LE JERRICAN

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LE JERRICAN
LE JERRICAN
N° 49 MARS – AVRIL 2008
Journal bimestriel d’Information de l’Association «Union Jeep Vexin» / Responsable de la publication : Alain ORSINI
Adresse postale : 2 rue Pierre Bonté, 95450 SAGY – Tél. 01.34.66.30.24 – E-Mail : [email protected] - Site : http://perso.wanadoo.fr/unionjeepvexin
Le mot du Président
Bonjour à tous !
Je compte sur vous pour y participer. Des
informations
précises vous seront adressées
L’arrivée du beau temps, après un hiver rigoureux, es,
prochainement.
N’oubliez pas que le succès de la
pour nous, le signe de nouvelles actions
Fête
de
la
Jeep
est
l’affaire de tous !
commémoratives, de moments d’intenses activités.
Comme je vous l’avais indiqué, lors de mon traditionnel La Normandie sera pour nous, un très grand
mot, dans le dernier Jerrican, il faut que nos véhicules et moment historique, puisque nous allons pouvoir,
nos matériels soient prêts à répondre aux divers rendez- chose exceptionnelle, regrouper dans notre Camp les
vous de l’Histoire. Tout d’abord, le 8 mai, date reconstituteurs des 3 régiments qui composaient la
hautement symbolique, ensuite la Normandie et dans la Big Red One : le 16th avec nos amis espagnols, le
foulée, l’Appel du 18 juin, la Fête de la Jeep, Beltring et 18th avec un groupe polonais qui a souhaité se
bien d’autres manifestations indiquées sur notre joindre à nous et enfin notre 26th. En ajoutant nos
programme régulièrement mis à jour et diffusé.
compagnons Anglais du 514th, venus spécialement, il
Cette année est une année charnière ; il convient de la y aura dans le camp presque 70 personnes et 40
réussir et c’est pour cela que je vous demande avec véhicules !
insistance de faire le maximum pour participer aux Le camp de l’UJV portera le nom d’Antonio Zamora,
activités proposées et surtout, de nous donner des ce Pvt du 26th, sans famille, et dont la tombe chaque
réponses par retour, sans attendre les dates limites. année au 6 juin est fleurie et honorée par notre
Pour la 11ème édition de la Fête de la Jeep, à la Association.
demande générale, nous avons repris la tradition du
spectacle ; cependant, afin de nous faciliter la tâche, Vaste programme pour les 5 mois à venir, mais que
nous ne ferons qu’une seule répétition, probablement le vous aurez tous à cœur d’honorer, j’en suis certain.
Je compte sur vous tous.
samedi 30 mai, seule date possible sur notre planning.
Robert Dunesme
L’HISTOIRE DU « RBFM »
LE REGIMENT BLINDE DES FUSILIERS MARINS
Si à l’UJV c’est la « Big Red One » qui est à l’honneur, nous avons aussi bien du respect et de l’amitié pour le RBFM de
Leclerc. L’un de nos proches amis, bien que non membre de l’UJV, nous a écrit cet article sur le RBFM. Cet ami aussi
discret que modeste désirant garder l’anonymat (sans doute pour éviter des lettres de réclamation !) je me suis donc permis
de lui attribuer un nom de code, j’ai tout naturellement choisi le nom de « Bachi », donc grand merci à Bachi.
Alain Orsini
Au cours de nos rassemblements de véhicules
militaires de collection ou de commémorations,
il est habituel de croiser des participants portant
des uniformes américains avec la tête couverte
du célèbre BACHIS des marins de la Marine
Nationale. Ces personnes rappellent le souvenir
des éléments blindés anti-char de la deuxième
Division Blindée du Général LECLERC.
revanche sur l'infortune, l'humiliation, les chagrins
d'une des périodes les plus tristes de l'histoire de
la Marine.
Quand la France fut envahie, puis occupée, il
n'est pas un marin qui ne fut décidé à poursuivre le
combat contre l'Allemagne aux côtés des Anglais,
comme ils venaient de le faire en Norvège.
Tout bascula, quand deux mois après
l'Armistice, les Anglais attaquèrent et détruisirent à
Voici donc l’histoire de ce bataillon retracée
MERS-EL-KEBIR une escadre française au
par l’Amiral MAGGIAR quelques mois avant sa mouillage, à demi désarmée et incapable de se
mort en août 1995.
défendre...
« Le R.B.F.M. est né de la volonté de quelques
U.J.V. / Espace Mémoire du Vexin
marins meurtris par les malheurs des années
« Le Devoir de Mémoire, la Mémoire de l’Histoire »
d'occupation, de participer les armes à la main, à la
Association régie par la loi du 1er juillet 1901, sous le N° 2032 du 11
Libération de la France, mais aussi de prendre leur
juillet 1997 Préfecture du Val d’ Oise
Le Jerrican n°47 page 1/6
C'était en plus d'un attentat et d'une lâcheté, une
trahison de l'Angleterre vis-à-vis de la France, son
alliée. Ce fut surtout une erreur monumentale. La
peur des Anglais de voir la Marine française passer
dans les mains des Allemands est un alibi que
l'Histoire n'a pas retenu.
de la dure école de la mer, tout spécialement le
sens des responsabilités, la discipline consentie,
l'endurance des longues heures de quart ou de
veille.
Enfin, les épreuves et les expériences nées de la
guerre sur mer, les souffrances partagées par
Après cet attentat, la Marine anglaise ne cessa, beaucoup d'entre eux dans les prisons anglaises,
sans déclaration de guerre, de harceler, combattre leur avaient donné une cohésion, une solidarité,
et détruire des bâtiments français à la mer et dans une confiance réciproques.
leurs bases, créant l'occasion comme à DAKAR et
Il était difficile de rassembler des équipes
à DIEGO SUAREZ, mais aussi la saisissant chaque possédant plus de compétence et de talent, plus
fois qu'elle se présentait.
d'enthousiasme pour des tâches nouvelles, plus
En dépit de l'attitude déloyale des Anglais, les d'esprit de corps. Ils étaient avides de montrer ce
marins ne perdirent jamais l'espoir de reprendre qui les distinguait des autres, ce que la marine
les armes contre les Allemands. Cet espoir put avait fait d'eux.
enfin se réaliser, après le débarquement des
Quand ils découvrirent les T.D. et leur rôle dans
Anglo-américains en Afrique du Nord.
les combats, ils comprirent qu'ils dépasseraient
Après
quelques
jours
d'une
résistance tout ce qu'on attendait d'eux.
courageuse spécialement meurtrière pour la
Personne ne s'en doutait dans l'Armée de terre.
Marine, la France reprit sa place dans le camp des
Seuls le Général JUIN et le Général DE GAULLE
alliés.
l'avaient compris.
La Marine créa alors le Bataillon Bizerte pour la
C'est en effet le Général de GAULLE qui, en dépit
libération de la grande base navale de Bizerte, en
du
refus de certains marins de rallier les Forces
Tunisie, avec les marins "Prisonniers de guerre" en
Françaises
Libres en Angleterre, désigna le
Angleterre après la perte de leurs bâtiments à
R.B.F.M.
pour
la fameuse Division LECLERC, lui
DIEGO-SUAREZ.
donnant la préférence sur les cavaliers des cinq
Aussitôt Bizerte pris, la Marine, répondant à la autres régiments de T.D.
demande du Général Juin, futur chef de l'Armée
C'était de la part du Général de GAULLE une
française de Libération, accepta de créer une
marque
de générosité, mais plus encore
grande unité terrestre pour la libération de la
d'intelligence, par la prescience des résultats à
France.
attendre des marins.
Ce fut le R.B.F.M., un régiment de tanks
A la surprise générale de l'Armée de Terre, de la
destroyer "T.D." ou chasseurs de chars "ce qu'il y
a de mieux" dans l'Armée française, avait dit le 2ème D.B. et de son Chef le Général LECLERC, les
Général Juin au Capitaine de Corvette MAGGIAR, marins avec seulement un mois et demi
Commandant le Bataillon Bizerte et futur d'entraînement sur des chars usagés, qu'ils
remettaient à neuf de nuit après s'être entraînés de
Commandant du R.B.F.M.
jour, se distinguèrent dès l'entrée en campagne en
Au Bataillon Bizerte s'ajoutèrent alors en NORMANDIE.
complément des marins provenant des bâtiments
Les escadrons de T.D. commencèrent alors la
qui venaient d'être coulés à CASABLANCA, ORAN,
destruction
de chars et canons antichars
ALGER, etc…
allemands et la poursuivirent pendant toute la
Ce n'était pas sans raison que le Général Juin
guerre, dans une proportion telle que les plus
avait demandé des marins pour armer des chars.
hautes
autorités
militaires
reconnaissent
L'Armée de terre en Afrique du Nord manquait
aujourd'hui que sans eux la 2ème D.B. n'aurait
alors cruellement de spécialistes pour armer les
jamais réussi ses percées foudroyantes sur Paris
cinq divisions blindées de la grande armée
et Strasbourg.
française en cours de formation.
Le R.B.F.M. ne perdit que dix T.D. mais il détruisit
Au contraire des militaires, les marins avaient
70
chars et 82 canons allemands. C'est un résultat
tous une solide formation professionnelle. Pour
d'autant
plus prestigieux que les marins
eux les T.D. étaient une simple réduction des
affrontèrent
les puissants chars "Panthers" de 45
torpilleurs de mer d’autant plus que ce chasseur de
tonnes
avec
leurs petits T.D. de 28 tonnes et sans
char possédait le même moteur que le SHERMAN
aucune expérience de la guerre des chars.
M4A2 c’est-à-dire deux moteurs diesel GM.
Le
R.B.F.M.
acheva
la
guerre
à
Chaque marin retrouvait en effet sur son char sa
BERCHTESGADEN
avec
le
plus
beau
palmarès
de
spécialité de canonnier, pointeur, mécanicien,
électricien
radio,
etc...
A
leurs
qualités la 2ème D.B. et de l'Armée française. L'Armée
blindée lui rendit hommage en donnant au T.D. ...
professionnelles, les marins ajoutèrent les vertus
Le Jerrican n°47 page 2/6
"Siroco" champion du R.B.F.M. avec neuf victoires
sur les "Panthers" allemand, une place d'honneur au
Musée de l'Arme Blindée.
Après la campagne de France, le R.B.F.M. suivit le
Général LECLERC et participa de nouveau avec la
2ème D.B. à la campagne d'Indochine.
Insignes portés sur les
manches de la veste
d’origine américaine.
Les ancres croisées
traduisent l’origine
d’appartenance des
troupes à savoir la
Marine Nationale.
Il se distingua, comme il l'avait fait en France ;
combattant non plus avec des chars, mais avec des
bâtiments fluviaux et engins amphibies, dans les Les infirmières de ce bataillon portaient le
deltas du Fleuve Rouge et du Mékong. »
surnom de « marinettes » contrairement aux
Fin de citation autres infirmières de cette deuxième division
Les véhicules du RBFM blindée qui étaient des « rochambelles ».
portaient le marquage ci Leurs uniformes étaient en tous points
contre.
identiques à ceux des hommes à l’exception
La barre horizontale audessus de la lettre Y
traduit
le
premier
régiment (il n’y en eut
qu’un seul) et la lettre Y
a pour origine la première lettre du mot YSER en
souvenir des glorieux combats des Fusiliers Marins
du Contre-Amiral RONACH sur la rivière YSER en
BELGIQUE au cours de la première guerre
mondiale.
du pompon rouge.
La composition du Régiment Blindé
Fusiliers Marins était la suivante :
des
ƒ
un escadron hors rang : 6 pelotons, 75
engins,
ƒ
un premier escadron de combat :
- 5 pelotons, 42 engins dont 2 pelotons de
combat avec chacun 5 Jeeps et 5 M8,
Les blindés utilisés par le RBFM étaient des
chasseurs
de chars (d’origine américaine)
dénommés TD M10 ; TD étant les initiales de
TANK DESTROYER.
Ces blindés possédaient
un canon de 76,2
millimètres très efficace
contre les PANZER IV ƒ
mais beaucoup moins
contre
les
chars
TIGRES et les chars
PANTHERS.
- 6 pelotons, 50 engins dont
- un peloton de combat à 5 Jeeps, 4
M10,
- un peloton de combat à 5 Jeeps, 2 M10
et 2 M8,
- un peloton de combat à 5 Jeeps et 5
M8,
trois autres escadrons de combat : 4
pelotons, 44 engins dont 3 pelotons de
combat avec chacun 4 M10 et 5 Jeeps.
Signé « Bachi »
Le Vice-Amiral Raymond Maggiar
Merci à l’article de « Bachi » qui me permet de vous
parler de l’Amiral Raymond Maggiar que je ne
connaissais jusqu’ici que de nom. Je n’ai pu hélas
trouver une photo de Raymond Maggiar, mais voici
toutefois sa biographie résumée.
l’attaque anglaise et sera fait prisonnier par ces
derniers à la fin des combats pour le port.
Après sa captivité, il rejoint les Forces françaises en
Afrique du Nord (mars 1943) avec le grade de
capitaine de corvette. Il commande ensuite le
Né en 1903, Raymond-Emile-Charles-Joseph Maggiar bataillon de Bizerte durant la libération de la Tunisie
entre en 1922 à l’Ecole Navale. Il est affecté ensuite à et le régiment blindé des fusiliers-marins (RBFM) de la
diverses unités telles que le Courbet et le Bretagne 2ème division blindée dirigée par le général Leclerc.
(cuirassés), le Mistral et le Valmy (respectivement
Débarqué en Normandie, blessé à Paris, il fait la
torpilleur et contre-torpilleur) et le Suffren (croiseur).
campagne de France avec son régiment de chars
Entre 1932 et 1934, il sert en extrême–orient sur le destroyers.
croiseur de 2ème classe Primauguet. Il rejoint ensuite le
Capitaine de vaisseau en 1947, il commande le Centre
Courbet, le croiseur Dunkerque (croiseur) et le
interarmées des opérations amphibies (1948-1950) et
Fantasque (contre-torpilleur). En 1940, il participe au
la Marine au Tonkin (1953).
débarquement de Narvik, à l’évacuation de Dunkerque
Contre-amiral en 1955, il quitte le service peu de
et à l’escorte de l’or français entre Brest et Dakar.
temps après. Il décède le 19 août 1995.
Il participe aussi à la défense du port de Dakar lors de
Le Jerrican n°47 page 3/6
Lorsque je dis n’avoir
pas de photo d’époque
ou plus récente de
Raymond Maggiar, ce
n’est pas tout à fait vrai.
Selon la légende de la
photo
figurent :
le
ministre de la Marine,
Louis
Jacquinot,
l’homme en pardessus
; son directeur de cabinet, le contre-amiral Missoffe,
certainement à gauche de la photo ; le général Leclerc,
vous l’aurez tous reconnu partiellement masqué par le
Ministre et… le capitaine de frégate Maggiar.
On pourra noter dans le texte de l’Amiral Maggiar
une certaine acrimonie envers la « perfide Albion ».
Il est vrai que les relations entre la GrandeBretagne et Vichy étaient des « relations de
guerre ».
Il faut rappeler que de nombreux français sont
tombés de Mers el Kébir, à Madagascar, en passant
par de nombreux autres engagements qui ont
opposés la flotte française et ses fusiliers marins
aux britanniques.
Le souvenir des camarades tombés lors de ces
combats, auxquels il faut ajouter les nombreux et
longs internements de marins français en
Angleterre (dont la majorité s’est ralliée ensuite aux
Mais je n’ai pas pu, dans les trois casquettes galonnées
FFL et à la 2ème DB) ont constitués autant de
visibles savoir laquelle c’était ! N’hésitez pas si vous
plaies qui ne se sont jamais refermées, même après
trouvez une photo, envoyez la moi, je la publierai dans le
la Libération.
prochain Jerrican.
Alain Orsini
houppette, alors à quoi sert le pompon ?
C’est le Pompon !
A l’origine, le couvre-chef du marin
s’appelait le bonnet de laine, puis le Bonnet à
pompon. On ne sait pas exactement d’où vient le
nom ou le surnom de Bachi, qui est le symbole
incontournable de notre Marine Nationale.
Point d’orgue du Bachi, le pompon rouge, qui
était appelé « houppette de marins ». Cette
houppette terminait en fait l’assemblage du
bonnet de laine, fabriqué d’un seul tenant et
était constituée de fils bleu et rouge.
On dit que le pompon protège le
crâne des marins lors de choc dans les
coursives, mais que dire alors des marins
américains qui ont un « bob » sans
pompon, ont-ils le crâne plus dur ?
Pour moi, le pompon n’est peut-être
qu’une coquetterie de marin, destinée à
mieux attirer les filles en lui attribuant
un pouvoir porte bonheur quand on le
touche !
Soyons fiers, ces pompons restent
fabriqués en France, à la passementerie BBA à la
Chartre-sur-le-Loir dans la Sartre, entreprise
spécialisée dans la passementerie et le brodage
main des fils et pampilles de drapeaux, de
fourragères et autre épaulettes.
Les ouvrières de BBA fabriquant les pompons à la main et
dans la tradition / Crédit photo journal Ouest-France
Mais attention méfiez-vous des imitations, le
pompon doit répondre à des normes très strictes
définies par la Marine : diamètre 8 cm, hauteur
25 mm, poids maximum : 14,1 g (c’est du précis !).
Mais depuis des années, la fabrication du couvrechef ne nécessite plus l’existence d’une
Vous aurez peut-être la
chance de trouver un
jour ces deux éditions
originales des livres de
l’Amiral Maggiar.
Les Fusiliers Marins
dans la division Leclerc,
premier livre de
Raymond Maggiar
(Edition originale, Albin
Michel, 1947)
J’en profite pour vous signaler,
après des expositions temporaires
comme les « bateaux jouets » ou la très
belle
exposition
« la
Pérouse »,
l’exposition au Musée national de la
Marine à Paris : « Les Marins font la
Mode », jusqu’au 26 juillet 2009. Je
dédie ce bien modeste article aux
équipes du Musée de la Marine, dont un
certain Officier de Première Classe qui
se reconnaîtra et auquel je présente mes
respects.
Alain Orsini
Le Jerrican n°47 page 4/6
Les Fusiliers Marins de
Leclerc (Edition France
Empire, 1984)
Sur la couverture le char
M10 « SOUFFLEUR »
avec en bas à droite
Jean Gabin qui était
parmi d’autres, devenus
célèbres après guerre,
dans les rangs du RBFM
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Non je ne vais pas vous faire un article
sur le nouveau X-Men ou sur le
valeureux guerrier Achille, faible du
talon, mais sur le Tank Destroyer M10
qui équipait, entre autres, le RBFM
comme nous l’explique « Bachi ».
Dès 1940, l’exemple de l’armée
française balayée par les panzers,
pousse l’armée US à réfléchir sur les
moyens de détruire des chars ennemis.
Le concept de chars chasseurs de chars
est né. A partir de juillet 1941 et après
plusieurs mois de réflexion sur le
moyen le plus adapté (matériel tracté
ou matériel automoteur ?) c’est le
concept de char automoteur « tank
destroyer » qui est retenu.
pour accélérer la production des M10
un marché pour la construction du
M10 est aussi passé avec Ford qui
construit lui aussi des shermans,
M4A3 (1 moteur à essence) sur le
même principe que G.M.
Il en résultera que les M10 (dit
Wolverine, appellation par vraiment
officielle, qui signifie « Glouton »,
petit mammifère de l’Amérique du
nord) fabriqués par G.M. auront
l’appellation M10 et ceux fabriqués
par Ford l’appellation M10 A1. Les
seules différences seront donc la
motorisation : 2 moteurs diesel pour
les M10 et 1 moteur essence pour les
M10A1.
Mais pourquoi un char, chasseur de
chars ? Les chars ne peuvent–ils pas se
chasser eux-mêmes ? Eh bien non, ou
du moins pas tout à fait.
Il faut rappeler que lorsqu’un char est
au combat, toutes écoutilles fermées, il
est quasiment aveugle et malgré son
blindage, il est paradoxalement très
vulnérable, sans l’appui d’une infanterie
de protection et de soutien (comme les
panzers grenadiers pour l’Allemagne)
qui engage les blindés ennemis.
Mais les USA étant maintenant en
guerre contre l’Allemagne il devient
urgent pour l’armée américaine de
fabriquer au plus vite ces matériels ;
C’est en fait pour permettre aux
servants d’avoir une visibilité à 360°
sur les chars ennemis, visibilité
impossible comme je le dis plus haut
pour un char classique.
Un 10 avec une lame coupe haie.
La production est lancée en 1942,
jusqu’en fin 1943, pour un total de
4.995 M10 et de 1710 M1A1 (dont les
300 derniers sans tourelle pour être
modifiés en M36 ou transformés en
tracteurs d’artillerie M35).
Le canon M7 était très performant, les
obus perforant à coiffe pouvaient
pénétrer à 900 m un blindage en acier
trempé de 102 mm, la portée
maximale étant d’environ de 15 km.
De plus, ce canon permettait des tirs
tendus très précis, ce qui permit aussi
aux M10 de placer des coups au but
dans des embrasures de blockhaus.
Panzers grenadiers sur le pied de guerre
La production des premiers M10 est
donc donnée à General Motors qui
développe l’engin sur la base d’une
partie de la caisse, du moteur et du
train de roulement du Sherman M4A2
(2 moteurs diesel), lui aussi fabriqué
par General Motors.
Vue de la « baignoire, en arrière et à l’extérieur de
la tourelle le contrepoids de la masse du canon,
sur ce lest pouvaient être fixées des parties de
chenilles pour ajouter encore du poids
C’est le canon de 3’’ (76,2 mm) M7, à
l’origine destiné à être une pièce antiaérienne, qui sera choisi au final pour
équiper le M10. Mais ce canon pesait
tellement sur l’avant de la tourelle qu’il
devait être compensé par un contre
poids d’environ 1,300 tonne !
Pour défendre les chars contre les
attaques d’autres chars et mieux
détruire à distance ces derniers, le
Tank Destroyer était donc une arme
indispensable.
Après diverses péripéties sur le choix
du châssis et du canon, c’est General
Motors, avec ensuite Ford pour certains
modèles, qui emporte la fabrication du
Tank Destroyer M10.
ouverte comme la « baignoire » d’un
sous-marin ?
A
noter
qu’au
terme
d’essais
comparatifs menés en septembre
1943 entre les deux modèles, il est
constaté que le M10A1 est plus
mobile et plus manoeuvrant en
terrain lourd que le M10 de G.M.
C’est en fait assez logique car l’un
avait 2 moteurs diesel très lourds et
l’autre 1 seul moteur à essence.
Malgré cet avantage le M1A1 Ford
sera délaissé par l’armée US et ne
sera quasiment pas utilisé en
opération.
Pourquoi la tourelle de M10 est-elle
Le Jerrican n°47 page 5/6
En revanche le blindage était assez
léger pour garder à l’engin un poids
raisonnable à tel point qu’il fut prévu
de positionner « plus tard » ....
un surblindage. Pour ce faire, le M10 fut pourvu de gros boulons bien
visibles sur la caisse pour recevoir ces surblindages qui ne furent jamais ni
posés, ni... fabriqués en série.
La tourelle « en baignoire » très
pratique pour voir l’ennemi était aussi
une faiblesse, le chargeur, le tireur et
le chef de char étaient très exposés aux
éclats, aux lancers de grenades et aussi
aux tirs des snipers allemands. Pour
mieux se protéger, des « toits blindés »
furent posés sur certains M10. Les plus
répandus étaient, soit un blindage plat,
Toit blindé
pourvu souvent de deux panneaux
ouvrant pour l’observateur (bien visible
sur le M10 SOLIDO), fixé par quatre
tubes métalliques à la tourelle, soit une
« quasi casemate » avec deux capots
s’ouvrant sur les deux côtés de la
tourelle.
Le M10 SOLIDO avec son toit blindé...un
peu grossier
Blindage en « casemate »
Distinguished Unit Citation
Les M10 auront leur baptême du feu en
Afrique du nord, lors de la bataille d’ El
Guettar qui opposa le 2ème corps
américain commandé par Patton au
Heeresgruppe Afrika, groupe d’armée
allemand commandé par le Général
Jürgen von Arnim (remplaçant Rommel
que Hitler que désirait garder en
Europe).
Lors de cette bataille le 601st US Tank
Destroyer Battalion, malgré des pertes
sensibles, réussit principalement à
l’aide de ses M10, à détruire 30 chars
de la 10ème Panzerdivision sur une
cinquantaine d’engagés et ce, en 24
heures de combat !
TANK DESTROYER M10
Type : chasseur de chars.
Constructeurs, selon les modèles : Fischer
Body Co, filiale de General Motors et Ford
Motor Co
Equipage : 5 hommes (chef de char, pilote,
copilote, chargeur, tireur)
Armement : un canon M7 de 3 pouces (76,2
mm), approvisionnement 54 obus perforants
stockés en tourelle; viseur M 51
Armement secondaire : 1 mitrailleuse
Browning M2 de .50 (12, 7 mm ),
antiaérienne, approvisionnement 300
munitions
Blindage : entre environ 51 mm et 9 mm
Équipement radio : SCR610
Longueur : 5,97 m / 6,83 m avec le canon,
largeur : 3,05 m, hauteur : 2,50 m.
Poids en ordre de bataille: 29,700 t.
Moteurs : 2 General Motors diesels, refroidis
par eau,
Cylindrée : 13.9 litres
Puissance : 375 ch à 2 100 tr/mn.
Boîte de vitesse 5 avant, 1 arrière
Consommation : 233 litres au 100km sur
route
Vitesse, environ : sur route 44/45 km/h, en
Tout-terrain : 32 km/h
Autonomie sur route : 325 km/h environ
Pour ce beau fait d’arme, première
victoire américaine sur l’arme blindée
allemande,
le
601st
reçu
la
Distinguished Unit Citation.
A noter que cette bataille fut le premier
réel engagement de la 1th US Infantry
Division.
601st US Tank Destroyer
Sa devise “see, strike, destroy”
La suite au prochain numéro...
Alain Orsini
A
AC
CH
H II LL LL EE SS
La Grande-Bretagne avait pu acquérir dans le cadre de la
Loi de prêt-bail (lend-lease) environ 1.648 M10, dont 520
unités en 1944, sans canon qui seront transformées et
converties en « ACHILLES ». En effet, les Britanniques
trouvèrent le canon M7 de 76,2 mm assez peu puissant
pour contrer les chars allemands Tigre et Panther.
Ils installèrent alors sur les Achilles le canon de 17 livres,
le 17 pounds Mark V ; (Les Brits firent de même avec le
Sherman qui devint, sur nombre limité d’unités, le
« Firefly » avec un canon là aussi plus puissant). Le 17
pounds Mark V, plus puissant que le M7 US, était muni
d’un frein de bouche ce qui rend notre Achilles tout à fait
reconnaissable par rapport au Wolverine.
Le mark V fut légèrement modifié en raccourcissant la
culasse pour gagner de la place dans la tourelle.
La tourelle fut elle aussi modifiée, car le nouveau canon était
encore plus lourd que le M7 et le lest du Achilles devait donc
être plus important en poids et en longueur.
Les deux engins sont reconnaissables principalement à leur
profil voir ci-dessous : le canon du M10 est plus court, celui
du Achille est plus long et muni d’un frein de bouche et son
lest en arrière de la tourelle est plus imposant et plus long
que celui du M10.
Les Achilles, comme les « Firefly » étaient, par rapport aux
autres tanks alliés, des cibles prioritaires pour les soldats et
tankistes allemands, car la Wehrmacht craignait à raison leur
puissance de feu qui avait raison même des chars Tigres et
autres Panthers.
Alain Orsini
Je remercie Françoise et Robert
Dunesme et Sandrine Orsini pour
les relectures, Xavier Delahaie pour
l’impression et l’envoi de ce
nouveau Jerrican
Alain Orsini
Le Jerrican n°47 page 6/6

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