La Forge de la Victoire

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La Forge de la Victoire
La Forge de la Victoire
Matériels militaires terrestres mis au point aux Etats-Unis
à partir de 1940-41 sous l’influence directe des commandes
françaises
et dérivés de circonstance produits pour des besoins particuliers
Extraits de l’ouvrage de Maurice Héninger « L’épreuve du feu – L’évolution des outils
militaires durant la Deuxième Guerre Mondiale » (Plon Ed., Paris, 1985, rééd. 1995), avec
l’aimable autorisation de l’auteur.
Dès l’été 1940, le gouvernement français mit au premier rang de ses priorités le
développement d’une production d’armements en Afrique du Nord. Cela devait s’avérer
coûteux et difficile. L’Armée de Terre française dut se résoudre à utiliser massivement des
matériels fabriqués aux Etats-Unis (et, en moindre quantité, en Grande-Bretagne). Certains
étaient des véhicules de type US standard comme les half-tracks M2 et M3, les obusiers
automoteurs M7 “Priest”, etc. Cependant, d’autres matériels, correspondant à des demandes
françaises spécifiques, furent développés plus tôt ou différemment qu’ils ne l’auraient été en
l’absence de ces requêtes. Quelques-uns de ces matériels originaux développés pour l’Armée
de Terre en Amérique du Nord ou en Algérie, sont présentés ici. Certains furent par la suite
largement utilisés par l’US Army.
Le gouvernement français d’Alger pouvait payer ces matériels : il disposait non seulement de
l’or de la Banque de France (évacué en 1940 vers le Canada), mais aussi de devises provenant
de la vente des ressources coloniales, comme le caoutchouc d’Indochine, le cacao, le café et
l’or d’Afrique Occidentale… C’est ainsi qu’un certain nombre d’usines furent construites et
équipées avec l’argent français, et ce dès 1939. Ce processus se poursuivit toute l’année 1940
et début 1941. Il ne fut pas interrompu par la loi Prêt-Bail de mars 1941. Avec les prêts
américains de l’automne 1940, celle-ci fut responsable du colossal endettement de la France
vis-à-vis des Etats-Unis – ce fut l’un des grands problèmes économico-diplomatiques de
l’immédiate après-guerre, mais, selon le mot de De Gaulle, « l’alternative eût été que la
France dût entièrement sa libération au sang américain, mais une dette dans cette monnaie
est encore bien plus difficile à rembourser. »
I – Les armes individuelles
Pour réarmer au plus vite l’infanterie française, le fusil américain semi-automatique M1 (le
Garand), la carabine M1 et la mitraillette (SMG) furent adoptés.
Le gouvernement français souhaitait dès 1939 construire sur le territoire américain le fusil
semi-automatique MAS-40, très évolué, et avait choisi une usine pour ce faire. La défaite de
1940 et l’évacuation vers l’Afrique du Nord empêcha ce projet d’arriver à maturité.
Cependant, l’usine choisie pour produire le MAS-40 put être utilisée pour accroître la
production du M1 Garand. Un accord franco-américain signé en septembre autorisa l’usine
acquise par les Français à utiliser les brevets et les plans Garand, en échange d’une partie de
sa production, qui fut livrée à l’US Army.
Le gouvernement français souhaitait aussi maintenir la production de la grenade à fusil de
60 mm antichar créée par Brandt, et une usine fut construite près de Savannah dans ce but.
Dès avant la débâcle de mai-juin 1940, 40 000 de ces grenades avaient été produites en France
(mais n’avaient pas encore été distribuées aux unités…). La majorité d’entre elles furent
évacuées en Afrique du Nord, et plusieurs centaines furent envoyées aux Etats-Unis, pour être
utilisées comme modèles afin d’organiser leur production, mais aussi pour être évaluées par
l’US Army. Cette évaluation donna naissance au lance-roquette de 60 mm connu sous le nom
de Bazooka.
II – L’artillerie
(1) Le canon de 47 mm antichar 47/53 SA-39, successeur du très réussi SA-37, le modèle
39, doté d’un frein de bouche, affichait une haute vélocité initiale (855 m/sec). Produit sous
licence aux Etats-Unis, il équipa non seulement les forces françaises, mais aussi l’US Army,
sous le nom de 47 mm M1, entre l’ancien 37 mm et le 57 mm (copie du 6-livres britannique).
Un obus perforant de conception française (le 47/25), qui fut introduit début 1944, donna au
SA-39 la possibilité de percer, à 500 m, 102 mm de blindage à 35° d’angle.
(2) Le canon AA de 25 mm (25 CA-40) fut lui aussi construit sous licence par l’industrie
américaine, à Detroit. Sa production à grande échelle aurait dû être lancée en France courant
1940 ; cette arme avait une cadence de tir supérieure à celle du 25 mm alors en service (350 à
400 coups/minute, cyclique). L’affût double, installé sur un affût simple de Bofors 40 mm,
entra en service à la fin de 1942. Le groupe de DCA moyenne français standard associait
quatre affûts doubles de 25 mm à quatre affûts simples de Bofors (les Bofors reçurent au
début de 1943 un obus antichar spécial, APDS, basé sur la munition de 25 mm et qui leur
donnait la possibilité de percer 70 mm de blindage à 500 mètres et 40° d’angle).
Le 25 mm fut encore amélioré par les ingénieurs de chez Hotchkiss, utilisant l’expérience
acquise de 1938 à 1940 lors du développement d’une arme d’aviation du même calibre, le
Hotchkiss MLS, destiné à des avions d’attaque au sol. Un magasin de 32 coups à chargement
pneumatique fut introduit courant 1942. En revanche, une demande de l’Armée française pour
une cadence de tir de 700 coups/minute ne put être satisfaite durant la guerre, même avec
l’aide d’ingénieurs de chez Hispano-Suiza, qui travaillaient eux aussi sur une arme
automatique de 25 à 30 mm. L’apport principal d’Hispano-Suiza au programme du 25 mm
AA construit à Detroit fut l’introduction d’un système d’alimentation par bandes au milieu de
1943. Ce système fut surtout usité sur des affûts doubles, mais le casier contenant une bande
de 120 coups était lourd et difficile à manier.
(3) La production du 75 mm TAZ-39 commença en 1940 au Canada. Le gouvernement
français avait auparavant signé avec l’industrie canadienne un contrat pour la production du
75 mm anti-aérien CA-40S, qui devait remplacer les nombreux 75 mm AA en service. Mais,
le 19 juin, il fut décidé que le TAZ-39 serait fabriqué à la place du CA-40S, car le
gouvernement américain venait de décider de vendre à la France 200 canons de DCA de
3 pouces : le CA-40S devenait de ce fait bien moins intéressant pour le rééquipement des
forces françaises que le TAZ-39, destiné à être utilisé comme un canon de campagne léger
(pour remplacer le célèbre et vénérable 75 mm Mod. 1897) et comme un puissant canon
antichar. L’usine canadienne s’étant déjà lancée pour le CA-40S dans un réoutillage complet
en système métrique, la production du 75 mm TAZ-39 ne lui posa pas les douloureux
problèmes qu’elle aurait rencontrés autrement. Néanmoins, les premiers TAZ-39 canadiens ne
devaient pas être livrés avant l’été 1941.
Le TAZ-39 pesait 2 090 kg et tirait des obus français standards de 75 mm à 700 m/sec, ce qui
lui donnait une portée de 14 000 mètres et la possibilité de perforer 80 mm de blindage à
1 000 mètres et 90° d’angle avec le vieil obus perforant Mle 1910. Mais ce n’était qu’un point
de départ. L’industrie française avait développé un obus perforant sous-calibré (75/57 APDS)
pour le 75 mm Mle 1897, dont la vélocité initiale était de 900 m/sec et qui permettait au vieux
canon de perforer 90 mm de blindage à 1 000 m et 35°. Avec la cartouche du TAZ-39, ce
nouvel obus atteignait 1 095 m/sec et perforait 130 mm de blindage à 1 000 m et 35°. Le
TAZ-39 étant nettement plus léger que le 17-livres britannique, il fut très largement utilisé par
les forces françaises et fut adopté par l’US Army. Une variante destinée à équiper des blindés
fut produite sous le nom de SA-41. Ce fut l’arme du SAV-41 et du M4A(75-LB).
Par ailleurs, l’obus de 75 mm APDS pouvait aussi être utilisé avec les canons américains de
75 mm M2 et M3, qui armaient les chars des séries M3 et M4. Avec le canon M2 (longueur
28,5 cal.), la vélocité initiale de l’obus était de 567 m/sec. et la pénétration passait de 60 mm à
500 yards (457 m) de distance et 30° d’angle à 87,5 mm à 1 000 m et 35°. Avec le canon M3
(longueur 37,5 cal.), la vélocité initiale était de 671 m/sec. et la pénétration passait de 70 mm
à 457 m de distance et 30° d’angle à 120 mm à 1 000 m et 35°. Avec le canon de 75 mm léger
T13-E1 (plus tard standardisé et baptisé M5) utilisé par les chars M24, l’obus APDS atteignait
une vélocité initiale de 978 m/sec. pour une pénétration de 106 mm à 1 000 m de distance et
30° d’angle. Ce nouvel obus fut dès lors introduit dans les unités blindées américaines durant
l’été 1942 et son usage se généralisa dès la fin de l’année. L’état-major de la Force Blindée
US avait d’abord été réticent, car la doctrine américaine d’emploi des blindés affirmait que la
destruction des chars ennemis était l’affaire des chasseurs de chars et que les chars euxmêmes étaient voués à l’appui de l’infanterie. Cependant, l’expérience du combat acquise
dans le Péloponnèse par les chars commandés par le colonel Robinett et les liens noués avec
les unités blindées françaises durant l’entraînement en Afrique du Nord conduisirent les
officiers américains sur le terrain à procurer le nouvel obus à leurs unités par tous les moyens,
avant de le faire adopter officiellement par l’US Army.
(4) Le concept initial d’un 75 mm AA n’était pas complètement oublié en 1941, quand
l’Armée de Terre française commença à envisager de renforcer l’armement des canons
automoteurs dérivés du SAV-41. On envisageait encore à ce moment de produire le 75 mm
CA-40S fin 1941 ou début 1942. Le développement du train du canon avait été ralenti par la
priorité accordée au TAZ-39, mais plusieurs tubes de 75 mm à haute vélocité avaient été
évalués. A la demande du Général Delestraint, une variante montée sur un châssis de SAV-41
fut développée et entra en service au début de 1943 sur des SAV-AU-41 réarmés. Le canon
avait une vélocité initiale de 800 m/sec. Avec l’ancienne munition O.R.10, il pouvait perforer
104 mm de blindage à 1 000 m et 90°. Avec l’obus 75/57 APDS, il perforait 171 mm de
blindage à 1 000 m et 35°.
Légèrement modifiée et baptisée 75 mm SA-42, cette arme devait équiper des canons
automoteurs, des chasseurs de chars (il arma notamment le SAV-AU-42 français et le M10B
américain) et bien sûr le SAV-44 et son jumeau américain, le M4A(75-LB2). Une tentative
pour monter le canon sur un train de TAZ-39 échoua en raison de l’énergie libérée à la bouche
du canon et du poids supplémentaire dû à la plus grande longueur du tube.
(5) Le mortier Brandt 120 mm Mod-35 à âme lisse est devenu aussi fameux que les
mortiers soviétiques m1938 et m1939 (il fut même copié par l’Allemagne). C’était en fait le
second de deux modèles développés par Brandt au début des années 1930 : l’un était le
mortier lourd tracté, l’autre, choisi pour être fabriqué en Algérie, était le “Mortier de
campagne de 120 mm sur train rouleur”. La production d’un mortier étant bien plus aisée que
celle d’un canon et cette arme étant aussi efficace qu’un obusier de 155 mm en dehors de la
portée, sa production commença à Alger en 1941, avec les plans de Brandt et des machinesoutils américaines. Ce fut le premier matériel produit par l’Arsenal d’Alger (ARAL), même si
les plaques d’acier roulé durent être importées des Etats-Unis.
Une démonstration de cette arme fut organisée au printemps 1941 pour les officiers
américains, et l’US Army l’adopta en septembre, sous le nom de mortier de 120 mm M1, pour
remplacer le mortier chimique de 4,2 pouces. Les artilleurs américains l’apprécièrent très vite
et le M1 permit d’interrompre le programme du mortier T13 de 105 mm. Il fut
particulièrement utilisé par le corps des Marines (USMC) à partir de fin 1942. Pour l’appui
rapproché ou le bombardement des plages, le mortier de 120 mm pouvait tirer un obus
spécialement conçu, pesant 28 kg dont 10,7 kg d’explosif. L’obus standard de 120 mm pesait
16,4 kg (dont 4,4 kg d’explosif) et portait à 7 000 m, contre 3 000 seulement pour l’obus
lourd. Quelques bateaux d’appui-feu LSM (R) devaient être équipé de tels mortiers (jusqu’à
quatre). Un dispositif d’autochargement fut conçu par l’US Navy ; il permettait d’atteindre
une cadence de tir de près de 30 coups/minute, mais ne fut pas mis en service avant la fin de
l’année.
(6) Le succès du programme du mortier de 120 mm conduisit les autorités françaises à
demander une arme plus lourde pour les troupes de montagne et aéroportées. Très proche du
“Mortier lourd Mle 1935”, il utilisait un tube rayé et avait l’air d’un petit obusier. Pesant
830 kg (377 kg pour la variante légère), le mortier de 120 mm Mle-1943 tirait un obus de
16,8 kg à 12 000 m et devenait très comparable à l’obusier américain de 105 mm. Mais de
plus, le mortier pouvait être démonté en onze composants, dont aucun ne pesait plus de 95 kg,
et il pouvait être tracté par un ! de tonne. La production de cette arme commença au début de
1944, mais elle arriva trop en Europe pour participer aux combats ; elle fut cependant utilisée
par les troupes françaises déployées en Extrême-Orient ou dans le Pacifique.
(7) Une arme plus lourde fut conçue pour être utilisée lors d’opérations amphibies, quand et
où l’artillerie conventionnelle ne pouvait être déployée : le mortier de 160 mm, variante
agrandie du 120 mm développée par les Américains avec l’aide des ingénieurs de chez
Brandt. Le 160 mm utilisait aussi un canon à âme lisse, mais était chargé par la culasse. Très
semblable à l’arme soviétique contemporaine (qui avait en fait été développée à partir
d’études Brandt antérieures, vendues à l’URSS en 1935 et 1936), ce mortier envoyait à 8 000
mètres un obus de 41,14 kg et pesait au total moins d’une tonne. Il entra en service dans
l’USMC au début de 1944. Un obus spécial “pénétration profonde” fut construit par
l’industrie américaine pour attaquer les bunkers japonais et, en 1945, quelques obus HE
reçurent une fusée VT (de proximité) qui les rendait mortels pour des troupes non protégées et
très efficaces pour détruire une éventuelle couverture végétale. Le mortier de 160 mm entra en
service dans l’USMC fin 1944. Certains bateaux d’appui-feu LSM(R) en reçurent deux.
(8) Le mortier de 81 mm fut construit à petite échelle par l’ARAL à partir de fin 1941. En
mars 1942 commença la production d’une variante courte développée spécialement pour les
troupes aéroportées.
(9) Les ingénieurs français développèrent, en coopération avec leurs collègues britanniques et
américains, plusieurs systèmes de roquettes d’artillerie. Celles-ci étaient considérées comme
des armes bon marché aptes aux bombardements de saturation et à diverses utilisations
particulières.
(9a) La roquette antichar de 2 pouces (57 mm). C’était la roquette britannique
développée à l’Arsenal de Woolwich par l’équipe du Dr Crow et dotée de la grenade antichar
de 60 mm Brandt HEAT. L’arme obtenue atteignait 440 m/sec. après 1,2 sec., vélocité bien
supérieure à celle de la roquette de 60 mm américaine utilisée par le Bazooka. La roquette
franco-anglaise pesait 4,78 kg et utilisait un lanceur à deux rails. Un dispositif spécial, dérivé
du Mounting Mk.II de la roquette de 2 pouces, fut mis au point pour améliorer les capacités
antichars des chars légers ou des autos blindées. Ce dispositif, le Mobile Mounting F1 (MMF1), comprenait huit rails en quatre rangs de deux de chaque côté de la tourelle de l’engin
porteur. Il pouvait être orienté en élévation indépendamment du canon, mais tournait avec la
tourelle. Il fallait le recharger à la main, mais il pouvait engager jusqu’à quatre cibles (quatre
salves de quatre roquettes chacune). Sa portée utile était d’environ 600 mètres, soit plus de
deux fois celle d’un Bazooka. Le MM-F1 fut utilisé sur quelques auto blindées Humber et sur
des chars légers M3 à partir de l’été 1942.
(9b) La roquette antichar de 3 pouces (82 mm). Les ingénieurs de chez Brandt
prolongèrent l’idée de la roquette de 2 pouces avec la roquette britannique de 3 pouces (dite
U.P.), obtenant une charge HEAT de 82 mm. Mieux profilée que le modèle précédent, cette
roquette pesait 23,6 kg et atteignait 470 m/sec. Un dispositif à huit rails (quatre de chaque
côté) fut développé à partir du MM-F1 et baptisé MM-F2 (3-pouces). Il fut utilisé à partir de
mars 1943 pour renforcer les capacités antichars des blindés légers M3F et M7F. Une salve de
deux roquettes avait 75% de chances de toucher une cible immobile à 800 m. La roquette de 3
pouces (82 mm) fut aussi utilisée par des avions ; elle équipa ainsi la variante d’attaque au sol
du Mustang à partir du printemps 1943.
(9c) Le système de bombardement en tapis (Land Mattress). Les ingénieurs français
furent aussi très impliqués dans le développement des roquettes de bombardement en tapis.
Ces roquettes furent d’abord développées par la Royal Navy pour le bombardement des
plages, puis adoptées par la Marine Nationale et enfin par l’Armée de Terre, fin 1943. Un
affût pivotant de 32 roquettes, dont l’élévation allait de 23 à 75°, fut développé pour des
camions de 2,5 tonnes (GMC ou Fargo). Avec une portée maximale de 7 230 m, c’était une
très puissante arme de saturation. A 5 500 m, la moitié des roquettes tombaient dans une zone
de 215 x 219 m. En général, un Groupe de Lance-Roquettes comprenait trois unités de feu de
quatre camions chacune. Les roquettes étaient tirées en salves de quatre, huit ou douze affûts
contre les positions défensives ennemies, notamment occupées par des antichars. Le très
puissant obus de 5 pouces utilisé avec cette roquette lui donnait une terrifiante puissance
contre des troupes sans protection, comme les servants des 88 mm ou les équipages des
PanzerJaeger découverts. Une variante fumigène fut également utilisée. L’Armée britannique
adopta elle aussi cette arme au début de 1944, mais utilisa le plus souvent un tracteur G.S. de
20 cwt (1 000 kg). Un affût de 8 roquettes, plus léger, fut développé pour être utilisé en
Extrême-Orient.
(9d) La coopération avec les ingénieurs américains donna naissance aux roquettes
HEAT de 2,36 pouces M6A1 et M6A3 (dérivées des grenades antichars de 60 mm Brandt) et
à leur lanceur, devenu célèbre sur le terrain sous le nom de Bazooka. La roquette de
4,5 pouces M8 ne fut pas adoptée par l’Armée française, car le système Land Mattress
britannique était supérieur. Néanmoins, quelques lanceurs Calliope (T34) furent achetés fin
1943 pour équiper les chars Taureau appuyant les unités de fusiliers marins.
III – Les chars
C’est dans le domaine des véhicules blindés que l’impact français sur l’industrie d’armement
américaine fut le plus important. Dans une large mesure, l’US Army était encore sous
l’influence de son expérience de la Première Guerre et des liens alors noués avec l’Armée
française. Ce n’était pas sans raison que les véhicules de combat chenillés de la cavalerie
étaient appelés “combat cars”, exactement comme dans l’Armée française, alors qu’il
s’agissait en réalité de chars. On sait aussi que le char M3 (moyen) était très inspiré du char
lourd B1bis français. Cependant, la décision du gouvernement français de s’exiler en Afrique
impliquait de s’appuyer énormément sur l’industrie américaine pour permettre aux forces
française de continuer à combattre. Ce choix eut des conséquences considérables, qui ne se
seraient jamais concrétisées si le gouvernement français avait choisi de demander l’armistice
en juin 1940, comme le voulait Pétain.
D’abord, l’argent français joua un rôle important dans le développement de l’industrie
d’armement américaine. Les demandes françaises, relayées par une forte mission technicomilitaire et par des contacts constants avec les officiers de la toute neuve Armored Force,
furent un autre élément important qui accéléra la maturation de plusieurs matériels clés. La
série des “Conférences sur la Campagne de France” prononcées par des officiers français de
septembre à novembre 1940 devant des officiers américains de tous grades, fut très utile pour
éveiller l’US Army aux réalités de la guerre mobile.
Mais ces facteurs ne furent pas les seules contributions françaises. Un grand nombre
d’ingénieurs et de techniciens français, évacués en Afrique du Nord, furent envoyés aux EtatsUnis et au Canada, où ils apportèrent leur expérience et de nombreux projets, qui étaient à un
stade de développement plus ou moins avancé. Le gouvernement français construisit tout un
complexe industriel à Savannah1, mais les ingénieurs français travaillèrent aussi à l’Arsenal
de Rock Island, chez American Car & Foundry, chez Baldwin Locomotives et bien sûr, au
Canada, dans la grande usine de Montreal Locomotive Works.
Deux hommes jouèrent là un rôle de coordination essentiel.
Le premier fut le général Charles Delestraint. Avant de conduire ce qui restait des forces
blindées françaises pour leurs derniers combats de la Campagne de France, en juin et juillet
1940, il avait eu la charge de superviser la production des véhicules blindés durant l’hiver
1939-40. Proche du nouveau ministre de la Guerre, le général Charles de Gaulle, il fut nommé
le 1er septembre Inspecteur Général de la Cavalerie et des Forces Blindées (qui allaient être
regroupées peu après sous le nom d’Arme Blindée-Cavalerie ou ABC), dès qu’il fut guéri des
blessures subies en juillet 1940. Delestraint devait occuper ce poste jusqu’en juin 1942, quand
il fut nommé commandant des forces françaises affectées au débarquement en Sicile
(opération Torche). Delestraint établit bientôt de très bonnes relations avec ses homologues
américains, en particulier les généraux Chaffee et Patton.
Le second coordinateur fut le général Keller, prédécesseur de Delestraint comme Inspecteur
de la Cavalerie, qui fut nommé chef de la mission militaro-technique française aux Etats-Unis
le 28 août 1940. Keller travailla en étroite coopération avec le chef de l’Agence de
Développement Industriel de l’Armée Française aux Etats-Unis, M. Guy La Chambre, jusqu’à
ce qu’il remplace Delestraint comme Inspecteur Général de l’Arme Blindée-Cavalerie. A ce
poste, Keller poursuivit le développement des projets de Delestraint et mit sur pied l’équipe
qui devait rédiger les spécifications techniques des matériels du rééquipement d’après-guerre.
Au printemps 1940, le choix de matériels blindés offert à l’Armée française par l’industrie
américaine était très limité.
– Seul le char léger M2A4 allait être disponible en grandes quantités. L’engin était rapide et
fiable et son canon de 37 mm, quoique moins puissant que le 47 mm français, était
relativement efficace contre la plupart des blindés allemands de l’époque. Le gouvernement
américain en avait commandé 329 chez American Car & Foundry Co. (AC&F). Le premier
avait été livré en avril 1940, et la production croissait très vite. Le gouvernement français
acheta 30 chars déjà produits au gouvernement américain et confirma une précédente option
1
La décision de construire ces usines avait été prise dès le début de l’année 1940. Pour se conformer aux lois
américaines de l’époque, le complexe devait appartenir à une joint-venture établie entre un consortium américain
(50,1%) et le gouvernement français (49,9%).
pour 300 M2A4 le 20 juin. Une nouvelle commande du même nombre d’engins, passée le 26
juin, fut confiée à Baldwin Locomotive Co., qui avait auparavant reçu une “commande
d’entraînement” de 10 M2A4 passée par le gouvernement américain. Celui-ci commanda en
août 66 unités de plus pour remplacer, et au delà, les 30 exemplaires vendus à la France. Au
total, 1 005 chars M2A4 furent ainsi produits, dont 630 furent utilisés par les Français. Trois
cent dix furent construits par Baldwin Locomotive Co. et 695 par AC&F.
– Le char léger M3, successeur du M2A4, tenait compte de certaines leçons de la Campagne
de France, principalement un blindage incliné et la suppression de la mitrailleuse de 0,30
montée en saillie. Lui aussi était rapide et fiable, et son anneau de tourelle pouvait accepter le
canon français de 47 mm. La production du M3F commença chez AC&F en mars 1941.
Cependant, en dehors de leurs tourelles biplaces, aucun des deux chars n’était au niveau des
demandes françaises.
– Certains regrettent encore que le char B1 n’ait pas connu une seconde chance aux EtatsUnis mais il s’agissait à l’époque, y compris pour l’état-major français, d’un modèle dépassé
(les études initiales dataient de 1928), trop complexe (la transmission/direction hydrostatique
Naeder, trop en avance sur son temps, ne sera vraiment au point que dans les années 602) et
aussi trop coûteux. Le M3 (medium) fut cependant conçu en juin-juillet 1940, non comme
« une copie américaine du B1 » (ainsi qu’on le lit parfois), mais comme une “interprétation”
du concept du B1. En août 1940, une délégation de militaires et d’industriels américains vint
au Maroc voir les prototypes B1-Ter et B-40. La décision d’utiliser la base du M2 (medium)
pour en faire le M3 (medium) fut alors confirmée. Une étude des échéanciers montra que ce
char sortirait en série bien avant une version américanisée du B-40 et le projet de fabriquer
dernier aux Etats-Unis fut abandonné. Le prototype fut cependant transféré en septembre
Outre-Atlantique pour servir de modèle aux équipes engagées dans le projet de char lourd à
transmission électrique (M6), déjà inspiré de projets français (char “de forteresse” et char
F1) ; mais le M6 ne déboucherait pas pour des raisons de prix, de poids excessif et de
difficultés logistiques.
Le M3 (medium) américain ne devait pas sortir avant 1941 et les Français le trouvèrent trop
haut et peu maniable. L’Armée française devait cependant en recevoir en 1942, mais ils furent
surtout utilisés dans les bataillons blindés des divisions d’infanterie.
– Le Somua S-35/S-40 (et son développement, l’automoteur AU-40), étaient des matériels
plus simples, déjà bien au point et plus faciles à produire à partir des composants américains
disponibles (moteur, transmission etc.). Par bonheur, le gouvernement français avait décidé
dès le début de 1940 de financer la production de Somua S-35 aux Etats-Unis.
Début septembre, l’équipe chargée de lancer le projet industriel du S-40 à Savannah
commença à redessiner le véhicule pour passer aux normes américaines (en pouces !), utiliser
des composants disponibles sur place et introduire la tourelle biplace armée d’un 47 mm long
(et inspirée de celle prévue pour le B-40). Le projet de S-40, devenu SAV-41, fut bien sûr
montré aux Américains (qui réfléchissaient déjà au passage du M3 au M4), mais aussi aux
Canadiens (qui cherchaient un “Cruiser”) début octobre.
Le char ainsi repensé était l’égal du Pz-III doté du canon de 50 mm long. Le nouveau blindé
fut doté d’un moteur et d’une transmission américains pour accélérer sa production.
Cependant, il arrivait trop tard pour être mieux qu’un excellent bouche-trou.
2
De nombreux B1 et B1bis durent être sabordés par leurs équipages durant la campagne de France quand ces
chars furent immobilisés par une avarie de cette transmission/direction.
– Vers la fin de l’année, le Lt-Col. Worthington (Canada) décida d’écarter le M3 (medium)
(canon dans la caisse, silhouette trop haute, équipage trop nombreux…), bien que sa structure
automobile fût saine. Il écarta aussi le SAV-41, car ses marges de développement étaient trop
limitées et sa tourelle ne pouvait accepter le 6-pdr. Worthington commença alors à faire la
navette entre Camp Borden et Savannah pour voir ce que les ingénieurs français et canadiens
pourraient tirer d’une fusion des projets SAV-41 et M3. C’était le début du processus qui
donna naissance au Ram.
Quand Charles Delestraint entendit parler du projet, il ne mit que quelques jours à engager la
France dans ce programme. Au début de 1941, le projet de production en série du SAV-41
était bien lancé et l’équipe de conception, qui planchait sur son adaptation en AU-41, eut
cependant assez de temps pour commencer à dessiner les premières esquisses d’un char
inspiré du M3(medium) doté d’une tourelle bi puis triplace armée du 6-pdr. Les plans de ce
qui allait devenir le Ram et le SAV-42 furent le produit de la coopération franco-canadienne
et la décision de faire du Ram/SAV-42 le successeur industriel du SAV-41 fut prise dès mars
1941 (si important est l’inévitable décalage entre les décisions industrielles et la sortie des
matériels qu’il fallait dès cette époque penser au successeur du SAV-41, alors que ce dernier
n’est pas encore en production).
L’influence française sur la conception des autres blindés américains fut réelle, mais
limitée. Il est certain que les conseils français accélérèrent le développement du M4. De
même, sans les achats français, il est douteux que le char léger M7 ou le chasseur de char
léger M11 eussent été produits en série, du moins sous la forme que nous connaissons.
Cependant, les traditions d’ingénierie et la culture technique américaines, couplées à la
dynamique interne des luttes bureaucratiques inter-services conspirèrent pour limiter ces
phénomènes.
L’influence française sur la construction des chars britanniques fut à la fois plus limitée et
plus extrême. Aucun modèle de blindé britannique ne semble avoir été inspiré par des conseils
français (sauf peut-être le Gun Carrier à canon de 3 pouces en casemate, élaboré à partir du
char d’infanterie Churchill). Cependant, les comparaisons entre les spécifications françaises et
anglaises montrèrent bien aux officiers du Royal Artillery Corps que leurs chars Cruiser
étaient mal protégés et insuffisamment armés. C’est ce qui conduisit au “Cruiser lourd” (qui
devait devenir le Cromwell), dont le canon de 6 livres fut échangé contre un 75 mm semblable
au SA-41 français et tirant les mêmes obus. Enfin, les contacts entre officiers français et
britanniques accélérèrent la naissance du concept baptisé “Universal Tank”, qui devait
apparaître fin 1944 et donner naissance au splendide Centurion d’après-guerre.
Enfin, une contribution français et intéressante mais peu connue à l’effort de guerre allié en
matière de production de blindés est liée à l’Australie. Quand le gouvernement australien
décida de développer un char Cruiser construit sur place, le gouvernement français envoya M.
Perrier, qui avait travaillé au Japon jusqu’au printemps 1940 avant de se rendre en Indochine
puis en Australie, où il développa le moteur de l’AC3 Sentinel. Avec trois moteurs Cadillac
41-75 assemblés radialement sur un cadre d’acier autour d’une boîte de vitesses commune, M.
Perrier obtint un moteur de 330 CV compact, fiable et bon marché. Il devait rester en
Australie jusqu’à la fin de la guerre, à la tête d’une petite équipe comprenant deux anciens
ingénieurs de chez Hotchkiss, mais son idée fut aussi développée à l’usine de chars française
de Savannah.
III. 1 – Chars légers
M3-F
A la suite des grosses commandes françaises de 1940 pour le M2A4 (light), American Car &
Foundry développa une variante « française » du M3, où le 47 mm SA-39 produit sous licence
remplaçait le 37mm M6 et dont le moteur était un diesel Guiberson radial de 9 cylindres en
raison du manque de moteurs Continental. La tourelle dut être quelque peu agrandie, et il lui
poussa une saillie arrière nettement visible. Les livraisons du M3-F commencèrent en mai
1941 et ce char devint le char léger français standard jusqu’à l’introduction du M7-F1. Il eut
des sous-variantes : le M3-F1 (avec le même gyro-stabilisateur que les blindés américains), le
M3-F2 (avec une coque entièrement soudée) et le M3-F3 (avec un moteur Guiberson “gonflé”
à 235 CV). La nouvelle tourelle fut testée sur un châssis de M5, mais on n’essaya pas de
produire un M5-F en série, car le M7-F, plus puissant, pointait déjà.
M7-F
C’était le char léger T7E développé par Rock Island Arsenal en 1941 pour remplacer la série
des M3/5. Surnommé Mouflon par les Français, son équivalent américain fut le Chaffee.
Version américaine du char M7
Une tourelle dotée du même anneau que le Ram/Bélier (voir ci-après) avait été adoptée, avec
un canon de 57 mm (6 livres) gyro-stabilisé dans le plan vertical. Une suspension à ressorts
horizontaux et le diesel Guiberson (220 à 235 CV) furent choisis pour standardiser les
matériels. Le blindage était limité à 38 mm sur l’avant et 26 mm sur les côtés. Equipage : 4.
Poids en état de combattre : 15,8 tonnes. La production des M7 français fut répartie entre
l’Arsenal de Rock Island (coque et tourelle), American Car & Foundry et l’usine de
Savannah.
Les livraisons du M7-F1 commencèrent en septembre 1942. Ce char fut utilisé non seulement
dans les compagnies de reconnaissance des Divisions Blindées, mais aussi comme char
d’accompagnement dans les divisions d’infanterie. Dans ce rôle, le M7-F remplaça à la fois le
M3-F et le Valentine.
M7-F1 : variante de production initiale. Septembre 1942.
M7-F2 : à canon de 6 livres long (L53). Janvier 1943. Les tourelles étaient
envoyées des Etats-Unis par bateau et la conversion effectuée par l’ARAL, à
Alger.
M7-FS : F1 ou F2 privé de sa tourelle, découvert et armé d’un obusier de
75 mm pour l’appui-feu. Mars 43.
M7-F3 : à moteur diesel Guiberson de 235 CV. Mai 1943.
M7-F4 : Suspension HVS, blindage frontal renforcé (45 mm) et incliné à 45°.
Poids atteignant 17,5 tonnes. Septembre 1943.
M7-F5 : F4 privé de sa tourelle, découvert et armé d’un obusier de 75 mm
pour l’appui-feu. Novembre 1943.
M7-F6 : F4 dont le canon de 57 mm était remplacé par le canon américain M5
(léger) de 75 mm. Ce char fut le dernier de la série des M7 à équiper les
forces françaises. Sa production commença en décembre 1943 ; à la fin de la
guerre, il équipait l’ensemble des divisions blindées et d’infanterie de
l’Armée de Terre. Le canon léger de 75 mm (développé au départ pour l’une
des variantes d’attaque au sol du North-American B-25 Mitchell) lui donnait
une bien meilleur capacité HE (avec des obus explosifs), point important
dans son rôle de “Char d’Accompagnement” de l’infanterie, mais aussi dans
son rôle d’engin de reconnaissance au sein des divisions blindées. Avec
l’obus français APDS de 75/57, le canon M5 pouvait perforer 106 mm de
blindage à 1 000 m sous 35° d’angle. C’était moins que les 130 mm percés,
dans les mêmes conditions, par le canon TAZ 39/SA 41, mais bien assez pour
faire face à la plupart des blindés allemands.
Le M7 avait été sélectionné par l’Armée française juste à temps pour lui éviter de mal tourner.
En effet, Keller comme Delestraint, d’emblée grands supporters du modèle d’origine, durent
livrer une longue et pénible bataille contre le Bureau du Matériel (Ordnance Department) de
l’US Army, qui voulait armer le T7E d’un canon de 75 mm standard, ce qui aurait transformé
un bon char léger en un médiocre char moyen sous-motorisé. Devers, pour la Force Blindée
américaine (US Armored Force), apporta son soutien aux Français, mais il fallut aller jusqu’à
fabriquer et tester un prototype de T7E pour démontrer que Keller, Delestraint et Devers
avaient raison. A ce moment, l’US Army finit par interrompre le programme du char M5
(léger), mais utilisa une grande partie de ses pièces pour construire ses propres M7. Ces
derniers, construits par Massey-Harris et Cadillac (à Detroit et à Southgate, Ca.), utilisaient le
même système de propulsion que le M5, ce qui les différenciait des M7 français.
Ce rude affrontement bureaucratique devait aussi convaincre l’US Army qu’un type de char
léger complètement nouveau était une nécessité, ce qui conduisit à la production du M24. Ce
char apparut trop tard pour entrer en service actif en Europe pendant la guerre, mais il fut
utilisé fort efficacement contre les Japonais.
De leur côté, les Français envisageaient aussi un nouveau char léger, mais son développement
devait être étroitement lié à celui du Transport Blindé d’Infanterie et sera décrit plus loin.
III. 2 – Chars moyens
Savannah Mod-41 ou SAV-41
Version du SOMUA S35/S40 produite dans l’usine de Savannah (dont l’emplacement avait
été choisi et le terrain acheté dès juin 1940). La modification principale était une tourelle pour
deux hommes où le SA-35 de 47 mm était remplacé par le SA-39, plus long (855 m/sec de
vélocité initiale contre 650 m/sec), avec un stock de 106 obus (perforants, explosifs et antipersonnel). Une mitrailleuse Browning 7,5mm (ou 7,62mm) était présente en montage coaxial (série 1, 3400 cartouches). Les véhicules des séries 2 à 4 (2 x 1800 cartouches)
disposaient d’une deuxième Browning montée dans la partie avant de la coque et contrôlée
par le mécanicien-radio. Un montage anti-aérien avec un fusil-mitrailleur Bren sur le toit de la
tourelle fut adopté fin 1941 en rattrapage. Le châssis était élargi de 20 cm et le moteur Somua
remplacé par un Wright-Continental R975 radial de 9 cylindres, limité à 300 CV (340 CV
pour le M3 américain). La largeur des chenilles fut portée à 42 cm pour réduire la pression au
sol (0,73 kg/cm2). La largeur totale passa à 244 cm, contre 212 pour le S35.
Poids en ordre de bataille : 23,2 tonnes. Pression au sol : 0,73 kg/cm2.
Rapport puissance/poids : 12,93 cv/tonnes.
Longueur HT : 538 cm, hauteur HT : 259,5 cm, largeur HT : 244,0 cm, largeur
des chenilles : 42 cm, écartement des axes de chenilles : 195 cm, longueur
de contact au sol des chenilles : 362 cm.
Moteur et transmission : Wright-Continental R975 radial 9 cylindres en
étoile à refroidissement par air (soufflante) et à puissance limitée à
300 CV. Embrayage à sec à double disque avec assistance pneumatique
(système Hispano), boite à 5 vitesses et transfert dans les deux sens de
marche. Direction par système à double différentiel, sous licence Cleveland
Tractor (Cletrac) et freins différentiels sur les barbotins d’entraînement.
Réservoirs auto-obturants de 485 litres. Pressurisation au NO2 par capture
du gaz sur les collecteurs d’échappement.
Vitesse maximum : 45 km/h sur route, 25 à 30 km/h en tout-terrain.
Autonomie : 280 km. Franchissement d’obstacle vertical : 75 cm. Pente
maximale : 44°. Traversée de tranchée : 2,13 m. Profondeur de gué : 1 m
(sans préparation).
Blindage : face avant supérieure, 57,15 mm ; face avant inférieure
38,1 mm ; flancs, 38,1 mm ; dessus et dessous de coque, 20,32 mm ;
tourelle, 63,5 mm en face avant et masque du canon, 50,8 mm sur les côtés,
38,1 mm sur l’arrière et 25,4 mm sur le dessus.
Equipage : 4 (commandant, tireur-chargeur, conducteur, mécanicien-radio).
Les livraisons du SAV-41 commencèrent en juin 1941 et la production cessa en février 1942,
après la construction de 740 véhicules.
Savannah Mod-42 ou SAV-42 “Bélier”
Construit dans la même usine de Savannah, c’était en fait un “Ram” canadien (produit par
Dominion Engineering au Canada), avec un 57 mm (6-livres) et une tourelle à trois hommes,
mais sans mitrailleuse de tourelle. Le canon avait le même gyro-stabilisateur que le M3 et le
char utilisait un système de chenilles à axes non lubrifiés.
Poids en ordre de bataille : 29,51 tonnes. Pression au sol : 0,94 kg/cm2.
Moteur et transmission : Wright Continental R-975-C1 ou C2, moteur 9
cylindres à essence refroidi par air, 400 CV à 2 400 t/m. Boîte de vitesse
différentielle contrôlée Borg-Warner.
Vitesse maximum : 40 km/h. Autonomie : 230 km sur route, 100 km environ en
terrain accidenté. Franchissement d’obstacle vertical : 60 cm. Traversée de
fossé : 2,26 m. Profondeur franchissable : 1,10 m.
Blindage : avant de la coque, 40 mm ; flancs, 40 à 65 mm ; ventre, 25 mm ;
arrière, 40 mm ; dessus, 40 à 75 mm ; tourelle, 85 mm à l’avant, 65 mm sur
les côtés, 40 mm à l’arrière et sur le toit.
Equipage : 5.
Baptisé (sans chercher à être imaginatif) “Bélier”, ce char fut produit à Savannah de mars
1942 à avril 1943, d’abord avec des pièces d’origine canadienne, puis intégralement à partir
de juillet 1942. En tout, 1 785 exemplaires furent produits, sous trois variantes : Bélier I avec
le 6-livres Mk.III, Bélier II avec le Mk.V (plus long) et Bélier III, sans portes latérales de
coque. Un Bélier IV fut conçu, avec une tourelle dotée du canon de 75 mm SA-41 dérivé du
TAZ-39. Il fut décidé de ne pas le produire, car la production du M4A1 allait commencer à
Savannah. Cependant, l’affût du canon fut modifié et adapté au SAV-43 “Taureau”.
L’introduction de ce dernier démoda le Bélier. Les chars survivants furent utilisés pour
l’entraînement ou parfois convertis dans d’autres rôles (véhicules blindés de réparations ou
poseurs de ponts).
Le prototype du Bélier au Centre d’Essais d’Aberdeen (Maryland, USA)
Bélier I en opérations
Le Bélier III exposé aujourd’hui à l’Ecole de la Cavalerie et de l’Arme Blindée, à Saumur
Savannah Mod-43 ou SAV-43 “Taureau I”
En fait, c’était un M4 Sherman construit à Savannah à partir de mai 1943. Seuls les 72
premiers eurent le canon américain M3 de 75 mm. En juin 1943, le canon de 75 mm SA-41
fut standardisé et le char ainsi armé baptisé Taureau I (les précédents furent rétrospectivement
appelés “Taureau-0”). Certains Taureau I furent mis au standard SAV-43m avec le moteur du
Taureau II.
Savannah Mod-44 ou SAV-44 “Taureau II”
Equivalent du Firefly anglais (qui était un M4 avec un canon de 17 livres), c’était un M4 doté
du canon SA-42 à 800 m/sec. de vitesse initiale. Ce canon pouvait tirer les mêmes obus
explosifs et à fragmentation que les autres canons de char de 75mm, mais, avec les obus
APDS 75/57 F3 à noyau en tungstène, il pouvait perforer 171 mm de blindage à 1 000 m et
35° d’angle.
Le Taureau II fut commandé par Delestraint peu avant qu’il quitte son poste d’Inspecteur
Général de l’Arme Blindée-Cavalerie, au printemps 1942. Delestraint, qui avait toujours
trouvé le M4 mal armé, redoutait que la Wehrmacht puisse introduire un nouveau char lourd à
bref délai. L’état-major français s’en inquiétait en réalité depuis le début de 1940 (on avait
alors demandé à Schneider de développer un canon antichar à partir de son très puissant canon
de 90 mm AA). Grâce à ses contacts dans l’US Army, Delestraint savait que l’US Armored
Force était à l’époque fermement opposée au concept du char lourd, considérant que de tels
chars exigeraient trop d’espace sur les navires de transport. En tant que tacticien, Delestraint
était aussi averti des problèmes rencontrés par les chars lourds sur les terrains semés
d’obstacles. Néanmoins, il avait estimé d’emblée que le M4 était un char moyen qui penchait
un peu trop du côté du char léger – opinion compréhensible chez un homme qui avait travaillé
dès le début de 1940 sur des projets de chars de 32 à 37 tonnes (Renault AZK-1/G1 et autres
prototypes). Renforcer l’armement du M4 était dès lors une réponse logique, bien
qu’imparfaite, à de futures menaces tactiques. Le Taureau II fut évalué début 1943 et sa
production commença en novembre, d’abord en parallèle, puis à la place du Taureau I armé
du canon SA-41. Certains modèles, armés de l’obusier américain de 105 mm et utilisés pour
l’appui-feu, furent appelés Taureau IIAF.
En dehors du canon, le Taureau II différait du M4 par son moteur “Twin-Guiberson”, un
diesel à 18 cylindres dont la puissance atteignait 440 à 470 CV. Le diesel avait été choisi pour
réduire le risque d’incendie.
Très apprécié par les hommes sur le terrain, le SAV-44 (baptisé Miura par les équipages
espagnols de la Légion Etrangère) donna aux forces blindées françaises les moyens
d’affronter les Panzer VI Tiger et Panzer VII Panther.
Le développement du Taureau I ne s’arrêta pas là, mais la suite appartient à l’après-guerre.
Vers 1950, des M4 des surplus américains et des SAV-44 furent évalués avec le canon de
75 mm SA-50 à vitesse initiale de 1 000 m/sec. développé pour le char léger AMX-13, et
certains furent vendus à Israël. A la fin des années 50, des SAV-44 survivants furent même
réarmés avec le canon de 105 mm utilisé sur l’AMX-30.
Le programme T20
Delestraint et Keller furent de chauds partisans du développement de la série T20, approuvée
par l’US Ordnance Department en mai 1942. L’une des dernières décisions de Delestraint en
tant qu’Inspecteur Général de l’Arme Blindée-Cavalerie fut de garantir le soutien français à ce
qui était alors considéré comme le futur char moyen. Les modèles d’évaluation étaient
équipés d’une tourelle interchangeable : le T20 de base devait être armé d’un canon de 76 mm
américain, le T20-E1 d’un 75 mm automatique, le T20-E2 d’un canon de 3 pouces et le T20E4, avec le 75 mm français SA-42, devait remplacer le Taureau II sur la chaîne d’assemblage
de Savannah (le T20E3 devait évaluer une suspension à barres de torsion). Malheureusement,
tout le programme de développement fut marqué par l’indécision et de nouveaux prototypes
apparurent (T22, T23, T25 et T26). Ceux-ci devaient conduire à la naissance du M26
Pershing, mais trop tard pour que celui-ci soit utilisé en Europe.
L’engagement français dans le programme T20 offrit un aspect intéressant avec le canon de
75 mm automatique. L’auto-chargeur essayé sur le T20-E1 s’était montré peu fiable. Les
ingénieurs français qui avaient travaillé sur le prototype de l’auto-mitrailleuse Panhard 201
proposèrent alors de remplacer la tourelle conventionnelle par une tourelle “fendue” à surface
réduite, cleft turret, avec un canon solidaire de la partie supérieure, alimenté par deux
magasins tournants à sept coups. Une maquette fut construite à Savannah en juin 1944 et un
prototype, armé d’un canon de 75 mm SA-42, était au stade de l’assemblage final lors de la
capitulation allemande. A ce moment, l’US Ordnance Department n’était plus intéressé par le
projet, mais l’état-major de l’Armée française continuait à le soutenir. La tourelle inachevée
fut envoyée à Alger en décembre 1944, où elle fut terminée, montée sur un Taureau et évaluée
en mars 1945. Le succès de cette tourelle “fendue” conduisit à la mise au point d’une tourelle
dite “oscillante”, qui équipa une série de blindés français d’après-guerre.
III. 3 – Chars lourds
Ingénieurs et officiers français participèrent dès 1941 au projet de char lourd américain US
T1/M6. Sur proposition de Delestraint, le modèle pilote T1-E1 (à transmission essenceélectrique) fut modifié pour accepter un obusier de 105 mm monté dans la coque et une
tourelle armée d’un 75 mm TAZ 39 (SA-41). Deux autres T1-E1 furent construit en 1941 et
un système de transmission et de direction hydrostatique, dérivé de celui utilisé par le char
B1bis, fut adapté sur un prototype de T1, baptisé dès lors T1-E4). L’US Ordnance Department
était prêt à accepter deux modèles distincts, le T1E2 (transmission à convertisseur de torque,
un canon de 3 pouces pouvant être remplacé par le 75 mm français SA-42 à haute vélocité
initiale et un 37 mm coaxial) sous le nom de M6 et le modèle inspiré par les Français, sous le
nom de M6F. Ce dernier devait comprendre deux sous-variantes, la F1 à transmission
essence-électrique et la F2 avec le système dérivé du B1bis. La production devait être confiée
à Baldwin Locomotive Co. et à Fisher Body (une succursale de la GM). Le programme
présidentiel de janvier 1942 projetait la construction de 500 véhicules en 1942 et de 5 000 en
1943, dont un cinquième serait alloué aux forces françaises.
Cependant, le M6 eut vite des ennuis. Les officiers de l’arme blindée française observèrent
que son poids (autour de 60 tonnes) et sa largeur (plus de 3 mètres) en ferait un véhicule très
peu maniable en Grèce ou en Sicile. L’US Ordnance Department estima que son M6 était
insuffisamment armé et commença à envisager des projets de char armé d’un 90 mm, voire
d’un 105 mm. L’engin était aussi un cauchemar logistique. Le transporter en Afrique du Nord
ou en Angleterre consommerait beaucoup d’espace dans les cales des cargos. Le programme
du M6 mourut donc lentement entre 1942 et 1943.
Il fut brièvement relancé quand des informations sur les chars allemands “super-lourds”
commencèrent à être recueillies par les services de renseignements alliés. Les ingénieurs
français travaillant à l’usine de Savannah conçurent alors deux chasseurs de char à canon en
casemate utilisant la coque et d’autres éléments du M6, l’un armé du canon américain de
105 mm AA, l’autre du canon américain naval de 5 pouces/38. Les plans étaient prêts en
novembre 1943, mais rien n’en sortit ; il ne semble pas que ces projets aient même jamais
reçu un numéro de série T américain.
IV – Les autos blindées
En juin 1940, le prototype de la Panhard 201 fut évacué vers le Maroc. Cependant, dès le
début, il fut évident qu’il était parfaitement impossible de produire aux Etats-Unis ce Panhard
à 8 roues. L’Armée française dut se contenter de Marmont-Herrington (en 1940/41) et
d’automitrailleuses Humber, dont la mitrailleuse de 15 mm était parfois remplacée par un
canon de 25-mm français. Pour améliorer les capacités antichars de ces engins, certaines
Humber furent équipées de l’affût MM-F1 pour roquettes de 2 pouces antichars. Quelques
vieilles autos blindées White furent remises en service à Beyrouth et à Alger (voir VII).
L’étroite coopération franco-britannique à partir de l’été 1940 mena à une intéressante
conversion par les Français du concept de scout-car britannique. Les unités françaises
devaient être de grandes utilisatrices de scout-cars.
Les Chevrolet “bricolés” de l’été 40
Avant que les Marmont-Herrington et les Humber soient disponibles, puis pour les soutenir,
un véhicule plus lourd fut la première production de série de l’ARAL. Inspiré par les autos
blindées espagnoles (ré)utilisées lors des combats désespérés de fin juin-début juillet 1940,
l’Arsenal d’Alger décida d’utiliser le châssis du camion Chevrolet-Thornton (4 x 6) comme
base pour un véhicule de combat. Plaques de blindages et équipements divers furent achetés
aux Etats-Unis, mais la conception et l’assemblage furent bel et bien réalisés à Alger. Le
résultat fut un véhicule assez semblable aux autos blindées lourdes soviétiques du type BA-6
(sur la base du GAZ-AAA). Il était haut et encombrant, mais mécaniquement très fiable, sa
mobilité sur route était très bonne et, une fois armé du 37 mm américain, il avait une
puissance de feu très suffisante contre les chars allemands de l’époque. C’était plus qu’assez
pour en faire un véhicule fort apprécié des unités de cavalerie françaises, qui allaient l’utiliser.
L’auto blindée Chevrolet-Thornton fut ainsi le chaînon manquant entre les improvisations
commises à Alger ou à Beyrouth (voir Section VIII) durant l’été 1940 et les développements
plus réfléchis de 1941 et 1942. Sa réalisation permit à l’ARAL de prendre confiance dans ses
capacités.
Le véhicule fut dénommé AMD (Auto-Mitrailleuse de Découverte) Chevrolet mod.40.
Différents sous-types furent produits :
– AMD-37 Chevrolet mod-40. Première variante produite, utilisant le 37 mm court français
avec une mitrailleuse montée sur la tourelle pour le tir AA. Equipage : 4.
– AMD-25 Chevrolet mod-40. Identique, mais dotée du canon de 25 mm antichar. Comme le
modèle précédent, c’était une improvisation, mais avec une assez bonne capacité antichar.
– AMD-TT Chevrolet mod-40. Sans tourelle. Le compartiment arrière pouvait emporter
4 hommes avec un fusil-mitrailleur FM 24/29 ou un mortier de 60 mm et jusqu’à 30 obus.
C’était une adaptation inspirée par divers prototypes français de transports de troupes blindés
destinés à être utilisés en Afrique du Nord (Berliet VPRM et Laffly S15 TOE).
– AMD-37 Chevrolet Mod-41. Dotée du canon de 37 mm antichar américain. Les livraisons
du canon ne commencèrent pas avant la fin de 1940, car l’augmentation brutale de la
fabrication de M2A4 avait un moment saturé les capacités de production du canon aux EtatsUnis. La production de cette variante commença fin décembre 1940 et le véhicule entra en
service dans les unités de cavalerie française à partir de janvier 1941. Certaines AMD mod-40
reçurent le nouveau canon à partir du printemps 1941. L’AMD-37 connut son heure de gloire
lors des combats pour Kumanovo, où elle fut utilisée en association avec des canons de 47
mm/53 montés sur camions.
Note de l’édition 1995 – Tous les Parisiens connaissent l’AMD-37 exposée depuis le cinquantième anniversaire
de la bataille (en 1991) à l’intérieur de la station de métro Kumanovo-Grenelle, près de la Tour Eiffel.
L’AMD Chevrolet ne pouvait remplacer les auto-mitrailleuses Marmont-Herrington ou
Humber. Elle s’y ajouta. Mieux armée dans sa version équipée du canon de 37 mm américain,
elle fut utilisée comme “auto-mitrailleuse lourde” ou comme véhicule antichar spécialisé. Elle
avait en effet dans cette version la même puissance de feu qu’un char M2A4 ou qu’un
M3 light, qui furent les chars standards de l’Armée de Terre française reconstruite jusqu’à
l’arrivée du M3F et du SAV-41 armés du 47 mm antichar. On peut comprendre pourquoi
l’engin fut très apprécié au sein des GRDI (Groupes de Reconnaissance de Division
d’Infanterie) ou des Régiments de Reconnaissance Blindés opérant au niveau du corps
d’armée. En 1942, l’AMD Chevrolet était clairement dépassée. Les dernières furent utilisées
par les Compagnies de Protection des Aérodromes en Afrique du Nord ou en Crète.
L’AMD 37 mod 40 est quasiment identique à cette AMD espagnole
récupérée par les Allemands en France.
Les dérivés du Chevrolet T28
L’industrie américaine étant la seule source possible de véhicules neufs, les ingénieurs
militaires français nouèrent d’étroits contacts avec leurs collègues des Etats-Unis et évaluèrent
avec soin le T17 de Reo Motor Truck Company et le T22 de Ford. Le T17 (que les
Britanniques allaient acheter comme bouche-trou et nommer Staghound) fut considéré trop
haut de silhouette et peu maniable. Le T22 fut mieux jugé, mais ses performances hors routes
furent considérées comme décevantes et son armement trop léger pour sa taille.
Les exigences françaises, mettant l’accent sur une grande mobilité tout-terrain mais aussi sur
la puissance de feu (en fonction de l’expérience du terrain), accélérèrent alors le
développement et la production du Chevrolet T28/M38 Wolfhound, aux roues également
espacées. Ce modèle, le plus proche des spécifications françaises et que l’industrie américaine
pouvait fabriquer rapidement, se montra très bon, sur route comme hors route. Néanmoins, le
M38 ne fut pas choisi par l’US Army et l’essentiel de son développement se fit sur fonds
français. Le modèle T28 fut alors modifié pour correspondre au mieux aux demandes
françaises. La cavalerie française ayant des idées très précises sur ce que devait être une
parfaite Auto-Mitrailleuse de Découverte (AMD), trois variantes françaises spécifiques du
T28/M38 furent développées pour les Régiments de Cavalerie Légère appartenant aux
Divisions Blindées ou rattachés aux Corps d’Armée, tandis que des véhicules standards
américains T28/M8 Greyhound, acquis grâce à la Loi Prêt-Bail, étaient utilisés dans les
divisions d’infanterie.
Chevrolet T28/M38 Wolfhound
Courant 1941, les documents français officiels ne parlaient plus d’AMD, mais d’Engin Blindé
de Reconnaissance (EBR), nom qui resta et fut attribué aux véhicules conçus après la guerre.
Le prototype de l’EBR M38 équipé du 37 mm, avant que celui-ci soit remplacé par un 47 mm.
EBR M38-F1 mod.42
C’était le T28/M38 doté d’une tourelle fermée armée du 47 mm automatique français, et avec
une position de conduite inversée dans la coque. Ses six roues à essieux également espacés et
son moteur Cadillac de 148 CV donnaient à cet engin d’excellentes performances sur terrain
mou et en franchissement d’obstacles. Les deux essieux avant pivotaient pour tourner, afin de
ne pas fatiguer les pneus de façon asymétrique.
Pour combattre les véhicules de reconnaissance voire les chars ennemis, le 47/53 était bien
supérieur au 37 mm américain du M8 ou du T28 – surtout après l’introduction de l’obus 47/25
APDS.
Début des livraisons : fin 1942.
Poids : 7,2 tonnes.
EBR-AT M38-F2 mod.42
Cousin antichar du précédent, avec un équipage de trois hommes seulement (suppression de la
position de conduite inversée) et armé du canon de 57 mm (6 livres) qui tirait, à partir de la
mi-43, un très efficace obus britannique APDS.
Poids : jusqu’à 7,9 tonnes.
EBR-AF M38-F3 mod.43
Véhicule d’appui-feu, semblable au F2, mais avec un obusier de 75 mm remplaçant le 57 mm.
Une nombreuse descendance
Deux prototypes de l’EBR M38-F2 reçurent une tourelle agrandie armée du canon américain
T13 de 75 mm (utilisé aussi sur le char M24). La production de ce modèle ne fut pas lancée,
mais les prototypes furent envoyés en Grande-Bretagne et certains assurent qu’ils furent à
l’origine de l’automitrailleuse Saladin d’après-guerre. En France, cette expérience conduisit à
la rédaction d’une nouvelle spécification (EBR-44), qui donna naissance en 1948 au bien
connu EBR Panhard à 8 roues.
V – Les canons automoteurs
Une des plus importantes demandes de l’Armée française à l’industrie américaine concernait
les canons automoteurs.
Cette requête est généralement attribuée à la réaction consécutive au choc subi en mai et juin
1940, et il est clair que cette expérience dramatique est à l’origine des spécifications des
différents canons anti-chars et anti-aériens automoteurs formulées. Cependant, l’intérêt de
l’Armée française pour les canons automoteurs datait de bien avant 1940 ; même si l’on ne
veut pas revenir à la Première Guerre Mondiale, il remonte au programme de 1931.
L’industrie française conçut à cette époque un très grand nombre de prototypes, incluant
différents modèles de canons automoteurs de type casemate, le plus gros armé d’un 135 mm
et les plus petits d’un 25 ou d’un 37 mm. Si la France métropolitaine n’avait pas été perdue,
un canon automoteur de 75 mm dérivé du Somua S35 (SAU40) aurait été fabriqué en série à
l’automne 1940. La nécessité de fournir des canons anti-chars rapides et très mobiles aux
unités de cavalerie et d’infanterie avait été reconnue avant même la Campagne de France,
quand le général Keller ordonna le montage du puissant 47 mm anti-char sur le châssis du
camion tout-terrain Laffly (W15 TCC) en février 1940.
Il n’en est pas moins vrai que l’expérience française acquise en subissant le Blitzkrieg
renforça les tendances d’avant-guerre et donna naissance à de nouvelles demandes,
principalement pour des véhicules de DCA ou d’appui-feu d’infanterie.
– Le canon de DCA mobile était clairement une réaction aux attaques des bombardiers en
piqué allemands (aussi bien le célèbre Ju 87 que le moins connu Hs 123, pourtant tout aussi
dangereux). La “peur du Stuka”, comme on l’a souvent appelée, donna naissance à de
nombreux canons de DCA automoteurs.
– Le véhicule d’appui-feu d’infanterie venait en réponse aux canons anti-chars allemands, et
principalement au 88 mm, que sa souplesse d’emploi rendait plus que redoutable. Les servants
des canons anti-chars étaient généralement peu protégés et de ce fait vulnérables au feu, qu’il
soit direct ou indirect. L’Armée française établit les spécifications d’un canon de 75 mm et
d’un mortier de 81 mm automoteurs. Ces armes étaient destinées à appuyer l’action des
bataillons de chars lors de leurs attaques afin d’éviter le fiasco de la bataille d’Abbeville, où
un petit nombre de canons de 88 mm allemands furent capables d’arrêter ou de ralentir
l’avance des forces françaises et anglaises assez longtemps pour permettre aux troupes
allemandes, sur la défensive, de se remettre du choc initial et de protéger leur tête de pont sur
la rive gauche de la Somme.
L’intérêt dans l’artillerie automotrice ne se limita pas aux seules armes d’appui-feu direct. Il
était clair que la guerre de mouvement impliquait de donner à l’artillerie le même degré de
mobilité que celui dont disposaient les unités blindées ou mécanisées.
Les officiers américains furent évidemment des plus intéressés par l’expérience acquise par
les Français. Des contacts très proches s’établirent à partir de l’été 1940 quand beaucoup
d’officiers de l’US Armored Force (créée le 10 juillet) vinrent en Afrique du Nord rendre
visite à leurs homologues français ou quand des officiers français firent une tournée de
conférences aux Etats-Unis à l’automne 1940 pour diffuser les leçons apprises lors de la
Campagne de France de mai à juillet 1940. Le général Charles Delestraint fit personnellement
plusieurs conférences à Fort Knox début octobre 1940. Les liens étroits qu’il établit avec les
généraux Adna Chaffee et George S. Patton ne permirent toutefois pas d’éviter
l’établissement d’une doctrine favorisant l’artillerie anti-chars par rapport aux chars, sous
l’influence d’officiers d’artillerie menés par le commandant en chef des forces terrestres
américaines, le général Lesley McNair. Cette doctrine entraîna la constitution d’un
commandement indépendant dédié à la lutte anti-chars.
Cette divergence de points de vue fut, du moins jusqu’en 1943, une des principales
différences entre les doctrines françaises et américaines. Les canons automoteurs anti-chars
français étaient intégrés soit dans les unités blindées, soit dans les unités d’infanterie, mais ne
devaient jamais être utilisés indépendamment.
L’objectif de Delestraint était de fournir aux forces blindées françaises une panoplie complète
de véhicules de combat, comprenant bien sûr des chars, mais aussi des canons automoteurs et
des véhicules blindés de transport de troupes. Il n’avait pas d’autre solution que de s’appuyer
sur l’industrie américaine, et, en dehors de l’usine de Savannah (ou plus exactement du
complexe industriel de Savannah), il dut souvent se tourner vers des matériels fabriqués ou en
cours de développement pour l’Armée américaine.
L’expérience acquise par les Français se retrouva peu ou prou dans beaucoup de canons
automoteurs, au point que, pour certains, l’influence française fut décisive. Cela relève
cependant de l’exagération. Les enseignements de la Campagne de France étaient
particulièrement clairs et auraient donné naissance à différentes familles de canons
automoteurs même sans l’influence française. Mais il est très probable que dans ce cas, leur
développement aurait été plus long et peut-être moins approfondi.
Un autre lien important, et qui est généralement sous-estimé, est celui établi par l’Armée
française avec le Corps Blindé Canadien, ainsi qu’avec l’industrie de ce pays. Le général
Delestraint trouva en la personne du colonel F.F. Worthington un homologue extrêmement
compétent et particulièrement dynamique. Le Corps Blindé Canadien fut créé officiellement
le 18 août 1940. Son organisation était nettement moins rigide que celle du Royal Armoured
Corps britannique, et les contacts avec l’Armée française furent nombreux. Les liens qui
s’établirent entre l’industrie canadienne et le complexe de fabrication d’armements
appartenant à la France à Savannah s’accompagnèrent rapidement d’une collaboration
technique poussée, qui se fit jour dans plusieurs projets ou réalisations. Ainsi, tant les Français
que les Canadiens furent des précurseurs dans l’utilisation de canons automoteurs entièrement
chenillés.
V. 1 – Chasseurs de chars (véhicules chenillés)
Savannah AU mod.41 ou SAV-AU-41
Avec l’entrée en production du M3 (medium) en septembre 1941 aux usines Baldwin
Locomotive, il apparaissait clairement que le SAV-41 n’était qu’un blindé intérimaire.
Cependant, le châssis était d’excellente qualité et fut développé pour un canon automoteur,
sur les plans du Somua SAU 40, essayé début 1940 en France. Ce véhicule ressemblait à un
StuG allemand ou, plus exactement, au “Zrinyi” SP développé en Hongrie. Il portait un canon
de 75 mm américain construit sur plans français, remplacé après les 80 premiers véhicules par
un 76 mm 76/50 américain (l’ancien canon AA remplacé par le 90 mm, non le 76/55 utilisé
par la suite sur les chars et les chasseurs de chars américains), avant de céder la place au
75 mm SA-41 dérivé du TAZ-39. Une mitrailleuse lourde Browning 12,7 mm type HB
équipait la mini-tourelle du commandant.
Le SAV-AU-41 fut utilisé à la fois comme un véhicule antichar et comme un engin de
soutien.
Equipage : 4 hommes, blindage frontal : 65 mm, poids en ordre de bataille :
22,5 tonnes. Hauteur: 235,0 cm. Livraisons d’octobre 1941 à février 1942.
436 exemplaires construits.
Début 1943, 120 véhicules furent réarmés avec le plus puissant 75 mm SA-42, qui allait être
utilisé sur le Taureau II.
Savannah AU mod.42 ou SAV-AU-42
Automoteur en casemate, construit sur le châssis du Bélier et doté du canon de 75 mm SA-42,
préféré au 76 mm américain. L’Armée française montrait une nette préférence pour les
chasseurs de chars en casemate par rapport aux tank destroyers de type américain, avec un
châssis de char et une tourelle ouverte. Cependant, elle devait finir par déployer les deux
types, car le chasseur de char “ouvert” était supérieur aux modèles en casemate dans certaines
conditions tactiques et représentait une solution simple pour donner une plus grande mobilité
aux unités antichars.
Le SAV-AU-42 fut produit à partir de décembre 1942, en même temps que le Bélier puis le
Taureau. Certains furent remotorisés avec le diesel “Twin-Guiberson”.
En septembre 1943, une variante dotée du canon de 90 mm américain fut dénommée SAVAU-42/90.
CCL-M11 mod. 42
Ce Chasseur de Char Léger (CCL) était en fait un Buick T-49 avec une suspension à ressorts
indépendants et un canon de 57 mm dans une tourelle ouverte à pivotement rapide. Avec
quatre hommes d’équipage, son poids tout équipé était de 13,8 tonnes, et son moteur Buick de
330 CV le rendait très rapide.
Chasseur de chars M11
L’engin fut livré à l’Armée française à partir d’octobre 1942, remplaçant les AUAC SP (halftracks dotés d’un canon de 47 mm ou de 57 mm/6 livres). Ils équipèrent les unités de
reconnaissance et de cavalerie, ainsi que les unités antichars mobiles opérant en soutien des
unités d’infanterie.
Fin 1943, les véhicules en service dans l’Armée française avaient remplacé leur 57 mm par un
75 mm SA 41, portant le poids total à 14,25 tonnes (CCL-M11 Mle 42/43).
Sous le nom de M11, le CCL-M11 fut considéré comme “limited standard” dans l’US Army.
Avec une suspension à barres de torsion et un canon de 76 mm il donna naissance au T-67,
qui conduisit lui-même au tank destroyer M18.
CC-M10 et CC-M10B mod.43
Le CC-M10 était le tank destroyer M10 américain, dont l’Armée française reçut un certain
nombre à partir de février 1943.
Le CC-M10B était le même engin, mais réarmé avec un canon de 75 mm SA-42 par les soins
de l’Arsenal d’Alger à partir de fin août 1943. A la fin de la même année, certaines unités
évaluèrent un mélange de SAV-AU-42 et de CC-M10B mod.43 et estimèrent que la tourelle
pivotante du M10 pouvait être très utile dans certaines situations.
CC-M36 mod.44
C’était le tank destroyer M36 américain, avec son canon de 90 mm.
V. 2 – Autres canons automoteurs chenillés
ARAL 12 AU-81 mod.42
Chars légers M2A4 et M3 construits aux Etats-Unis, refondus par l’Arsenal d’Alger comme
mortiers de 81 mm automoteurs après suppression de la tourelle, lorsque les chars M7F1
commencèrent à être livrés aux unités de première ligne. Livraison à partir de novembre 1942.
Ils furent utilisés par les pelotons de mortiers des bataillons blindés, remplaçant les mortiers
de 81 mm sur châssis de half-track M3 (VPM-81).
ARAL 22 AU-155 mod.42
Tandis que le SAV-41 était remplacé par le Bélier dans les unités de première ligne, l’Arsenal
d’Alger transformait certains d’entre eux en 155 mm automoteurs. La tourelle fut enlevée, la
partie supérieure avant de la coque remplacée par un blindage plus léger, et un obusier de
155 mm (modèle américain standard) installé tourné vers l’arrière. Il s’agissait plus d’une
conversion improvisée que d’un véhicule spécialement étudié, mais cela donnait de la
mobilité à l’obusier de 155 mm. 164 véhicules furent ainsi convertis au standard AU-155,
dont les premiers furent livrés en octobre 1942.
ARAL 12 VDA mod.43
Comme le 12 AU-81, c’était une conversion de chars légers M3 dépassés. Ce projet, plus
ambitieux, nécessitait le remplacement de la tourelle existante par une nouvelle, ouverte,
motorisée, et portant un affût quadruple de mitrailleuses de 12,7 mm. Un prototype fut
construit à Savannah en septembre 1942, car l’ensemble du projet ne pouvait être pris en
charge par l’Arsenal d’Alger. Lors de tests au centre d’essais d’Aberdeen, ce véhicule montra
de bien meilleures qualités tout-terrain que le VAA-13/US-M13. Une remorque à munitions
devait lui être attelée, car la coque étroite du M3 ne pouvait pas embarquer suffisamment de
cartouches de 0.50. Après une nouvelle série de tests durant le printemps 1943, l’Armée
française adopta ce véhicule comme Véhicule de Défense Aérienne (VDA) modèle 43.
L’usine de Savannah construisit alors les nouvelles tourelles et les kits de transformation à
partir de juillet 1943, afin qu’ils soient expédiés en Afrique du Nord où la conversion des M3
(ou plus exactement le montage du kit) était faite à l’Arsenal d’Alger. Le premier VDA 43
sortit d’atelier en octobre 1943. Intéressée dans un premier temps, l’Armée américaine ne le
retint finalement pas, et préféra se tourner vers une variante du nouveau char léger M24 armée
d’un affût Bofors double.
Savannah 155-AUF1 mod.43
A partir du Taureau/Sherman, l’usine de Savannah développa en 1942 un canon lourd ou
obusier automoteur. Le compartiment moteur fut avancé pour libérer l’arrière du châssis et un
canon de 155 mm m1918 M1 fut monté de la même façon que sur le M6/T12. Les servants
étaient protégés par un petit bouclier. Ce véhicule fut essayé parallèlement au T12 et fut
commandé par l’Armée française comme son véhicule d’appui standard pour les divisions
blindées. Sa production commença en septembre 1943.
Bélier AA-SP
Ce véhicule fut l’un des projets franco-canadiens développés sur la base du char Ram/Bélier.
Il fut essayé d’abord avec un canon français de 75 anti-aérien, remplacé ensuite par un 3,7
pouces (94 mm) anti-aérien, disposé sur une plate-forme pivotante protégée par un blindage
léger. Les essais ne dépassèrent pas le stade du prototype, le projet étant rapidement
abandonné, sans doute en raison de l’instabilité du véhicule.
Savannah VPM-120 F2 mod.43
Le VPM-120 Mle 41 développé par l’Arsenal d’Alger fut rapidement trouvé trop instable
avec le mortier de 120 mm. Une nouvelle plate-forme basée dans un premier temps sur le char
léger M3F, puis sur le M7F, fut étudiée. Il ressemblait fort à un petit canon automoteur M7
Priest, un mortier de 120 mm remplaçant l’obusier de 105 mm du Priest. D’une masse de 16,5
tonnes (36 600 livres), il nécessitait un équipage de 5 hommes (dont le conducteur) et pouvait
emporter jusqu’à 28 obus pour son mortier. La production de ce véhicule commença en
septembre 1943 à Savannah, à partir de composants fournis par American Car Foundry.
Putois AA-SP
Ce véhicule était supposé succéder à l’ARAL 12VDA. Le projet initial prévoyait le montage
d’une tourelle blindée à rotation électro-hydraulique portant quatre canons anti-aériens de
20 mm sur un châssis de Grizzly/Taureau/Sherman. Un prototype fut construit à Montréal
avec le concours d’ingénieurs français ayant travaillé sur le 12VDA.
Considéré au début comme extrêmement prometteur, ce projet souffrit de retards importants à
cause de débats sur son armement. Après un premier arbitrage entre les mérites respectifs des
canons de 20 mm Hispano et Polsten, qui se termina à l’avantage du deuxième, l’état-major
français se mit à réclamer un calibre de 25 mm, sous le prétexte que les obus de 20 mm se
révèleraient insuffisants face à un “Stuka blindé” que la Luftwaffe était censée mettre en ligne
dans les mois à venir, et que l’affût quadruple de 12,7 mm restait bien suffisant pour se
prémunir des avions allemands du moment. Les Canadiens ne partageaient pas ce point de
vue, et démontrèrent de surcroît que la cadence de tir des canons de 25 mm était insuffisante.
Un compromis fut finalement trouvé autour d’une tourelle “universelle” pouvant accueillir
quatre canons de 20 mm Polsten ou deux de 25 mm.
Mais on était déjà en mars 1944 et le fameux “Stuka blindé” ne s’était pas matérialisé.
L’ensemble du projet fut abandonné en juin 1944. Seul le prototype fut envoyé en Afrique du
Nord pour des essais intensifs du système de motorisation électro-hydraulique de sa tourelle.
Aucun canon de 25 mm satisfaisant n’ayant jamais été trouvé, tous ces efforts seraient restés
inutiles sans l’apparition dans les années 50 du canon à barillet Hispano de 30 mm. Avec lui,
l’Armée française put enfin développer une tourelle à rotation rapide armée de deux canons à
guidage radar, qui entra en service au début des années 60.
V. 3 – Véhicules semi-chenillés
AU-75 (Diamond) mod.41
Half-track M2 américain destiné à l’appui-feu et doté d’un canon standard de 75 mm français
(ou fabriqué aux Etats-Unis). Début des livraisons en mai 1941. Appelé T12 par l’US Army et
standardisé sous le nom de M3A1 début 1942.
AU-75 (Diamond) mod.41/42
Même véhicule, armé du canon de 75 mm TAZ-39. Début des livraisons en février 1942.
Standardisé dans l’US Army sous le nom de M3A2.
AU AC-47 (Diamond) mod.41 et AU AC-57 mod.42
Half-track M2 portant soit le 47 mm SA-40 antichar français (construit aux Etats-Unis), soit le
6 livres anglais. Le véhicule équipé du 47 mm fut livré à partir de mai 1941 et celui doté du
57 mm à partir de début 1942. Ce dernier, nommé T48 par l’US Army, fut aussi produit pour
l’Armée britannique.
VPM-81 mod.40
Half-track M2 portant un mortier français de 81mm. Standardisé plus tard par l’US Army
comme le T19, puis le M4. Début des livraisons en juin 1941. Remplacé fin 1941 par le
VPM-120.
VPM-120 mod.41
Half-track M2 portant un mortier Brandt mod.35 de 120 mm avec 48 projectiles. Production
lancée par l’Arsenal d’Alger à l’automne 1941. Il remplaça le VPM-81 à partir de décembre.
VAA-13 mod.41
Half-track M2 (ou M3) portant un affût quadruple Maxson de 12,7 mm. Commandé fin 1940
par l’Armée française comme “défense anti-Stuka”. Début des livraisons en juillet 1941.
Standardisé plus tard par l’US Army comme M13 puis M16.
VAA-25 mod.42
Véhicule similaire, avec 2 x 25 mm automatiques remplaçant les 4 x 12,7 mm. Le canon de
25 mm était l’AA/antichar standard français produit sous licence aux Etats-Unis. Cadence de
tir : 350 cpm pour chaque tube. Tirait soit des obus explosifs de 0,29 kg à 900m/sec, soit des
munitions perforantes (AP) de 0,324 kg à 875m/sec. L’obus AP était efficace contre les
véhicules légèrement blindés jusqu’à 800 mètres. Début des livraisons en mai 1942. Ce
véhicule opérait en tandem avec le précédent, une batterie AA mobile se composant de 4 x
VAA-13, 4 x VAA-25, 2 x M2 utilisés comme poste de commandement et 4 x M2 (parfois
remplacés par des camions GMC) pour les munitions.
V. 4 – Véhicules à roues
Chasseur de chars Dodge 47 mod.40
Réalisé à partir d’un camion Dodge, successeur du chasseur de chars Laffly W-15 construit
sur l’ordre du Général Keller en 1940. Il portait le canon antichar de 47 mm long SA-40.
Equipage : 4 hommes. Premières livraisons : décembre 1940.
VI – Véhicules de combat pour l’infanterie
L’Armée française avait bien précisé avant la guerre ce qu’elle souhaitait en fait de transports
d’infanterie blindés, et avait trouvé dans le tracteur Lorraine une base tout à fait convenable
pour le développement d’une famille complète de tels véhicules. En juillet 1940, cependant, il
n’y avait pas d’autre choix possible que d’utiliser les half-tracks américains M2 ou M3 pour
équiper les unités d’infanterie mécanisée (les Dragons Portés). Ces deux véhicules montrèrent
rapidement leurs insuffisances face aux attentes françaises. Pendant toute la durée du conflit,
l’Etat-Major chercha à obtenir un véhicule de combat blindé pour son infanterie, mais seules
des improvisations plus ou moins réussies purent être mises en service.
Savannah VTT-43 ou SAV-TT-43
Le char Bélier étant dépassé en 1943 par l’introduction du Taureau, l’usine de Savannah
envoya à l’Arsenal d’Alger (ARAL) une équipe pour transformer les chars Bélier en
transports d’infanterie. Une fois ôtée la tourelle, le véhicule pouvait transporter 9 fantassins en
plus de ses deux hommes d’équipage. Une mitrailleuse de 12,7 mm était montée à l’avant,
avec un bouclier léger. Utilisée dans les divisions blindées, cette conversion fut dénommée
Transport de Troupes modèle 43 ou TT-43 et surnommée “Bélier-Kangourou”.
Un véhicule similaire fut construit à Montréal pour les divisions blindées canadiennes.
ARAL-VTT12 mod.43
Conversion similaire faite par l’ARAL sur un char léger M3 ou M3F, transformé en transport
d’infanterie avec 2 hommes d’équipage et 4 fantassins. Utilisé dans les compagnies de
reconnaissance des Divisions Blindées.
Projets divers de transports blindés d’infanterie
Un certain nombre de projets virent le jour entre 1941 et 1944, aussi bien à Savannah qu’à
Alger. Voici ceux qui furent acceptés par l’Inspection Générale des Blindés et de la Cavalerie
et présentés à l’Etat-Major.
VTT 14/41, ou “Tracteur Delestraint”
Les plans disponibles montrent clairement la filiation directe avec le char léger US M3, et la
production de ce véhicule devait se faire aussi bien chez American Car & Foundry qu’à
Savannah. Le premier projet, conçu durant l’hiver 1940/41, fait état d’un châssis de M3, avec
un moteur monté à l’avant et 6 fantassins installés dans une caisse blindée située au-dessus
des chenilles. Ce véhicule avait pour défauts d’être trop haut et de ne pas pouvoir embarquer
une escouade de 10 combattants, il fut abandonné.
Pour pouvoir réduire la hauteur de l’engin, il fallut installer les passagers entre les chenilles,
donc augmenter significativement la largeur du véhicule. La suspension dut également être
renforcée par l’ajout d’une troisième unité. Ce projet modifié fut probablement achevé sur la
planche à dessin vers fin août 1941 ; il ressemblait à un M3 très agrandi et débarrassé de sa
tourelle. Sa structure ouverte l’aurait rendu très vulnérable aux tirs de suppression.
Delestraint demanda que ce transport de troupes soit armé de mitrailleuses et que l’infanterie
mécanisée combatte depuis ses véhicules, n’en descendant que si la situation l’exigeait
réellement. Cela donna naissance au deuxième projet important en la matière.
VTT 16/42
Sa conception date de début 1942. Elle tira parti des enseignements acquis par le déploiement
de la brigade mobile Schlesser en Indochine. La coque fut rallongée et fermée, avec des côtés
inclinés dans leur partie supérieure. Une tourelle relativement basse disposée à l’arrière du
conducteur abritait le chef d’engin, ainsi qu’un mitrailleur disposant d’un canon automatique
de 20 ou 25 mm avec une mitrailleuse de 7,5 mm co-axiale. Les huit soldats transportés (des
grenadiers-voltigeurs) pouvaient faire feu avec leurs armes individuelles à travers des volets
disposés dans le haut de la coque. Une maquette en bois fut construite à Savannah début avril
1942. Le véhicule devait peser 18 tonnes (40 000 livres) en ordre de combat, et il était
sérieusement sous-motorisé.
Delestraint demanda l’assistance de l’équipe française travaillant en Australie et, juste avant
qu’il ne quitte son poste d’Inspecteur Général, des plans révisés, utilisant le moteur PerrierCadillac de 330 chevaux associé à une transmission de char moyen M3, circulaient. Le poids
atteignait maintenant près de 21 tonnes, et la suspension devait être renforcée. D’anciens
ingénieurs de chez Hotchkiss conçurent alors une suspension à ressorts en volutes horizontaux
simplifiée. Le Général Keller, successeur de Delestraint, valida le projet début septembre
1942 et approuva diverses variantes, dont une version portant un mortier de 82 mm, une autre
aménagée en poste de commandement pour unités blindées ou d’artillerie mobiles, une
troisième équipée pour l’évacuation des blessés, enfin une dernière destinée à tracter le
mortier de 120 mm ou le canon de 75 TAZ 39. Une maquette en bois fut présentée aux
autorités américaines fin septembre et, à cette époque, beaucoup crurent à un démarrage de la
production fin 1943.
Mais deux événements vinrent se mettre en travers de ce projet. Le premier était la
construction du nouveau char léger M7. Le VTT 16/42 était à cette date de plus en plus
éloigné des productions standard US M3 et M7, et sa fabrication aurait nécessité de nouveaux
outillages pour American Car & Foundry. Le deuxième était la volonté des Américains
d’adopter désormais des suspensions plus modernes, à barres de torsion. Comme aucune usine
n’était disponible pour une construction en série à bref délai, les Français acceptèrent de
revoir une fois encore leur projet, signant de ce fait l’arrêt de mort du VTT 16/42.
VTT 10/43
Le poids et la complexité du VTT 16/42 ne faisant qu’augmenter, Delestraint puis Keller
demandèrent l’étude d’un véhicule plus petit destiné à transporter une demi-escouade (cinq
soldats) et un conducteur. Les plans disponibles en septembre 1942 montraient un VTT 16/42
aux dimensions réduites, assis sur seulement deux éléments de suspension de chaque côté,
motorisé par un Lycoming refroidi par air voisin de celui mis en œuvre sur le char aéroporté
M22, et armé d’une mitrailleuse de 12,7 mm. Ce véhicule était destiné à être fabriqué par
Marmon-Herrington, une fois la chaîne des M22 terminée. Cela aurait renvoyé la production à
mi-1944 au plus tôt. Le Comité de Défense Nationale mit fin au projet en janvier 1943.
VTT 20/43
Ce véhicule était en fait le VTT 16/42 révisé. Il fut présenté aux autorités françaises et
américaines en septembre 1943, avec une famille importante de dérivés comprenant même un
char léger. Mais le Commandement des blindés américain était plutôt réticent à l’idée d’un
char léger supplémentaire, puisque le T-24 (futur M24) était attendu pour début octobre. La
seule usine capable de construire le VTT 20/43 était celle de Cadillac à Southgate
(Californie), et encore pas avant mi-1944.
Les ingénieurs français axèrent alors le projet vers le char léger, en y adaptant la tourelle
“fendue” qu’ils avaient conçue pour la série des T-20 et en réduisant l’épaisseur du blindage à
40 mm. Ils furent capables de présenter une maquette en bois de ce nouveau char léger,
désormais armé d’un 75 mm à haute vitesse initiale, en juillet 1944. Il était néanmoins trop
tard pour sauver le projet. L’état-major était à ce moment en train d’élaborer de nouvelles
spécifications pour un programme de chars légers et de véhicules de combat pour l’infanterie,
d’une masse limitée à 13 tonnes pour qu’ils soient transportables dans les avions-cargo alors
projetés. Ces spécifications de juillet 1944 donnèrent naissance à la famille des AMX-13
d’après-guerre.
VII – Véhicules du génie pour le soutien et l’assaut
Le général Charles Delestraint, Inspecteur Général des Blindés, accordait une grande
importance au développement d’engins spécialisés du Génie destinés au soutien des unités
blindées. Les idées déjà validées lors d’essais faits par l’Armée française avant juin 1940
furent bien sûr reprises, mais Delestraint continua à maintenir des liens étroits avec les unités
blindées au combat jusqu’à son départ du poste d’Inspecteur Général, afin que l’expérience
souvent chèrement acquise puisse se répercuter immédiatement dans les bureaux d’études.
L’Arsenal d’Alger put ainsi développer une gamme complète de véhicules spécialisés, le plus
souvent avec ce qu’il avait sous la main.
En parallèle, le besoin d’engins spécifiques destinés aux opérations amphibies menées de vive
force se fit sentir au fil des opérations lancées en Méditerranée et en mer Egée. Pour y
répondre, une étroite collaboration franco-britannique fut mise en place. Elle donna naissance
aux “Funnies” de la 79th Armored division du major général Percy Hobart, côté britannique,
et aux “Clowns” de la 6e Brigade Blindée du Génie du colonel Adrien Conus, côté français.
VII. 1 – Véhicules sur châssis de char (chenillés)
M3VCG modèle 42, ou AAR-VCG modèle 42
Obtenus par transformation de vieux chars légers M3, voire même M2A4, transformés en
Véhicules de Combat du Génie (VCG) par suppression de la tourelle et adaptation d’une lame
de bulldozer et de l’hydraulique de commande associée. Deux membres d’équipage, une
mitrailleuse de 7,62 pour l’auto-défense.
Livraison à partir de novembre 1942.
AAR-VDL modèle 42 TA et TB
Anciens chars légers M2A4 (TA) ou M3 (TB) transformés en Véhicules de Dépannage Léger
(VDL) par adjonction d’un treuil hydraulique et de caisses à outils sur les côtés.
SAV-41 PP modèle 42
Ex chars SAV-41 équipés d’un pont pliant de 12 mètres. Transformation effectuée par
l’Arsenal d’Alger durant l’hiver 1942/43. Le suffixe PP signifie “poseur de ponts”. Le besoin
d’un poseur de ponts datait d’avant la guerre et plusieurs tentatives furent faites avant juin
1940, sur la base de chars Renault FT-17 de la Première Guerre mondiale en surplus, ou bien
avec des châssis SOMUA semi-chenillés. La fourniture d’un tel véhicule était jugée
hautement prioritaire. Le SAV-41 construit à Savannah était bien adapté à une telle
transformation, car suffisamment puissant et fiable.
Deux membres d’équipage. Livraison à partir de septembre 1942.
SAV-42 PP modèle 43
Construit sur la base d’un SAV-42 Bélier/Ram par suppression de la tourelle et adaptation
d’un pont pliant, qui pesait 6,5 tonnes et mesurait 15 m de long (déplié) et 3,32 m de large,
portant la masse de l’engin à près de 40 tonnes. La portée maximale du pont était de 13
mètres. Deux hommes d’équipage. Livraison à partir de novembre 1943.
SAV-42 Dep modèle 43, ou VD modèle 43 TA ou TB
Ce véhicule, développé conjointement par des ingénieurs français et canadiens, était la
variante de dépannage du char Ram/Bélier. La version TA n’était qu’un véhicule de
remorquage muni de caisses à outils sur les côtés. La version TB (ARV Mk II) était plus
élaborée, très voisine du “Sherman de dépannage” développé en Grande-Bretagne.
AAR Lucifer modèle 43
Ex char léger M3F modifié par le montage d’un lance-flammes canadien Ronson sur la coque.
Equipage de 4 hommes. Livraison à partir de septembre 1943.
VII. 2 – Véhicules sur châssis semi-chenillés
AAR-VSG modèle 42 (VSG : Véhicule de Soutien du Génie)
Halftrack américain M3 équipé d’une grue légère et transportant neuf hommes (sept sapeurs,
un chef de véhicule, un chauffeur). Ce véhicule pouvait emporter des fascines destinées au
comblement des fossés anti-chars. Il était armé d’une mitrailleuse de 7,62 mm. Livraison à
partir de novembre 1942.
AAR-VDG modèle 42 (VDG : Véhicule de Démolition du Génie)
Semblable au précédent, mais ne transportant que cinq hommes en tout, et équipé d’un lancefusées pour quatre roquettes anti-sous-marines britanniques (les mêmes que le Hedgehog),
avec douze roquettes supplémentaires dans une remorque. Ce véhicule servait pour la
démolition d’obstacles ou de blockhaus. Au printemps 1943, il fut modifié pour permettre
également le lancement d’une roquette anti-mines (en fait, plusieurs cordons explosifs traînés
par une roquette britannique de deux pouces). Il était armé d’une mitrailleuse de 7,62 mm.
Livraison à partir de décembre 1942.
VII.3 – Véhicules spéciaux pour les débarquements
En 1941, Sir Percy Hobart est mobilisé comme simple “corporal” dans la Home Guard. Ce
général à la retraite, brillant promoteur de l’arme blindée Outre-Manche, a en effet été évincé
de l’armée en 1940 à cause de ses idées jugées par trop non-conventionnelles par son éminent
collègue Sir Archibald Wawell.
Beau-frère de Montgomery, Hobart est rapidement rappelé par Churchill, qui lui confie la
tâche de créer une division unique en son genre, composée d’engins spéciaux destinés à
neutraliser les défenses et obstacles que ne manqueront pas de trouver sur leur passage les
troupes qui débarqueront sur les plages françaises lors de la reconquête. Informé, Alger
nomme Adrien Conus officier de liaison auprès du général Hobart. Conus, lui-même mobilisé
en 1939 comme sergent-chef, est l’inventeur des 75 portés et des bren-carriers antichars ; il
n’en est pas à son coup d’essai en matière de bricolage opérationnel et il a participé à tous les
coups amphibies depuis l’été 40. Dès leurs premiers contacts, les deux anciens “sous-officiers
de circonstance” se vouent une estime mutuelle ; la collaboration franco-britannique en ce
domaine sera exemplaire.
Au départ, les Anglais proposent de fournir les alliés en matériels spéciaux principalement
basés sur le châssis du char Churchill. Cependant, Conus estime que si ce char convient
parfaitement pour les rivages de Normandie ou de mer du Nord, il est trop lourd et pas assez
manœuvrant pour être très efficace sur les plages plus étroites de Méditerranée. Il propose
alors le montage et l’adaptation des matériels développés par les Anglais sur le châssis du
SAV-41, dont beaucoup vont devenir disponibles suite à l’entrée en service du char Bélier.
Les kits de transformation adaptés au SAV-41 seront produites en Angleterre, car dérivés des
systèmes montés sur le Churchill ; ils seront mis en place par l’ARAL au fur et à mesure des
disponibilités en SAV-41 ou SAV-AU-41.
Tous ces engins furent regroupés au sein de la 6e Brigade Blindée du Génie. Cette unité
purement administrative, dont les véhicules étaient répartis selon les besoins par petits
groupes, comprenait un bataillon de chars Hippo et 5 bataillons spécialisés du génie avec
chacun une mission principale : lance-flamme, mobilité, destruction, …
Les modèles suivants furent retenus :
ARAL SAV-41 “Hippopotame”
L’Hippo était un char SAV-41 rendu étanche, qui pouvait s’immerger « jusqu’aux narines »,
d’où son nom. Reprenant le même système de “snorkel” que les Churchill britanniques, il
pouvait avancer sous 2,80 mètres d’eau. Il pouvait ainsi accompagner les vagues d’assaut en
étant débarqué par des LCM ou des LCT en retrait des embarcations plus petites chargées de
fantassins, sans gêner ceux-ci.
ARAL SAV-41 “Bobine”
Le Bobine était un char SAV-41 détourellé, doté d’un rouleau de 7 pieds (2,10 m) de large en
toile renforcée de barres en acier qui, une fois déroulé, permettait à lui-même et aux véhicules
suivants de ne pas s’enfoncer dans le sable ou les graviers des grèves.
ARAL SAV-41 “Crabe”
Le Crabe était un SAV-41 équipé d’un fléau à mines. Le fléau du Crabe était un cylindre
rotatif où étaient fixées 40 chaînes lestées qui faisaient éclater les mines au passage du char.
Un bouclier anti-souffle entre le fléau et le char donnait une protection supplémentaire lors de
l’explosion des mines. Une innovation importante sur ce char était l’addition de lames
circulaires aux extrémités du rotor, permettant la coupe des fils barbelés qui avaient tendance
à arrêter le fléau.
Une grande attention était prêtée au marquage du chemin dégagé lorsqu’il traversait un champ
de mines. Les Crabe avaient donc une paire de marqueurs remplis de craie en poudre qui
s’écoulait lentement vers l’extérieur et délimitait les bords de l’itinéraire sûr. Le Crabe se
déplaçait à 2 km/h lorsqu’il fouettait le sol et son canon devait être dirigé vers l’arrière, ce qui
l’empêchait de tirer.
ARAL SAV-AU-41 “Crocodile”
Le Crocodile était un automoteur de 75 converti en char lance-flammes par remplacement de
son canon en casemate. Il conservait le tourelleau et sa mitrailleuse de 12,7 mm.
Il tirait une mini-remorque blindée de 4,5 tonnes qui emportait 1 000 litres de combustible,
soit environ 60 secondes de tir au lance-flamme en continu. Le lance-flamme avait une portée
d’environ 100 mètres.
ARAL SAV-AU-41 “Dozer”
Le Dozer était un automoteur de 75, privé de son canon et équipé d’une lame de bulldozer
actionnée par un treuil. Il conservait son tourelleau armé d’une mitrailleuse de 12,7mm.
Ce type de matériel avait son intérêt en raison de besoin d’un véhicule blindé qui, à la
différence d’un bulldozer blindé, devait être assez rapide pour suivre des formations de chars.
ARAL SAV-AU-41 “Pétard”
Le Pétard était un automoteur de 75 dont le canon était remplacé par un mortier de 290 mm.
Celui-ci tirait un projectile de 18 kg (surnommée la poubelle volante à cause de la forme de
l’obus) à environ 135 mètres et se rechargeait de l’intérieur du char au rythme habituel de 4
par minute. Le projectile, très explosif car au napalm, était capable de détruire des obstacles
tels que des barrages routiers et des bunkers.
D’autres matériels sans spécificité française furent également utilisés par la 6e Brigade, en
particulier des Churchill ARK (rampe) et Fascine, des Ram DD (Duplex Drive) amphibies,
des LVT Buffalo et des bulldozers blindés.
VIII – Improvisations variées (1940)
L’absence de matériel nouveau conjuguée à la volonté de combattre conduisit à de
nombreuses improvisations au second semestre 1940. Si la plupart de ces réalisations ne
dépassèrent pas le stade d’un unique véhicule, d’autres firent l’objet d’une construction (ou
plus précisément d’une reconstruction) en petites séries à Beyrouth ou en Algérie.
Auto-mitrailleuse Dodge-White
Le capitaine Bich et d’autres officiers stationnés à Beyrouth décidèrent de moderniser la
vieille auto blindée White utilisée par les forces françaises du Levant en l’adaptant à un
châssis de camion Dodge de 3 tonnes. Cette improvisation fut un succès et, comme les
camions Dodge de 3 tonnes étaient nombreux, 30 véhicules de ce type furent reconstruits
entre octobre 1940 et janvier 1941. Ils furent utilisés en Afrique de l’Est.
La même transformation fut effectuée en Afrique du Nord, où 36 Dodge-White furent
construits entre décembre 1940 et février 1941, certains étant munis de tourelles PanhardTOE. Ces véhicules furent surtout utilisés pour l’entraînement et la sécurité des aérodromes,
mais au moins huit d’entre eux furent envoyés en Grèce en 1941.
Canon automoteur sur Bren-Carrier
C’était également une idée du capitaine Bich. Le montage d’un canon anti-chars français de
25 mm sur un Bren-Carrier donna naissance à un chasseur de chars léger et très mobile.
Douze Bren-Carriers donnés à l’Armée française fin août 1940 et furent ainsi transformés à
Beyrouth. Après un déploiement précipité à la fin de la campagne de Libye, ils furent ensuite
essentiellement utilisés pour l’entraînement, mais quatre d’entre eux furent déployés dans les
îles du Dodécanèse.
L’Arsenal d’Alger procéda à une conversion similaire, mais à plus grande échelle durant
l’hiver 1940-41. Le canon fut soigneusement entouré d’un glacis incliné. Pas moins de 48
véhicules furent convertis et 20 d’entre eux envoyés en Grèce en 1940, où quelques-uns
servirent lors de la bataille de Kumanovo et de la retraite vers le sud qui suivit. Légers, armés
d’un canon suffisant pour affronter la plupart des chars allemands en 1941, ils complétaient
judicieusement le chasseur de chars sur roues armé d’un 47 mm qu’utilisait également
l’Armée française. Son principal défaut résidait dans son habitacle ouvert, qui le rendait très
vulnérable aux tirs de suppression.
Camions blindés
Deux types de camions blindés furent construits par les ateliers des chantiers navals d’Afrique
du Nord, pour soutenir l’Armée.
– Camion portant un canon de 75
Egalement imaginé par le capitaine Bich et construit à Beyrouth, il fut repris par les chantiers
navals d’Alger et de Mers-el-Kébir, sous la forme d’un canon de 75 sur châssis de camion
Dodge ou Fargo. Une trentaine furent fabriqués entre juillet et octobre 1940. Un groupe de 12
véhicules fut envoyé en Afrique de l’Est ; quelques-uns furent utilisés en Corse et en
Sardaigne lors des combats de février-mars 1941.
– Camion portant des mitrailleuses de 13,2 mm
La “peur du Stuka” donna naissance à une forme primitive d’arme de DCA automotrice,
quand un jumelage de deux mitrailleuses de 13,2 mm fut installé sur le plateau d’un camion
Dodge. Malgré sa rusticité, ce véhicule assurait une certaine protection anti-aérienne et fut
standardisé. Il semblerait qu’au moins une quarantaine (42 ?) furent fabriqués à Alger durant
l’automne 1940 et que quelques-uns virent le feu en Corse, mais aussi en Grèce avec le corps
expéditionnaire français, qui devint plus tard l’Armée d’Orient. En 1941, les tubes Hotchkiss
de 13,2 mm furent remplacés par des 12,7 mm d’origine américaine.
IX – Matériels spéciaux pour les forces aéroportées
L’apparition de troupes aéroportées allemandes et italiennes lors des campagnes de Corse et
de Sardaigne en février-mars 1941 confirma l’état-major français dans ses vues tactiques et
opérationnelles. Un peu plus tard, la capture par les forces françaises de deux canons sans
recul allemands de 75 mm LG-40 intacts, lors de la première attaque contre l’aérodrome de
Bastia, donna une impulsion décisive au développement de telles armes.
– Le premier mis en œuvre fut le Canon sans recul léger de 88 mm matricule 41 (light
3.45-in), utilisant le brevet de Sir Dennis Burney. Il pesait 35 kg à vide et tirait à 170 m/s un
obus de 7,2 kg, qui n’était pas à charge creuse comme l’obus anti-char standard, mais à
écrasement (HESH), et qui se montra efficace aussi bien contre les blindés ennemis que
contre les fortifications. Les parachutistes avaient besoin d’armes puissantes, même si leur
durée de vie devait être brève. Le canon léger de 88 fit donc partie de la dotation standard des
bataillons aéroportés. Utilisé le plus souvent sur un affût tripode, il était connu sous la
désignation CSR 88-mm modèle 41.
– Un deuxième canon sans recul, destiné à être utilisé au niveau de la brigade, fut développé
par l’Arsenal d’Alger à partir d’un LG-40 allemand capturé. Les ingénieurs français portèrent
son calibre à 81 mm, de telle sorte que les machines-outils importées des Etats-Unis pour la
fabrication du mortier de 81 mm puissent être utilisées. Le tube était plus long que celui de
l’original allemand (30 calibres) et la culasse ainsi que les munitions se rapprochaient de ceux
conçus par Burney. Le canon pesait 170 kg (210 kg avec son affût à deux roues) et tirait un
obus à charge creuse ou à écrasement de 5,7 kg à 270 m/s. Ce canon avait de meilleures
caractéristiques balistiques et une portée supérieure par rapport aux 3.7 ou 3.45 pouces
Burney. Il était référencé CSR 81-mm modèle 42.
– Un canon nettement plus lourd, de 120 mm, fut également conçu, mais il n’entra jamais en
production. Seuls trois tubes furent évalués avant la fin de la guerre.
Les deux canons sans recul produits furent fréquemment montés sur des véhicules légers,
comme l’omniprésente Jeep américaine, mais aussi sur les 40 Scout Car Humber Mark I
achetés par l’Armée française. Ces véhicules furent équipés d’un CSR 81-mm. Bas et légers,
ils étaient parfaitement adaptés aux embuscades anti-chars et pouvaient être transportés par
des planeurs moyens. Quatre au moins de ces véhicules furent modifiés pour recevoir un
“demi” lance-roquettes MM-F1 tirant la roquette anti-chars britannique de 2 pouces. Mais le
canon sans recul fut considéré comme plus précis que le lance-roquettes.
Les ingénieurs français furent en relation étroite avec Marmon-Herrington lors du
développement du char aéroporté T9/M22. En 1943, équiper un char avec un canon de 37 mm
seulement n’était plus concevable pour les Français dès le début du projet, c’est pourquoi ils
cherchèrent à convaincre l’Armée américaine d’utiliser ce véhicule pour un canon automoteur
sous casemate de 47 ou 57 mm. Mais le chasseur de char type casemate n’était guère en
faveur à l’époque dans l’Armée américaine et, en raison de la haute priorité accordée au projet
du M22 (les 500 premiers exemplaires furent commandés avant la fin des essais), cette
transformation fut abandonnée. Elle refit brièvement surface à la fin 1943, mais, hormis une
maquette en bois construite à Savannah, ne se concrétisa pas.

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