ROBE DE SOIE

Commentaires

Transcription

ROBE DE SOIE
100 e Année. — N° 10
N° 5,210.
Vendredi 4 Mars 1892
JOURNAL HEBDOMADAIRE, POLITIQUE, JUDICIAIRE, COMMERCIAL & LITTÉRAIRE
Paraissant le Vendredi
ABONNEMENT
RÉDACTION
Ph. RBMILLY, imprimeur-éditeur
Rédacteur en chef
l, Ramp»
de
Coupe-Jairet, VIENNE (Isère)
Prochainement , novs commencerons la
publication en feuilleton d'un intéressant
ouvrage :
ON
MARIAGE .A L'ETRANGER
PAR
M"° Marie
MARÉCHAL
*>->*■*-■■•.«r.—
.
■
Nouvelles locales et régionales
MM.Faye, Sarnette, Tî ani oy et Verguet
lieutenants aux 115', 113" et 53" territorial,
sont promus capitaines et affectés au 109* teririorial à Vienne.
M. Dormoy, professeur de mathématiques
au collège rie Vienne, est nommé principal du
collège de La Mure, (Isère).
M. Ruffier, professeur d'enseignement secondaire au collège de Valence, est nommé
professeur d'histoire au collège de Vienne.
Un congé d'inactivité est accordé pendant
l'année 1892, à M. Grimard, professeur au
Collège de Vienne.
Les opérations du Conseil de révision pour
1892, commenceront dans toute la France, le
21 mars courant. Elles devront être terminées
le 15 juin prochain.
M. Bonnefond , fils de M. E. Bonnefond,
horticulteur, chevalier du mérite agricole, à
Vienne, vient d'obtenir le diplôme d'arboriculture au concours ouvert par l'association
horticole lyonnaise, qui a eu lieu le 28 février
dernier , dans l'établissement horticole de
M. Cl. Jacquier fils, à Lyon-Mouplaisir.
Nous enregistrons avec plaisir le nouveau
succès de M. Bonnet' ind fils, et nous lui adressons. nos félicitations les pius sincères.
FEUILLETON
DU MONITEUR VIENNOIS
Vendredi 4 Mars 1892
AWVWnvWVW<V\ VVWWWV IWVS WWWVVl WVWWVN V i/WWWkWWWWV
ROBE DE SOIE
PAR
MARCEL
ÉTlENNE
Et tout, dans la façon de vivre de ces deux
pauvres femmes, était à l'unisson de cette
modestie et de cette simplicité. Les deux
jeunes gens, le dimanche, ne sortaient pas
seuls dans Paris, car la vieille grand'mère
marchait difficilement, et le brave Louis
Morel n'aurait pas voulu que Rose ne se
promenât qu'avec lui, tant il tenait qu'elle fût
considérée et respectée. Une ou deux fois par
an seulement, on se donnait le luxe de monter
en vagon, pour aller en tamille manger un
melon sur l'herbe, au bois de Vincennes, ou
tirer des macarons à la foire de Saint-Cloud.
Voilà quelles étaient alors les joies, les
fêtes de la petite Rose. Ah ! si elle avait su
garder ses goûts simples, sa résignation
naïve, et ses pauvres petites toilettes d'alors,
sa médiocrité, son bonheur 1
II
Il ne fallut qu'une misérable robe de soie
bleue pour causer tout le désastre.
Isère et départements limitrophes. Un an 6 fr.
Autres départements,
un an 7 fr.
A l'expiration du terme d'abonnement, il continuera de plein droit, sauf avis contraire.
On s'abonne à Vienne, au bureau du journal,
et dans tous les bureaux de Postes, sans aucuns frais. — Les abonnements se paient d'avance.
On reçoit les Annonces à Vienne,
journal.
ANNONCES
Diverses, la ligne
0 40
Judiciaires id. ,
0 25
Les annonces répétées ou à l'année se traitent
A Paris, aux
agences: Havas;
au Bureau du
Blavette; Portebos;
Q. Roques, etc.; à la Société de Publicité.
A Lyon, à l'agence Fournier.
à forfait.
Les manuscrits insérés ou non, ne sont pas rendus
M. Clamaron, débitant à Vaugris, près des
Roches-de-Condrieu, vient d'organiser un tir
qui s'ouvrira dimanche 6 mars et continuera
les dimanches suivants.
Des primes de 10, 30, 30, 40, 60, 80 et 100
fr. seront distribuées aux meilleurs tireurs. La
distance de la cible est de 1 40 mètres.
Mercredi, vers 7 heures du matin, la locomotive d'un train de marchandises a déraillé
à la gare de Vienne. Le train ne marchait pas
à une vitesse très forte, de sorte que les vagons
sont restés sur les rails.
On a envoyé une autre machine de Lyon et
je train a pu continuer sa route.
L'Abbé Guétal, notre distingué compatriote
vient de mourir à Grenoble, à la suite d'un
érysipèle survenu au commencement de la
semaine dernière.
LeDauphiné perd en lui le peintre inimitable de ses montagnes et des neiges de ses pics,
et Vienne, sa ville natale, un de ses plus chers
enfants.
Né àVienneenl841,l'AbbéGuétal s'adonna
de bonne heure ù la peinture avec passion.
Longtemps ignoré, des œuvres magistrales le
révélèrent enfin au monde des arts, et son
tableau le Lac de L' Echauda, acquis par la
ville de Grenoble, et qui lui valut une haute
récompense au Salon, le fit classer parmi les
maîtres delà peinture. M. Guétal avait vingt
ans et était surveillant du petit séminaire du
Rondeau, à Grenoble, lorsqu'il se mit à étudier
la peinture. Travaillant seul et n'ayant jamais
eu de maître ni suivi de leçons, il eut, on le
comprend, des débuts difficiles. A force d'énergie et grâce à un labeur opiniâtre, il réussit à
devenir un des meilleurs peintres dauphinois.
Il s'était confiné dans un genre, la peinture
des Alpes, dont il rendait avec un rare talent,
l'agreste poésie; il se distinguait par une
grande largesse de touche et une extrême ha-
bileté de main. Pendant longtemps, il ne fut
bien connu et apprécié que dans la région;
mais, peu à peu, grâce à son talent, son nom
s'était répandu, et depuis quelques années il
était très estimé dans le monde des arts.
En 1886, il obtint une médaille de 3 S classe
au Salon de Paris.
En 1889, il envoya à l'exposition universelle
de Paris son Lac de V Echauda, qui lui valut
une seconde médaille d'argent. Meissonnier
ne cacha pas son admiration pour le peintre
dauphinois.
Celte récompense consacra définitivement
la réputation de M. l'abbé Guétal, dont les
tableaux furent depuis lors très recherchés
au point qu'il ne pouvait suffire à toutes les
commandes, et son succès ne fut pas seulement un succès d'estime, ce fut aussi un succès
d'argent.
Le Lac de L'échauda est aujourd'hui au
musée de Grenoble. M. l'abbé Guétal avait
reçu pour ce tableau des propositions brillantes qu'il refusa , préférant réserver cette
œuvre au musée de Grenoble, auquel il le
céda pour un prix modique.
Ces derniers temps, il travaillait avec un
autre peintre grenoblois , M. Hareux, à un
vaste panorama reproduisant les principaux
sites des Alpes dauphinoises. La mort ne lui a
pas permis de terminer cet important ouvrage.
C'est en allant exécuter sur place les études
nécessaires à la composition de ce panorama
qu'il a pris le germe de la maladie qui vient
de l'enlever.
Outre ses éminentes qualités de peintre,
M. Guétal possédait de grandes qualités d'esprit et de cœur. D'une générosité imcomparable, il a semé les bienfaits autour de lui sans
compter.
Le clergé diocésain perd en lui un de se3
membres les plus distingués.
M. l'abbé Guétal qui était chanoine de la
cathédaale de Grenoble, avait voulu conserver
ses humbles fonctions de professeur au séminaire du Rondeau, dont les élèves avaient
pour lui la plus vive affection.
Les funérailles de l'Abbé Guétal ont eu lieu
à Grenoble, mardi 1 er mars à 9 heures 1/2.
Toutes les notabilités de la Ville assistaient
à la cérémonie.
Après la messe chantée par M. le supérieur
Oh ! pourquoi cette funeste robe changeat-elle de propriétaire! Pourquoi ne fournitelle pas sa carrière, n'acheva-t-elle pas sa
destinée, sur les larges épaules et l'encolure
rebondie de Madame Bourrichon, l'épicière, à
laquelle elle était destinée?
Mais Madame, -ayant reçu pour sa fête ce
cadeau de Monsieur, n'en fut nullement satisfaite. Et tout en pesant ses pruneaux et en
rangeant ses boîtes de sardines, elle commu
niqua sa douloureuse déception à toutes ses
pratiques du quartier.
— 11 y a bien longtemps, c'est vrai, que,
pour ma fête ou mes étrennes, je demandais à
Bourrichon une belle robe, une nouvelle robe
de soie. Mais me serais-je jamais attendue à
ce qu'il allait choisir un taffetas tout simple,
d'un si drôle de bleu, qui ne fait pas le moindre effet à vingt pas de distance? On dirait de
la mousseline de laine, ou du cachemire, tout
au plus,., Oli ! les hommes I Ça se croit généreux, ça pense se mettre en frais, et ça n'a
pas le moindre goût... Ce que je voulais, ce
qu'il m'aurait fallu, c'était une belle robe de
satin merveilleux, ou bien de soie changeante,
reluisante, voyante : vert de mer, par exemple, ou gorge de pigeon Mais cette étoffe-ci !
Elle m'ira mal, je n'en veux pas, je la déteste I
Tiens! une idée! je pourrai avoir tout de
même une robe gorge de pigeon; je mettrai
celle-ci en loterie.
Madame Bourrichon était une femme de
parole. Ce qui fut dit fut fait. Les quatre-vingtdix billets de rigueur turent promptement
places par l'épicière, chez les locataires de la
maison et chez ses clienls du faubourg. Rose
et moi, nous en primes chacune un, non point
par désir d'avoir la robe, mais bien sous
l'influence d'une lâche et seciète frayeur.
C'est que cette brave Madame Bourrichon
— qui savait fort bien, à l'occasion, se rendre
redoutable — ne se serait certes pas fait
scrupule de mettre, plus que de raison, de la
chicorée dans son café et de la cendre dans
son poivre, si nous avions refusé de prendre
part à sa petite combinaison.
Seulement, une fois le billet pris, l'argent
donné, j'oubliai complètement la robe de soie
bleue. J'avais déboursé mes deux francs pour
l'acquit de ma conscience, et dans l'intérêt
uniquement de ma propre sécurité.
Je pense que, dès le début, ma voisine
partageait à cet égard ma quiétude et mon
indifférence, car ses petits doigts ne cessaient
de manier, toujours gaiement, toujours diligemment, le pinceau et la palette. Sa jolie
voix, souple et légère, accompagnait encore,
toujours joyeuse, toujours vibrante, le doux
murmure de la fontaine et les trilles perlés de
l'oiseau.
Cependant, un matin, je m'aperçus que
quelque chose d'inusité se passait chez ma
voisine.
Rose ne travaillait pas ainsi qu'elle le faisait d'ordinaire à cetle heure. La grand'mère
n'était pas encore sortie de sa chambre, et il
me semblait l'entendre appeler sa petite-fille
de sa voix chevrotante, et demander son
déjeuner.
Qu'était donc devenue Rose? Etait-elle
couchée? était-elle sortie?... Moi-même, je me
hasardai à l'appeler une ou deux fois. Peine
inutile : Rose ne paraissait point.
A la fin cependant, grâce à un rayon de
soleil qui vint sourire a sa mansarde, je vis
son ombre vive et mignonne se dessiner sur le
mur.
Cette ombre n'était pourtant pas immobile
ni songeuse, comme auraient pu le faire croire
ce silence et cette immobilité. Bien au
contraire, l'ombre était fort active.
Elle penchait, puis relevait la tête; elle
pliait et écartait les bras, semblait chercher à
son côté, ou relever quelque objet, devant elle
étendu à terre.
A la fin, de plaisir, Rose joignit les mains,
fit un saut de joie et m'apparut en plein soleil,
le regard radieux, les lèvres souriantes et les
joues empourprées, traînant après elle les
longs plis chatoyants d'une pièce de soie bleue
qui miroitait au soleil.
— Quel bonheur! J'aurai de quoi faire une
belle jupe bien large, bien ample 1 s'écria-t-elle.
Et un corsage ouvert, avec un petit gilet! Et
un beau petit mantelet pareil, avec une ruche
autour du cou, et un volant dentelé !
Au milieu de ses transports, elle m'aperçut,
s'arrêta brusquement, rougit. Puis, la joie du
triomphe l'emportant, elle reprit bien vite :
« J'ai la robe, voyez-vous, c'est moi qui l'ai
gagnée ? .. J'avais le numéro 18 : le chiffre de
mon âge. Je vous avais fien dit qu'il me
porterait bonheur. »
O pauvre petite. Rose aux yeux bleus!
comme elle était heureuse et triomphante !...
Je ne sais pourquoi, en ce moment, sa gaieté
me fit mal, et sa grande joie me fit peur.
— Mais... est-ce que vous pensez garder
cette robe? balbutiai-je. Vous avez si peu de
loisirs 1 Vous ne la mettrez pas souvent.
■-? Oh! que si!... J'aurai peut-être plus
d'occasions île m'habiller qu'il ne vous semble.
Cette annéfc l'été est si beau ! Nous irons
encore à Asmères, après la fête de Vincennes...
Toute cette nuit, j'y ai bien pensé, vrai. Je
me suis demandé si cela était bien raisonnable.
— En effet, repris-je aussitôt, il y a là de
quoi réfléchir.
— C'est qu'on a tiré la loterie hier soir,
continua précipitamment Rose, qui ne parut
pas m'entendre. Et à neuf heures et demie,
Madame Bourrichon est venue m'apporter la
robe.
(A suivre)
A ujourd't.ui, vers une heure, au moment de
l'arrivée du tramway à la station de la demilune, un cheval d'un escadron de hussards
revenant d'Estressin prit peur et se lança
dans la Gère, au rond-point du quai St- Louis,
envoyant son cavalier eu avant dans le fide
d'une hauteur d'environ quinze mètres, et,
roulant ensuite sur lui, pour aller s'immerger,
tandis que le militaire s'enfonçait dans le sol
mouvant en cet endroit.
Ce malheureux soldat a été conduit immédiatement, d'abord au restaurant Falquet où
un cordial lui a été donné, ensuite à la pharmacie Couston où il a été ausculté, et où on
a reconnu qu'il n'avait aucune fracture.
Après avoir reçu un réconfortant, ce militaire a pu regagner le quartier à pied.
Quant au cheval qui avait été entrainé au
Rhône, i! a pu regâgner la rive à la hauteur
de la deuxième platte, et n'a parait il aucun
mal.
Demain samedi 5 mars, la Fanfare SaintMartin donnera le concert annuel offert à ses
Membres honoraires, dans la salle du Théâtre.
Samedi a eu lieu au Cercle du Jeu-dePaume le bal de cbaité organisé par la jeunesse
de Vienne, avec le concours des Membres du
Cercle. Charmante d'entrain et des plus
brillantes, cette splendide soirée a pleinement
couronné les efforts des organisateurs, qui
tous ont rivalisé de zèle pour en rehausser
l'éclat.
L'orchestre habilement dirigé par M. Jules
Buisson, dont le talent tst si justement
apprécié du public viennois, a été fort goûté
dans l'exécution de ses nombreux morceaux,
dus pour la plupart à la compositon de ce
jeune maître, dont les valses vives et entraînantes rappelant, par leur brio, celles des
tziganes, font honneur à son sens musical et à
sa fine originalité.
Conformément aux prescriptions d'une circulaire de M. le ministre de la guerre, les
cultivateurs qui auront l'intention de solliciter
le concours de la main d'œuvre militaire (travailleurs ou permissionnaires), devront faire
parvenir leurs demandes motivées, aux chefs
de corps intéressés, avant le 15 avril de chuque année, par l'intermédiaire du préfet.
Ils indiqueront la nature des travaux à
exécuter et la date à laquelle ils désirent que
les travailleurs ou les permissionnaires se
se rendent à leur domicile.
Une Célébrité Viennoise