La fête de la saint Marcel à Barjols

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La fête de la saint Marcel à Barjols
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La fête de la Saint-Marcel à Barjols
Le texte qui suit est un tapuscrit de Victor Tuby conservé par le Service historique du
MuCEM sous la cote Ms 43.210. Il a été reçu par le Musée national des arts et traditions
populaires le 29 octobre 1938.
Victor Tuby (1888-1945) fut membre du Félibrige, mouvement littéraire provençal fondé en
1854 par sept poètes, dont Frédéric Mistral (1830-1914), pour défendre la langue d’Oc et les
cultures traditionnelles. Il fut aussi le fondateur de l'Académie Provençale de Cannes. Il
transforma d’ailleurs sa demeure cannoise en musée de la Provence Il fut enfin président de la
Fédération folklorique de France1.
Isabelle Gui, chargée d'études documentaires. Service des
collections du Musée des Civilisations de l'Europe et de la
Méditerranée. Juillet 2010.
13h50. Place de la Rouguière. Le bœuf boit à la fontaine (Ph.1954.17.85)
© MuCEM - P. Soulier
1
Guyonnet, Marie-Hélène. Une Provence éternelle : les musées félibréens. Ethnologie française, n°95, 2003-3,
p.391-397
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Une fête plusieurs fois millénaire
Chaque quatre ans, l'Académie provençale et la ville de Barjols célèbrent les 17, 18 et 19
janvier la fête millénaire du taureau. C'est l'antique culte de Mithra repris dans la religion
chrétienne sous le vocable du "Bœuf de Saint-Marcel".
Cette fête du taureau est la survivance d'un des plus anciens cultes méditerranéens. Le
taureau symbolisait la force fécondantes du soleil à l'époque où la nature s'éveille sous
l'influence des jours croissants.
Apollodore fait remontrer à l'an 542 avant Jésus-Christ l'introduction de ce culte en
Provence. Il explique qu'un navire fuyant Phocée assiégée par les Mèdes et les Perses vint
s'échouer dans un petit golfe de la côte provençale (non loin de Bandol). Les naufragés
bâtirent quelques maisons sur la colline avoisinante et donnèrent à ce lieu le nom de
"Tauroéis", en souvenir du taureau sacré qui décorait la proue de leur navire. La ville du
taureau, plus tard "Tauroentum" fut prospère jusqu'aux premiers siècles de notre ère.
Marseille grecque avait pris le taureau parmi ses emblèmes comme le prouve une monnaie
massaliote d'argent du IIe siècle avant Jésus-Christ, dite "la Drachme de Glanon", trouvée en
1824 à Saint-Rémy en Provence.
Le culte oriental du taureau dressa des autels de Crète en Ibérie, d'Egypte en Provence.
L'autel taurobolique de la crypte de l'église des Saintes Maries de la Mer est un précieux
vestige de cette époque païenne.
A leur tour les Druides fêtèrent la croissance des jours en immolant à Bel, dieu du Soleil, un
jeune taureau après l'avoir promené enguirlandé de feuillages et de fleurs. L'examen des
viscères du taureau suivait le sacrifice.
Le christianisme ne voulant pas se heurter à des coutumes si profondément enracinées, se
contenta de leur imprimer une marque nouvelle. La fête du taureau fut christianisée sous le
vocable de Saint-Antoine-Ermite.
Le roi Robert, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence (1309-1343) montra beaucoup
d'attachement aux usages de la ville de Barjols dans laquelle il fut élevé.
En 1350, la reine Jeanne répartit les reliques laissées par les Templiers à la suppression de
l'ordre. Celles de Saint Marcel échurent à Barjols. La translation des reliques eut lieu le jour
où se célébrait l'antique fête du taureau. A cette occasion les viscères de l'animal n'étant plus
utilisées depuis l'introduction du christianisme, était distribués aux pauvres et aux
"escholiers" pour leur permettre de fêter le grand saint Antoine.
"Pauvrille et escholiers" s'esbaudirent "tellement qu'ils suivirent la procession des reliques
en chantant, dansant et secouant les tripes qui devaient servir à leur festin.
Ainsi naquirent le chant et la danse populaire des "tripettes" traditionnellement reproduite
dans l'église paroissiale pendant les cérémonies religieuses des "Complies" et pendant la
procession.
A partir de 1350, la fête initiales des jours croissant prend nom de fête "des Tripettes" de
Saint Marcel. Les prières, la procession, les offices qui accompagnaient cette fête chrétienne
se sont fidèlement conservés du Moyen-Age à nos jours. La fête débute le vendredi par un
office du soir : "Les Complies", pendant lequel l'assistance chante et danse l'air des
"tripettes". Le samedi matin, grand'messe de Saint Marcel et bénédiction du bœuf ; l'aprèsmidi, bravade et procession du bœuf. Le dimanche matin messe des corporations ; l'aprèsmidi, mise en broche du bœuf sur la Grand'place de la ville.
Le magnifique taureau aux cornes dorées est roi de la fête.
Il est escorté du clergé, de la bravade, des corporations des bouchers, des cuisiniers, des
tripiers en tenue professionnelle et de toute la population dont une grande partie porte le
costume provençal.
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Le sacrifice du taureau n'a plus lieu en public. La mise à mort est faite en présence du Comité
des Fêtes, par les soins des bouchers dans un enclos décoré d'oriflammes et de guirlandes de
verdure, tel un sanctuaire. L'animal béni est ensuite dépouillé, placé sur un char triomphal
artistement paré de fleurs et de verdure et promené processionnellement dans toute la ville.
Enfin, au milieu des cris d'enthousiasme et des danses enfiévrées et obsédantes "des
tripettes", le taureau entier est mis en broche et rôti en place publique par plus de quarante
cuisiniers.
La survivance de cette antique tradition, épurée par dix neuf siècles de christianisme montre
que de tous les peuples, le provençal est celui qui sait le mieux se souvenir.
Pendant que rôtit le bœuf sur la place de la Rouguière, l'Académie Provençale exécute les
anciennes danses du terroir, qui étaient autrefois l'accompagnement obligatoire des fêtes de
Saint Marcel.
Cette fête du taureau attire une affluence considérable. Les Marseillais à qui F. Mistral a
rappelé dans le Trésor du Félibrige qu'un bœuf marchait autrefois en grand apparat à la tête
de la procession de la Fête de Dieu, ont continué de venir en foule s'associer aux traditions
millénaires des "tripettes" de Saint Marcel.
Tuby
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