programme de concert - Festival d`Aix en Provence

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programme de concert - Festival d`Aix en Provence
DU 4 AU 29 JUIN 2016
PRÉLUDE AU FESTIVAL D’AIX
CONCERT DE CHANT
C’est l’extase…
JEUNES VOIX LYRIQUES
ACADÉMIE
DU FESTIVAL D’AIX
avec le soutien du
14 JUIN19h A UB A GNE – E SPA CE DE S L IBER T É S
CONCERT DE CHANT
C’est l’extase…
Résidence Mélodie & Création
compositeurs
Jug MARKOVIC´ I Rene ORTH
sopranos
Anna DAVIDSON I Inês SIMÕES
mezzo-sopranos
Héloïse MAS I Catherine TROTTMANN
barytons
Laurent DELEUIL I Anas SEGUIN
pianistes
Thomas BESNARD I Florian CAROUBI I Marwan DAFIR
Claude Debussy (1862-1918)
Les Ariettes oubliées
« C’est l’extase langoureuse »
« Il pleure dans mon cœur »
Catherine TROTTMANN mezzo-soprano
Marwan DAFIR
pianiste
Rene Orth (née en 1985)
A Dialogue between Death and Youth
création mondiale
Anna DAVIDSON
Laurent DELEUIL
Thomas BESNARD
soprano
baryton
pianiste
Igor Stravinski (1882-1971)
Trois chants de la lyrique japonaise
« Akahito »
« Mazatsumi »
« Tsaraiuki »
Inês SIMÕES
Thomas BESNARD
soprano
pianiste
Joseph-Guy Ropartz (1864-1955)
Intermezzo
« Tendrement enlacés… »
« Pourquoi vois-je pâlir la rose parfumée ? »
« Ceux qui, parmi les morts d’amour »
« Depuis que nul rayon de tes yeux bien-aimés »
Anas SEGUIN
Florian CAROUBI
baryton
pianiste
Igor Stravinski (1882-1971)
Berceuses du chat
« Le Chat sur le poêle »
« Intérieur »
« Dodo »
« Ce qu’il a, le chat»
Héloïse MAS
Florian CAROUBI
mezzo-soprano
pianiste
Jug Markovic´ (né en 1987)
Ultraterreno
création mondiale
Inês SIMÕES
Héloïse MAS
Marwan DAFIR
soprano
mezzo-soprano
pianiste
Claude Debussy (1862-1918)
« Clair de lune » (version de 1882)
Anna DAVIDSON
Florian CAROUBI
soprano
pianiste
Fêtes galantes I
« En sourdine »
« Fantoche »
Laurent DELEUIL
Thomas BESNARD
baryton
pianiste
« Clair de lune » (version de 1891)
Anna DAVIDSON
Florian CAROUBI
soprano
pianiste
D
oit-on croire au postulat émis en 1753 par le philosophe Jean-Jacques Rousseau selon
lequel la langue française ne mériterait pas d’être mise en musique ? Dans sa Lettre sur
la musique française, ce dernier présente en effet le chant français comme une expérience
sonore voire une épreuve supposant une préparation de la part de l’auditeur : « Je crois avoir
fait voir qu’il n’y a ni mesure, ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n’en est
pas susceptible ; que le chant français n’est qu’un aboiement continuel, insupportable à toute
oreille non prévenue ».
Le lyrisme et la sentimentalité des deux cycles de mélodies Les Fêtes galantes de Debussy
ont de quoi démentir les propos – paradoxalement peu éclairés – du philosophe. Les subtiles
harmonies que laisse entendre le piano épousent merveilleusement le phrasé du poème. Voilà
ce que la convergence des arts peut produire de plus magique. Le génie verlainien rencontre
celui du jeune Debussy. Où est la musique ? Où est la poésie ? Toutes deux forment désormais
un tout indissoluble, à la manière de « l’art total » caractérisant le drame wagnérien.
Joseph-Guy Ropartz fait partie de ces artistes qui éprouvent le plus grand mal à faire un choix
parmi plusieurs arts. Cette incertitude, symptomatique du brassage artistique propre au
XIXe siècle, s’avère particulièrement fructueuse pour le genre de la mélodie française. Quoi
de mieux qu’un compositeur en mesure d’embrasser une carrière littéraire pour proposer
une adaptation de l’Intermezzo de Heinrich Heine ? Le thème de l’amour blessé hante ces
quelques pages allant du cynisme le plus grinçant au désespoir le plus total.
Dans les Trois poèmes de la lyrique japonaise, une nouvelle méthode de scansion est étrennée par Igor Stravinski qui n’hésite pas à s’inspirer du Pierrot Lunaire de Schoenberg, entendu
pour la première fois en 1912 à Berlin. Le compositeur russe décrit ici le processus compositionnel de ce cycle : « J’avais lu un petit recueil de lyrique japonaise […] L’impression qu’ils
m’avaient faite présentait une similitude frappante avec l’effet produit par l’art de l’estampe
japonaise. La solution graphique des problèmes de la perspective et des volumes qu’on y voit
m’incitait à trouver quelque chose d’analogue dans la musique. Rien ne se prêtait mieux à cela
que le texte russe de ces poèmes, par le fait connu que la poésie russe n’admet que l’accent
tonique. »
L’univers enfantin et l’accompagnement félin des Berceuses du chat de Stravinski composé
sur des textes populaires russes enchantent le compositeur Anton Webern qui, au sortir de la
création de 1919, s’empresse d’écrire à Alban Berg : « Le Stravinski était étonnant. Ces chants
sont merveilleux, et cette musique m’émeut complètement. Je l’adore, et les berceuses sont
indescriptiblement touchantes. Comment ces clarinettes sonnent ! ».
Aurélie Barbuscia
Claude Debussy 1862-1918
Les Ariettes oubliées
(sur des poèmes de Paul Verlaine)
« C’est l’extase langoureuse »
C’est l’extase langoureuse,
C’est la fatigue amoureuse,
C’est tous les frissons des bois
Parmi l’étreinte des brises,
C’est vers les ramures grises
Le chœur des petites voix.
Ô le frêle et frais murmure !
Cela gazouille et susurre,
Cela ressemble au cri doux
Que l’herbe agitée expire ...
Tu dirais, sous l’eau qui vire,
Le roulis sourd des cailloux.
Cette âme qui se lamente
En cette plainte dormante
C’est la nôtre, n’est-ce pas ?
La mienne, dis, et la tienne,
Dont s’exhale l’humble antienne
Par ce tiède soir, tout bas ?
« Il pleure dans mon cœur »
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie,
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine,
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
Rene Orth née en 1985
A Dialogue between Death and Youth
(Un Dialogue entre la Mort et la Jeunesse)
création mondiale
A Dialogue Between Death and Youth (Un dialogue entre la Mort et la Jeunesse) est un
texte anglais publié en 1564 par un écrivain anonyme. La mort a toujours suscité l’intérêt des
hommes, puisqu’il s’agit de l’inévitable fin vers laquelle nous nous dirigeons tous. Dans ce
texte, la Jeunesse se dispute avec la Mort en argumentant qu’elle mérite de vivre, mais elle
finit par céder à la volonté de la Mort, réalisant que, bien que privé de sa vie, ses écrits vivront
éternellement.
Lors de l’écriture de cette œuvre, je faisais face à un décès dans ma famille. J’ai passé
beaucoup de temps à penser à la mort, à accepter la mort, à profiter le plus possible de la vie.
Je voulais faire quelque chose de théâtral de cette œuvre, et en pensant au personnage de la
Mort, j’ai imaginé que si le seul travail d’une personne consistait à prendre la vie des autres,
la Mort ne devait plus rien ressentir en regardant les gens mourir. Par conséquent, j’ai donné
une nature joueuse et tordue à la Mort, la soprano. J’ai trouvé que la Jeunesse, le baryton, a
été audacieuse dans sa façon de raisonner avec la Mort et lui ai donné plus de lignes lyriques
pour contraster avec la spontanéité de la Mort inconnue. Une fois que la Jeunesse accepte
son destin, la qualité de sa voix se transforme en quelque chose de plus céleste, car elle est
finalement en paix avec sa propre fin.
Rene Orth
Death
Come on, good fellow, make an end
For you and I must talk.
You may no longer sojourn here,
But hence you must walk.
La Mort
Allez, bon garçon, faites une pause
Nous devons parler, vous et moi.
Vous ne pouvez plus séjourner ici,
Aussi, vous devez marcher.
Youth
What woeful words, alas,
Be these that I do hear!
Alas, and shall I now forthwith
Forsake my life so dear?
La Jeunesse
Quels mots tristes, hélas,
dois-je entendre !
Hélas, dois-je maintenant
abandonner ma vie si chère ?
Death
Come on, come on, and linger not;
Ye trifle but the time.
Ye make too much of that, ywis,
Which is but dirt and slime.
La Mort
Allez, allez, ne tardez pas ;
Ne badinez pas avec le temps.
Vous en avez déjà trop fait
Qui ne soit ni sale, ni boueux.
Youth
O cursed death, what dost thou mean,
La Jeunesse
Ô maudite soit la mort, mais qu’est-ce que cela veut dire ?
So cruel for to be,
To him that never thought thee harm
Nor once offended thee!
Trop cruel pour celui
qui n’a jamais pensé à mal
Ni offensé qui que ce soit, ne serait-ce qu’une fois !
O death, behold: I am but young
And of a pleasant age.
Take thou some old and crooked wight,
And spare me in thy rage.
Ô mort, voici : je suis, si ce n’est jeune,
Du moins d’un âge agréable.
Prenez plutôt un plus vieux et plus mal en point,
Et épargnez-moi votre rage.
Behold, my limbs be lively now,
My mind and courage strong,
And by the verdict of all men
Like to continue long;
My beauty like the rose so red,
My hair like glist’ring gold;
Mes membres sont encore pleins de vie
Fort est mon esprit comme mon courage,
Et d’après le jugement des hommes
peuvent longtemps durer
Ma beauté comme la rose si rouge,
Mes cheveux comme l’or scintillant ;
And canst thou now pity then,
Transform me into mould?
O gentle death, be not extreme;
Thy mercy here I crave.
It is not for thine honour now
To fetch me to my grave.
But rather let me live a while,
Till youth consumed be.
When crooked age doth me oppress,
Then welcome death to me.
Et ne pourriez-vous maintenant avoir pitié,
au lieu de me transformer en moisissure ?
Ô douce mort, ne soyez pas extrême ;
J’implore ici votre miséricorde.
Vous ne tirez aucun honneur
en me conduisant dans ma tombe.
Laissez-moi plutôt vivre un instant encore
Jusqu’à ce que ma jeunesse ne soit consommée.
Lorsque le mauvais âge me guettera
Alors soyez la bienvenue Mort pour moi.
Death
O foolish man, what dost thou mean
To strive against the stream?
Nothing there is that can thee now
Out of my hands redeem.
La Mort
Ô homme vain, qu’est-ce que
lutter contre le courant ?
Rien n’y fait maintenant
hors de mes mains, rien ne peut vous racheter.
Thy time is past, thy days are gone,
Thy race is fully run.
Thou must of force now make an end,
As thou hadst once begun.
Votre temps est passé, vos jours sont partis,
Votre course est entièrement écoulée.
Il faut que vous ayez la force maintenant de mettre
un terme, à ce que vous avez commencé.
O fool, why dost thou beg and boast
Of these thy youthful days?Which passeth fast and fadeth swift
As flowers fresh decays.
Both youth and age to me be oneI care not whom I strike:
The child, the man, the father old,
Do I reward alike.
Ô fou, pourquoi vous vanter
De ces jours de jeunesse
Qui passent et se flétrissent rapidement
Comme les fleurs fraîches fanées.
Jeunesse et vieillesse me sont égales
Je ne me soucie guère de qui je frappe :
L’enfant, l’homme, le grand-père
se voient équitablement récompensés.
The proudest of them all, ywis,
Can not escape my dart:
The lady fair, the lazar foul
Shall both possess a part.
Thou art not now the first, I say,
That I have eared up;
Ney yet shalt be the last, pardie,
That drinketh of my cup.
Le plus fier de tous,
ne peut échapper à mon dard :
La belle dame, le Lazare
Chacun possède sa part.
Tu n’es certes pas la première, je dis,
dont j’entends parler ;
Tu ne seras pas non plus la dernière
Qui boira à ma coupe.
For he that doth us now beholdPerusing this our talkHe knoweth not yet how soon, God wot,
Car celui qui nous surprend
en pleine conversation
Celui-là ne sait pas encore combien de temps,
Dieu seul le sait,
nous marcherons, vous et moi,
Jusqu’à la fin
Pour les besoins auxquels vous devez obéir ;
Et de la même manière que vous êtes venus au
monde, vous devez maintenant le quitter.
With thee and me to walk!
Dispatch, therefore, and make an end,
For needs you must obey;
And as thou camest into this world,
So shalt thou now away.
Youth
And must I pass of this world
Indeed, and shall I so?
May no man me restrain a while,
But needs now must I go?
Why, then, farewell my life and lands,
Adieu my pleasures all!
Lo dreadful death doth us depart,
And me away doth call.
My cheerful days be worn away,
My pleasant time is past;
My youthful years are spent and gone,
My life it may not last.
And I (for lack of life and breath)
Whose like hath not been seen,
Shall straight consumed be to dust,
As I had never been.
But though I yield as now to thee,
When nothing can me save,
Yet I am sure that I shall live
When thou thy death shalt have.
La Jeunesse
Dois-je vraiment quitter ce monde,
Le dois-je vraiment ?
Comment se fait-il que personne ne me retienne
un instant,
Est-ce vraiment nécessaire de partir ?
Pourquoi, alors, un tel adieu à la vie et à la terre, un
Adieu à tous mes plaisirs !
L’affreuse mort nous donne le départ,
Et elle nous appelle au loin.
Mes jours joyeux sont écoulés,
Mon agréable temps est passé ;
Mes jeunes années sont épuisées et évanouies,
Ma vie ne peut plus durer.
Et moi (par manque de vie et le souffle)
ne l’ai point vue venir,
et dois devenir poussière,
Comme jamais je ne l’ai été.
Mais si je vous cède maintenant,
Puisque rien ne peut me sauver,
Je suis sûr que je vivrai
dès que la mort aura raison de vous.
Textes d’Andrew Marvell (1621-1678)
Traduction : Aurélie Barbuscia
Igor Stravinski
1882-1971
Trois poésies de la lyrique japonaise
« Akahito »
(poème d’Akahito Yamanobe)
Descendons au jardin je voulais te montrer
les fleurs blanches.
La neige tombe... Tout est-il fleurs ici,
ou neige blanche ?
« Mazatsumi »
(poème de Masazumi Miyamoto)
Avril paraît. Brisant la glace de leur écorce,
bondissent joyeux dans le ruisselet
des flots écumeux : ils veulent être
les premières fleurs blanches du joyeux Printemps.
« Tsaraiuki »
(poème de Tsurayuki Ki no)
Qu’aperçoit-on si blanc au loin ?
On dirait partout des nuages entre les collines :
les cerisiers épanouis fêtent
enfin l’arrivée du Printemps.
Traduction : Maurice Delage
Joseph-Guy Ropartz
1864-1955
Intermezzo
(Quatre poèmes d’après l’Intermezzo de Heinrich Heine)
« Tendrement enlacés… »
Tendrement enlacés, ma chère bien-aimée
Nous nous étions assis dans un esquif léger,
Et par le calme soir, nous nous laissions nager
Sur les moires d’une eau limpide et parfumée.
L’île mystérieuse où vivent les esprits,
Dessinait vaguement ses formes anguleuses ;
Sous la lune flottaient des danses nébuleuses,
Et des sons sensuels d’instruments désappris ;
Et la ronde toujours resserrait sa spirale
Et les sons de venaient plus suaves toujours
Et pourtant nous voguions abandonnés au cours
De l’onde sans espoir sous la lueur astrale.
« Pourquoi vois-je pâlir la rose parfumée ? »
Pourquoi vois-je pâlir la rose parfumée ?
Dis-moi, dis-moi, ma bien-aimée,
Dis-moi pourquoi !
Pourquoi, dans le gazon touffu, les violettes
Si fraîches d’habitude, ont-elles aujourd’hui
Un air d’ennui ?
Pourquoi le chant des alouettes
Si nostalgiquement meurt-il par les chemins ?
Pourquoi s’exhale-t-il des bosquets de jasmins
La funéraire odeur qui sort des cassolettes ?
Pourquoi, semblable au feu suprême d’un flambeau
Qui s’éteint, le soleil à l’horizon sans borne
Jette-t-il un éclat moins ardent et moins beau ?
Pourquoi la terre entière est-elle grise et morne
Comme un tombeau ?
Pourquoi suis-je si las, si triste et si malade ?
Ma chère bien-aimée oh ! Dis-le, dis-le moi,
Si tu trouves encore un mot qui persuade,
Dis-moi pourquoi tu m’as abandonné ?
Pourquoi ?
« Ceux qui, parmi les morts d’amour »
Ceux qui, parmi les morts d’amour,
Ont péri par le suicide
Sont enterrés au carrefour
Là s’épanouit et réside
Une fleur, étrange fleur
Aussi rare que sa couleur.
Aucun nom ne l’a désignée
C’est la fleur de l’âme damnée !
Pendant la nuit au carrefour
Je soupire dans le silence
Au clair de lune se balance
La fleur des damnés de l’amour !
« Depuis que nul rayon de tes yeux bien-aimés »
Depuis que nul rayon de tes yeux bien-aimés
N’arrive plus aux miens obstinément fermés,
Je suis enveloppé de ténèbres morales.
L’étoile de l’amour s’est éteinte pour moi
Plus de douce clarté, rien que l’ombre de l’effroi !
Un gouffre large ouvert me veut dans ses spirales
Nuit éternelle, engloutis-moi !
Igor Stravinski
1882-1971
Berceuses du chat
« Le Chat sur le poêle »
Dors sur le poêle bien au chaud, chat
La pendule bat
Elle bat, mais pas pour toi.
« Intérieur »
Le chat dans un coin, casse des noisettes
Le chat, sur le foyer, fait sa toilette et les petits chats ont mis des lunettes
Guignent, guignent les petits,
Si le vieux n’a pas fini
Pas encore, mais tant pis
« Dodo »
Dodo, l’enfant do
L’enfant dormira bientôt
Aujourd’hui le chat a mis son bel habit gris, pour fair’ la chass’
Aujourd’hui le chat a mis son bel habit gris,
Pour fair’ la chass’
L’enfant dormira bientôt
Ôtera son bel habit si l’enfant n’est pas gentil
Dodo l’enfant do, dormira bientôt.
« Ce qu’il a, le chat »
Ce qu’il a le chat, c’est un beau berceau qu’il a
Mon enfant à moi en a un bien plus beau que ça
Ce qu’il a le chat c’est un coussin blanc
Mon enfant à moi en a un bien plus blanc que ça
Ce qu’il a le chat c’est un tout fin drap qu’il a
Mon enfant à moi en a un bien plus fin que ça
Ce qu’il a le chat c’est un chaud bonnet qu’il a
Mon enfant à moi en a un bien plus chaud que ça.
Traduction libre de Fernand Ramuz
Jug Markovic´ né en 1987
Ultraterreno
(pour deux voix de femmes et piano)
création mondiale
L’œuvre Ultraterreno a pour sujet certaines des grandes questions qu’un jeune artiste se pose
en mûrissant. D’un côté, il y a l’amour pour la création, la longévité, l’inspiration et l’estime de
soi, et de l’autre, le doute, la frustration, le rejet, ainsi que la mécanisation et l’industrialisation
de l’art. Même si le titre n’est pas explicite, j’aime penser que cette composition est un « madrigal dramatique ». Elle traite de problématiques et de pensées qui m’occupent.
Ultraterreno comprend cinq textes d’époques diverses. Chaque texte parle de ces sujets,
issus de contextes variés, avec des sensibilités et des langues différentes (italien, allemand
et russe). Les sonnets de Tasso (1544-1595) et Michel-Ange (1475-1564), ainsi que la poésie
de la poétesse russe Marina Tsvetaïeva (1892-1941) ont pour sujet le pouvoir de l’âme libre
d’esprit et talentueuse. À l’inverse, la nouvelle narrative de l’écrivain autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) parle de rejet et d’aliénation. Le dernier texte est un e-mail de refus que j’ai
reçu à un examen d’admission à une faculté. Cet e-mail est à la fois le fil conducteur de l’œuvre
et joue le rôle de contrepoint aux autres textes. Il apparaît plusieurs fois et interrompt l’apparence logique de la pièce.
Musicalement parlant, la composition est très éclectique et dépend fortement des paroles.
Elle change très brusquement en fonction du texte chanté. Elle fait également référence aux
périodes de l’histoire de la musique, jongle avec des genres et des techniques de composition
et rend hommage aux compositeurs importants à l’élaboration de mon propre langage musical
tels que Monteverdi, Schoenberg, Berg… Ultraterreno fait appel à la recontextualisation à la
fois des techniques de composition musicales et des sources littéraires comme principal outil
d’élaboration.
Enfin, je tiens à souligner que l’écriture de cette œuvre a été très intuitive. La forme dramaturgique a été trouvée lors de la recherche d’un son désiré. Je n’ai fait preuve d’aucune préméditation et mes choix de composition ont été impulsifs et motivés par la passion.
Jug Markovic´
Textes chantés en italien, en russe et en allemand extraits des œuvres suivantes.
Torquato Tasso (1544 – 1595)
Rimes Héroïques (Sonnets), 33
Au Seigneur Scipion Gonzague depuis sa prison
SCIPIO, o pietade è morta od è bandita
de’ regi petti, e nel celeste regno
tra’ divi alberga e prende il mondo a sdegno,
o sia la voce del mio pianto udita.
Dunque la nobil fè sarà schernita
ch’ è di mia libertà sì nobil pegno,
nè fine avrà mai questo strazio indegno
che m’ inforsa così tra morte e vita ?
Questa è tomba de’ vivi ov’ io son chiuso
cadavero spirante, e si disserra
solo il carcer de’ morti : oh divi, oh cielo !
s’ opre d’ arte e d’ ingegno, amore e zelo
d’ onore han premio o ver perdono in terra,
deh ! non sia, prego, il mio pregar deluso.
Non la pitié n’est plus, ou bien du cœur des rois,
Qui devait l’abriter, elle est déjà bannie,
Et, méprisant la terre, au ciel elle est enfuie ;
Sans cela de ma plainte on entendrait la voix.
Mais de la foi jurée on méprise les droits
Qui me garantissaient ma liberté ravie !
Quand me donnera-t-on ou la mort, ou la vie ?
Quand me plaindrai-je enfin pour la dernière fois ?
Cadavre encor debout dont l’esprit seul succombe,
La prison des vivants est aujourd’hui ma tombe,
Et ne se dessaisit qu’en faveur de la mort !
Si la gloire, l’amour, l’étude et le génie
Ne sont point une faute à tout jamais punie,
Ne trompe pas l’espoir où ma vertu s’endort.
Traduction : Ernest et Edmond Lafond (1848)
Michelangelo Buonarroti (1475 - 1564)
Rime – 151
(le sonnet n’est pas chanté dans son intégralité)
NON ha l’ottimo artista alcun concetto
Che un marmo solo in sé non circonscriva
col suo superchio, e solo a quello arriva
la man che obbedisce all’intelletto.
Il mal ch’io fuggo, e ’l ben ch’io mi prometto,
in te, donna leggiadra, altera e diva,
tal si nasconde; e perch’io più non viva,
contraria ho l’arte al disïato effetto.
(Amor dunque non ha, né tua beltate
o durezza o fortuna o gran disdegno,
del mio mal colpa, o mio destino o sorte;
se dentro del tuo cor morte e pietate
porti in un tempo, e che ’l mio basso ingegno
non sappia, ardendo, trarne altro che morte.)
L’artiste à ses pensées ne voit jamais s’offrir
De forme qui ne soit déjà préexistante
Dans le marbre lui-même, et pour la découvrir,
Il faut la main habile et l’âme intelligente.
Ainsi je sais qu’en toi, beauté noble et charmante,
Se trouvent à la fois, pour aimer ou haïr,
Le dédain et l’amour ; mais mon âme ignorante
Se perd aux vains efforts d’un impuissant désir.
(Et, seul coupable, hélas ! de ma longue souffrance,
Je ne puis accuser ni ton indifférence,
Ni tes cruels dédains, ni l’amour, ni le sort…
S’il est vrai que mon âme, inhabile, incertaine,
Dans ton cœur virginal, beau marbre où l’amour dort,
Au lieu de cet amour, n’a trouvé que la haine.)
Traduction : Ernest et Edmond Lafond (1848)
Marina Tsvetaïeva (1892-1941)
Poème de 1918
Esli dusha rodilas krilatoy –
Chto ei horomy i chto ei haty!
Chto Chingiskhan ei – i chto – Orda!
Dva na miru u menia vraga,
Dva bliznetsa , nerazryvno slityh:
Golod golodnyh – i sytost sytyh!
Si l’âme est née avec des ailes,
Qu’a-t-elle à faire de palais, de masures !
de Gengis-Khan et de hordes barbares ?
J’ai au monde deux ennemis,
Deux jumeaux à jamais unis :
La faim des affamés, et la satiété des repus.
Traduction anonyme
Thomas Bernhard (1931 – 1989)
„Weltfrem” [Céleste] : courte histoire tirée de l’œuvre “Der Stimmenimmitator” [L’Imitateur]
„Weltfremd“
(one of the short stories from the book “Der Stimmenimmitator”)
Ein gelernter Möbeltischler aus Maria Saal (einem beliebten
Wallfahrtsort in Kärnten), der durch die Bekanntschaft mit einem
ursprünglich begabten Komponisten, welchen wir selbst viele Jahre
lang als ein Genie wie kein zweites bezeichnet haben, auf die
Literatur gekommen ist und der Gedichte und kleine Komödien
geschrieben hat, die aber, so jene, die seine Gedichte und kleinen
Komödien in die Hand bekommen haben, tatsächlich einerseits
unlesbar, anderseits unspielbar gewesen wären, ganz aus dem
einfachen Grunde, weil sie niemand verstanden habe, ist aus
Verzweiflung über sein Verkennung an seinem zweiundzwanzigsten
Geburtstag in den Längsee gegangen und ertrunken.
Die Zeitung, die, nachdem seine Leiche aufgefunden worden war,
eine kurze Notiz über den Verkannten veröffentlichte, betonte vor
allem anderen, daß er WELTFREMD gewesen sei.
Torquato Tasso (1544 – 1595)
(Seulement un vers chanté dans ce sonnet)
Da si picciola forma
com’ esce si gran voce e tal rumore,
che sveglia ognun che dorma.
Comment une si grande voix et un tel bruit
peuvent-ils sortir
D’une si petite forme
Ayant le pouvoir de réveiller quiconque dort.
Traduction : Aurélie Barbuscia
Courriel de refus reçu par Jug Marković suite à l’examen d’admission à un Master dans une
des académies de musique les plus renommées en Allemagne
Sehr geehrter Herr,
die Bewertung der künstlerischen und handwerklichen Qualität der
eingereichten Stücke in Verbindung mit der Einschätzung der
stilistischen Ausrichtung und Beherrschung des Kompositorischen
Materials hat die Zulassungskommission bei der Vorauswahl zu dem
Ergebnis geführt, dass eine Studienaufnahme (im Hauptfach
Komposition) zur Zeit nicht in Betracht kommen kann.
Mit freundlichen Grüßen.
Très cher Monsieur,
L’examen des qualités artistiques et techniques des pièces soumises dans le cadre de
l’évaluation de l’expression artistique et la maîtrise des éléments de composition, a amené
le Comité d’Admission, durant la phase de pré-sélection, à la conclusion que le département
d’études en composition ne pouvait, à ce jour, considérer plus avant votre candidature.
Cordiales salutations.
Traduction : Héloïse MAS
Claude Debussy 1862-1918
Fêtes galantes I
« En sourdine » (poème de Paul Verlaine)
« Clair de lune » (poème de Paul Verlaine)
Calmes dans le demi-jour
Que les branches hautes font,
Pénétrons bien notre amour
De ce silence profond.
Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques,
Jouant du luth et dansant, et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.
Fondons nos âmes, nos cœurs
Et nos sens extasiés,
Parmi les vagues langueurs
Des pins et des arbousiers.
Tout en chantant sur le mode mineur
L’amour vainqueur et la vie opportune,
Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur,
Et leur chanson se mêle au clair de lune,
Ferme tes yeux à demi,
Croise tes bras sur ton sein,
Et de ton cœur endormi
Chasse à jamais tout dessein.
Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver, les oiseaux dans les arbres,
Et sangloter d’extase les jets d’eau,
Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.
Laissons-nous persuader
Au souffle berceur et doux
Qui vient, à tes pieds, rider
Les ondes des gazons roux.
Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera.
« Fantoches » (poème de Paul Verlaine)
Scaramouche et Pulcinella,
Qu’un mauvais dessein rassembla,
Gesticulent noirs sous la lune,
Cependant l’excellent docteur Bolonais
Cueille avec lenteur des simples
Parmi l’herbe brune.
Lors sa fille, piquant minois,
Sous la charmille, en tapinois,
Se glisse demi-nue,
En quête de son beau pirate espagnol,
Dont un langoureux rossignol
Clame la détresse à tue-tête.
Ils soutiennent
l’Académie du Festival d’Aix
L AURÉATS HSBC DE L’ACADÉMIE DU FESTIVAL D’AIX
Attaché à l’accompagnement des jeunes talents, HSBC s’associe depuis 2006 à
l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence. Chaque année la direction artistique du
Festival sélectionne une nouvelle promotion de chanteurs, pianistes chef de chant
et ensemble de musique de chambre. Le Groupe HSBC France soutient ces jeunes
artistes – les Lauréats HSBC – choisis parmi les talents les plus prometteurs de
l’Académie, qui prolongent l’expérience acquise pendant le Festival en se produisant
lors de récitals et concerts aussi bien en France qu’à l’étranger.
FONDATION L A POSTE
La Fondation d’entreprise La Poste met en oeuvre un mécénat original et éclectique
en faveur de l’expression écrite. Depuis 2004, la Fondation La Poste est mécène de
l’Académie du Festival d’Aix-en-Provence. Elle y encourage tout particulièrement la
création de spectacles autour d’écrits et de correspondances de musiciens.
L’association des Amis du Festival soutient l’Académie du Festival d’Aix
L’Académie est habilitée à recevoir la taxe d’apprentissage des entreprises.
Pour tout renseignement : [email protected]
aix en juin
INFORMATIONS ET RÉSERVATIONS
L A BOUTIQUE DU FESTIVAL
Palais de l’Ancien Archevêché
Place des martyrs de la résistance
13100 AIX-EN-PROVENCE
Tél : 0 820 922 923 (12 cts /min.)
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M Festival d’Aix-en-Provence
N @Festival_dAix
P @festivalaix
PASS
Laissez-passer nominatif donnant accès
aux manifestations publiques d’AIX EN JUIN
et de l’Académie du Festival d’Aix en juillet
(dans la limite des places disponibles)
PASS : 15 €
GR ATUIT POUR LES MOINS DE 30 ANS
BILLET UNIQUE : 5 € par spectacle
En vente à la boutique du Festival
et par téléphone au 0 820 922 923
illustrations : Brecht Evens
conception graphique : Clément Vial – [email protected]