.MUSEE DE LODEVE Delaunay, L`atelier simultané, 1923

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.MUSEE DE LODEVE Delaunay, L`atelier simultané, 1923
.MUSEE DE LODEVE
Delaunay, L'atelier simultané, 1923-1934
du 30 novembre 2002 - 2 mars 2003
L'exposition du Musée de Lodève, cet hiver, du 30 novembre 2002 au 2 mars 2003, est consacrée à Sonia
Delaunay. Elle rassemble plus de 150 œuvres, aquarelles et gouaches, de cette artiste .
Cette exposition est présentée à la suite d'une première étape, proposée par la Ville de Venise, à la
Fondation Bevilacqua La Masa.
Sonia Terk-Delaunay est née en 1885 en Ukraine. Épouse du peintre Robert Delaunay, elle a mené avec
son mari des recherches picturales s'attachant à explorer la lumière, le mouvement des couleurs , leur “
contraste simultané ” . Dans leurs œuvres, les formes géométriques, colorées et vives s'agencent en
compositions rythmiques annonçant l'abstraction dont ils ont été parmi les pionniers.
Pour elle, ces recherches, essentiellement instinctives, s'expriment dans la peinture pure mais aussi dans le
domaine des arts appliqués, la décoration, la mode, domaines qu'elle estime répondre à la même quête
artistique. Elle crée des tissus et des vêtements simultanés, elle réalise des collages, des reliures, des
illustrations de livres poèmes. À partir de 1931 et notamment avec sa série des “ rythmes colorés ”, elle
revient à la peinture pure. Après la mort de Robert Delaunay, en 1941, elle continue de promouvoir le travail
de son mari et, à travers lui, de l'art abstrait, sans jamais abandonner les arts décoratifs dont elle explore
toutes les branches et pour lesquels son rôle dans l'application de l'abstraction a été déterminant. Elle meurt
en 1979 à Paris.
L'exposition de Lodève est centrée sur la période de l'Atelier simultané, de 1923 à 1934, qu'elle a fondé
pour créer et éditer des tissus simultanés , produire des vêtements et accessoires… Sonia Delaunay se
consacre alors essentiellement à l'art vestimentaire , avec un grand succès. Si la plupart des motifs sont
géométriques, elle sait en égayer la régularité de l'agencement par la sensibilité poétique de leurs formes
éclatantes, lumineuses et toutes vibrantes du “ chant sensuel de la couleur ”.
L'exposition est accompagnée d'un important catalogue dont les textes sont d'Achille Bonito Oliva, Jean
Leymarie, Annette Malochet et Maïthé Vallès-Bled.
Organisée par le Musée de Lodève, elle a pour commissaires Annette Malochet, Vincenzo Sanfo, Maïthé
Vallès-Bled.
Sonia Delaunay - Biographie
“Sur la robe elle a un corps…
Les couleurs déshabillent…
Le ventre est un disque qui bouge…
La double conque des seins passe
Sous le pont des arcs-en-ciel ”
Blaise Cendrars
Sara Stern, puis Sterk du nom de son oncle maternel qui l'adoptera, naît le 14 novembre 1885 à Gradsik
(Ukraine). En 1890, elle vit avec son oncle, avocat à Saint Pétersbourg, qui lui donne une éducation où la
littérature, la musique, la poésie tiennent une grande place. Elle voyage beaucoup en Europe. En 1903,
elle étudie le dessin à Karlsruhe, en Allemagne.
Pour se consacrer à sa vocation artistique, en 1905, elle s'installe à Paris où elle étudie à l'académie de la
Palette .Elle est très fortement impressionnée par la découverte de Van Gogh, de Gauguin et des Fauves .
Elle contracte un mariage blanc avec le critique et collectionneur Wilhelm Uhde, propriétaire de la
première galerie où elle expose, qui l'introduit dans le cercle artistique parisien où elle rencontre les
pionniers de l'art moderne, dont Picasso, Braque, Vlaminck… et le Douanier Rousseau, qu'elle admire
beaucoup.
En 1909, elle fait la connaissance du peintre Robert Delaunay qu'elle épouse l'année suivante. Tous deux
partagent la même passion pour la peinture dont l'essence, pour eux, réside dans la couleur. “ J'ai
rencontré en Delaunay un poète , dit-elle, un poète qui n'écrit pas avec la parole, mais avec les couleurs ”.
Ils s'installent au 3 rue des grands Augustins qui restera leur atelier jusqu'en 1935. En 1911, elle réalise
pour son fils Charles un dessus de lit à partir de morceaux de tissus de forme géométrique , de matières
et couleurs différentes, la première œuvre abstraite. Ils fréquentent un grand nombre d'artistes et
d'écrivains, notamment Apollinaire.
Tous deux travaillent “ en symbiose ” , Il découvre la théorie de Chevreul sur le contraste simultané des
couleurs, que Sonia définit ainsi : “ Les couleurs pures devenant plans et s'opposant par contrastes
simultanés créent pour la première fois la forme nouvelle construite non par le clair-obscur mais par la
profondeur des rapports de couleurs mêmes ”. Leurs œuvres découlent de l'application de cette théorie,
de manière essentiellement instinctive pour elle . Dès 1912, elle peint ses premiers Contrastes simultanés,
réalise des collages, des reliures, des voilettes pour la modiste Georgette. En 1913, elle s'intéresse à la
lumière et au mouvement . “ La brisure des objets et des formes par la lumière et la naissance des plans
colorés amenaient une nouvelle structure du tableau ”. Elle se lie d'amitié avec Blaise Cendrars dont elle
illustre la Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France , premier livre simultané. Elle crée des
costumes pour le Bal Bullier. Elle expose des toiles, des livres, des affiches et autres objets simultanés à
Berlin . En 1914, elle réalise des affiches publicitaires, expose ses Prismes électriques au Salon des
Indépendants.
Après la déclaration de guerre, Sonia et Robert , réformé, s'établissent avec leur fils au Portugal où elle se
lance dans la poterie et s'intéresse à la danse et ses mouvements. La révolution russe d'octobre 1917, qui
la ravit, la prive de ses revenus . Ils s'installent à Madrid, en Espagne, jusqu'en 1921.Sa rencontre avec
Diaghilev l'introduit dans le milieu de la mode. En 1918, elle dessine pour lui les costumes du ballet
Cléopâtre , puis, avec Doucet et Jacques Heim, elle organise un défilé au Ritz de Madrid, crée des
vêtements, ouvre à Madrid une boutique de mode et autres objets de décoration, la Casa Sonia qui a tant
de succès qu'elle en implante d'autres à Bilbao et Barcelone. De 1919 à 1920, elle décore le Petit Casino
de Madrid, en dessine les costumes de la première revue. Elle expose à Madrid ses décorations
lumineuses, crée les costumes de l'Aïda présentée au Liceo de Barcelone…
En 1921, retour à Paris où les Delaunay aménagent au 19 Bd Malesherbes, qu'elle décore de ses propres
créations simultanées. Le couple fréquente assidûment les surréalistes Breton, Tzara, Soupault…Elle
réalise en 1922, la décoration de la librairie “ Au Sans Pareil ”, crée la première écharpe simultanée, les
premières robes-poèmes avec Tzara, relie des œuvres de Tzara et Iliasz. Dès 1923, elle obtient une
commande industrielle d'une maison de Lyon pour ses premiers tissus simultanés, elle conçoit les
costumes de La danse aux disques (Iliasz, Poulenc) et Le cœur à gaz (Tzara), et , jusqu'en 1930, ne
cesse de créer : décoration du Grand bal travesti-transmental au Bullier ; fondation de l'Atelier Simultané ;
premiers manteaux en tissus de laine ; costumes pour le Bal Banal, qui accompagne la première lecture
du poème La mode qui vient , de Joseph Delteil dont elle vient de faire la connaissance ; exposition de
ses tissus simultanés au Salon d'Automne, puis, avec Jacques Heim dans la boutique Simultané et à
l'Exposition internationale des arts décoratifs ; publication de ses livres Sonia Delaunay – Ses peintures,
ses objets, ses tissus simultanés, ses modes en 1925 , puis en 1929 Tissus et tapis et en 1930, Sonia
Delaunay-Compositions, couleurs idées ; costumes de divers films dont un de Marcel L'Herbier ;
conférence à la Sorbonne sur L'influence de la peinture sur l'art vestimentaire ; costumes pour plusieurs
ballets et pour de nombreuses et célèbres comédiennes…
En 1931, retour à la peinture. Outre les publications de Les artistes et l'avenir de la mode et, plus tard de
De l'art de la devanture en 1934, elle participe à “ Abstraction-Création ”, présente au Salon de la Lumière
son Mica-tube lumineux, gagne en 1936 le premier prix d'affiche lumineuse pour la Compagnie parisienne
de distribution d'électricité. En 1937, elle participe à la décoration picturale du Pavillon de l'Air et des
Chemins de Fer, travail pour lequel elle obtiendra la médaille d'or. Militant pour la défense de l'art abstrait,
elle organise des réunions sur le thème de l'art au 16 rue Saint Simon où le couple a déménagé en 1935,
et crée le Salon des réalités nouvelles , premier salon d'art abstrait, à la Galerie Charpentier.
A la mort de Robert en 1941 à Montpellier, elle part vivre à Grasse, chez ses amis Arp et Magnelli,
jusqu'en 1944. C'est pendant cette période qu'elle réalise la série de gouaches Rythmes colorés. A partir
de son retour à Paris, en 1945, elle participe à de nombreuses expositions , organise le second Salon des
réalités nouvelles, et promeut le travail de son mari en collaborant à la réalisation d'une première grande
rétrospective de Robert Delaunay et d'une exposition hommage qui lui est consacrée , Les premiers
maîtres de l'art abstrait, en 1949, à la galerie Maeght. La multiplicité de ses activités est étonnante:
tapisseries, nombreuses illustrations de recueils notamment de Tzara et de poèmes de Rimbaud, Delteil,
Mallarmé, Cendrars…, réalisation d'une porte monumentale pour Berliet en 1957, publication de livres et
d'articles, création d'un jeu de cartes simultanées.. Première exposition personnelle à New-York en 1955,
en 1958 à Bielefeld, en 1962 avec à la Galerie Denise René … Sans oublier les expositions de Robert et
Sonia Delaunay , en 1959, au Musée de Lyon, et en 1965, pour la première fois en Amérique du Nord, à
Ottawa. En 1963, elle offre au Musée National d'Art Moderne de Paris, 117 œuvres de son mari puis en
1977, c'est la Bibliothèque Nationale qui bénéficie d'une donation de manuscrits et œuvres diverses.
Jusqu'à la fin de sa vie, elle reste infatigable, s'impliquant dans tous les aspects des arts décoratifs :
illustrations, cartons de tapisseries, vitraux, mosaïques, tapis, céramique, décoration de la Matra B530,
projets de costumes d'un ballet de Stravinski et d'une pièce de Pirandello… tout en exposant dans le
monde entier : à Paris (dont une rétrospective de son œuvre au Musée National d'Art Moderne de Paris
en 1967 suivie en 1975 d'un Hommage à Sonia Delaunay, d'une exposition itinérante de son œuvre gravé
organisée par le Centre Pompidou en 1976) Turin, Rome, Milan, Mulhouse, Washington, Lisbonne (avec
son mari), Grenoble, Londres, Cologne, New York, Tokyo…
Elle meurt à Paris, dans son atelier, le 5 décembre 1979 , mondialement reconnue : elle est chevalier des
arts et lettres en 1958, titulaire du Grand prix international de l'art féminin au Salon de la femme à Cannes
en 1969, du Grand prix de la Ville de Paris en 1973, récipiendaire de la Légion d'Honneur en 1975. De
nombreuses expositions rétrospectives ou hommages lui ont été consacrées.
Sa notoriété repose aussi bien sur ses œuvres picturales que sur ses travaux touchant à l'ameublement,
au théâtre, à la mode… tous domaines où éclatent son “ sens atavique de la couleur ” et sa vitalité
frémissante. Elle a joué un rôle moteur dans le développement de l'art abstrait, notamment dans le
domaine de l'art décoratif, où, peut être parce qu'elle était femme, elle a su “ transformer la quotidienneté
en art ”.