divorce : faits, causes et conséquences

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divorce : faits, causes et conséquences
tendances contempor aines de la famille
divorce :
faits, causes
et conséquences
Dr. Anne-Marie Ambert
Université York
(3e édition, 2009)
n o v e m b r e
2 0 0 9
À propos de l’auteure
Professeure retraitée au département de sociologie de l’Université York, auquel elle s’est jointe en 1971, Anne-Marie
Ambert a ciblé ses recherches et ses publications sur les questions liées au divorce et au remariage, à la pauvreté et à
divers aspects du lien affectif parent-enfant. Elle vient d’entreprendre la deuxième édition do son dernier ouvrage,
publié en 2005 chez Pearson Canada, qui s’intitule Changing Families: Relationships in Context. Mme Ambert a
également siégé durant plus d’une vingtaine d’années au comité de rédaction du Journal of Marriage and Family. Elle
a récemment entrepris de mettre sa longue expérience en matière de condos au service de la recherche appliquée, afin
d’aider les propriétaires de condos à mieux comprendre leurs droits, leurs responsabilités et le fonctionnement des
condos : www.condoinformation.ca. Pour rejoinere professeure Ambert, [email protected]
À propos de L’Institut
L’Institut Vanier de la famille a été fondé en 1965 sous le patronage de Leurs Excellences le Gouverneur
général Georges P. Vanier et madame Pauline Vanier. L’Institut est une organisation bénévole nationale
qui se consacre à la promotion du bien-être des familles canadiennes par le biais de la recherche, de
publications, de l’éducation du public et de la défense des intérêts des familles. L’Institut collabore
régulièrement avec les entreprises, les législateurs, les décisionnaires, les spécialistes de programmes, les
chercheurs, les éducateurs, les professionnels les services à la famille, les médias et le grand public.
Tendances contemporaines de la famille (TCF) est une collection de documents hors série rédigés par des
experts canadiens portant sur diverses réalités familiales. Les textes TCF sont descriptifs et interprétatifs,
et ils fournissent une synthèse critique sur des sujets d’actualité ou pertinents concernant la famille.
Les opinions exprimées dans ce document sont celles de l’auteure et ne reflètent pas nécessairement le point
de vue de l’Institut Vanier de la famille.
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94 prom. Centerpointe Drive Ottawa, Ontario K2G 6B1
www.ivfamille.ca
tendances contempor aines de la famille
divorce :
faits, causes
et conséquences
Dr. Anne-Marie Ambert
Université York
(3e édition, 2009)
n o v e m b r e
2 0 0 9
Avant‑propos
J’ai été frappée par les résultats d’un sondage récemment mené auprès d’adolescents canadiens : 90 % des répondants
ont révélé prévoir se marier et passer leur vie avec le même conjoint1. Le pourcentage de jeunes gens nourrissant cette
perspective est semblable – voire légèrement supérieur – à ce qu’il était il y a quinze ans, lorsqu’on avait posé cette
même question à la génération précédente. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que ces attentes contredisent « les faits
probants ». Selon les évaluations actuelles, seulement la moitié des jeunes gens d’aujourd’hui se marieront (bien
que la plupart formeront des unions conjugales), et parmi ceux qui se marieront officiellement ou légalement une
première fois, près du tiers divorceront avant leur 30e anniversaire de mariage.
Alors, comment interpréter cet écart entre attentes et réalités? Certains l’attribueront peut-être simplement à
l’optimisme naïf de la jeunesse. Mais de façon plus significative, cette discordance ne traduit-elle pas plutôt une
aspiration plus ou moins durable, sinon l’expectative d’une vie menée dans le cadre d’une relation sérieuse.
Au cours de notre vie, nombre d’entre nous vivront une séparation ou un divorce, ou traverseront les durs moments
qui accompagnent les transitions profondes d’une relation. Plus nombreux encore seront ceux qui seront touchés
en tant qu’enfants ou parents de personnes qui divorcent, ou simplement en tant que proches, amis ou collègues de
ces personnes. Quiconque ayant connu une telle expérience sait qu’elle peut entraîner son lot d’émotions intenses,
d’anxiété et parfois même de peur. Par ailleurs, la plupart des gens reconnaissent l’unicité de chaque divorce; chaque
histoire est façonnée par son contexte spécifique et par les événements particuliers de la vie des personnes concernées.
Comprendre le divorce et les tendances s’y rattachant n’est pas chose facile. Dans le cadre de la 3e édition de son
document intitulé Divorce : faits, causes et conséquences, Anne-Marie Ambert, de l’Université York, souligne la
complexité du phénomène que constitue le divorce dans ses multiples facteurs inextricablement liés les uns aux
autres dans un contexte social, culturel et légal en changement. S’appuyant sur les toutes dernières statistiques,
Mme Ambert répond d’abord aux questions les plus fréquentes au sujet du divorce et, ce faisant, nous aide à mieux
saisir ce que ces statistiques disent réellement – et ce qu’elles ne disent pas. Elle fait ensuite état des conclusions d’une
abondante documentation de recherche, dans le but de clarifier les divers facteurs associés aux tendances en matière
de divorce depuis les 50 dernières années, et de nourrir la réflexion sur les conséquences potentielles du divorce et de
la séparation dans la vie des personnes concernées et, par extension, dans la société.
Clarence Lochhead
Directeur exécutif
novembre 2009
Bibby, Reginald W. (2009). The Emerging Millennials: How Canada’s Newest Generation is Responding to Change and
Choice. Lethbridge, Alberta: Project Canada Books, p.199.
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novembre 2009
Table des matières
Divorce : faits, causes et conséquences
COMPRENDRE LES CHIFFRES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
Est-il vrai qu’un mariage sur deux se solde par un divorce? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
D’où vient le malentendu? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Comment mesurer le divorce? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Est-ce là toute l’histoire? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
Le taux de divorce est-il en hausse ou en baisse? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
Comment les taux canadiens se comparent-ils à ceux d’autres pays? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
Qu’en est-il du divorce chez les couples homosexuels? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Combien de personnes divorcent plus d’une fois? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
Après combien d’années les couples divorcent-ils? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
À quel âge divorce-t-on? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Combien d’enfants sont touchés par le divorce? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
Qui s’occupe des enfants après le divorce? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
Le remariage est-il courant? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
Combien de familles avec enfants à charge forment des familles recomposées? . . . . . . . . . . . 12
Le remariage est-il aussi stable qu’un premier mariage? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Les cohabitations sont-elles aussi stables que les mariages? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
FACTEURS CONTRIBUANT AU DIVORCE AU CANADA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Facteurs culturels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Facteurs démographiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Pourquoi la cohabitation avant le mariage n’empêche-t-elle pas le divorce? . . . . . . . . . . . . . . . 16
Raisons personnelles de divorcer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
CONSÉQUENCES DU DIVORCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Risque accru de pauvreté . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
Risque accru de problèmes chez les enfants de parents divorcés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
Mises en garde sur la façon d’interpréter l’information ci-dessus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
Les cinq principales sources d’effets négatifs du divorce sur les enfants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
Les enfants s’adaptent-ils différemment au divorce selon leur âge et leur sexe? . . . . . . . . . . . . 23
Quelles sont les conséquences d’un remariage parental sur les enfants ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
Quelles sont les conséquences du divorce chez les adultes? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
CONCLUSIONS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
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Divorce :
faits, causes et conséquences
Ce document a pour but de répondre aux questions les plus fréquemment posées au sujet du divorce,
notamment : quel pourcentage des mariages d’aujourd’hui finira en divorces? Le taux de divorce est-il
en hausse ou en baisse? Le taux de divorce est-il plus élevé au Canada qu’ailleurs? En répondant à ces
questions, on explique les diverses statistiques servant à mesurer le divorce ainsi que leurs limites. Ce
document se divise en trois sections : la première, porte sur les données de base concernant le divorce,
alors que les deux autres traitent de ses causes et de ses conséquences. On aborde également les questions
du remariage et de la cohabitation (ou union libre) en lien à la situation du divorce.
COMPRENDRE LES CHIFFRES
Est-il vrai qu’un mariage sur deux se solde par un divorce?
Dans l’ensemble du Canada, non, mais au Québec oui. Selon ses dernières estimations, Statistique Canada
(2008) situe à 38 % le risque de divorce pour les mariages récents au cours des 30 premières années de
mariage pour l’ensemble du pays, à 21,6 % pour Terre-Neuve et Labrador et à 48,4 % pour le Québec,
comme l’illustre le tableau 1. Par comparaison, ce pourcentage est de 44 % pour les États-Unis. Cependant,
il est à noter que ces estimations ne font pas la distinction entre les premiers divorces et les suivants. Ainsi,
en 2005, 16 % des hommes et 15 % des femmes qui ont divorcé n’en étaient pas à leur premier divorce. La
probabilité de divorcer d’un premier mariage est donc plus faible que dans le cas d’un remariage.
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D’où vient le malentendu?
Les gens ont fréquemment tendance à croire qu’un mariage sur deux se solde en divorce parce que, trop
souvent, nos renseignements proviennent des médias américains et que, dans les années 1980, il était vrai
qu’un mariage sur deux menait au divorce aux États-Unis. Il semble que cette donnée statistique record
ait marqué l’imagination et les médias.
Ce malentendu est également attribuable à l’utilisation trop fréquente de mesures simplistes du divorce.
Par exemple, une méthode se contente de diviser le nombre de divorces par le nombre de mariages d’une
même année. Si le nombre de mariages diminue, comme c’est le cas depuis une dizaine d’années, la
proportion de divorces augmentera nécessairement, même si le nombre de divorces se maintient. Il est
donc trompeur de se servir du nombre de mariages comme base de calcul du taux de divorce. En 2005,
par exemple, on a recensé 15 423 divorces au Québec, et seulement 22 244 mariages (Girard, 2008).
En appliquant cette méthode, on conclurait à tort que 69 % des mariages au Québec se solderont en
divorce, alors que dans les faits, cette proportion se situe à 48,4 % (tableau 1).
Une deuxième approche, tout aussi trompeuse, consiste à se servir du taux de divorce et à le comparer au
taux de mariage d’une même année, ce qui donnerait par exemple 2,7 divorces et 5,4 mariages par millier
d’habitants. Ainsi, on obtient un taux de divorce (sous forme de ratio) équivalent à la moitié de celui de
mariage – un « fait » erroné, comme nous l’avons expliqué précédemment. De plus, bien que ce taux de
50 % soit calculé à partir des mariages et des divorces d’une même année, on l’a parfois employé à tort pour
prédire que 50 % des mariés de l’année se divorceront. Il importe de garder à l’esprit qu’il est rare que les
divorces enregistrés au cours d’une année arrivent à des couples qui se sont mariés durant la même année!
Malheureusement, ces méthodes de calcul du divorce sont en usage dans de nombreux pays, même
auprès de chercheurs, et figurent dans quelques traités au Canada et aux États-Unis. Nous devons donc
redoubler de vigilance devant les statistiques qu’on nous présente.
Quand les gens s’informent des taux de divorce, ils veulent le plus souvent savoir ce qui arrivera aux couples
qui se marient cette année : « quelles sont leurs chances de demeurer mariés? ». Mais pas toutes les mesures
du divorce répondent à cette question; seulement la première énumérée ci-dessous le fait.
Comment mesurer le divorce?
A. La façon la plus précise de mesurer le divorce est de calculer ce qu’on appelle le taux de divorce total
(voir Tableau 1). Cette méthode consiste à calculer, parmi les couples qui se marient au cours d’une
année donnée, la proportion de ceux qui divorceront avant leur 30e anniversaire de mariage. Par
exemple, le taux de divorce total au Canada en 2004 était de 37,9 par 100 mariages, ce qui signifie
que 37,9 % de tous les mariages de cette année se solderont par un divorce d’ici 2035 si, comme
le précise Statistique Canada, le « taux de divortialité par durée de mariage pour 2004 demeure
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stable ». Autrement dit, le taux de divorce total constitue une prédiction d’un taux de divorce futur,
à partir de tendances réelles récentes. Cette méthode permet d’évaluer le plus précisément possible
ce que serait un taux de divorce à vie, car on trouve relativement peu de divorces après 30 ans de
mariage. Cette méthode ne peut cependant servir à des comparaisons à l’échelle mondiale, car elle
nécessite de la part du gouvernement une tenue de dossiers et l’exécution de calculs complexes que
relativement peu de pays peuvent se permettre.
Tableau 1
Taux de divorce totaux, par 100 mariages, avant le 30e anniversaire par province et territoire
1998
2000
2002
2004
Canada
36,1
37,7
37,6
37,9
Terre-Neuve et Labrador
23,2
22,9
21,8
21,6
Île-du-Prince-Édward
26,4
26,9
25,2
29,1
Nouvelle-Écosse
28,2
30,4
30,4
30,2
Nouveau-Brunswick
26,9
31,9
27,2
26,9
Québec
45,2
47,4
47,6
48,4
Ontario
33,0
34,6
34,9
35,5
Manitoba
30,1
34,6
30,3
30,6
Saskatchewan
31,5
31,4
28,7
27,6
Alberta
39,0
41,5
41,9
41,9
Colombie-Britannique
40,0
40,6
41,0
40,8
Yukon
55,2
33,6
43,4
34,8
Territoires du Nord-Ouest et Nunavut
37,5
40,7
31,2
35,5
Source : Ambert, 2005a; Statistique Canada, 2008 et années antérieures
B. Une autre méthode de mesure du divorce consiste à restreindre le calcul aux personnes
susceptibles de divorcer, à savoir les couples mariés, ce qui donne un taux de divorce par 1 000 ou
100 000 couples mariés dans une population donnée. Ainsi, Beaujot et Kerr (2004) ont démontré
qu’au cours de l’année 2002, il y a eu 1 050 divorces par 100 000 couples mariés au Canada,
comparativement à 1 302 en 1986. Bien qu’intéressante, cette méthode de mesure est également
digne d’intérêt, mais elle ne répond pas à la question principale : quelles chances ont les couples qui
se marient cette année de demeurer mariés pour la vie? Elle permet cependant d’amasser des données
sur les tendances relatives aux couples mariés.
C. La méthode la plus couramment utilisée pour mesurer le divorce est le taux brut annuel par
1 000 ou 100 000 habitants. En 2005, ce taux était de 2,2 par 1 000 habitants, alors qu’il était de
2,9 en 1990 et de 3,6 en 1987. (On emploie cette méthode aux tableaux 2 et 3.)
En dépit de sa validité et du fait qu’elle permet le suivi des tendances historiques et internationales,
cette mesure présente certains désavantages. En effet, lorsqu’on calcule le taux de divorce par
100 000 habitants, on inclut les personnes veuves, les enfants et les célibataires. Toutes ces personnes
contribuent à faire baisser ce taux, car elles ne peuvent pas divorcer! En outre, cette méthode est
vulnérable aux variations liées à la répartition démographique.
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Est-ce là toute l’histoire?
Non, il reste encore plusieurs points à clarifier.
1. Les prédictions au sujet du divorce ne sont rien de plus que cela : des prédictions. Elles sont faites à
partir de tendances annuelles. Malheureusement, il est facile d’oublier cet aspect « annuel » quand
la discussion s’anime! Il est donc constamment nécessaire de revoir ces prédictions en fonction des
changements récents.
2.Comme nous l’avons mentionné précédemment, il ne s’agit pas toujours d’un premier divorce : pour
certaines personnes, il peut s’agir d’un deuxième ou d’un troisième. Bien que le taux de divorce total
indique le pourcentage de mariages qui se solderont probablement en divorces, il ne permet pas de
connaître la proportion de gens qui divorcent. Autrement dit, certaines personnes contribuent de
façon disproportionnée au taux de divorce au cours de leur vie.
3. Ainsi, même s’il est vrai que ces prédictions inquiètent certains jeunes gens qui se marient pour
la première fois, il importe de se rappeler que le taux de divorce au premier mariage est moins
important que le 37,9 % qui figure au tableau 1 – il se situe plutôt autour de 33 %. Les premiers
mariages ont donc 67 % de chance de durer pour la vie. De surcroît, nous verrons un peu plus loin
que le risque de divorcer est encore plus faible pour certains couples.
4.Il faut noter également que le portrait brossé par les statistiques actuelles sur le divorce ne tient
pas compte de la cohabitation hors mariage (ce qu’on appelle aussi union libre). Ce type d’union
est en nombre croissant et est même plus courant que le mariage au Québec lors d’une première
union et d’une union après un divorce. Actuellement, 65 % des couples habitant sous un même
toit au Québec sont mariés, alors que cette proportion atteint 87 % ailleurs au Canada (Girard,
2008). Et lorsque ces unions prennent fin, ces dissolutions n’apparaissent pas dans les statistiques
sur le divorce. Les taux de divorce ne peignent donc pas un portrait fidèle des taux de dissolution
conjugale (unions libres + mariages).
5. Une question importante à laquelle on devrait y consacrer des recherches est à savoir si l‘union
libre constitue une forme de « mariage caché » et, le cas échéant, si sa dissolution équivaut à
un « divorce caché ». Ces questions sont centrales, à la fois pour mesurer l’ampleur réelle de la
dissolution et pour les chercheurs en droit de la famille et en droit de l’enfant. La réponse n’est pas
forcément simple. Inclure toutes les cohabitations aux statistiques sur le mariage pourrait s’avérer
trompeur, tout comme il le serait de considérer leur dissolution comme un divorce (Ambert,
2005b). En effet, de nombreuses cohabitations ne durent que quelques mois et ne sont ni plus ni
moins qu’une entente temporaire dépourvue d’engagement à long terme ou à vie, contrairement au
mariage. Par contre, il semble que les cohabitations incluant des enfants soient plus stables (Wu,
2000). De plus, au Québec, les cohabitations, dites unions libres, sont plus stables qu’ailleurs au
Canada, notamment lorsque des enfants naissent de cette union. Ce dernier type d’union s’approche
davantage du mariage (Kerr et coll., 2006).
En dernier lieu, un nombre inconnu de couples se séparent, mais ne divorcent jamais. Aussi importante
et lourde de conséquence qu’un divorce, ce type de dissolution conjugale n’apparaît pas non plus dans
les statistiques. Il est probable que cette tendance soit en hausse chez les personnes qui se séparent et
cohabitent en union libre peu de temps après.
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Lorsqu’on tient compte des points 4 et 5, on peut certainement affirmer qu’au moins une union sur deux
se solde en dissolution – en proportion moindre dans les Maritimes et les Prairies, et en supérieure au
Québec. Par ailleurs, ces proportions risquent même d’augmenter si les jeunes continuent à opter pour la
cohabitation en nombre croissant.
Le taux de divorce est-il en hausse ou en baisse?
Le taux de divorce a baissé considérablement depuis les années 1990, et demeure relativement stable
depuis 1997 en dépit de légères fluctuations annuelles. Au tableau 2, Statistique Canada présente les taux
bruts annuels de divorce au fil des années :
Tableau 2
Taux brut de divorce par 100 000 habitants depuis 1921
Année
Nombres de
divorces
Taux par 100 000 habitants
1921
558
6,4
1941
2,462
21,4
1961
6,563
36,0
1968*
11,343
54,8
1969
26,093
124,2
1981
67,671
271,8
1985**
61,980
253,6
1986
78,304
298,8
1987***
96,200
362,3
1990
80,998
295,8
1995
77,636
262,2
1997
67,408
224,8
2000
70,292
228,4
2002
70,155
223,0
2005
71,269
220,7
* Reform of Divorce Laws ** Divorce Act (“no fault”) *** Peak year Source: Table 101-6501, Statistics Canada, 2008
Le nombre de divorces a considérablement augmenté au Canada depuis 1968, année d’entrée en vigueur
de la Loi sur le divorce, qui a élargi les motifs de divorce et a rendu celuici possible partout au pays. De fait,
on a enregistré cinq fois plus de divorces au Canada de 1968 à 1995, pour atteindre un sommet en 1987
au Canada et en 1981 aux États­Unis. Le sommet de 1987 est attribuable à l’entrée en vigueur des motifs
de divorce davantage élargis à la suite des modifications de 1986 apportées à la Loi sur le divorce. Toutefois,
comme nous l’avons vu au tableau 1, il existe de grandes disparités provinciales : en effet, au cours des dix
dernières années, le Québec affichait toujours les taux les plus élevés, tandis que c’était dans les provinces
des Maritimes, en Saskatchewan et au Manitoba qu’on retrouvait les plus faibles.
d i vo r c e : fa i ts , c aus e s et c o n s éq u e n c e s
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l’ i n s t i t u t e va n i e r d e l a f a m i l l e
L’augmentation ou la diminution importante des taux de divorce dépendent de l’interaction complexe entre de
nombreux facteurs socioéonomiques, politiques, culturels et démographiques ainsi que des valeurs et préférences
de chacun. Par exemple, avec le nombre grandissant de jeunes couples qui choisissent de cohabiter avant le
mariage et les « enfants du divorce », plus susceptibles de divorcer, qui arrivent euxmêmes à l’étape du mariage,
il y a de fortes chances que les taux de divorce continuent d’augmenter, comme ce fut particulièrement le cas au
Québec. Ou, si la proportion des adultes de 25 à 45 ans décline, les taux de divorce baisseront parce que ce groupe
d’âge est le plus susceptible de divorcer. Ou encore, si les unions libres augmentent et si les séparations ne sont pas
comptabilisées dans les statistiques, à long terme les taux de divorce diminueront, mais les dissolutions d’unions
augmenteront. Ainsi, les prévisions reposent sur beaucoup de « si ».
Bref, les taux de divorce, à l’exception de ceux du Québec, ont chuté de façon importante depuis les
années 1990. Mais, au même moment, les taux de mariage ont aussi diminué, réduisant ainsi les risques
de divorce, et les taux d’unions libres ont augmenté, surtout au Québec. Par conséquent, la dissolution
d’unions en général n’a certainement pas réellement diminué et a peutêtre même augmenté.
Comment les taux canadiens se comparent-ils à ceux d’autres pays?
En tenant compte de ce qui précède, les Nations Unies (2006, 2008) donnent les taux de divorce bruts
suivants (tableau 3) par millier d’habitants dans certains pays occidentaux en 2002 et en 2005.
Tableau 3
Taux de divorce bruts par 1 000 hab. dans certains pays en 2002 et 2005
Taux par 1 000 habitant
Pays
Russie
É.U.
Cuba
R.U.
France
Suède
Japon
Canada
Portugal
Israël
Italie
Jamaïque
Mexique
2002
5,3
4,3
3,1
3,1*
2,7*
2,4
2,3
2,2
1,8
1,7
0,7
0,7
4,5
3,6
3,2
2,8**
2,3
2,2
2,1
2,2
2,3
1,7
0,8
0,7
0,6
0,7
*1996; **2003. Source : Nations Unies. 2005, 2008
8
|
t en da n c es co n t em p o r a i n es d e l a fa m i lle
2005
novembre 2009
On note d’abord que, à l’exception du Portugal, après avoir augmenté de façon importante en Europe
dans les années 1990 (non indiqués ici), les taux de divorce y sont demeurés stables ou ont diminué dans
les années 2000 (Sardon, 2006). Malgré leur diminution, les taux étatsuniens demeurent les plus élevés
du monde occidental, suivis du RoyaumeUni et de Cuba. La Russie récolte encore les taux les plus élevés,
à 4,5. Ainsi, même si nos taux sont modestes comparativement à ceux des États­Unis ou de la Russie, ils
sont comparables à ceux de bien d’autres pays occidentaux ou de l’OCDE. (Il faut aussi noter que les
taux aux ÉtatsUnis comprennent une plus grande proportion de personnes ayant divorcé plusieurs fois
que ce n’est le cas au Canada.)
Qu’en est-il du divorce chez les couples homosexuels?
On n’a légalisé les mariages homosexuels qu’en 2004 dans certaines provinces et qu’en 2005 dans
l’ensemble du Canada. En ce moment, bien que des divorces soient survenus, il n’y a pas encore de
statistiques disponibles à ce sujet. Néanmoins, il est intéressant de jeter un œil aux nombres de mariages
homosexuels au Québec (Girard, 2008), qui étaient de 245 en 2004, de 451 en 2005, de 621 en 2006 et
de 470 en 2007.
Au fil de la publication de statistiques, il sera possible d’examiner dans quelle mesure les modèles et taux
de divorce chez les couples homosexuels se comparent à ceux des couples hétérosexuels. Comme on n’a
légalisé les mariages homosexuels que récemment, il est possible qu’une bonne proportion des récents
mariages homosexuels aient scellé des relations de longue date. Par conséquent, on peut raisonnablement
prédire que les taux de divorce seront inférieurs à ceux des couples hétérosexuels. Aussi faudratil compter
encore quelques années avant la compilation de statistiques significatives.
Combien de personnes divorcent plus d’une fois?
Statistique Canada estime que 16 % des divorces en 2005 étaient des « redivorces » pour l’un des
conjoints (Statistique Canada, 2008). Ces taux sont plus faibles à TerreNeuve (peutêtre en raison
de l’émigration vers d’autres provinces et aussi en raison de taux de divorce déjà inférieurs) et au
Québec (où les divorcés ont plus tendance à cohabiter qu’à se remarier). Ils sont les plus élevés en
ColombieBritannique, en Alberta et au Yukon. Ainsi, plus de 20 % de tous les divorces au Canada sont
des redivorces pour au moins l’un des conjoints. Aussi bien au Canada qu’aux ÉtatsUnis, les personnes
qui divorcent à plusieurs reprises semblent différer sur certains points de celles qui n’ont divorcé qu’une
fois (Ambert, 2005a:394; Booth, 1999). En effet, certaines d’entre elles ont davantage de problèmes
personnels tandis que d’autres éprouvent un moins grand engagement envers le mariage. Par exemple,
Clark et Crompton (2006) ont constaté que les personnes qui ont divorcé plus d’une fois sont beaucoup
moins portées à croire en l’importance du mariage pour eux et leur bonheur.
d i vo r c e : fa i ts , c aus e s et c o n s éq u e n c e s
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l’ i n s t i t u t e va n i e r d e l a f a m i l l e
Après combien d’années les couples divorcent-ils?
En 2005, la durée moyenne des mariages s’étant soldés par un divorce était de 14,5 ans, soit 1,7 an de
plus qu’il y a dix ans (Statistique Canada, 2008). En Ontario, la durée moyenne était de 13,8 ans et à
l’Î.P.É., de 16,7 ans. Les divorces dissolvant des mariages de plus longue date surviennent également dans
d’autres pays occidentaux, comme le RoyaumeUni.
En outre, selon Statistique Canada, le plus grand nombre de divorces surviennent après le 3e ou le
4e anniversaire (respectivement 26,1 et 25,8 mariages sur 1 000). Après cela, le taux diminue pour chaque
année de mariage subséquente et, au 40e anniversaire, il n’y aurait que 1,19 divorce sur 1 000 mariages.
À quel âge divorce-t-on?
En 2005, l’âge moyen au moment du divorce était de 44 ans pour les hommes et de 41,4 ans pour
les femmes et pourrait bientôt augmenter, par suite du fait que les hommes et les femmes se marient
maintenant plus tard, à l’âge de 29,5 ans pour les hommes et de 26,9 ans pour les femmes en 2005. Au
Québec, en 2007, l’âge moyen était de 32 ans pour les hommes et de 30 ans pour les femmes, tandis que,
en France, il était respectivement de 35,6 et de 32,2 ans. Dans les deux cas, plus de couples cohabitent
avant le mariage tandis que d’autres vivent séparément plus longtemps qu’auparavant (Insee, 2008). Ces
deux facteurs retardent le mariage et peuvent nuire à son occurrence.
Il faut faire preuve de circonspection dans l’analyse des statistiques de divorce selon l’âge, car chez
les personnes âgées, un divorce après 60 ans peut être le premier après un long mariage ou encore un
deuxième ou même un énième. Par exemple, chez les hommes âgés de 65 à 87 ans qui ont divorcé
entre 1990 et 1992, la durée moyenne du premier mariage était de 37,8 ans, tandis que les divorces
subséquents survenaient après 14 ans de remariage en moyenne (Gentleman et Park, 1997). Plus souvent
les gens divorcent et se remarient, plus court est chaque mariage subséquent (Ambert, 1989).
Combien d’enfants sont touchés par le divorce?
Le nombre d’enfants à charge touchés par un divorce parental s’élevait à 36 252 en 1998 (le nombre total
de divorces se chiffrait à 69 088). Ces chiffres sont probablement équivalents aujourd’hui. Strohschein
et coll. (2009) ont estimé qu’environ 20 % des enfants nés en 1984 au Manitoba avaient vu leurs parents
divorcer avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans. Juby et coll. (2005), quant à eux, ont estimé que près de
30 % des enfants canadiens nés en 1984 ont vécu la séparation de leurs parents mariés ou en union libre
avant d’avoir atteint l’âge de 15 ans. Si l’on projette ces estimations aux enfants nés dans les années 2000,
le pourcentage pourrait être quelque peu inférieur, car c’est dans les années 1980 qu’il y a eu le plus de
divorces au pays. Cependant, si on inclut les cohabitations parentales et les données du Québec, les
pourcentages seraient certainement équivalents à ces chiffres.
Un grand nombre de couples qui divorcent n’ont pas d’enfant ou en ont peu, surtout parce qu’une bonne
partie de ces couples divorcent durant les premières années de mariage. En outre, les couples divorcés
avec enfants n’en ont pas autant que d’autres couples de leur âge qui restent mariés. Nous ne savons pas
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novembre 2009
très bien si c’est parce que les couples au mariage stable sont plus susceptibles d’ajouter un deuxième ou
un troisième enfant à leur famille ou parce que la présence d’un plus grand nombre d’enfants refrène le
divorce, à tout le moins quand les enfants sont jeunes (Vanderschelden, 2006). Nous savons toutefois
précisément que la présence d’enfants est liée à des taux de divorce inférieurs (Clark et Crompton,
2006). À l’inverse, dans les cas de remariage, la présence des enfants de la femme issus d’un précédent
mariage accroît le risque de divorce (Teachman, 2008).
Au Canada, il n’y a pas d’estimation du nombre d’enfants ayant connu de multiples divorces parentaux. Aux
États­Unis, 15 % de tous les enfants verront leur parent gardien divorcer plus d’une fois avant d’avoir atteint
l’âge de 18 ans. Et près de 50 % des enfants de familles divorcées voient un de leurs parents divorcer de
nouveau. Les recherches indiquent que ces transitions familiales multiples correspondent à une diminution
du bienêtre des enfants et à une augmentation des problèmes comportementaux (Fomby et Cherlin, 2007).
De plus, de nombreux enfants de familles en cohabitation vivent, eux aussi, la séparation de leurs
parents. Malgré l’absence de statistiques officielles, nous savons que ces enfants sont plus susceptibles de
vivre une séparation parentale que les enfants dont les parents sont mariés.
Céline Le Bourdais et ses collègues (2004) ont constaté que les enfants québécois dont les parents
cohabitent ont trois fois plus de chance de connaître une séparation parentale que les enfants de
couples mariés; dans l’ensemble du Canada, ce risque est cinq fois plus élevé et on constate des résultats
semblables aux États­Unis. (Osborne et coll., 2007).
Qui s’occupe des enfants après le divorce?
En 2002, au Canada, on a adopté le projet de loi C22 afin de remplacer les expressions « garde » et
« droit de visite » par « responsabilités parentales » et « temps parental ». Bien que ce projet de
loi n’ait jamais eu valeur de loi et que la terminologie conventionnelle soit utilisée dans les tribunaux
(comme l’exige la Loi sur le divorce et les lois provinciales sur le droit de la famille), les termes utilisés
par les parents et les avocats dans les ententes ont changé. Au Canada comme aux ÉtatsUnis, ce sont
surtout les mères qui ont la garde physique des enfants. La garde partagée, où l’enfant passe au moins
40 % de son temps avec chaque parent, représente moins de 10 % des ordonnances de garde, bien que ce
pourcentage croisse lentement. Seulement 10 % des enfants vivent avec leur père et cette situation n’a pas
beaucoup changé au fil des années, malgré le fait que la garde légale partagée soit devenue plus courante
et se retrouve dans environ 46,5 % des ordonnances de garde au Canada.
Les mères préfèrent avoir la garde unique et entière, mais sont favorables à la responsabilité partagée
lorsqu’elles estiment que leur exépoux est un bon père et que les relations postmaritales ne sont pas
conflictuelles (Wilcox et coll., 1998). À cet égard, la Cour d’appel de l’Ontario a statué en février 2005
que la garde partagée ne doit pas être permise quand les parents ne sont pas capables de discuter avec
calme des soins de leur(s) enfant(s).
Les pères ayant la garde ont plus tendance à se remarier ou à vivre avec une autre personne adulte que
les mères ayant la garde. Dans l’ensemble, les pères gardiens ont moins d’enfants à charge, et moins de
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l’ i n s t i t u t e va n i e r d e l a f a m i l l e
jeunes enfants, que les mères gardiennes. Les pères ayant de jeunes enfants ou plusieurs enfants ne sont
en général pas portés à demander leur garde (Drapeau et coll., 2000). Pour les hommes, vivre avec leurs
enfants consolide la relation pèreenfant et améliore la santé mentale du père (Arendell, 1995). De fait,
ils sont moins sujets aux sentiments de manque de contrôle sur leur situation paternelle, contrairement
à de nombreux pères n’ayant pas la garde. Par contre, les pères ayant la garde ont davantage tendance à
trouver leur rôle contraignant : ils ont moins de liberté et plus de responsabilités en plus d’être moins
heureux que les pères visiteurs (Shapiro et Lambert, 1999). Environ 15 % des pères n’ayant pas la garde
ne rendent jamais visite à leurs enfants tandis qu’un autre 25 % le font irrégulièrement (MarcilGratton,
1999). Il existe des facteurs inhérents à la structure même de parent n’ayant pas la garde qui nuisent au
contact avec les enfants et à leur parentage actif (Gaudet et Devault, 2006), notamment la présence de
« nouveaux » enfants, la distance géographique et la durée de séparation (Manning et coll., 2004). Un
faible revenu est également un facteur clé, car il impose souvent au père des contraintes importantes en
termes de temps, de ressources, de logement et de disponibilité (Swiss et Le Bourdais, 2009).
En outre, de nouvelles théories laissent entendre que les caractéristiques des enfants jouent un rôle dans
la dynamique parentenfant (Ambert, 2001). En effet, de récentes études indiquent qu’elles influencent le
niveau et la qualité du temps paternel : les pères sont moins susceptibles d’être étroitement engagés auprès
d’adolescents ne vivant pas avec eux et ayant des problèmes de comportement, d’humeur et scolaires
(Hawkins et coll., 2007). Ces adolescents peuvent décourager leur père à s’engager et peuvent être aversifs
et l’empêcher de leur rendre visite. En retour, dans un rapport de cause à effet, cela signifie que ces mêmes
adolescents reçoivent moins d’appui, ce qui peut aggraver leurs problèmes : les recherches prouvent que les
enfants s’en sortent beaucoup mieux du point de vue cognitif et comportemental quand leur père demeure
un parent actif (Allard et coll., 2005). Amato et Gilbreth (1999) laissent entendre que les enfants du divorce
s’en sortent mieux quand leur père n’ayant pas la garde est plus qu’un « père du dimanche » et participe
activement, c’estàdire qu’il fournit un soutien émotionnel et pratique, exige certains comportements, fixe
des limites et assure une discipline cohérente. Cela dit, il est possible que, dans le cas d’adolescents presque
adultes, ce sont moins leurs parents que leurs propres choix en dehors du contexte familial qui les affectent,
tels qu’ils leur soient présentés dans le contexte de notre culture actuelle (Ambert, 2007).
Le remariage est-il courant?
Le remariage est de moins en moins courant en raison de la tendance croissante à cohabiter après le divorce
(Beaupré, 2008). Hormis le Québec, environ 70 % des hommes et 58 % des femmes se remarient après leur
divorce. En outre, le remariage est plus courant parmi les immigrants que les personnes nées au Canada. Au
Québec, le remariage est devenu un phénomène marginal à cause de la préférence pour la cohabitation.
Combien de familles avec enfants à charge forment des familles recomposées?
Au Canada, l’expression « famille recomposée » comprend les unions maritales et libres, tandis qu’aux
États­Unis, elle ne comprend généralement que les familles remariées. Au Canada, la moitié des familles
recomposées constituent des remariages. Au Québec, près de 75 % de toutes les familles recomposées
sont formées par des unions libres, alors que c’est le cas de moins de 45 % des familles recomposées en
Ontario, dans les Prairies et en ColombieBritannique.
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t en da n c es co n t em p o r a i n es d e l a fa m i lle
novembre 2009
En 2001, 12 % des familles canadiennes composées d’un couple avec enfants étaient des familles
recomposées (soit 503 100). La moitié de ces dernières comprenait l’enfant ou les enfants de la mère
issu(s) d’une union précédente; 10 % comprenait exclusivement les enfants du père; 8 % comprenait les
enfants issus des unions précédentes des deux conjoints; et 32 % comprenait un enfant né de l’union en
plus des enfants issus d’unions précédentes (Turcotte, 2002). Environ 10 % de tous les enfants canadiens
de moins de 12 ans vivent dans une famille recomposée.
Le remariage est-il aussi stable qu’un premier mariage?
Non. Bien que les remariages soient aussi heureux que les premiers mariages de même durée, les remariages
après un divorce ont un taux plus élevé de dissolution, probablement de 10 % supérieur (Glossop, 2002).
Cependant, les remariages qui durent tiennent souvent plus longtemps que les premiers mariages. Aux
États­Unis, les remariages précédés d’une période de cohabitation sont moins stables (Xu et coll., 2006).
Pourquoi les remariages sontils moins stables? Premièrement, les remariages sont le fait de personnes
ayant déjà eu l’expérience du divorce et qui sont donc plus disposées à considérer le divorce comme
solution et encore plus enclines à y recourir une seconde fois. Deuxièmement, les conjoints remariés
pourraient être moins enclins à faire des compromis et seraient plus rapidement gagnés par le
désenchantement. Troisièmement, vu que moins de normes guident ces relations, les conjoints
ont plus de difficulté à se sentir sécuritaires dans leurs rôles respectifs. Quatrièmement, la structure
même du remariage est plus complexe lorsqu’on y amène des enfants ainsi que des exconjoints et des
exbeauxparents. De fait, le remariage sans enfant issu d’une union antérieure ou seulement avec enfants
issus de cette union connaît un taux de divorce équivalent à celui du premier mariage (Glossop, 2002).
Les cohabitations sont-elles aussi stables que les mariages?
Nous avons déjà abordé cette question en discustant les enfants dont les parents cohabitent. Au
Canada, les unions libres sont plus susceptibles de se dissoudre que les mariages et, en ce sens, sont
moins stables; c’est d’ailleurs le cas dans la plupart des pays du monde (Adams et Trost, 2005). De plus,
les cohabitations ont tendance à se dissoudre plus rapidement que les mariages, peutêtre, toutefois,
à l’exception des couples qui ont commencé à cohabiter à un âge plus avancé (King et Scott, 2005).
Environ 50 % des unions libres qui ne finissent pas en mariages se dissolvent dans les cinq premières
années (Milan, 2000). On en expliquera les raisons plus loin.
Cependant, les cohabitations sont quelque peu plus stables au Québec que dans le reste du Canada,
peutêtre parce qu’elles y sont plus institutionnalisées et socialement acceptées que dans les autres
provinces (Kerr et coll., 2006). Par exemple, selon les statistiques de 2001, Turcotte (2002) a estimé que
55 % des Québécoises âgées de 30 à 39 ans ayant choisi la cohabitation comme première forme d’union
vont connaître la séparation par rapport à 66 % parmi leurs congénères des autres provinces. Néanmoins,
dans toutes les provinces, les unions libres sont plus susceptibles de se dissoudre que les mariages, mais
sont plus stables quand des enfants sont nés de l’union.
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l’ i n s t i t u t e va n i e r d e l a f a m i l l e
FACTEURS CONTRIBUANT AU DIVORCE AU CANADA
De nombreux facteurs inextricablement liés les uns aux autres ont favorisé la hausse fulgurante du divorce au
Canada et dans les autres pays occidentaux au cours de la deuxième moitié du 20e siècle. Ces mêmes facteurs
ont contribué à maintenir des taux de divorce relativement élevés au début du 21e siècle ainsi que les taux
croissants d’unions libres. Nous abordons ci-dessous différents facteurs culturels et démographiques liés à ces
taux élevés de divorce, puis on relie ceux-ci aux raisons personnelles que les gens invoquent pour divorcer.
Facteurs culturels
1. Le taux de divorce commençait déjà à amorcer sa courbe ascendante au 19e siècle en raison de
la tendance à la sécularisation, de la libéralisation des normes à l’égard du choix individuel et de
l’affaiblissement de l’influence de la religion. L’aspect religieux est aujourd’hui généralement absent de
l’institution du mariage : ce phénomène est souvent appelé la désacralisation du mariage. Pour un grand
nombre de gens, le mariage est devenu un choix individuel plutôt qu’un engagement devant Dieu et ce
changement a favorisé l’acceptation de sa nature temporelle (Cherlin, 2004).
2.Ces tendances socioculturelles ont exercé plus tard une influence sur l’adoption de lois plus libérales
sur le divorce. À leur tour, les lois moins contraignantes sur le divorce, telles que celles promulguées
en 1968 et 1985, ont entraîné un accroissement des divorces (voir Tableau 2). De telles lois révèlent
la normalisation du divorce : le divorce n’est plus stigmatisé et est devenu plus acceptable pour la
collectivité. Par suite de ces éléments culturels et légaux, les gens sont moins attachés à l’institution du
mariage et par conséquent, adoptent plus facilement le divorce comme solution.
3. La tendance à l’individualisme amorcée il y a deux siècles a entraîné une prépondérance de droits
plutôt que de devoirs. Lorsque cet individualisme est associé à l’idéologie de gratification, en particulier
sexuelle et psychologique, où on encourage les gens à être « heureux » et « comblés », l’état d’esprit
des conjoints à l’égard de leur mariage s’en trouve atteint. Le mariage n’est plus une institution
axée sur des responsabilités mutuelles, mais se fonde maintenant sur la recherche du bonheur, de
l’épanouissement et de la camaraderie. On a des attentes plus marquées à l’égard du mariage en matière
de satisfaction personnelle. Comme l’explique Amato (2007:309), dans les mariages individualistes,
les époux considèrent que leur mariage est précieux tant et aussi longtemps que celui-ci comble leurs
besoins d’épanouissement personnel et de réalisation de soi. « Lorsque la relation conjugale n’est plus
satisfaisante sur ce plan, les époux se croient justifiés de jeter la relation par-dessus bord pour partir à la
recherche de nouveaux partenaires capables de mieux satisfaire de tels besoins ».
4. Par suite de ces mêmes tendances, les Canadiens et la plupart des Occidentaux ont abaissé leur
seuil de tolérance quand leur mariage ne répond pas à leurs attentes en matière d’épanouissement
personnel. Somme toute, alors que les attentes à l’égard du mariage sont plus élevées, les couples
sont aussi moins tolérants quant aux défis que le mariage comporte et sont moins enclins à faire
les sacrifices nécessaires. D’un autre côté cependant, cela signifie aussi que les femmes quittent
aujourd’hui les relations abusives dans lesquelles elles auraient été forcées de rester il y a 40 ans.
Facteurs démographiques
1. Les statistiques révèlent que plus les gens se marient jeunes, plus il est probable que leur union se
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novembre 2009
solde par un divorce. Les jeunes gens, les adolescents surtout, n’ont pas nécessairement la maturité
et l’expérience pour faire face aux exigences de la relation conjugale. Par ailleurs, du fait de la nature
encore changeante de leur personnalité, il est possible que leurs besoins changent et bousculent
l’équilibre de leur nouvelle union. De plus, les très jeunes personnes ont un revenu faible, ce qui,
conjugué à des niveaux d’instruction peu élevés, représente un autre facteur de risque en matière de
divorce (Clark et Crompton, 2006).
2. Les faibles revenus et la pauvreté sont des facteurs de risque pour le divorce parce que le stress
financier exerce souvent une influence négative sur la relation conjugale. En revanche, une
progression sociale très rapide où la richesse et le statut sont des éléments moteurs représente aussi
un facteur de risque. Cela est peut-être attribuable au fait qu’une telle course au matérialisme dérobe
du temps à la relation ou reflète des valeurs individualistes incompatibles avec une vie conjugale
saine, ce qui nous ramène aux facteurs culturels abordés plus tôt.
3. Un autre facteur démographique lié au divorce concerne le phénomène des mères monoparentales
vivant dans des conditions financières difficiles. Les mères qui ont des enfants sans avoir de
conjoint sont plus susceptibles d’être jeunes et pauvres et de cohabiter avant de se marier, réunissant
ainsi de nombreux facteurs de risque pour le divorce.
4.Comme nous l’avons vu plus tôt, les remariages comportent un facteur de risque pour le divorce,
en grande partie en raison de la complexité des familles recomposées (Ambert, 2005a). Il s’agit d’un
facteur de risque de plus en plus dominant. Par exemple, en 2000, 33 % de tous les mariages étaient
composés d’un ou de deux partenaires ayant déjà divorcé et, de ce pourcentage, bien au-delà du tiers
comprenaient deux personnes ayant déjà divorcé (Statistique Canada, 2003). En outre, les familles
qui habitent avec un beau-père sont moins stables que celles qui habitent avec une belle-mère
(Marcil-Gratton et coll., 2003).
5. Indice de masculinité. Les hommes sont plus susceptibles de divorcer lorsqu’il y a une forte proportion
de femmes célibataires avec eux au travail, et vice-versa, le même phénomène se produit chez les femmes
qui travaillent dans un secteur à prédominance masculine (South et coll., 2001). Ces conditions
augmentent les risques d’infidélité et de nouvelles relations, en particulier chez les hommes. De même,
lorsque l’indice de masculinité favorise les hommes au sein d’un groupe ethnique dans une ville, ce groupe
risque de présenter des taux plus élevés de cohabitation et de divorce en série (Harknett, 2008).
6.Il existe une corrélation entre le divorce des parents et des taux de divorce plus élevés chez leurs
enfants, à l’âge adulte (Liam et Wu, 2008). Une étude a même démontré que cela se produit
particulièrement lorsque le mariage des parents avait présenté un faible niveau de conflit; il se peut
que de tels parents divorcent simplement parce qu’ils éprouvent un attachement mitigé envers le
mariage et transmettent cette valeur à leur progéniture (Amato et DeBoer, 2001).
7. Un faible sentiment religieux est relié à un bonheur conjugal plus frêle et à une plus forte
propension au divorce (Clark et Crompton, 2006; Treas et Giesen, 2000; Tremblay et coll., 2002).
En outre, les mariages interreligieux et, jusqu’à un certain point, les mariages interraciaux sont des
facteurs de risque d’instabilité conjugale, peut-être en raison de l’absence de valeurs communes
(Heaton, 2002).
8. La cohabitation avant le mariage constituait jusqu’à présent un puissant facteur de risque associé
à un premier divorce (Clark et Crompton, 2006; Marcil-Gratton et coll., 2003). Mais des preuves
récentes établissent que la cohabitation exclusivement entre futurs époux n’augmente pas le risque
de divorce (Teachman, 2008). Aussi, il se peut que le lien entre la cohabitation antérieure et le
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divorce ultérieur s’affaiblisse puisque la cohabitation devient de plus en plus fréquente et dure plus
longtemps avant le mariage (Hewitt et de Vaus, 2009).
Pourquoi la cohabitation avant le mariage n’empêche-t-elle pas le divorce?
On a longtemps cru que le fait de vivre ensemble avant le mariage permettait aux gens à la fois d’éviter
d’épouser la mauvaise personne (et ce fut probablement le cas pour certains) mais aussi de roder leurs
compétences en matière de relations; on estimait qu’au cours de ce processus de « mariage à l’essai »,
le mariage futur s’en trouverait renforcé et le divorce serait moins susceptible de se produire. Ce n’est
pourtant pas ce qui est arrivé. Pourquoi pas? Parce que, jusqu’à présent, il y a eu un double processus de
sélection menant à la cohabitation avant le mariage, puis un de causalité, processus entraînant des taux
de divorce plus élevés à la suite de cohabitations précédant le mariage.
A.Il y a tout d’abord eu, jusqu’à un certain point, un double processus de sélection : la cohabitation
représente pour de nombreux couples, particulièrement pour les hommes, un engagement moins
profond que le mariage (Clarkberg et coll., 1996). Une telle situation se présente même dans des
pays comme la Suède ou la Norvège où la cohabitation est très répandue (Wiik et coll., 2009).
Certaines personnes choisissent la cohabitation parce qu’elle exige selon eux une moins grande
fidélité sexuelle que le mariage ou parce que la cohabitation est considérée comme une solution de
rechange à l’engagement pour la vie que représente le mariage. Il est plus facile de commencer puis
de cesser la cohabitation que de se marier et ensuite de mettre fin au mariage. Par conséquent, on
est moins motivé à « travailler » à entretenir une relation qui n’a peut-être jamais été considérée
au départ comme un engagement à vie. Par exemple, Homann-Marriott (2006) on trouvé que les
couples qui cohabitent affichent des comportements de résolution de problèmes un peu moins
positifs et sont généralement d’un moins grand soutien l’un pour l’autre que ceux n’ayant pas
cohabité avant de se marier. Il n’est donc pas possible d’affirmer que la cohabitation constitue
nécessairement un mariage « à l’essai » en raison de niveaux d’engagement moins élevés (Ambert,
2005b). Cependant, un grand nombre de ces couples moins engagés passent au mariage et ne sont
peut-être pas prêts à honorer l’engagement que cela comporte. Dès lors, il se peut que le tout se
termine par un divorce.
L’autre partie du processus de sélection se situe au niveau des caractéristiques personnelles,
notamment des revenus moins élevés et le manque de sentiment religieux, qui contribuent aux
risques liés au divorce. Les couples qui cohabitent sont d’abord moins portés vers la religion que
ceux qui se marient sans avoir cohabité. Comme nous l’avons vu plutôt, il existe une corrélation
entre l’appartenance à une religion, le bonheur conjugal et la stabilité. Si des couples qui sont à la
fois moins religieux et engagés l’un envers l’autre et envers l’institution du mariage cohabitent pour
ensuite se marier, il n’est pas étonnant qu’ils présentent un taux de divorce plus élevé. Ce phénomène
est particulièrement pertinent au Québec où la pratique religieuse est plus faible et où l’on opte
généralement pour la cohabitation dans une première union.
B.Deuxièmement, non seulement y a-t-il un processus de sélection, mais des preuves croissantes
révèlent un effet de causalité. En fait, l’expérience d’une cohabitation moins sûre, moins engagée,
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voire moins fidèle, façonne le comportement conjugal subséquent (Dush et coll., 2003). Ces
couples continuent de vivre leur mariage dans la même perspective d’insécurité, de faible niveau
d’engagement et même de manque de fidélité que dans leur cohabitation précédente. D’autres
apprennent simplement à accepter la nature temporaire des relations (Smock et Gupta, 2002). Il en
résulte un mariage à risque (Wu, 2000).
Par conséquent, les gens choisissent la cohabitation, particulièrement dans le cas de la cohabitation en
série, en raison de caractéristiques personnelles et démographiques; à son tour, la cohabitation façonne
les comportements conjugaux à venir d’une façon potentiellement préjudiciable aux relations conjugales,
d’où l’accroissement des taux de divorce. Toutefois, étant donné que la cohabitation est devenue plus
acceptable socialement, plus fréquente et mieux appuyée sur le plan juridique, à la fois avant un premier
mariage et après un divorce, les changements suivants peuvent se produire :
1.Il est possible que le processus de sélection ne joue plus un rôle aussi significatif que par le passé si la
différence entre les personnes qui cohabitent puis se marient et ceux qui se marient sans cohabiter
diminue. C’est pourquoi il est probable que les couples vivant en union libre deviennent plus
représentatifs qu’autrefois de la population qui se marie.
2. Si la cohabitation devient davantage institutionnalisée, à la fois comme préambule au mariage et
comme relation en soi, son contenu comportemental évoluera vers un engagement, une fidélité, un
sentiment de sécurité équivalents à ceux que l’on trouve dans le mariage. Par conséquent, l’expérience
même de cohabitation favorisera l’engagement conjugal futur au lieu de l’affaiblir. Par exemple,
en Australie, où la cohabitation dure maintenant plus longtemps, cette nouvelle situation semble
diminuer le risque de divorce (Hewitt et de Vaus, 2009). Toutefois, même en Suède et en Norvège,
les couples en union libre qui n’ont pas l’intention d’épouser leur partenaire actuel présentent un
engagement beaucoup moins fort que ceux qui en ont l’intention (Wiik et coll., 2009).
Une mise en garde s’impose toutefois : un nombre plus élevé que par le passé de jeunes gens et
d’adultes divorcés s’engagent dans des unions libres en série, accumulant parfois plusieurs relations
de ce type au fil des ans. Tout comme les personnes qui divorcent à plusieurs reprises semblent
se différencier sur plusieurs points primordiaux de celles n’ayant divorcé qu’une fois, on pourrait
s’attendre à des conclusions semblables lors de futures recherches auprès de gens vivant en union
libre à répétition, puisque nous savons déjà que ceux d’entre eux qui se marient présentent des taux
de divorce plus élevés que ceux n’ayant cohabité qu’avec leur futur époux (Lichter et Qian, 2008).
En d’autres mots, le processus de sélection et de façonnement du comportement continuera de
caractériser les partisans de l’union libre en série.
Raisons personnelles de divorcer
Les raisons personnelles ou les explications fournies pour justifier un divorce telles que l’alcoolisme, la
violence conjugale, l’adultère, « l’incompatibilité » et le « nous ne nous aimions plus », ainsi que les
« problèmes d’argent » découlent en fait des facteurs socioculturels et démographiques mentionnés
plus tôt. Par exemple, si on ne mettait pas autant l’accent sur l’individualisme ou la satisfaction, les
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gens ne divorceraient pas aussi souvent parce qu’ils « sont en panne d’amour ». Dans les pays où le
mariage est enchâssé dans un contexte de solidarité familiale, ces raisons seraient considérées frivoles.
Dans une société où le divorce est plus difficile à obtenir et moins acceptable, ou bien dans laquelle le
mariage représente peut-être la seule façon légitime de fonder et de maintenir une famille ou d’assurer sa
sécurité économique, seules des raisons comme les mauvais traitements et l’abandon sont tolérées. Par
conséquent, avant que les gens ne décident de divorcer pour des motifs particuliers, il doit exister un
climat social et culturel qui offre une structure légitime pour justifier leurs raisons.
Par ailleurs, les motifs personnels invoqués pour le divorce tels que les querelles, l’alcoolisme et
la violence ont tendance à être mentionnés plus souvent par les couples présentant certaines des
caractéristiques démographiques mentionnées plus tôt comme le mariage précoce, le divorce des parents,
les multiples cohabitations antérieures et la pauvreté. Ainsi, les facteurs démographiques et culturels
liés au divorce « poussent » les gens hors du mariage par l’entremise de leurs propres mécanismes
interpersonnels. Il est intéressant d’observer que la violence conjugale comme motif de divorce est
mentionnée moins souvent que par le passé au Canada et dans les autres pays occidentaux comme la
Hollande (de Graaf et Kalmijn, 2006). Cette découverte concorde avec les études indiquant une baisse
de la violence conjugale entre 1993 et 2004 (Laroche, 2007; Statistique Canada, 2006).
CONSÉQUENCES DU DIVORCE
Cette section commence par l’étude des deux conséquences les plus dominantes du divorce : la pauvreté et
un risque élevé d’apparition de problèmes chez les enfants qui sont impliqués. On examinera par la suite les
conséquences affectant les adultes. On retrouve ces conséquences non seulement au Canada et aux ÉtatsUnis, mais dans la majorité des pays du monde. Dans de nombreux pays, les femmes divorcées subissent des
conséquences supplémentaires comme la discrimination et la perte de la garde de leurs enfants.
Risque accru de pauvreté
Nous avons déjà constaté que la pauvreté fait augmenter le risque de divorce. Inversement, le divorce
fait aussi croître le risque de pauvreté chez une grande partie des femmes et de leurs enfants (Finnie,
1993; Galarneau et Sturroch, 1997). Rotermann (2007) a observé que, au cours des deux années
suivant une séparation ou un divorce, 43 % des femmes ont connu une baisse de revenu de leur ménage
comparativement à 15 % chez les hommes. Par contre, 29 % des hommes et seulement 9 % des femmes
ont enregistré une hausse de leurs revenus. Même trois ans après le divorce, le revenu des femmes
demeure bien en deçà de ce qu’il était pendant le mariage et beaucoup plus faible que le revenu actuel
de leur ex-époux. Toutefois, au fur et à mesure qu’un nombre plus élevé de femmes occupent un emploi
et gagnent un meilleur salaire, cette baisse de revenu est moins pénible qu’autrefois, bien qu’elle soit
toujours manifeste.
Comparativement aux ex-épouses, les ex-époux sont moins susceptibles d’être pauvres parce que
leurs revenus sont généralement plus élevés, ils n’assument pas la prise en charge à temps complet de
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leurs enfants avec toutes les dépenses afférentes, et la pension alimentaire qu’ils doivent verser n’est
généralement pas exorbitante. Néanmoins, dans une décennie où la plupart des familles profitent de
deux soutiens de famille, les hommes qui divorcent perdent beaucoup plus au point de vue économique
que par le passé, particulièrement ceux qui étaient mariés à une femme gagnant un salaire élevé. Avec
le suivi de plus en plus rigoureux des ordonnances de paiement de pensions alimentaires, le facteur
économique pourrait à la longue dissuader certains hommes de mettre un terme à leur mariage.
Dans le cas des familles déjà accablées par la pauvreté, c’est habituellement la cellule mère-enfant qui
s’appauvrit en cas de séparation. Plus les enfants sont jeunes au moment du divorce ou de la dissolution
d’une union libre, plus ils sont susceptibles d’être pauvres puisque leurs parents, encore jeunes, touchent
généralement un revenu moins élevé. En moyenne, les chefs de famille monoparentale pauvres disposent
d’un revenu à 40 % inférieur au seuil de la pauvreté. Il s’agit là d’une pauvreté extrême. Une autre façon
de considérer la question consiste à examiner les familles dirigées par une mère seule. En 2002, selon
l’Institut Vanier de la famille (2004), 35 % de toutes les familles dirigées par une mère seule vivaient
dans la pauvreté tandis que de nombreuses autres se situaient de justesse au dessus de ce seuil précaire.
Le Canada, les États-Unis et l’Angleterre sont les trois pays occidentaux où les familles monoparentales
présentent des taux très élevés de pauvreté et où il existe une différence considérable entre le revenu des
familles monoparentales et des familles biparentales.
La pauvreté est un thème récurrent qui figure dans de nombreux points soulevés plus tard dans cet article.
Risque accru de problèmes chez les enfants de parents divorcés
En résumé, bien que la plupart des enfants n’éprouvent pas de graves problèmes de développement par
suite d’un divorce ou d’une séparation, le divorce constitue tout de même un facteur de risque élevé et
une source de stress. Le divorce est, avant tout, une transition émotionnelle douloureuse et, comme
le font remarquer Kelly et Emery (2003:359), il peut « créer un sentiment persistant de tristesse, de
nostalgie, d’anxiété et de regret qui côtoie un fonctionnement psychologique et social normal ».
Bien que les différences moyennes ne soient pas énormes (Furstenberg et Kiernan, 2001; Le Blanc et coll.,
1995; Sun et Li, 2002), les enfants dont les parents sont divorcés (et ce, même après leur remariage ou une
nouvelle union libre) sont plus susceptibles que les enfants dont les parents sont toujours ensemble de :
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souffrir de dépression, d’anxiété et d’autres désordres psychoaffectifs;
éprouver des problèmes de comportement dont l’hyperactivité, l’agressivité, les bagarres et l’hostilité;
devenir de jeunes contrevenants;
réussir moins bien à l’école et de poursuivre leurs études moins longtemps;
connaître davantage de difficultés relationnelles, en partie à cause de leurs problèmes de comportement.
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Finalement, lorsqu’on les compare aux adultes issus de familles biparentales demeurées intactes (Martin
et coll., 2005), les adultes dont les parents ont divorcé pendant leur enfance et leur adolescence ont
tendance à :
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avoir plus souvent un enfant né hors mariage, particulièrement à l’adolescence;
atteindre un niveau de scolarité moins élevé;
se retrouver plus souvent au chômage et à moins bien réussir sur le plan financier;
éprouver des problèmes conjugaux et à divorcer davantage;
être plus susceptibles d’avoir perdu le contact avec leur père et à déclarer avoir vécu une enfance
moins heureuse (Williams, 2001).
De plus, selon une étude réalisée par Boyd et Norris (1995), les enfants plus âgés de parents divorcés
quittent la maison plus tôt que les autres. Ils sont encore plus nombreux à partir de la maison lorsque
le parent ayant la garde se remarie et encore davantage lorsque leurs deux parents se remarient. (Nous
n’avons aucune information sur les unions libres; toutefois, les conclusions sont probablement similaires,
sinon plus marquées.) L’une des conséquences de ce départ précoce du domicile familial, c’est qu’il
devient trop onéreux pour eux de poursuivre leurs études. À son tour, cette situation donne lieu à
des compétences professionnelles plus faibles et à un chômage accru. Frederick et Boyd (1998) ont
démontré, en se servant de données fournies par Statistique Canada, que 80 % des hommes et 84 % des
femmes âgés de 20 à 44 ans qui vivaient avec leurs deux parents à l’âge de 15 ans avaient obtenu leur
diplôme d’études secondaires. Les résultats sont plutôt de l’ordre de 65 à 73 % pour ceux dont les parents
avaient divorcé, y compris ceux dont les parents s’étaient remariés.
Mises en garde sur la façon d’interpréter l’information ci-dessus
Premièrement, chez un nombre inconnu d’enfants, certains des effets négatifs pouvant sembler issus
du divorce existaient déjà avant la séparation des parents. En d’autres mots, un nombre d’enfants et
d’adolescents éprouvant des difficultés après le divorce connaissaient déjà des difficultés avant le divorce,
soit à cause de conflits interparentaux, d’un manque d’implication des parents, du comportement
antisocial des parents ou encore en raison de leur propre personnalité, du choix des pairs et de problèmes
avec les parents (Ambert, 2001). Par conséquent, lorsqu’on étudie les enfants après un divorce, il importe
de savoir comment ils étaient avant le divorce.
Tout de même, les chercheurs qui emploient une méthode longitudinale ont découvert que, même en
tenant compte des caractéristiques antérieures, il existe toujours des effets supplémentaires expressément
attribuables au divorce (Strohschein, 2005). Il a été démontré que certains de ces effets persistent audelà de l’enfance (Cherlin et coll., 1998). Aussi, comme le font remarquer Kerr et Michalski (2007), de
nos jours seule une faible proportion des divorces découlent de mariages très conflictuels : les enfants
sont par conséquent moins susceptibles que par le passé d’être touchés de façon négative par les conflits
conjugaux de leurs parents avant même la séparation ou le divorce. Toutefois, les enfants de parents qui
choisissent de mettre fin à un mariage hautement dysfonctionnel connaissent souvent une diminution de
leurs problèmes de comportement (Strohschein, 2005).
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Deuxièmement, bon nombre des conséquences du divorce pour les enfants et les adolescents sont en fait
liées à la pauvreté plutôt qu’au divorce de leurs parents. Nous aborderons cette question plus tard.
Le troisième point important à retenir est que, quelles que soient les statistiques consultées quant aux
effets négatifs dont sont victimes les enfants « du divorce », elles ne s’appliquent pas à tous ces enfants
(Corak, 2001). Ces statistiques indiquent plutôt que les enfants de parents divorcés présentent un plus
grand risque d’avoir des problèmes que ceux dont les parents demeurent ensemble. De plus, PedroCarroll (2001) souligne que l’on doit différencier la détresse du trouble. La majorité des enfants du divorce
ressentent un certain niveau de détresse qui dure souvent plus d’une décennie. Par exemple, ils s’ennuient
de l’autre parent et quand ils sont petits, ils peuvent avoir l’impression d’être en partie responsables
du divorce; certains tentent désespérément de réunir leurs parents à nouveau; ils sont tristes; certains
pleurent beaucoup tandis que d’autres se défoulent et rencontrent des problèmes de comportement
temporaires. Mais, malgré leur détresse, la plupart d’entre eux fonctionnent toujours bien, c’est-à-dire
qu’ils ne ressentent pas de « troubles » (Laumann-Billings et Emory, 2000).
Néanmoins, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse et ignorer les effets négatifs du divorce. Ils sont
bien réels et le prix à payer est très élevé pour les enfants, les parents et les écoles, de même que pour les
systèmes d’aide sociale et de soins de santé (pour un bilan sur la question, voir Ambert, 2005a).
Les cinq principales sources d’effets négatifs du divorce sur les enfants
1.Comme nous l’avons vu, la pauvreté, ou même une diminution significative des ressources financières, précède ou suit souvent un divorce et est une source profonde de nombreux problèmes chez
les enfants. En réalité, les principaux effets négatifs du divorce sur les enfants s’apparentent à ceux de
la pauvreté (pour une revue de la littérature, voir Ambert, 2005a).
La pauvreté, qu’elle soit de longue date ou nouvelle, accroît les facteurs de stress dans le quotidien des
enfants, le divorce n’étant pas un incident isolé mais un ensemble de transitions. D’abord, une grande
proportion de mères canadiennes et leurs enfants déménagent après une séparation, bien souvent
pour se retrouver dans des logements plus petits et délabrés qu’auparavant, dans un environnement
également plus bruyant et pollué. Ce nouveau cadre de vie peut hypothéquer la santé des enfants et
de leur mère et leur causer un plus grand stress (voir Kohen et coll., 2008). Leur nouveau quartier
est souvent moins sécuritaire, ils y trouvent des enfants aussi pauvres qu’eux, qui ont des difficultés
scolaires et qui acquièrent des comportements délinquants. La nécessité de s’adapter à un nouveau
groupe de pairs, qui pose souvent plus de problèmes que l’ancien groupe d’amis, peut créer de nombreux irritants : solitude, intimidation, évitement scolaire et délinquance.
De plus, le parent gardien, généralement la mère, est souvent appelée à travailler davantage pour
boucler son budget. Lorsqu’elle rentre à la maison, elle est souvent fatiguée, préoccupée, et a peu
de temps à consacrer à ses enfants. Par conséquent, les enfants de mères divorcées pauvres ou
proches de l’être risquent de recevoir moins d’attention, d’encadrement, de supervision, de marques
d’encouragement et d’affection que d’autres enfants.
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Ainsi, si nous éliminions ou réduisions de façon importante la pauvreté chez les enfants, les effets du
divorce et de la monoparentalité sur les enfants, sans disparaître, seraient beaucoup moins négatifs.
2. Le point précédent laisse entendre la seconde source de problèmes que subissent les enfants de parents
divorcés : un encadrement parental diminué – particulièrement une moindre supervision. Le divorce
engendre une série de facteurs de stress qui touchent particulièrement les parents qui ont la garde de
leurs enfants. De nombreux parents divorcés sont si préoccupés et perturbés sur le plan affectif qu’ils
tombent en dépression tandis que d’autres se mettent à rechercher de façon désespérée un nouveau
partenaire, ce qui les rend très peu disponibles pour leurs enfants. Les facteurs de stress et les préoccupations des parents limitent aussi leur compétence, leur affection et leur supervision, tout en augmentant
leur instabilité, leur sévérité ou encore leur permissivité. Nombre d’entre eux deviennent moins aptes à
protéger leurs enfants contre les facteurs de stress et différents risques; d’autres deviennent leurs copains
et abdiquent leurs responsabilités parentales – un phénomène qui touche particulièrement les parents
qui vivent ailleurs. Dans ce contexte, les adolescents manquent d’encadrement et de soutien de la part
de leurs parents. Par contraste, un revenu familial décent, une mère en bonne santé psychologique et un
foyer qui offre un environnement sain, y compris un encadrement parental adéquat, sont au nombre des
facteurs qui réduisent ou éliminent les effets potentiellement négatifs du divorce et de la monoparentalité (Carlson et Corcoran, 2001).
3. Les parents qui continuent ou commencent à se quereller et à user de violence verbale l’un envers
l’autre devant leurs enfants après le divorce leur infligent une immense détresse. Les conflits parentaux après une séparation – spécialement lorsque les enfants en sont témoins et parties prenantes
– sont une cause de dépression, d’hostilité, d’agressivité et d’autres comportements de passage à
l’acte. De plus, les conflits parentaux, avant ou après le divorce, présentent un modèle de comportement dysfonctionnel. Les enfants apprennent que les désaccords ne peuvent se résoudre que par des
disputes. Cette leçon peut avoir des conséquences négatives plus tard dans leurs propres relations.
En conclusion, lorsqu’un couple engagé décide de cohabiter, on peut raisonnablement s’attendre à ce
que, dans le contexte social actuel, leur relation dure, particulièrement lorsqu’ils se marient. Toutefois, les couples présentant des antécédents de multiples cohabitations avec différents partenaires
continueront d’être un facteur de risque de divorce et de rupture de l’union libre et, comme on pourrait le supposer, un risque pour les enfants qu’ils peuvent avoir : ces enfants pourraient souffrir des
multiples transitions conjugales de leurs parents puisqu’ils seront moins susceptibles de profiter d’un
foyer et d’un milieu parental axé sur l’enfant (Cherlin, 2009).
Nous entendons parler depuis peu d’un problème extrêmement préoccupant qui a toujours existé
mais qui vient d’être « découvert » et nommé : l’aliénation parentale, qui se produit lorsqu’un parent rabaisse l’autre parent aux yeux de l’enfant par une forme de lavage de cerveau, empêche l’autre
parent de voir cet enfant et cherche à le priver de son amour. Il peut en résulter que l’enfant rejette
effectivement le parent honni (Gagné et coll., 2005; Pigg, 2009), ce qui peut avoir des conséquences
terribles plus tard sur sa santé mentale.
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Alors que les divorces qui mettent fin à de graves conflits parentaux peuvent avoir des retombées positives sur les enfants, les unions relativement harmonieuses qui se soldent par un divorce ont de
graves effets négatifs sur les enfants, sans doute parce qu’à leurs yeux, tout à fait inattendu, ce divorce
est fâcheux et inutile (Booth et Amato, 2001). De même, ce type de divorce peut signifier que les
parents ne valorisent pas l’engagement au mariage et cette valeur risque d’être communiquée à leurs
enfants, qui la transposeront plus tard dans leurs propres relations.
Soulignons qu’il est important de distinguer les effets qu’ont sur les enfants deux types de conflits
parentaux : ceux qui existaient avant et ceux qui s’installent après le divorce. Il y a maintenant moins
d’unions très conflictuelles avant un divorce qu’auparavant (Kerr et Michalski, 2007). Cependant, il
arrive que certaines unions apparemment harmonieuses conduisent à des divorces très acrimonieux,
une situation que les enfants n’ont pas connue lorsque leurs parents vivaient ensemble. Ainsi, les conflits parentaux qui suivent une séparation ou un divorce peuvent être une cause distincte de certains
problèmes chez les enfants.
4. Les raisons qui ont poussé les parents à divorcer (p. ex. des conflits) peuvent avoir rendu
l’environnement familial très dysfonctionnel, et les problèmes occasionnés chez les enfants par ce
type d’environnement ne disparaissent pas instantanément avec la séparation des parents. Il se peut
en outre que ces parents aient été incompétents tant à cause de leur relation difficile que de leur personnalité difficile. Comme nous l’avons vu, ces enfants avaient donc des problèmes antérieurs, que
le divorce est venu exacerber (Cherlin et coll., 1998).
5. La dernière source des effets négatifs du divorce sur les enfants est rarement mentionnée, mais demeure importante : les raisons génétiques. Un certain nombre de personnes divorcent ou mettent
fin à une cohabitation parce qu’elles sont conflictuelles ou impulsives, et ont des traits de caractère
difficiles auxquels elles ont prédisposé leurs enfants par héritage génétique. Ces enfants sont prédisposés à avoir des comportements problématiques et vivent dans un environnement conflictuel et
désorganisé qui nourrit leurs prédispositions négatives. Lorsqu’un divorce survient dans ce type de
foyer, les conditions peuvent se dégrader et exacerber les problèmes antérieurs des enfants, dans ce
que l’on peut considérer comme une forme de cercle vicieux.
Les enfants s’adaptent-ils différemment au divorce selon leur âge et leur sexe?
Les résultats de recherche ne sont pas parfaitement cohérents à cet égard. Les filles s’adaptent
généralement mieux au divorce que les garçons, mais pas nécessairement mieux qu’eux lorsque leur
mère, si elle en a la garde, se remarie ou a un nouveau conjoint. On constate une grande diversité de
degrés d’adaptation selon la personnalité de l’enfant et les circonstances familiales. Il en va de même pour
l’âge. D’une part, les très jeunes enfants ne souffrent probablement pas de l’absence d’un parent qu’ils
ont rarement vu; si c’est leur mère qui en prenait soin, ils ne seront pas très touchés. Ils s’adapteront
également mieux à un remariage des parents. D’autre part, ce sont les enfants de quatre à dix ans
qui risquent le plus de souffrir du divorce de leurs parents parce qu’ils ne sont pas assez mûrs pour
comprendre ce qui a changé pour eux et leur famille. Ils pourraient même être portés à se considérer
responsables du divorce.
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Par ailleurs, lorsqu’ils sont pauvres, ces jeunes enfants semblent davantage touchés par le divorce
que les adolescents, particulièrement sur le plan du développement intellectuel (Strohschein et coll.,
2009). En effet, les recherches indiquent clairement que la pauvreté durant la petite enfance entrave
le développement cognitif et verbal et retarde l’adaptation des jeunes enfants à la maternelle (Ambert,
2005a, p. 146). Beaucoup de ces enfants arrivent en première année mal préparés à apprendre et
s’exposent à des échecs scolaires répétés. Par contraste, un enfant qui devient pauvre à l’adolescence a
probablement des assises solides sur lesquelles il peut espérer compter pour réussir à l’école.
Les enfants plus âgés (adolescents et jeunes adultes) peuvent aussi être particulièrement touchés par les
cinq principales sources d’effets négatifs exposées ci-dessus. Les adolescents sont en effet exposés à une
situation particulièrement difficile lorsque le parent gardien n’a plus l’occasion de communiquer avec
eux et de les superviser. L’adolescence est déjà un âge propice aux expériences risquées, et un jeune privé
de soutien parental risque davantage de succomber aux pressions préjudiciables de ses pairs. Le travail
scolaire risque d’en souffrir en conséquence. Les adolescentes dont les parents se sont séparés risquent
davantage que les autres filles de devenir sexuellement actives et enceintes (Wu, 1996). Le risque est
d’autant plus accru que leur mère, si elle en a la garde, est visiblement active sexuellement.
Quelles sont les conséquences d’un remariage parental sur les enfants ?
On a fait peu d’études sur cette question au Canada et, bien que pertinentes, les recherches effectuées
aux États-Unis dans ce domaine n’ont pas conduit à des conclusions parfaitement cohérentes. Jusqu’à
maintenant, elles ont porté sur le sexe des enfants et, dans une certaine mesure, sur leur âge au moment
du remariage. Il n’est que récemment qu’on s’intéresse au fait que, lors du remariage du parent gardien,
l’enfant devient un beau-fils ou une belle-fille. Cette nouvelle structure familiale exige de l’enfant
de nombreuses adaptations. Qui plus est, le tiers des familles recomposées voient naître un enfant du
nouveau couple. Ainsi, quelque temps après qu’un de leurs parents ait trouvé un nouveau conjoint, de
nombreux beaux-fils et belles-filles deviennent des demi-frères et demi-sœurs.
Voici le sommaire des conclusions de recherches pertinentes traitant des effets du remariage parental sur
les enfants.
1. Le remariage d’une femme qui a la garde de ses enfants aide la famille financièrement et peut contribuer grandement au bonheur de cette mère (Morrison et Ritualo, 2000). À leur tour, la meilleure
situation financière et le bien-être de la mère peuvent rejaillir favorablement sur les enfants.
2. Les enfants bénéficient lorsque le parent qui ne réside pas avec eux, généralement leur père, demeure
présent dans leur vie et activement engagé auprès d’eux, plutôt que d’être simplement un « papa de
fin de semaine » (Amato et Gilbreth, 1999).
3. Les enfants s’adaptent généralement d’autant mieux qu’ils sont jeunes, spécialement s’ils ont toujours
connu leur beau-parent. De nombreux enfants et adolescents se sentent proches de leur beau-père
lorsqu’il réside avec eux et retirent des bienfaits de cette relation, spécialement lorsque, en parallèle,
ils maintiennent des liens avec leur père biologique et bénéficient de son soutien (King, 2006). De
nombreux garçons sont avantagés par la présence d’une figure d’autorité masculine à la maison (à
ne pas confondre avec une figure autoritaire). Même les jeunes enfants tirent profit de la présence
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quotidienne d’un beau-père lorsque ce dernier s’implique (Bzostek, 2008). Néanmoins, sur certains
plans, les jeunes enfants dont la mère cohabite avec un nouveau compagnon s’en tirent moins bien
que les autres (Kerr et Michalski, 2007).
4. Les résultats de recherche divergent quant aux différences entre les beaux-fils et belles-filles (Kirby,
2006). Par exemple, il arrive que les belles-filles qui étaient très proches de leur mère éprouvent
du ressentiment envers celui qu’elles considèrent comme un « intrus ». Dans l’étude que j’ai effectuée, certaines étudiantes ont admis avoir volontairement détruit le nouveau couple formé par
leur mère en devenant affreusement désagréables avec son nouveau conjoint (Ambert, 2005a). De
plus, les belles-filles risquent davantage de souffrir d’abus sexuels de la part de leur beau-père ou du
compagnon de leur mère que de la part de leur père(Giles-Sims, 1997). Quant aux beaux-fils, ils ont
tendance à passer moins de temps à la maison lorsqu’ils sont adolescents – ce qui, en soi, accroît la
possibilité de comportements à risque ou délinquants.
5. Nous avons déjà mentionné que le remariage du parent gardien semble accélérer le départ de la
maison des grands adolescents et des jeunes adultes. Ce départ hâtif peut résulter d’un conflit avec le
beau-parent, comme il peut arriver que le nouveau couple amène l’enfant à se sentir comme un intrus
ou l’encourage, subtilement ou non, à partir.
6. Les études réalisées sur les jeunes adultes dont un des parents s’est remarié révèlent qu’ils sont très
attachés à leur nouvelle famille et en bénéficient sur le plan affectif lorsque le nouveau couple tient
bon. Il est donc possible que certains effets positifs du remariage réussi d’un parent ne se manifestent
que plus tard à l’âge adulte (Sun et Li, 2008).
7.Des études récentes indiquent que les enfants nés dans une famille recomposée ont davantage de problèmes que les enfants dont les parents ne se sont jamais séparés (Halpern-Meekin et Tach, 2008).
8. Les enfants qui vivent dans une famille recomposée soit à titre de beaux-fils ou belles-filles, soit à
titre de nouveaux enfants, s’en tirent en moyenne moins bien que les enfants dont les parents ne se
sont jamais séparés (Halpern-Meekin et Tach, 2008; Hofferth, 2006).
Je fais l’hypothèse qu’une union libre, plutôt qu’un remariage, peut être moins fonctionnelle pour les
beaux-fils et belles-filles, spécialement lorsqu’elle survient peu après la séparation ( Juby et coll., 2007).
J’appuie cette hypothèse sur le fait que les couples en union libre risquent davantage de se séparer que
ceux qui se marient, un risque qui peut perturber la vie des enfants, spécialement si la cohabitation
aggrave l’inquiétude de la mère ou du père et diminue la qualité de sa présence parentale. Les familles
reconstituées qui ont à leur tête des parents non mariés ont un statut de loin plus ambigu que celles
issues d’un mariage (Brown et Manning, 2009) et reçoivent sans doute beaucoup moins d’appui de la
parenté, du moins dans les premiers temps de l’union – ceci est probablement d’autant plus vrai quand
des enfants sont nés de plusieurs unions libres précédentes (Bronte-Tinkew et coll., 2009).
Dans l’ensemble, les recherches démontrent de façon concluante que les enfants qui vivent avec des
parents mariés qui ne se sont jamais séparés, y compris les enfants dont les parents vivent en union libre,
ont moins de problèmes de comportement que les autres (Hofferth, 2006; Kerr et Michalski, 2007). A
cet égard, on peut apporter l’hypothèse que les différences entre les enfants de parents mariés et en union
libre sont moins prononcées au Québec.
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Quelles sont les conséquences du divorce chez les adultes?
Les recherches ne sont pas concluantes sur cette question. Au nombre des effets négatifs, nous avons
vu que la pauvreté et les problèmes financiers sont le lot de bon nombre de femmes divorcées et, dans
une moindre mesure, d’hommes divorcés. Le problème est plus aigu encore chez les femmes qui ont un
certain âge et peu d’expérience de travail au moment du divorce. Les gens qui divorcent perdent souvent
l’appui d’une partie de leur réseau, principalement celui de leur ancienne belle-famille et des amis du
couple. Les hommes divorcés reçoivent, avec l’âge, moins d’appui de leurs enfants que les autres pères
(Lin, 2007). Le conjoint délaissé souffre généralement davantage que l’autre, à tout le moins durant
les trois premières années (Sweeney, 2002). Être abandonné à cause d’un autre homme ou d’une autre
femme est un coup dur pour l’ego.
L’abus d’alcool devient plus fréquent parmi les hommes et les femmes divorcés qui ont de jeunes enfants
à la maison. Une vaste étude constate que le divorce est dur psychologiquement pour les parents de
jeunes enfants et particulièrement pour les mères. Les pressions parentales, les problèmes économiques
et le stress d’avoir à garder contact avec l’ex-conjoint sont au nombre des facteurs explicatifs (Williams
et Dunne-Bryant, 2006). Les femmes divorcées sont sujettes à la dépression et ont souvent le sentiment
d’être en moins bonne santé (Wu et Hart, 2002). Rotermann (2007) rapporte un taux de dépression
plus élevé chez les hommes a près un divorce.
Gardons à l’esprit que les conflits maritaux sont un important facteur de risque de problèmes de santé
physique et mentale (Choi et Marks, 2008), de sorte que le fait de maintenir une union disharmonieuse
risque aussi d’avoir des effets néfastes. Toutefois, l’étude longitudinale de Rotermann (2007), qui
prenait en compte les ménages malheureux, concluait que les épisodes de dépression étaient encore plus
répandus après un divorce.
De nombreuses personnes divorcées admettent qu’elles ne sont pas plus heureuses qu’avant, alors que
d’autres sont plus malheureuses (Ambert, 1989). En fait, Waite et coll. (2002) ont constaté que même
les gens mal mariés n’étaient pas forcément plus heureux cinq ans après leur divorce que ceux qui avaient
poursuivi leur vie maritale. Une autre étude démontre que les gens qui ont connu un mariage stressant
sont plus heureux après leur divorce, tandis que ceux qui ont connu un mariage relativement confortable
le sont moins (Amato et Hohmann-Marriott, 2007).
Le divorce comporte généralement une période de stress, d’instabilité, de solitude, de sentiments blessés,
et fréquemment aussi d’hostilités. Cette période de transition est souvent associée à des problèmes de
santé (Dupre et Meadows, 2007). Seules des études longitudinales permettraient de savoir si ces effets
négatifs s’atténuent avec le temps. On peut également penser que certains effets peuvent se manifester,
tant chez les adultes que chez les enfants, plus tard dans leur vie.
En outre, comme le démontre le taux plus élevé de divorce ou de séparation au sein des couples remariés
ou qui avaient formé une nouvelle union, un divorce entraîne souvent de nombreuses autres transitions
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douloureuses. De plus, le fardeau d’un divorce peut être encore plus difficile à porter au sein des groupes
minoritaires victimes de racisme et désavantagés. Des études américaines démontrent que les mères qui
font partie de ces groupes arrivent difficilement à former une nouvelle union stable, faute de trouver
un conjoint disponible et responsable dans la ville où elles résident (Harknett, 2008). Il serait utile de
mener d’autres recherches à ce sujet au Canada. Néanmoins, des études canadiennes sur la pauvreté et
la monoparentalité parmi les Autochtones et les Noirs suggèrent qu’il pourrait en être ainsi chez nous
également (pour un résumé, voir Ambert, 2005a, p. 108-110; Calliste, 2003; Gionet, 2009).
Sur le plan des retombées positives, il semble que les personnes divorcées, spécialement les femmes,
acquièrent de nouvelles forces, arrivent à bâtir des relations d’entraide et, dans certains cas, à se libérer
de la peur. Pour nombre d’entre elles, le divorce signifie également un nouvel amour, « jusqu’à ce que
la mort les sépare ». Des divorces « réussis », cela existe (Ambert, 2005a). Toutefois, les ex-conjoints
doivent être vigilants au sujet de leur relation lorsqu’ils partagent des enfants. En conclusion, les
résultats de recherche sur les conséquences du divorce sur les adultes ne sont pas cohérents et mettent
au jour une grande diversité d’expériences. De même, les études sont encore trop temporaires et ne
permettent pas de se pencher sur les conséquences à long terme du divorce. Cette faible portée dans le
temps ne permet pas de tirer de solides conclusions. Cela dit, le divorce n’est manifestement pas une
panacée, pas même pour les adultes impliqués.
Pour la société dans son ensemble, la dissolution d’un mariage qui allait plus ou moins bien (le tiers de
tous les divorces et probablement des unions libres) est une solution coûteuse si l’on tient compte des
problèmes causés aux enfants, au nombre desquels on peut mentionner la délinquance juvénile, les coûts
économiques des familles monoparentales qui sombrent dans la pauvreté, les coûts des soins de santé, de
même que la perte de productivité des adultes et des enfants âgés touchés.
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CONCLUSIONS
Le phénomène du divorce est beaucoup plus complexe qu’on ne le croit généralement, sans compter que
les statistiques sur le divorce sont difficiles à comprendre et, par conséquent, souvent mal interprétées.
Dans l’ensemble, un peu plus du tiers de tous les mariages au Canada se soldent par un divorce et ce
taux est plus élevé dans certaines provinces et dans le cas des remariages. Malheureusement, aucunes
statistiques sur les taux de dissolution des unions libres ne sont disponibles, mais on peut présumer qu’ils
sont bien plus élevés que ceux des mariages. Il est regrettable que nous n’ayons pas plus d’information
concernant la dissolution des unions libres, surtout lorsque des enfants en sont touchés. Il semble
cependant que les taux de dissolution soient quelque peu inférieurs au Québec, où les unions libres sont
mieux institutionnalisées que dans le reste du pays (Marcil-Gratton et coll., 2003). Mais il demeure que
les taux de divorce sont beaucoup plus élevés au Québec.
Rien ne permet d’appuyer quelques prévisions que ce soit, qu’elles soient rassurantes vers un déclin
important des taux de divorce ou, au contraire, alarmistes vers une forte croissance de ceux-ci dans un
proche avenir.
Le divorce est nécessaire dans toute société. Cela dit, le divorce et le remariage sont des institutions pour
adultes. Ils ont pour objet de séparer les membres d’un couple qui ne peuvent plus vivre ensemble et de
permettre aux anciens époux d’avoir un autre conjoint. Malheureusement, comme institutions, le divorce
et le remariage ne sont pas nécessairement dans le meilleur intérêt des enfants, et comme on l’a démontré
plus haut, le divorce n’est pas une expérience toujours positive pour les adultes non plus.
Nous avons vu que le divorce s’accompagne souvent de la pauvreté ou d’une diminution importante
des ressources financières. Ce facteur contribue à amplifier les effets négatifs du divorce sur la cellule
familiale mèreenfant, sur la relation pèreenfant et sur les chances de l’enfant dans la vie. Dans certains
pays européens, en particulier la Norvège et la Suède, le filet de sécurité sociale compense largement, de
sorte que les familles monoparentales dirigées par une mère ont un (faible) taux de pauvreté, semblable à
celui des familles biparentales.
Dans les pays qui ont une distribution équitable des revenus, les effets négatifs du divorce auprès des
enfants ne disparaissent pas mais deviennent moins évidents qu’ils le sont au Canada, aux Etats-Unis, et
au Royaume Uni.
Des études indiquent aussi qu’une proportion considérable de mariages se soldant en divorce auraient
pu en fait être « sauvés », voire devenir heureux, et qu’un grand nombre de ces exconjoints ne sont pas
plus heureux après le divorce (Ambert, 1989). Il semble qu’il y ait deux types de divorce : celui qui découle
d’un mariage véritablement malheureux et celui qui résulte d’un faible engagement envers le mariage (Amato
et Hohmann-Marriott, 2007; Ambert, 1989). Après 30 ans d’études sur la question, j’en suis venue à
la conclusion que, même si le divorce en général est nécessaire, certains divorces sont évitables, voire
inutiles; il en est certainement de même pour les unions libres sérieuses qui se dissolvent. Ainsi, il faudrait
encourager les couples mariés ou vivant ensemble à affronter l’inévitabilité des hauts et des bas des relations
interpersonnelles, et je ne parle pas ici des conflits graves, qui touchent beaucoup moins de couples que
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dans le passé. Connidis (2003) remarque que les relations familiale changent après le divorce et doivent être
renégociées au fil du temps. Plusieurs générations d’une même famille en ressentent les effets.
On dit souvent que la famille est devenue une institution obsolète; les taux élevés de divorce, d’unions
libres et de naissances par des mères seules servent souvent de justification à cette affirmation. Est-ce
vrai? Non. En effet, comme je l’ai déjà indiqué ailleurs (Ambert, 2005a), les familles remplissent plus de
fonctions maintenant qu’il y a 50 ans. La réalité est que la dissolution conjugale (mariage et union libre)
complique et encombre la vie familiale, sans pour autant la détruire, et la capacité de nombreuses familles
à assurer les soins et la socialisation des enfants ainsi que la solidarité intergénérationnelle s’en trouve
ainsi diminuée.
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