L`analyse des coûts de production: un outil - Covido

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L`analyse des coûts de production: un outil - Covido
Des animaux, des hommes, des filières
Alliances
GROUPE SICAREV
A
ACTIS
CTIS B
BOVINS
OVINS •
• CCHAROLAIS
HAROLAIS H
HORIZON
ORIZON •
• CCOOP
OOP DU
DU M
MÉZENC
ÉZENC •
• CCOVIDO
OVIDO-B
-BOVICOOP
OVICOOP •
• DDAUPHIDROM
AUPHIDROM
CONDUITE
DES ÉLEVAGES
L’analyse des coûts
de production :
un outil stratégique
Pendant
que certains éleveurs
allaitants
gagnent
46 000 €
par personne et
par an,
d’autres
ont des
revenus
négatifs.
Dans des
situations
comparables.
Avec des
charges à
l’hectare
comparables.
Pour des
montants
d’aides
Pac comparables.
Un paradoxe ? Un
malentendu. Pour
le moins.
[pages 3,
et 5 à 8]
n° 53, mars 2014
EXPORT.
PORTRAIT.
Ludovic Paccard, nouveau
directeur viande des filières
bœuf et veau du groupe
Sicarev. La saga Soviber,
« une belle histoire ». p. 35.
GÉNISSES.
Pas assez de génisses pendant un
an pour servir les clients, et
soudain, en quelques jours, un
trop-plein d’animaux déferle sur le
marché. Incompréhensible ! p. 18
« SOYEZ AUX CÔTÉS DES
EXPORTATEURS ! FACILITEZ
NOS EXPORTATIONS ! »
[PHILIPPE DUMAS À
GUILLAUME GAROT,
LE MINISTRE DE L’AGROALIMENTAIRE], P. 26
vos questions, nos réponses
en diagonale
ACTU
Gaec de LA FULY
Périgneux, Loire
(adhérent Actis Bovins)
4 PAC. +50 à +90 €/ha pour
les élevages extensifs
5-8 DÉBAT. L’analyse des coûts
de production : un outil
stratégique pour la conduite
des élevages
J’ai des animaux Bio
qui partent à
l’abattoir ; quels
sont les documents
que je dois fournir ?
AMONT
9-10 MARCHÉS. Début d’année
morose en gros bovins
12 SANITAIRE. Trois mesures
pour prévenir le “gros
nombril”
13 RAMASSE. Le “point noir”
d’Alain Roche : les abords
non stabilisés
14 TECHNIQUE. À
Ter’élevage, la préparation
des broutards pour la mise à
l’engraissement
15 TECHNIQUE. Le fumier : des
atouts à (re) découvrir
17 JURIDIQUE. Le “transfert de
risques” clarifié
AVAL
18 VIANDE. Génisses : une
situation incompréhensible
19-20 MAIGRE. Broutard en Italie :
« Ne pas sombrer dans le
catastrophisme »
FILIÈRE
27 GIE. Nouveau : la mise en
contrat par lots
28 ACTIS. Deux troupeaux sous
un même toit au Gaec de
Saligny
27 COOP DU MÉZENC. AOC Fin
gras du Mézenc et VLF
30 CHAROLAIS HORIZON Un
large choix de reproducteurs
32 COVIDO-BOVICOOP
Engraissement : un contrat
sécurisé chez Romain
Chauffour
34 DAUPHIDROM. Le Crof
(contrat d’objectif filière) à
l’EARL Juliana
L
à la une…
Conduite des élevages :
l’analyse des coûts
de production,
un outil stratégique
21 › VEAU.
« Ce qui
nous a
plus,
c’est le
système d’intégration
avec des revenus
garantis » [Pascal et
Claudia Myt]
26 › SICAREV-TRADIVAL.
40 000 tonnes de viande
bovine et porcine
exportées partout dans le
monde
27 › ANIMATIONS EN MAGASINS.
« Importantes pour
l’image de notre
profession et de notre
groupe Sicarev » [Jean
Laurent]
Alliances est une publication de la filière SICAREV, 197,
route de Charlieu, 42300 Roanne, 04.77.72.28.28 •
Directeur de la publication : Philippe DUMAS • Directeur de la
rédaction : Jean-Yves BESSE • Rédaction, maquette, mise en
page : André GUILLOUX, 56, rue des Noyers, 63540
Romagnat, 06.33.07.12.83, [email protected]
• Imprimerie : DECOMBAT, Gerzat, 04.73.25.06.62.
2
e bon de livraison
et le certificat bio doivent être remis impérativement au chauffeur, au moment du
départ des animaux.
Le bon de livraison
bio atteste que le bovin livré est bien conforme au cahier des
charges “Agriculture
biologique”, et il mentionne le nom de l’organisme certificateur
et celui du groupement acheteur. Le
certificat bio atteste
de l’engagement de
l’éleveur dans la filière bio et précise les
productions concernées. Sans ces documents, les animaux
ne pourraient être certifiés “bio” et l’éleveur
ne pourrait percevoir
les plus-values.
De plus, à chaque mise à jour, le nouveau
certificat bio doit être
transmis au groupement. ■
Gaec de la LIÈGUE
Saint-Cyr-les-Vignes, Loire
(adhérent Actis Bovins)
Sur le nouveau site internet Alliances.coop, la grille des prix ne
s’affiche pas correctement ou je n’arrive pas à me connecter.
Comment faire ?
C
ertains problèmes liés au site internet peuvent provenir de votre logiciel de navigation. Mettez à jour votre navigateur, pour bénéficier des
nouvelles fonctionnalités du site, mais aussi – et surtout ! – pour des raisons de sécurité : les versions anciennes des navigateurs sont en effet
de véritables passoires en matière de sécurité ; vous prenez des risques
pour vos propres données et pour celles de ceux avec qui vous échangez. Ces mises à jour sont effectuées automatiquement, en arrière-plan,
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pour télécharger une nouvelle version. C’est gratuit. Et c’est prudent. ■
Gaec DE MARQUET
Le Pin, Isère
(adhérent Dauphidrom)
Mon commercial a mis une vache laitière
en stock le 23 septembre ; elle a été ramassée le 2 octobre. J’ai bien touché la plusvalue contractualisation du premier niveau,
mais pas celle du deuxième niveau.
Pourquoi ?
L
e premier niveau de plus-value est lié à une
durée minimale de contractualisation ; cette
durée est calculée entre la date de mise en
contrat et la date de la vente (mise en stock par
le commercial). Le second niveau est lié à la
précision de votre annonce (+ ou – 21 jours par
rapport à la date de sortie prévue). De plus, le
montant de la plus-value de second niveau dépend de la période d’abattage.
Votre vache laitière a été contractualisée pendant plus de 40 jours entre la date de mise en
contrat et la date de vente : vous avez donc
perçu 0,07€/kg (plus-value de premier niveau).
La date de vente était le 23 septembre, mais
l’animal a été tué le 2 octobre ; or la plus-value
de 2e niveau est nulle en octobre, alors qu’elle
est de 0,05 €/kg en septembre (c’est bien la
date d’abattage qui est prise en compte). ■
EARL PacAUD
Coulanges, Allier
(adhérent
Charolais Horizon)
Je n’ai pas touché
les plus-values sur
certains de mes
jeunes bovins
pourtant contractualisés et abattus à la même date…
R
appel des conditions d’accès aux
plus-values pour les
JB viande : 380 kg à
450 kg, R= au moins,
engraissement 2-3.
Certains de vos jeunes bovins pèsent
plus de 450 kg et ne
sont plus dans les critères d’éligibilité des
plus-values. Important : ces plus-values
sont déterminées en
fonction de la demande des marchés. ■
horizons
Gaec REBOISSON
Saint-Vincent, Puy-de-Dôme
(adhérent Covido-Bovicoop)
L
es règles d’isolement du troupeau jusqu’à la réception des résultats d’analyses doivent être
strictement observées.
L’IBR est une maladie rédhibitoire,
c’est-à-dire qu’elle annule la vente et entraîne automatiquement la
reprise de l’animal séropositif. Ce
n’est pas le cas d’autres maladies,
telles que la BVD ou la paratuberculose. C’est pourquoi les GDS
(groupements de défense sanitaire) vous incitent à remplir, avec le
vendeur, des “billets de garantie
conventionnelle” en y précisant les
maladies dont vous voulez vous
prémunir et dont la liste n’est pas
exhaustive. Tout animal qui réagira positivement aux analyses permettant de déceler les maladies
stipulées dans le billet de garantie
conventionnelle sera alors repris
par le vendeur. En revanche, le
vendeur n’est pas obligé de reprendre un animal dont les analyses sont positives alors que la
maladie correspondante n’est pas
indiquée dans le billet de garantie
conventionnelle. ■
Jean-Marc PAUTONNIER
Vitry-en-Charollais, Saône-et-Loire
(adhérent Charolais Horizon)
Je n’ai plus accès au site Alliances.coop ; une erreur m’indique
“page introuvable”…
V
ous avez très certainement enregistré le chemin d’accès de l’ancienne version d’Alliances.coop dans les favoris de votre navigateur. Le
chemin d’accès a changé avec la nouvelle version. Vous devez donc le
supprimer de vos favoris, puis saisir « Alliances.coop » dans la barre
d’adresse de votre navigateur ou dans Google. Cliquez sur le résultat
de la recherche (“www.alliances.coop”). ■
EARL CHATELIER
Vaumas, Allier
(adhérent Covido-Bovicoop)
Doit-on signaler les traitements
antiparasitaires ou antibiotiques pour lesquels les délais
d’attente ne sont pas terminés, y
compris pour les animaux
d’élevage ?
O
ui, c’est une obligation européenne, précisée, en France, par
un arrêté entré en vigueur le 1er juillet 2013. Un éleveur a l’obligation
d’informer la filière sur d’éventuels
problèmes sanitaires qui se sont
produits sur son troupeau, en remplissant le recto et le verso de l’Asda. Une case est à cocher lorsque
l’animal a subi un traitement pour
lequel le délai d’attente “viande”
n’est pas terminé. Doivent aussi
être renseignés les cas de botulisme, listériose, salmonellose, cysticercose et, si l’autorité administrative vous le demande, les cas
de contaminations de l’environnement. Une copie de chaque document doit être conservée pendant
cinq ans, sur l’exploitation, dans
le registre d’élevage.
Ces informations doivent aussi
être enregistrées dans le registre
de l’élevage d’accueil et suivre
l’animal jusqu’à l’abattoir. Seules
les informations concernant les
contaminants de l’environnement
(dioxine, furane, PCB, métaux
lourds, radionucléides) sont à reporter sur la nouvelle Asda, lors de
la revente des animaux. En revanche, les nouvelles informations
sur la chaîne alimentaire concernant l’élevage d’accueil doivent
être inscrites sur la nouvelle Asda.
Les défauts de transmissions des
informations sur la chaîne alimentaire peuvent donner lieu à des
amendes de 5e classe (jusqu’à
1500 €). De plus, ces défauts peuvent perturber le fonctionnement
des abattoirs : l’abattage d’un animal ne peut être effectué qu’avec
l’autorisation du vétérinaire officiel
de la DDPP. Ce dernier procède à
l’isolement de l’animal en bouverie et, s’il l’autorise, à l’abattage en
fin de chaîne avec une inspection
renforcée (ante et post-mortem). ■
Philippe DUMAS
président de Sicarev
éditorial
Lors de l’achat de reproducteurs, que faire pour s’assurer
que l’animal soit “propre” sur le
plan sanitaire et qu’il
n’introduise pas de maladie
dans mon élevage ?
Sicarev en ordre de marche
pour franchir
les périodes d’incertitude
N
ous débutons cette année 2014 à la fois
pleins d’espoir et pleins d’inquiétude. Nos
filières agricoles et alimentaires sont en pleine
mutation et confrontées à de nombreuses
incertitudes.
Incertitudes quant aux effets de la réforme de
la Pac et de ses arbitrages ultimes sur nos
exploitations. Incertitudes sur la dynamique de
la production. Incertitudes sur le rééquilibrage
végétal-animal, tant annoncé et tant attendu,
mais qui ne sera pas, semble-t-il, au rendezvous.
L’espoir, en revanche, c’est la volonté de
redonner du poids aux marchés, à l’économie, à
la production et à sa performance technicoéconomique. C’est bien là le sens des nouveaux
appuis techniques centrés sur les coûts de
production. Ce n’est pas par hasard si nous en
avons fait le thème du “débat d’Alliances”
(pages 5 à 8). Nous sommes en effet
convaincus que l’analyse technico-économique
de nos exploitations sera la clé de leur viabilité
et de leur développement.
Autre incertitude : l’économie de crise qui
touche notre pays, mais aussi nos voisins,
parmi lesquels de gros clients comme l’Italie, la
Grèce, l’Espagne. Une consommation en recul
et des ménages qui arbitrent leurs achats sur
les prix, mais aussi entre l’alimentaire et les
autres biens et services (logement, loisirs,
nouvelles technologies…), sont autant
d’éléments d’incertitude.
Mais la dynamique de nos producteurs et de
leurs groupements, les investissements dans
des outils modernes et performants, mettent
Sicarev en ordre de marche pour franchir ces
périodes d’incertitude. Notre organisation en
filière nous rend capables de nous adapter aux
différents marchés qui se présentent à nous,
tant à l’export qu’en France. ■
alliances › n° 53 › mars 2014 › 3
actualité
Sniv
DUMPING.
❙ «Le salaire minimum allemand ne résoudra pas tout;
le mal est fait», soutient
Pierre Halliez, président du
Collectif contre le dumping
social, suite à l’annonce de
la chancelière allemande
d’instituer un salaire minimum, en Allemagne, à partir de juillet prochain. «Les
pouvoirs
publics n’ont
d’autre alternative,
aujourd’hui, que de se pencher au chevet de nos
entreprises pour restaurer
leur compétitivité, afin de
sauver les activités et les
emplois qui pourront
l’être», note le Collectif
contre le dumping social en
Europe. D’une part, le salaire minimal ne n’appliquera
«pleinement» qu’en
janvier 2017 au lieu de janvier 2015. D’autre part, le
Collectif estime nécessaire
de préciser ce que l’on
entend par “salariés allemands” et “travailleurs
détachés”, pour éviter les
montages, «via des sociétés boîtes aux lettres, [qui]
permettent de contourner
toute la réglementation».
4
PAC 2015-2020. +50 € à + 90 €/ha pour
les élevages extensifs et les zones
défavorisées ; -51 €/ha pour les
céréaliers [étude de l’Inra]
pour les élevages extensifs
allaitants,
particulièrement favorisés par le principe de la convergence.
Les cinq principales
régions perdantes
perdent en moyenne
entre 50 et 80 euros
d’aides directes par
hectare de SAU, en
« Les exploitations de plaine très spécialisées dans l’engraisraison d’une forte
sement de bovins mâles sont fortement pénalisées
spécialisation céréalière et, parfois, du
l y a les gagnantes (-8 200 euros en moyenne par exploitation). » [Vincent
Chatellier, Inra de Nantes]
fait de la présence siet il y a les perdantes.
Les cinq régions gagnantes : Limousin, Fran- multanée de productions bovines intensives.
che-Comté, Corse, Rhône-Alpes, Auvergne. Ces exploitations avaient bénéficié, avec la réLes cinq perdantes : Picardie, Ile-de-France, forme de la Pac de 1992, de rendements hisNord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardenne, toriques en céréales plus élevés que la moyenHaute-Normandie. Dans une étude présentée ne nationale, d’où une plus forte sensibilité au
devant l’Académie d’agriculture, Vincent Cha- processus de convergence.
tellier (Inra) évalue l’impact des décisions Toutefois, les autorités nationales n’ont pas
françaises concernant la future Pac et confir- utilisé toutes les marges de manœuvre laissées
me ce que l’on savait déjà, à savoir que la fu- à leur disposition. Ainsi, la convergence des
ture Pac devrait entraîner une double redis- aides découplées entrera-t-elle en application
tribution des aides directes du premier pilier : sur quatre années, ce qui a pour effet de diluer
d’une part, des zones de plaine vers les zones les impacts dans le temps. De plus, cette condéfavorisées ; d’autre part, des exploitations vergence ne sera que partielle (à hauteur de
bovines intensives et des exploitations céréa- 70 %) alors qu’il était possible de procéder à
lières vers les élevages extensifs d’herbivores. une convergence totale (mais celle-ci aurait
Les exploitations agricoles des régions ga- été défavorable aux exploitations bovines ingnantes sont, en effet, majoritairement orien- tensives déjà souvent perdantes avec le dispotées vers l’élevage, souvent extensif, de bovins sitif adopté). De même, il aurait été possible de
et elles sont souvent concernées par les dispo- favoriser davantage les exploitations bovines
sitifs actuels du développement rural (ICHN et intensives en utilisant 30 % (au lieu de 20 %)
PHAE). Elles enregistrent une amélioration de l’enveloppe des fonds du premier pilier
moyenne du montant de leurs aides directes pour surdoter les premiers hectares. ■
comprise entre 54 et 88 euros par hectare de
SAU. Le Limousin occupe la première posi- L’étude de Vincent Chatellier est disponible sur
tion en raison de sa très forte spécialisation www.Alliances.coop
Une étude de
l’Inra confirme
l’effet annoncé
de la
redistribution des
aides de la Pac
entre régions et
entre systèmes
de production.
I
Inra
LOI D’AVENIR.
❙ Coop de France, la FNSEA
et l’Ania alertent sur la
«destruction de valeur et
d’emplois» dans la filière
agricole et agroalimentaire,
suite à la présentation, par
Stéphane Le Foll, de son
projet de loi d’avenir pour
l’agriculture, l’alimentation
et la forêt. Lors de la
conférence de presse qui a
suivi, Philippe Mangin
(Coop de France, photo),
Xavier Beulin
(FNSEA) et
JeanPhilippe
Girard (Ania) ont sommé le
gouvernement de revoir sa
politique à leur égard,
regrettant son «autisme»
face à leurs demandes,
rapporte la France agricole.
Exaspéré, Philippe Mangin
a notamment souligné
«l’immense inquiétude des
coopératives» qui n’ont
reçu «aucune réponse» à
leurs difficultés.
GROS PLAN
PMTVA : « Plus de 60 € » au-delà de 40 vaches
Lors du congrès de la FNB (Fédération
nationale bovine), le 5 février, Stéphane Le
Foll n’est pas parvenu à calmer l’inquiétude
des syndicalistes. Certes, a rappelé le
ministre, la prime à la vache allaitante sera
portée, à partir de 2015, à 200 euros par
vache jusqu’à 40 têtes, au lieu de 170 euros
actuellement. Au-delà, le ministre n’a fait
que démentir « avec vigueur », souligne l’AFP
qui rapporte l’information, le chiffre de
60 euros qui circulait dans les allées du
congrès. « Ce ne sera pas 60 euros, ce sera
plus », a indiqué Stéphane Le Foll.
Les mesures arrêtées par la France :
■ PMTVA : 200 €/vache pour les 40 pre-
mières vaches allaitantes, avec une
dégressivité au-delà.
■ Paiement redistributif : 5 % en 2015 et
10 % en 2016. Une évaluation à mi-parcours
permettra de déterminer le niveau pour
2017, avec l’objectif de 20 % en 2018.
■ Verdissement : tous les critères du verdissement devraient être satisfaits. La mise en
œuvre d’un principe d’équivalence se limitant à la seule pratique du couvert hivernal
pour le maïs sera défendue par la France
auprès de la Commission, note le ministère.
Ces mesures ont été arrêtées le 17 décembre, à l’occasion du Conseil supérieur
d’orientation de l’économie agricole.
L’œil en
coulisses…
EN BAISSE
Environ 2% des exploitations ont des DPU supérieurs à 536 €/ha (le
double du montant
moyen: 268 €/ha).
EN HAUSSE
6175 en 2000; 9864en
2012: les vols dans les
exploitations agricoles en
forte progression. Parmi
les départements français
les plus touchés: le Puyde-Dôme.
BURN-OUT.
❙ Un agriculteur sur quatre
(24%) est frappé par le syndrome de fatigue extrême;
près d’un sur deux (45%) est
déjà fatigué le matin avant
de commencer son travail.
Une enquête menée par
Technologia, un cabinet spécialisé dans la prévention
des risques professionnels,
révèle que plus de 3 millions
d’actifs (12,6%) sont «en
risque élevé» de burn-out.
Le cabinet, à l’origine de la
création, en 2013, d’un
observatoire national du suicide, lance cette fois un
«appel pour la reconnaissance de l’épuisement professionnel».
CLIN D’ŒIL…
À quoi ça sert de mettre
un steak sur un coquard?
À rien! Le magazine Ça
m’intéresse,
dans sa livraison de février,
nous apprend
que la légende est héritée
de la médecine médiévale, selon laquelle un morceau de
chair fraîche était censé
absorber les “humeurs”
délétères d’une blessure.
Cette croyance s’est renforcée au 20e siècle quand
des soigneurs de boxeurs
ont utilisé de la viande
réfrigérée pour les ecchymoses. Le steak avait l’avantage d’être froid, donc
anti-inflammatoire, et
plus souple que la glace.
[photo: affiche du film
Rake, avec Greg Kinnear,
sorti en janvier 2014]
le débat d’alliances
«FORMER DES CHEFS D’ENTREPRISE,
former les jeunes agriculteurs
dans les lycées, pour les aider
à maîtriser leur exploitation de
A à Z, notamment les coûts de
production.» [J. Leroy]
«IL FAUT CONVAINCRE les éleveurs que les
coûts de production sont liés à
la productivité du travail. Et les
organisations professionnelles
doivent délivrer un message
cohérent.» [R. Vial]
«UN COÛT DE PRODUCTION ne peut être
qu’un point de départ. Quand
on a fait le constat, il faut
accepter la remise en cause
qui va suivre. C’est un état
d’esprit.» [D. Maljevac]
PRODUCTIVITÉ, MAÎTRISE DES CHARGES, VALORISATION DES PRODUITS
L’analyse des coûts
de production :
un outil stratégique pour
la conduite des élevages
Pendant que certains éleveurs allaitants de Saône-et-Loire gagnent 46 000 €
par personne, d’autres ont des revenus négatifs. Dans des situations
comparables. Avec des charges à l’hectare comparables. Pour des montants
d’aides Pac comparables. Pendant que certains engraisseurs dégagent de trop
faibles revenus, d’autres flirtent avec les 70 000 € par an et par personne. Un
paradoxe ? Un malentendu. Pour le moins.
L
Le dernier en date des
“débats d’Alliances” s’est
déroulé le 13 janvier, dans
les locaux de l’abattoir
Tradival, à Lapalisse, dans
l’Allier. Autour de la table:
■ Raymond VIAL
président de la
Chambre d’agriculture
de la Loire
■ Jérémy LEROY
président des Jeunes
Agriculteurs d’Auvergne
■ David MALJEVAC
responsable “conseil
des marchés agricoles”
au CER France Allier
■ Hubert BRIVET
expert-comptable
au CER France
Saône-et-Loire
■ Philippe DUMAS
président du
groupe Sicarev
■ Marie-France NIGAY
directrice d’Actis Bovins
■ Emmanuel MARCEL
responsable technique
Covido-Bovicoop
a productivité, nous explique le dictionnaire, est le «rapport entre une production de biens ou de services et les
moyens qui ont été nécessaires pour la
réaliser (travail, capital, énergie, etc.) »
Ainsi, la productivité du travail est-elle
définie comme la production obtenue
pour chaque unité de travail, les fameuses UTH (unité travailleur humain)
et UMO (unité de main-d’œuvre). « Les
éleveurs de porcs, surtout s’ils emploient des salariés, savent combien
leur élevage produit de kilos de porcs
par UTH, remarque David Maljevac. En
élevage allaitant, on l’ignore le plus
souvent. » Certes, poursuit l’expert en
gestion d’entreprise, les éleveurs allaitants connaissent leur nombre de vê-
lages ou d’UGB par UTH, mais pas
leur production. Étrange, dans la mesure où, vérité d’évidence, « un éleveur
ne vend pas des UGB,
« Un
mais des kilos de viande.
éleveur ne Les centres de gestion,
vend pas concède David Maljevac,
des UGB, n’étaient pas en mesure
de dire quel était le coût
mais des de production du kilo de
kilos de viande. On savait qu’une
viande » vache correspond à une
UGB et qu’elle produit un
[David
veau. Mais compter des
Maljevac] kilos de viande était une
vraie difficulté.» Dans l’industrie, en revanche, la comptabilité analytique est
la règle, cependant que l’agriculture
jongle encore avec des UGB héritées
des années soixante, pour comparer
les marges brutes d’élevages de poules et de vaches, de cochons et de
moutons.
Autre étrangeté : les éleveurs allaitants
ont des charges équivalentes à l’hectare, révèle une étude réalisée par le
centre de gestion de Saône-et-Loire :
autour de 80 €/ha, « quel que soit le
système de production », souligne Hubert Brivet. Et pourtant ! Pendant que
certains, dans le groupe de tête (un
quart des éleveurs), dégagent un revenu de 46 000 €par personne travaillant – « ce qui est un très bon résultat »
–, d’autres ont des revenus négatifs.
« Les charges jouent bien sûr un rô- ›››
alliances › n° 53 › mars 2014 › 5
le débat d’alliances
«LA DIFFÉRENCE DE REVENU se fait à 87%
par la production,
c’est-à-dire par le tonnage
produit […] Ce qui compte,
c’est que les charges soient
efficaces» [H. Brivet]
«IL N’Y A PAS DE SITUATION TYPE, pas
de production type, pas de
modèle idéal. Chacun doit
trouver son propre
itinéraire, en étant
accompagné.» [M.-F. Nigay]
››› le, reconnaît l’expert comptable. On
ne va pas dire le contraire. Mais ce qui
compte surtout, c’est que les charges
soient efficaces et qu’elles permettent
de sortir des tonnages de produits. »
L’analyse des coûts de production
montre ainsi que la production par unité de main-d’œuvre varie du simple au
double : de 25 tonnes à plus de 50
tonnes. «L’incidence de la quantité produite sur le coût de production est
énorme. Énorme!», martèle Hubert Brivet, qui résume : « La différence de revenu se fait à 87 % par la production,
c’est-à-dire par le tonnage produit. »
C’est-à-dire par la productivité du travail. Plus que la spéculation sur les prix.
« Un peu d’histoire », suggère utilement
Raymond Vial, pour qui « le monde allaitant s’est endormi ». « On l’a endormi », corrige Jean-Luc Desnoyer. Sur la
cause du sommeil, toutefois, les deux
hommes s’accordent : la Pac a transformé les éleveurs allaitants en gestionnaires de primes et chasseurs d’hectares, les deux allant de pair : « On achetait du terrain pour avoir plus de primes,
constate un Raymond Vial très incisif.
On a délaissé la technique. On a perdu
le savoir-faire de la culture de l’herbe,
«L’APPUI TECHNIQUE doit tenir compte des
profils des éleveurs. Il ne
servirait à rien de dire à un
producteur “il faut produire
plus”, si, dans sa tête, il n’y
est pas préparé.» [E. Marcel]
alors que le revenu est dans tous les kilos gagnés par l’herbe. Dans les années
soixante-dix, les éleveurs étaient très
performants. La Pac a cassé ça ; elle a
fusillé les systèmes d’élevage du Roannais ! » Pour David Maljevac, la prime à
l’herbe, en particulier, a été « sclérosante». Pis: «Un désastre!», tranche JeanLuc Desnoyer. « La Pac,
« On
analyse-t-il, a bloqué les
pourrait voir chargements, ce qui a
revenir des bloqué la productivité et
troupeaux conduit à une course à
l’agrandissement. Les
allaitants
surfaces augmentaient ;
dans les
la production diminuait.
régions où il Des éleveurs gardaient
des vaches improducn’y en a
tives, car ils avaient replus »
pris quelques hectares
[R. Vial]
de plus, et se disaient
qu’elles feraient bien un veau l’année
suivante. Et ils en arrivaient à ne plus
optimiser leur troupeau, mais leurs primes.» Pis encore: «Les producteurs ne
produisaient plus en fonction du marché, mais en fonction des primes »,
ajoute Philippe Dumas.
Ça, c’était avant…
« Nous sommes en train de changer
d’époque », soutient Raymond Vial,
convaincu que, dans les dix ou quinze
prochaines années, la filière viande va
connaître « une évolution phénoménale» au point, estime-t-il, que l’«on pourrait voir revenir des troupeaux allaitants
dans les régions où il n’y en a plus ».
Surtout, ce qui précipite le changement
des mentalités autant que d’époque,
c’est ce que certains ont appelé « le retour des marchés », après des décennies d’une Pac fondée sur des outils de
régulation des marchés. Ces outils ont
disparu. Le contexte a radicalement
changé, en particulier le marché des
matières premières qui impose, aujourd’hui comme jamais, de « prendre en
compte les coûts de production ». Une
prise en compte d’autant plus évidente que de nouvelles générations bien
formées arrivent dans les campagnes,
rappelle Jérémy Leroy : « La plupart des
jeunes agriculteurs qui veulent évoluer
s’équipent d’outils pour calculer leurs
coûts de production. La plupart adhèrent à Bovins croissance. Ils suivent leur
comptabilité, travaillent les chiffres, suivent des formations. » Un regret, toutefois, pour le responsable syndical : « Au
lycée, on n’insiste peut- ››› suite page 8
La production brute de viande vive : l’indicateur « le plus
pertinent » pour mesurer la productivité du troupeau
A
lors que les quintaux de blé à
l’hectare ou les litres de lait
par vache se sont imposés comme
des références évidentes, il manquait curieusement une unité de
mesure aux systèmes bovins viande. La production brute de viande
vive (PBVV), une unité de mesure
élaborée par l’Institut de l’élevage,
comble cette lacune. Le principe
est simple : les poids de tous les
animaux de l’élevage sont convertis en kilos vifs. Le calcul est effectué sur une année. Si le calcul proprement dit est fastidieux, le mode de calcul, lui, est simple : variation d’inventaire (inventaire fin –
inventaire début) + ventes (en vif
et en carcasse) – achats = production brute de viande vive. Le poids
vif des animaux vendus en carcasse est obtenu en appliquant un
6
coefficient de rendement variant
selon la race et le type d’animaux
(par exemple, 52 % pour les vaches de réforme charolaises, 61 %
pour les jeunes bovins limousins,
etc.) Cette production de viande
vive peut alors être déclinée pour
un atelier, par unité de maind’œuvre, par ha de SFP, par vache
présente, par UGB. La PVV/UGB
note l’Institut de l’élevage est
« l’indicateur le plus pertinent
pour mesurer la productivité du
troupeau et pour comparer, au
sein d’un même système, les exploitations entre elles ». Il permet
en effet de caractériser la productivité du troupeau (PBVV par
UGB), la productivité des surfaces
(PBVV par hectare de SFP), la
productivité de la main-d’œuvre
(PBVV par UMO).
L’Institut de l’élevage fournit aussi des repères de productivité par
race et par système d’élevage, ainsi que des leviers pour améliorer
la production de viande vive.
Exemple pour un troupeau de 100
femelles mises à la reproduction :
une augmentation de 385 à 405
jours de l’intervalle vêlage-vêlage
(IVV) entraîne une baisse de la
productivité de près de 3 000 kg
de viande vive en système naisseur et de quelque 3500 kg en système naisseur-engraisseur de jeunes bovins. Dans ce cas, la perte
est de 140 à 175 kg par jour. Commentaire de l’Institut de l’élevage : « La productivité par UGB est
peu altérée si les femelles sont vite détectées et réformées. » Toutefois, « la productivité n’est pas
une réponse unique». En particu-
lier, l’augmentation de la production ne doit pas être annulée par
l’augmentation des charges opérationnelles : « Chaque kilo de
concentré distribué, chaque unité
fertilisante épandue, chaque frais
d’élevage engagé doit se traduire
par une augmentation nette des
performances et, donc, du produit. » ■
“Économes”, “productifs”, “valorisateurs” :
les coûts de production de 290 élevages
de bovins viande passés au crible
« Pas de réponse unique, mais
une grande diversité de solutions
et de stratégies. » Une étude
réalisée dans l’ouest de la
France, en 2011, par l’Institut de
l’élevage, distingue trois
« stratégies gagnantes » en
élevage de bovins viande.
Décryptage par Emmanuel
Marcel, responsable technique
de Covido-Bovicoop.
I
l y a les “économes” (37 exploitations),
qui dégagent un bon revenu (2,42 Smic
par unité de main-d’œuvre, UMO), malgré une productivité du travail relativement plus faible que la moyenne (-8 %).
Leur caractéristique majeure : elles maîtrisent strictement leurs charges de production (peu de charges en bâtiments et
des niveaux d’amortissement peu élevés
en matériel). Leur coût de production est
inférieur de 15 % à la moyenne. Des éle-
« Les organisations de
producteurs ont un rôle
important à jouer dans
un accompagnement
technique adapté aux
profils de chaque
éleveur, pour mettre en
place le plan d’action
identifié avec les
organisations
professionnelles
agricoles, notamment
les centres de gestion. »
vages « efficaces », puisqu’ils dégagent
41 % d’EBE sur le produit total.
Il y a les “productifs” (35 élevages), qui
atteignent une meilleure rentabilité grâce à une productivité du travail supérieure de 40 % à la moyenne. Résultat :
un coût du travail réduit au minimum
(seulement 54 €/100 kg vif en système
naisseur et 13 €/100 kg vif en système
naisseur). De plus, les coûts du matériel
sont “dilués” sur davantage de kilos
Marie-France Nigay : « Pas de modèle idéal ;
chacun doit trouver son propre itinéraire »
« On tournait un peu en rond ; surtout, on voulait aller au-delà. » Depuis une dizaine d’années, explique Marie-France Nigay, chaque adhérent d’Actis reçoit son
bilan technico-commercial annuel : production, type d’animaux, saisonnalité,
prix, etc. « On souhaitait aller au-delà, en particulier avec les éleveurs qui avaient
déjà bien compris la problématique de la saisonnalité. » Et en 2012, en collaboration avec la Chambre d’agriculture, la Loire est sélectionnée comme département pilote pour la mise en œuvre de la méthode du coût de production, version
Institut de l’élevage. Un premier groupe d’une trentaine d’éleveurs est constitué.
Objectif : que chaque éleveur puisse comparer ses résultats à ceux du groupe.
« Mais ce travail a vite trouvé ses limites, ajoute Marie-France Nigay, car le but
n’est pas de comparer des résultats entre eux, mais que chaque éleveur puisse
comprendre la méthode du coût de production et trouver ses
propres leviers pour baisser son propre coût de production. »
Chaque exploitation a en effet son propre système d’amortissement
et, surtout, une fiscalité qui lui est propre. « Il faut faire très, très
attention à l’interprétation des résultats. Il n’y a pas de situation
type, pas de production type, pas de modèle idéal. Chacun doit
trouver son propre itinéraire, en étant accompagné. » Le groupe
constitué en 2012 poursuit son travail. Un nouveau groupe d’une cinquantaine
d’éleveurs a été constitué en 2013, avec deux types de profils : naisseur et
engraisseur. À l’issue des formations, « le but est que les éleveurs puissent identifier un thème de travail, pour organiser des journées de formation spécifiques
(sanitaire, alimentation, reproduction, mécanisation, etc.), en faisant appel à
d’autres partenaires spécialisés dans tel ou tel domaine ». ■
(45 €/100 kg vif contre 59 €/100 kg en
moyenne, en système allaitant). Leur revenu moyen s’élève à 3,11 Smic/UMO
(des résultats qui frisent même les 5 Smic
pour le groupe “engraisseurs productifs”). À noter que ce groupe maîtrise
également ses coûts de production, puisqu’ils sont inférieurs de 18 % à la moyenne des élevages.
Il y a les “valorisateurs” (30 élevages)
dont le revenu moyen se situe à 2,5
Smic/UMO et qui, en dépit d’une productivité inférieure à la moyenne (-9 %)
et de coûts de production plus élevés de
7 à 10 %, valorisent mieux leur production, avec des produits supérieurs de 17%
à la moyenne, via, notamment, des filières qualité. Ces exploitations bénéficient souvent de bons niveaux d’aides
Pac. Au final, des résultats qui se situent
entre 2,20 et 2,50 Smic/UMO en moyenne et une bonne rentabilité, de l’ordre de
58 000 € d’EBE par UMO.
Et il y a les autres, autrement dit les deux
tiers des exploitations analysées, qui dégagent un revenu inférieur à 1,5 Smic par
UMO. Et ce, pour trois raisons : ou parce que leur coût de production, ramené
aux 100 kg vifs produits, est supérieur à
la moyenne (+15 %), ou parce qu’ils ne
produisent pas assez (productivité du
travail inférieure de 28 % à la moyenne),
ou parce que les produits ne sont pas valorisés à leur juste valeur (-11 %).
«Ce qu’il faut retenir de cette étude, analyse Emmanuel Marcel, c’est que l’appui
technique doit tenir compte des profils
des éleveurs. Par exemple, il ne servirait
à rien de dire à un producteur “il faut
produire plus”, si, dans sa tête, il n’y est
pas préparé. » ■
alliances › n° 53 › mars 2014 › 7
le débat d’alliances
››› être pas assez sur l’importance
des coûts de production. » Une difficulté toutefois : « La comptabilité a été une
obligation et beaucoup d’éleveurs l’ont
considérée comme une contrainte,
souligne Raymond Vial. Peu de gens y
mettaient le nez. »
Le contexte économique évoluant, la
gestion, plus encore que la comptabilité, retrouve ses lettres de noblesse et «il
semble, suggère Hubert Brivet, que le
conseil technique reprend sa place »,
après deux décennies d’optimisation
des primes Pac. Des concepts nouveaux et des approches nouvelles
émergent, telle que la production brute
de viande vive et l’analyse des coûts de
production (lire par ailleurs). Mieux, remarque Philippe Dumas : « À travers
l’analyse des coûts de production, on a
enfin une approche globale de l’exploitation, et plus seulement une approche
par secteur : le commercial, la technique, la gestion… Au final, à travers
cette approche globale, c’est l’éleveur,
chef d’entreprise, qui fait ses propres
choix, des choix mieux éclairés et mieux
accompagnés. »
L’esprit des Céta (centre d’étude technique agricole), né à la fin des années
quarante, revient, où l’on se met autour
d’une table pour mobiliser l’intelligence
à plusieurs. Philippe Plasse : « Quand
on étudie les coûts de production, le
Philippe Dumas, président du groupe Sicarev : « C’est un choix stratégique
fort, au niveau du groupe Sicarev, de nous engager
dans la démarche des coûts de production. Notre
volonté est d’y être actifs, parce que nous sommes
au contact des marchés et que nous avons une vraie
expertise filière. Mais nous ne voulons nous y engager seuls ; nous voulons bâtir des partenariats avec
les organisations professionnelles. Dans l’intérêt des
éleveurs. Dans l’intérêt de la filière. »
plus important, c’est le débat que l’on
engage avec les autres, autour de la
table. L’exemplarité de ce que fait le voisin, c’est concret. C’est un discours
qu’on peut entendre et qui permet
d’évoluer. Ce n’est pas un discours abstrait. C’est un discours différent de celui du technicien qui dit “là, vous êtes en
dessous de la moyenne ; là, vous êtes
un peu au-dessus ; il suffirait de faire
ceci ou cela pour améliorer les choses”.
« L’appui
L’exemple des coltechnique
lègues qui font les
va devoir
mêmes choses est esfaire la
sentiel, surtout en élepreuve de
vage où l’on n’a pas
son
cette culture de la remiefficacité » se en cause et de la
tech[J.-Y. Besse] performance
nique. »
De même que l’appétit vient en mangeant, ce sont souvent les mieux formés qui se forment toujours plus. De
surcroît, « les niveaux de formation sont
très différents, remarque Emmanuel
Marcel. Après la formation, certains éleveurs sont plus aptes à engager leur
propre réflexion sur leur exploitation.
D’autres ont besoin d’un accompagnement beaucoup plus poussé. La notion
des coûts de production est difficile à
acquérir pour certains. » Ce sera l’un
des enjeux de l’après-formation : quel
appui technique ? En réalité, quels appuis techniques ? Reste deux autres
questions, et non des moindres. La première : « Est-ce que les éleveurs sont
prêts à s’engager dans ce type de démarches ? », interroge François Chaintron, qui remarque que, pour l’heure, la
mobilisation des éleveurs pour ce type
de démarches est relativement modeste. « Comment faire, interroge le directeur de Charolais Horizon, pour que la
proportion des éleveurs sensibilisés aux
coûts de production passe de 10-15 %
à 50 % ? » Et quels moyens techniques
mobiliser pour accompagner les éleveurs dans la durée ? Et qui paiera ?
Pour l’instant, les formations sont gratuites pour les éleveurs, car prises en
charge par Vivéa, le fonds d’assurance
formation des agriculteurs, pour lancer
la mécanique sur le terrain. Mais l’appui technique a un coût et, donc, un
prix. Finis les temps bénis des appuis
techniques gratuits, largement financés
par les subventions publiques. Mais le
paradoxe sera peut-être là, estime
Jean-Yves Besse : « Tout ce qui est gratuit est considéré comme n’ayant pas
de valeur. Désormais, l’appui technique
va devoir faire la preuve de son efficacité. Le coût d’une prestation est une
notion relative, si la prestation rapporte
plus qu’elle ne coûte. » ■
Coûts de production : huit éleveurs sur dix considèrent que la formation a
contribué à améliorer leur productivité et/ou leurs coûts de production
551
éleveurs en 2012, 532 en 2013 : les
éleveurs de bovins viande, d’ordinaire difficiles à mobiliser pour les formations,
ont participé nombreux à celles mises en place en France, par Vivéa, sur les coûts de production en viande bovine. Les principaux enseignements des deux premières années, selon
Vivéa :
■ 8 personnes sur 10 considèrent que la formation a contribué à améliorer leurs compétences sur les coûts de production. Parmi les
20 % qui estiment ne pas avoir progressé sur
le sujet, près de la moitié considère qu’ils disposaient déjà d’un savoir-faire en la matière.
Un bémol : 42 %, seulement, ont formalisé un
plan d’action individuel, un point sur lequel
Vivéa mettra l’accent à l’avenir, en tenant
8
compte du niveau de formation initiale des éleveurs.
■ Les marges de progrès identifiées par les éleveurs concernent: dans plus de 8 cas sur 10, les
coûts de production ; dans 6 cas sur 10, la productivité de l’exploitation ; dans 4 cas sur 10,
les deux.
Plus de 9 éleveurs sur 10 souhaiteraient bénéficier d’une nouvelle formation : selon les
cas, la même formation sous la forme d’un suivi annuel, une formation sur un autre thème
(génétique, juridique, commercial, etc.) ou une
formation pour approfondir leurs connaissances sur un coût de production spécifique
(les coûts alimentaires, notamment).
■ Le secret de la réussite : l’implication des acteurs économiques, tout particulièrement des
coopératives, dans les formations. Les groupes
d’éleveurs sont plus nombreux lorsque les acteurs économiques sont partenaires des
chambres d’agriculture pour le recrutement
Première formation aux coûts de production dans la Loire, en des éleveurs, la conduite des formations et les
appuis techniques. ■
2012.
■
■■■
marchés
■■■
EN BREF
130
cotations & tendances
125
❙ Tendances des marchés
VACHES “R + “380 kg
4,5
4,4
4,3
4,2
4,1
4,0
3,9
3,8
3,7
3,6
3,5
3,4
3,3
3,2
3,1
3,0
Marie-France Nigay
directrice d’Actis Bovins
(Loire) et responsable des
approvisionnements de
l’abattoir de Sicarev
2012
J
F
M
A
M
J
2013
J
A
S
2014
O
N
D
VACHES “O” 310 kg
3,4
3,3
3,2
3,1
3,0
2,9
2,8
2,7
2,6
2,5
2,4
2,3
2,2
2012
J
F
M
A
M
J
2013
J
A
S
2014
O
N
D
JEUNES BOVINS “U” 400 kg
4,3
4,2
4,1
4,0
3,9
3,8
3,7
3,6
3,5
3,4
3,3
3,2
3,1
2012
J
F
M
A
M
J
2013
J
A
S
2014
O
N
D
BROUTARDS “U-E” 300 kg
3,1
3,0
2,9
2,8
2,7
2,6
2,5
2,4
2,3
2,2
2,1
2,0
2012
J
F
M
A
M
J
2013
J
A
S
2014
O
N
D
◗ Vaches viande: une année perturbée,
avec un premier semestre pendant lequel
l’offre a été limitée. Les éleveurs ont-ils gardé
toutes leurs vaches pour les références de production vaches allaitantes ? Au second
semestre, la tendance s’est inversée, l’offre a
été excédentaire. On peut s’attendre à des sorties plus importantes de vaches race à viande
en 2014, sauf si la “recapitalisation” s’accentue en 2014. Des périodes de fortes sorties de
vaches viande et aussi de soudure sont à
craindre, avec des fluctuations tarifaires importantes compte tenu de la baisse du niveau de
consommation.
◗ Jeunes bovins race à viande: après un
premier trimestre où l’offre a été modérée, le
deuxième trimestre annonce une offre plus
abondante qui semble se “tarir” en milieu
d’été. La production automnale devrait être
assez limitée (étant donné le déficit de mâles
allaitants de moins de douze mois en janvier).
◗ Vaches laitières: le troupeau national laitier
est en augmentation. La dynamique production laitière incite les éleveurs à produire du lait.
On constate que, dans les élevages, le nombre
de vaches traites est au maximum. Pour libérer
de la place dans les bâtiments, les éleveurs
réforment des vaches pour rentrer celles qui
viennent de vêler. Les sorties de vaches laitières sont conditionnées à la période de vêlage. Sans oublier, l’effet “saison”, avec des sorties plus importantes fin mars et à l’automne.
◗ Génisses viande: encore trop de génisses
sont produites “sans accompagnement”. Si
l’on veut structurer la production de génisses,
il faut fixer les objectifs avec son opérateur :
poids à l’abattage, alimentation, période de
vente, filière qualité… En 2013, énormément
de génisses “herbagères” faites au second
semestre alors que le marché en manquait au
premier trimestre (et en plus les génisses du
mois de septembre étaient trop grasses !) De
l’organisation ! (lire aussi page 18)
PRODUCTION.
❙ +3% en France,
+ 1% en Europe:
l’Institut de
l’élevage prévoit
«un léger rebond»
de la production de
viande bovine en
2014, après deux
années de forte
baisse. Dans une
étude parue en
janvier dernier, les
économistes du
Geb (groupe
économie du bétail)
expliquent que
cette reprise est
surtout due à la
capitalisation
laitière, entraînée
par une très bonne
conjoncture laitière
et la perspective de
la fin des quotas
laitiers. La France
abattra «sans
aucun doute» plus
de femelles qu’en
2013 et «un peu
plus» de taurillons;
en revanche, les
productions de
bœufs et de veaux
de boucherie
poursuivront leur
érosion (-2% par
rapport à 2013).
La hausse de
production devrait
permettre
d’enrayer la baisse
de la
consommation,
d’autant plus si la
sortie de la crise
économique
globale se
confirme, poursuit
l’Institut.
120
115
110
105
100
95
90
■■■
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
J
F
J
2013
2012
J
A
S
O
N
D
ipGA BŒuf
105
100
95
90
85
80
2011
J
F
M
A
M
J
2012
J
A
S
2013
O
N
D
Indice des prix de gros (IPGA) du
bœuf. Indice mensuel. Référence 100
en 2005. Source Insee.
■■■
150
145
140
135
130
125
120
115
110
105
100
95
90
AlimENts composés
2011
J
F
M
A
M
J
2012
J
A
S
2013
O
N
D
Indice de prix d’achat des aliments
composés pour gros bovins. Base 100
en 2010. (source Insee)
■■■
éNErGiE
150
140
130
120
110
100
90
80
2011
J
F
M
A
M
J
2013
2012
J
A
S
O
N
D
Indice de prix d’achat de l’énergie.
Base 100 en 2010. (source Insee)
■■■
produits véto
110
105
100
2011
95
J
F
M
A
M
J
2012
J
A
S
2013
O
N
D
Indice de prix d’achat des produits
vétérinaires. Base 100 en 2010.
(source Insee)
PORCS “54 TVM”
F
M
110
1,8
1,7
1,6
1,5
1,4
1,3
1,2
1,1
1,0
0,9
0,8
2014
A
115
BROUTARDS “U” 400 kg/JB “U” 400 kg
2013
M
120
4,0
3,8
3,6
3,4
3,2
3,0
2,8
2,6
2,4
2,2
2,0
2012
F
125
2,9
2,8
2,7
2,6
2,5
2,4
2,3
2,2
2,1
2,0
1,9
jeune bovin U - 400 kg de carcarsse
broutard U - 400 kg de poids vif
2011
J
IPPAP : indice des prix des produits
agricoles à la production (hors fruits
et légumes). Base 100 en 2010
(source Insee).
BROUTARDS “U” 400 kg
J
ippAp
135
2012
2013
2014
Marché du porc breton
1
5
10
15
20
25
30
35
40
45
50
alliances › n° 53 › mars 2014 › 9
marchés
les tendances de l’Institut de l’élevage
MAIGRE. Cours en hausse
Cotation
du jeune bovin U3,
Modène, Italie
[source :
Coop de France,
d’après Borsa di
Modena]
L’offre restreinte d’animaux face à une demande italienne assez dynamique stimule
les cours en ce début 2014.
A
près deux semaines de trêve pendant lesquelles le commerce entre la France et l’Italie
a été à l’arrêt, les engraisseurs italiens ont repris leurs importations début janvier. La progression des cours des jeunes bovins en ce début 2014 a stimulé la demande italienne. En face, l’offre française est limitée, entraînant une
hausse des cours. Ainsi la cotation du Charolais U de 400 kg a gagné 4 centimes en janvier.
Légère érosion des exportations. Après la
forte baisse de 2012, les envois d’animaux
maigres français se sont légèrement érodés en
2013 (-1 %). Mais 2013 a été marquée par une
évolution divergente des flux d’animaux
maigres : les expéditions ont diminué de 5 %
vers l’Italie, alors qu’elles ont progressé vers
l’ensemble des autres destinations.
Si l’Italie est restée le principal débouché, sa
part dans les exportations françaises a été ramenée de 83 % en 2012 à 78 % en 2013. La filière italienne, en pleine restructuration, a une
nouvelle fois limité ses achats. Cette baisse
des envois a surtout touché les femelles, dont
les prix sont cependant restés proches des niveaux de 2012 alors que ceux des mâles ont
enregistré un recul à partir de l’été.
L’Algérie est restée le premier importateur hors
UE d’animaux maigres français. Avec près de
35 000 animaux achetés, le pays a presque triplé ses importations de 2012 et reste sur une
tendance haussière. ■
V8. Les cours stagnent
Début 2014, la demande limitée des engraisseurs freine la traditionnelle hausse
des cours des petits veaux.
C
omme en 2013, les mises en place sont
très prudentes début 2014. Les achats de petits veaux en janvier correspondent à des sorties en juin, période de faible consommation
entre la fin des opérations du veau de la Pentecôte et le début de l’été. Ayant en mémoire
la faible consommation du mois de juillet 2013,
les intégrateurs limitent les mises en place.
L’offre de petits veaux laitiers hexagonaux est
donc plus que suffisante pour les besoins limités des intégrateurs. Les prix sont restés
globalement stables au cours du mois de janvier, à de très bas niveaux. La cotation du veau
laitier de 45-50 kg n’a progressé que de 4 euros, à une époque où la hausse est généralement de plus de 20 euros. Cette évolution, début 2014, est dans la continuité de 2013: le prix
du veau de 8 jours a stagné durant presque
toute l’année à très bas niveau. ■
10
GROS BOVINS. Un début d’année morose
du fait de la torpeur de la demande
Les prix des gros bovins français sont orientés à la baisse depuis les fêtes. En particulier, le cours des vaches allaitantes semble
décrocher, tandis que les prix des jeunes
bovins sont tiraillés entre l’embellie italienne et la pression allemande.
L
es abattages de femelles en France sont
encore plus faibles qu’en janvier 2013. La pénurie est importante (-7 %, selon Normabev),
par rapport à une production qui était déjà très
basse début 2013. Pourtant, la baisse des
cours se poursuit, en particulier pour les
vaches allaitantes (-4,5 % par rapport à 2013),
le prix de la vache R française cède 8 centimes
en un mois. Les cours des vaches O et P reculent également moins.
La cause en est toujours la torpeur de la
demande française, qui semble particulièrement marquée en ce début d’année, notamment pour les viandes piécées fraîches. En
outre, les importations pourraient être alimentées par une légère hausse de la production en
Allemagne et en Irlande.
Le prix des mâles initie sa baisse saisonnière
malgré une offre moins abondante que prévue
(+2 % par rapport à 2013 sur les quatre premières semaines de 2014, selon Normabev).
Le JB U clôture le mois à 4,09 €/kg de carcasse (+1 %/2013), sans avoir profité de l’embellie des cours italiens. Le prix des taurillons
laitiers, plus directement impacté par le marché
des femelles et les sorties de JB plus abondantes en Allemagne et en Pologne, reste sous
pression (-4 %).
2013 : pénurie de femelles en France. L’année 2013 a été marquée par une forte chute
des abattages de vaches (-10 % par rapport à
2012), corollaire à la rétention des femelles laitières et allaitantes dans les élevages français.
Le repli des abattages de génisses (-8%), a aggravé la pénurie. En outre, les importations (1%) n’ont pas comblé le déficit: le scandale de
la viande de cheval a incité plusieurs entreprises à limiter leurs approvisionnements à
l’étranger, d’autant plus que l’offre de viandes
de femelles a nettement reculé partout sur le
marché européen.
Abattage de JB en hausse. Conséquence : la
baisse des exportations de JB vifs prêts à
abattre, les abattages français de taurillons ont
nettement progressé (+9 % par rapport à
2012). En outre, les exportations françaises de
viandes se sont rétractées (-11 %) face à la crise économique en Italie et en Grèce. Une grande partie de la viande de jeunes bovins français a ainsi été réorientée vers le marché intérieur et a atténué le déficit d’offre de femelles.
Le recul de la consommation s’est accentué à
partir de l’été, en France comme chez nos voisins, et a pesé sur des cours jusque-là soutenus par le manque de disponibilités. Au total
sur l’année, la consommation française de
viande bovine a reculé de 3 %. ■
■■■
LE CHIFFRE
-8 à -14 %
D’ici à 2016, les exportations de broutards
français vers l’Italie pourraient baisser de
8 à 14 % par rapport à 2012, soit entre
700 000 et 750 000 animaux exportés. Avec
la crise économique, la baisse de la
consommation, l’austérité des politiques
publiques, la réforme de la Pac, « c’est tout
l’édifice de la filière bovine francoitalienne qui vacille », commente l’Institut
de l’élevage, dans une étude qu’il vient de
publier, “Quel avenir pour l’engraissement
en Italie ?”.
GÉNOMIQUE. Les acteurs de la filière
viande « majoritairement
favorables » à la prise en compte de
critères de qualité de la viande dans
les objectifs de sélection
C
hat échaudé craignant l’eau
froide, les opérateurs de la filière
sont partagés, remarquent les auteurs de l’étude publiée dans l’édition d’octobre de la revue Viandes
et produits carnés. Le secteur des
abattoirs, en effet, « estime que la
sélection ne les a pas toujours servis ». À ces réticences près, les
opérateurs accordent un rôle «relativement important » à la sélection. L’utilisation de techniques
génomiques « ne semble pas poser de problème aux opérateurs»,
d’autant moins que la sélection
génomique pourrait permettre de
sélectionner rapidement les reproducteurs sur la base de marqueurs génétiques liés à la qualité
de la viande, tout en limitant les
protocoles de mesure des phénotypes sur l’ensemble des descendances, comme c’est le cas actuellement.
Reste à définir la “qualité”. La
chose n’est pas simple, car, d’une
part, « la viande n’est pas un produit standardisé » et car, d’autre
part, « chaque client a ses spécificités » en fonction de ses propres
marchés. Il n’en reste pas moins
que la qualité est d’abord la qualité bouchère : catégorie de l’animal
(âge, sexe, race), poids, conformation, engraissement. Vient ensuite la tendreté, «de loin le critère le
plus cité» et dont «l’amélioration
pourrait sûrement faire l’objet
d’une valorisation économique »,
souligne l’étude. Mais c’est aussi
un critère « difficilement mesurable». Juste après: le rendement
viande et, dans une moindre mesure d’autres critères tels que la
couleur de la viande, la qualité sanitaire, le grain de viande, le goût,
la présence de gras, la régularité et
l’homogénéité de l’approvisionnement.
Resterait, quoi qu’il en soit, à mettre en place cette sélection. Or la
quasi-totalité des opérateurs soulignent que l’insémination animale (IA) est peu utilisée dans les élevages allaitants et que « la diffusion du progrès génétique sera
lente et difficile». Nombre d’entre
eux alertent aussi sur le fait que
« les index de synthèse sont peu
utilisés par les éleveurs, car souvent mal compris ». ■
■■■
EN BREF DES LABOS
TAUREAUX.
❙ L’Institut de l’élevage a
mis en service sur son
site internet (www.idele.fr), début novembre,
une nouvelle interface
«moderne, conviviale et
riche d’informations»
pour la consultation des
index des taureaux.
de viande amorcé en
2011, s’est accentué en
2012, entraînant le relèvement spectaculaire
des cours de la viande
et, dans leur sillage,
ceux du maigre. Les
principales charges opérationnelles poursuivent
une hausse importante:
aliments et engrais de
15 à 20% et près de
RÉSEAUX.
❙ L’Institut de l’élevage a 10% pour l’ensemble
publié, début décembre, des charges opérationnelles.
les données économiques 2012 de cas types
bovins viande, pour la
GÉNÉTIQUE.
zone charolaise. 2012, ❙ Près d’un million de
en substance: nouvelle veaux – près d’un sur
poussée des charges,
quatre – naissent encore
redressement historique de 83000 pères sans
des cours de la viande
références génétiques
finie et du maigre. Le
connues. C’est l’un des
déséquilibre mondial
enseignements de l’exentre offre et demande ploitation des bases de
données d’identification
(BDNI) et génétiques
(SIG), réalisée par l’Institut de l’élevage. A
contrario, donc, 72%
des veaux sont directement issus de 123000
pères contrôlés. «L’impact des 12000 élevages qui adhèrent au
contrôle de performances et autour desquels s’organisent les
programmes de sélection est donc très fort»,
commente l’Institut.
Élevage bovin viande : performance
environnementale et efficacité
économique vont de pair
L’Institut de l’élevage, dans une étude rendue publique en
octobre dernier, a calculé l’empreinte environnementale de
234 exploitations (gaz à effet de serre, potentiel d’eutrophisation et contribution à la biodiversité).
Conclusion de l’étude : pas de différence « notable » entre
les systèmes de productions, mais « une forte variabilité
entre exploitations d’une même famille de systèmes ». Les
principaux leviers pour maîtriser et réduire leur empreinte
environnementale vont dans le sens de l’amélioration des
performances technico-économiques des ateliers : améliorer la productivité, favoriser l’autonomie fourragère, maîtriser l’alimentation des animaux et optimiser la valorisation
des effluents d’élevage. L’étude a ainsi montré que « 43 %
des exploitations de l’échantillon sont efficientes sur le plan
environnemental ». Ces élevages sont performants sur le
plan technique et recourent peu aux intrants, tout en ayant
les plus faibles coûts de production. Dans les situations
moins performantes, les principales marges de progrès
sont à rechercher au niveau de la gestion du troupeau
(optimisation de la reproduction, réforme des animaux
improductifs, bonnes conditions sanitaires), de la maîtrise
des intrants (troupeau et surfaces fourragères), de la valorisation optimale des prairies et du maintien des haies.
L’étude “Concilier production et environnement en systèmes
bovins allaitants”, est disponible sur www.idele.fr
Avis des
organisations de
producteurs (OP),
des abattoirs et
des distributeurs
sur l’intégration
des critères de
qualité dans les
objectifs de
sélection des races
allaitantes.
Centre d’information des viandes
Pour seize des vingt-deux
personnes interrogées par
l’Institut de l’élevage, « un
animal ou une viande de
qualité répond avant tout
aux attentes du client ».
sciences
Gènes Diffusion
L’un des freins
à la mise en
place de la
sélection
génomique : le
faible recours
à l’insémination animale
(IA) dans les
élevages de
bovins
allaitants.
[photo Ucatrc]
alliances › n° 53 › mars 2014 › 11
sanitaire
■■■
EN BREF
ministère de l’Agriculture
ANTIBIOTIQUES.
❙ « Toutes espèces animales confondues,
l’exposition globale,
en 2012, a diminué
de 6,1 % par rapport
à 2011 », note un
rapport de l’Anses,
rendu public fin novembre. La diminution est sensible dans
les filières qui ont
engagé des actions
volontaires (-10 %
pour les porcs, -6 %
ments d’origine
infectieuse. Selon le
GDS Rhône-Alpes,
dans six à huit cas
sur dix, l’origine
d’un avortement
reste inconnue.
Lorsqu’elle est déterminée, la cause
est d’origine infectieuse dans 90%
des cas et fait suite,
le plus souvent, à
l’achat d’un animal
porteur. Pour le GDS,
un avortement est
«toujours à prendre
au sérieux». Détails
sur www.frgdsra.fr.
SÉLÉNIUM.
❙ La complémentation en fin de gestation est «particulièpour les volailles). En rement importante»
revanche, la situation pour les vêlages
est « préoccupante » d’hiver, rappelle
en élevage bovin, en l’Institut de l’élevaparticulier pour les
ge, dans une note
antibiotiques dits “cri- publiée en novemtiques” – céphalospo- bre. Associée à des
rines de 3e et 4e géné- apports d’iode, la
rations et fluoroqui- complémentation en
nolones –, dont l’ex- sélénium réduit le
position a progressé, risque de veaux peu
respectivement, de
vigoureux à la nais36 % et 13 %, au
sance. Des cures de
cours des cinq dercinq à huit semaines
nières années.
avant le vêlage,
››› détails sur www.
sous forme de sewww.anses.fr
moulette, sont d’un
bon rapport qualitéAVORTEMENTS.
prix. Les bolus sont
❙ Les mesures d’hy- efficaces et pratigiène et de “bioséques, mais plus
curité” sont à la
coûteux. Détails sur
base de la prévenwww.idele.fr.
tion des avorteLOI D’AVENIR. Les vétérinaires
obtiennent gain de cause
Les ministres de la Santé et de
l’Agriculture ont finalement cédé
à la demande des vétérinaires,
en supprimant un article
de l’avant-projet de la loi
d’avenir agricole leur interdisant
de délivrer les antibiotiques
qu’ils prescrivent. Seront
toutefois interdits les remises,
rabais ou ristournes ainsi que la
remise d’unités gratuites lors de
la vente de médicaments
antibiotiques aux éleveurs. ■
12
OMPHALITES. Gérer la cicatrisation, forger
l’immunité du nouveau-né, prêter
attention à l’évolution des litières : trois
mesures pour prévenir le “gros nombril”
Vérité d’évidence : l’ombilic
est une plaie et donc une
porte d’entrée béante pour
toutes sortes de germes.
L’omphalite (inflammation
du nombril) et l’omphalophlébite (inflammation de la
veine ombilicale), sont des
maladies liées à l’environnement. Les germes responsables sont à la fois nombreux, peu spécifiques et
présents de manière banale
dans l’environnement.
1.
❙ Dr Jean-Jacques Rivat
Jonathan Boichut
Covido-Bovicoop
Plus la cicatrisation de l’ombilic est rapide, plus le risque
de contamination est faible. Un
veau dont la naissance s’est bien
déroulée et dont les tissus sont
bien oxygénés prend un départ
plus favorable. De même, l’absence de carence en iode et en sélénium est d’un bon pronostic.
La contamination de l’ombilic
peut intervenir dès les premières
heures de vie, voire durant la naissance. Le respect d’une hygiène
stricte, le port de gants durant le
vêlage et lors de la manipulation
du veau dans les premières minutes de vie sont primordiaux. Le
cordon est constitué de gros vaisseaux (artères et veines omphaliques) qu’il faut débarrasser des
éventuels caillots sanguins rési-
Litières :
pas plus de 40 °C
Une étude de l’institut de l’élevage, réalisée en 2004, a montré que le développement des
germes pouvant être à l’origine
des omphalites est accéléré à
des températures comprises
entre 35 °C et 45 °C. On peut
alors admettre, comme température maximale de la litière, le
plafond de 40 °C à 10 cm de
profondeur (soit environ 30 °C
Nombre d’éleveurs sont confrontés aux infections du nombril du jeune veau, des
pathologies le plus souvent récurrentes. Leur origine étant multifactorielle, il n’y a pas de
réponse unique et le diagnostic nécessite une approche globale de l’élevage.
duels. Pour la désinfection, éviter
d’utiliser des produits trop agressifs qui peuvent se révéler plus néfastes qu’utiles. À noter que l’utilisation de Lotagen dilué cumule
activité antiseptique et effet hémostatique, qui peuvent être intéressants.
2.
Le veau, qui naît sans défenses immunitaires, doit absorber des anticorps lors des premières tétées de colostrum. Le
colostrum doit être suffisamment
riche en anticorps et dépend des
capacités immunitaires de la mère. Celles-ci dépendent de la ration alimentaire (déséquilibrée ou
carencée en énergie, vitamines,
oligoéléments), du bon fonctionnement hépatique (présence ou
non de grande douve), d’un parasitisme mal maîtrisé qui aboutit à
une baisse de la réponse immunitaire.
Un dosage des anticorps dans le
lait ou l’utilisation d’un pèse-coen surface). L’étude a aussi
montré que la température de la
litière est très significativement
supérieure pour un paillage
quotidien supérieur à 1,2 kg/m²
(avec un chargement de 7 m²
d’air paillée utile par vache laitière) : un paillage trop important
entraîne donc une élévation
anormale de la température de
la litière et donc une forte
concentration de germes pouvant causer une infection du
nombril.
lostrum permet de déterminer la
qualité immunitaire du troupeau:
un taux d’immunoglobulines
(IgG) supérieur à 50 g/litre est
considéré comme satisfaisant.
Ces prises de colostrum doivent
être suffisantes en quantité (au total, pour un veau, 4 litres en plusieurs fois). Elles doivent intervenir le plus tôt possible après la
naissance (dans les douze premières heures de la vie). Ce transfert
colostral peut être vérifié par dosage sanguin entre trois et cinq
jours (le seuil minimum d’IgG
dans le sérum du veau est de
10 g/l).
3.
La maîtrise de l’environnement a une incidence directe sur
la morbidité. Parmi les mesures
d’hygiène “classiques”, mais
néanmoins importantes : isolement dans une case de vêlage, nettoyage et désinfection pour l’accès
au bâtiment, nettoyage complet
suivi d’une désinfection et d’un vide sanitaire en période estivale. La
maîtrise de la concentration microbienne des litières par l’analyse de sa température est un élément moins connu des éleveurs
allaitants, mais tout aussi important (lire l’encadré).
Pour une bonne maîtrise de la
contamination du milieu il est utile d’optimiser les apports quotidiens de paille mais également de
rechercher la durée maximale
d’accumulation entre 2 curages
(notons que la quantité de paille
apportée après curage est également liée à l’élévation de la température des litières). ■
technique
RAMASSE. « Le point noir », pour Alain
Roche : les abords de ferme non
stabilisés
❙ Éric Devernois
Covido-Bovicoop
Problèmes persistants. « Le
point noir, pour nous, ce sont les
abords de ferme. Nos camions
sont chaussés en pneus route et
ils n’ont aucune adhérence sur des
sols mous. Il est impératif d’empierrer les zones de chargement
pour qu’on puisse y accéder quelles que soient les conditions météo. De même, chaque année on
laisse plusieurs spoolers dans les cours de
ferme sur des ornières
en terre qui, avec le gel,
deviennent dures comme du béton. Un spooler coûte 2 000 €. »
■
Déroulement des
opérations de chargement. « Globale-
■
ment, elles s’améliorent. On s’agace encore qu’il faille, chez certains
éleveurs, mettre une palette ou un
tracteur pour remplacer cette barrière qui n’a jamais été installée.
Ça énerve dans le sens ou l’investissement ne dépasse pas quelques centaines d’euros. Il faut également éviter de charger les animaux directement depuis la case
où ils ont été élevés. Les déplacer
dans une case ou ils n’ont pas de
repère facilite grandement le
chargement. »
Chargement de nuit. « Ce qui
est important la nuit, c’est la luminosité du bâtiment et des accès, en évitant les phares halogènes qui éblouissent. Lorsque les
animaux à charger sont répartis
dans plusieurs lots, il est important que l’éleveur les marque la
veille avec une bombe pour faciliter le tri. C’est également vrai pour
les chargements de jour. »
■
Chargement par le chauffeur
seul. « Certains éleveurs envisa-
■
gent de mettre en place une zone
de chargement avec un parc d’attente, pour que le chauffeur charge seul. Je suis contre cette idée,
car le chargement reste un moment à risques, et qui
peut intervenir si le
chauffeur à un problème ? Aujourd’hui, nous
donnons des heures de
ramassage
précises
avec l’obligation pour le
chauffeur de prévenir
l’éleveur s’il a pris du
retard, cela me semble
concevable d’avoir quelqu’un de
l’exploitation au moment du chargement, éventuellement une personne retraitée qui peut prévenir
quelqu’un en cas de problème. »
■ L’avenir. «Je pense que nous allons privilégier les camions étages
plus pratiques et plus sécurisants.
Cela signifie une hauteur de
4,50 m environ. D’où, peut-être,
quelques branches à couper et faire attention aux auvents dans la
zone d’accès. » ■
L’aire de chargement en cinq points
1. Terrains plats et empierrés.
2. Circuits où les marches arrière sont limitées pour une mise en place facile lors des
chargements nocturnes.
3. Espacement minimal de 2,50 m entre les poteaux, afin que le chauffeur puisse voir les
poteaux dans ses rétroviseurs. Installer une barrière courte pour ajuster la largeur du
couloir au pont du camion (croquis ci-dessous).
4. Barrières pleines pour éviter les ombres générées par les tubes et faciliter le chargement.
Prévoir un passage d’homme facile à ouvrir et placé plutôt
passage d’homme
côté gauche, afin d’accéder directement aux commandes
hydrauliques du camion et au poste de pilotage.
5. Placer l’éclairage vers le camion pour
barrière
éviter d’éblouir l’animal. Éviter les
courte
phares halogènes (éblouissants).
BVD.
L’intérêt
des
sentinelles
Le principe des
sentinelles BVD est de
contrôler des animaux
qui peuvent être le
témoin d’un passage
viral. Des prises de sang
sont alors réalisées pour
une recherche en
sérologie (recherche
d’anticorps contre le
virus BVD): une
sérologie positive
montre que l’animal a
développé une réaction
immunitaire suite à un
contact avec ce virus.
Si une majorité d’animaux sentinelles présente une sérologie positive, c’est qu’il y a eu circulation virale au sein du
troupeau. Idéalement, les
sentinelles doivent être
des animaux en contact
avec le reste du troupeau; ils doivent faire
partie des jeunes générations (autour de 10 -15
mois), et ils doivent être
au nombre de 8 à 10.
La conduite à tenir, suite
à la réalisation des
sentinelles, est fonction
des résultats, les
performances de
l’élevage et les facteurs
de risques devant être
pris en compte.
En élevage laitier, il est
possible de réaliser des
sérologies sur lait de
tank. Le résultat permet
d’évaluer le taux de
vaches laitières séropositives. La surveillance
de la circulation virale
repose sur la répétition
de ces analyses, l’idéal
étant un espacement de
trois mois.
■ Strongyloïdose
et coccidiose.
Strongyloides papillosus est un parasite du jeune veau dont l’incidence et
l’importance sont largement sous-estimées. Transmis par voie colostrale ou
à travers la peau, il est responsable de
troubles digestifs dans les premiers
jours de vie, pouvant être confondus avec des diarrhées dues à des
virus, bactéries ou
cryptosporidium. Il
peut être mis en évidence par examen
coproscopique.
La strongyloïdose est un facteur de
risque favorisant la coccidiose, en
déviant la réponse immunitaire. L’expression clinique de la coccidiose
serait réduite chez les veaux traités
contre la strongyloïdose: un traitement
précoce contre ce parasite vers l’âge
de 2 à 3 semaines (à l’aide de lactones
macrocycliques type ivermectine) permettrait de mieux contrôler la coccidiose.
À noter que l’hygiène des bâtiments
est déterminante dans la prévention de
ces deux maladies.
ENV Lyon
La ramasse en cinq
questions à Alain Roche,
chauffeur et responsable du
transport à CovidoBovicoop.
■■■
SUR VOTRE CARNET D’ÉLEVAGE
■ Oxyclozanide
et Nutramilk. Afin
de lutter contre le paramphistome,
l’oxyclozanide est largement utilisé
après mise en évidence du parasite
lors d’analyses de bouses. Des effets
secondaires sont régulièrement
constatés suite à ce traitement avec
notamment une forte diarrhée pouvant
durer de 24 à 72 heures, qui est due à
l’aggression du tube digestif (épithélium irrité, flore intestinale désorganisée) et des cellules hépatiques (le foie
étant un organe filtre).
Afin de limiter ces effets le laboratoire
Nutral propose Nutramilk, un draineur
hépatique performant présenté sous
forme de granulés, à utiliser 48 h après
un traitement avec l’oxyclozanide.
Nutramilk renforce également la flore
intestinale grâce, notamment, à l’apport de ferments lactiques et de levure
de bière, et aide à diminuer l’inflammation de la muqueuse intestinale grâce à
l’apport de cuivre.
Une cure de 6 jours de Nutramilk permet, pour un coût très raisonnable,
d’aider le bovin à mieux tolérer son traitement.
❙ Dr Nathalie Bonnefin
Covido-Bovicoop
❙ Dr Nathalie Bonnefin
Covido-Bovicoop
barrières pleines
alliances › n° 53 › mars 2014 › 13
technique
■■■
EN BREF
VIANDE VIVE.
❙ Comme les quintaux de blé ou les
litres de lait, la production brute de
viande vive est une
unité synthétique
pour évaluer la productivité des ateliers
de bovins viande.
«Cependant, la calculer nécessite une
excellente connaissance du troupeau
et une certaine
expertise»,
tant sa conformité.
S’il est négatif, le
propriétaire dispose
de quatre mois,
après la remise du
rapport, pour corriger la ou les
défaillances et passer une contre-visite. ››› détails sur
www.arvalis-info.fr.
Johnn-Deere
GESTATION.
❙ En fin de
gestation, les
apports minéraux,
protéiques,
énergétiques ont
des conséquences
directes sur les
performances des
veaux à naître,
rappelle Laurence
Sagot, de l’Institut
de l’élevage. Les
besoins
remarque l’Institut
alimentaires de la
de l’élevage, qui
fournit une méthode vache sont majorés,
de calcul «simple», alors que sa
capacité d’ingestion
à partir de références locales, dans diminue. Une sousalimentation
une publication,
parue en novembre énergétique ou
azotée a des
dernier, et intitulée
conséquences
“Production brute
directes sur le poids
de viande vive:
des nouveaux nés à
comment la calcula naissance et
ler, comment se
pénalise dans tous
situer, comment
l’améliorer”. Publi- les cas le résultat
cation disponible sur économique. La
mère puisse sur ses
www.idele.fr.
réserves
PULVÉRISATEUR. énergétiques,
Tous les pulvérisaentraînant un
teurs à rampe de
mauvais
plus de 3 mètres
développement
doivent être contrô- musculaire du
lés par un organisfœtus. Le taux de
me agréé, un
mortalité des jeunes
contrôle à renouve- à la naissance et le
ler tous les cinq ans. démarrage en
Si le contrôle est
lactation des mères
positif, une vignette est alors fortement
est apposée sur le
pénalisé. Détails sur
pulvérisateur, attes- www.idele.fr
14
MISE À L’ENGRAISSEMENT. À Ter’élevage, la
préparation sanitaire, avec vaccination
anticipée des broutards, rime avec
résultats techniques améliorés et
économie de la filière
En 2013, 2 600 broutards
Max (nom donné à ces
broutards vaccinés chez le
naisseur), ont été mis en
place chez les engraisseurs
de l’union de coopératives
Ter’élevage, basée à
Ancenis, en LoireAtlantique.
D
❙ Jonathan Boichut
Covido-Bovicoop
’un côté, une importante collecte de broutards chez ses naisseurs (40 000 broutards environ) ; de l’autre, la remise en place de ces broutards dans les ateliers d’engraissement spécialisé
de ses propres adhérents : très tôt,
l’union de coopératives Ter’Élevage a été amenée à s’interroger sur
la préparation sanitaire des animaux maigres, pour optimiser les
résultats techniques des jeunes
bovins.
En 2008, les pathologies respiratoires sont alors le principal problème sanitaire rencontré en engraissement. À l’occasion d’un essai, les techniciens de Ter’Élevage
font trois observations importantes : 1. les broutards vaccinés chez
le naisseur (par comparaison avec
les broutards vaccinés chez l’engraisseur) ont un taux de morbidité moindre (ils tombent moins
souvent malades) ; 2. les animaux
qui ont des pathologies ont un
taux de rechute moins important ;
3. les croissances de ces animaux
« Nous sommes convaincus que cette vaccination en amont a un intérêt majeur, depuis le
naisseur jusqu’à l’engraisseur. De plus, cette démarque s’inscrit dans une démarche
nationale de réduction de l’utilisation d’antibiotiques. » [François Bonneau, responsable du
service “maigre” de Ter’Élevage, deuxième à partir de la gauche]
sont supérieures. L’intérêt de ces
observations est double : valoriser
le travail du naisseur et améliorer
les résultats en engraissement.
Une plus-value de 25 € par
animal pour le naisseur, prise
en charge par l’engraisseur
De 2008 à 2010, la demande des
engraisseurs en broutards “Max”
(nom donné à ces broutards vaccinés chez le naisseur) augmente
progressivement. Il faut alors organiser la production de ces animaux chez les naisseurs. Selon
François Bonneau, responsable
du service maigre de Ter’Elevage,
« il faut un minimum de volume
dans ces animaux-là, afin de pouvoir réaliser un travail de tri correct à la mise en place ». En 2013,
2 600 broutards Max ont été mis
en place. « Le naisseur reçoit une
plus-value de 25 € à l’achat de
l’animal et cette dernière est entièrement prise en charge par
l’engraisseur », souligne François
Broutards Max : + 80 g de GMQ
moyenne
écart-type
médiane
minimum
maximum
TÉMOINS
POIDS D’ENTRÉE
331
52,9
338
182
495
GMQ
1,50
0,199
1,5
0,54
2,14
BROUTARDS MAX
POIDS D’ENTRÉE
337
51,7
338,5
232
510
GMQ
1,58
0,217
1,58
1,08
2,21
Cet essai a été réalisé en 2009-2010, avec un effectif de 121 broutards Max et un effectif témoin de 934 animaux [source : Cécile Guillon, Ter’élevage]
Bonneau. L’engraisseur reçoit des
animaux avec une primo-vaccination complète – donc véritablement protégés – et il bénéficie
d’un mois de “garantie mortalité”,
c’est-à-dire la même garantie que
celle que le groupement applique
lorsque les broutards reçoivent un
antibiotique longue action.
Aujourd’hui, les naisseurs qui
s’engagent dans cette démarche
ont le choix entre la “formule
cheptel” (pour ceux qui vaccinent
les mâles et les femelles jeunes)
ou la “formule broutard” (qui
consiste à administrer une injection vingt et un jours avant le départ, la seconde se faisant au
centre d’allotement).
Le groupement est le garant de la
traçabilité et de la certification des
animaux : en pratique, le technicien qualifie l’élevage en amont et
laisse un document d’accompagnement qui, avec la facture des
vaccins, devra suivre les animaux
lors de leur collecte. Des sérologies de dosage d’anticorps sont
réalisées de manière aléatoire lors
du passage au centre de tri. L’enjeu à venir est vraiment de fluidifier la chaîne d’information afin
que la contrainte administrative
ne soit pas un frein pour le naisseur : « Nous sommes convaincus
que cette vaccination en amont a
un intérêt majeur, depuis le naisseur jusqu’à l’engraisseur. De
plus, cette démarque s’inscrit
dans une démarche nationale de
réduction de l’utilisation d’antibiotiques. » ■
technique
FERTILISATION. Le fumier : des atouts
agronomiques à (re)découvrir
❙ Charles Duvignaud
Covido-Bovicoop
■ La valeur fertilisante des fu-
miers dépend de nombreux paramètres, parmi lesquels l’alimentation des animaux, leur mode de
logement et la densité animale
dans le bâtiment ; la quantité de
paille et la fréquence du paillage ;
la durée et le mode de stockage,
etc. Une alimentation à base d’ensilage d’herbe, par exemple, engendre un fumier riche en paille,
car la litière a tendance à se salir
plus vite qu’avec une alimentation
basée sur un fourrage sec. Cette
variabilité importante implique
de réaliser des analyses. Des résultats d’expérimentations ont cependant montré que les engrais
de ferme, quelle que soit leur valeur fertilisante, suffisent pour
couvrir les besoins des prairies en
phosphore et en potassium. L’analyse revêt toutefois un intérêt
puisqu’elle permet d’ajuster les
quantités et, ainsi, d’optimiser
l’utilisation des engrais produits,
dans le but de couvrir à la fois les
EN BREF
JCB
Longtemps considéré comme un déchet, le fumier a
gagné une vraie valeur marchande avec la hausse du
prix des engrais minéraux,
au cours des dix dernières
années. Par-delà ses
impacts positifs sur les propriétés physiques, biologiques et chimiques des
sols, le fumier permet aussi
des économies importantes
sur les achats d’engrais
minéraux.
■■■
La production de fumier doit être prise en compte lors de la construction d’un bâtiment
d’élevage ou dans le cadre d’une réflexion sur la finition de bovins sur son exploitation.
besoins de la parcelle et le maximum de surface par an. Les besoins en azote doivent faire l’objet
d’un apport d’engrais chimique
afin d’être totalement couverts, les
engrais de ferme ne permettant
pas, même à forte dose, de les satisfaire totalement.
■ Conséquences agronomiques. À la différence des engrais
minéraux, qui se limitent à satisfaire les besoins chimiques, les fumiers et composts ont aussi un effet bénéfique sur les propriétés
physiques du sol : la matière organique joue un rôle important dans
la structure des sols et son fonctionnement. Des sols riches en
matières organiques sont plus
perméables, favorisant l’enracinement des cultures. L’absorption
des nutriments présents dans le
sol est alors améliorée, entraînant
une meilleure productivité de la
parcelle. De plus, le fumier, grâce
au calcium et à la magnésie qu’il
contient, a un impact positif sur
l’acidité des sols en limitant la
dites voir…
Charles Duvignaud, technicien-conseil, Covido-Bovicoop :
« Grâce à ses atouts agronomiques, le fumier est également
prisé par les agriculteurs céréaliers dont les sols
sont souvent pauvres en matière organique. Dans
ce cas, le fumier possède une valeur marchande,
souvent valorisée dans le cadre d’un change paillefumier. L’équivalence paille-fumier est
généralement calculée à travers la quantité
d’humus. En partant de l’hypothèse que, pour un
agriculteur, l’apport d’humus sur une parcelle est aussi
important, sur le plan agronomique, que l’apport d’éléments
fertilisants, on peut estimer que l’équivalence paille-fumier est
de 1,5 tonne de fumier redonné par tonne de paille
ramassée. »
TECHNIQUE.
❙ Parage, vêlage,
écornage: un DVD,
réalisé par l’Institut
de l’élevage, présente les meilleures
techniques pour
réaliser trois des
interventions-clés
pour la santé du
troupeau. À chaque
séquence, vétérinaires et formateurs
apportent des explications illustrées
par des gestes pra-
Teneur indicative en éléments
fertilisants des effluents bovins
(en unités par tonne).
N P2O5 K2O
fumier
5,5 2,6 7,2
lisier
4 2
5
fumier très compact1 6 2,3 9,5
fumier compact2
5 2,2 8
fumier mou3
4,5 2
6
lisier de veaux
2,9 1,4 2,7
compost4
8 5 14
1. litière accumulée. 2. étable entravée,
pentes paillées, logettes paillées. 3. pentes paillées, logettes peu paillées.
4. compost de fumier de bovin, litière
accumulée.
[source Institut de l’élevage & Corpen]
baisse du pH. Autre conséquence
positive : la libération d‘azote par
les fumiers étant plus progressive
qu’avec des engrais chimiques,
l’apport d’engrais de ferme sur des
prairies favorise une hausse de la
proportion de légumineuses.
■ Fumier ou compost ? Le
compost réduit le volume et le
poids des effluents à épandre,
d’où une meilleure concentration
en éléments fertilisant et donc une
diminution de carburant et un
gain de temps lors de l’épandage.
C’est aussi un produit plus sain,
l’échauffement des tas permettant
d’éliminer un grand nombre d’adventices et de germes pathogènes.
Autre avantage : le compost ne
présentant pas d’odeur, il est possible d’en épandre jusqu’à 10 m
des habitations, contre 100 m
pour un fumier. Enfin, l’effet sur
la flore est plus marquant avec un
fumier composté grâce à une
meilleure diffusion de l’azote dans
le temps. ■
tiques. Des témoignages d’éleveurs
viennent approfondir l’ensemble.
www.idele.fr.
LABOS.
❙ Le laboratoire
vétérinaire Sogeval,
filiale de Sofiprotéol
(filière oléo-protéagineuse française),
vient de rejoindre le
laboratoire Ceva
Santé Animale, au
terme d’une négociation exclusive.
Dans un communiqué, daté du
20 décembre dernier, les deux partenaires affichent
l’ambition de
«constituer l’un des
leaders mondiaux
de la pharmacie
vétérinaire» (antibiotiques, vaccins,
produits de maîtrise
de la reproduction).
INTERNET.
❙ Deux exploitations
agricoles sur trois
(64%) utilisent l’internet pour leurs
besoins professionnels (RGA 2010). Un
chiffre qui, trois ans
plus tard, devrait se
situer autour de
70%. Une enquête
BVA, réalisée en
2013, révèle toutefois qu’un agriculteur sur deux, seulement, dispose
d’une connexion
dont le débit est
supérieur à
1Mbit/s.
RÉSEAUX D’ÉLEVAGE.
❙ L’Institut de l’élevage a publié, début
décembre 2013, les données économiques
2012 de cas types bovins viande, pour la zone
charolaise. Parmi les événements notables en
2012 : une nouvelle poussée des charges et un
redressement historique des cours de la viande finie et du maigre. Le déséquilibre mondial
entre offre et demande de viande amorcé en
2011, s’est accentué en 2012, entraînant le
relèvement spectaculaire des cours sur le marché de la viande finie et dans leur sillage, ceux
de la viande maigre. Concernant l’évolution
des charges, les principales charges opérationnelles poursuivent une hausse importante :
aliments et engrais de 15 à 20 % et près de
10 % pour l’ensemble des charges opérationnelles.
››› Étude complète sur www.alliances.coop
alliances › n° 53 › mars 2014 › 15
économie
■■■
EN BREF
INTERNET.
❙ «Pratiquement
70% des exploitations agricoles sont
connectées à internet en 2013 et
deux-tiers des chefs
d’exploitation agricole déclarent l’utiliser pour leurs
besoins professionnels», révèle Vivéa,
dans une étude
publiée fin janvier.
50% de ces agriculteurs se connectent
plusieurs fois
par jour. Ils
consultent
le plus
souvent:
leurs e-mails, la
météo, les services
bancaires, les cours
et les marchés, les
données de leur
exploitation, les
actualités agricoles,
les informations
techniques et les
petites annonces.
CERTIPHYTO.
❙ “Opérateur” ou
“décideur”, Les certificats individuels
pour les produits
phytopharmaceutiques, appelés Certiphyto, seront obligatoires à partir du
1er octobre prochain, pour pouvoir
utiliser des produits
phytosanitaires. Les
certiphyto sont validés, soit par une formation seule, soit
par un test seul, soit
par une formation
suivi d’un test. Ils
sont dispensés par
des organismes de
formation agréés
par la Draaf.
AVORTEMENTS.
❙ Visite sanitaire
bovine: le ministère
de l’Agriculture
centre la campagne
16
2014 sur les avortements, car «seul un
éleveur sur quatre
les déclare», souligne le ministère,
dans une note de
service parue fin
janvier. Cette thématique est reprise
dans un questionnaire “éleveur” qui
s’adresse à tous les
éleveurs concernés
par la visite sanitaire
bovine en 2014.
ÉQUARRISSAGE.
❙ Nouvelle carte des
prestataires depuis
le 1er janvier 2014:
– départements
ayant basculé en
totalité au profit de
Monnard: la Loire
(jusqu’à présent
cotraitance Monnard & Atemax) et la
Saône-et-Loire (jusqu’à présent cotraitance Monnard &
Siffda);
– département
ayant basculé en
totalité au profit
d’Atemax: la HauteLoire (jusqu’à présent cotraitance
Siffda et Atemax).
JB.
❙ 109 € par place
en ration sèche;
152 €, en ration
enrubannage: la
ferme
expérimentale des
Bordes (Indre) livre
les résultats de
tests
d’engraissement
sur jeunes bovins
charolais. Trois
rations ont été
comparées: un lot
témoin en ration
sèche, un lot nourri
à l’enrubannage
puis en ration sèche
à partir de 540 kg,
et un lot nourri à
l’enrubannage
jusqu’à l’abattage.
Détails sur Webagri.fr
LITIÈRES. Intéressante sur le plan technique,
intéressante sur le plan économique : la
dolomie fait bien plus que remplacer la paille
La dolomie n’est pas
seulement une litière ; elle
doit être valorisée par
l’épandage. Les
enseignements d’une
expérimentation menée
chez Marc Andriot, éleveur
à Monthelon, en Saône-etLoire.
❙ Pierre-Antoine Comte
Charolais Horizon
Comment l’utilise-t-on? Trois
méthodes ont été comparées chez
Marc Andriot, dans trois cases de
15 à 18 vaches chacune. Une case
témoin a été paillée de façon classique, durant 60 jours :
– la case 1 a été curée, puis recouverte de dolomie uniquement ;
– la case 2 a reçu alternativement
de la paille et de la dolomie ;
– la case 3 a reçu de la dolomie
(environ 12 cm d’épaisseur)
sans avoir été curée (sur litière
paillée existante).
Au final, la case 3 s’est révélée la
plus intéressante, à la fois sur le
plan technique (animaux très propres et peu stressés) et sur le plan
économique (aucun paillage durant ces 60 jours). La case 1 ne
présentait pas un niveau de propreté satisfaisant et la case 2 était
intermédiaire entre la 1 et la 3.
■ Litière ou amendement? En
tant que litière, la dolomie semble
être une bonne alternative à la
paille, mais ne permet pas de réa■
liser une économie intéressante,
puisque le coût par vache est équivalent à l’utilisation de la paille
(80 €/t de paille et 46 €/t de dolomie), hormis lors de période de
pénurie de paille et de flambée des
cours comme en 2011 ! La dolomie, à la différence de la paille, ne
subit pas de fluctuations des
cours.
En revanche, le fumier récupéré
est un produit enrichi: en plus des
éléments N, P, K contenus dans le
fumier classique, la dolomie, à la
façon de la chaux, apporte du car-
Massivement
utilisée dans les
élevages horssol (volaille,
porc) et dans
les élevages
caprins et
ovins, la
dolomie est
désormais de
plus en plus
utilisée dans les
élevages
bovins.
bonate. D’après des analyses réalisées en laboratoire, la dolomie
contient 53 % de valeurs neutralisantes d’origine magnésienne et
calcique. Ce qui signifie que
l’épandage du fumier permet aussi de relever et maintenir le pH
des prairies à moindre coût.
Sur le plan économique, nous
avons estimé qu’un carbonate de
chaux à 54 % de valeur neutralisante (VN) et à 70 €/t revient à
0,13 € par point de VN. La dolomie, elle, revient à 0,03 € par
point de VN ! ■
LA DOLOMIE
Produit sédimentaire calco-magnésien issu des carrières du Poitou,
la dolomie se présente sous forme de sable très fin mais peu poussiéreux. Utilisée d’abord comme amendement, elle peut être aussi
utilisée comme litière, en raison de son fort pouvoir d’absorption des
jus et de sa capacité à assécher les litières. Le produit peut ainsi
avoir une double utilisation : litière et amendement. Le produit
contient environ 30 % de calcium à l’état de carbonate (CaO) et
20 % de magnésium (MgO) à l’état de carbonate également.
LITIÈRES. Paille : sept solutions pour limiter les achats
❙ Charles Duvignaud
1. Le type de bâtiment et son
aménagement. Très répandues
dans certaines zones d’élevage, les
stabulations sur aire paillée intégrale consomment logiquement le
plus de paille (8 à 12 kg par couple
mère-veau et par jour). Deux alternatives : les stabulations avec
aire raclée permettent une économie de paille de l’ordre de 30 %
par couple et les stabulations avec
logettes. Si celles-ci sont équipées
de tapis, seules les cases destinées
au logement des veaux nécessitent
de la paille. Dans tous les cas, un
Covido-Bovicoop
bâtiment bien ventilé permet de
tenir les litières plus propres.
2. L’aménagement du bâtiment : regrouper les points d’alimentation et d’abreuvement,
pour limiter les zones souillées et
les déplacements d’animaux dans
les cases. Choisir des abreuvoirs
anti-lapage.
3. Respecter les équilibres azotés des rations (autour de
100 g de PDI/UF) et le type de ration (ration sèche ou ration humide).
4. Écourter la durée de l’hivernage : rentrer tard et sortir
tôt, si la conduite d’élevage et les
conditions climatiques le permettent.
6. Cultiver des céréales à
paille : épeautre (environ 110 cm
de hauteur), seigle (environ
150 cm) et triticale. Lors de la
moisson, faucher le plus ras possible : en blé, diminuer la hauteur
de coupe de 10 cm permet d’augmenter de 15 % le rendement en
paille.
7. Des alternatives à la paille:
coproduits du bois (plaquettes,
sciures), bois déchiqueté (une
bonne manière de valoriser les
haies dans les régions bocagères),
dolomie, etc. ■
l’acheteur ou son transporteur, a la garde de
l’animal dès le début des opérations d’enlèvement, c’est-à-dire « dès qu’il ouvre le box
de l’animal ou entre dans le pré où est l’animal ».
Premier exemple : le 2 mai, la vente d’une génisse est conclue, et l’enlèvement prévu le
4 mai. Le 3 mai, l’animal se casse une patte.
Analyse d’Interbev : « Le vendeur n’est plus
propriétaire depuis le 2 mai, mais supporte
e transfert de risques est défini comme la encore les risques, l’enlèvement n’ayant pas
« date à laquelle les risques pesant sur la encore eu lieu. L’acheteur est propriétaire
chose vendue et à la charge du vendeur sont de l’animal accidenté mais ne supporte pas
la perte. » Second exemtransférés à l’acheteur ».
ple : même calendrier,
L’accord interprofessionsauf que la génisse se casnel prévoit deux cas de fise une patte, alors que
gure, selon que l’éleveur
l’acheteur l’amène au caest – ou non – présent au
mion et que l’éleveur
moment de l’enlèven’assiste pas aux opérament. Si l’éleveur est prétions de chargement.
sent au moment de l’enAnalyse d’Interbev : « Le
lèvement, il conserve la
Pour Gaëlle Dupas, l’animatrice de la filière
vendeur n’est plus le progarde « jusqu’à ce que
bovine de Coop de France, la nouvelle
version du transfert de risques est « une
priétaire de l’animal, del’animal pose la premièavancée » par rapport à l’accord de 2007,
puis le 2 mai. L’acheteur
re patte sur le pont de
où ce transfert intervenait dès le début des
est le propriétaire de
chargement ». C’est à ce
opérations de chargement du lot.
l’animal accidenté et
moment précis que le
risque est transféré du vendeur à l’acheteur. supporte la perte, car il en avait seul la gar« On estime en effet, que l’éleveur, par la de lors des opérations de chargement. » ■
connaissance qu’il a des lieux, dispose du
pouvoir de maîtrise de l’animal », commen- Le nouvel accord interprofessionnel est
te Interbev. En revanche, si l’éleveur n’est disponible sur le site d’Interbev,
pas présent au moment de l’enlèvement, www.interbev.fr, rubrique “accords interpro”.
Un arrêté interministériel, publié au
Journal officiel, le 12 novembre
dernier, rend obligatoire et applicable à tous l’accord interprofessionnel du 12 juillet 2012 sur “l’achat et
l’enlèvement des bovins de plus de
huit mois destinés à l’abattage”.
L
droit
■■■
C’EST OFFICIEL
PRÊTS BONIFIÉS.
❙ Les taux de base et de
référence ont baissé de 0,8
point, depuis le
1er novembre, ce qui porte
les MTS-JA à 2,5% (1% en
zone défavorisée); les MTS
autres, à 3,5% et 2%; les
MTS-Cuma, 0,89% et
0,39%. [note de service,
ministère de l’Agriculture,
6 novembre 2013].
SAISIES.
❙ Pour «fiabiliser
juridiquement» les saisies
en abattoirs et en
«harmoniser» les pratiques,
le ministère de l’Agriculture
actualise la liste des motifs
de saisie. Ce nouveau
référentiel est «d’utilisation
obligatoire», souligne la
DGAL (direction générale de
l’agriculture et de
l’alimentation). Il est destiné
à tous les acteurs de la
filière, depuis les exploitants
d’abattoir jusqu’aux
éleveurs. [note de service,
6 novembre 2013]
SOCIAL.
❙ L’indemnité journalière
Amexa: un nouveau droit
pour les agriculteurs, depuis
le 1er janvier 2014. Le
montant de l’indemnité est
de 20,91€ par jour, pour les
28 premiers jours
indemnisés, et de 27,88 €
MSA
INTERBEV. Le “transfert de risques”, au
moment de la vente, clarifié par un nouvel
accord interprofessionnel
par jour, à partir du 29e jour
indemnisé. L’indemnité
journalière est versée à
partir du 4e jour en cas
d’hospitalisation et du 8e
jour en cas de maladie ou
d’accident. [Mutualité
sociale agricole,
29 novembre 2013]
alliances › n° 53 › mars 2014 › 17
filière viande
HUMEUR. Génisses : incompréhensible !…
■■■
EN BREF
BIO.
❙ -12% sur les huit
premiers mois de
2013, par rapport à
2012: la hausse du
prix des femelles au
premier semestre
2013 a réorienté
une partie des
vaches bio vers des
circuits
conventionnels.
Alors que le nombre
d’élevages en
agriculture
biologique, laitiers
notamment, ne
cesse de
progresser, la
baisse des
abattages est liée à
un problème
d’approvisionnement. La grande
distribution est
«presque en
rupture d’approvisionnement»,
remarque Célia
Pasquetti, d’Interbev, cité par Réussir
Bovins viande.
carcasse) à droit de
doune nul, soit un
volume total de
65000 téc par an.
Pour Jacques Poulet, le directeur du
pôle animal de Coop
de France, «la viande est sacrifiée». La
signature de cet
accord, estime-t-il,
est «un coup bas
porté à la filière
française qui a besoin de toutes ses
ressources pour
sortir de la période
de grandes difficultés qu’elle traverse
actuellement. À quoi
serviront les plans
de relance nationaux s’ils sont taclés par des accords
au niveau européen?… »
ESB.
❙ Les États-Unis
lèvent leur embargo
sur la viande bovine
européenne, a
annoncé, début
novembre, la Commission européenne. Le marché américain était fermé
depuis janvier 1998,
après l’entrée en
vigueur de l’embarUE-CANADA.
go sur la viande
❙ L’accord de librebovine pour cause
échange, signé le
d’ESB. En levant leur
18 octobre 2013,
embargo, les Étatsprévoit un continUnis se conforment
gent supplémentaire aux normes internade 15000 téc
tionales en la matiè(tonnes équivalent
re.
18
Pas assez de génisses,
pendant un an, pour servir
les clients, puis, soudain,
en quelques jours, un tropplein d’animaux déferle sur
le marché. L’impression de
marcher sur la tête ! Les
raisons d’un malaise et les
leçons pour demain.
❙ Marie-France Nigay
T
responsable de
l’approvisionnement des
abattoirs de Sicarev
rès peu de génisses sur le marché entre l’été 2012 et l’été 2013.
Deux conséquences : d’une part,
des difficultés importantes pour
servir les clients en quantité et en
qualité (poids, conformation, qualification) ; d’autre part, des cours
qui progressent de 0,90 €/kg entre mai 2012 et juillet 2013. Du côté de la production, l’optimisme
est de mise, mais on sent bien que
la situation est précaire. La confirPISTES
D’AMÉLIORATION
Une production de
“babynettes” pour des
sorties en avril-mai, et non
en été (trop d’écarts avec
les génisses herbagères) ni
en automne (période de
production importante).
■ Anticiper les sorties de
septembre, en
complémentant plus tôt les
génisses pour viser des
abattages en juillet.
■ La mise en production de
génisses ne s’improvise
pas ; parlez-en avec votre
technico-commercial.
■
mation arrive fin août: l’offre augmente progressivement, et, début
septembre, la production est multipliée par deux voire par trois !…
À l’aval, on ne comprend pas: trop
peu de génisses pour servir les
clients pendant une année, puis,
soudain, beaucoup trop de de génisses. Plus grave : des génisses
grasses, très grasses, trop grasses.
En septembre, on a abattu des génisses qui auraient dû être abattues depuis deux mois. Certains
éleveurs doivent prendre conscience qu’il ne faut pas chercher à
mettre du poids à tout prix : les
derniers kilos coûtent chers à produire et les bovins trop gras sont
invalorisables. Les cours ont baissé de 0,40 €/kg en six semaines.
Ne pas chercher
à mettre du poids à tout prix
Reste une question, que l’aval
nous a évidemment posée :
« Pourquoi n’a-t-on pas anticipé
l’arrivée de ces bovins ? » La planification – alors qu’un bovin sur
trois est contractualisé – n’a pas
révélé des offres importantes de
femelles au mois de septembre.
Après analyse, les éleveurs qui
planifient sont plutôt en système
de vêlages précoces ou en production dessaisonnée. Pour ces apporteurs, les bovins étaient déjà
abattus. Au sein de la filière Sicarev, un bovin sur trois est contractualisé. C’est bien, mais c’est encore insuffisant pour une bonne
lisibilité du marché. Les éleveurs
contractualisant et visant les périodes dites “de soudure” se félicitent d’avoir commercialisé leur
production à des tarifs favorables,
avec des délais d’enlèvement réduits et en bénéficiant des plusvalues maximales.
Comment expliquer cette situation dans les génisses ? Autant la
production des vaches est conditionnée par la production du veau
donc liée au cycle des neuf mois
d’élevage sous les mères, ce n’est
pas le cas de génisses. Parmi les
facteurs explicatifs : 1. les éleveurs
allaitants ont conservé plus de génisses pour la reproduction (en
particulier, les génisses les plus
précoces) ; ce sont celles qui pourraient être abattues en mai ; 2. depuis deux ans, le prix des laitonnes sur le marché italien est plus
attractif que par le passé. D’où une
production de génisses “les moins
précoces” pour la fin d’été. ■
filière maigre
-5 % en 2013. -7 % en 2012. D'ici à 2016, l’Institut de
l’élevage (1) prévoit que les exportations de broutards
français vers l’Italie pourraient encore baisser de 8 à
14 % par rapport à 2012, ce qui ramènerait le nombre
d’animaux exportés entre 700 000 et 750 000 par an.
Toutefois, malgré la crise économique, malgré la baisse
de la consommation, malgré la réforme de la Pac,
malgré les faillites d’abattoirs italiens « il ne faut pas
sombrer dans le catastrophisme », estime Pierre Richard,
le directeur commercial de Deltagro Union. En revanche,
et « c’est essentiel », selon lui, il faut améliorer la
régularité de la production de broutards. Il faut aussi,
« rapidement et impérativement », améliorer la
compétitivité de la filière franco-italienne. Analyse.
bovine ont progressé de 70 % en
dix ans, essentiellement en provenance de Pologne. Ces importations à bas prix ont pour conséquence de plafonner le prix du
jeune bovin.
– Mais, si les prix de la viande
de jeune bovin plafonnent en
Italie, comment les engraisseurs
italiens résistent-ils
économiquement ?
– C’est de plus en plus compliqué
pour la plupart des engraisseurs
en Italie, mais c’est toute la filière
bovine italienne qui souffre, notamment les abattoirs.
– Quels sont les faits marquants entre 2008 et 2013. En cinq ans, Il faut tout d’abord rappeler que
la consommation par habitant est les coûts de production sont les
de l’exportation des broutards
passée de 24 kg/habitant à plus élevés d’Europe : à atelier
sur l’Italie en 2013 ?
– Il n’y a pas de faits vraiment 20 kg/habitant. La crise écono- équivalent, le surcoût par rapport
marquants, mais plutôt la confir- mique a accentué une tendance aux ateliers français se situe aumation, voire l’accentuation, des constatée depuis plusieurs an- tour de 10 %, avec un prix du
tendances que nous annoncions nées. Mais ce qui est plus problé- broutard très fluctuant représenl’an passé. D’abord, l’engraisse- matique, c’est que le consomma- tant environ les deux tiers des
coûts de production.
ment a beaucoup
La rentabilité des
baissé : -124 000 têateliers italiens est
tes, soit -19 %, entotalement incertaitre 2009 et 2013. La
ne et des engraisbaisse devrait s’acseurs s’interrogent.
centuer cette année.
Certains ateliers, cerCette
diminution
tains mois, ont perdu
semble être plus forjusqu’à 250 € par
te en charolais, puisjeune bovin et sont
qu’elle atteindrait
donc très fragilisés.
25 %, une baisse en
Enfin, un dernier
partie compensée
point peu favorable
par une hausse des
en l’état, c’est la réeffectifs des génisses
forme de la Pac qui
engraissées. Ces der- « À terme, nous assisterons, en Italie, à la concentration d’ateliers industriels
nières, avec leurs qui contractualiseront leur production avec la grande distribution et qui seront préoccupe beaucoup
carcasses plus lé- capables d’amortir leurs charges sur des volumes importants. » Pierre Richard, d’engraisseurs. Jusdirecteur commercial de Deltagro Union.
qu’à ce jour, le mongères,
correspondaient mieux à la demande du teur italien, traditionnellement tant des DPU avoisine 700 €/ha et
marché, avec, dans le même consommateur de viande issue du sont essentiels à l’activité d’entemps, un prix de la laitonne plus troupeau allaitant, semble se dé- graissement. Les engraisseurs
attractif. Le renchérissement du tourner de cette viande devenue sont préoccupés par la converprix de la laitonne, cette fin de trop chère. On assiste, comme en gence des aides découplées, qu’ils
campagne, semble commencer à France, à une augmentation de la souhaitent la plus progressive
consommation de steak haché, possible, sur la plus longue durée
limiter cet engouement.
avec des achats qui s’orientent possible.
vers le hard-discount. Ces der– Et la consommation ?
– Parallèlement à la diminution niers sont les seuls distributeurs – Et la méthanisation qui se
de l’engraissement, la consomma- dont l’activité progresse, sachant développe sur la plaine du Pô,
tion de viande ne cesse de se dé- qu’ils commercialisent essentiel- est-elle une chance ou un
grader en Italie, depuis le début lement de la viande d’importa- handicap pour la filière bovine ?
de la crise économique : -20 % tion. Les importations de viande – La réponse est nuancée. D’un
■■■
EN BREF
VEAU.
❙ Le veau est désormais un animal de
moins de huit mois
(date anniversaire
des huit mois non
comprise) et non
plus un animal
d’âge inférieur ou
égal à huit mois
(date anniversaire
comprise). Cette
modification, introduite par un règlement paru le
20 décembre dernier au Journal officiel de l’Union européenne, est la
conséquence de la
redéfinition du “gros
bovin”: désormais
un animal de huit
mois et plus et non
plus un animal de
plus de 300 kg de
poids vif.
DUMPING.
❙ «Le salaire minimum allemand ne
résoudra pas tout;
le mal est fait»,
estime Pierre Halliez, le président du
Collectif contre le
dumping social
(photo), suite à l’annonce de la création
d’un Smic, en Allemagne. «Les pouvoirs publics n’ont
d’autre alternative,
aujourd’hui, que de
se pencher au chevet de nos entreprises pour restaurer leur compétitivité, afin de sauver
les activités et les
emplois qui pourront l’être», note le
Collectif, dans un
communiqué. D’une
part, le salaire minimal ne n’appliquera
«pleinement» qu’en
janvier 2017 au lieu
de janvier 2015.
D’autre part, le Collectif estime nécessaire de préciser ce
que l’on entend par
“salariés allemands” et “travailleurs détachés”,
pour éviter les montages, «via des
sociétés boîtes aux
lettres, permettant
de contourner toute
la réglementation».
Sniv
DELTAGRO UNION. Le broutard en Italie : « Ne pas
sombrer dans le catastrophisme », mais
réduire la saisonnalité de la production,
développer un partenariat technique avec
les engraisseurs, améliorer la
compétitivité de la filière
ABATTAGES.
❙ +2 % : l’Institut de l’élevage prévoit une
augmentation des abattages de bovins en
2014. Toutefois, commente Caroline Monniot,
du département “économie”, « ce rebond
anticipé sera loin d’effacer la chute des abattages encore en cours en cette fin d’année
2013 » : en l’espace de deux années, en
effet, le tonnage de viande bovine abattu
aura reculé de plus de 10 %. Dans le même
temps, la consommation de viande bovine
s’est érodée de 2 % par an, faisant craindre à
l’économiste « une poursuite de la baisse de
consommation en 2014, mais à un rythme
moitié moindre ». Le taux d’approvisionnement de la France, qui était revenu à 100 %
en 2011, est tombé à 91 % en 2013. Il
devrait remonter à 93 % en 2014.
alliances › n° 53 › mars 2014 › 19
filière maigre
■■■
EN BREF
MARGES.
❙ 0,01% du chiffre
d’affaires: le résultat courant avant
impôt de l’abattagedécoupe des bovins
au plus bas. La
publication, le
4 décembre dernier,
du rapport annuel
de l’observatoire
des prix et des
marges confirme
que la progression
des débouchés à
l’export en 2011-
partiellement amorti
par l’industrie et la
distribution (-10 cts
de marge brute
dans l’industrie et 11 cts en GMS). Une
tendance reconduite
au premier
semestre 2013.
FILIÈRE.
❙ « Un quart des
entreprises [d’abattage] sont en perte
», analyse le Crédit
agricole, dans une
étude rendue
publique fin
novembre. La plupart des abattoirs
ont subi un «effet de
ciseaux» entre le
coût de leurs approvisionnements, en
hausse depuis deux
2012 et la pénurie
ans, et la difficulté
de vaches sur le
marché français ont de répercuter ces
coûts à la distriburenchéri la matière
tion. Leur rentabilité
première. L’impact
d’exploitation est la
de la hausse des
plus faible de tout
prix des bovins en
l’agroalimentaire
2012 (+54 cts par
rapport à 2011) sur avec un ratio excéle prix au détail (+34 dent brut d’exploitacts en 2012 par rap- tion sur chiffre d’affaires de 2,4 %.
port à 2011) a été
IL A DIT…
Philippe Dumas, président de
Sicarev, lors du colloque sur les
débouchés du broutard français,
au Sommet de l’élevage : « Il n’y a
pas un, mais des marchés, avec
différentes races, différentes filières. Nous sommes dans une période de décroissance ; on manque de dynamique à la production, à la transformation, à l’export. Il nous faut être offensifs,
suivre la demande, nous adapter,
faire évoluer les cahiers des
charges sanitaires et zootechniques. L’Italie est un marché
structuré, organisé, régulier.
C’est un marché sur lequel il faut
continuer à travailler, mais il faut
être présent sur l’ensemble des
marchés et structurer des alternatives dans d’autres pays. »
20
côté, la méthanisation consomme
de l’ensilage de maïs qui ne sera
pas consommé par les animaux,
donc moins d’animaux produits.
D’un autre côté, elle apporte aux
engraisseurs un revenu assuré et
conforte ainsi l’engraissement, sachant que le prix du kilowatt est
dépendant du taux de déjections
animales introduit dans le méthaniseur, contrairement à l’Allemagne où l’engraissement a disparu puisque la totalité de l’ensilage pouvait être destiné à la méthanisation.
– Au niveau des abattoirs, la
vision est-elle aussi pessimiste ?
– La restructuration des outils
d’abattage est encore à ses débuts
en Italie, où il existe encore plus
de 400 abattoirs. Ceux-ci sont affaiblis par la baisse des volumes
abattus, une baisse accentuée par
une saisonnalité importante de la
production. La volatilité des marchés et une saisonnalité non maîtrisée engendrent un cocktail qui
peut se révéler explosif. Le manque cruel d’animaux à abattre, à
certaines périodes de l’année, fait
flamber les prix. Ce sont les abattoirs qui, devant faire tourner
leurs outils industriels, doivent
capter impérativement de la production et font monter artificiellement les prix du jeune bovin,
prix qu’ils sont alors incapables de
répercuter à la grande distribution, laquelle distribution voit son
chiffre d’affaires en viande bovine
diminuer régulièrement. Ceci entraîne la faillite de certains abattoirs qui, par un effet domino, se
répercute sur les engraisseurs et
fragilise l’ensemble de la filière.
– Quelles sont les perspectives
pour Deltagro Union et pour la
filière bovine franco-italienne,
face à un tel constat ?
– La première conclusion est qu’il
ne suffit pas de vendre des broutards ; il faut s’en assurer le paiement. Nous devons redoubler de
vigilance et ne livrer que des
clients couverts par une assurance-crédit.
Le manque de trésorerie est de
plus en plus flagrant, car les financements, du fait de la crise en
Italie, sont de plus en plus difficiles à obtenir dans le domaine de
l’élevage, sans compter que les
taux de crédits ont fortement augmenté. Enfin, une nouvelle loi
oblige à payer les fournisseurs à
soixante jours ; du coup, certains
ateliers n’ont pas rempli cette année parce qu’ils n’avaient pas la
trésorerie nécessaire pour le faire.
Pour ce qui nous concerne, nous
avons été contraints d’arrêter les
clients qui ne respectaient pas les
délais de paiement. Ce qui veut dire que, à terme, nous assisterons,
en Italie, à la concentration d’ateliers industriels qui contractualiseront leur production avec la
grande distribution et qui seront
capables d’amortir leurs charges
sur des volumes importants.
– Il n’y a pas de note optimiste
dans vos propos ?
– Entre 700 000 et 750 000 têtes
exportées vers l’Italie, à l’horizon
2016, ce n’est pas rien ; il ne faut
pas sombrer dans le catastrophisme. Nous pouvons aussi espérer
que la crise s’éloigne et que la
consommation de viande bovine
reprenne en Italie. Autre point positif: l’arrivée de pays tiers comme
l’Algérie qui désengorge le marché de broutards lourds à certaines époques de l’année, ce qui
atténue l’effet saisonnalité pour
les naisseurs.
Ce qui est sûr, c’est que nous devons rapidement et impérativement améliorer la compétitivité
de la filière bovine franco-italienne, pour faire face aux défis auxquels nous sommes confrontés.
Nous avons un produit de qualité,
mais un produit qui, au niveau
mondial, reste cher. Sa mise en
marché doit être autant travaillée
que le produit lui-même, et là,
nous avons encore d’énormes
progrès à faire
Nous devons travailler deux pistes
qui concernent nos broutards exportés, mais aussi ceux engraissés
en France.
Tout d’abord, et c’est essentiel,
améliorer la régularité de la production de broutards et diminuer
la saisonnalité. Je reste persuadé
que c’est un enjeu majeur pour
l’avenir du troupeau allaitant.
Certes, des efforts ont été faits.
Nous avons avancé les vêlages.
Malheureusement, nous n’avons
fait que de décaler la saisonnalité :
aujourd’hui, la soudure n’est plus
en avril-mai-juin, mais en févriermars-avril, avec le problème que
nous n’avons même plus les taurillons de prés qui se substituaient
aux broutards à ces époques. Il
faut travailler avec les autres coopératives, réseaux d’élevage,
centres de gestions… à endiguer
cette gangrène qui pénalise, non
seulement la filière franco-italienne, mais aussi la filière française.
D’autre part, il est impératif de développer un partenariat technique
et économique, que ce soit avec les
engraisseurs italiens ou avec les
« À atelier équivalent,
le surcoût par rapport
aux ateliers français se
situe autour de 10 %,
avec un prix du
broutard très fluctuant
représentant environ
les deux tiers des coûts
de production […]
Certains ateliers,
certains mois, ont
perdu jusqu’à 250 €
par jeune bovin et sont
donc très fragilisés. »
[Pierre Richard]
engraisseurs français . Le rôle du
naisseur est essentiel sur la qualité du produit final : il doit mettre
sur le marché des broutards de
bon niveau génétique, qui soient à
leur stade optimal de poids et
d’engraissement, avec une préparation sanitaire pour l’entrée en
atelier. Cette préparation nécessitera une juste rémunération pour
le naisseur et elle ne pourra se faire qu’à partir d’un lien étroit entre
naisseurs et engraisseurs. Mais
c’est là que le terme de “filière”
trouve toute sa signification. Audelà des mots, des actes ! À la coopération de mettre en avant tous
ses atouts pour le faire et ils sont
nombreux. ■
(1) L’Institut de l’élevage a publié,
fin janvier, “Quel avenir pour
l’engraissement en Italie ?”, une
étude qui passe au crible
les enjeux, les menaces et les
atouts du broutard français en
Italie.
10 € sur www.idele.fr.
filière maigre
FILIÈRE
Claudia et Pascal Myt ont ouvert les portes de leur élevage, le 9 octobre dernier, à
l’occasion d’une journée organisée en partenariat avec Vitagro et Covido-Bovicoop. Au
programme : présentation de la filière veau, de l’élevage et visite des bâtiments. Un vrai
succès : une soixantaine de visiteurs accueillis.
Pascal et Claudia Myt ont
créé un atelier de veaux
rosés, à Châtel-Montagne,
dans l’Allier. Lumière sur
cette production en
développement sur le
département, lors d’une
journée porte ouverte, le
9 octobre.
«N
❙ Rémy Debauchez
Vitagro
ous n’avions pas de bonnes perspectives. Nous n’étions
pas autonomes pour l’alimentation de nos charolaises et impossible de nous agrandir : il fallait
évoluer ! » Installés depuis de
nombreuses années en production allaitante, Pascal et Claudia
Myt modifient radicalement leur
exploitation en 2013, afin de la pérenniser : projet de canardière,
LE VEAU ROSÉ
forte diminution de l’élevage allaitant et valorisation du bâtiment
par la création d’un atelier de 360
veaux rosés sur paille, en partenariat avec Vitagro.
Après sept mois de fonctionnement et déjà trois mises en place,
le premier bilan est très satisfaisant. En effet, une partie du bâtiment a été aménagée pour sevrer
180 veaux et une autre partie permet de finir les animaux du 3e au
6e mois. Ce double roulement permet de rentrer des veaux toutes
les 15 semaines. Avantage supplémentaire : « Des revenus plus réguliers », souligne Claudia Myt.
Novices dans la production de
veaux rosés, les éleveurs se sont
donc formés sur le tas, avec l’aide
des techniciens. Quelles qualités
pour bien mener l’atelier de
veaux ? Claudia Myt : « Le sens de
l’observation, être attentif aux besoins du veau et être rigoureux,
nes) : engraissement en libreservice.
■ Veau de race montbéliarde ou
■ Bâtiments :
prim’ holstein, sevré, engraissé – Un bâtiment de sevrage et un
avec une ration à base de maïs autre de post-sevrage/engraisgrain et abattu avant l’âge de
sement permettent de fonction8 mois. Sa viande est plus colo- ner en double roulement. En
rée que le celle du veau de bou- “dur” (souvent des aménagecherie.
ments) ou tunnel.
– Logement sur paille-sciure ou
■ 26 semaines d’élevage, en
caillebotis bois, en cases coldeux phases :
1. une période lactée (8 semai- lectives. Isolation et ventilation
dynamique.
nes), avec distribution d’ali– Une salle de préparation
ment lacté (individuellement
au seau avec cornadis ou au (mélange du lait et le stockage
des aliments).
Dal), d’une ration mélangée
(2/3 maïs grain + 1/3 complé- ■ Temps de travail : variable
mentaire granulé) et de paille selon les phases d’élevage
à volonté.
3 h/jour en moyenne pour 200
2. une phase sevrée (18 semai- veaux (0,5 UTH).
La filière veau du groupe
Sicarev est organisée autour
de trois maillons complémentaires :
■ La collecte et le tri des
veaux de 8 jours (jusqu’à
2 000 veaux/semaine) ;
■ L’élevage des veaux de
boucherie et des veaux
rosés : en intégration, Vitagro
prend en charge les veaux,
les aliments (hors paille), les
frais vétérinaires et le suivi
technique.
■ L’abattage-transformation,
assuré par Soviber à l’abattoir de Saint-Étienne (1 400
veaux/semaine).
C’est dans ce contexte que
Vitagro, cherchant de nouveaux éleveurs, a organisé
une journée portes ouvertes
chez Pascal et Claudia Myt, le
9 octobre dernier.
Tout renseignement auprès
de Rémy Debauchez, au
06.73.58.07.13.
notamment faire les traitements
comme il faut. La propreté et le
confort des animaux, c’est important, aussi ! » Des critères très
bien respectés sur l’élevage, vu les
résultats du premier lot sorti cet
été, avec une moyenne de plus de
160 kg de carcasse. «C’est sûr qu’il
faut aimer les bêtes ; perdre un
veau, je ne le supporterais jamais », confie l’éleveuse.
L’organisation est en place. Dans
le bâtiment de sevrage, deux repas
par jour, les trois premières semaines. Un repas par jour ensuite, avec le sevrage à sept-huit semaines. «Nous avons fixé les heures pour les buvées : 7 heures et
18 heures. On fait tout ensemble,
souvent avec l’aide de notre fille
ou de notre fils. On s’occupe des
petits veaux d’abord et on donne
ensuite l’aliment aux plus gros. Il
faut pailler aussi tous les jours.»
Les Myt sont aujourd’hui confortés dans leur choix : « Ce qui nous
a plu, expliquent-ils, c’est le système d’intégration avec des revenus garantis. Et l’avantage c’est
de ne plus travailler tout seul ;
c’est plus sécurisant de travailler
avec le groupement. » ■
■■■
EN BREF
FILIÈRE.
❙ «Des opérateurs
sont à la limite du
supportable; on ne
peut pas vivre éternellement sur le
mythe des prix
bas», estimait Philippe Chalmin, le
président de l’Observatoire des prix
et des marges, à
l’occasion de la présentation de son
rapport, le 4décembre. Après une anphilippe-chalmin.com
VEAUX ROSÉS. « Ce qui nous a plu c’est le
système d’intégration avec des revenus
garantis [Pascal et Claudia Myt]
née 2012-2013
marquée par la
flambée des prix
des matières premières, les résultats
de l’observatoire
confirment que les
industriels ont bien
rogné leurs marges
pour en «amortir le
choc». Les grands
gagnants sont les
consommateurs,
analyse Philippe
Chalmin. Pour l’économiste, les limites
de la logique française de maintien
de prix bas pour le
consommateur ont
été atteintes.
COURTS.
❙ On ne s’improvise
pas distributeur de
viandes. Dans un
communiqué du
2 décembre, la Répression des fraudes (DGCCRF) rappelle que les ventes
en “circuits courts”
de produits agroalimentaires progressent de façon constante dans de nom-
breuses régions.
Elle constate aussi
49% de nonconformités. L’enquête a porté sur
59départements et
1470 entreprises.
Parmi les irrégularités: absence d’indication de l’origine,
indisponibilité des
produits, allégations
nutritionnelles erronées, utilisation injustifiée de labels de
qualité, absence du
nom, de la raison
sociale et de l’adresse du responsable sur les sites
de vente en ligne…
5E QUARTIER.
❙ Vaccination obligatoire des veaux
contre la teigne,
meilleure exploitation de l’information
liée aux saisies d’abats, révision des
réglementations
franco-françaises… Le cabinet
Blézat Consulting
explore les pistes de
valorisation du cinquième quartier,
dans un rapport
rendu public début
décembre. Le cinquième quartier
représente 8% du
prix de la viande
entrée abattoir pour
les gros bovins et
15 à 16% pour le
veau (hors coûts
d’enlèvement et de
traitement des coproduits C1 et C2).
Parmi les sources
de pertes de valeur:
les déclassements
des cuirs (45 M€),
les saisies d’abats
(6 à 20 M€), la
réglementation
(40 M€).
alliances › n° 53 › mars 2014 › 21
VIANDES DE FRANCE.
❙ Trois couleurs (bleu, blanc, rouge), sept
signatures (bœuf, veau, agneau, cheval,
porc, volailles, lapin), une même démarche:
Viandes de France, lancée début février
sous l’égide du ministère de l’Agriculture et
portée par les quatre interprofessions
concernées, repose sur cinq principes
fondateurs: 1. Des viandes et produits
élaborés issus d’animaux nés, élevés,
abattus puis découpés et transformés en
France; 2. des modes de production
respectant l’environnement et le bien-être
des animaux; 3. des normes sanitaires très
strictes et une traçabilité totale; 4. le
respect d’un droit du travail français
protecteur des salariés et garantissant
l’application d’un salaire minimum; des
contrôles rigoureux.
››› Détails sur www.viandes-de-france.fr.
filière reproducteurs
DE L’UN À L’AUTRE. Passage de témoin à l’activité
“repros” de Sicarev : Yves Alligier prend
le relais de Jean-Marc Thélisson
Jean-Marc Thélisson, qui
vient de mettre un terme à
son activité professionnelle,
passe le relais à Yves
Alligier. La filière “repros”,
essentiellement centrée sur
le commerce des animaux
laitiers, bénéficie d’une
recrue du sérail, puisque
Yves Alligier a exercé
pendant vingt-cinq ans au
contrôle laitier de la Loire.
Il met ses pas dans ceux de
son prédécesseur.
L
a filière “repros”, détaille Yves
Alligier, repose sur trois activités,
à la fois différentes et complémentaires.
■■■
EN BREF
INTERBEV.FR.
❙ Nouveau design,
contenu plus riche:
Interbev a mis en
ligne, fin septembre,
une nouvelle version
de son site internet.
C’est ici: www.interbev.fr.
La vente “au détail” de vaches au lait et de génisses de
tous âges. Sicarev, c’est son mé-
■
Novia, UcearMidatest, UALC)
annonce réaliser
115000
inséminations
charolaises en race
pure.
BŒUF-LOVERS.
❙ Interbev a mis en
GÉNÉTIQUE.
ligne, mi-février, le
❙ L’Ucatrc change
site www.boeufde nom et devient
lovers.com, présenCharolais Univers.
té comme «le site
Charolais Univers a de rencontre pour
présenté, le
les amoureux du
29 janvier, à
bœuf». Une
Clermont-Ferrand
campagne digitale
(Puy-de-Dôme), ses décalée. Entre
projets de dévelop- coups de cœur et
pement, centrés sur coups de fourl’utilisation de
chettes, vous pourbiotechnologies:
rez partager vos
semence sexée,
recettes et bons
transfert embryon- plans, vivre des
naire, biopsie des
événements inédits
embryons, intégra- et aussi faire de
tion du gène sans
belles rencontres…
cornes, etc. L’union car le bœuf, c’est le
de coopératives
goût d’être
Charolais Univers
ensemble. C’est ici:
(Évolution, Élitest,
www.boeufGeniatest, Elvalovers.com.
tier, est l’intermédiaire entre ceux
qui ont des animaux à vendre et
ceux qui ont des animaux à acheter, essentiellement sur les régions Rhône-Alpes et Auvergne.
« Au démarrage de l’activité, rappelle Jean-Marc Thélisson, l’objectif premier était d’acheter des
animaux à l’extérieur du département de la Loire, pour combler
le déficit en génisses laitières, tout
en commençant à commercialiser la bonne génétique de nos éleveurs.» Très vite, sous l’impulsion
des organismes d’élevage du département (contrôle laitier et coopérative d’insémination), la production ligérienne de génisses se
développe et la commercialisation
s’étend à toute la France. « Cela
Jean-Marc Thélisson : « Il y a vingt ans,
nous avons lancé le concept, original en
France, de la vente de troupeaux sur le
siège d’exploitation. »
plets. Un concept original en
« Un nouveau challenge » pour Yves Alligier,
qui a exercé au Contrôle laitier de la Loire,
entre 1987 et 2013.
nous a permis de prendre contact
avec d’autres groupements de
producteurs sur la métropole.
Cette relation sera déterminante
pour lancer l’exportation vers les
pays tiers. »
L’exportation de génisses
pleines. Yves Alligier : « Les prin-
■
cipaux pays destinataires sont,
pour l’instant, les pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc). »
L’Algérie est d’ailleurs un pays
« historique» sur ce plan, puisque
notre
magazine,
en
décembre 1996, rapporte que le
groupe Sicarev a remporté un appel d’offres de 4 000 génisses laitières. Au fil des décennies et au
gré des crises sanitaires, la filière
“repros” exporte différents types
d’animaux : vaches au lait vers
l’Espagne, durant de nombreuses
années ; génisses gestantes vers
les Îles Canaries, la Martinique et
la Suisse pour des génisses de très
haut de gamme sur le plan génétique ; constitution de troupeaux
sur l’île de la Réunion (fret par
avion) ; exportation vers la Tunisie, le Maroc, le Liban, l’Italie, le
Sénégal. «Le débouché le plus important, souligne Jean-Marc Thélisson, a été l’Algérie, qui reste le
pays ayant le plus fort potentiel
d’achat en génisses laitières avec
un cahier des charges zootechnique le mieux adapté à nos disponibilités. » Ce débouché a ses
exigences : des contraintes sanitaires fortes. « Ce marché vers
l’Algérie en reproducteurs laitiers
a permis au groupe Sicarev de se
positionner pour l’exportation de
broutards charolais conjointement. »
■
22
La vente de troupeaux com-
France, lancé il y a vingt ans, par
le groupe Sicarev. Objectif : « Organiser des ventes globales, avec
une bonne préparation et un certain niveau d’exigence sur le plan
génétique. Pas question de vendre de mauvais troupeaux ; pas
question de gâcher l’image de
marque que nous avons bâtie au
fil des années. Ces ventes permettent aux acheteurs d’acheter les
meilleurs animaux des troupeaux. Beaucoup d’acheteurs font
le déplacement, parfois de loin,
pour acheter les têtes de lots. » En
une journée, l’éleveur vend son
troupeau, et les animaux sont li-
YVES ALLIGIER
Le remplaçant de Jean-Marc
Thélisson à l’activité “reproducteurs” du groupe Sicarev
est un bon connaisseur du
troupeau laitier. De 1987 à
2013, au Contrôle laitier de la
Loire, Yves Alligier a d’abord
exercé en tant que technicien, puis en tant qu’animateur de l’équipe des techniciens. Yves Alligier : « Je ne
cherchais rien d’autre, en particulier, mais Jean-Marc
Thélisson, que je connais
depuis longtemps, m’a dit “Je
te verrais bien dans ce job”.
Si j’ai quitté le Contrôle laitier,
ce n’est pas parce que le
métier ne me plaisait plus ; je
l’ai d’ailleurs quitté en bons
termes avec tout le monde.
Avant tout, j’ai voulu me
lancer un nouveau challenge. »
vrés chez les acheteurs dans les
quarante-huit heures.
La vente de troupeaux a été initiée il y a une vingtaine d’années
dans la Loire. Actuellement, tous
les groupements de la filière Sicarev développent ce type de ventes,
« reconnu et apprécié par les éleveurs, vendeurs et acheteurs,
souligne Jean-Marc Thélisson.
Cela permet aussi de diffuser auprès de nouveaux éleveurs l’ensemble des prestations commerciales du groupe Sicarev. » ■
sciences
E.U.R.O.P. La classification des carcasses :
un critère non pertinent pour « la
satisfaction en bouche » du consommateur
celles des autres muscles varient
fortement avec la durée de maturation, la méthode de suspension
de la carcasse lors du ressuage, la
méthode de cuisson, le persillé,
l’ossification et le sexe de l’animal,
le poids de la carcasse. » L’étude
étant réalisée en Australie, le recours aux hormones de croissance durant la période d’élevage influe également sur ces relations.
Conclusion de l’article : « Il en résulte que les systèmes de classification doivent traiter indépendamment les différents muscles
pour produire une estimation
pertinente de la satisfaction en
bouche des consommateurs de
viande bovine. Cela vient à l’encontre de l’idée de considérer les
carcasses comme unités de base
dans les systèmes de classification. Pour construire un modèle
de prédiction de la qualité pertinent, l’ensemble des variables retenues doit prendre en compte les
différences entre muscles. Ceci
nécessite que l’on ne considère
plus la classification à l’échelle
des carcasses, mais à celle des
pièces de boucherie. » ■
La revue scientifique
Viandes et produits carnés
publie une étude contestant
l’idée selon laquelle la
classification des
carcasses, utile aux
différents maillons de la
filière, serait pertinente
pour le consommateur.
Motif : la grande variabilité
de qualité entre les
muscles.
L’
estimation de la qualité de la
viande bovine repose sur deux hypothèses. La première: si une carcasse est « de bonne qualité »,
alors la viande dans l’assiette du
consommateur sera, elle aussi, de
bonne qualité. La seconde concerne le muscle longissimus lumborum (le faux-filet), considéré
comme « le muscle de référence »
sur lequel repose la plupart des
études scientifiques : si ce muscle
est « de bonne qualité », alors la
qualité des autres muscles est également améliorée.
Une étude, réalisée en Australie,
et dont la revue Viandes et produits carnés se fait l’écho dans sa
livraison d’octobre 2013, conclut
au contraire que «le muscle LD ne
peut pas être considéré comme un
IN VITRO.
❙ “La viande du futur sera-t-elle produite in
vitro ?”, interroge “Productions animales”, la
revue de l’Inra, dans son édition de décembre
dernier. La production de viande artificielle est
présentée, par certains scientifiques hollandais ou américains, comme la solution pour
nourrir l’humanité, tout en répondant aux
attentes sociétales (bien-être animal, protection de l’environnement, réduction de la faim
dans le monde). Une dizaine d’auteurs, de
l’Inra principalement, doutent de la faisabilité. « Bien que la culture de cellules soit couramment pratiquée en laboratoire, il existe
des verrous techniques importants à lever
pour une production à grande échelle, tels que
le coût rédhibitoire des technologies actuelles
et le manque de ressemblance du produit
obtenu à de la viande issue d’animaux »,
notent en particulier les auteurs, qui rappellent que « par le passé, les expériences de substitution des protéines animales par des produits analogues ont échoué en raison, notamment, de contraintes économiques, du temps
nécessaire pour l’éventuelle acceptation des
produits par les consommateurs et pour la
délivrance des autorisations de mise sur le
marché ».
››› www.inra.fr/productions-animales.
muscle de référence permettant
d’estimer correctement la qualité
des autres muscles ». Pour ce faire, les chercheurs ont étudié 15
muscles issus d’une carcasse de
référence et de 7 autres carcasses
de différentes qualités.
« La classification, non plus à
l’échelle des carcasses, mais à
celle des pièces de boucherie »
Cette étude a montré qu’il n’est
pas possible de fournir une estimation fiable de la satisfaction du
consommateur en extrapolant les
données du muscle LD à d’autres
muscles. Et les auteurs d’inviter à
« une certaine retenue » concernant l’extrapolation des résultats
expérimentaux obtenus sur le LD
à d’autres morceaux : « Les relations entre la qualité du LD et
■■■
EN BREF
ÉQUARRISSAGE.
❙ Depuis le 2octobre 2013, la taxe
d’abattage est remplacée par une CVO
“équarrissage en
ferme”. Les montants de cette cotisation volontaire
obligatoire ont été
définis par arrêté
[JO du 1er octobre]:
– 0,06 €/kg pour
les carcasses et
0,09 €/kg pour les
viandes désossées
et hachées issues
de bovins de plus de
8 mois;
– 0,035 €/kg pour
les carcasses et
0,052 €/kg pour les
viandes désossées
et hachées issues
de bovins de moins
de 8 mois.
L’article “Qualité des carcasses et
des viandes bovines pour le consommateur”, de R.-J. Polkinghorne
et J. Breton est consultable sur
www.viandesetproduitscarnes.fr.
DR HYMAN. « Le gras est bon pour la santé ! »
oici ce qu’il faut retenir :
le gras ne fait pas grossir et ne
rend pas malade.» Des décennies
d’idées reçues jetées à bas en trois
lignes ! Tout a commencé il y a
plusieurs décennies, explique le
nutritionniste américain, lorsqu’une étude, dite des “sept pays”,
menée par le Dr Ancel Keys, a conclu que l’on trouvait plus de maladies cardio-vasculaires dans les
pays où l’on mangeait plus de
gras, surtout des gras saturés.
Mais « une corrélation ne signifie
pas causalité », dénonce Mark
Hyman, dans un article paru fin
tions scientifiques, qui brisent « le
mythe des lipides, causes de l’obésité et des maladies cardiaques ».
Des chercheurs ont établi que le
fait de diminuer les graisses saturées dans un régime peut faire globalement baisser le cholestérol,
cela diminue en réalité le “bon”
cholestérol, les HDL (lipoprotéines de haute densité) légers qui
ne posent pas de problème. En revanche, « quand les gens mangent moins de gras, ils ont tendance à manger plus d’amidon
ou de sucre à la place, ce qui augmente, en fait, le risque de “mauvais” cholestérol, ce cholestérol
petit et dense qui cause les crises
cardiaques ». 75 % des gens qui
atterrissent aux urgences avec une
crise cardiaque ont un niveau global de cholestérol normal, mais un
prédiabète ou un diabète de type
2. La recommandation du Dr Hyman : « Une alimentation comportant des lipides de bonne qualité et des protéines prévient, voire annule, le diabète et prédiabète. » ■
ÉTIQUETAGE.
❙ «Seulement 38%
des produits incorRafalstachura, 123RF
«V
novembre, sur le site du Huffington Post. Il poursuit : « En réalité,
on a détourné notre attention du
fait que le sucre est le vrai coupable. » Et de décrypter des publica-
www.drhyman.com
« Il n’y a pas de corrélation
entre maladies du cœur et
acides gras saturés »,
soutient le Dr Mark Hyman.
porant du bœuf
indiquent l’origine
de cette viande»,
constate l’UFC-Que
Choisir, suite à une
enquête effectuée
dans les rayons des
grandes surfaces et
dont les résultats
ont été présentés
début décembre.
«Face à l’insuffisance des mesures
volontaires, une
obligation réglementaire s’impose», estime l’organisation de consommateurs, qui à
l’instar du pôle animal de Coop de
France, démolit l’argument selon lequel
la traçabilité serait
coûteuse pour le
consommateur:
«La transparence,
estime-t-elle, est
sans impact significatif sur les prix.»
alliances › n° 53 › mars 2014 › 23
des morceaux par
les consommateurs,
tout en assurant une
plus grande loyauté
de l’information
transmise.»
Sniv-SNCP
ALIMENTATION.
❙ Pour huit Français
sur dix (78%), le prix
reste le premier critère de choix, devant
la qualité gustative
(46%) et les habitudes familiales
(36%), confirme
Céline Laysnay, du
centre d’études et
de prospective du
ministère de l’Agriculture, dans une
étude publiée en novembre. Par ailleurs,
malgré l’essor de la
consommation de
décembre, alors que masse, les différennous mettions sous ces sociales n’ont
presse. Selon l’AFP pas disparu en maqui rapporte l’infor- tière d’alimentation.
Elles ont évolué, se
mation, un “Code
sont déplacées et
des usages des
parfois inversées:
matières pre«Alors que la conmières” pourrait
sommation de poisêtre validé par la
son reste plus fréDGCCRF. «Les
quente dans les
objectifs sont
simples, expliquent foyers plus aisés,
celle de viande,
les industriels du
Sniv-SNCP, à l’initia- jadis réservée aux
catégories favoritive de cette réforme: gagner en lisi- sées, est désormais
bilité et compréhen- plus importante
sion des utilisations dans le bas de
culinaires possibles l’échelle sociale.»
24
«U
thologie de la viande. Les fruits et
légumes, eux aussi, ont surfé sur
la santé et le bien-être et ont réussi à « dégager un consensus avec
l’exploit de faire manger des
fruits et légumes aux enfants ! »,
s’étonne Georges Lewi. Qui eût dit
que le café, devenu au fil des décennies un produit d’une banalité
extrême, se déclinerait aujourd’hui en crus ? Qui eût dit que le
pain, naguère dans la même situation que la viande aujourd’hui,
FAST-FOOD. Burger King vise 20 % du
marché français du hamburger
A
près avoir fermé 39 restaurants jugés trop peu rentables, en 1997,
le numéro deux mondial de la restauration rapide revient à l’assaut du
marché français, en créant une joint-venture avec le groupe de restauration Olivier Bertrand (250 établissements, dont la brasserie Lipp, les
bars-brasseries Café Leffe, etc.) Objectif affiché des nouveaux associés:
ouvrir « entre 350 et 400 restaurants à moyen terme »,
assurait, fin novembre, dans
les colonnes du Parisien-Aujourd’hui en France, Olivier
Bertrand, le PDG du groupe
qui porte son nom. Par comparaison, McDonald’s et
Quick possèdent à eux deux
1 600 restaurants. Cette jointventure représente un « vrai
virage, une accélération très
forte pour le groupe, souligne Olivier Bertrand. Nous visons 20 % de
part de marché du hamburger, en France […] et un vrai leadership
produit sur le segment du burger ».
Burger King avait déjà annoncé, fin 2012, son retour en France, via une
alliance avec le groupe italien Autogrill. Quelques restaurants ont ainsi été ouverts ou vont être ouverts sur des aires d’autoroute ou dans des
aéroports, à Marseille, Reims, Paris. Mais le partenariat avec Autogrill
limitait les ambitions de Burger King aux seuls lieux de transit. ■
ALIMETIERS.COM.
Promouvoir les
métiers du secteur
alimentaire
C
oop de France, l’Ania (industries alimentaires) et la CGAD
(alimentation en détail) ont mis
en ligne, mi-novembre, le site Alimetiers.com. Ce site s’adresse surtout aux jeunes de 14 à 26 ans,
mais aussi aux demandeurs d’emploi, aux salariés en reconversion
et aux enseignants. Il présente 85
métiers et recense les offres d’emploi de la filière, grâce à des partenariats avec les sites d’emploi
existants (Apécita, Apec, Énil,
etc.) ■
Alimetiers.com
CONSOMMATION.
❙ Fini le très obscur
et très suspect
“minerai de viande”,
qui devrait disparaître bientôt du vocabulaire des métiers
de la viande. Voici
les “matières premières de viandes”
et autres steaks “2
ou 3 étoiles”: une
nouvelle nomenclature des viandes, en
dix catégories, était
attendue fin
Jusqu’à ce que les industriels du
pain, les meuniers et les boulangers retravaillent les farines et
leurs savoir-faire, pour «recréé de
la valeur. Aujourd’hui, les artisans-boulangers sont devenus les
seconds dans la catégorie des
commerçants les plus riches. »
Seconde mythologie de la viande : le partage. Le festin d’Astérix
n mythe, écrivait Denis
et d’Obélix, «c’est manger ensemde Rougemont, est une histoire,
ble et c’est manger de la viande ».
une fable symbolique, simple et
La viande accompagne la civilisafrappante. » Ainsi du mythe protion. C’est grâce à l’életecteur qui, selon Georveur et au cuit que
ges Lewi, a été capté
l’homme a pu se dévepar d’autres produits
lopper. « Si dans la têdans l’imagination colte des gens, il y a une
lective. Le lait, par
attente plutôt favoexemple, a recréé son
rable, il faut l’encourapropre mythe protecger. Regardons le
teur, en le chapardant à
“bien-être
ensemble”
la viande. « Regardez
« Et si le bœuf rassemblait les différences autour de la même
comme
un
fait
civilisala pub du lait, suggère
table ? » Les héros Ange & Démon, rassemblés par l’amour de la
tionnel. Le bonheur
l’expert en marketing :
viande, font une rencontre avec des extraterrestres. En médaillon,
Georges Lewi [photo Sniv-SNCP]
n’est utilisé ni par le
ce sont les trois petits
lait, ni par les fruits et
cochons qui boivent du
lait et acquièrent ainsi la force de retrouverait de vraies lettres de légumes. Ensuite, il appartiendra
battre le grand méchant loup. » noblesse nutritionnelles et diété- à chaque marque de se défendre
Simple. Simplet même. Efficace tiques ? Georges Lewi : « On son territoire. Dès lors que le chapourtant. Or, rappelle-t-il, l’éner- n’avait plus de bon pain. Les prix peau général sera placé, le tergie et la force appartenaient, dès étaient à la chute. On n’en trouvait rain sera déjà beaucoup plus fal’origine des civilisations, à la my- essentiellement qu’en GMS. » vorable. » ■
Selon Georges Lewi, expert
en marketing, intervenant
lors de l’assemblée générale du Sniv-SNCP, en octobre, la viande doit se réapproprier les valeurs captées
par d’autres produits.
Interbev
■■■
EN BREF
POINT DE VUE. Refonder la « mythologie de la
viande » : protection et partage
Burger King
CONSOMMATION. Le Français consacre,
en moyenne, 354 € par an, à l’achat de
viande de boucherie, soit 18 € de moins
qu’en 2007 (sur un budget annuel de
5580 € alloué aux produits de grande
consommation). Dans le même temps, la
part consacrée à la charcuterie a augmenté
de 28 €. Commentaire du Sniv-SNCP: «Il
faut dire que l’écart moyen des prix entre
ces deux secteurs a
doublé en six ans:
la charcuterie
a préempté
l’entrée de
gamme!»
consommation
produits & saveurs
VIENT DE PARAÎTRE.
Il y a trois ans, l’ACLR (Association Charolais Label rouge) a mis en place une méthode
innovante de suivi de la qualité supérieure de son produit, et fait désormais appel à un
jury interne de dégustation.
Les éleveurs connaissent le
Label rouge pour les
contraintes de son cahier
des charges. Le Label rouge
est aussi, et surtout, un
signe officiel de la qualité et
de l’origine (Siqo) qui
garantit au consommateur
la satisfaction gustative.
L
❙ Marjorie Marty
Association Charolais
Label rouge (ACLR)
es produits Label rouge sont
meilleurs, et ils le prouvent ! Plusieurs méthodes existent. Les plus
classiques sont la réalisation d’analyses sensorielles par des laboratoires accrédités Cofrac, sous le
contrôle de l’Inao :
– le profil sensoriel est réalisé par
un jury d’experts, formé à la dégustation du produit, qui établit
la carte d’identité du produit (plus
ou moins tendre, plus ou moins
dites voir…
Jean-Noël Pras, éleveur à
Beaubery (Saône-et-Loire)
et administrateur à Charolais
Horizon, participe au jury de
l’ACLR : « J’apprécie que nous
ayons une méthode rationnelle d’appréciation de la
qualité de la viande Charolais Label rouge. Sans prétention, à l’image des viticulteurs pour leurs vins, nous
sommes maintenant
capables de donner des critères objectifs de la qualité
de notre viande, de parler de
sa saveur et de ses arômes.
C’est important pour moi,
afin de mettre en avant mon
savoir-faire d’éleveur et, audelà, celui de toute la filière
Charolais Label rouge. »
JURY INTERNE
1 2 3
Couleur
C C C
Intensité odeur
C* C* C
Tendreté
C C NC
Texture juteuse
C C C
Présence de nerfs
C C NC
Intensité arômes
C* C* C
Intensité saveur acide C NC NC
Intensité arômes “grillé” C C C
Persistance arômes
C* C* C
Les deux viandes Charolais Label rouge
(1 et 2) dégustées par le jury interne de
l’ACLR sont conformes. À l’inverse, le
produit de comparaison standard (3 : type laitier) n’est pas conforme : peu
tendre nerveux et trop acide.
acide, odeurs et arômes, etc.) ;
– le test consommateurs : un
nombre conséquent de consommateurs “naïfs” (non formés) goûtent le produit et lui attribuent
une note décrivant leur satisfaction lors de la dégustation (de “je
n’aime pas du tout” à “j’aime
beaucoup”). Le produit obtient
ainsi une note moyenne de satisfaction.
Par-delà ces méthodes classiques,
l’Inao donne maintenant la possibilité de proposer une autre méthode de suivi de la qualité supérieure. L’ACLR a ainsi mis en place une méthode innovante de suivi de la qualité du Charolais Label
rouge, et fait désormais appel à un
jury interne (lire ci-contre). Cela
fait trois ans que l’ACLR met en
œuvre ce jury interne de dégustation. Quinze animaux Charolais
Label rouge ont été dégustés, deux
animaux Charolais Primeur et six
vaches laitières. Aucun échantillon de Charolais Label rouge ne
s’est révélé non conforme. La qualité finale du produit Charolais Label Rouge est un enjeu pour toute
la filière. Le jury interne est donc
un outil primordial de suivi et de
réajustement. ■
Plume de chef…
QUALITÉ. Charolais Label
rouge : la garantie gustative
À s’en pourlécher les badigoinces,
dit-on !…. Patrick Bertron, trois
étoiles au Michelin, propose aux
gourmets dix des « recettes
mythiques » du chef Bernard Loiseau, en en dévoilant « tous les
secrets », promet l’AOC Bœuf de
Charolles, sur son site internet
(www.boeufdecharolles.fr). À
découvrir, donc, le fameux “filet de
Bœuf de Charolles AOC, carré jardinier et tartare au
poivre de cassis”.
Après avoir secondé Bernard Loiseau, pendant
vingt ans, au restaurant La Côte d’or, à Saulieu, en
Bourgogne, Patrick Bertron a pris la direction des
cuisines il y a dix ans, à la mort de Bernard Loiseau,
assurant la relève avec Dominique Loiseau, sa veuve. “Au Relais Bernard-Loiseau, avec Patrick Bertron”, 32 €, aux éditions La Martinière.
saveurs acides et grillées.
Les résultats obtenus sont
ensuite comparés au profil
type de la viande charolaise
Le jury de l’ACLR
(Association Charolais Label Label rouge, pour
déterminer leur conformité.
rouge) est un groupe d’une
Cette méthode, si elle est
vingtaine de personnes,
lourde à mettre en œuvre,
d’horizons et de profils
différents : éleveurs, éleveurs présente plusieurs
avantages par rapport aux
récemment retraités,
tests classiques. Elle permet
membres de la filière
(responsables qualité, etc.) Il de tester plus d’animaux
chaque année, et les
comprend aussi des
résultats peuvent être
consommateurs avertis,
exploités plus finement. En
sensibles à la race
charolaise. Ce jury se réunit effet, un maximum
d’informations est récolté
au moins deux fois par an
sur chaque animal
pour déguster trois
(alimentation, événements
échantillons de viande
particuliers, données
Charolaise Label rouge, et
d’abattage, etc.)
un produit standard de
Par ailleurs, cela permet de
comparaison. Le jury
tester la qualité sensorielle
dispose d’une grille de
d’autres produits, comme le
notation, et juge pour
Charolais Primeur que
chaque morceau de viande
la couleur, l’odeur, la texture l’ACLR souhaite développer
(tendreté, jutosité, présence dans le cadre d’une filière
Label Rouge.
de nerfs), les arômes et les
LE JURY
LABEL ROUGE…
alliances › n° 53 › mars 2014 › 25
www.bernard-loiseau.com
“Au Relais Bernard-Loiseau, avec
Patrick Bertron” : un livre-hommage
au grand chef bourguignon… et au
Bœuf de Charolles AOC
sicarev
ROANNE, LAPALISSE, SAINT-ÉTIENNE, SURY-LE-COMTAL
RENCONTRE
Philippe Dumas à Guillaume
Garot, le ministre de l’Agroalimentaire: «Soyez aux côtés des
exportateurs! Facilitez nos
exportations!»
L’atelier de découpe de Lapalisse, dans l’Allier.
EXPORT. Sicarev-Tradival : 40 000 tonnes
de viande bovine et porcine
exportées partout dans le monde
Par-delà son importante activité
d’exportation de bovins maigres au
travers de sa filiale Deltagro Union,
désormais le premier exportateur
français de bovins, le groupe
roannais exporte en Europe et
jusqu’en Asie, près d’un tiers des
porcs découpés dans ses ateliers.
D
❙ Dominique Ramond, Sicarev
& Guillaume Caron, Tradival
ans un marché mondialisé, l’exportation
est un atout indispensable, à la fois pour valoriser certaines pièces ou sous- produits bovins
ou porcins, et pour garantir l’équilibre offredemande sur le marché national.
FILIÈRE PORC: 30% du volume découpé
est exporté (20% en frais, 10% en congelé). Les pays européens sont un marché de dé-
■
gagement et de fluidisation du marché pour la
longe, ou de meilleure valorisation pour les
épaules et les poitrines, voire un débouché
spécifique pour le jambon gras et lourd.
Les produits sont généralement vendus “rendus” : les entreprises françaises doivent donc
gérer la logistique; c’est pourquoi, l’Allemagne
occupe une situation avantageuse à l’égard des
pays de l’Est. Les ventes, souvent effectuées en
direct, présentent un risque financier important et impliquent de souscrire à une assurance-crédit (règlement à soixante jours).
L’Europe est un marché d’opportunité : la fidélisation des clients est aléatoire, car la
concurrence est forte et le prix, européen.
La vente en frais concerne plutôt des produits
nobles: jambons lourds avec pieds et poitrines
vers l’Italie ; poitrines, longes, têtes vers l’Espagne et la Belgique ; carcasses et gras vers la
Grèce et les pays de l’Est ; épaules avec os vers
la Pologne.
La vente en congelé concerne les produits désossés, carrés, maigres, gras à destination du
Danemark (bien que grand exportateur, le
pays manque de certaines pièces, des ribs par
26
exemple), de l’Angleterre (carrés, spare ribs),
ou des pays de l’Est.
Autres destinations : le gras et les abats vers la
Russie; les pieds et les estomacs vers l’Asie; les
cotis et les queues vers l’Afrique. L’agrément
des abattoirs pour ces destinations sont un
plus indéniable quant à la valorisation de certains produits ; il est indispensable que l’administration française nous aide à avancer sur
ce sujet : il faut parfois trois années pour obtenir un agrément après une visite d’audit positive.
principaux clients en viande fraîche. L’Ita-
■ FILIÈRE BŒUF: l’Italie et la Grèce, les deux
lie achète essentiellement des arrières de jeunes bovins bien conformés (U- minimum),
clairs, bien finis, plutôt couverts, mais pas trop
lourds. Les Italiens sont aussi acheteurs de
jeunes bovins entiers de bonne, voire de très
bonne conformation.
Les Grecs, eux, sont acheteurs d’avants de
jeunes bovins, plutôt lourds et pas gras, tout
juste cirés. Comme leur voisins italiens, ils
achètent également des carcasses de jeunes
bovins entiers charolais plutôt maigres et
clairs. À noter également, l’exportation de
foies de bovins frais vers ce pays.
Les autres pays acheteurs de viande bovine
sont l’Allemagne pour des pièces arrières sous
vide, provenant essentiellement de jeunes bovins laitiers, mixtes ou de races à viande, de
conformation moyenne. C’est un marché qui
explose au moment des fêtes de fin d’année,
cette viande servant à réaliser des plats festifs,
tels que roulade et la fondue.
La Belgique est aussi un pays qui nous achète
de la viande bovine, essentiellement des quartiers avants et Capa sous vide.
À noter enfin l’exportation de viande congelée:
des cœurs, des foies et des pieds vers la Russie et l’Afrique ; et un panel de produits assez
complet vers la Chine (aorte, nerf collier, fauxfilet, bavette, tendon cuisse, testicule). La Chine : un marché très diversifié et en plein développement. ■
Le 30 janvier, à Lyon, Guillaume Garot et
Nicole Bricq, les ministres de l’Agroalimentaire et du Commerce extérieur, ont
rencontré les entreprises. But de la rencontre: le développement de l’exportation. «Pour exporter,
il faut être compétitifs, et pour être
compétitifs, l’administration doit nous
aider», plaide Philippe Dumas. Nous
aider? «Pas de surréglementation à la
française, sauf si c’est un moyen de protéger le marché français ou si ça nous
aide à exporter, explique le président de
Sicarev. Le rôle de l’administration,
insiste-t-il, doit être aussi de faciliter les
exportations, c’est-à-dire d’être réactif
dans la délivrance des documents
nécessaires à l’exportation et être au
côté des exportateurs.»
L’enjeu est considérable et il tient en
deux chiffres: près d’un million de bovins et plus de 700000 tonnes de carcasses (bovines et porcines) sont exportés chaque année. Les exportations,
souligne le président de Sicarev, sont
une ressource «vitale» pour les entreprises, en leur offrant un débouché qui
aide à la régulation du marché national.
Elles permettent aussi de valoriser, sur
les marchés internationaux, certaines
pièces non consommées en France.
Reste une réalité et cette réalité est
préoccupante pour les entreprises
d’abattage-transformation, qui, selon
FranceAgriMer, enregistrent des
résultats courants négatifs en viande
porcine (-0,02%) et légèrement positifs
en viande bovine (0,01%). «Nos coûts
de production – la main-d’œuvre
notamment –, ajoute Philippe Dumas,
sont supérieurs à ceux de nos voisins
(Allemagne, entre autres). D’où la
nécessité d’un CICE (crédit d’impôt
emploi-compétitivité) orienté vers le
secteur industriel français pour
conserver, voire reconquérir des parts
de marchés à l’export pour des
produits transformés.» ■
À l’heure où nous mettons sous presse, le
gouvernement annonce la création d’un “comité
export”, dont la première réunion, le 17 mars,
concernera la filière bovine.
alliances coopératives
ACTIS BOVINS, CHAROLAIS HORIZON, COOPÉRATIVE DU MÉZENC, COVIDO-BOVICOOP, DAUPHIDROM
w w w . a l l i a n c e s . c o o p
ANIMATIONS EN MAGASINS : « Importantes pour WEB. Nouveau sur
Alliances.coop : la mise
l’image de notre profession et de
en contrat par lots
notre groupe Sicarev » [Jean Laurent]
Éleveur à Saint-Léon,
dans l’Allier, adhérent à
Covido-Bovicoop, Jean
Laurent participe aux
animations en magasins
depuis 2009. Parmi les
intérêts de ces animations, selon lui : « Faire
connaître aux consommateurs notre groupement de producteurs et
notre organisation en
filière, pour les rassurer
sur la traçabilité, le bienêtre et l’alimentation de
nos animaux. »
– Comment avez-vous
commencé les animations
en magasins ?
– J’ai commencé en 2009,
juste après plusieurs crises sanitaires (ESB, FCO…) La demande d’information des
consommateurs était forte à
cette période. De notre côté,
nous voulions faire connaître
nos produits et notre métier.
Je me suis donc lancé dans
l’animation avec un peu d’appréhension, mais qui a été
très vite oubliée par le contact
humain très enrichissant que
ces animations nous apportent. Nous avons été formés
pendant trois jours, pour savoir comment réaliser ces animations.
– Comment se déroulentelles ?
– Florian Chataignier me
contacte lorsque des animations sont prévues en magasins. Nous regardons ensemble mes disponibilités. Je
me rends soit seul soit accompagné d’un autre animateur dans ces grandes sur-
soit plus concret. Dans l’ensemble, nous avons beaucoup
de retours positifs des consommateurs et des chefs bouchers, surtout sur le fait que
nous sommes avant tout des
éleveurs et non des salariés
professionnels de l’animation.
« Nous gardons le contact avec les
consommateurs, ce qui nous apporte
un regard extérieur sur notre
profession. » [Jean Laurent]
faces. Préalablement, nous récupérons stand, nécessaire de
dégustation, fiches recettes,
ordre de mission et, éventuellement, l’adresse de notre hébergement. Sur place, nous
nous présentons à l’accueil.
Puis nous sommes dirigés sur
le lieu précis de notre animation, où nous préparons notre
stand. Ensuite, nous abordons les consommateurs à
l’aide des fiches recettes, puis,
vers 10 h 30 et vers 16 h, nous
faisons déguster les viandes.
– Quelles sont les attentes
des consommateurs et des
chefs bouchers ?
– Les consommateurs nous
posent beaucoup de questions
pour savoir comment lire une
étiquette sur les barquettes ;
la traçabilité est importante
pour eux. Ensuite, viennent
souvent les questions sur le
bien-être animal et l’alimentation des animaux, comment
ils sont élevés, combien de
temps ils passent en pâture,
etc. Pour ma part, j’amène des
photos de mon exploitation et
de mes animaux pour que ce
– Quelle conclusion pouvezvous tirer de ces quatre
années d’animations ?
– Ces animations sont, je pense, importantes pour l’image
de notre profession et de notre groupe Sicarev. Cela permet aussi de faire connaître
aux consommateurs notre
groupement de producteurs
Principal avantage de cette
fonctionnalité nouvelle : la rapidité.
Explications en cinq étapes.
1. Dans l’inventaire de votre cheptel (qui peut
désormais être trié selon les numéros, les
dates de naissance…) cochez les animaux à
mettre en contrat (les animaux repérés par
une croix rouge sont déjà en contrat).
2. Confirmez votre sélection, en cliquant
sur… “confirmer votre sélection”, en bas de
l’inventaire.
RECHERCHONS
des éleveurs intéressés
pour participer aux animations en magasins.
Plus de renseignements auprès de votre
groupement ou de Florian
Chataignier, à Charolais
Horizon, 03.85.81.78.78.
3. Renseignez, dans le formulaire qui s’affiche, la catégorie de l’animal, la date de sortie prévue, le poids et la conformation estimés à la sortie.
et notre organisation en filière pour les rassurer sur la traçabilité, le bien-être et l’alimentation de nos animaux.
De plus, nous gardons le contact avec les consommateurs
ce qui nous apporte un regard
extérieur sur notre profession. Je vais bientôt partir en
retraite et je continuerai avec
toujours autant de plaisir à
faire ces animations.
❙ Florian Chataignier
4. Enregistrez vos mises en contrat, en cliquant sur… “enregistrer vos mises en contrat”.
Important : le formulaire doit être complet ; un
formulaire incomplet ne serait pas enregistré.
Charolais Horizon
L’exploitation de Jean Laurent: 75 ha, 55 vêlages, race
charolaise, système naisseur et
engraisseur de femelles.
5. Retrouvez et vérifiez vos mises en contrat
dans la rubrique “vos documents personnels”, où elles sont classées par dates. En
cas d’erreur de saisie, contactez votre
groupement.
❙ Florian Chataignier
EN 2013
40 animations
73 journées
■ 14 animateurs
■ 11 départements :
grand quart sud-ouest
de la France
■
■
alliances › n° 53 › mars 2014 › 27
actis bovins
LOIRE
Ventes de
troupeaux
■■■
GAEC DE SALIGNY
familiale de
cinq associés (et un projet d’installation dans les
prochaines années).
■ 260 ha de SAU, dont
35 ha de céréales, 25 ha
de maïs ensilage et
200 ha de prairies.
■ Cheptel mixte de 90 vaches laitières prim’holsteins (vêlages étalés
tout au long de l’année)
et 130 charolaises
(vêlages de juillet à
décembre).
■ Système naisseur (broutards, laitonnes) et
vaches de réforme
finies.
■ Exploitation
Actis Bovins et
Sicarev organisent
plusieurs ventes de
troupeau en ce
début d’année :
Le troupeau
prim’holstein
d’Alain Chmara, le
19 mars 2014, à
L’Hôpital-le-Grand
(Loire) :
– vaches au lait et
génisses prêtes ;
– stabulation aire
paillée ;
– système herbe
+ maïs.
■
Le troupeau
montbéliard de la
SCEA Fraisse-laCôte, le 26 mars,
2014, à Usson-enForez (Loire) :
– vaches au lait et
génisses tous
âges ;
– stabulation aire
paillée ;
– système herbe
+ maïs.
■
Le troupeau
prim’holstein et
brune de l’EARL
Champs Verts en
Forez, le 2 avril
2014, à SaintÉtienne-le-Molard
(Loire) :
– vaches au lait et
génisses prêtes ;
– stabulation aire
paillée ;
– système herbe
+ maïs.
■
Les catalogues
seront disponibles
sur le site
www.alliances.coop.
Plus d’information
auprès d’Yves
Alligier, au
06.31.49.39.27.
28
Robert Subtil : « Le risque sanitaire existe, mais pas plus que s’il y avait deux bâtiments proches l’un de l’autre. »
De gauche à droite, Baptiste, Robert, Thomas et André Subtil.
GAEC DE SALIGNY. Un troupeau laitier, un
troupeau allaitant, 220 vaches
sous un même toit : « Que des
avantages », selon Robert Subtil
Économie d’échelle,
meilleures conditions
de travail, distribution
plus rapide des rations, surveillance des
animaux plus efficace :
un bilan positif après
deux années d’utilisation.
2
010. Le Gaec de MariePierre, Robert et André
Subtil accueille deux nouveaux associés, Baptiste et
Thomas Subtil. La surface
de l’exploitation et le cheptel augmentent, avec la reprise de quotas laitiers et al-
laitants (PMTVA). Mais la
place manque pour loger
tous les animaux durant
l’hiver. De plus, les bâtiments existants ont des dimensions trop restreintes
pour mécaniser l’alimentation et le paillage. Ils accueilleront les génisses de
renouvellement (prim’holsteins et charolaises). Les
associés décident donc de
construire une stabulation
unique pour loger les vaches laitières et allaitantes.
Pourquoi deux troupeaux
sous un même toit ? Pour
des raisons économiques
d’abord : un seul bâtiment
coûte moins cher que deux ;
Début de la construction : fin 2010.
Bâtiment construit par les exploitants
eux-mêmes. Mise en service : fin 2011.
■ Surface : 3 900 m² (120 m X 32,8 m).
Couloir d’alimentation central (5,50 m).
Charpente métallique avec bardage
Agriconfort, toiture en tôle avec Agri
system.
■ Capacité de logement : 100 vaches
laitières et 120 vaches charolaises
avec leurs veaux. Nurserie de 30 veaux
laitiers de 0 à 3 mois. Salle de traite :
2 x 8, avec traite par l’arrière. Laiterie.
■
les équipements sont mieux
valorisés, car utilisés pour
les deux troupeaux (deux
bâtiments auraient nécessité deux caméras de surveillance, deux couloirs
d’alimentation, deux fosses
ou deux fumières…) Pardelà l’avantage économique, les éleveurs améliorent
aussi leur travail, en rapidité et en confort, puisque
toutes les vaches sont regroupées, d’où une plus
grande efficacité: deux heures de travail le matin ; une
heure et demie le soir. Autre
point important : la surveillance des animaux (chaleurs, maladies…) Elle est
Vaches laitières : logettes avec aire
d’exercice sur caillebotis et fosse de
1 200 m3. Vaches allaitantes : aire
paillée et aire raclée, avec écoulement
dans la fosse des laitières. Surface par
vache et veau : 13 m². Veaux laitiers :
cases individuelles sur caillebotis en
bois et cases collectives pour les
femelles.
■ Caméra de vidéosurveillance sur toute
la longueur du bâtiment. Accès au
couloir d’alimentation latéral. Accès
direct aux silos.
■
réalisée
simultanément
pour les vaches laitières et
les vaches allaitantes (pendant l’alimentation, la traite ou le raclage). La caméra,
installée sur toute la longueur du bâtiment, permet
de surveiller les deux troupeaux.
Et sur le plan sanitaire ? Les
éleveurs n’ont quasiment
pas modifié leur plan de
prophylaxie annuel, hormis
les vaccins qui sont administrés à toutes les laitières
(déjà pratiqués sur les charolaises) pour les diarrhées
des veaux, car des animaux
sont présents dans le bâtiment toute l’année. Des
vaccins étaient déjà pratiqués avant la construction
du bâtiment. Pour le moment, les associés n’ont rencontré aucun problème sanitaire majeur au cours des
deux années écoulées. Robert Subtil : « Effectivement, le risque sanitaire
existe, mais pas plus que s’il
y avait deux bâtiments proches l’un de l’autre. »
Un premier bilan après
deux années d’utilisation ?
Aucun regret. « Que des
avantages », estime Robert
Subtil, qui estime disposer
désormais d’un outil de travail performant, qui a permis d’améliorer les conditions de travail des associés,
tout en gagnant du temps.
❙ Charles Pardon
coopérative du mézenc
HAUTE-LOIRE
◗ Concours
interrégional
Limousin. La
Coopérative du
Mézenc félicite ses
trois éleveurs
sélectionneurs
limousins – Pascale
Fournier, Gilles
Cubizolles et Nicolas
Peyrard (Gaec
Minival) – pour leur
participation au
concours
interrégional
limousin, les 26 et
27 octobre dernier.
Cette participation et
les bons résultats
obtenus soulignent
un travail de
sélection rigoureux.
◗ Commission
“PMBE élargie”.
L’année 2013 était la
dernière année du
plan de
modernisation des
bâtiments d’élevage
de la région
Auvergne (PMBE
élargi), pour des
projets d’un montant
compris entre
4 000 € et 15 000 €.
La Coopérative du
Mézenc a
accompagné cinq
adhérents pour
monter leur dossier
afin qu’ils puissent
prétendre aux
subventions et ce,
malgré des signes
défavorables quant à
l’obtention de ces
dernières. Bonne
nouvelle : lors de la
dernière commission, en novembre,
l’ensemble des
éleveurs (JA, laitier et
allaitant non JA) a
obtenu un accord de
subvention.
Près de dix boucheries sont d’ores et déjà engagées avec VLF pour leur approvisionnement en viande AOC Fin Gras du
Mézenc, avec une demande croissante. Objectif pour 2014 : 70 bovins commercialisés.
QUALITÉ. AOC Fin Gras du Mézenc :
grâce à VLF, la Coopérative du
Mézenc en position de force
AOC-phare de la
viande bovine de
Haute-Loire, la notoriété
du Fin Gras va bien audelà des frontières des
Monts du Mézenc.
L’
histoire du Fin Gras avec
la Coopérative du Mézenc
(CEBM) et la cheville Viande
Limousine Forez (VLF) débute en 2010 (20 bovins commercialisés, 45 en 2012). Reconnue par les bouchers pour
ses qualités gustatives et forte d’une bonne image auprès
des consommateurs, la viande
de Fin Gras ne tarde pas à
composer les commandes de
certains bouchers de la zone
de chalandise de VLF., ainsi
qu’en témoigne Benoît Jay,
commercial à VLF et responsable des approvisionnements de la cheville en gros
bovins : « Pour un de nos
clients de Rhône-Alpes, qui
ouvrait un nouveau magasin,
la viande AOC Fin Gras du
Mézenc a réellement permis
de dynamiser les ventes de
l’ensemble du magasin, en se
positionnant comme un produit d’appel. Nous nous devions de nous positionner sur
ce segment. »
« On aime savoir
pourquoi on travaille »
[Jean-Pierre Demars]
En 2013, Benoît Jay et Michaël Peyrache, technicocommercial à la Coopérative
du Mézenc, décident de recréer un lien entre l’amont et
l’aval en prospectant conjointement des éleveurs ne reconnaissant pas jusque-là la coopérative comme étant impliquée dans la démarche AOC.
Bien appréciée par les éle-
La publicité
“Limousine des Monts
du Velay” rééditée
Le Syndicat limousin de Haute-Loire, présidé
par Gilles Cubizolles (Saugues), a décidé de
réviser sa PLV (publicité sur les lieux de vente)
pour les enseignes commercialisant la viande
de marque Limousine des Monts du Velay. Par
la même occasion, les pancartes de l’ancien
Label rouge Tendre Saveur, dont disposaient
les éleveurs, seront remplacées par de
nouvelles pancartes à l’image de la marque.
veurs, cette initiative a permis
de commercialiser 59 bovins.
Jean-Pierre Demars, éleveur
à Saint-Front (Haute-Loire) :
« La venue de Benoît Jay et
de Michaël Peyrache sur l’exploitation n’a pas été un élément déclencheur, puisque je
commercialisais déjà toute
ma production avec la Coop
du Mézenc, mais elle peut
l’être pour d’autres personnes. On aime savoir pourquoi
on travaille, ce que deviendront nos animaux et montrer notre métier d’éleveur. »
Aujourd’hui, près de dix boucheries sont engagées avec
VLF pour leur approvisionnement en viande AOC Fin
Gras, avec une demande
croissante. Pour 2014, l’opération “lien amont-aval” sera
renouvelée. Objectif : 70 bovins commercialisés.
❙ Rémi Fenouillet
◗ Commande groupée de nourrisseurs
auprès de nos fournisseurs Satène et
CK Industries. À votre disposition, une
gamme complète de
nourrisseurs de 2 à
4 m, en version “aliments” ou “fibres”.
Plus d’informations
auprès de votre technicien de secteur.
◗ Nouveauté. Satène a développé un
nourrisseur 3 m,
double parcs, d’une
capacité de 2 000 litres. L’intérêt : une
longueur d’auge doublée par rapport au
modèle traditionnel.
Un nourrisseur facile
à déplacer et à remplir avec ses parcs
pliables.
◗ Subventions bâtiments. Le contrat de
plan État-Région
2007-2013 vient de
se clôturer avec de
bonnes nouvelles
pour les éleveurs
ayant déposé un
dossier de financement, puisqu’une
enveloppe supplémentaire a pu être
débloquée pour
financer tous les
dossiers déposés en
2013.
◗ Subventions bâtiments 2014. Nous
ignorons encore
comment se mettra
en place le programme de subventions annoncé lors du
dernier Sommet de
l’élevage. Nous invitons les adhérents
ayant un projet de
bâtiment neuf ou
d’aménagements
(contention, vidéo…)
à se faire recenser
auprès de Rémi
Fenouillet, au
06 38 50 86 24, pour
qu’il vous informe au
fur et à mesure des
informations
disponibles.
alliances › n° 53 › mars 2014 › 29
charolais horizon
SAÔNE-ET-LOIRE
◗ Bienvenue à Frédéric Chambosse,
REPROS
nouveau technicien
bouvier au centre
d’allotement de Vitryen-Charollais. Il remplace Fabrice Raquin
qui a décidé de s’installer.
Vente de
reproducteurs, le
7 mars 2014, à
Charolais Horizon
(Vitry-enCharollais)
Journée
promotionnelle
sur le parc
matériel sur
place, à Vitry-enCharollais.
◗ Bienvenue à
technico-commercial, en remplacement de Thierry
Bodet sur le secteur
d’Étang-sur-Arroux.
◗ Label Rouge. Point
important du cahier
des charges : les aliments doivent être
sans urée et référencés en phase d’élevage et de finition.
◗ Filet brise-vent:
REPRODUCTEURS. Un large choix
accompagné par Charolais Horizon
Comme chaque année,
les ventes de
reproducteurs se sont
succédées cette fin
d’hiver. Les techniciens
de Charolais Horizon
sont à votre disposition
pour vous conseiller
dans le choix de vos
reproducteurs et l’achat
de vos futurs géniteurs.
Les ventes UCC (Union
Charolais croissance). 220
■
animaux testés et évalués,
tous issus d’accouplements
raisonnés entre père et mère à
taureaux. Les ventes se sont
déroulées à Charmoy (les
15 janvier, 29 janvier et 5 février) et à Créancey, le 26 février. Détails et comptes rendus parus dans la presse régionale sur www.charolaiscroissance.fr.
■ Station de Jalogny. 89 reproducteurs de haut niveau,
issus de 77 élevages et 11 départements, ont été mis en
vente le 21 février, après avoir
passé 128 jours à la station de
Jalogny. Le détail des performances des animaux sur
www.stationevaluation71.co
m, rubrique “millésime”.
Journée porte ouverte, à
Charolais Horizon, le 7 mars.
■
Une journée spécialement dé-
nouveau fournisseur. Charolais Hori-
zon propose une
nouvelle gamme de
filets brise-vent
adaptés à vos
besoins. Contactez
votre service technique.
◗ Tubulaire. Profitez
de la basse saison
pour contacter Charolais Horizon afin
d’étudier vos projets.
GEN & TECH
Gen & Tech, “l’événement génétique par
nature”, aura lieu les 28, 29 et 30 mars, au
parc des expositions de Châlon-sur-Saône.
Au programme, notamment : plus de 200
bovins, des concours, des animations, des
débats… « Notre volonté, expliquent les
organisateurs, est de présenter les
techniques, outils et ressources, dédiés à
l’agriculture d’aujourd’hui que sont la
génétique, les biotechnologies, les
nouvelles technologies, les filières,
l’enseignement agricole, la formation. »
››› Détails sur facebook.com/gen.et.tech
À visiter : le stand de Charolais Horizon,
partenaire du salon Gen & Tech
30
diée à la vente de reproducteurs des adhérents de Charolais Horizon. Tous les élevages adhèrent au contrôle de
performances.
Vente permanente en ferme. Découvrez les reproduc-
■
teurs des adhérents de Charolais Horizon, tout au long de
l’année. Contactez votre technicien pour l’achat de reproducteurs. La liste des élevages
de la section “reproducteurs”
est disponible sur www.alliances.coop.
un délai de paiement de 90
jours fin de mois, pour l’achat
de reproducteurs en station.
❙ Pierre-Antoine Comte
■ Le
Les fourrages produits en 2013 sont
légèrement meilleurs que ceux de
2012, sans toutefois battre des
records. Les ensilages de maïs s’en
sortent très bien,
avec des valeurs
énergétiques intéressantes et des
volumes satisfaisants. Les ensilages d’herbe sont
plus Charolais Horizon:
Claas
Fabrice Benigaud,
Fourrages 2013 :
légèrement
meilleurs que 2012
décevants en ce qui
concerne la teneur
en matière azotée,
en raison d’une
récolte trop tardive.
Les foins sont
moyens et similaires à ceux de
l’année 2012. Les
enrubannages sont
meilleurs qu’en
2012. Retrouvez
toutes les caractéristiques détaillées
sur le site
Alliances.coop
(page Charolais
Horizon) ou sur
demande à Charolais Horizon.
charolais horizon
Bourgogne du Sud et Charolais Horizon, un
partenariat entre céréaliers et éleveurs au
service de la filière régionale bovine
Conforter l’élevage en
amont, conforter l’élevage
en aval, conforter l’élevage
sur le plan économique : à
l’heure où les pouvoirs
publics encouragent la
contractualisation, le rapprochement entre céréaliers
et éleveurs, la structuration
et la proximité, les deux
coopératives de Saône-etLoire montrent l’exemple.
L
’objectif du partenariat entre
Bourgogne du Sud et Charolais
Horizon se résume en trois points,
explique Roland Guillaume, responsable du service “élevage” de
Bourgogne du Sud. Premier objectif, conforter l’élevage à l’amont : « Nous souhaitons contribuer au développement et au
maintien des troupeaux naisseurs et naisseurs-engraisseurs.
Nous envisageons de créer ensemble des ateliers d’engraissement, notamment en zone Bresse
où des bâtiments sont vides et où
la production de fourrage (maïs)
est plus naturelle. »
Deuxième objectif, conforter l’éle-
vage en aval : « Bourgogne du
Sud, au travers de ce partenariat,
souhaite s’investir dans une organisation en filière, via la mise
en place de la contractualisation.
Nous sommes conscients de l’importance d’avoir des outils industriels régionaux forts, comme les
abattoirs du groupe Sicarev, et
nous souhaitons apporter notre
pierre à l’édifice. »
Troisième objectif, conforter l’élevage sur le plan économique,
« une priorité pour nous, insiste
Roland Guillaume. Nous sommes
persuadés d’obtenir de meilleurs
résultats par une technicité sans
cesse améliorée. C’est le travail au
quotidien des équipes de Bourgogne du Sud et de Charolais Horizon, notre souci commun étant
la maîtrise des coûts de production. » De plus, Bourgogne du Sud
dispose d’un service en nutrition
animale : offre granulés (en partenariat avec Philicot), offre mash
spécifique, matières premières en
l’état, céréales… qui « permettent
d’apporter aux éleveurs des solutions technico-économiques ».
Pour François Chaintron, le directeur de Charolais Horizon, le
partenariat s’inscrit résolument
dans une démarche « gagnantgagnant ». François Chaintron :
« Nos deux coopératives mettent
Le 26 juin, à Verdun, les responsables de Charolais Horizon et de Bourgogne du Sud ont
officialisé leur partenariat dans un projet commun d’organisation de filière.
« Nous sommes persuadés d’obtenir de
meilleurs résultats par une technicité sans
cesse améliorée. » [Roland Guillaume,
Bourgogne du Sud]
des moyens en communs, car elles
sont sur les mêmes fondamentaux : créer des filières organisées
et complètes pour les adhérents,
grâce aux services qu’elles proposent, leur organisation ou investissement dans l’aval. » En valorisant des céréales et des oléagineux
par les filières animales, les filières des deux coopératives sont
« très complémentaires », poursuit François Chaintron. D’autant
que les adhérents de Bourgogne
du Sud sont majoritairement des
polyculteurs-éleveurs.
« Des moyens ont été engagés sur
le terrain et portent déjà leurs
fruits tant sur le plan de nouveaux adhérents que sur la
contractualisation de la production bovine. Une mise en commun
des moyens techniques et approvisionnement a également été
réalisée afin de structurer le service et l’offre aux adhérents. » ■
BOURGOGNE
DU SUD
Chiffre d’affaires :
285 000 000 €
■ 1 500 adhérents,
dont 1 200
éleveurs en
Saône-et-Loire et
Côte-d’Or
■ 7 techniciens
d’élevage
■ Bourgogne du Sud
travaille en
partenariat avec
deux fabricants de
proximité implantés
à Chagny (Philicot)
et Chalon-surSaône (Sanders
Aurore) pour la
fourniture
d’aliments
composés.
■
alliances › n° 53 › mars 2014 › 31
covido-bovicoop
PUY-DE-DÔME, ALLIER, CREUSE
◗ Réunions de secteur automne
2013. Nos six ren-
dez-vous annuels
d’automne entre
adhérents et salariés
de la coopérative
ont rassemblés cette année plus de
XXX éleveurs. Bilan
de l’activité de la
coop, situations des
marchés et services
techniques apportés
aux adhérents ont
été les principaux
thèmes abordés.
ENGRAISSEMENT. « Nous avons réfléchi notre projet dans
le cadre d’un contrat sécurisé, car il n’est pas
concevable que l’atelier d’engraissement mette
en péril l’exploitation » [Romain Chauffour]
Avec l’offre hébergeur proposée par Agrotech-Systèmes solaires et CovidoBovicoop, « nous n’avons à
notre charge que les aménagements intérieurs. Cela
représente une annuité de
2 300 € contre 28 000 à
30 000 € si nous avions dû
prendre en charge la totalité du bâtiment ». [Romain
Chauffour]
◗ Bienvenue à
Arnaud Lhuillier et
Romain Basmaison. Depuis mi-
novembre, Arnaud
Lhuillier a remplacé
Thomas Burckel à la
maintenance du
centre de Champs.
Bonne chance à
Thomas dans sa
nouvelle aventure
professionnelle et
merci à lui pour le
travail réalisé au
centre d’allotement.
Romain Basmaison
a rejoint l’équipe
logistique de Covido-Bovicoop pour
une mission de collecte des veaux laitiers. Bienvenue à
tous les deux !
REPROS
Covido-Bovicoop vient
d’adhérer au programme
UCC (Union charolais croissance), qui réunit coopératives d’insémination et
coopératives commerciales.
Les meilleurs mâles issus
d’accouplements raisonnés
entrent en station de contrôle individuel (Montrondles-Bains, dans la Loire,
pour les animaux des
adhérents de Covido-Bovicoop). À l’issue du contrôle,
les deux ou trois meilleurs
mâles sont conservés par
l’UCC pour être utilisés en
accouplements raisonnés ;
les autres sont vendus lors
d’une vente aux enchères.
››› Renseignements :
Hervé Poudevigne,
06.88.21.00.29.
32
Des panneaux solaires pour
réduire les annuités, un contrat
d’engraissement sécurisé pour
limiter les risques, un projet de
valorisation des effluents : les
explications de Romain
Chauffour.
– Depuis longtemps, nous souhaitions
valoriser nos animaux et notre génétique par la finition. Nous pensons
qu’à terme le marché européen sera
davantage porteur pour des animaux
finis que pour les broutards. Le prix
dites voir…
Sylvie Menon, conseillère de
gestion, CerFrance Puy-deDôme Avenir :
« Pour ce projet, il y
a encore des points
à affiner (gestion de
l’excédent d’effluent, le régime fiscal et social et le
juridique). En considérant la
marge dégagée par cette nouvelle activité, mais aussi les ajustements des aides Pac et les
investissements, le scénario
“activité JB” est équivalent au
scénario “volailles”. Cela dit, ce
projet présente l’opportunité
d’investir à moindre coût dans
un bâtiment, de mutualiser le
matériel de l’atelier vache allaitante et une proposition de
contrat d’engraissement avec
Covido-Bovicoop et Sicarev qui
présente des garanties de prix.
C’est un pari sur l’avenir qui se
base sur l’évolution des marchés
et des consommateurs. »
du maigre s’est maintenu jusqu’à
maintenant avec la baisse du cheptel
souche suite à la crise FCO, à la sécheresse de 2011 et le marché des céréales. Mais qu’en sera-t-il demain ?…
– Où en êtes-vous, aujourd’hui ?
– Nous venons de déposer un permis
de construire pour deux bâtiments,
dont un pour l’engraissement dans le
cadre de l’offre hébergeur proposée
par Agrotech-Systèmes solaires et Covido-Bovicoop. C’est une opportunité
pour nous de mettre en route ce projet sans dépasser notre capacité d’emprunt. Nous n’avons à notre charge
que les aménagements intérieurs. Cela représente une annuité de 2 300 €
contre 28 000 à 30 000 € si nous
avions dû prendre en charge la totalité du bâtiment.
– Comment cet atelier sera-t-il
intégré à votre système ?
– Cet atelier devrait permettre d’installer notre cousin qui, à terme, devrait reprendre l’exploitation de notre
père. En parallèle, on arrêtera le poulailler en location, pour ne conserver
que celui de notre père. En ce qui
concerne l’assolement, nous augmenterons la surface en maïs ensilage et
nous envisageons de convertir 20 ha
de blé en épeautre, une culture plus
adaptée à nos terrains, avec des rendements similaires et qui convient
bien à l’engraissement. Notre ration
devrait intégrer aussi une part importante de pulpe de betterave surpressée
disponible à proximité.
– Quelle rentabilité espérez-vous ?
– Nous avons réfléchi notre projet
dans le cadre d’un contrat sécurisé, car
il n’est pas concevable que l’atelier
d’engraissement mette en péril l’exploitation. Le contrat sécurisé propo-
GAEC DE VORTON
Damien et Romain Chauffour
installés en Gaec, en 2008, à
Escoutoux (Puy-de-Dôme).
■ 145 ha de SAU (115 ha de
prairies, 20 ha de blé, 10 ha de
maïs ensilage).
■ 100 vaches allaitantes et un
poulailler en location.
■
sé par Covido-Bovicoop et Sicarev offre cette sécurité. D’après l’étude de
notre centre de gestion, la marge brute dégagée devrait être de 12 000 à
18 000 €. À nous de sécuriser notre
approvisionnement en alimentation.
– Ce contrat a-t-il modifié votre
projet ?
– Initialement, nous pensions surtout
engraisser nos animaux, complétés
par des achats. Mais l’opportunité du
bâtiment dont la capacité est de 140
places et les conditions du contrat sécurisé nous amène à revoir notre projet initial. Nous partons aujourd’hui
sur un atelier avec des entrées et des
sorties tout au long de l’année, comme
le prévoit le contrat. À nous d’intégrer
nos animaux dans cette rotation.
– Comment voyez-vous la mise en
route ?
– On peut dire qu’il est déjà parti,
puisque nous venons d’investir dans
une mélangeuse de 23 m3. La mise en
place des premiers animaux est envisagée pour le 1er semestre 2015 ; entretemps, nous allons finir nos animaux
et quelques animaux achetés.
– Et sur le long terme ?
– Ce projet devrait permettre de nous
rapprocher des céréaliers locaux. Avec
1 200 t de fumier en plus, on peut intéresser des céréaliers locaux avec la
mise en place d’échanges paille-fumier. Cet échange nous permettrait
d’avoir de la paille à meilleur prix et
peut-être, à terme, d’envisager un projet de méthanisation. Ce projet s’intègre dans un processus global de valorisation des broutards, des céréales
produites et de la paille avec une production animale qui nous plaît.
❙ Jonathan Boichut
& Éric Devernois
covido-bovicoop
FORMATION. « Connaître à quel coût nous
produisons un kilo de viande est
primordial » [Claude Guillaumin]
Covido-Bovicoop et la
Chambre d’agriculture
de l’Allier ont organisé,
en septembre, une
formation sur le thème
“gagner plus par
l’analyse des coûts de
production”. Les
impressions de Claude
Guillaumin, installé en
Gaec avec son frère, à
Target, dans l’Allier.
« Lorsqu’on m’a proposé d’y
participer, j’ai trouvé le thème
intéressant, mais la durée –
deux journées et demie – m’a
fait hésiter. J’ai finalement accepté, car connaître à quel
coût nous produisons un kilo
de viande est primordial dans
notre métier et ce chiffre était
assez flou pour moi. Le fait
que la formation réunisse un
groupe d’éleveurs m’a également incité à participer afin
de savoir comment je me situais par rapport à d’autres
exploitations et par rapport à
d’autres systèmes de production. »
■ Les attentes. « J’avais deux
attentes : savoir à quel prix je
produis un kilo de viande et
quels sont les principaux leviers pour améliorer la compétitivité de mon élevage.
L’objectif a été atteint car, à
■
Pourquoi cette formation.
l’issue de ces journées, chaque
participant connaît son coût
de production ainsi que les
points forts et faibles de son
système. Il s’agit d’un préalable indispensable avant de
vouloir orienter différemment
son système, voire de changer
de production. »
■ Les suites. « Une fois le
constat fait, un appui technique individualisé et personnalisé serait une bonne suite.
Les leviers d’amélioration sont
identifiés; il reste à les mettre
en place sur nos exploitations;
le service technique de la coopérative peut nous accompagner sur ce point.»
« La visite en ferme, selon
moi, aurait pu être l’occasion
d’analyser en détail les points
forts et les points faibles de
l’élevage support. Mais il est
vrai que la visite était initialement prévue chez un autre
éleveur et le changement de
dernière minute l’explique
■
Les points à améliorer.
sans doute. »
Un conseil. « J’encourage
d’autres éleveurs à participer
à ce type de formation s’ils en
ont la possibilité. L’approche
des coûts de production est
complémentaire des résultats
comptables. La présence
d’autres éleveurs est enrichissante et permet de confronter
entre nous nos points forts et
faibles, qui diffèrent sur
chaque exploitation, et ainsi
trouver des pistes d’amélioration. Il est d’ailleurs rassurant
de voir que les autres ont eux
aussi des points faibles ! C’est
aussi un bon moyen de comparer la performance de son
exploitation avec des élevages
ayant une production différente et de constater qu’aujourd’hui tout système peut
être économiquement efficace
à partir du moment où la
technique est maîtrisée et où
la production répond à une
demande de la filière. »
❙ Charles Duvignaud
■
SANITAIRE. Carnet sanitaire et bilan technicoéconomique : des outils d’aide à la décision
D
eux journées de consultation individuelle sur
les maladies respiratoires ont
été organisées en octobre, à
Billom et à Saint-Pourçainsur-Sioule, avec M. Ratier
(laboratoire Zoétis), les vétérinaires-conseils et les techniciens de Covido-Bovicoop.
Philippe Pireyre, éleveur à
Neuville (Puy-de-Dôme) :
« Je venais un peu méfiant,
pensant qu’il s’agirait d’une
consultation commerciale.
Ça n’a pas été le cas. Nous
sommes restés dans l’expertise technique et je suis satisfait du rendu. » Au cours des
entretiens, deux documents
se sont révélés être de réels
outils d’aide à la décision : le
carnet sanitaire tenu par
l’éleveur – le « film » de l’état
de santé du troupeau – et le
bilan technico-commercial
(BTC) fourni par CovidoBovicoop. Le BTC, avec les remontées des saisies d’abat-
toir en particulier, témoignent des affections subies
par les animaux au cours de
leur carrière (perte de GMQ,
saisies abats…) et mettent en
évidence ce que l’œil de l’éleveur et des techniciens ne
perçoit pas forcément. À l’issu de ces consultations d’une
heure, les éleveurs disposaient d’un protocole de soin
pour prévenir les risques
pour la campagne à venir.
❙ Rémi Fenouillet
◗ Subventions
bâtiments 2013.
Bonne nouvelle pour
les éleveurs ayant
déposé un dossier
de financement
auprès de la
Région : une
enveloppe
supplémentaire au
contrat de plan ÉtatRégion 2007-2013 a
été débloqué pour
financer les 52
dossiers déposés en
2013. 2 dossiers
incomplets à la date
butoir seront
redéposés en 2014.
◗ Subventions bâtiments 2014. On
ignore encore comment va se mettre en
place le programme
de subventions
annoncé par le président de la République, lors du dernier Sommet de
l’élevage. Cela étant,
Covido-Bovicoop
invite ses adhérents
ayant un projet de
bâtiment neuf ou
d’aménagements
(contention, vidéo,
aménagements de
bâtiments existants…) de se faire
connaître auprès de
leur technicien de
secteur pour qu’il
puisse vous informer
au fur et à mesure
des informations disponibles.
◗ Nouveau. Satène,
fournisseur de Covido-Bovicoop, a
développé un nourrisseur 3 m double
parcs, d’une capacité de 2 000 litres
(photo ci-dessous).
L’intérêt : une
longueur d’auge
doublée par rapport
BABYNETTES
Dans le cadre des
contrats Sicarev,
des vaches et des
génisses de type
“babynette” ont été
mises en place
chez des adhérents
de Covido-Bovicoop, fin 2013. Ces
contrats sécurisés
visent à produire
des animaux avant
la fin du mois de
mai, avant la sortie
de bêtes engraissées à l’herbe. Si
vous disposez de
place en bâtiment
et de ressources
fourragères suffisantes, il est encore
possible de rentrer
des vaches à
engraisser. Prenez
contact avec votre
technicien de secteur.
au modèle
traditionnel. Un
nourrisseur facile à
déplacer et à remplir
avec ses parcs
pliables.
◗ Commande
groupée de
nourrisseurs.
Covido-Bovicoop
renouvelle une
commande groupée
de nourrisseurs
auprès de ses
fournisseurs, Satène
et CK Industries. À
votre disposition,
une gamme
complète de
nourrisseurs de 2 à
4 m disponibles en
version aliments ou
“fibres”. Plus
d’informations
auprès de votre
technicien de
secteur.
alliances › n° 53 › mars 2014 › 33
dauphidrom
ISÈRE, DRÔME, ARDÈCHE
◗ Crof. Depuis la
mise en place du
fond de sécurisation
du Contrat régional
d’objectif filière
(Crof), les jeunes
bovins viande et
mixtes font l’objet
de compléments de
prix. Pour les
femelles, le système
à été déclenché
plus ou moins tôt
(selon la race et la
catégorie), au cours
de l’automne, suite
à la baisse des
cours ; les
compléments de
prix ont ensuite
diminué jusqu’à la
fin de l’année, en
raison de la hausse
du prix du maigre et
de la baisse du prix
du gras. Si vous
souhaitez
développer une
activité
d’engraissement sur
votre exploitation,
contactez Mathieu
Luc-Pupat, au
06.08.28.12.92.
◗ Reproducteurs.
Vous recherchez un
reproducteur
charolais, limousin
ou des femelles de
renouvellement,
jeunes ou prêtes à
vêler ? Votre
commercial vous
conseillera utilement
et vous
communiquera de
bonnes adresses.
◗ Bienvenue à
Clovis Éparvier,
embauché cet
automne comme
technicocommercial sur le
secteur de Miribelles-Échelles et ses
alentours. Contact :
06.07.29.51.93.
34
CROF & CONTRACTUALISATION. « J’ai perçu 3 568 € sur
les six derniers mois ; j’ai reversé 252 € à
la caisse de sécurisation […] Pour
quelques clics sur mon ordinateur, j’aurais
eu tort de m’en priver » [EARL Juliana]
EARL JULIANA
EARL à deux associés,
La Garde-d’Adhémar
(Drôme).
■ 180 jeunes bovins engraissés par an (capacité
d’engraissement du bâtiment doublée en 2007).
JB de race limousine
principalement. 35 % de
charolais, en 2013. Achat
« suivant les opportunités
commerciales, en favorisant des lots homogènes
et de même provenance
pour limiter le risque sanitaire ».
■ 85 ha de SAU. Ensilage de maïs produit grâce
à l’irrigation. Quelques
hectares de semence.
■
Contractualisation Dauphidrom et Contrat
régional d’objectif filière
(Crof) : « Une première
approche pour réguler
les bilans de chaque lot
de jeunes bovins. »
Explications.
– Pourquoi le Crof ?
– Le problème de l’engraissement de jeune bovin, c’est
l’enjeu financier : il faut une
trésorerie importante pour
des résultats économiques tributaires des prix du broutard
et du jeune bovin. Le Crof est
une première approche pour
LE CROF
La caisse de sécurisation
est alimentée par la Région (32 € par bovin contractualisé), Sicarev
(12 €), Dauphidrom (7 €)
et l’engraisseur (7 €).
Chaque semaine, un coût
de production est calculé
à partir des données de
l’Institut de l’élevage, ce
qui définit le seuil d’intervention de la caisse de
sécurisation. Si le prix du
jeune bovin ne couvre
pas 90 % du coût de production, alors la caisse
reverse à l’éleveur un
montant par animal.
››› Détails dans notre
édition de juin 2013.
réguler les bilans de chaque
lot de jeunes bovins.
– Quel bilan pour 2013 ?
– J’ai signé le Crof au début de
l’été. Les jeunes bovins doivent avoir été contractualisés
pendant 90 jours ; j’ai donc
été éligible au Crof à partir de
septembre. 88 JB étaient concernés. J’ai perçu 1 496 € ; en
contrepartie, j’ai donné 252 €
à la caisse de sécurisation. Je
n’ai pas bénéficié de l’aide sur
tous les JB, puisque cela dépend du coût de production
calculé de l’Institut. Je touche
de 0 à 46 € par bovin.
Et la contractualisation ?
Pour être éligible au Crof, tous
les animaux doivent être contractualisés. Je mets donc
mes JB en contrat sur le site
internet de Dauphidrom. Je
pars du principe qu’un broutard de 300 kg va rester 10
mois en moyenne sur l’exploitation. J’ajuste les périodes de
sortie en fonction du poids
d’entrée, sachant que les lots
sont homogènes.
Dauphidrom a un système de
contractualisation indépendant du Crof : des plus-values
sont attribuées pour les animaux contractualisés. Selon
la période de sortie, elles varient de 0 à 7 centimes par kilo carcasse pour les jeunes bovins ; ce qui compense largement les 7 € de contribution
que je verse à la caisse de sécurisation. Sur les six derniers
mois de 2013, la contractualisation m’a permis de bénéficier de 2 072 € pour les 88 JB
contractualisés.
– Y-a-t-il des contraintes à
la signature du Crof et à la
contractualisation ?
– Non. La mise en contrat par
le biais du site internet est
simple. Je suis payé à la grille
d’achat en ferme, ce qui me
permet de mieux comprendre
les besoins du marché et les
animaux recherchés (poids,
classement). Tout est informatisé : la mise en contrat, le
règlement des plus-values
contractualisation et Crof, la
retenue des 7 € également.
Tout se fait en quelques clics.
Si j’additionne les primes
contractualisation Dauphidrom et l’aide Crof, j’ai perçu
3 568 € sur les six derniers
mois de l’année ; j’ai reversé
252 € à la caisse de sécurisation. Ça m’a rapporté 37,68 €
par jeune bovin. Même si ce
n’est pas très important, pour
quelques clics sur mon ordinateur, j’aurais eu tort de
m’en priver… » ❙ G. Liothin
RAMASSE
Pour réduire les
manipulations et le
temps de transport
des animaux vers
l’abattoir, Dauphidrom a confié à
Sicarev des tournées de ramassage
en ferme, principalement dans le nord
de l’sère. Les animaux sont livrés
directement à
l’abattoir de SaintÉtienne, sans transiter par le centre
d’allotement de
Marcilloles. Cette
réorganisation ne
change rien à l’organisation des
ramasses : le
chauffeur de Sicarev vous préviendra
la veille, comme
d’habitude. Renseignements : Benjamin Durand,
06.33.93.50.89.
◗ Réunion de
secteur. Le 26 novembre, à Méaudre,
Dauphidrom a rencontré une quinzaine
de ses adhérents du
secteur laitier du
Vercors. L’occasion
de présenter la
coopérative, son
activité, le groupe
Sicarev et ses abattoirs. Au cours de
cette réunion les
éleveurs ont pu
échanger avec le
directeur et le président de la coopérative sur la filière Bio,
la filière veaux, etc.
◗ Matériels
d’élevage. Pensez à
contacter votre
coopérative pour du
tubulaire, une
bascule, une cage
de contention ou
une caméra de
surveillance. Profitez
de certains prix
morte-saison.
portrait
ils font notre filière
Soviber, la filiale veau du groupe Sicarev, a bien failli disparaître au tournant
des années 2000. Mais, comme un pied de nez au destin, la société se hisse
aujourd’hui au troisième rang des opérateurs de la vitellerie française.
LUDOVIC PACCARD, DIRECTEUR “VIANDE” DES FILIÈRES BŒUF ET VEAU DU GROUPE SICAREV
La saga Soviber :
« Une belle histoire »
Le secret de cette « belle histoire »,
selon l’expression de Ludovic Paccard ?
« Trois hommes – Yves Deveaux, Denis
Wach et moi-même – qui se sont toujours bien entendus et qui s’entendent
toujours bien. Des équipes motivées,
impliquées et qui bossent bien. Et la
confiance que les dirigeants du groupe
nous ont accordée et que nous avons su
saisir. Nous avons bien sûr rendu des
comptes à la direction générale, mais
on nous a donné carte blanche sur les
dossiers. L’autre “secret” tient aussi, à
l’origine, aux trois activités qui ont été
développées en parallèle (veaux de
huit jours, élevage, abattage-transformation), ce qui fait de notre filière,
une filière atypique en France, la seule
à réunir ces trois maillons. »
P
arcours singulier que celui de ce quadra,
entré à Sicarev par la petite porte, voici vingt
ans, et devenu, en novembre dernier, l’un des
quatre membres du comité de direction du
groupe roannais. Parcours singulier pour celui qui, dans le même élan, a été propulsé PDG
de la Stéphanoise d’abattage, la filiale commune des groupes Sicarev et Despinasse, propriétaire de l’abattoir flambant neuf de SaintÉtienne(1). Parcours singulier d’un homme
dont le nom est étroitement associé à la société Soviber et à la filière veau, laquelle, en une
dizaine d’années à peine, a porté le groupe Sicarev à la troisième place des opérateurs de la
vitellerie française.
Alors, comment devient-on cadre de direction ? À question étrange, réponse surprenante. L’homme plonge la main derrière l’écran de
l’ordinateur et en sort une petite boîte carrée,
de couleur bordeau, râpée par le temps et patinée par l’émotion. À l’intérieur, une médaille
en bronze, remportée par son grand-père, en
1969, au concours des veaux gras de Balbigny,
dans la Loire. Signedudestin? Sûrement. Mais
pas que : « J’étais un footeux », lance Ludovic
Paccard. Pas un footeux du dimanche. Pas un
sportif en canapé. Non pas : un passionné, un
vrai, de ceux qui, à l’orée de l’adolescence, s’imaginent un avenir de sportif professionnel :
« À l’époque, explique-t-il, j’avais le choix entre une carrière dans le sport et une carrière
dans le monde agricole. » D’un côté, un aïeul
paysan, «l’un des piliers du comice agricole de
Feurs, qui m’a transmis la passion de l’élevage». De l’autre,Antoine Faye, dit
« C’est la Tatane, président du club de foot
force d’un où le jeune Paccard se forge un
avenir sportif. Mais un jour,
groupe
l’ambition sportive se crashe sur
multiun terrain de foot, et un rêve se
produits
brise en même temps qu’une
comme
jambe. Fini le foot. Reste l’élevaSicarev : les ge… et Tatane, un de ces personuns et les nages de hasard que seul le desautres,
tin sait inventer, également élenous avons veur veaux et… responsable de
bénéficié de l’intégration veau de boucherie
nos clients à Sicarev. À treize ans, l’âge où
respectifs. l’on construit plus volontiers des
Et comme cabannes, le jeune Ludovic
les autres soigne les veaux, court les marchés et accompagne régulièreproduits, le ment son « mentor » à l’abattoir
veau a
Sicarev de Montbrison.
profité de Les années passent. Parcours
l’élan du classique : BTA ; BTS technicogroupe. » commercial, option “produits
carnés” ; formation spécialisée à
l’Adiv, l’institut de la viande; stage de BTS à Sicarev.
Fin 1994, le tournant. La fin des études. L’entrée à Sicarev, pour de vrai. Quelques mois
sur la chaîne d’abattage, « pour apprendre le
métier », puis direction Chambéry, en Savoie,
où le groupe vient de racheter Soviber, une société de 150 salariés, qui transforme toutes les
viandes, du porc, du bœuf, du veau. « J’avais
vingt-deux ans. Une opportunité se présentait. Je l’ai saisie.» Un an plus tard, Sicarev rachète Sodavi, un abattoir basé à Grenoble, en
Isère. Las, le directeur est frappé d’un infarctus. Après une année d’activité commerciale
seulement, Ludovic Paccard est nommé responsable des ventes de Sodavi.
Début 2000, autre tournant : crise de l’ESB et
crise majeure à Soviber, « qui perd beaucoup
d’argent». L’activité porc est rapatriée à SaintÉtienne ; le bœuf, à Roanne ; le veau reste à
Chambéry. L’activité veau d’alors : une centaine d’animaux par semaine, en partenariat avec
les élevages Drevon et le groupe distributeur
Provencia. Ce sera le nouveau challenge que le
jeune commercial aborde « comme un challenge sportif » : développer l’activité veau.
Trois ans plus tard, elle sera multipliée par
cinq.
2002, nouveau mouvement : l’abattage et la
transformation de porcs quittent Saint-Étienne pour rejoindre Lapalisse, dans l’Allier, où
Sicarev vient de racheter un outil industriel ;
Soviber quitte Chambéry et s’installe à SaintÉtienne. Ludovic Paccard : « Nous nous sommes rapprochés des gens du porc et du gros
bovin. Les uns et les autres, nous avons bénéficié de nos clients respectifs. Et comme les
autres produits, le veau a profité de l’élan du
groupe. C’est la force d’un groupe multiproduits comme Sicarev. » C’est aussi l’époque
où l’activité “veaux de huit jours” est mise sur
une rampe de lancement, sous la houlette
d’Yves Deveaux (100 000 veaux commercialisés par an, aujourd’hui) : « On lui apportait
des clients ; il nous apportait des fournisseurs. » Entre les deux extrémités de la filière, l’activité d’élevage de Vitagro prend sa place et devient, avec Denis Wach, « une activité à part entière » au sein du groupe. Ludovic Paccard : « Sicarev est actuellement le
seul, en France, à regrouper les trois maillons de la filière. Au travers de ces trois activités, et grâce à l’activité des cinq groupements de producteurs, l’activité veau a apporté sa part de compétence, de résultats et
de diversification à l’ensemble du groupe. »
Aujourd’hui, avec 70 000 veaux abattus chaque année sur un site industriel entièrement
rénové et performant, Soviber est devenu un
acteur de référence sur le plan national : le
troisième. Objectif à court terme : le cap des
100 000 veaux abattus dans l’année.
Un ultime message? «Je n’ai connu que l’école Sicarev. Et je peux témoigner que la richesse du groupe, ce sont les hommes et les femmes. Un poste n’est pas une fin en soi. Quand
la chance passe, quand on a envie de travailler et que l’on sent qu’on en a un peu sous la
pédale, le groupe offre à tous ses collaborateurs des occasions d’évoluer. C’est l’une des
marques de fabrique de Sicarev. » ■
(1) présentation des nouvelles installations dans
notre précédente édition.
alliances › n° 53 › mars 2014 › 35

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