alerte aux méconnaissances concernant la psychanalyse et l`autisme

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Transcription

alerte aux méconnaissances concernant la psychanalyse et l`autisme

LISTE
DES
PIÈCES
JOINTES
AU
DOSSIER
CIPPA
:
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Pièce
n°
1
:
Affichette
Pièce
n°
2
:
Statuts
de
l’Association
CIPPA
Pièce
n°
3
:
Liste
des
membres
du
Conseil
d’Administration
Pièce
n°
4
:
Présentation
des
activités
de
la
CIPPA
Pièce
n°
5
:
«
Le
partenariat
avec
les
parents
»
par
M.­D.
AMY
Pièce
n°
6
:
«
Comment
les
psychanalystes
peuvent
aider
les
enfants
avec
autisme
et
leurs
familles
»
par
G.
HAAG
Pièce
n°
7
:
Réseau
(INSERM)
de
Recherches
fondées
sur
les
Pratiques
Psychothérapiques
–
Pôle
Autisme
Pièce
n°
8
:
Articulation
de
la
CIPPA
avec
les
recherches
PREAUT
concernant
le
diagnostic,
la
prévention
précoce,
les
évaluations
et
les
résultats
de
cas
traités.
Pièce
n°
9
:
«
Le
Mur
»
:
témoignages
rectificatifs
de
4
participants,
Professeurs
GOLSE,
DELION,
DANON
BOILEAU,
membres
de
la
CIPPA
et
Dr
LOISEL
BUET,
pédopsychiatre,
non
membre
de
la
CIPPA.
La
CIPPA
&
Membres
associés
www.cippautisme.org
Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant
de personnes avec Autisme, est une association loi 1901. Elle réunit des
psychothérapeutes de formation psychanalytique, des professionnels, Membres
Associés, qui s’attachent à promouvoir la complémentarité des traitements psycho
dynamiques et psycho éducatifs de l’autisme.
Ses objectifs
Le
partage
entre
ses
membres
de
leurs
recherches
sur
leurs
pratiques
et
sur
l’évaluation
de
celles‐ci.
L’articulation
entre
les
psychanalystes
et
les
autres
professionnels
impliqués
dans
le
traitement
de
l’autisme.
La
réflexion
sur
le
soutien
à
proposer
aux
familles
et
le
dispositif
pour
installer
avec
elles
un
indispensable
partenariat.
La
mise
en
lien
avec
les
autres
domaines
scientifiques
concernés.
Des
actions
de
formation
dans
les
domaines
médico‐social
et
sanitaire.
Ses
partenaires
du
réseau
professionnel
peuvent
nous
rejoindre
comme
membres
associés.
Les
groupes
de
réflexion
•
•
•
•
•
•
Collaboration
psychothérapeutes‐psychopédagogues‐éducateurs
Clinique
psychanalytique,
sciences
cognitives,
neurosciences
Emergences
du
langage
Evaluations
de
la
construction
des
processus
de
pensée
et
de
la
personnalité
Partenariat
avec
les
parents.
Apprentissages
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
1
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
2
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
STATUTS
Article 1 : Titre. Il est fondé entre les psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de
personnes avec autisme et les animateurs d’équipes où des applications de la psychanalyse
freudienne à l’autisme sont utilisées, qui adhérent aux présents statuts, une association régie
par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901 ayant pour titre : « Coordination
internationale entre psychothérapeutes psychanalystes s’occupant de personnes avec
autisme (CIPPA) ».
Article
2
:
Objet.
:
La
CIPPA
servira
notamment
:
a/
au
partage
entre
ses
membres
de
leurs
recherches
sur
leur
pratique
et
son
évaluation
;
b/
aux
liaisons
avec
les
autres
domaines
scientifiques
concernés
;
c/
à
l’articulation
des
psychanalystes
avec
les
autres
professionnels
utiles
:
psychopédagogues,
orthophonistes,
psychomotriciens,
enseignants,
éducateurs,
etc.
;
d/à
proposer
des
activités
de
formation
à
tous
les
professionnels
concernés
par
l’autisme,
membres
ou
pas
de
la
CIPPA
:
des
groupes
d’études
théorico‐cliniques,
de
supervision,
de
réflexion
et
de
formation
;
ainsi
que
des
séminaires,
colloques
et
congrès
;
e/
à
réfléchir
aux
meilleures
manières
d’aider
les
familles.
Article 3 : Siège social. Il est fixé chez le Dr Geneviève HAAG (CIPPA), 81 rue Falguière
75015 Paris. Il pourra être transféré par décision du Bureau ratifiée par le Conseil
d’Administration et l’Assemblée générale.
Article 4 : Admission. Les demandes d’adhésion sont à adresser avec suffisamment de
précisions professionnelles et accompagnées du paiement de la cotisation annuelle au
Secrétaire général qui en informe le Bureau ; celui-ci peut décider de ne pas accepter une
adhésion ; il peut proposer au Conseil d’administration d’admettre comme membres
bienfaiteurs les personnes qui auront rendu un service signalé à l’Association.
Article
4
bis
:
Membres
associés.
Sont
«
membres
associés
»
les
professionnels
qui
sont
nos
partenaires
dans
le
travail
avec
des
personnes
autistes
:
psychomotriciens,
orthophonistes,
éducateurs,
infirmiers,
enseignants
spécialisés,
psycho‐pédagogues,
psychologues
scolaires,
art‐thérapeute,
ergothérapeutes,
jeunes
psychologues
diplômés
qui
s’engagent
dans
un
accompagnement
de
personne
autiste,
et
autres
catégories,
qui
pourraient
être
ajoutées
après
décision
du
CA.
Les
«
membres
associés
»
n’ont
pas
de
pouvoir
décisionnel
dans
l’Association.
Les
demandes
d’adhésion
sont
étayées
par
un
parrain
(membre
de
l’Association).
Le
candidat
adresse
au
bureau
une
lettre
de
motivation
et
un
descriptif
de
son
cursus.
Au
besoin,
un
entretien
pourra
être
proposé
avant
de
prendre
la
décision
d’admission.
Le
montant
de
la
cotisation
sera
fixé
chaque
année
en
Assemblée
Générale.
1
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
2
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Article 5 : Radiation. La qualité de membre se perd : a/ par la démission ; b/ le décès ; c/ la
radiation prononcée par le Conseil d’Administration pour motif grave, ou pour non paiement
de la cotisation, l’intéressé ayant été invité par lettre recommandée à se présenter devant le
Bureau pour fournir des explications.
Article
6
:
Ressources
de
l’Association
:
Elles
proviennent
a/
des
cotisations
et
des
dons
manuels
des
membres
;
b/des
subventions
de
l’Etat,
des
Régions,
des
Départements
et
des
Communes
ou
autres
institutions
c/du
versement
des
frais
administratifs
engagés
par
la
gestion
des
activités
de
formation.
Article 7
:
Conseil d’Administration. Il oriente l’Association dans le respect des décisions de
l’Assemblée générale précédente.
Ses membres sont élus par l’Assemblée Générale au scrutin
secret pour 2 ans à la majorité des 2/3 des présents ou représentés. Le président de la CIPPA
est élu par le Conseil d’Administration en son sein, par les présents ou représentés, soit à la
majorité absolue au premier tour, soit à la majorité relative au second. Les membres du C.A.
sont rééligibles. S’il s’avère utile, le Conseil peut s’adjoindre des membres par cooptation
lesquels sont soumis à élection à l’Assemblée générale suivante. Le Bureau ou le Conseil
peuvent proposer à l’Assemblée de fixer le nombre des membres du Conseil selon l’utilité et
en proportion du nombre des membres de l’Association.
Le Conseil se réunit au moins une fois par an ; il est convoqué par le
Secrétaire général après approbation du Bureau ; le tiers des membres du Conseil peuvent
aussi décider de sa réunion.
Il est présidé par le Président, ou à défaut un Vice-Président, ou le Secrétaire
général ; il peut aussi élire un de ses membres pour ce faire.
Il décide à la majorité simple des présents ou représentés par un autre
membre du Conseil, avec un maximum de deux pouvoirs par votant. Il faut au moins que la
moitié des membres soit présents ou représentés pour qu’un vote du Conseil soit valable.
Tout membre du Conseil absent à trois réunions consécutives sans s’être
excusé est considéré, après un rappel infructueux, comme démissionnaire de celui-ci.
Article 8 : Assemblée générale ordinaire. Elle est souveraine dans ses décisions.
L’Assemblée annuelle entend, discute et vote les rapports du Secrétaire général et du
Trésorier sur l’année écoulée et sur l’avenir souhaitable ; elle vote la cotisation annuelle une
fois l’ordre du jour épuisé, elle peut se saisir de toute question en rapport avec l’objet de
l’Association.
La date d’une assemblée est déterminée par le Secrétaire général après
approbation du Bureau ; elle peut aussi être décidée par la majorité des membres du Conseil
ou le quart des membres de l’Association. Les convocations sont expédiées à tous les
membres, par voie postale ou par internet, au moins quinze jours à l’avance avec indication de
l’ordre du jour.
Elle est présidée par le Président, ou à défaut par un Vice-président, le
Secrétaire général ou adjoint, ou un membre du Bureau ; les décisions se prennent à la
majorité simple des membres présents ou représentés par un autre membre de l’Association à
qui ils ont donné un pouvoir écrit, avec un maximum de deux pouvoirs par votant.
2
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
2
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Article 9 : Assemblée extraordinaire. L’Assemblée générale est dite extraordinaire lorsque
son objet est soit un changement des statuts, soit la dissolution de l’Association. Dans ce cas
un ou plusieurs liquidateurs sont nommés par l’assemblée et l’actif, s’il existe, est dévolu
conformément à l’article 9 de la loi du 1er juillet 1901 et au décret du 16 août 1901.
Les convocations sont faites de la même manière que pour l’Assemblée
ordinaire, mais en exposant le motif et l’objet du vote à intervenir. Les décisions sont prises à
la majorité des deux tiers des membres présents ou représentés ; si ce quorum n’est pas
atteint, une seconde assemblée extraordinaire peut être convoquée où la décision est prise à la
majorité simple.
Article 10 : Le Bureau. Il prend les décisions au nom de l’Association dans le respect des
votes de l’A. g. et du Conseil. Ses membres sont élus pour deux ans par le Conseil et
rééligibles. Il est composé au moins d’un Président, d’un Secrétaire général et d’un Trésorier.
Le Bureau peut comporter en plus un Secrétaire général adjoint, un Trésorier adjoint, et un ou
plusieurs membres éventuellement chargés d’une mission. Le Président représente
l’Association pour les actes de la vie civile : à défaut un membre du Bureau peut en être
chargé.
Article 11 : Le règlement intérieur. Il peut compléter les présents statuts ; il est soumis à
approbation du Conseil d’Administration.
Article
12
:
Formations.
L’Association
peut
favoriser
le
développement
de
formations,
notamment
en
accordant
son
label
à
certaines
formations.
Celles‐ci
sont
dispensées
par
un
membre
de
l’Association
au
moins,
éventuellement
associé
à
un
ou
plusieurs
formateurs
non
membres.
Les
formateurs
déterminent
librement
le
contenu.
3
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
3
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
MEMBRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA CIPPA
Fonction
au
sein
du
Bureau
Nom
Prénom
Profession
Mme
ALGRANTI‐FILDIER
Brigitte
Mme
ALLIONE
Marie
Mme
AMBROISE
Pascale
Psychiatre
Mme
AMY
Marie
Dominique
Mme
BARRAL
Armelle
Mme
BRENGARD
Dominique
Mme
CERF
de
DUDZEELE
Philippine
Géraldine
Mme
COLINET
Alexandra
Mme
CULLERE‐CRESPIN
Graciela
Psychologue,
psychanalyste
Psychologue
psychanalyste
Psychiatre
Psychothérapeute
familiale
Psychologue
clinicienne,
psychanalyste
Psychologue,
psychanalyste
Psychologue
clinicienne,
psychanalyste
M.
DELION
Pierre
Pr
de
psychiatrie
M.
FORTINEAU
Jacques
Retraité
M.
GOLSE
Bernard
Pr
de
psychiatrie
M.
GUILÉ
Jean‐Marc
Mme
HAAG
Geneviève
Psychiatre,
psychanalyste
Psychiatre,
psychanalyste
Mme
HUON
Denise
M.
LANÇON
Georges
Mme
LAZNIK
Marie‐
christine
Mme
LENFANT
Mme
LHEUREUX‐
DAVIDSE
Psychiatre,
psychanalyste
Psychiatre
des
hôpitaux,
psychanalyste
Secrétaire
scientifique
Présidente
Secrétaire
générale
adjointe
Secrétaire
scientifique
Secrétaire
générale
Psychanalyste
Pédopsychiatre
Psychanalyste
Docteur
en
psychologie,
psychanalyste
Secrétaire
scientifique
Anne‐Yvonne
Psychiatre
des
hôpitaux
Chantal
Psychanalyste,
psychothérapeute
1
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
3
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Profession
Fonction
au
sein
du
Bureau
Nom
Prénom
Mme
MERQUI
Anne
Mme
MESSECA
Susanna
Mme
MONTREYNAUD
Valérie
Pédopsychiatre
Trésorière
M.
MOUSSAOUI
Edgar
Pédopsychiatre
Psychanalyste
Mme
OUSS
Lisa
Pédopsychiatre
Mme
PAGÈS
Catherine
Pédopsychiatre
Secrétaire
scientifique
Mme
POYET
Pierrette
Trésorière
adjointe
Mme
RHODE
Maria
Psychanalyste
Pr
de
Psychologie
Psychanalyste
M.
RIBAS
Denys‐Marie‐
René‐Romain
Docteur
en
médecine
Mme
SUAREZ‐LABAT
Hélène
Mme
VAILLANT‐JUTEAU
Anne‐Marie
Psychologue,
psychothérapeute
Psychanalyste
d’enfants
Psychologue
clinicienne,
psychanalyste
Pédopsychiatre
praticien
hospitalier
Vice
présidente
Vice
présidente
2
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
PRÉSENTATION DES ACTIVITÉS DE LA CIPPA
Association
selon
la
loi
de
1901,
la
CIPPA
«
Coordination
Internationale
entre
Psychothérapeutes
psychanalystes
s’occupant
de
Personnes
avec
Autisme
».
Cette
Association
est
créée
en
2005
à
l’appel
de
Geneviève
Haag
et
de
Marie
Dominique
Amy,
actuelle
présidente.
A
leur
demande,
elle
s’ouvre
plus
largement
depuis
2010
à
l’ensemble
des
professionnels
concernés
par
l’autisme
:
orthophonistes,
psychomotriciens,
infirmiers,
éducateurs,
assistants
sociaux,
enseignants,
éducateurs
qui
peuvent
devenir
membres
associés.
Restant très préoccupés des clivages et conflits qui se manifestent entre certaines institutions,
voire même au sein d’entre elles, concernant les jonctions entre les approches psychodynamiques et éducatives, il semble encore impératif aux adhérents de la CIPPA, de mieux
faire connaître une pratique psychanalytique qui préconise de conjuguer ces approches.
Une meilleure gestion des fantasmes, des angoisses corporelles et de la souffrance des
personnes autistes (surtout quant elles prennent conscience de leur différence) ouvre plus
grand les portes aux apprentissages. Ceux-ci permettent à leur tour que s’atténue un grand
nombre de mal êtres psychiques. Le respect des personnes autistes passe par une
reconnaissance de leur personnalité dans sa totalité.
«
Un
traitement
réunissant
influence
analytique
et
mesures
éducatives
conduit
par
des
personnes
qui
ne
dédaignent
pas
de
se
préoccuper
de
ce
qu’est
le
milieu
enfantin
et
qui
s’entendent
à
se
frayer
un
accès
à
la
vie
d’âme
de
cet
enfant
réussit
à
faire
deux
choses
en
une
:
supprimer
les
symptômes
et
faire
rétrocéder
le
changement
de
caractère…
»
S.
Freud1
La
CIPPA­
Autisme
s’est
donnée
pour
tâches
de
favoriser
a/ le partage et l’échange entre ses membres, des recherches sur leurs pratiques et sur
l’évaluation de celles-ci,
b/ l’articulation entre les psychanalystes et les autres professionnels impliqués dans le soins
aux personnes autistes,
c/ une réflexion autour des meilleures manières d’aider les familles à installer entre elles et
les professionnels un indispensable partenariat,
d/
les
liaisons
avec
les
autres
domaines
scientifiques
concernés
par
l’autisme.
1
Analyse
profane
(1926)
in
Œuvres
Complètes,
volume
XVIII
(Puf).
1
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
La
CIPPA­Autisme
organise
trois
Coordinations
annuelles
pour
tous
ses
adhérents.
Ces
coordinations
sont
ouvertes
également
aux
auditeurs
ponctuels
et
à
des
membres
associés
désireux
de
mettre
en
articulation
leur
pratique
et
les
connaissances
proposées
par
l'approche
psychodynamique.
Concernant
les
membres
associés,
l’adhésion
annuelle
leur
donne,
comme
aux
adhérents
psychothérapeutes
psychanalystes,
l'accès
à
un
compte‐rendu
écrit
de
ces
coordinations,
ainsi
que
la
possibilité
d’intégrer
un
groupe
de
travail.
Plusieurs
groupes
à
Paris,
en
Ile
de
France
et
en
Province,
fonctionnent
sur
des
thèmes
spécifiques
:
*
les
évaluations,
*
l’émergence
du
langage,
*
l’articulation
entre
psychanalyse
et
neurosciences,
*
la
nécessaire
collaboration
entre
psychothérapeutes,
orthophonistes,
psychomotriciens,
éducateurs
psychopédagogues,
*
le
partenariat
avec
les
parents,
*
les
jonctions
entre
la
psychodynamique
et
les
apprentissages
scolaires.
La
CIPPA
est
un
organisme
de
formation
et
à
ce
titre
:
*
Les
réunions
de
Coordination
sont
des
temps
de
formation
pour
ses
adhérents.
*
Des
formations
sont
proposées
par
ailleurs,
aux
institutions
médico‐sociales
et
sanitaires.
Elles
le
sont
également
aux
professeurs
des
écoles
qui
souhaitent
être
mieux
formés
concernant
les
difficultés
psychocognitives
de
leurs
élèves
autistes
ou
subissant
d'autres
troubles
envahissants
du
développement.
«
Il
viendra
un
jour
où
la
psychologie
des
fonctions
cognitives
et
la
psychanalyse
seront
obligées
de
se
fusionner
en
une
théorie
générale
qui
les
améliorera
toutes
deux
en
les
corrigeant
l’une
et
l’autre
»
J.
Piaget2
Réunions
de
coordination
Dans
l’esprit
de
la
Cippa‐autisme,
les
intervenants
à
nos
Coordinations
présentent
une
complémentarité
des
approches
de
la
personne
autiste
:
l’approche
psycho‐dynamique,
les
approches
éducatives
des
courants
cognitivistes
et
comportementalistes
celles
qui
ont
trait
à
la
communication
augmentative
et
alternative
au
langage
verbal,
les
approches
des
neurosciences
et
de
la
génétique.
2
Problèmes
de
psychologie
génétique
(1972),
Denoël
médiations,
n°
95.
2
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
A
ce
titre,
les
principaux
thèmes
développés
au
cours
des
réunions
de
coordination
de
la
Cippa­autisme
sont
:
En
prévision
:
Samedi 17 mars 2012
Intervention du Pr Jacqueline NADEL sur les apprentissages par imitation et observation
Intervention de Madame Pierrette POYET – Présentation clinique
Samedi 19 novembre 2011
Table
ronde
autour
de
la
question
des
Evaluations
organisée
par
le
Dr
Anne­Yvonne
LENFANT,
P.
H.
Pédopsychiatre
à
LILLE
et
médecin
coordonnateur
de
l’Unité
d’Evaluation
Diagnostique
au
C.R.A.
du
Nord
Pas
de
Calais
avec
:
Dr
Edgar
MOUSSAOUI,
P.H.
Psychiatrie
de
l’Enfant
C.H.R.
CAEN
et
médecin
coordonnateur
de
l’Unité
d’Evaluation
Diagnostique
au
C.R.A.
Basse
Normandie
‐
Dr
Catherine
PAGÈS,
P.
H.
Pédopsychiatrie
Hôpital
Robert
Ballanger
AULNAY‐SOUS‐BOIS
–
Catherine
BRODIN,
Psychothérapeute
Pédopsychiatrie
C.H.R.
CAEN
et
Unité
d’Evaluation
Diagnostique
C.R.A.
Basse
Normandie
–
Fabien
JOLY,
Psychanalyste,
coordonnateur
au
C.R.A.
de
Bourgogne.
Dr
Nadia
CHABANE,
P.H.
Service
de
Psychopathologie
de
l'hôpital
Robert
Debré,
responsable
du
Pôle
Autisme
et
chercheur
à
l'Unité
U1000
:
"Diagnotic
précoce
dans
les
troubles
du
spectre
autistique".
Samedi 28 mai 2011
Exposé
de
Marie­Christine
LAZNIK,
psychanalyste
et
de
Dominique
BRENGARD,
pédopsychiatre,
Chef
de
service
:
"Diagnostic
différentiel
entre
le
repli
relationnel
et
le
retrait
autistique".
Exposé
de
Pascale
AMBROISE,
praticien
hospitalier,
pédopsychiatre
:
"Le
poussin
dans
les
"bras"
de
sa
maman
poule"
:
la
construction
du
lien
avec
Anna
et
sa
maman.
Prise
en
charge
précoce
entre
4
et
18
mois
d'une
petite
fille
présentant
des
troubles
de
la
relation
associés
à
un
syndrome
génétique.
Samedi 12 mars 2011
• Nicole Cadaux-Marty, Un travail psychothérapique pluriel en hôpital de jour :
Ludivine.
• Laurence Carpentier, Marie-Hélène Sylvain Serre, Myriam Aydin "Tissage du
soin – Tressage des liens".
Samedi
20
Novembre
2010
-
Quels
processus
de
somatisation
dans
les
désorganisations
mentales
graves,
par
Diran
Donabédian,
psychanalyste,
psychosomaticien
et
président
de
l’association
Ipso‐Pierre
Marty.
-
«
La
bouche
en
feu
»
:
somatisation
de
Marek,
enfant
autiste,
dans
son
3
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
parcours
thérapeutique
pour
accéder
au
langage,
exposé
de
Christine
Varro,
orthophoniste
et
psychothérapeute
et
Nathalie
Barabé,
psychologue,
psychothérapeute,
chargée
de
cours
l’université
Paris
VII.
-
Discussion
avec
Diran
Donabédian
Présentation
du
film
;
«
dix
petits
danseurs
»
par
George
Lancon
pédopsychiatre‐psychanalyste,
responsable
des
soins
à
l’IME
les
Violettes
à
Bagnols
sur
Cèze
et
Anne
Lopez,
chorégraphe‐danseuse
professionnelle
fondatrice
de
la
compagnie
les
gens
du
Quai.
Samedi
26
Juin
2010
-
Difficultés
des
personnes
autistes
à
percevoir
les
flux
sensoriels
rapides",
Bruno
Gepner.
-
Le
ralentissement
comme
mode
d'apaisement
d'intensités
trop
fortes
dans
les
suivis
d'enfants
autistes
en
thérapie"
un
suivi
en
psychothérapie
de
Chantal
Lheureux‐Davidse
avec
les
commentaires
de
Bruno
Gepner.
Samedi
27
Mars
2010
-
L’autisme
du
point
de
vue
des
neurosciences
et
de
la
psychanalyse.
Convergences
et
divergences,
Lisa
Ouss,
pédopsychiatre.
-
Autour
de
la
prise
en
charge
institutionnelle
d’un
adulte
autiste,
Fabienne
Pinilo,
psychologue,
psychanalyste.
Informations
:
publication
du
socle
des
connaissances
par
la
HAS
(Geneviève
Haag),
programme
d’accompagnement
préaut
(Graciela
Crespin)
-
Samedi
17
Octobre
2009
- Articulation
et
alliance
:
itinéraire
d’un
enfant
autiste
du
CATTP
au
SESAD,
Aurélie
Favet,
pédopsychiatre;
Adeline
Jugan,
ergothérapeute;
Maria
Squillante,
pédopsychiatre.
-
Regards
de
psychanalystes
sur
l’ABA,
Anne‐Yvonne
Lenfant,
pédopsychiatre,
psychanalyste;
Valérie
Montreynaud,
pédopsychiatre.
Samedi
20
Juin
2009
-
Poursuite
de
l’élaboration
à
partir
de
l‘évolution
du
cas
de
l’enfant
présenté
lors
de
la
réunion
précédente.
Articulation
entre
les
soins
(psychothérapie
–
atelier
terre)
et
les
propositions
éducatives
et
instructives,
Pascale
Ambroise,
pédopsychiatre,
P.H.
responsable
de
l’hôpital
de
jour
«
La
colline
»
CHR
Meaux.
-
Présentation
du
programme
PILE
dans
son
état
d’avancement,
Bernard
Golse,
chef
de
service
de
pédopsychiatrie
de
l’hôpital
Necker‐
Enfants
malades.
4
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Samedi
14
Mars
2009
- Parcours
de
soins
et
évolution
d’un
enfant
de
6
ans
présentant
des
troubles
autistiques
pris
en
charge
depuis
l’âge
de
17
mois,
Pascale
Ambroise,
pédopsychiatre,
P.H.
responsable
de
l’hôpital
de
jour
«
La
colline
»
CHR
Meaux.
- Entre
corps
et
langage
:
le
nouage
psychomoteur
et
les
avatars
autistiques
de
la
symbolisation
primaire.
Fabien
Joly,
psychologue,
psychomotricien
et
psychanalyste,
Docteur
en
psychopathologie
et
psychanalyse,
coordinateur
du
CRA
de
Bourgogne
et
du
réseau
Autisme
Bourgogne
(CHU
Dijon).
Samedi
29
Novembre
2008
-
-
Information
sur
la
mise
en
route
du
réseau
Inserm.
Présentation
du
groupe
de
travail
«
émergences
du
langage
»,
C.
Lheureux‐
Davidse,
R.
Ben‐Youssef,
A.
Barral,
N.
Barabé,
psychologues
et
C.
Varro,
orthophoniste.
Le
bilan
sensori­moteur
et
le
travail
sur
les
ajustements
sensori­toniques,
Dorota
Chadzinski,
psychomotricienne,
psychologue
clinicienne,
chargée
de
cours
à
l’institut
de
psychomotricité
à
Paris
VI,
enseignante
à
la
formation
A.
Bullinger
(Lille).
Samedi
17
Avril
2008
- La
pédopsychiatre
et
l’institutrice
parlent­elles
du
même
enfant
?
Dialogue
entre
Anne‐Yvonne
Lenfant,
pédopsychiatre,
psychanalyste
et
Catherine
Leroy,
institutrice
spécialisée.
- «
Le
soin
à
fleur
de
peau
»
projection
d’un
film
sur
le
packing
présenté
par
le
professeur
Pierre
Delion.
Samedi
2
Février
2008.
La
prise
en
charge
globale
d’un
enfant
(équipe
de
Caen)
discutant
:
Didier
Houzel
- Evolution
d’un
enfant
à
travers
ses
dessins,
C.
Brodin,
psychothérapeute
- Les
données
de
ses
évaluations
successives
WISC,
Vineland.
M.
Avondès‐Yvelin,
psychologue
clinicienne.
- La
place
du
consultant
E.
Moussaoui,
pédopsychiatre.
- Le
travail
de
l’assistante
sociale
dans
l’aide
à
l’intégration
scolaire,
Mme
Provost.
- La
prise
en
charge
en
psychomotricité,
A.
Renet‐Hurel.
-
Le
travail
éducatif
au
sein
du
Sessad,
S.
Freudensprung.
5
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Samedi
13
Octobre
2007
- Investissement
et
exploration
de
la
3ème
dimension
de
l’espace,
entre
le
travail
psychothérapeutique
et
le
travail
éducatif
chez
un
enfant
autiste
de
10
ans
suivi
depuis
l’âge
de
4
ans.
P.
Laurent.
- Présentation
d’un
film
de
A.
M.
Vaillant
:
Les
«
Orpailleurs
»,
articulation
d’une
constellation
thérapeutique
autour
d’un
enfant
autiste.
- Apprentissage
par
observation
et
imitation
:
étude
comparative
entre
jeunes
enfants
et
enfants
avec
autisme.
N.
Ouka.
(Collaboratrice
de
Jacqueline
Nadel).
Samedi
5
Mai
2007
- Articulation
du
travail
du
consultant
et
du
thérapeute.
C.
Pagès
- Présentation
de
G.
Crespin.
Le
processus
thérapeutique
d’un
enfant
dans
la
psychothérapie.
- Rapport
du
groupe
de
travail
n°
3
:
Jonctions
cliniques
:
psychanalyse
­
neurosciences
–
biologie
–
génétique
.
Samedi
16
Décembre
2006
- E.
Clet
:
Présentation
des
différentes
méthodes
éducatives
:
ABA,
TEACCH,
et
des
stratégies
de
communication
:
PECS,
Makaton
- Présentation
de
Greenspan,
Floor
time
:
A.S.
Parent
- Considérations
sur
les
apprentissages
spontanés
et
le
problème
de
la
motivation,
B.
Romanzin,
G.
Haag.
Samedi
24
Juin
2006.
Les
évaluations
- Présentation
du
protocole
utilisé
à
Strasbourg.
Pr
Bursztejn
et
Dr
Chabaud.
- Rapport
du
groupe
de
travail
n°
4
:
Evaluations.
Samedi
21
Janvier
2006
-
Rapport
du
groupe
de
travail
n°1
:
Collaboration
entre
psychothérapeutes,
psychopédagogues,
pédagogues
et
éducateurs
-
Rapport
du
groupe
de
travail
n°5
:
Emergence
du
langage
Présentation
du
programme
de
recherche
P.I.L.E/B.
Golse.
Samedi
5
Novembre
2005
- Les
recommandations
pour
la
pratique
du
diagnostic,
L.
Ouss
- Exposé
de
H.
Suarez‐Labat
:
Complémentarité
des
épreuves
projectives
et
cognitives
dans
l’évaluation
de
l’émergence
de
l’autisme.
- Exposé
de
C.
Frédérick‐Libon
:
Traces
de
phénomènes
autistiques
au
Rorschach
chez
l’enfant.
6
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
4
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Samedi
21
Mai
2005
- Exposé
de
D.
Amy
:
Articulations
psychothérapies
et
programmes
éducatifs
- Large
discussion
et
témoignages
sur
la
pratique
des
évaluations,
la
place
des
CMP
dans
l’établissement
du
diagnostic.
Samedi
8
Janvier
2005.
Rôle
des
centres
ressources
et
de
diagnostic
- Présentation
du
CRAIF
par
J.
Majerus
(directrice)
et
L.
Ouss
(psychiatre)
- Présentation
du
travail
du
Centre
de
Diagnostic
de
Caen
:
E.
Moussaoui
(pédopsychiatre)
Samedi
25
Septembre
2004.
Première
réunion.
L’appel
de
la
Coordination
- Reconnaissance
d’une
carence
des
évaluations
- Solitude
des
thérapeutes
-
Articulation
entre
prises
en
charge
thérapeutiques
et
éducatives.
7
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
5
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Marie Dominique Amy
Présidente de la CIPPA
LE PARTENARIAT AVEC LES PARENTS
Ce
texte
rend
compte
de
l'absolue
nécessité
de
partager
avec
les
parents,
les
observations
et
réflexions
qui
vont
permettre
que
s'élabore
un
projet
individualisé.
Du
fait
que
les
parents
connaissent
leur
enfant
mieux
que
quiconque,
la
notion
de
partenariat
se
révèle
indispensable.
La
relation
entre
parents
et
institution
doit
s'élaborer
dès
avant
le
diagnostic
car
dès
les
premières
rencontres,
il
est
nécessaire
que
s'installe
confiance
et
dialogue.
Dans
cette
perspective
il
doit
leur
être
commenté
les
connaissances
actuelles,
aussi
bien
celles
apportées
par
les
courants
cognitivistes
et
comportementalistes,
les
courants
psychodynamiques
psychanalytiques,
les
recherches
neuroscientifiques
et
génétiques.
Il
est
également
nécessaire
que
soient
avec
eux,
observées,
parlées
et
discutées
les
difficultés
manifestées
par
leur
enfant
au
cours
des
temps
informels
et
des
évaluations
dont
on
doit
souhaiter
qu'elles
ne
soient
pas
tardives.
Un
dialogue
doit
donc
s'instaurer
d'emblée
si
l'on
veut
qu'un
projet
cohérent
soit
proposé
à
la
personne
autiste.
Le projet de la création de la CIPPA s'est articulé autour de 4 axes principaux :
1) L'objet de la psychanalyse dans le travail ave les personnes autistes
2) l'articulation entre psychanalystes et autres professionnels impliqués
3 l'articulation entre psychanalyse, approches cognitives et neurosciences
4) le partenariat avec les parents
Laissant de coté les points deux et trois, je vais, dans un premier temps, aborder le partenariat
avec les parents puis je reviendrai sur l'objet de la psychanalyse, sachant que même lorsque je
m'exprime concernant le partenariat avec les parents, ma formation psychanalytique me fait
en parler en des termes qui y font fréquemment référence.
Pour se faire, il me semble important de relater tout ce qui nous a amenés à la CIPPA, à
souhaiter que des psychanalystes et plus généralement tous les professionnels travaillant avec
des personnes autistes, réfléchissent à leur investissement auprès des parents et à l'importance
qu'ils ont à attribuer au partage des réflexions, des observations et de la mise en place
d'objectifs communs. A ce jour, deux sous groupes de la CIPPA, à Paris et en province
travaillent activement sur ce sujet afin de pouvoir organiser dans un avenir que j'espère
proche, une journée consacrée à un dialogue avec les parents.
Ce qui vient d'être énoncé, concernant l'importance du partenariat semble relever du plus
simple bon sens et pourtant il n'en a pas toujours été ainsi! Aujourd'hui encore, cette
nécessité absolue du partenariat ne semble pas être évidente pour tous que cela soit dans le
médico-social ou dans le sanitaire.
1
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
5
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Il m'arrive, au cours des formations que je propose en mon nom ou que d'autres collègues et
moi même proposons au nom de la CIPPA, de travailler avec des institutions dans lesquelles
les parents ne sont rencontrés que deux fois par an voire éventuellement trois, s'il y a une fête
à Noêl !
Les prétextes en sont variés : manque de temps de l'équipe, distance entre l'institution et le
lieu d'habitation, horaires de travail des parents, accompagnements en taxi, désinvestissemnt
de la famille lorsque l'enfant est depuis longtemps dans l'institution...
Tout ceci est possible et vérifiable car en effet, certaines familles vivent loin du lieu d'accueil
et n'y accompagnent pas elles mêmes leurs enfants. Certaines d'entre elles ont
professionnellement, des responsables peu compréhensifs. Certaines encore ont tellement
donné d'elles mêmes dans un premier temps pour tenter de comprendre et d'assumer l'annonce
d'un diagnostic puis pour trouver des professionnels capables de répondre à leurs
interrogations et de les orienter vers ce qui conviendra le mieux à leur enfant, qu'un certain
épuisement peut devenir compréhensible. Epuisement d'autant plus fort que pour bien des
parents, trouver une place disponible pour leur enfant dans un lieu d'accueil digne de ce nom,
a relevé et relève encore du parcours du combattant!
Pour les parents comme pour les professionnels, l'investissement au long court n'est pas
facile. Nous sommes tous atteints par des sentiments d'impuissance, d'échec et de
découragement. Nous avons tous à assumer les blessures engendrées par le retrait, l'intérêt, la
violence ou l'inhibition de ces enfants, adolescents ou adultes autistes. Mais le partage de ces
difficultés, le fait de pouvoir en parler ensemble, de chercher à comprendre dans une
réflexion commune le pourquoi de tel ou tel comportement, de telle ou telle réaction ne peut
qu'aider et soulager parents et professionnels.
Je suis psychanalyste et le revendique haut et fort car j'ai la conviction que d'une façon, certes
empirique mais certaine, les psychanalystes formés à l'approche de l'autisme, ont observé et
mis à jour des difficultés psychiques, corporelles et mentales qui pénalisent fortement les
compétences cognitives des personnes autistes. Du reste les recherches actuelles en
neurosciences, et en épigénétique rejoignent constamment nos observations et même si elles
trouvent à ces difficultés des hypothèses ou des origines différentes, elles reconnaissent
comme nous, l'importance de notre complémentarité
Je me défendrai donc de faire ici du prosélytisme car si je juge que l'approche
psychodynamique est d'une aide précieuse pour les autistes elle ne suffit pas à elle seule. Mais
je pense qu'il en est de même concernant les approches cognitives. L'exclusion de l'une par
l'autre est regrettable car lorsqu'un enfant est en difficulté autistique, c'est justement ce clivage
entre le psychique et le cognitif qui est à l'origine de ses difficultés. Il est, tout au moins avant
d'avoir été suivi, dans l'incapacité de relier ses émotions internes avec ce qu'il vit dans la
réalité. C'est sans doute puisqu'il est incapable de faire ces liens là que certains en arrivent à
penser qu'il ne ressent rien!
Cela m'évoque un passé peu lointain où l'on croyait que les bébés pouvaient subir des
interventions douloureuses sans anesthésie car ils ne sentaient rien eux non plus.
C'est parce que les psychanalystes ont pu observer combien ces enfants pouvaient être aidés
dans la compréhension de leurs émotions qu'ils cherchent en permanence à les aider à faire
des liens entre ces émotions internes : plaisir, déplaisir, tristesse, colère... et leur vécu dans la
réalité.
2
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
5
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Ayant toujours travaillé avec les enseignants qui reçoivent ces enfants, j'ai pu, à bien des
reprises mesurer combien certains apprentissages faisaient tomber certaines de leurs
angoisses et combien l'élaboration psychique que je leur proposais leur permettait à son tour
de mieux apprendre et plus encore de mieux articuler leurs apprentissages avec leurs ressentis,
de mieux comprendre ceux-ci et donc de mieux les vivre. Les autistes n'ont pas à marcher à
cloche pied, c'est à dire à avancer sur la jambe des cognitions ou sur la jambe des émotions.
C'est lorsque celles-ci avancent de concert que ces personnes réussissent à marcher avec
plaisir. Il faut apprendre, il faut comprendre pourquoi l'on apprend et il faut mettre sur ce que
l'on apprend un sens à la fois cognitif et émotionnel.
il faut aussi apprendre à généraliser les apprentissages et pour cela, la tâche leur sera bien
plus facile si les professionnels et les parents collaborent entre eux. Certains autistes ne
peuvent accomplir une tâche que dans un cadre unique, ou avec la même personne
Si j'y insiste c'est parce que ce qui pénalise essentiellement toutes les personnes atteintes
d'autisme c'est justement leur incapacité à devenir efficaces dans des contextes différents.
Sortir de l'invariant peut engendrer des crises de colère, d'angoisse ou de retrait. Nous avons
donc à travailler ensemble afin de voir comment les aider à sortir de ces processus
d'immuabilité. Lorsqu'ils doivent affronter des temps de transitions, lorsque surviennent des
imprévus, combien cela peut leur être difficile! Je crois que nous ne mesurons pas toujours
l'impact dévastateur que certains changements, durant tout un temps voire parfois très
longtemps, peuvent avoir sur eux. Quand ultérieurement ils peuvent en parler, ils évoquent
des vécus de déchirure corporelle, de vide effrayant, de sentiments de perte ou
d'effondrement. Et pourtant il est nécessaire de les amener à devenir autonomes et
opérationnels dans toutes les circonstances. Il faut donc observer, tenter de comprendre,
verbaliser et trouver tous les moyens visuels ou auditifs qui vont les aider à trouver des liens
possibles d'un lieu, d'une personne, d'une activité à une autre. Les stratégies éducatives sont à
cet égard d'une aide précieuse. Mais l'approche psychanalytique de ces difficultés majeures
est elle aussi un atout de taille dans la mesure ou visant à repérer les contenus, les racines
archaïques de ces difficultés voire de ces terreurs elle les aide à les comprendre par eux
mêmes et à les neutraliser.
Par ailleurs, ils supportent très mal de vivre l'échec ou des situations dont le sens leur
échappe. Mais le plus difficile pour eux est de ne pas avoir les outils pour se faire
comprendre. Ceci est totalement évident concernant les autistes sans langage mais, dans mon
expérience certains d'entre eux qui commencent à parler n'en ont pas, pour autant une
véritable compréhension de ce qu'exprime l'autre. Les stratégies de communication alternative
au langage verbal peuvent alors être précieuses.
Nos collègues chercheurs démontrent que les circuits neuronaux se fondent sur l'expérience
et les émotions. Ne les rejoignons nous pas, nous psychanalystes lorsque nous disons que ces
émotions et ces expériences laissent des traces psychiques qui peu à peu aident le bébé puis
l'enfant à intégrer des images et des représentations des personnes et des situations?
Il me vient en mémoire, cette jeune maman éplorée me disant: "Madame Amy, il a dit
"maman" et je n'étais pas là" Et moi de lui répondre joyeusement: "mais c'est parce qu'il va
très bien! Ca y est, vous êtes dans sa tête et son cœur même lorsque vous êtes absente!"
Les bébés, les enfants atteints d'autisme semblent ne pas avoir, au début en tout cas, ces
capacités à se représenter l'absence. Ceci explique en partie combien ils peuvent eux-mêmes
sembler absents à certains moments. Si, pour eux, nous n'avons pas une véritable existence
3
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
5
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
indépendante et autonome, quel sens peut avoir pour eux ce que nous appelons la
communication? Ceci explique en grande partie, pourquoi ils ont une telle difficulté à
anticiper. Difficulté que l'on observe même chez ceux d'entre eux qui semblent aller bien puis
régressent massivement vers 18 mois.
Si l'on observe finement avec l'aide des petits films tournés par les parents, on s'aperçoit que
ces enfants-là semblent en effet être bien ancrés dans la réalité mais qu'en fait ils vont peu
vers l'autre et que, plus encore, ils ne le sollicitent pas. Lorsque l'on joue avec un bébé et que
l'on arrête le jeu, même s'il n'a pas encore de langage, il trouve des moyens pour faire
comprendre qu'il souhaite que le jeu continue. Le tout petit à devenir autistique ne sollicite
pas la poursuite du jeu même si dans le moment même ce jeu l'a fait sourire ou rire.
Alors avec des enfants aussi complexes, aussi énigmatiques, comment réussir à exercer
pleinement sa fonction parentale. Les parents observent leur bébé, ils jouent avec lui, ils
l'imitent, ils sonorisent ses mouvements, ils lui montrent qu'ils ont compris ses demandes, ils
l'aident à mettre en rapport ses mouvements, ses vocalises, ses pleurs ou ses cris et ses
expressions faciales avec ce qui se passe dans son environnement ou avec ce qu'ils
comprennent de ses sensations internes: la faim, la soif, le sommeil, une douleur... Ils l'aident
à articuler ensemble l'audition, la vision, le toucher... Mais combien tout cela devient difficile
pour des parents lorsque le bébé, l'enfant ne montre rien, ne désire pas grand chose ou encore
se montre dans une extrême difficulté pour manifester une demande.
Ces parents là mieux que quiconque, peuvent réfléchir avec nous à certaines de ces réactions
et à la meilleure façon d'aider l'enfant à les dépasser car ils ont en tête le trajet de l'enfant. Ils
ont observé ses difficultés, ils les ont vu naître, ils ont des hypothèses concernant les
situations qui déclenchent tels ou tels comportements. Leur enfant est anhistorique, il est dans
toujours dans l'ic et nunc, il n'articule pas le présent avec le passé ou l'avenir. Mais les
parents, eux, sont capables de le faire et ce qu'ils peuvent en dire aux professionnels est
essentiel.
C'est parce que, bon nombre des adhérents psychanalystes à la CIPPA partagent mes
convictions, qu'ils se sont formés aux approches éducatives, à celles qui proposent des
alternatives de communication aux enfants sans langage, aux évaluations diagnostiques et à
celles qui concernent la mise en route d'un projet individualisé. Et c'est dans cette perspective
d'articulation entre leurs compétences psychodynamiques et cognitives qu'ils forment des
équipes ou partagent avec les collègues de leurs propres institutions, les observations, les
réflexions et les mises en fonctionnement des objectifs proposés. Mais tout ceci fonctionne
d'autant mieux si ces objectifs sont réfléchis et partagés avec les parents. Ceci pour une raison
simple. Si des objectifs sont partagés sur le principe mais ne le sont pas dans leur réalisation,
on confronte la personne autiste à des incompréhensions souvent tellement fortes qu'elles les
amènent à ne pas pouvoir progresser ou à manifester leur désarroi par des violences ou des
retraits importants. Par ailleurs s’ils progressent, on peut craindre néanmoins que la jonction
entre l'expérience et le sens à la fois didactique et émotionnel de cette expérience ne
concordent pas vraiment. Je veux dire par là que les réactions émotionnelles de plaisir ou de
déplaisir associées à la réussite ou à l'échec ne deviendront pas forcément manifestes et
compréhensibles par la personne autiste elle même.
Apprendre à exécuter une tâche, en comprendre le sens, la contingence (ainsi que les
éducateurs ABA en décrivent la nécessité) est de première importance, mais apprendre à
percevoir que les réactions émotionnelles vécues par l'autre peuvent être différentes ou
pareilles aux siennes reste essentiel car là réside l'une des difficultés majeures de la personne
4
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
5
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
autiste. Ceci est fort bien expliqué par les chercheurs qui se sont penchés sur la théorie de
l'Esprit.
Tout ce que je viens d'aborder évoque l'importance de l'abord de l'intersubjectivité. Comment
devenir un sujet à part entière si l'on ne reconnait pas l'autre comme étant différent de soi
même. C'est justement parce que leurs bébés à devenir autistique ne leur laissent pas cette
place intersubjective, cette place qui seule peut permettre à des parents d'aider leur enfant à
comprendre ce qu'il en est de son environnement et de leur relation mutuelle en devenir,
qu'ils peuvent se sentir, écrasés, inadéquats, coupables même de ne pas réussir gérer cet
incompréhensible? Nous le savons d'autant mieux que nous mêmes, les professionnels
accueillant leurs enfants, rencontrons les mêmes difficultés.
Il y a donc à rechercher en permanence et ensemble une compréhension commune des
facteurs déclenchant et des façons d'y remédier.
J'en arrive maintenant à l'autre question sur laquelle la CIPPA réfléchit en permanence, à
savoir :
Qu'est-ce que propose la psychanalyse à un enfant autiste avec ou sans langage ?
Si l'on revient sur les difficultés essentielles qui ont été abordées préalablement et si l'on
admet que ces personnes autistes, comme toutes autres personnes au monde, ont une vie
intérieure, on prend conscience qu'il leur est nécessaire de meubler cette vie intérieure avec
des représentations et des images de ce qu'ils vivent dans la réalité ce qui leur fait au début
cruellement défaut. Ceci les amenant à réagir à toute séparation comme si elle était une
disparition pure et simple. C'est la raison pour laquelle, passer d'un lieu à un autre, d'une
activité à une autre peuvent être vécu par eux de façon si douloureuse. Et c'est pourquoi, nous
cherchons constamment à les aider à faire des liens qui leur permettent de sortir de ces
angoisses primitives. Ce sont ces liens primitifs qui leur font défaut. Ce sont les repères
sensoriels entre leur vécu intra utéro et ceux qui seront à venir qui semblent absents. Pourquoi
ne se sont-ils pas construits, la question reste aujourd'hui encore objet d'une recherche
importante et bien des pistes sont évoquées. Mais ces pistes semblent conduire à des
hypothèses si variées que bien de chercheurs évoquent l'idée qu'à l'autisme, il pourrait y avoir
des origines différentes ce qui amènerait ces personnes à être aussi différentes les unes des
autres et ce qui amènerait également à penser qu'il pourrait y avoir non pas un autisme mais
des autismes.
Par ailleurs, lorsque l'on a pris conscience que certaines de leurs difficultés résident dans leurs
difficultés à comprendre le sens de leurs mouvements corporels, il y a donc à les aider à
déchiffrer le sens de ce mode de langage. Avant de parler avec des mots, les enfants parlent
avec leur corps et ce langage est à déchiffrer afin de les aider à ce qu'il puisse s'articuler
avec une pensée naissante. Mais ces enfants autistes ne semblent pas en être conscients. Tout
se passe comme si le corps et l'esprit étaient sans liens et cheminaient sans jonctions.
Par ailleurs, chez les autistes, ce corps est fragile, ils le vivent parfois comme une somme de
morceaux épars. Je me souviens de ce petit garçon avec lequel je dansais dans un groupe de
musique et lorsque je l'ai sollicité pour que nous sautions ensemble, il s'est mis à hurler "non
jambes tomber, jambes tomber !!". Ils ont besoin de se créer des enveloppes sécures qui
progressivement les aideront à se sentir moins en danger d'être attaqués. Combien d'entre eux
recherchent une couverture dans laquelle s'envelopper, un placard ou une maison de poupées
ou s'enfermer. Afin de les aider à dépasser ces modes d'auto contenance, il faut les aider à
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ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
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comprendre progressivement qu'une relation à l'autre peut être tout aussi contenante et
rassurante.
On sait aussi que la plupart de ces enfants semblent être dépourvus de tout intérêt pour
l'imitation et pourtant, comment grandir sans observer et imiter ?
La tâche essentielle d'un psychanalyste est donc d'observer ce qu'ils donnent à voir d'eux
mêmes, de chercher à le comprendre de les aider à en comprendre eux mêmes le sens. Il faut
aussi comprendre ce que nous appelons le transfert et ce en quoi il est nécessaire d'en tenir
compte. On sait bien que ces enfants sont différents selon le cadre, les activités proposées etc..
Mais ils le sont aussi selon ce que la relation naissante à l'autre les amène à montrer ou à faire.
C'est dans cette relation naissante que va se jouer toute la construction du relationnel.
Je me souviens d'un groupe thérapeutique qui réunissait 4 enfants très malades, très absents
une collègue et moi même. Au bout de quelques mois, ces enfants nous ont tellement bien
différenciées qu'ils savaient à laquelle d'entre nous demander telle chose que l'autre risquait
de lui refuser et qu'ils savaient avoir recours, lorsque nécessaire à l'habileté manuelle de ma
collègue ayant compris combien j'étais moi même peu opérante à ce niveau. J'évoque cette
séquence pour illustrer l'importance du travail psychique lorsqu'il permet à ces enfants
d'intégrer des "portraits" internes de leurs interlocuteurs car ils pouvaient, même lorsque cette
collègue était absente, montrer sa photo quand ils avaient l'impression que les personnes
présentes n'avaient pas la possibilité de les aider comme elle le faisait.
Bien des éducateurs sont aujourd'hui conscients de l'importance de cette mise en route du
relationnel mais certains restent encore convaincus qu'apprendre est une réponse à tout. C'est
certes une réponse nécessaire mais si l'on veut qu'en grandissant ces enfants deviennent
possesseurs de leur propre histoire, il faut leur proposer de trouver au fond d'eux mêmes des
réponses psychiques et cognitives à leurs difficultés à être.
Les psychologues de la petite enfance, bon nombre de pédiatres et de chercheurs ont pu grâce
à de multiples expériences proposées à des nourrissons, des bébés et de très jeunes enfants,
mesurer combien ces enfants à devenir autistique sont absents au monde. Si j'insiste sur cette
notion de précocité c'est que tous les professionnels savent aujourd'hui combien un
diagnostic et un suivi précoce sont nécessaires. On sait aujourd'hui que les enfants ont un
sens inné du social. Et, je l'ai déjà évoqué, on sait aussi que leur vécu intra utéro leur donne
des repères corporels et sensoriels qu'ils retrouveront après leur naissance. Les enfants autistes
semblent ne pas avoir ces atouts là. Il va falloir que les parents les éducateurs, les
psychomotriciens les orthophonistes et les psychothérapeutes leur en donnent les moyens.
Avec ces enfants, on ne peut pas parler de reconstruction mais de construction et pour qu'elle
se développe autant que faire se peut, le partenariat entre parents et professionnels est
indispensable. Pour moi, le respect que nous devons à ces personnes en difficulté passe par la
conviction qu'il n'y a pas à les "couper en morceaux". Cette construction en devenir doit leur
donner des atouts dans tous les domaines qui caractérisent l'humain à savoir, le somatique, le
psychique, le sensoriel et le mental mais ces atouts resteront mineurs s'ils échappent à une
jonction entre eux qui n'est pas du tout, chez eux évidente. Leurs clivages entre le corporel, le
sensoriel, le mental et le psychique ne peuvent être que renforcés par les nôtres et c'est
pourquoi je terminerai cette intervention par un plaidoyer en faveur d'une consensualité entre
parents, chercheurs, psychanalystes et cognitivistes qui me semble relever d'un bons sens
évident. Notre complémentarité ne peut que les aider à trouver en eux mêmes leur propre
complémentarité.
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ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
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COMMENT LES PSYCHANALYSTES PEUVENT AIDER LES
ENFANTS AVEC AUTISME ET LEURS FAMILLES
Publié en 20053, revu et complété en septembre 2011, 14 pages. Copyright Geneviève Haag
RESUME : Depuis une quarantaine d'années, dans le sillage de Frances Tustin, Donald
Meltzer, Esther Bick, les psychanalystes ont appliqué la méthode de l’association libre aux
enfants avec autisme en prenant en compte leur langage corporel par lequel ils nous ont révélé
eux-mêmes la nature de leurs vécus crispés sur les stéréotypies. Leur principale panne
développementale - quelles qu’en soient les causes - semble la non constitution, ou
l’effondrement, des premières constructions du moi corporel, qui permettent à la fois d’être
dans sa peau et de contenir ses émotions. Le débordement émotionnel à la réception de la
voix, à la pénétration du regard semble couper, dissocier, le rassemblement des réceptions
sensorielles dans la consensualité nécessaire à l'organisation perceptuelle demandant la
fonction d’attention, et ainsi ce débordement entrave gravement le développement cognitif.
Ces observations et ces hypothèses s’entrecroisent et se discutent avec les recherches
cognitives, neurophysiologiques et génétiques.
L’urgence est de continuer à diminuer le clivage qui continue à sévir entre certains
points de vue des sciences cognitives, surtout dans le courant comportementaliste, et des
neurosciences lorsqu'elles veulent déclarer exclure les apports psychodynamiques.
La psychanalyse s’intéresse à tous les aspects du développement de l'esprit et a réalisé
beaucoup d’approfondissements pratiques et théoriques en abordant progressivement des
psychopathologies de plus en plus graves. Ses recherches se sont entrecroisées avec d’autres
domaines d’études développementales, par exemple pour le champ qui nous occupe, avec
celles du Pr A. Bullinger sur les sensorialités et les plateformes sensori-tonique et tonicoémotionnelle (2004) ou celles du Pr C. Trevarthen (1989) sur le dialogue émotionnel dans les
échanges sonores très précoces, ou encore celles de J. Nadel (2002 et 2011) sur l’imitation de
type précoce. Nous avons également attaché une très grande importance à
l’approfondissement du développement précoce par l’observation naturaliste du nourrisson
dans sa famille selon la méthode E. Bick, que mon mari (M. Haag, 2002) et moi avons
contribué à introduire en France.
Comment la psyché essaie-t-elle de se construire malgré des handicaps dont le substrat
neurophysiologique est patent et/ou dont des éléments génétiques de prédisposition sont
recherchés pour l'autisme comme pour la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive ?
Les facteurs environnementaux, parmi lesquels les facteurs relationnels sont très importants,
ont une influence de plus en plus reconnue sur l’expression du génome (épigenèse) et influent
aussi sur le développement cérébral précoce. Cette influence environnementale confirme que
nous pouvons avoir un certain impact tant sur le plan éducatif que thérapeutique, et cela le
plus tôt possible.
Mais si les psychanalystes mettent davantage l’accent sur le primum movens d’une
dysrégulation émotionnelle plurifactorielle, cela ne veut pas dire qu’ils ne considèrent que les
facteurs environnementaux. La plupart d’entre eux s’intéressent aussi aux recherches
neurophysiologiques et biologiques qui viendraient confirmer une prédisposition qu’ils
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In
Médecine
et
Enfance,
Paris,
mai
2005,
p.
16‐20.
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ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
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ressentent souvent : après tout, le “traitement” des émotions est aussi dans le cerveau.
L’augmentation des hormones de stress observée dans l’autisme par le Pr Sylvie Tordjman
(1997) semble un chaînon important.
Nous avons collaboré à cette recherche clinico-biologique pour les repérages cliniques
en construisant avec des collègues la "Grille de repérage clinique des étapes évolutives de
l'autisme infantile traité" (Haag G. et coll., 1995, 2009). Cette grille met en parallèle cette
reconstruction du Moi corporel avec sept autres domaines, notamment le développement
spontané des explorations cognitives et le développement du langage et du graphisme. Elle
peut lors des bilans compléter les tests de performances et d'adaptation sociale pour apporter
une appréciation de la structuration des premières formations du moi (Moi corporel) en deçà
de la possibilité d'utiliser des tests de personnalité comme le Rorschach. La validation
statistique de cette Grille vient d'être publiée (Haag G. et coll., 2010) ; à cette occasion elle a
été rebaptisée "Evaluation Psychodynamique des Changements dans l'Autisme (Grille EPCA),
en anglais "Autism Psychodynamic Evaluation of Changes » (APEC).
Ces dysrégulation entravent à la fois le développement de toute la personnalité et les
processus cognitifs.
D’autres courants mettent l’accent plus sur l’hypothèse de troubles cognitifs
spécifiques: d'un côté troubles des réceptions sensorielles (M. Zilbovicius, 2002 et 2004), qui
pourraient s'accorder avec les travaux psychanalytiques sur le démantèlement de l’appareil de
perception, d'un autre côté défaut de « théorie de l’esprit » (U. Frith, 1989), qui pourrait
s'accorder avec les travaux psychanalytiques sur les identifications. Nous aurions tout intérêt à
dialoguer sur nos recherches respectives plutôt que de déclarer chroniquement que «la»
découverte scientifique du moment confirmerait l’origine cérébrale ciblée de l’autisme et
disqualifierait toutes les considérations de psychopathologie dynamique.
Les découvertes faites par les psychanalystes qui ont longuement travaillé avec les
enfants avec autisme depuis maintenant plus de quarante ans, sont importantes et rejoignent
complètement les autobiographies de sujets avec autisme (Temple Grandin, Donna Williams
1992) ainsi que des travaux actuels des chercheurs non psychanalystes mentionnés ci-dessus.
I – Les traitements psychanalytiques des enfants et adolescents avec autisme
A/ Aménagements techniques
La psychanalyse a été adaptée aux enfants à travers la technique de l'expression par le
jeu (M. Klein, 1955), qui a des rapports avec le rêve. Mais est-ce possible avec les enfants
avec autisme, qui ne jouent pas ? Frances Tustin a répondu par l'affirmative ("Psychotherapy
with Children who cannot Play"/Psychothérapie avec des enfants qui ne peuvent jouer,
Tustin, 1990). Nous avons en effet vérifié que ces enfants sont capables de répondre à une
attention ouverte à leurs difficultés par l’association libre, fondement de la technique
psychanalytique, en utilisant au départ, non pas les jouets, qui doivent cependant être à
disposition ainsi que des livres d’images, mais leur corps propre, le nôtre, les éléments
architecturaux de la pièce et son mobilier, mais à un niveau très primitif de symbolisation
qu’ils nous ont aidés à préciser (Haag G., 2000 a). Cela suppose la formation des
psychothérapeutes au décryptage du langage corporel et spatial en exerçant l’observation
minutieuse de toute l’expression corporelle. Nous avons pu rejoindre les stades
développementaux de la construction du moi corporel, dont les bébés, à partir au moins du
deuxième trimestre de la première année, semblent bien conscients. Les travaux d’E. Bick
(1968), de F. Tustin (1986) et de D. Meltzer (1980) dont nous avons été les élèves, avaient
déjà grandement déchiffré ce langage préverbal, déchiffrage que nous avons poursuivi et qui
n’est certes pas terminé. On est amené dans cet abord particulier à permettre le contact
corporel, sans toutefois le chercher ni le favoriser ; les élans affectifs, lorsque l’enfant s’en
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ALERTE
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MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
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défendra moins, iront vers les parents. Nous utilisons une conception du transfert c’est-à-dire
la reviviscence dans la relation thérapeutique des vécus infantiles avec leur complexité, cette
conception du transfert étant, pour l’autisme, élargie à l’expression des angoisses et des
défenses archaïques ainsi qu'aux modalités identificatoires primitives, que nous appelons
adhésives (collages corporels et agrippements sensoriels) et projectives (tentatives de
pénétration corporelle et psychique dans l’autre), dans les versions normales et pathologiques
de ces identifications.
Le but est de communiquer à l'enfant le maximum de compréhension de ses tentatives
de communication car cela fait partie des facteurs environnementaux qui facilitent la
construction de la contenance corporelle et émotionnelle. La compréhension juste est la plus
efficace, mais aussi la plus difficile puisque les repères développementaux sont perdus. C’est
pourquoi nous devons nous associer étroitement, parents, éducateurs, enseignants et
psychanalystes, ceux-ci devant communiquer les principales découvertes que les patients les
ont amenés à faire concernant leurs vécus émotionnels et la construction de leur personnalité
qui commence avec le moi corporel.
Pour les cas à risque dépistés très tôt, les consultations thérapeutiques hebdomadaires ou
bimensuelles parents-bébés doivent être instaurées sans délai (Crespin, 2004). On peut aussi
utiliser avec efficacité l’observation thérapeutique à domicile qui nécessite une formation
particulière (Houzel, 2002).
Un traitement individuel peut débuter dès l’âge de deux ans et demi (Houzel, idem),
mais une période de séances mère ou parents/enfant est souvent nécessaire au départ (Laznik
1995). On peut aussi envisager des traitements en tout petits groupes avec deux thérapeutes
(Urwand, Haag, 1993). Le rythme souhaitable des séances individuelles est de trois à quatre
séances par semaine. Il est souvent très difficile d’en installer plus de deux. Une seule risque
d’être bien peu efficace. Les groupes se font le plus souvent à raison d’une ou deux fois par
semaine.
B/ Les processus
a) Révélations faites par les enfants avec autisme de leurs vécus corporels et
spatiaux angoissants, plus ou moins colmatés par les stéréotypies et rituels, qui handicapent
lourdement leurs explorations spontanées.
Ces vécus sont des sensations de chute et/ou de liquéfaction, en rapport avec des
effondrements toniques le plus souvent insoupçonnables derrière des enraidissements, des
mouvements rythmiques ou des agrippements sensoriels (lumière, son, vertige labyrinthique),
mais qui apparaissent parfois brusquement lors d’une séparation corporelle (par exemple fin
de séance dans le cadre thérapeutique), d’un changement imprévisible, ou d’un débordement
émotionnel : l’enfant s’écroule alors comme un tas de chiffons. Ceux qui parlent évoquent
comme un écoulement d'eux-mêmes et/ou un engloutissement tourbillonnaire. Ainsi, Paul qui,
après une longue séparation estivale, s’effondre ainsi en fin de séance de retour et dit avec un
filet de voix tremblée, très angoissée "On va pas couler dans les W.C...?". Une fillette sans
langage verbal, cherchant à répondre au questionnement sur son enraidissement corporel
quasi-permanent, verse de l’eau par terre et désigne la flaque tout en laissant tomber comme
une flaque, à côté, une peluche toute molle, vidée de sa bourre. Pour ce qui est de la chute, les
enfants font de nombreuses mises en scène d’objets qui tombent du bord des tables, des
rebords architecturaux, des sièges etc. Certains se perchent eux-mêmes sur ces rebords
architecturaux, comme des alpinistes contre la paroi et nous communiquent ainsi la peur
qu’ils ne tombent.
Les enfants nous ont également indiqué la nature de leurs peurs de la rencontre du
regard qui semblent avoir deux composantes, combinées ou non :
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MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
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L’AUTISME
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- peurs de la prédation, l’œil-bec, montrées souvent à l’aide d’objets pointus qu’ils
dirigent vers nos yeux, ou font passer à côté de notre tête en la frôlant. A une étape
plus évoluée, ils « racontent » cette peur à l’aide d’images ou d'objets ou avec des
marionnettes : grands becs d’oiseaux désignés de manière insistante parallèlement aux
yeux d’autres animaux, index fondant comme un épervier sur les yeux d’un enfant
dans un livre d’images ;
- peur de tomber de l’autre côté des yeux ou de la tête d’autrui. Cela est mimé de
diverses manières. Nous comprenons que le défaut ou la faiblesse d’introjection de la
contenance corporo-psychique est projeté sur la tête de l’autre et que le regard ne
trouve donc pas de point de renvoi.
Nous observons, dans les cas les plus graves, l’absence de perception du pourtour de la
bouche, ce que j’ai appelé “l’amputation du museau” c’est-à-dire de la zone de contact dans le
nourrissage. Cette amputation se manifeste par des bouches flasques, coulantes. Ou bien la
perception de la bouche est si fragile que l’enfant y entretient des excitations trop fortes
(objets durs, remplissages excessifs). Lorsque les enfants retrouvent cette sensation par des
explorations intenses des objets, des murs, avec leur langue et leurs lèvres, ils réalisent alors
des jonctions main-bouche jusque là inexistantes. Les fluctuations obligatoires de cette
trouvaille, ou retrouvaille, provoquent des crises très angoissées de «dépersonnalisation» où
l’on peut voir l’enfant se rattraper la bouche en hurlant.
b) Nous observons également la négligence d’un hémicorps que j’ai appelée
"hémiplégie autistique", ou bien le besoin de se coller latéralement au corps de l’autre :
prendre le bras ou la main de l’autre pour obtenir ou faire quelque chose appartient à cette
problématique.
On peut observer plus rarement une négligence des membres inférieurs qui réalise une
pseudo-paraplégie et peut gravement retarder la marche.
Chemin faisant, tous ces symptômes se sont révélés en lien avec la non-constitution, la
perte, ou la fragilité des bases de l’image du corps ou Moi corporel, les "représentations du
corps" dit A. Bullinger, principalement le sentiment d’enveloppe c’est-à-dire “d’être dans sa
peau”, avec un noyau d'attache interne autour de la sensation de continuité, langue/mamelon
relayée par le pouce autoérotique, puis par la constitution des grands axes, vertical et
horizontal, qui attachent, "membrent" solidement le corps, ce que certains (D. Meltzer)
appellent le "squelette interne".
Les enfants avec autisme qui progressent dans la communication sont conscients du
processus de construction ou reconstruction de ces formations et cherchent à nous l’expliquer,
tout d’abord en langage préverbal dans des séquences de comportement répétitives et
insistantes, se retrouvant d’un cas à l’autre, et qui nous forcent à les décrypter.
c) Reconstruction du Moi corporel
Voici comment les enfants avec autisme, les uns après les autres, résument le processus
de formation de cette contenance-peau ou "enveloppe" : il faut combiner le tactile profond
c'est-à-dire appuyé, principalement au niveau du dos, qui est le premier contact accepté ou
recherché par les enfants (Soulayrol, 1988) et qui draine les échanges rythmiques dans le
sonore et probablement dans les autres sensorialités de proximité, combiné avec l’intense
pénétration du regard : ainsi se forme une enveloppe circulaire ou plutôt sphérique tout autour
du corps et tout d’abord de la tête (G. Haag, 1988). Cela va de pair avec un réinvestissement
de la bouche et de la zone péribuccale évoqué plus haut. Cette première sphère englobe aussi
la main. Nous reconnaissons là ce qui se passe dans les premiers mois de la vie de tout
nourrisson : soutien dos/nuque, enveloppe sonore, intense œil à œil pendant le nourrissage,
surtout dans le deuxième mois.
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CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
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L’étape suivante est la consolidation des grands axes du corps, qui sont souvent non
constitués ou très fragiles, donnant des enfants pantins ou plus souvent des enfants très
enraidis tentant de "se tenir" sur leur propre rigidité musculaire. Là aussi ce sont les
démonstrations insistantes des enfants qui ont forcé notre compréhension : le côté dominant
du corps est fortement identifié au corps et aux fonctions de la mère ou du personnage
maternant réactualisé dans le transfert sur le thérapeute, et le côté mineur est identifié au soi
de l'enfant. La communication se rejoue d’un côté à l’autre du corps dans les jeux de mains en
intégrant l’axe (Haag G., 1985, 2000).
Nous avons des démonstrations similaires pour l’intégration des membres inférieurs,
dont les principaux signes sont répertoriés dans les articles sus-cités.
Toutes les démonstrations des enfants, notamment du côté des reprises
développementales sont parfaitement congruentes avec ce que nous donne la reprise de
l’observation du développement évoquée ci-dessus. Elles s’entrecroisent aussi très bien avec
les apports des repérages proposés par les sciences cognitives qui ont eu raison de souligner,
dans l'autisme par exemple, l’absence de pointage proto-déclaratif, que nous avions également
remarquée comme étant une caractéristique importante, ainsi que l’absence d’attention
conjointe. Les enfants nous éclairent, dans ce que j’appelle leurs "narrations préverbales", sur
certaines articulations entre ces différents signes en les reliant à la fragilité de la contenance et
en les mettant dans la filière des processus identificatoires que nous avons pu ainsi mieux
comprendre.
d) L’évolution, même favorable, n’est pas linéaire, elle est émaillée de crises qu’il faut
bien connaître. En effet, dans les processus thérapeutiques, lorsque ce que nous appelons le
“dégel pulsionnel” survient, il est souvent volcanique et donne lieu à de nouveaux troubles du
comportement comme les "agressions joyeuses du visage" : griffures, tirage des cheveux,
voire morsures, qui sont le témoignage de l'expression retardée de l'amour oral. Ces
manifestations doivent amener à faire ou à reprendre ce que l’on fait normalement avec tout
bébé dans le deuxième semestre de la vie : faire respecter la limite de la peau, aider à
transformer la griffure en caresse, mais surtout théâtraliser la dévoration (jeu du lion), ce qui
est l’un des paliers importants d’instauration du faire-semblant qui manque tellement aux
enfants avec autisme. Dans le même temps peuvent se multiplier les crises de "tantrum",
"crises émotionnelles" dans le vocabulaire cognitif, qu’il est très important de comprendre et
de gérer avec les parents et les autres intervenants. Ces crises, qui mêlent rage et angoisses
corporelles, surviennent dans la prise de contact avec la réalité et ses frustrations là où
auparavant l’enfant aurait colmaté avec des stéréotypies. Elles sont très éprouvantes et
peuvent durer entre dix minutes et une heure. Mais, parallèlement, la communication avec
l'enfant s’améliore ainsi que son adaptation à la réalité.
Un autre type de crise, plus tardif, est le surgissement d’états maniaques (plus ou moins
grandes excitations souvent sexualisées), qui nécessitent la même coopération étroite entre
tous les intervenants pour comprendre les angoisses dépressives qui sont en arrière-plan :
pour l’enfant, une auto-dévalorisation correspondant d’une part à une plus grande conscience
de son état, de sa différence, de son décalage développemental, de ses bizarreries d’adaptation
sociale dues à son plus ou moins long retrait, mais aussi d’autre part à la nuance mélancolique
de cette dépression qui comporte des éléments de destructivité. C’est vraiment le rôle des
psychanalystes de contenir le mieux possible cette crise dans la relation thérapeutique. Cette
crise, si elle arrive au moment de la puberté, peut se combiner à l’excitation pubertaire, ce qui
ne peut qu’amplifier le caractère d’excitation sexualisée. Le recours à une aide
médicamenteuse transitoire peut être nécessaire.
e) Le développement du langage est très variable, souvent partiel (Haag G., 1996). La
tonalité de la voix a du mal à se mettre en place : voix haut perchée, monocorde. Il faut dire
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MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
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L’AUTISME
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que le rapport des autistes au sonore est très particulier, avec probablement un trouble instauré
dès la vie prénatale. Il existe une hypersensibilité à certains bruits (machine trépidante,
perceuse, tondeuse...), mais aussi au bruit de l’articulation consonnantique de la parole, le
“dur” de la parole. On est donc obligé de musicaliser beaucoup sa voix, certains enfants ne se
démutisant d’abord qu’en sons vocaliques ou en chansons.
L’étude récente d’imagerie cérébrale fonctionnelle par résonance magnétique de
M. Zilbovicius et coll. (2004) a montré, chez huit sujets normaux, une activation du sillon
supérieur du lobe temporal significativement plus grande à l’audition de la voix humaine qu’à
celle de sons d’autres origines. Sur cinq adultes avec autisme, il y eut chez l’un d’eux une
activation de ce sillon mais unilatérale droite, chez un autre il y eut une petite activation en
dehors de ce sillon, les trois autres n’ont pas eu d’activation plus grande à l’audition de la
voix. Les extrapolations de ces résultats par le communiqué de l’INSERM (19.08.04), et par
beaucoup de médias écrivant par exemple que "les autistes sont imperméables à la voix
humaine", nous ont semblé heureusement très hâtives. En regard de cette expérience, de plus
amples "Réflexions de psychothérapeutes de formation psychanalytique s’occupant de sujets
avec autisme" que j’ai rassemblées, ont été publiées avec le soutien de 200 professionnels de
l’autisme (Haag G., 2005).
Certes, les sujets avec autisme sont fréquemment en état de non réceptivité de la parole ;
cependant nos observations cliniques nous font présumer qu’il y a bien une possibilité de
reconnaissance de la voix mais dont l’entrée serait en quelque sorte conditionnée par une
triple exigence : une suffisante douceur et musicalité, l’adéquation du contenu à leurs
préoccupations, notamment de leurs vécus corporels, et pour certains la précaution de ne pas
adresser directement le commentaire émotionnel.
C/ Résultats
Nous sommes bien d’accord que la prise en charge psychanalytique, si elle n’est pas
combinée étroitement avec les efforts éducatifs, le dialogue fréquent avec les parents, et le
plus souvent possible un travail de soutien à domicile, ne peut suffire à elle seule. Mais la
confrontation de nos expériences de psychothérapeutes de formation psychanalytique nous
permet d’affirmer que nous avons aidé un certain nombre d’enfants avec autisme de bon
niveau intellectuel à évoluer avec beaucoup moins de séquelles, notamment obsessionnelles
avec rigidité de la pensée telles qu’elles sont décrites dans la littérature depuis Léo Kanner, et
aussi à évoluer avec une meilleure contention émotionnelle, bien que cela reste le point
fragile, mais les patients en sont alors devenus conscients et capables d’organiser les
préventions nécessaires. Il faut aussi savoir qu’il peut y avoir une aggravation transitoire des
symptômes anxieux ou obsessionnels pendant l’adolescence et plus particulièrement à la
phase pubertaire car celle-ci réébranle le moi corporel.
Nous avons aussi travaillé avec des enfants déficitaires qui évoluent certes beaucoup
plus lentement, mais qui nous "parlent" au moyen des mêmes démonstrations préverbales, des
mêmes représentations du développement du moi corporel et de ses aventures que les enfants
de haut niveau au début de leur traitement. Il faut cependant reconnaître que certains enfants,
même vus très tôt dès la première année de la vie et traités assez intensément, évoluent très
peu sans que nous puissions, dans l’état actuel de nos connaissances, comprendre pourquoi.
Ces cas, malheureusement très éprouvants pour les familles et pour les intervenants,
mériteraient que l’on resserre d’autant plus les liens interdisciplinaires. Malheureusement la
souffrance et le sentiment d’échec poussent certaines familles à rompre en nous accusant
d’impuissance et s’engouffrent dans le clivage actuellement en cours dans certains milieux
scientifiques.
6
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
6
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
II – Le soutien aux familles. Il peut prendre différentes formes :
- les consultations familiales de départ alternent des entretiens avec les parents seuls, et
avec les parents et l’enfant. Il s’agit tout d’abord de se communiquer les observations
de chacun, d’échanger les compréhensions intuitives des parents et celles issues de
notre expérience, de reprendre les repères développementaux qui ont plusieurs raisons
d’être embrouillés, de laisser parler la souffrance et les interrogations forcément
angoissées des parents, lesquels nous demandent souvent un pronostic qui est très
difficile à donner lorsque l’enfant est très jeune : Parlera-t-il ? Quand ? Nous n’avons
pas actuellement de critères fiables de pronostic. Nous pouvons pécher par trop
d’optimisme ou de pessimisme. Le plus sage et le plus fécond, mais aussi le plus
difficile à maintenir, semble être de proposer une étroite coopération pour suivre
l’évolution pas à pas en cherchant les meilleures prises en charge pouvant favoriser le
développement de l’enfant à l’étape ou il est. Cela suppose, aussi bien de la part des
parents que de celle des professionnels, de pouvoir tolérer l’incertitude et, tout en
prenant les moments nécessaires de recul pour l’évaluation des différentes étapes, de
se focaliser sur tout ce que nous pouvons observer et comprendre de l’enfant, qui va,
comme nous l’avons vu, même dans les évolutions les plus favorables, traverser des
crises qui peuvent apparaître souvent comme une aggravation. La notation soigneuse
des signes positifs en contre-point des crises anxieuses ou de nouveaux troubles du
comportement peut seule redonner espoir.
- le soutien à domicile est un volet important de la prise en charge. Bien avant la
création des SESSAD (services d’éducation spécialisée et de soins à domicile),
plusieurs équipes ont proposé ce soutien, ne serait-ce qu’une ou deux fois par semaine
pendant environ une heure et demie, afin de pouvoir examiner avec les parents
certains aspects du quotidien et chercher comment renverser certains cercles vicieux
qui se créent obligatoirement autour des troubles alimentaires et du sommeil, de
l’absence de jeux spontanés chez l’enfant, aboutissant parfois à supprimer l’espace de
jeu au profit de sollicitations seulement éducatives, souvent peu adéquates en raison de
la perte des repères développementaux évoquée plus haut. Beaucoup de familles
apprécient ce soutien qui consiste à "voir ensemble", et aussi à pouvoir communiquer
et partager les interrogations et anxiétés plus fréquemment qu'au rythme des
consultations. La visiteuse à domicile pouvait aussi, lors de l’intégration scolaire, faire
le pont pour la mise en selle de l’enfant, et l’accompagner dans des lieux de loisirs
pour soutenir les tentatives d’intégration sociale. Les SESSAD ont maintenant la
possibilité d'apporter le soutien d’interventions plus fréquentes et variées. Dans tous
les cas, ce soutien à domicile demande une grande délicatesse de la part des
intervenants et un grand respect du rôle des parents. Concernant l'intégration scolaire,
la création des AVS peut apporter maintenant beaucoup.
- Autour d’un enfant autiste, il est difficile de “garder le moral”, même si l’on n’a pas
de tendances dépressives ou anxieuses. Les couples peuvent être ébranlés. Certains
parents demandent ou acceptent une psychothérapie personnelle, ou de couple. On
peut aussi envisager, dans certains cas de plus forte résonance des troubles de l’enfant
dans le groupe familial, des thérapies familiales analytiques qui servent en même
temps de soutien pour les frères et sœurs ; elles sont réalisées généralement à un
rythme hebdomadaire ou bimensuel avec deux thérapeutes. Les associations libres
circulent entre les parents, les activités ludiques (jeux, dessins) des autres enfants, et
les expressions en langage corporel de l’enfant autiste parlant ou non parlant, dont on
peut ainsi mieux repérer le sens tous ensemble. Cette thérapie peut être préalable,
parallèle, ou postérieure à la thérapie individuelle de l’enfant. C’est le thème groupal
7
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
6
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
se dégageant qui est retenu et interprété par les thérapeutes ; il est fait des résonances
entre les angoisses archaïques de l’enfant et celles que nous avons tous au fond de
nous avec notre psyché très complexifiée et articulée avec nos héritages
transgénérationnels, pleins de richesses mais aussi parfois de drames terribles qui
peuvent faire irruption dans le thème groupal et être compris.
- Certaines équipes proposent aussi des groupes de paroles pour les parents, et
d’expression pour la fratrie qui sont très appréciés.
Ces soutiens spécifiques offerts par les psychanalystes ne sauraient remplacer le soutien
et l’aide concrète que peuvent trouver les parents dans leurs Associations : partage des
difficultés avec le réconfort de la profonde sympathie que peut éveiller la difficulté commune,
échanges d’informations de toutes sortes, union pour cerner les besoins et réclamer avec force
les équipements nécessaires pour le suivi des enfants, des adolescents et des adultes. Mais il
est tout à fait navrant que certaines Associations se soient installées dans un clivage absolu
entre les perspectives éducatives et les perspectives thérapeutiques, même s’il est vrai que
certaines fractions du monde psychanalytique, qui garde ses divisions et ses conflits autant
que d’autres mondes scientifiques, ont pris, et malheureusement ont encore pour certains des
positions, qui, en restant sur l’idée d’une psychogenèse pure, peuvent culpabiliser les parents
ou en tout cas ne pas les aider à se déculpabiliser - car quel est le parent qui ne se culpabilise
pas si son enfant ne va pas bien ?
Cessons d’assimiler les positions de l’ensemble de la psychanalyse actuelle à celles de
B. Bettelheim il y a 50 ans, et affirmons que plusieurs courants psychanalytiques ont
développé des recherches cliniques qui peuvent parfaitement, et devraient beaucoup plus que
maintenant s’articuler avec les neurosciences et des projets éducatifs. Les diverses méthodes
éducatives actuellement en cours vont d'un pôle comportemental plus ou moins conditionnant
et à ce titre sujet à discussion dans leurs applications rigides : ABA, TEACCH, à un pôle
principalement ludique (méthodes de jeu inspirées de Greenspan : Sunrise, Floortime, 3 i), en
passant par de nombreuses propositions valorisant un point de vue développemental qui relie
fortement la recherche de la communication affective à la sollicitation cognitive comme la
“Thérapie d'échange et de développement” (C. Barthélémy, Tours)4. Les travaux sur
l'imitation spontanée de type précoce (J. Nadel), sur l'attention conjointe, et sur le jeu de faire
semblant, mettent l'accent sur l'étroite combinaison dans ces abords de la relance relationnelle
avec les sollicitations cognitives de base. Il serait dommage d'oublier les méthodes mises au
point en Europe depuis longtemps et pouvant être utiles aux enfants et adolescents avec
autisme : Montessori, Chassagny, Feuerstein et d'autres. Au total on est loin de l’élaboration
d’une psychopédagogie définitivement au point et suffisamment évaluée, contrairement à ce
que proclame chaque nouvelle méthode, sans doute parce qu’on est loin de comprendre
encore assez bien les articulations multidimensionnelles de ce grave trouble cognitivoémotionnel. Les psychanalystes peuvent dans cette recherche apporter leur "grain de vérité"
disait F. Tustin, pour l’articuler à ceux des autres.
4
Ajouté en 2011 : Voir les autres travaux du courant cognitiviste développementaliste exposés au colloque
“ComSyn” février 2011, Paris, exposant des travaux anglais et étatsuniens : Peter Hobson (Tavistock), Tony
Charman,
Peter Munbdy et autres (compte-rendu de ce colloque sur le site de la CIPPA
www.psynem.org/Cippa/index.asp) (Voir aussi le n° de janvier-mars 2009 d’Enfance : “Le diagnostic
d’autisme. Quoi de neuf ?”
NB : la liste des publications citées est consultable dans la publication actuelle de ce texte sur le site de la
CIPPA.
8
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
7
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Réseau
de
Recherches
Fondées
sur
les
Pratiques
Psychothérapiques
Associer cliniciens et chercheurs pour
développer la recherche sur la psychothérapie
des troubles complexes, les conditions et les
mécanismes de leurs effets.
Prévenir les rechutes et les ruptures de
traitement.
Quels
sont
les
objectifs
du
Réseau
de
recherches
fondées
sur
les
pratiques
psychothérapiques
(RRFPP)
?
Ce
réseau
de
recherche
clinique
et
en
santé
des
populations
porte
sur
les
psychothérapies,
un
traitement
majeur
en
psychiatrie.
Il
a
été
conçu
pour
atteindre
3
objectifs
1. Développer
l’évaluation
des
psychothérapies
en
conditions
naturelles
et
approfondir
les
connaissances
sur
les
configurations
fonctionnelles,
les
modérateurs
et
les
médiateurs
de
changement
au
cours
du
processus
psychothérapique.
Améliorer
la
compréhension
des
troubles
cliniques,
de
leur
étiologie
et
des
variables
associées
à
leur
évolution.
2. Développer
une
collaboration
soutenue
entre
chercheurs
et
cliniciens
en
centrant
la
recherche
évaluative
sur
des
questions
cliniques
favorisant
l’amélioration
des
pratiques.
3. Assurer
une
meilleure
connaissance
des
pratiques
psychothérapiques
dans
les
différentes
conditions
et
contextes
de
leur
exercice
;
Ces
objectifs
rejoignent
les
thèmes
les
plus
actuels
de
la
recherche
internationale
en
psychothérapie
et
ont
vocation
à
répondre
aux
questions
qui
se
posent
aux
cliniciens
dans
leurs
pratiques
quotidiennes
de
traitement
des
troubles
complexes
pour
en
améliorer
la
prise
en
charge.
Le
Réseau
de
recherches
fondées
sur
les
pratiques
psychothérapiques
est
coordonné
par
B.
Falissard
(U669)
et
JM.
Thurin
(FFP
&
U669).
Issu
d’une
sélection
très
compétitive
par
l’Inserm,
il
bénéficie
du
soutien
de
la
Direction
Générale
de
la
Santé
et
de
la
Fondation
de
France.
Un
partenariat
entre
Sociétés
savantes,
Unités
de
recherche
et
Pôles
universitaires
Le
réseau
repose
sur
une
organisation
mixte
:
l’unité
Inserm
669
centrée
sur
la
santé
mentale
avec
une
approche
de
santé
publique
qui
coordonne
le
réseau
et
la
Fédération
Française
de
Psychiatrie
(FFP),
qui
coordonne
la
liaison
des
sociétés
savantes
avec
le
réseau
et
donne
une
information
régulière
sur
ses
activités
à
travers
son
bulletin
et
son
site
Internet.
Des
équipes
ressources
réunissant
cliniciens
et
experts
(Unité
619
(Pr
C.
Barthélémy,
Tours),
CIPPA
(Dr
G
Haag,
Paris),
Pr
B.
Golse
(Necker,
Paris),
Prs
D.
Cohen
et
Ph.
Mazet
(La
Salpétrière,
Paris),
Mr
Ph.
Robert
(Nice)
complètent
cette
structure.
Quelle
en
est
la
méthodologie
générale
?
S’inscrivant
dans
le
champ
innovant
des
Méthodes
Mixtes
de
Recherche
(MMR)
qui
allient
les
approches
quantitative
et
qualitative,
la
méthodologie
des
études
intensives
de
cas
1
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novembre
2011
Pièce
n°
7
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
permet
une
observation
plus
fine
et
moins
globale
que
celle
utilisée
pour
les
études
de
résultats.
Les
psychothérapies,
menées
dans
des
conditions
réelles,
de
trois
pathologies
spécifiques
sont
ainsi
étudiées
:
autisme
et
troubles
envahissant
du
développement
;
troubles
de
la
personnalité
borderline
chez
l’adolescent
et
l’adulte
;
troubles
du
comportement
et
dépressifs
chez
les
patients
Alzheimer
et
apparentés.
Ces
trois
pathologies
ont
été
sélectionnées
pour
leur
impact
en
santé
publique,
impact
lié
aux
conséquences
qu’elles
ont
pour
ceux
qui
en
souffrent
et
leurs
familles.
Les
réseaux
de
recherches
basées
sur
les
pratiques
(Practice­Based
Research
Networks)
tels
que
le
notre,
qui
se
développent
au
niveau
international,
apportent
une
réponse
à
la
difficulté
de
réunir
des
cas
suivis
dans
des
lieux
différents
et
durant
des
durées
relativement
longues
comme
c’est
le
cas
pour
les
psychothérapies.
Des
voies
tout
à
fait
prometteuses,
tant
au
niveau
des
connaissances
que
des
pratiques,
sont
ouvertes
par
la
réunion
et
la
mise
en
relation
de
cas
analogues.
L’analyse
comparative
des
différences
et
des
communautés
entre
cas
et
la
considération
du
caractère
individuel
ou
plus
général
des
résultats
permettent
de
distinguer
les
sous‐types
diagnostiques
et
de
construire
des
hypothèses
prédictives
sur
les
facteurs
et
les
conditions
de
changements.
C’est
la
forme
d’organisation
qui
a
été
choisie.
Une
troisième
ressource
de
la
méthodologie
est
l’articulation
entre
cliniciens
et
chercheurs.
Elle
est
réalisée
au
quotidien
par
l’implication
des
uns
et
des
autres
dans
des
activités
communes
et
complémentaires.
Actuellement,
près
de
200
cliniciens
participent
aux
études.
Des
collaborations
internationales
très
dynamiques
sont
d’ores
et
déjà
établies.
Les
travaux
du
réseau
sont
présentés
chaque
année
à
la
Society
for
Psychotherapy
research
(SPR).
Un
groupe
italien
a
engagé
30
études
de
cas
à
partir
de
cette
méthode.
Différents
travaux
relatifs
aux
instruments
utilisés
sont
réalisés
avec
leurs
concepteurs.
Une
étude
est
réalisée
sur
un
sujet
transversal
:
la
participation
des
cliniciens
à
la
recherche.
En
quoi
ce
réseau
est‐il
novateur
?
La
méthodologie
générale
strictement
définie
présentée
ci‐dessus,
associée
à
l’utilisation
des
nouvelles
technologies
de
l’information
(NTI),
au
développement
d’outil
appropriés
à
la
description
des
principales
caractéristiques
du
processus,
et
à
l’utilisation
associée
de
méthodes
qualitatives
et
d’analyses
statistiques
sophistiquées
rendent
ce
réseau
véritablement
novateur.
Chaque
étude
respecte
le
processus
naturel
de
la
psychothérapie,
prend
en
compte
les
différences
individuelles
et
intègre
les
meilleurs
critères
de
preuve
(Kazdin,
2005).
Chaque
cas
bénéficie
d’une
observation
longitudinale
des
résultats
(symptômes
et
comportements,
fonctionnements
(et
développement
chez
l’enfant)).
Les
changements
observés
sont
mis
en
relation
avec
les
caractéristiques
les
plus
significatives
du
processus
de
la
psychothérapie
à
3,
6
et
12
mois.
Il
en
résulte
une
vision
multidimensionnelle
et
systématique
du
processus
de
changement
dans
une
double
perspective
d’observation,
externe
et
interne
à
la
thérapie.
2
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
7
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
L’étude
en
réseau
permet
de
réunir
les
données
multicentriques,
de
réaliser
ainsi
une
analyse
comparative
des
différences
et
des
communautés
entre
cas
et
de
considérer
le
caractère
individuel
ou
plus
général
des
résultats.
Les
cliniciens
et
les
chercheurs
travaillent
en
liaison
étroite
sur
un
objet
commun.
Comment
fonctionne‐t‐il
?
Réalisation des études intensives de cas
A
partir
de
la
méthodologie
commune,
strictement
définie
dans
un
livret
d’évaluation,
les
cliniciens
se
réunissent
en
groupes
de
3
pairs
(GP).
Chaque
clinicien
suit
l’évolution
de
l’un
de
ses
cas
pendant
un
an.
Il
prend
des
notes
extensives
au
cours
et
immédiatement
après
les
3
premiers
entretiens,
puis
au
cours
de
2
entretiens
à
3
mois,
6
mois
et
12
mois.
Les
évaluations
sont
réalisées
par
chaque
membre
du
GP
à
partir
de
ces
données,
en
utilisant
des
instruments
validés,
très
largement
utilisés
au
niveau
international,
et
adaptés
au
processus
clinique.
Après
chaque
évaluation,
les
cotations
des
3
membres
du
groupe
de
pairs
sont
comparées
et
discutées
jusqu’à
accord.
L’approche
quantitative
est
complétée
par
une
approche
qualitative
à
partir
des
entretiens
initiaux
et
à
12
mois
par
la
réalisation
d’une
formulation
de
cas.
La
formulation
initiale
permet
non
seulement
de
présenter
sous
une
forme
structurée
les
problèmes
initiaux,
les
facteurs
de
vulnérabilité
et
précipitants,
les
éléments
du
contexte
actuel
et
de
l’histoire
du
patient,
son
organisation
psychopathologique
et
fonctionnelle,
ses
forces,
mais
également
les
objectifs
généraux
de
la
psychothérapie
tels
qu’ils
sont
envisagés
par
le
praticien
et
la
stratégie
pour
les
atteindre.
La
formulation
à
12
mois
permet
de
considérer
ce
qui
a
été
atteint
et
ce
qui
reste
à
faire
et
d’évaluer
le
caractère
prédictif
de
la
formulation
initiale
par
rapport
au
déroulement
du
processus
et
aux
résultats
atteints.
A
fur
et
à
mesure
de
l’étude,
les
données
sont
transmises
au
centre
de
collecte
et
intégrées
à
des
bases
configurées
pour
leur
analyse.
Lorsque
l’évaluation
du
cas
est
terminée,
son
analyse
est
réalisée
et
transmise
au
clinicien.
Formation à la recherche
Elle
est
réalisée
à
partir
de
présentations
de
la
méthodologie
et
des
instruments
sur
le
site
Internet
du
réseau
(
www.techniques‐psychotherapiques.org/reseau
)
;
de
formations
ciblées
;
de
réunions
de
retours
d’expériences
;
et
d’un
accompagnement
par
mail
et/ou
téléphonique
du
groupe
de
pairs.
Qu’apporte
le
réseau
au
clinicien
qui
y
participe
?
‐
Une
réduction
de
son
isolement
pour
aborder
des
troubles
complexes,
la
possibilité
d’aborder
des
questions
cliniques
et
théoriques
avec
une
méthodologie
solide
pour
y
répondre,
de
participer
à
élargir
les
connaissances
sur
les
psychothérapies,
les
conditions
et
les
mécanismes
de
changement
chez
des
patients
analogues.
‐
Une
connaissance
de
l’efficacité
générale
et
dimensionnelle
de
la
thérapie
qu’il
conduit.
3
Dossier
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novembre
2011
Pièce
n°
7
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
‐
Un
enrichissement
de
ses
outils
d’observation
clinique
et
de
compréhension
des
ressorts
de
l’interaction
thérapeutique.
‐
Une
vision
de
son
approche,
des
principales
actions
thérapeutiques
qu’il
met
en
œuvre
et
de
leur
évolution
au
cours
du
processus
psychothérapique.
‐
La
possibilité
d’acquérir
un
début
de
formation
à
la
recherche
et
de
valider
ses
obligations
d’EPP.
Quels
sont
ses
premiers
résultats
?
Le
premier
résultat
est
le
très
bon
fonctionnement
du
réseau,
en
partant
d’un
contexte
de
grande
défiance
du
corps
professionnel
par
rapport
à
l’évaluation
et
à
la
recherche
empirique
en
psychothérapie.
Une
analyse
des
facteurs
de
cette
évolution
accompagnant
une
enquête
auprès
des
cliniciens
a
été
réalisée
et
sera
publiée
dans
un
article
à
paraître
dans
Counselling
and
Psychotherapy
Research.
Les
autres
résultats
sont
préliminaires.
A
titre
d’exemple,
les
premiers
éléments
observés
à
partir
des
30
premiers
cas
d’autisme
(sur
les
80
en
cours)
dont
les
données
sont
complètes
sont
les
suivants
:
‐
‐
‐
‐
‐
La
psychothérapie
psychodynamique
et
la
thérapie
d’échange
et
de
développement
sont
efficaces
dans
le
traitement
des
enfants
atteints
d’autisme
moyen
à
sévère.
Les
scores
des
instruments
portant
sur
les
symptômes
et
comportements
(ECAR),
le
développement
(EPCA),
et
fonctionnements
intrapsychiques
(CPQ)
indiquent
des
évolutions
positives.
Au
delà
de
la
diversité
de
leurs
formations
et
de
leurs
exercices,
il
existe
un
véritable
«
profil
»
des
psychothérapeutes
dans
leur
prise
en
charge
des
enfants
souffrant
d’autisme
:
ils
sont
confiants,
impliqués
affectivement,
sensibles
aux
sentiments
de
l’enfant
tout
en
ne
répondant
pas
personnellement
à
ses
éventuelles
provocations.
Ils
s’adaptent
à
son
niveau
de
développement
et
à
la
difficulté
de
l’interaction
quand
elle
survient.
Ils
interviennent
verbalement
en
clarifiant,
redisant
ou
reformulant
ce
qu’exprime
l’enfant.
La
gravité
initiale
du
cas
et
la
faiblesse
initiale
de
l’engagement
de
l’enfant
ne
prédisent
pas
une
absence
d’évolution
significative.
Des
modérateurs
tels
que
le
soutien
de
l’enfant
par
la
famille
et
sa
participation
à
l’alliance
thérapeutique
contribuent
aux
résultats
obtenus.
D’autres
facteurs,
tels
que
l’acquisition
de
nouvelles
aptitudes,
l’amélioration
de
ses
relations
au
monde
et
aux
autres,
constituent
chez
l’enfant
des
facteurs
importants
de
son
évolution.
4
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
7
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Organigramme
du
réseau
Collaborations
internationales
‐
‐
‐
‐
‐
‐
‐
‐
J
Barber
(PhD,
Université
de
Pennsylvanie,
Ecole
de
Médecine
Philadelphia,
USA),
président
2007‐2008
de
la
Society
for
Psychotherapy
Research
JS
Ablon
(PhD,
CPS
Institute,
Massachusetts
General
Hospital,
USA)
L
Castonguay
(PhD,
Pennsylvania
State
University,
USA)
C
Schneider
(PhD,
Berkeley
University,
USA)
P
Hoglend
(Pr
Psychiatrie,
Université
d’Oslo,
Norvège)
H
Kächele
(
Pr
Psychiatrie,
Université
d’Heidelberg,
Allemagne)
N
Migdley
(PhD,
Oxford
University,
UK),
M
Rhodes
(Tavistok
Clinik,
Londres,
UK)
M
Amenta
(Bologna),
R
Jommi
(Rome),
S
Messeca
(Naples)
Italie.
Réseau de recherches fondées sur les pratiques psychothérapiques
Pr B Falissard. Unité Inserm 669 Maison de Solenn. 97 Boulevard de Port Royal, 75679, Paris cedex
14, France – Mail : [email protected]
Dr JM Thurin. 9 rue Brantôme, 75003, Paris. Tel : 01 48 04 77 70 – Mail : [email protected]
5
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
8
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
ARTICULATION
DE
LA
CIPPA
AVEC
LES
RECHERCHES
PRÉAUT
CONCERNANT
LE
DIAGNOSTIC,
LA
PRÉVENTION
PRÉCOCE,
LES
ÉVALUATIONS
ET
LES
RÉSULTATS
DE
CAS
TRAITÉS
Concernant
le
diagnostic
précoce
et
les
propositions
de
prise
en
charge
précoce
intensive
♦
nous
suivons
de
très
près
les
recherches
pionnières
de
Marie
Christine
Laznik
et
Graciela
Crespin
concernant
:
les
signes
très
précoces
de
risque
et
la
sensibilisation
à
ce
dépistage
dans
les
milieux
pédiatrique
–
PMI
(10
départements)
les
propositions
de
suivis
intensifs
parents/bébé,
voir
cahiers
n°
1/2
nous
avons
écouté
et
commenté
l'exposé
détaillé
d'une
cure
analytique
menée
par
Graciela
Crespin
:
"Deux
ans
de
thérapie
analytique
d'un
enfant
autiste
:
discussion
de
l'approche
et
des
résultats",
Cahier
n°
4
Dans
le
souci
d'une
prise
en
charge
précoce
suffisamment
intensive
à
partir
de
2
ans,
Préaut
a
créé
une
Unité
d'accompagnement
à
domicile
UPAD
afin
d'étoffer
les
interventions
précoces
:
prises
en
charge
cognitives
en
articulation
avec
le
suivi
pluridisciplinaire
(éducatif
et
thérapeutique)
Cette
unité
apporte
aussi
au
besoin
un
soutien
aux
familles
pour
compléter
les
évaluations
diagnostiques
et
de
développement
(voir
Cahier
de
Préaut
n°7)
+
atelier
classes
de
pédagogie
structurée
en
hôpital
de
Jour,
IME
et
CCIS
autistes
avec
emprunts
aux
approches
cognitives
et
comportementales
visant
à
susciter
la
subjectivation
par
la
médiation.
Notons
que
contrairement
à
ce
qui
est
régulièrement
proclamé,
le
dépistage
précoce,
dans
le
cadre
d'un
partenariat
avec
les
services
Petite
enfance,
est
pratiqué
en
France
et
depuis
deux
voire
trois
décennies
par
certaines
équipes
des
services
publiques
et
semi‐
publiques
(CMPP)
animées
par
des
psychanalystes,
équipes
plutôt
pionnières
en
la
matière
(D.
Houzel,
E.
Moussaoui).
Certes,
l'extension
de
ces
pratiques
est
encore
beaucoup
trop
limitée
mais
cependant
en
développement.
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
LE MUR : témoignages rectificatifs de 4 participants, Professeurs DANON BOILEAU,
DELION, GOLSE, membres de la CIPPA et Dr LOISEL BUET, pédopsychiatre, non
membre de la CIPPA
TÉMOIGNAGE
de
LAURENT DANON BOILEAU
Les conditions de réalisation de la vidéo
La réalisatrice du « Mur » s’est présentée à moi comme une journaliste désireuse de faire
deux émissions de télévision : l’une sur l'autisme, l’autre sur les grands concepts de la
psychanalyse d’aujourd’hui. Elle s’est recommandée de collègues prestigieux qu’elle avait
déjà interviewés. Elle m’a posé peu de questions et m’a laissé parler librement. Au montage,
il est évident qu’elle a extrait quelques phrases de l'ensemble de mes propos sur l’autisme et
les a rendu contraires à tout ce que je pense et que je pratique depuis 20 ans auprès des
enfants qui en sont atteints. En outre elle a utilisé ce que j’ai dit sur certains grands concepts
analytiques comme si j’y voyais des explications de l’autisme.
Mes propos
Pour sa partie sur la psychanalyse aujourd’hui, Madame Robert m’a demandé de développer
le concept de « censure de l'amante » (M. Fain, D. Braunschweig).
Dans son montage sur les psychanalystes et l’autisme, elle utilise ce passage comme si je
voulais démontrer que l'autisme était causé par une insuffisante censure de l’amour de la mère
pour son enfant.
Interviewé plus précisément sur l’autisme, j’ai fait part de mon hostilité à toute perspective
rendant les parents responsables de ce trouble de l’enfant. J’ai dit ma conviction de la part
instrumentale de ce trouble, mon intérêt pour les découvertes cognitives, mon attachement à
la théorie du démantèlement (concept psychanalytique que j’ai rapproché de la théorie
cognitiviste du « trouble de la cohérence centrale »). Je crois même avoir évoqué un travail
collectif conduit sous l’égide du Dr Anne Philipe, psychiatre et généticienne, lequel a donné
lieu à une étude parue dans Pediatrics où mon nom figure notamment à côté de celui de
Monica Zilbovicius et de Bernard Golse.
Enfin, en raison de mes compétences de linguiste j’ai insisté sur la dimension instrumentale
du trouble de la communication non verbale chez les enfants souffrant d’autismes. J’ai fait un
développement sur la question du geste de la mimique et du regard. J’ai dit qu’à mon sens la
trop grande hétérogénéité de modalités à associer pour fabriquer un signe non verbal adéquat
représentait pour l’enfant un obstacle redoutable. J’ai souligné que la maîtrise du regard
devait faire l’objet d’une récupération assistée, non d’un conditionnement. Pour expliquer ce
qu’était une récupération assistée, j’ai parlé du préalable que constitue le suivi visuel d’un
objet en mouvement, étape décisive pour l’organisation du pointage et de l’attention
conjointe. C’est à ce propos que j’ai parlé de l'intérêt des bulles de savon que l’enfant a plaisir
à suivre du regard, qu’il cherche parfois à crever du doigt, pour finir par montrer l’endroit où
elles ont disparues. J’ai expliqué comment cette succession d’événements partagée avec
l'adulte autour de la bulle de savon et de sa disparition, parce qu’il s’agit de moments
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
affectivement investis, pouvaient être le point de départ d’une communication authentique. La
réalisatrice a coupé toute ma démonstration pour ne laisser qu'un passage dès lors
incompréhensible.
Sur le plan du soin, je lui ai dit que depuis 20 ans je participe à des prises en charge
pluridisciplinaires. Ma conviction est que la psychanalyse est utile à l’enfant autiste à
condition qu'elle soit articulée à un ensemble d'autres interventions régulières (orthophonie,
psychomotricité, ergothérapie, travail de la communication non-verbale notamment). J’ai dit
que dans mon travail je me situais en aval de l'enfant pour enrichir ses productions sans
chercher à tout prix à le conditionner. Mais j’ai aussi marqué avec force, comme je le fais
toujours, que ma manière de faire n’avait de sens que si parallèlement, d'autres professionnels
avaient des abords plus directement pédagogiques. J'ai tenté d’expliquer la cohérence de cette
diversité qui doit se garder de toute inféodation, tant psychanalytique que comportementaliste.
Enfin, n’étant ni triomphaliste ni publicitaire, j’ai parlé des moments d’interrogation que je
traverse dans mon travail avec les enfants autistes, comme la plupart des professionnels que je
connais. Ils m’amènent à réfléchir à ma manière de faire et à la modifier, comme me l’impose
ma qualité de chercheur.
Laurent Danon Boileau - Professeur à Paris Descartes
Chercheur au Modyco-CNRS UMR7114
Psychanalyste - Psychothérapeute au Centre Alfred Binet
TÉMOIGNAGE
de
PIERRE
DELION
Souvenirs
de
l’enregistrement
filmé
par
Sophie
Robert
Une
demande
de
rendez‐vous
m’est
adressée
par
cette
réalisatrice
qui
s’intéresse
à
filmer
les
points
de
vue
de
psychanalystes
en
matière
d’autisme
pour
une
émission
si
possible
à
la
télévision,
afin
d’éclairer
les
spectateurs
sur
la
complexité
du
problème.
J’accepte
cette
interview
parmi
un
certain
nombre
d’autres,
sans
flairer
le
piège.
Le
tournage
a
lieu.
Il
dure
environ
une
heure
et
demie,
et
porte
sur
de
nombreux
aspects
de
la
psychanalyse
à
propos
de
l’autisme.
A
aucun
moment
je
ne
sens
une
manipulation,
car
Sophie
Robert
se
présente
sous
un
jour
ouvert
et
professionnel
lorsqu’elle
conduit
l’entretien.
Après
cet
entretien
filmé,
j’apprends
par
des
amis
lillois
que
le
film
va
sortir
à
Paris,
projeté
dans
une
salle,
organisé
par
l’association
«
vaincre
l’autisme
»,
avec
laquelle
je
suis
en
grande
délicatesse
depuis
plusieurs
années.
Jacques
Hochmann,
qui
a
vu
le
film
sur
Internet,
m’a
dit
être
atterré
par
le
résultat
qui
est
un
tissu
de
pure
désinformation,
résultant
sans
doute
d’une
série
de
coupes
sombres
au
montage,
ce
qui
ne
laisse
pas
de
m’inquiéter.
Je
contacte
Bernard
Golse
qui
a
les
mêmes
infos
et
nous
attendons
que
le
film
soit
projeté
pour
en
prendre
connaissance.
Lorsque
cela
devient
possible
de
le
voir,
je
découvre
l’ampleur
de
la
déformation
de
mes
propos.
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Les
extraits
sont
réalisés
de
telle
sorte
que
ce
sont
principalement
nos
hésitations,
nos
nuances,
notre
difficulté
à
exprimer
la
complexité
de
l'autisme
par
des
points
de
vue
coupés
et
isolés
de
leur
contexte,
qui
apparaissent.
Par
exemple,
lors
de
l’entretien,
je
reprends
l’importance
qu’a
eue
Bettelheim
dans
l’intérêt
des
psychanalystes
pour
l’autisme,
à
une
époque
où
peu
de
gens
se
souciaient
de
la
question,
même
si
sa
position
consistant
à
séparer
l’enfant
de
ses
parents
n’a
pas
été
sans
poser
de
problèmes
et
qu’elle
est
aujourd’hui
inacceptable.
Coupé
au
montage
quand
j’essayais
d’expliquer
de
façon
nuancée
sa
position
historique,
il
ne
ressort
dans
l’interview
que
ma
défense
du
«
tout‐Bettelheim
»,
preuve
s’il
en
est
que
je
suis
un
psychanalyste
du
passé
et
donc
illégitime
à
prétendre
quoi
que
ce
soit
sur
l’autisme
aujourd’hui.
Je
tiens
d’ailleurs
à
préciser
que
depuis
que
j’exerce
le
métier
de
pédopsychiatre,
j’ai
milité
sans
discontinuer,
mes
nombreux
écrits
à
ce
sujet
en
témoignent,
pour
que
les
enfants
reçoivent,
si
possible,
des
soins
à
temps
partiel,
tout
en
continuant
de
vivre
chez
leurs
parents.
Aussi
bien
Bernard
Golse,
Daniel
Widlocher,
Laurent
Danon
Boileau
que
moi
même
sommes,
en
quelque
sorte,
ridiculisés
par
un
montage
tronqué,
au
service
d’une
cause
à
démontrer.
L’entretien
m’a
donc
donné
l’impression
très
nette
d’être
floué
sur
le
fond
et
manipulé
sur
la
forme.
Dans
mes
rapports
habituels
avec
les
médias,
il
est
d’usage
que
les
films
et/ou
écrits
consécutifs
à
des
interviews,
me
soient
soumis
pour
avis
avant
leur
utilisation
publique
ou
privée.
Lors
de
cet
entretien
vidéoscopé,
j’expose
longuement
à
Sophie
Robert
ma
position
actuelle
de
pédopsychiatre
«
intégratif
»,
celle
que
je
pratique
et
enseigne
dans
toutes
les
occasions
qui
me
sont
données
au
sujet
de
l’autisme,
aussi
bien
avec
les
enfants
et
leurs
familles
que
je
reçois
dans
le
cadre
des
soins,
qu’au
niveau
du
Centre
Ressources
Autisme
du
Nord
Pas
de
Calais
(Groupement
de
Coopération
Sanitaire
et
Médicosociale
créé
par
mise
en
commun
des
moyens
du
CHRU
de
Lille
(Unité
d’Evaluation
Diagnostique
dont
j’ai
la
responsabilité)
et
de
ceux
de
l’Association
Autismes
Ressources
dirigé
par
Olivier
Masson).
Je
dis
également
à
Sophie
Robert
que
dans
ces
cadres
différents
comme
dans
les
nombreux
cours
que
je
donne,
j'explique
qu'après
un
dépistage
le
plus
précoce
possible,
je
propose
toujours
aux
parents
de
faire
reposer
la
prise
en
charge
de
leur
enfant
et
sous
leur
égide,
sur
un
trépied
comportant
«
une
approche
éducative
toujours,
une
approche
pédagogique
si
possible
et
une
approche
thérapeutique
si
nécessaire.
Dans
la
première,
les
parents
vont
être
amenés
à
choisir
parmi
les
aides
éducatives
disponibles
actuellement
en
fonction
de
leurs
souhaits
et
des
ressources
de
leur
lieu
de
résidence
entre
le
Teacch,
l’ABA,
les
trois
«
i
»,
ou
toute
autre
approche
sur
laquelle
je
ne
porte
aucun
jugement.
je
précise
également
à
Sophie
Robert
que
pour
la
partie
pédagogique,
je
soutiens,
dès
que
l’enfant
peut
aller
à
l’école,
le
projet
des
parents
et
nous
n’évaluons
la
qualité
de
ce
qui
s’y
passe
que
sur
une
expérience
réelle
de
scolarisation.
Dans
certains
cas,
en
fonction
de
ce
qui
se
passe
pour
l’enfant
des
aménagements
seront
construits
avec
les
parents
et
l’instituteur.
Enfin,
en
matière
de
thérapeutique,
et
là
encore
en
fonction
de
l’état
de
l’enfant,
des
propositions
sont
faites
pour
l’accueillir
dans
notre
équipe
de
soins
sous
une
forme
révisable
à
tout
instant,
pour
y
recevoir
les
soins
dont
il
a
besoin.
Je
«
soigne
»
particulièrement
les
articulations
entre
les
trois
champs
considérés
en
partant
du
principe
que
dans
le
domaine
des
TED/TSA,
les
liens
entre
les
professionnels
sont
fondamentaux
et
ce,
dans
un
travail
incessant
avec
les
parents.
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Je
lui
rappelle
enfin
que
la
psychanalyse
en
tant
que
telle
entre
dans
la
réflexion
psychopathologique
à
propos
de
l’enfant,
dans
la
construction
du
dispositif
des
soins
qui
va
tenir
compte
de
son
histoire
et
de
sa
psychopathologie,
et
également
dans
la
pensée
des
liens
tissés
entre
les
professionnels
et
avec
les
parents.
Dans
certains
cas,
une
approche
psychanalytique
individuelle
est
proposée,
à
condition
qu’un
setting
institutionnel
solide
en
contienne
les
«
bords
».
Pierre
Delion,
Professeur
de
Pédopsychiatrie
à
la
Faculté
de
Médecine
Lille
II,
Chef
de
Service
au
CHRU
de
Lille
TÉMOIGNAGE
de
Bernard
GOLSE
J’ai
été
contacté
par
Madame
Sophie
Robert
qui,
en
tant
que
journaliste,
me
disait‐elle,
souhaitait
faire
«
un
52
minutes
»
pour
la
chaîne
Arte
sur
les
grands
courants
de
la
psychanalyse
et
la
place
de
celle‐ci
dans
la
prise
en
charge
des
enfants
autistes.
Je
l’ai
d’abord
reçue
pour
préciser
au
mieux
ce
projet,
et
nous
avons
ainsi
eu
un
premier
entretien,
de
plus
d’une
heure,
où
j’ai
trouvé
cette
personne
intelligente,
mais
surtout
intéressée
et
intéressante
par
sa
manière
de
présenter,
et
de
faire
valoir
son
projet,
un
document
audio‐visuel
où
chacun
aurait
un
temps
consistant
pour
exposer
tranquillement
son
point
de
vue,
ce
qui
me
semblait
différent
des
nombreuses
propositions
que
l’on
reçoit
si
souvent
dans
ce
domaine
!
Le
jour
de
l’enregistrement
qui
a
duré
environ
trois
heures,
nous
nous
sommes
installés
dans
mon
bureau
à
Necker,
et
je
dois
dire
que
j’ai
éprouvé
une
certaine
difficulté
à
débuter
cette
interview,
sans
bien
savoir
pourquoi.
Au
bout
d’une
dizaine
de
minutes,
j’ai
demandé
à
Sophie
Robert
de
m’interrompre
quelques
instants
pour
rassembler
mes
idées
et
pour
trouver
le
bon
angle
d’approche
de
la
discussion.
Je
précise
ce
point
car
j’y
reviendrai
dans
un
instant,
mais
aussi
pour
dire
que,
probablement,
quelque
chose
me
semblait
alors
étrange,
sans
que
je
puisse,
à
ce
moment‐là,
davantage
préciser
les
choses.
Quoi
qu’il
en
soit,
après
avoir
été
faire
un
peu
de
courrier
dans
mon
secrétariat,
nous
avons
repris
l’entretien
qui
a
alors
duré
plus
de
deux
heures,
ce
qui
fait
que
se
sont
alternées
des
séquences
à
l’intention
précise
du
document
futur,
et
des
moments
de
discussion
plus
libre
où
nous
avons
abordé
un
certain
nombre
de
thématiques
sans
rapport
direct
avec
l’autisme,
telle
la
biologie
de
la
grossesse
par
exemple.
Au
cours
de
cet
entretien,
j’ai
évoqué
deux
lignes
principales
de
pensée
qui
sous‐tendent
mon
action
dans
le
champ
des
troubles
envahissants
du
développement
:
d’une
part
la
place
qui
me
semble
demeurer
importante
quant
aux
psychothérapies
d’enfants
autistes
à
côté
des
autres
modalités
de
prise
en
charge,
ô
combien
nécessaires,
et
d’autre
part
le
courant
actuel
de
la
neuropsychanalyse,
mouvement
auquel
je
participe
activement
en
compagnie
notamment
de
collègues
tels
que
Daniel
Widlöcher,
Nicolas
Georgieff,
Lisa
Ouss
et
Alain
Braconnier.
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Première
thématique
En
tant
que
responsable,
à
l’hôpital
Necker‐Enfants
malades,
de
l’un
des
différents
centres
d’évaluation
et
de
diagnostic
de
l’autisme
du
Centre
de
ressources
autisme
Ile‐
de‐France
(Craif),
à
côté
des
services
de
pédopsychiatrie
des
hôpitaux
Robert‐Debré,
la
Pitié‐Salpêtrière,
Bicêtre
et
Sainte‐Anne,
j’ai
expliqué
à
Sophie
Robert
que
je
persiste
à
penser
que
l’origine
des
troubles
envahissants
du
développement
répond
fondamentalement
à
un
ensemble
de
causes
multiples
et
variables
selon
chaque
enfant,
d’où
la
nécessité
de
recourir
à
une
approche
multidimensionnelle,
c’est‐à‐dire
à
une
approche
qui
associe
de
manière
adaptée
à
chaque
cas,
diverses
mesures
d’aide
appartenant
aux
trois
registres
du
soin,
de
l’éducation
et
de
la
pédagogie.
Et
ceci,
sur
le
fond
d’une
intégration
scolaire
digne
de
ce
nom,
ce
qui
n’est
pas
encore
le
cas,
tant
s’en
faut,
en
dépit
de
la
loi
de
2005.
Je
lui
ai
précisé
que,
personnellement,
je
pense
que
certaines
techniques
éducatives
spécialisées
sont
tout
à
fait
nécessaires,
que
certaines
rééducations
(orthophonique
ou
psychomotrice)
sont,
à
un
moment
ou
à
un
autre,
toujours
indispensables,
mais
que
les
psychothérapies
psychanalytiques
ont
encore
une
place
utile
à
tenir,
moins
pour
éclairer
sur
la
cause
intime
de
l’autisme,
que
pour
nous
aider
à
mieux
comprendre
le
monde
interne
de
ces
enfants
dont
les
souffrances
sont
immenses,
et
dont
les
progrès
eux‐
mêmes
ne
vont
pas
sans
faire
surgir
des
angoisses
qui
doivent
être
continûment
élaborées
pour
ne
pas
freiner
l’évolution
des
enfants,
et
pour
leur
permettre
de
s’adapter
eux‐mêmes
à
leurs
nouveaux
fonctionnements.
Autrement
dit
encore,
je
lui
ai
précisé
qu’être
autiste
donne
lieu
à
des
moments
d’intense
souffrance
psychique,
mais
qu’émerger
de
l’autisme
ne
va
pas
non
plus
sans
susciter
un
certain
nombre
d’angoisses,
d’où
l’intérêt
et
l’importance
d’accompagner
ces
enfants
tout
au
long
de
leur
processus
de
dégagement,
car
être
écouté
par
quelqu’un
qui
met
des
mots
sur
les
difficultés
de
leur
accès
à
ce
que
nous
appelons
leur
«
«
Moi
corporel
»,
peut
considérablement
les
aider
et
les
apaiser.
Deuxième
thématique
Au
moment
même
où
une
vision
intégrative
des
fonctionnements
autistiques
commence
à
émerger
quant
aux
causes
de
l’autisme,
vision
centrée,
notamment,
sur
les
troubles
de
la
sensorialité
des
enfants
autistes
qui
les
empêcheraient
d’accéder
normalement
à
l’intersubjectivité
(capacité
de
savoir
que
l’autre
existe
et
capacité
de
savoir
que
soi
et
l’autre,
cela
fait
deux),
on
voit
certaines
associations
de
parents
attaquer
et
insulter
gravement
les
pédopsychiatres,
voire
certains
centres
d’évaluation
et
de
diagnostic
de
l’autisme
qui,
pourtant,
travaillent
tous
en
conformité
absolue
avec
les
recommandations
de
la
Haute
Autorité
de
santé
(HAS)
en
matière
de
dépistage
précoce
et
de
diagnostic
des
troubles
envahissants
du
développement,
comme
l’a
d’ailleurs
rappelé
énergiquement
le
Centre
de
ressources
autisme
Ile‐de‐France.
Mon
propos
était
donc
de
préciser
que
toute
méthode
qui
se
présente
comme
la
seule
méthode
légitime,
se
trouve,
à
mon
sens,
ipso
facto,
disqualifiée,
car
si
le
tout
thérapeutique
a
échoué,
le
tout
pédagogique
et
le
tout
éducatif
échoueront
de
même.
Les
enfants
autistes
ont
du
mal
à
généraliser
leurs
apprentissages,
du
mal
à
anticiper,
et
du
mal
à
faire
une
synthèse
de
leurs
diverses
perceptions
sensorielles.
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
Or,
tout
se
passe
un
petit
peu,
aujourd’hui,
comme
si
l’autisme
était
«contagieux»,
comme
s’il
amenait
les
professionnels
à
fonctionner
eux‐mêmes
de
manière
autistique
et
clivée,
en
s’arc‐boutant
sur
une
méthode
unique
au
détriment
d’une
véritable
approche
multidimensionnelle.
L’autisme
autistise…
et
il
fait
le
jeu
d’un
consensus
plus
ou
moins
implicite
entre
les
médias
et
le
grand
public,
pour
évacuer
toute
forme
de
complexité
qui
nous
confronte
inéluctablement
à
la
souffrance,
à
la
sexualité
et
à
la
mort.
Or,
le
développement
psychique
n’est
pas
simple,
les
troubles
du
développement
ne
le
sont
pas
davantage,
et
vouloir
le
faire
croire
est
une
pure
escroquerie.
J’ai
ajouté
qu’en
février
2009,
avec
le
service
de
neuro‐imagerie
de
l’hôpital
Necker‐Enfants
Malades
(Pr
Francis
Brunelle),
nous
avons
participé
à
une
séance
de
l’Académie
Nationale
de
Médecine
consacrée
à
une
approche
l’autisme
infantile,
avec
la
présentation
de
résultats
concernant
un
dysfonctionnement
du
lobe
temporal
supérieur
qui
peut
désormais
être
compris
à
la
fois
dans
l’optique
des
neurosciences
et
dans
celle
de
la
psychopathologie
psychanalytique.
Je
souhaitais
lui
faire
comprendre
qu’il
serait
donc
vraiment
dommage
de
se
laisser
happer
par
des
divisions
haineuses
et
conceptuellement
coûteuses,
car
les
enfants
autistes
ont
mieux
à
faire
que
de
nous
voir
les
imiter
dans
des
querelles
et
des
divisions
interprofessionnelles
à
valeur
de
clivage,
à
l’image
de
leur
propre
fonctionnement.
De
tout
ceci,
il
ne
reste
rien
dans
le
document
final
intitulé
«
Le
Mur
».
Absolument
rien,
sauf
deux
séquences
:
 D’une
part,
celle
du
silence
qui
est
le
mien
juste
avant
mon
désir
d’arrêter
transitoirement
l’interview,
silence
qui
est
monté
de
telle
sorte
qu’il
est
présenté
comme
une
incapacité
de
ma
part
de
répondre
à
une
question
de
la
journaliste,
 D’autre
part,
celle
du
développement
que
je
fais
quant
à
l’incompatibilité
immunologique
de
l’organisme
maternel
avec
les
antigènes
de
l’embryon
qui
se
trouvent
être
d’origine
paternelle,
développement
que
je
faisais
en
«
off
»
et
qui
sont
repris
dans
le
film
comme
une
hypothèse
de
ma
part
selon
laquelle
l’autisme
serait
une
conséquence
d’une
haine
maternelle
biologique
prénatale
!
Ce
montage
est
malhonnête,
ayant
coupé
le
contenu
entier
de
ce
que
j'avais
à
communiquer
sur
le
thème
dont
Madame
Robert
avait
annoncé
l'exploration.
Ajoutons
que
Mme
Sophie
Robert
s'est
engagée
à
soumettre
le
montage
avant
publication,
ce
qu'elle
n'a
nullement
fait,
non
plus
que
d'avertir
à
la
sortie
de
son
document.
Je
souhaitais
que
la
réalité
des
évènements
soit
accessible
à
ceux
qui
verront
ce
film.
Bernard Golse - Pédopsychiatre‐Psychanalyste
(Membre
de
l’Association
Psychanalytique
de
France)/Chef
du
service
de
Pédopsychiatrie
de
l'Hôpital
Necker‐Enfants
Malades
(Paris)
/Professeur
de
Psychiatrie
de
l'enfant
et
de
l'adolescent
à
l'Université
René
Descartes
(Paris
5)/Inserm,
U669,
Paris,
France/Président
de
l’Association
Pikler
Loczy‐France/Président
de
l’Association
pour
la
Formation
à
la
Psychothérapie
Psychanalytique
de
l’Enfant
et
de
l’Adolescent
(AFPPEA)
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
TÉMOIGNAGE
de
Christine
LOISEL
BUET
Sophie
Robert,
Le
Mur.
Si
je
fais
partie
des
psychanalystes
ayant
répondu
favorablement
à
la
demande
d'interview
de
S.
Robert,
je
me
sens
très
libre
de
parler
après
la
projection
de
ce
film
:
je
n'y
apparais
pas,
mes
propos
l'informant
des
recherches
conjointes
de
psychanalystes
et
de
neurologues
sur
l'autisme
n'ayant
pas
été
retenus.
Que
pour
certains,
nécessité
fasse
combat,
soit.
Que
le
parti
soit
pris
de
faire
un
film
partial,
pourquoi
pas.
L'exagération
et
la
provocation
font
partie
du
jeu
militant,
et
il
est
important
que
la
démocratie
permette
toutes
sortes
de
propos.
Je
dirais
quant
au
fond,
que
si
les
opinions
proclamées
ici
n'engageaient
que
leur
auteur,
je
les
respecterais.
Il
n'en
va
pas
de
même
des
procédés
employés
pour
ce
faire.
Montage
sortant
les
paroles
de
leur
contexte,
déformation
des
images
prises
en
gros
plans,
arrêts
sur
image
ridiculisant
les
personnes5
(oui,
les
rires
fusent
dans
la
salle
lors
de
la
projection
de
ces
caricatures
!),
et
surtout
voix
off
de
S.
Robert
mêlant
mensonges
et
semi‐vérités
à
travers
des
affirmations
qui
se
font
passer
pour
des
informations,
et
qui,
par
leur
énoncé
même,
éliminent
d'emblée
toute
amorce
de
débat.
Les
ficelles
sont
grosses
et
j'imagine
que
tout
professionnel
de
l'image
et
de
l'information
les
verra
mieux
que
moi.
Je
voudrais
pour
ma
part
revenir
sur
un
point
qui
me
tient
à
cœur
:
la
parole.
Et
plus
particulièrement,
sur
deux
points
touchant
à
la
qualité
de
la
parole.
En
premier
lieu,
quels
que
soient
les
points
de
théorie,
il
semble
utile
de
rappeler
qu'il
n'y
a
pas
de
psychanalyse
possible
sans
parole
fiable,
sans
qu'une
personne
(tenant
la
place
de
psychanalyste)
s'engage
avec
la
parole
qu'elle
donne
et
soutient.
C'est
la
condition
minimale
requise
pour
toute
rencontre
dans
le
champ
psychanalytique.
En
d'autres
termes,
la
psychanalyse,
en
tant
qu'elle
est
basée
sur
la
fonction
de
la
parole
est
absolument
inconciliable
avec
la
tromperie
et
la
manipulation
d'une
personne
par
une
autre.
J'ajouterai
même
qu'autour
de
la
fiabilité
de
la
parole
et
de
la
valeur
qu'on
lui
accorde,
il
y
a
un
enjeu
de
taille
dans
notre
société,
mais
c'est
un
débat
plus
vaste
qui
dépasse
mon
propos
d'aujourd'hui.
1
Lors
de
la
projection,
j'ai
été
saisie
d'effroi
à
l'idée
qu'elle
pourrait
traiter
de
la
même
façon
n'importe
qui,
un
enfant
ou
ses
parents
par
exemple,
en
les
ridiculisant...
Heureusement,
dans
le
film,
les
enfants
sont
beaux
et
émouvants,
et
leurs
parents
aussi!
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
J'appelle
le
procédé
utilisé
à
mon
égard
par
S.
Robert
pour
que
je
participe
à
son
interview
un
abus
de
confiance.
Parce
que
oui,
je
l'ai
crue.
Je
lui
ai
fait
confiance,
comme
je
fais
confiance
à
la
parole
en
général...
et
en
général
justement,
je
ne
le
regrette
pas
!
S.
Robert
s'est
présentée
à
moi
comme
une
journaliste
d'Arte
souhaitant
réaliser
une
série
d'émissions
sur
la
psychanalyse.
Il
s'agissait,
à
partir
d'interviews,
de
confronter
des
points
de
vue
de
psychanalystes
de
pratiques
différentes
sur
les
questions
suivantes:
En
quoi
les
textes
de
Freud
et
de
Lacan
peuvent‐ils
encore
servir
de
référence
aujourd'hui?
Comment
permettre
de
mieux
comprendre
la
spécificité
de
l'approche
psychanalytique
parmi
les
thérapies
proposées?
Ce
qui
m'a
fait
accepter
de
recevoir
S.
Robert,
c'est,
après
la
qualité
supposée
de
cette
chaine
dont
elle
se
réclamait,
son
projet
que
ces
temps
de
questions‐réponses
passe
sur
le
Net
plutôt
qu'à
la
télévision,
afin
de
donner
à
chacun
le
temps
nécessaire
pour
déployer
sa
parole
sans
qu'elle
soit
coupée.
J'aurais,
pour
ma
part,
refusé
une
émission
de
télévision
qui
supposait
que
mes
propos
soient
tronqués.
Et
je
le
lui
ai
dit.
Nous
nous
sommes
rencontrées
(hors
caméra)
pendant
une
heure
au
cours
de
laquelle
je
lui
demandai
de
m'expliquer
son
projet
et
ses
motivations
(avant
que
je
me
décide
!).
Elle
me
raconta
l'histoire
suivante:
En
tournage
avec
deux
collègues,
jeunes,
intelligents
et
cultivés,
chacun
vint
à
parler
de
sa
psychanalyse.
L'un
d'entre
eux
était
suivi
par
un
médecin
généraliste
qu'il
rencontrait
pour
parler,
l'autre
était
suivi
par
un
thérapeute
comportementaliste.
S.
Robert,
se
disant
effarée
d'une
telle
confusion,
et
me
laissant
croire
(apparemment
à
tort
si
j'ai
bien
entendu
ses
dernières
déclarations)
qu'elle
avait
fait
un
bout
de
chemin
personnel
avec
un
psychanalyste,
conçut
donc
son
projet
de
donner
à
entendre
la
spécificité
de
la
psychanalyse.
Cela
me
convenait,
je
lui
donnais
mon
accord,
et
fus
contactée
à
nouveau
plusieurs
mois
après.
Lors
de
cette
deuxième
rencontre,
nous
avons
parlé
pendant
deux
heures,
dans
le
champ
de
la
caméra
et
hors
champ.
Lors
de
cette
deuxième
rencontre,
j'ai
été
surprise
d'entendre
que
S.
Robert
était
réalisatrice
indépendante
et
non
pas
«
journaliste
d'Arte
»,
mais,
m'assurait‐elle
très
naturellement,
elle
était
en
bonne
voie
pour
que
son
projet
se
réalise
tel
qu'elle
me
l'avait
décrit.
Elle
me
promettait
de
me
tenir
au
courant
et
me
confirmait
qu'une
projection
en
avant‐première
serait
proposée
à
tous
les
psychanalystes
interrogés
afin
que
l'on
puisse
en
débattre.
Quelle
que
soit
l'issue
audiovisuelle
pour
laquelle
je
souhaitai
bonne
chance
à
S.
Robert,
la
perspective
d'une
telle
rencontre
était
en
elle‐même
suffisamment
intéressante
pour
que
j'aie
envie
d'y
participer
!
Comme
d'autres,
c'est
par
le
mail
d'un
collègue
que
j'ai
reçu
l'information
qu'un
film
avait
été
réalisé
qui
serait
projeté
au
cinéma
L'Univers.
S.
Robert
n'avait,
elle,
invité
aucun
psychanalyste
et
ne
m'avait
pas
même
informée
d'une
quelconque
réalisation.
Parole
non
tenue.
Là
aussi...?
Elle
se
présentait
ce
soir‐là
comme
«
une
sorte
d'anthropologue
de
la
psychanalyse
»
(sic)...
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
S.
Robert
parle
de
«
logiciel
psychanalytique
»
(re‐sic!),
je
ne
sais
pas
ce
que
c'est.
Elle
parle
aussi
de
dogme,
et
là,
je
voudrais
dire
que
la
psychanalyse
s'oppose
aux
dogmes,
en
ceci
qu'elle
s'appuie
sur
une
parole
émergeant
dans
le
champ
d'une
relation
entre
deux
personnes.
Une
relation
de
qualité
suffisante.
J'ai
évoqué
comment,
dans
ce
champ,
la
parole
est
prise
comme
telle,
comme
une
vérité
propre
à
celui
qui
l'énonce,
et
que
la
manipulation
et
le
mensonge
délibéré
n'y
ont
pas
place.
Le
deuxième
point
que
je
voudrais
souligner,
c'est
que
la
parole
se
module
et
diffère
selon
le
contexte
et
l'adresse,
selon
l'interlocuteur
et
les
particularités
de
chaque
situation.
Seul
le
dogme
ne
change
pas
et
élimine
de
surcroit
le
point
de
vue
de
ceux
qui
n'y
adhèrent
pas
(et
c'est
en
ceci
que
j'ai
trouvé
pour
ma
part
le
film
de
S.
Robert
dogmatique
et
ennuyeux...
une
impression
toute
subjective
de
spectatrice
!)
A
des
parents
d'enfants
autistes,
confrontés
à
la
douleur
du
diagnostic
et
à
la
grande
difficulté
d'un
parcours
qui,
malheureusement,
ressemble
trop
souvent
à
celui
du
combattant,
je
parle
autrement
de
mon
travail.
Qu'ils
aient
été
blessés
par
des
psychanalystes
–
et
c'est
terrible
–
ou
qu'ils
aient
trouvé
aide
et
soutien
dans
cette
approche,
avec
une
évolution
favorable
de
leur
enfant,
peu
importe,
la
rencontre
d'un
professionnel
avec
une
personne
en
recherche
d'aide
implique,
quel
que
soit
le
point
de
vue
de
chacun,
une
attention
particulière
où
les
questions
théoriques
n'ont
pas
lieu
de
s'étaler
en
tant
que
telles.
Je
trouve
indécent
et
irrespectueux
pour
les
enfants
et
leurs
familles,
que
S.
Robert
sorte
de
leur
contexte
des
propos
censés
faire
débat
entre
des
psychanalystes
pour
les
donner
en
pâture
à
des
familles
qui
se
battent
contre
ce
qu'elles
supposent
être
«
La
Psychanalyse
»...
majuscule
?
Je
repense
à
ce
temps
passé
à
écouter
et
à
répondre
à
S.
Robert.
Dire
et
tenter
de
décaler
les
questions
d'une
jeune
femme
qui
veut
«
expliquer
la
psychanalyse
»,
une
jeune
femme
dont
la
réactivité
et
l'insistance
laissent
entendre
une
implication
personnelle
que
nous
n'avons
pas
à
connaître,
rend
l'exercice
difficile!
Composer
avec
sa
méconnaissance
de
la
théorie
et
l'utilisation
erronée
des
concepts,
avec
son
ignorance
du
terrain
où
nous
exerçons,
voilà
un
sacré
défi
auquel
j'ai
trouvé
intéressant
d'être
confrontée
:
Comment
dire
à
celui
qui
n'a
pas
vu,
pas
lu,
pas
vécu
(la
psychanalyse),
mais
qui
en
a
entendu
parler
?
Il
peut
arriver
que
l'on
reste
bouche
bée,
un
moment
sidéré
par
ce
qui
semble
être,
plus
que
de
l'ignorance,
une
incapacité
à
entendre
un
point
de
vue
différent.
Alors,
coupez!
Ne
prenez
que
cet
instant
où
être
interloqué
vous
donne
l'air
parfaitement
idiot,
puis
le
silence
qui
suit.
Ne
montrez
que
cela.
Hors
cette
heure
déjà
passée
à
essayer
de
faire
entendre
une
perspective
un
peu
décalée
à
un
interlocuteur
qui
n'est
pas
à
même
de
l'appréhender...
Une
recette
à
la
Sophie
Robert
?
Ce
soir‐là
à
l'Univers,
elle
s'érige
en
victime
des
psychanalystes
(ou
du
«
lobby
psychanalytique
»)
et
ouvre
le
débat
en
annonçant
la
présence
de
son
avocat
dans
la
salle...
Dossier
CIPPA
novembre
2011
Pièce
n°
9
«
ALERTE
AUX
MÉCONNAISSANCES
CONCERNANT
LA
PSYCHANALYSE
ET
L’AUTISME
»
S'il
n'était
là
question
que
de
notre
narcissisme,
ce
ne
serait
pas
grave
(il
en
a
vu
d'autres,
il
s'en
remettra!)
Mais
je
trouve
à
ce
procédé
des
relents
nauséabonds,
et
ces
images
détournées
m'évoquent
des
propagandes
bien
loin
de
tout
débat
démocratique.
Voilà
ce
qui
fait
qu'aujourd'hui
je
prends
le
temps
d'écrire,
alors
que
pour
ma
part
je
trouve
ce
film
sans
importance,
qui
répète
ce
que
nous
entendons
depuis
des
années.
Mais
voilà
bien
un
effet
pervers
de
la
chose
:
sans
ces
procédés
indignes,
il
n'aurait
sans
doute
guère
suscité
de
réactions
et
peu
fait
parler
de
lui.
Alors
que
choisir
:
se
taire
et
laisser
dire
que
les
psychanalystes
qui
se
taisent
sont
d'accord
avec
S.
Robert,
ou
parler
et
prendre
le
risque
de
contribuer
à
sa
publicité?
Christine
Loisel‐Buet
‐
Psychiatre,
psychanalyste,
diplômée
de
l'école
des
hautes
études
en
sociologie


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