La poèsie Sujets et plans possibles de dissertation 1

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La poèsie Sujets et plans possibles de dissertation 1
La poèsie
Sujets et plans possibles de dissertation
1Dans Le Secret professionnel (1922), Cocteau définit ainsi le rôle de la poésie : "Elle dévoile, dans toute la force
du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous
environnent et que nos sens enregistraient machinalement."
En vous référant aux textes du corpus, aux textes étudiés et à vos lectures personnelles, vous
commenterez ce propos.
II – La poésie comme dévoilement du langage
En poésie, les mots du quotidien prennent d’autres significations
1
–
le
refus
du
« langage- Apollinaire et l’invention de mots nouveau « l’absolvit » dans La
instrument » (Sartre)
Loreley » ou « à en râle-mourir » dans « Nuit rhénane
Le langage poétique renouvelle le Desnos et le détournement de formules communes dans « C’était un
langage ordinaire
bon copain »
2 – la musicalité apporte aux mots Dans tous les poèmes, le jeu des rimes, des assonaces et des
du
quotidien
une
toute
autre allitérations, du rythme
importance
3 - un langage imagé
Personnifications, métaphores et comparaisons donnent aux mots un
autre sens, une autre épaisseur
I – La poésie comme dévoilement du réel
La poésie permet d’exprimer de manière inédite le réel
1- La poésie comme redécouverte du
monde qui nous entoure
Apollinaire : la poésie de la ville dans « Zone »
J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l'avenue des Ternes
Francis Ponge : la poésie des objets ordianires, « Le pain »
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette
impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa
disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des
Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée
pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en
vallées, crêtes, ondulations, crevasses…
2 – La poésie comme redécouverte Exemples à prendre dans la poésie lyrique
des sentiments humains
Hugo et « Demain dès l’aube »
Les poètes expriment les sentiments Verlaine et « Mon rêve familier »
de tous les êtres humains mais d’une …
manière
plus
sensible,
plus
suggestive
3 – La poèsie comme redécouverte Exemples à prendre dans la poésie engagée
de la société et des problèmes
Hugo et Les Châtiments
Les poètes traduisent la réalité du Aragon et « Strophes pour se souvenir »
monde et aisni expriment les idéaux Éluard et « Liberté j’acris ton nom »
de l’humanité
2La
poésie
n’est-elle
qu’un
jeu
avec
(sur)
les
mots
et
le
langage
?
Vous répondrez à cette question en un développement composé, en vous appuyant obligatoirement sur les
textes du corpus, les textes que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.
I. La poésie joue avec le langage.
a) le jeu des sonorités et des rimes
b) les contraintes des formes fixes comme le sonnet
c) les images : métaphores, personnifications…
II. Mais la poésie a d’autres fonctions.
- La poésie comme expression des sentiments et de la subjectivité : la poésie lyrique
- La poésie peut aussi être engagement et message adressé aux hommes : la poésie engagée
- La poésie peut être contemplation et interrogation sur le monde et la vie : recueils de Siméon et de Fano
Dans « Les Ponts », Arthur Rimbaud met une terme à sa vision par cette phrase : « -Un rayon blanc, tombant
du haut de ciel, anéantit cette comédie »
En vous appuyant sur les textes d corpus et les poèmes que vous avez lus ou étudiéd en classe, vous vous
demanderez si la poésie nous éloigne du réel ou nous fait mieux percevoir la réalité.
I – La poèsie procède à un écart par rapport à la réalité vécue
a) elle fait entrer dans un monde épuré, idéalisé : Baudelaire, « Le flambeau vivant »
b) le poète lui-même se détache souvent de la réalité : Baudelaire « Invitation au voyage »
c) l’écart poétique réside dans l’utilisation faite du langage : tous les poèmes
II – Elle fait cependant percevoir la réalité
a) la poésie engagée fait prendre conscience des injustices bien réelles : Hugo et « Mélancholia »
b-) le poète redonne vie à la réalité la plus quotidienne : Apollinaire et « Zone »
c) le poète peut aussi faire réfléchir sur la condition humaine : le recueil de Pirotte, Un Bruit ordinaire
III - … et peut même révéler d’autres réalités, encore inconnues
a) la poésie est la transcription des rêves : Nerval, « Il est un air.. »
b) la subjectivité du poète est une réalité éclairante et fascinante : Baudelaire « Correspondances »
c) une reconstruction du monde grâce à l’image poétique : Éluard, « La terre est bleue… »
3En vous appuyant sur les textes du corpus mais aussi sur ceux de votre manuel, sur vos propres lectures et sur
les poèmes étudiés en classe, vous discuterez l’affirmation suivante, du poète Paul Valéry : « La poésie est
l’ambition d’un discours qui soit chargé de plus de sens et mêlé de plus de musique que le langage ordinaire
n’en porte et ne peut en porter. »
I.
La poésie est bien chargée de « plus de sens » que le langage ordinaire
A. Parce qu’elle s’intéresse à des vérités plus hautes, ou plus cachées.
B. Parce qu’elle attire notre attention sur les aspects les plus ordinaires du monde.
C. Parce qu’elle réfléchit sur le langage ordinaire et le met en question.
II.
Elle est « mêlée de plus de musique »
A. Elle rend sensible l’aspect musical du langage.
B. Elle met la musique au service du sens.
C. Elle va jusqu’à préférer la musique au sens.
III.
N’est-ce pas cette musique qui fait son sens profond ?
A. Elle sollicite notre affectivité qui est aussi un instrument de compréhension du monde.
B. Elle procure un plaisir qui est une fin en soi et lui donne son sens.
C. Il résulte de cette analyse que la valeur d'un poème réside dans l'indissolubilité du son et du sens
« le poème - cette hésitation prolongée entre le son et le sens » (Valéry)
Gérard Genette, dans Mimologiques : « Le propre de la prose est de toujours tolérer plusieurs formes pour un
seul sens ; celui du poème, inversement, de toujours proposer plusieurs sens sous une seule forme. »
4Dans sa Défense et Illustration de la langue française, le poète Joachim du Bellay a écrit : " Celui-là sera
véritablement le poète qui me fera indigner, apaiser, réjouir, douloir (1), aimer, haïr, admirer, étonner ; bref,
qui tiendra la bride de mes affections (2)
En prenant appui sur les textes du corpus, sur les documents en annexe, sur les poèmes que vous avez lus et
étudiés et sur votre culture personnelle, vous vous interrogerez sur cette déclaration et vous vous demanderez
si elle correspond à votre définition de la poésie
1 – douloir : souffrir ; 2 – affections : sentiments
I – La poésie lyrique : elle permet de traduire et de faire ressentir différents sentiments
a) expression de l’amour : voir corpus « le sentiment amoureux » et le poème « Elle était déchaussée,
elle était décoiffée »
b) expression de la mélancolie : voir corpus « le sentiment amoureux » et le poème de Du Bellay « Las, où est
maintenant ce mépris de fortune » ou celui de Verlaine : Ariette III, « Il pleure dans mon cœur ».
c) expression de la solitude : poème de Baudelaire « L’Albatros » ou celui de Corbière « Le Crapaud »
II – La poésie engagée : la poésie n’est pas seulement l’expression de sentiments personnels, elle vise aussi
à partager les opinions.
a) l’éloge: Hugo et son admiration pour Napoléon Ier et Aragon « L’Affiche rouge »
b) la dénonciation : Hugo et Napoléon III, Éluard « Dit de la force de l’amour », Agrippa D’Aubigné « Je
veux peindre la France une mère affligée »
c) la révolte : Hugo et « Souvenir de la nuit du 4 », Armand Robin « Le programme en quelques
siècles », Prévert « Barbara »
III – La poésie source d’émotions esthétiques :
a) toute poésie joue sur les mots, les sonorités : Apollinaire « Le Pont Mirabeau », Verlaine « Mon rêve
familier »...
b) elle joue sur les images, notamment les métaphores et les comparaisons : Baudelaire « Un hémisphère dans
une chevelure », Hugo « L’expiation »...
c ) elle joue sur la forme même du poème : Corbière « Le Crapaud » et parfois, s’échappe même de la forme
attendue : les Calligrammes d’Apollinaire
5Jean Cocteau définit dans les termes suivants l’effet que doit provoquer la poésie chez le lecteur : « lui montrer
ce sur quoi son cœur, son œil glissent chaque jour, sous un angle et une vitesse tels qu’il lui paraît le voir et
s’en émouvoir pour la première fois ».
Dans quelle mesure partagez-vous cette conception de la poésie ? Vous répondrez à cette question en un
développement argumenté, appuyé sur les textes du corpus, sur ceux que vous avez étudiés en classe et sur
vos lectures personnelles.
I. Une poésie à contre-courant ?
1. Une poésie qui n’hésite pas à utiliser différemment le langage, les mots.
2. Une poésie inscrite dans le quotidien, refusant les traditionnels sujets poétiques.
3. Une poésie qui peut ainsi explorer, jusqu’à l’excès, l’envers du réel, par exemple dans des expériences telles
que celle de Baudelaire dans "La charogne".
II. Une poésie qui refuse de survoler hâtivement le réel pour mieux « le voir et s’en émouvoir ».
1. Une poésie renouvelant le regard du lecteur grâce à la mobilisation de ses sens et de ses émotions : posésir
lyrique
2. Une poésie de la transfiguration qui oblige à s’ouvrir à des équivalences, qui privilégie l’image, l’analogie. Ex
: « Le pain », la langue ordinaire parle de la " croûte " du pain, mais omet le rapprochement avec celle de la
terre.
3. Une poésie du dévoilement qui vise à construire l’unicité de chaque expérience poétique : le sleen chez
Baudelaire.
III. Une conception poétique partagée par le lecteur ?
1. Une poésie qui nous offre la joie de recréer la réalité.
2. Une poésie qui fait appel non seulement à nos propres sensations, mais à une fraternité, une communion.
Force du lyrisme, y compris dans des formes très codifiées qui laissent le partage de l’intime affleurer. Exemple
: Louise Labé, « Je vis, je meurs… »
3. Une poésie de l’ouverture à une voix qui rejoint un combat universel, qui s’élève pour transcrire l’expérience
de la douleur propre à tous les opprimés, en empruntant la diversité des ressources propres au langage
poétique. Exemple : Victor-Hugo, " Où vont tous ces enfants ? "
6« Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée », écrit Rimbaud
dans Une saison en enfer. Dans cette phrase, Rimbaud se présente comme un « poète maudit ». Pensez-vous
que la poésie soit source de souffrance pour le poète ? N’est-elle que cela ? Vous appuierez votre réponse sur
des exemples précis.
I) Souvent la poésie est apparue comme la cause d’une souffrance :
1.
C’est son fondement mythique :
·
La poésie depuis ses origines est associée à la souffrance et au malheur. Le poète est le « voleur de
feu » celui qui brave les dieux au péril de sa vie.
·
Ex : Orphée, Prométhée
2.
De nombreux poètes ont évoqué les tourments d’être poète
·
Baudelaire développe l’image d’un poète incapable de vivre parmi les hommes dans le célèbre sonnet
« L’albatros » [Voir aussi « Bénédiction »]
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
3.
La poésie est source de souffrance par sa nature même
La création poétique se fait dans la douleur quand elle se refuse au poète. De nombreux poèmes évoquent « la
Muse » qui se refuse au poète. C’est « l’angoisse de la page blanche » dont parle Mallarmé.
·
Ex :
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !
II) Cependant de façon assez curieuse la poésie apparaît dans le même temps comme un remède à cette
souffrance.
1.
Elle apparaît comme la consolatrice, celle qui aide à surmonter le chagrin.
Ex : Elle aide le poète Hugo à faire le deuil de sa fille. « Demain dès l’aube » est autant la marque du chagrin
du poète qu’une façon de l’appréhender.
2.
La poésie marque une victoire sur soi
·
Aussi intense que soit la douleur, la poésie une fois achevée constitue la victoire du poète sur tout ce
qui le hante.
·
Le poème « El desdichado » de Nerval marque à la fois la souffrance et le dépassement de celle-ci :
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée
3.
Écrire un poème dans lequel on dit ne pas pouvoir écrire c’est encore écrire un poème
·
On voit bien comment la difficulté d’écrire, même si elle est réelle devient un topos littéraire (La poésie
du XIXe développe cette idée du poète tourmenté, en souffrance, condamné à tous les extrêmes pour toucher
au sublime de la poésie). C’est en soi un thème poétique et les poètes en jouent sans aucun doute : poème que
vous avez entendu interprété par les Ateliers du vent
Bon dieu de bon dieu que j’ai envie d’écrire un petit poème
[…]
la vache
il a foutu le camp
(Raymond Queneau, L’instant fatal)
III) D’où vient le pouvoir de la poésie ?
Si la poésie a un pouvoir, c’est parce qu’elle est d’essence magique. Ainsi, l’on parle du « chant » poétique, le terme
« chant » renvoyant à « l’enchantement », la formule magique, le sort. Or, cette formule magique se fonde sur deux
éléments : le pouvoir du rythme et celui des mots.
1.
Le pouvoir du chant par le rythme
·
En magie, la formule, l’enchantement se fonde sur le rythme*. De même, la poésie se fonde sur un
rythme qui agit sur le lecteur ou l’auditeur.
Ex. : Dans notre culture, le rythme propre de l’alexandrin nous est tellement familier que nous pourrions le
psalmodier, le chanter même sans les mots qui le composent. On « entend » la musique des vers de Racine autant
qu’on écoute les paroles des personnages. Penser à la façon dont la tragédie se jouait encore au début du siècle
2.
Le pouvoir du chant par les mots
·
Comme le rythme, les mots ont un pouvoir incantatoire. La poésie a ceci de magique qu’elle leur
redonne leur force première, elle les rend « agissants ».
Ex : Le long poème « Le bateau ivre » de Rimbaud que vous avez entendu interprété par les Ateliers du vent dont
le sens nous échappe à diverses reprises n’en possède pas moins un pouvoir évocateur puissant. Même si (ou parce
que ?) les images dépassent notre faculté intellectuelle, elles agissent sur nous
(Extrait)
Comme je descendais les fleuves impassible
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs
(…)
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !
3.
La poésie permet de toucher à l’indicible
La poésie (comme le mythe de Prométhée le rappelle) appartient aux dieux et non aux hommes. Y accéder, c’est
accéder au pouvoir des dieux. C’est, pour les mortels, toucher pendant un instant à l’éternité, c’est voir l’invisible,
entendre l’indicible. Un poème est un peu d’éternité dans un monde soumis au temps.
Ex : le poète Queneau, avec son humour particulier évoque ce mystère :
Ça a toujours kekchose d’extrême
un poème
(Queneau, L’instant fatal)