Modélisation du processus de croissance de la masse monétaire

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Modélisation du processus de croissance de la masse monétaire
Modélisation du processus de croissance de la masse monétaire
Une approche originale en termes de flux de crédits et de remboursements de crédits
Edouard Cottin-Euziol1
Résumé : La quantité de monnaie en circulation dans l’économie augmente avec l’émission
de crédits créateurs de monnaie et diminue avec leurs remboursements. Si une riche littérature
analyse les variations de la masse monétaire, peu d’études toutefois s’appuient sur les flux de
crédits et de remboursements de crédits. Nous proposons dans cet article d’estimer
théoriquement ces grandeurs, à partir d’un modèle présentant une analyse simplifiée des
mécanismes de création et destruction monétaire. Les résultats obtenus varient fortement en
fonction du taux de croissance de la masse monétaire et des durées de remboursements des
crédits. Ils révèlent l’importance de la prise en compte des remboursements de crédits dans
l’analyse des variations de la masse monétaire. Pour un taux de croissance de la masse
monétaire de 5% par an, proche du taux cible fixé par la Banque Centrale Européenne, et une
durée de remboursement des crédits de 10 ans, les volumes de remboursement de crédits
représentent annuellement 16,8% de la masse monétaire. Les volumes de nouveaux crédits
doivent alors représenter annuellement 21,8% de la masse monétaire.
Mots clés : Théorie monétaire, création monétaire
1
Université de Limoges, Laboratoire d’Analyse et de Prospective Economiques (LAPE), 5 rue Félix Eboué,
BP3127, 87031 Limoges Cedex 1, France. E-mail : [email protected]
1. Introduction
Depuis la publication en 1911 du livre de Fisher « the purchasing power of money », il est
pleinement reconnu que le mécanisme du crédit aboutit à une création monétaire (Allais 1999,
p83). L’émission d’un crédit par une banque entraîne un accroissement de la masse monétaire
ex nihilo, et son remboursement une diminution. Une telle monnaie est qualifiée, du fait de
ses caractéristiques, de temporaire, d’endettement, ou encore de monnaie interne (Gurley et
Shaw, 1960). Elle se comporte comme un stock, soumis à deux flux : l’émission de nouveaux
crédits et le remboursement des crédits émis précédemment. Toutes les variations de la masse
monétaire (dM) dans une économie fermée peuvent donc s’interpréter en termes de flux de
nouveaux crédits émis (NC) et de remboursements de crédits (R). Si la masse monétaire
diminue, c’est que les flux de remboursements ont été supérieurs aux flux de nouveaux crédits
émis, et inversement si la masse monétaire augmente.
NC
dM
R
Cette affirmation reste vraie quel que soit le cadre d’analyse de la création monétaire choisi.
Lorsque la monnaie est supposée exogène, l’augmentation de la quantité de monnaie banque
centrale permet d’accroître la masse monétaire, car elle rend possible l’allocation de crédits
supplémentaires via le multiplicateur monétaire. Cette théorie permet d’expliquer l’essentiel
de l’évolution de la masse monétaire aux Etats-Unis (Mishkin, 2007). Lorsque la monnaie est
supposée endogène, l’évolution de la masse monétaire dépend essentiellement des demandes
de crédits émanant de la société (Rochon, 2001). Les variations de la masse monétaire sont
déterminées par les variations nettes de crédits détenus par les différents agents économiques,
c’est-à-dire par la différence entre les nouveaux crédits contractés et le remboursement des
anciens crédits.
Les théories proposées pour étudier et anticiper les évolutions de la masse monétaire ne
s’intéressent pas directement aux flux de crédits et de remboursement de crédits. Elles
reposent essentiellement sur des fonctions de demande de monnaie (Fisher 1911, Keynes
1936, Friedman 1956), qui établissent des corrélations entre les variations de la masse
monétaire, des variables réelles (revenu, richesse, ..), psychologiques et de coûts
d’opportunités de détention de la monnaie. La Banque Centrale Européenne prévoit
l’évolution de la masse monétaire en ayant recours à ce type de fonctions (S. Avouyi-Dovi et
alii, 2003 ; F. Drumetz et alii, 2006). Les variations de masse monétaire ne sont donc pas
déterminées à partir des flux de nouveaux crédits et de remboursements de crédits, mais à
partir de variables dont il est supposé implicitement qu’elles sont liées à une modification de
ces flux, puisqu’elles agissent sur le volume de monnaie en circulation.
Variables réelles,
coûts d’opportunité, ..
NC
dM
R
Nous pensons que les prévisions et analyses de l’évolution de la masse monétaire pourraient
être affinées en s’appuyant sur les flux de crédits et de remboursement de crédits. Les flux de
remboursements, en provoquant une diminution de la masse monétaire, interviennent
directement dans la détermination du volume de celle-ci. Peu d’études pourtant ont porté sur
les conséquences des remboursements de crédits sur la croissance de la masse monétaire. La
théorie la plus célèbre évoquant ce point est probablement la loi du reflux de Fullarton,
proposée en 1845 en pleine controverse entre la "banking school" et la "currency school"
(Fullarton, 1845). Les flux de nouveaux crédits sont également rarement étudiés. Les données
disponibles portent généralement sur les variations nettes des encours (Banque de France,
2008), différence entre les nouveaux crédits émis et le remboursement des anciens crédits.
Dissocier et estimer ces deux grandeurs permettrait d’apprécier directement leur importance
dans le processus de croissance de la masse monétaire et de bénéficier d’une meilleure
compréhension des mécanismes sous-jacents à la croissance de la masse monétaire.
L’étude des variations de la masse monétaire consisterait alors à estimer non plus une
fonction de demande de monnaie, mais une fonction de demande de crédits, à laquelle
seraient retranchés les flux de remboursements. Une telle approche permettrait d’apprécier de
manière directe les variations de la masse monétaire, comme une différence entre flux de
nouveaux crédits et flux de remboursement de crédits, tout en les expliquant par des variables
réelles, via l’estimation d’une fonction de demande de crédits.
Variables réelles,
coûts d’opportunité, ..
NC
dM
R
Cet article constitue un prélude à ce type d’étude. Nous allons modéliser le processus de
croissance de la masse monétaire, à partir des flux de crédits et de remboursements de crédits.
Cette modélisation nous permettra d’estimer théoriquement les volumes de crédits et de
remboursements de crédits lorsque la masse monétaire croît de manière régulière. Nous nous
appuierons pour cela sur un modèle présentant une analyse simplifiée des mécanismes de
création et contraction monétaire. Dans la section 2 nous présentons ce modèle. La section 3
est consacrée à l’étude d’un cas, étude que nous généralisons dans les sections 4, 5 et 6. Nous
concluons dans la section 7.
2. Modèle théorique et hypothèses
Le processus de création monétaire définit en introduction peut s’écrire, sous forme discrète,
de la manière suivante :
M t+1 - M t = NC t - R t
(1)
Avec M t la quantité de monnaie au début de la période t, NC t le volume des nouveaux
crédits contractés tout au long de la période t, et R t le volume des remboursements effectués
tout au long de la période t.
Nous supposons que l’économie est fermée et que l’Etat n’a aucun pouvoir en matière de
création monétaire. L’augmentation de la masse monétaire ne peut donc provenir que d’une
augmentation des crédits contractés.
Il existe deux catégories de crédits : les crédits dits créateurs de monnaie, émis
essentiellement par les banques commerciales et les crédits non créateurs de monnaie, que
n’importe quel agent économique peut émettre. La variable nouveaux crédits (NC) regroupe
ici uniquement les crédits créateurs de monnaie, les autres formes de crédits n’intervenant pas
dans le processus de création monétaire.
La variable remboursements des anciens crédits (R) correspond aux remboursements du
capital hors intérêts. Les sommes correspondantes aux charges d’intérêts ne sont pas détruites
lors du remboursement des crédits, elles ne participent donc pas au processus de contraction
de la masse monétaire.
Le volume des nouveaux crédits contractés dépend d’un certain nombre de variables, dont les
principales sont probablement le PIB, la conjoncture, la politique monétaire ainsi que le
niveau des taux d’intérêts. Le volume des remboursements dépend quant à lui des volumes de
crédits émis au cours des années précédentes.
NC t = f (PIB, conjoncture, prix, taux d'intérêt, politique monétaire)
R t = f (NC t-1 , NCt-2 , ...)
Nous supposons, par souci de simplicité, que tous les crédits ont les mêmes durées de
remboursements et que ces remboursements s’étalent à parts égales sur n périodes. Cette
hypothèse constitue une simplification importante de la réalité. Elle ne remet toutefois pas en
cause les mécanismes et principaux résultats que nous allons obtenir. Le volume des
remboursements effectués à chaque période, hors intérêts, est donc de :
1
1
1
NC t-1 + NC t-2 +...+ NC t-n
n
n
n
En insérant cette nouvelle hypothèse dans l’équation (1) nous obtenons l’égalité suivante :
Rt =
1
1
1

M t+1 - M t = NC t -  NC t-1 + NC t-2 +...+ NC t-n 
(2)
n
n
n

Les volumes de nouveaux crédits contractés seront alors soit calculés à partir d’hypothèses
émises sur la croissance de la masse monétaire, soit supposés proportionnels à la masse
monétaire pour chaque période.
Dans le premier cas de figure, nous supposerons que la masse monétaire croît à taux constant.
L’équation (2) peut alors se réécrire sous la forme suivante :
1
1
1

M t+1 - M t = NC t -  NC t-1 + NC t-2 +...+ NC t-n 
n
n
n

M t+1 = (1 + x) M t

1
1

1

 ⇒ x M t = NC t -  NCt-1 + NCt-2 +...+ NC t-n 
n
n
n



1
1
1
NCt-1 + NC t-2 +...+ NC t-n
NC t
n
n
n
⇒
= x+
(3)
Mt
Mt
Une fois les paramètres n et x, et les valeurs de M0 et R0 fixés, il est possible de déterminer les
valeurs des variables M, NC et R pour tout t. Nous nous intéresserons plus spécifiquement
aux valeurs des rapports
NC
R
NC
et
. Le rapport
représente le volume des nouveaux
M
M
M
crédits devant être émis chaque année, compte tenu des remboursements, pour permettre une
croissance de x% de la masse monétaire. Il est supérieur à x, car les nouveaux crédits émis
doivent non seulement permettre à la masse monétaire de croître, mais également
contrebalancer la diminution de la masse monétaire due aux remboursements des crédits
antérieurs. Le rapport
R
représente le volume des remboursements relativement à la masse
M
monétaire.
Dans le second cas de figure, le volume des nouveaux crédits émis est supposé proportionnel
à la masse monétaire. En insérant cette hypothèse dans l’équation (2), nous obtenons :
1
1
1

M t+1 - M t = NC t -  NC t-1 + NC t-2 +...+ NC t-n 
n
n
n

NC t = s M t

1
1

1

 ⇒ M t+1 - M t = s M t -  NC t-1 + NC t-2 +...+ NC t-n 
n
n
n




1
1
1
NC t-1 + NCt-2 +...+ NCt-n
M t+1 - M t dM
n
n
n
⇒
=
= s−
(4)
Mt
M
Mt
Une fois les paramètres n et s, et les valeurs de M0 et R0 fixés, il est possible de déterminer les
valeurs des variables M, NC et R pour tout t. Nous nous intéresserons plus spécifiquement
aux valeurs du taux de croissance de la masse monétaire
dM
R
et du rapport . Le taux de
M
M
croissance de la masse monétaire est inférieur au rapport
l’augmentation
de
la
masse
monétaire
liée
à
NC
=s , car une partie de
M
l’émission
de
nouveaux
crédits
est contrebalancée par la diminution de la masse monétaire liée aux remboursements des
crédits antérieurs.
La valeur de M0 définit l’ordre de grandeur du modèle, mais n’exerce pas d’influence sur les
rapports étudiés (
NC R
, ) et le taux de croissance de la masse monétaire. Nous la posons
M M
égale à 1. Les simulations indiquent que la valeur de R0 exerce une influence sur les valeurs
transitoires de
NC R dM
,
et
, mais n’influe pas sur leurs valeurs d’équilibre. Nous la posons
M M M
égale à 0, afin de pouvoir reconstituer depuis son origine le processus de croissance de la
masse monétaire.
3. Etude de cas
Avant de présenter l’ensemble des résultats obtenus, nous allons procéder à une étude de cas.
Cette étude permettra de mettre en évidence les mécanismes sous-jacents aux évolutions des
rapports
R
NC
R
dM
et
, puis des rapports et
.
M
M
M
M
Nous nous plaçons tout d’abord dans le cas de figure pour lequel n et x sont connus.
Le taux de référence de croissance de la masse monétaire dans la zone euro est de 4,5% par an.
Ce taux se rapproche de celui d’une « économie type », ayant 2% d’inflation et 3% de
croissance par an. Nous supposons pour notre étude de cas que la masse monétaire croît au
rythme de 5% par an.
Nous n’avons pas trouvé de données concernant la durée moyenne des crédits émis dans une
économie. La durée moyenne de remboursement des prêts immobiliers, qui constituent une
part importante des crédits émis (Banque de France, 2008) est d’une quinzaine d’années
(Demuynck J. et alii, 2008) en France. La dette négociable de l’Etat Français a une durée de
vie moyenne de 6 ans et 292 jours (Agence France trésor, bulletin N°224). Il existe par
ailleurs toute une panoplie de crédits allant de quelques mois à 50 ans. Nous choisissons ici
une valeur intermédiaire de 10 ans, que nous ferons ensuite varier entre 5 et 15 ans.
L’équation (3) sert de base à notre simulation.
La figure n°1 représente les valeurs des rapports
NC
R
et
obtenues au cours du temps. Nous
M
M
avons supposé que R0 = 0 et un taux de croissance de la masse monétaire de 5% par an. Par
conséquent, le ratio des nouveaux crédits émis la première année relativement à la masse
monétaire est également de 5%. L’année suivante, ce ratio augmente, car il doit permettre non
seulement à la masse monétaire de croître de 5%, mais également contrebalancer sa
diminution liée aux remboursements des crédits émis la première année. Le rapport
augmentera ainsi au fur et à mesure de l’augmentation de la part des remboursements
se stabilisera, tout comme le rapport
NC
M
R
, puis
M
R
, autour d’une valeur d’équilibre. Nous obtenons pour
M
ces deux rapports des valeurs d’équilibre respectivement de 21,8% et 16,8%. La différence
entre ces deux valeurs permet de retrouver le taux de croissance de la masse monétaire.
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95
NC/M
Figure 1 : Evolution des rapports
R/M
NC R
et
pour une croissance de la masse monétaire de 5% par an et
M
M
des durées de remboursements s’étalant à parts égales sur 10 ans
Une croissance de la masse monétaire de 5% par an nécessite, dans notre exemple, qu’à
l’équilibre le volume des crédits créateurs de monnaie émis annuellement représente plus
d’1/5e de la masse monétaire. La différence entre ces deux valeurs provient des volumes de
remboursements des anciens crédits, qui représentent à l’équilibre les ¾ des volumes de
nouveaux crédits. Si le rapport
NC
est inférieur une année à 21,8%, le taux de croissance de la
M
masse monétaire sera inférieur à 5% par an. S’il est inférieur à 16,8%, le taux de croissance de
la masse monétaire deviendra négatif.
Nous nous plaçons désormais dans le second cas de figure, pour lequel n et s sont connus.
Afin de pouvoir effectuer une comparaison avec le cas précédent, nous supposons que le
rapport
NC
vaut pour tout t 21,8% et que le remboursement des crédits s’effectue toujours à
M
parts égales sur 10 ans.
L’équation (4) sert de base à notre simulation.
La figure n°2 représente les valeurs des rapports
NC dM
et
obtenues au cours du temps. Nous
M
M
avons supposé que R0 = 0 et que le volume des nouveaux crédits émis représente chaque
année 21,8% de la masse monétaire. Par conséquent, le taux de croissance de la masse
monétaire au cours de la première année est également de 21,8%. L’année suivante le taux de
croissance de la masse monétaire diminue, puisque le rapport
NC
est toujours de 21,8% et
M
qu’une partie de l’augmentation de la masse monétaire due aux nouveaux crédits contractés
est contrebalancée par le volume désormais positif des remboursements. Le taux de croissance
de la masse monétaire diminuera ainsi au fur et à mesure de l’augmentation de la part des
remboursements
R
, jusqu’à ce que ces deux variables se stabilisent autour de valeurs
M
d’équilibres identiques à celles obtenues précédemment.
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65 70 75 80 85 90 95
R/M
dM/M
Figure 2 : Evolution du taux de croissance de la masse monétaire et du rapport
R
NC
pour
= 21,8% et
M
M
des durées de remboursements s’étalant à parts égales sur 10 ans
Les résultats sont identiques à ceux obtenus précédemment. Nous ne le ferons pas ici, mais on
peut vérifier que cela reste vrai quelles que soient les valeurs de n, s et x. Par conséquent,
nous nous contenterons dans les parties suivantes d’étudier le cas de figure où n et x sont
connus, les résultats du cas de figure où s et n sont connus pouvant en être directement inférés.
Dans les parties suivantes nous élargissons cette étude de cas, en faisant varier tout d’abord le
taux de croissance de la masse monétaire, puis les durées de remboursements, et enfin ces
deux paramètres conjointement.
4. Généralisation pour différents taux de croissance de la masse monétaire
Nous reprenons l’étude de cas précédente et faisons varier le taux de croissance de la masse
monétaire. Nous choisissons de faire varier le taux de croissance de la masse monétaire entre
1 et 15%, la majorité des devises mondiales croissant dans cet intervalle. La figure n°3
représente les valeurs d’équilibre des rapports
NC R
et obtenues pour les 15 cas étudiés.
M
M
0,35
0,3
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
R/M
Figure 3 : Evolution des rapports
09
0,
1
0,
11
0,
12
0,
13
0,
14
0,
15
08
0,
07
0,
06
0,
05
0,
04
0,
03
0,
02
0,
0,
0,
0
01
0
NC/M
dM/M
NC R
et
d’équilibre, pour des taux de croissance de la masse
M
M
monétaire variant de 1 à 15% et des remboursements s’étalant à parts égales sur 10 ans
Les volumes de nouveaux crédits émis relativement à la masse monétaire sont dans chaque
cas très supérieurs au taux de croissance de la masse monétaire.
Le rapport
NC
augmente à mesure que le taux de croissance de la masse monétaire augmente.
M
Il progresse très rapidement pour des taux de croissance de la masse monétaire relativement
faibles (<5%). Un taux de croissance de la masse monétaire de 3% par an nécessite ainsi que
le rapport
NC
soit supérieur à 15%. Ceci s’explique par le fait qu’une élévation du taux de
M
croissance de la masse monétaire requiert une augmentation des volumes de crédits contractés,
ce qui provoque une augmentation des volumes de remboursements. Deux forces s’exercent
alors dans le même sens et poussent à une forte augmentation des volumes de nouveaux
crédits à émettre relativement à la masse monétaire
NC
: l’augmentation du taux de
M
croissance de la masse monétaire et l’augmentation des volumes de remboursements à
effectuer relativement à la masse monétaire
R
.
M
En revanche, pour des taux de croissance de la masse monétaire supérieurs à 5%, la courbe
représentant l’évolution du rapport
et 0,9. Une élévation du rapport
NC
possède une pente inférieure à 1, comprise entre 0,8
M
NC
de 0,8 à 0,9 points permet donc une augmentation du
M
taux de croissance de la masse monétaire de 1 point. Ceci s’explique par le fait que plus la
masse monétaire croît à un rythme soutenu, plus la valeur des anciens emprunts, et donc des
remboursements présents, paraîtra faible relativement. Cette force l’emporte sur
l’augmentation en volume des remboursements, pour un taux de croissance de la masse
monétaire supérieur à 5%, ce qui provoque une diminution du rapport
R
. Une augmentation
M
du taux de croissance de la masse monétaire de 1 point provoque donc, malgré l’augmentation
des volumes de crédits et des volumes de remboursements, une diminution du rapport
l’ordre de 0,1 à 0,2 points. Ceci explique pourquoi l’augmentation du rapport
R
de
M
NC
, nécessaire
M
à une élévation de 1 point du taux de croissance de la masse monétaire, ne sera que 0,8 à 0,9
points, la différence provenant de la diminution relative du poids des remboursements.
Cette dernière remarque possède une conséquence directe, qui est que le rapport
R
ne varie
M
que très faiblement en fonction du taux de croissance de la masse monétaire. Ainsi, dans le
cas présent, pour un taux de croissance de la masse monétaire compris entre 3 et 15%, les
valeurs du rapport
R
se situent toutes entre 15 à 17%.
M
5. Généralisation pour différentes durées de remboursements
Nous reprenons l’étude de cas de la partie 3 et faisons varier les durées de remboursements de
5 à 15 ans. La masse monétaire croît au rythme de 5% par an. La figure n°4 représente, pour
les 11 cas étudiés, les valeurs d’équilibre des rapports
NC R
et .
M
M
0,4
0,35
0,3
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
0
5
6
7
8
9
10
NC/M
Figure 4 : Evolution des rapports
11
12
13
14
15
R/M
NC R
et
à l’équilibre pour un taux de croissance de la masse
M M
monétaire de 5% et des durées de remboursements allant de 5 ou 15 ans
Le nombre de périodes sur lesquelles s’étale le remboursement des crédits exerce une
influence considérable sur les rapports
NC R
et d’équilibre. Pour un taux de croissance de la
M
M
masse monétaire de 5% par an, les remboursements représentent entre 10 et 30% de la masse
monétaire, selon que les durées de remboursements varient de 5 à 15 ans. Les volumes de
nouveaux crédits à émettre devront alors représenter entre 15 et 35% de la masse monétaire.
Lorsque les durées de remboursements sont faibles, les volumes de remboursements sont tels
qu’il peut sembler difficile de parvenir à faire croître la masse monétaire sur le long terme.
Dans le cas présent, pour une durée de remboursement de 5 ans, les volumes de
remboursements représentent chaque année plus de 85% des volumes de nouveaux crédits.
L’augmentation des rapports
NC
R
et
induit par une diminution des durées de
M
M
remboursements peut se comprendre ainsi. Lorsque le nombre de périodes de remboursement
diminue, les volumes remboursés chaque année, pour une même somme empruntée,
augmentent. De ce fait les nouveaux crédits contractés devront être plus importants pour
permettre un même accroissement de la masse monétaire. Ces volumes plus importants de
crédits augmenteront les volumes de remboursements ultérieurs, qui nécessiteront en retour de
contracter d’avantage de nouveaux crédits les années suivantes. A l’équilibre, les valeurs des
rapports
NC
R
et
seront donc plus élevés à mesure que les périodes sur lesquelles s’étalent
M
M
les remboursements diminuent.
L’étude de l’évolution des rapports
NC R
et
pour différents taux de croissance de la masse
M
M
monétaire et différentes durées de remboursements a permis de dégager une vision plus large
des mécanismes sous-jacents à la croissance de la masse monétaire, lorsque celle-ci est
étudiée sous l’angle de l’évolution de ses contreparties. Nous présentons dans la partie
suivante les résultats obtenus lorsque les paramètres n et x varient conjointement.
6. Variation conjointe du taux de croissance de la masse monétaire et de la durée de
remboursements des anciens crédits.
Les figures 5 et 6 représentent l’évolution des rapports
NC R
et d’équilibre lorsque le taux de
M
M
croissance de la masse monétaire et les durées de remboursements varient conjointement.
Nous gardons les mêmes amplitudes que précédemment, à savoir un taux de croissance de la
masse monétaire variant de 1 à 15% et des durées de remboursements variant de 5 à 15 ans.
0,5
0,45
0,4
0,35
0,3
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
0
0,1
5
Figure 5 : évolution du rapport
10
0,01
15
NC
pour des durées de remboursements s’étalant à parts égales de 5 à 15
M
ans et des taux de croissance de la masse monétaire variant de 1 à 15%
0,35
0,3
0,25
0,2
0,15
0,1
0,05
0,1
0
5
Figure 6 : évolution du rapport
10
0,01
15
R
pour des durées de remboursements s’étalant à parts égales de 5 à 15
M
ans et des taux de croissance de la masse monétaire variant de 1 à 15%
Ces figures nous permettent de généraliser les résultats obtenus dans les études de cas
précédentes. Elles nous permettent de connaître le volume des nouveaux crédits à émettre
chaque année, et le volume annuel des remboursements, pour une croissance donnée de la
masse monétaire et une durée de remboursements des crédits donnés.
On retrouve dans la profondeur la courbe d’évolution des rapports
NC R
et lorsque seul le
M
M
taux de croissance de la masse monétaire varie, et dans la largeur la courbe d’évolution des
rapports
NC
R
et
lorsque seule la durée de remboursement varie. Ces rapports varient
M
M
respectivement entre 14 et 45% et entre 10 et 30% de la masse monétaire.
Les volumes de remboursements à émettre relativement à la masse monétaire diminuent
lorsque le taux de croissance de la masse monétaire est supérieur à 5%, quelle que soit la
durée des remboursements. Les mécanismes en jeu sont les mêmes que ceux décrits dans la
section 4. Ce résultat peut être rapproché du principe de dépréciation de la dette par l’inflation.
Lorsque le taux de croissance de la masse monétaire augmente, et donc a priori que le taux
d’inflation est plus élevé, le poids de l’endettement, traduit ici par la part des remboursements
relativement à la masse monétaire, diminue.
Sur l’ensemble des résultats obtenus, les volumes de remboursements représentent en
moyenne près de 70% des volumes de nouveaux crédits. Ils représentent au minimum 38%
des volumes de nouveaux crédits, pour n=15 et x=0,15, et au maximum 95%, pour n=5 et
x=0,01. L’importance des volumes de remboursements dans la détermination de la masse
monétaire apparaît donc, quelle que soit la valeur attribuée aux paramètres, primordiale.
Pour un taux de croissance annuel de la masse monétaire de 5%, souvent cité en référence, les
volumes de remboursements représentent entre 68 et 86% des volumes de nouveaux crédits.
Les volumes de nouveaux crédits représentent annuellement entre 16% et 37%, de la masse
monétaire, et ceux des remboursements entre 11 et 31% de la masse monétaire.
7. Conclusion
L’objectif de cet article était d’estimer les volumes de nouveaux crédits et de remboursements
de crédits qu’implique une croissance régulière de la masse monétaire. Les différentes
simulations réalisées nous ont permis de dégager une vision assez large de ce processus, pour
une économie fermée où seules les banques ont le pouvoir de création monétaire. La
croissance de la masse monétaire s’accompagne de volumes de remboursements pouvant
représenter annuellement entre 10 et 30% de la masse monétaire. Les volumes de nouveaux
crédits à émettre relativement à la masse monétaire doivent quant à eux représenter entre 15 et
45% de la masse monétaire. Les chiffres les plus élevés (>30%) sont atteints pour de faibles
durées de remboursements. Il semble difficile dans ces conditions de parvenir à faire croître la
masse monétaire sur le long terme. La durée de remboursements des crédits apparaît donc
comme une variable primordiale dans la détermination du taux de croissance de la masse
monétaire.
Les volumes de crédits et de remboursements de crédits sont également fortement influencés
par le taux de croissance de la masse monétaire. Un taux de croissance plus élevé de la masse
monétaire nécessitera, toutes choses égales par ailleurs, des volumes de nouveaux crédits plus
élevés à l’équilibre. En revanche, pour un taux de croissance de la masse monétaire supérieur
à 5%, les volumes de remboursements relativement à la masse monétaire diminuent. Cela peut
s’interpréter comme une diminution de poids relatif de l’endettement.
Pour un taux de croissance de la masse monétaire de 5% par an, proche du taux cible fixé par
la Banque Centrale Européenne, et des durées de remboursements de 10 ans, les volumes de
nouveaux crédits et de remboursements représentent respectivement 21,8 et 16,8% de la
masse monétaire à l’équilibre. Si les durées de remboursements sont de 15 ans, ces taux
tombent respectivement à 16,1 et 11,1%. Dans les deux cas, ces chiffres demeurent élevés. Ils
signifient que des montants très importants de nouveaux crédits créateurs de monnaie doivent
être contractés chaque année pour obtenir une croissance modérée de la masse monétaire. Si,
une année, les volumes des crédits demandés se situent en-deçà des volumes de
remboursements, le taux de croissance de la masse monétaire devient négatif. Le processus de
croissance de la masse monétaire apparaît, au vu de ces différents résultats, relativement
fragile.
Deux axes de recherches principaux prolongeront cette étude.
En premier lieu, il sera nécessaire d’affiner et de tester empiriquement ce modèle. On pourra
supposer l’existence conjointe de différentes durées de remboursements, et considérer une
économie ouverte, où toutes les possibilités de création et de destruction de la masse
monétaire seraient prises en compte. Il sera également intéressant d’étudier les conséquences
sur le taux de croissance de la masse monétaire et le volume des remboursements, de
l’existence de chocs sur les volumes de nouveaux crédits contractés. Cette étude permettra,
dans le cas d’une crise par exemple, d’estimer les liens existants entre la diminution de la
demande de crédits des agents, la contraction de la masse monétaire et la variation du volume
des remboursements. En établissant une analogie entre le volume des remboursements à
effectuer relativement à la masse monétaire et le poids de l’endettement, cette étude pourrait
permettre de retrouver et quantifier la théorie d’endettement déflation de Fisher (Fisher, 1933).
Une diminution des volumes de nouveaux crédits signifie un endettement moindre, mais
également un plus faible volume de monnaie en circulation, et devrait s’accompagner d’une
augmentation de la part des remboursements.
Un test empirique nécessitera de disposer de données sur les volumes de remboursements, de
nouveaux crédits émis, sur le taux de croissance de la masse monétaire ainsi que sur la
balance des paiements du pays considéré.
Dans un second temps, il sera intéressant d’estimer les variations de la masse monétaire, en se
servant du modèle et de la méthode décrite en introduction. Il sera pour cela nécessaire de
construire une fonction de demande de crédits. Les variations de la masse monétaire seront
déterminées en calculant la différence entre la demande de crédits et les volumes de
remboursements des anciens crédits.
Les résultats obtenus pourraient alors directement intéressés la conduite de la politique
monétaire et permettre d’approfondir la compréhension des mécanismes sous-jacents à la
croissance et aux variations de la masse monétaire.
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