Y`akoto – Babyblues

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Y`akoto – Babyblues
Y’akoto – Babyblues
Label/Distribution: Warner
„It feels so good to be restless.“
(Moving)
Elle est toujours en mouvement et c’est là son moteur.
Avec un besoin impérieux de ne jamais s’arrêter pour aller toujours de l’avant, encore et
encore. Avec l’impression de n’être jamais arrivée au port et pourtant se sentir
intensément présente. Avec la conviction profonde de devoir se perdre d’abord pour
pouvoir se retrouver un jour.
Dans la vie de Y’akoto, cette agitation permanente est la racine même de toutes ses
activités et l’origine de tout son être . C’est, finalement, la raison pour laquelle sa voix
renferme bien plus de profondeur, d’expériences et d’appétit de vivre que celle d’une
chanteuse de 25 ans. Mais commençons par le début.
Née d’un père ghanéen et d’une mère allemande, Jennifer Yaa Akoto Kieck, est élevée
dans un milieu très cosmopolite. Elle voit le jour à Hambourg, grandit au Ghana,
séjourne au Cameroun, au Togo puis au Tchad avant de revenir à Hambourg en passant
par Lomé et Paris, elle se promène à travers le monde. En vraie nomade, elle a su puiser
l’énergie de tous ces mouvements perpétuels et c’est ce qui fait sa force et la source
inépuisable de son inspiration. « Tous ces déménagements, toutes ces pérégrinations,
cette mobilité globale m’ont beaucoup influencée » confie-t-elle avant d’ajouter « mais
je ne me sens pas déchirée à l’intérieur à cause de ça. Au contraire : toutes ces étapes,
ces impressions glanées ça et là, ces expériences diverses ne forment qu’un tout. Mon
tout, immense.. » Son témoignage répond parfaitement à son CV de musicienne ; il lui
ressemble tout comme les multiples facettes qui jonglent sa vie privée plutôt usante et
déjà bien remplie.
La musique a toujours joué un rôle déterminant dans la vie de Y’akoto: son père,
musicien renommé de highlife l’incite dès l’enfance à prendre des cours de piano. A 13
ans, la voici sur la scène ; elle chante pour la première fois dans un groupe, une palette
réussie de rock, reggae, soul et funk qui remporte déjà de francs succès dans les clubs
de jeunes et même des prix de concours. A 16 ans, au cours de son adolescence
mouvementée, elle se tourne en peu de temps vers des horizons musicaux plus
électroniques jusqu’à ce qu’elle rejoigne à 18 ans un nouveau groupe avec beat box,
guitare, basse et chant. « Ce n’est qu’à 20 ans que j’ai vraiment changé de cap pour
m’orienter vers la musique ». Alors qu’en parallèle, Y’akoto obtient son diplôme d’Etat de
professeur de danse, la jeune chanteuse se rappelle que sa carrière solo d’artiste s’est
alors définitivement révélée. Concrètement : moins de tâtonnements pour se concentrer
sur le principal, l’essence même. Elle n’aspire plus à l’innovation mais se recentre tout
naturellement. En bref : l’effectivité à la rencontre de l’avant-garde. « Aujourd’hui, ce qui
m’occupe tout particulièrement, c’est de raconter des histoires dans mes chansons, alors
le son y tient une place plus réduite. Rien n’est de trop et pour cet album, j’ai fait
vraiment attention à ce qu’il soit très pur“.
« Babyblues », son premier album, consigne admirablement un recueil de chansons à
l’écho profond. Les morceaux qu’elle a pour la plupart écrits et composés elle-même ont
vu le jour au cours des deux dernières années avec la collaboration de Mocky, Haze et
l’équipe de production Kahedi (Max Herre, Samon Kawamura ainsi que Roberto Di Gioia).
« Certains morceaux sur l’album, comme "Good Better Best” ou “Moving” ont une
approche très africaine. Pour moi, elle reste tout d’abord une musique populaire parce
que, grâce à elle, je veux et je peux toucher tout le monde. Les chansons parlent en
première ligne de la vraie vie, de la vie au quotidien qui touche chacun de nous, avec des
histoires qui nous ressemblent tous ». Les textes de Y’akoto sont impressionnants ; ils
possèdent une valeur universelle et n’ont rien de quelconque. Y’akoto marche sur les
traces prestigieuses d’artistes comme Billie Holiday, Nina Simone et Erykah Badu. Ses
chansons nous emmènent sans coup férir sur une vague de sentiments au cœur de
petites histoires qu’elle nous invente sans peine. L’histoire isolée devient alors celle de
beaucoup d’entre nous alors qu’en fait, elle n’est finalement qu’à la recherche d’ellemême.
C’est tout au moins ce que lui a affirmé une femme aux pouvoirs spirituels à qui Y’akoto
avait rendu visite lors de son dernier voyage en Afrique. Une visite juste pour voir mais la
vieille dame, en lui prenant la main, plongea son regard dans le sien et lui déclara d’un
air grave qu’elle avait perdu son âme. Ce fut d’abord un choc. « Mais la vieille dame m’a
expliqué que je la cherchais en permanence et tout à coup, ses phrases ont eu un sens
pour moi » explique la jeune femme « c’est pourquoi je refuse d’affirmer que je fais de la
musique soul, la musique soul-seeking la décrit mieux.»
Au fond, Y’akoto est simplement toujours et encore à la recherche d’elle-même.
Forcément, une telle recherche, toute seule, est difficile à réaliser. On a besoin de
s’entourer d’une équipe efficace en qui on a suffisamment confiance pour accomplir
ensemble cette mission sacrée de partir en quête de l’âme pour ensuite, en faire
ressurgir un manifeste musical. Cette formidable équipe, Y’akoto l’a trouvée avec Mocky,
Haze ainsi que Max Herre, Samon Kawamura et Roberto Di Gioia aka Kahedi. « J’adore
l’impulsivité de Mocky » déclare la chanteuse en parlant de son travail avec le Canadien
résidant à Berlin. « En peu de mots, il avait déjà compris ce qui comptait pour moi. Dès
le début, il a apporté au studio l’esprit qu’il fallait ; il est formidablement ouvert à tout et
aime se prêter à toutes sortes d’expériences, ce qui répond merveilleusement à ma
conception de penser la musique. » Le travail avec Max Herre a lui aussi été tout aussi
fructueux. « C’est toujours un moment délicat quand arrive la partie chants ; on devient
le messager de ce qu’on a à l’intérieur et qu’on met à nu. Mais comme Max Herre
chante lui aussi, il a une compréhension profonde et totale de ce que je veux donner
avec ma voix » déclare l’artiste de 25 ans sur son travail en studio avant de
renchérir : « et puis les trois producteurs sont avant tout des musiciens exceptionnels de
talent. Chacun excelle dans son domaine et ce qui m’a le plus impressionnée, c’est qu’ils
étaient tous prêts à investir beaucoup de temps et d’amour dans ce projet. Alors on a
vécu ensemble des moments privilégiés et pleins d’harmonie qui n’avaient rien à voir
avec une ambiance de travail ».
Ainsi, cette impression de cohérence, on la retrouve tout au long de l’album comme un fil
conducteur qui jalonne les différents morceaux et dont la légèreté qui se ressent joue le
point de jonction avec le titre suivant en tissant un lien, reflet de l’amour de la jeune
femme pour la musique.
Prenons le morceau „Moving“ qui file en un symbole acoustique de mystique
mélancolique et incroyablement sexy. Un morceau retentissant et qu’on cherche du
regard, qui laisse haletant parce qu’il n’arrive pas vraiment à trouver de fin et n’a pas
vraiment de début non plus. Un air qui prend sa source dans le côté expérimental de la
chanteuse et son penchant prononcé pour le non-conformisme.
Impressionnant pour ce premier album : plutôt que de s’imaginer le monde avec
l’enjoué « Good Better Best », une référence endiablée aux traditions des danses
africaines qu’avec Haze ils ont inventé tel un hymne étourdissant de musique du monde,
Y’akoto change radicalement de registre et raconte dans « Tamba » l’effroyable destinée
des enfants soldats africains. Le morceau charrie des images qui s’incrustent dans la tête
de celui qui l’entend aussi sûrement que des éclats d’obus, laissant deviner le sort
horrible des enfants soldats. « Bien sûr, ce morceau ne donne pas envie de sourire en
l’écoutant, mais il fait réfléchir » déclare Y’akoto pour expliquer sa détermination à sortir
« Tamba » comme premier single de son album. « La musique ne doit pas être forcément
agréable, elle doit pouvoir aussi déranger, faire mal pour faire bouger les choses » et cet
effet persistant, l’album ne le contredira certainement pas.
Avec „Babyblues“, Y’akoto dévoile son jardin secret, un témoigne de moments
douloureux qu’elle raconte parfois dans ses textes et compositions.
Le titre de l’album souligne avant tout les zones d’ombre cachées de Y’akoto, créature
sinon si lumineuse qui s’accompagne au piano de notes fragiles pour plonger dans les
profondeurs de son âme et accéder à ce quelque chose noir et palpitant qu’elle met à nu.
« Pendant un certain temps, je sentais le blues vibrer en moi » avoue Y’akoto en riant.
« Alors, je me suis prise au jeu, ça m’a vachement pris la tête et c’était vraiment dur et
génial à la fois. C’était comme faire revivre un sentiment très puéril et enfantin d’où le
titre « Babyblues ».
A 25 ans, elle sait déjà comment conjuguer l’élan de sa jeunesse avec les capacités
musicales d’une chanteuse affirmée ou comment dévoiler toute sa sensibilité chargée
d’émotions derrière une grande sérénité artistique. Elle nous emporte. On chavire. On est
ému. Et ça résonne en nous.
C’est ce besoin impérieux de ne jamais s’arrêter pour aller toujours de l’avant, encore et
encore. Cette impression de n’être jamais arrivée au port et pourtant se sentir
intensément présente. La conviction profonde de devoir se perdre d’abord pour pouvoir
se retrouver un jour. C’est ce qui la pousse.
Elle est toujours en mouvement et c’est là son moteur
Juillet 2012

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