Date : 26 décembre 2014 18:56 À - CBC Ombudsman

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Date : 26 décembre 2014 18:56 À - CBC Ombudsman
Date : 26 décembre 2014 18:56
À : [email protected]
Émission : Enquêtes du 27 novembre 2014
Sujet : Plainte au sujet de cette émission Par Akli Ourdja, Ali Kaidi, Djemila Benhabib, Gilles Toupin et
Louise Mailloux
Message : PLAINTE AU SUJET DE L’ÉMISSION ENQUÊTE DU 27 NOVEMBRE 2014
25 QUESTIONS À L’ÉMISSION ENQUÊTE
AU SUJET DE L’INTÉGRISME MUSULMAN
Par Akli Ourdja, Ali Kaidi, Djemila Benhabib, Gilles Toupin et Louise Mailloux
M. l’ombudsman de Radio-Canada,
Nous vous écrivons pour déposer plainte au sujet de l’émission «Enquête» du 27 novembre dernier
consacrée, selon son titre en tout cas, à l’intégrisme musulman au Québec. Nous considérons que
cette émission contrevient aux normes journalistiques et au droit du public à une information juste,
équilibrée et exacte.
En effet, nous estimons que cette émission ne reflète en rien les réalités complexes auxquelles fait
face le Québec tout comme le Canada vis-à-vis de la montée de l’intégrisme musulman.
Phénomène responsable de la radicalisation des jeunes et de leur enrôlement dans le djihad
international ainsi que de la violence faite aux femmes au nom d’une interprétation rigoriste de l’islam.
Phénomène qui conduit à une présence de plus en plus prosélyte de l’islam dans l’espace public.
Phénomène qui entraîne le monde dans la spirale infernale de la violence.
C’est à la lumière de cette analyse que nous nous sommes engagés dans le débat public, dans
plusieurs pays, depuis de nombreuses années.
Or, la tonalité de ce reportage est la même du début à la fin à l’effet que l’intégrisme musulman
n’existe pas, que l’on n’en trouve nulle trace en ce sens qu’il est extrêmement marginal.
Ce reportage ne s’intéresse nullement aux actes terroristes qui ont émaillé notre histoire depuis deux
décennies. La liste de ces actes est bien longue. Ce n’est pas d’hier que le terrorisme sévit chez nous.
Nous savons qu’il existe. Faire fi de pans entiers de l’histoire de l’intégrisme au Québec n’est pas ce
que l’on peut appeler faire du bon journalisme lorsque l’on enquête sur ce sujet. La rétention
d’informations aussi capitales est un geste répréhensible que nous dénonçons.
Certes Akli Ourdja, militant laïque et membre fondateur d’AQNAL (Association québécoise des NordAfricains pour la laïcité) y participe modestement mais son message ne trouve aucun écho, nul
prolongement intellectuel. Pire encore, son inquiétude principale formulée à la journaliste rencontrée à
l’effet que le fondamentalisme exerce une pression considérable sur les communautés musulmanes a
été totalement écartée du montage. La journaliste a sciemment censuré le propos principal de son
intervention. Minimiser les observations de ce démocrate algérien, professeur de philosophie, menacé
de mort dans son pays par les islamistes, revient tout simplement à banaliser les contraintes que
vivent de nombreux démocrates en exil.
La journaliste a également écarté la participation de Djemila Benhabib qu’elle a rencontrée à TroisRivières à l’été 2014 en présence de la réalisatrice. Pourtant, lors de cette rencontre de plus de deux
heures, à maintes reprises, Benhabib a attiré l’attention de la journaliste sur le rôle des écoles
musulmanes qui voilent les petites filles dès l’âge de 9 et ce à même les deniers publics ainsi que sur
la radicalisation de jeunes montréalais à travers internet. Pourtant, aucun suivi n’a été fait à cet égard.
Cette démarche journalistique relève ni plus ni moins de la censure. Ce qui nous fait dire que la
pluralité des voix n’a pas été entendue, ni prise en considération. La démocratie, c'est accepter et
permettre la confrontation des idées. Ceux qui dénoncent l’intégrisme musulman avec force et
courage à visages découverts, en prenant des risques inouïs, ont été soigneusement écartés de ce
reportage. Alors, nous nous interrogeons.
Question 1 Pourquoi ?
I. Des FAITS rien que des FAITS qui confirment l’existence de l’intégrisme musulman
Quelques jours à peine après la diffusion du documentaire, la presse québécoise fourmille d’articles;
on en recense, ici, quelques-uns :
• Dons au Hamas: une filière très active à Montréal, La Presse, Vincent Larouche
1 décembre 20014.
• Les dossiers liés au terrorisme monopolisent jusqu'à 300 agents du SPVM, Le Devoir, 2 décembre
2014.
• Le destin horrible des femmes Shafia, La Presse, Hugo Dumas, jeudi 4 décembre 2014.
• L'horreur des Shafia en documentaire, Le Soleil, Richard Therrien, 4 décembre 2014.
• Séduit par le djihad, un ado risque 10 ans de prison, Gabrielle Duchaine, La Presse, 4 décembre
2104.
• Séduit par le djihad à 15 ans, Gabrielle Duchaine, La Presse, 24 novembre 2014.
• Elle aurait poignardé sa fille qui était rentrée trop tard, Claude Berthiaume, Le journal de Montréal, 5
décembre 2014.
• Documentaire Shafia, Canal D. Le 7 décembre 2014.
• Dans les bulletins d’information de Radio-Canada le 7 et 8 décembre au sujet du djihadiste canadien
John Maguire combattant du groupe armé État islamique (EI). Repris dans Le Devoir et La Presse et
le Journal de Montréal le 8 décembre.
Notre gouvernement fédéral, notre parlement fédéral, nos services de police, la GRC, l’armée
canadienne ainsi que le Service canadien du renseignement de sécurité sont mobilisés contre la
menace terroriste. Le chiffre d’une centaine, voire de 150, djihadistes canadiens circule. Des actions
concrètes sont prises : changement de législation, confiscation de passeports, enquêtes policières, les
militaires sont invités à ne plus porter leur tenus à la suite des attentats d’Ottawa et de Saint-Jean-surRichelieu dans des lieux publics.
En dépit d’une preuve accablante, quelle est la conclusion de l’émission Enquête? Que la menace
intégriste n’existe pas. Eh bien, nous vivons dans un conte de fées!
Pourtant, en 2010, l’ancien patron du SCRS, Richard B. Fadden, affirmait que : « Ces dernières
années, la plus grande menace qui pèse sur la sécurité nationale du Canada est le terrorisme. Au
Canada, le phénomène est associé à divers mouvements radicaux, politiques et religieux. La nature
du terrorisme continue d’évoluer, mais de nos jours la menace la plus palpable vient de l’extrémisme
islamique. » (https://www.csis.gc.ca/pblctns/nnlrprt/2010/index-fr.php#activitie2) . Djemila Benhabib a
assisté à son témoignage à la Chambre des communes à Ottawa devant le Comité permanent de la
sécurité publique et nationale.
Alors, nous nous interrogeons :
Question 2 Comment est-ce qu’une enquête journalistique, c’est-à-dire un reportage d’information au
sens strict du terme qui n’est pas un documentaire d’opinion peut faire fi de faits si probants
précédemment mentionnés et qui démontrent bel et bien l’existence de l’intégrisme musulman chez
nous?
Question 3 Qui peut croire encore après tous les événements que le Québec et le Canada ont connu
depuis 1999, année qui coïncide avec l’arrestation de Ahmed Ressam (membre du Front islamique du
salut (FIS) et du Groupe islamique armée (GIA) en Algérie) aux États-Unis, largement étayés par des
reportages, que ces actes sont isolés et qu’ils n’ont aucune ramifications à l’échelle internationale?
Cette violence s’inscrirait dans le vide? Pire encore, elle est le résultat d’une folie passagère, en
somme, l’œuvre de quelques individus tourmentés tel que suggéré dans l’émission.
Question 4 Qui a intérêt à nous faire croire que cette violence n’a rien avoir avec la matrice
idéologique de l’islam politique ?
Les assassinats de femmes et d’hommes au nom de l’islam, que ce soit en Afghanistan, en Iran, en
Algérie, en Tunisie, en Indonésie, au Nigéria, en France, en Angleterre, en Espagne, aux États-Unis,
au Canada, bref aux quatre coins de la planète, correspondent à la même logique qui se réfère à la
même idéologie qui a tracé la voie au djihad international. Car tout acte de violence s’inscrit dans une
idéologie donnée et s’enracine dans une construction mentale.
L’islam politique ne serait pas devenu ce qu’il est s’il n’y avait pas au départ un projet de domination
du monde et de destruction de l’Occident, des juifs, des apostats, des États nations (dans le monde
musulman) et de la soumission des femmes.
Partir à la recherche des intégristes au Québec comme l’évoque Johanne Faucher au début du
reportage aurait supposé mettre à nu cette idéologie et la présenter au public. Pourquoi s’en
préoccuper? Parce que c’est le cœur du problème.
Quelles sont ses grandes lignes? Qui sont ses idéologues? Que disent-ils? Que revendiquent-ils?
Question 5 Peut-on traiter de la question de l’intégrisme musulman et la dissocier de sa matrice
idéologique? Est-ce une démarche journalistique valable?
II. Des thèses fallacieuses et dangereuses
Au lieu d’adopter une démarche rigoureuse, l’enquête s’appuie sur un argumentaire erroné basé sur
des dires jamais vérifiables. Pris au piège d’une rhétorique stérile, les intervenants qui ont la tâche
d’expliquer l’intégrisme en sont incapables, car ils partent de l’hypothèse de départ qu’il n’existe pas.
Alors, à quoi bon ? Dans un éditorial bien senti, à la fin de l’émission, la journaliste Johanne Faucher
véhicule les thèses suivantes :
1. Il n’existe pas d’intégrisme musulman à Montréal.
2. Par ailleurs, « il existe un risque de radicaliser la communauté musulmane et de la rendre
vulnérable au discours intégriste en raison de la propagande de gens qui pataugent dans l’intolérance
». (Johanne Faucher)
3. Parmi « ces intolérants », différents groupes « islamophobes » sont identifiés (certains directement,
d’autres indirectement) : Point de bascule, Poste de Veille, Louise Mailloux, Richard Martineau, Mario
Dumont, (et à travers eux les médias de Québecor), le PQ, les pro-chartes, les Janette, et même Julie
Snyder passe au tordeur dans une déclaration sur le voile islamique.
Première thèse: si l’intégrisme musulman est inopérant à Montréal, l’islamophobie est un phénomène
bel et bien présent et inquiétant responsable (dans le temps) d’une possible radicalisation.
4. Le voile islamique est un choix individuel. (« Si des Québécois croient que chaque femme
musulmane qui porte le voile islamique est une femme soumise c’est en grande partie en raison de la
propagande de gens qui pataugent dans l’intolérance. » (Johanne Faucher à la fin de l’émission.)
Deuxième thèse: dénoncer le voile islamique revient à stigmatiser les femmes musulmanes voilées.
Ceci est le fait « des intolérants », des islamophobes.
En conclusion, le problème n’est pas l’intégrisme musulman mais l’islamophobie.
Pour cette raison l’émission Enquêtes aurait dû nommer son reportage : « La montée de
l’islamophobie : lever le voile. À la recherche de la menace islamophobe et non « La montée de
l'intégrisme: lever le voile. À la recherche de la menace intégriste » tel que cela a été présenté au
public.
Le fait de déresponsabiliser et de déculpabiliser l’intégrisme musulman de ses actes pour mettre
l’emphase sur les « intolérants » revient à considérer que la société québécoise est atteinte d'une
nouvelle pathologie sociale, un «nouveau racisme» dissimulé sous les oripeaux de l'intolérance
culturelle et religieuse.
Alors, nous nous interrogeons encore :
Question 6 Pourquoi et comment est-ce qu’une enquête sur l’intégrisme musulman, échelonnée sur
une dizaine de mois, est devenue une tribune anti-charte, anti-laïcité, anti-Parti québécois, antiJanette? Si l’intégrisme musulman est marginal, quels sont les faits qui nous permettent de conclure
que le phénomène de « l’islamophobie », lui, ne le serait pas?
III. Déclarations troublantes de Nadia Zouaoui
Interviewée à Radio9 Montréal, à deux reprisses, le 29 octobre et le 5 novembre 2014 ,
(http://extraits.rncmedia.ca/CKLX/Lemieux_29_10_2014.mp3; http://extraits.rncmedia.ca/CKLX/Tete_d
e_Proulx_05_11_2014.mp3)
la recherchiste d’Enquête, Nadia Zouaoui, confirme l’existence à Montréal d’un islam beaucoup plus
rigoriste et vindicatif qu’il ne l’était il y a une dizaine d’années.
Nadia Zouaoui affirme : « Cet été, j’ai travaillé sur une autre enquête comme recherchiste et je vous
dirais que si j’avais à faire le même reportage… et bien oui, il y a un retour vers un islam dans
plusieurs mosquées beaucoup plus rigoriste, beaucoup plus salafiste. En faisant la recherche, il y a
des parents qui me disent qu’ils ont même peur d’envoyer leurs enfants apprendre l’arabe ou bien
apprendre le Coran les samedis matin dans des … écoles. »
Dans ces deux entrevues, la journaliste à la recherche parle notamment du discours islamiste, de la
victimisation des musulmans et de la politisation des mosquées.
Fait aussi intéressant à noter, Zouaoui donne une perspective historique de la montée de l’intégrisme
musulman sur une échelle d’une dizaine d’années. Il est question, ici, d’une tendance. En science
politique, c’est ce qui valide une hypothèse. On veut comprendre l’évolution d’un phénomène pour en
mesurer l’ampleur et la dynamique à l’échelle du temps.
On n’est plus dans le simple coup de sonde instantané ou dans la cartographie des lieux de cultes
dans la région montréalaise comme cela est présenté sur le site Internet de l’émission. D’ailleurs, cette
cartographie ne permet nullement de saisir l’évolution du nombre de mosquées. Elle sous-tend que le
nombre des lieux de culte est déterminant. Puisque le nombre des églises est largement supérieur à
celui des mosquées alors nous n’avons rien à craindre.
Alors, nous nous interrogeons à nouveau :
Question 7 Comment expliquer le fait que l’islam est la religion qui gagne le plus d’adeptes au Québec
? Pourquoi le phénomène des conversions est passé sous silence?
Question 8 Pourquoi les observations de terrain de Nadia Zouaoui ont été écartées du reportage?
IV. Une méthodologie d’une grande faiblesse, des concepts non définis ou mal définis et une
problématique mal exploitée
• L’islamophobie
Le responsable de Point de bascule, Marc Lebuis, soutient dans le reportage l’idée de la présence de
groupes islamistes radicaux. On nous le présente comme un islamophobe qui entretient la haine sans
jamais nous expliquer pourquoi et nous exposer les faits sur la base desquels on l’incrimine.
Marc Lebuis est le seul intervenant à qui Johanne Faucher demande quel est son pedigree
académique. Etonnant que cette question si pertinente n’ait pas trouvé d’échos ailleurs dans le
reportage auprès du reste des personnes interrogées.
Alors, nous nous interrogeons encore :
Question 9 Point de bascule tout comme Poste de veille sont des sites Internet dans lesquels on
trouve une abondante information sur des organisations islamistes. Cette information est-elle erronée
? Si tel est le cas, de quelle façon l’est-elle?
Question 10 Pour exemple, la philosophe Louise Mailloux, qui dans son dernier livre a dénoncé ce que
le journaliste Vincent Larouche rapporte dans son article sur les Dons au Hamas, est présentée
comme islamophobe. Quelle est la pertinence de la pointer dans ce reportage ? Est-ce que le fait
d’être poursuivie par Dalila Awada, une musulmane, fait d’elle d’emblée une islamophobe ? Le
reportage fait référence à la poursuite intentée par cette dernière contre Louise Mailloux. Mais là
encore, on sent un parti pris évident. Se pourrait-il que la requête introductive de Dalila Awada ait été
l’unique source de la journaliste ? Est-ce justifié dans le contexte d’une poursuite?
Question 11 Qu’est-ce l’islamophobie ? Le fait de critiquer l’islam ? De dénoncer des groupes
intégristes ? De tenir des propos malveillants envers les musulmans ? De se prononcer contre la
charia ou le voile islamique ?
Rappelons tout de même que ce concept d’islamophobie a été une arme entre les mains de Khomeiny
qui a lancé une fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie le 14 févier 1989, le condamnant à mort pour
son roman, Les Versets sataniques, livre jugé « blasphématoire » envers l’islam.
Cet épisode terrifiant a lancé une onde de choc en direction des intellectuels critiques à l’égard de
l’islam dans le monde musulman. Jugés apostats, non conforme à l’idéologie de l’islam politique, des
milliers de démocrates ont été assassinés et continuent à ce jour à mourir ou à être menacés. Akli
Ourdja, Ali Kaidi et Djemila Benhabib ont été dans leur pays d’origine, l’Algérie, des cibles de ces
groupes islamistes. Car ils étaient comme tant d’autres Algériens accusés d’être des « kouffar »
(mécréants). Non, ils ne sont pas des victimes de l’islamophobie mais de l’intégrisme musulman, de
l’islam politique.
On touche-là à une question essentielle de la démocratie, à la liberté d’expression, à la liberté de
conscience, à la pluralité des voix, à la possibilité même de critiquer les religions, devenus des acquis
en Occident depuis le siècle des Lumières, au droit à la dissidence, à l’autonomie intellectuelle de
l’individu et à l’esprit critique. Étonnant que toutes ces considérations aient été passées sous silence
et qu’un concept aussi flou que mal défini qui sert à condamner à mort des démocrates se soit
retrouvé au cœur même de l’émission Enquête.
Le 3 mars dernier, le Collectif québécois contre l’islamophobie (CQCI) dirigé par Adil Charkaoui et
Salam Elmenyawi, un chaud partisan des tribunaux islamiques au Québec et en Ontario (Croire au
Coran, Sophie Brouillet, La Presse, 16 juin 2003.) , a lancé une pétition contre « la candidature
controversée de Djemila Benhabib, l’auteure de «Ma vie à contre-Coran» ».
(http://www.islamophobiequebec.org/2014/03/11/petition-contre-la-candidature-et-lelection-de-djemilabenhabib/) La référence, ici, à l’essai de Mme Benhabib n’est pas anodine. Il révèle les objectifs réels
de ce groupe qui se cache derrière « l’islamophobie » pour verrouiller le débat public et faire taire les
libres penseurs. En lançant cette pétition pour destituer une citoyenne d’un droit protégé par la
Constitution, ce groupe a montré sa véritable nature anti-démocratique. Quelques jours plus tard, une
autre pétition a été mise en ligne contre la candidature de Louise Mailloux.
Question 12 C’est la première fois dans l’histoire du Québec moderne qu’un groupe prend l’initiative
de demander à ce que des citoyens soient destitués d’un droit constitutionnel en raison de leurs idées
et de leurs écrits. Pourquoi n’en parle-t-on pas dans le reportage ?
Salam Elmenyawi n’est pas n’importe qui. Il est le président du Conseil musulman de Montréal qui
chapeaute plusieurs dizaine de mosquées à Montréal, il est actif sur le terrain politique et ce depuis les
années 1990 pour la reconnaissance d’une médiation familiale inspirée de la charia islamique.
Le caractère prosélyte fonde l’action même de l’islam politique. Car il y a une différence entre un
fondamentaliste qui se replie sur lui-même et ne demande rien à la société et celui qui milite pour
changer les structures sociales. On n’est plus dans le simple conservatisme social ou le rigorisme. Or,
jamais dans le reportage il n’est question de cet aspect, de cette dimension fondamentale. Il y a de la
part de Salam Elmenyawi et de son Collectif une volonté de restreindre la liberté d’expression et la
liberté de conscience et porter atteinte à la démocratie.
Rappelons aussi que ce même organisme a répandu l’idée que Fatima Houda-Pepin, Djemila
Benhabib, Richard Martineau, Benoît Dutrizac et Bernard Drainville étaient les plus grands
islamophobes de l’année 2013 . (http://www.islamophobiequebec.org/archive-des-sondages/)
Question 13 Pourquoi tous ces faits qui pourtant contextualisent le concept de « l’islamophobie » sont
passés sous silence ?
Question 14 Pourquoi la militance de Salam Elmanyaoui, intégriste notoire, en faveur de la
reconnaissance de la charia au Québec et au Canada largement documentée n’est pas mise en
lumière alors qu’à un moment du reportage on fait référence à la charia ?
• L’intégrisme
Sur le site Internet de l’émission Enquête ( http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/11/27/002enquete-groupes-integristes-musulmans-montreal.shtml) on pose la question suivante : qu'est-ce
qu'un intégriste? Suivie de la réponse : « Les intégristes, à ne pas confondre avec les islamistes, (ah
bon ? Pourquoi ?) sont des gens pieux, conservateurs qui ne veulent pas vraiment s'intégrer à la
population du Québec. »
Ceci est une réponse simpliste et erronée. D’ailleurs, elle est incapable de traduire le large spectre qui
caractérise les intégristes. Parmi eux, il y a des gens violents et d’autres qui ne le sont pas alors que
certains autres sont « intégrés socialement ».
Le père Shafia est un intégriste, tout comme le sont Ahmed Ressam, Michael Zehaf-Bibeau et Martin
Couture-Rouleau. Cependant, ils n’ont aucunement le même profil.
Obsédé par la sexualité de ses filles, le père Shafia, loin d’être un pauvre bougre, millionnaire, ne
milite pas en faveur d’une cause politique. Pourtant, il a tué trois de ses filles et sa première épouse
car il considérait qu’elles avaient enfreint le code de conduite dicté par sa religion et sa culture.
Le fondamentaliste qui se replie sur lui-même et qui ne demande rien à personne s’auto-exclue de la
société dans laquelle il vit. Cependant, il y a une frange d’intégristes qui manifestent plus qu’un simple
conservatisme religieux ou un repli identitaire. Ces intégristes ont la conviction profonde que l’usage
de la violence est légitime. Parmi ceux-là, certains sont parfaitement bien intégrés dans des
trajectoires familiales et professionnelles.
Le cas de Fatah Kamel pivot de la cellule montréalaise de Ahmed Ressam l’illustre parfaitement bien.
Plusieurs documents attestent de son rôle majeur dans la coordination des réseaux européens, turcs
et canadiens de soutien au GIA (Groupe islamique armé) et al-Qaïda dans les années 90. L’homme
d’affaires, père de famille, est marié à une québécoise convertie à l’islam. Il mène une double vie.
Arrêté en 1999 en Jordanie, il est extradé vers la France et emprisonné pour activités terroristes à la
demande du juge d'instruction français du contre-terrorisme Jean-Louis Bruguière que Gilles Toupin (
Le Canada n’a pas compris les leçons du 11 septembre, La Presse, Gilles Toupin,) journaliste à la
Presse, et Djemila Benhabib, journaliste pour le journal algérien El-Watan à cette époque-là, ont
rencontré à ses bureaux, à Paris, dans le cadre d’une enquête sur le terrorisme après les attentats du
11 septembre 2001. De retour au Canada, en 2005, Fatah Kamel a essayé d’obtenir un passeport que
les autorités canadiennes lui ont refusé pour des raisons de sécurité nationale.
( http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/201012/23/01-4355255-pas-depasseport-pour-fateh-kamel.php)
Question 15 Comment se fait-il qu’une enquête sur l’intégrisme musulman n’évoque pas le cas de
Fatah Kamel? Où est-il ? Que fait-il? Que sont devenus ses acolytes montréalais : Mohamed Omary,
Abdellah Ouzghar, Saïd Atmani, Hocine Bendaoui, Laïfa Khabou, Mustapha Labsi, Mohktar Houari,
Samir Aït Mohamed, Abdel Meskini, Abdelmadjid Dahouman, Adel Boumezber et Mourad Yekhlef pour
ne citer que ceux-là. Certains comme Yekhlef, Boumezber et Dahoumane ont été extradés en Algérie
et ont fait de la prison. Mais encore? Sont-ils de retour au Canada? Possèdent-ils toujours la
résidence permanente ou la citoyenneté canadienne, des documents qui leur permettraient un retour
au pays à tout moment? Le public a le droit de savoir. Nous voulons être informés.
Lors de l’attaque d’Aïn Amenas, en Algérie, le 16 janvier 2013, deux Canadiens ont été identifiés
parmi les terroristes. Ces deux-là étaient à la tête du réseau. Ils avaient une armée à leurs ordres.
(http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130402105443/)
• 40 % des musulmans ont un diplôme universitaire, ce qui les rend moins réceptifs au discours de
l’intégrisme musulman. (Frédéric Catel) FAUX
Le profil du « djihadiste » est surprenant et n’a strictement rien à voir avec le niveau de scolarité ou
l’appartenance à une classe sociale. L’indissociable tandem paupérisation-niveau de scolarité bas ou
moyen mis en avant pour décortiquer la radicalisation ne convainc plus, car la thèse centrale qui
structure ce schéma d’analyse est sociologiquement dépassée.
Les intégristes sont autant en bas qu’en haut de l’échelle sociale, « dans la société » et en « dehors
de la société », des deux côtés de la barrière des sexes, à l’université et en dehors de l’université. Le
profil du marginal isolé, pauvre, sans travail et pratiquement analphabète qui se transforme en bombe
humaine a été pulvérisé depuis les attentats du 11 septembre. En Europe, les candidats aux attentats
suicides à Londres, Madrid et Stockholm n’ont rien de misérables bougres démunis et laissés pour
compte.
Célibataires ou mariés et bons pères de famille, ils ont pour la plupart fait des études supérieures
avant de passer à l’acte, ils intellectualisent les préceptes de l’islam politique, ne manifestent aucun
comportement anormal et continuent de vaquer tranquillement à leurs occupations quotidiennes.
Mohammed Atta (l’un des 19 pirates du 11 septembre 2001) est diplômé en architecture et a grandi
dans une famille bourgeoise du Caire. Il passe six ans en Allemagne où il prépare une thèse en
planification urbaine à l’Université de Hambourg et se démarque à la fois par sa grande intelligence et
l’extrême rigidité de sa pratique religieuse.
Abdulaziz al-Omari, son compagnon saoudien du vol n° 11 d’American Airlines qui percute l’une des
tours du World Trade Center, occupe avec son épouse et ses quatre enfants un confortable pavillon à
Vero Beach, en Floride.
Serhane ben Abdelmajid Fakhet, responsable de la cellule djihadiste de Madrid qui est à l’origine des
attentats du 11 mars 2004, est issu d’une famille de la classe moyenne tunisienne. Il émigre en
Espagne en 1994 pour étudier l’économie avec une bourse espagnole de 29 500 € en poche.
D’origine indienne ou moyen-orientale, les suspects arrêtés après les tentatives d’attentats de
Glasgow et de Londres les 29 et 30 juin 2007 étaient médecins. Le serment d’Hippocrate ne les a pas
empêchés de s’essayer au terrorisme.
Umar Farouk Abdulmutallab, le Nigérian de 23 ans qui a tenté, le 25 décembre 2009, de faire exploser
un avion qui assurait la liaison entre Amsterdam et Détroit, était le dernier des 16 enfants d’une
richissime famille dont le père était à la tête de la First Bank of Nigeria. Après avoir fréquenté des
écoles privées en Afrique, en 2005, Abdulmutallab met le cap sur Londres et son prestigieux
University College of London. C’est là où il se radicalise.
Le double attentat à l’explosif qui a secoué Stockholm le 11 décembre 2010 a été commis par un
homme de 28 ans père de deux jeunes enfants, ayant étudié la thérapie sportive à l’Université du
Bedfordshire à Luton, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Londres. Arrivé en Suède à l’âge
de 10 ans, Taymour Abdel Wahab était un jeune homme sympathique, jovial et parfaitement intégré
avant de sombrer dans le radicalisme absolu pendant ses études en Grande-Bretagne. Dans son
testament, le jeune homme qui aurait eu 29 ans le lendemain de son explosion déclare avoir rempli la
promesse de « l’État islamique d’Irak », la branche irakienne d’al-Qaïda, celle de venger l’islam et les
siens.
Plus proche de nous, Michael Zehaf-Bibeau, enfant d’un mariage mixte, auteur de la tuerie d’Ottawa,
vient d’un milieu aisé. Martin Couture-Rouleau, 25 ans, auteur d'un attentat contre deux militaires à
Saint-Jean-sur-Richelieu, appartient à la classe moyenne, a fréquenté la mosquée de l'Association
musulmane du Haut-Richelieu en Montérégie, où officiait l’imam Hamza Chaoui qui soutient que
l'islam est «complètement» incompatible avec la démocratie parce que les parlements peuvent être
notamment composés «d'un mécréant ou bien d'un homosexuel ou d'un athée qui affirme l'inexistence
d'Allah».
Youssef Sakhir qui a quitté l'Université de Sherbrooke pour s’enrôler dans le djihad en Syrie a été en
contact avec un imam radical de l’Association des musulmans de l’Université de Sherbrooke (AMUS).
C’est cette même association qu’avait fréquentée Chiheb Esseghaier, un scientifique de l’INRS
Énergie, Matériaux et Télécommunications, accusé d’avoir tenté de faire exploser un train de VIA Rail
et qui exige d'être jugé, au Canada, par un tribunal islamique selon les lois de la charia ?
• Il n’y a pas de discours de violence chez les wahhabites. FAUX (Frederic Castel)
L’idéologie wahhabite, islam rigoriste d’Arabie saoudite, qui prend racine dans l’école hanbalite, prône
une lecture littéraliste du Coran et repose sur la violence. D’ailleurs, le salafisme puise ses sources
dans le wahhabisme.
Al-Qaïda n’est que le bras armé d’une certaine vision de l’islam véhiculée par le wahhabisme. Cette
relation n’est pas un détail superflu ou cosmétique; en tenir compte et l’intégrer dans l’analyse permet
de comprendre la nature de l’islam politique.
Thomas L. Friedman, dans le New York Times (Thomas L. Friedman, « Bad Bargains », The New
York Times, 10 mai 2011.) , fait remarquer à juste titre que Ben Laden est un pur produit du
wahhabisme :
«Les wahhabites bénissent le régime saoudien qui se passe de toute élection, et le régime les bénit
avec de l’argent tout en leur laissant le champ libre en matière de religion. Le seul défaut de ce
système, c’est qu’il fabrique des jeunes Saoudiens qui n’ont rien d’autre qu’une éducation religieuse,
et qui sont ensuite recrutés pour devenir des terroristes style 11 Septembre ou des spécialistes des
attentats suicides».
L’analyse du chroniqueur américain va dans le même sens que celle de Mai Yamani, Saoudienne, fille
d’un ancien ministre du pétrole établie en Europe, auteure du livre The Cradle of Islam (« Le berceau
de l’islam ») qui prédit que tant et aussi longtemps que l’usine à fabriquer le terrorisme - le
wahhabisme - restera intacte, on ne pourra prétendre l’éradiquer. (Mai Yamani, « Extremist ideology
can only revive bin Laden’s ghost », The Daily Star, 5 mai 2011. )
« Le wahhabisme tel un cancer a ses métastases, […] maintenant que Ben Laden a été éradiqué, il ne
faut plus retarder la suite de la thérapie […]. Pendant les années 1980, l’Arabie saoudite a dépensé
quelque 75 milliards pour la propagation du wahhabisme, le financement d’écoles, de mosquées et
d’organismes de bienfaisance partout dans le monde islamique, au Pakistan, en Afghanistan, au
Yémen, en Algérie et ailleurs. Les Saoudiens ont continué ces programmes après les attaques
terroristes du 11 septembre 2001 […], les pirates de l’air du 11 Septembre étaient aussi issus de
l’idéologie exportée par l’Arabie wahhabite (15 des 19 hommes qui ont mené ces attaques terroristes
ont été choisis par Ben Laden parce qu’ils partageaient la même origine et la même éducation que lui),
et l’usine d’idées wahhabites fanatiques reste intacte. »
Question 16 Combien de ces imams qui officient au Québec ont reçu une formation de l’Arabie
saoudite? Pays qui leur offre des séjours gratuits et des compensations financières. Quels sont les
organismes au Québec financés par ce pays?
Johanne Faucher affirme qu’il existe 100 mosquées dans le grand Montréal. Parmi elles, vingt ont plus
de moyens. Soit.
Question 17 D’où viennent les moyens? Qui finance cette vingtaine de mosquées?
• Les intégristes ont peu d’influence et ne sont pas regroupés. FAUX (Lamine Foura)
Il existe une multitude de groupes intégristes à Montréal. Ils n’ont jamais été aussi bien organisés,
structurés et financés. Ils offrent un éventail de services allant de la recherche d’emploi, à la résolution
de conflits familiaux, activités parascolaires des enfants, camps de vacances, services de mariage,
soupers communautaires, concours de récitation coranique, cérémonies du voile, écoles
confessionnelles qui imposent le port du voile à des petites filles dès l’âge de 9 an, etc. Il suffit de faire
un tour sur la Toile pour mesurer leur présence absolument incroyable.
Dans le seul sillage des Frères musulmans, on compte l’organisme Muslim association of Canada. Il y
aurait de la matière pour plusieurs reportages.
• Se référer à l’émission de radio animée par Lamine Foura.
On nous dit : « sur les 20 auditeurs qui appellent ce soir-là, un a peur de l’intégrisme. »
Question 18 Cet échantillonnage aussi faible justifie-t-il une quelconque conclusion? Il aurait fallu que
cette émission soit présentée. Qui l’écoute? Quel est son nombre d’auditeurs? Quel est son impact?
Pourquoi avoir choisi cette émission?
• Il est question dans le reportage à un moment donné d’une prière collective de musulmans dans un
parc.
Question 19 Comment se fait-il que la journaliste n’ait pas questionné à ce sujet-là? Quel est le sens
de faire une prière collective dans un parc? Est-ce une prescription religieuse? Une démonstration?
Est-ce justifié de faire une prière collective dans la rue au Québec?
• Caractéristiques des musulmans : ils jeunent et ne mangent pas de porc (Miloud Chenoufi)
INCOMPLET
Qu’en est-il de la virginité des femmes, du mariage d’une musulmane avec un non musulman, de la
possibilité de critiquer la religion, de la condamnation à mort des apostats et de la liberté de
conscience? Il s’agit là autant de « lignes rouges » qui mettent en danger tout musulman qui les
franchit. Ces éléments sont au cœur même d’un large débat dans le monde musulman.
Question 20 Comment se fait-il que ces éléments essentiels soient occultés par une personne censée
être au fait de ces questions-là? La crispation autour de la liberté des femmes n’est pas à la périphérie
de ce qui constitue le sujet musulman, elle est à l’origine de la névrose collective des sociétés
musulmanes. La question des femmes est au cœur même de la rhétorique de l’islam politique.
• Les musulmans sont très peu nombreux et par conséquent les intégristes musulmans ne peuvent
constituer une menace pour les démocraties libérales. (Miloud Chenoufi) FAUX.
L’histoire du terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001 démontre clairement qu’il suffit
d’une minorité agissante et bien organisée, d’un groupuscule, pour frapper n’importe quel pays. L’idée
même de la puissance intouchable s’est effondrée.
Question 21 Encore une fois, comment est-ce qu’un énoncé aussi farfelu a pu se glisser dans cette
enquête? Ne voit-on pas que toutes les démocraties libérales sont tenues en haleine par un terrorisme
islamiste de plus en plus menaçant?
IV. Plusieurs intervenants en conflit d’intérêts
Venons-en au choix des intervenants qui explique en partie la perspective déséquilibrée et partiale du
reportage. Car plusieurs parmi eux sont en conflit d’intérêts.
Dans tout travail journalistique, il est primordial de situer le locuteur dans le contexte qui nous
intéresse pour que le public sache qui parle et d’où il parle. Le travail de mise en forme du réel repose
sur ce principe cardinal de la confiance.
Si on met des titres, c’est quand même pour manifester quelque chose, pas seulement pour présenter
une personne. C’est pour la situer dans le contexte du sujet qu’elle traite. Parce que, de facto, on ne
nomme jamais quelqu’un sans dire qui il est. Cette démarche élémentaire en journalisme permet de
poser les conditions de recevabilité et de validité du discours.
Ce pose alors la question du choix même du « bon expert » et de la légitimité de sa parole. On ne va
pas chercher monsieur Tartempion dans la taverne du coin pour se prononcer sur une question dont il
n’a pas la maîtrise ou sur laquelle il ne s’est jamais prononcé.
Or, plusieurs intervenants dans ce reportage ne sont pas situés dans une juste perspective.
Lamine Foura est présenté comme un animateur de radio. Or, il est bien plus que ça. Il est surtout un
militant très actif qui omet toujours de décliner ses différentes appartenances. D’ailleurs il a déjà reçu
un blâme du Conseil de presse en avril 2009 à cet effet.
(http://www.newswire.ca/fr/story/431015/conseil-de-presse-du-quebec-comite-des-plaintes-et-de-lethique-de-l-information-decision-numero-de-dossier-d2008-09-009)
On peut d’ailleurs lire dans la décision : « En matière de conflit d'intérêts, le guide de déontologie du
Conseil stipule : "Afin de préserver leur crédibilité professionnelle, les journalistes sont tenus à un
devoir de réserve quant à leur implication personnelle dans diverses sphères d'activités sociales,
politiques ou autres qui pourraient interférer avec leurs obligations de neutralité et d'indépendance.
Après analyse et au regard de la déontologie, le Conseil remarque que les implications politiques
passées et actuelles du mis-en-cause s'avèrent compromettantes pour la crédibilité de l'information,
particulièrement lorsque des questions politiques émergent durant ces émissions. Au moment où un
auditeur évoque des questions qui placent l'animateur dans une situation de conflit d'intérêts, ce
dernier se doit d'arrêter la conversation et d'en expliciter la raison. Le Conseil retient le grief pour
conflit d'intérêts. »
• Il est membre fondateur du Congrès maghrébin au Québec. Membre actif, il en a été le secrétaire
général. Le 25 aout 2011, il a présenté en compagnie de Monsef Derradji, le président actuel, un
mémoire à l’Assemblée nationale lors de la Consultation générale et auditions publiques dans le cadre
de la planification de l’immigration au Québec pour la période 2012-2015.
• Il a été membre actif, à Montréal, de Présence musulmane, un lobby islamiste international
chapeauté par Tariq Ramadan.
• Il a été candidat, en mai 2007, aux élections législatives algériennes pour un parti politique islamoconservateur, le Rassemblement national démocratique, mais qui n’a rien de démocratique.
Il s’est beaucoup activé sur le front anti-charte l’année dernière. Il ne s’est jamais impliqué d’une façon
ou d’une autre ni au Québec ni en Algérie en faveur des droits des femmes. Bien au contraire, en
Algérie, son parti politique soutient le Code de la famille, un texte de loi inspiré par la charia, qui
légalise la polygamie et la répudiation et fait des femmes des mineurs à vie. Très surprenant qu’il
évoque la question des droits des femmes dans le reportage sans que la journaliste lui demande
quelle légitimité il a pour le faire. À moins que le fait que Lamine Foura, qui milite pour un parti algérien
islamo-conservateur, n’ait aucune importante pour la journaliste. Est-ce le cas?
Question 22 Pourquoi la journaliste a-t-elle omis de nous situer Lamine Foura ?
Monsef Derraji est présenté comme président du Congrès maghrébin au Québec. Or, il est aussi
militant libéral actif qui a brigué l'investiture du Parti libéral du Québec (PLQ) dans la circonscription de
Viau en 2013. On peut lire dans le journal La Presse
(http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201308/20/01-4681391-viau-deux-acteurs-municipauxlorgnent-linvestiture-du-plq.php) : «Ce résidant de Dollard-Des-Ormeaux - dans Robert-Baldwin - se
décrit comme «un vrai libéral» et milite au PLQ depuis quelques années. Il est membre de la
commission politique de Montréal et a déjà siégé à la commission des communautés culturelles. Il a
tenté en vain de porter les couleurs du parti dans Crémazie aux élections de l'an dernier. Selon ses
explications, on lui a fait comprendre que la direction du parti avait choisi son candidat, l'ancienne
députée libérale fédérale Eleni Bakopanos, qui a finalement connu la défaite contre la péquiste Diane
De Courcy. M. Derraji détient un MBA de l'Université Laval et travaille dans l'industrie pharmaceutique.
»
Dans une entrevue que Monsef Derradji a donnée à une chaîne de télévision gouvernementale
marocaine en 2010, (http://www.synergies-des-marocains-du-monde.com/SynergiesTV/Video/Monsef-Derraji-Pharmacien-Canada.html) il n’a que de bons mots pour le roi ainsi que pour
les autorités de son pays d’origine. Lorsqu’on sait avec quelle violence ces mêmes autorités
marocaines ont laminé le mouvement de contestation populaire du 20 février 2011 et des liens
qu’entretient le Congrès maghrébin au Québec avec ces dernières (les événements les plus
marquants se déroulent en présence des autorités marocaines), on ne peut que s’étonner que RadioCanada fasse appel à un interlocuteur qui n’affiche que peu d’intérêt pour les valeurs démocratiques.
Question 23 Pourquoi la journaliste a-t-elle omis de nous situer Monsef Derraji ?
Question 24 Pourquoi la journaliste a-t-elle choisi dans son reportage de donner la parole à deux
membres fondateurs du Congrès maghrébin au Québec qui partagent la même perspective? De fait,
cet organisme qui n’a aucune expertise en matière d’intégrisme musulman se retrouve surreprésenté.
Est-ce équitable? Dans quel but? Qu’est-ce qui justifie la participation de cet organisme au reportage?
Frédéric Castel. Ses prises de positions vont toutes dans le même sens : minimiser l’intégrisme
musulman et dénoncer l’islamophobie, de même que jeter le discrédit sur Fatima Houda-Pepin et
Djemila Benhabib. (https://www.youtube.com/watch?v=fA4zgh2zYVM)
Question 25 Pourquoi les points de vue de ces deux dernières ont été occultés? On a bien compris
que Fatima Houda-Pepin ne souhaitait pas réagir mais qu’en est-il de Djemila Benhabib? Castel n’est
pas un observateur neutre. Il a milité ardemment contre la Charte (encore un, décidemment!). Il a un
parti pris évident. D’ailleurs, il accompagne la journaliste à la rencontre de l’association islamiste Belagir qu’il fait passer pour réformiste. Grave désinformation.
L’association Bel-agir est présentée comme réformiste. FAUX. L’association Bel-agir du Canada,
s’inscrit en droite ligne dans la pensée de l’Association marocaine des Frères musulmans, al-adl wal
ihsane (AWI, Justice et Bienfaisance) comme l’atteste son site Internet
(http://www.belagir.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=4:branchefeminine&catid=14:a-propos&Itemid=38) qui se réfère abondement à leur leader Abdessalam Yassine.
Une simple visite du site aurait permis à la journaliste de s’en apercevoir. L’a-t-elle fait?
• On peut notamment lire sur le site Internet de l’association : « Nous allons faire allusion à quelques
vertus dont les fondements sont bien établis dans les sociétés occidentales mangées aux mites et qui
résistent aux facteurs de destruction qui ne cessent d’éroder leur civilisation. La liberté, en est une, la
liberté et la liberté. L’homme occidental, athée et jahilien (Vocable arabe qui signifie ignorance de Dieu
et violence) soit-il, refuse toute soumission à Dieu, mais il s’est immunisé contre la tyrannie des
mortels. » (http://www.belagir.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=45:quelques-vertusdes-societes-occidentales&catid=12:catressgeneral&Itemid=41)
• L’association Bel-agir a produit un mémoire contre la Charte .
(http://www.belagir.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=63:loi-60-bel-agir-chartevaleurs-quebec&catid=12:catressgeneral&Itemid=41)
Lorsqu’on invite des personnes à prendre la parole dans un tel reportage on se doit de connaître la
situation dans leur pays d’origine. A fortiori, lorsque la relation entre le religieux et le politique fait
l’objet de débats intenses. On se doit de les situer dans les différents contextes. La démocratie n’est
pas un jeu. Être démocrate n’est un pas un habit dont on se pare lors d’une émission de télévision et
qu’on laisse au vestiaire pour prendre un avion d’Air Algérie ou de la Royal air Maroc au gré des
événements. La démocratie est une exigence quotidienne, un combat permanent que nous menons
avec courage et dignité où que nous soyons.
EN CONCLUSION, M. l’ombudsman, c’est pour toutes ces raisons et pour toutes ces questions
fondamentales laissées sans réponses dans le reportage en question de l’émission que nous
estimons, pour reprendre ce que nous avons formulé au début de cette plainte, que cette émission
contrevient aux normes journalistiques et au droit du public à une information juste, équilibrée et
exacte et qu’elle ne reflète en rien les réalités complexes auxquelles fait face le Québec tout comme le
Canada vis-à-vis de la montée de l’intégrisme musulman.
Veuillez accepter, cher monsieur, l’expression de nos sentiments distingués,
Akli Ourdja
Ali Kaidi
Djemila Benhabib
Gilles Toupin
Louise Mailloux

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