Avis sur l`interférence de relations sexuelles, amoureuses, ou de

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Avis sur l`interférence de relations sexuelles, amoureuses, ou de
Avis éthique – Dysphagie
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AVIS
du
Comité d'éthique clinique
sur
l'interférence de relations
sexuelles, amoureuses, ou de liens
affectifs dans les relations
professionnelles
25 mars 2010
TABLE DES MATIÈRES
PRÉAMBULE ........................................................................................................................ 3
Rôle et composition du Comité d'éthique clinique..................................................... 3
INTRODUCTION ................................................................................................................... 4
QUELQUES DONNÉES STATISTIQUES ....................................................................................... 4
L'IMPORTANCE D'ÉTABLIR ET DE RESPECTER DES FRONTIÈRES THÉRAPEUTIQUES ........................ 5
LES DOMMAGES DE TELLES RELATIONS SUR LES CLIENTS.......................................................... 6
LES CONSÉQUENCES POSSIBLES POUR LES INTERVENANTS ........................................................ 8
LES MOYENS DE PRÉVENTION POUR LES INTERVENANTS .......................................................... 8
LES RESPONSABILITÉS DES COLLÈGUES ET DE L'ÉTABLISSEMENT .............................................. 10
AVIS COMPLÉMENTAIRE SUR L'INTERFÉRENCE DE D'AUTRES TYPES
DE LIENS AFFECTIFS DANS LES RELATIONS PROFESSIONNELLES ............................................... 12
CONCLUSION .................................................................................................................... 13
Références : ..................................................................................................................... 14
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PRÉAMBULE
Rôle et composition du Comité d'éthique clinique
Le Comité d'éthique clinique du CSSS d'Antoine-Labelle a été créé au printemps 2006 et
il a commencé à se réunir en décembre 2006. Sa mission est la suivante :
Le Comité d’éthique clinique constitue un forum multidisciplinaire qui contribue à
sensibiliser, éclairer et guider le milieu quant à l’importance et à la façon de
considérer les questions éthiques dans la prise de décision et l’administration des
soins et services aux usagers.
Au moment de la production du présent document, le comité était composé des
personnes suivantes :
- Jacinthe Campeau, travailleuse sociale, services courants
-
Odile Deshaies, infirmière pivot – Oncologie et soins palliatifs
Jocelyne Forget, directrice à la qualité des services, présidente du comité
Marcel Grenier, proche d’un usager
Lynda Lachaîne, médecin
Réjean Soucy, éducateur spécialisé– RAC en santé mentale
Toutefois, la docteure Lynda Lachaine s'est retirée du comité au début de 2010, et n'a
donc pu participer activement aux travaux. Ses réflexions et commentaires nous ont
cependant alimentés et soutenus.
Les membres du comité tiennent, par ailleurs, à souligner la collaboration de madame
Danielle Rochon, responsable du Centre de documentation, pour son précieux soutien
dans la recension des écrits qui ont servi de base au présent avis.
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INTRODUCTION
Le phénomène des relations sexuelles ou des relations amoureuses qui se développent
dans le cadre de relations "intervenant/client" est loin d'être récent et, même si le sujet
est encore tabou, il est beaucoup plus fréquent que l'on ne croit.
Malgré que tous les codes de déontologie et codes d'éthique le condamnent, malgré
toutes les conséquences négatives prévisibles, beaucoup trop de professionnels
franchissent la ligne de l'inacceptable.
De même qu'aucun intervenant n'est à l'abri de devoir, un jour, faire face à ce type de
tentation, aucun établissement n'est à l'abri de devoir prendre des mesures face à des
comportements qui enfreignent les règles d'éthique établies. Le CSSS d'Antoine-Labelle
a d'ailleurs été confronté à quelques-unes de ces situations.
En conséquence, le Comité d'éthique clinique a voulu, par cet avis, aborder ouvertement
un phénomène jusqu'à ce jour gardé sous silence, et en traiter à la fois sous l'angle des
responsabilités de chaque intervenant et des responsabilités de l'établissement. De plus,
au-delà de se prononcer sur les comportements à éviter, le comité a aussi voulu guider
les intervenants dans la mise en place de moyens pour réduire le risque de se retrouver
dans de telles situations problématiques.
L'avis est donc divisé en sept parties : quelques données statistiques sur la fréquence de
ce type de relations; l'importance d'établir et de respecter des frontières thérapeutiques;
les dommages sur la cliente (ou le client) de telles relations; les conséquences pour les
intervenants; les moyens de prévention pour les intervenants; les responsabilités des
collègues et de l'établissement face à de telles relations. À la fin de l'avis, a aussi été
ajoutée, en complément, une prise de position face à d'autres types de liens affectifs qui
peuvent interférer dans les relations professionnelles "intervenant/client" ou
"supérieur/subalterne".
QUELQUES DONNÉES STATISTIQUES
Les membres du Comité d'éthique clinique ont été frappés par l'ampleur du phénomène
et, notamment, par sa fréquence. Ainsi, "selon des sondages anonymes menés aux ÉtatsUnis, entre 6 et 9 % des psychiatres et médecins sondés ont admis avoir eu une fois un
comportement de nature sexuelle à l'égard d'une personne utilisant leurs services. Chez
les psychothérapeutes, la prévalence des inconduites sexuelles se situe à environ 8 %
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chez les hommes et 2 % chez les femmes thérapeutes. On estime qu'environ la moitié des
psychiatres et psychologues évalueront et/ou traiteront dans leur carrière au moins une
personne qui aurait été sexuellement agressée, abusée ou exploitée par un professionnel
de la santé et santé mentale". (Ravart, 2007)
Boisclair et Trofimoff (2003) citent pour leur part des études qui établissent que parmi
l'ensemble des cliniciens, 10 à 12 % d'hommes et 1 à 3 % de femmes ont eu un
rapprochement sexuel avec la clientèle. Ajoutons aussi qu'une enquête a démontré que
80 % des thérapeutes qui ont connu un rapprochement sexuel avec un client récidivent.
Enfin, certaines études (in : Boisclair et Trofimoff, 2003) mentionnent aussi que 87 % des
psychothérapeutes aux États-Unis disent avoir senti de l'attraction envers un client (95 %
des hommes et 76 % des femmes), même s'ils n'ont jamais pensé sérieusement avoir des
relations sexuelles.
En réalité, peu importe le contexte dans lequel s'établit la relation d'aide, aucun
professionnel n'est à l'abri de ressentir un jour une attirance quelconque (sexuelle ou
autre) pour un client. Il importe donc de bien se prémunir contre le risque d'un passage
à l'acte qui peut s'avérer très dommageable.
L'IMPORTANCE D'ÉTABLIR ET DE RESPECTER DES FRONTIÈRES
THÉRAPEUTIQUES
La littérature est très claire sur l'importance d'établir des frontières thérapeutiques et de
faire en sorte que ces frontières soient respectées. Nous dégagerons ici les éléments
majeurs qu'il faut retenir à cet égard.
Dans les relations d'aide, nous retrouvons une personne qui demande de l'aide et une
autre qui l'offre. Cette structure fait que le demandant se place volontairement sous le
pouvoir de l'aidant; ce qui implique nécessairement une relation de pouvoir dans un
contexte plus ou moins profond selon le désespoir du demandant et la capacité, réelle ou
perçue, de l'autre pour résoudre son problème (Guggenbuhl-Craig, 1971, in : Boisclair et
Trofimoff, 2003).
Toute relation thérapeutique est une relation de soumission d'un souffrant envers
quelqu'un qui est perçu comme capable de soulager cette souffrance. Les relations
professionnelles sont donc inégales puisque l'un est vu comme l'expert et l'autre comme
la personne ayant une problématique.
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En d'autres termes, l'aidé est dans un état de vulnérabilité et d'influençabilité, accordant
sa confiance à un aidant qui dispose d'une expertise pour le guider et le soutenir dans la
résolution de ses problèmes. Les relations sexuelles ou amoureuses qui se créent dans un
tel contexte ne sont donc pas équitables. Il y a un déséquilibre de pouvoir lié à
l'influence du thérapeute, aux effets du phénomène transférentiel, aux connaissances
souvent limitées des clients quant aux conséquences et aux problèmes potentiels d'une
relation plus intime avec leur thérapeute. Dans un tel contexte, il est impossible pour le
client de consentir clairement à une telle relation.
De plus, ce déséquilibre de pouvoir se maintient même après la fin de la relation
proprement thérapeutique, ce qui rend non réaliste le développement d'une relation
intime exempte d'ambigüité et de préjudices. C'est pour cette raison que certains codes
de déontologie établissent un délai, ou balise temporelle, après la fin de l'intervention
(ex : deux ans pour l'Ordre des psychologues du Québec).
Lorsqu'une personne demande de l'aide à un professionnel, elle s'attend à être traitée
dans son meilleur intérêt. Comme le dit si bien Ravart (2007), "elle n'a certainement pas
besoin de se préoccuper des sentiments et des besoins de son thérapeute. En agissant de
façon sexuelle et en transformant une relation thérapeutique en une relation sexuelle et
amoureuse, un psychothérapeute ne respecte pas le rôle et le cadre thérapeutique qu'il
doit maintenir et préserver comme professionnel. Il trahit la confiance de la personne
utilisant son service et abuse de son pouvoir, influence et rôle pour retirer des gains
personnels. Ainsi, il perd le respect, la distance, l'indépendance, le désintéressement et
son intégrité en tant que professionnel."
Selon Beauchesne et Boisclair (2007), le but de la relation amoureuse et celui de la
relation thérapeutique ne sont pas compatibles. Lorsqu'il y a transgression des frontières
thérapeutiques, les besoins et les intérêts du ou de la client(e) ne sont pas pris en
considération comme ils le devraient. Les conséquences sont alors très importantes pour
la personne qui croyait obtenir une aide efficace à la résolution de son problème.
LES DOMMAGES DE TELLES RELATIONS SUR LES CLIENTS
Les conséquences pour les clients qui sont impliqués dans de telles relations sont
énormes. Ainsi, on estime que 90 % des victimes de telles relations abusives vivent des
séquelles. Diverses études ont même permis d'identifier un "syndrome de la relation
sexuelle thérapeute/cliente" qui est constitué de dix effets négatifs ou conséquences,
dont l'intensité peut varier, et qui peuvent parfois se prolonger pendant plusieurs
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années. Beauchesne et Boisclair (2007) résument ainsi les conséquences reliées à ce
syndrome :
1. L'ambivalence du patient face au thérapeute abuseur. D'un côté, le client ressent de
la colère, de la peur, de la rage face au thérapeute. De l'autre, il éprouve de l'affection, de
l'amour, de la gratitude pour ce même thérapeute, souvent la seule personne qui s'est
intéressée à lui. Cette ambivalence est similaire à celle vécue par les femmes victimes de
violence conjugale ou par les victimes d'inceste, qui, alternativement, veulent fuir
l'abuseur et le protéger.
2. Le sentiment de culpabilité vécu par la victime. Bien que cette culpabilité soit sans
fondement, il reste que le client est porté à prendre la responsabilité des abus sexuels, et
même à se sentir coupable.
3. Le sentiment d'isolement et de vide pouvant l'amener à s'isoler et à penser qu'elle est
la seule à qui arrive un tel abus.
4. La confusion sexuelle caractérisée par le fait que la victime expérimente divers
comportements sexuels compulsifs et destructeurs pour elle-même ou encore qu'elle
perçoive toute relation sexuelle comme la reviviscence de la victimisation sexuelle qu'elle a
vécue. De plus, cette confusion sexuelle peut être responsable du fait que la victime
s'empêche d'investir dans d'autres relations amoureuses et sexuelles saines hors du cadre
thérapeutique.
5. L'augmentation de la difficulté de faire confiance. La relation thérapeutique nous
amène à partager avec le professionnel les aspects les plus privés de notre existence, ce qui
implique un degré élevé de confiance. À la suite d'un abus sexuel, le client devient plus
méfiant face à lui-même et aux autres, particulièrement face aux professionnels.
6. La confusion dans le sentiment d'identité et des rôles respectifs reliée à la violation
des frontières thérapeutiques. La victime devient confuse sur sa valeur, son sens de
l'identité et les rôles qu'elle adopte dans ses interactions sociales.
7. L'envahissement émotif caractérisé souvent par le fait que la victime peut se sentir
submergée par ses émotions et même sombrer dans un état psychotique.
8. La rage réprimée, qui peut être expliquée par trois facteurs : la force et l'influence du
thérapeute abuseur qui réfrène l'expression d'émotions négatives, l'ambivalence du client
et sa culpabilité.
9. Le risque de suicide souvent associé à la désillusion résultant de la fin de la relation.
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10. L'apparition de difficultés dans les fonctions cognitives, particulièrement en ce qui a
trait à l'attention et à la concentration.
D'autres conséquences sont aussi susceptibles d'apparaître, telles qu'un sentiment
d'impuissance, une diminution de l'estime de soi de la victime l'amenant à se percevoir
de manière négative, un évitement des activités qui lui rappellent des souvenirs
difficiles, le sentiment d'être "spéciale" pour le professionnel, créant souvent un conflit
lorsqu'elle rencontre un autre patient qui le consulte, des souvenirs perçus comme
envahissants et douloureux, des cauchemars souvent répétitifs, des problèmes de
consommation excessive d'alcool, de drogues, de nourriture, etc.
LES CONSÉQUENCES POSSIBLES POUR LES INTERVENANTS
Selon les diverses études, les intervenants qui ont eu un rapprochement sexuel avec la
clientèle vivent aussi des conséquences négatives reliées à ce type d'abus. Lapierre et
Valiquette (1989) rapportent les principales conséquences suivantes :
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des difficultés conjugales;
de l'anxiété et de la confusion autant au plan personnel que professionnel;
des risques de poursuite devant les tribunaux, au criminel, pour abus sexuels;
des risques de poursuite, au civil, pour abus de pouvoir ou incompétence
professionnelle;
des risques de sanctions (allant jusqu'à une radiation permanente) du comité
de discipline de leur corporation professionnelle, si la victime formule une
plainte.
À noter également que les avis de radiation ou de "limitation d'exercice d'activités
professionnelles" sont publiés par les Conseils de discipline des ordres professionnels.
Il importe donc pour chaque professionnel d'être bien sensibilisé au risque qu'il encourt
pour lui-même de franchir les frontières thérapeutiques.
LES MOYENS DE PRÉVENTION POUR LES INTERVENANTS
Pope et Vasquez (in : Boisclair et Trofimoff, 2003) résument très bien notre position :
sentir de l'attraction n'est pas une transgression éthique; mais, se rendre compte de cette
attraction et l'adresser promptement, avec attention et adéquatement, est une
responsabilité éthique importante.
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En d'autres termes, comme le dit Ravart (2007), il n'est pas anormal de ressentir une
attirance, voire même du désir sexuel, à l'égard de certains clients. Par contre, la manière
dont cette attirance est gérée par l'intervenant peut avoir un effet positif ou négatif sur la
personne traitée, la relation thérapeutique et la qualité du traitement.
L'intérêt du client exige que l'intervenant contienne ses sentiments et qu'il maintienne sa
distance et son objectivité, afin d'éviter de passer des sentiments à l'action.
Dans bien des cas, l'intervenant ne cherche pas consciemment à abuser son client
lorsqu'il transforme la relation thérapeutique en une relation amoureuse et/ou sexuelle.
Souvent, les transgressions des frontières thérapeutiques se font graduellement, de façon
insidieuse; elles se manifesteront, par exemple, par des révélations privées et non
pertinentes à la thérapie de la part de l'intervenant, par des compliments et
commentaires séducteurs, par des touchers et caresses non sexuels, par le prolongement
de la durée des séances, par des rendez-vous à l'extérieur du bureau ou en dehors des
heures régulières, etc.
Pour toute personne intervenant dans le domaine de la santé physique ou
psychologique, le risque de dépasser un jour les frontières thérapeutiques est présent. Il
importe donc d'être conscient de ce risque et de bien identifier ses vulnérabilités, ainsi
que les dangers encourus, afin de prendre les moyens de prévention nécessaires. Selon
Lapierre et Valiquette (1989), "la mise en place de frontières et de limites, maintenant la
relation d'aide dans son champ propre, est la seule responsabilité du professionnel.
Faillir à cette responsabilité ou encore vouloir faire partager cette responsabilité avec la
cliente est un abus de pouvoir."
Qu'il s'agisse de prévenir ce genre de situation ou d'en arrêter l'évolution, qu'il s'agisse
d'un sentiment unilatéral ou partagé, qu'il s'agisse d'une situation hétérosexuelle ou
homosexuelle, à notre avis, l'intervenant a les moyens d'y faire face adéquatement en
respectant les règles suivantes (adapté de Forget, 1990) :
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se forcer à prendre un recul continuel, régulier sur ses actes, ses attitudes, ses
relations (par exemple, à la fin de chaque journée ou de chaque rencontre), afin
d'éviter d'être déjà trop pris dans la situation au moment où on se rend compte
que quelque chose se passe;
être constamment à l'écoute de soi, de ses émotions, de ses intuitions; se
"regarder aller" afin de pouvoir saisir rapidement ce qui se passe;
en parler au fur et à mesure; éviter de refouler ou de nier les émotions
ressenties ou exprimées; éviter de trop "laisser aller" les situations sans tenter
de clarifier ou de ventiler, par la parole:
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o identifier les personnes-ressources avec lesquelles on se sent à l'aise et en
confiance et les utiliser;
o apprendre à ne pas parler seulement de faits, mais aussi de "feelings", de
sentiments imprécis, d'intuitions;
o bénéficier de l'écoute de l'autre (ne serait-ce que pour se faire écho) pour
clarifier ce qui se passe, ce qui se vit;
ne pas tenter de couper l'émotion mais plutôt tenter de la canaliser autrement :
on ne peut modifier l'émotion mais on peut modifier la façon de la vivre;
préciser, d'abord pour soi, puis avec quelqu'un d'autre (superviseur, supérieur,
collègue, ou autre personne de confiance), ce qui peut être vécu et ce qui ne
doit pas l'être, compte tenu du contexte (relation amorcée dans un contexte
professionnel); bien évaluer toutes les retombées, pour soi et pour le client, à
court, à moyen et à long termes, des attitudes qui seront adoptées (ne pas
perdre de vue qu'il s'agit de la décision d'une personne en autorité, impliquant
une personne en état de vulnérabilité);
établir une stratégie pour clarifier avec le client ce que sera la relation et ce
qu'elle ne sera pas; l'intervenant doit être bien préparé à un tel type de
démarche : tenir compte à la fois des caractéristiques de la personne concernée
et du type de relation amorcée pour déterminer quand et comment cette
clarification devra se faire (une clarification verbale n'est pas toujours indiquée
ni nécessaire; l'adoption de certains comportements et certaines attitudes
claires peut suffire).
Hétu (in : Forget, 1990), pour sa part, considère que face à l'éventualité d'une
implication affective ou sexuelle avec l'aidé, l'aidant fait face à trois défis :
"D'abord, demeurer en contact avec ses propres besoins et ses propres fantaisies dans
sa façon de vivre sa relation avec son aidé. Ensuite, apprécier le besoin affectif
immédiat de son aidé et le sien dans le contexte de l'ensemble de la vie de son aidé et de
la sienne propre. Enfin, à plus long terme, aménager sa propre vie de manière à ce que
ses besoins personnels d'intimité affective et sexuelle soient comblés d'une façon
satisfaisante et régulière ailleurs et autrement que dans son travail d'aidant." Il
ajoute également : "Les aidants qui se verraient aux prises avec ce type de
questionnement ou d'expérience ne devraient pas hésiter à solliciter une supervision
sur cette question."
LES RESPONSABILITÉS DES COLLÈGUES ET DE L'ÉTABLISSEMENT
Étant donné qu'il est clairement établi que ces relations comportent un caractère abusif,
elles ne peuvent donc être tolérées. Lorsque de telles situations sont portées à sa
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connaissance, tout professionnel ou tout gestionnaire a le devoir moral de prendre les
moyens à sa disposition pour que cesse le comportement abusif et pour prévenir la
répétition de tels actes.
Mais, quels sont ces moyens ?
1. Si la victime se confie elle-même à un autre professionnel de l'établissement :
l'informer du caractère abusif de ce type de relation (ex : lui transmettre de la
documentation à cet égard et l'accompagner dans sa compréhension de cette
documentation 1 ), puis lui conseiller de porter plainte et la soutenir dans sa
démarche; à noter qu'une plainte formelle peut contribuer à éviter la répétition de
tels comportements avec d'autres clients.
2. Si l'intervenant en cause se confie lui-même à un collègue ou à un supérieur :
tenter de lui faire prendre conscience du caractère abusif de la relation et lui
rappeler les risques de poursuites et de sanctions auxquelles il pourrait faire face;
à noter que depuis 1994, la question de l'inconduite sexuelle des professionnels
commise aux dépens de leur clientèle a été enchâssée dans la loi par la création
d'une infraction spécifique à cet égard; le libellé en est le suivant : "Constitue un
acte dérogatoire à la dignité de sa profession le fait pour un professionnel, pendant la durée
de la relation professionnelle qui s'établit avec la personne à qui il fournit des services,
d'abuser de cette relation pour avoir avec elle des relations sexuelles, de poser des gestes
abusifs à caractère sexuel ou de tenir des propos abusifs à caractère sexuel." (L.R.Q.,
chapitre C-26, Code des professions, art. 59.1).
3. Si les faits sont rapportés par une tierce personne à un collègue de l'intervenant
en cause : parler directement à l'intervenant en cause (voir point précédent) ou
transmettre l'information à la personne la mieux placée pour intervenir.
4. Si une personne en autorité est informée de la situation : d'abord s'assurer, de
façon prioritaire, que quelqu'un intervienne adéquatement auprès de la personne
abusée (voir point 1 ci-haut); puis, rencontrer ou s'assurer que quelqu'un
rencontre le professionnel concerné (voir point 2 ci-haut).
À noter que si la victime est mineure, l'article 39 de la Loi sur la protection de la jeunesse
rend obligatoire le signalement au DPJ d'une telle situation. Pour les adultes, ce type
1
Selon l'ordre professionnel concerné, il est possible de se procurer des documents conçus à cette fin. Par exemple,
sur le site web du Collège des médecins du Québec, la question de "l'intimité sexuelle entre médecin et un patient ou
une patiente" est traitée et il est précisé que pour le Collège, c'est "tolérance zéro". Une brochure traitant de ce sujet
et s'adressant aux victimes est aussi disponible en ligne.
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d'obligation n'existe pas et le recours aux ordres professionnels doit se faire sur la base
d'une plainte formelle du client en cause.
AVIS COMPLÉMENTAIRE SUR L'INTERFÉRENCE DE D'AUTRES TYPES
DE LIENS AFFECTIFS DANS LES RELATIONS PROFESSIONNELLES
Au cours des dernières années, différents questionnements, au plan éthique, nous ont été
soumis concernant les règles qui devraient s'appliquer dans l'exercice de certaines
fonctions, lorsque des liens affectifs existent déjà entre les personnes concernées ou, à
l'inverse, lorsque se développent des liens affectifs dans le cadre de certaines fonctions.
Les membres du Comité d'éthique clinique considèrent qu'il n'est pas dans leur mandat
et dans leurs compétences de se prononcer sur tous les types de relations "éthiquement"
acceptables ou inacceptables, dans un milieu de travail. Toutefois, afin d'apporter un
éclairage complémentaire à ce qui a été énoncé précédemment et dans le but de traiter de
la notion d'interférence dans un sens large, nous établirons quelques principes directeurs
pouvant guider la prise de décision dans certaines situations.
1. Dans une relation d'aide professionnelle, l'intervenant doit être en mesure de
disposer de la distance nécessaire pour mener à bien son intervention. Si les
sentiments ou les émotions qu'il ressent pour la personne auprès de laquelle il doit
intervenir risquent de lui enlever cette distance, ainsi que son objectivité, il est
préférable qu'il laisse un collègue fournir les soins et services requis par cette
personne. Cette règle s'applique à toute forme de liens affectifs (ex : liens
amoureux ou de parenté). Elle peut aussi s'appliquer à des fonctions de
supervision ou d'encadrement.
2. Afin d'éviter de se retrouver dans une situation problématique, tout intervenant
qui est appelé à dispenser des soins et services à une personne avec laquelle il a,
ou a eu, des liens affectifs, devrait en aviser son supérieur, avant d'entreprendre la
relation d'aide. La même règle devrait aussi s'appliquer à des fonctions de
supervision ou d'encadrement.
3. Chaque situation particulière où des liens affectifs peuvent interférer doit faire
l'objet d'une réflexion, voire d'une discussion, permettant de bien clarifier les
enjeux éthiques avant d'entreprendre l'épisode de soins ou de services.
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CONCLUSION
Le CSSS d'Antoine-Labelle s'est doté d'un code d'éthique dans lequel des engagements
sont pris à l'endroit des usagers et de leurs proches. Ces engagements visent,
notamment, la protection et la sécurité à assurer à ces personnes. Et notre responsabilité,
à cet égard, est d'autant plus grande qu'une partie importante de notre clientèle est dans
un état de vulnérabilité évidente lorsqu'elle bénéficie de nos services.
Le professionnalisme de chacun commande de bien prendre conscience de cette
responsabilité et d'exercer la vigilance requise pour ne pas franchir les frontières
thérapeutiques.
L'engagement de chacune des personnes qui œuvre au CSSS d'Antoine-Labelle, par
rapport au code d'éthique de l'établissement, commande également de ne pas fermer les
yeux sur de telles situations et de prendre les moyens à sa disposition pour les dénoncer.
Les membres du Comité d'éthique clinique rappellent à tous leur responsabilité à cet
égard.
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Références :
Beauchesne, A-K. et Boisclair, I. (2007). Les conséquences de l'intimité sexuelle dans un
contexte thérapeutique chez la victime. Les Cahiers de PV, avril, 14-16.
Boisclair, I. et Trofimoff, I. (2003). La transgression de la frontière thérapeutique :
amitié, amour, sexualité. Site de Infosexoweb, [En ligne].
http://blaf.ntic.qc.ca/fr/articles/isabelle_boisclair2.shtml
Code des professions (2000) L.R.Q., chapitre C-26, Éditeur officiel du Québec.
Collège des médecins du Québec (2008). L'inconduite de nature sexuelle – Relation
médecin-patient. Dépliant. [www.collegedesmedecins.qc.ca]
Forget, J. (1990). La relation d'aide – Aider les adolescents et les adolescentes en difficulté.
Montréal : Les Éditions LOGIQUES. 170p.
Lapierre, H. et Valiquette, M. (1989). J'ai fait l'amour avec mon thérapeute. Montréal : SaintMartin.
Levert, C. et Panaccio, M. (2001). Quand la jouissance se cherche. Revue de l'École Belge de
psycothérapie psychanalytique à médiations, vol 6, no 2.
Ordre des psychologues du Québec (2002). Éléments de clarification en ce qui a trait à
l'inconduite sexuelle. Fiche déontologique, vol. 3, no 2.
Ravart, M. (2007). Les thérapeutes abuseurs : stratégies d'évaluation et de traitement des
inconduites sexuelles professionnelles commises par les psychothérapeutes. Les
Cahiers de PV, avril, 71-72.

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