Jupilles sur les traces du sabot

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Jupilles sur les traces du sabot
Maine Libre (semaine 31)
Jupilles sur les traces du sabot
Dans les réserves de Carnuta, des centaines de sabots parlent d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. En ces
temps-là, les habitants de Jupilles fabriquaient des chaussures en bois.
Au pied du grand escalier qui mène dans les salles obscures du musée trône un immense sabot sculpté à la tronçonneuse. Pointure
indéterminée. « Pour les enfants, on dit que c’est le sabot du géant de la forêt », sourit Sandy Servant avec un air complice et malicieux.
Les gosses raffolent de cette légende moderne, construite par les animatrices de Carnuta, sur une histoire bien fondée à Jupilles. Celle
du sabot.
« Un sabot reconnaissable par sa rosace »
Cette chaussure un peu coriace est le symbole de la commune du Sud-Sarthe, située au cœur de la forêt de Bercé. « Ici, les gens ont
toujours travaillé le bois. Et, pour cause, ils avaient la matière première à proximité », raconte la responsable de la Maison de l’homme
et de la forêt à Jupilles, qui a ouvert ses portes au cours de l’année 2010. Carnuta n’oublie pas et les réserves du musée rappellent, si
besoin est, que les habitants de la bourgade étaient des spécialistes de la fabrication du sabot. « Au début du XXe siècle, il y avait 1200
habitants à Jupilles (contre moins de 600 aujourd’hui, NDLR). » À cette époque, 400 personnes environ travaillaient le sabot. « C’était
familial, les hommes façonnaient tandis que les femmes faisaient la déco. »
Le sabot de Jupilles, que les chineurs pourront encore trouver au grès de brocantes ou de bric-à-brac, est « reconnaissable à sa
rosace ». Cette jolie fleur sculptée au-dessus du sabot est typique du soulier en bois conçu en terres jupilloises. On utilisait alors le
hêtre, l’orme, le frêne, le noyer. Jamais le chêne, bien trop dur pour nos tendres pieds.
Dans les coulisses de Carnuta, des centaines de pièces, transmises de génération en génération, raconte la petite histoire du sabot de
Jupilles. Cette collection peu ordinaire a été constituée par le foyer rural de la commune, qui a tenu pendant des années l’ancien musée
du bois.
Malin le braconnier !
En replongeant dans les cartons, Sandy Servant a retrouvé quelques spécimens remarquables, comme ces sabots de braconnier avec
l’empreinte à l’envers pour mieux tromper la « maréchaussée ». Du sabot brut au soulier plus raffiné, la chaussure en bois se décline à
l’infini. « Celui-ci, c’est le must, présente Sandy, il a du caoutchouc en dessous pour faire la semelle et une petite lamelle de cuir au
dessus pour plus de confort. »
Le XXe siècle s’est écoulé. La botte a damné le pion au sabot. « Et maintenant, on a les Crocs pour aller au jardin ! » Le sabot a disparu
de nos pieds et de la circulation. Quoi que… « j’ai vu des Hollandais venir à Carnuta avec leurs sabots », sourit Clotilde à l’accueil.
Natacha LONGERAY
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