Un siècle de pratiques sportives (1906-2009)

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Un siècle de pratiques sportives (1906-2009)
Collection
Histoire et Patrimoine de La Courneuve
Un siècle de
pratiques sportives
(1906-2009)
Service de la Culture - septembre 2009
Le mot
de l’élue
Avec Gilles Poux, notre maire et
Eugène-Henri Moré, adjoint à la
jeunesse et aux sports, nous sommes
très heureux de vous proposer cette exposition et cette
brochure qui retracent l’histoire sportive de la ville, de ses
habitants et de ses clubs. D’autres aspects de l’histoire et du
patrimoine de la ville ont déjà été présentés aux courneuviens
par le passé mais un renouvellement s’opère depuis quelques
années. Un indispensable travail de mémoire et d’histoire de
notre ville est en cours. La parole se libère, les documents
sont découverts et analysés par les historiens. Après l’histoire
des bidonvilles, celle de l’industrie, celle de la naissance
des nouveaux quartiers, c’est un nouveau pan de l’histoire
communale qui est mis en lumière.
Nous savions que notre ville était sportive mais vous
découvrirez au cours de ces pages comment elle l’est
devenue, au fil du temps, grâce à l’investissement de
nombreux acteurs. Les liens qui existent entre les différents
éléments de l’identité courneuvienne et le sport seront
dévoilés. Le foot est arrivé avec les usines et les ouvriers
au début du XXe siècle. La compétition a fait rage entre les
différentes équipes des usines. Puis les équipements des
entreprises sont devenus ceux de la collectivité. Chaque
quartier s’est doté d’un club de boules et d’un terrain. Il n’y
a pas plus universel que le jeu de boules, à La Courneuve
comme dans tout le département !
La croissance démographique de la ville s’est nourrie de tous
les courants migratoires et cette population extrêmement
diverse s’est retrouvée sur les terrains de sport, hier pour
jouer au foot ou au rugby, aujourd’hui pour pratiquer le cricket.
Certains migrants ont pu dire qu’ils n’avaient pas quitté la
dureté de leur pays pour voir leurs enfants taper dans un
ballon à longueur de journée mais certains y ont excellé et en
ont fait leur profession. D’innombrables champions sont sortis
des clubs de notre ville. Plusieurs générations d’encadrants
ont œuvré, ont donné du sens à leur action et se sont succédés
dans les associations sportives. Ils trouveront le récit de ce
qu’ils ont aidé à construire : une ville sportive et citoyenne.
Qu’ils soient remerciés de leur investissement qui fait la
richesse de notre ville.
Soumya Bourouaha, adjointe au maire, déléguée à l’accès à la
culture, à la lecture publique, au patrimoine et au tourisme.
Un siècle de pratiques
sportives à La Courneuve
1906-2009
« Finale de l’Eurobowl 2009 à Insbruck, Le Flash contre les Raiders », 11 juillet 2009,
photographie de Gérard Vidal.
« Rayon de sport féminin, patronage féminin de Saint-Yves en 1946 », Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Delahaye 1946.
« Pyramide en 1954 », Service documentation-archives, 3fi 1.
« Etudier l’histoire du sport est un outil pour comprendre
notre société »
Philippe Liottard, 1999.
C
ela fait un siècle que les pratiques sportives se démocratisent à
La Courneuve, grâce à la construction d’équipements et à la constitution
d’associationssportives.Leterritoiredelavilleestparseméd’équipements,
stades, gymnases, piscines, dojos, parc inter-départemental des sports et cela
depuis des décennies. L’emprise du sport s’est manifestée par l’organisation
de grandes fêtes sportives, par la tenue de compétitions nationales, par la
constitution d’équipes, dans les entreprises industrielles, dans les syndicats,
les partis politiques, les patronages laïcs ou ecclésiastiques, les nouveaux
quartiers et quelquefois d’équipes par nationalité. De ces pratiques et de ces
rencontres sont parfois nées des amitiés et des solidarités : « des amis pour la
vie » ! Quelques grands noms ont émaillé cette histoire : des joueurs du COC,
Grizzetti, Tellechéa, Ben Emar, Nuevo, Labalette, Kula, etc., des boxeurs, Eldo
Cotti, Jean-Baptiste Mendy, depuis 25 ans le Flash, ou encore le club de moto et
Pierre Cascarino. Témoignages, documents d’archives et photographies offrent
des regards croisés sur ce siècle de pratiques sportives où nous suivrons tour
à tour, le sport et les sportifs, les équipes, les associations et les équipements
nécessaires aux pratiques, les stades, gymnases etc.
« La Courneuve :
c’est un concentré de
l’histoire du sport ! »
« Les amis », Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Coussinet 1950.
« Tournois de foot inter-quartiers à Clairefontaine », Fonds iconographique du magazine Regards, année 1999, Stéphane Kovalsky.
1) « Diplôme de champion de France militaire 1939 », Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Cotti. 2) Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Bost, 1945. 3)
Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Coussinet 1945. 4) « Licence professionnelle de boxe 1935 », Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Cotti.
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Exposition : Service de la Culture, septembre 2009 / Conception : Jean-Michel Roy, attaché de conservation du patrimoine, Service Culture, mairie de La Courneuve / Réalisation : Pierre Cliquet / Textes de Jean-Michel Roy, sauf les panneaux
6, 14 et 19 de Yann Lalande, Service Communication, mairie de La Courneuve / Recherches documentaires : Jean-Michel Roy, Fabienne Bouveau et Laurent Magre, Service documentation-archives, mairie de La Courneuve
Service de la Culture
2009
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Les sportifs
et le sport
Les effectifs des sportifs
« Basketteuses du COC », Fonds ethnographique municipal,
Service documentation-archives, collection Bost, 1944.
Carte postale du Red Star Courneuvien 1907, Service documentation-archives, 8fi 290.
A
u début du XXe siècle, le sportif est principalement un homme. La plus
ancienne photographie de sportifs à La Courneuve est celle montrant
les joueurs du Red Star Courneuvien ; elle date de 1907. On y voit une
douzaine de jeunes hommes en short blanc et tunique, bleue ou verte, décorée
d’une étoile rouge. Ils sont entourés des patrons d’usines et des forces de
l’ordre. Le coût des équipements freine la démocratisation du sport au début
du siècle. Mais peu à peu, ce dernier se démocratise et se féminise.
Dans les années 1930, un véritable engouement populaire conduit à la
multiplication des associations sportives. Près d’un millier de courneuviens
pratiquent une activité sportive à la veille de la Seconde guerre mondiale,
soit 6 à 7% de la population.
Après la Guerre, le mouvement de professionnalisation du sport, interrompu
par le gouvernement de Vichy, reprend et sa médiatisation sert de locomotive
à l’élargissement des effectifs de sportifs. Dès lors, le nombre de sportifs ne
cessera globalement de croître, passant de moins de 2000 à la fin des années
1960, à plus de 3500 dans les années 80, grâce à une politique volontariste
de la municipalité. Il y a 5300 pratiquants en 1996 et 6000 en 2003, soit 16%
de la population. Plus de la moitié des sportifs sont des jeunes qui pratiquent
dans le cadre scolaire ou péri-scolaire.
Le mois du sport :
« Témoin de la richesse et de la diversité des pratiques sportives qui allient sport de masse, sport de compétition, pratique de quartier, le mois du sport constitue un événement dans la ville. »
Regards, 6 mai 1988
Fonds iconographique du magazine Regards, 1975.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Martin, années 50.
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Les sportifs
et le sport
L’école : de l’éducation physique
et sportive au sport
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Bost 1943.
L
a naissance du sport en France, à la fin du XIXe siècle, est étroitement liée
au milieu scolaire puisque ce sont les lycéens des grands établissements
parisiens qui créent les premiers clubs et associations de sport. Mais
avant les années 1960, le sport n’a pas droit de cité à l’école. On y pratique
l’éducation physique qui s’adresse à tous et surtout doit permettre un
développement harmonieux des plus faibles.
Le gymnase de la rue Pluchet sert de cadre à ces enseignements de
« dressage » du corps et de « façonnage » de l’esprit, principalement à travers
la gymnastique. La terrasse du troisième étage de l’école Poincaré est dévolue
à la « culture physique ».
Le sport est pratiqué, en dehors du temps scolaire, par les enfants, le jeudi
après-midi, avec les patronages ou les associations sportives. En 1938, plus
de 200 enfants pratiquent football et basket-ball, à Saint-Yves et à SaintLucien.
Durant le Front Populaire, en 1938, l’Office du Sport Scolaire et Universitaire
(O.S.S.U.) est créé par Jean Zay et Léo Lagrange et les professeurs d’éducation
physique développent le sport scolaire. En 1950, ce sont 3 heures hebdomadaires
qui sont instituées, en même temps que l’Association Sportive (A.S.). En marge
du sport scolaire, en 1965, la municipalité lance l’opération « Sport-jeudi », puis
en 1969, l’Ecole Municipale de l’Education Physique et Sportive (E.M.E.P.S.). En
1982, 10 disciplines sont enseignées, tous les mercredis, par 18 professeurs qui
délivrent 105 heures d’enseignement hebdomadaire s’adressant à 1100 enfants.
L’éducation physique et sportive se manifeste, à l’école, jusque dans les années
1960, par l’organisation de grandes fêtes sportives. De vastes manifestations
sont aussi organisées chaque année par l’EMEPS qui regroupent des milliers
d’enfants.
En 1929, on peut
lire : « l’éducation physique ne doit pas être faite au détriment des autres matières générales ».
Service documentation-archives, Série 4R.
Service documentation-archives, Série 4R.
Fonds iconographique du magazine Regards, années 70-90.
Service de la Culture
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Les sportifs
et le sport
Qu’est-ce que le sport ?
Fonds iconographique du magazine Regards 1980.
L
e sport se pratique principalement dans des cadres institutionnels (école,
entreprise, association, etc…). Il nécessite des règles et de l’organisation.
Son invention est très certainement le résultat de l’invention des lois du
jeu, des arbitres et des règles. La compétition sportive suppose la mesure,
la comptabilité, un classement, etc. La notion même de record n’existe qu’à
travers l’ensemble de ces facteurs. Selon le sociologue Norbert Elias, le sport
sert à maîtriser la violence. Même les sports de combat les plus violents ont
des règles. Laouf Amani, entraîneur de boxe française de l’EMEPS déclarait, en
2004, à Regards : « la boxe française est un sport éducatif très codifié, avec des
règles. On leur apprend surtout le respect d’autrui ».
Dès le plus jeune âge, les règles s’apprennent même en dehors d’associations ou
de clubs. « On n’avait rien » se souvient Jean Tellechéa dont le père, originaire de
Bilbao était arrivé en France en 1923. « On rentrait de l’école, on jetait le cartable
et on filait jouer au ballon ; on avait un ballon pour 20 gamins ». Ce jeu passionne
les sept garçons de Jean qui jouent ensuite au club de foot, dans l’équipe qui
est entraînée par Antoine, l’aîné des frères Tellechéa. Dans les années 1990,
l’installation de paniers de basket sur les aires de jeux, conjuguée avec l’effet
produit par le jeu de rêve de la Dream team de Michaël Jordan, lors des Jeux
Olympiques de Barcelone, en 1992, conduit de nombreux jeunes à adhérer au
club local. Ils apprennent à lancer le ballon à l’école et dans les rues, puis ils
viennent jouer au Basket Club Courneuvien. Ils gagnent en s’amusant. Les grands
sportifs ont un rôle d’entraînement et servent de modèles aux plus jeunes.
« Le judo est plus qu’un sport, c’est une philosophie avec des codes moraux comme la modestie et la maîtrise de soi et des codes de discipline comme par exemple, saluer l’adversaire au début et à la fin d’un combat » Sophie, Regards, 02-2004
« Philippe Tellechéa à droite », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 1950.
Fonds iconographique du magazine Regards 1993.
Fonds iconographique du magazine Regards, années 70-90.
Service de la Culture
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Les sportifs
et le sport
Champions et exploits sportifs
Gwladys Epangue, médaillée de Bronze de Taekwondo aux Jeux Olympiques 2008, photographiée à La Courneuve le 2 avril 2009 par Gérard Vidal.
à
l’issue de la Seconde guerre, de nombreux brillants jeunes joueurs
de l’équipe de football du COC connaissent une carrière de joueurs
professionnels : Angelo et Gérard Grizzetti, Edouard Kula, Jo Ben Amar,
Santiago Bravo, Victor Rivero, Manuel Esteban, José Lopez, José Pardo, Justo
et Marcel Nuevo. Deux frères, Joseph et Raphaël Tellechéa, ainsi que Christian
Labalette, deviennent même internationaux. Plus récemment, Matt Moussillou
ou Yoan Gouffran sont, eux aussi, devenus joueurs professionnels.
En Boxe, Eldo Cotti, ami de Marcel Cerdan et de Georges Carpentier, a échoué, sur
blessure, au 3e round, dans sa conquête du titre de champion du monde des poids
coq 1937, face à l’espagnol Baltazar Sangchilli. Plus près de nous, Jean-Baptiste
Mendy, surnommé « le diamant noir », a été champion du monde de boxe WBC
et WBA, en 1996 et 1998. En boxe thaï, le Derek Boxing est mondialement connu
et Khaled Hebieb est double champion du monde, sans oublier Abdoul Karim
Touré, Lahcenne Brigui et Grégory Choplin, sportif de l’année 2009. Gwladys
Epangue, dite Glad, est vice championne du monde de Taekwondo et médaille de
bronze des derniers Jeux Olympiques. Le club de Canoë-Kayak a été le meilleur
club français, dans les années 1980, avec 3 champions de France. Le club de
natation a compté une championne de France.
De véritables exploits sportifs ont aussi été réalisés. En 1984, Thierry Cossu
et Fabrice Boissard, membres fondateurs de la section de Canoë-Kayak, ont
effectué une première mondiale, en reliant Marseille à Alger en canoë. De
1985 à 1987, Robert Laponce et Dominique Valadon, membres du Moto Sport
Courneuvien, ont participé à l’épreuve du Paris-Dakar. En 1992, 8 membres du
Club Courneuvien de Cyclisme ont effectué leur « Campagne de Russie » en
reliant à vélo, La Courneuve à Moscou, soit 6500 kilomètres.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Cotti 1937.
« Caricature parue dans la presse sportive en 1937 », Fonds ethnographique
municipal, Service documentation-archives, collection Cotti.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Cotti 1937.
Fonds iconographique du magazine Regards, années 80.
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Les sportifs
et le sport
Les sportifs : des amis pour la vie
« Galette des rois », Fonds iconographique du magazine Regards 1980, photographie Robert Laponce.
« Les amis du COC », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Dholandre années 60.
L
es relations humaines qui se nouent, dans le cadre sportif, notamment
pour les sports collectifs ou lors d’exploits, sont extrêmement fortes
et contribuent parfois à souder les pratiquants « à la vie, à la mort ».
Les groupes ont souvent leur mythologie avec un événement fondateur qui
sert de lien et auquel ils peuvent se référer. Ce sont les actes de naissance
des grandes équipes !
L’âge d’or du COC et la passion de Pierre Coussinet pour le foot sont contenus
dans l’album de photographies que son épouse Solange a confectionné, avec
comme point d’orgue, la victoire de la Coupe de Paris des anciens en 1960. La
vie de Solange et de Pierre a tourné autour du football durant 30 ans. L’album
contient des photos de déplacements et de voyages organisés par le club ;
photos rendant inoubliables les moments que passent les ami(e)s, dans le
train, devant les monuments, à la terrasse des cafés ou lors des repas. Des
moments ritualisés sanctionnent ces relations et des photos immortalisent
les banquets. Le parcours footbalistique des frères Tellechéa est contenu
dans un cahier que détient l’un des frères.
La carrière d’Eldo Cotti est retracée dans un album de photos comprenant
aussi les coupures de presse de l’époque, une affiche, une licence et un
diplôme.
Les souvenirs, immortalisés par des photos et conservés dans des albums,
relient les sportifs entre eux ainsi qu’avec l’encadrement. L’entraîneur de
l’équipe de basket-ball féminin, Léon Gloméron raconte, en 1988, dans un
article du journal Regards, la défaite de son équipe féminine en finale de la
coupe de France, face à Nanterre : « la tension était telle que ce soir-là j’ai cru
que j’allais mourir… A la fin du match, j’ai vu mes filles s’écrouler par terre
et pleurer ». Lorsque ses filles, qu’il appelle affectueusement les grandes,
se sont mariées, il a été invité à toutes les noces.
Page d’album de photographies, Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 50.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 50.
Service de la Culture
2009
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Les sportifs
et le sport
Le sport et les sportifs
aujourd’hui
Grégory Choplin, champion du monde de boxe thaï, juin 2009, photographie Gérard Vidal.
S
i le sport et les sportifs ont leurs logiques propres, ils n’évoluent pas
en marge de la société, tendant à cette dernière un miroir, tour à tour
inquiétant ou réjouissant. La violence verbale ou physique, en dépit des
efforts fournis pour l’endiguer, est une réalité sur et autour des terrains de
football, sport de toutes les passions et de tous les débordements. L’appât
du gain et les rêves de professionnalisme brouillent parfois le message
du sport amateur chez les plus jeunes. La mondialisation est une réalité
pour les champions courneuviens. Sydney Gavignet, brillant skippeur a
fait le choix de s’installer à La Courneuve par souci de commodité, lui qui
navigue le plus souvent dans les mers du Sud. Diandra Tchatchouang, l’une
des basketteuse les plus prometteuses de la planète, vient de décider de
poursuivre son apprentissage dans l’Université américaine de Maryland.
Sous l’influence des modes ou de l’arrivée de nouvelles populations, on
pratique de nouveaux sports. Depuis peu, les Courneuviens s’adonnent à
la capoeira ou au jujitsu brésilien. On croise dans les squares ou au Parc
départemental des joueurs de cricket originaires du sous-continent indien.
Les établissements scolaires s’ouvrent sur l’extérieur et établissent des
partenariats avec les clubs. Le lycée Denis Papin a ouvert une section judo.
Depuis la rentrée, au collège Jean Vilar, une classe flag (variante du football
américain) et anglais est née. Sous l’effet de ces dynamiques, bien difficile
d’imaginer le paysage sportif de 2030 !
Démonstration de capoeira devant le Judo Club Courneuvien, Regards, 04-12-2008, photographie Gérard Vidal.
Diandra Tchatchouang en juin 2005 avant son départ pour l’I.N.S.E.P.», Regards, photographie Gérard Vidal.
Joueurs de cricket dans le parc départemental et dans le département de Seine-Saint-Denis, photographies Silvia Colato, 2009.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
L’esprit militaire des premières
associations sportives à La Courneuve
Service documentation-archives, Nouvelles acquisitions, Le Pélerin, 1925.
L
’Union des Tireurs de La Courneuve est fondée en 1907 par M.
Selle, comptable de l’entreprise Babcock. Elle enseigne le tir et la
préparation militaire. Elle participe au mouvement de militarisation
des pratiques sportives, depuis la défaite de la guerre Franco-Prussienne, à
Sedan. Elle compte plus de 80 adhérents et cesse ses activités en 1940. C’est
principalement à travers la gymnastique que se traduit cette conception du
sport, afin de former physiquement de nouveaux combattants. Une salle de
gymnastique est construite en 1906 dans l’école de la rue Pluchet sur les
plans de l’architecte Mathieu. Durant la Première guerre, cette salle est
aménagée pour accueillir deux classes. La Société Athlétique et Sportive
de La Courneuve créée après guerre, dispense des cours de gymnastique
auprès des élèves des écoles primaires et des cours de gymnastique, de
boxe et de canne, aux jeunes gens. Ce sont des sous-officiers du 5e régiment
d’infanterie qui servent de moniteurs aux enfants, dans les années 1920.
La gymnastique, proche du pouvoir politique, assure un rôle dans
l’embrigadement de la jeunesse et dans la formation d’un esprit nationaliste.
Les fêtes de gymnastique sont au cœur du processus de formation idéologique
de la jeunesse et sont organisées annuellement.
Gymnase de la rue Pluchet, Service documentation-archives, 3fi 1, 1956.
Service documentation-archives, Nouvelles acquisitions, Le Pélerin, 1925.
Papier à en-tête, Service documentation-archives, 4R 2, 1925.
Service documentation-archives, 3fi 1, 1954.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
Les clubs d’usines ou
le corporatisme sportif
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 50.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 50.
L
a carte postale du « Red Star Courneuvien » de 1907 indique que le
football était pratiqué dès le début du siècle, à La Courneuve, sous
l’égide des patrons d’entreprises qui posent avec les joueurs, sans doute
les ouvriers des premières usines. En 1911, les usines Babcock et Wilcox
déclarent leur équipe de foot. En 1913, lors de la fête d’automne du quartier
de la Gare et Pasteur, la municipalité organise une rencontre de football avec
le « Belleville amical club ». A partir des années 1920, les entreprises de la
ville, Nord Paris, Babcock, Ferbois, Norton, S.I.M.B., la Société Générale de
Construction Mécanique et la SATAM, créent leurs propres équipes et surtout
leurs équipements, tout en profitant également des équipements publics.
Les chefs d’entreprise poursuivent plusieurs buts : avoir des employés en
bonne forme physique, assurer la cohésion du personnel et rivaliser avec les
autres entreprises. Ce mouvement dénommé généralement « corporatisme
sportif », conduit parfois les chefs d’entreprises à recruter des jeunes
joueurs de bon niveau parmi leurs employés, afin de remporter les tournois
organisés. Les présidents des autres clubs regrettent ce phénomène et ne
manquent pas de le dénoncer, dans leurs bulletins : « le sport corporatif ne
doit pas tuer la jeunesse ». Les clubs sont affiliés aux fédérations et ligues
de sport amateur, notamment le football. De nouveaux clubs naissent des
grèves de 1936, le club Rateau et l’Union Sportive Courneuvienne, au nom
du comité local du rassemblement populaire. Ce dernier club adhère à la
FSGT, Fédération sportive et gymnique du travail née, dans la mouvance du
Front Populaire, qui regroupe 4300 associations locales de sport et de loisir,
jusqu’à sa dissolution, en 1940 par le gouvernement de Vichy.
Les clubs participent aux fêtes de la ville et aux tournois qu’ils organisent.
Dans les années 70-90, il existe une dizaine de clubs corporatifs qui regroupent
près d’un millier de sportifs.
Collection de papiers à en-tête, Service documentation-archives, 4R et 12W.
« Le sport corporatif ne doit pas tuer la jeunesse »
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 50.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
Nouveaux quartiers et création
d’associations sportives : « l’esprit clubiste»
Vue aérienne du nord du quartier des Quatre Routes, « l’avenir parisien » en 1926, Collection Service culture.
Bulletin du COC, Service documentation-archives, 4R 1.
à
partir de la fin du XIXe siècle, de nouveaux quartiers sortent de terre ;
le quartier de la gare et du boulevard Pasteur, le « quartier neuf » en
1901, le quartier de la route de Flandre dit des « Quatre-Routes »,
avant la Première guerre mondiale, etc... Dans les années 20, la population
du quartier des « Quatre Routes » explose littéralement et passe à plus de
3000 habitants. Des associations sportives naissent dans ce quartier éloigné
du centre ville. La société « L’éclair de La Courneuve », club colombophile, est
créée en 1925 ; son siège est situé à l’Auberge Vaillant des « Quatre Routes ».
Des clubs de boules se constituent dans tous les quartiers. C’est aussi la
création du COC : « c’est en 1933, le 15 août pour être précis, que furent jetées
les premières bases, pour la création d’un club aux quatre Routes, et en ce
jour d’assomption, une épreuve de marche fut organisée de toute main par
nos amis de toujours : Carton, Gontier, Lacombe, Figeac, Palais et quelques
autres. Cette épreuve fut des plus amusantes et les résultats sportifs, furent
empressons-nous de le dire, négatifs, elle ressembla plutôt à un défilé de
carnaval en saison avancée ». Durant les années 1930, c’est l’avènement du
sport de masse et du sport événement, Championnat de France de foot, Jeux
Olympiques, Tour de France, etc. En 1938, les dirigeants du COC qui voient la
population de la ville croître, veulent faire de La Courneuve, une ville sportive
et du COC « le plus grand club régional ».
Devise du COC : « Aimer votre club n’oblige pas à détester les autres »
Bulletin du COC, Service documentation-archives, 4R 1.
Affiche, Service documentation-archives, 4R 1.
Affiche, Service documentation-archives, 4R 1.
« L’équipe du COC composée de joueurs seniors et juniors », fin années 1930 - début 40,
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet.
« L’espoir courneuvien », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 40.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
Les patronages laïcs et religieux
et les clubs affinitaires
« L’équipe de foot des Hirondelles de Saint-Lucien », cliché de A. Bienvenu, Fonds ethnographique municipal, service documentation-archives, collection Lemoine, années 20.
L
’église assure par le biais des patronages locaux un encadrement moral
rigoureux des jeunes gens au début du XXe siècle. Comme à l’école
publique, les filles et les garçons sont séparés pour les activités sportives
et culturelles. Danse et gymnastique sont proposées aux filles alors que les
garçons peuvent pratiquer le football ou le rugby. L’Avant Garde de SaintLucien est créée en 1926 et encadre l’équipe de football des « Hirondelles de
Saint-Lucien » ainsi que les activités féminines. En 1932, alors que se construit
l’église Saint-Yves, la Société des Yvoniens, patronage de l’église, est créée
et s’occupe comme à Saint-Lucien de plusieurs centaines d’enfants.
Affilié à la fédération des œuvres laïques, un patronage laïc voit aussi le jour
en 1930 et propose de nombreuses activités sportives (football, ping-pong,
basket-ball et natation) ainsi que des colonies, à Dry, dans le Loiret, pour les
garçons et à Molay, dans l’Yonne, pour les filles. Des associations culturelles
et sportives regroupent aussi des immigrés de fraîche date. Les espagnols
se retrouvent autour de leurs équipes de foot, soit le Deportivo Español, qui
dépend du patronato de Saint-Denis ou soit, l’Atlético Español d’Aubervilliers.
Le Deportivo Español a son stade, rue Anatole France, jusqu’en 1938, ainsi
qu’un terrain au Parc des Sports.
Page d’album de photographies, Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Delahaye, 1946.
« L’équipe de Basket de Saint-Lucien », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Lemoine, années 20.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
L’organisation des activités sportives :
le Cartel des Sports et l’Office Municipal des Sports
« Les boulistes », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Martin, années 1930.
L
a prolifération d’associations et de clubs sportifs dans les années 192030 amène quatre clubs à se regrouper dans un « Cartel des Sports »
en 1936 (Club Olympique Courneuvien, Club S.A.T.A.M., Club Sportif
Populaire et l’Union Sportive). La municipalité reprend le concept et créé, en
février 1937, un Office Municipal des Sports, dont le président est le maire
de la commune, M. Dumay. L’office comprend, en plus des 4 clubs du cartel,
La Courneuvienne et une section de badminton. En cette période de forte
politisation de l’espace public, l’office se veut « sans nuance politique » et
diffuse ses publicités dans la presse de droite comme de gauche. Le but de
l’office est « d’initier les pratiquants, de développer le sport et organiser
les loisirs ». Il ne souhaite pas encourager le développement de multiples
sociétés et il écrit : « encourager le sport, oui ! Mais pas de division des
masses sportives ». Les sociétés sont invitées à ne plus se scinder et même
à se regrouper si elles pratiquent la même activité.
Il se situe dans la droite ligne d’éducation populaire de Léo Lagrange et
organise, dès 1937, les sessions du brevet sportif populaire. Des sorties
collectives sont organisées avec « visites de musées, d’usines, de monuments
historiques, de l’aéroport du Bourget, rallye pédestre, conférences », dans
le but d’éduquer les jeunes sportifs. Le président charge l’ingénieur-voyer
de trouver un terrain « répondant au désir de l’ensemble des sociétés et
apte à servir pour la construction d’un stade ». La création et la gestion des
équipements sportifs est l’essentiel du travail de l’institution. Elle reprend
aussi les missions du comité des fêtes et organise de grandes fêtes sportives
en 1937 et 1938, notamment une fête « sport et art ».
« Les jeunes du COC à la fin des années 30 », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Dholandre, années 1930.
Service documentation-archives, 4R 3.
«Encourager le sport, oui !
Mais pas de division des masses sportives »
Bilan du mandat de Jules Dupoisot en 1936, s.l.n.d., Service documentation-archives.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
Clubs et associations après 1945
« Défilé FSGT à La Courneuve durant les années 1950 », Service documentation-archives, 3fi 1.
à
l’issue de la Seconde guerre mondiale, une recomposition du paysage
sportif s’opère dans la ville avec le renouvellement des dirigeants,
principalement sur des bases politiques. Des clubs disparaissent et
d’autres sont créés : les Jeunesses Sportives Courneuviennes (J.S.C.) en 1945,
le Club Cycliste Courneuvien et l’Etoile Bouliste Courneuvienne, en 1949, le
Boxing-club Courneuvien en 1950, le Club Pasteur, amicale des boulistes
en 1955, etc... Le JSC est un véritable club omnisport. « Nous mettrons tout
en œuvre pour que demain le JSC soit la plus forte association de notre
commune. Notre municipalité nous a compris et apporte une aide efficace
à la réalisation de nos projets » écrit le secrétaire Leduc, en 1946. Le JSC
organise les championnats de France de gymnastique en 1954. Dans les
années 60, des dissensions éclatent à l’intérieur du club qui conduisent au
départ de nombreuses disciplines, notamment la natation, le rugby, puis le
tennis. De nouveaux clubs naissent de cet éclatement. Il est même favorisé
par la construction du grand ensemble des « 4000 » et Raimond Héliou peut
écrire en terme de constat en 1966 : « la présence dans notre commune,
notamment au grand ensemble, d’une nombreuse population adolescente
inorganisée et disponible. L’activité d’organisations sportives en « marge »
développée au Grand ensemble ». Au-delà des dissensions de tous ordres
(politique, pédagogique ou philosophique) qui existent entre les dirigeants,
une refonte du paysage sportif s’opère à la fin des années 60 et n’a, dès
lors, cessé de se modifier constamment. Le rêve d’un grand club omnisport
s’évanouit avec les années 70, même après la refonte du JSC en AJSC en
1967. Il existe 28 clubs sportifs aujourd’hui.
Appel aux sportifs,
Journal d’Aubervilliers, le 1 MAI 1948
« Le sport ne
peut progresser
qu’au travers du
dévouement des
dirigeants de
club, nous leur
devons au moins,
aide, estime et
respect »
J. Burnet, Cercle des Nageurs Courneuviens, 1974.
« Lou Mézière », Service documentation-archives, 3fi 1, 1954.
Le jeunesse sportive courneuvienne, qui a vu le jour
en 1945 groupe actuellement plus de 300 adhérents,
ce qui prouve sa vitalité malgré toutes les difficultés
rencontrées, en particulier du fait de l’ancien
secrétaire Leduc, exclu par notre assemblée générale
du 5-11-1947 et radié de la FSGT. Un nouveau bureau
composé d’éléments expérimentés et de jeunes,
impulse dans la bonne voie notre club. La section de
gymnastique est de plus en plus florissante, de jeunes
athlètes de valeur se distinguent : la section féminine
est des plus actives. La lutte compte une très forte
représentation : deux lutteurs de classe, Girollet et
Martig ont obtenu des titres de champions de Paris.
Le basket-ball a depuis quelques temps pris son essor
chez les femmes et chez les hommes ainsi que le
volley-ball. Le football, bien parti un certain moment,
a marqué un temps d’arrêt mais sous l’impulsion de
nouveaux éléments qui se dévouent à leur tâche, deux
équipes, deux équipes senior et cadet vont de nouveau
s’ébattre sur les stades. L’athlétisme et la natation
viennent de prendre un bon départ. Toutes ces
sections sont guidées par des moniteurs compétents
et actifs. C’est pourquoi nous faisons appel aux jeunes
courneuviens attirés par le sport et les incitons à
venir au seul club sportif local qui développe le sport
pour le sport : la jeunesse sportive courneuvienne
(renseignements et adhésions les mardi et vendredi
à partir de 20h30. La Courneuve, ville ou l’élément
jeune et dynamique domine ne se désintéressera pas
du sport, et à la faveur du Rassemblement sportif
International qui se déroulera du 9 au 17 mai, organisé
par la F.S.G.T. avec le concours de l’Office municipal
des sports groupant toutes les sociétés sportives
d’entreprises et la J.S.C., à l’exception du C.O.C. (nous
n’incriminons pas les joueurs du C.O.C. qui doivent
être navrés de la décision de leurs dirigeants) ainsi
que de toutes les organisations démocratiques. Nous
ferons connaître la valeur de nos sportifs, aux cours
de grandes rencontres qui opposeront des sélections
courneuviennes aux équipes des grandes villes, telles
que Marseille, Strasbourg, Tours, Delle, etc… Bientôt,
nous vous communiquerons le programme complet de
la plus grande manifestation sportive qui ait eu pour
cadre notre commune.
Service documentation-archives, 3fi 1, années 1950.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
« Sport pour tous et toutes »
« Vingtième anniversaire de l’EMEPS », Fonds iconographique du magazine Regards 1979, photographie Albert Bourse.
U
ne prise de conscience générale a lieu à la fin des années 1960 sur la
place du sport dans la société. Des congrès, des assises nationales et
locales sont organisés. Un nouvel Office Municipal des Sport est créé
en 1969 et a pour ambition de mettre un peu d’ordre dans le milieu sportif,
d’en renforcer la cohésion et d’assurer des missions de coordination et ses
statuts sont clairs à ce sujet : article 2 « soutenir, encourager, provoquer tous
efforts et toutes initiatives tendant à répandre et à développer la pratique de
l’éducation physique et le contrôle médico-sportif. Faciliter dans les mêmes
domaines une coordination des efforts et le plein et meilleur emploi des
installations, du personnel permanent et des animateurs bénévoles existant
dans la commune ». La collectivité met en place « Sport Jeudi », en 1965, puis
l’Ecole Municipale d’éducation Physique et Sportive (EMEPS), en 1969, afin de
toucher un large public d’enfants, obtenir du personnel qualifié, permettre
un travail de qualité, avoir un large éventail d’activités sportives permettant
le choix et une participation plus active des enfants et enfin, de renforcer les
clubs locaux.
En 1971, l’EMEPS est la plus importante école de Seine-Saint-Denis et les
clubs profitent pleinement de l’investissement. Au début des années 70, il
y a moins de 2000 licenciés et il y en a 1500 de plus une décennie plus tard.
L’effort communal est sans doute sans précédent, notamment en matière
d’investissement dans des infrastructures. Si des subventions permettent
la réalisation d’équipements, les dépenses de fonctionnement incombent
entièrement au budget communal (en 1982 l’activité sportive représente
6,14% du budget municipal de fonctionnement).
« Le sport pour
tous et toutes
et la possibilité
à chacun de
parvenir au plus
haut niveau »
Congrès d’Amiens 1968, repris lors des Assises nationales de l’éducation physique du sport et des activités de pleine nature, 1970.
Tract du CNC, 1974, dossier documentaire natation, Service documentation-archives.
Dessin humoristique années 1980, dossier documentaire natation, Service
documentation-archives.tion-archives.
« Cyclisme à la fin des années 1950 », Service documentation-archives, 3fi 1.
Service de la Culture
2009
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Les équipes et
les associations
Les grands clubs ne sont pas éternels !
« Le Flash champion de France en 2009 », 20 juin 2009, Regards, photographie Gérard Vidal.
L
a formule consacrée, veut que « les grandes équipes ne meurent jamais. »
Le football courneuvien la fait mentir. Le glorieux COC a disparu dans
les années 70 et ses successeurs ont bien du mal à prendre la relève,
au point que l’ASC, après plusieurs relégations, a décidé de ne pas inscrire
d’équipe seniors en championnat cette saison. Malgré tout, La Courneuve
héberge toujours de grandes équipes. En 2006 et 2007, les Aigles du Mali,
ont reçu le Congo et la Lituanie, en amical au Stade de Marville, pour le plus
grand bonheur de la communauté malienne. C’est ce même Stade de Marville
qui a accueilli des rencontres de la Coupe de l’Outre-Mer. Marville toujours,
qui a hébergé provisoirement le Red Star (en CFA), le Paris Football Club
(en National) ou Drancy (coupe de France) ces 10 dernières années. Pendant
longtemps La Courneuve s’est surtout distinguée sur les circuits de moto
grâce au Moto Sport Courneuvien et ses bolides frappés du 93. Mais depuis
l’avènement du nouveau millénaire, pour le haut niveau français, c’est sur
les terrains de football… américain que ça se passe, avec le Flash. Depuis
12 ans, cette grande équipe-là semble en effet invulnérable. Pour le reste,
certains clubs disparaissent (rugby), handball, s’éclipsent momentanément
le temps de travaux (Le Cercle des Nageurs), manquent depuis toujours à
l’appel (tennis de table) se divisent en plusieurs entités (les arts martiaux),
souffrent du manque de pratiquants (cyclisme) ou apparaissent, comme le
petit dernier en 2003, l’Association Sportive des chevaliers de l’Athlétisme
Courneuvien.
Papier à en-tête du COC, Service documentation-archives.
« Tournoi d’outre-mer à La Courneuve », 23 septembre 2006, photographie Gérard Vidal.
«Match de rugby à La Courneuve dans les années 1980»,
Fonds iconographique du magazine Regards.
Match du Flash le 20 juin 2009, photographies Gérard Vidal
Service de la Culture
2009
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Les équipements
Les premiers équipements de la ville
« Cour de danse dans le Gymnase de la rue Pluchet », Fonds iconographique du magazine Regards, années 70.
« Gymnase de la rue Pluchet », Service documentation-archives, 3fi 1, 1956.
L
e premier équipement sportif de la ville est le gymnase de la rue
Pluchet construit en 1906. Un stade existe à la même époque et
accueille les matchs de foot du Red Star Courneuvien, de l’équipe
de Babcock, de celle des « Hirondelles de Saint-Lucien », etc. Il est situé,
rue du Chevalier de la Barre, jusqu’en 1929. Il laisse ensuite la place au
prolongement de la rue de la République et à la construction de l’Ecole
Poincaré, en 1933.
Un hippodrome, en projet, depuis 1909, est construit, à Marville, en 1921,
et est reconverti en cynodrome, par le Greyhound Club de France, en
1928. Mais ni aucune course de chevaux, ni de chiens d’ailleurs, ne s’y
déroule. Par contre, l’hippodrome accueille des Cross Country, en 1922,
et les fêtes régionales de gymnastique, à partir de 1924.
La Fédération Française d’Athlétisme projette, en 1922, de quitter
Colombes et de s’installer à l’hippodrome, mais à la condition que les
moyens de transport permettent à 18 000 personnes d’assister à des
rencontres sportives, chaque week-end. En mars 1922, l’Excelsior se fait
l’écho de l’existence d’un grand complexe sportif, à La Courneuve, et de la
possibilité d’y organiser, en partie, les Jeux Olympiques de 1924. L’avenir
de la ville en aurait été sans doute profondément marqué ! Les jeux se sont
déroulés à Colombes où Jean Guimier s’est distingué. Le département de
la Seine, propriétaire des terrains, aménage un parc des sports « modèle »,
à partir de 1930. Le parc est ouvert, en novembre 1932, et reçoit durant
l’année 1933, 17 900 « joueurs et joueuses ». 28 clubs, principalement de
Paris, mais aussi d’Aubervilliers, Pierrefitte, Saint-Denis et La Courneuve
s’inscrivent pour utiliser les équipements de foot, rugby, hockey, pelote
basque, tennis, basket, tir à l’arc, tir à armes à feu et athlétisme.
« Fête gymnatique », Service documentation-archives, 3fi 1, 1950.
« Fête gymnatique », Service documentation-archives, 3fi 1, 1950.
Basket au Stade Jean Boin, « Hirondelles » contre club local, Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Lemoine, 1930.
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2009
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Les équipements
Les stades d’entreprises et les projets
municipaux des années 1930-40
« Match du COC », Photographie A. Bienvenu, Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 1950.
C
’est aux entreprises que reviennent les initiatives d’installer des
équipements sportifs dans la ville durant les années 1920-30 : le stade
Garnier pour l’association sportive de la Société Générale de Construction
Mécanique, 30 rue de la Gare ; le stade Rateau, pour l’association sportive du
stade Rateau, rue Rateau ; le terrain de football de l’Etincelle sport (ex Norton
Sport), 178 route de Flandre ; le stade Palmers, de la biscuiterie Huntley &
Palmers, rue Jean Jaurès, etc. et nombre d’autres stades et équipements
privés. Durant les années 30, la collectivité investit dans tous les secteurs
de la ville, logements, santé, éducation, commerce, etc. et n’arrive pas à
répondre à la demande croissante en équipements des associations et des
clubs. Elle construit le collège Poincaré sur le stade municipal de la rue
du Chevalier de la Barre et elle installe provisoirement le stade municipal
rue Beaufils. L’ancienne école, rue Pluchet, doit devenir en 1936 le « centre
sportif de la ville ». Aux « Quatre Routes », la collectivité aménage le terrain
de football des « 7 arbres » qui reçoit le COC, dès 1937.
Pédro Lopez, futur joueur de foot du COC, dépose, en 1928, un permis de
construire afin d’aménager un stade et d’édifier les vestiaires du « Stade
international » au lieu-dit, la « Fontaine-aux-Bretons », sous les actuels
« 4000 ». L’Office municipal des sports est chargé de trouver des terrains
et de proposer un équipement. En 1942, l’architecte Marcel Lods, présente
un projet de Centre d’éducation physique et sportive à l’emplacement du
stade Palmers, rue Jean Jaurès. Ce projet, ainsi que celui d’une maison
de la jeunesse aux « Quatre Routes », ne seront pas menés à bien durant
la guerre mais repris, à la fin des années 1950. L’effort national de
reconstruction, l’effort municipal en faveur de l’enfance (acquisition de
centres de colonies de vacances) et la réponse au besoin de logement,
feront passer les investissements sportifs au second plan.
Plan de permis de construire de Pédro Lopez, Service documentation-archives, 3T 2120, 1928.
«L’équipe du COC », Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Coussinet, années 1940.
Les quatre stades industriels de la ville en 1949, photographie aérienne IGN, collection départementale.
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2009
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Les équipements
Les stades et équipements contemporains
« Dessin du projet de stade Géo André en 1996 », dossier documentaire Géo André, Service documentation-archives.
D
ès 1937, la municipalité sollicite toutes les entreprises afin qu’elles
prêtent leurs équipements aux clubs. Faute de trouver des emprises
foncières importantes, compatibles aux impératifs sportifs, la
collectivité va acquérir et transformer les stades d’entreprises en
équipements municipaux. Ainsi, en 1961, le stade Palmers et les terrains
avoisinants deviennent le stade Géo André, du nom d’un athlète, héros
de la Seconde Guerre. A l’emplacement du stade Garnier, le gymnase
Antonin Magne est inauguré, le 27 février 1982. Le stade Rateau est acquis
en 1970.
Le gymnase Anatole France est construit en 1961-62. Le centre sportif
Langevin-Wallon est inauguré en mai 1973 ; le gymnase Jean Guimier,
en janvier 1977 et le stade Mandela, en octobre 1986. Ces trois décennies
1960-80 auront vu la ville se couvrir d’équipements sportifs. Les stades
deviennent des lieux de fête avec la vocation de transformer les spectateurs
en acteurs du spectacle et d’agir sur eux.
Jean Deroche, l’architecte des 4000, travaille même, en 1967, à un projet
de Palais des Sports aux Quatre Routes. Cet édifice comprenant parkings,
marché alimentaire et Palais des Sports aurait regroupé, s’il avait été
construit, trois fonctions urbaines essentielles.
« La glorieuse incertitude du sport »,
discours prononcé lors de l’inauguration du stade Géo André
« Dans un cadre sans précédent des athlètes, des gymnastes, des danseuses, des judokas, des footballeurs, des basketteurs, des boulistes, des volleyeurs etc. montreront que s’ils croient tous à la « glorieuse incertitude du sport », ils n’en font pas moins la démonstration éclatante d’une fraternité qui effaçant des divergences de pensées, ne laisse place qu’à un esprit de compétition pacifique... » « Dessin du projet de gymnase Antonin Magne », publié dans Bulletin Municipal, juin 1978, dossier documentaire Antonin Magne, Service documentation-archives.
Service documentation-archives, 3fi 1, 1960.
Carte postale éditée lors de l’inauguration du Centre sportif Langevin Wallon en 1973, Service documentation-archives, 8fi 333.
Fonds ethnographique municipal, Service documentation-archives, collection Lemoine, 1961.
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2009
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Les équipements
Les équipements particuliers :
terrains de boules, piscines et dojo
« Championnat de France de boules en 1954 », Fonds ethnographique, Service documentation archives, collection Martin, 1954.
« Les champions de judo FSGT en 1959 », Service documentation-archives, 3fi 1.
L
’équipement le plus répandu dans la ville et dans le département est le
terrain de boules. Il serait fastidieux de les énoncer tous. Les jeux de
boules tiennent le haut de l’affiche et sont parmi les plus populaires,
les plus ludiques et les plus accessibles.
Dès les années 1930, deux espaces sont voués aux jeux d’eau, dans le parc de
la mairie et le square Paul Doumer. Ces « bacs » accueillent des centaines
d’enfants jusqu’aux années 1950. En 1942, Marcel Lods dresse les plans d’une
piscine qui doit être construite dans le quartier des Quatre Routes, avec l’école
du Montfort mais il n’y est pas donné suite. Le projet de la construction d’une
piscine dans la ville hante les discussions municipales durant trois décennies,
avant que la piscine et le centre sportif Langevin-Wallon ne voient le jour et
soient inaugurés, en mai 1973. La section de natation du JSC fréquentait
les piscines des villes voisines, principalement celle de Drancy, ainsi que le
cercle des nageurs courneuviens après sa création en 1972.
Le Judo Club Courneuvien est créé, en 1952, par Robert Carronge et organise
sa première coupe de Judo, Grand prix de la municipalité, le 26 mars 1954.
La discipline attire de nombreux courneuviens (plus de 300 dans les années
1970) et le Conseil Municipal décide de transformer les bains douches en
Dojo Municipal. C’est un exemple assez rare de reconversion d’établissement
sanitaire en équipement sportif et qui montre le potentiel patrimonial de la
ville.
« Les piscines connaissent le succès. La
municipalité, soucieuse de bien-être des enfants
qui n’ont pu partir en vacances a permis l’accès
des enfants aux bassins d’eau du square de
la Marie et des Quatre Routes. Ces piscines
miniatures ont connu un véritable succès,
et c’est un plaisir de voir la joie de nos petits
s’ébattant dans l’eau fraîche. Nous rappelons
que l’accès de ces bassins n’est permis qu’aux
enfants de moins de 13 ans. La Municipalité
compte sur la compréhension de tous pour
éviter de souiller l’eau par l’immersion d’objets
divers, bicyclettes par exemple. Elle rappelle
qu’il est également interdit d’y baigner des
chiens. Ceci dans l’intérêt de nos bambins »
Journal d’Aubervilliers, 04-09-1953.
« Projet de piscine et de groupe scolaire du Montfort », plan de Marcel Lods, 1942-47, Service documentation-archives, 4M 28.
Carte postale de la mairie, Service documentation archives, 8fi 212.
« Nageurs », Fonds iconographique du magazine Regards, 1990, Stéphane Kovalsky.
Fonds iconographique du magazine Regards, années 70-80, Maurice Cantacuzene, Robert Laponce.
Service de la Culture
2009
19
Les équipements
Les équipements aujourd’hui
« Le complexe sportif Béatrice Hess le 17 avril 2009 », photographie Gérard Vidal.
L
es sportifs courneuviens ne manquent pas d’équipements. Le patrimoine
de la ville, en la matière, est conséquent et réclame d’ailleurs beaucoup
d’attention. La municipalité n’a de cesse d’améliorer les outils à disposition
des sportifs. La piste d’athlétisme de Mandela après 15 ans de bons et loyaux
services a été changée en 2007, en même temps qu’une pelouse synthétique
était posée sur le terrain de football. La même année, Géo-André s’est vu doté
d’une maison des sports. Le vieillissant gymnase Langevin Wallon a fait peau
neuve au printemps pour laisser place au complexe sportif Béatrice Hess. La
ville ne se contente pas d’améliorer les équipements existants, elle répond
aux nouveaux besoins des sportifs en bâtissant ici un dojo (Docteur Justice), là
des équipements sportifs de proximité, les fameux « City stade » dédiés à une
pratique autonome. Le Parc des sports de Marville est aussi amené à évoluer. Un
projet à long terme y prévoit l’installation de centres d’entraînement nationaux
pour le hockey sur glace et le beach volley, ainsi que la rénovation du grand
stade. En attendant, le plus grand terrain de jeu courneuvien demeure le Parc
départemental où quatre tee-shirts et un ballon suffisent pour organiser le
match de l’année.
« Cour de judo au Dojo Docteur Justice, le 3 octobre 2007 », photographie Gérard Vidal.
« Match de foot sur l’équipement sportif de proximité des Clos », août 2009, photographie Jean-Michel Roy
« La Courneuve-Plage : un équipement sportif saisonnier », août 2009, photographie Jean-Michel Roy
« La Courneuve-Plage : un équipement sportif saisonnier », août 2009, photographie Jean-Michel Roy
« Les équipements sportifs de la ville aujourd’hui en août 2009 », photographies Jean-Michel Roy
Service de la Culture
2009
Crédits photographiques
Malgré tout le soin apporté à l’identification des
photographes, de nombreuses photographies du fonds
du magazine Regards ne sont pas datées ni identifiées.
Couverture
Photographies du Flash, Gérard Vidal, 2009
Introduction - Le Flash, Gérard Vidal, 2009
Tournois inter-quartier, Stéphane Kovalsky, 1999
4 - Gwladys Epangue, Gérard Vidal, 2008
5 - Galette des rois, Robert Laponce, 1980
6-G
régory Choplin, Gérard Vidal, 2009
Capoeira, Gérard Vidal, 2008
Diandra Tchatchouang, Gérard Vidal, 2005
Joueurs de criket, Silvia Colato, 2009
13 - EMEPS, Albert Bourse 1979
14 - Le Flash, Gérard Vidal, 2009
Foot, Gérard Vidal, 2006
16 - Match du COC, A Bienvenu
18 - Nageurs, Stéphane Kovalsky, 1990
Frise du bas, Maurice Cantacuzenne et Robert Laponce
19 - B
éatrice Hess, Gérard Vidal, 2009
Judo, foot, La Courneuve Plage, équipements sportifs,
Jean-Michel Roy, 2009
Supplément au journal Regards n° 294 (du 17 septembre au 1er octobre 2009)
Édité par le service Communication de la ville de La Courneuve
33, avenue Gabriel-Péri 93120 La Courneuve & 01 49 92 61 40 - www.ville-la-courneuve.fr
Directeur de la publication : Gilles Poux – Directeur de la Communication : Philippe Caro
Conception graphique et maquette : Pierre Cliquet - Impression : LNI
Service de la Culture - septembre 2009
Cette brochure accompagne une exposition conçue
pour les Journées Européennes du Patrimoine
2009, réalisée par le service de la Culture en
septembre 2009
Conception de l’exposition et de la brochure :
Jean-Michel Roy, docteur en histoire, attaché
de conservation du patrimoine, service Culture,
mairie de La Courneuve
Réalisation de l’exposition et de la brochure :
Pierre Cliquet
Textes écrits par Jean-Michel Roy sauf les
panneaux (6,14,19) par Yann Lalande, service
Communication, mairie de La Courneuve
Recherches documentaires : Jean-Michel Roy,
Fabienne Bouveau et Laurent Magre, Service
Documentation-archives, mairie de La Courneuve
Relecture et conseils : Dovinia Angeli, Fabienne
Compagnon, Jésus de Carlos, Christian Gaborieau,
Olga Guedes, François Taillade, Nathalie Vasseur
Nous remercions toutes les personnes qui nous
permettent d’éditer les photographies qu’ils
nous ont confiées. Si vous êtes en possession de
photographies concernant l’histoire du sport de
la ville ou de tout autre thème, vous pouvez nous
contacter au service de la culture au :
Tél.: 01-49-92-60-00 poste 6533
E-mail : jean-michel.roy@ville-la-courneuve.fr