L`idéologiedespartiscatalanistes - politique66

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L`idéologiedespartiscatalanistes - politique66
L ' I N D E P E N D A N T
M E R C R E D I
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D É C E M B R E
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P E R P I G N A N
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L’idéologiedes partiscatalanistes
Catalan et catalanité sont les fers de lance des trois organisations, mais avec leurs visées autonomiste ou indépendantiste, elles ne se contentent pas de
cela. Par quels biais veulent-elles arriver à leurs fins ? Comment leur action est-elle perçue au Sud ? Deux questions au centre de notre deuxième volet.
h le catalan et la catalanité... Ils sont accommodés à
toutes les sauces par les cadors politiques du département.
Que la démarche soit sincère ou
stratégique, elle met ces deux thématiques sur le devant de la scène. C’est au moins un succès que
s’attribuent ERC, CDC et Unitat.
Cela prouve pour eux, que leur
action porte.
"S’il y a 6 000 rues de Perpignan
dont le nom est écrit en catalan,
c’est bien parce que nous avons été
entendus par Jean-Paul Alduy dès
1993", s’enthousiasme Jaume
Roure, président d’Unitat. "Dès
que nous sommes arrivés au pouvoir ensemble, nous avons institué
le concept de Perpignan la Catalane", rappelle-t-il aussi. Le catalan,
tous espèrent le voir enfin reconnu comme langue et plaident
pour que la France ratifie la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et modifie
l’article 2 de la Constitution (la
langue de la République est le
français.). "Le problème, c’est le
point après français", exprime Jaume Roure. "Le catalan n’est pas
une langue de deuxième division.
C’est la septième la plus parlée en
Europe", renchérit Joan Ridaura,
président d’ERC. Et pour lui, "ce
n’est pas une affaire idéologique,
mais économique. C’est un atout
pour ici dans les relations avec le
Sud". La promotion de la langue
est aussi un préalable à la constitution d’une nation catalane. La
A
CDC, elle, abordera la thématique du bilinguisme dans son programme des municipales. Jordi
Vera, son président : "Dans toutes
les communes, il faut un enseignement bilingue. La demande est là.
Nous souhaitons que les collectivités comme le département ou la région créent un institut du bilinguisme avec un vrai budget." Il admet
qu’en matière de signalétique ce
qui a été fait va dans le bon sens,
mais souhaite en plus que "les institutions comme les impôts, les mairies, le tribunal, soient indiqués en
catalan."
"Les bonnes décisions
comme les mauvaises
doivent être prises ici"
Aucune langue ne peut vivre sans
culture. Alors quid de la fameuse
catalanité ? Sur ce point, les indépendantistes d’ERC ont une position bien tranchée, mais consensuelle. Joan Ridaura : "Je n’entends jamais parler de "francisité".
Il n’y a pas de culture nationale. La
culture c’est universel. Il ne faut pas
en favoriser une au détriment de
l’autre. Bien sûr, la culture d’ici
n’est pas à cacher, mais il s’agit
plus d’un sentiment d’appartenance, d’une façon de concevoir la vie."
Sans balayer le concept de catalanité, Unitat partage quasi intégralement le sentiment d’ERC. Jaume Roure : "La catalanité, c’est
une question de sentiment et aussi
de mode de vie. Etre Catalan, ce
n’est ni une question de sol, ni une
question de sang. Est Catalan, celui
qui, quand on lui dit "bon dia’", répond bon dia."
La langue, la culture, ne manque
qu’une nation ou qu’une région
pour englober tout cela. Comment et pourquoi y arriver ? Chacun, cette fois, a sa recette propre.
Pour Jordi Vera, tendre vers une
région Catalogne en France est
dans la logique des choses et permettra de se rapprocher du Sud.
"L’article 72 de la Constitution
française - qui indique l’organisation des collectivités locales
(ndlr) - constitue une voie toute
tracée. Et puis, quel que soit le nouveau président, les évolutions institutionnelles iront dans ce sens."
Avant de conquérir le territoire,
ERC et Unitat penchent plutôt,
eux, pour la création d’un eurodistrict. "Il faut un accord entre le
conseil général et la Generalitat
pour organiser la gestion d’un territoire comprenant le département et
la province de Gérone. Effacer la
frontière est l’objectif prioritaire",
avance Joan Ridaura. "Etant pour
l’Europe des peuples et des régions,
nous souhaitons un fédéralisme des
pays catalans, un fédéralisme transfrontalier. Créer un eurodistrict est
une étape incontournable", pense
Jaume Roure. Seul CDC réfute le
recours à l’eurodistrict : "Parler
d’un eurodistrict est démagogique
car cela ne concerne qu’un petit territoire", lâche Jordi Vera.
Qu’importe la méthode. "On doit
se gérer nous-mêmes", reste un leit-
Lecommentairedesunssurles autres
Pour mieux cerner Convergència democràtica de Catalunya,
Unitat catalana et Esquerra republicana de Catalunya, nous
avons demandé aux présidents
de chacune de ces formations de
s’exprimer sur les deux autres.
Tous n’ont pas vraiment joué le
jeu. Voici le résultat.
Joan Ridaura, ERC
A propos d’UC. "Avec eux, on a
de bonnes relations. Nous sommes
parfois allés ensemble aux élections (les régionales). C’est le seul
parti véritablement nord-catalan.
C’est un parti dont on connaît le
programme et l’action notamment sur Perpignan. Sans Unitat,
il ne serait rien passé. On pourra
toujours discuter de savoir si c’est
assez ou pas, mais c’est fait."
A propos de CDC – Bloc
català. "Le Bloc vient de changer
la donne en devenant CDC. Le
Bloc est connu car il est médiatique. Il défend la région Catalogne,
mais pourquoi faire ? On ne le savait pas. Avec CDC les choses se
clarifient. Ce sera un parti de centre droit. Cela nous intéresse car
traditionnellement, au Nord, le
sentiment catalaniste est plutôt
conservateur. ERC étant la gauche catalane, on attend de voir s’il
y aura confrontation ou union de
la gauche et de la droite catalane."
Jaume Roure, UC
A propos d’ERC. "Nous ne partageons pas l’idéologie d’ERC car
Unitat n’est pas un parti indépendantiste. Cependant, nous avons
d’excellentes relations de confiance
avec le parti, voire d’amitié avec
certains de ses membres. Depuis le
temps, les rapports se sont normalisés."
A propos de CDC – Bloc
català. "Nous ne connaissons pas
l’idéologie du Bloc. Les relations
de confiance n’existent pas et par
voie de conséquence, on a une extrême difficulté à collaborer. Cela
n’a rien à voir avec la volonté ferme d’Unitat catalana d’avoir des
relations suivies avec CDC au
Sud."
Jordi Vera, CDC
A propos d’ERC et d’UC.
"Nous avons un respect vis-à-vis
de ces deux formations. Le pluralisme est une bonne chose. Mais il
n’y a rien à penser de l’un et de
l’autre. On ne parle jamais des
autres tandis que les autres parlent beaucoup de nous."
motiv pour ERC, Unitat et CDC.
Une gestion linguistique et culturelle donc, mais aussi "infrastructurelle". TGV, THT, hôpital transfrontalier, routes – ERC ajoute
également un abattoir transfrontalier en Cerdagne -, les trois organisations n’ont de cesse de plaider pour l’échelon local. Ce que
Jaume Roure résume ainsi : "Les
bonnes décisions comme les mauvaises doivent être prises ici."
Il existe des divergences fondamentales entre les trois partis (indépendance ou autonomie, eurodistrict ou pas), mais le plat que
souhaitent servir les catalanistes
est bien souvent le même. Seulement, les cuisiniers n’ont pas la
même recette. S’il est tenté par le
mets, c’est au client électeur de
choisir.
Dossier réalisé
par Guillaume Clavaud
Ce que pensent leurs parrains
Artur Mas, président de CDC, et Joan Ridao, porte-parole d’ERC
au Parlement catalan, s’expriment sur les partis frères du Nord.
Artur Mas, président de CDC.
"Depuis deux ou
trois ans, nous
nous sommes rapprochés du Bloc
català. Maintenant qu’il est devenu une délégation de CDC,
nous allons faire un pas de plus en
avant. Cependant, nous continuerons à entretenir des liens avec Unitat catalana qui fait depuis longtemps un bon travail de promotion
de la catalanité", introduit le leader national de CDC.
Les liens seront donc étroits, mais
pas autoritaires. "La délégation
Nord doit préserver son niveau
d’autonomie très élevée pour agir.
Ils connaissent bien le terrain, la
mentalité et la vie politique d’ici
- du Nord (ndlr). Il y a bien une
langue et des coutumes communes,
mais il existe aussi des particularités sociales et culturelles." Et il ajoute pour ceux chez qui une suspicion d’ingérence politique en
France poindrait : "La présence de
CDC ne constitue pas une ingérence. La vocation est nettement catalaniste, certes, car les deux territoires
ne sont pas seulement voisins, ils
sont frères. La différence n’est pas
très grande. Mais il y a une frontière administrative."
Revenant sur les relations entretenues depuis toujours avec Unitat
catalana, il ménage ses alliés historiques. "Ce n’est pas une exclusion
des uns au profit des autres. Nous
ne faisons pas un choix différencié
entre le Bloc et Unitat. Le Bloc a
une action intéressante, mais nous
n’oublions pas le travail immense
qu’a fait, sans trop de moyens, Unitat. Je pense notamment à la collaboration étroite qui existe entre
nous et le maire de Perpignan.
C’est une personne remarquable
qui gouverne avec Unitat et qui travaille avec les personnes sensibles à
la catalanité."
A terme, Artur Mas verrait bien
une fusion CDC – Unitat. "Cela
doit se faire sans pression. On doit
y réfléchir peu à peu et agir prudemment."
Joan Ridao, porte-parole d’ERC
au Parlement
de Catalogne.
"ERC, ce sont 65
ans d’histoire et
du travail depuis.
C’est un parti national et pour
nous, la nation
catalane c’est le
principat de Catalogne, le Pays Valencien, les Baléares et la Catalogne
Nord. Alors bien sûr ERC Nord est
une organisation assez petite, mais
elle s’insère dans un territoire", présente Joan Ridao.
La concurrence désormais instituée par la présence de CDC ne
l’affecte pas. Visiblement au
contraire même. "Pendant des années CDC a critiqué le fait qu’ERC
soit présente au Nord et maintenant, nous constatons qu’il y a une
CDC Nord. Aujourd’hui, les choses sont meilleures. Il y a ERC qui
est un parti de gauche et CDC qui
est à droite avec Unitat."
L’ERC nationale fait-elle de l’ingérence au Nord ? Le porte-parole
réfute. "L’autonomie d’ERC Nord
est totale. Elle a sa structure administrative et ses propres dirigeants.
Et, bien sûr, ils sont présents dans
l’exécutif national et au conseil national. Mais je rappelle que la nation complète, pour nous, n’est pas
uniquement sur le territoire de l’Espagne et que nous pensons que l’indépendance de la Catalogne est possible." L’autonomie d’ERC Nord
répond de toute façon à une stratégie politique. "Viser l’indépendance est plus facile dans le principat, c’est vrai, mais nous ne renonçons pas à réaliser cet objectif en Catalogne-Nord. Nous savons cependant que la réalité socio-politique
au Nord est difficile pour nous."
Joan Ridao croit fortement à la
possibilité d’obtenir une représentation municipale dans les P.-O.
"Nous pensons que c’est possible
dans plusieurs communes", estime
le porte-parole. En faisant des alliances avec des partis catalanistes
ou des grands partis ? "Tout est envisageable, mais c’est à ERC Nord
et à elle seule d’en décider."
Vu du Sud
Vu du Sud
Pere Vilanova, professeur en
sciences politiques à l’université de Barcelone : "Très franchement, la problématique de
ces partis n’intéresse que très
peu la communauté universitaire de Catalogne. C’est une unité
d’analyse extrêmement marginale", estime le chercheur. Il
explique cela par le fait que
pour la France, comme pour
la Catalogne, le poids de leur
action est "négligeable".
Il illustre : "Le fait par exemple
que le Bloc català soit devenu
CDC et le fait donc que CDC
ait désormais une vitrine au
Nord ne soulève pas les foules."
Il résume ainsi le manque d’intérêt des observateurs et de la
population, pour la chose autonomiste au Nord : "La majorité des Catalans considère que la
Catalogne c’est la Catalogne.
Pas les pays catalans."
Lluis Bou, rédacteur au quotidien Avui, attaché au service politique : "Dans la réalité
politique française, il me semble
que l’option autonomiste de
CDC est plus compréhensible
que celle indépendantiste
d’ERC car le message est plus radical", souligne le journaliste.
Il compare cependant la démarche du Bloc qui se transforme en CDC à celle d’ERC :
"Se rapprocher d’un parti qui a
de l’expérience et qui peut gouverner. L’accès à Barcelone offre
un support logistique qui peut
donner un changement important pour les élections municipales."
S’il convient que la visibilité
des partis catalanistes du Nord
en Catalogne est faible, il affirme que "les gens sensibles à
l’idéologie catalaniste les
connaissent" du fait même de
l’existence d’une communauté d’idée.
Lecteurs, à vos plumes !
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Pour réagir par le biais du Courrier des
lecteurs : adressez vos remarques à la rédaction locale de L’Indépendant, Mas de
la Garrigue, 2, av. Alfred-Sauvy, 66605 Rivesaltes. Mentionnez impérativement vos
nom (en lettres capitales), adresse et numéro de téléphone (afin que nous puissions vérifier l’origine des textes reçus).
Rappelons pour être précis
que Avui est historiquement
lié à Jordi Pujol, ancien patron
de CDC.

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