux heures après l’accident à la
résidence de la propriétaire du véhicule endommagé pour s’excuser de
l’accident. Il est informé par la propriétaire qu’il devrait aller voir les policiers, car
ceux-ci le recherche.
Le défendeur a été accusé d’avoir contrevenu à l’article 171 du Code.
Dans ce dossier, le juge a choisi d’analyser le dossier sous l’angle du défaut du
défendeur de demeurer sur les lieux de l’accident au moment de l’impact plutôt
que sous l’angle de savoir si celui-ci avait ou non communiqué sans délai avec le
poste de police le plus près.
S’appuyant sur l’arrêt Vigeant, le juge a déterminé que l’article 171 comporte
selon les circonstances une obligation de demeurer sur les lieux lors d’un
accident avec un véhicule inoccupé.
De plus, et c’est là où réside la différence la plus importante avec l’exposé tenu
par le soussigné dans la présente section du texte, la sanction prévue pour ce
manquement est prévue par l’article 171 du Code.
79
Voir jugement du juge Vachon sur les articles 170 et 171 dans Ville de Québec c. Lacombe, Cour
municipale de la Ville de Québec, 1er février 2010, [2010] J.Q. no 2143 (QL). Également celui du juge
Tremblay sur les mêmes articles dans Ville de Longueuil c. Gervais, Cour municipale de Longueuil, 29
septembre 2009, [2009] J.Q. no 11738 (QL).
80
Ville de Salaberry-de-Valleyfield c. Bourgignon, Juge Lalande, Cour municipale commune de Salaberryde-Valleyfield, 21 octobre 2010, AZ-50682260.
- 69 -
Voici comment le juge dispose de cette question :
« Ainsi, selon les dispositions de l’article 171, le conducteur impliqué
dans un accident avec un véhicule inoccupé ne peut quitter les lieux
que si le propriétaire du véhicule, ou une personne qui le représente,
ne peut être joint sur les lieux ou à proximité et il doit alors
communiquer sans délai avec le poste de police le plus près.
31.
En l’instance, il est évident, selon la preuve, que le
propriétaire du véhicule endommagé pouvait être joint sur les lieux de
l’accident, ce dernier étant survenu sur son propre terrain alors qu’il
se trouvait à l’intérieur de la résidence.
32.
Au surplus, le défendeur n’a aucunement tenté de vérifier si le
propriétaire était chez lui, préférant quitter immédiatement en raison
d’un examen.
33.
À la lumière des principes énoncés par l’honorable juge
Cournoyer, le défendeur se devait de rester sur les lieux. »
Une autre décision est également d’intérêt sur la question, il s’agit de l’arrêt Ville
de Laval c. Laguerre81.
Dans cette cause, le défendeur était accusé d’avoir contrevenu à l’article 168 du
Code. Il avait percuté substantiellement un véhicule inoccupé stationné en face
de la résidence de son propriétaire.
Il ressort clairement du jugement que dans l’opinion du juge, l’article 168 du
Code ne peut recevoir application lorsque le véhicule percuté par un défendeur
est inoccupé. L’infraction pouvant être reprochée à un défendeur dans un tel cas
est celle prévue à l’article 171 du Code.
Le juge s’exprime ainsi sur la question :
« 29
Le tribunal ne partage pas l'opinion du procureur de la
poursuivante à l'effet qu'un défendeur pourrait enfreindre tout autant
l'article 168 C.S.R. que l'article 171 C.S.R. Ces deux dispositions
ciblent des situations et des obligations différentes. Qui plus est, il en
découlerait que l'une d'elles serait incluse dans l'autre.
(…)
81
Ville de Laval c. Laguerre, Juge Fournier, Cour municipale de Laval, 15 mars 2011 [2011] J.Q. no 2298.
- 70 -
32.
L'article 168 C.S.R. cible le conducteur impliqué dans un
accident dans lequel potentiellement une personne qui a subi un
préjudice a besoin d'une aide. Il ne peut s'agir du conducteur luimême, car on ne saurait exiger qu'un conducteur se porte lui-même
une "aide". Il doit y avoir forcément un lien de causalité. Il faudra
qu'une (autre) personne (qui est sur les lieux) ait subi un préjudice et
que cette situation peut nécessiter une aide.
(…)
40. Il se dégage de ces décisions que l'article 168 C.S.R. cible un
accident impliquant le conducteur d'un véhicule routier qui se voit
impliquer dans un accident, et de l'autre côté, une personne impliquée
dans un accident qui a subi, ou qui aurait pu subir un préjudice.
41.
Les éléments essentiels de l'infraction prévue à l'article 171
C.S.R. sont :
a)
l'identité du conducteur, et;
b)
le fait que le conducteur du véhicule routier a été impliqué dans un
accident au sens du Code, et;
c)
l'accident impliquait un véhicule inoccupé ou un animal pesant plus de
25 kg ou un objet inanimé, et;
d)
le propriétaire du bien endommagé ou une personne qui le présente
ne peut être rejoint sur les lieux de l'accident ou à proximité, et;
e)
le conducteur impliqué dans l'accident n'a pas communiqué sans
délai avec le poste de police le plus près pour fournir les
renseignements prévus à l'article 170 du Code.
42.
Sous l'article 171 du Code, le conducteur du véhicule routier
impliqué dans un accident avec un animal pesant plus de 25 kg, un
véhicule routier inoccupé ou un objet inanimé, se doit de rester sur les
lieux, non pas pour porter assistance, mais pour s'assurer de façon
raisonnable que le propriétaire du bien endommagé ne peut être
rejoint sur les lieux de l'accident ou à proximité
43. En face des situations ciblées à l'article 171, le conducteur de
véhicule qui cause le dommage ou qui cause l'accident n'a pas à
demeurer sur les lieux pour simplement demeurer sur les lieux.
44.
L'exercice exigé dans un
conséquent des trois situations
législateur a voulu, dans ces
conducteur des obligations qui ne
C.S.R.
premier temps à cet article est
avancées par le législateur. Le
mêmes situations, imposer au
peuvent être celles de l'article 168
- 71 -
45.
Avec respect pour l'opinion contraire, le législateur n'a pas
inséré l'article 171 du Code pour rien dire. Il doit y avoir une certaine
cohérence entre les articles 168 à 171 du C.S.R., pour ne pas dire
une cohérence certaine. »
Ceci nous amène à la cause de Veer82. Par une journée de juillet, une
adolescente promène son chien. Celui-ci est en laisse. Le défendeur avec son
véhicule écrase le chien et continue sa route sans se préoccuper de ce qui venait
de survenir. Un témoin interpelle à deux reprises le défendeur pour lui dire ce
qu’il avait fait. Celui-ci malgré l’information reçue ne se préoccupe pas de la
situation. Il fut accusé d’avoir enfreint l’article 168 du Code.
La défense prétendait sous la base de l’arrêt Vigeant que l’article 168 du Code
ne s’appliquait pas dans les circonstances et vu que le chien pesait moins de
25 kg le défendeur n’avait aucune obligation de rester sur les lieux ou de
rapporter l’accident en vertu de l’article 171 du Code.
On peut déduire que ces prétentions de la défense s’appuient sur le passage du
jugement dans l’affaire Vigeant où il est fait mention que l’article 168 vise un
préjudice à une personne alors que l’article 171 vise un préjudice causé à un
bien endommagé.
Le juge Ouellet n’a pas retenu les prétentions du défendeur. Il a conclu qu’une
personne avait subi un préjudice au sens de l’article 167. La personne ayant
subi le préjudice était présente sur les lieux. Le présent cas est alors selon lui
visé par l’article 168 du Code.
Nous croyons que le paragraphe 29 de l’arrêt Vigeant ne doit pas être lu de
façon isolée, mais également en relation avec les paragraphes 31 et 32.
Généralement tout dommage à une chose étant la propriété de quelqu’un
causera préjudice à cette personne.
Le paragraphe 29 de l’arrêt Vigeant ne peut dans un tel cas que faire référence à
la présence ou non du propriétaire du bien endommagé. D’ailleurs, le
paragraphe 49 de l’arrêt semble appuyer ce point. Il est dit à ce paragraphe :
« Il importe de précision qu’il n’y a aucune preuve qu’il y avait une
personne en cause ».
Est-ce que la jeune fille ayant au bout de sa laisse son chien mort a moins
besoin de connaître l’auteur de ce préjudice afin d’être dédommagée de sa perte
que la personne qui voit la carrosserie de son véhicule endommagé alors qu’elle
se trouve à l’intérieur de celui-ci?
82
Municipalité de Sainte-Claire c. Veer, Juge Ouellet, Cour municipale de la MRC de Bellechasse,
1er février 2012, 2012 Can LII 5064 (QC CM).
- 72 -
En conclusion, ces arrêts constituent pour l’instant les seules décisions portant
directement sur cette question et malgré les opinions émises dans le présent
texte, ces décisions représentent pour l’instant, ce que les tribunaux pensent sur
cette question.
12) Est-ce que le conducteur d’un véhicule routier impliqué dans un
accident respecte son obligation de demeurer sur les lieux s’il y
laisse un ami ou un autre représentant?
Le juge Turcotte mentionne que non dans la cause Ville de Jonquière c.
Gagné83. Il écrit ceci :
« 39 L’article 168 C.s.r. édicte ce qui suit :
« Le conducteur d’un véhicule routier impliqué dans un accident doit
rester sur les lieux ou y retourner immédiatement après l’accident et
fournir l’aide nécessaire à toute personne qui a subi un dommage. »
40
Il y a bel et bien obligation, contrainte, côté impératif de
demeurer sur les lieux ou d’y retourner immédiatement après
l’accident pour fournir l’aide nécessaire à toute personne qui a subi un
dommage.
42
Ce n’est pas l’ami, le compagnon, le mandataire, qui doit
demeurer sur les lieux de l’accident, mais le conducteur lui-même.
43 Le côté prescriptif de l’article 168 ne subit pas d’exception. »
(Nous soulignons)
Le juge Turcotte réitère cette même position dans sa décision Ville de Jonquière
c. Genest Querry84.
83
Ville de Jonquière c. Gagné, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 2 février 1994,
[1994] J.Q. no 1807 (QL); Voir également, Ville de St-Jérôme c. Gallenne, Juge Lalande, Cour municipale
commune de St-Jérôme, 12 octobre 2011, [2011] Can LII 69354 (QC CM).
84
Ville de Jonquière c. Genest Querry, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 18 juillet
2000, [2000] J.Q. no 7560 (QL), par. 72.
Il faut, toutefois, noter que le juge Turcotte a reconnu dans la cause de Belley que l’obligation d’aide d’un
conducteur impliqué dans un accident avec un piéton sérieusement blessé pouvait être accomplie par un
jeune homme de 15 ans s’offrant à s’occuper de la victime. Il a reconnu dans sa décision que le conducteur,
dans de telles circonstances, avait rempli ses obligations en vertu de l’article 168, Ville de Jonquière c.
Belley, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 15 novembre 1993, [1993] J.Q. no 2133
(QL).
- 73 -
CHAPITRE IV
Article 169
Aide d’un agent de la paix
169
Lors d’un accident au cours duquel une
personne a subi un préjudice corporel, le
conducteur d’un véhicule routier impliqué
dans l’accident doit faire appel à un agent de
la paix. »
Antérieurement, la situation visée par l’article 169 du Code se retrouvait à l’article
145 du précédent Code de la sécurité routière1. Cet article se lisait ainsi :
« 145. Le conducteur d'un véhicule routier impliqué dans un accident
doit rester sur les lieux ou y retourner immédiatement après l'accident,
et fournir l'aide nécessaire à une personne qui a subi une blessure ou
un dommage. Lors d'un accident au cours duquel une personne a été
blessée, le conducteur du véhicule routier doit faire appel à un agent de
la paix.
Renseignements à fournir.
Il doit également donner par écrit à l'agent de la paix ou à la personne
qui a subi un dommage ses nom et adresse, le numéro de son permis
de conduire, de son permis d'apprenti conducteur ou de son certificat
de compétence, les nom et adresse du propriétaire inscrit au certificat
d'immatriculation du véhicule et le numéro d'immatriculation du
véhicule. »
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte / absolue)
Le juge Downs, dans l’arrêt Ricard2, écrit :
« 31
Le tribunal estime également qu'au sens du jugement de
l'honorable Gaston Desjardins dans la cause de Gaston Tremblay c.
1
Code de la sécurité routière, L.R.Q., c. C-24.1; article édicté par art. 145, L.Q. 1981, Chap. 7.
Ricard c. Ville de Joliette, Juge Downs, Cour supérieure du Québec, 5 novembre 1997, J-E. 98-456,
[1997] J.Q. no 3504. (QL), par. 13. Le juge Paul partage son avis dans Herrera c. Ville de Montréal, Juge
Paul, Cour supérieure du Québec, 12 novembre 2003, [2003] J.Q. no 15849 (QL), par. 11; voir également
Ville de Québec c. Tanguay, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 octobre 2006,
[2006] J.Q. no 12559 (QL), par. 34.
2
- 74 -
Loretteville, J.E. 92-1134, l'infraction suivant l'article 169 du Code de
sécurité routière est de responsabilité stricte et que la défense de
diligence raisonnable doit être retenue. »
Il s’agit donc d’une infraction de responsabilité stricte3.
2)
S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168, 170 et 171 du Code?
L’infraction prévue à l’article 169 est une infraction distincte des infractions
prévues aux articles 168, 170 et 171 du Code. Il ne s’agit pas d’une infraction
moindre et incluse à aucun de ces articles du Code.
Nous référons le lecteur au texte et aux décisions cités sous la même rubrique
relativement à l’article 168 du Code.
3)
Peut-il y avoir déclaration de culpabilité en vertu de l’article 169
du Code et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au titre
IV du Code?
Tout d’abord, nous référons le lecteur à la rubrique similaire écrite sous l’article
168. Dans cette rubrique, nous faisons un bref rappel des principes de l’arrêt
Kienapple4.
Tel que nous le mentionnions dans cette rubrique, nous sommes d’avis qu’un
défendeur peut être déclaré coupable aussi bien d’une infraction relative à
l’article 169 du Code que d’une infraction à l’article 168 de celui-ci.
En ce qui concerne l’article 171 du Code, nous ne croyons pas que cela soit
possible, puisque les conditions d’application de chacun de ces articles ne
peuvent survenir en même temps, sauf si le défendeur avait frappé un véhicule
inoccupé et par la suite, un piéton. Il est évident que dans de telles
circonstances, un défendeur pourrait être trouvé coupable en vertu de l’article
169 du Code et en vertu de l’article 171 du Code.
Nous croyons également qu’un conducteur pourrait également être déclaré
coupable d’avoir commis une infraction en vertu de l’article 169 du Code et en
vertu de l’article 170 du Code sans contrevenir aux principes interdisant les
condamnations multiples. Il nous apparaît clair à la lecture de ces dispositions
que le législateur a jugé opportun de requérir d’un conducteur impliqué dans un
accident avec préjudice corporel deux (2) obligations distinctes et cumulatives.
Un défendeur peut très bien avoir commis l’une sans nécessairement avoir de ce
fait commis l’autre. Le fait de faire appel à un agent de la paix n’a aucune relation
avec le fait de fournir les renseignements mentionnés à l’article 170 du Code.
3
4
Voir également les arrêts mentionnés à la note 2 du chapitre concernant l’article 168 du Code..
R. c. Kienapple, Cour suprême du Canada, [1975] 1R.C.S. 729.
- 75 -
4)
L’article 169 du Code et l’application de l’article 592.
Pour une étude détaillée sur l’application de l’article 592 du Code, nous vous
référons aux pages 30 et suivantes du présent texte.
Il faut préciser que conformément à l’article 592 du Code, le propriétaire
enregistré d’un véhicule routier impliqué dans un accident avec préjudice
corporel pourrait être déclaré coupable d’avoir enfreint l’article 169 du Code,
même s’il n’était pas dans le véhicule au moment de l’accident. Il peut se
dégager de sa responsabilité s’il prouve que lors de l’infraction le véhicule était,
sans son consentement, en la possession d’un tiers5.
5)
La nécessité d’une intention
L’article 169 du Code de la sécurité routière ne requiert pas la preuve d’une
quelconque intention.
Le juge Cloutier s’exprime d’ailleurs ainsi dans la cause de Bergeron6 :
« Les infractions prévues au Code de la sécurité routière en matière
de délit de fuite ne sont donc pas des infractions exigeant la preuve
de l’intention coupable. L’esprit malhonnête, la malice, l’intention
d’esquiver sa responsabilité ne sont pas en cause. »
6)
Éléments essentiels de l’infraction
Les éléments essentiels de l’infraction prévue à l’article 169 du Code, sous
réserve de l’article 592 du Code, sont7 :
a) l’identité du conducteur; et
b) le fait que le conducteur d’un véhicule routier a été impliqué dans
un accident au sens du Code; et
5
Babai-Khamneh c. Ville de Longueuil,, Juge Buffoni, Cour supérieure du Québec, 31 juillet 2008, [2008]
J.Q. no 7143 (QL).
6
Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23
octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395 (QL).
7
Ville de Québec c. Tanguay, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 octobre 2006,
[2006] J.Q. no 12559 (QL), par. 26; Ville de Saguenay c. Lavoie, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de
Saguenay, 4 mai 2007, [2007] J.Q. no 17463 (QL), par. 46; Ville de Montréal-Nord c. Geoffroy, Juge
Lamontagne, Cour municipale de la Ville de Montréal-Nord, 14 décembre 1993, [1993] J.Q. no 2299 (QL),
par. 14.
- 76 -
c) le fait qu’en conséquence de l’accident, une personne a subi un
préjudice corporel; et
d) le conducteur n’a pas fait appel à un agent de la paix.
7)
Les objectifs visés par l’article 169 du Code.
On note des points de vue différents dans la jurisprudence en ce qui concerne
les objectifs visés par l’article 169 du Code.
Pour le juge Lamontagne, dans le dossier Geoffroy8, le but de cette disposition
est de s’assurer que les personnes blessées soient secourues.
Le juge Cloutier dans le dossier Tanguay9, tout en reconnaissant la validité de
l’objectif de secours, ajoute à titre d’objectif relativement à cette disposition, la
responsabilisation des conducteurs.
En cela, il rejoint l’avis du juge Charest lorsque ce dernier écrit dans l’affaire
Laliberté10 :
« 27
Dans l'exercice de ce pouvoir, la Cour doit toujours avoir
présent à l'esprit l'intérêt public.
28
Le législateur a sans doute voulu inciter le conducteur à
assumer ses responsabilités et faire face à ses obligations lorsqu'il
est impliqué dans un accident causant des dommages. A contrario, le
législateur a évidemment voulu éviter toutes ces situations, de plus en
plus nombreuses, où on se retrouve avec des dommages causés par
des auteurs inconnus. En somme, le principe de la responsabilisation
du conducteur est très certainement d'intérêt public. »
Une autre vue du but poursuivi par l’article 169 du Code est exprimée par le juge
Ouellet dans le dossier Fontaine11. Il exprime sa vision ainsi :
« 14. Quelles fins recherche le législateur par cet article 169 C.S.R.?
À quel abus cherche-t-il à remédier? Ou quel avantage poursuit-il?
8
Ville de Montréal-Nord c. Geoffroy, Juge Lamontagne, Cour municipale de la Ville de Montréal-Nord, 14
décembre 1993, [1993] J.Q. no 2299 (QL), par. 28. En cela, il est rejoint par le juge Lamoureux dans Ville
de Sherbrooke c. Lévesque, Juge Lamoureux, Cour municipale de Sherbrooke, 30 octobre 1997, [1997]
J.Q. no 4966 (QL), par. 8 et 10.
9
Ville de Québec c. Tanguay, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 octobre 2006,
[2006] J.Q. no 12559 (QL), par. 33.
10
Ville de Loretteville c. Laliberté, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 14 juin 1994,
[1994] J.Q. no 1743 (QL), par. 27 et 28. Voir également M.R.C. des Collines-de-l’Ouataouais c. Bédard
Juge Gravel, Cour municipale commune M.R.C. des Collines-de-l’Outaouais, 4 juin 1998, [1998] J.Q. no
4439 (QL), par. 9.
11
Municipalité de St-Apolinaire c. Fontaine, Juge Ouellet, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 27
janvier 2009, B.J.C.M.Q. 2009-073, par. 14, 18 et 19.
- 77 -
[18] Le but recherché par cette obligation nouvelle faite à un
conducteur impliqué en un accident est, de toute évidence, de
permettre rapide et efficace enquête sur son éventuelle responsabilité
civile, pénale ou criminelle en cet accident ayant causé un préjudice
corporel.
[19] La recherche de ce but n’a de sens que si cette personne ainsi
préjudiciée corporellement en est une autre que ce conducteur même.
En effet, quelle responsabilité civile, pénale ou criminelle pourrait être
recherchée contre ce conducteur qui s’est lui-même blessé?
Nous croyons que ces trois (3) visions des buts poursuivis par l’article 169 du
Code sont valables.
L’objectif d’aide et de secours a sûrement fait partie des raisons ayant amené le
législateur à édicter cet article. Toutefois, il ne s’agit pas, selon nous, du seul
objectif poursuivi par celui-ci. En effet, s’il s’agissait du seul objectif poursuivi par
le législateur, le contenu de l’article 168 du Code aurait pu suffire pour couvrir
cette situation. L’article 168 oblige un conducteur impliqué dans un accident à
fournir l’aide nécessaire. Cette obligation comprend sûrement, selon
l’interprétation que les tribunaux ont donné à celle-ci, l’obligation d’appeler les
secours nécessaires, lorsqu’une personne a été blessée.
Bien que le législateur ait pu vouloir, en édictant l’article 169, éviter toute
ambiguïté dans l’esprit du conducteur impliqué dans un accident dans lequel une
personne a subi un préjudice corporel, nous croyons qu’il voulait s’assurer
également de responsabiliser les conducteurs impliqués et que l’accident,
compte tenu de sa nature, soit enquêté par un agent de la paix.
En ce qui concerne la responsabilisation, l’ensemble des infractions prévues aux
articles 168 à 171 du Code ont cet objectif en commun. Cet objectif de
responsabilisation se retrouve dans le comportement exigé des conducteurs par
les tribunaux (ex. : vérifications sérieuses) lorsqu’il y a impact entre un véhicule
et une personne ou une chose (autre véhicule, objet inanimé, animal). Cet
objectif s’exprime également dans l’aspect dénonciation de l’accident qui est
partie intégrante des articles 168 à 171 du Code.
La juge Lacroix de la Cour supérieure du Québec dans la décision Bertrand c.
Municipalité de Saint-Casimir12 s’exprimait ainsi :
« 17 L'analyse des dispositions contenues au Titre IV du Code de
la sécurité routière relativement aux obligations en cas d'accident
conduit au raisonnement suivant : peu importe le type d'accident dans
lequel est impliqué un conducteur au sens de l'article 167, celui-ci doit
12
Bertrand c. Municipalité de Saint-Casimir, Juge Lacroix, Cour supérieure du Québec, 8 mars 2005,
[2005] J.Q. no 1441 (QL), par. 17 et 18.
- 78 -
dans tous les cas dénoncer le fait qu'il vient d'être impliqué dans un
accident, et ce, directement avec la personne qui a subi le préjudice
ou encore avec un agent de la paix.
18
L'obligation première est de dénoncer le geste, s'identifier et
fournir les informations requises par la loi. »
Ceci nous amène à l’objectif d’enquête que nous croyons compris dans cet
article.
L’article 169 du Code requiert d’un conducteur impliqué dans un accident dans
lequel une personne a subi un préjudice corporel qu’il fasse appel à un agent de
la paix. Nous reviendrons dans une autre section sur le sens de cette expression.
Aux fins de la présente section, il est suffisant de mentionner que cette
expression vise davantage que le simple fait de communiquer avec un agent de
la paix. Elle laisse entrevoir à tout le moins qu’un agent de la paix se rendra sur
les lieux de l’accident.
L’article 173 du Code édicte :
« L’agent de la paix qui se rend sur les lieux d’un accident doit, dans
les huit jours, informer la Société de cet accident, en lui transmettant
un rapport dont la forme, le contenu et le mode de transmission sont
déterminés par règlement. »
(Nous soulignons)
De plus, l’article 1 du Règlement sur le rapport d’accident (c. C-24.2, r. 4.02.1)
édicte :
« 1. L’agent de la paix qui, en application des articles 173 et 176 du
Code de la sécurité routière (L.R.Q. c. C-24.2; 1996, c. 56, a. 53) se
rend sur les lieux d’un accident au cours duquel une personne a subi
un dommage corporel, doit faire rapport de l’accident en remplissant
sur un support papier la formule prévue à l’annexe 1 ou en
remplissant sur un support informatique la formule prévue à l’annexe
II. »
(Nous soulignons)
Il est clair, selon nous, que le législateur avait cet objectif à l’esprit lorsqu’il a
adopté l’article 169 du Code.
L’agent de la paix se rendant sur les lieux d’un accident procédera à enquêter
celui-ci. Il pourra déterminer si la responsabilité criminelle de l’une des
personnes impliquées est engagée. Il apportera, dans la mesure de ses
capacités, l’aide nécessaire aux personnes blessées. Il sécurisera les lieux. Il
fera rapport de l’accident conformément à la loi. Il fera les recommandations
nécessaires par rapport à l’accident et accomplira les autres actions requises par
les circonstances.
- 79 -
C’est sûrement ce que désirait le législateur lorsqu’il a édicté l’article 169 du
Code.
La sécurité sur les routes est une préoccupation importante du gouvernement du
Québec. Le besoin d’informations sur les accidents survenant sur les routes du
Québec, plus particulièrement dans les cas de personnes décédées ou blessées,
lui est essentiel. C’est sur la base de ces renseignements qu’il apporte les
modifications nécessaires aux lois afin de rendre la route plus sécuritaire pour
ses usagers. Ces renseignements l’amènent à modifier des intersections, à
changer la signalisation existante afin d’améliorer cette sécurité. Ces
renseignements participent également au fonctionnement du régime étatique
d’indemnisation sans égard à la faute.
Le législateur ne pouvait pas ne pas avoir à l’esprit toutes ces considérations
lorsqu’il a rédigé comme il l’a fait l’article 169 du Code.
Ceci nous amène à croire humblement, et ce, contrairement à l’ensemble des
décisions13 s’étant prononcées sur le sujet, que le conducteur d’un véhicule
routier impliqué dans un accident au cours duquel une personne a subi un
préjudice corporel, doit demeurer sur les lieux de l’accident jusqu’à l’arrivée de
l’agent de la paix.
Le défendeur qui aurait quitté avant l’arrivée des policiers commettrait, selon
nous, dans de telles circonstances, une infraction à l’article 168 du Code.
Nous croyons que le libellé de l’article 170 du Code appuie notre opinion à l’effet
que le conducteur impliqué dans un accident avec une personne décédée ou
blessée doit demeurer sur les lieux jusqu’à ce que les policiers se présentent.
L’article 170 du Code fait obligation au conducteur impliqué dans un accident de
fournir certains renseignements à l’agent de la paix qui se rend sur les lieux de
l’accident ou à la personne qui a subi un préjudice.
Le législateur ne pouvait vouloir seulement viser les cas où, par hasard, un agent
de la paix se trouvait à passer sur les lieux de l’accident ou encore celui où
l’agent de la paix a été suffisamment rapide pour se rendre sur les lieux avant
que ne quitte l’un des conducteurs impliqués. Nous croyons que le législateur
était également conscient de l’existence de l’article 169 du Code lorsqu’il a
rédigé son article 170.
13
Voir les arrêts mentionnés aux notes de bas de page no 74, 75 et 76 du chapitre concernant l’article 168
du Code. Dans les décisions Alarie et Baillargeon, il s’agissait de dommages matériels. Dans la décision de
Litalien, l’autre conducteur éprouvait des malaises non spécifiés dans le jugement. Voir également la
décision Municipalité de Sainte-Hélène-de-Breakeyville c. Sirois, Juge Cloutier, Cour municipale de la
Ville de St-Jean-Chrysostome, 22 janvier 1999, [1999] J.Q. no 6726 (QL). Le juge ne se prononce pas dans
ce jugement sur quelle aurait été sa décision si le défendeur avait été accusé d’une infraction en vertu de
l’article 168 du Code.
- 80 -
D’ailleurs, cette interprétation est en accord avec l’ancien article 145 du Code de
la sécurité routière14 qui fut remplacé par les articles 169 et 170 du Code.
Bien que le législateur ait jugé utile de faire des obligations prévues à l’article
145 des infractions distinctes, il n’a pas fondamentalement changé le sens des
obligations que l’on y retrouvait.
8)
L’obligation de faire appel à un agent de la paix n’est pas
conditionnelle à la gravité des blessures.
Comme le dit le juge Cloutier dans l’affaire Tanguay15 :
« 43 Le fait que l'atteinte à l'intégrité physique de la personne soit
bénigne n'a pas d'incidence. La loi ne limite pas l'obligation prévue à
l'article 169 aux préjudices comportant un certain degré de gravité. »
Cette opinion est également partagée par le juge Gravel dans la cause Ville de
Gatineau c. Guilbault16.
9)
L’existence d’un préjudice corporel
Pour que l’article 169 du Code reçoive application, la poursuite doit établir qu’une
personne a subi un préjudice corporel et que ce préjudice a été causé par un
véhicule moteur en mouvement.
Certaines des remarques dont nous avons fait mention en regard des articles
167 et 168 du Code s’appliquent à l’article 169 du Code.
À titre d’exemple, il n’est pas nécessaire qu’il y ait eu un contact entre le véhicule
en mouvement et la personne qui a subi un préjudice corporel pour que l’article
169 puisse s’appliquer.
De plus, le conducteur d’un véhicule moteur ne peut présumer qu’aucun
préjudice corporel n’a été causé.
14
Code de la sécurité routière, L.R.Q. c. C-24.1, article édicté par l’article 145, L.Q. 1981, Chap. 7.
Ville de Québec c. Tanguay, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 octobre 2006,
[2006] J.Q. no 12559 (QL), par. 43. Voir également Municipalité de Sainte-Hélène-de-Breakeyville c.
Sirois, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de St-Jean-Chrysostome, 22 janvier 1999, [1999] J.Q. no
6726 (QL), par. 11.
16
Ville de Gatineau c. Guilbault Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13 août 1999,
[1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 23.
15
- 81 -
Il doit s’en assurer en effectuant des vérifications sérieuses17.
Qu’est-ce qu’un préjudice corporel?
Le juge Cloutier dans l’affaire Tanguay18 s’exprime ainsi sur la question :
« 30
Dans le Dictionnaire de droit québécois et canadien (3e
édition, Wilson & Lafleur, Montréal, 2004) Me Hubert Reid définit ainsi
les termes "préjudice" et "préjudice corporel" :
"Dommage corporel, matériel ou moral subi par une personne par le
fait d'un tiers et pour lequel elle peut éventuellement avoir le droit
d'obtenir réparation."
"Préjudice qui porte atteinte à l'intégrité physique d'une personne." »
Le juge Côté dans la cause de Lavoie19 adopte la même définition.
Est-ce qu’une personne souffrant d’un choc nerveux à la suite d’un accident a
subi un préjudice corporel au sens de l’article 169 du Code?
Il est clair que la personne qui souffre d’un choc nerveux a subi, tel que nous
l’avons mentionné précédemment, un préjudice au sens de l’article 167 du
Code20.
S’agit-il toutefois d’un préjudice corporel?
Pour reprendre la définition qui ressort de la jurisprudence relative à l’article 169
du Code, un préjudice corporel s’entend de toute atteinte à l’intégrité physique
d’une personne. Dans le cadre de cette définition, l’intégrité physique d’une
personne ne se limite pas seulement à l’enveloppe physique de celle-ci, mais
s’étend, selon nous, à ses capacités psychologiques ou mentales.
La Cour d’appel du Québec avait, dans l’arrêt Andrusiak21, à définir la portée des
mots « préjudice corporel » en matière de prescription d’un recours en
responsabilité.
Le juge Baudouin, dans cet arrêt, écrit ceci au paragraphe 17 de son opinion :
« 17
Dans le présent dossier donc, comme mon collègue, je n'ai
pas d'hésitation, suivant ainsi la jurisprudence dominante, à dire
17
Voir les décisions citées dans les notes de bas de page no 63 et 64 du chapitre concernant l’article 168 du
Code..
18
Ville de Québec c. Tanguay, op. cit. no 15, par. 30.
19
Ville de Saguenay c. Lavoie, op. cit. no 7, par. 48.
20
Ville de Montréal c. Dubuc, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 5 août 2003,
[2003] J.Q. no 27369 (QL), par. 20.
21
Andrusiak c. Ville de Montréal, Cour d’appel du Québec, 1er octobre 2004, [2004] J.Q. no 10296 (QL).
- 82 -
qu'une atteinte psychologique aussi légère soit-elle consécutive à une
atteinte physique au corps humain doit rentrer dans cette catégorie.
La personne humaine doit, en effet, être considérée comme un tout,
c'est-à-dire dans son aspect matériel (le corps, la santé physique)
mais aussi dans son aspect psychologique ou immatériel (le bienêtre, la santé mentale). Dès qu'il y a donc atteinte à l'intégrité
physique d'un individu, quelle qu'elle soit et quel que soit son degré,
et que celle-ci entraîne des conséquences sur le plan psychologique,
il y a préjudice corporel au sens de la loi. »
Nous croyons que cette décision peut nous aider à définir ce qu’est un
« préjudice corporel ». Toutefois, il faut garder à l’esprit que ce préjudice doit
s’interpréter ultimement dans le cadre du Code de la sécurité routière, et non
sous l’angle de la responsabilité civile.
Nous croyons donc qu’une personne ayant subi un choc nerveux à la suite d’un
accident a subi un préjudice corporel au sens de l’article 169 du Code.
10) Dans quel délai doit-on faire appel à un agent de la paix?
L’article 169 ne spécifie pas dans quel délai le conducteur d’un véhicule routier
impliqué dans un accident causant un préjudice corporel doit faire appel à un
agent de la paix.
Le juge Ouellet a soulevé cette question dans la cause de Fontaine22. Il conclut
que l’obligation prévue à l’article 169 du Code doit être accomplie sans délai.
Nous sommes d’accord avec sa conclusion. En effet, la lecture des autres
dispositions du titre IV du Code de la sécurité routière nous amène à conclure
que le législateur a voulu que les obligations imposées à un conducteur impliqué
dans un accident soient accomplies promptement. On retrouve dans chacune de
ces dispositions un caractère de rapidité qui permet l’accomplissement des
objectifs visés par le législateur avec ces dispositions.
11) Faire appel à un agent de la paix
Comment le conducteur se décharge-t-il de l’obligation que lui impose l’article
169 du Code de faire appel à un agent de la paix? Qu’est-ce que faire appel à un
agent de la paix?
La jurisprudence consultée donne des interprétations quelque peu différentes sur
la portée à donner aux mots « faire appel à un agent de la paix ».
22
Municipalité de St-Apolinaire c. Fontaine, Juge Ouellet, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 27
janvier 2009, B.J.C.M.Q. 2009-073.
- 83 -
Dans certaines décisions23, on semble interpréter ces mots comme signifiant le
simple fait de contacter un agent de la paix pour lui faire part de la survenance
d’un accident.
Dans la cause de Lévesque24, le juge dans sa décision ajoute comme élément
qu’il n’est pas suffisant pour un conducteur impliqué dans un accident avec
préjudice corporel de communiquer avec un agent de la paix. Le conducteur doit
également s’assurer que l’agent de la paix a compris qu’il y a des dommages
corporels.
Le juge Cloutier dans l’affaire Sirois25 va un peu plus loin, selon nous, lorsqu’il
écrit :
« Les termes "lors d'un accident" et "faire appel" signifient que le
conducteur doit s'assurer qu'un agent de la paix est appelé sur les
lieux de l'accident. Cette obligation est différente de celle de
"rapporter" l'accident à un agent de paix, comme c'est le cas à l'article
171 du Code de la sécurité routière. Dans ce dernier cas, le
conducteur n'a pas à s'assurer de la venue d'un policier sur les lieux
de l'accident.
Ainsi, l'article 168 impose le devoir de demeurer sur les lieux et de
fournir l'aide nécessaire. L'article 169 pour sa part, oblige à faire appel
à un agent de la paix sur les lieux de l'accident. »
(Nous soulignons)
Dans cette décision, le juge semble requérir du conducteur impliqué dans un
accident avec préjudice corporel qu’il s’assure de la venue d’un policier sur les
lieux de l’accident. Nous avons employé le terme « semble », car dans le
traitement ultérieur que le juge fait de cet aspect, il conclut à l’accomplissement
de cette obligation par le défendeur.
Le juge arrive à cette conclusion en constatant que dans les faits, des policiers
se sont effectivement rendus sur les lieux de l’accident. Le défendeur n’était plus
sur les lieux de l’accident depuis quelque temps à l’arrivée des policiers.
23
Herrera c. Ville de Montréal, Juge Paul, Cour supérieure du Québec, 12 novembre 2003, [2003] J.Q. no
15849, par. 11; Ville de Gatineau c. Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13
août 1999, [1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 23; Ville de Montréal-Nord c. Geoffroy, Juge Lamontagne, Cour
municipale de la Ville de Montréal-Nord, 14 décembre 1993, [1993] J.Q. no 2299 (QL), par. 29. Il faut
préciser que dans aucune de ces décisions, le juge appelé à rendre jugement n’a eu à interpréter les mots
« faire appel à un agent de la paix ». Les mots qu’ils ont utilisés dans leur décision ne sont peut-être que le
simple rappel de l’obligation mentionnée à l’article 169 du Code.
24
Ville de Sherbrooke c. Lévesque, Juge Lamoureux, Cour municipale de Sherbrooke, 30 octobre 1997,
[1997] J.Q. no 4966 (QL), par. 10.
25
Municipalité de Sainte-Hélène-de-Breakeyville c. Sirois, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de
St-Jean-Chrysostome, 22 janvier 1999, [1999] J.Q. no 6726 (QL), par. 11. Voir également Ville de Laval c.
Litalien, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 2 février 1996, B.J.C.M.Q. 96-104, [1996] J.Q.
no 4836 (QL), par. 11.
- 84 -
Le Petit Robert, dictionnaire de la langue française, sous « faire appel » donne
comme signification le fait de demander, de requérir comme une aide.
Nous croyons humblement que les mots « faire appel à un agent de la paix »
dans le texte de l’article 169 signifient recourir à un agent de la paix.
D’ailleurs, le terme « recourir » est synonyme de « faire appel » selon Le Petit
Robert.
Il ne sera donc pas suffisant, selon nous, pour un conducteur de simplement
communiquer avec les agents de la paix pour leur faire mention qu’un accident a
eu lieu.
Recourir à un agent de la paix, c’est demander l’assistance de celui-ci. Son
assistance pour faire quoi? Pour assister les conducteurs impliqués dans
l’accomplissement des obligations d’aide et de communication d’information qui
leur sont imposées par le Code, ainsi que pour accomplir l’ensemble des
objectifs poursuivis à l’article 169 du Code par le législateur et dont nous avons
fait mention antérieurement.
Avec une telle signification, est-ce que le défendeur qui s’est assuré de la
présence d’un policier sur les lieux de l’accident, mais qui ne demeure pas sur
les lieux de celui-ci jusqu’à l’arrivée des policiers, a contrevenu à l’article 169 ?
Peut-être. On pourrait toutefois prétendre que le conducteur impliqué dans
l’accident a rempli son obligation sous l’article 169 du Code, puisqu’il s’est
assuré de la présence d’un agent de la paix sur les lieux de l’accident avant de
quitter. Sa responsabilité pénale devrait alors être examinée en fonction des
obligations imposées par l’article 168 du Code.
Nous tenons encore à préciser qu’aucune décision n’a interprété l’article 169
dans le sens que nous prétendons. De plus, quelques décisions rendues
relativement à d’autres articles du Code ont précisé qu’il n’y avait pas
d’obligation pour un conducteur d’attendre l’arrivée des policiers.
12)
Est-ce que l’obligation de faire appel à un agent de la paix,
prévue à l’article 169 du Code, doit obligatoirement être
accomplie par le conducteur impliqué dans un accident avec
préjudice corporel?
Une lecture littérale du texte de l’article 169 du Code conduit à la conclusion qu’il
s’agit d’une obligation impérative imposée à chacun des conducteurs impliqués
dans un accident au cours duquel une personne a subi un préjudice corporel.
- 85 -
Toutefois, la jurisprudence développée en rapport avec l’article 169 du Code
s’est éloignée d’une interprétation purement littérale de cet article.
Dans l’affaire Geoffroy26, le juge Lamontagne écrit :
« Il est alors évident que si les policiers ont été appelés par un des
conducteurs impliqués, il n'est pas nécessaire que le ou les autres
conducteurs impliqués fassent de même. »
Dans l’affaire Guilbault27, le juge Gravel mentionne ceci au même effet :
« il n'est pas nécessaire que toutes les personnes impliquées dans l'accident
appellent un agent de la paix, mais il faut que chacun s'assure qu'un tel agent
a été effectivement appelé. »
Finalement, dans la décision de Sirois28, le juge Cloutier commente plus
amplement sur le sujet :
«ce serait aller bien au-delà de l'obligation que veut imposer l'article
169, que d'obliger tous les conducteurs impliqués dans un accident
d'appeler eux-mêmes la police. L'obligation peut être rencontrée par
un passager, un témoin, un des conducteurs impliqués ou même par
un tiers qui appelle les policiers. Cependant, le conducteur impliqué a
l'obligation de s'assurer que cela a été fait. »
26
Ville de Montréal-Nord c. Geoffroy, Juge Lamontagne, Cour municipale de la Ville de Montréal-Nord,
14 décembre 1993, [1993] J.Q. no 2299 (QL), par. 28. Voir également Ville de Laval c. Litalien, Juge
Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 2 février 1996, B.J.C.M.Q. 96-104, [1996] J.Q. no 4836 (QL),
par. 10.
27
Ville de Gatineau c. Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13 août 1999,
B.J.C.M.Q. 99-353, [1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 23.
28
Municipalité de Sainte-Hélène-de-Breakeyville c. Sirois, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de
St-Jean-Chrysostome, 22 janvier 1999, [1999] J.Q. no 6726 (QL), par. 14.
- 86 -
CHAPITRE V
Article 170
Information
170
« Le conducteur d’un véhicule routier
impliqué dans un accident doit fournir à
l’agent de la paix qui se rend sur les lieux de
l’accident ou à la personne qui a subi un
préjudice ses nom et adresse, le numéro de
son permis, les nom et adresse du
propriétaire
inscrit
au
certificat
d’immatriculation du véhicule, l’attestation
d’assurance ou de solvabilité prévue par la
Loi sur l’assurance automobile (chapitre A25) et le numéro apparaissant sur la plaque
d’immatriculation du véhicule. »
Antérieurement, les obligations prévues par cet article se retrouvaient à l’article
145 du précédent Code de la sécurité routière1. L’article 145 se lisait ainsi :
« 145. Le conducteur d'un véhicule routier impliqué dans un accident
doit rester sur les lieux ou y retourner immédiatement après l'accident,
et fournir l'aide nécessaire à une personne qui a subi une blessure ou
un dommage. Lors d'un accident au cours duquel une personne a été
blessée, le conducteur du véhicule routier doit faire appel à un agent de
la paix.
Renseignements à fournir.
Il doit également donner par écrit à l'agent de la paix ou à la personne
qui a subi un dommage ses nom et adresse, le numéro de son permis
de conduire, de son permis d'apprenti conducteur ou de son certificat
de compétence, les nom et adresse du propriétaire inscrit au certificat
d'immatriculation du véhicule et le numéro d'immatriculation du
véhicule. »
1
Code de la sécurité routière, L.R.Q., c. C-24.1, article édicté par l’article 145, L.Q. 1981, Chap. 7.
- 87 -
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte/absolue)
L’infraction prévue à l’article 170 est une infraction de responsabilité stricte2.
2)
S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168, 169 et 171 du Code?
L’infraction prévue à l’article 170 du Code est une infraction distincte3 de celles
prévues aux articles 168, 169 et 171 du Code. Il ne s’agit pas d’une infraction
moindre et incluse à celles-ci.
3)
Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 170 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au
titre IV du Code?
Nous référons le lecteur à la rubrique correspondante que l’on retrouve aux
chapitres relatifs aux articles 168 et 169 du Code.
En ce qui concerne l’article 171, nous croyons que cette question ne se pose
pas, compte tenu du caractère mutuellement exclusif des articles 170 et 171 du
Code4. Toutefois, il y aurait possibilité de déclaration multiple dans l’éventualité,
à titre d’exemple, où un conducteur heurte dans un premier temps un véhicule
inoccupé et que dans un deuxième temps, il percute un autre véhicule qui cette
fois est occupé. Dans un tel cas, malgré la proximité temporelle entre les
événements, il s’agirait tout de même de deux (2) événements distincts sur le
plan juridique.
4)
L’article 170 du Code et l’application de l’article 592 du Code.
Pour une étude détaillée sur l’application de l’article 592 du Code, nous vous
référons aux pages 30 et suivantes du présent texte.
2
Voir commentaires formulés à l’article 168 sous la même rubrique. Voir également la note 2 du chapitre
concernant l’article 168 du Code. Voir également : Ville de Montréal c. Bourdon, Juge Discepola, Cour
municipale de la Ville de Montréal, 23 mai 2001, [2001] J.Q. no 2502 (QL), par. 12; Ville de Lachine c.
Lévesque, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Lachine, 21 mars 1995, [1995] J.Q. no 2756 (QL),
par. 41; Ville de Shawinigan c. Brodeur, Juge Trudel, Cour municipale de la Ville de Shawinigan, 8 mars
2006, [2006] J.Q. no 4081 (QL), par. 12; Ville de Saint-Jérôme c. Demers, Juge Laverdure, Cour
municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 14 avril 2004, [2004] J.Q. no 17454 (QL), par. 20; Ville de SaintJérôme c. Lapointe, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 16 septembre 2004,
[2004] J.Q. no 17468 (QL), par. 20; Ville de Laval c. Grondin, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville
de Laval, 9 décembre 2004, [2004] J.Q. no 14082 (QL), par. 13; Ville de L'Ancienne-Lorette c. Paradis,
Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de L'Ancienne-Lorette, 26 novembre 1998, [1998] J.Q. no 5165
(QL), par. 10; Ville de Sainte-Catherine c. Bergevin, Juge Lemieux, Cour municipale commune de
Candiac, 3 février 2009, [2009] J.Q. no 1627 (QL), par. 78.
3
Voir les décisions mentionnées à la note de bas de page no 4 du chapitre concernant l’article 168 du Code.
4
Ville de St-Léonard c. Auger, Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J. Q. no
3128 (QL), par. 13.
- 88 -
Il faut préciser que conformément à l’article 592 du Code, le propriétaire
enregistré d’un véhicule routier impliqué dans un accident pourrait être déclaré
coupable d’avoir enfreint l’article 170 du Code, même s’il n’était pas dans le
véhicule au moment de l’accident. Il peut se dégager de sa responsabilité s’il
prouve que lors de l’infraction le véhicule était, sans son consentement, en la
possession d’un tiers5.
5)
La nécessité d’une intention
L’article 170 du Code de la sécurité routière ne requiert pas la preuve d’une
quelconque intention.
Le juge Cloutier s’exprime d’ailleurs ainsi sur le sujet dans la cause de
Bergeron6 :
« Les infractions prévues au Code de la sécurité routière en matière
de délit de fuite ne sont donc pas des infractions exigeant la preuve
de l'intention coupable. L'esprit malhonnête, la malice, l'intention
d'esquiver sa responsabilité ne sont pas en cause. »
6)
Les éléments essentiels de l’infraction
Les éléments essentiels de l’infraction prévue à l’article 170 du Code, sous
réserve de l’article 592 du Code, sont7 :
a) l’identité du conducteur, et;
b) le fait que le conducteur d’un véhicule routier a été impliqué dans un
accident au sens du Code, et;
5
Babai-Khammeh c. Ville de Longueuil, Juge Buffoni, Cour supérieure du Québec, 31 juillet 2008, [2008]
J.Q. no 7143 (QL).
6
Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23
octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395 (QL).
7
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q.
no 3001 (QL), par. 10; Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 5
décembre 2006, [2006] J.Q. no 23550 (QL), par. 32; Ville de Gatineau c. Desrosiers, Juge Séguin, Cour
municipale de la Ville de Gatineau, 13 juin 1995, [1995] J.Q. no 2568 (QL), par. 5; Ville de Québec c.
Tourigny, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 9 mars 2007, [2007] J.Q. no 2678 (QL),
par. 30; Ville de Sainte-Catherine c. Bergevin, Juge Lemieux, Cour municipale commune de Candiac, 3
février 2009, [2009] J.Q. no 1627 (QL), par. 81; Ville de Shawinigan c. Brodeur, Juge Trudel, Cour
municipale de la Ville de Shawinigan, 8 mars 2006, [2006] J.Q. no 4081 (QL), par. 81; Ville de SaintJérôme c. Demers, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 14 avril 2004, [2004] J.Q.
no 17454 (QL), par. 18; Ville de Saint-Jérôme c. Lapointe, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de
Saint-Jérôme, 16 septembre 2004, [2004] J.Q. no 17468 (QL), par. 18.
- 89 -
c) que le conducteur n’a pas fourni à l’agent de la paix qui s’est rendu sur les
lieux ou à la personne qui a subi un préjudice, les informations énumérées
à l’article 170 du Code.
7)
Il n’appartient pas à l’autre partie de requérir d’un conducteur
impliqué les informations énumérées à l’article 170 du Code.
Le juge Lemieux s’exprime ainsi sur la question dans la cause de Lacasse8 :
« L'obligation pour le conducteur impliqué dans un accident de fournir
à la personne qui a subi un dommage les renseignements dont la liste
apparaît à l'article 170 existe légalement et de plein droit dès la
survenance de l'accident au cours duquel une personne a subi un
dommage. »
Le juge Fournier adhère à cette opinion, lorsqu’il mentionne dans l’affaire
Grondin9 :
« Le fait que monsieur d'Amours ait, ou n'ait pas requis du défendeur
qu'il lui fournisse ses renseignements n'est d'aucune conséquence
pour ce dernier. Il n'est pas impératif d'attendre que la victime ait
requis ces informations. Cette obligation découle du texte législatif.
Ce n'est ni au plaignant, ni à la police de poursuivre le défendeur
jusqu'à l'intérieur de la Récréathèque pour soutirer, in extremis, ses
renseignements. Il ne peut s'exonérer en disant que la police devait
s'exécuter. Bref, le législateur aurait ainsi imposé des obligations à
des tiers qui ne sont aucunement rattachés à l'accident. »
D’autres décisions10 vont dans le même sens que celles précédemment citées.
8
Ville de Salaberry-de-Valleyfield c. Lacasse, Juge Lemieux, Cour municipale de la Ville de Salaberry-deValleyfield, 5 avril 1995, [1995] J.Q. no 2771 (QL), par. 21.
9
Ville de Laval c. Grondin, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Laval, 9 décembre 2004, [2004]
J.Q. no 14082 (QL), par. 18 et 21.
10
St-Pierre c. Ville de Montréal, Juge Zigman, Cour supérieure du Québec, 24 novembre 2009, [2009]
QCCS 5408; Ville de Sainte-Catherine c. Bergevin, Juge Lemieux, Cour municipale commune de Candiac,
3 février 2009, [2009] J.Q. no 1627 (QL), par. 105; Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour
municipale de la Ville de Québec, 5 décembre 2006, [2006] J.Q. no 23550 (QL), par. 45; Ville de
Longueuil c. Bredy, Juge Themens, Cour municipale de la Ville de Longueuil, 8 novembre 2000, [2000]
J.Q. no 7014 (QL), par. 16; Procureur général du Québec c. Otis, Juge Verrette, Cour du Québec, 18
novembre 2008, [2008] J.Q. no 11811 (QL), par. 30; Ville de Montréal c. Bourdon, Juge Discepola, Cour
municipale de la Ville de Montréal, 23 mai 2001, [2001] J.Q. no 2502 (QL), par. 19.
- 90 -
8)
L’obligation prévue à l’article 170 du Code existe
indépendamment que les parties impliquées désirent ou non
compléter un constat à l’amiable.
Le juge Lemieux reprend cette position dans la cause de Lacasse11 :
« De plus, l'article 170 trouve application indépendamment du fait que
des conducteurs impliqués dans un accident veuillent remplir ou non
un constat amiable. »
Le juge Laverdure semble partager ce point de vue dans la cause de Richer12.
Dans cette cause, le défendeur avait proposé à l’autre conducteur de remplir un
constat à l’amiable. L’autre conducteur refusa. Le défendeur était poursuivi en
vertu de l’article 171 du Code et non en vertu de l’article 170. Le juge arriva à la
conclusion qu’il y aurait eu infraction à l’article 170 du Code si le défendeur avait
été poursuivi en vertu de cet article. L’offre du défendeur de compléter un constat
à l’amiable et le refus de l’autre conducteur ne changeait rien à l’obligation qui
était imposée au défendeur de fournir les renseignements exigés par l’article 170
du Code.
Nous prenons la liberté de vous inclure en note de bas de page, diverses autres
décisions rendues en vertu du titre IV du Code où il a été fait mention d’un
constat à l’amiable13.
9)
L’accomplissement de l’obligation faite au conducteur impliqué
dans un accident de fournir certains renseignements présuppose
que celui-ci demeure sur les lieux de cet accident.
Cette rubrique est intimement reliée à celle intitulée : « Demeurer sur les lieux
pendant combien de temps et pour y faire quoi? » que l’on retrouve dans le
chapitre relatif à l’article 168.
11
Ville de Salaberry-de-Valleyfield c. Lacasse, Juge Lemieux, Cour municipale de la Ville de Salaberryde-Valleyfield, 5 avril 1995, [1995] J.Q. no 2771 (QL), par. 21.
12
Ville de Saint-Antoine c. Richer, Juge Laverdure, Cour municipale de Saint-Jérôme, 30 mai 2002, [2002]
J.Q. no 10174 (QL).
13
Ville de Saint-Jérôme c. Demers, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 14 avril
2004, [2004] J.Q. no 17454 (QL), par. 12 et 26; Ville Mont-Royal c. Hérard, Juge Laurier, Cour municipale
de la Ville de Mont-Royal, 11 février 2002, [2002] J.Q. no 581 (QL); Ville de Saint-Laurent c. Lanoue,
Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Saint-Laurent, 25 avril 1996, [1996] J.Q. no 5019 (QL);
Ville de Montréal-Nord c. Geoffroy, Juge Lamontagne, Cour municipale de la Ville de Montréal-Nord, 14
décembre 1993, [1993] J.Q. no 2299 (QL); Ville de Longueuil c. Bredy, Juge Themens, Cour municipale
de la Ville de Longueuil, 8 novembre 2000, [2000] J.Q. no 7014 (QL); Ville de Hull c. Alarie, Juge
Simard, Cour municipale de la Ville de Hull, 9 septembre 1996, [1996] J.Q. no 4916 (QL); Ville de Laval
c. Vaudry, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 23 mai 2000, [2000] J.Q. no 2352 (QL); Ville
de Trois-Rivières c. Savard, Juge Crête, 6 juillet 2010, Cour municipale de la Ville de Trois-Rivières,
[2010] J.Q. no 7812 (QL); Ville de Trois-Rivières c. Blouin, Juge Crête, Cour municipale de TroisRivières, 6 juin 2011, [2011] Can LII 38084 (QC CM).
- 91 -
Certaines décisions font ressortir que l’accomplissement de l’obligation prévue à
l’article 170 présuppose que le conducteur d’un véhicule impliqué dans un
accident demeure sur les lieux de celui-ci s’il veut être en mesure de satisfaire à
cette obligation.
C’est d’ailleurs ce qui amène le juge Cloutier à se poser cette question dans la
cause de Vaillancourt 14:
« Comment, sans s’immobiliser, un conducteur peut-il fournir aux
autres impliqués les informations requises à l’article 170? »
Le juge Côté dans Kirouac15 répond à cette question ainsi :
« 52
Il ressort du texte de cet article que les renseignements
prévus par la loi doivent être donnés "à la personne qui a subi un
préjudice" ou à un policier qui se rend sur les lieux.
53
Cela sous-tend, nécessairement, que le conducteur impliqué
demeure sur les lieux de l'accident ou y revienne, promptement. »
Il est rejoint dans sa position par le juge Lemieux dans Bergevin16 :
« 83 Dans le jugement Ville de Longueuil c. Gladu, précité, la Cour
supérieure rappelle que l'obligation première du conducteur d'un
véhicule routier impliqué dans un accident est de demeurer sur les
lieux d'un accident afin de remplir, le cas échéant, ses autres
obligations, savoir fournir l'aide nécessaire à une personne qui a subi
un préjudice (a. 168 in fine), faire appel à un agent de la paix en cas
de blessures (a. 169) et divulguer les renseignements prévus à
l'article 170.
84
La Cour supérieure précise que pour remplir ces autres
obligations, le conducteur impliqué dans un accident doit
obligatoirement rester sur les lieux ou y retourner immédiatement. »
14
Ville de Québec c. Vaillancourt, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 11 mars 2003,
[2003] J.Q. no 27420 (QL), par. 19.
15
Ville de Saguenay c. Kirouac, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 25 avril 2008,
[2008] J.Q. no 11476 (QL), par. 52 et 53.
16
Ville de Sainte-Catherine c. Bergevin, Juge Lemieux, Cour municipale commune de Candiac, 3 février
2009, [2009] J.Q. no 1627 (QL), par. 83 et 84. Voir également : Ville de Longueuil c. Gladu, Juge Chabot,
Cour supérieure du Québec, 30 mai 2006, [2006] J.Q. no 5083 (QL), par. 15.
- 92 -
10) L’obligation de fournir les renseignements prévus à l’article 170
du Code n’est pas conditionnelle à la détermination de la
responsabilité de l’un des conducteurs dans la survenance de
l’accident.
Qu’un conducteur soit responsable ou non de la survenance de l’accident n’est
pas pertinent17. Une fois qu’un accident est survenu, chacun des conducteurs
impliqués a l’obligation de respecter l’article 170 du Code.
11) La relation entre les articles 170 et 171 du Code.
Le juge Diamond dans l’affaire Corbeil18 s’exprime ainsi sur cette relation :
« 8 Quoique les articles 170 et 171 C.s.r. comportent les éléments
communs d'être impliqué dans un accident et de fournir les
renseignements requis, la situation visée et l'actus reus de l'infraction
alléguée sont bien différents. L'élément essentiel d'une infraction à
l'article 170 est de ne pas fournir les renseignements à l'agent de la
paix ou à la personne ayant subi un dommage alors qu'ils sont sur les
lieux. Celui de l'article 171 est de ne pas communiquer avec un poste
de police lorsque les personnes y mentionnées ne s'y trouvent pas. Il
est impossible de vivre les deux situations en même temps : ou bien
les personnes mentionnées à ces articles sont sur les lieux ou elles
n'y sont pas. C'est pourquoi le législateur a prévu ces deux situations
distinctes. »
Cet extrait est cité avec approbation par le juge Béliveau de la Cour supérieure
du Québec dans la cause d’Auger19.
Certaines autres décisions20 ont adopté le même point de vue que le juge
Diamond. L’article 170 du Code s’applique si la personne qui a subi un préjudice
17
Ville de Laval c. Ethier, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 19 novembre 1998, [1998]
J.Q. no 4310 (QL), par. 15, Ville de Lasalle c. Clavet, Juge Laberge, Cour municipale de la Ville de
Lasalle, 12 décembre 2001, [2001] J.Q. no 8254 (QL), par. 7; Ville de Lachine c. Lévesque, Juge Fournier,
Cour municipale de la Ville de Lachine, 21 mars 1995, [1995] J.Q. no 2756 (QL), par. 50; Ville de
Longueuil c. Bredy, Juge Themens, Cour municipale de la Ville de Longueuil, 8 novembre 2000, [2000]
J.Q. no 7014 (QL), par. 15; Ville de Laval c. Grondin, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de
Laval, 9 décembre 2004, [2004] J.Q. no 14082 (QL), par. 21.
18
Ville de Saint-Jérôme c. Corbeil, Juge Diamond, Cour municipale de la Ville de St-Jérôme, 7 décembre
1995, [1995] J.Q. no 2679 (QL), par. 8.
19
Ville de St-Léonard c. Auger, Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J. Q.
no 3128 (QL), par. 13.
20
Municipalité de St-Tite c. Arcand, Juge Trudel, Cour municipale de la M.R.C. de Mékinac, 24 avril 2006,
[2006] J.Q. no 4076, par. 14 (QL), par. 12; Ville de St-Georges c. Poirier, Juge Ouellet, Cour municipale de
la Ville de St-Georges, 8 janvier 2001, [2001] J.Q. no 2496 (QL), par. 3 et 4; Municipalité de Saint-Félixde-Valois c. Provost, Juge Lalande, Cour municipale de Matawinie, 26 mai 2008, [2008] J.Q. 4533 (QL),
par.44; Ville de Chicoutimi c. Éric Gaudreault, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 26
avril 2001, [2001] J.Q. no 8332 (QL), par.9.
- 93 -
est sur les lieux. Si elle ne s’y trouve pas, c’est plutôt l’article 171 qui devrait
recevoir application.
Bien que simple à comprendre, cet énoncé ne résout pas l’entièreté de la
situation.
Imaginons le cas suivant. Un véhicule est stationné dans le terrain de
stationnement d’une pharmacie. Un enfant de sept (7) ans occupe le siège
arrière de ce véhicule. Un véhicule qui circule dans le stationnement heurte le
véhicule stationné. Le conducteur du véhicule en mouvement descend de son
véhicule et se dirige vers l’occupant du véhicule stationné. L’enfant de sept (7)
ans l’informe que le conducteur est Monsieur X, son oncle, et qu’il se trouve à la
pharmacie située à quelques dizaines de pieds du véhicule. Le conducteur reste
sur les lieux durant quinze (15) minutes; l’autre conducteur n’est toujours pas
revenu. Il décide alors de quitter. Il n’a donné aucun renseignement le
concernant.
Si l’on met de côté la question de savoir si le véhicule est occupé ou non, il est
évident que le conducteur du véhicule stationné peut être rejoint à proximité des
lieux de l’accident. Par conséquent, l’article 171 du Code ne pourrait recevoir
application. D’un autre côté, il est également évident que ce conducteur n’est pas
présent sur les lieux au moment de l’accident. Par conséquent, l’article 170 du
Code ne pourrait également recevoir application si l’on tient compte de la
jurisprudence citée.
Voir les choses de cette façon fait en sorte que les objectifs de responsabilisation
et de dénonciation poursuivis par les articles 168 à 171 du Code sont mis en
échec.
C’est sûrement cette constatation qui amena le juge Gravel dans la cause de
Graham21 à faire cette corrélation entre les articles 170 et 171 du Code lorsqu’il
écrit :
«9
La partie défenderesse soulève une objection préliminaire
quant à la nature de l'infraction reprochée au défendeur. Selon la
défense, le défendeur ne peut être poursuivi en vertu de l'article 170
du Code de la sécurité routière, car les événements décrits
démontrent bien qu'il s'agit d'un véhicule routier impliqué dans un
accident avec un véhicule inoccupé et que l'obligation du défendeur
est alors celle prévue à l'article 171 C.s.r., soit de communiquer sans
délai avec le poste de police le plus près afin de rapporter l'accident.
Le défendeur n'ayant pas été poursuivi en vertu de ce dernier article,
devrait être acquitté, car il s'agit d'infractions distinctes.
10 Le Tribunal ne partage pas cette interprétation restrictive de la
défense. Il est exact de soutenir, qu'en vertu de l'article 171 C.s.r.,
21
Ville de Gatineau c. Graham, Juge Gravel, Cour municipale de la Ville de Gatineau, 30 mai 2000, [2000]
J.Q. no 2351 (QL), par. 9 et 10.
- 94 -
dans le cas où le conducteur d'un véhicule routier est impliqué dans
un accident avec un véhicule routier inoccupé, ce dernier doit
communiquer sans délai avec le poste de police le plus près afin de
rapporter l'accident et de fournir les renseignements nécessaires.
Bien sûr, cette dernière obligation ne lui incombe que si le propriétaire
du bien endommagé ou une personne qui le représente ne peuvent
être joints sur les lieux de l'accident ou à proximité. Si, au contraire, le
propriétaire peut être joint sur les lieux de l'accident ou à proximité,
les obligations sont celles prévues à l'article 170 C.s.r. »
D’ailleurs, nous croyons également que les articles 170 et 171 du Code doivent
être lus ensemble. C’est d’ailleurs cette lecture qui permet d’éliminer certaines
situations bizarres qui pourraient survenir à la suite d’une interprétation littérale
de certaines des décisions mentionnées précédemment.
Cet exercice nous permet de conclure tout d’abord que l’article 170 devrait
recevoir application même si la personne ayant subi un préjudice n’est pas
présente sur les lieux, à la condition qu’une personne qui la représente soit
présente sur les lieux. Le juge Béliveau dans Auger22 fait référence à cette
situation, et ce, même si le texte de l’article 170 ne fait pas mention du
représentant.
12) La suffisance d’une partie des renseignements prévus à l’article
170 du Code.
Le juge Discepola s’exprime ainsi sur le sujet dans Ville de Montréal c.
Bourdon23 :
« 12
En vertu de l'article 170, qui est une infraction de
responsabilité stricte1, le défendeur a l'obligation de fournir tous les
renseignements et non seulement son nom et numéro de permis. De
plus, il doit fournir tous ces renseignements écrits lisiblement.
14 Finalement, les obligations de l'article 170 sont des obligations
imposées à un conducteur, afin que chaque conducteur ait le plus de
renseignements possible à des fins d'enquêtes et d'assurances. Il ne
s'agit pas de fournir seulement les renseignements essentiels, mais il
s'agit de les fournir tous sans aucune exception. Ce n'est pas à l'autre
conducteur de les exiger.
22
Ville de Saint-Léonard c. Auger , Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J.Q.
no 3128 (QL).
23
Ville de Montréal c. Bourdon, , Juge Discepola, Cour municipale de la Ville de Montréal, 23 mai 2001,
[2001] J.Q. no 2502 (Ql), par. 12, 14 et 15. Voir Lupien c. Ville de Brossard, Juge Castonguay, Cour
supérieure du Québec, 13 décembre 2010, [2010] J.Q., no 13591 (QL). Dans cette cause, malgré l’absence
de divulgation de certains renseignements requis par l’article 170, le défendeur fut acquitté en appel sur la
base d’une défense de diligence raisonnable; Ville de Trois-Rivières c. Blouin, Juge Crête, Cour municipale
de Trois-Rivières, 6 juin 2011, [2011] Can LII 38084 (QC CM).
- 95 -
15
Les renseignements doivent être fournis sous un format qui
permettra à l'autre conducteur de les conserver et transmettre à des
tiers pour fins d'enquête et d'assurance. Généralement, ceci se fait
par écrit, mais n'est pas limité nécessairement à l'écrit puisque l'article
170 ne spécifie pas un mode particulier. Un conducteur qui fournit ces
renseignements verbalement ne respecte pas l'article 170. »
La remise d’une carte professionnelle ne rencontre pas les exigences de l’article
170 du Code24.
Les commentaires formulés à la section 7 du présent chapitre et à la section 9 e)
du chapitre concernant l’article 168 du Code sont également pertinents à la
question sous étude dans la présente section.
24
Ville de Lachine c. Lévesque, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Lachine, 21 mars 1995,
[1995] J.Q. no 2756 (QL); Ville de Laval c. Vaudry, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 23
mai 2000, [2000] J.Q. no 2352 (QL); Ville de Montréal c. Sowa, Juge Pelletier, Cour municipale de
Montréal, 23 juillet 2009, [2009] J.Q. no 7538 (QL).
- 96 -
CHAPITRE VI
Article 171
Accident avec véhicule inoccupé
171
« Le conducteur d’un véhicule routier qui est
impliqué dans un accident avec un animal
pesant plus de 25 kg, un véhicule routier
inoccupé ou un autre objet inanimé doit,
lorsque le propriétaire du bien endommagé
ou une personne qui le représente ne peut
être rejoint sur les lieux de l’accident ou à
proximité, communiquer sans délai avec le
poste de police le plus près afin de rapporter
l’accident et de fournir les renseignements
prévus à l’article 170.»
Antérieurement, les obligations prévues par cet article se retrouvaient à l’article
146 du précédent Code de la sécurité routière1. L’article 146 se lisait ainsi :
« 146. Malgré l’article 145, le conducteur d’un véhicule routier qui est
impliqué dans un accident avec un objet inanimé ou un véhicule routier
inoccupé doit, lorsque le propriétaire du bien endommagé ou une
personne qui le représente ne peut être rejoint sur les lieux de l’accident
ou à proximité, communiquer sans délai avec le poste de police le plus
près afin de rapporter l’accident et de fournir les renseignements prévus
par l’article 145.»
1)
Type d’infraction (responsabilité stricte / absolue)
L’infraction prévue à l’article 171 du Code est une infraction de responsabilité
stricte2.
1
Code de la sécurité routière, L.R.Q., c. C-24.1; article édicté par l’article 146, L.Q. 1981, Chap. 7.
Voir commentaires formulés à l’article 168 sous la même rubrique. Voir également la note 2 du chapitre
concernant l’article 168 du Code. Voir également Ville de Saint-Jérôme c. Manes, Juge Laverdure, Cour
municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 27 octobre 2004, [2004] J.Q. no 17435 (QL); Ville de La Baie c.
Simard, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de La Baie, 7 novembre 2000, [2000] J.Q. no 7425 (QL),
par. 31; Ville de Sainte-Foy c. Poulin, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Sainte-Foy, 14 mars
2000, [2000] J.Q. no 7529 (QL), par. 19; Ville de L’Ancienne-Lorette c. Roy, Juge Cloutier, Cour
municipale de la Ville de l’Ancienne-Lorette, 18 juin 1998, [1998] J.Q. no 4451 (QL), par. 11; Ville de
Joliette c. Savoie, Juge Beauséjour, Cour municipale de la Ville de Joliette, 13 janvier 2009, [2009] J.Q. no
1200 (QL), par. 75; Ville de Québec c. Simard, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28
août 2008, [2008] J.Q. no 9602 (QL), par. 43; Ville de Saint-Sauveur c. Claing, Juge Laverdure, Cour
municipale de la Ville de Sainte-Adèle, 4 juillet 2006, [2006] J.Q. no 6656 (QL).
2
- 97 -
2)
S’agit-il d’une infraction distincte des infractions prévues aux
articles 168 à 171 du Code?
L’infraction prévue à l’article 171 du Code est une infraction distincte3 de celles
prévues aux articles 168 à 170 du Code. Il ne s’agit pas d’une infraction moindre
et incluse à celles-ci.
3)
Peut-il y avoir déclaration de culpabilité simultanée en vertu de
l’article 171 et de l’un ou plusieurs des autres articles prévus au
titre IV du Code?
Nous référons le lecteur à la rubrique correspondante que l’on retrouve aux
chapitres relatifs aux articles 168, 169 et 170 du Code.
4)
L’article 171 du Code et l’application de l’article 592 du Code.
Comme il est mentionné à l’article 592 du Code, pour que le propriétaire
enregistré d’un véhicule routier soit déclaré coupable d’une infraction à l’article
171 du Code, la poursuite doit établir :
a) que le propriétaire était le conducteur du véhicule au moment de
l’accident; ou
b) que le propriétaire se trouvait dans le véhicule au moment de
l’accident et que ce véhicule était conduit, à ce moment, par son
préposé.
Pour une étude plus détaillée sur l’application de l’article 592 du Code, nous vous
référons aux pages 30 et suivantes du présent texte.
5)
La nécessité d’une intention
L’article 171 du Code de la sécurité routière ne requiert pas la preuve d’une
quelconque intention.
Le juge Cloutier s’exprime d’ailleurs ainsi sur le sujet dans la cause de
Bergeron4 :
« Les infractions prévues au Code de la sécurité routière en matière
de délit de fuite ne sont donc pas des infractions exigeant la preuve
de l'intention coupable. L'esprit malhonnête, la malice, l'intention
d'esquiver sa responsabilité ne sont pas en cause. »
3
Voir les décisions mentionnées à la note 4 du chapitre concernant l’article 168 du Code.
Municipalité de Lotbinière c. Bergeron, Juge Cloutier, Cour municipale de la M.R.C. de Lotbinière, 23
octobre 2000, [2000] J.Q. no 7395 (QL).
4
- 98 -
6)
Les éléments essentiels de l’infraction
Les éléments essentiels de l’infraction prévue à l’article 171 du Code, sous
réserve de l’article 592 du Code, sont5 :
a)
l’identité du conducteur, et;
b)
le fait que le conducteur du véhicule routier a été impliqué dans un
accident au sens du Code, et;
c)
l’accident impliquait un véhicule inoccupé ou un animal pesant plus
de 25 kg ou un objet inanimé, et;
d)
le propriétaire du bien endommagé ou une personne qui le
représente ne peut être rejoint sur les lieux de l’accident ou à
proximité, et;
e)
le conducteur impliqué dans l’accident n’a pas communiqué sans
délai avec le poste de police le plus près pour fournir les
renseignements prévus à l’article 170 du Code.
7)
Objet inanimé
La question de savoir qu’est-ce qu’un objet inanimé s’est posée dans la cause de
Weisglass6 : Voici comment le juge traita de cette question :
«7
Quant au troisième argument de la défense, à savoir qu'un
arbre n'est pas un objet inanimé, le Tribunal est d'avis qu'il faut
interpréter l'article 171 du C.s.r. pour lui donner un sens logique.
8
Au fait, le législateur a parlé d'un accident avec un véhicule
routier inoccupé ou avec un autre objet inanimé. On peut facilement
conclure que le mot inanimé prend le sens de "qui n'est pas en
mouvement" tout comme n'est pas en mouvement un véhicule routier
inoccupé.
5
Ville de Charlemagne c. Rémillard, Juge Beauséjour, Cour municipale de la Ville de Repentigny, 30 mai
2007, [2007] J.Q. no 5541 (QL), par. 44; Ville de Sainte-Foy c. Poulin, op. cit. no 191, par. 20; Bertrand c.
Municipalité de St-Casimir, Juge Michèle Lacroix, Cour supérieure du Québec, 8 mars 2005 [2005] J.Q. no
1441; Municipalité de St-Charles-Borromée c. Lachapelle, Juge Beauséjour, Cour municipale de la Ville de
Joliette, 12 août 2008, [2008] J.Q. no 8624 (QL), par. 45; Municipalité de St-Paul c. Thibert, Juge
Beauséjour, Cour municipale de la Ville de Joliette, 14 juin 2007, [2007] J.Q. no 6223 (QL), par. 32; Ville
de Québec c. Simard, op. cit. no 2, par. 38; Ville de Gatineau c. Maisonneuve, Juge Gravel, Cour
municipale de la Ville de Gatineau, 3 décembre 1999, [1999] J.Q. no 5568 (QL), par. 5; Ville de Québec c.
Blais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 8 avril 2002, B.J.C.M. 2002-164, par.12,
[2002] J.Q. no 10118 (QL), par. 13.
6
Ville de Montréal c. Weisglass, Juge Duguay, Cour municipale de la Ville de Montréal, 13 mars 2000,
[2000] J.Q. no 1264 (QL), par. 7à 10.
- 99 -
9 Employer le mot inanimé au sens de non vivant, sans vie, mort,
ce serait rechercher une interprétation trop stricte qui enlèverait tout
sens logique au texte de l'article 171.
10
Dans l'interprétation des lois, il faut donner aux mots un sens
compatible avec l'esprit du texte et l'intention du législateur. Dans le
présent cas, le fait pour le législateur d'associer "autre objet inanimé"
avec "véhicule routier inoccupé" ne laisse aucun doute dans l'esprit
du Tribunal que le mot inanimé est employé dans le sens de "qui n'est
pas en mouvement". »
8)
Animal de plus de 25 kg
La lecture de l’article 171 du Code laisse entendre que l’animal de plus de 25 kg
dont il est fait mention doit être la propriété de quelqu’un pour que l’article 171 du
Code reçoive application. En effet, on énonce à cet article : « lorsque le
propriétaire du bien endommagé. »
Par conséquent, l’obligation créée par l’article 171 du Code ne serait pas
imposée à un conducteur impliqué dans un accident avec un animal de plus de
25 kg sans maître (ex. : chevreuil)7.
Toutefois, il faut tenir compte du fait qu’il existe de plus en plus d’éleveurs de
gibiers au Québec et que dans une telle situation, les règles usuellement
applicables devraient être considérées par le juge (ex. : défense erreur
raisonnable).
La question se pose sur ce qui arrive dans le cas d’un animal pesant moins de
25 kg? On peut plus particulièrement penser aux animaux de compagnie (ex. :
chien).
En principe, les exigences imposées aux conducteurs par l’article 171 du Code
ne devraient pas recevoir application dans un tel cas.
Toutefois, l’article 171 vise à imposer des obligations aux conducteurs seulement
lorsque le propriétaire d’un animal de plus de 25 kg ou une personne qui la
représente ne peut être rejoint sur les lieux de l’accident ou à proximité.
Dans la décision de Municipalité de Sainte-Claire c. Veer7a il fut décidé qu’un
conducteur qui a tué le chien tenu en laisse d’une adolescente avait contrevenu
à l’article 168 du Code.
7
Pour une discussion sur ce qui constitue un animal sauvage (chevreuil) voir la décision Procureur général
du Québec c. Bureau, Juge Laurent Dubé, Cour des sessions de la paix, 22 septembre 1983, AZ-83031225.
7a
Municipalité de Sainte-Claire c. Veer, Juge Ouellet, Cour municipale de la MRC de Bellechasse, 1er
février 2012, [2012] Can LII 5064 (QC CM).
- 100 -
9)
Véhicule routier inoccupé
Qu’est-ce qu’un véhicule routier inoccupé?
C’est la question à laquelle devait répondre le juge Ouellet dans la cause de
Proulx8.
Dans cette affaire, un enfant de onze (11) ans était un occupant dans un
véhicule stationné sur un terrain de stationnement d’un centre commercial. Il
attendait sa mère qui était partie faire des courses à proximité. Un véhicule en
mouvement heurta le véhicule dans lequel il se trouvait. Le conducteur ne
s’arrêta pas et est allé se stationner plus loin. Le conducteur de ce véhicule fut
poursuivi pour avoir contrevenu à l’article 171 du Code.
Le tribunal n’a pas cru la version du défendeur. Toutefois, le juge constate que
le défendeur est poursuivi en vertu de l’article 171 du Code. Cet article parle
d’un véhicule routier inoccupé. Voici comment le juge dispose de ce point :
« 13 Toutefois, le constat a été émis en vertu de l'article 171 C.S.R.
et la preuve révèle que le véhicule avait un passager et n'était donc
pas inoccupé.
14 Sous cet angle, si le véhicule avait été occupé par un enfant en
très bas âge, le Tribunal aurait pu considérer le véhicule comme
inoccupé. Toutefois, la présence d'un enfant de 11 ans constitue
subjectivement et objectivement la présence d'une personne qui
puisse représenter le gardien du véhicule.
15 Pour ces motifs, le Tribunal conclut que l'infraction reprochée au
défendeur n'était pas celle prévue à 171 C.S.R. mais plutôt à l'article
170 C.S.R. voire même 168 C.S.R. Comme les infractions prévues
par ces différents articles ne constituent pas entre elles des
infractions moindres et incluses, la jurisprudence les traite comme des
infractions séparées. »
Il faut comprendre que dans cette décision, le juge interprète le mot « inoccupé »
que l’on retrouve au texte de l’article 171 en l’associant avec les mots « une
personne qui le représente ».
Dans cette optique, ce n’est pas la seule présence ou absence d’une personne à
l’intérieur du véhicule qui rend celui-ci occupé ou inoccupé, mais c’est la capacité
de cette personne à représenter le propriétaire du bien endommagé qui
détermine, selon le juge, le caractère du véhicule (occupé/inoccupé).
Certaines personnes pourraient également prétendre que le terme « inoccupé »
doit recevoir son sens ordinaire et que la présence d’une personne à l’intérieur
8
Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour municipale de Québec, 31 octobre 2001, [2001] J.Q.
no 8207 (QL), par. 12.
- 101 -
du véhicule ne fait pas de celui-ci un véhicule inoccupé. Dans un tel cas, l’article
171 du Code serait inapplicable à l’incident.
Cet argument pourrait être légalement valide.
Toutefois, considérant les objectifs de responsabilisation et de dénonciation
poursuivis par le législateur en ce qui concerne les articles contenus à ce titre du
Code de la sécurité routière, est-ce que l’article 170 du Code devrait recevoir
application avec une telle interprétation?
Tout dépendra, selon nous, du sens que l’on donnera aux mots « la personne qui
le représente » et/ou au fait de savoir s’il y a « présence » sur les lieux de la
personne ayant subi un dommage.
En arrivant à la conclusion que la personne qui se trouve à l’intérieur du véhicule
représente le propriétaire ou la personne ayant subi un préjudice, il y a lieu de
conclure que l’article 170 devrait recevoir application comme l’a d’ailleurs fait le
juge Ouellet dans l’arrêt Proulx9.
Tel que nous l’avons déjà mentionné, même s’il n’est pas fait mention du
représentant dans le texte de l’article 170, certaines décisions laissent à penser
que l’article 170 doit être lu comme comprenant cette personne10.
Nous savons de plus que la personne qui a subi un préjudice (ou la personne qui
la représente) doit être présente sur les lieux11 pour que l’article 170 puisse
recevoir application. Nous savons également que le terme « présent » ne doit
pas être interprété de façon restreinte12. Par conséquent, l’applicabilité de l’article
170 du Code dépendra également, avec une telle interprétation du mot
« inoccupé », des circonstances du dossier et de la portée qui sera donnée au
mot « présent ».
L’état actuel de la jurisprudence ne nous permet pas de déterminer avec
certitude pour tous les cas envisageables, lequel des articles 170 ou 171 doit
recevoir application. En effet, selon nous, il reste encore à définir avec plus de
précisions l’interaction entre ces deux (2) articles, bien que pour la majorité des
cas que l’on retrouve devant les tribunaux, les éléments de cette interaction sont
connus et clairement identifiés en jurisprudence.
9
Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour municipale de Québec, 31 octobre 2001, [2001] J.Q.
no 8207 (QL), par. 12
10
Ville de St-Léonard c. Auger, Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J. Q.
no 3128 (QL).
11
Ville de St-Jérôme c. Corbeil, Juge Diamond, Cour municipale de la Ville de St-Jérôme, 7 décembre
1995, [1995] J.Q. no 2679 (QL).
12
Ville de Gatineau c. Graham, Juge Gravel, Cour municipale de la Ville de Gatineau, 30 mai 2000, [2000]
J.Q. no 2351 (QL), par. 9 et 10.
- 102 -
10) Les renseignements qui doivent être transmis au poste de police
L’article 171 du Code précise qu’un conducteur impliqué dans l’un des accidents
énumérés à cet article doit communiquer sans délai avec le poste de police le
plus près afin de rapporter l’accident et de fournir les renseignements prévus à
l’article 170.
L’article 170 du Code énumère de façon détaillée les renseignements qui doivent
être fournis au service de police.
Toutefois, s’agit-il des seules informations que le conducteur doive transmettre?
Le juge Cloutier dans l’arrêt Simard13 fait mention de l’obligation, pour un
conducteur visé par l’article 171 du Code, de transmettre certaines autres
informations. Il écrit :
« 39
Implicitement et logiquement, l'article 171 impose aussi
l'obligation au conducteur de signaler l'accident, ce qui implique son
lieu de survenance, son heure approximative et l'identification de
l'objet endommagé. Autrement, l'obligation de communiquer avec le
poste de police ne rencontrerait pas l'objectif de la disposition. Il ne
faut pas oublier que les renseignements visés par l'article 170 ont
pour but de favoriser l'établissement de la responsabilité et
l'indemnisation de la personne qui a subi un dommage (R. c.
Tadeusz, REJB 1999-15250, (C.Q.), par. 16; Ville de Laval c. Vandry,
REJB 2000-19115, (C.M.), par. 13; Ville de Montréal c. Bourdon,
[2001] J.Q. no 2502, BJCMQ 2001-234, p. 4). »
Le juge Cloutier rattache ces informations à l’obligation prescrite à l’article 171 du
Code de rapporter l’accident aux autorités policières.
11) Sans
délai
(voir
également
« immédiatement » de l’article 168)
discussion
du
terme
L’article 171 du Code exige que le conducteur visé par celui-ci communique
« sans délai » avec le poste de police le plus près.
Que signifient les mots « sans délai »?
13
Ville de Québec c. Simard, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 août 2008, [2008]
J.Q. no 9602 (QL), par. 39.
- 103 -
La majorité des décisions rendues concernant le sens à donner aux mots « sans
délai » ont interprété ces mots comme signifiant « le plus tôt possible »14.
Certaines de ces décisions semblent faire une distinction entre le mot
« immédiatement » et les mots « sans délai ».
Nous avons de la difficulté à voir une différence entre ces deux (2) expressions.
Le juge Vachon, dans l’affaire Veilleux15, devait trancher une demande présentée
par la poursuite afin de modifier le constat d’infraction pour substituer au mot
« immédiatement » les mots « sans délai ». Voici comment il dispose de la
question dans son jugement :
« 12 La procureure du défendeur a plaidé que l'infraction reprochée
au défendeur est d'avoir fait défaut de communiquer "immédiatement"
avec le poste de police le plus prêt alors que le texte de l'article 171
prévoit que le conducteur d'un véhicule routier de communiquer "sans
délai" avec le poste de police le plus près.
13
La procureure de la poursuivante a formulé une demande
d'amendement, au cours de sa plaidoirie, afin de modifier le libellé de
l'infraction reprochée en remplaçant le mot "immédiatement" par les
mots "sans délai". La procureure du défendeur s'est opposée à cette
demande.
14
Pour les raisons mentionnées ci-après, la demande
d'amendement est accordée, car elle n'a pas pour effet de substituer
une infraction à une autre compte tenu du sens à être donné aux
mots "immédiatement" et "sans délai".
14
Ville de Québec c. Veilleux, op. cit. no 110, par. 21; Ville de La Tuque c. St-Laurent, Juge Trudel, Cour
municipale de la Ville de La Tuque, 23 octobre 1997, [1997] J.Q. no 4961 (QL), par. 12, 13, 16, 21 et 22;
Ville de Joliette c. Tabah, Juge Beauséjour, Cour municipale de la Ville de Joliette, 16 août 2007, [2007]
J.Q. no 9652 (QL), par. 66 à 69; Ville de Québec c. Simard, op. cit. no 13, par. 40; Ville de Thetford Mines
c. Néron, Juge Ouellet, Cour municipale de la Ville de Thetford Mines, 22 juin 2004, [2004] J.Q. no 17050
(QL), par. 7; Ville de Trois-Rivières c. Légaré, Juge Crête, Cour municipale de la Ville de Trois-Rivières, 4
décembre 1997, [1997] J.Q. no 4985 (QL), par. 5; Ville de Saint-Constant c. Lagacé, Juge Laurier, Cour
municipale de la Ville de Saint-Constant, 4 décembre 1996, [1996] J.Q. no 4965 (QL), par. 7; Ville de
Saguenay c. Gaudreault, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 1er février 2008, [2008]
J.Q. no 11478 (QL), par. 24 à 30; Ville de Thetford Mines c. Duclos, Juge Ouellet, Cour municipale de la
Ville de Thedford Mines, 6 avril 2004, [2004] J.Q. no 17045 (QL), par. 6; Ville de Trois-Rivières c.
Courchesne, Juge Crête, Cour municipale de la Ville de Trois-Rivières, 12 avril 2007, [2007] J.Q. no 17408
(QL), par. 10; Ville de Laval c. Demers, Juge Fournier, Cour municipale de la Ville de Laval, 24 mars
2005, [2005] J.Q. no 3388 (QL), par. 32; Ville de Chicoutimi c. Corneau, Juge Côté, Cour municipale de la
Ville de Chicoutimi, 10 novembre 1999, [1999] J.Q. no 6712 (QL), par. 17 à 19; Ville de Jonquière c.
Bergeron, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 26 mai 1995, [1995] J.Q. no 2813 (QL),
par. 23 à 25; Municipalité de Rawdon c. Brunet, Juge Lalande, Cour municipale M.R.C. Matawinie, 13 juin
2011 [2011] J.Q. no 7077 (Q.L.); Municipalité de St-Michel-des-Saint c. Coveney, Juge Beauséjour, Cour
municipale de la M.R.C. de Matwanie, 10 janvier 2011 [2011] J.Q. no 109 (QL).
15
Ville de Québec c. Veilleux, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juin 2005, [2005]
J.Q. no 24237 (QL); Municipalité de Rawdon c. Brunet, Juge Lalonde, Cour municipale de M.R.C.
Matawinie, 13 juin 2011, [2011] J.Q. no 7077 (QL).
- 104 -
15 Le Trésor informatisé de la langue française, sous le mot "délai",
dans le sens de prolongation, définit les mots "sans délai (s)" comme
signifiant "sans attendre, immédiatement".
16
Le Nouveau Petit Robert, sous le mot délai, dans le sens de
prolongation, définit les mots "sans délai" comme suit : "sur-le-champ,
tout de suite, sans attendre. Immédiatement et sans délai".
17 Le Petit Larousse définit les mots "sans délai" comme signifiant :
"sans attendre; immédiatement."
18
Les auteurs Louis Beaudouin et Madeleine Mailhot, dans leur
ouvrage intitulé Expressions juridiques en un clin d'oeil, 3e édition,
Éditions Yvon Blais, page 111, regroupent ensemble, comme
expressions à employer, les expressions "sans délai", "sur-le-champ",
et "immédiatement"
19
Il résulte de l'ensemble de ces définitions, que les mots "sans
délai" et "immédiatement" sont interchangeables, de sorte que la
demande d'amendement pour remplacer le mot "immédiatement" par
les mots "sans délai", afin de rendre le libellé de l'infraction reprochée
conforme au texte de l'article 171 du Code de la sécurité routière,
peut être accordée, car cet amendement ne change pas la nature de
l'infraction. »
D’autres décisions16 sont au même effet.
Nous ne croyons pas qu’il soit indiqué d’interpréter l’expression « sans délai »
comme voulant dire « sans délai indu »17. L’utilisation du qualificatif « indu »
dépouille les mots « sans délai » de leur caractère d’urgence, d’immédiateté.
Lorsqu’un conducteur est impliqué dans un accident dans le cadre de l’article
171 ou des autres articles du titre IV du Code, son ordre des priorités vient de
changer. Les buts poursuivis par le législateur de responsabilisation du
conducteur et de dénonciation de l’accident obligent le conducteur à accomplir
les obligations imposées par le Code promptement, sans délai, immédiatement.
Évidemment, les circonstances de chaque dossier feront varier la durée de ce
qui peut être fait sans délai.
Le conducteur ayant en sa possession un cellulaire devra s’acquitter de ses
obligations, sauf circonstances exceptionnelles, dans un très court laps de
temps. Celui dont l’accident survient dans un lieu isolé sans moyen de
communication jouira d’un délai plus long pour s’acquitter de ses obligations.
Toutefois, dans les deux (2) cas, l’accomplissement des obligations imposées
par l’article 171 devra devenir pour chacun d’eux une priorité.
16
Ville de La Tuque c. St-Laurent, op. cit. no 14, par. 21 et 22; Ville de Longueuil c. Werchun Doucet,
Juge Themens, Cour municipale de la Ville de Longueuil, 7 mars 2003, [2003] J.Q. no 9212 (QL), par. 9.
17
Municipalité de Hinchinbrooke c. Poitras, Juge Bourbonnais, Cour municipale régionale du Haut-SaintLaurent, 16 août 2004, [2004] J.Q. no 17490 (QL), par. 18; Ville de Sherbooke c. Raymond, Juge
Lamoureux, Cour municipale de la Ville de Sherbrooke, 25 août 1994, [1994] J.Q. no 1691 (QL), par. 12.
- 105 -
La seule déclaration du conducteur, lors de son interpellation par les policiers,
qu’il avait l’intention d’appeler les policiers, n’est d’aucune aide pour celui-ci.
L’infraction prévue à l’article 171 ne requiert pas de la poursuite la preuve d’une
intention. Par conséquent, c’est plutôt les circonstances de l’affaire et les actions
posées par le défendeur qui détermineront si celui-ci a agi « sans délai ».
12) Qui le représente
L’article 171 du Code impose certaines obligations au conducteur impliqué dans
un accident prévu à cet article lorsque le propriétaire du bien endommagé ou une
personne qui le représente ne peuvent être rejoints sur les lieux de l’accident ou
à proximité.
Que doit-on entendre par une personne qui le représente?
Peu de décisions18 portent sur cette question.
Aucune des décisions consultées ne procède à l’analyse des mots « une
personne qui le représente » afin d’établir une règle d’application générale.
Ce que l’on sait, c’est qu’en certaines circonstances, les préposés du propriétaire
du bien endommagé ont été considérés comme le représentant19.
Dans d’autres circonstances, un enfant de onze (11) ans a été considéré comme
étant le représentant du propriétaire du véhicule20.
Finalement, le propriétaire dont la résidence privée était reliée par un fil
électrique au réseau d’Hydro-Québec a été considéré comme étant le
représentant d’Hydro-Québec, puisqu’il louait les services de cette entité21.
Dans ce cas, c’est un véhicule circulant sur le chemin public qui a sectionné le fil
électrique passant au-dessus de la route et qui alimentait en électricité la
résidence privée située de l’autre côté de la route.
Nous croyons que cet aspect de l’article 171 nécessitera une étude plus
approfondie des caractéristiques requises d’une personne pour que celle-ci soit
18
Ville de St-Léonard c. Auger, Juge Béliveau, Cour supérieure du Québec, 25 juillet 1997, [1997], J. Q.
no 3128 (QL); Ville de Charlesbourg c. Proulx, Juge Ouellet, Cour municipale de Québec, 31 octobre 2001,
[2001] J.Q. no 8207 (QL), par. 12; R. c. Bélec, Juge Delev, Cour municipale de la M.R.C. des Collines, 14
juin 2004, [2004] J.Q. no 17502 (QL).
19
Ville de St-Léonard c. Auger, op. cit. no 18.
20
Ville de Charlesbourg c. Proulx, op. cit. no 18. Il faut noter que cette personne a une capacité restreinte
de contracter en droit civil, pourtant elle peut être considérée comme agissant à titre de représentant…???
21
R. c. Bélec, Juge Delev, Cour municipale de la M.R.C. des Collines, 14 juin 2004, [2004] J.Q. no 17502
(QL); Ville de Beloeil c. Pintilie, Juge Alarie, Cour municipale de Beloeil, 2 septembre 2009, [2009] J.Q.
no 9850 (QL).
- 106 -
considérée comme une personne qui représente le propriétaire du bien
endommagé.
13) Le conducteur peut-il déléguer l’accomplissement des obligations
imposées par l’article 171 du Code?
Le conducteur peut-il déléguer l’accomplissement des obligations imposées par
l’article 171 du Code?
Le juge Alarie dans Ville de Beloeil c. Pintilie22 arrive à la conclusion que les
obligations imposées au conducteur par l’article 171 du Code lui sont
personnelles.
14) L’article 171 comprend-il une obligation de demeurer sur les
lieux?
Le sujet a fait l’objet d’une discussion lors de l’étude de l‘article 168 dans le cadre
de la section 11. Il y a lieu de se référer pour ce sujet au contenu de cette
section.
22
Ville de Beloeil c. Pintilie, op. cit. no 21; Ville de Laval c. Morency, Juge Caron, Cour municipale de
Laval, 28 juin 1996, [1996] J.Q. no 4837 (QL), par. 11.
- 107 -
CHAPITRE VII
Les moyens de défense
Nous allons procéder dans ce chapitre à l’étude sommaire de divers moyens de
défense applicables aux infractions prévues aux articles 168 à 171 du Code.
Lorsque cela sera possible, nous ferons référence pour chacun des moyens de
défense étudiés à la jurisprudence rendue sous les articles 168 à 171 du Code.
Comme nous l’avons déjà mentionné précédemment, il est primordial d’identifier
dans un premier temps les moyens de défense soulevés par le défendeur.
Après avoir procédé à cette indentification, il y a lieu d’entreprendre l’analyse de
la preuve pour chacun d’eux afin de s’assurer que les conditions d’ouverture du
moyen de défense sont présentes et que le fardeau de preuve rattaché à chacun
de ceux-ci est rencontré (doute raisonnable ou prépondérance de la preuve).
1)
La défense de diligence raisonnable
En matière d’infraction de responsabilité stricte, une fois que la poursuite a fait la
preuve de l’actus reus de l’infraction, naît une présomption de négligence qui
peut être écartée par une défense de diligence raisonnable ou une défense
d’erreur de fait raisonnable.
En présentant une défense de diligence raisonnable, le défendeur tentera
d’établir qu’il a pris toutes les précautions ou moyens raisonnables pour éviter de
commettre l’infraction qu’on lui reproche.
Il devra établir cette défense par prépondérance de la preuve1.
Les tribunaux ont considéré plusieurs facteurs afin de déterminer si un défendeur
a fait preuve de diligence raisonnable afin d’éviter la commission de l’infraction
reprochée. Il y a lieu de citer un extrait du volume sur le droit criminel du
professeur Kent Roach sur le sujet :
« The courts look to a large range of factors in determining whether
the accused has established a defence of due diligence to a
regulatory offence. Some factors look to the likelihood and gravity of
the risk, including whether it was foreseeable and the effect that it
1
R. c. Corporation de la Ville de Sault-Ste-Marie, Cour suprême du Canada, [1978] 2 R.C.S. 1299.
- 108 -
could have on vulnerable people and neighbourhoods. Other factors
look to the ability of the accused to control or manage the risk of the
prohibited act from occurring. Factors such as alternative solutions,
regulatory compliance, industry standards and preventive systems,
efforts made to address the problem, and the promptness of the
accused’s response are significant. Other matters such as factors
beyond the control of the accused, technological limitations, skill level
expected of the accused, complexities involved, and economic
considerations, can be relevant in determining whether the accused
has taken all reasonable steps to prevent the risk.” 2
La conduite du défendeur sera analysée en fonction de ce qu’aurait fait une
personne raisonnable se retrouvant dans la situation du défendeur3.
Un comportement passif ou attentiste du défendeur pour s’assurer du respect de
ses obligations ne constitue pas de la diligence raisonnable4. Le défendeur devra
avoir un comportement actif5.
2)
La défense d’erreur de fait raisonnable
La défense d’erreur de fait raisonnable est la défense la plus souvent invoquée
dans les dossiers concernant des poursuites pour des infractions aux articles 168
à 171 du Code.
Avec la défense d’erreur de fait raisonnable, le défendeur soumet qu’en raison
de sa croyance en l’existence de faits inexistants, il devrait être acquitté, car si
ces faits avaient existé, son action ou inaction serait excusée. Il en est de même
si la croyance du défendeur portait sur l’inexistence de faits existants.
Cette défense doit être établie par prépondérance de preuve.6
Il faut être particulièrement vigilant lorsque l’on consulte la jurisprudence rendue
en droit criminel relativement à cette défense. En effet, les conditions d’ouverture
de la défense d’erreur de fait varient selon le type de faute rattachée à
l’infraction.
Les tribunaux canadiens ne se préoccupent pas de la distinction qui semble
exister entre l’ignorance et l’erreur de fait raisonnable. Ils sont traités de la même
façon par les tribunaux canadiens.
2
ROACH, Kent, Criminal law, Irwin Law, 2004, 3e édition, p. 195.
Dubois c. Ville de Candiac, Juge Cournoyer, Cour supérieure du Québec, 12 août 2010, [2010] J.Q. no
7869 (QL); Ville de Trois-Rivières c. Blouin, Juge Crête, Cour municipale de Trois-Rivières, 6 juin 2011
[2011], Can LII 38084 (QC CM).
4
Ville de Lévis c. Tétreault, Cour suprême du Canada, [2006] 1 R.C.S. 420.
5
Ville de Sainte-Catherine c. Bergevin, Juge Lemieux, Cour municipale commune de Candiac, 3 février
2009, [2009] J.Q. no 1627 (QL), par. 78; R. c. Cyr, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec,
20 novembre 2007, [2007] J.Q. no 15008 (QL), par. 59, par. 65.
6
R. c. Corporation de la Ville de Sault-Ste-Marie, Cour suprême du Canada, [1978] 2 R.C.S. 1299.
3
- 109 -
La défense d’erreur de fait raisonnable se distingue de la défense de diligence
raisonnable. Comme l’écrit le professeur Hughes Parent :
« Alors que la diligence raisonnable s’intéresse au comportement de
l’individu, aux moyens qu’il a utilisés afin de se conformer à la
disposition en cause, l’erreur de fait raisonnable porte sur son état
d’esprit et, plus précisément, sur la conformité de sa croyance
subjective avec celle d’une personne raisonnable placée dans les
mêmes circonstances. Puisque le critère est objectif, « la défense
sera recevable, [uniquement] si l’accusé croyait pour des motifs
raisonnables à un état de faits inexistant qui, s’il avait existé, aurait
rendu l’acte ou l’omission innocent ». En d’autres mots, la bonne foi
n’est pas suffisante pour dégager l’accusé de responsabilité si la
croyance n’est pas accompagnée de motifs raisonnables. »7
Toutefois, ces deux (2) défenses sont intimement reliées8.
L’erreur de fait raisonnable doit porter sur un élément essentiel (material
element) de l’infraction.
Deux conditions sont exigées pour que cette défense soit considérée :
1. la croyance du défendeur doit être sincère et honnête;
2. la croyance doit être raisonnable.9
L’aveuglement volontaire du défendeur ne lui permet pas de recourir à cette
défense.
Plusieurs éléments ont été pris en considération par les tribunaux pour juger de
la sincérité de la croyance du défendeur ou de sa raisonnabilité. Nous en
mentionnerons quelques-uns :
1. l’importance des dommages10;
7
PARENT, Hughes, Traité de droit criminel, Tome 2, Les Éditions Themis, p. 341.
KNOLL, Pat, Criminal Law Defences, Thomson/Carswell, 2005, par. 249.
9
Caron c. Municipalité de Ste-Perpétue, Juge Moulin, Cour supérieure du Québec, 11 septembre 2003,
[2003] J.Q. no 12818 (QL).
10
Ville de Gatineau c. Asselin, Juge Gravel, Cour municipale de la Ville de Gatineau, 11 janvier 1996,
B.J.C.M.Q. 96-144; Ville de Buckingham c. Bastien, Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau,
15 octobre 1999, [1999] J.Q. no 5231 (QL); Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour
municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL); Ville de SaintJérôme c. Manes, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 27 octobre 2004, [2004]
J.Q. no 17435 (QL); Ville de Loretteville c. Roger, Juge Charest, Cour municipale de la Ville de
Loretteville, 9 octobre 1996, [1996] J.Q. no 4935 (QL); Ville de St-Sauveur c. Lamothe, Juge Laverdure,
27 octobre 2009, [2009] J.Q. no 12494 (QL); Ville de Joliette c. Muise, Juge Beauséjour, Cour municipale
commune de la Ville de Joliette, 28 octobre 2010 [2010] J,Q. no 10928 (QL).
8
- 110 -
2. la présence de dommages sur le véhicule du défendeur11;
3. la localisation des dommages sur le véhicule du défendeur12;
4. le fait pour le défendeur d’être avisé ou que l’on a tenté de l’aviser qu’il y
avait eu accident13;
5. le fait que des personnes plus éloignées que le défendeur voyaient les
dommages alors que celui-ci n’en a pas vu14;
6. la nature même de l’accident15;
7. le bruit d’impact qui peut être entendu par d’autres personnes16;
8. le comportement du défendeur après l’impact17;
11
Ville de Gatineau c. Asselin, op. cit. no 10; Ville de Buckingham c. Bastien, op. cit. no 219, par.11; Ville
de Vaudreuil-Dorion c. Brown, op. cit. no 10; Ville de Gatineau c. Graham, Juge Gravel, Cour municipale
de la Ville de Gatineau, 30 mai 2000, [2000] J.Q. no 2351.
12
Ville de Gatineau c. Asselin, op. cit. no 10.
13
Ville d’Alma c. Bergeron, Juge Morency, Cour municipale de la Ville d’Alma, 30 janvier 1995, [1995]
J.Q. no 2705 (QL), Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale de
Vaudreuil-Soulanges, 2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL), par. 69 (chasse, klaxon); Ville de
L'Ancienne-Lorette c. Gauvin, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de l’Ancienne-Lorette, 29 mars
2000, [2000] J.Q. no 7509 (QL); Ville de Gatineau c. Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de
Gatineau, 13 août 1999, [1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 13.
14
Ville d’Alma c. Bergeron, op. cit. no 222, Ville de Saint-Jérôme c. Manes, Juge Laverdure, Cour
municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 27 octobre 2004, [2004] J.Q. no 17435 (QL).
15
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, Juge Gravel, Cour municipale de Gatineau, 20 juin 2000, [2000] J.Q.
no 3001 (QL), (face à face, autre véhicule fait manœuvre d’évitement); Ville de l’Ancienne-Lorette c.
Gauvin, op. cit. no 13; Ville de Gatineau c. Guilbault, Juge Gravel, Cour municipale commune de
Gatineau, 13 août 1999, [1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 13; Ville de l’Ancienne-Lorette c. Paradis, Juge
Cloutier, Cour municipale de la Ville de l’Ancienne-Lorette, 26 novembre 1998, [1998] J.Q. no 5165 (QL);
Ville de Québec c. Thivierge, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 12 février 2007,
[2007] J.Q. no 1893 (QL); Ville de Gatineau c. Whissel, Juge Gravel, Cour municipale de la Ville de
Gatineau, 29 novembre 2002, par. 20, [2002] J.Q. no 10025 (QL); Municipalité de St-Thomas c. Thériault,
Juge Beauséjour, Cour municipale de la Ville de Joliette, 11 mars 2010, [2010] J.Q. no 2551 (QL).
16
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, op. cit. no 15; Ville de St-Romuald c. Fitzback, Juge Fortin, Cour
municipale de Saint-Jean-Chrysostome, 31 octobre 1996 [1996] J.Q. no 4949; Ville de Sainte-Adèle c.
Gauthier, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Sainte-Adèle, 10 mars 1999, [1999] J.Q. no 6773
(QL); Ville de Dorval c. Keiser, Juge Laurin, Cour municipale de la Ville de Dorval, 9 septembre 1999,
[1999] J.Q. no 6646 (QL).
17
Ville de Gatineau c. Bourbonnais, op. cit. no 15, par. 18; Ville de Gatineau c. Graham, Juge Gravel, Cour
municipale de la Ville de Gatineau, 30 mai 2000, [2000] J.Q. no 2351; Ville de Hull c. Harper, Juge
Séguin, Cour municipale de la Ville de Hull, 15 juin 1994, [1994] J.Q. no 1746 (QL); Ville de Plessiville c.
Poulin, Juge Bellavance, Cour municipale de la Ville de Plessiville, 21 avril 1999, [1999] J.Q. no 6602
(QL); Procureur des poursuites criminelles et pénales c. Jennis, Juge Morency, Cour municipale de
Roberval, 13 janvier 2010, [2010] J.Q. no 156 (QL); Ville de Joliette c. Muise, op. cit. no 10;
- 111 -
9. l’espace restreint
manœuvres18;
disponible
au
défendeur
pour
effectuer
des
10. le fait pour le défendeur d’avoir ressenti quelque chose (bruit, choc,
secousse, etc.)19;
11. l’environnement dans lequel se trouvait le défendeur20;
12. la direction du véhicule du défendeur lors de l’impact21.
13. le fait pour le défendeur d’avoir constaté des dommages22.
Cette énumération n’est pas complète, mais elle donne une bonne idée des
éléments que les tribunaux ont utilisés pour évaluer la défense d’erreur de fait
raisonnable qui fut soulevée par le défendeur.
Avant de terminer cette rubrique, il y a lieu de s’arrêter sur les causes de Caron23
et de Brepols24 de la Cour supérieure du Québec.
Dans chacun de ces dossiers, une défense d’erreur de fait raisonnable avait été
présentée par chacun des défendeurs en première instance. Malgré que le juge
de première instance soit arrivé à la conclusion qu’il croyait l’accusé quant à son
ignorance de l’existence de l’accident, il l’a tout de même déclaré coupable des
infractions qui lui étaient reprochées.
Ce qui ressort de ces jugements de la Cour supérieure du Québec est qu’il faut
bien identifier la défense soulevée par le défendeur. Une fois que cette défense
18
Ville de Vaudreuil-Dorion c. Brown, Juge Lemieux, Cour municipale régionale de Vaudreuil-Soulanges,
2 octobre 2007, [2007] J.Q. no 13763 (QL); Ville de Gatineau c. Asselin, Juge Gravel, Cour municipale de
la Ville de Gatineau, 11 janvier 1996, B.J.C.M.Q. 96-144.
19
Municipalité de Sainte-Marie-de-Monnoir c. Cardinal, Juge Grignon, Cour municipale de la Ville de
Marieville, 11 décembre 2001, [2001] J.Q. no 8252 (QL); Ville de Gatineau c. Graham, op. cit. no 17; Ville
de l’Ancienne-Lorette c. Lebel, Juge Cloutier, Cour municipale de L’Ancienne-Lorette, 30 août 1999,
[1999] J.Q. no 6660 (QL), par. 16.; R. c. Roger, Juge Toupin, Cour du Québec, 20 avril 2006, [2006] J.Q.
no 3662 (QL), par. 46 et 48; Ville de Loretteville c. Roger, op. cit. no 10; Ville de Québec c. Racette, Juge
Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 29 mars 2010, [2010] J.Q. no 3310 (QL); Ville de SaintSauveur c. Martin, Juge Laverdure, Cour municipale de Sainte-Adèle, 9 novembre 2010 [2010] J.Q. no
11532 (QL).
20
Ville de St-Romuald c. Fitzback, Juge Fortin, Cour municipale de Saint-Jean-Chrysostome, 31 octobre
1996 [1996] J.Q. no 4949; Caron c. Municipalité de Ste-Perpétue, op. cit. no 9.
21
Ville de l’Ancienne-Lorette c. Gauvin, op. cit. no 13; Ville de Gatineau c. Graham, op. cit. no 17.
22
Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 5 décembre 2006,
[2006] J.Q. no 23550 (QL); Ville de La Baie c. Simard, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de La Baie,
7 novembre 2000, [2000] J.Q. no 7425 (QL).
23
Caron c. Municipalité de Ste-Perpétue, Juge Moulin, Cour supérieure du Québec, 11 septembre 2003,
[2003] J.Q. no 12818 (QL).
24
Brepols c. Ville de St-Jean-sur-Richelieu, Juge Champagne, Cour supérieure du Québec, 9 mars 2007,
[2007] J.Q. no 1766, par. 16 (QL).
- 112 -
est identifiée, il faut l’analyser en tenant compte des conditions d’application de
cette défense.
Dans ces dossiers, c’était une défense d’erreur de fait raisonnable qui fut
présentée par les défendeurs et non une défense de diligence raisonnable. Par
conséquent, les juges de première instance dans ces dossiers ont commis une
erreur palpable, selon les juges d’appel, en exigeant des défendeurs un
comportement souhaitable pour une personne raisonnable (ex. : donner son nom
et son adresse car on lui demande; conduite négligente, car la musique aurait dû
être moins forte).
3)
La défense d’erreur de droit
L’ignorance de la loi n’est pas un moyen de défense reconnu en droit criminel ou
pénal.
Le fait, pour un défendeur, d’avoir laissé sa carte professionnelle sur
l’essuie-glace du véhicule qu’il a heurté ne rencontre pas les exigences de
l’article 171. L’ignorance par le défendeur des obligations qui lui sont imposées
par la loi ne constitue pas une défense à l’encontre de l’infraction reprochée25.
Il en va de même pour le défendeur qui appelle son assureur au lieu de
communiquer avec un agent de la paix26.
N’est pas plus disculpatoire le fait de ne pas fournir les informations requises par
l’article 170 parce qu’il ne s’agissait, dans l’esprit du défendeur, que d’un banal
accrochage ne comportant que de faibles dommages matériels27.
Le défendeur qui quitte les lieux d’un accident et qui appelle par la suite le
service de police parce qu’il se méprend sur ses obligations en vertu de l’article
168 du Code plaide l’ignorance de la loi. Cette ignorance ne constitue pas une
défense admissible28.
25
Ville de Laval c. Vaudry, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de Laval, 23 mai 2000, [2000] J.Q. no
2352, par. 14 (QL).
26
Ville de Chicoutimi c. Corneau, Juge Côté, Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 10 novembre
1999, [1999] J.Q. no 6712 (QL); Ville de Laval c. Lemieux, Juge Caron, Cour municipale de la Ville de
Laval, 30 octobre 1997, [1997] J.Q. no 4883 (QL).
27
Ville de Québec c. Gervais, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 5 décembre 2006,
[2006] J.Q. no 23550 (QL), par. 50; Ville de Sainte-Foy c. Roy, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville
de Sainte-Foy, 24 janvier 2001, [2001] J.Q. no 8402 (QL), par. 11; Ville de Laval c. Éthier, Juge Caron,
Cour municipale de la Ville de Laval, 19 novembre 1998, [1998] J.Q. no 4310 (QL), par. 17 (conducteur
arrêté à un signal d’arrêt).
28
Ville de Jonquière c. Brassard, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 16 novembre
1993, [1993] J.Q. no 2131(QL).
- 113 -
4)
La défense de nécessité
La défense de nécessité est celle présentée par un défendeur qui prétend qu’il
n’avait d’autre choix que de commettre l’infraction qu’on lui reproche, en raison
des circonstances qui se présentaient à lui au moment de la commission de
l’infraction. Il soulève alors le caractère involontaire de son acte.
Cette défense fut définitivement reconnue au Canada en 1984 dans l’arrêt
Perka29.
Cette défense a été classée comme constituant une excuse en droit pénal
canadien. Conséquemment, l’infraction est considérée comme commise, mais
elle est excusée en raison des circonstances auxquelles faisait face le
défendeur.
Ce moyen de défense se fonde sur une appréciation réaliste de la faiblesse
humaine, tout en reconnaissant qu’un droit criminel humain libéral ne peut
astreindre des personnes à l’observation stricte des lois dans des situations où
les instincts normaux de l’être humain, que ce soit celui de conservation ou
d’altruisme, commandent irrésistiblement l’inobservation de la loi30.
Les conditions d’ouverture de cette défense sont les suivantes :
1. l’existence d’une situation urgente de danger immédiat ou imminent et
évident;
2. le danger doit être imprévisible;
3. il ne doit pas exister d’autres solutions raisonnables et légales que celle
de contrevenir à la loi;
4. il doit y avoir proportionnalité entre le mal infligé et celui que l’on tentait
d’éviter31.
La défense de nécessité doit être strictement contrôlée et scrupuleusement
limitée aux situations qui répondent à sa raison d’être32.
Un danger est immédiat ou imminent lorsque la situation est à ce point urgente et
le danger à ce point pressant qu’un être normal serait instinctivement forcé d’agir
et de considérer tout conseil de temporiser comme déraisonnable33.
29
Perka c. R., Cour suprême du Canada, [1984] 2 R.C.S. 232.
Perka c. R., op. cit. no 29, p. 248.
31
R. c. Latimer, Cour suprême du Canada, [2001] 1 R.C.S. 3.
32
Perka c. R., op. cit. no 29, p. 250.
33
Perka c. R., op. cit. no 29, p. 251.
30
- 114 -
Cet aspect présuppose que l’on est en droit de s’attendre d’une personne qu’elle
puisse résister aux pressions normales et ordinaires de la vie.
Le danger et la situation urgente sont imprévisibles si la personne se trouvant
dans cette situation n’a pas prévu ou ne pouvait prévoir que ses actions
pourraient donner lieu à une situation d’urgence qui exigerait la perpétration
d’une infraction34. Donc, si un défendeur a contribué par ses actions à la
survenance du danger ou de la situation d’urgence, et que la survenance d’un tel
danger ou situation pouvait être prévisible, il ne peut invoquer la défense de
nécessité.
Le danger imminent ou la situation d’urgence est irrésistible, lorsque le danger ou
la situation élimine toute solution raisonnable et légale autre que celle de
contrevenir à la loi35.
Il s’agit essentiellement de vérifier si l’accusé pouvait agir de manière à éviter le
danger ou à prévenir le mal sans contrevenir à la loi36.
En ce qui concerne la proportionnalité requise entre le mal infligé et le mal évité,
il n’est pas obligatoire que le mal évité soit clairement plus important que le mal
infligé. Toutefois, il est nécessaire qu’il soit à tout le moins de gravité
comparable37.
Les conditions d’ouverture de la défense de nécessité relative au danger
immédiat ou imminent et à l’imprévisibilité de celui-ci, ainsi que la condition
relative à l’existence d’une solution raisonnable et légale, s’analysent sur la base
d’un critère objectif modifié38.
L’adoption d’un tel critère signifie que l’ensemble des circonstances doivent être
évaluées objectivement en tenant compte de la situation et des caractéristiques
du défendeur.
La condition relative à la proportionnalité s’évalue seulement sur la base d’un
critère objectif.
On retrouve dans la jurisprudence relative aux infractions concernant les articles
168 à 171 du Code quelques décisions sur la défense de nécessité. Toutefois,
cette défense de nécessité n’est pas toujours directement identifiée comme telle
dans plusieurs décisions.
34
Perka c. R., op. cit. no 29, p. 256.
PARENT, Hughes, Traité de droit criminel, Tome I, 3e édition, 2008, Éditions Thémis, par. 643.
36
PARENT, Hughes, op. cit. no 35, par. 664.
37
R. c. Latimer, op. cit. no 31, par. 31.
38
R. c. Latimer, op. cit. no 31, par. 33.
35
- 115 -
La forme la plus fréquemment retrouvée dans la jurisprudence de cette défense
est la peur que le défendeur avait de l’autre conducteur à la suite de l’accident39.
On peut également retrouver cet élément de peur dans le cadre d’une défense
de diligence raisonnable. Dans ce dernier cas, le défendeur soumet qu’il a
vainement tenté de remplir les obligations que lui imposait la loi, mais que,
compte tenu de l’agressivité de l’autre conducteur et de la peur qui l’habitait, le
défendeur a jugé qu’il était préférable de quitter sans remplir ses obligations.
La défense de nécessité basée sur la peur n’a pas eu un grand succès dans les
décisions que nous avons consultées. Toutefois, lorsqu’elle fut acceptée, la
preuve révèle que le défendeur avait été préalablement agressé physiquement40.
La défense de nécessité n’a pas été retenue dans le cas où la défenderesse
avait quitté les lieux pour se rendre à la maison prendre soin de son enfant
malade41.
5)
De minimis non curat lex
Ce principe est basé sur la prémisse que la loi ne se préoccupe pas des choses
anodines ou insignifiantes.
La description classique de ce principe se retrouve dans ce passage de l’arrêt
The Reward42 :
"This Court cannot take on itself legislative functions: it must
administer the law as it stands; certainly with such qualifications as
the law permits. The Court is not bound to a strictness at once harsh
39
Cette défense a été traitée directement dans les causes suivantes : R. c. Neville, Juge Brochu, Cour
municipale de la Ville de Laval, 30 août 2006, [2006] J.Q. no 14600 (QL); Ville de Gatineau c. Guilbault,
Juge Gravel, Cour municipale commune de Gatineau, 13 août 1999, [1999] J.Q. no 4420 (QL), par. 13;
Ville de St-Hyacinthe c. Bovaicha M’Hammed, Juge Locas, Cour municipale de la Ville de St-Hyacinthe,
10 janvier 1995, B.J.C.M.Q. 95-092.; Ville de Hull c. Parent, Juge Séguin, Cour municipale de la Ville de
Hull, 12 avril 1994, [1994] J.Q. no 1839 (QL); Ville de Gatineau c. Dionne, Juge Gravel, Cour municipale
de la Ville de Gatineau, 11 décembre 1998, [1998] J.Q. no 5149 (QL); Ville de Montréal c. Merla, Juge
Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 27 juin 2002, [2002] J.Q. no 7988 (QL).
Cette défense a été traitée de façon accessoire dans les causes suivantes : Ville de Sainte-Foy c. Roy, Juge
Cloutier, Cour municipale de la Ville de Sainte-Foy, 24 janvier 2001, [2001] J.Q. no 8402 (QL), par. 11;
Côté c. Municipalité de St-Charles-de-Borromée, op. cit. no 9; Municipalité de Sainte-Marie-de-Monnoir c.
Cardinal, Juge Grignon, Cour municipale de la Ville de Marieville, 11 décembre 2001, [2001] J.Q. no 8252
(QL); Riopel c. Ville de Montréal, Juge Mongeau, Cour supérieure du Québec, 8 décembre 2008, [2008]
J.Q. no 13499 (QL); Ville de Hull c. Alarie, Juge Simard, Cour municipale de la Ville de Hull, 9 septembre
1996, [1996] J.Q. no 4916 (QL); Herrera c. Ville de Montréal, Juge Paul, Cour supérieure du Québec, 12
novembre 2003, [2003] J.Q. no 15849 (QL).
40
R. c. Neville, op. cit. no 39.
41
Ville de St-Hyacinthe c. Buissières, Juge Locas, Cour municipale de la Ville de Ste-Hyacinthe, 15
novembre 1994, [1994] J.Q. no 1872 (QL); Dubois c. Ville de Candiac, Juge Cournoyer, Cour supérieure
du Québec, 2 août 2010, [2010] J.Q. no 7869 (QL).
42
The Reward, (1818) 165 E.R. 1482.
- 116 -
and pedantic in the application of the statutes. The law permits the
qualification implied in the ancient maxim 'de minimis non curat lex'.
Where there are irregularities of a very slight consequence, it does not
intend that the infliction of penalties should be inflexibly severe. If the
deviation were a mere trifle which if continued in practice would
weight little or nothing on the public interest, it might be overlooked."
Bien que plusieurs arrêts aient adopté ce principe, le fondement juridique de
celui-ci est, au mieux, imprécis en droit criminel canadien43.
L’existence de ce principe comme défense d’application générale en droit
criminel n’est pas encore résolue44, la Cour suprême du Canada ayant laissé
cette question ouverte45.
Le plus important support à l’existence de cette défense vient de la dissidence de
la juge Arbour de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Canadian
Foundation for Children, Youth and the Law c. Canada46.
Dans cet arrêt, la juge Arbour reconnaît l’existence de ce principe comme étant
une défense de common law qui a été préservée par l’article 8 (3) du Code
criminel. La défense de minimis, selon elle, ne signifie pas que l’acte posé était
justifié; il demeure illégal, mais compte tenu de son insignifiance, il sera impuni.
Cette doctrine fait en sorte, selon la juge Arbour :
(1)
(2)
(3)
reserves the application of the criminal law to serious misconduct;
protects an accused from the stigma of a criminal conviction and
from the imposition of serious penalties for relatively trivial
conduct; and
saves courts from being swamped by enormous number of trivial
cases.47
Don Stuart, dans son traité sur le droit criminel, voit dans le principe de minimis
un pouvoir résiduel de dispense dont les juges seraient investis. Ce pouvoir
pouvant s’exercer à titre d’exemple en s’attardant plutôt sur l’esprit de la loi que
sur sa lettre48.
43
Don Stuart, Canadian criminal law, 5e édition, Thomson-Carswell, 2007, p. 624.
Don Stuart, op. cit. no 43, p. 624; Colvin Eric, Principles of criminal law, 3e édition, Thomson-Carswell,
2007, p. 172.
45
R. c. Hinchey, Cour suprême du Canada, [1996] 3 R.C.S. 1128, par. 69; R. c. Cuerrier, Cour suprême du
Canada, [1998] 2 R.C.S. 371.
46
Canadian Foundation for Children, Youth and the Law c. Canada, Cour suprême du Canada, [2004] 1
R.C.S. 76, par. 200 et ss.
47
Don Stuart, op. cit. no 43, p. 625.
48
Don Stuart, op. cit. no 43, p. 628.
44
- 117 -
Plusieurs arrêts ont discuté de cette défense. Elle fut reconnue dans certains49 et
refusée dans d’autres50. C’est d’ailleurs ce constat qui fait dire au juge Vauclair
dans l’affaire Freedman51 que cette défense est « well alive » en droit criminel
canadien.
D’ailleurs, pour ceux que la question intéresse, le jugement du juge Vauclair fait
une analyse détaillée de la jurisprudence sur la défense de minimis.
En terminant sur l’existence de cette défense en droit criminel, il y a lieu de
mentionner que notre Cour d’appel dans la cause de Smith-Lacombe52
mentionne que si elle avait conclu à la commission de voies de fait dans ce
dossier, elle aurait accueilli la défense de minimis.
Cette défense a également fait son chemin en droit pénal québécois.53
Dans le cadre de cette défense, la détermination de ce qui est insignifiant
constitue une question de droit.54
L’application de cette défense ne doit pas constituer une décision purement
arbitraire, mais elle doit être le résultat d’une discrétion exercée de façon
judiciaire.
D’ailleurs, c’est dans cet esprit que le juge Vauclair, dans la cause de
Freedman55, propose certains critères dans l’évaluation de cette défense.
Ces critères sont :
 le caractère de l’accusé;
 la nature de l’infraction prouvée;
 les circonstances entourant l’infraction, incluant la motivation de
l’accusé;
 le mal infligé par la commission de l’infraction;
 l’objectif spécifique visé par le législateur dans la mise en œuvre de
la loi;
 l’intérêt public.
49
R. c. Freedman, Juge Vauclair, Cour du Québec, 20 février 2006, [2006] J.Q. no 1248 (QL); R. c. Poirier,
Juge Bélisle, Cour du Québec, 9 avril 2008, [2008] J.Q. no 2721 (QL).
50
Laroche c. R., Cour d’appel du Québec, 18 janvier 1999, [1999] J.Q. no 106 (QL); R. c. Kubassek, Cour
d’appel de l’Ontario, 26 avril 2004, [2004] O.J. 3483 (QL).
51
R. c. Freedman, op. cit. no 49, par. 55.
52
Smith-Lacombe c. R., Cour d’appel du Québec, 13 juin 2007, [2007] J.Q. no 6740 (QL).
53
Procureur général du Québec c. Transport Robert (1973) ltée, Juge Auger, Cour du Québec, 9 mars 2006,
[2006] J.Q. no 2071 (QL) (largeur véhicule hors norme permise sans escorte 3.10 mètres – chargement
constaté 3.13 mètres); Procureur général du Québec c. 9063-7224 Québec inc., Juge Dionne, Cour du
Québec, 21 décembre 2007, [2007] J.Q. no 15263 (QL) (application de retouches par personne qui n’est pas
peintre).
54
R. c. Kubassek, op. cit. no 50, par. 11 à 16.
55
R. c. Freedman, op. cit. no 49, par. 60.
- 118 -
Le juge Vauclair précise que ces critères ne sont pas limitatifs.
D’ailleurs, la juge Auger, dans la cause de Transport Robert (1973) ltée56 a choisi
d’ajouter deux (2) autres critères à ceux déjà mentionnés par le juge Vauclair. Il
s’agit des suivants :
 l’application de ce moyen de défense ne doit pas déconsidérer
l’administration de la justice;
 une déclaration de culpabilité, considérant les circonstances de
l’infraction, pourrait choquer le public et miner sa confiance dans
l’appareil judiciaire.
Il faut être conscient, dans l’analyse de cette défense, que les infractions pénales
touchent généralement à des questions dont les conséquences sont nettement
moins importantes qu’en droit criminel. De par leur nature, les lois provinciales et
les règlements municipaux s’adressent souvent à des problèmes de la vie en
collectivité de peu d’importance lorsque comparés avec certaines autres
préoccupations sociales, dont le droit criminel.
Devant une telle situation, il faut prendre garde, à titre de juge, de ne pas se
substituer au législateur lorsque l’on procède à l’analyse d’une défense basée
sur le principe de minimis.
Après ce tour d’horizon de cette défense, il y a lieu de voir quel traitement celle-ci
a reçu dans le cas d’infraction à l’un des articles du titre IV du Code de la
sécurité routière.
Débutons notre analyse par l’étude de la décision de Laliberté57. Dans ce
dossier, le défendeur reconnaît avoir crochi une balise de rue à la suite d’une
perte de contrôle. Il demande au tribunal d’appliquer le principe de minimis. Le
juge Charest s’exprime ainsi sur le sujet :
« 26 Nous sommes d'accord avec les représentations du procureur
de la défense à l'effet que cette maxime peut également être
applicable à l'encontre d'une infraction pénale et non pas strictement
dans un litige civil; par ailleurs, nous croyons également que
l'application de cette maxime relève de l'entière discrétion du Tribunal.
27 Dans l'exercice de ce pouvoir, la Cour doit toujours avoir présent
à l'esprit l'intérêt public.
28
Le législateur a sans doute voulu inciter le conducteur à
assumer ses responsabilités et faire face à ses obligations lorsqu'il est
impliqué dans un accident causant des dommages. A contrario, le
56
Procureur général du Québec c. Transport Robert (1973) ltée, op. cit. no 53, par. 44.
Ville de Loretteville c. Laliberté, , Juge Charest, Cour municipale de la Ville de Loretteville, 14 juin
1994, B.J.C.M.Q. 94-159, [1994] J.Q. no 1743 (QL).
57
- 119 -
législateur a évidemment voulu éviter toutes ces situations, de plus en
plus nombreuses, où on se retrouve avec des dommages causés par
des auteurs inconnus. En somme, le principe de la responsabilisation
du conducteur est très certainement d'intérêt public.
29
La valeur économique du dommage subi m'apparaît donc être
secondaire par rapport au principe en cause.
32 En définitive, le fait d'être impliqué dans un accident qui entraîne
des séquelles ou des dommages, si minimes soient-ils, à un objet
inanimé et de ne pas communiquer sans délai avec le poste de police
le plus près, constitue un acte qui lui, est directement préjudiciable à
l'intérêt public : c'est le geste lui-même que le législateur veut
sanctionner ou réprimer dans le cadre des règles de la sécurité
routière.
33
La gravité des dommages ou l'importance de ceux-ci n'ont à
mon avis, dès qu'ils existent, aucune influence sur la responsabilité
pénale, dans le cas de cette infraction. »
Le juge Cloutier se dit en accord avec cette décision dans la cause de Lebel58
lorsqu’il écrit :
« 14
Pour éviter toute confusion relativement à cette position, la
Cour précise qu'elle n'applique pas la maxime de minimis non curat
lex. Elle est en accord avec les raisons mentionnées par le juge
Charest dans l'affaire Ville de Loretteville c. Laliberté. En effet, nous
sommes en matière de responsabilisation des conducteurs
automobiles et l'ordre public l'emporte sur cette maxime en ces
matières. »
Ce que l’on doit souligner de l’arrêt Laliberté59 est la démarche suivie par le juge
Charest. Celle-ci l’a conduit à refuser d’appliquer la défense de minimis au cas
qui lui était soumis. La démarche utilisée s’inscrit dans celle proposée par le
juge Vauclair. Cette décision procédait donc de l’exercice judiciaire de la
discrétion dont disposait le juge dans cette cause.
Trois autres décisions font référence au principe de minimis. Aucune d’entre
elles ne développe de raisonnement sur cette défense pour la raison évidente
que dans chacun de ces dossiers, d’autres moyens de défense furent retenus
par le juge pour disposer du dossier.
58
Ville de l’Ancienne-Lorette c. Lebel, Juge Cloutier, Cour municipale de L’Ancienne-Lorette, 30 août
1999, [1999] J.Q. no 6660 (QL), par. 16. Voir également Ville de Saint-Laurent c. Bernard, Juge Bouchard,
Cour municipale de la Ville de Saint-Laurent, 8 mai 1995, [1995] J.Q. no 2805 (QL), par. 17, par. 161, où il
est fait référence à l’arrêt Laliberté.
59
Ville de Victoriaville c. Plourde, Juge Provencher, Cour municipale de Victoriaville, 10 juin 1998,
[1998] J.Q. no 4443 (QL), par. 29; Ville de Saint-Laurent c. Lanoue, Juge Bouchard, Cour municipale de la
Ville de Saint-Laurent, 25 avril 1996, [1996] J.Q. no 5019 (QL); Ville de Montréal c. St-Jean, Juge
Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 7 mars 2007, [2007] J.Q. no 1789 (QL).
- 120 -
6)
Défense d’aliénation mentale
Cette défense soulève l’incapacité du défendeur à orienter intelligemment son
action60. Elle s’attaque donc à l’aspect volontaire de l’acte.
Bien que les infractions prévues aux articles 168 à 171 du Code ne requièrent
aucune forme particulière d’intention, l’acte répréhensible doit tout de même
résulter d’un acte volontaire d’un défendeur.
Les conditions d’ouverture de cette défense se retrouvent énumérées au
paragraphe un de l’article 16 du Code criminel :
« 16. (1) La responsabilité criminelle d’une personne n’est pas
engagée à l’égard d’un acte ou d’une omission de sa part survenu
alors qu’elle était atteinte de troubles mentaux qui la rendaient
incapable de juger de la nature et de la qualité de l’acte ou de
l’omission, ou de savoir que l’acte ou l’omission était mauvais. »
Comme l’explique le professeur Hugues Parent61 :
« 133. Pour être exonératoire, l’aliénation mentale suppose donc la
réunion des deux conditions impératives que sont (1) la présence d’un
trouble mental chez l’accusé; trouble auquel s’ajoute (2) une
incapacité de juger de la nature et de la qualité de l’acte ou de
l’omission, ou de savoir que l’acte ou l’omission était mauvais. Si la
première condition s’intéresse à l’origine du déséquilibre psychique
observé chez le malade, la seconde porte quant à elle sur l’incapacité
nécessaire afin de bénéficier de l’exemption de responsabilité prévue
aux termes de l’article 16 du Code criminel. »
Le juge Cloutier fait un résumé des aspects juridiques attachés à cette défense
dans la cause de Ville de Québec c. Simard62. Voici donc ce qu’il dit sur ce sujet :
« 27
La défense de troubles mentaux est une défense prévue au
Code criminel qui s'applique en matière pénale provinciale en vertu de
l'article 60 du Code de procédure pénale. On entend par troubles
mentaux toute maladie, trouble ou état anormal qui affecte la raison
humaine et son fonctionnement, à l'exclusion cependant des cas
d'intoxication volontaire ou de certains états mentaux transitoires
60
Parent, Hugues, Traité de droit criminel, op. cit. no 35, par. 131.
Parent, Hugues, Traité de droit criminel, op. cit. no 35, par. 133.
62
Ville de Québec c. Simard, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 17 février 2003,
[2003] J.Q. no 27471 (QL), par. 27 et 28 (infractions en vertu du Code de la sécurité routière autres que
168 à 171).
Voir également : R. c. Streel, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 6 juin 2006, [2006]
J.Q. no 6662 (QL); Ville de Québec c. Bernier, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 14
mai 2003, [2003] J.Q. no 27354 (QL); Ville de Québec c. Vigneault, Juge Cloutier, Cour municipale de la
Ville de Québec, 30 mars 2004, [2004] J.Q. no 17604 (QL).
61
- 121 -
(Charest c. R. (1990) 76 C.R. (3d) 63). La défense de troubles
mentaux peut être établie de deux façons soit en établissant que la
personne n'est pas en mesure de juger la nature et la qualité de ses
actes ou de ses omissions, soit en démontrant qu'elle n'est pas en
mesure de juger que son acte est mauvais. Les termes "nature de
l'acte" réfèrent au caractère physique de l'acte lui-même alors que les
termes "qualité de l'acte" réfèrent aux conséquences qui en découlent
(R. c. Chaulk [1990] 3 R.C.S. 1303 et R. c. Charest précité). Quant
aux termes "savoir que l'acte ou l'omission est mauvais" ils référent à
la capacité de savoir s'il s'agit d'une chose que l'accusé ne devrait pas
faire ou qui est moralement répréhensible (R. c. Chaulk précité).
28 La défense de troubles mentaux vise à démontrer que l'accusé
n'était pas une personne rationnelle et autonome au moment de la
commission de son geste et qu'il n'avait pas la capacité d'apprécier sa
conduite, et par conséquent qu'il ne pouvait former une intention
criminelle ou avoir la conscience de la qualité du geste qu'il posait.
Lorsque l'accusé établit par prépondérance l'une ou l'autre des
modalités de sa défense, il a droit à un verdict de nonresponsabilité. »
Il est opportun de voir comment le juge Cloutier dispose de la défense
d’aliénation mentale présentée par le contrevenant dans ce dossier. Il écrit :
« 33
D'autre part, bien qu'on puisse conclure que le défendeur
n'était pas dans un état normal lors des événements, cela n'est pas
suffisant pour conclure qu'il a rencontré son fardeau de preuve à
l'égard d'une défense de troubles mentaux. Il revenait au défendeur
d'établir que son état le rendait inapte à juger de ses actes tels que
l'exigent les conditions d'application de cette défense. Or, rien dans la
preuve ne fait état que le défendeur pouvait ne pas être en mesure de
juger du caractère physique de ses gestes ou des conséquences de
ceux-ci. Il n'y a rien dans la preuve qui laisse entendre qu'il ne pouvait
pas se rendre compte que ses gestes étaient illégaux ou moralement
répréhensifs. »
Les conditions de recevabilité de cette défense sont exigeantes. Une telle
défense ne saurait être acceptée par le tribunal sans qu’un témoin expert ne soit
entendu sur le sujet63. Compte tenu des coûts associés à la présentation d’une
telle défense, celle-ci est rarement présentée sous une forme recevable devant
un tribunal pour des infractions au Code de la sécurité routière.
Nous n’avons trouvé aucune décision concernant les articles 168 à 171 du Code
où cette défense fut soulevée par le défendeur.
63
Ville de Québec c. Vigneault, Juge Cloutier, Cour municipale de la Ville de Québec, 30 mars 2004,
[2004] J.Q. no 17604 (QL), par. 14; R. c. Monette, Juge Chevalier, Cour du Québec, 16 décembre 1994,
[1994] J.Q. no 2752 (QL), par. 28.
- 122 -
7)
La défense d’alibi
La défense d’alibi est la défense par laquelle le défendeur invoque qu’il ne peut
être l’auteur de l’infraction, car au moment où celle-ci fut commise, il ne se
trouvait pas sur les lieux de l’infraction, mais en un autre endroit64.
Un défendeur qui veut soulever une telle défense doit communiquer la teneur de
cette défense suffisamment tôt afin de permettre aux policiers d’enquêter l’alibi.
Pour que la communication de la défense soit considérée suffisante, elle doit
respecter trois (3) conditions :
1. elle doit contenir une déclaration à l’effet que le défendeur n’était pas sur
les lieux de l’infraction lorsqu’elle fut commise;
2. elle doit préciser les allées et venues du défendeur au moment allégué de
l’infraction;
3. elle doit contenir le nom de tout témoin pouvant soutenir l’alibi65.
L’omission par l’accusé de divulguer son alibi suffisamment tôt pour en permettre
la vérification par la poursuite est un critère d’appréciation de sa crédibilité66. Elle
ne rend pas la défense irrecevable.
De plus, le juge n’est pas obligé de tirer une conclusion défavorable d’une
défense d’alibi faite tardivement, mais il peut le faire67.
En terminant ce rapide sommaire sur la défense d’alibi, il y a lieu de citer un
extrait de la décision de la juge Arbour de la Cour suprême du Canada dans
l’arrêt R. c. Hibbert68 sur les effets d’un alibi rejeté :
« Avant d’aborder la question de l’application de la disposition
réparatrice à la lumière de ce qui précède, il peut être utile de
résumer brièvement l’état du droit en ce qui concerne le rejet d’un
alibi invoqué comme moyen de défense.
-- En l’absence d’une preuve d’invention (fabrication délibérée), l’alibi
auquel on n’ajoute pas foi n’a aucune valeur probante.
-- Un alibi auquel on n’ajoute pas foi n’est pas suffisant pour étayer
une conclusion d’invention ou de fabrication délibérée. Il doit y avoir
64
KNOLL, Pat, Criminal Law Defences, Thomson-Carswell, 3rd edition, 2005, p. 135, par. 386.
Idem, par. 389; Voir également R. c. Cleghorn, Cour suprême du Canada, [1995] 3 R.C.S. 175.
66
BOILARD, Jean-Guy, Manuel de preuve pénale, Les éditions Yvon Blais inc., édition à feuilles mobiles,
par. 1.055.
67
R. c. Noble, Cour suprême du Canada, [1997] 1 R.C.S. 874, par. 111.
68
R. c. Hibbert, Cour suprême du Canada, [2002] 2 R.C.S. 445.
65
- 123 -
d’autres éléments de preuve qui permettraient à un jury raisonnable
de conclure que l’alibi a été fabriqué délibérément et que l’accusé a
participé à cette tentative d’induire le jury en erreur. C’est la tentative
d’induire en erreur, et non le rejet de l’alibi, qui justifie une inférence
de conscience de culpabilité.
-- Dans les cas où cela est indiqué, notamment lorsqu’il y a plusieurs
accusés, le jury devrait être informé que l’alibi fabriqué peut être
utilisé pour situer l’accusé sur les lieux du crime, mais qu’il se peut
qu’il ne permette pas de l’impliquer directement dans la perpétration
du crime. »
Cette défense fut soulevée dans quelques décisions concernant des infractions
aux articles 168 à 171 du Code.
Dans Ville de Loretteville c. Audet69, le juge Charest traite directement de la
défense d’alibi présentée. Il note que la défense n’a pas été dévoilée à la
première opportunité, et que sur la base de la preuve présentée, il n’ajoute pas
foi au témoignage du défendeur et de ses témoins. Le défendeur est déclaré
coupable de l’infraction reprochée à l’article 168 du Code.
Cette défense est également étudiée par le juge Laverdure dans l’affaire
Boucher70et par le juge Lalande dans l’affaire Cloutier71.
Dans la cause de Briguet c. Ville de Montréal72, une défense d’alibi fut présentée.
Toutefois, le juge Champagne de la Cour supérieure ne traite pas directement de
ce point dans sa décision.
Il s’agissait dans cette affaire d’un défendeur (chauffeur d’autobus scolaire) qui
prétendait, horaire de travail à l’appui, qu’il ne pouvait avoir commis l’infraction,
puisqu’il ne pouvait se trouver à l’endroit de l’infraction à l’heure alléguée de la
commission de celle-ci. Le juge arrive à la conclusion qu’il n’y avait pas lieu de
réévaluer la preuve. Le juge de première instance n’avait pas cru le défendeur
compte tenu de la preuve. Le juge Champagne fait mention dans son jugement
que l’heure exacte d’une telle infraction (article 171) n’en constitue pas un des
éléments essentiels.
69
Ville de Loretteville c. Audet, Juge Charest, Cour municipale de Loretteville, 13 avril 1994, [1994] J.Q.
no 1719 (QL). Il faut mentionner que le critère de la première opportunité a été modifié par la jurisprudence
subséquente à la décision du juge Charest, voir le sommaire sur la défense d’alibi.
70
Ville de Saint-Jérôme c. Boucher, Juge Laverdure, Cour municipale de la Ville de Saint-Jérôme, 7
décembre 2006, [2006] J.Q. no 13286 (QL).
71
Ville de Terrebonne c. Cloutier, Juge Lalande, Cour municipale de la Ville de Terrebonne, 3 décembre
2009, [2009] J.Q. no 15006 (QL); Voir également Ville de Châtauguay c. Bergevin, Juge Schlesinger, 5
octobre 2010,[2010] J.Q. no 10942 (QL).
72
Briguet c. Ville de Montréal, Juge Champagne, Cour supérieure du Québec, 20 avril 2007, [2007] J.Q. no
3375 (QL).
- 124 -
Finalement, une telle défense fut également soulevée dans l’affaire Riopel c. Ville
de Montréal73. Le juge Mongeau de la Cour supérieure du Québec ne traite pas
de cet aspect du dossier dans sa décision. Il ne voit aucune erreur pouvant
justifier son intervention dans la décision rendue par la juge de première
instance. La juge de première instance n’avait pas cru la défenderesse et l’avait
déclarée coupable de l’infraction reprochée (article 170).
8)
La défense d’impossibilité
L’existence de cette défense à titre de défense distincte ne fait pas l’unanimité
chez les auteurs74. Toutefois, cette défense semble avoir fait son chemin à titre
de défense distincte, bien qu’elle emprunte beaucoup à la défense de nécessité.
Cette défense se reflète dans l’adage suivant :
« À l’impossible, nul n’est tenu. » 75
Cette défense se retrouve généralement dans les deux (2) situations suivantes :
•
il a été impossible d’éviter de faire ce qui a été fait;
•
il a été impossible de faire ce qui n’a pas été fait (omission).
L’auteur Hugues Parent mentionne dans son Traité de droit criminel 76 que pour
être exonératoire, l’impossibilité suppose la présence d’un obstacle à la fois
imprévisible et irrésistible.
Donc, l’impossibilité devra avoir deux (2) qualités :
1. l’impossibilité devra être imprévisible;
2. l’impossibilité devra être irrésistible.
Pour rencontrer cette qualification d’imprévisibilité, le défendeur devra établir :
1. il lui était complètement impossible d’éviter de commettre l’infraction;
73
Riopel c. Ville de Montréal, Juge Mongeau, Cour supérieure du Québec, 8 décembre 2008, [2008] J.Q.
no 13499.
74
Don Stuart, dans son Traité sur le droit criminel canadien, op. cit. no 43, p. 552, croit que la
reconnaissance d’une défense d’impossibilité distincte n’a pas encore été justifiée. La principale raison de
cette croyance est que les autres principes et défenses usuels du droit criminel couvriraient les cas où une
telle défense pourrait être applicable. Eric Colvin et Sanjeev Anand partagent ce point de vue dans leur
ouvrage Principles of Criminal Law, op. cit. no 44, p. 367. Toutefois, Hugues Parent, dans son Traité de
droit criminel, op. cit. no 35, p. 757, reconnaît le caractère distinct de la défense d’impossibilité.
75
Slobodrian c. Procureur général du Québec, Juge Lévesque, Cour supérieure du Québec, 17 avril 2007,
[2007] J.Q. no 3723 (QL), par. 30.
76
PARENT, Hugues, Traité de droit criminel, op. cit. no 35, par. 902.
- 125 -
2. il n’a commis lui-même aucune faute.
3. il a fait preuve de diligence en utilisant les moyens nécessaires pour éviter
de commettre l’infraction (n’a pas contribué à sa situation).
En somme, il doit s’agir d’une impossibilité réelle et totale77.
L’irrésistibilité de l’impossibilité s’analysera en se demandant s’il n’y avait pas
d’autres solutions raisonnables et légales qui s’offraient au défendeur.
L’impossibilité relative n’est donc pas suffisante, seul un empêchement
inexorable peut satisfaire au critère d’irrésistibilité78.
Dans le dossier Ville de Québec c. Veilleux79, le défendeur a soulevé qu’il avait
été dans l’impossibilité d’appeler les policiers (article 171) à cause de l’état de
choc dans lequel il se trouvait. Le juge dans cette cause n’a pas retenu cette
prétention, puisque le défendeur avait, malgré son état de choc présumé, réussi
à appeler une amie pour qu’elle se rende sur les lieux de l’accident.
Cette défense fut également soulevée dans la cause de Slobodrian c. Procureur
général du Québec80.
9)
La défense d’énervement ou de panique
Compte tenu que l’énervement ou l’état de panique est, à l’occasion, soulevé par
le défendeur pour justifier son manquement à l’une des obligations mentionnées
aux articles 168 à 171 du Code, nous avons jugé opportun de discuter de ce
point sous le vocable de la défense d’énervement.
Une deuxième raison qui nous a amené à créer cette rubrique particulière est la
reconnaissance dans certaines décisions de l’existence d’une telle défense81.
Bien que nous ayons intitulé la rubrique « Défense d’énervement ou panique »,
une telle défense n’existe pas comme défense distincte à l’égard des infractions
prévues aux articles 168 à 171 du Code.
77
PARENT, Hugues, op. cit. no 35, par. 904.
PARENT, Hugues, op. cit. no 35, par. 905.
79
Ville de Québec c. Veilleux, Juge Vachon, Cour municipale de la Ville de Québec, 28 juin 2005, [2005]
J.Q. no 24237 (QL).
80
Slobodrian c. Procureur général du Québec, , Juge Lévesque, Cour supérieure du Québec, 17 avril 2007,
[2007] J.Q. no 3723.; voir également les commentaires formulés sur cette décision dans la section intitulée
« Sur les lieux de l’accident » du présent texte.
81
Ville de Montréal c. Merla, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville de Montréal, 27 juin 2002,
[2002] J.Q. no 7988 (QL); Ville de Saint-Laurent c. Rousseau, Juge Bouchard, Cour municipale de la Ville
de Saint-Laurent, 11 octobre 1995, [1995] J.Q. no 2638 (QL); Ville de Chicoutimi c. Corneau, , Juge Côté,
Cour municipale de la Ville de Chicoutimi, 10 novembre 1999, [1999] J.Q. no 6712 (QL).
78
- 126 -
Sous une accusation de délit de fuite prise en vertu du Code criminel, un
défendeur pourrait soumettre qu’il a quitté les lieux parce qu’il était en état de
choc ou de panique, et non parce qu’il voulait échapper à toute responsabilité
civile ou criminelle. Il tente, par ce moyen, de soulever qu’il n’avait pas la mens
rea requise pour commettre l’infraction.
Toutefois, les articles 168 à 171 du Code de la sécurité routière n’exigent pas la
preuve d’une mens rea.
Pour constituer une défense valide, l’énervement ou l’état de panique soulevé
par un défendeur faisant face à une infraction à l’un des articles 168 à 171 du
Code doit être d’une nature telle qu’il s’attaque au caractère volontaire de l’acte
commis.
C’est dans le cadre d’une défense d’automatisme ou d’aliénation mentale qu’une
telle prétention pourra être étudiée82. Elle devra rencontrer les conditions
d’ouverture reliées à de telles défenses et être supportée par une preuve
appropriée (témoin expert).
Est-ce à dire que l’énervement ou la panique ne pourraient pas être pris en
considération à l’extérieur de ces défenses?
Non, ils peuvent sûrement faire partie d’un ensemble d’éléments factuels que le
juge pourra considérer dans l’établissement ou non d’un autre type de défense.
À titre d’exemple, sous une accusation portée en vertu de l’article 168 du Code,
un défendeur pourrait très bien invoquer qu’il ne s’est pas arrêté sur les lieux de
l’accident, car il était pris de panique et c’est ce qui explique qu’il ne soit retourné
sur les lieux que quelques minutes plus tard, après avoir retrouvé ses esprits.
82
Ville de Jonquière c. Bergeron, Juge Turcotte, Cour municipale de la Ville de Jonquière, 26 mai 1995,
[1995] J.Q. no 2813 (QL); Ville de Joliette c. Nantel, Juge Beauséjour, Cour municipale commune de la
Ville de Joliette, 11 novembre 2010 [2010] J.Q. no 11589 (QL).
- 127 -

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