Zibeline n°19 en PDF

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Zibeline n°19 en PDF
19
du 14/05/09 au 18/06/09 | un gratuit qui se lit
Derniers
spectacles
Premiers
Festivals
Politique culturelle
CNDC Châteauvallon
Théâtre le Sémaphore, Pôle Média
Librairie Païdos, Le Ring
CAUE 13
4
5
6
7
Festivals
Nuits des Musées
Musée Gassendi, CRT
Danse : MontpellierDanse, Vaison Danses
Uzès danse, Festival de Marseille
Musique : Les Féeries nocturnes, B-Side, Prog’Sud
Jazz des cinq continents, Festival de l’Estaque, Festival des agglos
Aix en musique, Festival Estival
Festival d’Aix-en-Provence, Autour des Claviers
8
9
10
11
12
13
14
15
Théâtre
Le Gymnase, Théâtre Nono
Bancs Publics, le Merlan, Atelier de Mars
Montévidéo, le Massalia
Komm’n’act, la Minoterie
Zita la Nuit, Port-de-Bouc, Pays d’Aix
Aubagne, Châteauvallon, Aix
Cavaillon, Martigues, Arles
Nîmes, Ouest Provence
16
17
18
19
20, 21
22
24
25
Danse
Ballet d’Europe, Draguignan, Barjols
MOD, BNM, Martigues, Gap
26
27
Cirque/Rue
Le Massalia, Sirènes et midi net,
Cirk’en mai, Jeu de Paume, Draguignan
28, 29
Musique
Concerts
Lyrique
Concerts
Saison du GTP
Concerts
Disques
Concerts, agenda
30, 31
32
34
35
36 à 39
40, 41
42 à 45
Cinéma
Les 16 de Basse-Pointe, la Quinzaine des réalisateurs
Les rendez-vous d’Annie
46
47
Arts visuels
Au programme
48, 49
Le [mac]
50
Le Passage de l’art, Festival d’Art Ephémère
51
Galerieofmarseille, Galerie des grands Bains Douches
52
Sur la place, Groupe Dunes
53
Maison de la photo (Toulon), Maison de l’architecture et de la ville 54
Les flâneries d’art, Sextant et plus
56
Livres
Des calanques et des Bulles, Rencontres méditerranéennes
de l’édition, l’Espagne des trois cultures
Au programme
Jacques Fusina, Jeudis du comptoir
Livres : littérature, arts
58
59
60
61 à 65
Histoire/Philosophie
Le petit Bourgeois gentilhomme
La Commune de Paris
Entretien avec Alain Krivine
66
67, 68
69
Histoire et Patrimoine
La Pensée de Midi, Emile Temime
Le Pont du Gard, Euroméditerranée
70
71
Vox populi
C‘est historique ! Nicolas Sarkozy a écouté la voix de la rue !
Relayée cette fois par ses conseillers ! Il a cédé ! Et est allé
remettre la Coupe en Bretagne, contrairement à ses intentions
premières : il est des vox populi pressantes, celle des supporters
en est. Celle des fans de Johnny aussi, micro-trottoirisés après
LE concert : iiil assuuure, c’est un événement, personne ne peut
dire le contraire… Ah bon ?
Dire le contraire. Qu’un match n’a pas forcément à être honoré
par le chef de l’État. Que Johnny n’est qu’un phénomène
médiatique. Que ce ne sont pas les bloqueurs qui empêchent les
examens, mais le mépris des gouvernants et l’indifférence des
journalistes, sourds trop longtemps à leur grève historique par
son ampleur, sa durée, sa désespérance. Que la Vox populi est
fabriquée par un matraquage constant qui installe le foot et les
chanteurs comme des valeurs culturelles, et décrivent les
endroits où l’on pense comme les derniers refuges d’extrémistes
qui empêchent d’étudier en rond…
Dire l’impopulaire. Que la Vox populi a tort de consommer
musique et cinéma comme l’air, virtualisés qu’ils sont par le
numérique : ils coûtent à produire, et si l’on veut échapper à un
avenir de musiques synthétiques et de films à deux balles, il faut
défendre les droits des auteurs et des interprètes, et des
producteurs même, qui investissent°.
Dire ce qu’on nous cache. Que la grippe A est une vaste blague,
ça commence à se savoir, la ficelle était grossière. Mais que, pour
sauver le tourisme antillais, on dissimule les inondations du 6 mai
qui ont fait deux morts en Martinique, privé 20000 foyers d’électricité, défoncé les routes et les maisons ? Cet événement-là n’a
fait aucune Une, pas plus que les étudiants désemparés, les
artistes en fin de droit, les Afghans bombardés. La grippe était
là pour occuper les titres, et les esprits. Puis les frasques de
Berlusconi, le glamour de Bruni, la Victoire du village Breton.
La Vox populi se fabrique, se détourne, se manipule, et finit par
s’accrocher à des chimères… Surtout quand on n’écoute plus les
souffrances qu’elle exprime quand elle sort de l’aliénation
médiatique. Reste la voix des urnes ?
AGNÈS FRESCHEL
Histoire/Sciences
L’Âge d’or des sciences arabes
72, 73
Sciences et Techniques
La Grippe A, agenda
74, 75
Éducation
ENSDM, FNCTA
Vitez (Aix), Istres
La chanson au bac,
le Printemps des lycéens et des Apprentis
76
77
78
°
Sans approuver n’importe quoi : la loi Hadopi adoptée
par le parlement protège essentiellement les industriels
de la culture, et les auteurs et interprètes vivants ne ramassent
que les miettes que leur laissent les majors. D’ailleurs les droits
d’auteur reversés sont des biens mobiliers et non des salaires :
ils profitent aux artistes très diffusés, aux ayants droits héritiers,
et peu aux créateurs vivants ou aux labels indépendants…
04
POLITIQUE CULTURELLE
CHÂTEAUVALLON
Châteauvallon consolide ses fondations
Si la fin 2008 fut rude pour le CNCDC Châteauvallon,
l’année 2009 démarre sous de meilleurs auspices :
«le CNCDC tient le cap» explique son directeur
Christian Tamet qui, la confiance retrouvée, annonce
une belle programmation estivale
Après trois départs volontaires fin
2008 et cinq suppressions de poste
au total ces dernières années, le
CNCDC a échappé à un plan social
douloureux pour se stabiliser à 26
salariés permanents. L’autre bonne
nouvelle est venue des partenaires
qui ont confirmé leurs subventions :
le CNCDC peut donc poursuivre ses
missions de création, de diffusion et
de programmation. Pas de recul donc
du Conseil régional, du Conseil général
ni de la Communauté d’agglomération Toulon Provence Méditerranée
qui «jouent le jeu» et valident le
budget 2009 de 3,5 M €, malgré
l’État qui se fait attendre… La directrice adjointe Nathalie Anton comme
l’administrateur Yannouch Volamin
sont aujourd’hui confiants : la feuille
de route est maintenue et «les choses
vont continuer en 2009».
Pas de modification non plus du cœur
de ses missions, mais quelques
réorientations néanmoins avec une
optimisation maximale de ses équipements et une politique tarifaire
différente. Le CNCDC, qui dispose de
18 chambres pour les artistes, de
deux studios -l’un de 100 m2, l’autre
de 150 m2- et d’un plateau de
répétition, devra élargir leur occupation au-delà des résidences liées à
la programmation. Quant à la nouvelle grille tarifaire, elle sera mise en
application à la rentrée prochaine : la
Le bel été !
Christian Tamet peut avoir le sourire : sur quinze spectacles programmés en juin et juillet, trois affichent déjà
complet! Le concert de «la diva du classique» Barbara
Hendricks, Fellag (voir p16) et Le Quatuor, «une
proposition populaire dans le bon sens du terme». Il reste
à découvrir tout de même quelques perles parmi toutes les
propositions artistiques, la coloration de l’été 2009 étant
la présence de la musique classique ou jazz sur les
plateaux de danse. Car la danse fait un retour fracassant
avec des nouveaux venus, des habitués et des retours très
attendus… Place à Alain Platel qui réunira 10 danseurs
des Ballets C. de la B, 8 musiciens et 3 chanteurs dans
Pitié !, à la troupe Aterballetto qui interprètera deux
chorégraphies de Mauro Bigonzetti, et à Sidi Larbi
Cherkaoui qui viendra en compagnie de la formation
corse A Filetta pour Apocrifu. Place au Ballet de Marseille
avec trois pièces de Kelemenis, Forsythe et Malandain,
à Josef Nadj (Entracte) et Nasser Martin-Gousset
(Comedy) qui, sauf le BNM, intègreront des musiciens à la
construction scénographique.
Même combinaison avec Kubilaï Khan Investigations qui
mêlera dans Geografia une équipe cosmopolite de trois
musiciens du groupe Kafka et cinq danseurs venus de
Corée, du Mozambique, de Slovaquie et de Suède… Côté
musiques, l’Orchestre national de Barbès invitera le
public à participer à une grande fête-concert, Groundation fêtera son 10e anniversaire quand le jazzman
Richard Bona offrira «une musique qui rassemble». Le clap
de fin reviendra à Juan Carmona, directeur artistique des
Nuits Flamencas… Et avant cela, le 16 juin, Chéreau dira
Coma (voir p 22)…
carte Châteauvallon passera de 17 à
12 euros tandis que le prix de la place
à l’unité augmentera de 1 euro, sans
compter les nombreuses offres aux
moins de 26 ans, aux collectivités et
aux groupes. Bref, tout sera mis en
œuvre pour continuer à soutenir les
compagnies d’un côté, l’accès à la
création de l’autre. Question d’équité…, et de bon sens.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Programme d’été
de Chateauvallon
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com
M.G-G
Geografia,
Kubilai Khan investigations
© Laurent Thurin-Nal
THÉÂTRE LE SÉMAPHORE | PÔLE MÉDIA
POLITIQUE CULTURELLE
05
Parenthèse enchantée
Ils étaient tous là, tous les représentants des collectivités territoriales,
pour fêter les 20 ans d’un théâtre particulier…
Les 20 ans du Semaphore © X-D.R
Le cas du Sémaphore aujourd’hui est si rare et
précieux qu’il faut le souligner, le préserver, le
monter en épingle même. Edifiés conjointement il
y a 20 ans dans une ville en grande difficulté économique, le théâtre et la médiathèque ont fait la
preuve que l’éducation populaire n’est pas un vain
mot, et que parier sur la culture a du sens. Dans
un quartier appauvri, au sein d’une population
confrontée au chômage de masse, dans une ville
où habitent beaucoup d’immigrés (le Sémaphore
est un des rares théâtres où l’on voit s’asseoir des
femmes enfoulardées), le théâtre propose depuis
20 ans une programmation exigeante, qu’elle assortit d’ateliers de pratique, de résidences… et d’une
convivialité qui lui garantit un taux de fréquentation de 85%, dont plus de la moitié réside à
Port-de-Bouc même.
Est-ce parce qu’«elle a fait de la culture un axe de
son développement», comme le soulignait Alain
Hayot,(Conseil Régional) que la ville a toujours
«résisté aux tentations xénophobes» ? Sans doute la
réussite du théâtre est-elle dûe aussi à la personnalité de son directeur, Pierre Graphéo, «connu
pour sa pugnacité» soulignait Bernard Millet
(Conseil Général). Quant à Katell Pouëssel,
(Direction Régionale des Affaires Culturelles), elle
notait l’exclusivité du label de cette scène,
«conventionnée pour les publics», qui produit un
«étonnant travail éducatif fait de rencontres et de
partage», grâce à une salle toujours ouverte qui
programme des spectacles «joyeux et intelligents».
La recette du succès ? Patricia Fernandez, la Maire,
émue, rappela que petite fille elle avait connu à
cette place les ateliers mécaniques de Saint
Gobain, et qu’associer ainsi patrimoine ouvrier et
culture résume toute une politique culturelle : une
mission de service public auprès des publics qui
permet aussi l’existence, essentielle, de la création.
Des discours agrémentés des facéties de la Cie du
voyage imaginaire, très irrespectueuse du protocole, qui brossait les vêtements, cirait les
chaussures, peignait énergiquement les chevelures
et époussetait non moins vigoureusement les cols
des représentants et élus hilares, et finalement peu
décontenancés ! Après cela un petit coup de
fanfare Wonderbrass, un banquet arrosé, chauffé
au brasero, et l’on repartait pour un moment avec
Jean-Louis Hourdin, qui a inauguré le théâtre en
1989, puis fêté ses dix ans, et revenait ce soir là
avec un montage de (beaux) textes politiques,
poèmes et chansons de jongleur, Hugo et Dario Fo
dits à trois (avec Pierre Henri et Éloïse Brunet)
sur le fil de l’emphase pour montrer la force des
peuples.
Ça s’appelait Ça respire toujours. Pourvu que ça
dure! Et que ça rayonne ailleurs, partout où le
service public de la culture est foulé aux pieds…
AGNÈS FRESCHEL
Les 20 ans du Sémaphore
se sont fêtés le 17 avril à Port de Bouc
Le cinéma a une Antenne !
Au Pôle Media de la Belle de mai il n’y a pas que
Plus Belle la Vie. Non seulement on y tourne autre chose,
mais encore on y chouchoute le cinéma et l’audiovisuel
La création de l’antenne Media Grand Sud devrait permettre de faciliter la vie
aux créateurs d’un secteur culturel particulièrement sensible. Car, comme le
rappelait Alain Hayot, vice-président du Conseil Régional délégué à la Culture,
il faut «une véritable politique publique en matière de cinéma et d’audiovisuel»,
qui «respecte la création cinématographique, dans un secteur où les lois de
rentabilité de l’industrie culturelle sont plus présentes qu’ailleurs.»
Media 2007-2013 est un programme de l’Union Européenne qui vise à
«encourager le développement de l’industrie audiovisuelle.» La fameuse
exception culturelle semble présider à ses destinées puisque le programme,
qui concerne 32 pays comme le rappelait Blandine Pellistrandi, représentante
de la Commission européenne, s’attache à développer la formation (7% du
budget), la production indépendante (20%), les festivals (9%, plus de 100
festivals européens aidés), la distribution des films européens (55%) tout en
veillant à la diversité culturelle : le programme Media, soit 755 millions d’euros
sur sept ans, soutient actuellement plus de la moitié des films européens…
La création d’une Antenne à Marseille est donc un événement important,
unique même, puisque la France sera le seul pays à posséder trois relais (Paris,
Strasbourg, Marseille) quand les autres se contentent d’un, parfois de deux ;
cette installation définitive devrait donc permettre aux créateurs de la région,
et aux festivals, une aide au montage de dossiers. Et par ailleurs la région
devrait voir s’accroître le nombre de tournages, déjà très important.
En effet, grâce au climat, à la lumière, aux sites variés et exceptionnels, le
«Grand Sud» de la France est d’ores et déjà un des premiers territoires de
tournage en Europe. L’antenne vise à les augmenter encore en facilitant leur
gestion humaine et technique, mais aussi en mettant en réseau l’espace euroméditerranéen. La Région PACA, fortement impliquée dans la création de cette
antenne puisqu’elle en est à l’origine (elle la demande depuis 2003, et l’a
hébergée durant un an le temps que les locaux soient prêts), ajoute donc ce
dispositif à la politique qu’elle mène pour le cinéma et l’audiovisuel, aidant la
création (2,5 millions par an) mais aussi l’accès au cinéma, des jeunes en
particulier.
A.F.
L’inaguration de l’Antenne Media Grand Sud a eu lieu le 27 avril
Pôle media de la Belle de Mai
04 91 57 50 57
www.mediafrance.eu
Du son pour tous
Dans le cadre d’un programme d’accès
aux loisirs culturels pour les personnes
malentendantes, Joël Canapa, du
Conseil Régional PACA, a inauguré au
théâtre du Ring l’installation d’une
Boucle Magnétique. La compagnie
Saliéri-Pagès, qui a déjà mis en œuvre
l’accès à son théâtre aux personnes à
mobilité réduite, a ainsi été sélectionnée par la Région pour équiper sa
salle de ce dispositif de sonorisation.
Cette mesure prévoit le financement
sur 3 ans de 45 salles, et devrait créer
un effet d’entraînement chez les autres.
D’un coût dérisoire par rapport à
l’aménagement d’un lieu de spectacle
(en moyenne 4000 euros), il suffirait
souvent d’y penser : un fil électrique
autour de la pièce, un amplificateur
de boucle, un micro permettent aux
personnes équipées d’appareils auditifs en position T, ou d’un implant
cochléaire, de capter le champ magnétique obtenu grâce aux bobines à
induction de leurs appareils. La Région
réaffirme ainsi, dans le prolongement
de l’adhésion en 2003 à la charte de
Madrid, la nécessité de donner aux
personnes handicapées l’accès à tous
les droits fondamentaux et notamment à la culture.
Au Ring, Marie Pagès et son équipe
sont heureux de «faire entendre leur
bruit artistique», eux qui désirent inscrire le spectateur au cœur de leur
démarche de création, en réduisant
les freins qui empêchent d’aller au
théâtre. Dans la ville de Jean Vilar,
cette installation visant à favoriser
l’accès à la culture pour tous, revêt
une résonance particulière...
DELPHINE MICHELANGELI
L’inauguration
de la Boucle Magnétique
a eu lieu le 23 avril
Païdos est vivant !
Touchés par les appels à solidarité
répétés de la librairie Païdos, nous
avons dit un peu vite (et théâtralement !) dans notre édito précédent
que la librairie était à l’agonie…
Depuis, les libraires reçoivent des
appels affolés demandant quand ils
ferment… Or si la librairie du Cours
Julien est en crise, en situation
financière difficile, il n’est aucunement question qu’elle ferme ses
portes. Que tous les Marseillais
amateurs de cette librairie militante
si particulière se rassurent : ses
nombreuses activités, rencontres,
expositions… et son fonds choisi
restent à la disposition de leur
curiosité, de leurs passions, et de leur
implication citoyenne !
AGNÈS FRESCHEL
À venir à la librairie
La librairie sera fermée au public (avec
possibilité dans la journée de venir
chercher les livres commandés) du 15
au 23 mai et du 29 mai au 5 juin pour
cause de tournage d’un film, mais les
rencontres-débats auront lieu comme
prévu :
- rencontre autour de l’ouvrage Poubelle
égarée au bord d’une autoroute, que
dit aujourd’hui la psychanalyse de la
précarité ? (collectif, éd. Pleins Feux),
avec les auteurs Hervé Castanet,
Dominique Pasco, Sylvette Perazzi,
Elisabeth Pontier et un invité, le
docteur René Arnaud-Castiglioni,
psychiatre et chef du service de gérontopsychiatrie au C.H.S. Valvert. Le 14
mai à 19h ;
- table ronde à l’invitation d’Alternative Libertaire avec des syndicalistes
pour parler Des luttes isolées vers un
mouvement de grève générale :
Comment construire le changement ?.
Le 15 mai à 18h ;
- rencontre autour de la revue Z, le
26 mai à 19h ;
- rencontre avec Pierre Micheletti,
président de Médecins du Monde,
autour de son livre Humanitaire
s’adapter ou renoncer (Hachette, coll
Marabout) le 27 mai à 19h ;
- rencontre avec Benito Pellegrin
autour de son livre Marseille quart
Nord, chronique marseillaise (éd.
Sulliver) le 28 mai à 19h ;
- rencontre avec Emmanuelle Cosse
autour de son livre Cette France-là
(Assoc. Cette France-là) le 29 mai à
19h.
Librairie Païdos
54, cours Julien
13006 Marseille
04 91 48 31 00
CAUE 13
À la tête
d’une équipe de 13
personnes, Sandrine
Dujardin mène
les projets du CAUE
13 tambour battant,
pour sortir
d’une visibilité
en demi-teinte…
À l’heure où le CAUE 13 consacre une
exposition à l’architecte Fernand
Pouillon et inaugure sa collection
Guide du promeneur architectural,
l’occasion est donnée de décrypter ce
que cache ce sigle. Le CAUE, c’est le
Conseil d’Architecture, d’Urbanisme
et de l’Environnement. Son statut est
particulier puisqu’il s’agit d’une association d’intérêt public percevant une
taxe prélevée sur les permis de
construire, et assignée par le Conseil
général.
Créé en 1980 dans le cadre de la loi
sur l’architecture de 1977, le CAUE 13
compte parmi les 89 autres associations sur le territoire national. Informer,
sensibiliser, conseiller et former sont
les quatre missions fondamentales
communes à tous, même s’il existe
une grande variété d’interprétations
possibles. Le CAUE 13, notamment,
se particularise par un maillage important du territoire avec 59 architectes
conseils et 4 correspondants territoriaux qui apportent leur expertise aux
élus des 79 communes adhérentes,
coordonnent un réseau de professionnels et réalisent des études (plus de
150 par an). Si leurs avis, «neutres et
consultatifs», sont indispensables
aux spécialistes, peu de particuliers y
ont recours. Il lui reste donc beaucoup
à faire pour que leur talent de médiateurs
soit sollicité plus systématiquement
dans le cadre du développement des
communes et l’instruction des permis
de construire…
Promouvoir l’architecture
contemporaine
«L’architecte conseil a un rôle pédagogique important, rappelle Sandrine
Dujardin. Ce n’est pas un gendarme
mais un expert. Et c’est un vrai geste
militant pour éviter l’effet coup d’épée
dans l’eau.» Pour toutes ces raisons,
le CAUE13 travaille de concert avec
les communes, les associations, les
professionnels et les différents services
POLITIQUE CULTURELLE
07
De la ville,
de l’architecture,
du paysage…
© X-D.R
de l’État dont il forme même les agents
(élus, ingénieurs et directeurs de services techniques). De pédagogie, il
est aussi question avec les scolaires
grâce au Conseil général (Passeport
13 ou la découverte du cadre de vie,
du patrimoine architectural et paysager du département) et au Rectorat.
Mais, admet Sandrine Dujardin, «sensibiliser et former le public à l’architecture
demande un gros effort de vulgarisation.»
Du coup, pour toucher le plus grand
nombre, elle multiplie les partena-
riats : avec les CAUE du Gard et de
l’Hérault (programme «La rentrée en
images»), la Fondation Le Corbusier
et Cité de l’architecture et du patrimoine (outils pédagogiques autour
de l’œuvre du Corbu et de la Cité
Radieuse de Marseille). Avec l’association Loubatas (élaboration d’une
mallette pédagogique sur l’éco-construction), l’ADAPP (conférences sur
l’art contemporain), le ministère de
la Culture et de la communication
(Journées du Patrimoine)…
Encore faut-il que ces «actions communicantes» s’appuient sur des outils
d’information et de documentation
performants. C’est le cas de l’Observatoire de l’architecture, de l’urbanisme
et des paysages dont le fonds regroupe près d’un millier d’images, mais
pas de la bibliothèque qui, faute de
place, est inaccessible…
Enfin, pour promouvoir la créativité
architecturale dans le département,
le CAUE 13 co-organise avec le
Syndicat des architectes le Prix du
meilleur diplôme et, pour valoriser les
communes qui ont de l’audace, décerne le Grand Prix départemental de
l’architecture ! Il ne lui reste plus qu’à
intégrer un bâtiment à la hauteur de
ses ambitions, qui serait un signe fort
architectural et permettrait l’ouverture à tous d’un lieu d’information sur
ses activités.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
(ADAPP – Association
intercommunale pour
le Développement des Arts
plastiques et du Patrimoine)
L’un chez l’autre
Le CAUE 13 fait coup double autour de Fernand Pouillon
en accueillant l’exposition Pouillon s’invite chez Castel et
en lançant son premier Guide du promeneur architectural.
L’exposition est produite par le Pavillon de l’Arsenal de
Paris et inédite en région : 46 panneaux et 4 maquettes
témoignent de ses réalisations en région parisienne
(Pantin, Montrouge, Boulogne-Billancourt, Meudon la
Forêt). La scénographie a été confiée au cabinet
marseillais CCD (Régis Daniel) qui a réhabilité l’an dernier
l’ancienne aérogare Marseille Saint-Charles conçue par
Gaston Castel en 1950, et actuel hall de la cité
administrative DDE/DREAL où l’exposition est présentée.
La première carte guide, réalisée en partenariat avec
l’association Les Pierres sauvages de Belcastel, est
«consacrée à l’intégralité de l’œuvre de Fernand Pouillon
dans les Bouches-du-Rhône, département où il a engagé
sa carrière de bâtisseur et forgé son écriture
architecturale.» L’une et l’autre permettant de mieux
comprendre qui était ce «personnage singulier au parcours
atypique, fort, ancré dans l’imaginaire collectif» tout à la
fois architecte, écrivain prolixe et éditeur…
M.G.-G.
Pouillon s’invite chez Castel
jusqu’au 30 juin
16 rue Antoine Zattara, 3e
04 96 11 01 20
08
FESTIVALS
NUITS DES MUSÉES
Muséales nocturnes
Comme chaque année les musées ouvrent leurs portes la nuit… du 16 mai !
AIX-EN-PROVENCE
Fondation Vasarely - 04 42 20 01 09
Picasso sous un regard cinétique : tableaux du
peintre reproduits et travaillés par des artistes aixois pour des effets d’optique inspirés
par l’œuvre de Vasarely.
Quatuor de saxophones : musique espagnole du XXe siècle. De 19h à minuit.
Musée de l’Atelier de Paul Cézanne 04 42 21 06 53
Le cirque au musée : le cirque Indogo mêle
performances et création artistique.
Découverte de l’Atelier : avec Roberto Clerico,
redécouverte du lieu à travers les liens qui
unissent Les Grandes Baigneuses (1906) que
Cézanne réalisa en ce lieu, et Les demoiselles
d’Avignon peint par l’année suivante par
Picasso. De 20h à 1h .
Musée des Tapisseries - 04 42 23 09 91
Exposition Jean Le Gac.
Le conservatoire Darius Milhaud.
De 20h à 1h.
Musée Granet - 04 42 52 88 32
Toiles et toiles (voir page 46) De 19h à 1h.
Pavillon Vendôme - 04 42 91 88 74
Evocation de l’exposition des œuvres de
Picasso en 1958 au Pavillon.
Bernard Pagès : installation de sculptures
dans les jardins dans le cadre du parcours
dans la ville pour la saison Picasso.
De 20h à 1h.
ARLES
Fondation Van Gogh - 04 90 49 94 04
Visite du musée. De 19h à minuit.
Musée Départemental de l’Arles Antique
- 04 90 18 88 88
Création lumière par Christophe Guibert. De
19h à 1h.
Maudite Vénus avec l’atelier de danse Saugrenu. 21h30, 22h30 et 23h30.
Théâtre d’ombres : Les 4 saisons du musée
bleu avec la cie LunaSol. 23h et minuit.
Muséon Arlaten - 04 90 93 58 11
La cie Madame Olivier investit les lieux
pour la dernière Nuit des Musées avant la
fermeture pour travaux. De 19h à 1h.
AVIGNON
Maison Jean Vilar – 04 90 86 59 64
Exposition Craig : accès libre aux salles du 1er
étage, thématique autour de la marionnette. De 19h30 à 22h15.
Musée Calvet – 04 90 86 33 84
Le comédien Michel Le Royer donnera
deux lectures de 30 minutes dans la grande
galerie du musée, autour de la thématique
de la nuit ou de la beauté. De 20h30 à 21h
et de 22h30 à 23h.
Muséum d’histoire naturelle –
04 91 14 59 55
Voir p 74. De 18h à minuit.
Musée Estrine – 04 90 92 34 72
Visite du musée à la torche et en musique.
De 21h à 23h.
L’orchestre de jazz de Alain Martial Quintet
de 18h à minuit.
Musée d’art contemporain [MAC] –
04 91 25 01 07
La Danse dans tous ses états. (voir p 26)
SALON-DE-PROVENCE
Collection Lambert – 04 90 16 56 20
Projection vidéo des collections dans la cour.
De 20h à minuit.
DIGNE
Musée Gassendi – 04 92 36 62 62
Le musée célèbre le langage dans toutes ses
formes : écrit, parlé, dansé, chanté, joué,
mimé, habillé, filmé, dessiné, peint, photographié, créé... Animations par les
professeurs et les élèves du Conservatoire
départemental de musique, de danse et
d’art dramatique (20h à 1h) ; contes avec
Bi-hop, spectacle bilingue (Français/langue
des Aignes) avec Anne Lopez et Sophie
Mazin (22h à 23h) ; Ateliers à partir d’œuvres
du FRAC, Démonstrations du chapeau-vie à
Jérusalem de Marie-Ange Guilleminot et Les
rébus d’après les statements de Weiner de
Gérard Collin Thiébaut (de 20h à 1h).
ISTRES
Musée archéologique - 04 42 11 27 72
Animations festives entre le Centre d’art
contemporain et le musée archéologique
sur le thème du bestiaire : échange d’œuvres,
animations musicales, lecture de contes,
performances d’artistes, diffusions documentaires, projections de films.
Exposition «bestiaire» au Centre d’art
contemporain de Jean-Michel Pradel Fraysse;
et dans le musée archéologique, œuvres de
Jean-Michel Pradel Fraysse.
De 18h à minuit.
MANE
Musée départemental ethnologique 04 92 75 70 50
(Voir p 74). De 21h à minuit.
MARSEILLE
Musée de la mode – 04 96 17 06 00
Après un parcours découverte de l’exposition, les enfants réaliseront dans l’atelier
un habillage à plat de croquis de mode à
l’aide de chutes de tissus, de paillettes,
plumes. De 21h à 22h.
MUCEM - 04 96 13 80 90
Conférence sur la fortune artistique du roi
René par Barbara Morel, Université d’Aixen-Provence, à l’Espace Georges Henri Rivière
(de 18h30 à 20h).
Polyphonies en Méditerranée : Chorale Les
Vallonés, sous la dir. de Brigitte Fabre. Tour
du Roi René (20h).
MARTIGUES
Musée Ziem – 04 42 41 39 60
Visite théâtralisée à mi-chemin entre spectacle musical, commentaires détournés et
parcours déambulatoire autour de Félix
Ziem avec les artistes Laurent Sellier,
Benjamin Dupé, Benjamin de la Fuentes et
Alain Cesco-Resia. A 17h, 18h, 19h, 20h et
21h.
QUINSON
Musée départemental de préhistoire des
Gorges-du-Verdon – 04 92 74 09 59
Inauguration de l’exposition Early Man on a
modern Road : vision contemporaine de
l’évolution de l’historienne d’art à l’Université de San José aux États-Unis, Dore
Bowen, et de Isabelle Massu, artiste et
enseignante au San Francisco Art Institute,
école d’art aux Etats-Unis. Exposition visible
jusqu’au 15 décembre 2009. De 19h à 22h.
SAINT REMY-DE-PROVENCE
Musée des Alpilles – 04 90 92 68 24
Découverte insolite du musée à la lampe
torche. De 20h à 23h.
Démonstration de gravure par Dominique
Heyraud, graveur. De 21h à 23h.
Musée de l’Emperi - 04 90 44 72 80
Visites théâtralisées de la collection de
l’Emperi sur le thème du Second Empire
avec la compagnie Jubilo Label Bleu. A 20h
et 22h.
Déambulation nocturne sur le thème Analyser
une œuvre d’art : le tableau, salle des Gardes.
De 20h30 à 22h30.
Musée de Nostradamus - 04 90 56 64 31
Projection en boucle sur la façade du musée,
d’un diaporama des lieux où vécut, étudia et
soigna Galilée (Padoue, Venise...). De 19h à
23h.
TOULON
Maison de la photographie - 04 94 93 07 59
Concert de la cie Les Bijoux Indiscrets.
De 20h30 à 23h.
Musée des arts asiatiques – 04 94 36 83 10
Concert avec l’ensemble Le concert des
plaisirs. De 20h30 à 23h30.
La plupart des musées seront ouverts
pour une visite nocturne.
Programme consultable sur
http://nuitdesmusees.culture.fr
Festival ?
Depuis quelque temps la paupérisation des compagnies et des structures
professionnelles, doublée de la professionnalisation obligatoire des
étudiants en master, aboutit à d’inquiétantes collusions. Des étudiants de
toute sorte, y compris d’Euromed
(mais d’autres aussi d’Aix Arles ou
Avignon), établissement voué a priori
au commerce et non à la communication culturelle, montent des
événements, organisent, promeuvent
voire programment des «festivals».
On ne peut leur en vouloir, ils en ont
besoin pour finaliser leurs études…
Mais cela donne des manifestations
vides, où la pratique amateur se
confond et prend la place de celle des
pros. Et quelques subsides…
Etang d’Arts, qui pour sa 12e édition
se localise à la Friche, est marché
artisanal, une réunion de commerçants, agrémentée de «manifestations
festives» : un concours de cinéma
amateur récompensé par des «lots»,
des associations (ou cours !) de danse,
théâtre, cirque, un concert «festif»…
et aucune démarche esthétique,
sinon cette volonté écolo-naïve de
développement durable : concocter
un événement «100% propre» n’est
pas une finalité culturelle en soi…
Surtout quand il s’agit simplement de
prévoir une consigne pour les verres
de bière et des toilettes sèches.
Réfléchir le capitalisme au lieu de
promouvoir bénévolat et commerce
équitable (bijoux, encens, percing,
dread locks et bières ?) serait sans
doute plus «culturel»…
Festival Etang d’Arts
Les 30 et 31 mai
La Friche la Belle de mai
http://festivaletangdarts.blogspot.com
DEHORS ! FESTIVALS 09
Le marcher vers l’art
Dans les Alpes de Haute Provence, près de Digne, les Refuges d’Art d’Andy Goldsworthy
invitent à la marche et à la rencontre avec l’art contemporain hors musée.
Une expérience de l’œuvre d’art unique et singulière
En mai 1995, au musée Gassendi de Digne, une exposition
consacrée au travail du chef de file du Land Art célébrait les
dix ans d’existence de la Réserve Géologique de Haute
Provence… L’artiste avait profité de cette invitation pour
réaliser plusieurs œuvres éphémères dans la vallée du Bès. Dès
lors une collaboration ininterrompue, sollicitant intervenants
publics et privés, français et étrangers, s’en est suivie qui l’a
amené à concevoir avec la conservatrice du musée et directrice
du Cairn, Nadine Passamar-Gomez, le parcours des Refuges
d’Art. Un volumineux catalogue en retrace toute l’histoire.
Il existe de nombreux parcours de sculptures en plein air,
éphémères ou pérennes, comme à Vassivières (Limousin), le
Parcours d’Art en Paysage (Ardèche) ou encore le parc du
Musée-promenade à Digne même. Alors que ceux-ci rassemblent le plus souvent des œuvres d’artistes différents, les Refuges
d’Art sont l’œuvre éclatée d’une seule personne, et se découvrent par la marche. Un itinéraire de 150 km pour dix jours de
marche relie les trois vallées du pays dignois dont l’entrée est
signalée par une Sentinelle, sculpture de pierre sèche de forme
ovoïde emblématique de l’artiste.
Œuvres-abri
Partant du monumental mur d’argile installé au quatrième étage
du musée Gassendi, The River of Earth, le visiteur-marcheur
s’immerge progressivement dans le paysage empruntant d’anciens chemins ruraux rouverts pour l’occasion, sinuant dans les
sculpturaux reliefs géologiques de la réserve.
Dans son intention artistique inspirée d’un travail en partie
réalisé dans son propre pays (le Sheepfolds Project), il ne s’agissait
pas pour Andy Goldsworthy de produire simplement une sculpture
déposée en un lieu remarquable mais d’intégrer l’œuvre dans
un processus global tenant compte de l’histoire humaine enfouie,
des perspectives minérales et de ses conditions d’accès. «À
cause des distances qui séparent chacune des Sentinelles, à
cause du chemin à parcourir à pied, j’ai suggéré de restaurer
A. Goldsworthy, Refuge du Vieil Esclangon, 2005. La forme sinueuse en argile
rouge rappelle a la verticale The River of Earth du musee Gassendi © C-D. Lorin
d’anciens bâtiments afin que les gens puissent y passer la nuit,
tout en intégrant une sculpture à la rénovation.»
Il a fallu relire d’anciennes cartographies comme celles de
Cassini -ainsi que le précisait notre guide Jean-Pierre Brovelli,
complice de la première heure du projet-, interroger les mémoires
locales pour réapprendre les usages, solliciter les savoir-faire
pour relever des murs. Au Vieil Esclangon, il a fallu penser la
lumière naturelle et celle provenant de l’âtre, ou encore jouer
l’obscurité à la Ferme Belon.
Si certaines œuvres sont accessibles en peu de temps d’une
aire de stationnement, les Refuges d’Art ne s’estiment totalement que par l’acte de la marche. Grâce à cette approche en
immersion au plus proche du terrain et de lui-même, le visiteur
réactive des réseaux physiques et imaginaires, une énergie particulière, amené à modifier intimement ses habitudes d’appréciation
de l’œuvre d’art située hors de l’institution muséale.
Ainsi faut-il éprouver le flux de la rivière inscrit dans les linéaments du mur de pierres noires au Col de l’Escuichière ou bien
se lover dans l’alcôve/matrice de la Chapelle Sainte Madeleine.
«Pour moi, il existe une différence fondamentale entre l’œuvre
d’art que l’on regarde en quelques minutes dans un musée et
l’œuvre avec laquelle on vit pendant un peu de temps, avec
laquelle on dort. Dormir avec une sculpture, c’est une idée
merveilleuse.»
D’autres refuges d’art sont en projet aux lieux-dits de Feissal ou
La Forest.
Andy Goldsworthy, Refuge d'Art,
Chapelle Sainte Madeleine, pierres seches,
Thoard, 2002 © C.-D. Lorin
Patrimoine
naturel
et plus
CLAUDE LORIN
Andy Goldsworthy, Refuges d’art
Musée Gassendi /Cairn
04 92 31 45 29
www.refugesdart.fr
www.musee-gassendi.org
Catalogue
Fage éditions, 2006
À découvrir aussi
Le sanctuaire de la nature, travail très discret d’un autre artiste
inspirés par la nature, herman de vries, avec une nouvelle exposition ambulo ergo sum au musée Gassendi, jusqu’au 21 juin;
le catalogue édité aux éditions Fage.
La Route de l’Art Contemporain (Viapac), de Digne à Cuneo (Italie),
un jalonnement d’œuvres in situ conçues par A. Goldsworthy,
herman de vries, J. Foncuberta, M. Dion, T. Gould entre
autres… en cours de réalisation.
À deux pas de Digne, le Musée-Promenade, un autre parcours
de sculptures, avec des œuvres de S. Bussières et A. Larpent
notamment.
Musée Gassendi : collections patrimoniales, art et science,
œuvres contemporaines
Le Cairn (Centre d’art informel de recherche sur la nature) assure
le volet art contemporain en liaison avec le musée et la réserve
géologique : résidences d’artistes, production d’œuvres, publication, accueil de chercheurs…
04 92 31 45 29
www.musee-gassendi.org
Réserve Géologique de Haute Provence
www.resgeol04.org
Les étendues naturelles constituent 75%
du territoire de PACA, ce qui contribue à
en faire une des plus grandes régions
touristiques du monde. La randonnée,
sportive ou non, se double souvent d’une
motivation culturelle : on visite le territoire,
ses monuments, ses sites, ses musées,
à vélo, à cheval, et à pied. On parcourt
les paysages et les musées en quête de
Cézanne ou de Picasso. Des itinéraires
sont prévus par les professionnels du
tourisme, en particulier dans les trois
départements alpins qui, après une
saison d’hiver exceptionnelle, espèrent
que les Français resteront chez eux cet
été, et pousseront jusque dans les
montagnes…
Car si l’impact économique des investissements culturels est difficilement
mesurable (les variables sont très nombreuses), chacun s’accorde à dire que
l’investissement culturel est un élément
essentiel du développement touristique,
sans cesse évalué. Ainsi l’Agence Régionale du Patrimoine a mené une étude
en 2007 évaluant l’impact économique
et social des Refuges d’Art…
A.F.
Itinéraires de randonnée
Comité Régional de Tourisme
www.decouverte-paca.fr
Agence Régional du Patrimoine
www.patrimoine-paca.fr
10
FESTIVALS
DANSE
Toute la danse est là
Tragic - Love de Stephen Petronio © Laurent Philippe
Depuis 29 années chacun le sait : Montpellierdanse
est LE festival ; celui qui, en deux semaines, présente
toute la danse de création d’aujourd’hui : celle qui
aime se donner en spectacles ou la plus expérimentale, celle qui se créée ici ou aux autres bouts
du monde (sans traditionalisme !), celle qui raconte
ou la plus abstraite, musicale, plastique, thématique…
Imaginez un peu : 25 spectacles différents dont 17
créations la plupart coproduites… soit 62 représentations, en deux semaines, où toutes les salles
sont pleines, depuis l’immense Corum jusqu’au
modeste Studio Bagouet. Bref, Montpellierdanse fait
vivre la danse française et internationale, en la produisant, en la soutenant, en lui offrant des écrins de
rêve et un public d’une fidélité admirable…
Les réjouissances de cette année : au Corum les
grands spectacles de Blanca Li, Israel Galvan,
Stephen Petronio qui fait danser le CCN de
Lorraine sur des amours tragiques, Emanuel Gat qui
créera ses Variations d’hiver, et Mark Morris, le
chorégraphe américain aux trois Bessie Award, dont
la cie viendra danser, accompagnée par deux pianistes, un programme tout mozartien… Dans l’écrin
italien de l’Opéra comédie des spectacles un peu
plus intimes : Preljocaj viendra créer (mais oui !) le
premier solo de sa carrière, Funambule, sur le texte
de Genêt ; mais la Compania Flamenca de Mercedes
Ruiz, le CCN de Lorraine dans un programme
Bagouet, Andres Marin prendront leurs aises…
C’est dans les autres théâtres qu’une danse plus
expérimentale prend ses élans : au Studio Bagouet
des Ursulines la danse subtile de Fattoumi et
Lamoureux, ou absconse de David Wampach ; au
Théâtre de Grammont trois chorégraphes remarquables : Emmanuelle Huynh qui travaille sur la
musique de Xenakis, Bruno Beltrao et sa sidérante
danse qui nous fait voir un Brésil contemporain, âpre
et urbain et François Verret, chorégraphe, circassien, musicien aux mille mots. Et puis d’autres fidèles
s’installent dans les salles de l’agglomération :
Hermann Diephus, Rita Cioffi, Vera Mantero,
l’émouvant Raimund Hoghe, et bien sûr Mathilde
Monnier… Quand on vous disait qu’il y en a pour
tous les (bons) goûts !
AGNES FRESCHEL
MontpellierDanse.09
Du 19 juin au 4 juillet
Réservations ouvertes depuis le 19 avril
0 800 600 740
www.montpellierdanse.com
Grands spectacles !
Comme chaque année Vaison Danses
met les grands plats dans son grand
amphithéâtre et propose aux bienheureux des villégiatures provençales
un programme de rêve à la portée de
tous. Blanche Neige d’abord, en ouverture (les 10 et 11 juillet) : la dernière
création de Preljocaj, magnifique livre
d’images mouvantes contenant quelques moments d’anthologie, saura
faire vibrer la nuit d’émerveillements
enfantins, d’émotions mahlériennes et
de fugitifs questionnements sur le
désir. On se demande d’ailleurs comment ils recréeront l’époustouflante
chorégraphie verticale sur le mur du
lointain, dont le (sublime) théâtre
antique est dépourvu ? Puis ce sera au
tour de Carolyn Carlson qui revisite
son solo, Blue lady, en l’offrant à…
Jacky Berger. Comment un homme
interprètera-t-il cette incarnation mythique de la femme créatrice (le 15 juillet)?
On sait en tous les cas comment
Georges Momboye s’est emparé des
rythmes telluriques du Sacre du printemps, transformant le rituel sauvage
de Stravinsky en un hymne désespéré
à la terre africaine. Il dansera également, en solo, un Faune tout neuf, et
sa Cie présentera sa dernière création
sur le quatuor n°4 de Bartók : une
musique occidentale, pour une danse
africaine contemporaine affranchie du
binaire (le 18 juillet).
De la musique «live» pour les deux
Blanche Neige © Agnes Mellon
autres spectacles, plus traditionnels :
Antonio Najarro, chorégraphe et
danseur au Ballet National d’Espagne,
expérimente avec sa Cie des croisements entre la tradition flamenca la
plus pure et la danse classique, mais
aussi le tango ou, dans le jazz. (Jazzing
Flamenco le 21 juillet). Quant à Stomp,
c’est un spectacle explosif, où son et
danse naissent ensemble des corps
qui bougent et frappent, des tuyaux,
des poubelles, en un déchaînement
rare d’énergie libératoire (du 24 au 26
juillet).
AGNÈS FRESCHEL
Vaison Danses
Du 10 au 26 juillet
Réservations ouvertes depuis
le 4 mai
04 90 28 74 74
www.vaison-danses.com
11
Chimie explosive
La conférence de presse
du Festival de Marseille
fut troublée et troublante.
Explosive comme ce festival
chic qui choque depuis
14 ans par l’impertinence
de choix, qui ont réussi
à imposer la danse
contemporaine internationale jusque dans les milieux
huppés de Marseille
Cette fois-ci ce ne sont pas les dockers
ni les intermittents qui menacent de
faire annuler le Festival : ce sont les
ouvriers des réparations navales,
désespérés par la perte annoncée de
leurs emplois, qui ont pris la parole,
réclamant du maire qu’il vienne s’asseoir à la table des négociations. Est-il
décent qu’une fête se déroule dans un
cimetière, demandent-ils ? Apolline
Quintrand leur répond remarquablement, en expliquant que son festival
n’est pas une fête mais un moment
intense de réflexion, de création. Un
moment militant aussi, d’une autre
façon, qui donne à toucher la réalité
du monde, qui s’intéresse à l’homme,
aux habitants des quartiers nord associés cette année à la programmation.
Qui fait voir aussi la beauté du Port, ce
morceau de Marseille que les Marseillais ne connaissent pas. Elle répond
aussi qu’il ne doit pas y avoir de combat
entre les ouvriers et les professionnels
du spectacle. Que tous vivent la même
difficulté sociale, économique. Que les
considérer comme des adversaires
n’est pas juste; que mettre en péril le
fruit de leur travail, est se tromper non
de lutte, mais de moyen.
Convaincante, la Directrice du Festival
l’est sans nul doute. Reste que si les
négociations n’avancent pas le festival
risque d’avoir l’air triste, s’il a bien lieu
sur le Port.
Au programme
Le nouveau festival, sous le signe de
l’alchimie des arts et des pratiques, se
baptise dorénavant FDAmM -Festival
de Danse et des Arts multiples de
Marseille- et s’amuse à des analogies
graphiques avec le tableau de Mendeleïev. La chimie se révèlera-t-elle
créative ? Dès le 17 juin elle jettera des
premiers feux musicaux et corses, face
à la mer, avec A Filetta, la «Fougère»,
7 voix polyphoniques a capella, qui
chantent la liturgie mais aussi Primo
Le bel
équilibre
La chambre blanche © Ginette Laurin
Levi. Puis L’Événement ; Vandekeybus
vient présenter à Marseille sa création,
pour deux soirs ; c’est la cinquième fois
que le festival l’invite, et chaque fois
une œuvre forte est advenue (les 18 et
19 juin).
Ce sera ensuite au tour de Ginette
Laurin, chorégraphe créatrice d’O
Vertigo, cie historique québécoise qui
tourne assez peu en France mais dont
on a vu quelques pièces à la biennale
de Lyon : une danse sensuelle ponctuée de soupirs, toute en équilibres et
en subtilité, virtuose aussi, à découvrir
(La chambre blanche les 21 et 22 juin).
Nous reviendrons sur la suite du programme, jusqu’au 11 juillet, dans notre
prochain numéro. Mais sachez dès à
présent qu’il y aura beaucoup de
danse, de nombreuses créations de
compagnies régionales, des collaborations avec les Bernardines, Marseille
Objectif Danse, Marsatac… Et que
dès le début du festival vous aurez
accès aux formes gratuites : l’exposition Danses noires/ blanche amérique
proposée à l’Alcazar du 11 au 27 juin
puis au Hangar 15 jusqu’au 11 juillet,
l’installation de Christian Rizzo qui fait
danser deux robes vides au Hangar
durant tout le Festival, le travail à vue
de Christophe Haleb avant les spectacles, le bal manoamano du 21 juin
pour fêter la musique en apprenant le
tango, les projections du moyen
métrage d’Emmanuel Vigne et Julien
Chesnel, film d’archives portuaires sur
80 ans de la vie du port (19h du 17 juin
au 11 juillet)…
Avec obligation de montrer patte
blanche pour pénétrer sur les docks,
mais possibilité cette année de réservations de dernière minute à la porte
3, où l’on pourra se garer et accéder
par navette aux Docks. Mais on vous
conseille de réserver, et d’y aller en
bateau, pour un voyage magique où
l’on découvre une rade interdite aux
regards, embarqués du Vieux Port vers
le Port neuf, dont on espère plus que
tout qu’il restera vivant.
AGNÈS FRESCHEL
Festival de Marseille
Du 17 juin au 11 juillet
www.festivaldemarseille.com
Uzès danse en est à sa 14e édition
aussi, et comme chaque année lance
la saison des festivals avec une programmation concentrée. Durant une
semaine, dans un cadre enchanteur, la
danse transforme la ville médiévale en
une véritable ruche. Ça parle, ça
observe, ça déambule du matin au soir,
ça projette et ça bouge, et les queues
aux spectacles sont vibrantes de
conversations… Il faut dire que la
programmation concoctée par Liliane
Schaus est une fois de plus remarquable : un équilibre de petites et
grandes formes, conceptuelles ou très
dansées, plastiques souvent, ou
théâtrales : il y aura les Métamorphoses
de Frédéric Flamand, mais aussi
Christophe Haleb, Alain Buffard,
Kelemenis,
Karine
Pontiès,
Nelisiwe Xaba, Tania Carvalho, une
installation de Pascale Houbin…
Le SEUL festival de l’été où l’on
croisera autant d’artistes femmes que
d’hommes. Comme il est triste de
devoir souligner cette égalité, et s’en
réjouir !
A.F.
Uzès danse
Du 13 au 18 juin
04 66 03 15 39
www.uzesdanse.fr
They look at me... de Nelisiwe Xaba © Photolosa
12
FESTIVALS
MUSIQUES
Les fées alpines
Il y a, dans les Hautes-Alpes, un LABo des Fées…
... Un lieu qui met à disposition des
artistes un matériel informatique
(station, vidéo projecteur, capteurs,
caméras…) et les compétences
techniques pour coproduire des
installations numériques interactives
sonores et/ou visuelles, des chorégraphies, des performances musicales
ou des spectacles vivants. Les créations issues de ce labo sont visibles lors
de la Biennale d’arts numériques, les
Féeries nocturnes, dont la 3e édition
a lieu à Embrun et à l’Abbaye de
Boscodon du 20 au 31 mai. Un festival vraiment original qui donne une
vision de l’implication des installations
multimédias dans le spectacle vivant,
parle biais des travaux du LABo et des
créations des artistes invités par
ailleurs.
Invité d’honneur, le percussionniste
Cyril Hernandez présentera son
projet ImaginaSon-ImaginaSomb et
présentera 3 performances, Eau Là, Le
MobilaSon© et La Charrette Musicale
dans divers lieux de la Ville. À noter
d’autres installations, comme les Cocons
de Cis, Erik Lorré et Yorga qui illumineront le Parc de l’Archevêché avant
de partir à la Friche la Belle de Mai
pour le festival Seconde Nature,
Leurre du Thé de Gérard Boisard pour
Cyril Hernandez © Sebastien Dessertaine
une (re)découverte du graphisme des
premières modélisations 3D, les Paroles
Recluses de Claudine Meyer, le Grapholine de Blue Yeti ou encore les Mains
virtuelles de Michaël Cros… Puis
viennent les spectacles vivants, programmés sur 3 jours (29 au 31 mai) :
un banquet Slam & Graffs, le Kalligra-
phism de Marko 93, le concert
d’Asian Attack et Etienne Schwarcz,
le Piano Mekanik Kantatik de Nicolas
Cante et Gilles Toutevoix et le
concert jazz électro de Laurent de
Wilde retraité par Otisto 23…
Les Féeries nocturnes
Biennale d’arts numériques
du 20 au 31 mai
Embrun
04 92 43 72 72
www.feesdhiver.fr/feeries.htm
DOMINIQUE MARÇON
Rock in
Progress
IndéSide!
Troisième du nom pour le Festival B-Side qui se tient jusqu’au 31 mai à Marseille et Aix
Stilts, et le punk garage marseillais Ich Bin Dead. À Aix,
un des nombreux lieux qui accueille le Festival prépare aussi
le sien, Seconde nature, le 5 et 6 Juin. Encore une autre
face d’un essaim de cultures qu’il faudra bien suivre… sans
se piquer !
F.I. ET X-RAY
www.inthegarage.org
NLF3 © Lanternier
Si vous avez été assez curieux pour retourner la face du
dernier MP3 téléchargé, vous serez forcément tombé sur la
voie expérimentale que nombre de musiciens esseulés
proposent dans de rares festivals osant programmer de
telles bizarreries. En creusant un peu, leur attitude Punk
notoire et l’absence de «stéréo-types» ne peut qu’animer
votre sens aigu de la découverte. On a suivi le sillage de
Yacht, le pedigree de Fred Berthet (Copyshop et
Troublemakers) pour un set bien rodé. La musique indé
déambule encore, et vous donne rendez-vous le 17 mai à la
Machine à Coudre pour découvrir le garage
post punk de The Intelligence, de passage en
tournée pour présenter son album. Direction
la Bergerie (27/5) pour décrypter le tropical
industrial minimalist de Mahjjong et vibrer
sur le son électronique tribal de Rainbow
Arabia. Passage obligé à l’Embobineuse
(29/5) et préparation au décollage de l’odyssée
psychédélique NLF3 avec pour passagers les
électro pop Andromakers, la micro house de
Lu&nl et l’électro subversive de Hypo &
EDH. Retour à la Machine à coudre (31/5)
pour la clôture du festival avec le punk
psychédélique et minimaliste des Crystal
Prog’Sud, 10e édition du festival international de rock progressif se tiendra
au Jas’Rod des Pennes Mirabeau du
20 au 23 mai. Unique dans le sud de la
France, ce festival où la fusion fait
office de crédo est devenu au fil des
ans un rendez-vous incontournable
dans le circuit progressif mondial. Hélène
Brunet (France), Saw (France) et
Stick Men-Tony Levin (USA) feront
chauffer les guitares pour la première
soirée (20/5) avant que Sylbat (France),
D Project (Canada) et Eclat (France)
prennent la relève (21/5). Suivront les
Requins Marteaux (France), Sylvan
(Allemagne) et Odessa (Italie) pour
une soirée éclectique (22/5) avant de
clôturer par un grand écart au Japon
au son des Rough&Ready, un détour
en Espagne avec Psicotropia et un
retour aux sources avec Lazuli (23/5).
F.I.
www.progsudfestival.fr
13
Des cinq coins du monde
Pour ses dix ans le Jazz des cinq continents retrouve toutes ses couleurs.
Avec un programme alléchant
Jamie Cullum © X-D.R.
L’an dernier le festival s’était réduit à
quatre soirées pour des raisons budgétaires. Aujourd’hui mieux portant, il ne
se contente pas de revenir à cinq : il
s’étend sur six jours, dont un gratuit !
Ce qui n’est pas rien, chacune des
soirées du festival étant un marathon
qui voit défiler les artistes et propose
plusieurs concerts.
La nouveauté donc : la scène gratuite
sur le Cours d’Estienne d’Orves ouvrira
les réjouissances le 20 juillet avec une
soirée où les gens d’ici invitent le jazz
d’ailleurs. Le LeoTrio+ s’adjoindra le
batteur John Betsch et le pianiste
Kirk Lightsey autour des compositions de Monk ; le groupe Saiko Nata,
produit une musique étonnante, qui
semble retrouver les racines du jazz
grâce aux doigts rapides de la pianiste
classique Hélène Niddam, et à la Kora
chaleureuse de Cheikh Yancouba
Diebate : ensemble ils font naître des
standards puisés, sans en dénaturer
les carrures, dans Ravel ou Chopin ! La
première soirée se conclura par le
Christophe Leloil Sextet.
Voyage assis
Après cela le festival s’installe à Longchamp, dans le même esprit : un public
qui circule sur les pelouses, deux
parties par soir et une véritable rencontre entre les continents. Souvent
les nuits se terminent par des bœufs
réunissant les artistes d’origines diverses.
Cette année plus que jamais, ils joueront
ensemble dès le début : le Saiyuki
Trio réunit la musique électrique de
Nguyen Lê, avec le Koto (cithare japonaise) de Mieki Miyazaki et les tablas
de Prabhu Edouard… Ensemble ils
relisent des mélodies traditionnelles
indiennes, japonaises, vietnamiennes ;
le Spok Frevo orchestra reprend la
tradition du big band à la Duke Ellington,
mais le plonge dans le son brésilien,
faisant tinter à toute allure la formation
classique, comme pour emmener au
carnaval de Recife ; quant aux Ethiopiques emmenées par Mahmoud
Ahmed, elles seront accompagnées
par le Badume’s Band, une formation… bretonne !
Une fois encore le Festival ne manquera pas de stars : RH factor (jazz
funk), invitant… MC Solaar, Monty
Alexander venant jouer en trio, les
Frères Belmondo en sextet et…
Jamie Cullum offrant à Marseille une
de ses trois dates françaises (oui oui,
celui qui joue le thème de Gran Torino).
La dernière soirée sera latino, et pas
des moindres : Eliane Elias pour un
récital soft très bossa (piano, basse,
guitare et drums) et le Chuco Valdes
Big Band lui-même, pour emmener à
La Havane…
Et pour ceux qui veulent compléter les
plaisirs, des expositions à l’Alcazar et à
Bargemon (des portraits de visages et
de mains des musiciens par Stephan
Muntaner) des dessins à l’Espace
Culture, des rencontres l’après midi
pour parler jazz à l’Alcazar… à partir du
2 juillet, et jusqu’au bout du festival.
AGNÈS FRESCHEL
Jazz des 5 continents
du 20 au 25 juillet
Réservations en ligne ouvertes
depuis le 1er mai
www.festival-jazz-cinq-continents.com
Bouc’n’Stars
Après le Festival Couleurs urbaines de la Seyne-sur-Mer,
un autre petit port au passé évocateur fait parler de lui,
en s’impliquant culturellement sous nos latitudes
Bien calés dans le gros son et la bonne
humeur, l’équipe des Agglos à Port-deBouc ne change pas de cap depuis
2002. Si on ne se prend pas la tête ici,
c’est que l’on forme une grande famille,
qui s’agrandit depuis huit éditions, de
feu Jamasound à Kanja Rock (20 ans
déjà !), des cousins du Massilia à JB’s,
jeune promu de la scène locale de cette
année… Entre la démerde électroPoum Tchack © William Off
nique du Kit de Dub Room (aussi générateur de son du Oiaï allstars...) et les
costars impeccables des défenseurs
du Funk, on croisera sur la carte le
M.A.P, et on rythmera sa croisière
avec Poum Tchack. Programmé le
deuxième soir, Amazigh du groupe
Gnawa Diffusion est «en totale
indépendance» pour son projet hip hop
électros, dont Bush est mort est un
premier bon exemple. N’est-ce pas la
meilleure raison pour jeter l’ancre à ce
festival bonne franquette, pour toutes
les bourses, et aux antipodes des
festivals machines qui s’installent ça et
là ? Et attention : départ à 18h, apéro
oblige…
X-RAY
www.festivaldesagglos.com
Melting
notes
Malgré les difficultés
financières que rencontre
le Festival de l’Estaque,
la 5e édition aura lieu,
mais se délocalise dans
le 15e arr, au Théâtre
de la Sucrière. Nouvelle
visibilité pour un festival
en plein essor !
Estaque 2008 - Yazmen © X-D.R.
Éclectisme : ce pourrait être le maître
mot de ce Festival qui mêle les styles
musicaux, mais conjugue aussi les
bonnes volontés pour rassembler les
différentes cultures des quartiers nord
de Marseille.
L’édition 2009 ne déroge pas à la règle
et propose des soirées de qualité,
mélangeant artistes «locaux» et têtes
d’affiches, tous styles confondus. Après
Liane Foly qui ouvre sa Folle parenthèse le 1er jour (3 juin), fusion, hip hop
et rock seront au programme de la
soirée Découverte avec les groupes
Solat et Karlit et Kabok (4 juin). Puis
les groupes Moussu T e Lei Jovents
et Oai Star prendront la relève pour
une soirée «pagaille» aux accents
chantants (5 juin) avant que Yuri
Buenaventura, qui débute là sa tournée européenne, ne vienne présenter
son nouvel opus, Cita con la luz, ainsi
que quelques standards bien dansants
(6 juin).
Pour la suite, malheureusement, il vous
faudra attendre le mois de septembre… En effet, les concerts et
spectacles annoncés -Histoire du tango
d’Astor Piazzolla (10 juin), le quatuor
Bernard Lubat, Marc Perrone,
André Minvielle et Jacques Di
Donato (11 juin) et Michel Portal et le
trio Yaron Herman (12 juin)- n’auront
pas lieu cet été… Mais nous vous
tiendrons bien sûr au courant !
DOMINIQUE MARÇON
Festival de l’Estaque
du 3 au 6 juin
04 96 10 08 46
www.festivaldelestaque.com
14
FESTIVALS
MUSIQUE
«New world» by Aix Tour !
Aux frimas, la tournée hivernale de l’Orchestre
Philharmonique du Pays d’Aix a accueilli près de
5600 spectateurs pour une douzaine de concerts
dans les villes et villages du pays de Cézanne. On a
déjà perçu combien la nouvelle direction musicale de
Jacques Chalmeau avait porte ses fruits : sur le plan
qualitatif en particulier. À la tête de la phalange
instrumentale composée d’une cinquantaine de
musiciens, il a livré, entre autres, une belle version
de la 7e symphonie de Beethoven.
Pour sa tournée estivale, le maestro choisit un brillant
classique des concerts symphoniques. La Symphonie
n°9 du «Nouveau Monde» de Dvorák invite, dans les
va-et-vient du mouvement lent, à un voyage
imaginaire entre l’Amérique au tournant du XXe siècle
et la Bohème natale du compositeur. Son final
demeure une page plébiscitée pour sa force
dynamique… En complément l’Orchestre joue des
opus de Bellini et Rimski-Korsakov.
Du 22 juin au 5 juillet on l’entend donc, gratuitement,
dans les parcs et les cours des châteaux des
communes du Pays d’Aix : Aix (22/6), La Roque
d’Anthéron (23/6 à 18h), Mimet (24/6 à 21h30),
Jouques (25/6 à 20h30), Trets (27/6 à 20h),
Bouc-Bel-Air (30/6 à 21h), Le Tholonet (3/7 à
21h), Meyrargues (4/7 à 18h) et Coudoux (5//7
à 21h30).
On retrouve ensuite l’Orchestre Philharmonique du
Pays d’Aix au Festival de Lacoste (Lubéron) les 14
et 16 juillet, dans les carrières du château du Marquis
de Sade, sous la férule de Pierre Cardin. Dame Eve
Ruggieri y propose une vision personnelle du Barbier
de Séville de Rossini : «dans l’esprit de Beaumarchais.»
Forcément !
Orchestre philharmonique du Pays d'Aix © X-D.R.
Orchestre du Pays d’Aix
Entrée libre pour la tournée estivale
Aix en Musique
04 42 21 69 69
www.aixenmusique.fr
La cité sonore
J.F
Eté toulonnais
La première partie de la saison estivale du Festival
de musique de Toulon et sa région se décline en
quatre manifestations sur plusieurs lieux et fait appel
à des artistes de haut-vol. La lumineuse 9e symphonie
de Beethoven met à contribution les Orchestres et
Chœurs des Opéra de Toulon et Avignon. Avec le
Chœur régional PACA en sus, gageons que l’Ode à
la Joie finale, sous la baguette de Jonathan
Nemanja Radulovic © Eric Manas
Schiffman, fera vibrer les murs du théâtre ! (le 12
juin à 20h30 à l’Opéra de Toulon).
Le duo flamboyant Nemanja Radulovic (violon) et
Laure Favre-Kahn (piano) dresse un programme
bâti autour du thème des «Danses» et sur des opus
virtuoses de Falla, Bach, Piazzola, Wieniawsky… (le
16 juin à 21h30 à la Tour Royale). Le pianiste Roger
Muraro donne un «Récital aux étoiles»
comprenant les Scènes de la forêt de Schumann, la
Sonate n°6 en fa majeur de Beethoven et la
Symphonie fantastique de Berlioz transcrite par
Liszt.(le 19 juin à 21 h à la Tour Royale).
Le clownesque Quatuor apporte une touche
humoristique, poétique, mais essentiellement
musicale, avec sa dernière création Corps à cordes
mise en scène par Alain Sachs (à Ollioules, le 26 juin
à 22h - Amphithéâtre de Châteauvallon).
Pour la 33e édition de Musique dans la Rue,
l’association Aix en Musique transforme le Cours
Mirabeau, la place d’Albertas ou les Jardins du
Pavillon Vendôme en théâtres de plein air. Près de 30
concerts sont prévus durant une semaine, accueillant
plus de 200 musiciens classique, jazz, world,
électro… et près de 17000 spectateurs !
Des manifestations festives (et gratuites) qui voient
Didier Lockwood avec sa formation The Jazz
Angels distiller arpèges et impros sur son violon jazz,
Gérard Abiton les trémolos de sa guitare classique,
Yom les arabesques Klezmer de sa clarinette, le
chasseur de sons du Lubéron «encyclopédiste du
vivant» Knud Viktor ses «peintures» acoustiques...
On y entend aussi du Flamenco, des opéras de rue,
le premier concert de la tournée estivale de
l’Orchestre Philharmonique du Pays d’Aix dirigé
par Jacques Chalmeau (voir ci-contre) et, pour clore
la manifestation, le Big-Band d’Aix-en-Provence.
J.F
J.F.
Festival estival de musique de Toulon et sa région
04 94 18 53 07
http://musiquetoulon.pagespro-orange.fr
Musique dans la Rue, Aix
du 20 au 27 juin
04 42 21 69 69
www.aixenmusique.fr
15
Ring : dernier round !
Au bout de quatre années passées à Aix, L’Anneau des
Nibelungen (Der Ring) touche à son terme et les Dieux
connaissent leur Crépuscule…
La Tétralogie wagnérienne constitue
peut-être le sommet mondial de l’art
lyrique depuis la naissance de l’Opéra
au début du XVIIe siècle. Et quand
l’Orchestre Philharmonique de Berlin
est dans la fosse du Grand Théâtre de
Provence, dirigé par Simon Rattle, on
se dit qu’on ne reverra pas ça de sitôt
(pour peu qu’on trouve des places.. et
qu’on ait les moyens de les louer !).
Ajoutons que Stéphane Braunschweig
signe toujours à la mise en scène et
que Ben Heppner poursuit sa puissante incarnation de Siegfried.
Immanquable !
Deux Mozart (tradition oblige !) sont
également à l’affiche ! Une Flûte, créée
à Bruxelles en 2005 sous la baguette
de René Jacobs, enchante les inconditionnels du Singspiel maçonnique en
forme de conte naïf, quand Idoménée,
souvent considéré à raison comme le
premier chef-d’œuvre lyrique de «Wolfi»,
est à découvrir dans une mise en scène
d’Olivier Py, sous la battue de Marc
Minkowsky et une distribution alléchante (Richard Croft, Yann Beuron,
Mireille Delunsch…).
C’est assez rare pour le souligner : le
Théâtre de l’Archevêché accueille une
opérette ! Ou plus exactement le délirant opéra bouffe de Jacques Offenbach
Orphée aux Enfers qui, dans la mise en
scène du belge Yves Beaunesne (voir
p 25), permet aux chanteurs de l’Académie Européenne de Musique de
mettre le pied à l’étrier…
Concerts
À côté des spectacles lyriques, Bernard
Foccroulle propose toujours des concerts prestigieux. On attend, pour les
anniversaires Haydn et Haendel, les
venues des mezzo-sopranos Magdalena
Magdalena Kozena © X-D.R.
Kozena avec Louis Langrée et la
Camerata Salzbourg, puis Joyce
DiDonato avec Christophe Rousset
et Les Talents Lyriques.
Mais le clou des récitals demeure un
triptyque de l’Orchestre Philharmonique de Berlin, qui sous la baguette
de son chef attitré joue Le Sacre du
printemps de Stravinsky ou le Concerto
en sol de Ravel (Lang-Lang au piano)
et, conduite par Pierre Boulez et ses
85 printemps, son Concerto pour la
main gauche (Pierre-Laurent Aymard
au piano)… au cœur de bien d’autres
manifestations !
qui méritent leur place dans son panthéon métaphorique (le 24 mai).
Le pianiste Pierre Réach fait un Clin
d’œil à Haydn en proposant, le jour
même du bicentenaire de la mort du
musicien, un récital commenté autour
de variations, des Goldberg de Bach
(dont il est un éminent interprète) à
Haydn (le 31 mai).
Avec De Toute Eternité, on retrouve
également le duo Hubert Woringer
et Clara Kastler qui accompagne Gilles
Schneider (baryton) dans une pièce
récente de Tristan Patrice Challulau
(le 7 juin).
La pianiste Evelina Pitti clôt la manifestation avec Jeux d’eau et de
paroles et des opus de circonstance
signés Bach, Beethoven, Scarlatti,
Debussy, Liszt… (le 14 juin).
JACQUES FRESCHEL
Festival d’Aix-en-Provence
Du 3 au 31 juillet
0820 922 923
réservations ouvertes depuis janvier
www.festival-aix.com
Les pianos de St Pons
En trois années d’existence,
le festival Autour
des claviers s’est déjà
fait une place au soleil
de Gémenos !
Tristan Patrice Challulau © X-D.R.
La belle acoustique de l’Abbaye de St
Pons (entièrement rénovée et entretenue par le Conseil Général 13), située
au cœur de la forêt domaniale, accueille derechef la voix du comédien Alain
Carré. Après avoir enflammé la prose
d’Hector Berlioz, l’homme de théâtre
revient pour un nouveau spectacle avec
la Compagnie Fin’Amour, musiciens
experts dans l’art médiéval. La Cité
des Dames, d’après le récit allégorique
de Christine de Pizan (reconnu parfois
comme le premier ouvrage féministe…
au début du XVe siècle !), évoque celles
dont la noblesse provient de l’esprit et
J.F
Autour des Claviers
Abbaye de Saint Pons, Gémenos
du 24 mai au 14 juin
Concerts à 18h30
Accès à pied par le sentier
des fontaines.
04 42 669 666
www.autourdesclaviers.com
16
THÉÂTRE
LE GYMNASE | THÉÂTRE NONO
Mécanique du rire
Depuis plus de 20 ans, Fellag, comédien, humoriste et écrivain algérien
d’origine kabyle, régale des salles
pleines à craquer de ses spectacles
hauts en couleurs, dont le grinçant est
huilé par le rire. «Pour obtenir un rire qui
porte un sens et une conscience, il faut
une dose de désespoir suffisante mais
pas mortelle, une bonne cuillerée
d’amour de la vie, doublée d’une pincée
de pessimisme, une mesure de lucidité
qu’il faut séparer du bouillon émotionnel. Faire mijoter, laisser refroidir et
servir chaud.» Voici la recette du chef,
mise en œuvre une fois encore dans
son nouveau spectacle, Tous les
Algériens sont des mécaniciens, en
tournée depuis l’automne 2008 et à
Marseille début mai.
Cette heure et demie de sketches et
d’anecdotes est directement inspirée
du dernier roman de l’humoriste, L’Allumeur de rêves berbères, paru en
2007 (voir p 62). Comme d’habitude,
Fellag moque la société algérienne
contemporaine, évoque les vicissitudes d’une population contrainte à la
débrouille et au système D, les rêves
de visas et d’ailleurs, les harragas, les
coupures d’eau, la promiscuité…
Comme d’habitude, il le fait avec une
science de la langue et des effets
comiques qui comblent l’assistance.
Clins d’œil socio-politico-religieux,
calembours et jeux de mots, langage
hybride, sens de la chute, les saynètes
sont ciselées avec un art réjouissant.
On en oublie presque, du coup, la
Tous les Algériens sont
des mécaniciens a été représenté
au Gymnase du 5 au 9 mai,
et le sera au Théâtre de la Colonne,
à Miramas, le 23 mai
Texte de Fellag, mes de Marianne
Epin, avec Fellag et Marianne Epin
À venir au Gymnase
Les derniers spectacles au Gymnase
devraient continuer à ravir les amateurs
de comédies : Christian Schiaretti et
la jeune troupe du Théâtre National
Populaire de Villeurbanne montent
en deux soirées 5 comédies de Molière.
Celles de sa jeunesse, justement, quand
Poquelin s’amusait à la mécanique du
rire, à la bourgeoisie de province, et
vantait le bon sens populaire… avant
de devenir le protégé du Roi. Ces comédies là gardent leur vitalité intacte,
leur sens tapageur de la caricature, la
force pétaradante de la farce qui lui
venait d’Italie et que seul le cinéma
burlesque américain a su retrouver…
Les Précieuses Ridicules en sont
l’exemple le plus connu. Mais Le
Médecin Volant et Le Cocu imaginaire
sont d’un drôle !
© Kader Kada
platitude de la mise en scène et le
décor «cliché». Dans ce spectacle dont
le fil rouge est la voiture, «Je pense que
j’ai une voiture donc je suis» proclame
Fellag, ce qui compte, c’est le texte. De
ce texte, on se régale, dans de grands
éclats de rire. D’un rire qui fait la nique
aux difficultés mortifères et à toutes les
censures.
5 Comédies de Molière
Du 26 mai au 6 juin
0820 000 422
www.lestheatres.net
FRED ROBERT
Saveurs et mots
Entremets Entremots © Emmanuel Valette
Depuis que Serge Noyelle et Marion Coutris se
sont installés à Marseille le public a peu profité de
leur talent, et de leur lieu. Après le Festival de
Marseille l’été dernier ils viennent d’accueillir la Criée
décentralisée pour quelques représentations, mais
c’est à Amiens qu’ils «font leur cirque» en mai.
Pourtant ils ouvriront leurs portes à la reprise
d’Entremets/Entremots. On s’en réjouit : leur
Labyrinthes proposé en octobre 2008, superbement
plastique et énigmatique, dispensait des mystères
ésotériques mais laissait le visiteur sur sa faim : le
parcours se terminait trop vite en eau de boudin !
Entremets/entremots, qui a déjà été joué à Marseille
peu avant leur définitive installation en leur lieu, est
d’une autre saveur. Plus subtile encore que le Cabaret
NoNo qui fit la réputation de la Cie. On y déguste 9
plats, qui seront concoctés ici par l’Institut Paul
Bocuse, autour d’une table carrée, sur des nappes
très blanches, amidonnées. Les spectateurs y
jouxtent les acteurs, l’espace central devient lieu de
représentation entre les plats, puis votre voisin
enchaîne sur un monologue étrange, philosophique
et quotidien, qui donne une saveur nouvelle aux mets
que vous servent d’autres comédiens, aux vins
délicieux qu’on vous propose dès que votre verre est
vide. Si bien que l’ivresse vient, de mots, d’alcool, de
satiété, et d’images étranges entrevues au cœur des
vapeurs et des saveurs. Une expérience à vivre,
assurément…
A.F.
Entremets/Entremots
Du 8 au 20 juin
Tarif 60 euros, repas et vins compris
Théâtre NoNo, Campagne Pastré
04 91 75 64 59
www.theatre-nono.com
LE MERLAN | ATELIER DE MARS | BANCS PUBLICS
THÉÂTRE 17
L’amour face à la mer
Pour son dernier voyage thématique de
la saison, le Merlan a choisi de vagabonder au Fort Saint Jean, d’y poser
ses valises amoureuses pour des
spectacles le soir mais aussi des films
et des activités en journée. Un moyen
de familiariser chacun avec ces lieux
en devenir, le projet du MuCEM qui
enfin semble prendre corps…
Ce troisième volet du cycle annuel
autour de la femme, du sexe puis de
l’amour, s’adresse à un public plus
large, du moins si on exclut les soirées.
Car malgré le vagabondage, la mer et
la poétique amoureuse, les trois
artistes invités ne sont pas à mettre
entre les mains potelées de l’enfance.
Pour eux dans la journée il y aura les
projections prévues par Fotokino, et
une installation interactive de Ramona
Badescu, qui leur fera dire des mots
d’amour.
Mais le soir nous resterons donc entre
adultes -et c’est tant mieux parfois, on
aime à avoir un propos plus épais que
celui qu’on leur destine. Des soirées
pour goûter aux pièces de Massimo
Furlan, Gildas Milin et du duo Delgado/Fuchs. Trois figures de la scène
contemporaine internationale, à ne pas
manquer.
Gildas Milin dans Machine sans cible
interroge les relations entre l’amour et
la raison. Propos philosophique s’il en
est, par un metteur en scène qui sait
mettre en actes et en sons la pensée,
justement (du 27 au 31 mai). Le couple
Nadine Fuchs et Marco Delgado
danse les représentations de l’amour,
du disco au porno, de l’eau de rose au
feu de soufre : un duo drôle en rose et
bleu, qui précèdera chaque soir, avec
Manteau long… (du 4 au 6 juin), la
pièce de Massimo Furlan : Make
noise, be a girl. Invité déjà par le Merlan
pour visiter la mémoire des supporters
de foot (Numéro 10, au Vélodrome),
c’est cette fois le corps mystique des
Saintes qui sera l’objet de ses interrogations. L’extase, phénomène aussi
physique que spirituel, la parole sacrée,
le cri, la transe et la béatitude… Bref
l’hystérie féminine, mise en question
par 9 corps, dont quelques hommes.
Lors de ce cycle il y aura aussi des
concerts. Slam par Clara Le Picard et
Delphine Dieu, et chanson/rock par
la bande à Milin. Le tout le 29 mai,
successivement, à 19 et 21h.
AGNÈS FRESCHEL
Parlez moi d’amour
Le Merlan en vagabondage
au Fort Saint Jean
Du 27 mai au 6 juin
04 91 11 19 30
www.merlan.org
04 96 13 80 90
www.mucem.eu
Les Bancs aussi finissent
Oui ou non avons-nous traversé la mer
se joue le 30 mai à Meyrargues, un
spectacle sur les relations entre Marseille et l’Algérie, de Julie Kretzschmar
et Guillaume Quiquerez, fait d’extraits vidéos, de témoignages, mais
aussi de textes littéraires forts (Kateb
Yacine) et de musique. Une mosaïque
qui à distance, dessine un paysage
subtil et morcelé, mais très près d’une
sorte de réel…
Pendant ce temps (ils partent aussi en
Italie) leur lieu continue d’accueillir des
«expérimentations», comme ils aiment
à dire : une lecture/installation intitulée Lorsque Tiresias devint Tiresias, dans
laquelle Laurence Garel interroge le
mythe de l’homme qui devint femme et
qui, perdant la vue, gagna le pouvoir de
pré-voir (le 28 mai) ; une étape de
travail de Christophe Grégoire,
Oui ou non avons-nous traverse la mer © Didier Nadeau
présentée le 13 juin, autour des Sept
sermons aux morts de Carl Jung, un
texte étonnant qu’il a publié en 1916,
avant ses écrits théoriques, et où il
parle de son expérience concrète de
médecin et d’homme.
A.F.
Les Bancs Publics
04 91 64 60 00
http://bancspublics.free.fr
Manteau long © Sophie Ballmer
En pratique
Vous connaissez sans doute sa signature, régulière, là-bas, tout au bout de
Zibeline, dans la rubrique philosophie. Régis Vlachos est depuis toujours un fou
de théâtre, qu’il ne dissocie pas d’ailleurs de sa pratique philosophique ou
politique. Pour lui le geste est le même : il s’agit, en écrivant, en enseignant, en
jouant, en militant, de désaliéner. Un rôle que le théâtre institutionnel perd souvent
de vue, consciemment ou non, étant par système à la merci des princes.
Pas étonnant donc de trouver la force subversive du théâtre sur les petites scènes,
les projets parallèles, presque individuels… Pas étonnant non plus de retrouver
Régis sur scène, accompagné par Joris Barcaroli,
guitariste, et par le regard d’Ariel Cypel. Dans
un monologue sur le communisme intitulé tout
simplement Révolutions. Mais sous-titré Antonio
du Limousin, ce qui en dit l’ironie. Car cet Antonio
qui prône la révolution, n’est pas un personnage sympathique. Et s’il fait le bilan
du communisme de ses parents, avec
estime et sans complaisance, mais
surtout avec humour, ses motivations
pour l’insurrection sont plutôt
ambiguës… En pratique, c’est
essentiellement pour séduire
Rachel qu’il veut devenir un
martyr !
A.F.
Révolutions
Antonio du Limousin ou théorie
et pratique `
de la lutte révolutionnaire gagnante
de William Mathieu
du 27 au 30 mai
Atelier de Mars, rue du refuge
04 91 91 26 00
www.antoniorevolution.fr
© X-D.R
18
THÉÂTRE
MONTÉVIDÉO | MASSALIA
Ecouter/voir l’âme des mots
Pelléas et… Proposant une/sa lecture du chefd’œuvre de Maeterlinck, Thierry Raynaud offre
d’abord des points de suspension comme une
promesse à tenir, un appel à l’intelligence et à la
sensibilité. La légère scénographie, par sa précision
et sa simplicité, va au cœur du poème à cinq voix ; la
discipline du pupitre contient, canalise et exacerbe à
la fois l’étrange lyrisme du texte et le renvoie à ses
propres profondeurs ; les dégringolades de chevelure
du haut de la tour ou les pluies d’étoiles sont puisées
à la source du mot et y restent libres, momentanément, de toute représentation. Entre conte, mythe
et tragédie c’est surtout une histoire de seuils et de
bordures que semble nous raconter cette mise en
lecture tapissée sourdement d’un flux et reflux
sonore, découpée de faisceaux lumineux pour dire
l’ombre et le silence. Jusqu’où s’aventurer? Que (donner
à) voir ou (faire) entendre ? Mireille Herbstmeyer
porte superbement, comme dans la tragédie, les voix
périphériques (roi, reine, servante et...) qui ouvrent et
ferment l’essentiel ; l’enfant Yniold (saisissante Anne
Claude Goustiaux), les yeux ronds, articule comme
on laboure un champ de mine, donnant à chaque mot
sa charge de mort ; Pelléas et Mélisande sont jeunes,
parlent bas, traversés malgré eux par des forces
obscures ; les deux acteurs sont un peu en retrait,
comme en timidité du texte, faiblesse mais charme
lorsque la main droite de Pelléas, aimantée, oscille
sans jamais la toucher vers la gauche de Mélisande;
la silhouette de Golaud sort de l’ombre et son visage
se fixe exactement entre les épaules des jeunes
Pelleas et... © Agnes Mellon
gens, lourd d’une douloureuse stupéfaction ; là où
Thierry Raynaud coupe le texte de Maeterlinck, la
mort reste en suspens ; il suffit de fermer les yeux, le
drame est venu sur ses pattes de colombe «rendre
l’âme».
Pelléas et... d’après Maeterlinck
a été mis en lecture à Montevidéo le 14 avril
MARIE-JO DHÔ
Les voix du muet
Le Bonheur © Marc Barthelemy
Le Cartoun Sardines a conclu son festival de cinémathéâtre au Massalia par sa dernière création : le
Bonheur, d’après le film de Medvedkine (1934). Ce
troisième volet, beaucoup plus drôle que les précédents (Faust est comique par instant, mais effrayant
aussi, métaphysique) joue sur un coté dérisoire,
music hall, avec chansons, couleurs, bruitages loufoques, chouette musique en direct et inversion des
sexes -Dominique Sicilia doublant le paysan Khmyr.
Comme dans les deux autres volets la séance de
cinethéâtre joue par instants la symbiose, lorsque le
son inventé illustre le film muet, invente des dialogues
vraisemblables et des sons mimétiques. Et par instants
décale complètement, inventant un langage anachronique, superposant des scènes jouées entre les
doubleurs, ou pratiquant le commentaire ironique
(«Tiens Staline», entend-t-on à l’apparition d’un moustachu…). C’est un peu trop bavard, parfois simpliste
dans les dialogues imaginés… mais ce travail redonne
une visibilité à ce chef-d’œuvre surréaliste, à son
délirant cheval à pois qui «débraye», refusant de
labourer, à cette scène de bagarre délirante entre un
pope et son compère, à la mort du grand père… Car
ce qui demeure remarquable, dans ces tentatives de
ciné-théâtre, c’est le respect et l’amour que le
Cartoun porte au cinéma muet, auquel il donne
comme une voix intérieure.
AGNÈS FRESCHEL
À venir au Massalia
I saputoni, de la délicate Cie Delle Briciole, un spectacle tout public à partir de 4 ans, jusqu’au 16 mai.
Cirque en mai (voir p 28) les 23 et 24 mai.
Le petit chaperon uf, un très beau spectacle d’acteurs
et de marionnettes, par la Cie pUnChiSnOtdeAd. Le
texte de Grumberg, adapté pour la scène par Cyril
Bourgois, revisite le sens premier du conte,
rappelant que les loups existent, que la liberté n’est
pas acquise, que les enfants ne sont pas à l’abri de
la cruauté des hommes qui déportent… transforment
les grands-mères en êtres inquiétants… Wolf y est un
sous officier terrible qui apprend au Chaperon qu’il
ne fait pas bon être Uf. On y lit la guerre de Grunberg,
l’enfant juif, mais aussi toutes les histoires des
intolérances que peuvent subir les enfants. C’est
beau et fort, à partir de 7 ans. du 26 au 29 mai.
Le plus beau village du monde, un spectacle du
Théâtre de Galafronie (Bruxelles), conclura la
saison. Il y sera question des souvenirs et des lieux de
l’enfance. du 9 au 11 juin.
Théâtre Massalia
04 95 04 95 70
http://massalia.lafriche.org
KOMM’N’ACT | MINOTERIE
THÉÂTRE
19
Acter rien
Les rencontres de Komm’n’act, plateforme européenne de jeunes artistes du spectacle vivant, ont rassemblé
un public nombreux, attentif et ouvert. Pourtant les
spectacles que nous avons vus (3 sur la dizaine de propositions) nous ont parfois parus effarants de vacuité.
Four Deaths est le plus intéressant. Une cie slovène,
Via negativa, y fantasme la mort imaginaire de quatre
performers incontournables. Devant leur image projetée ils rendent un hommage aux artistes, parvenant
finement à en dire ou en montrer l’essentiel, puis
inventent une agonie. Languide pour Pina Bausch,
sanglante et crue pour La Ribot, un peu décevante
pour la carrure de Marina Abramovic, et carrément
insupportable pour Tim Etchells. Car malgré cette
manière si respectueuse et pourtant iconoclaste de
leur rendre un hommage intime, les performers
n’échappent pas aux défauts du genre : en plasticiens
ils gèrent le temps théâtral n’importe comment,
croient que chanter mal dans des micros se pardonne, et accordent à leur propre corps nu un
pouvoir de transgression qu’il n’a plus.
Transmutation in souffre de défauts plus graves, mais
se sauve par l’humour. Les performers de Benjamin
Bodi décomposent le mouvement en séquences
(code MU) et tels des expérimentateurs testant sur
eux ce vocabulaire, ils enchaînent seuls, successivement ou ensemble des mouvements dont ils hurlent
le chiffrage. C’est amusant, mais franchement vain.
N’ont-ils rien à dire sur le monde ?
Le pire est à venir. Far far far away est la création de
trois artistes présents l’an dernier. Bénéficiant de
plusieurs résidences ils ont réussi à fabriquer ensemble un objet théâtral insupportable de clichés. Ils
Far Far Far Away © Pierre Gondard
passent leur temps à s’habiller de vêtements forcément noirs ou violets suspendus à des portants, à
chanter très très mal des tubes ressassés, à très peu
utiliser un écran vidéo omniprésent, et surtout à ne
dire rien, rien, rien ni sur le monde, ni sur eux-mêmes,
ni même sur la représentation. Far far far away du sens.
Certains se demandaient, à la sortie, pourquoi cette
génération d’artistes accordait si peu de valeur à la
technique (du texte, du corps, du jeu, du geste, du
son) et pensaient que la présentation de ce qu’ils
sont pouvait constituer un acte artistique. Péché de
jeunesse ?
AGNÈS FRESCHEL
Les rencontres Komm’n’act se sont déroulées
du 13 au 21 avril dans divers théâtres de Marseille
Sans dévoration
Early morning est une des premières pièces d’Edward
Bond. Le dramaturge, encore potache, y fustige le pouvoir royal un peu comme Jarry, en plus cruel et noir
bien sûr. Le pouvoir royal ne s’y trompa pas, qui interdit la pièce en 1968. Ce qui en fait un œuvre historique,
mais hélas pas un chef-d’œuvre.
Early morning souffre des défauts habituels des pièces
de Bond : c’est long comme ses Pièces de guerre, et
moins intéressant. Car trois heures de pastiche, sans
émotion véritable, sans personnage un peu incarné,
mais sans non plus virevolte ou éclats de rire, c’est long.
Les comédiens rassemblés par Thomas Fourneau
pour créer la pièce ont beau se démener avec talent
-Agnès Regolo est sidérante- l’ensemble manque
de rythme ; par défaut d’huile dans les rouages, certainement, le jour de l’avant-première, mais aussi à
Early Morning © X-D.R.
cause de certains choix. Celui de ne pas couper dans
un texte indigeste qui tourne en rond autour de ses
répétitions, et d’y rajouter des chansons in extenso
pour séparer des scènes répétitives, et d’y installer
des silences aussi, et de ne pas jouer sur le burlesque
des situations, et d’y procéder à des changements
de décors incessants, souvent inutiles et longs. Et pour
couronner le tout, de proposer pour la dernière partie
de la pièce, le Paradis, un film doublé en direct, long
comme une éternité sans pain.
Reste que certains aspects d’Early morning demeurent passionnants : l’appétence pour le mal de ces pervers
shakespeariens, ce paradis cannibale, la crudité du langage populaire, ce prince coupé en deux… tout cela
donne envie d’une version plus légère. D’autant que
l’occupation de plateau, la vidéo, la musique même
par moments ne manquent pas d’intérêt, et recèlent
des talents évidents. Sans doute ont-ils voulu trop en
faire, en dire, en montrer durant ces trois heures, sans
rien resserrer ni couper, en rajoutant au contraire des
épaisseurs d’univers. Un défaut de jeunesse qui veut
trop en montrer d’un coup ?
AGNES FRESCHEL
Early Morning se joue jusqu’au 16 mai
à la Minoterie. 04 91 90 07 94,
www.minoterue.org.
20
THÉÂTRE
ZITA LA NUIT | PORT-DE-BOUC | PAYS D’AIX
Cosmologie enfantine
Après-midi de vacances à la médiathèque Boris Vian de Port-de-Bouc
(voir p 5). Un premier soleil qui invite à
la promenade… et pourtant, engloutis
dans une petite salle éclairée de spots,
toute une marmaille étrangement
sage, assise en demi-cercle, écoute.
Non, pas un groupe tonitruant, ni un
bateleur aux jeux de mots faciles, mais
une conteuse accompagnée d’une
guitare. Pas d’effet supersonique, pas
de traitement trois D, pas d’effets
spéciaux… Impossible direz-vous de
captiver un public enfantin sans ces
ingrédients-là ! Et pourtant… Tous se
laissent emporter dans les aventures
de Louise Tête de Lune, ses rencontres avec la sorcière qui pète, le
meunier géant débonnaire, la tisseuse
du monde qui tricote les fils de vie… Chacun lui fera un cadeau, un présent de vie
qui lui permettra de se construire, de comprendre le monde. Poésie imprégnée
de l’humus des mythes antiques, sans lourdeur, approche simple et profonde à
la fois. Un premier abord philosophique des grands problèmes, la vie, la mort, qui
touchent même les tout-petits, traité avec une profonde humanité… Ainsi la
maîtresse pose des questions incroyables : qu’est-ce que l’infini, par exemple…
Pour le savoir allez voir ce délicieux spectacle de Stéfanie James et Samuel
Tête de lune © [email protected]
Barroo, dans lequel les comptines de votre enfance prennent une saveur toute
particulière…
MARYVONNE COLOMBANI
Tête de lune a été joué par la Cie les racines du vent le 29 avril à Port-de-Bouc.
Entre deux rives, autre conte de Stéfanie James (voir Zib 17), sera joué en clôture
de Lire ensemble (voir p 59) www.stefanie-james.com
Écrire en mer
D’ici ou là-bas
Chantal Tur, danseuse et chorégraphe,
oeuvre depuis une vingtaine d’années
auprès d’enfants et d’adolescents, et
crée des spectacles pour les toutpetits au sein de son association Zita
la nuit. En octobre elle a proposé un
travail de création à 14 adolescents
qu’elle suit depuis leur enfance.
Elle explique la genèse de ce spectacle:
«Le groupe semblait prêt à travailler
ensemble; il a suffi de les laisser libres.
Très vite les thèmes de l’intime et du
collectif sont apparus et les mots se
sont invités. Puis ont surgi les thématiques de la cabane, de territoires à
explorer. Ensuite il a fallu organiser l’espace commun.»
Cette aventure artistique est donc fondée
sur des improvisations et un échange
fructueux d’expériences. La maîtrise
du souffle donne rythme et énergie au
groupe ; effectivement les mots surgissent, avec encore un peu de timidité
lors de l’étape de travail qu’ils nous ont
présentés. Mais de cette recherche
sourd tout ce qu’ils ont mis d’euxmêmes autour de l’idée de la rencontre
et du partage. Des réalisations plastiques intéressantes ont été fabriquées
avec la complicité de la plasticienne
Tooza Théïs, cabanes fragiles et éphé-
mères, nids ou niches de branchages
flexibles déplacés dans l’espace ou
encorbellements de certaines parties
du corps. Les costumes composés par
les danseurs sur une tonalité commune de couleur orangée et de raphia
favorisent l’unité de l’ensemble. Un
spectacle de qualité, mais surtout de
ferveur.
CHRIS BOURGUE
Le monde d’ici est peut-être là-bas
a été présenté au Comptoir
de la Victorine le 22 avril
et au Daki Ling les 8 et 9 mai
© Jean-Baptiste Dorvaux
Ils sont partis ensemble sur un voilier. Un
mois, en septembre dernier, pour écrire.
Gilles le Moher, le metteur en scène à l’initiative du projet, Alexandre Koutchevsky
l’auteur qu’il a sollicité pour cette résidence d’écriture particulière, et Bastien
Boni, compositeur armé de sa lourde
contrebasse, qui n’est pas exactement
un instrument des mers ! Tous ont écrit,
ensemble, séparément, jusqu’à l’arrivée
à Naples, dans les ruines de Pompéi, les
squelettes engloutis sous la poussière
d’Herculanum.
Ils disent tous les trois que la mer change
l’écriture. Le temps aussi, lent, sans sollicitation. C’est à partager cette expérience
qu’ils convient les spectateurs aventureux. D’abord en mer, pour un Passage en
journée, où ils liront des extraits de la
longue route de Bernard Moitessier (3
et 4 juin). Puis le soir à 20h, toujours sur
leur voilier et dans le cadre du festival
Les airs libresorganisé par la Minoterie,
ils liront leurs journaux de bord entremêlés.
Quelques jours plus tard trois comédiens
créeront La traversée, le texte écrit par
Alexandre Koutchevsky à La Friche,
les trois auteurs apportant la mer jusqu’au théâtre (du 5 au 12 juin). Puis en
septembre ils repartiront vers de nouveaux voyages de théâtre, avec un autre
écrivain. Jusqu’en 2013 : le rendez-vous
est pris entre tous les participants des
odyssées !
AGNÈS FRESCHEL
Passage
Cie le Silence des Bateleurs
les 3 et 4 juin
La Traversée
Cie le Silence des Bateleurs
du 5 au 12 juin
06 15 473 910
Également, dans le cadre
des Airs libres
Le Bamboo orchestra reprend son
spectacle Un jour ils ont rencontré le
bambou. Emmené par Makoto Yabuki,
le quintette de percussion fait étrangement chanter les bois ancestraux le 5
juin, tandis que le lendemain ce sont
les jeunes Pousses (le Bamboo Orchestra est aussi une école !) qui joueront
au collège Izzo, voisin actif des Minotiers.
Puis le théâtre accueillera le 6 juin la
musique de La Tromba, emmenée par
David Rueff. Une fin d’année musicale
et ouverte, pour un théâtre qui ne l’est
pas moins.
Les airs libres
La Minoterie et ailleurs
Du 3 au 6 juin
04 91 90 17 74
www.minoterie.org
Carpe diem pauv’con !
Et que je t’endosque et que je t’emparouille et vlan et greuh… frappe au
ventre c’est là qu’est l’grand secret…
Les clowns, c’est bien connu, sont
méchants, ont lu Henri Michaux et
connaissent tout du Grand Combat de
la vie. Et même si nos quatre acteurs
de l’Auguste théâtre ont jeté leur nez
rouge aux orties, ils savent rouler des
yeux : c’est bien sur cette piste aux
trente-six chandelles qu’ils nous
entraînent vivement. Voilà un spectacle
à la va-comme-j’te pince, avec ses
moments d’improvisations maîtrisées,
un peu systématiques, souvent férocement jubilatoires, et ça ne ménage pas
son poil à gratter !!
Sur le plateau, des cubes que l’un
empile sous les quolibets des autres
(brimade ordinaire), que la troupe prend
d’assaut régulièrement comme des
podiums bien instables (quand y en a
pour trois y’en a pas pour quatre –
poum !), sur lesquels on se pose un
instant pour débiter avec naturel son
lot d’abjections familières (chacun
reconnaîtra la sienne… ah le glaviot de
l’employée de Mc Do au cœur du hamburger !). Eliminer son prochain par
tous les moyens les plus subtilement
ignobles apparaît alors de toute évidence comme le rêve au monde le mieux
partagé ; «sadique» lance timidement
(on ne sait jamais !) une spectatrice
tandis que les gloussements de mon
voisin qui se gondole font monter en
moi une haine irrépressible ; la tragédie
n’est pas loin : «pas le Cid ! pas le Cid !»
supplient sur scène nos hurluberlus qui
se tru-cident en détaillant méthodiquement, sur une cadence de menuet
Grand Siècle, le lexique raffiné des
mots qui tuent… De qui sont les textes?
Marguerite Duras, Louis Calaferte,
vous, moi, vous surtout !
MARIE-JO DHÔ
Petites Cruautés mis en scène
par Claire Massabo a été donné
au Lenche du 5 au 9 mai
À venir au Lenche
La vie à tout cœur, un spectacle à trois
voix de femmes et un violoncelle, écrit
à partir de La vie sauve, le roman
touchant de Marie Desplechin et
Lydie Violet. L’une, atteinte d’une
tumeur incurable, est l’attachée de
presse de l’autre, l’écrivaine. Ensemble
elles ont raconté la difficulté d’être
malade, «pré morte» parmi les vivants.
La Cie Après la pluie fait entendre les
deux voix complices, jusqu’au 16 mai.
La saison du Lenche se clôture avec
une création, Le canapé, un texte de
Ronald Bonan mis en scène par JeanMichel Bayard. Quatre comédiens qui
incarnent deux couples essayant de
jouer un vaudeville contemporain dans
un décor invisible… du 19 au 30 mai.
Théâtre de Lenche
04 91 91 52 22
www.theatredelenche.info
Petites cruautes © X-D.R.
22
THÉÂTRE
AUBAGNE | CHÂTEAUVALLON | AIX
Une autre
Solitude
Jeanne Poitevin avec Dans la solitude
des champs de coton s’est attaquée à
un monument. Du genre qui vous plante
ou vous sublime, tant les précédents
sont intimidants –Chéreau!- et tant le
texte de Koltès, celui-ci particulièrement, doit emporter dans son souffle,
qui ne souffre pas de faute de rythme,
d’intonation. Alors monter cela avec un
comédien tunisien tout petit dans le
rôle du Dealer était franchement risqué:
un des intérêts de la pièce est son
absence de dénotation claire, le fait
qu’on ne sache pas ce qui se vend, si
l’objet du marché proposé est sexuel,
amoureux, métaphysique, ou matériel.
Le fait que le Dealer soit Arabe connote
hélas, dans les représentations habituelles, une vulgaire vente de drogue,
et son physique, sa petite taille qui
contredit le texte, rend la peur ou le
désir du Client nettement moins envisageable.
Pourtant les deux acteurs passent
admirablement tous ces obstacles.
Justement parce que, malgré l’accent
tunisien qui accroche les mots, malgré
le corps du Client qui s’affiche plus
triomphant et offert que quémandant
et à l’affût, le rythme du texte est là. Le
flux, la musique. Qui ne cherche aucun
naturel, aucun réalisme, et se laisse
glisser, sortir, sans appuis inutiles, sans
ronron non plus, ménageant ses respirations, ses crescendos, ses ruptures.
La scénographie abstraite permet aux
corps de se dissimuler et d’apparaître,
comme les mots font ou cachent l’objet
du deal. Seule l’esquisse de quelques
pas de danse est superflue, déplacée
même tant le reste est juste. Preuve
qu’on peut monter, après Chéreau, cette
magnifique Solitude.
AGNÈS FRESCHEL
Dans la solitude des champs de coton a
été créé par la cie Alzhar le 17 avril
À venir au Comœdia
Pour finir la saison un Avar(e) particulier, version théâtre d’objet, où les
personnages de Molière sont incarnés
par des robinets, non en quête de
cassette mais d’eau, bien nettement
plus précieux que la monnaie trébuchante… Une fable écologique tout
public par la Cie Tabola Rassa, de
Barcelone, le 29 mai.
Théâtre Comœdia, Aubagne
04 42 18 19 88
www.aubagne.com
Chéreau justement
Il lit Guyotat. Coma, son texte autobiographique, chroniques
personnelles de la maturité (2006), sur le monde, sur la
douleur de l’écriture, et surtout sur une longue période de
dépression qu’il a traversée après être revenu d’un coma.
Nettement plus supportable que le Tombeau pour 500000
soldats, moins cru et maniériste qu’Eden Eden Eden, Coma
se révèle également un document passionnant. Guyotat est
le dernier écrivain français à avoir subi la censure d’État
(Eden, écrit en 70, est paru en 81), et cette image-là a sans
doute occulté la réalité intime de l’écrivain, qu’il s’attache à
faire apparaître depuis 2006. Au-delà de cet autoportrait en
homme souffrant se dessine une génération d’artistes
engagés -celle de Chéreau- forcément revenue des années
militantes, plongée dans un Coma idéologique dont elle sort
avec douleur, en replongeant dans l’enfance, en élaguant
l’écriture, en conservant le souffle et la douleur mais pas les
bombes qui éclatent sous les mots, et en réinterrogeant leur
façon sensuelle d’être au monde, dans ce monde-là du
corps vieillissant et malade, où la mort guette et frappe à
côté, dans ce monde-là des années Mitterrand, où être
révolutionnaire semble n’avoir plus de sens.
Un trajet et un propos qui entrent en vibration, visiblement,
avec les préoccupations de Chéreau, qui s’est mis à la
lecture (dirigée par Thierry Niang à l’Odéon, Paris). À
l’entendre retransmis sur France Culture le 29 avril la phase
entre l’écrivain et le lecteur semblait parfaite. Fusionnelle et
rare. À Châteauvallon nous le verrons.
A.F.
Patrice Chereau © Florin Biolan
Coma
Le 16 juin
Châteauvallon (83)
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com
S’entraîner sur Rambert
Le Théâtre de l’Atelier aixois a pour
particularité vraiment exceptionnelle
de relier pratique et création en un
même geste. Sa Cie d’entraînement,
destinée à former gratuitement et
insérer dans le milieu professionnel de
jeunes comédiens, se confronte chaque
année à un auteur en résidence. Et pas
des moindres. Après Durif, Rodrigo
Garcia, François Cervantes, Daniel
© Alain Simon
Danis, Noëlle Renaude, Hubert Colas…
c’est Pascal Rambert qui cette année
a guidé les jeunes pas. Un auteur
metteur en scène rigoureux et
minimaliste, structuraliste plutôt au
sens propre du terme, qui a suscité
une polémique assez injuste à son
égard lors d’un remuant Festival
d’Avignon, où on lui a reproché l’ensemble d’une programmation dont il
n’était pas responsable, mais
simplement goutte d’eau… La Cie
d’entraînement montera des textes
choisis en avril lors de sa résidence.
A.F.
Textes de Pascal Rambert
Cie d’entraînement
du 3 au 12 juin
Théâtre des ateliers, Aix
04 42 38 10 45
www.theatre-des-ateliers-aix.com
24
THÉÂTRE
CAVAILLON | MARTIGUES | ARLES
Babel enfantin
Uccellini © Christophe Loiseau
En créant la cie Skappa !, Isabelle Hervouët et
Paolo Cardona ont fait le choix de créer des
spectacles Jeune Public, en mélangeant tous les
publics. Pour ce premier volet d’une collaboration
avec la Scène Nationale de Cavaillon, ils y ont inventé,
pendant les vacances, un lieu de rencontre ouvert et
éphémère : Le Lieu dit. Accompagnés d’un collectif
d’artistes, ils ont ainsi proposé un vaste chantier de
création, mélangeant ateliers et spectacles, et offert
aux familles une appropriation originale d’un théâtre.
Avant de suivre le magnifique et poétique spectacle
pictural Uccellini, les spectateurs ont déambulé à
l’envi parmi des tulles aux portes secrètes, des
lumières tamisées mystérieuses, et mis les mains
dans des nuages virtuels, en se baladant au milieu
d’images géantes. Certains galipettent ici et là,
d’autres appellent régulièrement leur rassurant papa
ou osent toucher une gigantesque contrebasse. Au
Lieu dit, ils ont le droit !
Un atelier dédié à l’espace et l’image les laisse
construire et démolir à leur guise une ville imaginaire,
un autre permet aux petits pieds nus de sauter sur
des tapis sonores et fabriquer leur univers
électroacoustique. Bien sûr, la participation des
parents est nécessaire pour que les petits osent
s’affranchir : les artistes aussi généreux qu’inventifs
n’oublient jamais de les associer. «Elle fait n’importe
quoi la dame» dira une fillette amusée à sa mère.
«Mais non, elle s’amuse bien.» Les rapports
s’inversent, tout est création.
En invitant les familles à créer ensemble, Skappa !
(qui vient de recevoir le Molière Jeune Public 2009
avec In 1 et 2), leur offre un lieu de vie et de partage,
aux pouvoirs magiques. À la fin, personne ne se
presse pour repasser la porte imaginaire…
DELPHINE MICHELANGELI
Le lieu dit s’est offert au jeune public
à Cavaillon du 25 au 29 avril
Quelque part en Afrique
C’est un projet intéressant, et très préparé, une
création programmée par le Théâtre d’Arles, que la
cie Les Inachevés a présenté dans trois collèges.
Qui pour l’occasion -la représentation de Tabataba de
Bernard-Marie Koltès-, étaient ouverts au public.
Un travail pédagogique a réuni dès janvier les
enseignants et leurs élèves, ainsi que François
Koltès (le frère de l’auteur), Jacques Prunair
(dramaturge) et Moïse Touré (le metteur en scène).
Aussi la représentation dans l’enceinte du collège Van
Gogh avait-elle un goût particulier : en plein air,
entourés d’adolescents… conditions finalement peu
habituelles, confortées par un décor simple mais
immédiatement identifiable. Des cordes tendues sur
Tabataba © Fany Carenco
Pagaille royale
lesquelles sèche du linge délimitent une scène ; une
jeune femme (Bintou Sombié) lave à la main dans
une bassine, un jeune homme (Paul Zoungrana)
astique sa mobylette, tandis qu’un troisième
personnage (le musicien Lassina Diabaté) est
attablé devant une partie d’échecs. Les deux jeunes
sont frère et sœur, vivent ensemble mais se
comprennent mal. S’ensuit un dialogue au cours
duquel chacun justifiera le fait de ne pas quitter
l’autre (en sortant pour aller voir les filles pour l’un, en
se mariant et devenant mère pour l’autre), justifiant
surtout cette difficulté à sortir de l’enfance et passer
à autre chose… Formidablement servie par les deux
comédiens Burkinabè et la musique égrenée par
Lassina Diabaté, la pièce est complétée par la lecture
de lettres de Koltès à sa mère, et se termine par un
document audio, très émouvant, dans lequel il
explique les relations complexes entre sa vie et
l’écriture… Une intention louable qui laisse cependant
insatisfait, comme si le spectacle devait s’enrichir
encore…
DO.M.
Tabataba a été joué à Arles
aux collèges Van Gogh le 4 mai
et Ampère le 5 mai, et au collège Glanum
à Saint-Rémy le 7 mai
Le Roi, la reine, le clown et l'enfant © J.-M. Lobbe
Il ne s’agit pas de discuter : le tout puissant roi va
annoncer, sans concertation aucune avec son
épouse la reine, ni avec l’intéressée d’ailleurs…, le
mariage de Léa, sa princesse de fille, avec un jeune
prince qu’il s’apprête à recevoir pour l’occasion. Et
lorsque le roi décide… on obéit ! Oui mais voilà, la
princesse est quelque peu rebelle dirait-on, et n’a
qu’une idée en tête, faire le tour du monde… La
tradition est en péril, la légende effrayante (si la
princesse n’est pas mariée à 18 ans elle se
transformera en sorcière), le royaume vacille. Mais
c’était sans compter sur l’amour filial de Léa,
l’imagination de la reine et la complicité et les
pitreries du clown qui apporteront une soudaine
modernité dans les règles étriquées du royaume.
Mensonges, tromperies, retournement de situations,
tout ici œuvre efficacement pour mener tambour
battant ce conte détourné. Très visuelle, la mise en
scène d’Éric Louis permet à l’histoire de se
construire à vue, et aux enfants de prendre
directement part à l’histoire en jouant le rôle du
peuple pas si adorateur que ça. Les plus grands, eux,
auraient sans doute aimé un peu plus de folie et
moins de morale…
DO.M.
Le roi, la reine, le clown et l’enfant
a été joué le 6 mai aux Salins, Martigues
À venir aux Salins
Juste après Cirk en mai (voir page 28) et avant
d’accueillir Käfig (voir p 27), pour finir sa saison, la
Scène Nationale accueille le monologue d’André
Asseo adapté et interpété par Christophe
Malavoy. Gary/Ajar, qui met en scène la plus
célèbre des impostures littéraires… le 26 mai.
Les Salins, Martigues
04 42 49 02 00
www.theatre-des-salins.fr
OUEST PROVENCE | NÎMES
THÉÂTRE
25
Fameux idéal
Peut-on faire le bonheur des autres malgré eux ? La vérité estelle aussi limpide et accessible qu’on doive l’assener quitte à
détruire des vies ?
Écrite en 1884, la pièce d’Ibsen, Le
Canard sauvage, nous plonge dans une
ambiance crépusculaire de fin de
siècle. Les prémices de la modernité
s’y dessinent, on le devine subtilement
par le biais du destin terrible d’une
famille modeste engluée dans les
mensonges, les non-dits…
Ekdal, photographe, vit dans une
soupente avec sa femme et sa fille, où
trône aussi une verrière transparente
(superbe travail du scénographe
Damien Caille-Perret), vaguement
inquiétante, remplie de vagues objets
abandonnés, et dans laquelle évoluent
lapins et volatiles. Dont un canard,
objet de toutes les attentions de la
jeune Hedvig. Le retour de son ami
d’enfance -Gregers Werle, fils du riche
négociant dont on apprend qu’il a été
l’amant de la femme d’Ekdal- va
déclencher une série d’événements
tragiques, la vérité libératrice se
révélant dévastatrice. Car Gregers,
idéaliste convaincu, renverse les
valeurs et fait voler en éclat les
«mensonges vitaux» qui ont composé
les (sur)vies des uns et des autres.
Question essentielle finalement que
celle que pose le dramaturge
norvégien, à savoir ce qui, de la vérité
ou du mensonge, fonde une vie. Ce qui
fera dire à l’un des personnages «si
vous retirez le mensonge de la vie de
personnes ordinaires, vous leur retirez
en même temps le bonheur.» La mise
en scène de Yves Beaunesne met en
lumière toute la complexité du propos,
que les comédiens restituent avec une
justesse de ton remarquable et
beaucoup de finesse.
Le Canard Sauvage © Guy Delahaye
DOMINIQUE MARÇON
Le Canard sauvage a été joué les 21
et 22 avril au Théâtre de Nîmes
talent, et leur volonté de défendre un
théâtre contemporain politique, à la
fois attaché au texte et inventif dans la
re-présentation (9 et 10 juin).
À venir au Théâtre de Nîmes
Tg STAN adapte les Dramuscules de
Thomas Bernhard, des minis drames
dans lesquels il dissèque le passé nazi
des Autrichiens, et l’idéologie fasciste
latente dans notre société. Deuxième
volet d’une trilogie consacrée par le
collectif belge au dramaturge
autrichien, Sauve qui peut, pas mal
comme titre confirme leur immense
Le piano ronfle
Le Théâtre de Romette n’en finit pas
de ravir le public de Ouest Provence.
Après L’Opéra de Quat’sous et Krafff il
revient au Théâtre de l’Olivier avec Les
Pieds dans les nuages, un spectacle
poétique et musical pour lequel
Johanny Bert s’est inspiré de l’œuvre
Les pieds dans les nuages © Remi Boissau
du photographe plasticien américain
Robert ParkeHarrisson. Histoire sans
paroles ou presque, qui commence
comme un simple récital de piano
(Didier Klein joue en direct) jusqu’à ce
que, gênés par des ronflements
persistants qui sortent de l’instrument,
le musicien et son assistant y
découvrent un petit peuple de
dormeurs. Et puis l’un d’eux va se
réveiller et découvrir le monde qui
l’entoure. Il n’aura alors de cesse de
trouver un moyen pour s’envoler…
Johanny Bert insuffle vie à sa
marionnette avec beaucoup de
tendresse et de poésie jusqu’à
s’effacer pour laisser le petit
bonhomme prendre son envol…
DO.M.
Les Pieds dans les nuages
Le 19 mai
Théâtre de l’Olivier, Istres
04 42 56 48 48
www.scenesetcines.fr
Théâtre de Nîmes
04 66 36 65 10
www.theatredenimes.com
Enfer éternel
Ils sont trois, sont en enfer et chacun sera le bourreau des deux autres. Telle est
la matière de la pièce de Sartre, Huis Clos, dont s’empare la cie Uppercuthéâtre
dans une mise en scène de Laurent Ziveri. La dépendance du jugement d’autrui,
la conscience de soi par rapport aux autres, la «mort vivante» que représente «le
souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer» comme
l’expliquait Sartre, tels sont les ingrédients du huis clos qui lie Garcin, le journalistepubliciste, Inès, l’employée des postes et Estelle, la mondaine. Pour l’éternité.
DO.M.
Huis Clos
Le 19 mai
Théâtre La Colonne, Miramas
04 90 58 37 86
www.scenesetcines.fr
Huis Clos © X-D.R.
26
DANSE
BALLET D’EUROPE | DRAGUIGNAN | BARJOLS
Juste avant l’été
Comme tous les ans l’activité du Ballet
d’Europe s’accentue à l’arrivée
de l’été. En avant goût Jean-Charles
Gil, chorégraphe prolixe, présentera
sa nouvelle pièce au Merlan en juin…
L’été sera chargé, et la saison prochaine… Le Ballet
d’Europe fait partie de ces compagnies qui diffusent
beaucoup dans la Région, mais aussi dans le pays et
à l’international. Le public aime la danse que ces
jeunes gens rigoureux et talentueux leur offrent… En
avant-goût des soirées de plein air qui les attendent,
le directeur du ballet présente deux de ses pièces sur
le plateau du Merlan. Sweet Gershwin, inspiré par la
modern dance américaine mais aussi par Balanchine,
est un voyage dans l’imagerie de la comédie musicale
américaine ; deux pas de danse de salon, et l’on
glisse dans une belle virtuosité, sur pointes mais
légères ; des duos amoureux mutins, comme
naturels, souriants, une succession de chansons
dansées jusqu’à la délicieuse exultation des corps,
sur la Rhapsody in blue… que du bonheur ! Puis le
ballet créera Comme un souffle de femme, une pièce
où se confrontent deux quatuors mixtes (deux
hommes, deux femmes) sur la musique de
Theodorakis, des chansons interprétées par la voix
Sweet Gershwin © Jean-Charles Verchere
chaude de Maria Farantouri. Une pièce que JeanCharles Gil veut inscrire dans une symétrie formelle
et ancrer le sol, pour y trouver de nouveaux appuis
pour l’envol…
AGNÈS FRESCHEL
Ballet d’Europe
Scène Nationale du Merlan
les 11 et 12 juin
04 96 13 01 12
www.balletdeurope.org
Le cerf et l’icône
Deux cies de danse sont en résidence de (re)création
dans le Var, à Barjols et à Draguignan. It’s only a
rehearsal est un duo autour de la métamorphose
d’Actéon, changé en cerf par diane chasseresse, qu’il
avait surprise se baignant nue sous une cascade.
Line Tørmoen et Dimitri Jourde interprètent la
déesse et le chasseur puni, en un duo sensuel fait de
temps de danse et de paroles, narratives, sur la transformation qui s’opère. Une pièce d’Ina Christel
Johannessen, déjà créée en 2007 lors des Hivernales
avignonnaises.
L’icône qui se produira ensuite n’est pas de la trempe
des mythes : la pièce proposée par Jasone Munoz
joue sur des représentations plus récentes et colorées. Elle se met en scène avec humour comme ces
femmes déjantées et piquantes des films d’Almodovar,
à fleur de peau, et si fortes malgré l’émotivité qu’elles
affichent.. La pièce, répétée à Barjols, sera montrée
à la Tannerie à l’issue de la résidence, puis créée sur
(superbe) plateau de Draguignan.
A.F.
It’s only a rehearsal
Ina Christel Johannessen
Théâtre de Draguignan (83)
Le 19 mai
Au jour le jour
Jasone Munoz
La Tannerie, Barjols (83)
Le 22 mai
04 94 59 74 60
www.latannerie.fr
It's only a rehearsal © Erik Berg
Théâtre de Draguignan (83)
Le 29 mai
04 94 50 59 59
www.theatresendracenie.com
MOD | BNM | MARTIGUES | GAP
Travaux de fondation
Barbara Sarreau est en résidence à Bamako depuis
novembre, et pour trois ans. Elle collabore ici et là-bas
avec les chorégraphes Patrick Acogny et Heddy
Maalem, mais aussi des écrivains, photographe,
philosophe, comédien, plasticiens autour d’un projet
dont Marseille Objectif Danse veut se faire le relais
régulier : il s’agit de faire travailler les élèves du
conservatoire de Bamako autour des arts contemporains. Cela s’appelle Tchakéla (celui qui creuse), et une
première étape de travail sera montrée à la Friche le
DANSE
27
Chapeau ?
9 juin (de 14h à 18h). Une volonté réaffirmée de faire
se croiser les peuples, les pratiques et les arts, pour
faire surgir de ce creux(set) des formes nouvelles, et
transmettre réciproquement les cultures.
Tchakéla-celui qui creuse
Barbara Sarreau
Studio de la Friche
04 95 04 96 42
www.marseille-objectif-danse.org
Créations ensemble
La deuxième édition de La danse dans tous ses états va mettre tout Marseille
(et Aix !) en Connivences…
On vous en a déjà parlé (voir Zib 18) : le grand vagabondage de printemps commence durant la Nuit des
musées (voir p 8) par la création de Klaus T le 16 mai,
se poursuit à la Bourse par la reprise de Success
story, une pièce que Flamand a créée pour les apprentis de DANCE et dont il faut voir les effets de
haut, d’une coursive, comme si vous étiez Howard
Hughes en l’air (les 22 et 23 mai, 2 représentations
par soir à 20h 30 et 22h30). Puis les élèves de
l’ENSDM danseront à Aix (voir p. 76)…
En deuxième et troisième semaine La danse dans
tous ses états se recentre au Grand studio, pour
trois créations ! Un tout nouveau programme conçu
entièrement pour les danseurs du Ballet, qui ajoute au
répertoire trois œuvres d’univers différents : Luncinda
Childs, Annabelle Ochoa, Frédéric Flamand (du 27
mai au 5 juin).
Le directeur du Ballet National a plus que jamais
travaillé à sa nouvelle pièce en collaboration avec ses
danseurs. Est-ce parce que cela le garde du narcissisme ? Le Trouble de Narcisse dont il sera question
n’est pas exactement celui qu’éprouve l’éphèbe grec
en découvrant son image dans l’eau, mais celui que
notre société de l’image, de la reproduction, induit et
favorise. Une des «Métamorphoses» qui traverse
toute l’œuvre de Flamand, dans ses symétries, ses
dédoublements, ses diagonales, ses mélancolies glacées
et aquatiques qui se peuplent d’Echos solitaires…
Isabelle Ochoa aussi travaille sur les doubles, mais
plutôt opposés que gémellaires : Inverses veut confronter un homme à ses souvenirs, un individu à un monde,
et plusieurs musiques, plusieurs danses, classiques
ou contemporaines. Quant à Lucinda Childs elle a
travaillé comme souvent à partir de la musique répétitive américaine : John Adams inspire ici les trois
temps de Tempo Vicino, pièce abstraite où les corps
habitent les structures musicales, évoluant comme
huit instruments en un trajet de trois mouvements…
AGNÈS FRESCHEL
Sombreros © Laurent Philippe
La scène Nationale de Gap accueille pour deux soirs
Sombreros de Decouflé. C’est du grand spectacle,
toujours épatant visuellement, avec des effets
magiques dont on ne peut qu’admirer la virtuosité…
C’est amusant, plein d’aphorismes mutins, de
références BD, des héros enfantins, de paradoxes et
de bustes qui se tournent le dos et les talons… Mais
c’est un peu répétitif et pas mal long, décevant en
fait quand on a (trop ?) adoré Decouflé et ses codex
aux bestiaires autrement fantastiques, et surtout
autrement dansés. Car ici les corps sont magiques
mais très immobiles, et solitaires, comme si la danse
ne l’intéressait plus, seulement les effets visuels… qui
demeurent épatants !
A.F.
À noter : le BNM après ces Connivences dansera à
Uzès (voir p 11) et à Châteauvallon (voir p 4). Un
calendrier de tournées qui ne cesse de s’étoffer, avec
un répertoire qui s’enrichit chaque année de plusieurs
pièces.
Connivences
La danse dans tous ses états
Du 16 mai au 5 juin
04 91 327 327
www.ballet-de-marseille.com
Success Story © Agnes Mellon
Sombreros
Philippe Decouflé
Les 26 et 27 mai
Scène nationale de Gap (05)
04 92 52 52 52
www.ville-gap.fr
Tisser trois fils
La cie Käfig revient à Martigues le 3 juin pour un
spectacle qui, comme toujours, va plaire aux jeunes
et aux enfants. Mais qui cette fois leur est spécifiquement destiné : les danseurs ne «racontent» pas
une fable, ne font non plus pas de démonstration de
virtuosité, encore moins de battle. Ils tissent les trois
fils d’un spectacle à tricoter : la conception, la répétition, et la représentation. Ces virtuoses du hip hop
montreront ainsi aux plus jeunes que le travail n’est
pas uniquement physique (même si c’est celui-ci qui
impressionne !) mais qu’il passe par la pensée, le
tâtonnement, et la sueur… pour atteindre la jubilation
à laquelle Käfig les a habitués !
A.F.
Tricôté
Cie Käfig
Les Salins, Martigues
04 42 49 02 00
www.theatre-des-salins.fr
28
CIRQUES/ARTS DE LA RUE
En piste
C’est reparti pour deux semaines de cirque !
Comme chaque année le multiplexe
théâtral Gymnase/Jeu de Paume termine sa saison par un spectacle de cirque
grand public sous chapiteau. Le cirque
contemporain parvient en effet à allier
une véritable qualité créative, une recherche esthétique, avec une popularité qui
ravit programmateurs et spectateurs.
Ces dernières années le Cirque Plume
ou les Arts Sauts ont emporté l’enthousiasme des Marseillais durant tout un
mois. James Thiérrée, en salle, a quant
à lui suscité l’admiration…
Cette année, ce sont les Aixois qui profiteront de l’aubaine de ce nouveau cirque
intelligent et beau, avec le dernier
spectacle du Cirque Désaccordé.
Plus nettement jeune public que les
spectacles programmés les années
précédentes, mais pouvant faire rêver
chacun, Petites Mythologies Populaires
se compose d’une succession de
tableaux autour des lieux communs
d’aujourd’hui, du loto à la retransmission sportive. Avec musiques, chants,
vidéos et beaucoup d’acrobatie virtuose…
un peu d’humour aussi, tendre et burlesque. Dans Après la pluie, leur dernier
spectacle, qui a tourné un peu partout,
leur comique ne faisait pas toujours
mouche. En choisissant d’ironiser gentiment sur nos mécanismes sociaux et
aliénations télévisuelles, ils semblent,
d’après l’enthousiasme soulevé par
leur début de tournée, toucher au but
plus finement…
AGNÈS FRESCHEL
© Marie Clain
Petites mythologies populaires
Le Cirque Désaccordé
Du 5 au 21 juin
Bastide du Jas de Bouffan, Aix
0 820 000 422
www.lestheatres.net
Clowns politiques
C’est du cirque côté clown que propose depuis quelques années le Daki
Ling, théâtre marseillais où il fait bon
rire, et partager. Du 15 au 30 mai
toutes sortes de clowns se relaieront
dans un marathon très divers, de
Vulcano au Styx Théâtre (les NoNos),
du plus politique au poétique, à l’acrobatique aussi, un peu. Dans une
convivialité rare qui se déplacera aussi
sur le Cours Julien pour interpeller le
passant, et au Chapiteau Gardens
aux Abattoirs, pour finir Tendance
Clown en accueillant un public plus
nombreux. Une quatrième édition qui
prend de l’ampleur et s’inscrit dans la
Cité…
A.F.
Plein ciel
En Dracénie aussi, dans les villages et
dans la ville, des petites formes de cirque
animeront les rues durant les journées du
11, 12 et 13 juin. Les trois spectacles
Calao, L’œil du voisin et Bal Caustique
seront joués tous les jours respectivement à 18h30, 20h et 20h30. Les
œuvres de trois cies accro à la voltige
et au cirque en l’air : Rouge elea, la
Petite Compagnie et Le cirque
hirsute divagueront dans les airs,
accrochés à leurs agrès suspendus…
A.F.
Tendance clown
Daki Ling
Du 15 au 30 mai
04 91 33 45 14
www.dakiling.com
Les etoiles, cie Les Colporteurs © Alain Chambaretaud
Cirk en mai se poursuit aux Salins et
au Sémaphore. Ce temps annuel de
cirque théâtral résolument contemporain, tourné vers le texte plus que vers
l’acrobatie, prend sa place parmi les
festivals de cirque de la région. Après
la création de Catherine Germain et
Thierry Niang reste à voir, (entre
autres !), Mathurin Bolze qui met en
scène les jongleries de Jérôme Thomas,
les dernières représentations de Volchok,
le théâtre loufoque des Cousins, le cabaret bric à brac de Gilles Defacque…
A.F.
Petites formes de cirque
Draguignan et Dracénie (83)
04 94 50 59 59
www.theatresendracenie.com
Talons et vélos
Dans le cadre de la Belle Fête de mai le théâtre Massalia
aussi fait son cirque, en accueillant trois petites formes, tout
public, en extérieur. Sur la Place Bargemon le 23 mai à
16h, puis à la Friche le 24 mai à 17h. Les deux cies invitées
Cirque
d’auteurs
sont jeunes et talentueuses : Chéri d’amour, qui sait être
virtuose dans ses acrobaties cyclopédiques, propose un
spectacle de 20 minutes intitulé le Russe Blanc. Quant aux
Colporteurs, ils ont inventé une étrange installation : une
sorte de carcasse de tiges et de fil sur laquelle ils évoluent
comme des funambules involontaires. Ils sont drôles et
inattendus, et proposent deux formes courtes de 20 minutes:
un duo amoureux, et une poursuite en talons aiguilles. Oui
oui, sur le fil…
A.F.
Cirque en mai
Les 23 et 24 mai
Attention : les horaires sont susceptibles de changements
04 95 04 95 70
http://massalia.lafriche.org
À Martigues
Volchok
Cie Trottola
jusqu’au 16 mai à 19h
parking de la Halle
Mignon Palace
Gilles Defacque et la Cie Tire-Laine
Le 16 mai à 21h
Deux hommes jonglaient dans leur tête
avec Roland Auzet
et Jérôme Thomas
mes Mathurin Bolze
Le 20 mai à
Les Salins
04 42 49 02 00
www.theatre-des-salins.fr
Au Sémaphore, Port de Bouc
Ça va pas se faire tout seul
Les Cousins
Le 15 mai
Loin d’être fini
Gilles Defacque
Le 19 mai
Le Sémaphore
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphore-portdebouc.com
SIRÈNES ET MIDI NET
ARTS DE LA RUE
29
Concert de rue
Bizarrement les arts de la rue et le jazz
(mais aussi la classique et la contemporaine) ne font pas toujours bon
ménage. Alors qu’historiquement cette
musique s’est longtemps jouée dans
les jardins et les kiosques, voire sur les
trottoirs, les formes musicales proposées
au public par les artistes de rue s’avèrent
souvent assez pauvres, théâtralisantes,
conceptualisantes, fanfarisantes, mais
rarement intéressantes au strict sens
musical (c’est-à-dire par la richesse et
l’épaisseur des sons, et du discours
musical). Et lorsque les musiciens classiques risquent leurs instruments fragiles
au plein air, l’été, c’est sous la forme de
concerts, non d’interventions de rue…
Deux obstacles qui empêchent sans
doute ces mondes de se rencontrer
vraiment, même sur un parvis d’opéra.
Pour fabriquer sa sirèneRaphaël Imbert
s’est gardé de toute simplification du
discours, et a proposé un véritable
concert. Sur plateau, sans spatialisation, sans verbalisation, sans costumes
et sans histoire. Et la foule d’applaudir,
preuve que la musique quand elle est
plainte déchirante du saxophone. Cela
s’appelle Oraison, comme le village où
il vit. Mais c’est bien autre chose qu’une
prière aux morts entre deux sirènes,
tant cela donne envie d’entendre encore, tout un concert, ces mélanges-là…
AGNÈS FRESCHEL
Oraison, par la cie Nine spirit, a été
créé sur le Parvis de l’Opéra le 6 mai,
dans le cadre de Sirène et midi net
À venir à Lieux publics
© Agnès Mellon
belle suffit, même lorsqu’elle est jouée
par un bonhomme rond sans pseudo
charisme.
Le principe ? Partir du son de la sirène,
glisser dedans son propre son, hurlant
comme elle mais rond, puis apaisé rejoindre le Quatuor Manfred qui lui répond
superbement, et entamer un dialogue,
auquel s’adjoindra bientôt l’orgue
d’André Rossi, et la voix et la basse
de Michel Peres. S’écouter, passer du
cri à la plainte, à la supplication, sans
ces chorus artificiels où les jazzmen se
rejoignent encore parfois, mais allant
de parties écrites à des improvisations
communes travaillées, où l’on entend
comme des styles divers, de la fugue à
l’orgue, quelques tsiganeries, et la
Opéra Flux, par le Théâtre du
Centaure. Sur un texte de Fabrice
Melquiot les Centaures de Camille et
Manolo vont descendre les marches,
rejoindre le parvis, et faire naître trente
poulains qui se répandront dans la ville.
Le 3 juin, à midi net !
Sirènes et midi net
Place de l’Opéra de Marseille
04 91 03 81 28
www.lieuxpublics.fr
30
MUSIQUE
CONCERTS
Fantastique Berlioz !
Nelson Goerner © X-D.R.
On sent dès l’attaque de l’Ouverture «Les Hébrides»
toute la finesse du travail réalisé en coulisse par
Emmanuel Krivine avec l’Orchestres des Lauréats
du Conservatoire (CNSM de Paris et Lyon). Leur
Mendelssohn est empreint d’un vrai lyrisme, doublé
d’élégance et de féerie, signature d’un musicien qui,
en cette année de bicentenaire, trouve (enfin ?) la
place qu’il mérite au panthéon des Romantiques.
Nelson Goerner livre ensuite au piano un 1er
concerto de Chopin d’une virtuosité qui semble (à
tort !) facile, plein de grâce et de clarté. Son Nocturne
op.48 n°1 en ut mineur, joué en bis, comble la salle
bondée du Grand Théâtre de Provence d’une émotion
profonde et d’un pathétique à pleurer.
Mais le 5 mai, le mets de choix en appelle au sommet du romantisme orchestral ! La Symphonie
fantastique de Berlioz fait exploser les formes classiques, invite l’auditeur à suivre, dans une narration
délirante, les affres d’un héros aux amours malheureuses, aux passions destructrices et aux vains
espoirs, de la solitude profonde aux cauchemars
funèbres d‘un voyage outre-tombe…
Sous la baguette experte du maestro, la jeune phalange a mis en œuvre talent et cœur pour rendre à
l’opus ses couleurs contrastées, son souffle enflammé, jusqu’aux impressionnants tutti conclusifs à
décoiffer l’auditoire… Brillant !
JACQUES FRESCHEL
Parisien et inspiré
Le 25 avril, Les Siècles, sous la houlette de
François-Xavier Roth, donnaient le concert de
clôture de la saison Mozart, avec des œuvres
composées lors du deuxième séjour parisien du
musicien, la Symphonie concertante pour vents et le
Concert pour flûte et harpe. Complétaient la
Symphonie en 17 parties de Gossec et une œuvre
contemporaine, Streets, de Bruno Mantovani. On a
déjà tout dit sur la maestria, l’humour, les
explications érudites glissées avec légèreté, par ce
chef passionné. Ainsi, il amène le public à rire, le
divertit avec des anecdotes, comme l’histoire de la
partition perdue de la symphonie concertante... Le
quatuor des solistes, cor, hautbois, clarinette et
basson bavarde avec l’orchestre avec enthousiasme,
qui nous transporte dans une scène de théâtre
enlevée. Les musiciens offrent toute leur verve, au
point de faire exploser une corde de violon dans le
Gossec, qui, par une utilisation variée de tous les
pupitres, offre une palette où l’humour, l’ironie
cèdent parfois la place à de larges envolées lyriques.
Ce concert permettait aussi de découvrir une œuvre
contemporaine qui laissait entendre les rues de New
York, une musique descriptive qui formait un
contrepoint intéressant aux œuvres de la soirée.
Marie-Pierre Langlamet et Juliette Hurel ont
interprété avec une superbe technique le concerto
pour flûte et harpe, avant de faire la grâce à un
public enchanté de la délicate sicilienne de Bach.
Une saison exceptionnelle que les Siècles nous ont
fait vivre !
MARYVONNE COLOMBANI
Ensemble Les Siecles © X-D.R.
Sacrément
mieux !
Samuel Coquard, à l’origine de projets
ambitieux et originaux menés avec la
Maîtrise des Bouches-du-Rhône, dont
les Lieder sur le thème du voyage (voir
Zib 18), dirige également plusieurs
concerts impliquant la Jeune Maîtrise.
Dont ce remarquable programme
proposé dans le cadre du Festival de
musiques sacrées le 6 mai. Certes ce
n’était pas parfait -on se rappellera
du fa dièse grinçant au Continuomais la musicalité était bien là : la
Messe pour le Port Royal de Charpentier, les Motets de Clérambault
furent rendus à merveille par un
Chœur dont la qualité évidente des
solistes mais aussi la cohésion, le
plaisir communicatif n’ont rien à
envier à des professionnels.
Bien sûr, si l’on se laissait aller à juger
ces adolescents talentueux comme
des adultes, on regretterait quelques
approximations durant les Cantates
de Bach, plus difficiles que le reste
du programme et réalisées sans le
soutien des choristes plus jeunes.
Mais ce serait injuste ! Le concert fut
une leçon, et on aura plaisir à revoir
cette jeune maîtrise à l’œuvre. Si
possible avec du meilleur matériel
(Magali Frandon offrait une très
bonne prestation munie d’un piano
correct), toujours sous la direction
bienveillante, subtile et efficace de
Samuel Coquard !
SUSAN BEL
Morts et mère
Le Festival de musique sacrée de Marseille a commencé
à l’église Saint Michel, avec le Requiem de Mozart
puis le Stabat Mater de Pergolèse
Le public nombreux fut cependant
emporté par la force de l’œuvre. De
meilleures conditions d’écoute
l’auraient sans doute enthousiasmé !
Stabat à l’ancienne
Elena Gabouri © X-D.R.
Le Festival aurait mérité une meilleure
ouverture que cette interprétation
brouillonne du Requiem de Mozart,
même si l’exécution de son Exultate
Jubilate fut plus habile. Plusieurs
erreurs : l’acoustique de l’église Saint
Michel et l’exiguïté de sa scène
laissent à désirer, d’autant que visiblement l’Orchestre, le Chœur et les
solistes y ont peu répété ensemble ;
leur manque de coordination fut assez
étonnant.
Tout se décalait, en particulier en ce
triste instant où la soprano Nicole
Fournié, tentant, en plein Requiem
Aeternam, d’alléger un peu ses fins de
phrases, lança quelques regards de
détresse à un José Miguel Esandi
dont la direction déconcertait
l’Orchestre. Il était difficile de ne pas
plaindre le percussionniste, installé
dans un des recoins de la scène,
contraint de marquer les temps
importants au beau milieu de ralentissements qu’il n’arrivait visiblement
pas à prévoir.
Autre erreur, le tempo, trop rapide,
saccadé. Parti pris qui se défendrait
dans une acoustique moins réverbérante, et si les chœurs parvenaient à
suivre. Dans tous leurs passages
difficiles, notamment sur le Kyrie, les
sopranos furent criardes ; les altos et
les barytons, plus justes mais peu
nombreux, ont peiné à se faire
entendre, si bien que seuls les ténors
tenaient la route. Du côté des solistes, on salue Nicolas Testé, basse
plus que solide, et le courage de
Nicole Fournié, qui a permis aux
spectateurs d’apprécier quelques
moments de bravoure sur l’Exultate
Jubilate.
On a eu un peu l’impression, le 30
avril à l’église Saint Michel, de remonter trente ans en arrière lorsque
(toutes proportions gardées) Ricciarelli
et Valentini-Terrani chantaient le
Stabat mater de Pergolèse. L’Orchestre de l’Opéra affichait un continuo
comprenant pas moins de quatre
violoncelles et, comme un peu perdu
au milieu d’une vingtaine de cordes,
Jean-Marc Aymes assurait la partie
de clavier. Dans de telles conditions,
on comprend que la direction
artistique du Festival de Musique
Sacrée ait fait appel à des «voix»
capables de s’extirper de la masse
instrumentale et toucher le public
jusqu’au fond de la nef ! Du coup, la
direction de Jacques Chalmeau s’est
avérée pertinente : privilégiant des
tempi ménageant aux chanteurs un
espace rythmique vital, le geste
sobre, il a soutenu les intentions du
texte sans caricature, laissant peutêtre à l’orchestre le soin d’un peu trop
gérer par lui-même les nuances…
Cette vision lyrique n’est pas sans
charme : elle s’éloigne des interprétations baroques en vogue actuellement,
où il arrive que le geste musical
s’accompagne de tics stéréotypés
dans une recherche de l’authenticité
parfois illusoire. Dans le chef-d’œuvre
de Pergolèse et les airs sacrés de
Haendel, Sandrine Eyglier s’est montrée souveraine par la largeur de son
souffle, une technique sûre, des aigus
superbes et une émotion qui a connu
son apogée lors du dramatique «Vidit
suum», expression intense de la
douleur de la Vierge face à la crucifixion de son fils. Elena Gabouri,
certes moins altière que la soprano,
mais dont la voix sombre s’avère
heureusement égale et compacte, a
contribué au succès du concert.
JACQUES FRESCHEL ET SUSAN BEL
Pour la suite du festival, voir p 38
32
MUSIQUE
LYRIQUE
Verdissimo !
On n’avait pas entendu une aussi belle interprétation du Requiem de Verdi depuis bien longtemps!
Le 17 avril, sur le plateau de l’Opéra de Marseille, face
à une salle comble, l’orchestre, les chœurs et les
solistes ont rendu à la fameuse messe des morts
romantique toute sa puissance dramatique et procuré à l’auditeur une vraie émotion.
Dès l’Introït, exposé hyper-pianissimo, à fleur de
silence, on a senti l’empreinte d’un grand chef. De
fait, Pinchas Steinberg a installé un climat propice
à l’expression passionnée, contrôlé nuances et couleurs sonores, jusqu’à l’explosion des voix du chœur
a cappella, préambule d’un fracassant Dies Irae à
faire se hérisser les poils et vibrer la colonne vertébrale. On se dit décidément que rien d’autre que le
concert vivant ne peut générer de tels élans chez
l’auditeur !
Le quatuor de solistes a été emmené par l’une des
plus éminentes «Aïda» du moment. La belle et
puissante soprano Adina Aaron posa ses aigus, sans
les pousser, avant de lancer par dessus l’orchestre
un ultime contre-ut, véritable appel désespéré d’un
Libera me en forme d’air d’opéra. A sa gauche, Dolora
Zajick a compensé un physique moins avantageux
par une chant à cœur ouvert : une mezzo somptueuse, puissante comme on les aime, sachant
«poitriner» à bon escient ! Côté hommes, si la basse
vibrante et profonde Carlo Colombara a séduit par
son timbre compact et une interprétation soignée,
on reste réservé quant au ténor (certes de substitution) Ricardo Bernal : ses aigus lumineux à pleine
voix n’ont pas occulté des failles dans la demi-teinte
et le bas médium le poussant à «détimbrer»…
Dans les conditions idéales d’une direction malicieusement en avance sur le tempo, de contrôle
autoritaire des plans sonores, l’impressionnante
machine des musiciens de l’Orchestre et des
Chœurs de l’Opéra a fonctionné à plein régime et
séduit le public, qui, longtemps, a acclamé les
artistes…
JACQUES FRESCHEL
Adina Aaron © X-D.R.
Vive le bel canto !
À Toulon se donnait le dernier chef-d’œuvre lyrique du maître du bel canto
italien, Vincenzo Bellini, surnommé après sa mort «l’ange de Catane»…
L’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Toulon
Provence Méditerranée, ainsi qu’une distribution
vocale de premier plan placée sous la direction du
chef italien Giuliano Carella, ont fait entendre Les
puritains, opera seria sur un livret de Carlo Pepoli
créé à Paris le 24 janvier 1835. L’œuvre assez
longue met en scène un amour contrarié entre deux
personnages, Elvira et Arturo, sur fond de combat
politico-religieux dans l’Angleterre du XVIIe siècle.
D’une histoire finalement assez banale, Bellini parvint en 3 actes à produire ce joyau, un des sommets
de l’art lyrique, où se côtoient en un parfait équilibre pureté et extrême virtuosité des mélodies vocales,
servies dans un écrin orchestral finement ciselé.
Le choix de cette production était clair : il s’agissait
de faire entendre la musique… Jessica Pratt (Elvira),
Shalva Mukeria (Arturo) et stes (Wojtek Smilek,
Rodion Pogossov) ont su émouvoir l’auditoire grâce
à leurs magnifiques timbres de voix, et les chœurs
ont fait preuve d’une présence et d’une musicalité
remarquables. Car il est difficile, voire périlleux,
d’oser une mise en scène plus enjouée, exigeante
dans le jeu, sur une œuvre aussi techniquement
éprouvante pour les chanteurs. Mais la sobriété des
décors et des costumes magnifiquement mis en
lumière offrait un contrepoint idéal à ce feu d’artifice vocal, laissant les amateurs conquis.
EMILIEN MOREAU
Les Puritains ont été joués à l’Opéra de Toulon
les 24, 26 et 28 avril
Les Puritains © ACM Delestrade
Mozart à l’École
Quand il écrivit la musique de La Finta Semplice
Mozart avait 12 ans ! Est-ce à dire que cet opéra
bouffe, composé sur un livret de Goldoni, est une
œuvre mineure ? La version adaptée et mise en scène
par Claude Méloni pour les musiciens et chanteurs
du Conservatoire de Marseille montre le contraire:
il y a déjà du génie dans cet opus, celui de Cosi fan
tutte, entre autres chefs-d’œuvre à venir…
Pour son adieu à l’institution phocéenne, qu’il
servit avec constance et talent durant près de
trente ans, le professeur de chant Claude Méloni
prouve qu’on peut, avec de la volonté et de la
persévérance, proposer des spectacles formateurs,
enrichissants pour les futurs musiciens… et
attrayants pour le public ! L’ensemble dirigé dans
la fosse par Philip Bride a fait preuve de goût dans
l’articulation des phrasés mozartiens, tandis qu’au
clavecin Julie Degiovanni a accompagné des
chanteurs bien préparés en coulisse pour surmonter
les difficultés de la partition, les situations
cocasses du livret et simplement… affronter les
feux (parfois stressants) de la rampe ! Le plateau,
constitué de Fabienne Hua, Marjorie Mulet,
Amandine Ancelin-Besset, Michaël Piccone,
Xiang Wang, Guilhem Bernard et Sébastien
Delgado, a fait preuve d’une belle maîtrise musicale
et scénique.
J.F.
34
MUSIQUE
CONCERTS
Haut le chœur!
Le Conte est bon !
Bradier se fond dans l’univers sonore
du compositeur Tôn-Thât Tiêt : un
délicat mariage Orient-Occident.
Il y a dans le va-et-vient des chanteurs, du chœur à l’antique côté cour
au ponton central dressé devant un
rideau de scène, tout à la fois de la
distanciation moderne, des postures
traditionnelles orientales comme de
l’opéra classique européen… et quelques images poussent l’amateur à
penser à Butterfly.
Le musicien quant à lui parvient à
Comme la chanson
du monde…
L'Ensemble Telemaque avec Brigitte Peyré et Alain Aubin © Agnes Mellon
L’Ensemble Télémaque a clôturé la
saison du Théâtre le Cadran à Briançon
le 5 mai avec la création de ses Folk
songs, avant de partir pour des
Excentrés dans les Hautes-Alpes avec
un programme en partie différent
(voir p 38). L’ensemble marseillais y
est en résidence régulière depuis
plusieurs années, et a noué des relations particulières avec le public…
Ainsi, accompagnés des choristes du
Briançonnais, Télémaque a offert une
véritable palette de chants et de
musiques du monde entier (France,
USA, Espagne, Allemagne, Italie,
Arménie, Azerbaïdjan) à partir des
Folk Songs de Luciano Berio, mais
aussi des partitions de Kurt Weill,
Astor Piazzolla et Manuel de Falla.
Sous la direction musicale de Raoul
Lay, grâce à ses orchestrations qui
surprennent par l’utilisation de percussions diverses, de l’accordéon et
de la harpe, ces Folksongs ont conduit
créer, à l’aide d’un dispositif instrumental minimaliste (une flûte, une
harpe, un violon et des percussions)
une «couleur locale» séduisante au
moyen d’un langage moderne accessible. Autour de notes polaires
soutenant les voix, se tisse une
texture d’arpèges et de trémolos, de
mouvements obstinés qui laissent
planer sur le drame une énigme. Estce le secret de l’arbalète ? Une
noirceur inquiétante, même dans les
tableaux festifs du mariage ou dialogue amoureux, laisse présager l’issue
funèbre. Roland Hayrabedian dirige
des chanteurs qui rendent crédibles
les personnages du Roi trahi, de la
Princesse naïve et du Prince félon,
arpentant avec talent les vocalises
récurrentes, les dessins mélodiques
chaotiques ou les sinueux passages
du «parlando» au «cantabile»… Un
succès mérité !
JACQUES FRESCHEL
au cœur d’un voyage «folklorique»
qui ne cherchait pas à être authentique mais à convoquer toutes sortes
de mémoires pour un concert
commun : un mélange de voix et
d’instruments, parfois surprenant et
souvent magique.
Les deux protagonistes, la merveilleuse soprano Brigitte Peyré et le
subtil contre-ténor Alain Aubin,
transmettent avec poésie, humour et
vivacité l’âme passionnée de ces
chants d’origine variée. Ponctuellement le chœur entrelace sa voix pour
accompagner les rythmes très contemporains de la percussion et des
mélodies de flûte, clarinette, harpe,
accordéon, violon et violoncelle. La
présence du chœur renforce l’aspect
populaire de ces chants, dans un
décalage avec le chant lyrique des
solistes . Le concert transporte dans
des coins d’un monde souvent inconnu, et constitue un bel hommage
créatif à la chanson populaire.
SARA MINARD
J.F.
Edith Canat de Chizy © Christophe Daguet
l'Arbalete magique © X-D.R
On est loin des premières mises en
scène maladroites des Contes de
Musicatreize ! L’Arbalète magique,
représenté au Gyptis le 16 avril, est
une réussite. D’abord parce que
l’histoire, inspirée d’une légende
fondatrice de Vietnam, touche tous
les publics, capte l’attention des plus
jeunes, que le livret de Tam Quy génère,
au fil du drame, un intérêt croissant
débouchant à l’épilogue sur une réelle
émotion… Aussi parce que la scénographie aux lignes épurées d’Henry
Le concert organisé par le centre
culturel Ani, dans le cadre de la
Quinzaine Culturelle Arménienne, en
partenariat avec la Mairie des 11e et
12e arrondissements de Marseille, a
rencontré un beau succès auprès du
public qui s’était déplacé, le soir de
Pâques, à l’église de Beaumont. On y
a entendu une formation vocale qui,
depuis sa création par Roland
Hayrabedian en 1978, fait la part
belle aux musiques d’aujourd’hui.
Le Chœur contemporain, fort de
près de 32 chanteurs, s’est trouvé à
son aise dans Suite de la nuit de la
compositrice Edith Canat de Chizy,
particulièrement dans les reliefs
donnés aux plans sonores, la richesse
des résonances, bouches fermés,
attaques percutées, sons hachés,
textes précipités… tout ce qui fait le
sel des opus contemporaines !
Dans le chant romantique, comme les
Motets de Mendelssohn, malgré des
qualités d’homogénéité et de mise en
place, l’ensemble a pâti en revanche
d’un déficit de nuances et d‘émotion
liée aux textes. L’entame de l’étrange
Messe de Brahms (passant illico du
Kyrie au Sanctus !) manqua d’un poil
de retenue et les sopranos y ont
lancé quelques sons raides dans
l’aigu ! À contrario, on a goûté sans
réserve aux séduisants Chants
religieux du Grec Komitas, ses
polyphonies colorées d’origine orthodoxe, ses mélodies modales et
bourdons typiques du subtil mélange
des répertoires populaire et savant.
SAISON GTP
MUSIQUE
35
Après Mozart… Beethoven !
Avec des têtes d’affiches
comme Barbara Hendricks,
Aldo Ciccolini, Anne-Sofie
von Otter et Philippe
Jaroussky, le Grand Théâtre
de Provence devrait
à nouveau attirer les
mélomanes en 2009-2010!
D’autant que ce carré royal
représente seulement la
partie émergée d’un
iceberg riche en genres
musicaux, personnalités
et répertoires…
Avec pour fil rouge
une statue : Beethoven !
tent… Un vaste chantier pris à bras
le corps par l’équipe aixoise, et qui est
en passe d’être réussi !
Guest star !
Dès la reprise automnale, au fil des mois,
on attend une flopée de vedettes. La
grande mezzo Anne Sofie von Otter
rendra un émouvant hommage à des
œuvres composées, présentées dans
l’univers concentrationnaire du camp
de Terezin, le contre ténor Philippe
Jaroussky chantera des musiques italiennes du XVIIe siècle. L’accordéoniste
Richard Galliano, accompagné d’un
quintette princier de cordes, jouera
Piazzolla et le violoniste Nemanja
Radulovic ses Trilles du Diable. Les
pianistes David Kadouch et Bertrand
Chamayou interprèteront respectivement les célèbres Tableaux d’une
exposition (Moussorgski) et Années de
Pèlerinage (Liszt). Anna Caterina
Antonacci chantera un oratorio imaginaire Altre Stelle mis en scène par
Juliette Deschamps, l’ensemble
Accentus Schubert et Rachmaninov…
Sans oublier les concerts jazz Manu
Katché, Lionel et Stéphane Belmondo, Stacey Kent…
Et c’est pour trois concerts que la
diva Barbara Hendricks se présentera sur le plateau aixois. Elle y
chantera Noël, avec l’Orchestre de
Cannes et la Maîtrise des Bouchesdu-Rhöne et du «Blues» avec un
quartette de jazz et le monumental
et sublime cycle de Schubert : Le
Voyage d’Hiver.
Anne Sofie von Otter © Mats Backer
Mozart l’année dernière, Beethoven cette
année ! Tel est l’axe défini par Dominique Bluzet pour la prochaine saison
du GTP… afin de jeter les bases d’un
avenir où il sera donné à entendre «des
œuvres de plus en plus exigeantes»…
Depuis deux ans, un premier pari est
gagné : celui de remplir régulièrement la salle du Grand Théâtre (1400
places !) avec des spectacles du niveau
des grandes affiches parisiennes, durant
les mois où le Festival d’Aix n’investit
pas l’espace prévu à l’origine par
Stéphane Lissner pour accueillir le
Ring wagnérien… Mais il reste encore
à fidéliser le public, en former de nouveaux (comme les jeunes générations)
en proposant des tarifs accessibles, à
défendre le patrimoine tout en étant
ouvert sur la création, à continuer de
proposer des «affiches» en faisant de
la place aux talents locaux qui le méri-
Spectacles
De nombreuses représentations sont
destinées à la jeunesse comme le poétique Cirque invisible de Jean Baptiste
Thiérrée et Victoria Chaplin, la la la
Opéra en chanson mis en scène par
Benjamin Lazar, la création de Boulevard du swing par les jeunes du Créa,
Chante-moi une histoire par la soprano
Agnès Mellon, l’Opéra de Sichuan.
On note également la présence de la
compagnie marseillaise Télémaque
Aldo Ciccolini © Luc Jennepin
Barbara Hendricks © Mats Backer
pour la reprise d’un étonnant spectacle tout-public : Le Cabaret des Valises,
composé par Raoul Lay et conçu
avec les artistes du Cirque Plume.
De la danse aussi, et de la meilleure,
créée dans la région, et abordable
pour le jeune public : la reprise de
Blanche Neige par le Ballet Preljocaj,
qui ravira tous ceux qui n’avaient pu
accéder aux premières représentations ; la création attendue d’Olivier
Twist par le Groupe Grenade (Josette
Baïz) ; la reprise de Folavi et de Schubert
in love, pièces très musicales justement
par le Ballet d’Europe (Jean-Charles Gil).
Quant à la venue de la Merce Cunnigham Company, dans un programme
pour 13 danseurs contenant un pièce
aléatoire (Split Side, 2003) et le ludique Squaregame (1976), elle promet
d’être un événement…
Beethoven pléthorique
Et pour honorer Ludwig, à côté d’un
concert pédago Beethov’on the rocks
par Jean-François Zygel, on enten-
dra ses Symphonies par l’Orchestre
Français des Jeunes, Anima Eterna,
l’Orchestre National de Montpellier,
le Sinfonia Varsovia, ses Concertos
par l’Orchestre National de Lille
(Augustin Dumay au violon), le pianiste Barry Douglas et la Camerata
Ireland (L’Empereur), le Trio Wanderer
et Les Siècles (Triple concerto), sa
musique de chambre par les Quatuors
Ebène et Ysaÿe, ses sonates (Isabelle
Faust et Alexander Melnikov)…
avec en point d’orgue, un récital
exceptionnel donné par le vieux
maître Aldo Ciccolini dans le «Clair
de lune» et l’«Appassionata»…
JACQUES FRESCHEL
Saison 2009/2010
Ouverture des abonnements
le 26 mai
04 42 91 69 69
www.legrandtheatre.net
36
MUSIQUE
CONCERTS
Enthousiasme et pertinence
Les Festes d’Orphée ont proposé, le 12 avril à Aix et le 14 à Marseille, un programme de motets festifs, rassemblant pour cette occasion les solistes, le
Grand-chœur et l’Orchestre Baroque. Pour commencer, l’Exaudiat te Dominus de
Francois Estienne, œuvre étonnante que l’Ensemble avait déjà donné l’occasion de découvrir en 2003 : encore une perle oubliée du patrimoine baroque
provençal ! qui, comme le lyrisme des programmes vendus à chaque manifestation oublie rarement de le rappeler, vaut bien les meilleures productions
versaillaises ! Œuvre digne d’intérêt donc, interprétée avec justesse et enthousiasme, notamment par Guy Laurent qui, d’un geste enflammé, en fit même
tomber sa partition !
L’Ensemble s’est ensuite attaqué au Concerto pour Violon BWV 1042. Quelques
petites défaillances de justesse notamment du coté du violon solo : les aléas,
sans doute, du diapason baroque quand l’accord s’applique à un orchestre
conséquent.
Des Festes finalement conclues sur les Vesperæ Solemnes de Confessore de…
Mozart ! Pourtant peu habitué à ce répertoire, l’Ensemble a fourni une performance remarquée sur une œuvre dont l’écriture contrapuntique et le dynamisme
étrange méritaient effectivement d’être soulignés. Mission accomplie une fois
de plus : de bonnes surprises, des découvertes et une prestation de qualité.
Grand choeur des Festes d'Orphee © X-D.R
SUSAN BEL
Vous aimez Brahms !
Deux immenses artistes, Michel Dalberto au piano et
Henri Demarquette au violoncelle ont offert au public du
Jeu de Paume, le 16 avril, un spectacle brillant et virtuose
La musicologue Christine Prost
présenta le concert dans une
introduction évitant tout jargon pour
introduire des œuvres au demeurant
complexes : les œuvres du «plus
classique des romantique», Brahms,
dont deux sonates ouvraient et
refermaient le programme, qui
comprenait la Sonate en La majeur de
Beethoven et un florilège de pièces
de Schubert, trois lieder dans leur
transcription par Michel Dalberto,
(Nacht und traüme, et deux extraits
de La Belle Meunière, Danksagung an
den Bach et Der Müller und der Bach).
Tout au long du récital les phrases
musicales respirent, se modulent,
usent de toutes les capacités du
violoncelle qui se fait voix expressive,
subtile, ironique ou emportée. Le
piano accorde corps et profondeur au
propos, avec un jeu d’une fluidité et
d’une élégance exceptionnelles.
Aucun effet facile, aucune note trop
jouée, les deux musiciens fondent
leur art au service de la partition,
unis par une intelligente complicité
que la magie de leur interprétation
rend sensible. Les rappels fusent, qui
nous offrent le plaisir d’entendre deux
pièces de Brahms, un lied transcrit
pour leurs instruments, Que la
mélodie coule, et une Danse
Hongroise endiablée !
MARYVONNE COLOMBANI
Michel Dalberto © Yannyck Coupannec
Révolte du chœur
Charmant programme que celui qui était donné en
matinée ce 9 mai. L’orchestre et chœur des classes
musicales du lycée Vauvenargues d’Aix-en-Provence
s’était mêlé aux chœurs du lycée Arthur Rimbaud
d’Istres (Dir. Jacques Losse) et du lycée Jean Lurçat
de Martigues (Dir. Françoise Espitalier), pour
présenter leur travail de l’année : une pièce drôle
dans laquelle un compositeur cherche à faire jouer
son opéra à un orchestre dissipé qui n’en fait qu’à
sa tête et ne joue et ne chante que ce qui lui
plaît… Prétexte ingénieux pour introduire un
répertoire qui va de Purcell à Gershwin en
musardant par Rameau, Haendel, Gluck, Mozart,
Verdi, Bizet, Puccini, sans compter quelques
intermèdes aux percussions balais, boîtes de
conserve et danse dynamique. La fraîcheur de cette
jeune troupe compensait largement les problèmes
de justesse, de puissance ou de placement des voix.
La mise en scène ne manquait pas d’humour, les
jeux de mots se succèdent, «ça bosse fort !», les
artistes se révoltent dans ce pastiche enlevé de
La compagnie Interlude © X-D.R.
Prova d’orchestra qui a réjoui un public complice et
bienveillant. Une mention spéciale au «sopraniste
syndicaliste» Tom Mebraki, dont la voix de falsetto
était très convaincante, et surtout à la «prima
donna» Eléonore Deveza de la Pena dont la
présence, la voix, tenaient déjà de la prestation
professionnelle. Un spectacle d’une jolie tenue.
MARYVONNE COLOMBANI
Interludes sera repris
à l’Olivier (Istres)
le 23 mai
04 42 55 24 77
www.scenesetcines.fr
38
MUSIQUE
AU PROGRAMME
Opéras
O Miréio !
Mireille est un formidable opéra ! Ce
chef-d’œuvre romantique mêle, sous la
lumière aiguë du soleil de Provence où
vivent légendes et superstitions, l’insouciance d’amours juvéniles à de sombres
destinées. Mireille, c’est l’éclat des
chœurs «Cueillez, cueillez magnanarelles», de la «farandole joyeuse et folle»,
mais aussi la noirceur maléfique du Val
d’enfer, l’aride désert de la Crau et l’ombre fantastique des bords du Rhône, de
son passeur funèbre…
Avec Faust et Roméo et Juliette, l’opus
constitue le sommet d’un prodigieux
triangle dont Gounod reste un maître
inégalé. Dans le sud, cette adaptation du
poème de Mistral est plus populaire que
dans les sphères septentrionales. L’ouvrage
fut assez négligé ces derniers temps,
mais constate un regain d’intérêt puisqu’en
plus de revenir sur la Canebière dans la
mise en scène de Robert Fortune (qui
Toutes les mêmes !
œuvrait déjà en compagnie du chef
d’orchestre Cyril Diederich lors du
centenaire de la mort de Gounod en
1993), il est annoncé cette année à
Tours, à l’Opéra de Paris (mise en scène
de Nicolas Joël)… et aux Chorégies
d’Orange en 2010.
À Marseille on attend, dans le couple
Mireille/Vincent, deux jeunes chanteurs
pleins d’avenir : la soprano coréenne Hye
Myung Kang et le ténor français Sébastien
Guèze qui affronteront respectivement
le redoutable Air de la Crau et l’inaltérable «Anges du paradis», succès
patent d’Alain Vanzo. Ils seront soutenus
par des valeurs sûres : le baryton Lionel
Lhote incarnera le bouvier rival Ourrias
quand la mezzo Marie-Ange Todorovitch
rayonnera sans nul doute dans la sorcière
Taven.
Hye Myung Kang © X-D.R.
MARSEILLE. Les 20, 22, 27 et 29 mai
à 20h et le 24 mai à 14h30.
Opéra 04 91 55 11 10 www.marseille.fr
JACQUES FRESCHEL
Cosi Fan Tutte (ou L’Ecole des Amants) de
Mozart serait inspiré d’une histoire vraie
dont on parlait à Vienne en 1790. Deux
frères, Ferrando (Avi Klemberg) et
Guglielmo (Andréas Wolf) sûrs de
l’inclination de leur fiancée Fiordiligi
(Evelina Dobracheva) et Dorabella (Carine
Séchaye), font un pari avec un vieil ami
célibataire Don Alfonso (Nicolas
Rivenq) qui doute de la fidélité féminine. Déguisé, chacun courtise la
promise de l’autre. Les deux jeunes
femmes résistent... et cèdent ! Cette
comédie galante qui reflète la fragilité
de la nature humain est un bijou
musical. Il est dirigé par Thomas Rösner
et mis en scène par Philippe Sireuil).
TOULON. Les 29 mai, 2 et 4 juin à 20h
et le 31 mai à 14h30 à l’Opéra.
04 94 92 58 59 - www.operadetoulon.fr
Folle Lucie
Idéale
Féminines
On avait aimé, y a deux ans à Marseille, le bel canto de Patrizia Ciofi dans Lucia di
Lammermoor de Donizetti mis en scène par Frédéric Bélier-Garcia. On retrouve
cette production au bord du Rhône, cette fois avec la soprano Désirée Rancatore
dans le rôle titre (direction musicale : Alain Guingal). Un drame romantique inspiré
de Walter Scott, situé dans l’Ecosse du XVIe siècle, narrant les amours contrariées de
Lucia et Elgardo (Vittorio Grigolo)… et qui se finit dans «La Folie» et le sang… of
course !
La donna ideale tourne dans le cadre
des excentrés de la Passerelle (Gap).
Avec Brigitte Peyré dans les Folk Songs
et Alain Aubin dans Haendel, Pergolèse,
Porpora ou Vivaldi orchestrés par Raoul
Lay (voir p 34).
Le Chœur de Dames des Festes d’Orphée
chante les Miserere et De profundis de
Nicolas Clérambault (le 4 juin à la
Chapelle de La Baume-les-Aix à 20H30
et le 5 juin à 20h30 à Marseille Chapelle
Ste Catherine), avant que le Grand
Chœur affiche le Requiem d’Audiffren (le
9 juin Eglise du St-Esprit à 20h30).
Les Excentrés – Jusqu’au 22 mai - 04 92
52 52 52
www.ensemble-telemaque.com
AVIGNON. Le 31 mai à 14h30 et le 2 juin à 20h30
Opéra-Théâtre 04 90 82 81 40 - www.mairie-avignon.fr
À deux
On a plaisir à retrouver en nos contrées
la formidable mezzo-soprano Magali
Damonte à l’affiche des concerts ! Cette
superbe Carmen se produit, en duo
complice et complémentaire (voire
équivoque ?) avec l’un des plus grands
contre-ténors de sa génération : Alain
Aubin. Le concert lyrique programme un
double répertoire baroque (Cavalli,
Monteverdi, Purcell, Haendel ) et
romantique (Berlioz, Fauré et SaintSaëns). Les chanteurs sont accompagnés
au piano par Jacques Chalmeau, chef
d’orchestre omniprésent sur la scène
locale en cette saison (Tournée de
l’Orchestre Philharmonique du Pays
d’Aix, Solomon de Haendel au Festival
de Musique Sacrée, en compagnie des
mêmes solistes, avec l’Orchestre & le
Chœur de l’Opéra de Marseille, le 12
juin à l’Eglise St Michel 04 91 55 11 10).
MARSEILLE. Le 29 mai à 20h30
au Théâtre Gyptis
04 91 11 00 91 www.theatregyptis.com
AIX. 04 42 99 37 11
www.orphee.org
Spectacles
Broadway de Marseille
À cordes
L’événement de cette fin d’année pour la Cité de la Musique est une affiche festive
autour d’airs de comédies musicales de Broadway (Magicien d’Oz, Singing in the rain,
West Side Story, Sound of Music...). Bernard Amrani a arrangé ces standards qu’il
dirige à la tête de l’Orchestre des élèves de la Cité et des Chanteurs de l’atelier
«Chansons en scène» dirigé par Anne et Philippe Gastine. Un concert hors-les murs
au Toursky, avec accueil musical par l’Orchestre au collège (dir. Jean-Marc Pongy) et
l’ensemble de clarinettes (dir. Christian Ricard). Première partie assurée par l’ensemble
de guitares, Jazz band (dir. Joseph Crimi).
Le Quatuor poursuit son spectacle désopilant Corps à cordes mis en scène par
Alain Sachs
MARSEILLE. Le 27 mai à 20h au Théâtre Toursky
04 91 39 28 28 - www.citemusiquemarseille.com
Et flûte !
Fin de siècle
Percussions
«L’Age d’or de la musique française de
1875 à 1930» à travers le journal de
Marguerite de Saint-Marceaux. Evocation
littéraire et musicale par Edouard
Exerjean.
Playblick, dernière création tout public
de l’ensemble Symblêma composée par
Alain Huteau. Trois marionnettes/percussionnistes voyagent à travers les continents
et font découvrir, avec humour et poésie,
les musiques du monde.
MARSEILLE. Les 16, 18, 23 et 25 juin
à 20h30 à la Villa Magalone.
04 91 39 28 28 www.citemusiquemarseille.com
AIX.Jusqu’au 19 mai à 20h30
(relâche le 17 mai)
Au Théâtre du Jeu de Paume
0 820 000 422
www.lestheatres.net
MARSEILLE. Le 29 mai à 15h et 20h30
à l’auditorium de la Cité de la Musique
04 91 39 28 28 www.citemusiquemarseille.com
Fin du cycle consacré à Mozart, avec La Flûte
enchantée par la troupe Comédiens et Cie:
un remake «mêlant danse et masques, cascades et chants, burlesque et fantastique.»
MARSEILLE. Le 14 juin à 15h
Station Alexandre. À 11h30 Maximilian
Fröschl conduit un débat
sur les relations de Mozart
avec la franc-maçonnerie.
04 91 00 90 00 www.station-alexandre.org
Contemporaine
Lonesome cow-boys
Le prochain concert commenté par Raoul Lay, du cycle
«Ouvertures solistes» de l’Ensemble Télémaque, s’intitule Les
Subjectifs. Le programme est conçu autour du très original
Quintette op. 39 de Prokofiev pour hautbois (Blandine
Bacqué), clarinette (Linda Amrani), violon (Jean-Christophe
Selmi), alto (Pascale Guérin) et contrebasse (Jean-Bernard
Rière), auquel s’agrègent des pièces solistes de Denisov,
Ohana, Hindemith, Murail, Hersant et Penderecki… autant de
personnalités singulières (et souvent solitaires) dans la
fourmillante mosaïque du XXe siècle musical.
Esprit d’ouverture
Acousmatique
Lucie Prod’homme et ses «Acousmonautes» invitent, pour leurs Foliephonies,
le compositeur Alain Savouret.
MARSEILLE. Le 18 mai à 20h30 –
Cité de la musique – Entrée libre
04 91 39 28 28 –
www.citemusique-marseille.com
De nombreuses manifestations sont accueillies par Jean-Marc
Montera dans l’enceinte du Grim (Groupe de Recherche et
d’Improvisation Musicale) à Montévidéo. S’y enchaînent un
festival universitaire de productions musicales (Architectures
contemporaines le 16 mai à 18h), du Noïse Rock expérimental
(Lightning Bolt + Duracell le 27 mai à 20h30), un de ces
concerts/performances volontairement dé-concertant, mêlant
sons et arts plastiques (Lucky dragons le 9 juin à 21h) et, à
même le cours Estienne d’Orves, le guitariste «protéiforme»
Jean-François Pauvros (Même pas peur, le 11 juin à 21h).
De quoi satisfaire la curiosité !
MARSEILLE. Le 9 juin à 20h30 au Théâtre des Bernardines
04 91 39 29 13 - www.ensemble-telemaque.com
MARSEILLE. 04 91 04 69 59
www.grim-marseille.com
Voix inouïes
D’hier et demain…
Musicatreize et le Chœur contemporain
se produisent, sous la direction de
Roland Hayrabedian, dans un programme riche, virtuose et impressionnant de
couleurs vocales dissonantes et modernes. De Johann Hermann Schein des
extraits de Fontaines d’Israël, de François
Paris Éléments de vocabulaire pour dire
peut-être quelque chose de simple et de
doux (d’après l’œuvre plastique au néon
de Martial Raysse conservée au Musée
d’Art Contemporain de Bonneveine),
d’Annette Mengel Masal, d’Edith Canat de
Chizy Suite de la nuit, de Maurice Ohana
Tombeau de Louize Labé et de Félix
Ibarrondo Oroïpen.
Comme on s’approche de la Place Bargemon au pied de l’HôtelDieu et derrière celui de la Ville, on perçoit un tintinnabuli de
percussions métalliques. Parvenu sur l’esplanade, l’orchestre est
là, noyé au centre d’une foule de curieux qui, nimbée de
sonorités lumineuses se trouve un peu transportée en Asie du
Sud-Est sur l’île de Bali. Le Festival Les musiques revendique
son pluriel en s’ouvrant sur de nombreux phénomènes sonores,
cultures et techniques… Il débute au printemps par un concert
de gamelan, ce fameux instrument intégré au social et à la
spiritualité balinaise qui fascina Debussy. Son ordre hiérarchique
pyramidal (comme le volcan même de l’île), du gong grave aux
métallophones stridents, sa rythmique immuablement binaire,
génèrent de multiples couleurs qui enluminent le plein-air et
ravissent le public captivé par la pantomime experte d’une
danseuse locale…
Quelques lieues plus loin on découvre, sur le toit de la Friche
de la Belle de mai, des bacs contenant des plantes récoltées
in situ : géraniums, plantes grasses, chardons… Un jardin
urbain, agencé en carrés doucement irrigués autour desquels on
s’arrête pour écouter une nébuleuse acoustique de sons de
synthèse signée Olivier Renouf ! Ce laboratoire végétal D’icilà un point zéro est à découvrir jusqu’au 24 mai (coucher du
soleil en prime avant 21h, voir page 53).
MARSEILLE. Le 12 juin à 20h
au Temple Grignan
Atelier d’écoute préparatoire animé
par Jean-Christophe Marti le 2 juin
à 17h à L’Alcazar (entrée libre)
04 91 00 91 31 - www.musicatreize.org
Ni Made Pujawati, danseuse balinaise © X-D.R.
J.F
Le Festival les Musiques
se poursuit jusqu’au 26 mai
www.gmem.org
Concerts
L’Ensemble Vocal d’Aix-en-Provence
OPUS 13 et Lucie Roche (Alto), l’Orchestre de Chambre de Toulon et du Var,
interprètent le Dixit Dominus de Vivaldi
et le Requiem de Hasse.
AIX. Les 15 mai à 21h et 17 juin
à 17h30 à l’église du ST-Esprit
04 42 28 62 95
Septuor de Beethoven (le 23 mai à 17h
au Foyer). Création d’un Hommage à
Claude Nougaro par Didier Lockwood
et le Big band de l’Orchestre de l’Opéra
(le 5 juin à 20h).
MARSEILLE. Opéra 04 91 55 11 10
http://marseille.fr
L’Orchestre du Conservatoire joue Bach
et Vivaldi (24 mai), l’Orchestre Baroque
de Nice accompagne une mise en scène
reconstituée de La Giuditta de Scarlatti
(28 mai) et l’Orchestre des Jeunes et
de la Méditerranée reprend L’Evangile
selon Jean d’Abed Azrie (le 7 juin).
MARSEILLE. Concert à 20h30
Eglise St Michel
04 91 55 11 10 – http://marseille.fr
L‘ensemble Baroques-Graffiti confronte
les claviers avec Pianoforte o Fortepiano ?
MARSEILLE. Le 28 mai à 21h
à Urban Gallery (3 rue Mazenod)
04 91 64 03 46
Bach, Schein et Schutz par Les Offrandes
Musicales (dir.Jérôme Cottenceau) et
l’ensemble vocal Hymnis (dir. Bénédicte
Pereira).
AIX. Le 13 Juin à 21h
à l’ Eglise du Sacré cœur.
MARSEILLE le 14 juin à 18h
à l’ Eglise Saint-Laurent
Les Solistes de l'Orchestre PoitouCharentes dirigés par Jean-François
Heisser, Marie-Josèphe Jude (piano) et
François-Marie Drieux (violon) jouent
Dvorak et Berg.
ARLES. Le 5 juin à 20h30 - Méjan
04 90 49 56 78 - www.lemejan.com
Concert avancé du Festival d'Aix : le
Quatuor de Ravel et Le Carnaval des
animaux avec le Quatuor Modigliani et
Julie Depardieu.
AIX. Le 15 mai à 20h au GTP
www.festival-aix.com
08 20 922 923
ou www.legrandtheatre.net
04 42 91 69 69
9e symphonie de Beethoven.
AVIGNON. Le 11 juin à 20h30
04 90 82 81 40
www.operatheatred’avignon.fr
40
MUSIQUE
DISQUES
Haendel est mort en 1759, Haydn en 1809, année
même de la naissance de Mendelssohn…
En 2009 on célèbre ces trois monuments de l’histoire
de la musique. Voici donc, parmi les nombreuses sorties
discographiques qui leur sont consacrées, une triade
d’enregistrements originaux.
Mendelssohn
au pianoforte
Haydn :
Trios avec piano
Cyril Huvé est un spécialiste du pianoforte du XIXe
siècle auquel il consacre de nombreux enregistrements. C’est sur un Broadwood de 1840 qu’il livre des
compositions de Félix Mendelssohn écrites entre 1827
et 1841. Si l’on connaît l’œuvre pianistique de ses
contemporains Chopin, Liszt et Schumann, celle de
Mendelssohn s’avère moins «populaire», peut-être
parce que moins brillante, moins immédiatement
«accessible»… et surtout moins jouée (on a tendance
à aimer ce que l’on entend souvent). Il faut écouter
les Barcarolle, Sonate, Prélude et Fugue, Variations et
Etudes de celui qui était considéré par Schumann
comme «le premier musicien de notre époque». On
entend également, dans ce bel enregistrement,
Erinerrrung 4 XI de Schumann justement, composé à
la mémoire de son ami mort en 1847.
On dit que Joseph Haydn est l’inventeur Trio avec
piano. Si le Viennois est réputé pour ses nombreux
Quatuors à cordes, on n’oublie pas le reste de sa
musique de chambre : en particulier justement ses
quelques 45 Trios avec piano, fondateurs certes, mais
d’une grande variété. C’est sans doute pour affirmer
leur penchant pour Haydn, qu’en 2003 Renaud
Déjardin (violoncelle), Saskia Lethiec (violon) et
Jérôme Granjon (piano) ont choisi pour nom Hoboken
en référence au musicologue qui a classé l’œuvre du
compositeur. Après un disque consacré à Dvorak et
Smetana ou des complicités exogames avec Richard
Galliano, les trois jeunes musiciens gravent donc
Haydn et quatre opus de la période londonienne : leur
élégance naturelle, leur goût de la belle phrase
chantée et leur entente perceptible réjouissent
l’auditeur.
J.F.
J.F.
CD LYRINX LYR 263 DISTR.
COADEX
CD PARATY 208.106 DISTR.
INTÉGRAL
La Bartoli dans Haendel
Semele est à l’origine un oratorio, c’est-à-dire une œuvre
non représentée, détail dont on fait fi aujourd’hui,
arguant que ce type d’ouvrage n’a souvent ni plus ni
moins d’intérêt dramatique que les opéras pur jus.
L’argument est tiré d’Ovide : Jupiter prend forme
humaine et séduit Sémélé (à moins que ce ne soit
l’inverse ?) avant ses noces, provoquant la colère de
Junon. L’ambitieuse aspire à l’immortalité, exige de
Jupiter qu’il se montre sous sa forme divine… et périt
foudroyée !
En 2007 en Suisse, William Christie dirigeait l’orchestre baroque La Scintilla, tandis que les chœurs de
l’Opernhaus et les solistes se mouvaient dans un décor
épuré (Patrick Kinmonth), paré d’un grand lit ou de
chaises rangées, au gré de la mise en scène sensuelle
et soft, sorte de farce olympienne déplacée à la cour
d’Angleterre, signée Robert Carsen (arrangée d’Aix
1996). L’atout principal de ce DVD, attendu depuis
deux ans, réside dans l’interprétation de la diva romaine.
Cecilia Bartoli apporte de fait une profondeur, une
hardiesse flamboyante, une sensibilité naïve, fascinante, aux mille couleurs. Son jeu d’actrice la fait
passer de l’appréhension à l’étonnement, de l’enthousiasme au courroux et son chant magnétique transcende
ses partenaires. Il pétille dans Myself I shall adore,
éclate en typhon dans No, no ! I’ll take no less, tout
en espièglerie dans Endless pleasure… Et que les
pianissimi de O sleep s’avèrent lascifs et inquiétants !
Les trilles crépitent dans With fond desiring : l’imagination fait force de loi dans chaque trait… Si bien
que les superlatifs manquent pour qualifier son
incarnation !
JACQUES FRESCHEL
2DVD DECCA 074 3323
Musiciens
Académies
«Comment donner à comprendre par le
seul travail ?… Afin de mieux encore entendre la musique et ses musiciens…» voici
comment Marie-Claude Treilhou définit
la problématique mise en œuvre dans
ses trois films documentaires. On s’y trouve bien loin de l’idée suggérant qu’on
peut, à coup de baguette magique (d’un
stage au «château» ?), réussir à toucher
à l’art…
Lorsqu’on assiste à un récital de piano,
un concert choral ou symphonique, on
n’envisage pas toujours le travail
entrepris, souvent depuis l’enfance.
«Répétition» est bien le terme qui convient au travail du musicien, amateur
ou professionnel : car tout y est question de persévérance et de soin apporté
au détail. Peu à peu, à force de contrôle et d’acquisitions techniques, l’émotion
aura une chance de surgir…
Certains se reconnaîtront peut-être dans
les cours enthousiastes donnés par
Edouard Exerjean (pianiste bien connu
à Marseille où il joue régulièrement)
dans la petite salle du conservatoire du
13e arrondissement de Paris. D’autres,
dans le long travail de justesse, de
soins apportés aux dynamiques, aux
sonorités de la chorale amateur de cette
même école, qui sous la direction de
Claire Marchand est conduite des
premières auditions au concert final.
Conçu comme une forme en excroissance, en crescendo, du b-a-ba ânonné
sur un piano d’étude aux formations
larges, chœurs d’enfants et d’adultes, le
triptyque s’achève avec les «pros» de
l’Orchestre de Paris. Là, les difficultés
et les enjeux se déplacent de la «technique» vers une vision plus «artistique», mais
demeurent au centre des préoccupations
du musicien : un métier décidément
difficile… mais admirable !
JACQUES FRESCHEL
Coffret 3 DVD
En cours de musique,
Les Métamorphoses
du chœur et Couleurs d’orchestre
Les Films du Paradoxe
41
Main de maître
Deuxième coup de semonce
Aux Djembés d’or de Conakry, Takana
Zion a vu récemment ses efforts récompensés chez lui, et ce à juste titre :
l’album «Reggae de l’année» est le
deuxième essai de cette jeune pousse
de 23 ans, qui a su s’entourer d’artistes
«Makasound» comme Victor Demé ou
Winston Mc Anuff, sous les ordres de
Manjul. Ce sorcier du son a laissé de
coté sa griffe dub pour peaufiner ici un
reggae plus terre à terre (Reggae Donkili
ou «Anawafe») fait de substances charnelles moins aériennes, qui supporte la
diversité étonnante de cet artiste. En
élève brillant, il sait transfigurer les
styles, du Blues le plus touchant au
Ragga Dancehall le plus enlevé, se
démarquant des produits estampillés
«reggae africain» qui se ressemblent un
peu tous…
Avec 5000 exemplaires de Zion Prophet
vendus, il a conquis un large public et
dévoilé ses multiples visages, sans pour
autant se camoufler derrière eux.
Quand il soutient son équipe de foot
(la Guinée est en phase éliminatoire de
la coupe du Monde), ce Sizzla africain
devient sauvage (Mama Africa), mais
sait aussi se fondre dans le moule FM
pour toucher une autre génération
(dans Jeune fille). Cernant tous les
sujets, du parcours politique de Sékou
Touré à sa volonté de Liberté, il vise
juste. S’il a des artifices en réserve, on
attend un concert explosif à Marseille
pour sa première venue ici (voir p 44),
et un long parcours pour le soldat de
cette armée, rassemblant de nouvelles
recrues un peu partout en Afrique.
X -RAY
Takana Zion - Rappel
à l’ordre (Makasound)
Doigt devant !
Les infatigables voyageurs des Doigts
de l’Homme sont de retour avec leur
troisième album intitulé sobrement Les
doigts dans la prise, et du monde ils en
déplacent dans leurs shows virevoltés
et électriques. Le trio manouche est
devenu quartet et s’enrichit d’une
palette aux influences larges et
bienvenues : tzigane bien sur, humour
toujours, rock swing et un brin de
nostalgie des fameux regrettés VRP.
Rythmique et pompe à la Django relèvent ce condensé de folie qui réunit
quatorze titres à découvrir. Doigts agiles
sur les frettes des guitares et banjos,
doigts de velours à la contrebasse et
tissu métissé d’un oud forcement orientalisant annoncent la couleur, ou plutôt
une mosaïque chromatique pleine de
vie. Du rock manouche avec des improvisations débridées à vivre et à danser,
du jazz insolite loin d’être monochrome
où l’agilité des instrumentistes se fait
virtuose. Pas d’artifices réducteurs dans
cette nouvelle galette, mais une
authenticité inventive.
Les Doigts dans la prise
Les Doigts de l’Homme
Cristal Records
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Divan amoureux
Le Marseillais Richard Lesage est un
romantique comme on n’en croise plus
beaucoup dans notre paysage musical,
type chanteur de charme dont l’invitation posée délicatement Sur un Divan
ne peut se refuser. Nostalgique du musichall sans pour autant tomber dans les
clichés sempiternels, le crooner poète
nous emmène dans une balade poétique, sensuelle et sensible. Aux confins
du jazz, du tango ou de la bossa-nova,
ce nouvel album plein de douceur s’ins-
talle confortablement dans les contrées
d’un music-hall nourri de textes amoureux. L’auteur compositeur interprète
allie un sentimentalisme raffiné à un
swing orchestral bien charpenté.
Rythmique veloutée au balancement
feutré, un nouvel opus soyeux à savourer bien installé sur un divan. Rouge le
divan, comme l’amour que chante
l’esthète passionné.
Sur un divan
Richard Lesage
F.I.
Le cas Canté
Qu’est donc cet objet sonore non identifié ? Une installation vivante autour
d’un piano. Un piano pas comme les
autres, préparé électroniquement et
soumis à l’inspiration de l’Human Robot
Nicolas Cante. À l’heure où la composition s’est enrichie de «bruits», travaillés
ou pas, et où l’électronique fait partie
du matériau compositionnel, Mekanik
Kantatik illustre la symbiose entre un
instrument utilisé comme matière
(cordes, bois, fers) et une technologie
partenaire de la création. Jazz, pop,
Consolons-nous de l’annulation des
Last Poets avec ce joyau signé Larry
McDonald. Pour suivre son sillage musical, il faut le resituer comme LE
percussionniste de Gil Scott-Heron
(jamaïcain d’origine lui aussi), mais
également de Peter Tosh (Bush Doctor),
de Taj Mahal (le bluesman caribéen
échoué en Californie) et même de Soulfly!
À New York, sa deuxième patrie, il a
participé au Ska Revival de Dave
Hilliard (ancien Slackers) ou à la mouture roots-instrumentale de Dave Hahn
(guitariste d’Antibalas) Dub is a weapon.
Pour célébrer ces cinquante ans de
carrière, il sort enfin cette année… son
premier album !
Le concept original de Drumsquestra a
été de réunir les meilleurs batteurs,
percussionnistes et chanteurs et de
naviguer en parfaite fusion sur des
rythmes entraînants et des paroles
avisées. Les rythmes menés tambours
battants partent de Jamaïque (Head
over Heels) pour visiter le Brésil, la Côte
d’Ivoire (Backyard Business), l’Inde ou
les USA, au gré des courants qui ont
inspiré le musicien, invitant à chacun
de ces voyages l’accompagnateur idéal.
Le chant froissé de Stranger Cole ou le
Gospel de Toots sur de la Go-Go House
peuvent dérouter, mais la Dub Poetry
ou le rap de Bobby Davis alias Shaza
(dans No More) tiennent la barre, tant
le courant hip hop et le coté Rebel du
Reggae vont dans le même sens que le
mouvement noir contestataire senti à
l’époque chez Abbey Lincoln ou… Gil
Scott-Héron.
La richesse du fond efface la simplicité
instrumentale, uniquement percussive.
Un océan de bien-être (Peace of Mind)
prend place pour ralentir le rythme, on y
entendra même Mento Larry frapper sur
des rochers, au fond de la grotte de
Runaway Bay.
Il conclura ce Jubilé en «slamant» tous
les pionniers du Jazz dans son île
natale, une façon de les inviter à cette
croisière peu banale agitée uniquement
de peaux et de claves…
X -RAY
techno et musique expérimentale
alimentent sonorités mécaniques et
organiques de ce projet au doux nom
de Sounds… from my piano. Reich est
passé par là mais l’aixois fondu l’a
simplement intégré dans son processus
fantasque et n’en fait pas une maladie.
Le résultat sonore est surprenant. Seul
à son clavier trafiqué, le cas Canté
mérite une audience à la hauteur de
son talent lors du prochain festival
Mimi en juillet prochain.
F.I.
Mekanik Kantatik
Sounds… from my piano
Nicolas Canté
DFragment Music, La Baleine
Distribution
Larry McDonald – Drumquestra
(MCPR music/I welcom)
42
MUSIQUE
CONCERTS
Aubaine
aubagnaise
Remontons le cours de l’Ubelka,
(nom ancien de l’Huveaune
et un des titres du prochain album
de Jo Corbeau) pour cueillir
les moissons musicales que toute
l’équipe de l’Escale défriche
sans relâche…
Au printemps à Aubagne, les consciences rebelles
de tout bord se sont exprimées sur des genres peu
habituels. Les concerts de Luciole et Ziggi ont été
un franc succès, et la soirée du RAMA (Rassemblement d’Artistes) a proposé de s’interroger sur
l’avenir de la création avant de présenter Boa Fé
(avec le chanteur des Sons of Gaïa, qui sortent leur
cd ce mois-ci) ou l’ancien lead de Supa kémia
rebaptisé Tony Tonda. Orchestrée depuis 2001 par
Nomades Kultur, toute une pépinière d’artistes est
irriguée ici, de Kabbaroots à Kabbalah (découverte Printemps de Bourges 2009), avec Leute
cette saison. On retrouve ces trois lauréats dans la
programmation du mois de mai, pour les deux
derniers ensemble (soirée gratuite du 15 mai) et
pour le Kabbaroots, toute la nuit du lendemain,
pour une confrontation amicale avec 4 soundsystems de la région, sélections musicales jugées à
l’applaudimètre…
Ce lieu passe aussi volontiers les « clefs » de sa salle
aux musicos, comme Juan Carmona qui mettra les
petits plats dans les grands le 20 mai : flamenco,
danse (Manuel Guttierez) et Tapas seront au menu
de cette veille de férié !
L’Escale organise aussi des anniversaires : le Fair
fêtera ses vingt ans (28 artistes en tournée
jusqu’au 21 juin à Paris) avec Watchaclan le 29
Watcha Clan © X-D.R.
mai, seul groupe de la Région à vendre des cds…
à l’étranger. Aujourd’hui de vrais pros, ils ont
consigné leur dernier album à la table des plus fins
mixeurs pour un faux blind-test, et la couleur de
leur prestation live sera très attendue. Ils seront
entourés des réunionnais de Zong et du DJ Danton
Eeprom, tous empreints de senteurs nomades
récoltées aux quatre coins du monde. Comme quoi,
contrairement à la specificité retenue par MPCEC13
pour caractériser le patrimoine aubagnais, il n’y a
pas que les santons d’argile qui s’exportent !
Aubagne se tourne vers le monde en musique !…
X - RAY
Aix électrique
Bruantesque !
5 minutes chez Bruant est à coup sur un évènement à ne pas manquer! Le cabaret corrosif sera
en direct du théâtre Marie-Jeanne du 15 au 17
mai. Le cabaretier chansonnier Aristide Bruant est
dépeint façon tragi-comique par les deux commères
Nini Dogskin et Lorraine Bert, avec aux manettes
musicales Thomas Giry. Le portrait fracassant du
père de la chanson dite réaliste, roi de l’invective,
est sur les planches par deux spécialistes du genre.
F.I.
Le festival Seconde Nature s’installe à la Cité du
Livre pour sa 3e édition. Toujours tourné vers les
musiques électros et les arts numériques, le Festival
inclut aussi dans sa programmation des performances multimédia, notamment avec le Théâtre
du Centaure, le Sho(u)t version 02 de Vincent Elka
et les promenades insolites de Mathias Poisson et
Manolie Soysouvanh, ou celles d’Adelin
Schweitzer et redSugar. Du
cinéma documentaire aussi, avec The Den (La
Tannière) d’Alain Della Negra et Kaori Kinoshita
et Feiern (Don’t Forget To Go Home) de Maja
Classen. Mais l’essentiel de la programmation
s’appuie sur l’électro et les arts visuels, avec des
live promis qui devraient régaler les passionnés :
Moderat qui allie le beat de Modeselektor et
Apparat aux visuels des collagistes Pfadfindereï,
Danton Eeprom en compagnie de C. Real, le
Cosmic Disco de The Emperor Machine, The Chap,
le retour de Chloé aux platines, le dandy Andrew
Weatherall entre autres…
DO.M.
The chap © Lisa Blanning
Seconde Nature
Les 5 et 6 juin
Cité du Livre
04 42 64 61 00
www.secondenature.org
www.ninicabarets.org
5 minutes chez Bruant © X-D.R
43
Gravitons et vibrions
Seyne ouverte
Organisés pour la sortie du premier album
de Fred Nevchehirlian, ces trois jours ont permis
de plonger dans l’univers éclectique d’un artiste
qui navigue entre slam lyrique et rock obsessionnel
Détendu et heureux, on a pu voir des couleurs urbaines
en lieu et place des anciens chantiers navals de la Seyne
sur mer pour un week-end du 1er mai festif, et optimiste
Tout a commencé dans l’intimité de
la Meson, avec le blues teinté d’Afrique
de Christophe Isselée, compagnon
de route de Vibrion. Puis un moment
rare en compagnie de Marcel Kanche:
musique intimiste, paroles désespérées, voix sombre, cet artiste sans
concession a offert un concert littéralement habité.
La deuxième soirée, au Cabaret Aléatoire, fut plus légère, entre le «free
blues» de No Bleu, projet d’un autre
membre de Vibrion, Eric Cartier, la soul
fiévreuse de Sandra Nkaké, qui a enflammé le public, et les Nevchehirlian
en quintet, soit leur formation la plus
rock.
Le festival s’est achevé dans l’écrin du
Gymnase, avec Nevchehirlian en trio,
pour un set tout en violence contenue et tension permanente. Ce cadre
collait parfaitement à l’univers de bric
et de broc des Cocorosie : une ambiance entre comptine enfantine et
folk hippie, où s’immisce insidieusement l’angoisse.
Au final, Gravitations a tenu ses
promesses.
MYSTIC PUNK PINGUIN
www.myspace.com/nevchehirlian
Fred Nevchehirlian © Pirlouiiiit - Liveinmarseille.com
On aurait pu être frustré, après la manif’
du matin, et rentrer chez soi ruminer
ses problèmes.. Mais le premier mai
est un fête populaire et la Chourmo
a repoussé la morosité avec sa comédia provençale... Et si le repas familial
ne fait plus l’unanimité pour que les
générations se retrouvent, Idir a joué
le lendemain avec les jeunes fans de
R&B pour contenter tout le monde…
Et quoi de mieux que du Reggae, pour
installer un esprit cool dans un
festival sain… et sauf ?
Cette programmation familiale se
prolongeait avec d’autres concerts
mais le week-end passé sur l’Esplanade Marine s’est révélé un franc
succès : chapeau bas pour le son et
l’organisation infaillible… Les toulonnais de No More Babylon étaient à
l’honneur pour ouvrir le bal avec le
groupe de Seyni (« sur scène à la
Seyne » a-t-il relevé !) pour la touche
plus traditionnelle ; puis c’est le père
fondateur du style DJ, U-Roy, qui
passe en revue les styles, du Rock
steady de ses débuts au son anglais
actuel, oubliant toutefois l’apogée de
sa carrière, ses cris stridents dans
l’écho du roots ! Tout comme Pablo
Moses, cet artiste n’avait pas d’actualité et ne répétait qu’un répertoire
qu’il connaît par cœur. Dommage ?
Pour leur premier grand rendez-vous
sans Lux B., les Massilia Sound System
ont donné un bon coup de lifting à
leur son, avec notamment la présence
Idir © X-D.R.
de scratcheurs, un peu envahissants
néanmoins. Ils ont aussi mis leurs
projets solos en évidence : le son
inédit de Rit sur les textes de Jali a
fait son petit effet, d’autant que les
galéjades bruyantes du Oaï star ou
les comptines naïves des Jovents
avaient un petit goût de déjà
entendu. Plutôt que le sempiternel
pastaga servi au premier rang, on
s’attendait certes à un autre partage !
mais la liesse nous fera oublier les
imperfections.
Mais comment ne pas capter l’écart
de panier moyen entre le spectateur
et ceux bien tranquilles, assis sur le
pont de leur bunker-yacht, garé sur
le coté de la scène ? La municipalité
de la Seyne a comblé le temps d’une
fête cet écart, qu’un tel festival se
doit de pérenniser les prochaines
années, avec encore plus d’audace.
X-RAY
Exceptionnelle noirceur
Ce 16 avril au Poste à Galène s’est
tenu un concert d’une rare intensité,
celui du projet l’Angle Mort. Il s’agit
de la rencontre entre le rap rageur de
Casey, qui allie une intelligence des
textes avec une véritable puissance
physique et surtout une rage exceptionnelle ; de Hamé, membre de La
Rumeur, ce qui se fait de mieux en
hip-hop intelligent et revendicatif
depuis plus de 10 ans ; et le trio bruitiste
Zone Libre à savoir Serge TeyssotGay (Noir Désir), Cyril Bilbeaud (Sloy)
et Marc Sens, qui délivre un rock tendu, sombre et incandescent. Le résultat?
Une musique oppressante, violente,
viscérale et obsessionnelle, entre
anéantissement et rage. La noirceur et
la colère des paroles sont soutenues
par une bande-son à l’unisson.
Dès le premier riff de guitare de l’Angle
Mort et jusqu’au bout, à aucun
moment l’intensité, la tension ne
sont redescendues. Depuis l’étouffant
et très littéraire Le Mur, en passant
par l’héritage de la « colère créatrice »
de Césaire, Fanon et Angela Davis
revendiqué dans Les Mains noires, et
le manifeste Ici, Maintenant ! qui en
appelle «à l’insoumission, à sa
beauté, à sa flagrance.». Seul regret
de la soirée, se dire que ce concert
exceptionnel a déjà eu lieu...
MYSTIC PUNK PINGUIN
http://langlemort.la-rumeur.com
Casey © Pirlouiiiit - Liveinmarseille.com
44
MUSIQUE
CONCERTS
Le grand Sault
La seconde édition du festival Sons Dessus de
Sault se déroulera les 30 et 31 mai dans le joli
village vauclusien de Sault. Sous la houlette de
l’association Le phare à Lucioles et de son
généreux et actif mentor Loïc Guénin, ce festival
pas comme les autres s’invite dans les rues, places
et chapiteaux du bourg où une quarantaine
d’artistes professionnels et une centaine d’artistes
amateurs côtoient une bonne partie des collégiens
et lycéens préparés avec soin à ce grand projet
culturel. Au programme de cette entreprise
fédératrice et inventive, des fanfares, de la vidéo,
de la photo, des installations, de la musique
improvisée, des rencontres, des créations. De la
Grande Fanfare au Minimal Orchestra en passant
par The Pop en Stock et l’ensemble vocal
Dunumba du collège, la belle affaire occupera les
rues de 10h30 à 1h30 du matin pendant deux jours,
avec un programme varié et festif.
F.I.
Minimal Orchestra© pixbynot.com
À vos marques !
Un guide pour toutes vos sorties sera précieux tant les rendez-vous musicaux
noircissent notre agenda !
volontiers notre César à Moktar Samba annoncé
live in Marseille le 3 juin (Espace Julien), mais les
plus tafeurs sauront que c’est à Chateauneuf-deGadagne qu’il faut être (!) pour voir Anti-pop
Consortium (7/6), combo hip hop des plus novateurs, dans une commune qui n’a pas froid à la prog’…
Rien que le 29 mai, la nouvelle vague sera présente
avec David El Malek (Cri du Port), Seun Kuti (SixFours), les fanzyos hip-hop de la Méthode
(l’Affranchi) et le reggae tactique de l’Africain
Takana Zion (Poste à Galène), après Krystle
Warren en solo et in Situ dans ce même lieu (le 16
mai).
Un scoop pour finir, à confirmer : le Théâtre de
l’œuvre accueillerait le sang neuf du Brésil, Marcos
Sacramento (le 13/6)...
X-RAY
… Partez !
Sara Lazarus © X-D.R
Soyons ravis de tant de festivals : après Tighten
up (14 et 16 mai – Cabaret Aléatoire) où les talents
locaux (Muhammad Ali ou le Donz) côtoient le groove
confirmé des têtes d’affiche (Beat Assaillant ou
Herbalizer), les sympas Métis ta Zik invitent les
Freestylers et Sebastian Sturm, sur la même
longueur d’ondes (23 Mai – Docks des Suds).
Un plateau tous azimuts pour la Fête du Soleil
(Brésil, Maroc, 6 et 7 juin – Noailles) et concerts
and co jusqu’au show d’AC/DC au Stade et à
guichets fermés (9/6). Vous pourrez sortir pour
passer un bon moment avec Al Benson (père et
fils) dans le nouveau Théâtre de Sainte-Marguerite
(22/5), prendre l’air du Lubéron Jazz Festival (du
20 au 24 mai) avec Sara Lazarus le 22 ou danser
avec l’Orchestre national de Barbès (13/06 Chateauvallon), toujours sur la fréquence Sud.
L’Usine d’Istres délivre des senteurs folks en fin
de saison, avec la belle Grace et le vieil arbre
Calvin Russell (les 15 et 23 mai). On remettra
20 ans ça se fête ! Charlie Free se met en quatre
au Domaine de Fontblanche (Vitrolles) pendant
deux jours (5 et 6 juin) pour célébrer comme il se
doit les bons et loyaux services rendus au jazz.
Stage d’improvisation de Louis Sclavis, concert des
élèves, déambulation de la fanfare Samenakoa,
duo intimiste Delaunay/ Van den Heuvel et pour
clôturer en beauté quelques sets du nouveau
quintet Lost on the way de Sclavis. Et du côté de
la Plaine marseillaise rien à fêter ? Of course (avec
l’accent australien) grâce au concours du Lollipop
Music Store, The New Christs fera ses premiers
riffs dans la région au Poste à Galène après 25 ans
de carrière (18/5). Toujours rue Ferrari, Psychic TV
(22/5) et le dandy Sliimy (30/5) sont à ne pas
manquer.
Le Garage est par ailleurs un lieu à découvrir à
Marseille et ce sera l’occasion d’écouter les vétérans
du rock alternatif Parabellum (21/5) accompagnés
de Banane Metalik et Tagada Jones. Un peu de
douceur dans ce monde de brute ? Direction
l’Espace Julien où Les Doigts de L’Homme et le
Rosenberg Trio vous feront swinguer manouche
(22/5). Le rock incisif vous manque déjà ? Une
seule direction : l’Intermédiaire pour re(découvrir)
Elektrolux (23/5).
Et pourquoi ne pas pousser jusqu’au Grim à
Montevideo? Le noïse rock expérimental de
Lightning Bolt et Duracell nous annonce une
météo douce et clémente (27/5), sans doute moins
psyché et conceptuel que Lucky Dragons (9/6), en
attendant la délocalisation sur le cours d’Etienne
d’Orves pour «vivre» la guitare atypique de JeanFrançois Pauvros (11/6).
Si vraiment vous n’en pouvez plus du rock, prenez
la route de Coustellet qui accueille à La Gare la
chanson festive toulousaine animée de L’Herbe
Folle (30/5) !
FRED ISOLETTA
Louis Sclavis © Nicolas Perrier
AU PROGRAMME
MARSEILLE
Baby : Jours, Slow Flow (14/5), Yann
Lamballée, Lala Power Madchester Fever
(15/5), Holden (20/5), Alexandre
Varlet, Greg Fontaine (22/5), Alexandre
Varlet, Francis Moderne, Orso Jesenka
(23/5), Sista Chance, Bambi
Bellecombes (27/5), Expressamba
(30/5), K Blues Band (5/6), N.H.A.O.
(6/6), Romain Buddy band, Edwin
Denninger Group (11/6)
04 91 48 85 67
Cabaret Aléatoire : Cut Chemist, Dj
Creestal, Master Shortie, Da Jobu
(20/5), Festival French Connection :
Flaming Stars, Micra Girls, Ich Bin dead,
The A-Phones, Kiss the world for me, Dj
Girls in the garage (22/5) + Tokyo Sex
Destruction, Cowboys outer Space, Les
arrondes, Les jolis, Dj Philippe Petit
(23/5), Funk is not dead, Madlib, Egon
(24/5), Antipop Consortium, Interlope
(6/6), Enjoy Drum and bass (12/6)
04 95 04 95 09
www.cabaret-aleatoire.com
Embobineuse : Opéra Mort, Tg,
Raxinaski (14/5), Si l’amour ne suffit
pas (15 au 17/5), Talibam !, Alberto
Rovesciato (19/5), Antonio Negro
(23/5), Interface #4 (24/5), Rectus,
Xhohx (27/5), Sirop à Oiseau Jaune
(31/5)
04 91 50 66 09
www.lembobineuse.biz
Espace Julien : Festival Les
Massiliades : Oxmo Puccino & The
Jazzbastards (14/5), Kenza Farah
(15/5), La Celestina entre palos : La
Rueca Theatro, La Rubia (17/5), Chant
profond d’Andalousie (19/5), Miss
Kittin & The Hacker live (22/5), Fouad
Didi & l’Orcheste Tarab (24/5),
Benjamin Siksou (25/5), La Fouine
(25/5), All you need is live ! (29/5),
Emerganza : la finale régionale (30/5),
Chico and the Gypsises (9/6), Gregoire
(10/6)
04 91 24 34 10
www.espace-julien.com
Grim : Festival Architectures contemporaines opus 2 : jeunes productions
musicales, tables rondes, concerts
(16/5), concert One Shot : Lightning
Bolt, Duracell (27/5), concert One
shot : Lucky Dragons (9/6), Même pas
peur #1 : Jean-François Pauvros (11/6)
04 91 04 69 59,
www.grim-marseille.com
Intermédiaire: Samba Reggae (14/5),
Rumborrachera (15/5), Departement H
(19/5), Drunk Souls (20/5), Far Oued
(21/5), Kompadres Muertos (22/5),
Moth club (7/5), Trio Inopportun
(28/5), Hyperclean (29/5), Noconcession, Dj Bino (30/5)
04 91 47 01 25
www.myspace.com/intermediaire
L’Affranchi : Bol de funk : Orelsan,
Daffysam (22/5), La Méthode (29/5),
Seth Gueko (12/6)
www.l-affranchi.com
La Machine à Coudre : The
Intelligence, The A-Phones (17/5), Kill
the thrill, Poutre (21/5), Antonio Negro
(22/5), Citizen Go, Ask your mum
(23/5), Life as war, Unfit (29/5), Tex
Napalm (30/5), Cristal Stilts (31/5), At
Half-mast, Evenworse, Adifferent day
(10/6), The Hatepinks, Les Jolis (13/6)
04 91 55 62 65
www.lamachineacoudre.com
La Meson : El Ultimo Grito (15/5),
Tablao Flamenco : Ana Cortes (16/5)
04 91 50 11 61
www.lameson.com
Le Poste à Galène : Peter Von Poehl et
Sophia Delila (15/5), The new christs,
The holy curse (18/5), Psychic TV/PTV3,
CTR (22/5), Takana Zion, Selecta Rude
Boy sound (29/5), Slimy (30/5), Polar,
Florian Mona (9/6)
04 91 47 57 99
www.leposteagalene.com
Tankono : Katell Boisneau (15/5),
Gnawa avec Yazmen (22/5), Trio Malik
Ziad (23/5), Aït-Ali (29/5), Maï & Mel
(19/6)
06 43 21 54 29
http://tankoko.online.fr
AIX
Le Korigan, Luynes: Festival rock :
Leads, Chug a lug, Drunk Souls, Kaiser
Sushis, La Tante à Denis (15/5)
06 50 77 51 77
www.myspace.com/lekorigan
Théâtre et Chansons : Malvina chante
avec les loups (15 au 17/5), Bruno Ruiz
(6 et 7/6)
04 42 27 37 39
www.theatre-et-chansons.com
Le Pasino : Glenn Miller (5/6)
04 42 59 69 00
AUBAGNE
L’Escale : Kabbalah, Leute (15/5), Who
take da trophy ? (16/5), Tablao
Flamenco (20/5), Watcha Clan, Zong,
Danton Eeprom (29/5)
06 29 75 09 71
www.mjcaubagne.fr
ARLES
Cargo de Nuit : James Hunter (15/5),
Soirée Aeroclub (16/5), Battle me I’m
Finalist (20/5), Piers Faccini, Sammy
Decoster (21/5), The Starliners, Panik
Angelik (23/5), Sophie Unger (4/6)
04 90 49 55 99
www.cargodenuit.com
AVIGNON
Théâtre des Doms : Daniel Helin et
Didier Super (4 et 5/6)
04 90 14 07 99,
www.lesdoms.be/fr
COUSTELLET
La Gare : Nibs van der Spuy,
Namogodine (23/5)
04 90 76 84 38
www.aveclagare.org
ISTRES
Théâtre de l’Olivier : Souad Massi (5/6)
04 42 56 48 48
www.scenesetcine.fr
SALON
Portail coucou : The Wits, Groove
Konnexion (23/5), Mauresca Fraca dub
(29/5), Monalisa (6/6)
04 90 56 27 99
http://portail.coocoo.free.fr
MUSIQUE
45
VENELLES
MJC : Amélie Les Crayons (13/6)
04 42 54 71 70
VITROLLES
Charlie Free : Francesco Bearzatti,
Tinissima quartet (23/5),
04 42 79 63 60
www.charliefree.com
GAP/BRIANÇON
Théâtre de la Passerelle/Théâtre Le
Cadran (en excentrés): La Donna Idéale
(14/5 à Serres, 16/5 à La Saulce, 18/5
à L’Argentière, 20/5 à Guillestre, 22/5 à
Veynes)
04 92 25 52 52
TOULON
Oméga Live : Peter Von Poehl, John
Merrick experiment (16/5), N&SK
(20/5), Piers Faccini (22/5), Soirée
local heroes #11 (23/5), Anthony
Joseph & The Spam Band, Soul
Syndrome, Megaphone Mix (30/5)
04 98 070 070
www.tandem83.com
46
CINÉMA
LES 16 DE BASSE-POINTE | LA QUINZAINE
Caraïbe oubliée
En 1992, trois cartons de documents
font découvrir à Camille Mauduech,
«petite bourgeoise mulâtre»,
une histoire vieille d’un demi-siècle
que tout le monde tait en Martinique,
Les 16 de Basse-Pointe
Camille Mauduech en entretien
avec Jenny Gratiant et Lucien Crétinoir © Kamal Ouazene
Le 6 septembre 1948, à Basse Pointe, le béké (blanc
créole) Guy de Fabrique, qui gère la plantation
sucrière Leyritz sur le modèle colonial, est assassiné:
36 coups de couteau. Seize coupeurs de canne à
sucre, syndicalistes, sont arrêtés et, après trois
années de détention préventive, ils sont jugés à
Bordeaux et acquittés.
Toutes les pièces de ce dossier ont été conservées
par Georges Gratiant, un des avocats, dirigeant de
la Fédération communiste de Martinique. Il avait
décrit les conditions de vie terribles des ouvriers
agricoles : «Les jurés ont découvert que sur une terre
française, des hommes vivent encore comme des
esclaves et que, quand ils réclament du pain, ils
récoltent des balles.»
Camille Mauduech conserve ces témoignages
pendant sept ans, le temps que mûrisse l’idée d’un
film. Puis mène un travail minutieux durant six
années, jusqu’à la réalisation de ce documentaire :
une enquête sur ce qui fut un procès du colonialisme,
qui retrace également le parcours personnel de la
cinéaste.
«Ma présence à l’écran s’est imposée, de même que
la voix off à la première personne. J’ai eu besoin de
m’investir à l’image, car j’ai tellement fait parler les
gens que je ne pouvais pas me cacher derrière une
voix off neutre. J’ai rencontré des gens qui avaient un
vrai besoin de parole, et m’ont permis de faire mon
propre chemin.»
C’est l’historien Édouard de Lépine qui lui a permis
de rencontrer les témoins, dont les deux survivants
des 16, René Polomat et Patern. «Dès ces premières
rencontres, le scénario s’est écrit avec une vraie
dramaturgie et des personnages sont nés.»
La réalisatrice a beaucoup appris à travers ce filmenquête, tout comme le spectateur français qui va le
découvrir juste après les événements de ces
dernières semaines en Martinique. «Plus que les faits
eux-mêmes, dans ce sujet, c’est le contexte
économique, social et politique dans lequel ils se sont
déroulés qui m’intéressent» explique-t-elle. Par
exemple quelques mois plus tôt, trois ouvriers en
grève ont été abattus par des gendarmes et aucune
enquête n’avait été menée…
La réalisatrice, née à Marseille, va donc continuer à
explorer l’histoire de son île d’origine. En décembre
1959, suite à un accident de circulation entre un
scootériste noir et un automobiliste blanc, les CRS
interviennent et trois jours d’émeute à Fort-de-France
se soldent par la mort de trois manifestants. C’est le
prochain film de Camille Mauduech, en préparation…
ANNIE GAVA
La réalisatrice a présenté son film
au cinéma Variétés le 16 avril
Cannes à Marseille !
Depuis 1968, l’esprit de la Quinzaine
des Réalisateurs n’a pas changé : découvrir de nouveaux cinéastes, montrer
des films originaux, créatifs et audacieux, tels sont les objectifs que rappelle
Olivier Père, le Délégué Général.
En 2009 se confirme la tendance de
ces dernières années, l’ancrage dans
le réel des films de fiction et l’effacement progressif de la frontière fiction/
documentaire. Si les thèmes abordés
tournent toujours autour des sentiments, des relations au monde et à la
société, le ton de certains films de
cette année est plus léger et les films
drôles plus nombreux que pour la
sombre sélection cannoise de 2008.
Comme chaque année, pour la sixième
fois, l’Alhambra Ciné Marseille, en
partenariat avec la Région PACA propose douze des films de la Quinzaine
des réalisateurs. Un voyage en cinéma
dans neuf pays.
Parmi la sélection cannoise William
Benedetto a choisi des films légers ou
drôles comme La Merditude des choses
du Belge Felix Van Groeningen ou
Les Beaux gosses du dessinateur de
BD Riad Sattouf. Et des films plus
graves comme Daniel et Ana du Mexicain
Michel Franco ou Polytechnique du
Québécois, Denis Villeneuve.
La merditude des choses de Felix Van Groeningen
En ouverture, mardi 26 mai, deux
films qui ont été aidés par la Région :
Nice et La Terre de la Folie. La soirée
permettra de réunir une jeune
réalisatrice, Maud Alpi, à qui l’on doit
déjà le beau court métrage Lucas sur
terre, et Luc Moullet, «l’Alfred Jarry du
cinéma» comme le nomme Olivier
Père, dont La terre de la folie est le
trente huitième film et auquel Le
Centre Pompidou consacre une
rétrospective jusqu’au 30 mai.
De belles soirées en perspective au
cinéma du côté de l’Estaque…
Post scriptum : Bon. Il faut avouer
que la Quinzaine des réalisateurs est
présente aussi à Cannes, du 13 au 24
mai, juste avant l’Alhambra. Et qu’il y a
aussi la Compétition officielle, des tas
de projections auxquelles vous ne
pourrez pas assister, et d’autres
manifestations réjouissantes dont les
médias plus médiatiques que la
Zibeline se font l’écho réverbérant.
Vous en trouverez le programme sur le
site officiel. Et quelques critiques dans
le prochain Zibeline, avant la sortie des
films en salle…
ANNIE GAVA
A.F.
www.festival-cannes.fr
Alhambra Cinémarseille
04 91 03 84 66
www.alhambracine.com
CINÉMA
47
Les rendez-vous d’Annie
Le 26 mai à 14h 30, au Théâtre de la
Minoterie, présentation du film d’animation inspiré du jeu des surréalistes
-Cadavres exquis-, réalisé par des
enfants de deux écoles, des parents,
des adolescents de St Mauront, à
partir d’un conte écrit collectivement,
encadrés par l’équipe de Champ
contre Champ.
Théâtre de la Minoterie
04 91 90 07 94
www.minoterie.org
Rappel : samedi 16 mai, les Rencontres Cinématographiques d’Aix-enProvence proposent, dans le cadre de
la Saison Picasso Aix 2009, une programmation de cinq courts métrages
autour de la peinture, Toiles et Toiles.
Ainsi, sur la place Saint-Jean de Malte
du Musée Granet, vous pourrez voir:
Minotauromaquia de Juan Pablo Etcheverry autour de Picasso, Extracorpus
Vendredi 29 mai à 18h, le Théâtre des Doms et le Cinéma Utopia proposent
une nuit du court métrage pour «chanter sous la crise !». Au programme,
comédies musicales, courts métrages belges et des courts «sociaux»…
Les spectateurs apporteront à grignoter entre les trois séries de films et se
verront offrir des boissons.
grammes tirés de plus de 300 films,
imprimés sur papier, puis pliés pour
prendre la forme d’objets, retraçant
l’histoire de cinéma !, et Toiles et Toiles,
l’enfance de l’art d’Agnès Maury.
Minotauromaquia de Juan Pablo Etcheverry
d’Augustin Gimel,Oïo,une ciné peinture
de Simon Goulet, Fast Film de Virgil
Widrich, composé de 65 000 photoLundi 18 mai à 20h 30, le cinéma
Renoir à Aix-en-Provence accueille une
étape des Nuits en Or du Court
Cinéma Utopia, Avignon
04 90 14 07 99
6e Cour(t)s-y-vite
Les enfants du Club Cinétilt ont
programmé une sélection de dizaine
de courts métrages qu’ils présenteront
au public, mercredi 27 mai à 17h au
Théâtre de la Minoterie.
TILT
04 91 91 07 99
www.cinetilt.org
Mardi 26 mai, au Polygone Etoilé à
partir de 19h, Lectures du Monde rend
hommage à Aimé Césaire et propose
la projection des épisodes 2 et 3 de la
trilogie de la cinéaste antillaise Euzhan
Palcy, Une voix pour l’Histoire.
Lectures du monde
04 91 08 18 30
Polygone Etoilé
04 91 91 58 23
La ville d’Arles et La compagnie de l’ambre proposent
De ses battements d’elles, temps de rencontres autour
des les femmes en France et dans le monde
Le 25 mai, à 14h et 20h, projection de
Fatma du Tunisien Khaled Gorbal au
cinéma le Méjan. Fatma, jeune fille de
17 ans est violée par son cousin. Bien
que traumatisée, elle décide de n’en
rien dire et de continuer à vivre comme
avant. Autorisée à partir à Tunis, sa vie
change quand elle découvre une liberté nouvelle et se prend à rêver d’une
belle vie.
Le 2 juin, à 14h et 20h, Les bureaux
de dieu de Claire Simon au Méjan, et
le 4 juin, projection d’Up to you, de
Justine Pluvinage dans le jardin de
l’Espace Van Gogh, suivie du spectacle
théâtre de Claudine Pellé.
«J’élabore depuis deux ans des portraits
en image et en son où je m’attache à
redonner du temps et de la parole à
l’autre. Je tente de faire un portrait
juste, au plus proche de la personne…»
Cinéma Le Méjan, Arles
04 90 98 43 54
Fatma de Khaled Gorbal © Trigon-film
Rencontres Cinématographiques
d’Aix-en-Provence
04 42 27 08 64
www.aix-film-festival.com
Métrage qui, dans la continuité des
«César», permettent aux amateurs de
courts de 20 villes, en France et à
l’étranger, de découvrir les «meilleurs
courts métrages mondiaux de l’année.»
Parmi les neuf films présentés, Jerrycan
de l’Australien Julius Avery et Les
Miettes de Pierre Pinaud. Une Nuit en
Or !
Le Renoir, Aix
www.lescinemasaixois.com
Uova d'Alessandro Celli
Mardi 26 mai à 20h au cinéma Le
Prado à Marseille, dans le cadre de sa
manifestation l’Espagne des trois
cultures, Horizontes del Sur propose
Retour à Hansala, le dernier film de
Chus Gutiérrez que
présentera Bernard
Bessière,
spécialiste de l’histoire contemporaine de
l’Espagne.
Cette fiction a été réalisée à partir d’un
accident tragique, le naufrage en 2003
d’une embarcation venant du Maroc
sur les côtes sud de l’Espagne. Parmi
les 37 marocains qui ont péri, sept
jeunes gens de la même localité, Hansala,
village de montagnards berbères du
Moyen-Atlas.
Horizontes del Sur
04 91 08 53 78
Retorno à Hansala de Chus Guttierez
Mercredi 3 juin, le cinéma Le Cinématographe à Château-Arnoux et l’association Le Point Rencontre proposent une soirée autour du Maroc : seront projetés
Les greniers d’Aoujgal en présence des réalisateurs Jean Paul Ceylan et Liliane
Dumont et en avant-première, Number one de Zakia Tahiri en présence de la
réalisatrice... Sans oublier thé à la menthe et pâtisseries.
Le Cinématographe, Château-Arnoux (04)
04 92 64 41 24
Du 3 au 16 juin, à l’occasion de l’exposition, l’Institut de l’Image à la Cité
du Livre d’Aix propose Picasso, l’art,
le corps et leurs métamorphoses,
une programmation de films autour de
thèmes chers à Picasso, un parcours
dans l’histoire du cinéma traversée par
l’influence de la peinture, des arts
premiers et la représentation du corps
et ses métamorphoses.
La programmation s’articulera autour
de trois grandes thématiques : Picasso,
le surréalisme, l’Espagne / archaïsme,
sexualité, mort, corps restructuré-déstructuré, la métamorphose… permettant
de (re) voir des films de Buñuel, Le
Mystère Picasso d’Henri-Georges
Clouzot, Freaks de Tod Browning,
Driller Killer d’Abel Ferrara et bien
d’autres.
Institut de l’Image, Aix
www.institut-image.org
ANNIE GAVA
Le mystere Picasso de Henri-Georges Clouzot
48
ARTS VISUELS
AU PROGRAMME
Avec la bénédiction de neuf corners de design de la rue Paradis, cinq jeunes artistes montent
au ciel ! France Cadet, Corinne Marchetti, Olivier Millagou, Patrick Moya et Lionel Scoccimaro
inaugurent ce parcours baptisé L’Art au Paradis en investissant l’espace des enseignes
avec humour, discrétion ou démesure, c’est selon. Ils ont même la permission
de dissiper l’ambiance, et pourquoi pas de la chahuter… M.G.-G.
L’Art au Paradis
Rue Paradis, Marseille
du 4 au 20 juin
04 91 74 30 79
Caitriona Platts-Manoury, coupes
Patrick Moya, masques et avatars
Transformer la ville de Sanary en Jardin de sculptures est un nouveau concept lancé
par la mairie avec la complicité de l’association L’Art prend l’Air. Dispersées aux
quatre vents de la cité balnéaire, 35 œuvres réalisées par 10 artistes mettent en scène
l’espace public, faisant souffler sur lui un grain de folie : Milthon, Platts Manoury,
Nucera, Beppo, Trouvé, Barrier, Discepolo, Cébé, De Souza et Marang. Souhaitons
longue vie à cette manifestation qui fait suite à l’éphémère Vent des arts… M.G.-G.
Jardin de sculptures
En plein air et à l’Espace Saint-Nazaire
Jusqu’au 24 mai
04 94 74 01 04
Avis de tempête sur le Palais Carli ! La fondation Regards de Provence rassemble 112 œuvres
de sa collection, toutes au goût salé : peintures de marines, scènes de naufrage, activités des ports
marchands et des ports de pêche, paysages du littoral, balades et villégiatures, sans oublier
les toiles des peintres voyageurs. Une exposition à lire comme une leçon d’histoire illustrée
sur la transformation du pourtour méditerranéen et l’évolution des coutumes
entre le XVIIe et le XXe siècle. M.G.-G.
Marines et ports méditerranéens
du 21 mai au 20 septembre
Palais des arts, place Carli
04 91 42 51 50 A. Pellet. Dechargement de la peche sur le pont, huile sur toile © Jean Bernard
Au cœur de la Saison Picasso 2009 qui voit fleurir nombre de projets, celui
du musée Edgar Mélik vaut le détour. Les destins croisés est une ode à
Picasso (le Père), Max Jacob (le Fils) et Guillaume Apollinaire (le SaintEsprit), une «trinité» fraternelle et artistique jusque-là rarement mise en
lumière. L’exposition rassemble des œuvres graphiques de Max Jacob et
Picasso, des calligrammes d’Apollinaire et des bois Africains qui évoquent
les influences primitivistes que partagèrent les trois amis. M.G.-G.
Les Destins croisés
Du 6 juin au 30 septembre
Musée Edgar Mélik-Château de Cabriès
04 42 22 42 81
Max Jacob/Saules au bord de la Loire
49
L’année Cézanne fut un succès, Picasso démarre très fort ! Si le musée Granet en reste le pivot,
l’exposition Picasso-Cézanne s’enrichit d’un grand nombre de manifestations qui outrepassent
les limites de la ville et les genres artistiques. L’ouverture exceptionnelle du château
de Vauvenargues et une avalanche d’expositions et de projets labellisés comme l’itinéraire
Art Matters. Certains commencent avant l’ouverture officielle du 25 mai :
Jean Le Gac au Musée des Tapisseries, Bernard Pagès au Jas de Bouffan en particulier.
Réservation obligatoire pour les uns, accès libre pour tous les autres ! C.L.
Année Picasso
www.picasso-aix2009.fr
www.gudgi.org
www.aixenprovencetourism.com
J. Rose, Flesh & Plastic
Le fumeur (1971)
© Succession Picasso 2009.
Collection particuliere,
photo Claude Germain - imageArt
Ça repart en Sm’art ! Pour sa 4e édition, le Sm’art -Salon méditerranéen d’art contemporain- semble
ne pas connaître la crise. La formule initiale serait payante puisque reconduite par son organisatrice
Christiane Michel avec expo-stands d’artistes côté jardin dans les 12 ha du domaine, et conférences
du côté des 13 salles : propriété intellectuelle et artistique, l’art contemporain en Colombie et
Amérique Latine, l’organisation de l’art en France. Sm’art se renforce cette année d’une nouveauté :
une vente aux enchères par maître Leclere. Il a réuni l’an dernier 150 stands d’artistes,
et plus de 11000 visiteurs… C.L.
Sm’art
du 29 mai au 1er juin
Domaine de la Baume, les Milles
06 82 19 21 54
www.salonsmart-aix.com
© Claudia Vialaret
Art et entreprise. 100 PME se sont engagées, à l’initiative de l’Union Patronale du Var et avec l’appui
plusieurs partenaires publics et privés, auprès de 100 artistes sous forme d’une collaboration de
mécénat culturel. Après Proposer… puis Séduire… le dernier acte de Base’Art, Créer…, s’appuie sur
une exposition d’œuvres d’artistes contemporains et un ensemble de tables rondes plutôt destinées
aux artistes, professionnels de la culture et de l’entreprise autour des questions de mécénat. Mais c’est
ouvert à tous et c’est gratuit !
Base’Art
Festival du Mécénat et de l’Art contemporain
Acte3
5, 6, 7 juin
Espace Caquot, Fréjus
www.base’art.fr
L’étang de pose. Il n’est pas toujours nécessaire de partir loin pour faire un voyage
singulier. Travaillant sur les cadrages, les temps de pose, la netteté et les flous,
la matière des noirs et des blancs, donc des gris, Alain Sauvan raconte ses poétiques
dérives photographiques vues des rives de l’Etang de Berre. Il était temps d’y ajouter
sa propre poésie. L’artiste présentera son travail d’auteur le 28 mai à 17h30 ;
à la même heure, le 11 juin, Remy Kerténian (Maison de la photographie de Toulon)
exposera les nouvelles tendances de la photographie aujourd’hui. C.L.
Temps d’étang
Photographies d’Alain Sauvan
jusqu’au 20 septembre
Musée Ziem
04 42 41 39 60
Alain Sauvan, Martigues 2008
50
ARTS VISUELS
[MAC]
Son corps s’est rebiffé.
Mais Blaine continue à donner
de la voix, une des voies toujours
possibles dans la création poétique
contemporaine. Le [mac] lui sert
de mégaphone à Marseille
Nous le savions, c’était décidé, c’en était fini. De
ses soubresauts et incartades il n’en pouvait plus.
Son corps a parlé et dit non. Lui a crié stop ! En 2004,
Bye, bye la perf était son baroud d’honneur international. «Mon corps n’est plus à la mesure de
mes ambitions» avait-il déclaré. Exit la performance et ses promesses parfois extrêmes. Désormais
nous en serons quittes pour seulement la partie
visuelle de son engagement sous forme
d’[email protected] et de déclar©tions.
C’est ce que nous donne à voir l’exposition du
[mac] qui ne constitue pas une véritable
rétrospective mais un choix cohérent opéré par
Géranonymo avec le soutien de Thierry Ollat,
directeur du [mac].
D’examiner ces relations entre les différentes
formes artistiques, sous le boisseau de l’art total
étendu à la musique, la danse, le théâtre, les arts
électroniques ?
Cette exposition aurait pu être le vecteur idéal
pour faire comprendre que l’art ne vit pas que
dans les musées, les œuvres et les objets, mais
aussi dans la tête, dans l’engagement, l’implication dans le corps social ; pour nous demander
si, comme les derniers des Mohicans, nous ne
vivons pas dans ces temps actuels la fin de
quelque chose qui se réfugie sous le terme
d’utopie ; s’il est véritablement constaté la progression d’une normalisation de l’art, même le plus
rebelle ; si nous pouvons considérer que l’art
possède toujours une dimension critique et quelles
en sont les formes actuelles, les nouvelles écritures ; si nous pouvons espérer que la diffusion
de la culture pourra s’éloigner de cette conception
inquisitoire de l’industrie de la culture que l’on
sent à l’œuvre aujourd’hui.
Tri, traces
L’expo rêvée
Sans bouder notre plaisir, on peut trouver dommage la relative modestie de la proposition
lorsqu’on mesure la durée (seconde moitié du XXe
siècle au début du XXIe selon la formule consacrée) et l’ampleur (la dimension d’art total) de
cette posture poétique particulière. N’y avait-il pas
là une opportunité de construire un évènement
international autour de la poésie contemporaine ?
Avec projections de tous les films, vidéos, documents sonores de ses folies performatives
auxquelles bon nombre d’entre nous n’ont jamais
pu participer ou assister ? N’était-ce pas le
moment de questionner la poésie et toutes ses
variantes actives, avec rencontres et colloques (on
ne manque pas de compétences à Marseille et
alentours) ? La possibilité de convier les artistes
de l’art en actes sur la scène internationale ?
Il est encore temps de rebrousser ...nimehc
© Claude Lorin, Blaine au [mac]un tri, Marseille, 2009
Cela étant dit, l’exposition du [mac] a le mérite
d’exister, dans une dimension modeste mais
cohérente et riche de portes ouvertes. Fort heureusement, ses galeries nous permettent de voir un
bel ensemble de ses résidus de performances
ainsi que Blaine les nomme, mais aussi plusieurs
pièces appartenant pour la plupart à des collections
privées, principalement italiennes, heureusement
visibles pour la première fois du grand public.
Nous bénéficions d’une sorte de parcours en
zigzag sur près de cinquante ans de travail tous
azimuts. Certaines pièces sont des témoignages
de gestes et d’actions, d’autres des installations
comme souvent reconfigurées pour le lieu (Simulacre de rituel-Massacre), ou des assemblages
historiques comme Target Poëm datant de 1967,
et toujours le travail sur l’alphabet et les mots en
certains points provocateurs (Quelques Pets glorieux,
2004).
On appréhende par bribes la subversion des codes
de la poésie entamée dès les années cinquante
et nourrie des audaces du Dadaïsme et du Futurisme. Julien Blaine s’était posé cette question
très tôt : «Pourquoi considérer l’écriture comme
El Giro del mondo (detail) © Claude Lorin, Blaine au [mac] un tri, Marseille, 2009
Cri sélectif
immuable, avec ses codifications imprescriptibles,
sa calligraphie figée ? Pourquoi ne la travailleraiton pas comme l’artiste travaille la matière ?» Il a
consacré sa vie à mettre ses réponses en actions.
Ce sera au visiteur d’en rassembler les morceaux
pour refaire sa propre performance !
CLAUDE LORIN
Blaine au [mac] : un Tri
jusqu’au 20 septembre
[mac] musée d’art contemporain de Marseille
04 91 25 01 07
www.marseille.fr/culture/musees
Rencontres
Rassurons-nous. Julien Blaine est toujours vivant.
Vous pourrez aussi le rencontrer puisque l’incorrigible a juré d’être présent tous les après-midi
du [mac] pour réactiver avec le visiteur ses objets
inanimés, grâce à sa poésie élémentaire. L’homme
n’étant pas mesquin, il partagera la scène avec
plusieurs invités et partenaires, poètes, performeurs lors de la programmation Le dit des Dix :
Ma Desheng y est passé le 10 mai, Hortense
Gauthier et Philippe Boisnard seront là le 10 juin,
Jean-Jacques Lebel le 20 août, Joachim Montessuis le 10 septembre.
Pour en savoir plus et presque tout sur la carrière
de Christian Poitevin AKA Blaine, vous consulterez
avec profit le catalogue édité pour l’occasion chez
Al Dante, grandement documenté et illustré,
préfacé par Achille Bonito Oliva.
C.L
catalogue
préface Achille Bonito Oliva
et divers auteurs
français, anglais, italien
272 pages, éditions Al Dante,
39 euros
PASSAGE DE L’ART | ART ÉPHÉMÈRE
ARTS VISUELS
51
Le Passage de l’art
sort le grand bleu
Depuis sa création en 1993 par un
professeur d’anglais, Lyse Madar,
Le Passage de l’Art est devenu un
acteur qui compte dans le réseau de
l’art contemporain marseillais. Sa
spécificité, à l’instar de l’artothèque
Antonin Artaud, est d’appartenir à
un établissement d’enseignement
public, le Lycée du Rempart, tout en
fonctionnant comme une galerie
associative,: elle a pour mission la
diffusion et la sensibilisation auprès
des publics scolaires, tout en restant
ouverte aux visiteurs extérieurs. La
priorité y est donnée, par principe, à
la présentation des jeunes artistes.
Tout en s’acquittant de sa tâche sur
la durée d’une année scolaire, avec
une constance exemplaire malgré
bien des aléas, le Passage de l’Art
est à l’initiative d’un évènement
annuel : L’Art renouvelle le lycée, le
collège et la ville. Il s’étend cette
année à l’université et à plusieurs
nouveaux établissements, mais
aussi à l’École des beaux-arts. Et
s’acoquine avec un premier festival
d’art éphémère ! (voir ci-dessous).
Blue is the color of…
Après avoir mis la femme à l’honneur en 2008, l’année 2009 passe au
bleu soumis à toutes les formes
esthétiques possibles et improbables, plusieurs artistes proposant des
œuvres spécifiques pour l’évènement. La liste des établissements
concernés dépassant la bonne
vingtaine, il vaut mieux consulter le
site du lycée du Rempart ci-dessous
! Au gré et au hasard du parcours :
au lycée Leonard de Vinci, la photographe Mélanie Terrier présente
ses Silence(s) où la couleur se lave
dans d’évanescentes blancheurs,
tandis que les œuvres de Marion
Delecroix (lycée Ampère), Laura
Laguillaumie (lycée Saint Exupéry)
ou encore l’emblématique marseillais
Jean-Jacques Surian (La Ciotat)
jouent des chromatismes picturaux
dans leurs narrations singulières.
Wohlfart posera ses sculptures aussi
bien au Parc Scientifique de Luminy
(INMED) qu’à la Maison Blanche
pendant le festival d’art éphémère.
Sont en préparation les actes du colloque qui s’est tenu en avril ainsi qu’un
catalogue qui regroupera les évènements de l’année précédente et
actuels.
Un mètre carré de bleu, c’est plus
beau qu’un centimètre affirmait
Henri Matisse ! Sans aucun doute,
morbleu!
Melanie Terrier, Blanche, mpression numerique sur papier Arche, 70x90 cm, 2008
Du bleu, encore du bleu, toujours du bleu !
Avec de nouveaux projets et collaborations, l’évènement
L’Art renouvelle le Lycée, le Collège, la ville…
et maintenant l’Université, s’étoffe et s’étend
sans coup de blues, palsambleu !
Le bleu et tous les autres bleus
L’art renouvelle le lycée, le collège,
la ville et l’université
jusqu’au 20 juin
Le Passage de l’Art
Lycée du Rempart et divers
établissements
04 91 31 04 08
www.lyc-rempart.ac-aixmarseille.fr
CLAUDE LORIN
Effet maire
Maison Blanche crée son Festival
d’art éphémère en s’associant
à l’évènement organisé par
le Passage de l’Art sur la thématique
du bleu. Une première à suivre
Le Parc de Maison Blanche n’est pas aussi vaste que
celui de Washington, mais il est accueillant. AnneMarie d’Estienne d’Orves, conseillère à la Culture,
veut ouvrir les jardins et la bastide de la mairie de
secteur à l’Art. Pour que les cérémonies de mariage
s’égarent dans les expos, les sculptures… et que
les habitants s’y donnent rendez vous…
Pour son premier Festival d’Art Ephémère, qu’elle
espère pérenniser et développer, la Maison Blanche
ouvrira ses espaces à quatre artistes plasticiens
dans le cadre de l’évènement marseillais organisé
par le Passage de l’Art.
La programmation de cette année s’intéressant
Carrié qui explore le recouvrement des corps par
des robes de papier ; Deux rives, une mer, des
lithographies de Rachid Koraïchi qui tente le rapprochement des deux horizons méditerranéens ; Les
amants bleus qui s’incarnent dans les sculptures
de Michel Wohlfahrt ; et enfin Anne-Marie Pêcheur
qui conçoit Violette, une installation pour la salle
des mariages ainsi qu’une mise en lumière noire
(plutôt bleu-violet) du bâtiment le soir du vernissage le 15 mai à 18h30.
Quant aux Ateliers publics de l’ESBAM, ils présenteront une quarantaine de pièces.
Anne-Marie Pecheur, Violettes, projet pour mise en muliere noire,
mairie des 9e et 10e, 2009
particulièrement au Bleu et tous les autres bleus.
L’ESBAM (Ecole Supérieure des beaux-arts de Marseille) et ses ateliers publics se sont joints à
l’opération. Quatre artistes proposent leur vision
du bleu : La vengeance de Phryné pour Dominique
C.L. ET A.F.
Festival d’Art Ephémère : Effets-mer
jusqu’au 2 juin / Mairie du 9e et 10e
150 Bd Paul Claudel
04 91 14 63 50
www.esbam.fr
52
ARTS VISUELS
GALERIE OFMARSEILLE | GRANDS BAINS DOUCHES
L’aveu de Mathieu Briand
À la galerieofmarseille, impossible
de quitter la scène du crime
en détournant les yeux, l’accrochage
de Mathieu Briand nous l’interdit
Une corde pour se pendre, une batterie de pinces
rouillées, un porte-bouteilles aux pointes acérées,
une dynamo dynamitée, un chalumeau encore
chaud, un grille-pain usagé… L’inventaire de
Prévert version trash ! Ce vocabulaire appartient
au dernier Bad Trip de Mathieu Briand qui, après
la galerie Roger Pailhas et les Ateliers d’artistes
de la Ville de Marseille écume à présent la Tate
Modern de Londres ou le Palais de Tokyo à Paris…
Bad Trip, un titre sans espoir comme un aller
sans retour. Et une expérience troublante, l’exposition ayant été pensée «comme un environnement
plutôt que comme un accrochage.» Une rude
épreuve encore car Mathieu Briand a pris les
armes, au propre comme au figuré, pour dire le
revers du rêve : le cauchemar. De ceux qui hantèrent Primo Levi jusqu’au suicide… Dans la salle
tendue de bâche vert-de-gris et dans la cave
exiguë, toutes sortes d’outils disent un interro-
Bad Trip, oeuvre de Mathieu Briand
gatoire musclé, des séances de torture à venir ; il
flotte comme une odeur nauséabonde, celle des
sombres heures de la Gestapo, du centre de
Guantanamo ou des geôles du Rwanda. Peu
importe l’hémisphère, la barbarie est la même
partout.
Le constat de l’artiste est simplement terrifiant,
autant que son installation : «Nous sommes deux,
écrit-il, victime et bourreau, bourreau et victime et
nous jouons toujours la même scène.» Entre les
murs de la galerieofmarseille, il y a des objets
anodins que l’artiste (le fossoyeur de nos
imaginaires ?) accumule qui ravivent de terribles
mémoires. À moins que le détournement des
objets participe du dialogue de Mathieu Briand
avec Marcel Duchamp, figure tutélaire et
omniprésente. À moins que la posture de Mathieu
Briand consistant à témoigner («Le témoignage
n’est plus basé sur l’image mais sur l’expérience
de ce qui a été vu et imaginé») s’apparente à celle
de Joseph Beuys qui défendit une «conception de
l’art qui participe à toutes les situations de la vie.»
Le cauchemar, cette porte ouverte sur la réalité,
serait alors l’une des situations paroxystiques de
la vie.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mathieu Briand, Bad Trip
Galerieofmarseille, Marseille (2e)
jusqu’au 13 juin
04 91 90 07 98
Sweet and White Palace…
Damien Berthier et Lionel
Scoccimaro se connaissent bien,
le premier a été l’assistant du second
pour son exposition à l’École d’art
d’Aix en 2004, et tous deux disposent
d’un atelier à la Friche. Alors, quand
Jean-Baptiste Audat a proposé
à Damien Berthier d’exposer
aux Grands bains douches
de la Plaine, il n’a pas hésité
à inviter Lionel Scoccimaro !
Pourtant le postulat de départ était contraignant:
investir les espaces de la galerie en bousculant
sa circulation et accepter d’inscrire leurs propositions dans le projet de balades architecturales,
poétiques et historiques à travers la ville baptisé
Pour mener… Aujourd’hui, avec Sweet Palace, ils
ont relevé haut la main le défi, offrant une prestation subtile, intelligente et sans fioritures.
Sweet Palace est la combinaison de deux univers
plastiques habituellement différenciés qui, étrangement, ont ici une gémellité formelle, visuelle :
ils ont conçu une exposition «blanc sur blanc»,
choisi des modèles sans valeur transcendés par
l’idée de construction et d’accumulation, comme
ces objets liés à l’alimentation : 400 kg de sucre
en poudre répandu au sol et des centaines de
sucre en morceaux pour Lionel Scoccimaro, 7650
gobelets de plastique blanc nacré pour Damien
Berthier. Tous deux ayant à cœur de rompre avec
la linéarité du lieu, de ne pas exposer d’images
mais de surprendre avec des sculptures -pas des
installations- et de prendre le contre-pied de
l’autre !
L’un, Damien Berthier, a jeté son dévolu sur «le
gobelet le plus beau et le plus harmonieux dans
ses proportions» pour élever sa citadelle, obstruer
l’espace et sa pénétration, jouer avec les puits de
lumière. La forme elliptique de ses contreforts
optimisant les effets de vagues «les courbes sont
la clef de voûte de l’échafaudage») car, selon
l’angle de vue, il semblerait qu’elle bouge…
L’autre, Lionel Scoccimaro, a fermé le petit «Salon»
à clef pour accroître l’effet de surprise : à ras du
sol et fondu dans le décor, Snow Landscape est
d’un minimalisme monacal. «C’est à la fois peu
et finalement très présent» constate l’artiste qui
joue a contrario de la présence monumentale de
Damien Berthier. Virginales dans leur accouplement, leurs œuvres convoquent le silence, la
contemplation, à mille lieux de la ville furibarde :
entre l’infini de la banquise et le vertige des cimes,
il fait bon vivre dans ce «palace» blanc.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Sweet Palace
Galerie des grands Bains douches de la Plaine,
Marseille (1er)
jusqu’au 30 mai
04 91 47 87 92
Lionel Scoccimaro, Snow landscape 2009.
Detail, serie Architecture of happiness
Damien Berthier,
Sweet landscape 2009.
Polystyrène expansé
SUR LA PLACE | GROUPE DUNES
ARTS VISUELS
53
Au pied de la lettre
L’illustration ne se résume pas à la seule littérature
jeunesse : la preuve par l’image avec les troisièmes
Rencontres de l’illustration et leur chapelet d’expositions
Il y a quelques années, hors de la
littérature jeunesse, les pratiques
rattachées au dessin, à la création
visuelle et à l’édition restaient confidentielles. Mais depuis trois ans,
l’association Sur la Place œuvre à
la reconnaissance de cet «espace
d’expression où les artistes s’aventurent à la frontière de l’art et de
l’illustration» à travers des rencontres, des expositions et le Concours
jeune illustrateur en région Paca.
Une manière d’éclairer le lecteur sur
les métiers qui se cachent derrière
la création d’un livre, entre art, image
fixe, film, écriture.
Alors, que réservent l’Alcazar et La
Baleine qui dit «vagues» après les
rencontres ? Des ouvrages, des planches, des dessins, des pop-up exposés
sous l’appellation Images de lettre,
miroir de l’extrême vitalité de la création nationale et internationale, de
l’évolution des pratiques, du croisement des genres et des regards entre
générations. Le meilleur exemple
étant celui de Roger Excoffon, typographe marseillais dont la police de
caractère le Banco a été étudiée par
Alice Walter qui dévoile ici sa collection d’objets et de photographies.
Au-delà de nos frontières, l’auteur
et illustratrice Kveta Pacovska a
quitté Prague pour participer aux
rencontres et inaugurer l’exposition
Un livre pour toi du nom de son
album paru aux éditions Seuil jeunesse. Véritable prouesse éditoriale,
ce livre en forme d’accordéon de 12
mètres déplié s’accompagne d’affiches, de séri-graphies, de CD-Roms
et courts métrages qui en disent long
sur cette œuvre «où lettres et graphismes entrent en résonance avec
une architecture de papier.» L’intérêt
de l’association pour l’audace éditoriale se confirme avec deux
vitrines de l’édition actuelle, en écho à
deux «événements éditoriaux» : Abécédaires et pop-up, livres animés
provenant du fonds de conservation
de l’Ile aux livres de l’Alcazar, dont
le spectaculaire Alphabet de Kveta
Pacovska et le best-seller Op-up de
Marion Bataille. Et Abécédaire de
l’Édune, collection de vingt imagiers
réalisés par vingt et un dessinateurs
sous la houlette de Régis Lejonc.
Et ces quelques rendez-vous ne
sont que l’écume des pages,
Images de lettre réservant d’autres
temps forts à découvrir entre les
lignes…
C, Kveta Pacovska, 2008
B, Marion Bataille, 2008
Rencontres les 15 et 16 mai
à l’Alcazar
Expositions du 13 mai au 6 juin
à l’Alcazar
Dédicaces, stand et film le 15 mai
à la baleine qui dit «vagues»
http://surlaplace.free.fr
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Traversée sonore et aquatique
Cela sonne comme des retrouvailles!
La nouvelle installation du Groupe
Dunes (voir Zib 14), D’ici là un point
zéro, investit le toit terrasse de la
Friche dix ans après Vous êtes ici !
Mais l’eau a coulé sur les toits, les
technologies ont évolué et leurs
préoccupations aussi : la création de
Bernard Misrachi et Madeleine
Chiche, conçue avec le réalisateur
sonore Olivier Renouf et le
paysagiste Rémi Duthoit, pose la
question du temps, de l’espace et de
l’environnement à partir d’une
réflexion «musicale» sur l’eau et le
végétal. Sur cette page blanche de
8000 m2 à ciel ouvert, Dunes a tordu
le cou aux difficultés -notamment le
problème de la spatialisation du
son- pour faire entendre au mieux
son travail. Un travail qu’ils abordent
toujours comme «un processus en
marche» et dont D’ici là un point
zéro n’est qu’une étape de monstration avant 2013… Sur les hauteurs
de la Friche donc, des bacs de récupération d’eau de pluie, des espaces
circonscrits de déambulation, vingt
Le toit de la Friche la Belle de Mai © Madeleine Chiche
haut-parleurs, un système d’irrigation solaire, des plantes glanées sur
le site et peut-être sauvées d’un
futur incertain ? Le tout dans une
scénographie végétale et aquatique.
Le promeneur prend toute la mesure
de l’étirement du temps, l’oreille
tendue vers des séquences sonores
diffuses, aléatoires ou syncopées,
«des phénomènes non figés» nés
d’un mélange de sons naturels et
électroniques. Une traversée inédite
à vivre tout au long du festival Les
Musiques (voir p 39).
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
D’ici là un point zéro
Jusqu’au 26 mai, ouverture
le 24 mai pendant la Fête
de la Friche
04 91 50 00 19
54
ARTS VISUELS
MAISON DE LA PHOTO | MAISON DE L’ARCHITECTURE
Paysages photographiques
Toulon fait les yeux doux à Marie Bovo qui déploie son talent
à la Maison de la Photographie et dans le quartier de
Sainte-Musse
Les grands formats argentiques de Marie Bovo, photographe plasticienne et
vidéaste installée à Marseille, envahissent doublement l’espace toulonnais.
À la Maison de la Photographie, la série Chimères, réalisée durant le
printemps 2005 à Tokyo, et la série Feux exposée en 2007 aux Ateliers
d’artistes de la Ville de Marseille, offrent un bel aperçu de ses préoccupations
plastiques. Comme une mise en abyme du paysage urbain, ses visions
nocturnes de la mégalopole japonaise depuis la fenêtre vitrée d’un building
vibrent de lacets lumineux et de vitesse vertigineuse : dans cette immensité
obscure percée de fenêtres, des milliers de loupiotes font entendre le
battement des cœurs humains.
Mais les cadrages par strates successives -comme si la photographie en
explorait le tréfonds- ne sauraient effacer la dureté de l’architecture, toujours
à angles vifs. D’ailleurs, Marie Bovo elle-même s’interroge : «Sommes-nous
derrière ou devant la vitre ? La transparence et les reflets construisent cette
incertitude et il n’y a pas de nomination d’espace.»
Cette incertitude, doublée d’un trouble, n’échappe pas non plus à la série
Feux, combustion de journaux dont l’embrasement violent laisse entrevoir
des trous noirs béants, des coulées de matière, des brûlures à vif. Des
photographies incandescentes qui font danser la lumière, et où le feu luimême est simultanément sujet de représentation et matière… Marie Bovo
peut se réjouir d’être à Toulon puisque la Ville, qui lui a passé commande
dans le cadre du 1% artistique de la Maison des services publics de SainteMusse, y exposera six tirages. Baptisée Plages Mare-Nostrum, cette série de
paysages diurnes prendra place dans les espaces de circulation du bâtiment
inauguré prochainement (grand hall et patio), ouvrant ainsi le regard des
utilisateurs sur «les plages emblématiques de la Méditerranée où la trace de
l’homme, pourtant omniprésent, reste passagère.» Heureux «habitants» de
la crèche, de la mairie annexe ou de la médiathèque qui pourront ainsi
s’échapper de la grisaille bitumineuse…
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Feux et chimères
jusqu’au 30 mai
Maison de la Photographie, Toulon (83)
04 94 93 07 59
Maison de la Photo © Marie Bovo, courtesy galerie Kamel Mennour
Les signatures de demain
Sous la verrière de la Maison de l’Architecture et
de la Ville à Marseille, de longues barrettes blanches, lumineuses et transparentes composent un
jeu de Mikado géant. Étrange assemblage où l’on
découvre les portraits des vingt lauréats du Prix
des Nouveaux Albums des jeunes architectes et
paysagistes (NAJAP) décerné tous les deux ans à
de jeunes professionnels européens. Une initiative
de soutien à l’innovation architecturale menée par
la Direction de l’architecture et du patrimoine
(ministère de la Culture et de la communication)
avec le concours de la Cité de l’architecture et du
patrimoine. Et une scénographie habile de l’agence
Projectiles (lauréat 2006) qui transforme l’austérité des plans, maquettes, dessins et biographies
en parcours ludique et pédagogique sonorisé !
L’exposition Najap 2007/2008 sert de véritable
coup de pouce, mais constitue aussi une vitrine
des tendances futures : on sait que la relève est
assurée car tous sont plus audacieux les uns que
les autres, tant dans leur préoccupation environnementale que dans leur adéquation aux problèmes
de l’aménagement du territoire. Lieux de vie privés,
bâtiments communautaires, bureaux, parcs,
industries, équipements collectifs : les projets
sont éclectiques, certains utopiques, d’autres
éphémères ou réalistes.
La preuve avec les trois premiers lauréats : Drop
Architectes, 1er prix pour l’Hôtel Belvédère au Pérou
(projet), qui a déjà réalisé en 2006 la Bibliothèque
nationale de Stockholm ; Yves Moreau, cofondateur du Studio Muoto Architectes, 2e prix pour
un projet d’Éco-center à Busan en Corée, développé en sous-sol comme un organisme vivant ;
et l’Atelier du Serpentaire qui réunit deux femmes
paysagistes, 3e prix pour un habitat HQE pour
jeunes dans l’Orne visant à les sensibiliser à la
qualité environnementale (réalisation en cours).
S’il n’est pas dans le trio de tête, Pierre Audat
figure dans cette sélection pour la réhabilitation
d’un atelier d’artistes, seul projet qui verra le jour
ce printemps à Marseille. Et pour cause : il fut
sensibilisé très jeune à l’art par Jean-Baptiste
Audat, fondateur de la galerie des Grands bains
douches…
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Les NAJAP 2007/2008
Maison de l’architecture et de la ville
jusqu’au 23 mai
04 96 12 24 10
56
ARTS VISUELS
FLÂNERIES D’ART | SEXTANT ET PLUS
Glamour, et tellement Andréa !
Les Flâneries d’art «allient la découverte du patrimoine, de l’art,
de la musique et des jardins» selon Andréa Ferréol,
qui s’est lancée dans un nouveau combat
«Je milite pour ma ville, pour qu’elle soit belle et
qu’elle irradie. C’est là où je suis née, où j’habite
et où je serai enterrée, explique l’actrice,
présidente de l’association Aix-en-Œuvres. Aix
m’a appris la beauté et les Flâneries d’art sont un
vrai engagement». Un marathon même, car
André Ferréol parcourt expositions, galeries et
ateliers toute l’année pour peaufiner la
programmation de ce qui est désormais un vrai
parcours d’art. Le temps d’un week-end, plus de
7000 visiteurs poussent la porte de «galeries»
aussi privées qu’éphémères, même s’il est encore
difficile de franchir le cours Mirabeau à la recherche de jardins méconnus, ou tellement discrets…
En attendant des hôtes moins frileux, les
Flâneries d’art s’installent dans le quartier
Mazarin les 13 et 14 juin, donnant l’occasion à 25
artistes d’exposer leurs œuvres en plein air.
Aucun fil rouge thématique ou parti pris
conceptuel ne sous-tend la programmation, mais
des coups de cœur, des rencontres et des amitiés
qui lui donnent sa couleur si composite. Et pour la
première fois, les Flâneries d’art s’ouvrent à la
haute couture et font un joli «coup» en présentant
les modèles de Franck Sorbier à l’heure où le
Musée des Tissus de Lyon organise une
rétrospective…
Le concept s’affine et se peaufine, s’autorisant
même un détour vers des «artistes plus
intellectuels, mais toujours accessibles, afin que
le goût du public puisse s’aiguiser et s’ouvrir à
d’autres modes d’expression que la sculpture et
la peinture.» La palette est ainsi faite par une
artiste qui œuvre en chef d’orchestre, mêlant les
meubles de Mattia Bonetti qu’elle apprécie, les
photographies d’Hélène Guetary qu’elle a
rencontrée sur un tournage ou les tags de Miss
Tic, «la plus grande taggeuse de France, très en
vogue actuellement»… Son amour pour la
musique, l’opéra et la danse l’entraîne à tisser
des croisements inédits entre des plasticiens,
chorégraphes, musiciens, et des photographes
du célèbre Studio Harcourt qui proposeront au
public de poser pour la postérité.
Aix mérite bien une touche de glamour…
© MissTic
Flâneries d’art dans les jardins aixois
Les 13 et 14 juin
www.aix-en-œuvres.com
M.G.-G.
Précaires
Pour fêter dix ans de collaboration
avec le Frac Paca, Sextant et plus a
choisi d’exposer des œuvres aux
intempéries, et innove en podcastant
les audio guides de ses expositions
Le parvis de la Cartonnerie et l’esplanade de la
Friche de la Belle de Mai sont envahis depuis
quelques temps par des zones enherbées poussant
au pied des algecos ou en plaques circulaires, à
côté de grosses tentes de toiles de couleur sable
sale retenues par de gros sacs posés au sol.
Impossible de les éviter, si ce n’est en zigzagant.
Sur les tentes sont sérigraphiées en noir de larges
inscriptions extraites de déclarations onusiennes,
«attaques inadmissibles / exhortent les factions /
une décision serait prise…».
Chaque tente est si fermement close qu’il est
Resolutions de S. Ristelhueber et Spirale de M. Blazy, Friche Belle de Mai, 2009 © C. Lorin
impossible d’y pénétrer. L’abri est muselé, impraticable. Le gazon (en fait des lentilles germées
dans du coton) attend qu’on le foule. Ou au contraire
d’être évité ? Tentes et végétal se répondent, l’un
et l’autre ayant par nature une présence temporaire, plus ou moins fragile ou résistant. Cette
impression est renforcée par le contexte architectural un tant soit peu chaotique et hétérogène
de cette friche en construction permanente, voire
à l’esthétique de non fini cultivé : ici les œuvres
de Blazy et Ristelhueber prennent tout leur sens
pour dire leur charge de précarité, comme les
meilleures résolutions.
Le visiteur peut désormais podcaster l’audio
guide correspondant afin de suivre les explications de la visite en direct. Mais pour cette
première expérience, on en apprend peu sur les
œuvres et les démarches.
C.L.
Résolutions de Sophie Ristelhueber,
Plinthes et Spirales de Michel Blazy
appartiennent à la collection du Frac
Provence Alpes Côte d’Azur.
Echap#1
Michel Blazy, Sophie Riestelhueber
jusqu’au 13 juin
Parvis et esplanade de la Friche de la Belle de Mai
Sextant et plus
04 95 04 95 94
www.sextantetplus.org
58
MANIFESTATIONS
LIVRES
Bulles d’avril
Comme chaque année depuis 10 ans,
l’école de management Euromed de
Luminy a ouvert ses portes au public
pour un week-end consacré à la BD,
onzième édition Des Calanques et
des Bulles sous le parrainage du dessinateur Carrère, créateur de Léo Loden,
le privé marseillais cher aux enfants.
Organisé par les étudiants de l’école,
l’événement draine un public d’amateurs nombreux, de tous styles et de
tous âges. La balade est plaisante et il y
en a pour tous les goût : les collectionneurs se pressent autour des bacs des
bouquinistes en quête du numéro manquant de leur série fétiche ; certains,
accroupis, feuillettent d’anciens «illustrés»
exhumés d’on ne sait quel grenier, leur
madeleine à eux. D’ailleurs à propos de
madeleine, la série complète de l’adaptation BD d’À la recherche du temps
perdu, plutôt réussie dans le genre, était
en vente dans ce secteur.
Si l’on préfère du neuf, on se rend à
l’espace «librairie» où les libraires de La
réserve à bulles orientent, conseillent
et vendent les exemplaires qu’on peut
ensuite aller faire dédicacer dans le
grand espace consacré à cette activité
rituelle. Car c’est là le grand plaisir des
rencontres du 9e art. La dédicace d’un
dessinateur de BD, c’est un moment de
création suspendue, qui mérite bien
quelques minutes d’attente ; l’un vous
croque en trois coups de feutre l’un de
ses personnages, l’autre vous offre une
aquarelle inédite. Et tous, entre deux
signatures, dessinent, notent, dans des
cahiers d’écoliers, sur leurs ordinateurs,
un flux créatif continu qui laisse pantois
(et admiratifs !) les nuls en dessin.
Durant ces 2 jours, on a pu aussi lire et
voir des mangas, admirer des planches
originales, des fresques en cours… et jeter
un œil sur la campagne environnante,
toute de bourgeons et de verdure. À
l’image de ce festival printanier où éclosent les talents graphiques…
FRED ROBERT
Rencontrés au festival et à lire :
Clément Baloup, formé à l’école
d’Angoulême, auteur, entre autres,
de Quitter Saïgon et de Un automne
à Hanoi édités par La boîte à bulles,
coll. Champ libre.
Lisa Mandel, auteure marseillaise
bien connue pour sa série Nini Patalo,
dont le tome 5 paraîtra
prochainement aux éditions Glénat.
Livres, circulation
Les 11, 12 et 13 juin se tiendront à Manosque
les Rencontres Méditerranéennes de l’Édition
organisées par Editeurs sans frontières
Cette association, qui œuvre pour la
promotion des partenariats avec l’étranger, vise depuis 2 ans à tisser des liens
de plus en plus solides entre les professionnels de l’édition du pourtour
méditerranéen.
En 2007, ces rencontres avaient permis
des échanges entre des pays tels que le
Liban, le Maroc, la Tunisie et l’Algérie
et plusieurs coéditions avaient vu le jour
grâce à elles. En 2009, elles accueillent
un nouvel arrivant, l’Italie, avec notamment les Edizioni e/o, déjà remarquées
lors d’un débat au Centre Culturel
Italien de Marseille l’an dernier.
Ces rencontres s’adressent avant tout
aux professionnels. Cependant, tous les
acteurs de la chaîne du livre, ainsi que le
public intéressé par la diffusion des
savoirs, sont invités à participer à la
table ronde qu’animera, le 12 juin à
16h00 à la fondation Carzou, AnneLaure Walter de Livres Hebdo.
Seront présents pour débattre de la
circulation du livre en Méditerranée :
Yaël Lerer, éditrice de Andalus (Israël),
Sofiane Hadjadj, éditeur de Barzakh
(Algérie), Molly Fournel, membre de
l’Association Internationale des Libraires
Francophones, Richard Jacquemont,
traducteur et fin connaisseur du monde
et de la littérature arabes, Fares Sassine,
conseiller littéraire à Dar An Nahar
(Liban) et Barbara Ferri pour les éditions italiennes e/o. L’échange promet
d’être passionnant.
Yann Apperry © X-D.R.
Il sera suivi dans la soirée d’une lecture
musicale à l’hôtel Voland, en coproduction avec les Correspondances de
Manosque. C’est Yann Apperry, artiste en résidence à Manosque cette
année qui proposera, avec la complicité
de Claude Barthélémy à la guitare et
à l’oud, cette création littéraire et sonore
bilingue français-italien. Une plaisante
façon de saluer l’Italie nouvellement
invitée à ces Rencontres Méditerranéennes de l’Edition, et de clore cette
journée d’échanges et de partage.
FRED ROBERT
Les Rencontres Méditerranéennes
de l’Édition auront lieu à Manosque
les 11, 12 et 13 juin
Tout un mois à l’heure espagnole
Où trouver, en des temps d’intégrisme et de repli
communautaire, de plus bel exemple de dialogue et
de coexistence pacifique que celui de l’Andalousie
médiévale ? C’est cet esprit d’échange et de métissage
entre les cultures issues des 3 grandes religions
monothéistes qu’entend faire revivre le festival initié il
y a 7 ans par l’association Horizontes Del Sur et qui
se déroulera à Marseille du 17 mai au 11 juin.
La septième édition d’Espagne des trois cultures se
placera résolument sous le signe de la diversité.
Diversité des manifestations puisqu’on pourra aller
d’une conférence savante à un spectacle de poésie ou
de musique, d’une exposition à un atelier de recettes
anciennes ou de mosaïque, d’un film à un tablao
flamenco… Diversité des lieux également : le centre
Fleg, la BMVR Alcazar, l’Espace Julien et le
cinéma Le Prado seront de la partie.
Le festival accueillera cette année quelques stars des
cultures juive et arabo andalouse d’aujourd’hui. Parmi
les temps forts, notons le spectacle d’ouverture (le 17
mai), théâtre flamenco autour de l’œuvre majeure de
F. de Rojas, La Celestina, proposé par la troupe La
Recua avec la célèbre Rubia.
Deux concerts mettront la musique à l’honneur : un
Chant profond d’Andalousie réunira les voix d’Yves
Bergé et de Maria de Los Angeles autour des textes
de Lorca et des musiques de De Falla (le 19 mai),
tandis que Fouad Didi et l’orchestre Tarab recevront
le chanteur séfarade Alain Chekroun pour un grand
Concert de la paix (le 24 mai). Une belle place sera faite
au 7e art grâce à la projection de Retour à Hansala de
la jeune réalisatrice espagnole Chus Gutierrez, qui
évoque avec acuité et sans pathos le drame des harragas
marocains(voir p 47). Quant aux nombreuses conférences, qui porteront sur des thématiques très variées,
elles seront sans aucun doute passionnantes ; signalons
notamment celle du fameux philosophe Marc-Alain
Ouaknin, sur Kabbale et Soufisme (le 11 juin).
Une programmation riche, éclectique et très attrayante
pour un grand festival du dialogue et de la paix.
FRED ROBERT
Festival L’Espagne des trois cultures, organisé
par Horizontes del Sur, en partenariat avec le Centre
Fleg, le Comité de Coopération MPM,
Mémoire pour la Paix (Sud) et l’Espace Julien.
Du 17 mai au 11 juin à Marseille.
04 91 08 53 78
AU PROGRAMME
AGGLOPOLE PROVENCE
Lire Ensemble – 04 90 44 85 85
Sur le thème Femmes et Méditerranée, la manifestation réunit
public et auteurs dans les 17 communes d’Agglopole Provence.
Moments forts avec la pièce Olympe de Gouges par Caroline
Grimm le 15 mai au Théâtre Armand à Salon, rencontre
avec Magyd Cherfi le 20 mai au Portail Coucou à Salon,
ateliers, conférences, contes… Du 15 au 30 mai.
AIX-EN-PROVENCE
Maison Méditerranéenne des sciences de l’homme
– 04 42 95 30 30
La méditerranée ou la circulation des savoirs : rencontre avec
Ali Benmakhlouf autour de La circulation de la pensée,
traduire les «intraduisibles» ? Le 16 juin à 18h30.
APT
Bibliothèque municipale d’Apt – 04 90 74 78 48
Le Gout de lire fait Salon : organisé par l’association Le goût
de lire en Pays d’Apt, le 1er salon du livre du Pays d’Apt
propose des rencontres, des lectures, des échanges et des
tables rondes animées par le journaliste littéraire PhilippeJean Catinchi. Jusqu’au 16 mai, à la salle des fêtes.
AVIGNON, MANOSQUE, MARTIGUES,
LA CIOTAT, MARSEILLE
Libraires du Sud - 04 96 12 43 42
Yannick Lahens présentera son ouvrage La couleur de
l’aube (éd. Sabine Wespieser, 2008) le 14 mai à la librairie La
Mémoire du Monde à Avignon et le 15 mai à la librairie Au
Poivre d’Âne à Manosque ;
Gary Victor présentera Banal oubli (éd. Vents d’ailleurs,
2008) le 16 mai à la librairie Au Poivre d’Âne à Manosque;
Christophe Fournel et Abdelkader présenteront Il me
sera difficile de venir te voir, Correspondances littéraires sur les
conséquences de la politique française d’immigration (éd. Vents
d’ailleurs, 2008) le 26 mai à la librairie L’Alinéa à Martigues,
le 27 mai à la librairie Au Poivre d’Âne à Manosque et le 28
mai à la librairie Au Poivre d’Âne à La Ciotat ;
Hafid Aggoune présentera Rêve 78 (éd. Joëlle Losfeld,
2008) le 4 juin à la librairie Au Poivre d’Âne à La Ciotat et
le 5 juin à la librairie Regards à Marseille.
MANOSQUE
Association Eclat de lire – 04 92 71 01 79
Fête du livre jeunesse : rencontres avec des auteurs et des
illustrateurs jeunesse, ateliers, spectacles, goûters littéraires…
Jusqu’au 19 mai.
MARSEILLE
Espaceculture – 04 96 11 04 60
Conférences : Constant Vautravers sur la Découverte de la
Méditerranée, le 14 mai à 15h;
Maurice Chevaly pour Montmartre : ateliers du monde, le 18
mai à 16h15 ; Jeannine Caviglia-Sardou pour L’Impératrice
Eugénie et le Pharo : un cadeau pour Marseille, le 28 mai à 17h.
Ecrivains en dialogue : Pascal Jourdana reçoit, le 6 juin,
Magali Brénon (J’attends Mehdi, 2009) et Béatrice Rilos
(Is this love, 2009), deux jeunes romancières publiées chez
Le Mot et le Reste, dans le cadre des Rencontres de l’édition
indépendante qui se tiennent les 5 et 6 juin à la BDP. Il y sera
question d’écritures contemporaines et de correspondances
avec d’autres formes d’expressions artistiques, mais aussi du
rapport privilégié et de l’échange particulier qu’entretient un
auteur avec un «petit» éditeur.
Opéra – 04 91 55 11 10
L’Opéra ouvre son grenier à AIDES et propose plus de 640
pièces à la vente (accès libre de 9h30 à 17h), dont trente tenues
d’une grande valeur qui feront l’objet d’une vente aux enchères (de 20h à 23h30). Manifestation organisée par la ville
et l’opéra de Marseille, en partenariat avec Euromed Management, DVRP&Com et Marim Impression. Le 30 mai.
Institut culturel italien – 04 91 48 51 94
Présentation de Torino Poesia et de l’anthologie : Poèmes chuchotés sur la berge du Pô (éd bilingue). Le volume offre pour
la première fois au public de langue française la possibilité de
parcourir le panorama poétique de la ville de Guido Gozzano,
Cesare Pavese, Italo Calvino et Primo Levi. Les poèmes de
Valentina Diana, Tiziano Fratus, Eliana Deborah, Gianni
Marchetti, Luca Ragagnin, Francesca Tini Brunozzi sont
présentés par Tiziano Fratus et Gianni Marchetti.
Le 25 mai à 18h.
Espace Leclere - 04 91 50 00 00
Conférence de Daniel Drocourt, directeur de l’Atelier du Patrimoine de la ville de Marseille, sur l’Architecture à Marseille,
de l’antiquité tardive au Moyen-Âge. Le 25 mai à 18h.
RENCONTRES
59
Approches, Culture(s) et Territoires – 04 91 63 59 88
Ecole et discrimination : une frontière intérieure : conférence
de Fabrice Dhume, le 26 mai.
BMVR L’Alcazar – 04 91 55 56 34
Les Cahiers de l’écailler reçoivent Maud Tabachnik et
Sylvie Cohen pour une conférence-débat le 22 mai à 17h
dans la salle de conférence.
CIPM – 04 91 91 26 45
Rencontre avec Jacques Roubaud autour de son dernier
ouvrage, La Dissolution (Nous éditions, 2008), avec JeanJacques Wagneur. Le 15 mai à 19h.
Soirée de lancement de la nouvelle parution de La Pensée
de Midi, Les chants d’Orphée. Musique & poésie, avec Catherine Peillon, Renaud Ego et Thierry Fabre
CRDP – 04 91 14 13 12
Ouverture de la nouvelle librairie du CRDP, la Librairie
d’Athènes, que vous pouvez découvrir au 31 bd
d’Athènes avec, pour son lancement, des promos, une
tombola… Jusqu’au 27 mai.
MARTIGUES
Musée d’histoire – 04 91 90 42 22
Conférence de A.-M. d’Ovidi, attachée de conservation en
archéologie, atelier du Patrimoine de la ville de Marseille et
P.Bromlet, ingénieur en recherche, Centre de recherche et
de Conservation du Patrimone : La mise en place des peintures
murales dans Marseille antique, premiers résultats d’analyse.
Le 18 mai.
Conférence de L.-F. Gantes, archéologue municipal, atelier
du Patrimoine de la ville de Marseille : Du neuf sur le plus
ancien quartier de Marseille, les fouilles de la place de l’îlot
Madeleine au Panier. Le 25 mai.
Conférence de M. Aubert, Conservateur des Musées de
Marseille : Les enfants cachés de la Seconde Guerre Mondiale.
Le 8 juin.
Dans l’auditorium du Musée d’histoire de Marseille, de 18h
à 20h.
Association Sur la place – 04 91 54 48 76
3e édition des rencontres de l’illustration (voir p 56) : en collaboration avec l’Alcazar BMVR, la manifestation, sur le thème
Images de lettres, propose des tables rondes, des débats,
des animations et des projections, avec, entre autres, Kveta
Pacovska, Marion Bataille, Régis Lejonc, Ingrid Monchy,
Stanislas Barthélémy, Sarah Blum… Les 15 et 16 mai.
Librairie Histoire de l’œil – 04 91 48 29 92
Exposition de Laurent Sfar : Magnétiser les repères.
Jusqu’au 23 mai. Projection du film Supermâché, aire de
pique-nique, de Laurent Sfar et Jean Guillaud, le 15 mai, à
l’occasion du Printemps de l’Art Contemporain.
Rencontre autour du dernier livre de K. M. Ammi, Les
Vertus immorales (Gallimard, 2009), manifestation proposée
par Peuple et Culture Marseille et animée par Marion
De Dominicis. Le 13 juin à 15h30 écriture dans un jardin
(atelier d’écriture an présence de l’auteur et autour
de son œuvre) et lecture-rencontre à 19h.
Librairie L’Odeur du Temps – 04 91 54 81 56
Lecture avec Jean-Clair Bonnel et Denis de Lapparent, le 15 mai
à 19h.
Lecture de Dominique Meens. Dernier ouvrage paru,
L’Hirondelle (ACT MEM), ouvrage à paraître (Aujourd’hui
ou jamais, P.O.L.). Le 28 mai à 18h.
Musée Ziem – 04 42 41 39 60
Dans le cadre de l’exposition Temps d’Etang de Alain Sauvan
(v p. 49) : rencontre avec l’artiste le 28 mai à 17h30 ; conférence sur Les nouvelles tendances de la photographies
d’aujourd’hui par Rémy Kerténian, responsable de la
Maison de la Photographie à Toulon et historien de l’art le
11 juin à 17h30.
MARSEILLE, LOURMARIN
Mai l’art en balade - 04 91 33 09 59
Marchés de Créateurs par l’association Marquage, de 10 h
à 19h : le 17 mai, Place Barthélémy à Lourmarin ; les 23 et
24 mai Cours Julien à Marseille.
SAINT-VINCENT-SUR-JABRON
Association Terres d’encres – 04 92 62 08 07
9e rencontres d’écriture-s, Les Petits Toits du Monde : durant
3 jours, poètes, écrivains, artistes et éditeurs - Julia Billet,
Michel Chaupin, Patrick Dubost, Antoine Emaz, Stéphanie
Ferrat, Fred Garnier, Camille Loivier, Béatrice Machet,
Valérie Rouzeau, Erwan Sito, Jean-Pierre Sintive, Paul
Trajman, Marine Vassort et la compagnie du Piano
Voyageur- partagent leurs œuvres lors de lectures, d’expos
et de conférences-débats. Du 30 mai au 1er juin.
TARASCON
Château royal de Provence – 04 90 91 51 29
Dans le cadre du projet Pièces supplémentaires / résidence,
expositions, performance, rencontre-conférence avec l’artiste
Dominique Angel. Le 15 mai à 10h au Lycée Alphonse
Daudet.
TOULON
Association pour les Musées de Toulon – 04 94 36 81 00
Conférence de Rémy Kerténian : Mode et Art, de l’entre
deux guerres à nos jours. Le 19 mai.
60
LIVRES
Cahiers d’un retour à l’île natale
On croise sa silhouette élancée au détour de salons du
livre corse, avec un vrai sourire, une tendresse sensible
pour l’autre, qu’il soit le lecteur désinvolte, l’habitué
des salons, l’invité pour la cérémonie des beignets au
brocchiu, ou le véritable passionné. C’est avec la
même simplicité que le poète répond à tous. Jacques
Fusina évoque sa longue carrière, d’abord à Paris, sa
collaboration à la revue Le puits de l’ermite, pendant une
douzaine d’années, ses rencontres avec les poètes du
moment, ses amitiés riches et complices, Mandiargues,
Soupault, Maurice Carême, Guillevic… Dans ce
véritable laboratoire, il se nourrit des différentes
influences tout en gardant sa propre musique. «Une
lyre -j’y ai songé- a courbé le ciel.» (Retour sur images). Il
écrit alors en langue française, publie un recueil
poétique, Soleils revus (1969) et poursuit une brillante
carrière d’universitaire. C’est par elle qu’il retourne en
Corse en 1981. Chargé de mission ministérielle pour
la mise en place de l’enseignement du Corse (et ce
jusqu’en 1987), il sera, entre autres fonctions, le
Président du Conseil de la Culture, de l’Éducation et
du Cadre de Vie de 1989 à 1991 auprès de l’Assemblée de Corse. Ces distinctions ne sont pas liées au
hasard : docteur ès Lettres et sciences de l’éducation,
il fonde le département des sciences de l’éducation
dans l’université de Corte, et les enseigne ainsi que la
littérature.
traduction. L’âme poétique navigue entre les deux
langues, se coule entre les mots, épouse les sonorités et
les particularités linguistiques, «[Apprivoise] nos mots
comme les hirondelles ont domestiqué les fils électriques.»
Le poète nous donne sa recette : «Pour ne pas se perdre,
faire comme les sentiers du maquis : apprendre par cœur
le langage de sa terre.» Écoutez la version corse : «Per ùn
perdesi, fà cum’è i viottuli di e machje : amparà à la mente
a lingua di a so terra.»
La notoriété de Fusina souffre sans doute aujourd’hui
de son choix insulaire. Pourtant cette poésie souvent
métaphysique ne se perd pas dans le sérieux d’envolées
lyriques : le pastiche prend part à la danse des mots,
«Voici venir les temps où vibrant de vertige»… sans
oublier les clausules vengeresses «il a poété»…
MARYVONNE COLOMBANI
Soleils Revus
Recueil de poèmes, 1969
PJ. Oswald, coll. Voix Nouvelles
Cantilena Veranile
Poésie enfantine, 1983
Scola Corsa Bastia
Contrapuntu
Poèmes ill, par le calligraphe Peter Berger, 1989
La Marge
Retour et renaissance
Pourquoi ce retour ? Une sorte d’urgence se dessinait
dans l’enthousiasme que créait la nouvelle donne
politique, une nécessité de rendre à la culture corse ses
lettres de noblesse, de produire en Corse les nouveaux
jalons d’un art contemporain, et surtout de ne pas
laisser s’enfermer le renouveau culturel dans un
ressassement infini du passé. Déjà à Paris, il avait
affirmé sa préoccupation pour la culture de son île, en
s’inscrivant dans la vibrante génération de 70, du
Riacquistu, écrivains qui se retrouvaient dans la revue
Rigiru.
Pourquoi écrire en Corse ? Parce que la littérature en
langue française est florissante, alors qu’en langue
corse, il s’avérait nécessaire de créer, d’alimenter, de
redonner une impulsion, nourrir un flux qui semblait
alors devoir se tarir.
Les publications en corse se multiplient alors, recueils
de poèmes, aux éditions Albiana et La Marge, essais
critiques et universitaires, articles de journaux, ouvrage
consacré à une pédagogie de la poésie. Il retrouve le
poète occitan Max Rouquette dans le souci de
défendre et d’enseigner les langues régionales ou
minoritaires. Talentueux polygraphe, Jacques Fusina
s’attache à la défense et illustration d’une langue qu’il
chérit par tous les moyens d’expression qui lui sont
donnés. Il prête ainsi sa plume aux groupes corses,
célèbres ou non ; Patrick Fiori lui demande des textes,
Pavarotti avait un projet avec lui…
Si Ghjacumu (Jacques) Thiers affirme qu’«écrire dans
la diglossie c’est toujours mourir un peu», Fusina démontre le contraire par son œuvre vivante, vibrante,
multiple. Son dernier recueil, Retour sur images, livre
un ensemble de poèmes en français, en corse, avec leur
Prose Elzevire
Ecrits journalistiques, 1989
La Marge
Corse, Défense d’une île
Essai critique, 1992
Autres Temps Ed.
E Sette Chjappelle
Poèmes et proses, 1987
Albiana
Canta u Populu Corsu
Présentation critique du groupe, 1993
Albiana
L’enseignement du corse, histoire, développements,
perspectives
étude historique, 1994
Squadra Finusellu Ed.
Versu Cantarecciu
Chant et poésie, 1996
Albiana Ed.
Tous les Matins de Corse
Editions Autres Temps - Marseille 1998
Parlons Corse
Editions de l’Harmattan 1999
L’urgence à écrire…
Il me sera difficile de venir te voir, un titre étonnant pour
ce livre de correspondances littéraires sur les conséquences de la politique française d’immigration : dans
le cadre des Jeudis du comptoir, deux initiateurs de
cet échange épistolaire, Eric Pessan et Nicole
Caligaris étaient à la Caravelle, le 7 mai, pour en
expliquer la genèse. Au départ, pour Eric Pessan, une
«bouteille à la mer» sur un site littéraire pour écrire son
indignation face à cette situation odieuse. Une
première réponse, celle de Nicole Caligaris : l’envie
de réagir, en tant qu’écrivain, par des textes littéraires
et la décision de proposer une correspondance à
une quarantaine d’écrivains francophones.
Vingt-six au total ont écrit, dans l’urgence, puisque
chaque binôme, constitué le plus souvent au hasard,
disposait de deux mois. «L’entreprise a été très difficile,
explique Nicole Caligaris : même quand on a l’ambition
de penser certaines questions, certaines sont difficiles à
penser.» Comment s’adresser à l’Autre qui (nous) est
étranger ? Comment se débarrasser des stéréotypes et
de l’influence insidieuse du discours xénophobe ?
Mourad Djebel, «Algérien d’Angoulême» qui a
correspondu avec Nathalie Quintrane a évoqué ses
doutes : que peut la littérature face aux centres de
rétention et aux «déportations» ? «Nous n’avons pas la
naïveté de croire que des textes changeront le monde, nous
tenons simplement à l’existence de ce «nolo», je ne veux
pas». Car comme le pensait Maurice Blanchot, «face
aux événements publics, nous savons que nous devons
REFUSER.»
Ce sont toutes ces questions fondamentales
aujourd’hui qui ont été abordées et qui donne envie de
découvrir toutes ces correspondances, échangées sous
des formes aussi variées que récits d’enfance, poèmes,
et abécédaire... «Un livre pour apporter un peu d’air»
comme a conclu Jutta Hepke des éditions Vents
d’ailleurs.
ANNIE GAVA
LITTÉRATURE
LIVRES
61
Marie lumière
Le colloque international qui lui a été consacré début
avril, ainsi que la réédition simultanée de certaines de
ses œuvres par Actes Sud devrait permettre de
redécouvrir la discrète Madeleine Bourdouxhe
(1906-1996). De cette romancière belge née en
Wallonie, on connaît surtout La femme de Gilles,
publié en 1936, réédité en 2004 et récemment adapté
pour le cinéma par Frédéric Fonteyne, avec un
Clovis Cornillac très convaincant dans le rôle de
Gilles. La femme de Gilles, au titre révélateur, est un
drame de la jalousie ; c’est aussi une histoire qui parle
de l’oubli de soi, de la perte d’identité dans l’amour.
Dans À la recherche de Marie, paru en 1943, on
retrouve le couple, l’usure du désir et les rapports de
domination. Mais, dans ce deuxième roman, c’est
désormais la femme qui est au centre, bien décidée à
ne pas sombrer dans la routine du mariage. À l’écoute
de ses désirs, de passion, d’aventure, de solitude aussi,
Marie est déterminée à les sentir et à les vivre, sans
culpabilité. Ce qu’elle fait, sans tambours ni
trompettes, avec une liberté déconcertante.
Dans une prose simple et fluide, avec d’émouvants
arrêts sur images au présent de narration et beaucoup
de sensualité, Madeleine Bourdouxhe trace le portrait
d’une jeune femme émancipée, qui sait habilement
s’évader des sombres prisons de la tradition, des bons
sentiments ou de l’habitude, pour exister en pleine
lumière. Elisa, la femme de Gilles, perdait son être
dans sa passion pour son mari ; Marie fait un pas de
côté, sort du rang, et se retrouve.
Une belle force qui va, comme sa créatrice qui fut
résistante, féministe, amie de Sartre et de Beauvoir…
et sans doute bien d’autres choses !
A lire
également,
chez Actes
Sud : La femme
de Gilles et Les
jours de la
femme, Louise et
autres nouvelles
(Babel n° 950).
FRED ROBERT
A la recherche de Marie
Madeleine Bourdouxhe
éd. Actes Sud, 15 euros
Nul n’est parfait
Autant le savoir : les personnages de ce recueil n’ont
rien de sublime, rien d’exceptionnel. Ils n’ont aucune
aisance à vivre, aucun talent particulier, aucune
certitude. Anti-héros tourmentés, ils nous saisissent
par leur humanité crue, par leurs comportements
incongrus, déviants, obsessionnels… C’est précisément dans leur étrangeté et leur monstruosité que
réside leur beauté : miroirs amers, ils reflètent nos
pensées les plus obscures, nos angoisses dissimulées,
notre simulacre quotidien… Le style, sobre et amer,
installe un malaise à la fois diffus et cristallin.
Pétales est composé de six nouvelles, chacune
révélatrice d’une vérité crue. On y découvre les
disgrâces de la chirurgie esthétique, un étrange regard
sur l’onanisme, un cactus révélateur… ou encore une
bien funeste pince à épiler.
Franchissant les limites noires du possible, dans la
Une rue
Quand vous aurez lu le dernier ouvrage de Sara
Vidal, écrivaine marseillaise, vous ne regarderez jamais
plus la Rue du Théâtre français, ce court passage qui,
partant de la Canebière, aboutit sur la place du Lycée
Thiers, avec les mêmes yeux.
Vous chercherez l’hôtel Les Cytises, tout blanc et aux
volets vert sombre qui abrite des exilés du monde
entier. Vous vous demanderez qui a remplacé la
famille de la fragile Marta dans la chambre 15. Vous
essaierez de croiser le regard de Roméo qui guette de
sa fenêtre sa Juliette, prof de lettres au collège Thiers…
Vient-elle toujours le retrouver dans sa chambre
meublée où les livres sont le seul luxe ? Et le «Scribe»,
ce SDF à qui la jeune femme blonde d’Hypercopie a
offert un bloc sténo carré et un crayon pour qu’«il y
enferme ses pensées», continue-t-il à y inscrire
minutieusement l’histoire des oiseaux migrateurs, assis
sur les marches du Théâtre ? Ces marches que hantent
les fantômes d’Armand Hammer, le mécène, et de ses
droite ligne du «réalisme fantastique» cher aux écrivains
mexicains, Guadalupe Nettel installe une atmosphère
sordide comme dans son précédent roman : dans
L’hôte la narratrice, adolescente hantée par une
créature intérieure, rejoignait ses semblables dans les
ténèbres de Mexico, après avoir perdu progressivement la vue.
Autres histoires embarrassantes : le sous-titre est un
euphémisme, pour ce recueil qui démange et irrite
l’épiderme. Récompensé au Mexique par les prix
Gilberto Owen et Antonin Artaud, il est troublant,
et fascinant…
A lire
également,
chez Actes
Sud : L’hôte,
2006, 19 euros
MARION CORDIER
Pétales et autres histoires embarrassantes
Guadalupe Nettel
éd Actes Sud, 15 euros
parents Julius et Sara, arrivés d’Odessa sur le paquebot
Plutarque ?
Il est certain que vous croiserez encore des «femmes
assises sur les plots», quelques enfants «qui jouent
vaguement à leurs pieds à de maigres jeux de cailloux, de
papiers froissés», Aïda, Nacéra, les jumeaux arpenteurs
et tous les autres.
Quant à Kitty, la Noire, qui a essayé d’exorciser ses
démons, «racontant par la force du corps ce qui ne peut
se dire» en une chorégraphie sublime sur la place
redevenue agora, vous ne la reconnaîtrez pas : elle
danse ailleurs, plus loin…
Sara Vidal a su, à partir d’une longue observation,
transfigurer le réel, le rendre magique grâce à la qualité
de son écriture poétique. La construction originale, en
forme de script théâtral, et les changements de
narrateur ajoutent encore à l’intérêt de ce roman
attachant.
ANNIE GAVA
Rue Du Théâtre
Français
Sara Vidal
Editions
Riveneuve,
12 euros
Sara Vidal signera son roman le 15 mai à 18h 30
à la Librairie Regards, Centre de la Vieille Charité
62
LIVRES
LITTÉRATURE
Cuba sombre
Vieilles rues de La Havane, plages paradisiaques de
Varadero, sone, mojitos et langoustes… Stop ! Arrêtez
de rêver ! Lorenzo Lunar emporte bien loin d’un
Cuba de carte postale avec eaux turquoise et cocotiers.
Et si l’on chante à El Condado, quartier de la peu
touristique Santa Clara, ce n’est certainement pas un
air de salsa. Ce serait plutôt le requiem des lendemains
qui déchantent…
«Vivre dans ce quartier, ça te fout les boules. (…) Le
quartier, il te réduit en purée, il te brinqueballe, t’éduque,
te pousse, te traîne, te relève, te jette à terre et te piétine.
Il fait de toi un homme ou un débris.» Ainsi débute le
récit de Leo, natif du barrio devenu flic au grand dam
de tout son entourage ; ainsi se terminera-t-il quelque
vingt-quatre heures plus tard, quand l’énigme du
crime initial aura été élucidée. Comme dans les «hard
boiled» américains, auxquels les titres des chapitres
font explicitement référence, l’important n’est pas que
le coupable soit confondu (le vrai «méchant» reste
d’ailleurs en liberté). L’essentiel est ailleurs. Dans la
narration par le biais d’une subjectivité à la fois partie
captivante et décalée. Dans l’évocation d’un quartier
en ruines, où il y a plus de débris que d’humains, où
l’on croise à toute heure drogués, alcooliques et
prostituées, où la plupart des gens sont sans travail,
vivent de combines et deviennent délinquants sans
presque en avoir conscience. Dans la galerie de
portraits aux difformités goyesques, comme autant de
métaphores d’une île et d’un système en déshérence.
Dans la langue aussi, vive et brutale, ourlée d’injures,
d’argot et de paroles de chansons, qui plonge le lecteur
en apnée dans le creuset sordide et chaleureux de ce
barrio démuni.
Ce bref roman se lit d’une traite, on en sort un peu
essoufflé, comme si on remontait de l’enfer… Mais,
comme le chante le titre espagnol de ce boléro très
noir et très humain, Que en vez del infierno encuentres
gloria.
Boléro noir à Santa Clara
Lorenzo Lunar
traduit du cubain par
Morgane Le Roy,
revu par Jacques Aubergy
éd. L’Atinoir, 12 euros
À noter que la présente édition est agrémentée
d’une préface de Rebeca Murga et d’une postface
de Sébastien Rutès, toutes deux fort intéressantes.
FRED ROBERT
Alger, (t)rêve nocturne
Alger, début des années quatre-vingt-dix. Entre un
gouvernement captieux et des fondamentalistes aux
aguets, le peuple en sursis vit au rythme des restrictions
et du couvre-feu. Zakaria a cinquante ans. Il est
journaliste et écrivain, proscrit et menacé. Dans la cité
de Zakaria, l’eau est distribuée deux fois par semaine,
entre trois et six heures du matin. Durant cette
parenthèse nocturne, le retour de l’eau est accueilli
comme la pluie après une période de sécheresse et
pendant quelques instants volés, la vie bat son plein et
les cœurs sont sereins. Les habitants s’affairent, se
lavent, font des réserves, se retrouvent autour d’un
thé… Et loin des troubles politiques et du rigorisme
diurne, un groupe éclectique et improbable se forme,
au plus grand plaisir de Zakaria qui les observe d’un
œil amusé ; un ancien combattant, un stalinien
convaincu, une femme juive, un inventeur farfelu, un
imam orthodoxe, une prostituée, un inspecteur de
police discutent, échangent, profitent.
L’Allumeur de rêves berbères de Mohand Fellag est un
roman sensible, grave et léger : la faconde de Zakaria
évoque avec élégance un peuple habile à se jouer des
lois pernicieuses qui l’accablent et plonge le lecteur
dans une atmosphère fantasque et poétique où
s’égrène une joie désespérée. Cette tragi-comédie des
habitants d’une capitale chaotique, Mohand Fellag
nous l’avait déjà fait découvrir dans son recueil de
nouvelles C’est à Alger.
Les Marseillais et les Toulonnais ont eu la chance de
retrouver son talent d’humoriste au Gymnase et à
Châteauvallon dans Tous les Algériens sont des
mécaniciens (voir p 16), spectacle aux accents du
roman, subversif et drôle, où la débrouillardise permet
au commun des mortels de tirer son épingle du jeu,
dans un système aux confins de l’absurde.
L’Allumeur
de rêves berbères
Fellag
Ed. JC Lattès,
302 p., 14 euros
MARION CORDIER
Littérature buissonnière
Une insolite famille d’écrivains accompagne Linda Lê.
L’auteur consacre à ces «alliés substantiels» -comme les
nomme René Char- des pages érudites, fascinantes
plongées dans la tourmente de l’écriture. Elle nous la
décrit en fouillant son âme autant que ses textes, cette
communauté d’êtres qui a choisi de subir les affres de
la liberté, de l’insubordination plutôt que de mettre
genou à terre devant la médiocrité. Au fond de
l’inconnu pour trouver du nouveau est une succession
de textes destinés à remercier ces écrivains qui ont
fondé sa pensée, nourri sa réflexion. On y croise Roger
Walser «à l’âme effilochée» qui voua sa vie «à élever la
vétille au rang de grandeur». Un peu plus loin l’auteur
d’Ostinato, Louis-René des Forêts, dont la posture de
secret et de silence s’opposait au déballage de mise
dans les milieux littéraires… Juan Rodolfo Wilcock
surgit avec son humour en bandoulière et sa
prédilection pour les gambits, comme un certain
Roger Walser ! Tiens donc… L’anthologie se poursuit
avec Felisberto Hernandez «le schismatique» qui
démarra une carrière de pianiste avant de devenir
écrivain, Ghérasim Luca qui refusait «toutes les formes,
toutes les catégories, toutes les idées…», Louis Calaferte
encore qui, «avant de satisfaire sa «faim de verbe» en
descendant à son tour dans l’arène, l’avait apaisée au
moyen de milliers de volumes avalés.» Puis Sándor
Márai, Bohumail Hrabal et tous les autres briseurs de
conventions… Dix-sept chapitres en forme de
révérence à des guides, rebelles incorrigibles, auxquels
Linda Lê paye sa dette à travers de courts textes
brillants.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Au fond de l’inconnu
pour trouver du nouveau
Linda Lê
Christian Bourgois
éditions, 17 euros
63
Tu auras des droits, mon enfant
Les éditions de L’Initiale s’enrichissent d’un nouvel
album de «philosophie à l’usage des tout petits». Après
la jalousie, les douleurs du deuil et les pièges de la
surconsommation, voici un rappel ludique et coloré
des droits inaliénables de l’enfant, présenté comme à
l’accoutumée sous la forme d’un petit livre carré facile
à transporter et à feuilleter.
Orange et bleu, comme la Terre vue par les yeux du
poète, et tout en sphères, comme le ventre arrondi
d’une femme enceinte, Petits grands droits pour mon
enfant récapitule joliment tout ce qu’une mère peut
souhaiter pour son petit à naître : nom, amour,
nourriture, eau, accès aux soins et à l’éducation, mais
aussi liberté, paix, justice et solidarité.
Toutes les couleurs de l’arc-en-ciel éclatent sur les
illustrations très graphiques de Fathy Bourayou,
entre lesquelles serpente la parole poétique et engagée
de Giovanna Zecchinato-Inal. Et l’on se prend à
rêver avec eux d’un monde meilleur, où tous les
enfants pourraient grandir dans l’harmonie… Un très
joli album, à faire découvrir à nos minots des pays
riches, pour qu’ils apprennent leurs droits mais aussi
leurs devoirs.
FRED ROBERT
Petits grands droits pour mon enfant
Giovanna Zecchinato-Inal, Fathy Bourayou
éd. L’Initiale, 11 euros
La danseuse et le dragon
«Ça ressemble à un conte, ça pourrait être une histoire»,
ainsi s’ouvre et se clôt l’album de Daphné Collignon
consacré à Anne Nivat, correspondante de guerre. Un
album magnifique qui retrace les étapes du projet, de
sa naissance dans les sables marocains aux rencontres
régulières entre l’auteure de BD et la reporter, puis à
sa mise en forme et en images.
Il n’était pas facile de rendre fidèlement la vie d’une
correspondante de guerre. Daphné Collignon le fait,
superbement. Sans doute parce qu’avant même de
rencontrer Anne Nivat, elle a admiré son «apparente
facilité à se fondre dans des mondes qui n’étaient pas les
siens -à ne pas juger, juste être là, regarder, observer,
raconter-», la «transparence d’une parole vivante qui (…)
prenait le temps de comprendre et digérer des réalités
multiples sans chercher à leur donner de sens». Elle a alors
eu envie de tracer le portrait de cette femme entre
deux mondes, «entre ceux qui habitent ces contrées
lointaines, détruites et les chanceux qui vivent dans la
bulle occidentale», comme l’écrit Anne Nivat ellemême en préface. D’évoquer sans glamour ce métier
difficile.
À l’arrivée, le lecteur se délecte de ce portrait croisé de
deux femmes d’aujourd’hui, généreuses et sensibles,
et des qualités esthétiques de l’ouvrage. Camaïeux de
bruns, alternance heureuse de la couleur et du noir et
blanc, du dessin et de la photo, variété de la
composition des pages et des lettrages, Daphné
Collignon jongle habilement avec les techniques et
offre la vaste palette de ses talents graphiques. Un
album-puzzle, à l’image de l’existence fragmentée et
bouleversante de celle qui danse tout près du dragon.
FRED ROBERT
À bon livre bon rat
Des rats de bibliothèques on en connaît tous, parfois
même on croise leur regard dans nos miroirs… Mais
un rat, un vrai, fou de lecture, éclectique et passionné,
quelle rencontre ! Firmin, puisque tel est son nom,
treizième malingre d’une portée affamée, se livre à un
long monologue autobiographique, ironique et
désespéré. Qui pourrait discuter avec un rat ? même
doté d’une qualité rare ? Car s’il dévore les livres, c’est
au figuré comme au sens propre. Né par hasard dans
les sous-sols d’une librairie de Boston, au creux d’un
volume déchiré, il a commencé par apprécier les
différents types de papier avant d’en savourer le sens.
Miracle ! Firmin sait lire, décline ses goûts, ses coups
de cœur, ses espoirs, ses détresses, nous entraîne dans
un jeu subtil dont il est maître, avec la verve d’un
Tristram Shandy : démystification des procédés
d’écriture, des appels au lecteur, des incipit ravageurs,
et introspection sans concessions de ce lecteur au
physique ingrat qui s’identifie aux héros de romans.
Puis notre infatigable lecteur, amateur de films porno
à ses heures, se prend d’amitié pour un libraire et pour
un écrivain plus ou moins raté… La trinité du livre est
en place, sur un arrière plan de fin du monde (fin du
quartier en tout cas), et les ingrédients de ce petit récit
jouissif et somptueux sont posés. À vous de grignoter,
de savourer ce mets de choix assaisonné par les
illustrations expressives de Krahn. Premier roman de
Sam Savage, Firmin est un ouvrage à dévorer sans
modération !
MARYVONNE COLOMBANI
Firmin
Autobiographie d’un grignoteur de livres
Sam Savage
Actes Sud, 18 euros
Anne Nivat, correspondante de guerre
Daphné Collignon
éditions Soleil, 14,90 euros
Cet album a été réalisé en collaboration
avec Reporters sans frontières
64
LIVRES
ARTS
Désenchantements
De Marseille à l’Afrique, quelques longues encablures.
Mais l’actualité éditoriale nous offre de croiser deux
regards jumeaux. Pascal Grimaud a parcouru les
anciennes colonies françaises d’Afrique (AOF),
cherchant «à appréhender les cicatrices d’une liaison
hasardeuse et ses résonances contemporaines», pendant
que Frank Pourcel poursuit son exploration des
marges marseillaises : «C’est drôle qu’une ville comme
Marseille possède tant de frontières.»
Les deux photographes ne constituent pas un
inventaire cynique mais la captation empathique de
bribes de vies et d’espaces. Les lumières sont sourdes
souvent chez Pascal Grimaud et les plans le plus
souvent serrés comme pour être au plus proche.
Lorsque l’espace s’ouvre il ne mène guère loin (rideau
de fer, barrière, terrain vague, cliché flou…) ou semble
inaccessible (coin de ciel, lointain maritime, poster de
forêt derrière une vitre…). Quelques façades suintent
une même déchéance qu’à La Havane, mais Marseille
n’est pas si loin. Cependant, aux Antilles, en Afrique,
comme dans la cité phocéenne, bien des regards
s’épuisent dans des reflets, des interstices ou le vide.
Bzz et l’Eden
Un livre passionnant propose de soigner nos phobies
en partant à la découverte d’un univers méconnu mais
fascinant : celui des animaux minuscules, parfois
invisibles, qui peuplent jardins et balcons : les insectes!
Plus de 300 pages à parcourir pour admirer les photos
de Carll Goodpasture, se rappeler que les araignées
et les scorpions ne sont pas des insectes mais des
arachnides, apprendre que la classe des insectes se
divise en 30 ordres, divisés eux-mêmes en centaines
de familles, milliers de genres et millions d’espèces !
Car les insectes représentent 80% des espèces animales
de l’univers...
L’auteur américain, Eric Grissell, entomologiste,
chercheur et jardinier de longue date, s’intéresse aux
lois de la nature et à l’équilibre écologique du jardin,
Ce que suggère l’approche poétique et erratique de
l’écrivain malgache, Jean-Luc Raharimanana, qui
clôt Maiden Africa. Le crépuscule est ce moment
déclinant de lumière incertaine au coucher du soleil.
Parfois c’est l’espoir de l’aube suggérée pour Frank
Pourcel. Cette photographie-là sait être subjective,
c’est-à-dire qu’elle peut voir sous le sujet.
CLAUDE LORIN
Au crépuscule
texte et photos
Frank Pourcel
Le bec en l’air
éditions, 18 euros
favorisé par la diversité des plantes et des insectes qu’il
abrite : diversifier les végétaux permet l’installation de
mangeurs de plantes comme les pucerons, mais
favorise en même temps le développement de leurs
prédateurs. Plus le jardin sera complexe, plus les
insectes y viendront, et plus il sera facile de s’en
occuper ! Et si l’on veut de beaux papillons il faut en
accepter les chenilles, donc quelques dégâts sur les
plantations, et limiter l’utilisation des insecticides.
L’évocation de la présence des insectes dans les mythes
de la création, les arts picturaux, la musique, la
littérature achèvent de convaincre : les jardiniers
mythiques, respectueux, s’accommodent d’un
équilibre naturel…
Maiden Africa
photos Pascal Grimaud
textes Jean-Luc Raharimanana
éditions Trans Photographic Press, 31 euros
Les insectes
au jardin
Eric Grissell,
ill. Carll
Goodpasture
traduit
de l’américain
par Jean-Denis
Rastugue
éd. du Rouergue,
30 euros
CHRIS BOURGUE
Paysages d’esprit
«Que savons-vous du paysage nous qui, plein de nousmêmes, aveuglés par nos propres représentations,
marchons sans le voir ?» Ainsi s’achève le chant douze
de Le Chant du hors champ. Plus qu’un catalogue,
l’ouvrage est le fruit d’une longue aventure à trois :
Brigitte Palaggi, photographe, Olivier Domerg,
écrivain et Frédérique Verlinden, conservateur en
chef du Musée Muséum départemental de Gap. À son
invitation, Brigitte Palaggi et Olivier Domerg ont
bénéficié d’une «résidence perlée répartie sur une
quinzaine de séjours» dans différents territoires du
département. De cette longue marche commune sont
nés une exposition* et un livre accompagné d’un CD,
une Pièce audio 3 réalisée à Euphonia à Marseille.
Une immersion fractionnée dans le paysage et une
itinérance implicite qui les ont conduit «à saisir ce qui
est à l’œuvre dans ces paysages, leur force, leur tension,
leurs contradictions, leur pérennité et leur mise à mal.»
L’ouvrage en est la parfaite restitution qui, dans sa
construction interne -succession de photographies
saisissant l’essentiel du paysage (le ciel, les sens) puis
compilation fragmentaire de textes, poèmes et proses
-comme dans sa réflexion est une porte ouverte sur le
monde. Bien au-delà des paysages des Hautes-Alpes.
En empruntant le regard de l’un et la voix de l’autre,
notre «manière de noir» comme l’écrit Olivier Domerg
se trouve totalement chamboulée. Jusqu’à croire, à
l’instar des auteurs, que le paysage est «avant toute
chose, une construction de l’esprit.»
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Le Chant
du hors champ
Brigitte Palaggi,
Olivier Domerg
Fage éditions,
25 euros
(*) Exposition présentée
du 21 novembre 2008 au 28 février 2009
au Musée Muséum départemental de Gap.
Lyriquement vôtre
L’opéra français du XIXe siècle est trop
souvent réduit à quelques grands ouvrages lyriques au succès certes mérité. Or
ce pan du théâtre chanté français dit
romantique possède une histoire riche
et un vivier passionnant. Soulignant le
néo-classicisme surprenant déjà présent
dès le premier XIXe siècle, et analysant
précisément et pertinemment des œuvres
comme Hérodiade de Massenet et
Carmen de Bizet, l’ouvrage publié chez
Symétrie est un outil indispensable
pour tout passionné d’opéra. Avec le
concours du Centre de Musique
Romantique Française, JeanChristophe Branger et Vincent Giroud
coordonnent les actes d’un colloque
opératique avec soin, associant à cette
somme de recherches les services de
spécialistes éclairés comme Gérard
Condé ou Steven Huebner. Aspects
de l’opéra français de Meyerbeer à
Honegger ne se contente pas de dresser
un historique précis mais axe son propos sur des thématiques originales et
fort bien documentées : présentation de
l’opus oublié La Carmélite de Hahn,
étude de la réception de l’Africaine de
Meyerbeer, relation entre compositeurs et chanteuses (Bizet et Galli-Marié,
le méconnu Bruneau et Marie Delna),
recherches sur l’opéra perdu de Debussy
La Chute de la maison Usher ou encore
lecture socio-historique d’Antigone
d’Honegger. Précieux et nécessaire !
FRÉDÉRIC ISOLETTA
Aspects de l’opéra Français de Meyerbeer
à Honegger
J.-C. Branger et V. Giroud
Ed. Symétrie 32 euros
Au cœur de la Noire
Après Les racines du Reggae, déjà
chroniqué ici, l’Harmattan élargit son
horizon sur l’origine africaine des musiques noires, «chez elle et à l’étranger»,
en se concentrant sur les pionniers du
mouvement, artistes peu connus qui
ont propagé dans leur pays et hors des
frontières des styles aussi différents que
le son afro-cubain, la samba ou le
rythm’n blues.
Le temps de l’esclavage a amené rythmes
ancestraux et danses coutumières sur le
continent américain : c’est l’objet du
premier volet, bien fourni, de cette
étude nécessaire pour tous ceux qui
pensent tout (s)avoir et tout avoir dans
leur discothèque, comme le nom du
premier groupe d’Omara Portuondo !
Le continent africain est ensuite analysé
par pays, tâche plus difficile, pour suivre
les influences de chaque ethnie !
Bon : un manque de relecture, et de
corrections attentives, font douter de
certaines assertions, et sourire en voyant
Marvin Gaye au rayon latin soul, Cuba
découverte en 1432 et les noms de
certains groupes comme les Abyssinians
transformés en Abyssins ! Mais ces
erreurs (comme d’avoir fait disparaître
les Comores de la carte musicale !) seront
pardonnées : il était devenu indispensable de proposer un tel ouvrage, avant
que les traditions orales ne se perdent
dans les méandres de certaines pseudo
musiques du monde. Une telle encyclopédie aurait dû être parfaite. Ainsi
faite, elle restera très utile…
X-RAY
Les racines des musiques noires
Liliane Prévost
et Isabelle de Courtilles
Editions l’Harmattan, Collection
Musique et Musicologie, 32 euros
66
PHILOSOPHIE
LIVRE
Le petit-bourgeois gentilhomme porte mal son titre, on en propose un autre
Manuel d’insurrection
Car ce livre répond en fait
à l’interrogation du moment :
le système capitaliste est à bout
de souffle mais que faire ?
Que proposer à la place ? Pourquoi
résiste-t-il à tous les assauts, à toutes
les critiques, à ses crises rédhibitoires ?
Ce combat contre le capitalisme est celui de tous ceux que
l’information sur la misère du monde ne laisse pas de marbre,
ceux pour qui il est intolérable que des puissances privées
s’accaparent les richesses produites; mais aussi ceux qui ont
conscience que des mesures qui pourraient paraître
réformistes (rémunération des dirigeants, interdictions des
licenciements…) sont en fait des mesures révolutionnaires,
puisqu’elles sont inacceptables par les dirigeants. Si l’immense
majorité de la population en est à ce niveau de conscience,
pourquoi le système tient-il en place ? Pourquoi la critique
de gauche ne porte-t-elle pas ses fruits ? Pourquoi ne se
révoltent-ils pas ? Qu’est-ce qui résiste?
L’analyse d’Alain Accardo entraîne dans les subtilités de la
sociologie de l’inconscient social : la critique marxiste ne peut
en rester à l’opposition classique du prolétariat et de la
bourgeoisie, à cette idée que le peuple exploité, informé des
effets de soumission au système, se rebellera.
L’auteur répond franchement : «le système capitaliste ne
fonctionne pas seulement par l’exploitation, la spoliation et
l’oppression du plus grand nombre mais aussi par l’adhésion de
la plupart au système qui les exploite, les spolie et les opprime.
C’est-à-dire qu’il fonctionne à l’aliénation psychologique et
morale, entretenue par des espérances de succès individuels et
d’accomplissement personnel.»
Petit automate social
Pour bien comprendre il faut redéfinir certaines choses.
D’abord ce qu’est le social (voir ci-contre). Il se présente sous
deux formes inséparables : l’histoire faite chose (institutions,
ordre économique etc…) et l’histoire faite corps, c’est-à-dire
l’incorporation par l’individu de pratiques et manières de
sentir automatiques ; dans chaque individu s’installe donc un
petit-bourgeois qui s’ignore (d’où le titre de l’ouvrage) et qui
n’aspire qu’à s’intégrer le plus confortablement possible à
l’ordre établi : «il y a en chaque individu un homo oeconomicus capitalisticus: les agents sociaux se retrouvent impliqués
et compromis.» L’auteur avoue sa dette à Bourdieu, à Leibniz
et Pascal, qui avaient bien vu cet automate en nous; et il serait
bon que ces acquis puissent aider les philosophes à comprendre le monde des profondeurs de l’âme sociale et
politique.
Il y a bien une dimension inconsciente de la réalité sociale
qui aujourd’hui montre toute sa force. Il ne suffit pas à la
critique classique du capitalisme de dire vrai. Car elle ignore
ou sous-estime la dimension subjective et interne qui fait
pourtant partie de la réalité sociale. Comment, même de
gauche, les prolétaires, salariés, enseignants, exploités, les
cadres reproduisent l’ordre capitaliste.
Le système capitaliste ne nie pas la liberté des sujets, il n’a pas
besoin de coercition pour fonctionner ; il laisse les agents agir
d’eux-mêmes, l’incorporation de cette logique chez l’agent
étant le fait du processus de socialisation.
Ainsi dans les démocraties la contestation peut aller très loin
à condition de laisser le principe même de l’existence du
système en dehors des limites de la discussion légitime ;
l’énergie combative et l’indignation s’orientent vers des
mobilisations justes (féminisme, écologie, anti racisme..) mais
qui ne remettent pas en cause le système. Cette intériorisation
de l’ordre dominant est souvent à l’œuvre : on s’indigne des
inégalités liées à l’ethnie, au sexe, etc, plus couramment que
de l’inégalité des conditions sociales liés à l’appartenance de
classe.
Ainsi l’École, exemple parmi tant d’autres mais le plus
frappant : les professeurs s’efforcent de faire au mieux leur
métier d’éveilleurs d’esprit mais, inconsciemment, du fait des
critères mis en place institutionnellement, valorisent plutôt
les élèves déjà éveillés par la transmission d’un capital culturel.
On favorise l’aisance et le brio, à savoir ce qui n’est pas
enseigné, au détriment des élèves ayant un rapport purement
scolaire au savoir, qui sont qualifiés de besogneux, laborieux.
Et cela est d’autant plus vrai dans la notation de la philosophie
où toute objectivation des qualités requises est proscrite :
l’implicite profite aux classes favorisées, quatre fois plus
représentées à l’ENA par exemple que leur place dans
l’ensemble des actifs (huit fois moins pour les milieux
populaires).
En bref, il est vain de combattre le capitalisme objectivable
sans combattre aussi les dispositions inconscientes chez
chacun à le défendre, poussé qu’il est par la nécessité de
s’intégrer à un ordre social. Même si la société capitaliste
l’opprime, le «petit-bourgeois gentilhomme» en reproduit les
inégalités, pensant en fait en bénéficier.
RÉGIS VLACHOS
Le Petit-Bourgeois
gentilhomme
Alain Accardo
Éditions Agone
13 euros
«Parmi les acquis fondamentaux de
la science sociale, il y a cette idée -dont
on peut trouver l’expression diversement formulée de Montesquieu et
Marx jusqu’à Elias et Bourdieu- selon
laquelle, pour qu’une organisation
sociale, quelle qu’elle soit, fonctionne
de façon durable, il faut nécessairement que les membres de sa
population soient dotés, par l’effet
d’une socialisation adéquate, de
certaines propriétés personnelles qui
leur permettent de répondre le plus
spontanément possible aux exigences
spécifiques du système considéré. Plus
précisément, il faut que les individus
aient intériorisé les structures objectives du système sous forme de
structures subjectives de personnalité ;
ou, en d’autres termes, que les
structures objectives de l’organisation
sociale (par exemple les rapports entre
classes, les distributions des différents
capitaux, les hiérarchies et les
pouvoirs, etc.) aient façonné chez les
individus des rapports au monde et
aux autres qui s’accordent, au moins
pour l’essentiel, avec la position
objective qui leur est assignée dans
l’espace social considéré.»
LA COMMUNE DE PARIS
HISTOIRE / PHILOSOPHIE
67
«Je sais de mes camarades pleins d’entrain et d’enthousiasme à l’évocation de ce passé !
Grand soir, tourne-boule social, aristocrates à la lanterne…
Que d’espoirs ! Que d’illusions ! J’entends déjà le philosophe (voir page suivante)
penser la révolution des esprits, le bouleversement des aliénations !
Quelques parcimonieux rappels, avant qu’il n’étaye ses constructions !»
Ce que disent les faits
Le mouvement communard s’inscrit dans
une époque compliquée. Napoléon III,
un petit homme aux dires d’Hugo,
dirigeait alors la France. Mais voici le
téméraire se jeter dans la gueule du
teuton pour une sombre histoire de
succession en Espagne. Il n’en peut
plus, lui le rejeton d’une conquérante
famille. Son régime, assis sur un
triomphe référendaire en mai 1870,
s’effiloche, s’éparpille et s’étiole : c’en
est fait de l’Empire, voilà donc la
République !
La gent républicaine se partage entre
modérés et radicaux. Derrière Gambetta
ou Ferry se range la bourgeoisie libérale, celle qui aspire à diriger le pays,
la nation, la France. Plus loin, sur
l’horizon du bonheur social, s’avancent les socialistes, divisés certes, mais
concentrés sur le nouveau régime. Et
tout revient pour eux : 1793, 1830,
1848 ! Aux armes citoyens ! L’occasion est bonne !
Depuis le désastre de Sedan, la
République a été proclamée, le 4
septembre1870, à l’Hôtel de Ville par
Ferry, Gambetta et Favre. Un gouvernement dirigé par le royaliste et
catholique Trochu, général de son
état, symbolise l’état d’esprit général
de la bourgeoisie qui veut liquider la
guerre au mieux de ses intérêts.
Mais voici que les Prussiens assiègent
Paris à partir du 19 septembre.
Gambetta, échappé de la ville en ballon,
n’abdique pas. Mais les défaites et les
trahisons auront raison de son élan.
Paris se défend : soldats, marins, gardes
mobiles mais surtout gardes nationaux.
Paris s’agite. Comités d’arrondissement ou de quartiers, clubs, Comité
central de la garde nationale : c’est
l’effusion.
L’appel à la mise en place d’une Commune résonne. Ferry qui dirige la ville
résiste à la tentative de prise de
l’Hôtel de ville le 31 octobre. La rebelote a lieu en janvier : le général Vinoy
fait tirer sur la foule mécontente.
Les rigueurs du siège (on a mangé la
girafe du jardin des plantes, mais plus
Aux Survivants
de la semaine
sanglante
Comme faucheurs rasant un pré,
Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Pour le moins cent mille hommes.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l’aorte.
Tout ça n’empêch’pas, Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !
Cadavres de Communards, photo d'Eugene Disderi
souvent du rat), le couronnement
impérial dans la Galerie des Glaces du
roi germain, les sorties désastreuses,
tout concourt au malaise quand on
soupçonne les autorités de ne pas
vouloir gagner la guerre ! Le 28 janvier,
l’armistice est signé.
Les élections exigées par les Prussiens
consacrent la réaction et les royalistes. Adolphe Thiers triomphe. La
nouvelle assemblée réunie à Bordeaux
le désigne, en février, chef du pouvoir
exécutif : le loup est dans la bergerie!
Contre le maintien à la France de
Belfort (défendu comme un lion par
Denfert-Rochereau), les Allemands défileront dans la capitale ! L’assemblée
qui ratifie les conditions générales, le
1er mars, s’installe à Versailles. Le 18
mars, Thiers veut saisir les canons de
Paris. C’en est trop !
Le soulèvement
Le peuple se soulève, les Fédérés
refusent de fusiller les insurgés, trucident leurs généraux. Le Comité central
de la garde nationale devient le maître
de Paris. Le 26, les électeurs, peu nombreux, désignent un conseil général de
la Commune de Paris. C’est le retour des
sans-culottes, l’avènement du petit
peuple. À partir d’avril, le combat
contre la troupe Versaillaise occupe
l’essentiel des activités : Thiers a décidé
d’éradiquer ces empêcheurs de capitaliser en rond. N’a-t-il pas décidé d’exiger
les dettes contractées pendant le siège,
de supprimer le moratoire des loyers
et de supprimer la solde de la garde
nationale, fer de lance de la sociale ?
Les essais sociaux des Communards,
bien qu’ils soient de courte durée, n’en
représentent pas moins une incursion
dans un domaine réservé : organisation du travail par l’intermédiaire des
coopératives ouvrières, gestion des
affaires économiques, y compris de la
Banque de France, volonté de mettre en
place un programme scolaire et culturel démocratique, mesures envers les
plus pauvres comme la réorganisation
du Mont-de-Piété. Quel avenir prédire
à partir de ces expériences naissantes
relève d’une vision qui n’est pas historique, et que je laisserai au camarade
visé plus haut…
Mais pour l’heure, Thiers a fourbi les
armes de sa troupe paysanne. Le grand
carnage revanchard peut commencer.
La trahison permet l’entrée de la soldatesque, le 21 mai, porte de Saint-Cloud;
le 23 la semaine sanglante commence. Les massacres prendront fin
le 28, après 35 000 morts.
RENÉ DIAZ
Ils ont fait acte de bandits,
Comptant sur le silence,
Ach’vés les blessés dans leurs lits,
Dans leurs lits d’ambulance.
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte.
Tout ça n’empêch’pas, Nicolas,
Qu’la Commune n’est pas morte !
Car tout ça prouve aux combattants
Qu’Marianne a la peau brune,
Du chien dans l’ventre
et qu’il est temps
D’crier : Vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte,
Ils sentiront dans peu,
Nom de Dieu!
Qu’la Commune n’est pas morte !
EUGÈNE POTTIER,
CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES
Paris, mai 1886.
68
PHILOSOPHIE / HISTOIRE
C’est le mois de mai
et, comme lors
des 138 années
précédentes, on ne
célèbrera pas
la Commune de Paris
et on n’honorera pas
son massacre ;
on laissera plutôt
des rues, des lycées
porter le nom
de son massacreur
Cet événement porte en lui un lot
surprenant d’interrogations. Comment
des femmes et des hommes ont-ils pu,
dans la plus grande misère, assiégés,
porter de tels idéaux sur la scène du
réel? Car les idéaux des Lumières se
retrouvaient projetés sur le terrain
pratique et social. Les droits sociaux
donnaient enfin sens aux droits de
l’homme : l’égalité homme-femme,
l’instruction publique et gratuite,
l’accueil des étrangers, le salaire d’un
ouvrier pour les élus... On peut donc se
demander pourquoi, lorsque des
hommes portent ces idéaux sur le
champ du réel, ils se font massacrer. Et
pourquoi nos démocraties effacent ces
événements de leur histoire…
Démocratie et oligarchie
Il y a là une remise en cause de questions philosophiques essentielles comme
celles de souveraineté, de l’essence de la
démocratie, de la représentativité.
Historiquement la démocratie, c’est-àdire le pouvoir du peuple, est vite
apparue comme le pouvoir le moins
injuste, quoique le plus bordélique pour
Platon dans la République : pour le
philosophe le démos est avant tout
plethos, c’est à dire plèbe dégénérée.
Cette conception prévaut aujourd’hui
encore : si le peuple s’exprime véritablement, comme en 2005 où il a débattu
alors qu’on lui demandait simplement
de dire oui, on dénonce la pagaille
démocratique. Ce qui revient à assimiler démocratie et eudémonisme, où
chacun fait ce qu’il veut et donne son
avis sans la considération d’aucune
autorité.
C’est pourquoi la représentativité est
apparue comme la seule forme possible
de la démocratie. Cette représentativité
permet depuis 150 ans à une oligarchie
de régner au nom du peuple. Mais
pourquoi le peuple vote contre son intérêt est une autre question (voir p 66).
LA COMMUNE DE PARIS
Penser l’histoire
et la démocratie
En fait la démocratie est visée dès qu’elle
sort du cadre de la représentativité
oligarchique, dès qu’elle ne se contente
pas d’être la vitrine des intérêts de la
classe au pouvoir.
Représentation populaire
«Quand la Commune de Paris prit la
direction de la révolution entre ses propres
mains ; quand de simples ouvriers, pour la
première fois, osèrent toucher au privilège
gouvernemental de leurs «supérieurs
naturels», les possédants, et, dans des circonstances d’une difficulté sans exemple,
accomplirent leur œuvre modestement,
consciencieusement et efficacement… Le
vieux monde se tordit dans des convulsions
de rage à la vue du drapeau rouge, symbole
de la République du travail, flottant sur
l’Hôtel de Ville.» (Marx, La Guerre civile
en France).
La Commune de Paris est un démenti
historique aux conceptions classiques
de la démocratie et de la représentativité. Le conseil communal était un
nouveau type d’État, les conseillers
étaient souvent des ouvriers ; il n’était
pas un organisme parlementaire de
bavardage, de privilèges et d’avalisation,
mais un corps agissant, exécutif et
législatif à la fois ; l’ensemble des charges
publiques, conseillers, policiers, gardes
nationaux, enseignants étaient révocables à tout moment ; aucune position
privilégiée dans ce fonctionnariat, tout
le monde percevait un salaire d’ouvrier.
Exactement l’inverse de ce que nous
connaissons comme représentativité
dans nos démocraties.
La Commune pose la question démocratique dans sa totalité, et en ce sens
elle pose le problème des siècles à venir
et que Rancière nomme la haine de la
démocratie, à savoir l’horreur inspirée
par le fait que le peuple avec ses gueux
puisse avoir une quelconque prise sur
les affaires publiques : la démocratie
engendre «de la haine, chez ceux qui sont
habitués à exercer le magistère de la
pensée. Mais chez ceux qui savent partager avec n’importe qui le pouvoir égal de
l’intelligence, elle peut susciter à l’inverse
du courage, donc de la joie.»
En bref, parler de la Commune de Paris
c’est remettre en cause l’idéologie de
nos démocraties et la plupart des spéculations de philosophie politique.
Révolution et massacres
Ainsi il vaut mieux ne pas en parler :
une révolution est impossible, elle
conduit au désordre, aux massacres diton. Avec la Commune on voit bien que
ce fut possible, que les Communards,
comme le disait Marx, étaient partis «à
l’assaut du ciel».
C’est par dizaine de milliers que les
communards furent massacrés : mais il
y a un terrorisme d’État co-substantiel
à sa négation dans tous les pays : en
France l’État put faire passer dans
l’histoire les communards pour des
massacreurs au point d’ériger en plein
Paris, sur la fameuse butte, un sacré
cœur odieux pour expier leurs crimes.
C’est une autre question philosophique
que pose la Commune : celle de la
vérité en histoire. Elle rejoint la
question démocratique : comment les
démocraties ont elles pu perpétrer des
massacres et les occulter de leur
histoire? Nous sortons peut-être là du
champ de la philosophie, à ce moment
où le concept embraye avec le réel au
point de s’y brûler…
Mais la réponse est simple, sans doute :
occulter la Commune, c’est nier que les
hommes sont capables d’action pour
changer l’ordre d’un monde injuste et
impitoyable.
RÉGIS VLACHOS
Edouard Manet,
Barricade, lithographie,
1871
ENTRETIEN AVEC ALAIN KRIVINE
Parler de la Commune
à un révolutionnaire nous
a paru intéressant. Qui d’autre
peut tenir des propos sur une
société différente, quand la
nôtre se morfond dans la crise,
et dans laquelle chacun est
victime et complice d’un
système de consommation
petit bourgeois ? Nous avons
donc interrogé Alain Krivine
sur ce que veulent
les révolutionnaires…
Zibeline : Nous voudrions, puisqu’on parle de la
Commune de Paris dans ces pages, vous interroger sur
l’enjeu démocratique des situations révolutionnaires :
est-ce un projet de subversion financière, en terme de
redistribution des richesses, ou est-ce aussi une
subversion démocratique ?
Alain Krivine : Je crois qu’on peut aller plus loin. Je
ne crois pas que fondamentalement on veut faire la
révolution parce que économiquement c’est mieux
pour la population ; bien sûr que cette dimension
sociale joue, mais je ne crois pas que ça doit être le
but final.
Je crois que la révolution tourne autour de deux formules, qui sont complémentaires. Une toute autre
répartition de la richesse, démocratiquement décidée,
contrôlée et appliquée par la population ; qui implique, même si le mot est galvaudé par des influences
passées, tout un esprit autogestionnaire, plus que de
participation : de direction par
la population. À partir
de ce moment là,
il faut une
mobilisation
vine ©
A. Kri
X-D.R
HISTOIRE / PHILOSOPHIE
69
Enjeux
des situations
révolutionnaires
permanente pour faire de la politique au sens grec du
terme, c’est-à-dire pour s’occuper des affaires de la cité,
et trouver les moyens pour que l’ensemble de la
population dirige et contrôle ses activités, du berceau
au cimetière. Et dans tous les domaines ! C’est-à-dire
aussi bien le domaine du travail, le domaine économique, le domaine culturel, le domaine des loisirs…
Donc, quand on parle de libération humaine ou
d’émancipation, c’est ça que ça signifie concrètement.
Et je dirais même, si on prend une expérience de
révolution loupée, celle de 68, l’aspect qui n’a pas été
loupé c’est cet aspect de libération des gens, où la
désaliénation est apparue, et en même temps la
richesse virtuelle de chaque individu. Richesse
complètement cachée en période normale de métroboulot-dodo.
Une richesse de quel ordre ?
Quand il y a une mobilisation de la population d’une
assez longue durée, il se passe quelque chose qu’on
pourrait résumer en une formule : un ouvrier de la
métallurgie devient un poète. On peut devenir un
poète, un chanteur, un guitariste, un dessinateur, un
peintre, c’est-à-dire toutes les facultés cachées qu’on a
en nous, et qui ne peuvent jamais s’exprimer dans
l’exploitation quotidienne et l’aliénation quotidienne.
Dès qu’il y a mobilisation apparaissent ces facultés
cachées chez les gens.
Moi je l’ai connu dans les quelques expériences, cette
explosion culturelle, individuelle, personnelle,
artistique. Je l’ai connue en 68, mais je l’ai connue
au Nicaragua en étant présent à un moment de la
révolution sandiniste, je l’ai connue au Portugal
au moment de la révolution des œillets ; nos aînés
ont connu ça en 36 : quand on voit les scènes de 36
on se rend compte que ce ne sont pas seulement des
manif économiques. Et puis, même partiellement, les
gens le connaissent dès qu’ils occupent une usine un
peu plus qu’une semaine.
C’est une formule de Trotski ; il dit : «en période de
mobilisation générale, les gens sont quotidien-nement
méconnaissables» ; et c’est tout à fait vrai ! Du
coup on découvre des tas de trucs : un
type qui dans votre usine ne lisait
jamais vos tracts depuis 10 ans,
lorsque vous êtes mobilisés
collectivement est souvent dix
fois plus radical, dix fois plus
sensible, dix fois plus militant
que le vieux syndicaliste. Il faut
rendre hommage à celui qui a
distribué les cartes pendant 10 ans, sorti ses tracts,
essayé de monter sa section syndicale. Mais il est
généralement complè-tement dépassé quand il y a une
telle mobilisation.
Pourquoi selon vous renvoie-t-on toujours, lorsqu’il
est question de révolution, à l’URSS ?
Parce que quand on nous demande un exemple, on
n’en a pas d’achevé… Or ce qui s’est passé en Union
Soviétique n’est pas simplement une déformation,
c’est la négation de ce qu’on veut faire. Ce n’est pas
parce qu’il y a eu planification qu’une partie du
programme a été achevée. La bureaucratisation, la
répression, l’absence de liberté, de débat, de liberté de
presse, un parti communiste qui est le parti unique et
qui ne se réunit pas pendant 10 à 15 ans, sans congrès,
enfin, tout ça c’est la négation de tout ce pourquoi on
se bat !
C’est absolument le contraire de ce qui pour nous est
le socialisme tel que, de façon tout à fait embryonnaire, il était effectivement apparu à la Commune de
Paris, avec ce côté de libération, de démocratie,
d’internationalisme, de respect des cultures.
Le problème de la révolution c’est que nous n’avons
pas d’exemples à mettre en avant… Il y a tout à
inventer. Mais on a des exemples embryonnaires de
mobilisations, de démocraties permanentes pendants
les grèves. Et comment on peut arriver à une mobilisation, à une tension, à un intérêt permanent… et
que ça ne retombe pas, y compris après la prise du
pouvoir… Ça, on n’a pas d’expérience.
Pourquoi selon vous 68 a-t-il échoué ?
Les manques, l’absence de programmes alternatifs,
l’absence de mouvements capables de le porter. La
plus grande faiblesse de 68 à mon avis, c’est l’absence
d’auto-organisation, d’autogestion de la lutte si on
veut parler vite. C’est une lutte qui a été contrôlée par
la bureaucratie syndicale malgré l’existence formelle
de comités ouvriers, qui étaient des comités bidon.
Depuis il y a eu des progrès énormes en termes d’autoorganisation, de mise sur pied de coordination dans les
grèves de 87-88 ou 95, mais en 68 il n’y a eu aucune
auto organisation. Donc on a beaucoup appris…
Mais je crois que c’est ça l’avantage des grandes
faiblesses, c’est qu’on peut aujourd’hui corriger. C’est
pas seulement être contre mais pour. C’est-à-dire, en
plein capitalisme, être capable, même écouté par peu
de gens, de montrer qu’une autre société est possible.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR RÉGIS VLACHOS
70
HISTOIRE ET PATRIMOINE
LA PENSÉE DE MIDI | E.TÉMIME
Hommage à l’historien
Le 18 novembre dernier s’éteignait à
Marseille Emile Témime. Historien de
son état et dont la réputation n’avait
guère franchi les frontières d’un public
averti. Quel dommage !
Emile Temime © X-D.R
Les grands journaux nationaux ont pourtant rendu
hommage à l’homme, au chercheur, et il y avait de
quoi ! Débarqué à Marseille en 1964, il achevait une
pérégrination depuis Bayonne, où il était né en 1926,
en passant par Paris. Migrant, il l’était d’autant plus
par ses origines qui le renvoyaient, par son père, de
l’autre côté de la Méditerranée, en Kabylie. Sa thèse
d’État sur les relations franco-espagnoles de 1848
à 1868, puis son livre sur la guerre d’Espagne, écrit
avec Pierre Broué, en faisaient un spécialiste de la
péninsule.
Incontestablement, Emile Témime était un progressiste. L’inflexion de son champ de recherches le
porta sur l’immigration à une époque où des flux de
réfugiés et de travailleurs grossissaient la population
de la cité provençale. Véritable défricheur, il permit
de sortir de l’idéologie pour regarder ces phénomènes avec plus de circonspection et d’humanité.
Son intégration au paysage marseillais fut totale,
illustrant à l’envi le chaudron que représente la ville
portuaire, et ses ouvrages en témoignent : histoire
des migrations, histoire de Marseille, histoire du
Panier ou du camp du grand Arénas… Mais ces
recherches sur la ville le portèrent également à
diriger, avec l’historien Pierre Milza, la collection
Français d’ailleurs, peuple d’ici (Editions Autrement)
et à participer à la création en 2007, à Paris, de la
Cité de l’histoire de l’immigration.
C’est à cette vie très dense, trop difficile à retracer
en quelques mots, que rendront hommage, après
d’autres, la Pensée de Midi, dont il fut l’un des fondateurs. Quant à l’étudiant que je fus, il se rappelle
combien sous sa tignasse rebelle bouillonnait un
esprit sans cesse en mouvement. Homme sage il le
fut, préférant le sérieux de l’étude aux ors de la
célébrité.
RENE DIAZ
Pour saluer Emile Temime
Rencontres organisées par La pensée de Midi
en partenariat avec l’INA méditerranée
Le 13 juin de 15h à 19h
ABD Gaston Defferre, Marseille
04 91 08 62 08
Parmi d’autres: voir le portrait très humain
réalisé par rue89, www.rue89.com/marseille
entendre l’histoire de Marseille sur Radio
Grenouille, www.grenouille888.org
Bibliographie très sélective
La Révolution et la guerre d’Espagne
Emile Temime et Pierre Broué
Ed de Minuit, 1961
Histoire de l’Espagne contemporaine
Emile Temime, Albert Broder et Gérard
Chastagneret
Aubier, 1979
Migrance, histoire des migrations à Marseille
Emile Temime, P. Echinard et Abdelmalek Sayad
Edisud, 1989
Histoire de Marseille :
de la Révolution à nos jours
Ed Perrin, 1999
France terre d’immigration
Gallimard, 1999
Un rêve méditerranéen
Des saint-simoniens aux intellectuels
des années trente
Actes Sud, 2002
Histoire de Marseille
Ed Jeanne Laffitte, 2007
Le camp du grand Arenas
Emile Temime, Nathalie Deguigné
Autrement, 2008
Marseille transit,
les passagers de Belsunce
Autrement, 2008
L’Iran et son double
Une belle rencontre de plus aux ABD Gaston
Defferre. Le 14 avril Thierry Fabre, rédacteur en
chef de La Pensée de Midi, y réunissait autour de
lui certains des artisans du nouveau numéro de la
revue, consacré à ce pays fascinant et effrayant
pour les Européens qu’est l’Iran d’aujourd’hui (voir
l’article de R. Diaz dans Zibeline 18).
Son but : démasquer les clichés et donner de l’Iran
actuel une vision qui dépasse le miroir des apparences. Thierry Fabre l’avait écrit dans son éditorial,
il l’a redit en introduction. Ce débat devait permettre de saisir la réalité iranienne par un autre biais
que celui de l’actualité. Il s’agissait de donner à
voir les Iraniens plutôt que l’Iran, à travers une série
de portraits, pièces du complexe puzzle iranien.
Une manière vivante et habile de déboulonner
quelques idées reçues.
On a suivi avec grand intérêt les interventions
passionnantes et souvent drôles des quatre invités,
tous fins connaisseurs de la société iranienne soit
parce que, comme l’architecte urbaniste Mina Saïdi-
Sharouz et l’interprète Azita Hempartian, ils sont
de ce pays, y vivent et y travaillent, soit parce que,
comme l’anthropologue Christian Bromberger
(coordonateur du dossier) et l’universitaire Agnès
Devictor, ils y séjournent fréquemment, y ont des
proches et en étudient certains aspects.
Tous ont mis en évidence les paradoxes d’un pays
que Bromberger qualifie d’«aryano-chiite occidentalisé» ; tous ont insisté sur les ambivalences d’une
société religieuse qui conspue «le grand Satan»
tout en lorgnant sur lui, impose des tenues strictes
et une séparation drastique des sexes mais tolère la
promiscuité trouble des taxis collectifs mixtes…
De fait, dans ce pays subjugué par le fondamentalisme, où la guerre, plus que la révolution
désormais, est un élément fondateur de l’État,
l’espace public, la citoyenneté et la démocratie
existent mais ne se trouvent pas là où on les attendrait. «Le vrai ne se voit pas» : ainsi Mina Saïdi
a-t-elle expliqué comment les lieux de reproduction
des valeurs religieuses, certaines cérémonies
commémoratives par exemple, sont pour les femmes
des occasions de rencontres et de libre débat.
Comme sous tous les régimes dictatoriaux, les gens
semblent passés maîtres dans l’art de l’esquive. À
Téhéran aujourd’hui, nombreuses sont les mèches
qui s’échappent des voiles !
FRED ROBERT
L’Iran derrière le miroir
n° 27 de La pensée
de Midi
Actes Sud, 17 euros
PONT DU GARD | EUROMÉDITÉRRANÉE
HISTOIRE ET PATRIMOINE
71
Toujours là à 2000 ans
Pont et Gardon © S. Barbier
Comme chaque été le Pont du Gard
s’apprête à recevoir amateurs de
culture, de détente et de loisirs en
tous genres, et propose une
programmation riche et diversifiée. Et
si, pour commencer, vous vous
familiarisiez avec les lieux ? Les
nombreuses visites offrent en effet la
possibilité de découvrir le site sous
différentes facettes : parcourir le
Pont, la nuit, à la lampe de poche,
permet de se pencher sur les marques
des Compagnons du Devoir, peu
visibles de jour, le long de 275 mètres
de canalisation antique (les 11 et 25
juillet et 8 août) ; ou encore la visite
guidée invite à traverser la
canalisation au 3e niveau pour mieux
comprendre son fonctionnement (les
13 et 27 juillet et 10 et 24 août) ;
pourquoi pas la visite du Musée qui
mêle remarquablement pièces
originales, reproductions, images,
sons et reconstitutions (les 1er et 22
juillet, les 5 et 19 août) ; ou plus
originale, la visite théâtrale du Musée
avec la cie Le Rouge et le Vert et sa
guide Marcelinette (le 31 juillet, et
les 7, 14 et 21 août).
Paressez aussi aux Rendez-vous à la
rivière sur les berges de la rive droite
du Gardon (du 1er juillet au 15 août)
avant les soirées musicales au Pont,
en fin de semaine à l’heure de l’apéro
(19h) avec les cuivres de Enchanté
Madmoiselle (3 juillet et 14 août),
les fanfares Wonderbrass (10 et 31
juillet) et Olé Maestro de la cie Les
enjoliveurs (24 juillet et 7 août) et le
jazz du Caroline Jazz Band (17
juillet et 21 août).
Vous serez alors parfaitement en
condition, à la nuit tombée, pour la
toute nouvelle mise en lumière du
Pont imaginée par l’équipe artistique
du Groupement d’entreprise Texen,
Sonoss et Thomas ingénieries et
Sals. Technologies et poésie s’allient
pour magnifier le monument et vous
permettent de savourer l’habillage
sous les étoiles… (du 15 juin au 31
août). Et enfin, renouant avec la
tradition des bals du Pont du Gard, la
3e édition des Bals du Pont donne
rendez-vous aux amateurs de balèti
le 15 août : l’orchestre de Chris
Gonzalès et Raphaël Lemonnier ouvre
les festivités, puis suivront les flonsflons, la salsa, et un dance-floor
électro avec un dj surprise !
DO.M.
Site du Pont du Gard
Vers-Pont-du-Gard
0 920 303 330
www.pontdugard.fr
Jeu de dés
Soucieux de tenir les Marseillais au courant des
transformations de Marseille, Euroméditerranée propose
une exposition itinérante dans les parcs et jardins de la
ville. Les faces de 6 cubes géants offriront plans, photos,
explications sur les réalisations existantes et les projets
de développement en cours de 6 quartiers en totale
mutation : gare St Charles-Belle de Mai, RépubliqueJoliette, Porte d’Aix, J4-Major, Docks et Arenc.
La première exposition a été inaugurée le 21 avril dans les
jardins de Maison-Blanche, mairie de secteur. Guy Teissier
a réaffirmé l’importance de ces aménagements dans le
cadre de Marseille-capitale européenne, insistant sur sa
volonté de créer de nouveaux espaces de vie. On mesure
la quantité de travail qui reste à accomplir, malgré les
difficultés financières qui surgissent...
CHRIS BOURGUE
Itinéraires/exposition
dans les parcs et jardins
du 21 avril au 29 juillet
successivement : parc Maison-Blanche, parc Borély, parc du
26ème centenaire, parc Longchamp, parc François Billoux,
cours d’Estienne d’Orves.
www.marseille.fr
72
HISTOIRE / SCIENCES
L’ÂGE D’OR DES SCIENCES ARABES
Les ABD ont choisi de nous entraîner dans un univers à la fois
proche et lointain : L’âge d’or des Sciences Arabes.
Le visiteur averti saura reconnaître bien des éléments fondamentaux
de nos techniques et nos savoirs. Pour l’autre, plus profane, il s’agira de
découvrir combien nous sommes redevables à une civilisation
qui incarne trop facilement, aujourd’hui, l’obscurantisme.
Exposition didactique
Un panneau d’entrée rappelle que la civilisation
arabo-musulmane fut un monde éclairé et critique:
«il est du devoir de celui qui étudie les ouvrages
scientifiques, s’il aspire à connaître la vérité, de se
faire l’adversaire de tout de qu’il étudie… mettant
(le texte) en question sur tous les aspects
imaginables. Il est aussi de son devoir de se mettre
lui-même en question.» (ìbn al Haytham, Les doutes
de Ptolémée).
Partant de cette prémisse, les auteurs de l’exposition veulent mettre en en exergue les réalisations,
les améliorations, les constructions scientifiques
mais aussi les applications concrètes que le monde
doit aux arabes.
Il paraît, dès l’origine, que le musulman a aussi
pour devoir de s’occuper de sciences. On rappellera,
pour mémoire, que Mahomet était loin d’être un
berger inculte sans savoir livresque !
L’exposition insiste aussi sur l’importance des
savoirs empruntés : Grecs, Romains, Persans ou
Indiens sont ainsi mis à contribution pour édifier
la science arabe. Loin d’être de vils plagiaires, les
arabo-musulmans firent fructifier l’héritage (la
période VIIIe - Xe siècle est le moment de
l’assimilation des savoirs) avant que d’en faire des
développements souvent majeurs, comme en
mathématiques. On notera combien toutes les
parties de l’empire sont mises à contribution : Irak,
Syrie, Egypte, Maroc, Ouzbékistan, Espagne… En
fait, la domination impériale arabe a su intégrer et
donner une place aux populations soumises.
Les objets
La première partie de l’exposition, au rez-de-chaussée,
se décompose en deux ensembles. Dans la galerie
sont exposés de rares objets, souvent, malheureusement, très postérieurs à la période. On admire la
maîtrise de la fabrication de la céramique avec ses
pâtes, ses glaçages, ses vernis… Les découvertes
scientifiques ont particulièrement aidé à la réalisation de ses objets grâce à la chimie (connaissance
des minerais et réactions des substances entre
elles) ou au savoir-faire en matière de cuisson.
On trouvera aussi des représentions typiques de la
décoration comme les formes géométriques infiniment répétées, sorte d’objets fractals, où l’importance
de la nature et des lettres résultent d’un refus -pro-
gressif d’ailleurs- de la représentation anthropomorphique ou figurative des autorités religieuses.
De belles écritoires feront rêver les plumitifs avec
leurs qalams et leurs encriers. L’écriture, avec la présentation de corans ou de versets sculptés,
rappellera l’importance de l’arabe comme facteur
d’unification de l’empire.
De nombreuses pièces illustrent un autre domaine
d’excellence de la science arabe : la médecine.
Aspersoirs, albarelles (sortes de jarres) chaudrons,
fioles, flacons à parfums ou à onguents, mortiers et
pilons, poids et balances montrent l’importance des
recherches liées, là encore, à la chimie mais aussi
à l’observation. De même, les procédures de chauffage parviennent à mettre au point la distillation
qui permet, grâce aux nombreux produits de
l’Empire, de fabriquer aussi bien des potions que
des huiles essentielles.
Cependant, il faudra se rendre à l’étage pour trouver
les explications et l’appareil scientifique qui soustendent toutes ces créations. De nombreuses
biographies parsèment, au fil des grandes rubriques, le portrait de savants dont à l’instar de
l’antiquité occidentale, les savoirs s’étendent de la
philosophie aux mathématiques comme du droit à
la médecine.
Les sciences «exactes»
Le hall central, deuxième ensemble du rez-dechaussée, leur est consacré. Importance des
chiffres et de la numération, bien sûr, mais aussi de
l’analyse, de l’algèbre et de la géométrie.
L’astronomie, plus sérieuse mais moins populaire
que l’astrologie -elle aussi présente- tient une place
de choix. Le vieux système cosmique de Ptolémée,
centré sur la terre, est remis en cause par les
savants. L’astrolabe (dont de magnifiques exemplaires sont exposés tandis qu’une vidéo explique le
fonctionnement) permet de se repérer dans le
temps et l’espace. La religion a joué, ici, un rôle
de stimulant puisqu’il s’agissait de déterminer,
grâce à ce précieux guide stellaire, le mihrab de la
mosquée, qui donne la direction de la Mecque (la
Qibla) et les heures adéquates pour pouvoir prier.
Des fragments de l’Almageste de Ptolémée rappellent la transmission de la science arabe aux
chrétiens. L’exemplaire présenté est le résultat de
la volonté du roi Alphonse de Castille. Il fit venir
auprès de lui astronomes arabes, juifs et chrétiens
pour établir, grâces aux traductions, des tables de
coordonnées de planètes.
Techniques
La géométrie, mère des angles, fut mise à contribution pour dresser des cartes. On pourra d’ailleurs
expérimenter, avec des lumières à l’intérieur d’une
grosse boite, les systèmes de projections (gnomoniques, stéréographiques ou orthographiques)
indispensables pour dresser des cartes ! On
remarquera tout de même que les géographes
musulmans, incomparables pour la connaissance de
la Méditerranée et de ses alentours, n’avaient pas
à leur disposition une mappemonde particulièrement fidèle de la réalité. Ce qui ne les empêcha pas
de briller par leurs observations humaines !
À l’étage, l’ensemble est ordonné en grandes
rubriques des sciences arabes : pharmacopée,
médecine, chirurgie, anatomie, chimie, milieu
naturel, géographie architecture, optique et
mécanique. C’est l’occasion de voir les applications
concrètes des trouvailles des savants comme, par
Astrolabe planispherique, Inde, 1640-1641 _ laiton a decor grave
et incise © Institut du monde arabe
73
Frise au nom du sultan Barquq, Egypte, vers 1930,
bois sculpte © Institut du monde arabe
Ecrire les pratiques
exemple, un ingénieux dispositif
technique, illustré par une vidéo,
expliquant comment pomper de l’eau
pour alimenter des canalisations.
L’hydraulique est d’ailleurs un apport
essentiel du monde arabe aux
différentes régions avec lesquelles ils
sont en contact.
Explorer plus avant ?
On regrettera cependant l’importance
donnée au panneautage, laissant la
portion congrue à la présentation
d’objets ! Certes, le caractère très
pédagogique est bienvenu dans le
cadre d’une bibliothèque et d’un
espace grand public. Cependant, on
ne pourra oublier que l’exposition est
labellisée Marseille 2013, capitale de
la culture. Ne peut-on espérer des
expositions moins didactiques et plus
à même de susciter l’enthousiasme
pour celui qui n’est pas désireux de
passer l’après-midi plongé dans un
dictionnaire ? Et, toujours dans le
prolon-gement de cette grande fête
à venir, ne peut-on pas espérer une
production moins copier-coller qu’une
production parisienne, pour éviter le
«Marseille-Paris 2013» ?
On regrettera aussi que les concepteurs n’aient pas exploré plus avant
la relation entre la science et le codex
religieux : si la religion a pu stimuler
les découvertes, qu’en est-il de
l’indépendance de la science face à la
foi pour les savants musulmans ?
D’autant que dans son repli sur ellemême, à partir du XVe siècle, la
civilisation arabo-musulmane laisse
l’initiative à l’occident auquel elle a
transmis progrès et découvertes.
Ainsi la renaissance européenne
conduit à la révolution industrielle et
à la marginalisation de l’espace et de
la civilisation arabo-musulmane.
RENÉ DIAZ
Entre mythe, religion et politique, les «sciences arabes» réécrivent leur histoire :
cette magnifique exposition nous montre que la science naît de la faculté des humains
d’écrire graphiquement leurs pratiques et ainsi de les partager, de les embellir
Il ne peut pas y avoir de cloison dans une culture en
développement. L’astronomie scientifique, à sa naissance,
rencontre ainsi le rêve astrologique, et sert à la maîtrise
politique de l’avenir. Ce que ces générations humaines
réécrivent en actes de découverte, c’est une nouvelle
codification de l’imaginaire du temps et de l’espace.
La numération ordinale arabe intégrant le zéro, repris des
indiens, repose sur l’ordre écrit. Elle inaugure l’abstraction
numérique qui ouvre au développement des
mathématiques abstraites. La calligraphie est la recherche
permanente du code idéal, de la numération arithmétique
jusqu’aux règles philosophiques du droit, en passant par
le schéma géométrique. Ainsi ne s’étonne-t-on pas que
les mots de chimie et d’alchimie soient nés de l’arabe «El
Kimia» ou «Ælm el kimmiêt», c’est-à-dire la «science des
quantités». Ce qu’aujourd’hui le chimiste appelle la
stœchiométrie (la mesure des proportions des éléments
d’une réaction) est étudié empiriquement dans les
pratiques d’extraction d’essence pour la pharmacopée ou
la parfumerie orientale.
On pourra admirer les magnifiques têtes d’alambic en verre
de silice et leur schématisation dans des «grimoires»
enluminés d’une fine calligraphie. Car la science arabe est
d’abord la science des proportions. L’univers islamique
résulte de la culture de l’équilibre et de l’échange par des
groupes savants qui se retrouvaient dans les grandes
bibliothèques d’orient. La bibliothèque est alors à la
science ce que la mosquée est à l’écrit coranique. Le
scientifique arabe est tout à la fois mathématicien,
L’âge d’or des sciences arabes
Jusqu’au 11 juillet
ABD Gaston Defferre
Du lundi au samedi de 10h à 18h
Visites commentées
Le samedi à 15h ou sur réservation
(groupes, scolaires)
04 91 08 61 00
www.archives13.fr
www.biblio13.fr
astronome, philosophe, théologien, physicien, chimiste
et musicien. Le souci permanent de l’équilibre, de
l’harmonie de l’esprit et du corps rassemble en une même
arabesque les principes naissants de la trigonométrie et le
tracé des rosaces au spirographe.
C’est aussi la recherche de la mesure et des harmonies
dans les proportions temporelles qui qualifie la musique
arabe en discipline scientifique. La science arabe du IXe
siècle de notre ère a su fédérer ce que le formatage
culturel cherche aujourd’hui à toute force à séparer : l’art,
la connaissance pratique, l’imaginaire mathématique, la
poésie et l’amour en ce qu’il a de divin, de philosophique.
Alors, si vous cherchez la réconciliation du savoir vôtre
avec le savoir éternel ne manquez pas cette exposition. Un
livre chez Actes Sud (1ère édition en 2005) qui porte le
nom de l’exposition a été coédité par le CG13 : l’acheter
est un investissement d’avenir sur notre passé commun.
Car il n’est de civilisation qui ne soit héritière de telles
merveilles d’intelligences et de passions.
YVES BERCHADSKY
www.imarabe.org/temp/expo/sciences-arabes.html
Cycle de conférences dans le cadre de
l’exposition L’Âge d’or des sciences
arabes :
- Les chemins des sciences arabes (8e –
XVIe siècles), le 26 mai, par M. Ahmed
Djebbar, Pr émérite d’histoire des
mathématiques à l’Univ.Lille 1 ;
- Les savants qui ont fait la science arabe
(8e – XVe siècles), le 2 juin, par Mme
Françoise Micheau, Professeure d’histoire
médiévale à l’univ. Paris 1 ;
- La médecine arabe et sa postériorité
européenne, le 11 juin, par Mme Danielle
Jacquart, Directeur d’études à l’Ecole
pratique des hautes études (Paris).
Entrée libre dans la limite des places
disponibles.
http://www.cg13.fr/cadre-devie/culture/les-expos-du-cg13.html
74
SCIENCES ET TECHNIQUES
LA GRIPPE
Quand
l’économique
grippe le politique
ou Fontaine,
à choisir, je boirai
du tonneau
Un mal qui répand la terreur
Mal que le porc, en sa fureur
Inventa pour punir les crimes terre à terre
La Grippe A (puisqu’il faut l’appeler de ce nom)
Capable d’enrichir et La Roche et Boiron
Faisait aux bons François la guerre.
Personne ne mourait, mais tous étaient frappés.
On n’en voyait plus d’occupés,
À chercher le bonheur sous les pavés trop gris
Ni flics ni télé n’épiaient
Les manifestants endormis
Les étudiantes se fuyaient
Nulle manif n’excitait leur envie
Plus de santé, partant plus de vie
© Tonkin Prod.
Sarcopte tint conseil, et dit «Mes chers amis,
Je crois que le ciel a permis
Pour nos profits cette infortune.
Que les plus visés d’entre nous
Se sacrifient aux traits du céleste courroux ;
Peut-être ils obtiendront la guérison commune,
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point, et sans ostentation
Avouons tous nos stock options.
Pour moi satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai arrêté force productions.
Même il m’est arrivé de mettre sur le pavé
Des milliers de salariés.
Je me dévouerai donc s’il le faut : mais je pense
75
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que
moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice,
Que les plus coupables périssent.
Sarcopte, dit l’Affilié, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Virer les salariés, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes
seigneur,
À les affamer trop d’honneur ;
Quant aux immigrés, l’on peut dire
Qu’ils étaient dignes de tous maux,
Etant de ces gens là qui sur les gros travaux
Se font un chimérique empire.»
Ainsi dit l’Affilié ; et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Docteur Tamiflu, ni du H1N1
Les précédents inopportuns.
Tous les spéculateurs, jusqu’au pire malin,
Au dire du pouvoir étaient de petits saints.
Chômeur vint à son tour et dit «J’ai
souvenance
Qu’expulsé de l’usine où j’ai bossé trente ans
La faim, l’anxiété, la colère, et, je pense
Quelque gauchiste aussi me poussant
Je séquestrais deux nuits mes quatre
dirigeants.
Je n’en avais nul droit puisqu’il faut parler
net.»
À ces mots on cria haro sur l’ouvrier.
Le Medef réuni jugea au tribunal
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux d’où nous vient tout ce mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Défendre son travail ! Quel crime abominable !
La prison seule était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou…
YVES DE LA F…
Au programme
Toutes grises d’un hiver rigoureux,
vos petites cellules n’ont-elles pas
envie de se réchauffer à la culture du
Poirot… (poireau veux-je écrire). Allez
donc, Zibelneuronaux, plonger vos
axones et vos dendrites dans l’engrais
naturel de culture ethnologique au
Musée Salagon de Mane.
Il émane de ses jardins ethnobotaniques et de son musée les agrestes
fragrances des rapports entre l’histoire
de la vie rurale des Alpes de HauteProvence et l’âpreté de son
agriculture extensive.
Musée départemental ethnologique
de Haute Provence, MANE
04 92 75 70 50
http://musee-de-salagon.com/
Serait-ce trop insister que de vous
inciter à vous insinuer dans les
conférences qui s’insèrent dans le
cadre de l’exposition L’âge d’or des
sciences arabes (voir pages 72/73).
Auditorium des Archives
et Bibliothèque départementale
http://www.cg13.fr/cadre-devie/culture/les-expos-du-cg13.html
Pour les Zibelfaninfos qui veulent
absolument se numériser un peu plus
le bulbe rachidien, ils peuvent toujours s’inscrire à la 1ère édition de Lift
with Fing «marrainée» par Nathalie
Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’État
chargée de la Prospective et du
Développement de l’Economie Numé-
rique (je vous jure que je ne l’invente
pas). Cette manifestation se tiendra à
Marseille, Palais du Pharo du 18 au 20
juin.
www.fing.org/?-Lift-with-Fing-
Enfin Zibeline se fait le relais de
l’appel à candidatures lancé l’association Polly Maggoo pour la
préparation de ses 4e Rencontres
Internationales Sciences et Cinéma
(RISC) que nous soutenons depuis les
débuts. Tous genres de films (documentaires, fictions, films expérimentaux, art
vidéo, animation…), dont le sujet
est directement ou indirectement lié
à des thématiques scientifiques
(sciences fondamentales, sciences du
vivant, environnement, sciences
humaines et sociales…) sont éligibles. Il n’y a aucun critère de durée ni
de format (vidéo ou pellicule). Les
films doivent être en version originale, soit française si la production
est francophone, soit sous-titrée en
français si la production est non
francophone. Les productions les plus
récentes seront privilégiées (cependant, la date de réalisation n’est pas
un critère exclusif). Cette manifestation est non compétitive.
Date limite de réception des films :
1er juin 2009.
Fiche d’inscription et règlement
téléchargeables
http://www.pollymaggoo.org/
doc_polly/risc-2009.html
76
ÉDUCATION
ENSDM | FNCTA
Sous influence
L’Art aujourd’hui
Est-ce un signe ? les troupes de Théâtre amateur affirment de
plus en plus leur goût pour les textes de notre temps
© Pascal Delsey
L’Ecole Nationale Supérieure de
Danse de Marseille va se donner en
spectacle au Pavillon noir, dans le
cadre de La danse dans tous ses
états proposée par le BNM (voir p. 26).
Un programme que Jean-Christophe
Paré, qui dirige l’ENSDM depuis deux
ans a malicieusement intitulé Danses
en dialogues. Entendre le chorégraphe
pédagogue parler de l’enseignement
de la danse, de sa vocation et de son
histoire, est passionnant. Loin de
transmettre l’idée que la danse
classique est un idéal figé, il veut
montrer qu’elle a toujours absorbé les
influences diverses, celles de la danse
moderne en particulier et que,
travaillée de schèmes nouveaux, elle
leur a trouvé des solutions corporelles
inédites qui modifient sans cesse le
vocabulaire classique, et sa transmission. Les élèves de l’ENSDM, ceux
de la Classe d’Insertion Professionnelle
plus spécifiquement, travailleront donc,
à partir d’extraits du répertoire, sur des
figures abstraites comme l’ellipse, la
chute, l’étirement… Une façon de
s’adapter à la réalité des danseurs
Mensuel gratuit paraissant
le deuxième jeudi du mois
Edité à 25 000 exemplaires
Edité par Zibeline SARL
76 avenue de la Panouse | n°11
13009 Marseille
Dépôt légal : janvier 2008
Directrice de publication
Agnès Freschel
Imprimé par Rotimpress
17181 Aiguaviva (Esp.)
photo couverture
© Agnès Mellon
Conception maquette
Max Minniti
professionnels qui, même dans les
compagnies les plus classiques (il en
reste peu), dansent régulièrement du
contemporain, et sont confrontés à
l’improvisation et à la création : s’ils
doivent acquérir la technique, la rigueur
et la virtuosité (néo)classiques, ils
doivent aussi comprendre qu’elle n’est
pas une fin en soi. Pour la dépasser, et
savoir s’en affranchir…
Danses en dialogues devrait en faire la
démonstration, et se donne comme
ambition de dépasser notablement les
objectifs d’une fin d’année, pour être
un véritable spectacle, fondé sur un
programme cohérent, adapté aux 110
élèves de l’Ecole, et à chacun de leurs
besoins pédagogiques spécifiques.
A.F.
Danses en dialogues
Ecole Nationale Supérieure
de Danse de Marseille
Les 23 et 24 mai
Pavillon Noir, Aix
04 91 327 327
www.ballet-de-marseille.com
www.ecole-danse-marseille.com
Anny Perrot, comédienne, assistante
de Gildas Bourdet puis metteuse en
scène, a l’habitude de travailler avec
des professionnels, mais aime aussi les
amateurs. Elle a proposé un montage
thématique de textes lus et mis en
espace, intitulé L’Art dans tous ses
états. Successivement, le début de
L’Inconvenant de Gildas Bourdet, un
extrait qui ne permettait pas de
prendre la mesure de ce texte, qui
apparaissait là un peu verbeux ; ensuite
Art de Yasmina Reza, qui mettait face
à face trois excellents comédiens,
visiblement prêts à monter toute la
pièce, habités par les personnages et
les situations. Enfin l’extrait de Musée
haut, musée bas mettait en valeur tout
le burlesque acide de la pièce de JeanMichel Ribes. Avec seulement trois
répétitions les comédiens s’en sont
plutôt bien sortis ! Trouver le juste
équilibre entre lecture et jeu n’est
pourtant pas évident.
C’est une pièce de Coline Serreau,
Salon d’été, qu’a choisi de monter le
Théâtre de l’Éventail. Le texte en est
facile, mais efficace, les situations
conventionnelles : histoires d’amour
qui se font et se défont autour des
répétitions d’un quatuor vocal à trois
époques différentes. Cependant le jeu
des acteurs, la mise en scène d’Anne-
Rédactrice en chef
Agnès Freschel
[email protected]
06 09 08 30 34
Musique et disques
Jacques Freschel
[email protected]
06 20 42 40 57
Secrétaire de rédaction
Dominique Marçon
[email protected]
06 23 00 65 42
Frédéric Isoletta
[email protected]
06 03 99 40 07
Éducation
Chris Bourgue
[email protected]
06 03 58 65 96
Arts Visuels
Claude Lorin
[email protected]
06 25 54 42 22
Livres
Fred Robert
[email protected]
06 82 84 88 94
Sciences et techniques
Yves Berchadsky
[email protected]
Histoire et patrimoine
René Diaz
[email protected]
X-Ray
[email protected]
06 29 07 76 39
Polyvolantes
Maryvonne Colombani
[email protected]
06 62 10 15 75
Cinéma
Annie Gava
[email protected]
06 86 94 70 44
Marie Godfrin-Guidicelli
[email protected]
06 64 97 51 56
Philosophie
Régis Vlachos
[email protected]
Marie-Jo Dhô
[email protected]
Maquettiste
Philippe Perotti
[email protected]
06 19 62 03 61
Marie Vautrin ont séduit par leur
qualité. Le travail vocal effectué
pendant une année pour parvenir à
chanter des airs d’un répertoire difficile
s’est avéré efficace !
CHRIS BOURGUE
L’art dans tous ses états
s’est joué à La Criée le 17 avril,
et Salon d’été au Gymnase
le 30 avril
Le festival de théâtre amateur
se poursuit du 26 mai au 6 juin
FNCTA 04 91 61 15 37
www.espaceculture.net/
agendaculturel/théâtreamateur
© X-D.R
Ont également participé à ce numéro :
Pierre-Alain Hoyet, Delphine
Michelangeli, Susan Bel,
Sara Minard, Emmanuel Maureau,
Marion Cordier, M.P.P
Photographe : Agnès Mellon
095 095 61 70
Directrice commerciale
Véronique Linais
[email protected]
06 63 70 64 18
LA REGIE
Jean-Michel Florand
04 42 49 97 60
06 22 17 07 56
VITEZ | OUEST PROVENCE
ÉDUCATION
77
Frissons de peur et de désir ont parcouru les spectateurs du Théâtre Vitez,
face au spectacle proposé par les étudiants des Arts du Spectacle de
l’Université de Provence. Frédéric
Poinceau y proposait un montage à
partir de trois textes de Joël Pommerat:
Je Tremble 1 et 2, et Le petit chaperon
rouge. Le metteur en scène invité a
travaillé avec une équipe de 23 étudiants d’années différentes participant
à la dramaturgie, la scénographie, les
costumes, la régie, la musique, l’assistanat, la médiation culturelle.
Le spectacle commence par la rencontre du Chaperon rouge et du loup
(Noémie Dorchies et Élie Chapus
impressionnants de naïveté ou de
roublardise) que l’assistance reconnaît,
sans qu’ils soient nommés, à leur dialogue à double-sens jubilatoire. On les
retrouve plus tard pour un dénouement
troublant dans la cabane de «Mémé»
au milieu de la forêt... Changement
radical d’atmosphère : un plateau de
Music-Hall et deux animateurs de
charme (Nina Gazaniol et Sylvère
Santin, excellents) qui ponctuent le
spectacle avec humour et chansons
glamour et sexy, proposant des
rencontres de personnages issus tout
aussi bien des contes de notre enfance
que de la dure réalité du monde
ouvrier. On nous promet d’assister à
une mort en direct, celle du présentateur ! Le ton est donné... Des rideaux
en fond de plateau se soulèvent, jouent
sur les transparences, laissant entrevoir des scènes de séduction ou de
violence, entre le roman-photos et le
récit fantastique. Solitude, suicide,
meurtres et abandons se succèdent
sur fond de musiques qui vont d’une
romance d’Elvis Presley à un succès
des Queens: peu d’espérance dans
ces situations mais de la frénésie, un
humour décapant et de l’appétit ! Non,
la vie n’est pas rose, le monde plutôt
noir, l’avenir incertain, mais l’enthousiasme de la création emporte ces
jeunes comédiens !
CHRIS BOURGUE
Je Tremble,
mes Frédéric Poinceau,
a été joué au Théâtre Vitez
les 6 et 7 mai
Noémie Dorchies et Élie Chapus © Amath Magnan-Diouf
À venir au théâtre Vitez
Un autre travail universitaire, dans
cette fac fermée dont personne ne
parle, mais qui travaille à son avenir…
L’Usage de la Parole, d’après Nathalie
Sarraute, sera joué par les étudiants
mis en espace par Sylvie Boutley les
19 et 20 mai.
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com
AdhéreZ
àZibeline!
Nina Gazaniol et Sylvère Santin © Amath Magnan-Diouf
Entre rêves éveillés et reality-show
Logorrhées dansées
Pour leur deuxième rendez-vous sur la scène de l’Olivier, les jeunes danseurs de
la 8e promotion de la formation Coline se confrontaient à l’univers du chorégraphe
marseillais Georges Appaix. Dodeca… ou presque fut un spectacle étonnant tant
il semblait évident pour les 11 danseurs de suivre les pas du chorégraphe. Tanguant
sur la bande son d’Olivier Renouf, les interprètes se croisent, se regroupent,
corps cassés qui chutent brutalement et se relèvent, recommencent… Petit à
petit un groupe se forme, deux puis trois d’entre eux se mettent à dire un texte,
dans un bel ensemble, à le danser, à le tripatouiller, en donner plusieurs versions,
bientôt relayés par d’autres… C’est irrésistible, joué par certains si naturellement
que la comédie prend le relais, le corps et la voix ne font qu’un ; un exercice de style
qui échappe à la technique pure et recrée, entre notes, mots et gestes, un langage
unique, ironique, libérateur. Comme naturel. Puis la musique reprend le dessus et
chacun vient affirmer son pas, sa cadence, avant que ne reprennent ces drôles
de logorrhées dansées…
Après cela, entouré de ses musiciens Georges Appaix entame son Récital, des chansons dont il a signé les paroles et la musique (exceptées deux reprises de Nougaro
et Gainsbourg) et qu’il «danse» par moments, sans vraiment convaincre l’auditoire…
DO.M.
Les danseurs de la formation Coline ont dansé le 5 mai
au Théâtre de l’Olivier à Istres
RetrouveZ les formules et bulletins d’abonnements
sur notre site www.journalzibeline.fr
Vous serez ainsi régulièrement informés de nos événements,
profiterez des nombreux avantages offerts par nos Partenaires,
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78
ÉDUCATION
LA CHANSON AU BAC | PRINTEMPS DES LYCÉENS
Bac à chansons
Désormais la chanson est au programme de l’option
musique du BAC et de l’Histoire des Arts
Cette année sept chansons : trois de
Léo Ferré, une de Camille et l’étude de
la technique du bourdon du procédé
du timbre, qui consiste à mettre de
nouvelles paroles sur un air connu. Le
lycéen découvre que la chanson était
aux siècles précédents déjà un média
de masse, véhiculant idées nouvelles,
satires, convictions politiques, revendications sociales. Il s’initie également
aux rapprochements entre histoire,
poésie et société : mots, voix, musique
se fondent dans un cocktail émouvant
ou joyeux, et témoignent aussi d’une
époque et d’une esthétique. La naissance de la chanson se perd dans la
nuit des temps mais à travers les âges
elle résume toujours ce qu’est la poésie
pour un peuple.
Pourtant son enseignement ne va pas
sans soulever des polémiques au sein
de l’Éducation Nationale : certains regrettent que la place prise par la chanson
empiète, pour les options musique en
particulier, sur un enseignement des
«classiques». Cette année par exemple
les sujets du bac des jeunes musiciens
sont Mozart, Bernard Hermann (musique
de film) et ces chansons. Est-ce un bon
équilibre ? On peut aimer le polar et la
BD mais ne pas désirer qu’ils remplacent Flaubert ou Picasso dans le
programme du bac : les envisager en
cours de scolarité est une chose, les
concevoir comme un sujet d’examen
en est une autre. Car la chanson est
un art transversal, et devrait sans doute
apparaître à ce titre dans les programmes, en Histoire des Arts bien sûr,
et en français, en musique, en histoire:
au passage.
Programme à l’œuvre
D’ailleurs Serge Hureau, directeur artistique du Hall de la Chanson, parle
d’«alchimie particulière» à propos de la
chanson. Depuis 1990 il anime ce
Centre National du Patrimoine de la
Chanson, des Variétés et des Musiques
Actuelles, implanté à Paris et à
Marseille. Cette association, et ses
partenaires, le CNDP (Centre National
de Documentation Pédagogique), des
responsables des enseignements artistiques et de l’Inspection de l’Éducation
Nationale ont conçu un ouvrage et un
dossier en ligne présentant les 7
chansons du programme, enrichies
d’informations musicales et littéraires.
Pour la première fois en octobre 2008,
une Université d’automne s’est tenue
à Marseille, la ville de Vincent Scotto,
réunissant des acteurs des Ministères
de l’Éducation et de la Culture, du
© Bernard Brémond
CRDP, de l’Académie d’Aix-Marseille,
la Cité de la Musique, avec le soutien
de la ville et du Conseil Général : cinq
jours de conférences chantées et
plénières, histoire de la chanson du
Moyen-Âge à nos jours, ateliers... Une
conférence-concert a été spécialment
créée à cette occasion !
Le vaudeville du Bac est le titre de ce
«drôle de concert» présenté à des
lycéens de plusieurs établissements de
la région à la Cité de la Musique le 16
avril. Olivier Hussenet, chanteur et
comédien, et Olivier Yvrard, au piano,
endossent le rôle de deux lycéens qui
préparent le programme chanson du
Bac. Le spectacle conçu par Serge
Hureau mélange judicieusement et
avec humour l’histoire de plusieurs
chansons, de leur fonction sociale.
L’ensemble est convaincant et les
réactions du jeune public ne laissent
pas de doute sur son efficacité.
CHRIS BOURGUE
www.lehall.com
7 chansons (éditions du SÉRÉNCNDP ; 12,90 euros)
www.chansons-baccalaureat.fr
en projet un séminaire à la rentrée
sur la chanson politique en
collaboration avec l’Italie
Les francofolies et le CNDP éditent
un livret et un CD pour Les enfants
de la zique (www.francofolies.fr)
Ronde printanière des lycéens
Le Printemps des Lycéens et des
Apprentis de la Région PACA verra sa
17e édition en mai à Fréjus. Le but :
mettre en valeur les forces créatrices
des adolescents et leur permettre de se
rencontrer.
Cette manifestation a vu le jour en 1992. Dès 1998,
la participation des apprentis a été sollicitée, puis, en
2000, sous l’impulsion de Michel Vauzelle, celle des
pays du pourtour méditerranéen afin d’œuvrer pour
la paix en favorisant les rapprochements entre les
adolescents de ces pays. En 2006, c’est aux autres
Régions de France que la manifestation s’est ouverte.
Ainsi le cercle s’est agrandi : 3000 lycéens et
apprentis, 450 enseignants, 150 établissements
publics et privés, 15 Centres d’Apprentissage, 3
régions, 18 pays comme l’Arménie, Chypre, le Liban,
Israël, l’Égypte... dont les délégations viennent d’
établissements sélectionnés généralement dans les
lycées des capitales par les attachés culturels des
ambassades.
Une manifestation créatrice et citoyenne
Chaque établissement peut proposer plusieurs
projets pour des groupes de 6 à 10 élèves, chacun
sous la responsabilité d’un enseignant. Dès janvier
des responsables du Rectorat et de la Région
sélectionnent les équipes à partir d’ébauches qui leur
sont soumises. La première journée commence par
un grand défilé de tous les groupes avec leur
étendard ; puis les épreuves se déroulent durant 2
jours, par la présentation du travail de l’année en
théâtre, arts de la rue, danse, musique, mode, vidéo,
et des défis Sports de printemps. Mais aussi
performances en direct en Arts Plastiques avec
matériel fourni, identique pour tous. Radios et
journaux ont aussi leur place : les lycéens exposent
la maquette de leur projet et réalisent les reportages
du Printemps avec interviews, photos sur 4 pages
restituant la mémoire des instants forts avec
projection sur un écran géant et impression ; pour la
radio 10 minutes d’antenne après 50 mn de montage
avec du matériel pro.
Enfin, depuis 2004, Catherine Lecoq, conseillère
régionale, a encouragé l’introduction d’une culture
de Paix dans les sujets proposés, notamment avec
les projets citoyens à but humanitaire, civique ou
environnemental.
Les groupes sont totalement pris en charge par la
Région (transport, hébergement, restauration) et du
matériel de professionnels est mis à leur disposition.
Deux jours d’effervescence à l’issue desquels 3 prix
sont attribués pour chaque atelier. Chacun peut
repartir des projets plein la tête et de nouveaux amis
plein le cœur !
CHRIS BOURGUE
Le Printemps des lycéens
et apprentis 2009 a lieu à Fréjus
les 14 et 15 mai