n°3092 9 novembre 2007

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n°3092 9 novembre 2007
FRANCE
FRANCE
Catholique
Catholique
FRANCE
Catholique
83 e année - Hebdomadaire
n°3092 -
9 novembre 2007
www.france-catholique.fr
ISSN 0015-9506
Sainte
M 01284 - 3092 - F: 2,90 E
3:HIKLMI=YUW^U[:[email protected]@[email protected]@a;
Catherine
de Hongrie
2,90€
le cœur
retrouvé
pages 8 à 14
Des nouvelles
de l’
d’
Œuvre
Orient
pages 19 à 21
Cardinal Vingt-Trois
Quel avenir
le
pour
catholicisme français ?
BRÈVES
MONDE
EUROPE : La Commission européenne
proposera le 13 novembre de créer une
autorité de régulation unique à Bruxelles
pour obliger les différents pays à accélérer la libéralisation des communications
téléphoniques en Europe.
ESPAGNE : 28 personnes proches d'Al
Quaïda ont été jugées à Madrid par
l'Au­dience nationale, plus haute instance pénale espagnole, pour leur responsabilité dans la dizaine d'at­­tentats
à la bombe simultanés de mars 2004
dans des trains de banlieue madrilènes
(191 morts et plus de 1 800 blessés). 21
ont été condamnées, le 31 octobre, à
de lourdes peines mais devraient faire
appel. L'Audience natio­nale a accordé
aux victimes des réparations s'échelonnant de 30 000 à 1,5 million d'euros. Ces
attentats avaient provoqué la défaite
du gouvernement conser­vateur de José
Maria Aznar et précipité le retrait du
contingent espagnol d'Irak.
MAROC : La visite du roi Juan-Carlos et
de la reine Sophie, les 5 et 6 novembre,
dans les deux enclaves espagnoles de
Ceuta et Melilla a provoqué une vive
réaction diplomatique du Maroc.
SOMALIE : De nouveaux combats entre
milices gouvernementales et islamistes
ont obligé près de 90 000 personnes à
fuir la capitale pour des camps de fortune
le long des routes où vivent déjà près de
300 000 personnes dépendant de l'assistance alimentaire des Nations Unies.
TURQUIE : Les 8 soldats turcs enlevés
par les combattants kurdes du PKK le
21 octobre dernier ont été libérés, le 4
no­vembre, au nord de l'Irak, grâce à la
médiation du gouvernement irakien qui,
au cours d'une réunion à Istanbul avec
les Américains, a cherché à donner des
gages aux Turcs pour les dissuader d'envahir le Kurdistan irakien.
SRI-LANKA : Le général S.P. Thamilselvan,
n°2 de la rébellion tamoule au SriLanka a été tué le 2 novembre dans
un bombardement des forces aériennes
sri-lankaises.
ECONOMIE : A New York, le prix du
pétrole a franchi le 1er novembre, pour
la première fois de son histoire, les 96
dollars le baril. Le cours de l'euro a
dépassé 1,45 dollar. Les chiffres "maudits" de 100 dollars le baril de pétrole et
de 1,50 dollar pour un euro sont presque
atteints.
GRANDE-BRETAGNE : Le jury du tribunal
de l’Old Bailey à Londres a rendu, le 1er
novembre, un jugement reconnais­sant
les défaillances collectives de la police
lors de la bavure du 25 juillet 2005 :
un Brésilien de 27 ans, confondu sans
raison objective avec un terroriste islamiste, avait été tué de 7 balles, sans
sommation.
CARAÏBES : La tempête tropicale "Noël" a
fait au moins 150 morts dans les diffé­
rentes îles des Caraïbes (Haïti, République
dominicaine, Cuba…) qu'elle a traversées
depuis le 28 octobre.
MEXIQUE : 80 % des territoires de
l'État du Tabasco au sud du Mexique
sont re­couverts d'eau après des pluies
diluviennes qui ont obligé un million de
personnes à fuir leurs logements.
ITALIE : L'Italie recense 560 000 Gitans
venus de Roumanie, dont 100 000 arrivés depuis le 1er janvier dernier. Installés
dans des campements insalubres, ils sont
à l'ori­gine d'une explosion de l'insécurité
dans les banlieues et notamment dans
celles de Rome. Un décret-loi du 31 oc­­
tobre, pris dans l'émotion après un horrible meurtre, prévoit la possibilité d'une
expulsion immédiate et sans recours des
étrangers coupables de délits mêmes
mineurs.
PAKISTAN : Après une série d'attentatssuicides islamistes, le président Pervez
Musharraf a décrété, le 3 novembre,
l'état d'urgence sur l'ensemble du
ter­ritoire pakistanais et suspendu la
Constitution. Il a fait mettre en résidence surveillée un demi-millier de ses
principaux opposants démocrates, dont
le président de la Cour suprême qui
s'ap­prêtait à mettre en cause la validité
de sa récente réélection.
AFGHANISTAN : La chancelière allemande Angela Merkel s'est rendue le 3
no­vembre en Afghanistan inspecter les
forces allemandes qui comptent 3000
instructeurs dans le nord du pays et ont
perdu 27 hommes depuis 2002.
GUATEMALA : Le social-démocrate Alva­
ro Colom, 56 ans, a remporté l'élection présidentielle du 4 novembre au
Guatemala, avec 53% des voix, aux
dépens du général conservateur Otto
Perez Molina qui n'a recueilli que 28 %
des suffrages. La campagne électorale
a été endeuillée par plusieurs centaines
d'assassinats politiques.
BANQUE : Charles Prince, 57 ans, a dû
abandonner la tête de Citigroup, le premier groupe bancaire au monde, après
avoir annoncé 5 à 7 milliards de dollars
de pertes potentielles dans le secteur des
prêts immobiliers.
2 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
FRANCE
GREVES : Six des huit syndicats de la
SNCF ont appelé, le 31 octobre, à une
grève illimitée à partir du 13 novembre
à 20h00 pour le maintien de régimes
spéciaux de retraite. Dans le secteur de
l'énergie, deux syndicats sur cinq ont
lancé un appel à la grève pour la journée
du 14 novembre.
CORSE : Le deuxième conseil des mi­nistres
décentralisé de la présidence Sarkozy
s'est tenu à la préfecture d'Ajaccio, le
31 octobre.
La Compagnie Corse Médi­terranée (CCM)
avait annulé tous ses vols à destination
de Paris, Marseille et Nice ce matin-là,
ses syndicats ayant appelé à une grève
surprise pour répliquer à une déclaration
de Nicolas Sarkozy en faveur des compagnies aériennes à bas coût.
Le procès d'Yvan Colonna, accusé d'être
le responsable de l'assassinat du préfet
Claude Erignac en 1998, doit s'ouvrir le
12 novembre à Paris.
GAZ : L'explosion d'une conduite de gaz,
le 31 octobre à Bondy (Seine-St-Denis)
lors d'un chantier sur la voie publique a tué une personne et en a blessé
une cinquantaine d'autres dont certaines gravement brûlées. Gaz de France
et l'entreprise de travaux publics se
rejettent désagréablement la responsabilité de l'accident.
PêCHE : La montée du prix du gazole
(pourtant détaxé) à 0,52 euro le litre
rend durablement la pêche en hautemer non rentable, car il n'est pas possible de ré­percuter cette hausse sur le
prix du poisson sauvage, en concurrence
avec le poisson d'élevage. Les pêcheurs
demandent, à grand renfort d'opérations
médiatiques - menaces de blocage des
dépôts de pétrole dans l'Ouest - des
aides structurelles et surtout conjoncturelles, en plus de 24 millions d'euros
prévus, dont Michel Barnier, ministre
de l'Agriculture et de la Pêche, laisse
entendre que la Commission euro­péenne
ne les ac­ceptera pas.
THÉRAPIE GÉNIQUE : Le Professeur
Patrick Aubourg, de l'hôpital St-Vincent
de Paul à Paris, a annoncé, lors d'un
congrès à Rotterdam, avoir traité avec
succès deux petits enfants atteints d'une
maladie génétique des gaines nerveuses,
l'adrénoleucodystrophie (ALD), sans avoir
recours à une greffe de moelle osseuse,
mais en utilisant des cellules souches.
(voir la suite en page 7)
EdITORIAL
SOMMAIRE
ACTUALITé
ETATS-UNIS
5
INSTITUTIONS
6
SOCIéTé
7
Climat et politique
Yves La Marck
Un nouvel équilibre
Alice Tulle
Mise à nu permanente
Tugdual Derville
Coup de crayon
POLITIQUE
Emmanuel Chaunu
dOSSIER
8 JUBILé
Sainte Elisabeth de Hongrie
Suzanne de La Messelière / Brigitte Pondaven
ESPRIT
15
16
Karol
MéMOIRE dES JOURS
Robert Masson
Iran : dans la tourmente
éGLISE
Marc Fromager
17
B.d.
18
LECTURES Premières lueurs sur la Résurrection
19
éGLISE
23
ECCLESIA
24
ŒCUMéNISME
L'Aventurier de dieu, 24/36
Dominique Bar, Guy Lehideux
Père Michel Gitton
L'Œuvre d'Orient
Mgr Philippe Brizard
Le travail des évêques
Cardinal Ricard
Le document de Ravenne
Mgr Gérard Daucourt
MAGAzINE
26 HISTOIRE
29
30
31
L'acharnement théologique
Bernard Quilliet / Denis Lensel
"darling", "dans la vallée d'Elah"
"L'heure zéro", "Les promesses de l'ombre"
CINEMA
M.-C. Renaud d'André - M.-L. Roussel
Poulbot affichiste
EXPOSITIONS
Alain Solari
Sac au dos sans trêve, 5/40
B.d.
Albéric de Palmaert - Palmar
32
THéÂTRE
descartes ou Pascal
33
THéÂTRE
"Marie"
34
MUSIQUE
Musique de chambre
35
TéLéVISION
36
TéLéVISION
38
BLOC-NOTES
A.S.
Pierre François
François-Xavier Lacroux
"The Queen",
"René Bousquet", "Hooligans"
Marie-Christine Renaud d’André
Votre début de soirée
M.-Ch. R. d’A.
Vie associative et d’église
Brigitte Pondaven
Couverture : Philippe GLORIEUX/CIRIC
Écoutez la chronique
de Gérard Leclerc,
chaque semaine sur :
Mgr Vingt-Trois
à la présidence
L
'élection de l'archevêque de Paris à la présidence de la
Conférence des évêques de France était depuis quelques
mois une hypothèse à envisager sérieusement. Nous l'avions
évoquée ici-même à l'annonce de son cardinalat. Maintenant
qu'elle est advenue, il n'est plus possible de maintenir les
réserves qu'une relative incertitude imposait. Cette élection
a un sens déterminant pour l'Église de France. Le fait qu'elle
intervient si peu de temps après la mort du cardinal Lustiger renforce
encore plus le sentiment d'une étape nouvelle pour le catholicisme en
France. Cette étape ne s'annonce pas facile et
l'on ne saurait l'inaugurer par des satisfecits
intempestifs. D'ailleurs la personnalité du
cardinal Vingt-Trois à elle seule - il est vraiment le dernier à qui on puisse en compter
- nous renvoie au réalisme et à l'humilité de
notre situation présente.
Mais l'unanimité morale qui a permis cette
élection est déjà un gage de légitimité pour
le nouveau président, qui bénéficie aussi
des relais de son prédécesseur, le cardinal
Ricard, dont la sagesse aura été précieuse
par Gérard LECLERC
ces dernières années. Les évêques de France
savent assez, pour labourer sans cesse le
terrain, les fragilités de leur Église, et qu'il s'en faut de beaucoup pour
que l'avenir de nos communautés soit assuré. La raréfaction du clergé
constitue un tourment continuel et l'appel aux suppléances par le laïcat
ne saurait cacher l'impossibilité de paroisses sans prêtres, d'autant que
le laïcat lui-même a besoin d'être fortifié, formé, et que la question de
sa pérennité est également posée. Le choix d'une personnalité pour répondre aux nécessités du moment est donc solidaire d'un consensus quant
à la perception de ce qu'est aujourd'hui l'Église catholique en France et
des moyens à mettre en œuvre pour susciter des énergies nouvelles et
mobilisées pour l'Évangélisation.
Le réalisme n'impose pas de voir l'avenir uniquement sous les aspects
les plus sombres. Nos évêques ont aussi accordé leur confiance à un
homme dont ils connaissent la détermination et le sens de l'action. Ce qui
a été réalisé à Paris, sous l'autorité du cardinal Lustiger depuis plus d'un
quart de siècle, doit beaucoup à Mgr Vingt-Trois qui, par ailleurs, depuis
2005, dirige sûrement ce diocèse dont le rayonnement s'impose même
hors de nos frontières. Avec le nouveau Président, on peut être assuré
que la barre sera fermement tenue, les objectifs clairement fixés, les
moyens envisagés avec lucidité. Le souci pour l'éveil aux vocations sera
prioritaire, avec la formation spirituelle et intellectuelle des futurs prêtres.
Les laïcs seront conviés à approfondir leur foi et leurs engagements. La
pastorale de l'intelligence (conformément aux orientations de Fides et
Ratio) accompagnera la pastorale des paroisses et des mouvements avec
une insistance particulière sur la pratique eucharistique. Certes, l'étape
qui commence, n'est pas encore écrite, mais on peut envisager que ce qui
a été source de renaissance sera encouragé et généralisé. ■
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
D.R.
4
3
ACTUALITE
ETATS-UNIS
par Yves LA MARCK
Climat et politique
Al Gore n’est pas prophète dans son pays.
Prix Nobel de la Paix, il n’a aucune chance d’être
président des Etats-Unis.
P
de la Paix
2007 qu’il partage
avec le Panel intergouvernemental des
Nations Unies sur
le changement climatique,
l’ancien vice-président de Bill
Clinton, candidat élu mais
mal­h eureux contre George
Bush en 2000, Al Gore s’était
passionné pour les conséquences du changement cli­matique.
Il s’est porté à la tête d’un
mouvement mondial de prise
de conscience de la né­cessité
de contrôler les ef­fets de serre.
Son film, décrivant notamment la fonte des glaces aux
extrémités polaires, a beaucoup fait pour populariser les
drames qui attendent l’humanité dès cette décennie et la
prochaine : élévation
du niveau des mers,
inondations,
cy­clones, épidémies, sécheresse.
Le Tsunami et le
cyclone Katrina
qui a partiellement détruit La
Nouvelle Orléans
ont fait le reste,
alors que ni l’un
ni l’autre ne sont
liés aux changements
climatiques. Il n’en reste
pas moins que ceux-ci sont
indéniables et qu’il est bon
de chercher dès a présent à
les connaître pour mieux les
gérer.
(
rix nobel
Al Gore a eu recours aux
mé­t hodes éprouvées de la
prédication dans son Tennessee
natal. Depuis toujours, les
prêcheurs comme dans l’Ancien Testament annoncent
l’Apocalypse, illustrée par des
phénomènes naturels exceptionnels. Le Déluge
est une figure qui
n’est pas propre
au judaïsme. Les
grandes religions
se rencontrent
autour
des
questions de Création. Les
religions orientales dont
l’attrait est connu aux EtatsUnis parce qu’elles mettent
l’accent, plus directement
que le christianisme, sur les
équilibres naturels : taoïsme,
shintoïsme, bouddhisme,
hindouisme, parlent toutes
du rapport de l’homme avec
la nature physique. On assiste
aujourd’hui à un regain d’intérêt en Occident pour cette
alliance entre religions et
p r o ­­
tection
de l’environnement.
Le paradoxe est
que l’Inde et
la Chine sont
aujourd’hui
les pays
l e s p l u s pollués au monde
pour avoir laissé libre cours à
des formes d’industrialisation
sauvage sans égard pour l’environnement.
L’autre source d’étonne-
La grande majorité du peuple américain se
refuse à coopérer avec le reste du monde
4 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
ment est qu’en dépit de cet
attrait en Occident et de
la personnalité d’Al Gore,
ses thèses n’ont pas réussi
à renverser la politique
de Washington. Certes les
sondages révèlent une montée
de la conscience des périls ;
le Congrès a commencé de
prendre des mesures. Mais
la grande majorité du peuple
américain et son président se
refusent à faire les sacrifices
nécessaires et à coopérer
avec le reste du monde. Le
candidat aux prochaines
élections présidentielles qui se hasarderait a en parler serait
éliminé. Al Gore a obtenu le
prix No­bel : il sera exécuté.
Sarkozy l’a invité au Gre­­
nelle de l’environnement et
repris en chœur ses formules:
« notre modèle de croissance
est condamné ; le maintien
de la paix dans le monde est
condamné ». Mais le pays
au climat tempéré que nous
sommes, hormis quelques
gros orages, peut-il imaginer
les extrêmes des variations
climatiques qui frappent les
Etats-Unis d’est en ouest ?
Les Américains sont habitués
à vivre avec, nous pas. Nicolas
Hulot a-t-il pour autant plus
de chances qu’Al Gore de
déclencher un mouvement ?
Le monde est loin d’être
égal face aux catastrophes
na­turelles. La renégociation
prévue pour 2012 du pro­­
tocole de Kyoto devra en
tenir compte et réintégrer
les grands pays qui en sont
absents : Inde, Chine et EtatsUnis. L’ordre du monde est
à ce prix. Des centaines de
millions de personnes en sont
la rançon... n
ACTUALITE
INSTITUTIONS
par Alice TULLE
Un nouvel équilibre
Présidé par Edouard Balladur, un comité de réflexion propose
un rééquilibrage de la Ve République largement conforme au
programme de Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle.
I
nstallé le 18 juillet, le
«co­m ité Balladur» a
rapidement travaillé.
Il en résulte un texte
d’une cen­taine de pages
comprenant des analyses
d’ensemble et 77 propositions
détaillées, qui devraient être
soumises à discussion parlementaire en février puis au
Parlement réuni en congrès.
L’idée principale du rapport
est d’équilibrer la fonction
pré­s identielle - qui s’est
renforcée depuis l’élection du chef de l’Etat
au suffrage universel
(1962) - par l’augmentation des droits du Par­­
lement et des citoyens.
Cette réforme s’impose
d’au­tant plus, selon le
rapport, que l’adoption
du quinquennat et
« l’inversion du calendrier électoral » qui lie
étroitement les élections présidentielle et
législatives depuis 2002,
a «accentué la présidentialisation du régime ».
Ainsi, le Parlement pourrait
en partie retrouver la maîtrise
de son ordre du jour tout en
ré­servant au gouvernement la
moitié du temps des débats
pour qu’il puisse présenter
rapidement les projets et
propositions de loi qu’il juge
prioritaires. Par ailleurs, le
comité Balladur souhaite une
limitation au domaine budgétaire et au financement de la
Sécurité so­c iale du fameux
article 49-3, qui permet qu’un
texte soit adopté sans vote si
le gouvernement a engagé sa
responsabilité sans qu’il y ait
dépôt d’une motion de censure.
Di­verses dispositions devraient
enfin permettre une meilleure
préparation du travail législatif et un élargissement
des pouvoirs de contrôle du
Parlement.
Les droits des citoyens
seraient étendus par le recours
à la proportion-
exceptionnels, nomination aux
emplois publics, procédure de
révision constitutionnelle.
Ces propositions permettraient un rééquilibrage entre
les pouvoirs exécutif et législatif – qui serait pour partie
for­m el lorsque la majorité
pré­sidentielle est en position
nelle pour une vingtaine ou
une trentaine de sièges, par
la reconnaissance du droit au
référendum d’initiative populaire et par une réforme du
Conseil économique et social.
Le comité Balladur propose
aussi que les pouvoirs du
Président soient limités dans
plusieurs domaines : recours
à l’article 16 sur les pouvoirs
de force à l’Assemblée nationale et au Sénat – si deux
pro­positions ne venaient jeter
un doute sur la cohérence du
rapport.
La première concerne la
ré­partition des rôles au sein
de l’exécutif. Depuis 1958, le
Président est désigné comme
un arbitre et le Premier
ministre est chargé de « déter-
miner » et de « conduire la
politique de la nation ». Or le
comité Balladur souhaite que
l’on prenne acte de la prééminence du Président en décidant qu'il « définit la politique
de la Nation » et que le Premier
mi­n istre serait seulement
char­gé de « conduire » cette
politique. Ce qui déclencherait
un affrontement sans solution
en cas de cohabitation mais
aussi en cas de conflit entre
un Président et un premier
ministre de même couleur (V.
Giscard d’Estaing et Jacques
Chirac, François Mitterrand et
Michel Rocard…).
Par ailleurs, le rapport
pro­p ose que le Président
puisse « rendre compte
de son action devant la
représentation nationale »
ce qui pourrait l’exposer
à un processus de mise
en responsabilité devant
l’Assemblée nationale
et le Sé­nat – même si le
rapport s’y refuse – au cas
où la ma­jori­té parlementaire serait ou deviendrait
hostile au chef de l’Etat.
Ces deux dernières
propositions soulèvent de
vives protestations à gauche,
mais aussi à droite et l’introduction de la proportionnelle est rejetée par nombre
de députés de la majorité. Il
est par conséquent douteux
que la réforme aille à son
terme : un référendum est
hors de question (le Président
y risquerait gros) et il faut une
majorité des trois cinquièmes
des parlementaires pour que la
révision constitutionnelle soit
acceptée. n
Le Parlement pourrait en partie retrouver
la maîtrise de son ordre du jour
)
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
5
ACTUALITE
SOCIÉTÉ
Mise
à
nu
permanente
par Tugdual DERVILLE
De plus en plus de militants croient devoir se déshabiller
« pour la bonne cause ». Leur exposition médiatique est assurée,
comme celle des artistes qui les couchent sur la pellicule.
E
de revendication, la mode est au
minimalisme. Contre le
réchauffement climatique, Greenpeace a
montré, en septembre, 600 corps
nus se fondant sur un glacier
alpin. Au printemps dernier, à
Paris, des «vélorussionnaires»
ont défié la préfecture de police
en pédalant tout nus «contre la
voiture». Certains furent embarqués sans ménagement sous l’œil
excité des caméras. Deux poids,
deux mesures : les traditionnels
exhibitionnistes – très minoritaires mais bien réels – de la
gay-pride, qui suivait cette
manifestation d’une semaine,
ont pu défiler sans être
inquiétés. Depuis longtemps,
l’ambiguïté est entretenue
en matière de prévention du
Sida : au nom de l’efficacité
des campagnes on publie les
clichés les plus crus.
Les ruraux se sont mis de
la partie. Non contents de
s’être fait photographier en
2005 en plus simple appareil
afin d’ex­primer leur « ras-lebol de passer pour des ploucs »,
des agriculteurs de la région de
Par­thenay ont récidivé cette
année en associant à la fête
six de leurs compagnes. Des
poses dans la paille, à la pêche
ou au flanc de quelque bête. À
la clef, 8 000 calendriers et un
bénéfice escompté de 56 000 €
reversé au Téléthon. Suffit-il
que la cause soit juste pour
désinhiber ? Le photographe des
(
n matiere
paysans naturistes d’un jour,
Daniel Mar affirme : « ça permet
de démythifier les préjugés ».
Pour le moment, il a pris soin de
masquer l’essentiel par quelques
végétaux cache-sexe.
Démarche inverse pour les
« dieux du stade », calendrier
commercial bien lancé, où s’exhibent annuellement des
joueurs de rugby parisiens. Au fil des
années, la
nudité
est
planétaire : en vrac, les pompiers
de New York, des personnes
handicapées et, prétend-on,
certains Mormons ont décidé
de sortir du bois pour montrer
qu’ils étaient eux aussi dignes
d’être vus tels quels.
Plus compréhensible, mais
dans la même veine, la brochette
des femmes de l’ac­tuel gouvernement a tenu à lancer une
campagne de prévention du
cancer du sein devant
de grandes affiches
de femmes torse nu.
Pas de quoi s’effaroucher au regard de ce
qui précède, et de
de plus en plus explicite, les
pauses lascives et les mises en
scène jouent avec l’ambiance
pornographique.
Se dénuder pour un sportif devient un must : escrimeurs, acrobates, footballers,
hockeyeurs, surfeurs… c’est à
qui posera dans l’exercice de son
sport, sans l’habit. De juteuses
opérations « ves­tiaires ouverts »
se multiplient. Le phénomène est
ce qui suit : les photographies
de pères Noël naturistes d’un
Jurassien ont soulevé une vague
de protestation. Quant à celle
d’une jeune femme anorexique
publiée il y a un mois par une
marque de vêtements italienne,
elle a provoqué l’indignation,
bien que le modèle décharné ait
affirmé avoir voulu se montrer
nue pour témoigner de son
combat contre la maladie.
"La tyrannie du déballage de soi,
transformant la vie intime en publicité"
6 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
Le nu public est devenu un
phénomène de masse avec le
New-Yorkais Spencer Tunick.
Depuis 1994, on ne compte
plus les volontaires qui se sont
prêtés à ses mises-en-scène
dans les capitales du monde.
Récusant toute idée de provocation, il affirme « explorer le
rapport entre le corps et son
environnement ». 3 500 volontaires étaient inscrits pour l’édition de Caracas (Venezuela).
Un publicitaire se joignant à un
déshabillage à Lyon a toutefois
avoué sa gêne ; certaines photos
de Spencer lui font « penser
aux charniers » : « J’y suis allé
en m’efforçant d’oublier cette
image, sauf que quand je me
suis retrouvé nu, à 5 h du matin,
marchant dans le froid, sur un
sol humide, parmi des milliers
d’autres corps et obéissant aux
ordres d’un homme grimpé sur
une estrade… inévitablement,
j’y ai pensé. »
La surenchère finira-t-elle
par lasser ? Une publicité pour
Canal satellite se démarque
d’une improbable chaîne de
télévisions « Tout nu TV » : on
y voit une course cycliste en
pays naturiste où spectateurs
et champions sont floutés. « Se
montrer nu » semble être devenu
« le comble de l’authenticité »
ironise à son tour, dans le magazine Elle, Dorothée Wermer qui
dénonce « la tyrannie du déballage de soi, transformant la vie
intime en publicité ». Faut-il
re­lier l’impudeur au déficit de
vie intérieure ? C’est en tout cas
le voyeur qu’on vient réveiller en
nous. Et tout cela comme s’il n’y
avait pas d’enfants dans l’espace
public. n
Retrouvez Tugdual
Derville, chaque
semaine sur :
Le coup
de crayon
de Chaunu
TCHAD : Le président Sarkozy s'est rendu au Tchad
le 4 novembre, pour ramener en Espagne et en
France les quatre hô­­tesses de l'air espagnoles et
les trois jour­nalistes français qui avaient participé
à l'opération de l'association humanitaire l'Arche
de Zoé visant à faire adopter par des familles
françaises une centaine d'enfants tchadiens ou
soudanais. Ces sept personnes avaient été mises
hors de cause et libérées par la justice tchadienne
quelques heures auparavant. Les neuf autres
participants à cette équipée, six Français et trois
Espagnols, devront attendre quelques semaines
pour savoir s'ils seront jugés au Tchad.
FMI : Dominique Strauss-Kahn a pris,
le jeudi 1er novembre, ses fonctions
à la tête du FMI. Il a consacré sa
première déclaration au sort
de la dette argentine et au niveau
anormalement bas du dollar.
BUDGET : Au nom de la transparence,
l'As­­­semblée nationale a plus que doublé,
le 30 octobre, la ré­munération du chef
de l'Etat, désormais alignée sur celle du
Premier mi­nistre et comparable à celle de
ses col­lègues allemand ou britannique elle passe de 8 000 euros à 18 690 euros
mensuels - et triplé le budget de l'Elysée.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007 7
DOSSIER
(1207-1231)
Sainte Elisabeth
princesse des p
■■ Suzanne de La Messelière, vous êtes ophtalmologiste à Paris et vous venez de soutenir une thèse
de doctorat en théologie sur sainte Élisabeth de
Hongrie. Pouvez-vous nous dire deux mots de ce
parcours universitaire peu commun ?
D.R.
Nous célébrons les huit cents ans
de la naissance de sainte Elisabeth
de Hongrie (cf. France Catholique n°3091).
Des colloques, des expositions,
des concerts lui sont consacrés à
travers toute l’Europe. Catholiques
et protestants s’unissent pour lui
rendre gloire et cette unanimité
montre quelle influence pacifique
Elisabeth exerce dans l’Église.
Des historiens de nombreux pays lui
consacrent des études remontant
aux sources les plus authentiques
et la présentent comme l’idéal de
la femme du Moyen Âge. À Paris,
deux grands colloques se disputent
l'honneur de partager les derniers
travaux universitaires sur la sainte. La
piété n'est pas en reste : la relique de
son cœur sera portée en procession
de la paroisse Ste-Élisabeth à la
cathédrale Notre-Dame, et le manteau
que saint François donna à la sainte
sera vénéré. Pour mieux comprendre
les raisons de l'ampleur de ce jubilé,
nous avons rencontré Suzanne
de La Messelière, qui vient d'obtenir
son titre de docteur en théologie
à la Faculté de Fribourg en Suisse
pour sa thèse sur sainte Elisabeth.
8 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
Suzanne
de La Messelière,
Docteur designata
en Théologie de
l’Université de
Fribourg/Suisse,
D.E.A. Histoire
des religions, Paris
IV Sorbonne,
Docteur en
Médecine de la
Faculté de Paris,
Auteur de la Thèse :
« Sainte Elisabeth de
Hongrie, biographie
et hagiographie »,
soutenue en 2007
à l’Université de
Fribourg / Suisse.
Je suis née en Hongrie, dans une famille
de l'ancienne noblesse. Les communistes
avaient confisqué nos biens après la seconde
guerre mondiale. Nous avons fui, en passant
la frontière à pieds, du fait de la révolution
de 1956 où mon père avait pris une part
active. Je suis arrivée en France à six ans.
J’ai alors été hospitalisée et c’est un jeune
médecin qui m’a appris à parler le français. En sortant de l’hôpital, j’avais décidé
de devenir médecin et je n’ai jamais changé
d’avis. J’aime beaucoup mon métier. J’ai obtenu la
naturalisation française en 1972, lorsque je me suis
inscrite à 17 ans à la faculté de médecine.
■■ Et la théologie ?
Lorsqu'on vit dans un pays où la pratique religieuse est opprimée, la foi s’ancre encore plus
fortement au fond de notre âme. J’ai découvert
en France la liberté du culte. Aussi loin que je me
souvienne, j’ai toujours désiré connaître Dieu. Je ne
pensais pas au départ aller jusqu’à la thèse. Je n’arrivais simplement pas à m’arrêter, tant je me sentais
portée par ces études.
J’ai démarré mes études de théologie la même
année où je finissais celles d’ophtalmologie. La difficulté fut d’étudier alors que j’avais mes malades à
soigner à mon cabinet médical et à l’hôpital, mon
fils Imre à m’occuper. Imre a grandi entre mes livres
de médecine et de théologie. Mon mari m’a beaucoup aidé à tout concilier.
■■ Et pourquoi sainte Élisabeth de Hongrie ?
Nous venons du même pays, nous l’avons quitté
au même âge. Le fait de parler le hongrois et de
DOSSIER
de Hongrie
auvres
propos recueillis par Brigitte PONDAVEN
connaître l’allemand m’a permis de faire la synthèse
bibliographique indispensable pour un tel travail…
■■ Quelles découvertes avez-vous faites ?
J’ai découvert dans les archives du Vatican un
manuscrit inédit sur sainte Élisabeth, en rapport
avec son dossier de canonisation, jamais publié, un
des plus ancien qui soit parvenu jusqu’à nous. Je
travaille actuellement sur sa traduction.
Mais permettez-moi de vous raconter un peu
ma plus grande "trouvaille". J'avais entendu parler
des liens d'Élisabeth avec Cambrai dans le nord de
la France. Elle avait, de son vivant, fait de grands
dons, tant pour les travaux d’achèvement de la Cathédrale Notre-Dame de Cambrai, qu’en faveur des
pauvres et des malades de cette ville. Une Chronique
des Évêques de Cambrai relate cela et un manuscrit
de la Bibliothèque municipale de Cambrai, de 1235,
contient l'un des récits les plus anciens de la vie et
des miracles de sainte Élisabeth. La première fois
que je suis venue pour consulter ces archives, à ma
grande surprise, on m'a demandé si j’envisageais
également d’aller voir le cœur de sainte Élisabeth
conservé à la cathédrale de Cambrai.
Je n’avais jamais entendu parler de cette relique,
il n’y avait aucune trace d’elle dans aucune bibliographie ni dans aucune biographie. J'ai demandé
à rencontrer Monsieur le Curé, en l’occurrence, le
Père Denis Lecompte. Il m'a reçue avec une grande
gentillesse. Je lui ai expliqué que je venais d'étudier
un manuscrit à propos d'Élisabeth de Hongrie, et
que j’avais entendu dire que le cœur de la sainte
se trouvait dans la cathédrale. Était-il au courant ?
Avec un grand sourire, il m'a répondu que le cœur se
trouvait dans la pièce à côté, sur son bureau. Avant
même que je ne réussisse à reprendre mes esprits,
le Père Denis Lecompte était déjà revenu, tenant le
reliquaire. Il me le donna dans la main. Ce fut pour
moi un moment bouleversant. J’avais l’impression
de sentir battre le cœur d’Élisabeth dans ma main !
Il me raconta alors que, jusqu’à la Révolution
française, le cœur était vénéré dans l’ancienne ca-
Elle a affirmé,
par son
puissant
exemple, le
droit de toute
femme à vivre
sa vocation
Élisabeth
et l'enfant pauvre,
statue par Karoly Senyei,
XXe siècle, basilique
Saint-Étienne,
Budapest, Hongrie.
thédrale. Ensuite il fut enchâssé dans le déambulatoire, à l’arrière du Maître-autel de l’actuelle cathédrale - et d'ailleurs, à l’entrée de ce déambulatoire,
un vitrail représente sainte Élisabeth de Hongrie. La
pierre y fut travaillée en forme de cœur pour recevoir le reliquaire. Mais, en 1990, un malotru l'a volé
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
D.R.
9
■■ Comment Élisabeth a-t-elle marqué son époque ?
Élisabeth de Hongrie correspond à une nou­
velle façon de définir l'espace de la sainteté. Laïque,
elle a atteint les plus hauts degrés de la perfection
chrétienne et cela sans jamais avoir vécu dans un
couvent. Profondément amoureuse de son mari, elle
n’en aima pas moins Dieu. Dans l’amour
unissant Élisabeth et Louis, les historiens
voient la haute conception de l’amour
conjugal, empreint de tolérance et de
soutien mutuel, qui perdure par-delà la
mort. Il y a là un idéal qui a marqué son
époque et qui demeure.
Née princesse royale de Hongrie,
épouse du Landgrave de Thuringe, elle
choisit volontairement de renoncer aux
fastes de la cour et de partager la vie
simple des pauvres.
Au siècle où vécut Élisabeth, l’influence des femmes allait en augmentant. C’était l’époque des grandes abbesses mais aussi des grandes reines.
Élisabeth a conquis dans cette Histoire
une place hors du commun, celle d’une
des plus grandes saintes de l’époque. Elle
a, à sa manière, lutté avec force pour
l’émancipation de la femme. Elle puisait
dans sa foi et dans l’amour des pauvres
le courage et la confiance en sa mission
de charité. Elle a affirmé, par son puissant exemple, le droit de toute femme à
vivre sa vocation.
Élisabeth a connu la vie des femmes de son époque. Mais elle eut un regard sur le monde différent
de celui de ses contemporains. Elle fut confrontée
aux douloureux problèmes de la misère sociale, de
la famine et des épidémies qui sévissaient alors.
10 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
Elle instaura
la conception
vraie du
secours des
malheureux
La cathédrale gothique
Ste-Élisabeth de
Marbourg, Allemagne,
et le tombeau
de la sainte dans
la cathédrale.
■■ Comment se matérialise la durabilité de cette
influence ?
Afin de cerner au plus près la vérité historique,
je me suis rendue dans les pays où vécut Élisabeth.
D.R.
Elle ne pouvait prétendre guérir toutes les
misères, mais elle s’efforça de son mieux d’y
remédier. Pour cela elle
ne fonda aucun ordre
religieux, ni aucune association. Elle ne fit pas
une simple coopération
Fresques de la vie de sainte
à des œuvres de bienfaisance pour calmer sa Elisabeth, par Moritz von Schwind,
au château de la Wartbourg.
conscience, elle instaura 1854,
Le miracle des roses, le départ à la
la conception vraie du croisade de Louis IV de Thuringe,
secours des malheureux.
la mort d'Élisabeth...
Elle savait s’approcher des pauvres, ne pas les humilier par une pitié
condescendante, partager leur vie avec amour et
simplicité. Elle accomplit ainsi le don le plus élevé,
celui qui consiste à se donner soi-même dans l’intérêt d’autrui. Ainsi s’explique la grande popularité
dont jouissait Élisabeth.
Le peuple la saluait avec respect et joie, il admirait cette grande dame qui se faisait leur égale,
qui vivait l’Évangile comme il était enseigné dans
l’Église, mais comme jamais il ne l’avait encore rencontré. Son cheminement spirituel reste un mystère
que nous essayons d’élucider en marchant sur ses
traces et en relisant les sources anciennes. Éclatant contraste entre sa somptueuse tenue princière
au château de la Wartbourg, et sa
robe grise de pénitente dans sa petite maison de Marbourg, toute la
vie d’Élisabeth défile entre ces deux
états.
Ce n’est pas par son pouvoir
politique de fille de roi et d’épouse
de prince régnant qu’elle mérita cet
honneur de marquer l'Histoire, mais
par son ardente charité. Devenue
veuve, Élisabeth n’eut aucun pouvoir politique, c’est par son humilité et son renoncement à toutes
les prérogatives dues à son rang
qu’elle remporta toutes ses victoires, qu’elle confondit tous ses adversaires. Le cœur des pauvres fut
le royaume où Élisabeth régna. Elle
remplit un rôle moral et social qui
eut sur le peuple une influence bien
plus grande que celle des reines qui
gouvernèrent de puissants royaumes et dont les noms tombèrent
ensuite dans l’oubli.
D.R.
pour s’emparer du métal, précieux. Il a jeté par terre
le cœur dont il ne voulait pas et s’est enfui avec son
butin. Le lendemain matin, le Père Denis Lecompte
n'a pu que constater le désastre. Méticuleusement il a ramassé le cœur réduit en
poussières, l'a remis dans un petit reliquaire
en or qu’il possédait et l'a déposé sur son
bureau en attendant d’avoir un nouveau
reliquaire digne de lui. Et le cœur de ma
sainte, que je vénérais tant, était là, dans
ma main. Quel moment merveilleux ! C'était
il y a quatre ans.
Avec le Père Denis Lecomte et Mgr
Garnier, nous souhaitons emmener le cœur
d’Élisabeth en Hongrie, un retour dans son
pays après huit cents ans d’absence, pour qu’il y soit
vénéré, pendant une semaine. Nous sommes actuellement en échange de courrier à ce sujet avec le
Primat de Hongrie, j’espère que cela pourra se faire
cette année de jubilé.
D.R.
DOSSIER
DOSSIER
D.R.
ses mérites, la musique et la littérature chantent
son nom en des lieder et des légendes, en des drames et des oratorios. Élisabeth inspira Franz Liszt et
Richard Wagner. Des artistes de grand renom ont
reproduit son portrait, des scènes de sa vie et des
aspects de son œuvre, pour des églises ou des hôpitaux, des images pieuses ou des reliquaires.
Des exemples particulièrement beaux se trouvent dans l'église dédiée à Élisabeth à Marbourg,
dans l'hôpital de Lübeck, ou au château de la Wartbourg en Thuringe. Divers ordres féminins, comme
celui des Elisabéthaines, ou des sœurs de sainte Élisabeth, autrefois appelées Sœurs grises, apparurent
et essaimèrent partout dans le monde. En Europe,
des églises furent consacrées à sa mémoire, des hôpitaux et des maisons de retraite portent son nom,
des soignants lui dédièrent leurs foyers de charité,
des associations se sont créées, cherchant à suivre
son exemple.
■■ La spiritualité d'Élisabeth est-elle franciscaine ?
"Nous avons
l'obligation
de rendre les
gens heureux"
Élisabeth n'avait pas attendu les prédications
des Frères Mineurs pour se montrer charitable,
mais lorsqu'elle connut les enseignements de François d'Assise, elle y trouva un idéal répondant à
toutes ses aspirations, et dès que les circonstances le lui permirent, elle y conforma ses actions.
Auprès de son directeur spirituel, Maître Conrad de
Marbourg, Élisabeth trouva le juste équilibre entre
l’obéissance et l’indépendance. Intelligemment, elle
sut contourner les prescriptions du prêtre lorsque
celles-ci allaient à l’encontre de sa conception de
la charité. Nous trouvons chez Élisabeth, l’équilibre
des contraires. Elle unissait à la fois la soumission
à la volonté de Dieu et la juste compréhension des
nécessités de la vie. n
D.R.
J'ai pu ainsi constater l'exceptionnelle actualité de
son culte et l'ampleur de la dévotion des fidèles qui
défie le temps.
Lorsque nous avons marché sur ses pas, à Marbourg, nous avions l’impression qu’elle allait surgir
au coin d’une rue, comme autrefois, tant elle a
marqué de sa présence lumineuse les habitants de
cette ville. Nombre de fontaines portent son nom,
nombre de chapelles lui sont dédiées. Que de personnes interpellées au hasard et questionnées sur
sainte Élisabeth avaient spontanément la réponse
à nous donner. Quel chemin empruntait-elle quotidiennement ? À quel endroit se produisit tel miracle rapporté dans son dossier de canonisation ?
Les questions ne restaient pas sans réponse, surtout
aucune question n’étonnait, et nous fûmes conduits
sans hésitation à la fontaine où elle puisait de l’eau,
sur le sentier qu’elle parcourait.
Élisabeth, qui a vécu dans ces lieux il y a près
de huit cents ans, fait partie intégrante encore de
nos jours de la vie des habitants. En considérant le
pauvre petit village qu’était Marbourg au moment
où elle s’y installa, et ce qu’il devint en quelques
siècles, nous pouvons juger du rôle capital qu’elle
joua dans sa fantastique transformation en centre
religieux de pèlerinage et en ville universitaire. Une
grande partie de l'activité charitable et sociale de
la Hongrie et de l'Allemagne est placée sous le patronage d’Élisabeth, c'est son nom que portent les
femmes dévouées qui soignent les malades, c'est
par son nom que l'on désigne les œuvres d'assistance, c'est lui encore que l'on donne aux hôpitaux
car c'est son image qui remplit le cœur et l'esprit de
tous ceux qui comprennent le message de sainte
Élisabeth : « Nous avons l’obligation de rendre les
gens heureux ».
La Hongrie et l'Allemagne la revendiquent. L'une
comme pays de naissance dans l’illustre lignée dynastique des Árpàd, l'autre comme pays d'adoption,
toutes deux comme parure patriotique. Presque
toutes les familles royales d’Europe revendiquent
l'honneur de l’avoir parmi leurs ancêtres. Des poètes, tel Rutebeuf, décrivent en vers des plus tendres
Elisabeth prend Conrad de
Marbourg pour confesseur, dans
Scènes de la vie et de la légende de
Sainte Elisabeth, vers 1420, Hôpital
du Saint Esprit, Lübeck, Allemagne
DOSSIER
Qui fut Elisab
É
D.R.
lisabeth est née dans une famille chrétienne qui est également une famille
royale engagée dans la défense de
l'Eglise. Son père, le roi André II de Hongrie (1177-1235) est parti lors de la cinquième croisade en Terre Sainte pour reprendre
aux Infidèles le tombeau du Christ. Il appartient
à l'illustre dynastie des Árpád qui fut établie par
le roi apostolique saint Etienne 1er (975-1038) et
qui donna de nombreux saints à l'Eglise. Le désir
de Dieu qui enflamme le cœur d’Élisabeth s’inscrit déjà à l’âge de cinq ans. Guda, sa compagne
de jeu, relatera qu’elle embrassait en secret la
porte de la chapelle. D’emblée Élisabeth s’inscrira avec grandeur dans la vie spirituelle. Elle
commencera, dès ses jeunes années, l’ascèse qui
soutiendra les fondements de son ardente charité. Ce comportement est étonnant dans cette
cour princière si brillante, réputée pour
ses fêtes et ses banquets où rivalisaient
les minnesänger, et dans laquelle l’enfant grandissait. Le chroniqueur Thierry
d’Apolda racontera qu’Élisabeth, assistant à la messe avec toute la famille
princière, somptueusement vêtue, au
moment de l’élévation de l‘Hostie, retira
sa couronne et la posa à terre. Sa belle-mère, très mécontente, lui en faisant
durement le reproche, Élisabeth se défendit en expliquant qu’elle ne pouvait
pas se présenter ainsi couronnée devant
son Seigneur et Roi Jésus-Christ, alors que Lui
avait porté une couronne d’épines.
« Si la montagne se transformait en or »
Seule en pays étranger, loin de sa famille,
Élisabeth était comme une barque qui chavire
parmi les souffrances et les humiliations qu'elle
subissait à la cour de Thuringe, en réponse à ses
élans de ferveur religieuse. Son attitude était
vécue comme une provocation ouverte et un
rejet du mode de vie princier. Les puissants du
royaume essayèrent d’éloigner le jeune souverain de son projet de mariage avec la princesse
hongroise qui avait cessé d'être un parti avantageux pour la Thuringe, tant le pouvoir de son
père, le roi André II de Hongrie s'était affaibli. Le
chevalier Walther von Vargila demanda alors au
jeune souverain : « Prendrez-vous Élisabeth pour
12 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
épouse, ou bien retirerez-vous votre parole ? » Le
Landgrave pointa du doigt vers la montagne et
dit : « Si elle se changeait en or pur et que tout
cet or dût m'appartenir à condition de renoncer à
Élisabeth, je m'y refuse à jamais. Élisabeth m'est
plus chère par sa vertu et sa piété que toutes les
richesses du monde ». Après son mariage avec
Louis IV de Thuringe, les choses changèrent pour
Élisabeth, car Louis, très amoureux, lui accorda
le droit de vivre à sa convenance. Le Landgrave
était décrit par Berthold, son chapelain, comme
ayant à cœur d’observer parfaitement la loi divine, et craignant Dieu, sa devise était Piété, Pureté, Justice. Élisabeth se levait fréquemment la
nuit pour prier. Son mari lui disait de ne pas se
rendre malade ce faisant, et parfois lui tenait sa
main dans la sienne tout le temps de sa prière,
mais en lui demandant tendrement de revenir se
coucher parce qu'il était inquiet pour
sa santé.
Élisabeth demandait à Ysentrude,
sa dame de compagnie, de l'éveiller
au milieu de la nuit pour prier, en tirant sur son orteil, pendant que son
mari dormait… Une fois Ysentrude se
trompa d’orteil et réveilla Louis ! Fille
de roi et épouse de prince régnant,
Élisabeth a toujours considéré comme
de son devoir de veiller au bonheur de
ses sujets. Elle disait souvent : « Nous
avons l’obligation de rendre les gens
"Saint François
heureux ».
Elle porta cette obligation jusqu’aux
revêtant de son manteau
plus hauts sommets de la charité. Elle visitait
sainte Elisabeth".
les maisons pour secourir les pauvres, soigner
C'est ce manteau qui
sera vénéré dans l'église les malades, se proposait comme marraine au
baptême des enfants, payait les dettes des insoldu 11 au 17 novembre
en l'église Ste Elisabeth vables, aidait les femmes en couches, aidait au
à Paris (où on peut voir toilettage des morts et aucune œuvre de charité
cette enluminure d'un
n’échappait à sa vigilance.
canon d'autel, de Féron).
L'histoire du « miracle des roses » est émouvante: Élisabeth alla dans les cuisines du château
chercher du pain pour les mendiants. Alors qu'elle descendait le raidillon de la Wartbourg, ainsi
chargée, Louis IV de Thuringe, revenant de la
chasse, la rencontre et lui demande de montrer
ce qu'elle porte dans les pans de son manteau.
Élisabeth obéit et son époux voit dans le manteau
entrouvert des roses rouges et blanches. Ce miracle, si célèbre, et qui existe pour d'autres saintes avec des variantes, appartient à la légende.
Aucune source ancienne n'atteste de cet événe-
"La légende
est une
enveloppe
qui cache
un trésor
de vérités
plus hautes"
"Sainte Elisabeth déposant
sa couronne devant le Christ
couronné d'épine". A l'arrière
plan le château de la Warburg.
Tableau de Blondel.
eth ?
par Suzanne de LA MESSELIERE
ment. Ni le Libellus, ni la Vie de Thierry d'Apolda
ou celle de Césaire d'Heisterbach ne le mentionnent. Il ne figure pas non plus dans la Légende
Dorée de Jacques de Voragine. Il s'insère comme
un élément merveilleux dans l'hagiographie,
à partir des dernières décennies du XIIIe siècle.
La plus ancienne version de ce miracle apparaît
dans la littérature avec la compilation effectuée
par Hermann de Frizlar, vers 1345, le Rythmicus.
Hippolyte Delehaye, bollandiste, expliquait dans
Les légendes hagiographiques, que « la légende
est une enveloppe qui cache un trésor de vérités plus hautes ». Nous voyons ainsi apparaître
la profondeur de l’empreinte que laissa la charité
d’Élisabeth dans le cœur de ses sujets.
La progression de la charité d’Élisabeth va
lentement du simple geste au miracle. Élisabeth donne un peu, puis beaucoup, puis de plus
en plus, sa charité dépasse alors les possibilités
humaines pour devenir une charité surnaturelle
où ce n’est plus Élisabeth qui donne mais Dieu
qui donne à travers elle, avec des miracles. Ainsi
Élisabeth soigna les pauvres, puis les lépreux,
puis les embrassa pour les consoler et enfin ce
miracle, raconté par le chapelain Berthod, où Élisabeth coucha un lépreux dans le lit conjugal.
Sa belle-mère affolée prévint Louis qui arriva en
courant mais ce qu’il vit à la place du malheureux,
c’était le Christ en Croix. Une fresque représentant ce miracle est peinte sur le mur de l’église
Sainte-Élisabeth de Marbourg où est conservée
la magnifique châsse en or qui contenait les os
de la sainte.
La châsse fut profanée et ses os dispersés
durant la Réforme luthérienne par le descendant
d’Élisabeth, Philippe le Magnanime. C’est au moment de la diète de Crémone, où se rendit Louis,
que la famine et l’épidémie s’abattirent sur la
Thuringe. Élisabeth, régente en l’absence de son
époux, réalisa une extraordinaire œuvre de charité. Sur son ordre, les granges du château furent
ouvertes et tout le blé distribué aux pauvres, les
fours marchèrent jour et nuit, les champs furent
intensivement labourés, le pain fut quotidiennement distribué, les vêtements en nombre furent
tissés, un hôpital s’éleva aux pieds de la Wartbourg. Élisabeth prouva une nouvelle fois, qu’il
D.R.
Du simple geste au miracle
Eglise Ste-Élisabeth
à Paris.
Concilier
une charité
intense et un
engagement
spirituel
avec une vie
d'épouse
amoureuse
était possible de concilier dans le monde une
charité intense et un engagement spirituel avec
une vie d’épouse amoureuse. C’est alors que le
miracle apparut, comme pour sceller cette réussite du sceau de Dieu. Ysentrude raconta : « elle
avait versé le peu de cervoise qui restait dans
un broc, or bien que tous eussent été servis, la
quantité n'avait pas diminué dans le broc. »
Maître Conrad de Marbourg
Dès le début de sa direction spirituelle Maître Conrad de Marbourg, grand théologien mais
aussi redoutable Inquisiteur chargé par le pape
de traquer l’hérésie, demanda à Élisabeth de faire
entre ses mains vœu d’obéissance et de chasteté
perpétuelle, au cas où elle resterait veuve. Cela
impliquait qu’en retour il s’engageait envers elle
à l’obligation de la soutenir dans ses efforts vers
la perfection chrétienne. Un jour, au lieu d’écouter le sermon de Maître Conrad, Élisabeth préféra
recevoir sa belle-sœur avec laquelle Louis était
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
13
DOSSIER
en conflit, pour essayer d’aplanir leurs tensions.
Offensé, Maître Conrad lui fit savoir qu'il refuserait désormais de s'occuper d'elle. Elle lui
demanda pardon. Alors il lui imposa comme
réparation d'être fouettée, vêtue d’une seule
chemise.
Élisabeth, par obéissance à Maître Conrad
de Marbourg, devait respecter la prescription
des mets licites et illicites, donc refuser de
manger des aliments provenant de récoltes
faites sur des terres ayant été injustement
confisquées. Élisabeth s’informait à chaque
plat de leur origine et jeûnait en cas de provenance douteuse. Son comportement fut considéré comme une prise de position officielle
dans les affaires de l’Etat, avec de lourdes
conséquences politiques car Élisabeth maintenait cette attitude même lors des voyages
officiels. Par cet ordre, Maître Conrad de Marbourg mettait en cause la légitimité même de
la gestion princière par Louis IV de Thuringe
des biens du royaume. D‘autre part il prenait
Elisabeth donne
le risque de créer entre Élisabeth et Louis une
son manteau, 1885,
discorde pouvant déstabiliser leur vie de couple.
Louis laissa faire Élisabeth mais dut assumer avec Liezen-Mayer, Keresztény
Museum, Esztergom,
elle les critiques de sa famille jetées en public et
Hongrie
en pleine face.
Apprenant la mort de Louis en croisade, elle
s’écrira que le bonheur est parti avec lui et mettra des vêtements de deuil qu’elle ne retirera que
pour revêtir l’habit gris des pénitents. Lorsque
les croisés ramèneront les os de Louis, Élisabeth
tremblera de chagrin à l’ouverture du cercueil :
« La douleur qu'elle ressentit alors en son cœur,
personne ne peut le savoir sinon celui qui seul
connaît le fond de tous les cœurs ». Élisabeth repoussa la demande en mariage que lui fera l’empereur d’Allemagne.
Te Deum
Devenue veuve, Élisabeth sera chassée de la
Wartbourg par son beau-frère qui usurpa le trône.
Après une nuit d’errance dans les rues d’Eisenach, elle trouvera refuge dans une porcherie,
et c’est aux franciscains qu’elle demandera de
"J'ai vu les
cieux ouverts
et le doux
Jésus mon
Seigneur se
penchait vers
moi et me
consolait"
Château de la Wartbourg
chanter le Te Deum lors des matines. Elle partit
pour Marbourg, revêtit le vêtement gris des pénitents, utilisa tout son argent à construire un
nouvel hôpital où elle travailla aux soins des
pauvres et des malades et distribua en une
seule journée la totalité de sa dot en disant
à ses compagnes : « Nous avons l’obligation
de rendre les gens heureux ». Saint François
d’Assise lui fera envoyer son manteau qu’elle
revêtira chaque fois qu’elle souhaitera obtenir une faveur de la part de Dieu car elle
était sûre d’être alors exaucée.
Halos lumineux autour du visage d‘Élisabeth décrits par un prêtre, apparitions de
Jésus racontées par Élisabeth elle-même à
Ysentrude : « J'ai vu les cieux ouverts et le
doux Jésus mon Seigneur se penchait vers
moi et me consolait de toutes les angoisses
et des tribulations qui m'ont entourée ». Les
faveurs exceptionnelles se multipliaient. Ce
fut tout un peuple en larmes qui suivit son
cortège funéraire et les témoins racontèrent
D.R.
« la profonde douleur des pauvres qui accouraient comme s'ils avaient perdu leur mère».
L’empereur Frédéric II posera sur la tête d'Élisabeth, lors de la canonisation, une couronne en
or et pierreries, en disant: « Puisque je n'ai pas
pu couronner Élisabeth comme impératrice sur
terre, je la couronnerai comme reine immortelle
dans le royaume de Dieu ».
Élisabeth a renoncé à tous ses biens matériels, ses bijoux, ses robes, sa fortune, sa dot et
les gens la verront marcher dans les rues d’Eisenach vêtue comme une simple travailleuse, puis
à Marbourg dans le pauvre vêtement gris des
pénitents. Elle renoncera également à toutes ses
prérogatives princières, son rang social, ses honneurs et ses titres. Elle renoncera à l’estime de la
cour qui la tiendra en haut mépris, allant jusqu’à
la traiter de folle. Elle renoncera à sa réputation,
seul bien qui lui restait, et sera obligée de se justifier aux yeux du chevalier Rudolf von Vargila,
face aux calomnies qui circuleront dans la ville
de Marbourg au sujet de ses relations avec son
directeur spirituel, montrant alors son dos strié
par les traces des coups et du fouet administrés
par Maître Conrad.
Elle renoncera à la tendresse et la chaleur de
la présence de ses enfants confiés, chacun selon
son destin, aux personnes devant veiller sur eux
dans le quotidien, ne pouvant aller les voir ellemême que rarement. Élisabeth, ayant renoncé à
tout, dira à Irmingarde : « Je n'aime rien sinon
Dieu seul ». n
D.R.
http://www.sainteelisabethdehongrie.com
http://www.sainte-elisabeth.org
14 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
ESPRIT
En
mémoire des jours
Le soir venu
Par
Robert Masson
I
arrive parfois qu'on
ait des surprises à la
télévision. Et dans le
meilleur sens du terme.
Arte, par exemple, vient
de nous offrir quatre soirées de suite centrée sur
Jean-Paul II et son pontificat, avec un bon film diffusé en quatre épisodes.
Ce n'est pas si habituel
que la télévision se risque
à des émissions de cette
qualité. La personnalité
de Jean-Paul II s'y prêtait
évidemment. Ce pape fut
un grand communicateur,
et il était une présence
rare, qui s'y prêtait, une
personnalité au sens le
plus profond du terme.
Le temps qui passe,
qui érode beaucoup de
choses, garde intacte
l'étonnante présence d'un
homme qui venait de
loin et nous portait plus
loin encore. Ce n'était
pas pour peu dans son
rayonnement qui le faisait proche de tous. Ce
n'était pas seulement le
pape des chrétiens, mais
de tous ceux que sa
parole rejoignait au plus
profond d'eux-mêmes. Il
n'obéissait pas aux artifices, auxquels se prêtent
souvent nos moyens de
communication moderne.
l
C'était de la quête la plus
profonde dont il parlait, et
non seulement avec des
mots, mais par ses gestes,
qui n'avaient pas besoin
d'être traduits pour être
compris.
Qui ne se souvient de
ce petit enfant du sida,
qu'il prit dans ses bras
en Amérique latine ? À
l’avance on y trouvait une
certaine crainte, quant à
la capacité de la télévision de nous faire entrer
dans ce qui n'était rien de
moins que le mystère d'un
homme.
Malgré sa puissance d'image et de son, la
télévision reste généralement en deçà de ce qu'on
peut pressentir d'une
his­toire qui fut celle de
Jean-Paul II et la nôtre. Il
lui suffisait d'ailleurs de
nous le redire, pour que
nous comprenions nous
aussi.
La grâce des moments
qui nous furent donnés,
c'est de comprendre un
peu mieux cette conduite de Dieu, dont ce pape
nous donnait une image
éclatante. Dans la totale
modestie, qui était celle
d'un pauvre devant Dieu,
de quelqu'un dont Il avait
fait de longue date son
serviteur.
Qu'il ait beaucoup
souffert n'avait pas de
quoi nous surprendre.
Celui qui s'appelait en­core
Karol Wojtyla était quel­
qu'un plein de promesses,
dont on pouvait deviner
à l'avance qu'elles se traduiraient un jour dans
l'histoire.
La Pologne, sa patrie,
n'en finissait pas de s'enfouir dans une sorte de
trou noir, comme en
connaissent quelquefois
les peuples. Il fallait avoir
l'espérance chevillée à
l'âme, pour ne pas sombrer dans des abîmes
comme Caïn peut en
creuser de longue date,
quand il se croyait le maître du monde, ou sur le
point de le devenir.
Tout près de Cracovie,
la ville du futur pape, le
paysage est complètement assombri par ce lieu
de misère qui s'appelait
Auschwitz. Il fallait avoir
l'espérance chevillée à
l'âme pour ne pas sombrer nous-mêmes, quand
Hitler était en passe de
réunir tous les pouvoirs,
y compris d'effacer à ja­­
mais l'empreinte divine,
qui était celle de l'humanité depuis les origines,
et marquée du sceau de
Dieu.
La terre polonaise était
à l'épicentre d'une prétention sans nom. On sait
à peu près tout de cette
période, où il en allait de
l'âme humaine et de la
condition qu'on lui imposait. De ces temps il reste
donc ces lieux d'effroi
que furent Auschwitz et
Bir­kenau. L'enfer était sur
terre, et ce qu'il menaçait, c'était tout ce que
la Pologne avait de plus
cher, son âme, pour tout
dire.
Karol Wojtyla fit ainsi
son apprentissage d'homme dans les pires conditions. Jusqu'à devoir casser des pierres pour survivre.
De partout on montrait une volonté d'effacer
un passé de gloire, malgré toutes les tourmentes.
Comme tout ce qui relevait de la nation polonaise, les chrétiens et bien
sûr les prêtres étaient
comme en sursis.
On ne voit pas ces
images sans éprouver
de grands sentiments de
douleur. Qui aurait pu
croire que se formait là
un pape, comme on en
connaissait dans les premiers temps du christianisme ?
De nuit, Karol refaisait
lecture du passé chrétien
pour mieux comprendre
ce qu'il en était de leur
condition. L'étonnant c'est
que des peuples puissent
survivre, quand règne le
malheur à ce niveau.
Wojtyla allait son chemin d'un pas résolu, qui
le désignait comme malgré lui à l'attention de
ceux qui, dans l'Église,
ont charge de discerner
les desseins de Dieu sur
chacun.
Il est encore tout jeune
quand se précise le cours
des choses, qui va l'amener ou plutôt le ramener
à Cracovie, comme évêque, en attendant d'autres
développements. À l'étonnement d'un monde qui
n'avait pas vu venir ce
que l'Esprit préparait sans
avoir demandé l'autorisation.
Quand du haut de la
place St-Pierre, fut proclamé l'avènement de ce
pape inattendu, l'onde
choc, dont les effets se
feraient à nouveau sentir,
se propagea sur toute la
terre. Ce ne seront pas les
effets d'un instant, mais
de tout un pontificat qui
ne cessera d'étonner, et
les jeunes en particulier. n
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
15
ÉGLISE
IRAN
Les chrétiens
dans la tourmente
par Marc FROMAGER
Les minorités religieuses,
et particulièrement les
chrétiens (0,2 % de la
population) ont tout à
craindre des conséquences
de la fuite en avant
nucléaire de Téhéran.
© AED
Écoutez la chronique
de Marc Fromager,
chaque semaine sur :
d’Iran. "C’est la première fois que l’Église
arménienne lance une telle initiative et
cela s’explique par les divers défis que
lance le monde moderne aujourd’hui aux
religions", a déclaré le porte-parole du
siège de l’Église d’Arménie, à Etchmiadzine,
le père Vagram Mélikian.
L’idée d’entamer un dialogue interreligieux avec l’Iran est venue aux digni­taires
arméniens lors de la visite en 2004 de
l’ancien président Khatami, visite qui a
été suivie d’une collaboration active avec
l’ambassade iranienne à Erevan. "Nous
nous efforcerons d’abord de rapprocher
la culture spirituelle de deux religions,
vieilles de plusieurs siècles", a ajouté le
père Mélikian.
Pour l’Arménie, soumise au blocus de
l’Azerbaïdjan et de la Turquie, l’Iran représente, avec la Géorgie, une voie de secours
vers le monde extérieur. Ces dernières
années, la collaboration économique
s’est développée entre l’Arménie et l’Iran.
L’Église arménienne espère que le dialogue
interreligieux pourra avoir une influence
positive sur la vie des chrétiens en Iran.
Mais l’horizon reste sombre pour l’ensemble de la population, avec une situation
économique difficile malgré les fabuleux
cours mondiaux du pétrole. On signale
chaque jour des soulèvements dans les
zones kurdes, azéris et baloutchis, sans
compter le mécontentement des Perses
laïcs, surtout les jeunes, qui ne peuvent
plus supporter les restrictions aux échanges culturels avec le monde imposées par
la dictature théocratique des mollahs.
La tension politique est accrue par les
menaces d’intervention militaire américaine. Il faut dire qu’en plus du dossier
nucléaire, Téhéran continue d’armer le
Hez­bollah pour affaiblir le régime libanais
et alimente la guerre en Irak et à Gaza.
Ce régime extrémistes court le risque de
soumettre son propre territoire au déluge
de feu américain, avec le calcul d'en profiter pour fermer définitivement la bouche
à tous ses possibles opposants. Dans la
tourmente qui s'annonce, les chrétiens ne
seront que des fétus de paille. ■
Lois et règlements doivent être en accord
avec l'interprétation actuelle de la charia
16 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
(
I
l faut beaucoup de courage pour
vivre, en Iran, en disciples du Christ.
La détérioration de la liberté religieuse, commencée avec la victoire
des partis conservateurs au début de
2004, a continué après l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2005.
Ce dernier a proclamé son triomphe comme
une nouvelle révolution islamique.
Depuis, "on assiste à une vague croissante de harcèlements, d’emprisonnements et d’agressions physiques contre
les minorités religieuses, de descentes
dans les églises lors de services religieux, de détentions de fidèles et de
responsables d’Église", a déploré Michael
Cromartie, président de la Commission
des États-Unis sur la liberté religieuse
internationale.
Les chrétiens sont autorisés à exprimer leur foi à l’intérieur des murs de
leurs églises, mais ceux qui sont d’origine
musulmane courent un énorme danger.
Les Églises ont d'ailleurs l’interdiction de
soutenir des croyants d’origine musulmane. Certains ont donc retiré leur
soutien à ces frères et sœurs, qui doivent
maintenant se réunir en secret. L’islam
est la religion officielle de l’Iran : lois et
règlements doivent être en accord avec
l’interprétation actuelle de la charia.
Pourtant, les chrétiens, et notamment
les Arméniens, qui sont les plus nombreux,
ne baissent pas les bras. L’Église aposto­
lique arménienne, qui compte trois dio­cèses
en Iran et 110 000 fidèles réunis en 63
communautés, veut engager un dialogue
interreligieux avec la République Islamique
Eglise catholique
de Téhéran, restaurée
après un pillage
L'Aventurier de Dieu
Werenfried van Straaten
par
Dominique Bar,
Guy Lehideux,
d'après l'œuvre originale
de Jean-Yves Clouzet et Pierdec.
FRANCE CATHOLIQUE
24/36
© Editions du Triomphe,
7, rue Bayen, 75017 Paris
à suivre...
ESPRIT
32 dimanche ordinaire
e
Premières lueurs
sur la Résurrection
Martyrs d’Israël (ce qu’on
appelait jadis le livre des
Macchabées) que nous lisons
aujourd’hui est une des pre­
mières affirmations fortes de la ré­
surrection des morts. Elle retentit
dans un contexte de bouleversement
où l’attente séculaire d’Israël est bat­
tue en brèche : non seulement les
justes ne sont pas récompensés, mais
c’est l’inverse, ceux qui sont fidèles
à Dieu doivent le payer de leur vie.
Non seulement la fidélité ne conduit
pas au bonheur, mais c’est elle qui
cause le malheur !
Dans ce contexte d’extrême
tension, on pourrait s’attendre à ce
que la leçon soit : d’accord aujourd’hui
cela va mal pour vous, mais
demain, dans le ciel, vous connaîtrez
le bonheur. C’est un peu ce que
dit Socrate avant de mourir, condam­
né par la méchanceté de ses conci­
toyens : il vaut mieux mourir pour
avoir fait le bien que pour avoir
fait le mal, je quitte sans regret ce
monde passager et décevant pour
un monde meilleur. Les sept frères
qui sont massacrés pour le respect
de leur foi juive ne disent pas tout
à fait la même chose. Pour eux, ce
n’est pas l’immortalité de l’âme
qui les fascine et leur donne du
courage, c’est la perspective d’une
résurrection. Ressusciter veut dire :
"se relever" et la Bible, qui est fort
peu spiritualiste, envisage ce relèvement de manière très concrète,
comme la reprise des fonctions
vitales.
Espérer en la résurrection, ce
n’est pas imaginer un happy end
après le cauchemar, c’est faire
confiance à Dieu qui a voulu créer ce
monde comme une "bonne chose".
Même si notre séjour en ce monde
semble rugueux et se terminer par
une impasse, Dieu n’est pas à court
de moyens pour réaliser autrement
ce qu’il a voulu. Sa victoire ne sera
pas ailleurs, dans un autre monde,
elle est ici-bas avec ce que nous
sommes, dans ce corps qui souffre et
qu’on peut torturer. Sans doute cela
Retrouvez chaque jour, sur internet,
les points d'oraison du Père Michel
Gitton, et les commentaires des
Pères Louis et Bernard Hurault, à
partir des lectures du jour :
www.france-catholique.fr
ne pourra se faire qu’au prix d’une
métamorphose totale, dont nous ne
savons ni les temps ni les moyens.
Mais Dieu sait.
Sur un point au moins l’espérance
de Socrate et celle des frères Mac­
chabées se rejoignent : la certitude
d’un jugement. La Résurrection ne
se fera pas sans une confrontation
avec Dieu, où la vérité de nos vies
apparaîtra. On ne conquiert pas l’audelà, on ne se bâtit pas une éternité,
on reçoit la résurrection, comme un
don. C’est pourquoi il est dit que le
persécuteur, lui, "ne connaîtra pas la
résurrection pour la vie éternelle".
Non pas qu’il ne reprendra pas vie au
moment du Jugement, mais en ce sens
que cette résurrection ne débouchera
pour lui sur aucune vie bienheureuse.
Le recours au futur permet de
résoudre l’équation du présent. Mais
ce n’est pas une fuite, ou un rêve : la
résurrection s’appuie sur toute la foi
biblique en un Dieu de vie, qui n’a pas
créé la mort, qui ne se réjouit pas de
la perte des vivants : "Il a créé toutes
choses pour la vie ; les créatures du
monde sont salutaires ; il n'y a en elles
aucun principe de destruction, et la
mort n'a pas d'empire sur la terre"
(Sagesse 1, 14). Loin de tout soupçon
sur la chair, elle croit que Dieu est
constant dans ses choix et qu’il n’a
pas créé l’homme à la jointure du
matériel et du spirituel pour changer
d’avis en cours de route et le faire un
jour un pur esprit. n
Lectures du dimanche 11 novembre.
Lecture du second livre des Martyrs
d’Israël (7, 1-2.9-14). Psaume 16.
Lecture de la seconde lettre de saint
Paul Apôtre aux Thessaloniciens (2, 16
– 3, 5). Évangile de Jésus Christ selon
saint Luc (20, 27-38)
La Résurrection ne se fera pas
sans une confrontation avec Dieu
ns JADE
Les Éditio
t le DVD
présenten
"N’ayez pas peur !"
Les Voyages de Jean-Paul II
(
L
e texte du second livre des
par le Père
Michel GITTON
Durée : 2 heures
20 e
À l’occasion du spectacle de Robert Hossein qui souhaite présenter Jean-Paul II dans toute sa vérité à
travers une fresque historique exceptionnelle, ce DVD offre deux heures d’images souvent inédites sur les
voyages d’un pape qui a marqué son temps.
"En étudiant la vie et l’œuvre de Jean-Paul II, je me suis convaincu que, par son charisme, la force de sa foi,
sa croyance inébranlable en Dieu et en les hommes, et tout autant sa défense acharnée de la liberté dans
le monde, il était l’un des personnages les plus considérables de notre temps." Robert Hossein
• Voyage apostolique en Pologne : 8-14 juin 1987 ; Voyage apostolique au Brésil : 12-21 octobre 1991 ; Xes Journées Mondiales de la Jeunesse, Philippines :
10-15 janvier 1995 ; Voyage apostolique à Yaoundé (Cameroun) à l’occasion du synode des évêques pour l’Afrique et à Johannesburg/Pretoria (Afrique du
Sud) : septembre 1995 ; XIes Journées Mondiales de la Jeunesse : Paris, 21-24 août 1997 ; Pèlerinage jubilaire en Terre Sainte : 20-26 mars 2000.
Éditions Jade, 43 rue de Rennes 75006 Paris, tél. 01.44.50.59.94, fax 01.44.50.59.99. [email protected]
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FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
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22 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
ASSEMBLEE PLENIERE DES EVEQUES A LOURDES
D
ans son discours d'ouverture le 3 novembre, Mgr JeanPierre Ricard, archevêque de Bordeaux, président de la
Conférence des évêques de France pour quelques heures
encore, a fait un bilan de ses six années de présidence, au cours
desquelles ont été mises en places le découpage de la France en
neufs régions apostoliques - regroupant les évêchés autour des
archevêques métropolitains - et a été ouverte la Maison de la
Conférence des évêques, av. de Breteuil à Paris regroupant tous
les services des évêques de France.
Il a rappelé les grands dossiers ouverts : "Pendant ces six ans,
nous avons abordé un certain nombre de dossiers pastoraux :
Des temps nouveaux pour l’Evangile, l’avenir de nos Eglises
diocésaines, la pastorale du mariage, la catéchèse, la place de
l’Eglise dans la société française et notre conception de la laïcité
(au moment du centenaire de la loi de séparation de 1905),
l’éducatif, l’attention aux différences structurantes dans la société,
l’Enseignement catholique, le ministère des prêtres et la vie des
communautés chrétiennes. Il y a aussi les dossiers que nous
aborderons durant cette présente assemblée. Nous avons eu à
parler ensemble de la situation des banlieues, de la pédophilie,
de la situation de KTO et de ses liens avec le CFRT, de nos
relations avec les groupes traditionalistes et de la perspective de
publication prochaine du Motu proprio, libéralisant l’usage des
livres liturgiques, en vigueur en 1962." Il est notamment revenu
sur la catéchèse qui avait fait l'objet d'un rassemblement de
7000 personnes, la semaine précédente à Lourdes sous le nom
d'Ecclesia 2007 : "Nous avons voulu désenclaver la catéchèse
du seul domaine de la catéchèse des enfants en la situant
bien sur l’horizon de la responsabilité catéchétique de l’Eglise
(« une catéchèse à tous les âges de la vie » et « une catéchèse
davantage portée communautairement »)". Il a aussi parlé de
l'application du Motu proprio qui doit faciliter les célébrations de
messes selon l'ancien rite dit de Pie V.
Il a enfin rappelé que les évêques français s'étaient, ces der­
nières années, penchés sur différentes questions de société :
bioéthique, écologie, déclin démographique, mondialisation... et
qu'ils avaient eu le souci d'améliorer leurs relations avec l'Etat.
Il a ensuite donné le programme de travail de cette assemblée :
1) Ministère des prêtres et vie des communautés chrétiennes
Nous poursuivons là le travail d’un dossier déjà abordé l’an
dernier en assemblée. La diminution du nombre des prêtres
amène à répartir le travail sur ceux qui restent. La surface
géographique du territoire pastoral confié à un prêtre devient de
plus en plus étendue. Nous percevons que nous ne pourrons plus
continuer longtemps dans cette logique. Se pose non seulement le
problème de l’équilibre de vie des prêtres (humain, intellectuel et
spirituel) mais aussi de l’équilibre ministériel : comment peut-on
être un pasteur proche si on est toujours en train de courir entre
deux réunions ? Faut-il que toute la vie ecclésiale soit centralisée
autour du prêtre ? Que faire devant le poids de la demande
sacramentelle présente dans certains secteurs ? Il est évident
qu’on ne peut répondre à ces questions sans resituer les prêtres au
sein d’un presbyterium et au sein des communautés chrétiennes
qu’ils sont appelés à servir. Un certain nombre de prêtres se sont
exprimés sur ces questions. Mais, ils attendent de nous maintenant
une écoute, une prise en compte et des propositions.
2) La formation des futurs prêtres
Cette question n’est pas sans lien avec ce qui vient d’être
évoqué. Notre préoccupation est bien celle-ci : comment
accueillir des jeunes, tels qu’ils sont aujourd’hui, avec leur
histoire, leur expérience précédente, leur aspiration spirituelle,
leur générosité et leurs fragilités, et les préparer à être les
prêtres diocésains aujourd’hui, pour le service d’une Eglise
et d’une Evangélisation qui ne sont plus celles d’il y a vingt,
trente ou quarante ans ? A quoi doit-on être attentif dans
leur accompagnement, dans la façon de voir leur formation
humaine, intellectuelle, spirituelle et pastorale ? Quelles
incidences institutionnelles tout cela a-t-il quand on pense au
fonctionnement d’un séminaire aujourd’hui ? Notre assemblée
bénéficie de l’expérience de beaucoup d’entre nous en ce
domaine. Cela devrait contribuer à la richesse de nos échanges.
Qui ne voit que parler de séminaires et de séminaristes
renvoie automatiquement à la pastorale des vocations, et en
particulier des vocations au ministère presbytéral. Nous savons
bien que sur ce point nous n’avons pas à relâcher notre attention,
bien au contraire. Nous avons à redire chaque jour ce que Pierre
répond dans l’évangile à Jésus : « Maître, nous avons peiné toute
la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les
filets. » (Lc 5, 5)
3) Catholiques et musulmans dans la France d’aujourd’hui
Nous poursuivons aussi sur ce dossier une réflexion commen­
cée l’an dernier. Le titre dit bien l’axe de notre travail. Il ne
s’agit pas d’abord d’une approche théorique des rapports entre
Christianisme et Islam. Certes, les questions fondamentales
ne seront pas éludées, mais ce sont davantage les questions
pratiques des rencontres entre individus ou entre groupes sociaux
qui seront privilégiées. Il s’agit de prendre en compte, non plus
une religion de travailleurs immigrés en transit dans notre pays
mais bien l’inscription de l’Islam dans le paysage français, avec
tous les problèmes pratiques que cela pose. Comme Eglise
catholique, nous sommes invités à entrer en dialogue avec
des musulmans et leurs organisations et en même temps nous
sommes confrontés à tous ceux qui, au sein de notre société
française, ont peur de l’Islam, ou tout au moins de certaines de
ses formes. Les fiches de travail qui nous ont été communiquées
balisent bien les lieux où se vit cette rencontre entre catholiques
et musulmans et les questions qui en surgissent. Nous sentons
qu’il nous faut tenir ensemble dans une attitude qui se veut
pleinement fidèle à l’Evangile : accueil, connaissance mutuelle,
discernement, respect, dialogue et évangélisation.
****
L’Assemblée plénière des évêques de France a élu, le 5
novembre, président de la Conférence des évêques Mgr André
Vingt-Trois, archevêque de Paris. Elle a élu vice-présidents Mgr
Hippolyte Simon, archevêque de Clermont et Mgr Laurent
Ulrich, archevêque de Chambéry et évêque de Maurienne et
Tarentaise.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007 23
ŒCUMENISME
EGLISE
DIALOGUE ENTRE CATHOLIQUES ET ORTHODOXES
Le document de
La Commission Mixte internationale de dialogue
théologique entre l'Eglise catholique et l'Eglise
orthodoxe a tenu à Ravenne, du 8 au 15 octobre
dernier, sa dixième session plénière. Elle a poursuivi
ses travaux, commencés à Belgrade en 2006, sur "Les
conséquences ecclésiologiques et canoniques de la
nature sacramentelle de l’Église". Un document portant
ce titre est rendu public ces jours-ci. Il sera sans doute
cité souvent sous le nom de Document de Ravenne.
Il fait suite aux documents de Munich (1982),
Bari (1987), Valamo (1988) et Balamand (1993).
P
(
Mgr Daucourt
est membre de la
Commission Mixte
Internationale de
dialogue entre
l’Église catholique
et les Églises
orthodoxes
© DIOCESE DE NANTERRE
our saisir la portée du Do­
cument de Ravenne, il est
né­cessaire de rappeler le but
du dialogue entre catho­liques
et orthodoxes, sa méthode
et ses premiers fruits. En 1980, un plan
avait été établi pour la mise en route
de ce dialogue. Il spécifie : "Le but du
dialogue entre l’Église catholique ro­
maine et l’Église orthodoxe est le réta­
blissement de la pleine communion entre
ces deux Églises." Pour la méthode, il
était indiqué : "Le dialogue doit partir
des éléments qui unissent les Églises or­
thodoxe et catholique romaine. Cela ne
signifie nullement qu'il est désirable ou
même possible d'éviter les problèmes
qui divisent encore les deux Églises. Ce­
la signifie seulement que l'amorce du
dialogue doit se faire dans un esprit
po­sitif et que cet esprit doit prévaloir
dans le traitement des problèmes qui
se sont accumulés lors d'une séparation
de plusieurs siècles." On jugea alors que
l'étude des sacrements était propice pour
commencer positivement le dialogue.
À l’issue de la session de Munich, les
membres de la Commission exprimèrent
ensemble leur foi dans un document :
Le mystère de l’Église et de l'Eucharistie
à la lumière du mystère de la Sainte
Trinité. Poursuivant leurs travaux, ils
purent publier le document de Bari sur
Foi, Sacrements et Unité de l’Église, puis
celui de Valamo sur Le sacrement de
l'Ordre dans la structure sacramentelle
de l'Église – en particulier l'importance
Ne pas exiger plus que ce qui a été
vécu pendant le premier millénaire
24 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
de la succession apostolique pour la
sanctification et l'unité du peuple de
Dieu. Modifiant son programme initial,
la Commission a abordé, à Balamand, la
question de L'uniatisme, méthode d'union
du passé, et la recherche actuelle de la
pleine communion.
La progression normale du dialogue a
repris en 2006. Sur la base des affir­mations
communes qu'ont permises ses précédents
travaux, la Commission s'est demandée
comment la nature sacra­men­telle de l’Église
se manifeste. Au terme de deux sessions
plénières, elle peut aujourd'hui publier le
Document de Ravenne : Conséquences ec­
clésiologiques et canoniques de la nature
sacramentelle de l’Église.
Ce Document aborde, dans une pre­­­­
mière partie, les fondements de la di­
mension conciliaire (ou synodale) et de
l'autorité dans l’Église. Dans sa deuxième
partie, il présente la triple actualisation
de cette dimension conciliaire et de cette
autorité : au niveau local, régional et
universel.
La dimension conciliaire manifeste
d'abord que chaque membre de l’Église
exerce une forme d'autorité dans le
Corps du Christ. Dans ce sens, tous les
fidèles (pas seulement les évêques)
sont responsables de la foi professée à
leur baptême (N°7). En ce qui concerne
l'autorité, on peut lire : Dans l'Église,
l'autorité appartient à Jésus-Christ luimême, unique Chef de l’Église… L'autorité
liée à la grâce reçue dans l'ordination n'est
pas le bien privé de ceux qui la reçoivent,
ni quelque chose qui leur est délégué par
la communauté ; au contraire, c'est un
don de l'Esprit Saint destiné au service de
la communauté et qui ne s'exerce jamais
en dehors d'elle. Son exercice comprend
la participation de toute la communauté,
l'évêque étant dans l’Église et l’Église dans
l'évêque (cf. saint Cyprien, Ep. 66, 8).
Le contenu des termes conciliarité
(synodalité) et autorité étant complexe,
le Document de Ravenne en donne des
éléments essentiels. Il répond alors à
Ravenne
ces questions : com­ment les éléments
institutionnels de l’Église manifestentils et servent-ils vi­siblement le mystère
de la communion ecclésiale ? Comment
les structures ca­­noniques des Églises
expriment-elles la vie sacramentelle de
celles-ci ? Un premier regard est alors
porté sur l’Église locale réunie par l'Eucharistie présidée directement par son évêque
ou à travers ses prêtres. La collaboration
des prêtres et des diacres, la participation
active des laïcs, la tenue de synodes et
d'autres structures de collaboration (par
exemple, chez les catholiques, le conseil
presbytéral, le conseil diocésain de pas­
torale, etc.) manifestent la dimension
synodale de l’Église locale. Toutefois, la
dimension synodale implique également
tous les membres de la communauté dans
l'obéissance à l'évêque qui est le "pro­tos"
et le chef (képhalè, en grec, veut dire la
tête) de l'église locale. (N°20) "Protos",
en grec, veut dire premier. Il ne s'agit
pas ici d'une question de protocole, mais
d'une autorité s'exerçant par celui qui,
par la grâce de l'ordination, a été institué
pour tenir la place du Christ, Tête de son
peuple, et participer ainsi à son autorité
s'exerçant dans la forme du service.
La communion ecclésiale ne se ma­
nifeste pas seulement au niveau du dio­
cèse. La catholicité de l’Église requiert
que se manifeste aussi la communion des
autres Églises locales (diocèses) entre elles
au niveau régional. Au cours des siècles,
une telle communion a été exprimée par
plusieurs pratiques souvent codifiées.
Dans l’Église catholique, on peut citer ac­
tuellement les Conférences épiscopales
ou les assemblées provinciales d'évêques.
Mais la communion se manifeste aussi au
niveau régional par des synodes ou des
conciles provinciaux ou nationaux et par
l'exercice de l'autorité de celui qui, à ce
niveau régional, est reconnu "le premier"
parmi les évêques (métropolite, archevêque
métropolitain, primat, etc.). La référence
la plus fréquente à cette réalité est le
canon apostolique 34 cité intégralement
dans le document de Ra­­venne. Ce canon
demande que les évêques d'une région ne
fassent rien sans le consentement de celui
qu'ils re­connaissent comme "le premier"
d'entre eux, mais que lui-même ne fasse
rien sans le consentement de tous. Ceci
va s'appliquer aussi au niveau universel :
la communion doit s'y exprimer par les
conciles œcuméniques et par la com­
munion entre tous les évêques et en par­
ticulier entre les patriarches et "le premier"
d'entre eux qui est l'évêque de Rome.
C'est ce que reconnaissent ensemble
les membres de la Commission. Ils sont
donc convaincus que leur accord sur la
communion ecclésiale, la conciliarité et
l'autorité représente une avancée positive
et significative de leur dialogue et qu'il
fournit une base solide pour les futures
discussions sur la question de la primauté
au niveau universel de l’Église (N°46).
Le thème de leur prochaine session sera
donc : "Le rôle de l'évêque de Rome dans
la communion de l’Église au premier mil­
lénaire." Le Cardinal Ratzinger, alors qu'il
était professeur de théologie puis lorsqu'il
était Préfet de la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi, a affirmé que pour
rétablir la pleine communion avec l’Église
orthodoxe, nous ne devrions pas exiger
d'elle plus que ce qui a été vécu pendant le
premier millénaire. (1) Dans son encyclique
Ut unum sint, le pape Jean-Paul II a invité
à deux reprises (N°55 et 61) à s'inspirer
de l'expérience du pre­mier millénaire
pour rétablir la pleine communion entre
l'Orient et l'Occident. On mesure donc
l'importance des futurs travaux de la
Commission.
Le Document de Ravenne est un do­
cument d'accord entre des théologiens
dûment mandatés par les deux Églises. Il
n'est pas un document officiel d'accord
théologique ratifié par les deux Églises
mais, dès maintenant, il peut aider tous
les catholiques et tous les orthodoxes
à mieux vivre la communion ecclésiale.
Nous, catholiques, nous pouvons le lire
pour vérifier comment notre pratique de
D.R.
par Gérard DAUCOURT, évêque de Nanterre
la synodalité et de l'autorité nous per­met
d'exprimer la nature sacramentelle de l'É­
glise et de vivre son mystère de communion
dans le diocèse, la Province ecclésiastique,
etc. L'articulation entre autorité au niveau
universel et synodalité concerne le minis­
tère du Pape, mais aussi les relations
entre ses proches col­laborateurs (Curie,
nonciatures) et les dio­cèses et Conférences
épiscopales. Laïcs, diacres, prêtres et
évêques doivent s'interroger tout autant,
car on peut repérer dans notre Eglise en
France des courants qui, soutenus par
des mouvements divers et des revues,
entretiennent le complexe anti-romain
et critiquent systématiquement ou re­
fusent ce qui vient de Rome. Des cou­rants
contraires, eux aussi soutenus par des
mouvements et revues, "court-circuitent"
la synodalité locale ou régio­nale et
l'autorité de l'évêque ou de la Conférence
épiscopale, en se référant toujours de
préférence directement à Rome. Ces divers
courants créent ainsi des déséquilibres dans
la pratique des moyens que donne l'Esprit
pour vivre la communion ecclésiale.
Dans Ut unum sint, le pape JeanPaul II disait qu'il priait l'Esprit Saint
d'éclairer les pasteurs et théologiens des
Églises, afin que nous puissions chercher
évidemment ensemble les formes dans
lesquelles le ministère de l'évêque de
Rome pourra réaliser un service d'amour
reconnu à nouveau par les uns et par les
autres (N°95). Le Document de Ravenne
apporte une contribution importante à
cette recherche. n
(1) Voir Primauté et épiscopat, in "Le nouveau peuple de Dieu" (Aubier, 1971) p. 68.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
25
HISTOIRE
EGLISE
Entretien avec Bernard Quilliet
Grâce
et Libert
L’acharnement thé
Le feuilleton de la querelle la grâce ou plus à la liberté. Alors qu’on
dit souvent que tout est rigide dans le
sur les rapports de la liberté catholicisme, on voit là une latitude
accordée aux fidèles. Peut-être parce
humaine et de la grâce
pouvait pas faire autrement…
divine a son historien, qui qu’onLesneplus
grands théologiens se sont
sait en révéler clairement donc contentés de dire : « J’attribue plus
la grâce, j’attribue plus à la liberté. »
bien des saveurs amères. àCela
est bien résumé par Bossuet, re­
n Bernard Quilliet, avec dix-huit siècles de
débats théologiques sur les rôles respectifs
de la grâce de Dieu et de la liberté humaine
dans l’économie du salut, c’est la pesanteur
des querelles qui l’emporte…
En quoi la grâce divine est-elle toute
puissante sans altérer la liberté ? La dif­
ficulté du problème explique l’a­char­ne­
ment des discussions. Grâce et liberté,
l’intelligence humaine ne peut pas voir
l’articulation profonde qu’il y a entre les
deux. Et dans l’histoire de l’Eglise, face
aux polémiques, en particulier au XVIIe
siècle entre jansénistes et jésuites, les
papes interviennent pour dire : « Main­
tenant, halte ! Nous ne discutons plus de
cette question, car elle est inaccessible
à l’intelligence humaine. » Mais au bout
de peu de temps, les uns et les autres
reprennent leurs querelles avec le même
acharnement…
Le Concile de Trente a énoncé les
limites à ne pas franchir. Le décret du
12 janvier 1547 rappelle l’impossibilité
d’adhérer aux thèses de Pélage, qui
donne tout à la liberté et, de fait, rien à
la grâce. Le Concile interdit aussi d’aller
jus­qu’à Calvin, qui donne tout à la grâce
et, pratiquement, rien à la liberté.
Mais entre ces deux interdictions,
l’Eglise a laissé aux fidèles la possibilité
d’accorder dans l’œuvre du Salut plus à
(
commandant de tenir les deux bouts
de la chaîne sans chercher à trouver
une définition tout à fait satisfaisante
d’une articulation entre deux termes
apparemment antithétiques.
Mais certains sont allés plus loin,
en particulier Thomas d’Aquin, qui en
s’interrogeant sur la science de Dieu, dis­
tingue en Lui la « science de vision » et
la « science de simple intelligence ». La
première permet à Dieu de voir tout ce
qui se passera réellement. La seconde lui
permet de voir l’infinité des possibles.
Le fort estimable jésuite Molina pro­
pose, lui, une formule intermédiaire entre
« science de vision » et « science de simple
intelligence », la « science moyenne ».
Dans l’infinité des possibilités, Dieu laisse
l’homme user de sa liberté, mais sait à
l’avance ce que l’homme choisira, sans
toutefois dicter ce choix.
On touche ici à une différence entre
Augustin et Thomas d’Aquin, qui est re­
prise par Molina. Augustin a introduit la
notion de temps en philosophie, dans la
succession linéaire du passé, du présent
et de l’avenir. Thomas va plus loin, et
cela donne plus de liberté à l’homme. Il
dit que Dieu sachant tout, voit en même
temps le passé, le présent et l’avenir, de
façon synthétique. Il est alors plus facile
pour Molina d’introduire sa notion de
science moyenne. Mais cette conception
de Molina a été contestée, et a même
failli être condamnée par l’Eglise…
On a dit que l'augustinisme est le
ventre d'où sont sorties les pires hérésies
26 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
n Au commencement de la querelle, Pélage et
son continuateur Célestius, plus radical que
lui, et puis, en réaction, saint Augustin…
D’après Pélage, « l’homme peut, s’il en a le
vouloir, s’exempter du péché »… en vertu
d’une liberté complète. Cette conception
vient à rompre avec la notion du péché
originel, et à vider de son contenu celle de la
rédemption. Cette manière de voir n’est-elle
pas revenue sur le devant de la scène ces
dernières décennies ?
Le malheur de Pélage est d’avoir eu
des disciples qui ont forcé sa pensée…
Et il a eu Augustin d'Hippone en face de
lui. Depuis le concile de Carthage, Pélage
est déclaré hérétique. Que la conception
pélagienne soit de re­tour en Occident ces
derniers temps, oui, je le crois.
n Car la notion de péché originel semble
souvent oubliée…
Les Lumières sont passées par là…
La conception de l’œuvre du salut en a
été affectée. Quand on parle de la grâce,
beaucoup de gens pensent à la grâce
universelle.
n D'où une faible fréquentation du sacrement
de la réconcilia­tion…
On dit que Dieu est bon, et on s’en
tient là…
n A l’inverse de Pélage, Augustin considère
que toute bonne action humaine est le
fruit d’un don divin, et il fonde son système
sur la toute-puissance de la grâce, la réa­
lité du péché originel et la notion de pré­
destination… Mais cette idée de la pré­
destination n’est-elle pas devenue une
ra­­cine de dérives théologiques, jusqu’au
calvinisme, et au jansénisme parti en guerre
contre les positions des jésuites ?
Professeur émérite
à l'université de Paris-VIII,
Bernard Quilliet est
l'auteur de très nombreux
ouvrages historiques.
propos recueillis par Denis LENSEL
é
ologique
Benoît XVI est un spé­cialiste de saint
Augustin. En France, beaucoup sont ve­
nus à cet auteur spi­rituel grâce à la qua­
lité littéraire des Confessions, mais la
théo­logie de saint Augustin parle moins
à l’homme du XXe siècle que la théologie
des jésuites.
La notion de prédestination est en
général conçue ainsi : Dieu sait dès le
départ qui il sauvera et qui il réprouvera
parmi les hommes. Mais chez Augustin,
il en va autrement : il s’agit de la prédes­
tination des saints à la gloire. Quant au
sort des autres hommes, Augustin n’était
pas loin d’affirmer aussi la prédestination
des réprouvés. Mais avec une grande
hon­nêteté, à la fin de sa vie, il reconnaît
avoir évolué sur ce sujet.
Malheureusement, certains ont affir­
mé que des hommes étaient prédestinés
par Dieu à l’enfer. On a dit, de façon ex­
cessive, que l’augustinisme est le ventre
d’où sont sorties les pires héré­sies ul­té­
rieures. J’appelle « fils dénaturés de saint
Augustin », d’abord Luther et encore
davantage Calvin, et sa postérité, qu’on
retrouve au­jourd’hui chez les « évan­
géliques » américains, et puis ceux qui
vont aller le plus loin, les jansénistes.
Calvin forçait la pen­sée de saint
Au­­gustin, avec une tendance fataliste
pro­noncée. Quant aux jansé­nistes, leur
pensée s’est développée à partir de l’Au­
gustinus de Janssen, dit Jansénius, un
ancien élève des jésuites en rupture de
ban, - un texte énorme rédigé en latin
et jamais traduit - et des écrits du Grand
Arnauld. Plusieurs lec­teurs de Jansénius
ont constaté qu’il avait déformé la pen­
s­ée de saint Augustin dans un sens plus
radical.
Proche collaborateur et ami de Jan­­­
sénius, l’abbé de Saint-Cyran a été pra­
© Denis LENSEL
n Les disciples de saint Augustin ont-ils dé­
formé sa pensée ?
tiquement un co-auteur de l’Au­gustinus.
Quant au Grand Arnauld, au­teur de
nombreux textes, il extrapole aussi la
pensée d'Augustin, mais plutôt dans des
applications pratiques, comme si tout
avait déjà été dit sur le plan théologique.
Pascal se défaussera en conseillant
de recourir à la lecture de l’interminable
Augustinus comme un livre qu’il prétend
facile à lire, alors qu’il ne l'a lui-même
probablement pas lu… tout en estimant
que les erreurs et déformations qu’on
im­pute à cet ouvrage n’y figurent pas !
n Au XIIIe siècle, Thomas d’Aquin a fait le tour de
cette question-cactus de la liberté humaine
et de la grâce divine. Vous dites qu’il a trouvé
une « prudente solution », et vous évoquez
la notion de grâce « ponctuelle » et que si
l’homme possède le libre arbitre, celui-ci est
d’essence divine, sachant que Dieu « jouit
aussi du libre arbitre ». Thomas soulignait
la nécessité pour l’homme de collaborer à
la grâce divine. Pourquoi les gens d’Église
ne s’en sont-ils pas tenus à cette prudente
solution thomiste ?
Certes, le thomisme a été défini par
Léon XIII à la fin du XIXe siècle comme
philosophie principale de l’Église mais,
entre-temps, des penseurs catholiques
plus augustiniens que Thomas d’Aquin
l’ont écarté de leur chemin. Le thomisme
a même été combattu par l’Université de
Paris et par les Franciscains…
n Orgueil intellectuel… ?
Probablement, sans oublier des riva­
lités de per­sonnes, et plus simplement
une certaine diversité de réflexion… Dès
l’époque de saint Thomas, il existait un
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
27
HISTOIRE
autre ins­pirateur, saint Bonaventure.
Quant à la conception thomiste de la
grâce, quand je parle de grâce « ponc­
tuelle », il s’agit de la « grâce actuelle »
évoquée par Thomas d’Aquin, c’est-à-dire
non pas celle d’aujourd’hui, mais la grâce
qui détermine les actes.
n Luther est arrivé avec son système, mais
Erasme a été amené à lui répondre bon gré,
mal gré… Puis Luther a répliqué par un
traité intitulé « Du serf arbitre ». Les « fils
dénaturés de saint Augustin » ont « une sorte
de fond commun », à savoir l’idée « que le fait
d’adhérer à une certaine religion fait de vous,
presque automatiquement, un élu »…
Face à un Luther très offensif, Erasme
a utilisé son savoir de lecteur d’Origène
après avoir appris le grec, une langue que
saint Augustin lui-même ne connaissait
presque pas… Et Origène, théologien de
l’École orientale, était un penseur de la
liberté. Quant à l’idée de se considérer
comme un élu de Dieu, elle a été
condamnée par le Concile de Trente.
n Voilà en effet que Rome, non sans peine,
organise le Concile de Trente et lance la
Contre-Réforme… Pourquoi cette initiative
n’a-t-elle pas éteint la querelle théologique ?
Ce concile a laissé une latitude entre
deux limites. Mais cette prudence a peutêtre eu un effet contraire à la pacification
espérée, en laissant un champ libre à de
nouvelles polémiques…
n Et voilà qu’arrivent les probabilistes, les
casuistes et les laxistes...
Le probabilisme s’interroge sur le
bien-fondé d’une décision, en se de­
mandant jusqu’où elle est acceptable
et à partir de quel point elle ne l’est
plus. C’est une sorte d’atténuation des
décisions du magistère. La motivation de
cette attitude consiste à donner priorité
aux soucis de la pastorale, et à éviter de
se montrer pointilleux, afin de sauver le
plus grand nombre possible d’âmes.
Cette attitude se situe évidem­ment
loin de la notion de prédestination… Les
autres sont mieux connues.
(
n Face à la Compagnie de Jésus, et sa ca­­
suistique, le courant janséniste reprend la
bataille. Cette guerre intestine n’a-t-elle pas
laissé de graves séquelles ?
Certains casuistes avaient atteint des
positions carica­turales, notamment en
matière de mo­rale sexuelle, mais avec
une totale bonne foi et les meilleures
intentions… Rappelons qu’un François de
Sales a lui-même emprunté les chemins
de la casuistique, cela notamment dans
le but de ramener dans le giron de
l’Église catholique les âmes passées au
protestantisme. Il fallait leur présenter
une image avenante de la religion.
Le courant de l’« humanisme dévot »
chrétien a suivi la même voie.
Concernant la grâce, les jansénistes
vont disparaître sans gloire dans le cou­
rant du XIXe siècle. C’est la fin d’une
pen­sée qui s’appauvrit, s’aigrit et se sclé­
rose.
- La grâce dans l'Ancien Testament
- La grâce dans le Nouveau Testament
- La grâce dans les premiers temps de l’Église
- Le défi pélagien
- La réplique augustinienne
- L'augustinisme face à de premières réticences
- Rétrécissement du domaine de la lutte (VIe-XIIIe s.)
- La prudente solution thomiste
- Trouble et confusion à la fin du Moyen Âge
- Erasme et le libre arbitre
- Les fils dénaturés de saint Augustin et le serf
arbitre
- La sagesse tridentine
- Du bon usage de la latitude conciliaire
- Probabilistes, casuistes, laxistes
- L'humanisme dévot
- Résistance au molinisme, naissance du
jansénisme
- Prémices d'un conflit majeur
- Au plus fort de la lutte
- Un apaisement provisoire
- Ultimes crispations et solution finale
- Le XVIIIe siècle
- Le XIXe siècle (1789-1914)
- L'époque récente
Bernard Quilliet, L’acharnement
théologique, Histoire de la grâce en
Occident IIIe-XXIe siècles, éd. Fayard,
700 pages, 30 €.
La discussion va redémarrer entre
jésuites et dominicains, ces derniers n’é­
tant certes pas jansénistes, mais sou­
haitant redonner une plus grande place
à la grâce. De nouvelles polémiques ont
éclaté entre revues théo­logiques, Les
Études contre la Revue thomiste.
Que la querelle sur la liberté et
la grâce ait continué, oui, mais sous
Les jansénistes vont disparaître
sans gloire dans le courant du XIXe siècle
28 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
d’autres formes, en particulier entre des
catholiques de sensibilité traditionnelle
et d’autres qui, sans le savoir, ont repris
la tradition jésuite. Chez les seconds,
certains ont estimé d’une façon presque
kantienne qu’il faut avant tout faire son
devoir, et que Dieu s’y retrouvera bien,
sans qu’on ait eu tellement besoin de
penser spécifiquement à Lui…
n Dans quelle mesure l’opposition entre gallicans et ultramontains a-t-elle interféré dans
la querelle entre jésuites et jansénistes sur
la liberté et la grâce ?
Chez les jésuites, il y avait le 4e vœu,
celui de l’obéissance au Pape, dans un
esprit certes ultramontain. Quant aux
jansénistes, au XVIIe siècle, ils ne sont
pas forcément assimilables aux gal­
licans : certains se sont fréquemment
plaints auprès de Rome de la « dureté »
des jésuites à leur égard… En outre, à
l’inverse, à la fin du XVIIe siècle, il y a eu
un Pape, Innocent XI, qui était considéré
comme jansénisant.
n Innocent XI a bataillé contre Louis XIV…
Et au XXe siècle, il sera béatifié par Pie
XII. Quant aux jansénistes, ils vont passer
peu à peu du terrain théologique à une
sorte de solidarité clanique avec PortRoyal, aussi par opposition au pouvoir
royal. Au XVIIIe siècle, un affaiblissement
du pouvoir du Saint-Siège va profiter aux
gallicans.
n Au moment de la Révolution française, certains jansénistes, comme l’abbé Grégoire,
artisan de la Constitution civile du clergé
et évêque constitutionnel avant de devenir
un des pèlerins de Port-Royal des Champs,
n’ont-ils pas été tentés de prendre leur
revanche sur le catholicisme ultramontain lié
aux jésuites devenus ennemis héréditaires,
et sur une monarchie s’étant montrée trop
répressive sous Louis XIV ?
Plus encore que Grégoire, un certain
Camus, à la fois janséniste et gallican,
a en effet vengé à sa façon Port-Royal,
même si la Constitution civile du clergé
était dictée de ce côté par des sentiments
authentiquement catholiques dénués de
toute hostilité à l’Eglise… Et malgré une
volonté concomitante de destruction
du catholicisme manifestée lors de la
Révolution, le catholicisme a survécu,
mais pas le jansénisme… n
CINÉMA
Dans la vallée d’Elah
DARLING
Un jour, Hank, un ancien membre de la police
militaire, apprend que son fils, parti combattre
en Irak, a disparu alors qu'il était de retour au
pays pour sa première permission. Lorsque le
corps de son fils est retrouvé, Hank tente de
comprendre ce qui s'est passé.
 La rentrée cinématographique est
marquée par les nombreuses œuvres engagées
en provenance de Hollywood. Paul Haggis a
choisi d'évoquer la guerre en Irak à travers le
parcours de ce père en quête de vérité, face au
silence de l'armée. Si le récit est habilement
mené et l'interprétation digne de louanges,
certaines questions soulevées par l'intrigue
auraient pu être davantage explorées, et le
portrait de l'armée manque de nuances.
 Le film montre que ces soldats, qui ont
subi des souffrances physiques et psychiques,
ont besoin d'être entourés et encadrés. Mais la
vision du cinéaste est monolithique. Des scènes
dures et un langage assez cru.
M.-L. R.
Drame américain (2007)
de Paul Haggis, avec
Tommy Lee Jones
(Hank Deerfield),
Charlize Theron (Emily
Sanders), Jason Patrick,
Susan Sarandon (2 h).
(Grands adolescents).
Sortie le 7 novembre
2007.
L’heure zéro
Camilla Tressilan est retrouvée assassinée dans
son vieux manoir breton.
 Pascal Thomas signe une brillante
adaptation du roman d'Agatha Christie. Une
atmosphère mystérieuse, une palette de
suspects potentiels, un récit riche en coups de
théâtre, tout est mis en place pour éveiller la
curiosité du spectateur.
 Toute la lumière sera faite sur cette
sombre affaire. Un bref flash sensuel.
M.-L. R.
Policier français (2007) de
Pascal Thomas, avec
François Morel (le
commissaire Martin
Bataille), Danielle Darrieux
(Camilla Tressilian), Melvil
Poupaud (1h47). (Grands
adolescents) Sortie le 31
octobre 2007.
Le silence
des blessures
par Marie-Christine RENAUD d’André
 Cette
Un film qui n'est pas sans
rappeler le cinéma social
anglais, dont Ken Loach est le
représentant le plus connu.
L
e cinéma est un divertissement,
mais aussi l'art qui peut nous
am­e­­ner au plus près de la réalité,
dans ce qu'elle a de lumineux com­me
dans ses parts les plus som­bres. Le
nouveau film de Christine Car­rière
nous invite à découvrir une histoire
que nous préférerions ne pas voir, tant
elle porte les stigmates de l'injustice,
et de la souffrance. Mais le film ne
tombe jamais dans le misérabilisme,
car il est porté par une énergie, un hu­­
mour et une poésie qui sauvent le per­
sonnage d'une réalité trop sordide.
Catherine a grandi dans une famille
paysanne de Basse-Normandie et a
été élevée à la dure, sans marque
d'amour ni d'affection. Quand elle sera
grande, elle ne veut pas devenir «pay­
sante». Mais depuis son mariage avec
Roméo, le routier, sa vie est devenue
un cauchemar.
histoire s'inspire de faits
authentiques que Jean Teulé a
ra­­­con­tés en détail dans son ouvrage
intitulé Dar­ling. Un jour, une cousine
éloi­gnée est ve­nue lui confier tous les
maux de son ex­istence et, à travers
son livre, l'é­crivain a voulu prêter ses
mots à ses souffrances anonymes.
En racontant l'histoire du point de
vue de l'héroïne, Christine Carrière
affuble le récit d'un mélange de
(
Guillaume Canet
incarne le rôle très
difficile du mari, dont
il se sort avec brio
ten­dresse et d'autodérision. Marina
Foïs apporte beau­coup de justesse à
son per­sonnage.
  Les humiliations subies par
Ca­therine sont filmées avec un souci
de pudeur. L'héroïne force l'admiration
par son courage, même si elle n'a pas
toujours fait preuve de discernement.
Le film montre bien, à travers ce
per­­sonnage de mal-aimée, que l'amour
est une grâce de tous les instants. ■
Darling. Drame français (2006) de Christine Carrière, avec
Marina Foïs (Darling), Guillaume Canet (Roméo), Océane
Decaudain (Catherine, Darling petite), Anne Benoît (Suzanne,
la mère), Marc Brunet (Georges, le père), Chantal Clément
(Sissi Duparc, la boulangère), Hervé Lassince (Vincent
Blandamour) (1h33). (Adultes). Sortie le 7 novembre 2007.
Les promesses de l’ombre
Un soir de Noël, une jeune femme décède à la suite de son
accouchement, sans laisser d'identité...
 Cette œuvre impressionnante, qui nous plonge dans
les arcanes de la mafia russe, est habilement menée et le
scénario ne manque pas de brio. Quant à l'interprétation, elle se
révèle prodigieuse. Mais le propos du film donne le sentiment qu’il manque un peu d'authenticité.
 Le personnage d'Anna est positif. Mais l'on déplore de nombreuses scènes complaisantes,
qu'elles soient érotiques ou d'une très grande violence.
Marie-Lorraine Roussel
Thriller américain (2007) de David Cronenberg, avec Viggo Mortensen (Nicolaï), Naomi Watts (Anna), Vincent Cassel (Kirill), Armin Mueller-Stahl
(Semyon), Jerzy Skolimowski (Stepan Khitrov), Donald Sumpter (Yuri), Sarah-Jeanne Labrosse (Tatiana), Gergo Danka (le jeune serveur russe), Michael
Sarne (Valery Nabokov) (1h40). (Adultes). Sortie le 7 novembre 2007.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007 29
expositions
Bibliothèque Forney
Poulbot
par Alain SOLARI
affichiste
Le nom de Francisque Poulbot évoque surtout
"le petit Poulbot", gamin de la butte Montmartre.
La Bibliothèque Forney fait revivre l’affichiste.
Visite dans le Paris de l’entre-deux guerres.
Q
ui ne connaît, aujourd’hui encore,
le petit Poulbot, gamin espiègle
de la butte Montmartre, héritier de
Gavroche ? Mais qui se souvient de
son créateur : Francisque Poulbot
(1879–1946) ? La Bibliothèque Forney rend hommage, avec plus de 130 affiches, au talent du
graphiste et du dessinateur, mais aussi à l’homme de cœur. L’affichiste, né à Saint-Denis, est
réformé en 1915 pour cause de maladie osseuse.
Il va néanmoins servir son pays à sa façon, sans
agressivité dans le dessin, mais avec patriotisme. "Grande matinée de bienfaisance, Montjoie
Saint-Denis", lit-on sur une lithographie "au profit des mobilisés et de leurs familles de la ville de
Saint-Denis" (1916).
Poulbot dessine sa première affiche à 19 ans.
Intéressées par le thème de l’enfant, de nombreuses marques vont le solliciter pour leur publicité. "Et maintenant, vive le jouet français !",
proclame en 1919 une affiche du Bon Marché.
Celle qui vente le "Biberon Pyrex" est de 1929.
Après le premier conflit mondial, Poulbot crée
© ADAGP
Arbre de Noël,
Les Fratellini. 1922.
H. Chachoin, Paris.
116 x 75cm
(Fonds M. Gouvernon)
La petite chocolatière.
1909.
Publicité Wall, Paris.
100 x 95 cm
(Fonds M. Gouvernon)
© ADAGP
© ADAGP
Cirque Médrano,
les Fratellini. Sans date.
Édition Publicitas, Paris.
67 x 315 cm
(Fonds M. Gouvernon)
30 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
en 1921, avec des amis artistes, la République de
Montmartre. Deux ans plus tard, il met en place
le Dispensaire des Petits Poulbots "… pour faire
le bien dans la joie". L’homme croit aux vertus du
rire et de la solidarité pour affronter les épreuves
de la vie. A Montmartre, il organise des fêtes
de Noël avec de grands artistes (les Fratellini,
Gabin, Mistinguett…). Dans les années 20 et 30,
plusieurs affiches sont consacrées à l’arbre de
Noël pour les gosses de la Butte, au Moulin de la
Galette ou au Moulin Rouge. Francisque Poulbot
attire aussi l’attention sur les problèmes immobiliers (déjà…). "Aidez la Ligue Nationale contre le
Taudis", demande-t-il par voie d’affiche en 1938.
Les grandes affiches panoramiques, créées
pour annoncer les romans-feuilletons publiés dans
la presse quotidienne, constituent un autre versant
du talent de Poulbot. "Le Journal" fait notamment
appel à lui. "Arsène Lupin… grand roman inédit
par Maurice Leblanc" ou "Aux Bat. D’AF." par
Aristide Bruant illustrent un genre où le graphisme
de Poulbot s’éloigne des enfants gouailleurs. On y
trouve un luxe de détails, un sens de la foule, une
dramatisation aptes à attirer le chaland. Poulbot a
également conçu des affiches pour des spectacles.
Rien qu’entre 1900 et 1910, on en relève 7 pour
le théâtre, le cirque ou le music-hall. En 1944, sa
dernière affiche illustrait "la Cage aux Rossignols",
un film dont la vedette était Noël-Noël et qui
n’est autre que la première version des "Choristes".
C’est un univers de tendresse, d’humour et de
poésie qui domine l’exposition de la Bibliothèque
Forney. Elle rend hommage à la diversité du talent
de dessinateur et à la générosité de Francisque
Poulbot. ■
"Francisque Poulbot affichiste", jusqu’au 5 janvier
2008, à la Bibliothèque Forney, Hôtel de Sens,
1 rue du Figuier, 75004 Paris, tél. 01.42.78.14.60.
Du mardi au samedi (13h30-19h). Fermetures
11 novembre, 25 décembre et 1er janvier 2008.
Texte de A. de Palmaert
Dessins de Palmar
La vie de Jacques Sevin
5/40
sac au dos sans trêve...
© Editions Viltis - Albéric de Palmaert, 12 rue Botzaris, 75019 Paris - 01 42 41 37 75
FRANCE CATHOLIQUE
à suivre...
théâtre
Théâtre de l’œuvre
Descartes
ou Pascal
par Alain SOLARI
Avec "l’Entretien de M. Descartes
avec M. Pascal le Jeune",
le Théâtre de l’Œuvre nous
livre à travers le texte exigeant
de J.C. Brisville, un spectacle
d’une haute tenue.
32 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
D.R.
L
a rencontre entre Descartes et Pascal
est historique : le premier, au soir de sa
vie, avait alors 51 ans ; le second, à 24
ans, était déjà malade. Leur entretien,
au couvent des Minimes, eut lieu à huis
clos le 24 septembre 1647. On en sait donc peu
de chose. Il a fallu à Jean-Claude Brisville imaginer l’essentiel de leur dialogue. Et pourtant,
son "Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le
Jeune", est convaincant malgré quelques imperfections. Il est vrai que les interprètes, Daniel et
William Mesguich, ne sont pas des débutants.
Il y a, chez les deux personnages, tout à la fois
de la fascination réciproque et des points de vue
opposés. Pascal est, dans la pièce de Brisville, un
personnage intransigeant, mystique, tourmenté,
hanté par la mort (il mourra jeune, même pour
l’époque). "Si mon âme ne tremblait pas, mon
corps serait peut-être moins malade", lui fait dire
l’auteur de la pièce. Ou encore : "j’ai déjà donné
trop de moi-même à la science… on meurt quand
Dieu le veut". Il y a chez lui une exaltation de la
souffrance, un dolorisme très présent. A l’opposé,
Descartes, rationaliste et pragmatique, voyage
beaucoup. C’est aussi un homme qui ne dédaigne
pas les plaisirs de ce monde. "Je crois que nous ne
voyons pas Dieu, Monsieur, avec les mêmes yeux…
Je fais plus confiance à Dieu que vous… Je crois
en Dieu, tout comme vous, mais sans en menacer
les autres", déclare-t-il. Dans ce duel, face à un
personnage intolérant, l’huma­niste est bien plus
proche d’une sensibilité moderne. Et l’on voit vite
où va la préférence de Brisville. Ce déséquilibre
est sans doute la seule faiblesse d’un texte très
brillant. Elle est accentuée par une mise en scène
un peu statique (les protagonistes sont assis de
part et d’autre d’une table) et par les acteurs :
Daniel Mesguich (Descartes) semble davantage
"... Je fais
plus confiance
à Dieu que
vous... Je crois
en Dieu, tout
comme vous,
mais sans en
menacer les
autres"
"habiter" son personnage que William. Il est vrai
que le premier a le beau rôle.
Il n’en demeure pas moins que Brisville
est habile et que son texte est profond. On y
trouve notamment tout un développement sur
le problème de la détermination : "Dieu m’a fait
libre", affirme Descartes. Et ce n’est pas par hasard
que le spectateur assiste, au milieu de la pièce, à
un fait en apparence anodin qui constitue un vrai
rebondissement. Pascal est sans doute venu voir
Descartes pour lui arracher un soutien à Antoine
Arnauld* : le janséniste, auteur d’un traité sur la
fréquente communion, est en délicatesse avec
le pouvoir royal. Cet artifice permet à Brisville
d’introduire un développement sur l’affrontement
entre Port-Royal et les Jésuites. Le tout ponctué, là comme ailleurs, de traits d’humour qui
viennent aérer un texte dense. Quant à l’écriture,
elle est si habile qu’on la croirait parfois du 17e
siècle, tout en l’entendant parfaitement. "Adieu,
Monsieur, nous ne pouvions rien nous donner,
mais je ne vous oublierai pas", fait dire Brisville à
un Descartes en partance pour la Suède où l’appelle la reine Christine. Les spectateurs n’oublieront pas non plus cette pièce où les arguments
échangés parlent toujours à notre temps. n
* Antoine Arnauld (Paris, 1612 – Bruxelles 1694) : prêtre, théologien,
philosophe et mathématicien ; frère d’Angélique et d’Agnès Arnauld,
abbesses de Port-Royal. Il fut l’un des chefs de file des jansénistes.
"L’Entretien de M. Descartes avec M. Pascal le Jeune", au Théâtre de
l’œuvre, 55 rue de Clichy, 75009 Paris. Du mardi au samedi (19h) et
le dimanche (17h30), jusqu'au 31 décembre, tél. 01.44.53.88.88.
théâtre
"Marie"
Prêtde talent
par Pierre François
C
ertes, Françoise Thuriès est celle qui
a joué dans "Léon Morin, prêtre", de
Nortel ou "Pas", de Beckett. Mais il
arrive qu’elle monte aussi son spectacle. Ainsi a-t-elle conservé le même
titre à ce qui était au début un récital poétique :
"Marie". Aujourd’hui, elle le donne seule en scène,
sans la collaboration de musiciens comme dans
les trois versions antérieures. Versions ? Pour les
précédents, peut-être, pour ce dernier, sûrement
pas : il a été entièrement refondu, au point que
les textes qui figuraient dans les autres ont été
supprimés pour la seule raison de leur utilisation
antérieure.
D.R.
Françoise Thuriès a du mal
à parler de Marie, mais elle
prête le talent de sa voix et
de son jeu théâtral aux poètes
qui ont écrit des pages sublimes
sur celle qui fut tout humaine et
si proche du divin.
Françoise
Thuries cherche
à entrer en
communion
d'âme avec
son public
Obsession
"Le médecin de son honneur"(1) est une pièce
étrange du siècle d’or espagnol, qui prend aujourd’hui l’aspect de curiosité archéologique théâtrale.
Bien jouée – la question n’est pas là – elle tourne
entièrement autour du drame que constitue la mise
en cause de la réputation d’une femme et de la façon dont le mari qui se croit
trompé réagit. On y fait connaissance avec une poésie baroque et des personnages qui, en plus de leur rôle, livrent aussi leurs pensées et des commentaires
sur la situation créée. Le texte comporte plusieurs saillies intéressantes, le
déroulement de l’action est sans cesse suspendu à l’éventualité d’une évolution
différente, l’interprétation des rôles va de la caricature (pour le palefrenier)
à la raideur officielle (pour le roi). Il semble que la pièce plaise aux jeunes.
Mais on ne peut s’empêcher de se demander l’intérêt qu’elle présente pour
des non-initiés au théâtre du siècle d’or espagnol. ■
(1) "Le médecin de son honneur", de Calderon. Avec Karim Abdelaziz, Geneviève Esménard...
du mercredi au samedi (20h30), le dimanche (17h) jusqu’au 17 novembre au théâtre de
l’Opprimé, 78, rue du Charolais, 75012 Paris. Places à 15 et 10 e. Tél. 01.43.40.44.44.
Puis le 19 novembre au théâtre Firmin Gémier d’Antony, 22 novembre au Centre d’art et de
culture de Meudon, 27 novembre au Relais culturel de Haguenau, 30 novembre au théâtre
de Corbeil-Essonnes.
Entre Marie et Françoise, il y a
une longue mais inénarrable histoire.
Pourquoi Françoise est-elle fascinée
par celle dont elle réalise des icônes
depuis des années ? Elle ne peut que
confesser combien elle est touchée par
la beauté de celle qui fut aussi totalement femme que mère, crucifiée dans
son cœur tandis que son fils l’était
dans son corps, celle qui alors a aimé
et eu une confiance absolue dans la vie
et la providence. Là est la différence
avec "aimer la vie" au sens populaire
et charnel, qui exclut la confiance.
Même si le temps de la représentation théâtrale est pour elle un moment sacré, solennel, au
sens où toute familiarité avec le public devient
incongrue, tout contact réel inapproprié (ainsi
joue-t-elle jusqu’au regard tourné vers ce dernier,
qui en fait vise au-dessus des spectateurs), elle
trouve que le mot de Dieu a trop été galvaudé
pour accepter d’inclure dans son spectacle des
prières manifestes.
Il s’agit en effet d’une représentation d’abord
poétique et, confie-t-elle, "comme en plus on a
de très grands poètes qui ont écrit des choses
sublimes sur la Vierge, il n’y a que l’embarras
du choix" : de Rilke (qu’elle utilise abondamment) à Sartre (!) en passant par Rictus, Péguy,
Nortel ou Max Jacob…
Le public devient alors son partenaire unique, avec qui elle cherche à entrer en communion d’âme, par la magie du spectacle, autour
de ces œuvres poétiques. On ne doute pas de la
réussite de l’entreprise dans la mesure où elle a
choisi de ne privilégier aucune vision de Marie. Sa
seule réserve concerne les textes trop éthérés, qui
la révèlent moins qu’une poésie parfois rocail­
leuse, parfois tendre, à l’instar de la sensibilité de
chaque auteur. Cette façon d'opérer a, au surplus,
l'avantage de n’exclure aucun public, eu égard à
la nature avant tout poétique du spectacle. n
"Marie", adapté par et avec Françoise Thuriès,
mise en scène de Lila Redouane. Crypte SaintSulpice, 33, rue St-Sulpice, 75006 Paris. Du
mardi au vendredi (20h), le samedi (17h30),
dimanche (15h). Places à 15 et 10 e. Réservation
indispensable en raison de la jauge très réduite.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
33
MUSIQUE
EGLISE
FAURÉ, FRANK, GRAZIANI, LISZT...
Musique
de chambre
par François-Xavier LACROUX
Le caractère intimiste de la
musique de chambre, dans
son âge d’or de la fin du XIXe
siècle, suscite parfois un
émerveillement comparable
à une élévation spirituelle.
Sonates pour
flûte et piano –
Fauré et Franck
– Emmanuel
Pahud, Eric Le
Sage – Skarbo
– DSK 4074 –
2007 – Distr.
Intégral
P
remière flûte solo du Philarmonique
de Berlin, exception remarquable
pour un Français, Emma­­nuel Pa­
hud, prouve une fois de plus, que sa
réputation n’est pas usurpée. Réunir
César Franck et Gabriel Fauré sur un
même disque est en effet osé. Franck
est souvent considéré comme un Fla­
mand dont les œuvres sont lourdes. A
contrario, Fauré incarne la légèreté pa­
risienne. Pourtant, à l’écoute de la so­
nate de Franck, originellement pour
vio­lon mais transcrite par l’auteur luimême, on goûte une écriture char­mante.
Et sa mise en valeur par Pahud lui offre
un élan rarement connu.
Les pièces de Fauré ne sont pas toutes
des compositions originales pour flûte, car
l’auteur a peu écrit pour cet instrument.
Fauré, bien que Français, s’exprimait
souvent à travers des formations de
type germanique. La flûte n’était donc
pas son instrument de prédilection. Une
commande du Conservatoire de Paris,
et de son professeur de flûte, le célèbre
(
Paul Taffanel, lui permit d’écrire cette
admirable sonate en la. Fauré écrivit
alors à Saint-Saens que cette œuvre
lui donna bien du fil à retordre… Et
pourtant, quelle légèreté, quelle mo­
bilité harmonique, quelles envolées
vocales !… C’est toute l’Ecole Française
qui s’exprime ici, parfois sous couvert de
virtuosité. Notre flûtiste s’en sort avec
une facilité dé­concertante.
ensemble qui met en valeur l’écriture. Il
ne faut cependant pas chercher de trait
de génie (n’est pas Paganini qui veut),
mais ce disque mérite qu’on s’y attarde
et n’est pas à réserver qu’aux amateurs
de harpe..
Vicenzo-Maria Graziani, Œuvres –
Rachel Talitman, harpe ; Luc Loubry,
Basson ; Etienne
Plasman, flûte ;
Philippe Gonzalez,
hautbois –
Harp&Co – CD
5050-05 – Distr.
Integral – Ed. 2005
F
G
raziani (mort en 1874) semble in­
connu. Harpiste, il est pourtant
une sorte de Paganini pour son ins­
trument. Son travail de prédilection fut
la transcription d’opéras italiens, parfois
avec quelque humour et beaucoup de
libertés… Ces pages ont une vraie ori­
ginalité, de par les formations qu’elles
proposent, même si c’est bien la harpe
qui est au premier plan. On redécouvre
alors toutes les ca­pacités de cet ins­
trument. Mais c’est aussi l’occasion
de faire dialoguer le basson avec elle,
notamment dans le très beau duo final
tiré de chansons de Bellini.
La prise de son ne rend pas toujours
totalement compte de la qualité de ce
quatuor insolite, à cause d'une spa­
tialisation souvent trop réverbérée et par
conséquent par un manque de précision
dans les différentes sonorités (la harpe
paraît trop en avant et parfois assourdie).
Mais les chambristes ne sont pas 4
musiciens côte à côte : ils forment un vrai
Fauré s'exprimait souvent à travers
des formations de type germanique
34 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
Liszt – Harmonies Poétiques et Reli­
gieuses – Pascal Amoyel, piano – Calliope
– CAL9371.2 – HM64 – Distr. Harmonia
Mundi – 2 CD – Mai 2007
ranz Liszt pos­­sède une personnalité
aux mille visages. L’œuvre est à
l’image de l’homme : changeante,
mutante, au­to­nome… Chaque page
s’apprête à nous dévoiler des surprises.
Et elle nous prépare des Debussy, Berg,
Schönberg, Scriabine… A la lumière
d’une foi chrétienne vive, puisant ses
inspirations chez Bach, mais aussi chez
les poètes, comme ici Lamartine, Liszt
poursuit la quête de sa vie.
Dans une véritable adoration mys­
tique, il compose ces Harmonies, dont
le titre seul est un appel à la profondeur.
Cher­chant dans le chant de l’Église, chez
Palestrina,
dans la Messe
de Morts, ses
sources, Liszt
nous touche
par tant de
grâce, de déli­
catesse, mais
aussi de force, d’en­volées fougueuses,
puis de réflexion profonde, d’arrêt sur
soi, de silence…
Pascal Amoyel, spécialiste des ré­
pertoires mystiques, en donne une lec­
ture, qui, tout en étant parfaitement
virtuose, est totalement imprégnée de
cet esprit. Et il sait envelopper l’auditeur
de tant de force et de beauté. L’écoute
en est haletante, passionnante, toujours
d’une pertinence saisissante. De quoi
entrer sans réserve dans le monde Lisz­
tien et de s’arrêter avec lui sur sa propre
vie… n
TÉLÉVISION
René Bousquet
ou le grand arrangement
The Queen
par Marie-Christine RENAUD d’André
Peu à peu, les chaînes de télévision françaises s’enhardissent et abordent des
sujets historico-politiques brûlants, soit
parce qu’ils sont très controversés, soit
parce qu’ils sont d’actualité. La période de
la dernière Guerre mondiale et de la collaboration représente une mine d’or pour les
scénaristes.
Administrateur de différentes sociétés,
René Bousquet mène la vie tranquille d’un
grand bourgeois, lorsque son passé le rattrape. En 1978, un article de «l’Express»
fait grand bruit, car, lors d’une interview
de Darquier de Pellepoix, celui-ci fait allusion à la responsabilité de René Bousquet
dans la rafle du Vel’ d’Hiv’.
 Daniel Prévost est sensationnel dans
son rôle d’ancien haut fonctionnaire qui se
défend pied à pied et ne semble jamais
éprouver le moindre doute sur les décisions qu’il a prises. Les scénaristes ont
mis l’accent sur l’arrangement qui a
consisté, à la Libération, à «blanchir» la
plupart des hauts fonctionnaires qui
s’étaient compromis avec les Allemands.
C’est bien écrit, avec des dialogues per­
cutants, et la reconstitution de l’époque
est bien faite.
 Tout au long de ce téléfilm, René
Bousquet a maintes fois l’occasion de présenter sa défense, ce qui est un progrès.
Mais, comme souvent, les auteurs de
cette œuvre de qualité minimisent l’impact de la présence des Allemands et de
leur brutale mainmise sur les autorités
françaises. Tout semble se passer comme
si chacun, à l’époque, était entièrement
libre de faire ce qu’il voulait. Signalons,
toutefois, qu’il est fait brièvement allusion
à la condamnation des persécutions de
Juifs par certains évêques.
Téléfilm français (2006) de Laurent Heynemann, avec Daniel Prévost
(René Bousquet), Ludmila Mikaël (la femme), Philippe Magnan (Louis
Bousquet), Macha Méril (Evelyn Baylet), Michel Aumont (le juge
Moatty), Philippe Duclos (Jean-Paul Martin), Dominique Guillo (Guy
Bousquet), Yves Gasc, Philippe Laudenbach, Hubert Saint-Macary
(1h39). Diffusion le vendredi 16 novembre, sur Arte, à 20h40.
si­len­ce, et la presse ne tarde pas à se
dé­chaîner contre la famille royale.
 Stephen Frears parvient à éviter
tous les pièges d'un tel sujet. Il ne tombe
jamais dans la caricature. Et si certaines
attitudes un peu figées de la famille
royale prêtent à sourire, le réalisateur
n'est pas plus tendre envers les conseillers
de Tony Blair ni envers une presse opportuniste. Ses personnages sont dotés d'une
réelle complexité, et c'est ce qui rend son
film passionnant. La mise en scène est
Un film d'atmosphère dans
lequel le style visuel traduit la
confrontation d'univers aux
fonctionnements différents.
I
l n'est jamais aisé d'évoquer un événement récent, surtout lorsqu'il a eu une
répercussion aussi forte que la mort
tragique de la princesse de Galles. Stephen
Frears a eu la bonne idée de s'intéresser,
non pas tant à la tragédie en elle-même,
qu’à la réaction de la famille royale et à la
façon dont elle a géré cet événement.
Avec un souci de réalisme et un soin
ac­cordé au moindre détail, il confronte
tradition et modernité.
Le 31 août 1997, la princesse Diana
meurt à Paris, dans un tragique accident
de voiture. Le monde entier est sous le
choc. Le Premier minis­tre Tony Blair lui
rend hommage. La famille royale, retirée
en Écosse, garde le silence. La population,
traumatisée par ce drame, vit mal ce
(
Certaines images
d'archives donnent
une force particulière
au récit
soignée, et la narration fluide. Remar­qua­ble directeur d'acteurs, le réalisateur
tire le meilleur de ses comédiens, en mi­sant sur la justesse de leur jeu.
 Si le cinéaste s'attache à montrer
les différents types de réactions, c'est
pour en dépeindre leur pertinence et leur
vé­rité. La relation entre la Reine et le
Premier ministre est décrite avec beaucoup de subtilité. ■
The Queen. Comédie dramatique britannique (2006) de
Stephen Frears, avec Helen Mirren (la reine), Michael Sheen
(Tony Blair), James Cromwell (le prince Philip), Alex Jennings
(le prince Charles), Roger Allam, Sylvia Syms, Tim McMullan
(1h39). Diffusion le mercredi 14 novembre, sur Canal +, à 20h50.
Hooligans
Matt, étudiant en journalisme, est renvoyé d'Harvard pour
une faute qu'il n'a pas commise. Il se rend en Angleterre
chez sa sœur qui a épousé un Anglais. Il découvre avec
surprise l'engouement que suscite le football chez les
jeunes de son âge, et la rivalité qui existe entre les
groupes de supporters. Il sympathise avec Pete, qui fait
partie d'un groupe de supporters très violents.
 La qualité de ce film tient à la fois au décryptage
percutant et réaliste, sans manichéisme ni concession, d'un univers déroutant et effrayant, et à la
peinture d'une mutation intérieure, celle d'un jeune homme d'abord totalement étranger à cet univers,
qui se laisse peu à peu fasciner par l'esprit de camaraderie de ces supporters et par l'attrait de la
violence, avant une prise de conscience salutaire. Le récit n'est pas sans maladresses, mais le crescendo
dramatique tient le spectateur en haleine.
 La violence, très présente et explicite, appelle de sérieuses réserves, même si l’évolution du héros
est positive.
Drame britannico-américain (2004) de Lexi Alexander, avec Elijah Wood (Matt Buckner), Charlie Hunnam (Pete Dunham), Claire Forlani (Shannon
Dunham), Leo Gregroy (Bower), Mark Warren (Steve Dunham) (1h55). Diffusion le mardi 13 novembre, sur Canal +, à 20h50.
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
35
television
Samedi 10 novembre
Dimanche 11 novembre
Lundi 12 novembre
Mardi 13 novembre
TF1
20.50 Qui sera le prochain ?
TF1
TF1
TF1
20.50 Le cœur des hommes A.
20.50 Commissaire Cordier
«Attaque au fer» A. Téléfilm avec
20.50 Freaky friday «Dans la
peau de ma mère» J. Comédie
«Spéciale paranormal».
Comédie (2003) de Marc Esposito,
Divertissement présenté par
avec Gérard Darmon (1h42).
Pierre Mondy, Linda Hardy,
Christophe Dechavanne, avec
 Sur fond de totale licence
Guillaume de Tonquédec. 
Arturo Brachetti, Arthur Jugnot,
de mœurs, cet excellent film cho­
Excellent, mais atroce.
etc.
ral est très bien interprété.
22.40 Preuve à l’appui. Série
23.10 New York, unité spéciale.
22.45 Les nerfs à vif A/Ø. Drame
avec Jill Hennessy 2.
Série avec Chris Meloni 3.
(1991) de M. Scorsese, avec Robert
00.20 Vol de nuit. Magazine de P.
00.50 New York, police judi­
De Niro (2h08) 3.  Excel­
Poivre d’Arvor, avec Marcel Rufo,
ciaire. Série avec J.L. Martin 2.
lent, mais d’une violence atroce.
Daniel Pennac, Sophie AudouinMamikonian, François Rivière,
France 2
France 2
Bernard Werber, Martine Delerm,
20.55 Le plus grand cabaret
Patrick Rambaud.
Émissions religieuses :
du monde. Divertissement
France 2
présenté par Patrick Sébas­
08h30 Émissions religieuses : «Sagesses
tien, avec Adriana Karembeu, bouddhistes», «Islam», «À Bible ouverte»,
20.50 Cold case, affaires
Michel Lebb, Patrick Bosso,
classées : «Compte à
«Chrétiens orientaux», «Présence protestante» Anne Richard, Hugues Aufray, 10h30 Le jour du Seigneur «Tout à la foi : Un
re­bours», «Une course sans
Johnny Clegg, Évelyne Bouix, évêque aujourd'hui, pour qui, pour quoi ?» fin», «Daniela». Série avec
Shirley et Dino, Roland
11h00 Messe, célébrée en la basilique de la col­ Kathryn Morris, Dany Pinno 2.
Magdane, Yves Rénier, etc.
23.15 Mots croisés.
légiale Sainte-Gertrude, à Nivelles (Belgique).
23.15 On n’est pas couché.
Magazine de Yves Calvi.
Magazine de Laurent Ruquier.
20.50 La tranchée des espoirs
01.50 Musiques au cœur «La
GA. Téléfilm avec Yves Bertheloot,
guerre et la paix - Prokofiev
France 3
Christiana Reali (1h46) 2. 
(1/2)». Magazine.
20.50 Autopsy A/Ø. Téléfilm avec
Un émouvant réquisitoire contre
France 3
Stéphane Freiss, Thierry Neuvic,
la guerre, mais une fin décevante.
Sara Martins 2.  Cette
20.50 36, quai des Orfèvres : «La
23.10 Marthe A/Ø. Comédie dra­
histoire de coup de foudre d’un
brigade de répression du proxéné­
matique (1996) de J.-L. Hubert,
hétérosexuel pour un homme est
tisme», «La brigade de protection
avec Guillaume Depardieu (1h55)
prenante. Mais les images sont
des mineurs» A. Documentaire 3.
2.  Un grand amour
très crues.
 Très moyen et racoleur.
émouvant, mais crûment illustré.
22.55 Personnel et confidentiel
22.50 Ce soir (ou jamais) (et à
France 3
«Premières dames». Documentaire.
23h25). Magazine.
00.10 La case de l’oncle Doc
20.50 The closer : «Au nom des
00.45 NYPD blues. Série.
«Malika, de la nuit à la vie».
siens», «Un cercueil pour deux»
Arte
Documentaire.
GA. Série avec Kyra Sedgwick.
20.40
2001 : L’odyssée de l’es­
01.05 Rêves d’étoiles «La
 Excellent, mais macabre.
pace GA. Science-fiction (1968)
Bayadère (2)». Documentaire avec
23.00 Duel sur la 3. Magazine.
de S. Kubrick, avec Keir Dullea
Isabelle Guérin, Laurent Hilaire et
00.40 Les rats GA. Comédie dra­
(2h40).  Un chef-d’œu­
Élisabeth Platel.
matique en NB (1955) de Robert
vre. Mais c’est long et peu adapté
Siodmak,
avec
Maria
Schell,
Curd
Arte
au petit écran.
Jurgens (1h28).  Sinistre.
22.55 À la recherche des extra­
Arte
terrestres (1/2). Documentaire.
DR
(2003) de Mark Walters, avec
Jamis Lee Curtis, Lindsay Lohan,
Chad Michael Murray (1h37).
 Amusant et émouvant.
22.35 Le droit de savoir
«Charlatans et guérisseurs :
Enquête sur les médecines paral­
lèles». Magazine présenté par
Charles Villeneuve.
France 2
20.50 Guerre et Paix (2/4) GA.
Téléfilm d’après, Tolstoï, avec
Alexander Beyer, Clémence Poésy,
Alessio Boni (1h40). 
Excellent, mais un peu sensuel.
22.40 Faites entrer l’accusé «Les
frères Jourdain : Meurtre au car­
naval». Magazine présenté par
Christophe Hondelatte 2.
00.35 Histoires courtes «Vent
d’Ouest : Spéciale Brest».
France 3
20.50 U-571 GA. Film de guerre
(2000) de Jonathan Mostow, avec
Matthew McConaughey, Bill
Paxton, Harvey Keitel (1h52) 2.
 Bien ficelé, mais pas très
nouveau. Les Américains s’attri­
buent un fait d’arme anglais !
22.50 Ce soir (ou jamais) (et à
23h25). Magazine.
00.45 NYPD blues. Série avec
Jimmy Smits.
Arte
1917, la révolution russe
Nos terroirs sont-ils foutus ?
20.40 La guerre du camembert.
DR
20.45 Aventure humaine
Documentaire.
ténor à Hollywood.
Documentaire.
23.35 Histoires de familles
«Comme un lundi». Téléfilm avec
Michael Gichael Günther (2h40).
M6
20.50 Jericho : «L’inconnue»,
«Alerte», «Vivre ensemble». Série
avec Skeet Ulrich, Ashley Scott 2.
23.20 Stargate SG-1. Série avec
Ben Browder.
Canal +
20.50 Boxe «Réunion de Levallois :
Mormeck/Haye».
KTO
20.50 VIP «Corinne Touzet».
21.45 Lully «Persée», avec Cyril
Auvity, Alain Coulombe, etc.
DR
DR
«Bornéo, la mémoire des grottes»
J.  Très intéressant.
Musica
22.35 Mario Lanza, un grand
20.45 Reds GA. Comédie drama­
tique (1981) de et avec Warren
Beatty, et avec Diane Keaton
(3h14).  Spectaculaire,
mais assez naïf et orienté.
23.55 1917, la révolution russe J.
 Intéressant, mais orienté.
M6
20.50 Capital «Enquête sur les
nouveaux business du plaisir».
Magazine.
22.50 Secrets d’actualité «Les
diaboliques». Magazine.
Canal +
21.00 Football «Lyon/Marseille».
KTO
20.50 La foi prise au mot
«L’actualité des Pères de l’Église».
21.45 Blessant mon cœur.
36 FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
23.50 Grand format «Le prix de la
paix» GA.  Passionnant,
mais dur.
M6
20.50 D & Co «Une semaine pour
tout changer». Divertissement.
22.10 Nouveau look pour une
nouvelle vie «Transformation
radicale». Divertissement.
23.10 John Q. GA. Drame (2002)
de Nick Cassavetes, avec Denzel
Washington, Robert Duvall (2h52)
2.  Bien fait, mais dur.
Canal +
20.50 Allons donc à London.
Documentaire.
KTO
20.50 Keur Moussa, vingt-et
une cordes pour une louange.
21.40 Un jour, une foi «Chemins
de vie».
21.30 Quand les pêcheurs boi­
vent la tasse J.  Intéressant.
22.15 Débat.
22.45 Il vaut mieux vivre A/Ø.
Téléfilm avec Dagmar Manzel
(1h29).  Émouvant, mais
lent et érotique.
M6
20.50 Incroyable talent.
Divertissement présenté par
Alessandra Sublet.
22.55 T’empêches tout le
monde de dormir. Magazine pré­
senté par Marc-Olivier Fogiel.
Canal +
20.50 Hooligans GA. Drame
(2004) de Lexi Alexander, avec
Elijah Wood (1h55) 4. (Voir notre
analyse page 35)
KTO
20.50 Tant qu’il y aura du
papier. 21.45 Un jour, une foi «Église du
monde».
tÉlÉvision
Mercredi 14 novembre
Jeudi 15 novembre
Vendredi 16 novembre
TF1
TF1
TF1
20.50 Les experts, Manhattan :
20.50 Une femme d’honneur
«Une journée d’enfer» GA. Téléfilm
20.50 Football «Match amical :
«Cœur de verre», «Le prestige».
Série avec Gary Sinise, Melina
Kanakaredes 3.
22.25 Esprits criminels : «Les
proies», «Code d’honneur». Série
avec Mandy Patinkin 3.
France 2
20.50 Les 100 qui font bouger la
France «Anti-kilos, anti-malbouf­
fe !». Magazine présenté par
Béatrice Schönberg, avec MichelÉdouard Leclerc, Daniel ServanSchreiber, Carole Bouquet,
Christophe Lambert, Jean-Pierre
Coffe, etc.
23.15 Les tabous du… «Plaisir
féminin». Magazine présenté par
Karine Lemarchand 4.
France 3
20.50 Questions pour un cham­
pion «Spéciale juniors».
Divertissement présenté par Julien
Lepers.
22.55 Ce soir (ou jamais) (et à
23h25). Magazine présenté par
Frédéric Taddéi.
00.45 NYPD blues. Série avec
Jimmy Smits.
Arte
re «1914-1918, la guerre moder­
ne» J.  Assez bien fait.
22.10 Zoom Europa. Magazine
présenté par Bruno Duvic.
22.55 Le dessous des cartes
«Mondialisation des épidémies».
23.10 Orange mécanique Ø.
Drame en VO (1971) de Stanley
Kubrick, avec Malcom McDowell,
Patrick Magee (2h11). 
Brillant et passionnant, mais
racoleur et pénible.
01.35 Court-circuit.
M6
20.50 Mariage surprise GA.
Téléfilm avec Axelle Lafont, Serge
Hazanavicius (1h32).  Une
comédie mineure et agaçante.
22.40 The unit «Commando d’éli­
te». Série avec D. Haysbert 2.
Canal +
20.50 The Queen J. Comédie dra­
matique (2006) de Stephen Frears,
avec Helen Mirren, Michaël
Sheen, James Cromwell (1h39).
(Voir notre analyse page 35)
KTO
20.50 Lala ma mère, quand la
guerre se fait chair.
22.00 Un jour, une foi «La famille
en questions».
22.30 VIP «Bernard Werber».
France2 - J Loew
France3 - C Médale
DR
20.40 Les mercredis de l’histoi­
Une soirée de polars
20.50 Boulevard du Palais
«Rituels barbares» GA. Téléfilm
Marthe Keller, Jacques Frantz,
Juliette Lamboley, Jacques
Spiesser, Olivia Brunaux,
Léopoldine Serre. (Voir notre ana­
lyse page 37)
22.35 Ce soir (ou jamais) (et à
23h25). Magazine présenté par
Frédéric Taddéi.
00.00 Le meilleur pour la fin.
Magazine culturel régional.
01.00 NYPD blues. Série avec
Jimmy Smits.
Arte
20.40 Docteur Folamour GA.
Comédie en NB (1964) de Stanley
Kubrick, avec Peter Sellers, George
C Scott, Sterling Hayden (1h31).
 Une excellente satire.
22.15 La vie en face «Le viol, une
arme de guerre au Congo» GA.
 Poignant, mais terrible.
23.15 Tracks. Magazine.
M6
20.50 Prison break «L’appât du
gain». Série avec Wentworth
Miller, Dominic Purcell 2.
21.40 Kidnapped : «L’alternative»,
«Double enlèvement», «La morsure
du passé. Série avec J. Sisto 3.
Canal +
20.50 Desperate housewives :
(22 et 23/23) «Deux gars deux
filles», «Quand la mère se montre»
GA. Série avec Teri Hatcher 2.
 Une touche tragique
clôt cette excellente série.
KTO
20.50 La tête dans les
toiles. Une alternative à la psy­
chiatrie traditionnelle.
21.45 Un jour, une foi «Art et
culture».
avec Anne Richard, Jean-François
Balmer (1h38) 2.  Pas mal,
mais l’histoire est atroce.
Heureusement, il y a beaucoup
d’humour, et l’interprétation est
sensationnelle.
22.35 Avocats et associés
«Retour de flammes» GA. Téléfilm
avec F.-É. Gendron (0h50). 
Émouvant et bien fait, mais bana­
lisant l’homosexualité.
23.30 Esprits libres. Magazine
présenté par Guillaume Durand.
France 3
20.55 Thalassa «Le tour du
monde de Thalassa : Shanghai/
Xiamen». Magazine de Georges
Pernoud.
23.25 Passé sous silence
«L’énigme René Bousquet».
Documentaire.
Arte
20.40 René Bousquet ou le
grand arrangement J. Téléfilm de
Laurent Heynemann, avec Daniel
Prévost, Ludmila Mikaël, Macha
Méril, Philippe Magnan, Michel
Aumont, Philippe Duclos (1h39).
(Voir notre analyse page 35)
La révolution oubliée
et ses enfants
22.25 Cent ans de révolution
GA.  Intéressant.
23.20 Lénine, plus vivant que
les vivants GA.  Très moyen.
00.30 La lucarne «Dans le silence
du monde». Documentaire.
M6
20.50 N.C.I.S. enquêtes spécia­
les : «L’esprit de famille», «Code
d’honneur», «Sous couverture».
Série avec Mark Harmon 2.
23.10 Sex and the city. Série
avec Sarah Jessica Parker 2.
Canal +
20.50 Désaccord parfait A.
Comédie (2006) de Antoine de
Caunes, avec Charlotte Rampling,
Jean Rochefort (1h31). 
Bien fait, mais assez sensuel.
KTO
20.50 KTO magazine «Le dévelop­
pement durable».
21.45 Un jour, une foi «La vie des
diocèses».
Radios
Samedi 10 novembre
12h Face aux chrétiens Mgr JeanPierre Ricard (Président de la Conférence des Evêques de France), forum
France/Maroc».
22.55 Sans aucun doute.
Magazine de Julien Courbet.
France 2
avec Corinne Touzet, Maxime
Leroux, Anne-Charlotte Pontabry.
 Invraisemblable.
22.30 La méthode Cauet.
Divertissement présenté par
Cauet.
France 2
20.50 Envoyé spécial : «Aveux et
désaveux», «Comment devient-on
Français ?», «Fort-de-France,
Bagdad». Magazine présenté par
Guilaine Chenu et Françoise Joly.
23.00 Infrarouge : «IRCGN, les
vrais experts (2/2)», «Crimes
suprêmes à Shanghai».
Documentaires.
France 3
20.55 Le lien J. Téléfilm avec
RCF
animé par Frédéric Mounier.
13h30 Contre courant "Mozart à
l'hôpital" (Rediffusion à 22h)
14h Equateur "Développement
durable, un enjeu majeur pour
une copropriété citoyenne", avec
Danielle Dubrac (Vice-Présidente
de la Confédération Nationale des
Ad­ministrateurs de Biens)
Dimanche 11 novembre
15h Connaître le judaïsme
"Qu’est-ce qu’un chrétien peut
retenir du judaisme ?"
Lundi 12 novembre
10h A votre service "Chauffage
au gaz : comment éviter les intoxications ?" (Vos appels au 04.72.38.
20.23)
14h Musiphonie A deux, c'est
encore mieux (duos d'opéras,
piano à 4 mains, sonates et
concertos) (1/5, tous les jours à 14h
ou 23h30)
14h30 Halte spirituelle "La spiri-
tualité du cœur", avec Michel
Ev­dokimov (prêtre orthodoxe) (1/5,
tous les jours à 14h30 ou 20h45)
Mercredi 14 novembre
13h Equateur "Le tram est à la
mode"
13h30 Témoin aujourd’hui "Un
jour, j’ai pris conscience que
j’étais chrétien". Rencontre avec
Frédéric Canévet (Rediffusion
jeudi 22h)
France Culture
Dimanche 11 novembre
10h Messe, en direct de l'église
St-Etienne du Mont, place Ste
Geneviève, 75005 Paris, commentée par Frère Eric Macé.
Prédicateur : Père Ollier.
Marie BIZIEN
sur France 3
Jeudi 15, à 20h55
Le lien J
Quinze ans après la fin de la
guerre, Éva croit reconnaître le
milicien qui a déporté toute sa
famille en la personne du père
d’une de ses élèves. Et si celle-ci
était sa petite-fille ?
 Marthe Keller tient à bout
de bras cette histoire poignante,
mais assez prévisible. La reconstitution de l’époque est assez bien
faite, et l’interprétation est d’une
grande sensibilité.  Il y a beaucoup d’amour et
de respect de l’autre dans cette
histoire terrible, ainsi qu’un bel
amour conjugal.
T : Tout public
Repères
J : Adolescents
GA: Grands adolescents
A : Adultes
Ø : Œuvre (ou scène) nocive
: Elément positif
: Elément négatif
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007 37
BLOC-NOTES
Paris
✔ L'association "Sénevé" vous
invite le 21 novembre (19h30),
salle de conférences du Mouve­
ment pour l'Unité, 7 rue Palatine,
75006 Paris, à une conférence
du Père de Villefranche (profes­
seur à l'école cathédrale) et Gérard
Leclerc, "Jésus de Nazareth", La
parole de Jésus mise en lumière
par Benoît XVI. Libre participa­
tion aux frais, Rens. : Sénevé
✆ 01.47.09.00.87, www.seneve.eu
✔ A l'espace Georges Bernanos,
Association "Les Amis de Saint
Louis d'Antin", 4, rue du Havre,
75009 Paris, ✆ 01.45.26.65.26,
fax 01.45.26.65.25, une confé­
rence est proposée "La vie inté­
rieure", l'identification au Christ
dans l'expérience des martyrs,
par le père Michel Gitton, le 19
novembre (19h, salle Péguy).
Entrée libre, participation sou­
haitée.
✔ L'IPC, Facultés Libres de
Philosophie et de Psychologie,
70 av. Denfert­Rochereau,
75014 Paris, ✆ 01.43.35.38.50,
fax 01.43.35.59.80 / propose
des cours tout public, notam­
ment "Les principes d'une éco­
logie chrétienne", par Florence
Eibl : 6 séances le samedi (10h­
12h), les 10 et 24 novembre, 1er
et 22 décembre, 12 et 26 janvier
2008. Prix : 96 e. www.ipc­as­
so.com [email protected]­asso.com
✔ L’ensemble de mandoline
baroque "Artemandoline" pré­
sente des œuvres de Vivaldi,
Brescianello, Scarlatti, Castello...
le mardi 27 novembre (20h30
dans l'église des Billettes, 22,
rue des Archives, 75004 Paris.
Tarifs : 20 e / 15 e (tarif
réduit). Réservations : Editions
Jade / Mathilde Dubois ✆ 01.
44.50.59.25 / 06.67.35.01.18 /
[email protected]
✔ Les Franciscaines répara­
trices de Jésus­Hostie, 127
av. de Villiers, 75017 Paris,
✆ 01.43.80.38.12 vous invitent
à leur "Vente de Charité" (servi­
ces brodés, art religieux, papeterie,
parfumerie, confiserie, librairie, jouets,
linge de maison, tricots...) , du 15
au 19 novembre (à partir de 10h)
[S'inscrire pour les repas, il n'y a
pas de repas le lundi 19].
✔ A l'auditorium Jean­Paul II,
de la Bibliothèque polonaise de
Paris, 6 quai d'Orléans, 75004
Paris, une rencontre proposée
par Guy de Thé (président de l'Aca­
démie Européenne des Sciences, des
Arts et des Lettres) et Pierre Zaleski
(président de la société historique et
littéraire polonaise) aura lieu le 10
novembre (18h­21h) sur le thème
"Musique des mots et des cou­
leurs". Rens. ✆ 01.55.42.83.83,
fax 01. 46.33.36.31.
✔ Le 7e salon du Mariage et de
la Fête aura lieu les 16, 17 et 18
novembre (10h­19h) à l'espace
Champerret, place Champerret,
75017 Paris. Entrée 10 e. Défilés
de mode à 12h, 15h, 17h. Rens.
www.salonmariagefete.com
Bas-Rhin
✔ Du 23 (9h30) au 25 novembre
(17h), une "Formation à l'accom­
pagnement spirituel personnel"
est prévu à la Communauté
du Puits de Jacob, 12, rue des
Dentelles, 67000 Strasbourg,
✆ 03.88.22.11.14, fax 03.88.32.
40.65/[email protected]
site : www.puitsdejacob.com
Côte-d'Or
✔ "La doctrine sociale de l'E­
glise : un humanisme chrétien",
conférence de Michel Coquillion
(Vice­Président de la CFTC, et du
Conseil Economique et Social), le
15 novembre (20h30) dans l'am­
phithéâtre du Centre universi­
taire catholique de Bour gogne
(CUCDB), 69, av. Aristide­Briand,
21000 Dijon, dans le cadre
du cycle des conférences de
l'Association Renaissance, ✆ 03.
80.66.87.44. Entrée libre.
Hauts-de-Seine
✔ Le 10 novembre (15h­17h),
une conférence "Les Khatchkars
d'Arménie : quand la foi s'ins­
crit dans la pierre", autour de
la projection d'un documen­
taire "Les Khatchkars entrent
au Louvre", est prévue dans
les salons de la Médiathèque,
6 place du Château Ste­Barbe,
92260 Fon tenay­aux­Roses,
avec Patrick Donabédian (profes­
seur d'histoire de l'art), et Alain Tyr
(auteur du documentaire) . Entrée
libre. Rens. ✆ 01.41.13.52.01 ou
01.40.91.00.62. www.accolades­
armenie.net
Pas-de-Calais
✔ Le Foyer de Charité, BP 105, 62240
Courset, ✆ 03.21.91.62. 52 pro­
pose une retraite du 26 novem­
bre au 2 décembre "Suivre Jésus
avec Charles de Foucauld",
avec le père Etienne Ducornet.
Une halte spirituelle est pré­
vue le 15 novembre (9h30­16h)
"Voyager dans la Bible", avec
✂
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Homélies et discours du Saint­Père
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(*****)
(*) France métropolitaine et DOM uniquement - (**) Pour les personnes n’ayant jamais été abonnées. (***) Dans la limite des stocks disponibles. (****) Le
préciser dans un courrier séparé. (*****) France métropolitaine uniquement. CNIL N° 678405 - Loi informatique & liberté du 6/01/78 : vous disposez d’un
droit d’accès et de rectification aux informations vous concernant. Par notre intermédiaire, vous pouvez être amenés à recevoir des propositions d’autres
entreprises. Si vous ne le souhaitez pas, il suffit de nous écrire ou de nous téléphoner et il en sera tenu compte immédiatement.
BLOC-NOTES
le père Xavier Géron. Courriel :
[email protected]
site : www.foyer-courset.fr
Saône-et-Loire
✔ Une retraite Biblique sur le
thème "Le Cœur de Jésus" se
déroulera du 30 novembre au
2 décembre, prêchée par le
père Jean-Rodolphe Kars, aux
Sanctuaires de Paray-le-Monial,
BP 104, 71603 Paray-le-Monial
Cedex, ✆ 03.85.81.62.22.
[email protected]
Savoie
✔ Du 7 au 9 décembre, à Stras­
bourg, un temps de rencontre
dans la fête, l’échange et la prière
autour d’adultes handicapés
mentaux est prévu "Accueillir
notre humanité", avec Jean
Vanier. Ouvert à tous. Rens.
Association des Amis de l’Ar­
che en Alsace, Claire Pauly,
✆ 03.88.82.18.93, http://arche.
alsace.free.fr
Var
✔ Les Missionnaires du SaintSacrement (Institut fondé par Mgr
Dominique Rey évêque de FréjusToulon), proposent un temps de
retraite et de ressourcement de
5 jours sur le thème "Pourquoi
ado­r er le Saint-Sacrement au­­
jourd'hui?", animé par le Père
Ludovic Lécuru, au monastère
de Sainte-Marie-Madeleine,
route de Barjols, 83470 SaintMaximin-la-Sainte-Baume, du
21 (18h) au 25 novembre (14h).
Chaque jour : messe, enseigne­
ment, temps d'adoration eucha­
ristique. Pèlerinage à la grotte de
sainte Marie-Madeleine. Rens. ✆
06.23.11.23.17/[email protected]
✔ Au Sanctuaire Notre Dame de
Grâces, 83570 Cotignac, le 1er
week-end du cycle de formation
"Marche dans la lumière" est
organisé les 17 et 18 novembre.
Au programme, philosophie
"Avons-nous une âme ?" ; Théo­
logie "Le Christ : vrai Dieu ?
Vrai homme ?" ; Théologie spiri­
tuelle "L’accompagnement spiri­
tuel, est-ce nécessaire ?". Rens./
insc. Foyer de la Sainte Famille,
✆ 04.94.04.65.28 / association.
[email protected]
Yonne
✔ Au centre Sophie Barat, 11
rue Davier, 89300 Joigny, ✆ 03.
86.92.16.40, http://centre.barat.
free.fr des rencontres sont pro­
posées sur le thème «Apprendre
à prier sans se retirer de la vie
quotidienne». La première (des
5 rencontres) aura lieu le 28
no­vembre (19h30-21h), avec Sr
Solange Kauffeisen (rsj).
Yvelines
✔ Au Foyer de Charité la PartDieu, 108 rue de Villiers, 78300
Poissy, ✆ 01.39.65.12.00, une
retraite sacerdotale est orga­
nisée, du 18 au 23 novembre,
"L'Evangile avec Madeleine Del­
brêl" présidée par Mgr Gérard
Daucourt et animée par le père
Gilles François (président de l'as­
sociation des amis de Madeleine
Delbrel).
Ecrivains catholiques
✔ L'Association des écrivains
catholiques tiendra son Salon
du livre 2007, le 21 novembre
(14h30-19h30) à la Mairie du VIe
78 rue Bonaparte, 75006 Paris.
Plus de 70 auteurs participent
à cette vente-dédicace. Rens. :
AEC, 82 rue Bonaparte, 75006
Paris, ✆ 01.43.29.03.65 (perma­
nence lundi de 15h à 18h).
Union pour la Vie
✔ Le douzième colloque de
l’Union pour la Vie aura pour
thème, dans la perspective des
États Généraux de la Santé,
"Petites cellules... grands espoirs ?
La vie au prix de la vie", le 20
novembre (18h30-22h), à la Salle
Rossini, 8 rue de l’Annoncia­
tion, 75016 Paris, avec Michel
Berger (président de l’Union Pour
la Vie), Alexandre Varaut (avocat
à la Cour de Paris), Nicolas Forraz
(biologiste, docteur de l’Univer­
sité de Londres) , Jean Sevillia
(journaliste,écrivain)... Inscriptions :
aocpa Choisir la vie, 6 square
du Trocadéro, 75116 Paris, ✆/fax
01.53.70.84.27. Tarifs : ménage
20 e, individuel 15 e, étudiant
5 e (Chèque à l’ordre de l’UPV).
Créée en 1993, l’Union Pour la
Vie (31 rue Rennequin, 75017
Paris, ✆ 01.47.66.21.91) réunit
20 associations dont l’objectif est
de préserver le caractère sacré de
toute vie humaine et la dignité de
la procréation.
Œuvre d’Orient
✔ Les prochains événements de
l’Œuvre d’Orient sont prévus :
le 27 novembre (19h) à l’ASIEM,
à Paris, avec une table ronde «La
situation des chrétiens irakiens
au Proche-Orient», animée par
Jean-Marie Guénois (chef du ser­
vice Religion de La Croix) avec la
participation d’évêques d’Irak,
de Turquie, de Jordanie et de
Syrie ; le 13 décembre (18h30)
à la Fondation Cino del Duca,
à Paris, vente aux enchères
d’œuvres d’art au profit du
Li­ban ; du 19 au 29 mai 2008,
pèlerinage en Terre Sainte sous
la direction de Mgr Philippe
Bri­zard (directeur général). Rens.
✆ 01.45.48.54.46 / oeuvre.
[email protected]
Pour passer un communiqué,
contactez : [email protected]
fax : 01.46.30.04.64 ou inscrivez-le
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France, 6 mois : 58‑ / 1 an (47 numéros) : 110‑ / Etranger, 1‑an‑:
122‑. Abon­nement sou­tien : 250‑. Pour la Bel­gique, virements à
l'ordre de E. Ker­khove, chaus­sée de Dottignies 50 7730 Es­taimpuis,
tél. 056.330585, compte ban­caire‑: 275.0512. 029.11.
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bancaires libellés en euros et pa­yables en France ou par chèques ban­
caires domiciliés à l'étranger mo­yen­nant une surtaxe de 18 , ou par
carte bancaire via le site internet www.france-catholique.fr ou par
téléphone : 01 46 30 37 38. Le journal ne rem­bourse pas les abonne­
ments interrompus du fait de l'abonné / Ne paraît pas en août.
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Tarif : la ligne de 35 lettres : 6‑. Domiciliation : 9 . Commu­niqué dans le
bloc-notes, forfait : 20‑
➥ Offres d'emplois. Adressez votre candidature à
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22.22.05, fax 01.58.22.22.49 - après avoir consulté le
site : www.ecclesia-rh.com
- Responsable de la communication du sanctuaire
Notre-Dame du Laus, proximité de Gap (05). Bac + 2,
expérience 10 à 20 ans. Animé par un Recteur et une
équipe de 4 prêtres, le sanctuaire souhaite intégrer
un nouveau salarié en qualité de Responsable de la
Communication. Poste à pourvoir le 1er janvier 2008.
Réf. : NDL01.
- Assistant(e) du service parrainage à l'association
Enfants du Mékong. Niveau Bac + 2. 2 à 5 ans d'expé­
rience. A Asnière-sur-Seine (92). Réf. : EDM06.
- Directeur des études Classes préparatoires du lycée
catholique Saint-Joseph du Loquidy à Nantes (44).
Niveau Bac + 5. Expérience 10 à 20 ans. Réf. : SJL01.
➥ Région parisienne : pour couverture, charpente,
maçonnerie, peinture ; tuile, ardoise, zinguerie ; net­
toyage de toiture et façades ; pose de vélux ; clô­
ture et toiture en alluminium, contactez "rc couverture" et demandez votre devis gratuit au tél./fax :
01.69.07.31.39, portable : 06.33.21.86.45.
➥ A louer appartement à Tignes Val Claret (110 m211/13 personnes) au pied des pistes, grande terrasse au
soleil, 3 salles de bains, 3 wc, hors vacances scolaires
parisiennes. Prix selon la période (1000 à 1800 e/
semaine). Tél. 01.47.09.03.37.
➥ Cède au plus offrant collection de la revue Ecclesia,
n°1 au n° 128 (1949 à 1959), tél. 02.98.95.87.75.
FRANCE CATHOLIQUE - hebdomadaire
N° Commission Paritaire de la Presse : 1011 C 85771 valable jusqu'au 31 octobre 2011
CNIL : 6778405
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édité par la Société de Presse France Catholique,
s.a. au capital de 377.376 euros. - 418 382 149 R.C.S. Nanterre
Président : Hervé Catta - Directeur gl., dir. de la publication : Frédéric Aimard (✆‑06.
08.77.55.08) - Conseiller‑de la direction : Robert Masson - Editorialiste‑: Gérard
Le­clerc - Rédaction : Anne Montabone - Tugdual Derville - Ludovic Lécuru - Secrétaire
de rédaction : Brigitte Pondaven - Abon­nements/Compta­bilité‑: Marie-José Carreira.
Imprimé par ippac-Imprimerie de Champagne, ZI les Franchises, 52200 Langres
Les documents envoyés spontanément ne sont pas retournés.
France Catholique est une marque déposée à l'Inpi.
http://www.france-catholique.fr
FRANCECatholique n°3092 9 novembre 2007
39
pub france catho nov 2007
30/10/07
14:20
Page 1
« Olivier Germain-Thomas est un des derniers écrivains voyageurs. »
Patrick Poivre d’Arvor, LCI - Place aux livres.
« Ce livre allie la beauté de l’écriture et la justesse de la vision. »
Alfred Eibel, Valeurs Actuelles.
« Suivez les traces d’Olivier Germain-Thomas ! Cet infatigable voyageur raconte son périple dans
un ouvrage aussi amusant qu’instructif. »
Anna Topaloff, Marianne.

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