Château Margaux ( Margaux AOC)

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Château Margaux ( Margaux AOC)
548 GUIDE QUARIN DES VINS DE BORDEAUX
Château Margaux (Margaux AOC)
BP 31 - 33460 Margaux
Tél. : 05 57 88 83 83 - Fax : 05 57 88 31 32
Contact : Paul Pontallier - [email protected]
www.chateau-margaux.com
Superficie : 87 ha • Encépagement : 75 % cabernet-sauvignon, 20 % merlot, 3 % petit verdot, 2 % cabernet franc •
Âge des vignes : 35 ans • Densité : 10 000 pieds/ha • Sol : graves, argilo-calcaire
Distinction : premier cru classé du Médoc en 1855
100
98
96
94
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Millésime
Note sur 100
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 Moyenne
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96
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89
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92
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98
19
17
17 19,25 18 19,75 18 17,25 18 18,75 19,5
Note sur 20 16,25 18,5 18 16,25 17,25 17
À boire après 2005 2015 2012 2005 2013 2005 2015 2013 2010 2013 2015 2020 2015 2015 2020 2022 2022
À boire avant 2015 2045 2035 2017 2028 2016 2050 2025 2022 2045 2030 2060 2050 2025 2040 2060 2045
Prog.
annuelle
94,4
0,32
17,9
0,11
Prix TTC
437 € 617 € 897 € 438 € 487 € 511 € 1 212 € 527 € 489 € 845 € 508 € 1 146 € 599 € 478 € 667 € 1 195 €
691 €
Classement 2 sur les 329 crus de ce guide
NB : Chaque note représente la moyenne des notes de dégustation, le prix est le prix moyen en euros TTC en juin 2011 (source Winedecider).
La progression correspond à l'augmentation annuelle moyenne de la note calculée sur 17 millésimes.
Château Margaux est actuellement le meilleur vin du Médoc, de Bordeaux et probablement du monde. Une dégustation récente sur trois millésimes de chacun des crus
suivants avait pour objectif de se pencher sur le style des vins parmi les plus chers au
monde. À l’aveugle et en public, Château Margaux a été unanimement salué comme le
meilleur au milieu de La Romanée-Conti, La Mouline, La Landonne, La Turque, Pingus,
Dominus, Redigaffi. Pour moi, ce n’est pas une surprise, tant mes dernières notes sur
ce vin sont élevées. Château Margaux associe à merveille le raffinement et la puissance,
les deux composantes les plus nobles dans le goût du vin. Son raffinement s’exprime
d’abord à travers son nez très aromatique, fruité, éclatant aux nuances florales. Les vins
de l’appellation Margaux, et Château Margaux en particulier, sont les plus parfumés de
tout Bordeaux. En bouche, le cru offre beaucoup de goût, un toucher extrêmement soyeux
pour du cabernet-sauvignon, une trame à la texture serrée et un caractère finement
pulpeux. Très fondant tout le long de la dégustation, il s’achève très long, sur le grain de
tanin le plus fin que je connaisse à Bordeaux, et ailleurs aussi. Son style est l’archétype
du goût à la française.
Le plus difficile dans la dégustation de ce vin reste de bien faire la différence entre
la minceur et le raffinement. Je me suis trompé dans mon analyse du 1990 jeune. Ne le
sentant pas suffisamment en relief, je n’avais pas su voir sa puissance contenue, sa concentration sous ses allures avenantes. En ce sens, Château Margaux est un vin d’initié. Certes,
jeune, il demeure impossible à cracher, mais la mesure de sa grandeur reste difficile tant
rien ne dépasse, ni ne domine dans ce qu’il nous donne à goûter. Je connais peu de crus
comme celui-là, dont l’extraordinaire personnalité ne cesse de se révéler avec le temps.
Commentaires de dégustation 549
2010 C’est un vin vraiment exceptionnel ! Avec ce millésime, je retrouve le très grand nez
de Château Margaux, le plus parfumé et le plus subtil. Je ne l’avais pas ressenti aussi
fort depuis 2000. Or, les années plutôt parfumées à Château Margaux sont d’habitude
des millésimes à la texture un peu austère, auxquels il faut du temps pour s’exprimer
(2006, par exemple). L’expérience prouve que dès que Château Margaux sent les fruits
noirs, sa texture sera celle d’un vin de rêve. 2010 combine ces deux bases essentielles
à la détermination du caractère extraordinaire du lieu. En 2009, la texture de Château
Margaux a fait fureur chez nombre de critiques. Cependant, je ne lui ai pas octroyé la
note maximale de par le léger effacement du nez. Avec le recul, il n’est pas impossible
que les vendanges aient été un brin tardives. La nouvelle réception de vendanges par
gravité ne pouvait jouer que le rôle d’un rehausseur des qualités tactiles de ce cru.
En 2010, la climatologie si favorable à la concentration aromatique se joint à la main
de l’homme et au terroir pour créer cet extraordinaire résultat. Le nez est splendide,
profond et complexe. En bouche, une texture royale s’anime de la grâce des parfums,
le tout en puissance et en nuances. À noter encore que c’est, avec le 2006, le millésime
qui contient le plus de cabernet-sauvignon dans l’assemblage : 90 %.
2009 Couleur sombre, intense, belle, profonde. Elle était déjà comme cela en 2005. Grand
nez, mais cette fois on passe aux fruits noirs. Il est très fin, pur, profond, sans la note
florale que le cru offre d’habitude. Bouche onctueuse. Ce vin se développe finement,
comme en suspens dans la bouche, avec une folle séduction. Très savoureux, très, très
hédoniste, sans angle bien sûr, il s’achève fondant, long avec beaucoup de goût. Une
très grande bouteille.
2008 Couleur sombre, légèrement évoluée. Nez fruité, fumé et finement boisé. Il se montre
extrêmement aromatique à l’agitation, avec une note de framboise. Entrée en bouche
pulpeuse, puis le vin prend cette façon unique de monter au milieu, de fondre et de se
répandre en arômes subtils. Finale complexe, puissante et longue, au grain de tanin
sophistiqué et noble. C’est un grand vin.
2007 Couleur sombre, intense, belle, légèrement évoluée. Nez fin, fruité, frais et finement
boisé. Minutieux en entrée de bouche, le vin se développe très aromatique et très
gracieux avec du goût et un toucher à la Château Margaux. La combinaison arômetoucher opère, et le vin fond en finale, très savoureux, uni et beau. C’est très bon sans
être puissant.
2006 Couleur rouge sombre et bleutée. Grand nez complexe au fruité mûr et profond.
Nuance fumée. Superbe entrée en bouche grasse, et le vin se développe, ample et plein,
au milieu. Complet, il évolue sur un beau relief tannique et un développement lent vers
une très longue persistance à la texture et au tanin nobles. Du grand vin.
2005 Le Château Margaux 2005 est un immense vin et mon préféré de tous. La couleur
est très sombre, le nez offre une grande profondeur. Très, très frais, fruité, floral, puissant, il sent des notes de prune. En bouche, je n’ai jamais vu autant de puissance et de
fondant dans le même millésime. L’attaque, le milieu, la finale possèdent une présence
et un gras extraordinaires. De surcroît, après le milieu, il gagne en puissance aromatique pour prendre une sorte de seconde vie en finale. Longueur incroyable. Un géant !
2004 Couleur rouge sombre, intense et belle. Nez très fruité, frais, parfumé et intense.
Bouche tout en douceur de texture et de chair avec du goût et un aspect fondant. Tanins
fins. La décantation modifie le profil de bouche. Le vin prend à la fois plus d’espace et
de nuances. Il s’achève meilleur sur des saveurs fines et nobles.
2003 Voilà un autre fabuleux millésime de Château Margaux. Couleur rouge sombre,
intense et légèrement évoluée. Le nez du vin décanté et celui du non-décanté sont
proches, fins, subtils, très fruités. Dans le verre, une belle odeur de cassis, de fumée
et de fruits secs grillés domine. Merveilleuse entrée en bouche où le vin se développe
550 GUIDE QUARIN DES VINS DE BORDEAUX
suave et raffiné dans ses arômes et son toucher. Magnifique milieu, riche, où il resserre
sa trame et prend une allure bordelaise. La finale, superbe, s’achève sur l’arôme. Jeune,
je le goûtais plus tannique. Or, le tanin s’est fondu pour laisser place au goût de Château
Margaux. C’est incrachable ! La décantation rehausse l’hédonisme à travers un caractère crémeux plus apparent. D’aspect plus puissant, le vin ne se départ jamais d’un
fondu exemplaire. En cela, je le compare au 1990. Très grande finale finement pralinée.
La note plaisir est très élevée pour un vin de cet âge. Gourmands, essayez-le !
2002 Très belle couleur. Joli nez qui attire par sa fraîcheur, l’éclat du fruit et la note fumée.
L’entrée en bouche caresse, et le vin vient fondre doucement sur le palais. De corps
moyen, il présente une légère vivacité en finale. Et pourtant, il n’a pas de dureté. Belle
longueur aromatique.
2001 Couleur sombre, de bonne intensité, légèrement évoluée. Nez fin, fruité, fumé, avec
une touche de café. Superbe entrée en bouche douce. Le vin se développe particulièrement aromatique et fondant en offrant beaucoup de goût. De bonne corpulence, un
brin boisée, il s’achève sur une tannicité douce et un profil général charmeur. Ne vous
privez pas de le posséder en magnum.
2000 Autre Château Margaux exceptionnel. Grande couleur rouge, sombre, intense, vive,
légère évolution. Très beau nez, pas encore totalement ouvert mais très distingué, frais,
fin, floral, subtil. L’entrée en bouche est une caresse. Le vin se développe très, très lentement, en occupant parfaitement le milieu de bouche. Extrêmement aromatique, pulpeux,
très typé margaux, il s’achève sur une finale à la tannicité très raffinée. Une grande classe !
1999 Dégusté à l’aveugle et décanté. Couleur sombre, d’intensité moyenne et jeune. Nez
fruité, frais et plutôt joli. Entrée en bouche suave et caressante. Le vin offre un beau
volume avec du goût, du fruit, des tanins fins et des saveurs de fruits et de réglisse
dans la persistance. C’est dommage que la finale manque de puissance, mais c’est très
bon en l’état.
1998 Le vin présente un nez un peu trop réservé pour du Château Margaux. Bouche
dense, plutôt puissante mais aussi austère pour ce cru. Bonne longueur sur un tanin
encore présent. Le charme reste moyen. Il est impératif d’attendre.
1997 Sa couleur n’est pas la plus sombre de tous les premiers crus du Médoc, mais son
nez est assurément le plus fin. Il sent des notes de cèdre et de fruits. Bouche délicate
dès l’entrée, se montrant extrêmement fruitée, fondante et distinguée dans ses appuis
tanniques. L’équilibre est superbe. Finale pleine de douceur et impossible à cracher.
1996 Voilà l’une des grandes bouteilles de Bordeaux des années 1990. Couleur sombre,
de bonne intensité, légèrement évoluée. Nez raffiné, fruité et légèrement animal. Il
confirme son statut de vin fin à l’agitation du verre. Entrée en bouche juteuse. Puis
le vin se développe particulièrement aromatique. Il avance puissant, profond, droit,
avec du goût, une tannicité royale et une grande longueur. Incrachable. Ce margaux
commence à peine à s’ouvrir.
1995 C’est le premier millésime de ce cru auquel j’ai attribué la note suprême de 20/20,
une fois en 1998 et l’autre en 2007. Il existe des bouteilles avec une finale au tanin plus
ferme. Mais quand ce n’est pas le cas, ce vin est extraordinaire. Il est encore trop tôt
pour l’ouvrir. Couleur rouge sombre, intense, profonde. Nez noble, fin, fruité, complexe.
Il sent la prune et devient crémeux lorsqu’on le décante. Magnifique entrée en bouche,
distinguée. Le vin se met à fondre, complexe, caressant et extrêmement aromatique.
Il se développe gras mais fin, suave. À partir du milieu de bouche, il devient frais,
fruité, subtil et avance puissant et conquérant vers une très longue finale à la tannicité
charnue. C’est formidable et totalement incrachable. Bravo !
Non décanté, la tannicité apparaît un peu plus ferme et la note est inférieure. En
revanche, il m’est arrivé de le goûter décanté d’une façon plus tumultueuse et non pas
Commentaires de dégustation 551
laminaire. Alors, le vin prend une finale incroyable où des notes d’encre, de cassis et
de violette ressortent. Il s’achève extrêmement aromatique, et, ce jour-là, je lui ai mis
la note maximale de 20.
1994 Couleur rouge sombre, de bonne intensité, légèrement évoluée. Nez net, intense, mûr,
évoquant une note de cuir, de la viande en sauce, le cèdre. C’est le début d’un bouquet.
À l’agitation, il se fait plus crémeux, plus gras, plus ouvert. L’entrée en bouche est douce,
et le vin devient très vite aromatique plus que corpulent. Moyennement concentré mais
caressant, il garde ce goût mystérieux et vient s’achever, séveux, sur une note de cèdre.
Belle longueur sans austérité. On est entre deux époques et vers le début de la modernité. Ce vin raconte une histoire particulière. Un style une fois encore unique.
Pavillon Rouge (Margaux AOC)
100
98
96
94
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90
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Millésime
Note sur 100
1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 Moyenne
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90
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92
16
16 15,5 15 15,5 15,75 16 15,75 15,75 16,75 16,25 16,5 16,5 15,75 16,5 17
17
Note sur 20
A boire après 2002 2003 2006 2000 2008 2008 2010 2008 2008 2010 2010 2017 2016 2013 2016 2020 2022
A boire avant 2012 2015 2016 2007 2018 2015 2020 2018 2013 2025 2020 2030 2030 2020 2026 2035 2035
Prog.
annuelle
89,1
0,21
16,1
0,08
Prix TTC
162 € 185 € 192 € 183 € 183 € 185 € 201 € 184 € 193 € 191 € 182 € 195 € 193 € 186 € 207 € 200 €
189 €
Classement 68 sur les 329 crus de ce guide
NB : Chaque note représente la moyenne des notes de dégustation, le prix est le prix moyen en euros TTC en juin 2011 (source Winedecider).
La progression correspond à l'augmentation annuelle moyenne de la note calculée sur 17 millésimes.
Le second vin de Château Margaux diffère de son aîné par une proportion de merlot
plus importante dans l’assemblage, qui a longtemps avoisiné les 50 %. Toutefois, en 2010,
le vin a fait un bon qualitatif majeur en intégrant pour la première fois 66 % de cabernetsauvignon. Une telle sélection ne peut exister sans un troisième vin, plus alimenté en merlot.
Jusqu’alors ces lots étaient vendus en vrac au négoce bordelais. Il les assemblait à d’autres
pour créer du margaux générique. Depuis quelques mois, Château Margaux réfléchit à la
production d’un troisième vin, signé par lui, à l’instar du pauillac de Château Latour.
Pavillon Rouge partage avec son aîné un sens merveilleux de l’équilibre. Toujours gourmand, un peu plus court que Château Margaux, il se présente comme un modèle réduit du
grand vin. Je trouve que c’est un cru plutôt méconnu chez les amateurs. Jusqu’à présent,
Château Margaux pensait plus premier vin que second vin. Or, en dégustation à l’aveugle
et comparative, Pavillon Rouge réussit parfaitement. Je pense au superbe 2003 ou aux
2005 et 2006 qui valent des crus classés de l’appellation. Les grands millésimes (1996 est
délicieux en ce moment) se gardent de 15 à 20 ans.
2010 Ma meilleure note donnée à ce cru en primeur. Voilà le plus grand Pavillon Rouge que
je goûte. Cette montée en puissance est liée, d’une part, à une plus grande sélection (38 %,
cette année) et, d’autre part, à une proportion de cabernet-sauvignon jamais aussi élevée.

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