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Aux nouvelles frontières d’Asie,
On Asia’s new frontier,
40
Français qui entreprennent
French entrepreneurs in the East
© Anne Garrigue, novembre 2011
Dessin de couverture : Nathalie Laoué
Anne Garrigue
Aux nouvelles frontières d’Asie,
On Asia’s new frontier,
40
Français qui entreprennent
French entrepreneurs
Préface
Q
u’est-ce qui pousse à créer son entreprise
et pourquoi franchir 10 000 kilomètres
pour le faire ?
C’est avec ces deux questions en tête
que je me suis attelée à cette tournée des
entrepreneurs(ses) français d’Asie du Sud-est. Fascinée moimême depuis longtemps par la création à partir de la page
blanche, qu’elle soit de papier ou de toile, je voulais comprendre
ce que ça donnait dans le vrai monde, out there comme disent les
Anglais.
C’était aussi pour moi l’occasion, venant de Chine, de rentrer
dans cette Asie du Sud-est, zone frontière de l’Asie, multiple et
variée, mais étrangement unique, avec des guides précieux, bien
informés et les mains dans le cambouis.
J’ai trouvé en écho chez ces entrepreneurs une sorte d’étrange
unité dans la diversité. Une sorte d’aura qui mettait en valeur
chaque histoire, chaque trajet, chaque aventure — unique abVROXPHQW³HWDOLPHQWDLWXQHÁDPPHFRPPXQHXQDSSpWLWGX
risque, de la vie, une forme d’énergie débordante mais sous contrôle, l’envie de prendre tout l’espace et de créer son monde, de
mettre sa marque, d’être libre aussi, de prendre ses responsabilités, d’apprendre sans s’ennuyer, de faire plusieurs choses à la
fois et pourquoi pas, au bout de l’aventure, de faire fortune…
J’ai trouvé aussi — il faut le dire — l’envie de faire cela ailleurs qu’en France. Là, les raisons divergent. Envie de voyager et
fascination de l’ailleurs, du grand large. Mais aussi une certaine
4
fatigue par rapport aux obstacles réglementaires, à la paperasserie, au climat des affaires compliqué et parfois décourageant
de notre métropole. Cette fatigue n’exclut pourtant pas, le plus
souvent, un grand amour pour sa patrie, un souci pour l’avenir
de la France et une volonté d’aider. Mais en parallèle, j’ai trouvé
aussi, après des années passées ailleurs, un sentiment de gratitude par rapport au pays d’adoption, qui transparait parfois dans
l’utilisation spontanée du « nous ».
Cette galerie de portraits — texte et photo complémentaires —,
je l’ai faite dans un élan spontané. J’ai surtout voulu traduire mon
impression lors de la rencontre avec l’entrepreneur dans son
élément, l’univers et la personnalité de cet aventurier des temps
modernes que l’on pourrait — de façon osée peut-être — rapprocher des hommes qui, au XIXe siècle, partaient à l’assaut du
monde inconnu, poussés par une curiosité, une volonté d’action
et un optimisme actif chevillés aux corps. Tant est vraie l’idée
qu’on ne crée pas son entreprise à l’étranger si l’on n’a pas la
passion des voyages, de l’ailleurs et l’appel du grand large inscrit
au fond du cœur et dans la peau.
Avant de vous laisser découvrir ces croquis sur le vif, je veux
remercier tout spécialement les entrepreneurs conseillers
économiques du commerce extérieur d’Asie du Sud-est, qui
ont été une source d’inspiration et sont bien représentés dans le
livre. Je veux aussi remercier tout spécialement Arnaud Vaissié,
Philippe Augier et Hubert Testard pour leur soutien intellectuel
HWÀQDQFLHU
Anne Garrigue
écrivain et journaliste
W
hat pushes someone to start their own
company and travel 10,000 km to do it?
It was with these two questions in mind that
I embarked on a tour to visit French entrepreneurs in Southeast Asia. I had long been
fascinated by the act of creating something from nothing, be it
a blank piece of paper or a canvas, and I wanted to know what
it was like to do it out there, in the real world. It was also an opportunity for me, travelling as I was from China, to revisit Asia’s
south east. It’s the continent’s frontier zone, both richly varied
and strangely unique, and I would have the best guides, people
who were getting stuck in and were well-informed as a result.
These entrepreneurs gave me a strange sense of unity in diversity. It was an energy that emphasised each unique story, journey
DQGDGYHQWXUHEXWDOVROLWDFRPPRQÁDPHDQDSSHWLWHIRUULVN
DQGIRUOLIHDQRYHUÁRZLQJ\HWFRQWUROOHGHQHUJ\DGHVLUHWRÀOO
the void and create a new world, to make one’s mark and be free,
to take responsibility, to learn without getting bored, to do a lot
of things at once and at the end of it all – why not? – to make
a fortune.
I also found, it must be said, a desire to do all this outside France.
The reasons for this are various and include a desire to travel
and a fascination with the other. But they also include weariness
with regulatory obstacles, bureaucracy and our nation’s complicated and sometimes discouraging business climate. In the main
however, such weariness doesn’t mean that these entrepreneurs
don’t love their country and aren’t concerned about its future or
willing to lend a helping hand. But I also found, after years spent
abroad, a sense of gratitude for their adoptive lands that occasionally revealed itself through spontaneous use of the word
“we”.
I compiled this gallery of portraits – with texts and complementary photos – on a spontaneous impulse. Above all, I wanted
to present my impressions of meeting these entrepreneurs in
their element. I wanted to show the universe and personality of
these modern day adventurers, people that one might perhaps
compare to the men who in the 19th Century left to conquer
foreign climes, pushed by curiosity, a lust for action and an irrepressibly optimistic spirit. While this may be pushing things
somewhat, it’s certainly true that you don’t launch a company
abroad if you don’t love travelling and the call of the wild isn’t
echoing in your ears.
Before letting you get your teeth into the meat of the subject, I
would like to offer special thanks to the foreign trade economic
advisers (CCE’s) in Southeast Asia, who were a source of inspiration and are well-represented in the book. I would also like
to offer special thanks to Arnaud Vaissié, Philippe Augier and
+XEHUW7HVWDUGIRUWKHLULQWHOOHFWXDODQGÀQDQFLDOVXSSRUW
Anne Garrigue
writer and journalist
5
En 1985, à Singapour, en compagnie du Dr. Pascal
Rey-Herme, Arnaud Vaissié a fondé International
SOS, une entreprise devenue depuis leader mondial dans le secteur de la santé et la sécurité à
dafl]jfYlagfYd&
International SOS emploie désormais 10 000 personnes (dont plus de 1 000 médecins salariés) dans
70 pays. Du rapatriement sanitaire aux services de
santé de multinationales en passant par la médecine du travail et le suivi informatique des cadres
]f\­hdY[]e]fl$d]flj]hjak]\9jfYm\NYakka­]kl
Ymbgmj\`ma]f[`Yj_]\]kk]jna[]k\]kYfl­\]hj®k
de 80% des entreprises du CAC 40, de 70% des cinq
cents plus grosses entreprises mondiales (Global
Fortune 500!]l\]fgeZj]\afklalmlagfk\gfld]
département de la Défense des Etats-Unis ou le
eafakl®j]\]k9^^Yaj]k­ljYf_®j]k[`afgak&
AloYkafKaf_Yhgj]af)10-$Ydgf_oal`<jHYk[Yd
J]q%@]je]$l`Yl9jfYm\NYakka­^gmf\]\Afl]jfYlagfYdKGK$l`]ogjd\kd]Y\af_afl]jfYlagfYd
`]Ydl`[Yj]$e]\a[YdYkkaklYf[]$Yf\k][mjalqk]jna[]k
[gehYfq&L`][gehYfqhjgna\]kafl]_jYl]\e]\a[Yd$
[dafa[YdYf\k][mjalqkgdmlagfklggj_YfakYlagfkoal`
international operations. Today International SOS
`YkYklY^^g^)($(((af/([gmflja]k$af[dm\af_
egj]l`Yf)$(((e]\a[Yd\g[lgjk&JYf_af_^jge
e]\a[Ydj]hYljaYlagflg`]Ydl`k]jna[]k^gjemdlafYtional companies and from medical care at work to
l`][gehml]jak]\ljY[caf_g^eYfY_]jkgfZmkaf]kk
trips, International SOS provides its services to
Yjgmf\/(g^l`]?dgZYd>gjlmf]-(([gehYfa]k
Yko]ddYknYjagmk_gn]jfe]flYdgj_YfakYlagfkkm[`
Ykl`]MK<]hYjle]flg^<]^]fk]Yf\l`];`af]k]
Ministry of Foreign Affairs.
6
Avant-propos d’Arnaud
Foreword by Arnaud
F
ort de son parcours d’entrepreneur en Asie du
Sud-est, puis aux Etats-Unis, en Europe et en
France, Arnaud Vaissié a voulu partager son
expérience de la création d’entreprise au sein
de l’institut Montaigne, dont il est membre du
comité directeur. En tant que président de la
Chambre de commerce française en Grande-Bretagne, il s’est
également engagé à diffuser en France les recettes économiques
qui fonctionnent au Royaume-Uni : à cet effet, il a fondé le
&HUFOHG·RXWUH0DQFKHXQFOXEGHUpÁH[LRQUDVVHPEODQWFKHIV
d’entreprise et décideurs dans les deux pays.
Arnaud Vaissié a accepté de parrainer ce livre. Qu’il en soit vivement remercié.
Nous lui avons demandé son point de vue sur la diaspora entrepreneuriale française à l’étranger et son rôle au sein de la mondialisation.
Arnaud Vaissié, vous avez démarré votre carrière
d’entrepreneur en Asie du Sud-est. Pourquoi à Singapour
plutôt qu’en France ?
Tout a commencé par une longue histoire d’amitié. Mon ami
d’enfance, le docteur Rey-Herme, avait été envoyé comme médecin d’ambassade à Jakarta en tant que VSNA (volontaire du
service national actif, ndlr). Par la suite, il a eu l’idée de développer un service médical hors de l’hôpital en Asie du Sud-est.
L’idée m’a plu, nous nous sommes associés. A l’époque, je diULJHDLVODÀOLDOHDPpULFDLQHG·XQJURXSHGHOHDVLQJDOOHPDQG-H
ne connaissais rien à l’Asie. Dans les faits, Singapour s’est révélée être une plate-forme remarquable. En 1985, c’était déjà un
pays bien organisé, avec un système médical de très haut niveau.
Nous étions sur place, il était donc logique de démarrer là-bas.
Mais dans d’autres circonstances, nous aurions pu aussi créer
Vaissié
Vaissié
W
ith an entrepreneurial career in South-East
Asia, the United States, Europe and France,
Arnaud Vaissié brings a wealth of experience in terms of country benchmarking and
entrepreneurship. He shares his views and
Votre entreprise est présente dans 70 pays. Vous considéexperiences within the Institut Montaigne,
rez-vous comme une entreprise française ?
a
think
tank
of
which
he is a steering committee member. In
Oui, l’entreprise est française. Elle est dirigée par trois Français
et son capital est français. Mais elle est aussi multiculturelle : 2004, Arnaud Vaissié set up the French London-based thinkles cadres dirigeants sont Français, Asiatiques, Anglo-saxons... tank “Le Cercle d’outre-Manche” whose purpose is to look at
1RWUH ÀOLDOH IUDQoDLVH XQH GHV SOXV LQQRYDQWHV HPSORLH competitive issues among European Union members. He is also
personnes. Hors de France, nous avons plus de 400 collabora- the President of the French Chamber of Commerce in Great
teurs français. Et notre ADN français est aussi inscrit dans notre Britain.
domaine d’excellence, la médecine d’urgence. C’est un secteur We wish to extend our warmest thanks to Mr Vaissié for agreeoù les Français ont toujours été très performants, qu’il s’agisse ing to sponsor this book.
des services de santé des armées inventant la chirurgie maxillo- We asked him to share his thoughts on the French entrepreneurfaciale ou des services d’assistance médicale d’urgence créés en ial diaspora and his role during this period of globalisation.
1944. Les Français et les Allemands ont été parmi les premiers
jHPEDUTXHUGHVPpGHFLQVHWQRQGHVLQÀUPLHUVGDQVOHVFDPL- Arnaud Vaissié, you started your entrepreneurial career in
ons. Puis il y a eu des sociétés d’assistance créées par des mé- South-East Asia. Why Singapore rather than France?
GHFLQVHQOLHQDYHFGHVDVVXUHXUV(QÀQODGHUQLqUHJpQpUDWLRQ Friendship is at the start of this long story. My childhood friend,
la nôtre, a perfectionné ce modèle : aujourd’hui International Dr Rey-Herme, spent his active voluntary military service
SOS est un groupe de conseil, d’outsourcing et d’assistance à working as the embassy’s doctor in Jakarta. Following this
posting, he came up with the idea of providing medical serhaute valeur ajoutée.
vices outside of hospitals in South-East Asia. The idea apVous dites souvent que la France a besoin de PME de taille pealed to me and we became partners. At that time I was manmoyenne à haute valeur ajoutée. Et à l’étranger ? Comment DJLQJ WKH $PHULFDQ VXEVLGLDU\ RI D *HUPDQ ÀQDQFLDO JURXS
les entrepreneurs français à l’étranger peuvent-ils contribu- I knew nothing about Asia, but in fact Singapore turned out to
a remarkable hub. In 1985, it was already an organised couner à tirer la croissance française dans la mondialisation ?
-HFURLVTX·LOIDXWDLGHUHQSULRULWpOHVÀOLqUHVG·H[FHOOHQFHROD try with a very high quality healthcare system. Since we were
)UDQFHEpQpÀFLHG·XQVDYRLUIDLUHUHFRQQX2UMHFRQVWDWHTXH in Singapore it seemed a logical step to set up there, however
les entreprises françaises de taille intermédiaire ou à haute valeur in other circumstances we could have created this company
ajoutée nées à l’étranger sont encore rares. Certes, il est plus dif- in France.
cette entreprise en France. Notre moteur pour entreprendre,
c’était et c’est toujours, l’amitié : aujourd’hui, nous sommes toujours ensemble pour codiriger le groupe.
7
ÀFLOHGHFUpHUXQHHQWUHSULVHGDQVXQHQYLURQQHPHQWTXLQ·HVW
pas le sien. Même ensuite, pour grandir, il faut à la fois des compétences et de l’argent.
&·HVW SOXV GLIÀFLOH j REWHQLU j O·pWUDQJHU TXDQG RQ QH EpQpÀcie ni d’aide publique, ni de réseau de soutien. Les Français
qui décident d’entreprendre à l’étranger doivent s’intégrer à
la communauté d’affaires française locale s’ils veulent réussir. Mais inversement et pour en revenir à un exemple que je
connais bien, l’environnement économique est beaucoup
plus favorable aux entreprises à Singapour qu’en France.
Et il y a davantage de croissance.
affreux libéraux”. “On ne paie pas les gens en Asie”. “L’Europe
du Sud est en faillite”. Il faut aller au-delà.
Est-ce pour cela que vous vous êtes engagé en faveur de la
création d’entreprise et du benchmarking international ?
C’est un domaine qui me passionne. J’ai rejoint un think tank,
l’institut Montaigne, et j’y ai dirigé un groupe de travail sur la
création d’entreprise. C’est un travail de longue haleine, mais
je crois sincèrement qu’il faut parler de l’étranger aux Français,
combattre le parisianisme, faire de la répétition. La crise actuelle permet de faire passer certains messages sur l’importance de
changer nos comportements : apprendre l’anglais pour exporter
Quand vous parlez de soutien à la diaspora entrepre- GDYDQWDJHHWHVVD\HUGHOXWWHUFRQWUHOHGpÀFLWUHFRUGGHQRWUH
neuriale française, à quoi pensez-vous ?
commerce extérieur, par exemple.
Je suis convaincu qu’il n’est absolument pas dans la mis- Plus généralement, à mon sens, le problème français réside
sion de l’Etat d’aider des Français, qui ne paient pas moins dans la faiblesse des aides publiques que dans le manque
d’impôts en France, à créer leurs entreprises à l’étranger. En GHÀQDQFHPHQWGHV30(RXODIDLEOHVROLGDULWpGHVJUDQGHVHQrevanche, une fois que ces sociétés existent, l’Etat a tout treprises françaises à l’égard des PME. Et puis je crois aussi à
LQWpUrWjOHVLQWpJUHUGDQVO·pFRV\VWqPHIUDQoDLVDÀQG·LQFLWHUSDU la force des exemples motivants. C’est pourquoi je soutiens ce
H[HPSOH OHV FKHIV G·HQWUHSULVH j FUpHU GHV ÀOLDOHV HQ )UDQFH livre, qui présente l’histoire d’entrepreneurs français à l’étranger
D’ailleurs, lorsqu’ils sont à l’étranger, les Français aiment en sous un angle amusant, intéressant, charnel, émouvant... Cela
général travailler avec d’autres Français. Ils restent liés à leur correspond bien à mon itinéraire professionnel d’ailleurs : partir
patrie, à leur langue, à leur culture. C’est pour cette raison que d’Asie pour revenir vers la France, c’est faire un tour du monde
la diaspora entrepreneuriale peut être un fantastique relais à l’envers, c’est voir les choses à rebours. Et cela m’intéresse touG·LQÁXHQFHSRXU OD )UDQFH 0rPH VL OHV HQWUHSULVHV FUppHV SDU jours énormément de comprendre les expériences des autres, de
les Français de l’étranger n’ont pas de maison mère en France, je pouvoir susciter des émules aussi.
pense qu’il faut qu’elles aient accès aux VIE (Volontariat international en entreprise, ndlr)..
On accuse souvent les Français qui partent s’implanter à
O·pWUDQJHU G·rWUH GHV H[LOpV ÀVFDX[ GHV H[SORLWHXUV GH OD
Trouvez-vous que la voix des entrepreneurs français à main-d’œuvre locale. Qu’en pensez-vous ?
O·pWUDQJHUDOLPHQWHVXIÀVDPPHQWOHGpEDWQDWLRQDO"
Les entrepreneurs français, qu’ils vivent en France ou à l’étranger,
Le problème français vis-à-vis de l’internationalisation est ont besoin d’un cadre réglementaire solide pour être rassurés.
double. D’abord, les Français parlent notoirement mal Mais à l’étranger, s’ils se retrouvent perdus dans un univers totalel’anglais, même si ce fait est totalement sous-estimé en France. ment nouveau, sans points de repère et sans sécurité, ils savent
Juste un exemple : je reviens de Bali. A l’hôtel Nikko, tous développer un sens de l’aventure, un goût pour l’innovation, et
les employés parlaient un anglais impeccable, ce qui était se révèlent être de très bons apporteurs d’affaires ou têtes de
loin d’être le cas il y a dix ans. Aujourd’hui, certains por- UpVHDX(QFHTXLFRQFHUQHODÀVFDOLWpMHVDLVSRXUrWUHUHYHQX
teurs balinais parlent un meilleur anglais que de nombreux en France, qu’on y paie en effet beaucoup d’impôts.
cadres de grands groupes français ! Ensuite, en France, il Mais à mon sens, la vraie question est plutôt d’intégrer les
y a un refus intellectuel de la comparaison internationale. Français expatriés dans le circuit économique pour qu’ils difDès qu’on parle de comparaison étrangère, les gens se fusent mieux leurs trésors d’information, et qu’ils donnent envie
bloquent sur des stéréotypes : “Les Anglo-saxons sont des d’entreprendre en France également.
8
The force that drove us to undertake this project was, and still is,
our friendship; we still run the company together today.
Your company is present in 70 countries. Do you consider
it to be French?
Yes, the company is French. It is run by three French people
and the capital is French. But it is also multicultural – the executives have French, Asian or Anglo-Saxon backgrounds… Our
subsidiary in France, one of the most innovative, employs 200
people. Outside of France, we employ more than 400 French
people. Our French DNA is also manifested in our strongest
area, emergency medical assistance.
The French have always excelled in this sector, whether we’re
talking about the military medical services inventing maxillofacial surgery or the country’s emergency medical assistance service, set up when the country was liberated in 1944.. The French
DQG WKH *HUPDQV ZHUH DPRQJ WKH ÀUVW WR SXW GRFWRUV UDWKHU
than nurses, in ambulances.
Next there came medical assistance companies set up by docWRUVZRUNLQJFORVHO\ZLWKLQVXUHUV7KHÀQDOJHQHUDWLRQ²RXUV
– has perfected this model; today International SOS is a group
that provides high added-value consulting, outsourcing and assistance services.
You often say that France needs high added-value midsized SMEs. Is the same true overseas? How can French
entrepreneurs abroad contribute to spurring the growth of
France’s share in globalisation?
I believe that priority should be given to helping those sectors
where France excels and has recognised know-how and yet I
QRWLFHWKDWPLGVL]HGRUKLJKDGGHGYDOXH)UHQFKÀUPVFUHDWHG
overseas are still fairly rare. Admittedly, it’s harder to set up a
company in an environment that is not your own. Even afterwards, in order to grow, you need both expertise and money.
These are harder to access overseas when you have neither public aid nor a support network in place.
French entrepreneurs who decide to set up a business overseas
need to tap into the French business community if they wish to
succeed. Having said that, and to come back to an example that
I know well, the economic environment in Singapore is more
favourable towards companies than in France and there is also
greater growth.
La diaspora
entrepreneuriale
peut être
un fantastique relais
]bgÜn^g\^
ihnkeZ?kZg\^'
Ma^?k^g\a
entrepreneurial
diaspora is potentially
Z_ZgmZlmb\g^mphkd
h_bgÜn^g\^
_hkbmlahf^\hngmkr'
”
9
Un certain nombre d’entrepreneurs français de l’étranger
sont binationaux ou ont fondé des familles biculturelles, ce
qui peut leur permettre de mieux comprendre un système
différent du nôtre. Comment peuvent-ils enrichir notre
vision économique ?
Notre diaspora entrepreneuriale est terriblement mal utilisée :
en général, il s’agit de PME, qui sont les mal-aimées de notre
économie française. Les pouvoirs publics, surtout, n’y comprennent rien. Récemment un homme d’affaires de haut niveau, conseiller politique m’expliquait que les PME ne faisaient pas partie
de la culture française ! Quant à ceux qui sont arrivés dans les 50
premières positions d’un grand groupe, ils n’ont souvent pas la
moindre idée de la façon dont fonctionne une PME. Il est donc
urgent de promouvoir une meilleure image des PME auprès des
grandes écoles. HEC, l’ESSEC, Sciences Po ou Polytechnique
devraient encourager leurs étudiants à créer des entreprises tout
de suite. Contrairement aux idées reçues, il est beaucoup plus
facile de créer une entreprise à 22 ans qu’à 30 ou 40 ans. La
France est le pays où la moyenne d’âge des entrepreneurs est la
plus élevée, en moyenne 6 ans de plus que nos voisins. Or cinq
des plus grandes compagnies du monde – Apple, Microsoft, Facebook, Virgin, Google – ont été créées par des jeunes gens qui
DYDLHQWDORUVHQWUHHWDQV&HODIDLWUpÁpFKLU$XMRXUG·KXLLO
n’est pas plus dangereux de créer son entreprise que d’être cadre
dans un grand groupe où, à partir de 50 ans, on ne maîtrise plus
son destin.
Mais la formation entrepreneuriale n’est toujours pas considérée comme la voie royale.
C’est vrai, mais c’est en train de changer. Il y a incontestablement chez les jeunes un énorme désir de création d’entreprise.
Malheureusement, ils ne parviennent pas à trouver en France
VXIÀVDPPHQW G·DUJHQW SRXU GpPDUUHU FH TXL PXOWLSOLH OHV ULVques d’échec.
Selon vous, quelles sont les qualités qu’il faut avoir pour
créer son entreprise ?
La passion et l’innovation. La passion, parce qu’on travaille
beaucoup plus que quand on est employé, et cela n’est supportable que si l’on est passionné. L’innovation, parce que si
on n’apporte pas quelque chose de plus, il n’y a aucune raison
de réussir, d’autant qu’on est plus faible que ceux qui sont déjà
10
sur le marché. Et quand on crée son entreprise à l’étranger, il
IDXW HQFRUH SOXV GH SDVVLRQ SXLVTX·RQ QH GLVSRVH G·DXFXQ ÀOHW(Q)UDQFHSDUDGR[DOHPHQWLO\DWURSGHÀOHWVGHVpFXULWp
On a fonctionnarisé la création d’entreprise, en quelque sorte
puisque la création d’entreprises (et notamment les entreprises
innovantes) dépend trop souvent de la subvention publique.
De façon plus personnelle, quelles qualités vous ont-elles
permis de réussir en tant qu’entrepreneur ?
Je sais bien choisir les gens. J’ai créé International SOS avec
Pascal Rey-Herme non seulement parce que c’était un ami
d’enfance, mais aussi parce que c’est quelqu’un d’exceptionnel.
Avec lui, je croyais au projet. J’ai souvent vu des idées tourner
court parce que les gens avaient des comportements illogiques
ou bien manquaient de jugement. Je suis aussi quelqu’un de passionné et de dynamique, et c’est contagieux : autour de moi, tout
le monde travaille beaucoup trop, mais dans une atmosphère
de création permanente. Aujourd’hui, International SOS est
connue à travers l’évacuation médicale et les cliniques en Asie,
mais cela ne représente que 25% de notre volume d’affaires.
Une grande partie de notre chiffre d’affaires est fondée sur la
technologie. Par exemple, nous traçons sur internet tous les
cadres en déplacement des grands groupes mondiaux (100 000
voyages par jour). Nous prenons en charge la gestion de la santé
du personnel de 350 000 ayant-droits de l’armée américaine hors
des Etats-Unis, depuis la crise d’évacuation jusqu’à l’achat d’une
paire de lunettes. Or la moitié de nos services n’existait pas il y
a cinq ans. C’est énormément de travail, mais je n’oublie jamais
l’extraordinaire fragilité d’une entreprise. C’est pour cette raison
que j’ai horreur des termes “succès” ou “réussite”, qui renvoient
à des choses totalement transitoires. Il faut garder à l’esprit que
tout peut disparaître très rapidement O
You say there should be support for the French entrepreneurial diaspora, what form should it take?
,EHOLHYHZLWKRXWDGRXEWWKDWLW·VPRVWGHÀQLWHO\QRWWKHUROH
of the state to help French business people who do not pay
taxes in France set up their companies overseas. On the other
hand, once these companies are established, the state has every
interest in bringing them into the French business ecosystem, in
order, for example, to encourage the CEOs to set up subsidiaries in France. Besides, when the French are overseas they generally like to work with other French people. They remain tied
to their patria, their language, their culture; it is for this reason
that the French entrepreneurial diaspora is potentially a fantastic
QHWZRUNRI LQÁXHQFHIRULWVKRPHFRXQWU\(YHQLI WKHFRPSDnies set up by overseas French don’t have a parent company in
France, I believe they should have access to VIE (Volontariat
International en Entreprises).
Do you think that the opinions of French entrepreneurs
RYHUVHDV DUH VXIÀFLHQWO\ UHSUHVHQWHG LQ WKH QDWLRQDO GHbate?
On the issue of internationalisation, France’s problem is twofold. Firstly, the French are notoriously bad at English, even if
this fact is completely underestimated in France. Let me give you
an example. I’ve just returned from a stay at the Hotel Nikko in
Bali. All the staff spoke impeccable English, which was far from
the case ten years ago. I’d say that some of the Balinese porters
speak better English than many of the executives at big French
corporations! Secondly, the French balk at the very idea of international comparison. As soon as it’s mentioned, they trot out
the usual clichés: “The Anglo-Saxons are state-hating free marketeers.” “Workers in Asia are underpaid.” “Southern Europe is
bankrupt”. We need to look beyond these things.
Is this why you have shown yourself to be in favour of company creation and international benchmarking?
I have a fervent interest in this area. I joined a think tank, the
Institut Montaigne, where I led [BR1] a working party focussed
on company creation. It’s a long, drawn-out undertaking but I
sincerely believe we must talk to the French about what’s happening abroad, counterbalance the Paris focus and then repeat,
repeat, repeat. The current economic crisis has provided the opportunity to send out certain messages about the importance of
changing our behaviour, such as studying English to facilitate
H[SRUWV DQG WU\LQJ WR UHYHUVH RXU UHFRUG IRUHLJQ WUDGH GHÀFLW
It seems to me that overall, France’s problem is not so much a
PDWWHURI LQVXIÀFLHQWVWDWHDLGDVDODFNRI IXQGLQJIRU60(V
RULQVXIÀFLHQWVROLGDULW\RQWKHSDUWRI ODUJH)UHQFKJURXSVWRwards SMEs. I believe there is something to be said for having
inspiring examples and it is for this reason that I am supporting
this book. It traces the stories of French overseas entrepreneurs
in a light-hearted, interesting and moving way. I think my professional journey is a case in point; departing from a base in Asia
to return to France, it’s a round the world tour in reverse or
like watching things unfurl backwards. I’ve always been incredibly interested in the experiences of others, but also in inspiring
people myself.
French entrepreneurs that set up their businesses overseas
are often accused of being tax exiles or of exploiting local
labour. How would you respond to this?
French entrepreneurs, whether in France or overseas, require
a stable regulatory framework to feel reassured. Once abroad
KRZHYHUÀQGLQJWKHPVHOYHVGLVRULHQWHGLQDWRWDOO\QHZZRUOG
without bearings or security, their sense of adventure and a taste
for innovation come to their rescue and they prove to be adept
at getting business or heading up networks. On the question of
tax, and speaking as someone who has returned to France, it’s
true that one does pay higher taxes here. In my view though, the
more pertinent question is how to integrate expatriate French
into the economic fabric so that they can share their know-how
and inspire people to become entrepreneurs in France too.
Some of the overseas French entrepreneurs have dual nationality, are bicultural or are married to a native of their
adopted country, which can help them navigate a foreign
system. How can they contribute to broadening our economic vision?
Our entrepreneurial diaspora is incredibly under utilised; it is
mainly made up of SMEs, the unloved players of the French
economy. The authorities, in particular, don’t understand a thing.
Recently a top French businessman and political advisor was explaining to me that SMEs are not part of French culture! As to
those who hold the top 50 positions in large corporations, they
don’t have the faintest idea how an SME operates. It is therefore
11
imperative that we elevate the image of SMEs, particularly in
the eyes of the top schools. HEC, Sciences Po or Polytechnique
should encourage their students to create businesses on graduating. Contrary to popular opinion, it is much easier to set up a
business aged 22 than it is aged 30 or 40. In terms of the average
age of entrepreneurs, France has the highest, typically six years
KLJKHU WKDQ RXU QHLJKERXUV ,I ZH ORRN DW ÀYH RI WKH ELJJHVW
companies in the world - Apple, Microsoft, Facebook, Virgin
and Google, they were all set up by young people aged between
21 and 23 years old. It makes you think, doesn’t it? Today, it’s
QRPRUHGDQJHURXVWRVHWXS\RXURZQÀUPWKDQLWLVWREHDQ
executive in a big corporation where, at the age of 50, you’re no
longer in charge of your destiny.
And yet entrepreneurial training is still not considered to
be a preferred route.
That’s true, but things are starting to change. There is no denying that young people are hugely keen on setting up their own
FRPSDQLHV8QIRUWXQDWHO\WKH\DUHQRWDEOHWRÀQGHQRXJKLQLWLDOÀQDQFLQJLQ)UDQFHZKLFKLQFUHDVHVWKHULVNRI IDLOXUH
In your opinion, what are the qualities a person needs to
set up a business?
Passion and innovation. Passion, because you have to work much
harder than if you are an employee and it’s only bearable if passion drives you on. Innovation, because if you are not offering
something different, you are not likely to succeed, particularly as
you are weaker than those already in the market. When you create your business overseas you need to be even more passionate
as there is no safety net. Paradoxically, in France, there are too
many safety nets. And there is way too much paperwork. It’s
as if, to a certain extent, businesses are created to work for the
state, since the creation of companies (and this is particularly
true for innovative ones) is too dependent on state grants.
On a more personal note, what are the qualities that have
helped you to succeed as an entrepreneur?
I’m good at choosing people. I created International SOS with
Pascal Rey-Herme not only because he was my childhood friend,
but also because he’s an exceptional person. We both believed in
the venture. I have often seen ideas fail because people behave
illogically or lack judgement. I would also say that I’m passion12
ate and dynamic and these traits are contagious. I’m surrounded
by people who work too much but are in a state of perpetual
creation. Today, International SOS is renowned for its medical
evacuation services and hospitals in Asia, but this represents
only 25% of our business turnover. For example, our largest
operating company is our US subsidiary. A large proportion of
our turnover is generated by technology. For example, we track,
via the Internet, managers from all the big global corporations
working away from their home base (400,000 trips per day). We
are responsible for managing the healthcare of 350,000 US military personnel working outside of the United States, from emergency evacuation down to the purchase of a pair of glasses. Yet
KDOI RXUVHUYLFHVGLGQ·WH[LVWÀYH\HDUVDJR,W·VDKXJHDPRXQW
of work but I never forget the extreme fragility of a company.
That’s why I really hate terms like ‘success’ or ‘achievement’ as
they refer to things that are totally transient. You must always
O
keep in mind that everything can be lost very quickly
13
14
Pascal Rey-Herme
© DR
International SOS
INTERNATIONAL SOS
Singapour, Londres
Assistance santé, sécurité
Fondée en 1985
10 000 employés dans le monde
@]Ydl`K][mjalq
Founded in 1985
Based in Singapour, London
Number of staff: 10,000
Pascal Rey-Herme a cofondé avec son ami d’enfance
Arnaud Vaissié, en 1985, International SOS, une entreprise
devenue en vingt-cinq ans leader mondial dans le domaine
GH O·DVVLVWDQFH VDQWp HW VpFXULWp 3RXUWDQW LO QH VH GpÀQLW
pas d’abord comme un entrepreneur. Plutôt comme un
passionné de rencontres et de médecine hors du système
hospitalier, soucieux d’avoir un impact rapide et décisif sur
les gens, de sauver des vies.
3DVFDO 5H\+HUPH Q·DYDLW SDV SODQLÀp OD IRQGDWLRQ GH
l’entreprise AEA, devenue en 1998 International SOS
avec le rachat d’une société américano-suisse SOS assistance. Après des études de médecine à Paris, il s’est
tout de suite intéressé au fonctionnement du SAMU.
Quand est venu le temps du service militaire en 1981, les
aléas de l’administration française l’ont entrainé à Jakarta
où il est devenu le médecin de l’ambassade de France.
L’ambassadeur, Dimitri de Favitski, et le consul, Jean
Simon, l’ont autorisé à ouvrir une consultation au sein de
l’ambassade et à se rendre régulièrement sur les sites,
souvent éloignés, des entreprises françaises, pour les aider à monter une unité de soin locale ou un plan primaire
sanitaire et d’évacuation. « C’était passionnant et cela
m’a donné envie d’exporter le modèle français du SAMU
en l’adaptant aux réalités asiatiques. »
Rentré en France, Pascal Rey-Herme tente, sans succès, de convaincre des sociétés d’assistance françaises
d’ouvrir une antenne à Singapour en l’employant comme
médecin. Arnaud Vaissié, qui travaille alors aux Etats-Unis,
se rallie au projet et l’aide à présenter un dossier plus convaincant économiquement, en concevant le business
model qui va être la clé de voûte d’International SOS :
offrir aux entreprises, sous forme d’abonnements, la mise en
15
Comment une entreprise peut-elle croitre au point de
devenir un leader mondial ? « C’est en étant très proche de
nos clients que nous y sommes parvenus. J’étais célibataire.
Je voyageais tout le temps, en Indonésie, au Vietnam, en
Chine, en Union soviétique, à Sakhaline. J’accompagnais
mes clients le plus tôt possible dans le développement de
leurs projets. Notre grande force, dans les dix premières
années, a été d’être un fournisseur local. Nos clients
multinationaux avaient des accords avec d’autres sociétés d’assistance par l’intermédiaire de leurs compagnies d’assurance,mais ils acceptaient de payer un abonnement supplémentaire pour avoir un service de qualité
localement. Nous avons commencé en Asie du Sud-est
puis en Asie du Nord, ensuite l’Union soviétique, en commençant par les zones pétrolières à l’Est puis en Afrique par
l’intermédiaire d’une société française qui faisait la même
chose. »
Une entreprise globale
$ OD ÀQ GHV DQQpHV ,QWHUQDWLRQDO 626 IDLW XQ ERQG HQ
avant pour répondre à la demande des sièges sociaux
qui cherchent des prestataires partenaires globaux. En
1998, en acquérant SOS assistance qui s’était développé
place de structures médicales pour leurs employés et leur en Europe et aux Etats-Unis, International SOS est devenu
famille, qu’ils soient étrangers ou nationaux, et un service vraiment une entreprise globale avec deux sièges sociaux,
Singapour et Londres. « Nous avons continué à fournir une
d’évacuation d’urgence.
Pourquoi l’abonnement ? « Cette source de revenu stable offre de proximité, mais nous avons pu offrir aussi des sernous a permis de monter une infrastructure, de garder vices en médecine préventive et en médecine du travail,
des professionnels compétents et ne pas dépendre d’une avec un point de vue international. »
GHPDQGH DOpDWRLUH DX ULVTXH G·rWUH SULV GDQV GHV FRQÁLWV Les équipes d’International SOS s’ étoffent. Le rôle de Pasd’intérêt entre nos fonctions de conseil et de fournisseur de cal Rey-Herme devient plus stratégique, « trouver comment
apporter de la valeur ajoutée aux entreprises, en restant
services. »
extrêmement concentré sur la recherche des bonnes
personnes et sur leur carrière ».
Excellent niveau médical à Singapour
Pourquoi l’Asie du Sud-est ? « L’environnement était Une des hantises de Pascal Rey-Herme, ce sont les acciextrêmement porteur dans les années 80. Et il semblait dents de qualité. « J’ai voulu construire des systèmes de
judicieux de jouer sur la complémentarité entre Singa- FRQWU{OHGHTXDOLWpULJRXUHX[YpULÀHUTXHO·LQIRUPDWLRQFLUpour, déjà doté d’un excellent niveau médical et les pays culait bien dans le réseau mondial, éviter aussi la bureauémergents des alentours, encore sous-développés médi- FUDWLVDWLRQ WRXW HQ SUpVHUYDQW OD FRQÀGHQWLDOLWp GHV GRQnées. Dans la compagnie, tout le monde est professionnel.
calement. »
Pendant les deux premières années, Pascal Rey-Herme met Pas seulement les médecins. Nous avons créé des ponts
en place des infrastructures et sert quelques clients. Puis la entre les différents groupes, mais ultimement quelqu’un
société se développe en sortant d’Indonésie pour aller vers est responsable. Les directeurs médicaux sont obligés de
OH-DSRQSD\VULFKHG·$VLH©8QSDULGLIÀFLOHHWSHXSURÀ travailler avec d’autres qui ont un droit de regard sur leur
table au départ, qui nous a forcés à adopter des procé- travail et inversement. Ce système matriciel, compliqué
dures très précises. Par contre, travailler dans des pays à gérer car il s’applique à un grand nombre de cultures
pPHUJHQWVQRXVDDSSRUWpODFUpDWLYLWpSHUPLVG·LGHQWLÀHU différentes, nous permet de grandir en gardant une vision
globale et locale. »
des talents et de montrer notre différence. »
Des équipes très réactives pour faire face à des situations imprévues.
Very reactive people able to deal with unforeseen situations.
16
Une des exigences essentielles de Pascal Rey-Herme : ne
tolérer ni l’erreur, ni le near miss, ni surtout leur dissimulaWLRQ©3OXVOHSUREOqPHHVWLGHQWLÀpjWHPSVPRLQVOHVFRQséquences sont graves. Dans notre domaine, il faut des
gens très réactifs qui travaillent bien ensemble pour faire
face à des situations imprévues et trouver de ressources.
Des gens moins sûrs auront tendance à se couvrir et on
court à la catastrophe. »
Ce qui motive Pascal Rey-Herme, c’est la dimension
humaine de son travail. « Quand un enfant malade se
trouve dans un coin retiré, si nous arrivons à le placer à
temps dans un hôpital de qualité qui fournit les soins dont
il a besoin, nous avons fait notre travail. Notre “boulot”,
c’est autant de faire un bon diagnostic médical que de
se débrouiller pour que l’avion puisse se poser alors que
l’aéroport est fermé, obtenir de l’employé de l’immigration
qu’il mette un tampon sur quelque chose qui n’est pas
vraiment un passeport. C’est là qu’interviennent les employés originaires du pays. Ce n’est pas moi en tant que
médecin français qui va convaincre les autorités en Chine
de mettre un tampon sur un passeport qui n’existe pas.
Quand il y a eu l’attentat de Bali en 2002, il a fallu très
rapidement envoyer un premier avion, puis un gros avion
Hercule basé à Singapour. Il a fallu avoir l’accord de la
compagnie pétrolière propriétaire parce que l’avion était
destiné à traiter des marées noires. Les patients gravement
brûlés avaient été répartis dans les petites cliniques de
Bali. Nous n’avions qu¹une ambulance et il aurait fallu des
heures pour convoyer tous les blessés. Nous avons réussi,
avec notre équipe de médecins balinais, à réquisitionner
les bus de l¹aéroport que nous avons médicalisés. Ceci a
permis aux blessés d¹ être pris en charge dans les centres
de grands brûlés de Singapour en quelques heures. Un médecin étranger hurlant à l’aéroport de Bali, alors que tout le
monde hurlait autour de lui, n’aurait rien obtenu. »
Pour Pascal Rey-Herme, encore une fois, la clé, c’est
l’homme. « Recruter des gens de qualité, leur déléguer de
l’autorité. Il faut aussi pouvoir se séparer des gens négatifs
qui voient des problèmes partout. Dans la compagnie, je
n’ai pas besoin de gens qui font des diagnostics — j’ai de
bons consultants pour cela. Je suis plus intéressé par ceux
qui m’apportent des solutions. » O
Notre équipe
]^f®]^\bgl[ZebgZbl
Zk®jnblbmbhgg®e^l[nl
de l¹aéroport que nous
Zohglf®]b\Zebl®l'
E^l[e^ll®lhgmin°mk^
ikbl^g\aZk`^]Zgl
e^l\^gmk^l]^`kZg]l
[k¾e®l]^Lbg`Zihnk
^gjn^ejn^la^nk^l'
MaZgdlmhhnkm^Zf
h_;Zebg^l^]h\mhkl
p^p^k^Z[e^
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p^mnkg^]bgmh
fh[be^f^]b\Zengbml%
Zeehpbg`nlmhmkZglihkm
the injured to the serious
[nkglngbmlbgLbg`Zihk^
pbmabg_^pahnkl'
17
P
ascal Rey-Herme and his childhood friend Arnaud Vaissié co-founded International SOS in
D ÀUP WKDW RYHU WKH QH[W \HDUV ZRXOG
EHFRPH RQH RI WKH ZRUOG·V OHDGLQJ PHGLFDO
assistance services providers. Yet Ray-Herme
describes himself as being less an entrepreneur
WKDQVRPHRQHZLWKDSDVVLRQIRUPHHWLQJSHRSOHZKRZDV
fascinated by medical services outside the hospital system.
+LVDLPZDVWRKDYHDUDSLGDQGGHFLVLYHLPSDFWRQSHRple’s lives.
5H\+HUPH KDGQ·W SODQQHG WR IRXQG $($ ZKLFK LQ EHFDPH,QWHUQDWLRQDO626IROORZLQJWKHWDNHRYHURID86
6ZLVV RXWÀW FDOOHG 626 $VVLVWDQFH $IWHU FRPSOHWLQJ PHGLcal studies in Paris, he immediately became interested
LQ KRZ WKH )UHQFK DPEXODQFH DQG HPHUJHQF\ VHUYLFH
6$08 ZRUNHG :KHQ PLOLWDU\ VHUYLFH FDOOHG LQ WKH
YDJDULHVRI)UHQFKEXUHDXFUDF\VDZKLPGLVSDWFKHGWR-DNDUWDZKHUHKHEHFDPHGRFWRUWRWKH(PEDVV\RI)UDQFH
The ambassador Dimitri de Favitski and the consul Jean SiPRQ DXWKRULVHG KLP WR RSHQ XS D VXUJHU\ ZLWKLQ WKH HPbassy and to travel regularly to the often remote locations
of French companies to help them set up a local mediFDOXQLWRUDSULPDU\KHDOWKDQGHYDFXDWLRQSODQ´,WZDV
IDVFLQDWLQJDQGPDGHPHZDQWWRH[SRUWWKH)UHQFK6$08
PRGHOZKLOHDGDSWLQJLWWR$VLDQUHDOLWLHVµKHVD\V
Upon his return to France, Rey-Herme attempted, unsuccessfully, to convince French medical assistance compaQLHV WR RSHQ XS D VDWHOOLWH RIÀFH LQ 6LQJDSRUH HPSOR\LQJ
KLP DV D GRFWRU 9DLVVLp ZKR ZDV WKHQ ZRUNLQJ LQ WKH 86
joined the project and helped Rey-Herme to present a
PRUH FRQYLQFLQJ HFRQRPLF FDVH ZKLOH DOVR GUHDPLQJ XS
WKH EXVLQHVV PRGHO WKDW ZRXOG EHFRPH WKH FRUQHUVWRQH
of International SOS – a membership model providing busiQHVVHVZLWKPHGLFDOVHUYLFHVIRUWKHLUHPSOR\HHVDQGWKHLU
IDPLOLHV ZKHWKHU IRUHLJQHUV DQG QDWLRQDOV DQG DQ HPHUgency evacuation service.
:K\ GLG KH RSW IRU D PHPEHUVKLS VWUXFWXUH" ´7KLV VWDEOH
revenue stream enabled us to put in place an infrastructure, to retain skilled professional staff and to avoid being
dependant on uncertain demand or being caught up in
FRQÁLFWVRILQWHUHVWEHWZHHQRXUDGYLVRU\DQGVHUYLFHSURvider functions,” he says.
:K\ 6RXWKHDVW $VLD" ´,W ZDV D YHU\ IDVWJURZLQJ HQYLURQPHQWLQWKHV6LQJDSRUHZDVDOUHDG\HTXLSSHGWRDQ
excellent medical standard and it seemed like a good idea
WRH[SORLWWKLVFRQWUDVWEHWZHHQLWDQGWKHHPHUJLQJFRXQWULHVDURXQGLWZKLFKZHUHVWLOOPHGLFDOO\XQGHUGHYHORSHGµ
he says.
18
'XULQJ WKH ÀUVW WZR \HDUV 3DVFDO 5H\+HUPH VHW XS VWUXFtures and provided services to a number of clients. The
company then took the big step by leaving Indonesia for
-DSDQ D ZHDOWK\ $VLDQ FRXQWU\ ´,W ZDV D ELJ EHW DQG
KDUGO\ SURÀWDEOH DW DOO DW WKH EHJLQQLQJ VRPHWKLQJ WKDW
IRUFHGXVWRDGRSWYHU\ZHOOGHÀQHGSURFHGXUHV+RZHYHU
KDYLQJZRUNHGLQHPHUJLQJFRXQWULHVKDGJLYHQXVFUHDWLYLW\DOORZHGXVWRVSRWWDOHQWDQGHQDEOHGXVWRGLIIHUHQWLDWH
ourselves,” he says.
A truly global enterprise
+RZGRHVDFRPSDQ\EHFRPHDZRUOGOHDGHU"´:HGLGLW
E\VWD\LQJYHU\FORVHWRRXUFOLHQWV,ZDVVLQJOHDQGWUDYHOling all the time, all around Indonesia, Vietnam, China, the
Soviet Union and Sakhalin. I got involved as early as possible in the development of my clients’ projects. Our great
VWUHQJWK LQ WKH ÀUVW \HDUV ZDV RXU VWDWXV DV D ORFDO VXSSOLHU2XUPXOWLQDWLRQDOFOLHQWVDOUHDG\KDGDJUHHPHQWVZLWK
RWKHU PHGLFDO DVVLVWDQFH FRPSDQLHV ZLWK WKHLU LQVXUDQFH
companies acting as intermediaries, but they still agreed to
pay for an extra membership so they could access quality
VHUYLFHORFDOO\:HVWDUWHGRIILQ6RXWKHDVW$VLDDQGPRYHG
LQWR 1RUWK $VLD DQG WKHQ WKH 6RYLHW 8QLRQ EHJLQQLQJ ZLWK
ZLWKWKHRLOULFK]RQHVLQWKH(DVWDQGWKHQLQWR$IULFDYLDD
)UHQFKFRPSDQ\LQWKHVDPHÀHOGDVXVµKHVD\V
At the end of the 1990s, International SOS took another big
VWULGH E\ WDUJHWLQJ GHPDQG IURP FRUSRUDWH KHDG RIÀFHV
seeking global service partners. The 1998 acquisition of SOS
$VVLVWDQFHZKLFKKDGHVWDEOLVKHGLWVHOILQ(XURSHDQGWKH
86VDZ,QWHUQDWLRQDO626EHFRPHDWUXO\JOREDOHQWHUSULVH
ZLWKWZLQKHDGTXDUWHUVLQ6LQJDSRUHDQG/RQGRQ´:HFRQWLQXHGWRRIIHUORFDOVHUYLFHVEXWZHUHDOVRDEOHWRRIIHUSUHYHQWLYHPHGLFDOVHUYLFHVDQGRFFXSDWLRQDOPHGLFLQHZLWK
an international perspective,” he says.
International SOS added more staff and Rey-Herme’s role
EHFDPHPRUHVWUDWHJLF´,WZDVDERXWÀQGLQJRXWKRZDGG
YDOXH WR EXVLQHVVHV ZKLOH DOVR VWD\LQJ IRFXVHG RQ VHHNLQJ
out great people and their careers,” he says.
4XDOLW\ZDVDQREVHVVLRQIRU5H\+HUPH´,ZDQWHGWRFRQVWUXFWVWULFWTXDOLW\FRQWUROV\VWHPVWRYHULI\ZKHWKHULQIRUPDWLRQ ZDV FLUFXODWLQJ ZHOO ZLWKLQ WKH JOREDO QHWZRUN DQG WR
UHGXFHEXUHDXFUDF\ZKLOHSUHVHUYLQJGDWDFRQÀGHQWLDOLW\
In the company everyone is professional, not just the docWRUV :H KDYH EXLOW EULGJHV EHWZHHQ WKH GLIIHUHQW JURXSV
but somebody has ultimate responsibility. Medical direcWRUVDUHREOLJHGWRZRUNZLWKRWKHUVZKRKDYHWKHULJKWWR
RYHUVHHWKHLUZRUNDQGYLFHYHUVD7KLVPDWUL[PDQDJHPHQW
system, although complex to manage as it applies to a lot
RIGLIIHUHQWFXOWXUHVDOORZVXVWRJURZZKLOHNHHSLQJERWK
a global and a local vision,” he says. The bottom line for
Rey-Herme is zero tolerance for errors, near misses or their
FRQFHDOPHQW´7KHHDUOLHUDSUREOHPLVLGHQWLÀHGWKHOHVV
VHYHUHWKHFRQVHTXHQFHVZLOOEH,QRXUÀHOGZHQHHGYHU\
UHDFWLYH SHRSOH ZKR ZRUN ZHOO WRJHWKHU LQ RUGHU WR GHDO
ZLWK XQIRUHVHHQ VLWXDWLRQV DQG ÀQG VROXWLRQV 3HRSOH ZKR
DUHOHVVVHOIFRQÀGHQWWHQGWRWU\WRFRYHUWKLQJVXSZKLFK
is a recipe for disaster,” he says.
The human dimension
Rey-Herme is motivated by the human dimension to his
ZRUN´:KHQDFKLOGLQDUHPRWHDUHDLVVLFNRXUMRELVWRJHW
there in time and take him or her to a quality hospital providing the care that he needs. Our task is as much about
PDNLQJ D JRRG PHGLFDO GLDJQRVLV DV LW LV DERXW ÀQGLQJ D
ZD\WRHQVXUHWKDWWKHSODQHFDQODQGZKHQWKHDLUSRUWLV
closed and getting immigration staff to stamp something
WKDWLVQRWUHDOO\DSDVVSRUW7KLVLVZKHUHWKHORFDOVWDIISOD\
DFUXFLDOUROH$VD)UHQFKGRFWRULWLVQRWPHZKRLVJRLQJ
to convince the Chinese authorities to stamp a non-existent
passport,” he says.
´$WWKHWLPHRIWKHWHUURULVWDWWDFNLQ%DOLLQZHKDGWR
VHQGDÀUVWSODQHDVTXLFNO\DVSRVVLEOHIROORZHGE\DODUJH
+HUFXOHV SODQH EDVHG LQ 6LQJDSRUH :H QHHGHG DJUHHPHQWIURPWKHRLOFRPSDQ\WKDWRZQHGWKHSODQHEHFDXVH
LW ZDV DFWXDOO\ VXSSRVHG WR EH GHDOLQJ ZLWK RLO VOLFNV 6HYHUHO\ EXUQHG SDWLHQWV ZHUH GLVWULEXWHG DPRQJ WKH VPDOO
FOLQLFVLQ%DOL:LWKRQO\RQHDPEXODQFHLWZRXOGKDYHWDNHQ
KRXUVWRWUDQVSRUWDOOWKHZRXQGHG%XWWKDQNVWRRXUWHDP
RI%DOLQHVHGRFWRUVZHZHUHDEOHWRFRPPDQGHHUWKHDLUSRUWEXVHVZKLFKZHWXUQHGLQWRPRELOHPHGLFDOXQLWVDOORZLQJXVWRWUDQVSRUWWKHLQMXUHGWRWKHVHULRXVEXUQVXQLWVLQ
6LQJDSRUHZLWKLQIHZKRXUV$IRUHLJQGRFWRUVLPSO\\HOOLQJ
DW %DOL DLUSRUW ZLWK HYHU\RQH HOVH DURXQG KLP DOVR \HOOLQJ
ZRXOGQRWKDYHEHHQDEOHWRJHWDQ\WKLQJGRQHµ
For Rey-Herme, good people are the key to success. “It’s Se débrouiller pour que l’avion puisse se poser dans toute condition.
Ensure that planes can land anywhere.
about recruiting quality people and giving them authority.
<RXDOVRKDYHWRDYRLGQHJDWLYHSHRSOHZKRVHHSUREOHPV
HYHU\ZKHUH ,Q WKH FRPSDQ\ , GRQ·W QHHG SHRSOH ZKR
can make a diagnosis – I have great consultants for that – I
O
QHHGSHRSOHZKRFDQÀQGPHVROXWLRQVµKHVD\V
19
Eric Merlin
© Nicolas Cornet
Apple Tree
APPLE TREE
Vietnam
Holding (tourisme,
`¸l]dd]ja]$aehgjlYlagf]l\akljaZmlagf
agro-alimentaire…)
Créé en 1993 (Exotissimo)
:Yk­]§@g;`aEaf`nadd]
mfeadda]j\]ehdgq­k&
Lgmjake$`gl]daf\mkljq$aehgjlYf\
export of food…
Founded in 1993 (Exotissimo)
:Yk]\[email protected];`aEaf`;alq$Na]lfYe
Number of staff: 1,000
20
Eric Merlin a toujours voulu monter son entreprise. « Gamin,
je n’étais pas docile. Je ne me voyais pas travailler pour
XQDXWUH0RQJUDQGSqUHSDWHUQHOÀOVGHSD\VDQSDXYUH
boursier, major de Centrale, avait monté en 1915 une entreprise de distribution d’eau. Mon grand-père maternel était
un député pro-européen visionnaire. Ils m’ont donné envie
d’intervenir sur le monde, de ne pas être un rouage. »
Après des études de commerce, Eric Merlin part faire le tour
du monde. Il débarque par hasard au Vietnam en 1990. « Le
pays n’était pas sur la carte du monde, même pas sur celle
des routards. » Il est séduit : « J’aimais ce côté time capsule,
gelé dans le passé. On buvait des cafés glacés avec des
SHWLWHVMHXQHVÀOOHVHQUREHVjYRODQWTXLGDQVDLHQWOHFKD
cha cha. J’ai aussi vu un pays d’opportunités : 75 millions
de gens avec une histoire, une énergie, une ambition, une
intelligence étonnantes. »
A son retour, il étudie des projets au Vietnam avec Denis
Colonna et M. Thuy, universitaire vietnamien. Après avoir
caressé l’idée de reprendre des barges à riz pour faire du
WRXULVPH ÁXYLDO OHV WURLV DVVRFLpV SUpIqUHQW IRQGHU ([RWLVsimo, une entreprise prestataire de service touristique. En
janvier 1993, au bout d’un an de négociation, ils obtiennent une licence, la première accordée à une société
privée étrangère dans ce domaine au Vietnam. Coup
GHFKDQFHGqVVHSWHPEUHODVRUWLHGHGHX[ÀOPVIndochine et L’Amant, provoque un raz-de-marée. Le Vietnam
devient à la mode dans tous les domaines. « Nous étions la
VHXOHHQWUHSULVHIUDQoDLVHDYHFXQHOLFHQFHRIÀFLHOOHHWXQ
bureau à Paris. Tous les grands tours opérateurs voulaient
du Vietnam. »
Dix-huit ans plus tard, Exotissimo emploie 500 personnes
dans la zone (Vietnam, Cambodge, Indonésie, Japon,
Laos et Birmanie) avec un chiffre d’affaires de 70 millions
de dollars. L’entreprise vise le tourisme haut de gamme :
voyageurs individuels à la carte, trekking en vélo, voyages d’entreprises… Pour maîtriser sa croissance, Eric Merlin
choisit le modèle entrepreneurial plutôt que le modèle
grand groupe plus standardisé. « Nous avons choisi
d’impliquer les dirigeants de chaque pays, qui sont les actionnaires minoritaires de leur société locale. Exotissimo est
ainsi devenu un groupement d’associés dont trois sont des
fondateurs (Olivier Colomes, mon frère Jean-Marc et moimême). »
3RXU (ULF 0HUOLQ XQ GHV FOpV GH O·HIÀFDFLWp ³ HW GX ERQheur — de l’entrepreneur, c’est de se concentrer sur ce
qu’on fait bien. « Je suis un peu visionnaire. Je sens les opportunités avant les autres et j’ai l’énergie d’allumer la
mèche, de mobiliser une équipe autour d’un rêve. »
C’est ce dont témoigne l’histoire qui a conduit à la résurrection d’une ligne de bateaux à aube sur la baie d’Along.
« Tout est parti d’une carte postale chinée aux Puces,
représentant des bateaux de tourisme en 1910. Fasciné,
j’ai déchiffré à la loupe le nom du bateau : Emeraude.
J’ai eu envie de plonger à sa recherche. Un fantasme à
la Indiana Jones… Mais j’ai vite compris qu’il avait disparu.
Cependant, grâce au centre des archives d’Outremer situé à Aix-en-Provence, j’ai retrouvé la trace de la société
propriétaire, la SACRIC, fondée par la famille Roque. J’ai
écrit aux 1 250 Roque de France et je les ai retrouvés. Leur
appartement était un véritable musée de leur compagnie,
retraçant leurs aventures au Vietnam à partir de 1858. C’est
cette soif d’aventure qui me semble relier tous les entrepreneurs, au-delà du temps ».
Finalement Eric Merlin, parvient à reconstruire ces bateaux
à l’identique et un livre est en préparation. Et, toujours
guidé par cet esprit d’aventure, il multiplie les entreprises,
rénove le Press club d’ Hanoi, en association des journalistes du Vietnam, un très bel hôtel à Hue, en collaboration
avec les autorités locales. Sa femme, vietnamienne, lance
à Ho Chi Minh ville une boutique « gourmet » de produits
alimentaires importés et, progressivement, Annam Food se
transforme en une société d’importation et de distribution,
qui emploie aujourd’hui 551 personnes au Vietnam, 67 au
Cambodge et 30 au Laos.
Pour mettre en valeur ce « collier de perles », avec son
frère Jean-Marc, ex-banquier d’affaires, il fonde Apple Tree
(comme Pommiers, nom du village dans le beaujolais dont
son grand-père fut le maire). « La holding apporte les cliHQWVHWOHVV\VWqPHVJqUHHQFRPPXQOHVÀQDQFHVOqYHGHV
fonds. Prudentials a investi pendant quelques années 20
C^li¯k^°mk^ngi^n
oblbhggZbk^'C^l^gl
les opportunités
^mcZbe®g^k`b^
]Zeenf^keZf¯\a^%
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Znmhnk]ngk°o^'
BZflhf^mabg`h_Z
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opportunity and I have
ma^^g^k`rmheb`am
ma^_nl^Zg]Zll^f[e^
Zm^ZfZkhng]Z]k^Zf'
”
21
PLOOLRQVGHGROODUVSRXUÀQDQFHUQRWUHFURLVVDQFH'HQRWUH
côté nous avons joué les business angels pour Archétype,
lancé au Vietnam par un ami. »
Le Vietnam ? Eric Merlin trouve impressionnantes l’énergie
entrepreneuriale, la volonté de grandir et la vision
régionale de ses habitants. « Ils n’ont peur de rien. Ils veulent faire de Saigon un hub régional ». Ce qui le rend plus
pessimiste, c’est la gourmandise parfois excessive de ceux
qui tiennent l’économie. « La corruption, j’y suis confronté
sans arrêt. Au Cambodge, c’est du pillage. Au Vietnam,
les puissants prélèvent leur dîme. Mais le Vietnam n’ira jamais aussi vite que la Chine car il n’a pas la capacité de
tailler une route en expropriant des millions de gens. C’est
un pays avec une tradition de compromis. »
Eric Merlin regrette aussi que le système éducatif ne forme
pas vraiment des professionnels. « Mais les Vietnamiens apprennent très vite. Notre souci, c’est de veiller à l’honnêteté
de nos employés et de parvenir à alimenter leur curiosité et
leur impatience. »
Aujourd’hui, Eric Merlin lance Apple Tree dans la grande
distribution pour répondre à l’émergence des classes
moyennes au Vietnam. « Une étude montre que le revenu
moyen des habitants des grandes villes est aujourd’hui le
même que celui d’une ville secondaire de Thaïlande. »
Eric Merlin tient à souligner qu’il se sent français. « Nous
achetons beaucoup en France : des produits Yves Rocher
(dix magasins) aux biscuits Lu ou à l’eau Perrier. Il est bon
de pousser les Français à venir prendre des risques. Avec
nos valeurs, nos produits, nous avons vraiment des choses
à apporter. » O
22
E
ULF0HUOLQDOZD\VZDQWHGWRVHWXSKLVRZQFRPSDQ\´,ZDVQ·WDGRFLOHNLG,QHYHUVDZP\VHOI
ZRUNLQJ IRU VRPHRQH HOVH 0\ SDWHUQDO JUDQGfather, the stockbroker son of a poor peasant
ZKRJUDGXDWHGIURPWKHeFROH&HQWUDOHLQ3DULV VWDUWHG KLV RZQ ZDWHU GLVWULEXWLRQ FRPSDQ\
LQ 0\ PDWHUQDO JUDQGIDWKHU ZDV D YLVLRQDU\ SUR(XURSHDQSDUOLDPHQWDULDQ7KH\ERWKPDGHPHZDQWWRGR
VRPHWKLQJLQWKLVZRUOGDQGQRWMXVWEHDVPDOOFRJLQWKH
machine,” he says.
$IWHUVWXG\LQJEXVLQHVV0HUOLQWRRNDURXQGWKHZRUOGWULS
He arrived by chance in Vietnam in 1990. “The country
ZDVQ·WRQWKHZRUOGPDSDQGQRWHYHQRQWKHEDFNSDFNHU
map,” he says.
+HZDVVPLWWHQ´,OLNHGWKHVHQVHRIEHLQJLQDWLPHFDSVXOH
IUR]HQ LQ WKH SDVW :H VLSSHG LFH FRIIHH ZLWK \RXQJ JLUOV
ZHDULQJROGIDVKLRQHGGUHVVHVZKRGDQFHGWKHFKDFKD
cha. I also recognised Vietnam as a land of opportunity,
ZLWKPLOOLRQSHRSOHZKRKDGDVWRQLVKLQJKLVWRU\HQHUJ\
ambition and intelligence,” he says.
8SRQKLVUHWXUQKHH[DPLQHGSURMHFWVLQ9LHWQDPZLWK'HQLV
&RORQQD DQG 0 7KX\ D 9LHWQDPHVH VWXGHQW $IWHU ÁLUWLQJ
ZLWKWKHLGHDRIXVLQJULFHEDUJHVIRUULYHUWRXULVPWKHWKUHH
partners opted instead to found Exotissimo, a tourism servicHVFRPSDQ\,Q-DQXDU\IROORZLQJD\HDURIQHJRWLDWLRQVWKH\JRWDEXVLQHVVOLFHQFHWKHÀUVWJLYHQWRDSULYDWH
IRUHLJQFRPSDQ\LQWKLVÀHOG$VWURNHRIOXFNVDZWKHÀOPV
Indochine and The Lover (L’Amant) released in September
WKDW \HDU XQOHDVKLQJ D WLGDO ZDYH RI LQWHUHVW LQ 9LHWQDP
6XGGHQO\WKHFRXQWU\ZDVWKHKHLJKWRIIDVKLRQLQDOODUHDV
RIOLIH´:HZHUHWKHVROH)UHQFKFRPSDQ\ZLWKDQRIÀFLDO
OLFHQFHDQGD3DULVRIÀFH$OOWKHELJRSHUDWRUVZDQWHGD
piece of Vietnam,” he says.
Eighteen years on, Exotissimo employs 500 people across
Vietnam, Cambodia, Indonesia, Japan, Laos and Burma
and has revenues of $70 million. The company targets highend tourism, including tailored individual holidays, cycle
WUHNVDQGFRPSDQ\WULSV7RVWD\RQWRSRIWKHJURZWK0HUlin chose an entrepreneurial model rather than the standardised large-company model.
´:HGHFLGHGWRLQYROYHWKHPDQDJHUVLQHDFKFRXQWU\ZKR
are minority shareholders in their local company branches.
As such, Exotissimo became a group of shareholders of
ZKRPWKUHH²2OLYLHU&RORPHVP\EURWKHU-HDQ0DUFDQG
I – are its founders,” he says.For Merlin, one of the keys to an
entrepreneur’s success – and happiness – is concentrating
RQZKDWKHRUVKHGRHVZHOO
“I am something of a visionary. I sense opportunity before
© DR
© DR
© DR
the others and I have the energy to light the fuse and assemble a team around a dream,” he says. This spirit has
seen him resurrect a paddle boat service in Halong Bay.
´7KDWVWRU\VWDUWHGZLWKDSRVWFDUGXQHDUWKHGLQDPDUNHW
WKDW VKRZHG WRXULVW ERDWV LQ , ZDV IDVFLQDWHG DQG
made out the name ‘Emerald’ using a magnifying glass.
, ZDQWHG WR UHVHDUFK WKH ERDW DV LI , ZDV LQ VRPH NLQG RI
Indiana Jones adventure, but I soon realised it had disapSHDUHG+RZHYHUWKDQNVWRWKH2YHUVHDV$UFKLYHLQ$L[HQ
3URYHQFH , WUDFNHG GRZQ WKH RZQHU FRPSDQ\ 6$&5,&
IRXQGHGE\WKH5RTXHIDPLO\,ZURWHWRWKH5RTXHV
LQ )UDQFH DQG IRXQG WKH ULJKW RQHV 7KHLU DSDUWPHQW ZDV
a veritable museum about their company, tracing adventures in Vietnam that began in 1858. It is this thirst for adventure that exists beyond time and seems to be the common
thread among all entrepreneurs,” he says.
,Q WKH HQG 0HUOLQ ZDV DEOH WR EXLOG LGHQWLFDO UHSOLFDV RI
WKHERDWVDQGDERRNDERXWWKHPLVLQWKHZRUNV$QGVWLOO
guided by his spirit of adventure, he embarked on multiple
ventures, including renovating the Hanoi Press Club in asso-
La renaissance du bateau de tourisme « Emeraude » qui croise sur la
Baie d’Along. De bas en haut : le bateau dans les années 1920, quand
il appartenait à la famille Roque. Une vue d’ensemble du bateau et du
pont dans sa version contemporaine. Eric Merlin has resurrected a paddleboat service in Halong Bay. From top to bottom: the boat in the 1920s
when it belonged to the Roque family. The paddleboat and the deck of
the latest version.
23
24
Marc Steinmeyer
Tauzia
© DR
FLDWLRQZLWK9LHWQDPHVHMRXUQDOLVWVDQGDORYHO\KRWHOLQ+XH
LQ FROODERUDWLRQ ZLWK WKH ORFDO DXWKRULWLHV +LV 9LHWQDPHVH
ZLIHODXQFKHGDERXWLTXHGHOLFDWHVVHQLQ+R&KL0LQK&LW\
stocking imported foods and Annam Food progressively
turned into an import and distribution company that today
employs 551 people in Vietnam, 67 in Cambodia and 30 in
Laos. To highlight his “string of pearls”, he founded Apple
7UHHZLWKKLVEURWKHU-HDQ0DUFDIRUPHUPHUFKDQWEDQNHU
7KHFRPSDQ\LVQDPHGDIWHUWKH%HDXMRODLVYLOODJHZKHUH
KLVJUDQGIDWKHUZDVPD\RU
“The holding company brings in clients and systems, runs all
WKH ÀQDQFHV DQG UDLVHV IXQGV 3UXGHQWLDO LQYHVWHG PLOOLRQRYHUVHYHUDO\HDUVWRIXQGRXUJURZWK2QRXUVLGHZH
played business angel for Archétype, launched in Vietnam
by a friend,” he says.
:KDWDERXW9LHWQDP"0HUOLQLVLPSUHVVHGE\LWVLQKDELWDQWV·
HQWUHSUHQHXULDOHQHUJ\GHVLUHWRJURZDQGUHJLRQDOYLVLRQ
´7KH\ DUH IHDUOHVV 7KH\ ZDQW WR PDNH 6DLJRQ D UHJLRQDO
hub,” he says. But if there is a cause for pessimism, it is the
sometimes excessive greed of those running the economy.
“I am endlessly confronted by corruption. In Cambodia it’s
DSLOODJH,Q9LHWQDPWKHSRZHUIXOWDNHWKHLUGLPH%XW9LHWQDPZLOOQHYHUPRYHDVIDVWDV&KLQDEHFDXVHLWLVQ·WDEOH
to plot a course by expropriating millions of its people. It is a
FRXQWU\ZLWKDWUDGLWLRQRIFRPSURPLVHµKHVD\V0HUOLQDOVR
says it is regrettable that the education system doesn’t produce professionals. “But the Vietnamese learn very quickly.
Our concern is to make sure our employees stay honest
and to feed their curiosity and impatience,” he says.
Today, Merlin is using Apple Tree for large-scale distribution
in order to respond to demand from the emerging VietQDPHVHPLGGOHFODVV´$VWXG\KDVVKRZQWKDWWKHDYHUDJH
income in big cities today is the same as that in a secondary city in Thailand,” he says.
0HUOLQPDNHVDSRLQWRILQVLVWLQJWKDWKHIHHOV)UHQFK´:H
do a lot of purchasing in France for things like Yves Rocher
SURGXFWV/XELVFXLWVDQG3HUULHUZDWHU,W·VJRRGWRHQFRXUDJHWKH)UHQFKWRFRPHDQGWDNHDIHZULVNV:LWKRXUYDOXHV DQG SURGXFWV ZH UHDOO\ KDYH VRPHWKLQJ WR RIIHUµ KH
O
says
TAUZIA
Indonésie
;j­Ylagf]l_]klagf\`¸l]dk
kgmkd]keYjim][email protected]$Hgh`gl]dk$
Préferences
Fondée en 2001
Basée à Jakarta,
1800 employés dont 15 expatriés.
;j]YlagfYf\eYfY_]e]flg^`gl]dkmf\]j
l`]ZjYf\[email protected]$HghYf\Hj­^­j]f[]k
Founded in 2001
Based in Jakarta, Indonesia
Number of staff: 1,800 including
15 expatriates.
Marc Steinmeyer, fondateur de Tauzia hotel management,
est un passionné d’Asie, de voyage et de management. A
45 ans, il a quitté le groupe Accor chez lequel il avait travaillé
20 ans — de la restauration aux ressources humaines et à la
création de produits — pour fonder en Indonésie ses deux
chaînes d’hôtels, les Harris et les Pop !hôtels.
Ce pari d’entrepreneur marque le couronnement d’un parcours hôtelier asiatique long et fécond. A Bangkok, comme
VP ressources humaines ; au Vietnam où il met en place de
O·RXYHUWXUHGX6RÀWHO0HWURSROHGH+DQRLODSUHPLqUHMRLQW
venture entre un groupe étranger et le gouvernement vietQDPLHQHQ,QGRQpVLHHQÀQXQSD\VTX·LODLPHSDUFHTX·LO
est « vaste et hors des radars ».
« A mon arrivée, il existait déjà une petite base Accor, issue
GX UDFKDW GX JURXSH :DJRQOLW 3XOOPDQ /H SDUWHQDLUH LQdonésien de l’époque était une riche famille sino-indonésiHQQH HQ GLIÀFXOWp SROLWLTXH -H PH VXLV UHWURXYp DX PLOLHX
d’un grand scandale. Il a fallu comprendre vite comment
sortir de là, en sauvant les faces et en sachant quand se
EDWWUHHWTXDQGOkFKHUª0DUF6WHLQPH\HUÀQLWSDUWRXWQHWtoyer en ménageant les parties et recommence à neuf.
« Vendre des Ibis n’était pas facile mais, au bout de deux
ans, nous avons signé des projets pour toutes les marques.».
Et, en 1999, en pleine crise, Marc Steinmeyer, en faisant le
choix de garder en opération les 25 hôtels, assure à Accor la
gestion d’une cinquantaine d’hôtels dans le pays.
Pourquoi le grand saut à mi-vie ? « Pendant des années, j’avais
inculqué à mes équipes l’esprit d’entreprise. Si je voulais être
cohérent, il me fallait devenir entrepreneur moi-même ». Il
démissionne donc et se demande où créer sa société : en
Inde, en Chine ou en Indonésie… ? « En Chine, le paysage
était déjà trop encombré. En Inde, il fallait trop de temps
CZoZbl^gob^]ng^
a¹m^ee^kb^]b__®k^gm^%
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Zg]e^llhe]eZ]r%
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`^g^kZmbhg'
”
25
26
Façade d’un hôtel de la marque “Pop ! Hôtels”. One of the “Pop! Hotel’s” facing wall.
© DR
et de FDVKÁRZ. Je suis retourné vers l’Indonésie. Je croyais
au pays, à son coté bon enfant. Le peuple indonésien n’a
jamais été un peuple de migrants. Ils ont beaucoup souffert
de la dictature et de la guerre froide, mais la vie y est sans
agressivité. Et c’est le quatrième pays le plus peuplé au
monde, avec encore beaucoup de manques à combler.
(QÀQ HQ F·pWDLW OH VHXO SD\V R MH SRXYDLV OLEUHPHQW
créer une société, dont je sois propriétaire à 100%. »
En 2001, Marc Steinmeyer crée Tauzia, avec, pour démarrer, un partenariat exclusif avec Accor pour cinq ans. Il
construit en Indonésie, entre 2001 et 2006, autant d’hôtels
qu’en Chine : 18 dont cinq dans les six premiers mois de son arrivée. Mais il ne veut pas devenir M. Accor. Son objectif c’est
d’innover, de créer des produits et des carrières d’emploi.
« J’avais envie d’une hôtellerie différente, plus jeune, moins
old lady, plus génération Facebook ». Pour ce faire, il met
en place des concepts ciselés, qui passent d’abord par le
choix des noms : « Tauzia, vient d’une variété d’arbre dans
le Gers. J’aime ce symbole, dont le nom se traduit en chinois — duo xie : mille mercis — et, en arabe, où il veut dire
“conseiller”. Le nom de ma première chaîne d’hôtels est
Harris, un prénom populaire partout en Indonésie, qui marque
notre volonté de rassembler ».
Ensuite, il adopte une devise « simple, unique, friendly (amiFDOª©6LPSOHFRPPHXQSUL[À[HjGROODUVODFKDPbre) quel que soit le moyen de réservation, unique par le
recours à l’innovation permanente, friendly dans notre conception de l’hospitalité. J’avais envie qu’on achète une
chambre Harris comme on achète un Mac Do ou un StarEXFNSDUFHTX·RQDFRQÀDQFHGDQVOHVVWDQGDUGV-HYRXlais que ma marque salue l’entrée de l’Indonésie dans une
ère de démocratie et de transparence. Je ne cherche pas
seulement à vendre des chambres mais un style de vie, efÀFDFHHWUDSLGHª
Marc Steinmeyer souhaite aussi que ses employés soient
valorisés. « Des professionnels, pas des carpettes. Qu’ils se
maquillent, qu’ils aient des piercings, peu importe ! Je souhaite que l’employé soit bien dans sa peau. » Pour donner
une personnalité aux hôtels Harris, il choisit deux couleurs :
orange dynamique et positif, vert céladon reposant. Il conçoit lui-même ses clins d’œil aux années 70 . Il promeut la
vie saine — bar de jus de fruit —, dessine des collections de
ERXTXHWVGHÁHXUVHWGHVFKDXVVRQVG·K{WHOIDQWDLVLVWHV«
Aujourd’hui, le succès est au rendez-vous. Début 2011, il
a 18 hôtels en opération — remplis en moyenne à 90% —,
15 en construction pour Harris et 20 pour Pop ! hôtel, avec
1800 employés dont une quinzaine d’expatriés et des perspectives de doublement en 2012, 2013. Il a reçu un prix
G·HQWUHSUHQDULDWOH$VLDQ3DFLÀF(QWUHSUHQHXUVKLS6RQ
SURFKDLQGpÀHVWO·H[SRUWDWLRQGHODPDUTXHGDQVOHUHVWHGH
l’Asie, en ciblant les nouvelles classes moyennes asiatiques.
Indonésie, Malaisie et Singapour, puis Thaïlande, Japon et
Corée. « Mes employés attendent ce développement. Les Indonésiens descendront dans l’hôtel par patriotisme. Je crois
qu’il est bon que la jeune génération croit en son pays. Le
fanatisme religieux est aux portes. L’antidote n’est ni l’argent,
ni le consumérisme, mais quelque chose de plus grand que
soi, qui rassemble, un nationalisme modéré, tourné vers plus
de transparence, d’éthique, favorisant l’éducation grâce
QRWDPPHQWDX[UpVHDX[VRFLDX[7ZLWWHU)DFHERRNª
Au diapason de la jeunesse asiatique
Pour se mettre au diapason de la jeunesse asiatique montante, branchée sur les nouvelles technologies et créative,
Marc Steinmeyer a eu l’idée d’un concours photo, ouvert
au public, et dont les œuvres lauréates décorent ses hôtels. « C’est de la photo noir et blanc, positive. L’Indonésie est
un des premiers pays du monde pour l’utilisation de Facebook et l’achat d’appareils photo. En 2003, pour le premier
concours de photo amateur, nous avions rassemblé 250
photos. Au dernier concours, nous en avons reçu 2000. »
Marc Steinmeyer a lancé aussi deux autres marques : des
hôtels de charme très individualisés sous le label Préférences,
pour réhabiliter un grand patrimoine Art Déco qui dort en
Indonésie, et une chaîne “Pop ! hôtel”, pour le segment budget hôtel (30 dollars la chambre) avec une forte identité
bâtie autour de la protection de l’environnement.
L’occasion de marquer la contribution d’une compagnie à
la société dans laquelle elle évolue O
T
auzia Hotel Management founder Marc Steinmeyer is passionate about Asia, travel and manDJHPHQW$JHGKHTXLW$FFRUZKHUHKHKDG
ZRUNHGIRU\HDUVLQHYHU\WKLQJIURPUHVWDXUDQWV
to human resources and product creation, to
found his hotel chains Harris and Pop! in IndoneVLD 7KLV HQWUHSUHQHXULDO OHDS ZDV WKH FURZQLQJ HYHQW LQ D
ORQJFDUHHULQ$VLD+HKDGZRUNHGLQ%DQJNRNDVDKXPDQ
UHVRXUFHV 93 LQ 9LHWQDP ZKHUH KH RUJDQLVHG WKH RSHQLQJ
RIWKH6RÀWHO0HWURSROHLQ+DQRLDQGÀQDOO\LQ,QGRQHVLDD
country he loves because he says it is “vast and off the raGDUµ´:KHQ,DUULYHGWKHUHZDVDOUHDG\DVPDOO$FFRURSHUDWLRQ7KHWKHQ,QGRQHVLDQSDUWQHUZDVDULFK6LQR,QGRQHVLDQ
IDPLO\LQSROLWLFDOGLIÀFXOW\,IRXQGP\VHOILQWKHPLGGOHRID
ELJ VFDQGDO DQG KDG WR ÀJXUH RXW TXLFNO\ KRZ WR HPHUJH
IURP WKDW E\ VDYLQJ IDFH DQG NQRZLQJ ZKHQ WR ÀJKW DQG
ZKHQWRJLYHZD\µKHVD\V´$IWHUWZR\HDUVZHVLJQHGSURMHFWVIRUDOOWKHEUDQGVµKHVD\V,QZKHQWKHFULVLVZDV
at its height, Steinmeyer’s decision to keep all 25 hotels up
and running guaranteed Accor the management of about
50 hotels in the country.
:KDWPDGHKLPWDNHKLVELJPLGOLIHOHDS"´)RU\HDUV,KDG
EHHQLQVWLOOLQJDQHQWUHSUHQHXULDOVSLULWLQP\WHDPV,ZDQWHG
WRSUDFWLVHZKDW,ZDVSUHDFKLQJµKHVD\V+HZHQWEDFNWR
Indonesia. “I believed in the country and its friendly nature.
The Indonesians have never been a migratory people. They
VXIIHUHG D ORW XQGHU GLFWDWRUVKLS DQG GXULQJ WKH &ROG :DU
but life there is not aggressive. There are a lot of needs still
WREHPHWWKHUH$QGLQLWZDVWKHRQO\FRXQWU\ZKHUH
,FRXOGIUHHO\FUHDWHDFRPSDQ\WKDW,RZQHGSHUFHQW
of,” he says.
,Q 6WHLQPH\HU FUHDWHG 7DX]LD ZKLFK NLFNHG RII ZLWK
DQH[FOXVLYHÀYH\HDUSDUWQHUVKLSZLWK$FFRU%HWZHHQ
and 2006 he created as many hotels in Indonesia as in China
²LQFOXGLQJVL[ZLWKLQVL[PRQWKVRIDUULYLQJ%XWKHGLGQ·W
ZDQW WR EHFRPH 0U $FFRU +LV DLP ZDV WR LQQRYDWH DQG
FUHDWHSURGXFWVDQGFDUHHUV´,ZDVLQWHUHVWHGLQDGLIIHUHQW
kind of hospitality, younger and less ‘old lady’, more for the
Facebook generation,” he says. To this end he implemented
clear-cut concepts illustrated by his choice of names. “Tau]LDFRPHVIURPDNLQGRIWUHHLQWKH*HUVUHJLRQRIVRXWKZHVW
France. I like this symbol because it translates in Chinese to
‘duo xie’ (many thanks) and in Arabic to adviser. The name
IRUP\ÀUVWKRWHOFKDLQLV+DUULVDSRSXODUÀUVWQDPHDOORYHU
Indonesia that represents our desire to get people together,”
he says. There is also a slogan: ‘simple, unique, and friendly’.
´6LPSOH EHFDXVH WKHUH LV D À[HG SULFH EHWZHHQ DQG
$60 for a room) regardless of the reservation method, unique
thanks to permanent innovation and friendly according to
RXU FRQFHSW RI KRVSLWDOLW\µ KH VD\V ´, ZDQWHG SHRSOH WR
WDNHD+DUULVURRPLQWKHVDPHZD\WKDWWKH\EX\D0F'RQalds meal or a Starbucks coffee, because they believe in the
VWDQGDUG , ZDQWHG P\ EUDQG WR KDLO ,QGRQHVLD·V HQWU\ LQWR
a democratic and transparent era. I’m not just trying to sell
URRPVEXWDOVRDOLIHVW\OHWKDWLVTXLFNDQGHIÀFLHQWµ
6WHLQPH\HUDOVRZDQWVKLVVWDIIWRIHHOYDOXHG´7KH\DUHSURfessionals, not doormats and they need to feel good,” he
VD\V+HFKRVHWZRFRORXUVWRJLYHKLV+DUULVKRWHOVVRPHSHUsonality – positive and dynamic orange and relaxing pale
JUHHQ+HWKRXJKWXSKLVRZQVVW\OHÁRXULVKHV+HSURPRWHGKHDOWK\OLYLQJGHVLJQHGIDQWDVWLFDOERXTXHWVRIÁRZers and hotel slippers.
Today success is in sight. At the beginning of 2011 he had 18
KRWHOVRSHUDWLQJZLWKDQDYHUDJHRFFXSDQF\UDWHRISHUFHQWDVZHOODVPRUHXQGHUFRQVWUXFWLRQIRU+DUULVDQG
for Pop! and staff numbering 1,800 including about 15 expatriates. Business is projected to double in 2012 and 2013. He
UHFHLYHG WKH $VLDQ 3DFLÀF (QWUHSUHQHXUVKLS SUL]H +LV
next challenge is to export the brand to the rest of Asia, tarJHWLQJWKHQHZ$VLDQPLGGOHFODVV)LUVW,QGRQHVLD0DOD\VLD
and Singapore, then Thailand, Japan and Korea. “My staff
DUHZDLWLQJIRUWKLV,QGRQHVLDQVXVHWKHKRWHORXWRIDVHQVH
of patriotism. I think it’s great that the young generation believe in their country. Religious fanaticism is at the gates and
the response is not money or consumerism but something
greater than the individual that brings people together, a
PRGHUDWHQDWLRQDOLVPPRYLQJWRZDUGVJUHDWHUWUDQVSDUHQcy, ethics and promoting education thanks notably to social
PHGLDVXFKDV7ZLWWHUDQG)DFHERRNµKHVD\V
In tune with Asian youth
To tune into Asia’s rising youth, creative and plugged into
QHZWHFKQRORJLHV6WHLQPH\HUKDGWKHLGHDRIDSKRWRFRPSHWLWLRQRSHQWRWKHSXEOLFZKRVHZLQQHUVZRXOGGHFRUDWH
KLVKRWHOV´,W·VEODFNDQGZKLWHSKRWRJUDSK\SRVLWLYH,QGRnesia is one of the biggest countries for Facebook use and
FDPHUDSXUFKDVHV,QZHUHFHLYHGSKRWRV$WWKH
ODVW FRPSHWLWLRQ ZH UHFHLYHG µ KH VD\V 6WHLQPH\HU
DOVRODXQFKHGWZRRWKHUEUDQGV²KLJKO\LQGLYLGXDOLVHGERXWLTXHKRWHOVXQGHUWKHQDPH3UHIHUHQFHVDZD\WRUHKDELOLtate the large quantity of art deco buildings that currently
lie dormant in Indonesia, and the Pop! hotel chain targeting
WKHEXGJHWVHJPHQWIRUDURRPZLWKDVWURQJLGHQWLW\
FHQWUHGRQHQYLURQPHQWDOIULHQGOLQHVVDZD\RIGHPRQVWUDWing the contribution a company can make to the society it
O
operates in
27
Pascal Petitjean
© DR
Airstar
AIRSTAR
Singapour
Ballons éclairants
Fondée en 1993
300 employés dans le monde
dont une soixantaine en France.
Da_`laf_ZYddggfk
Founded in 1993
Based in Singapore (in Asia)
Number of staff: 300 globally including
60 in France.
28
9HQGUHDX[$VLDWLTXHVOHVROHLODXERXWG·XQHÀFHOOHF·HVW
l’étrange gageure qu’a réussi la société Airstar, une PME
créée à Grenoble par Pierre Chabert et développée en Asie
par Pascal Petitjean qui est basé à Singapour. Aujourd’hui
les ballons éclairants français illuminent nombre de grands
événements de la cité-etat, des fêtes présidentielles aux
ODQFHPHQWV GHV PXOWLQDWLRQDOHV GHV GpÀOpV GH PRGH DX
premier atterrissage de l’A 380, ou à l’éclairage du Grand
prix de Formule 1 de nuit. « Avec la location de 600 ballons
d’un coup, c’est notre plus gros contrat à ce jour. »
Rien ne prédisposait Pascal Petitjean à devenir un as du ballon éclairant, un métier à la fois technique et artistique où
LOIDXWVDYRLUUHOHYHUGHVGpÀVFUpDWLIV©-·DYDLVGpPDUUpPD
carrière à Troyes où ma famille avait créé une entreprise de
candélabres d’éclairage public. J’y ai tenu des postes de
directeur d’usine dont le dernier dans les Ardennes, puis je
VXLVSDUWLPRQWHUXQHÀOLDOHHQ$VLH$PRQUHWRXUODVRFLpWp
n’ayant rien d’excitant à me proposer, j’ai démissionné. »
3DVFDO 3HWLWMHDQ HQWDPH DORUV XQH SpULRGH GLIÀFLOH © -H
pointais au chômage alors que mon père avait été fondateur de la plus grosse usine de la ville. Une bonne leçon. »
Il décide alors de monter une société à Singapour par
défaut. « Des chercheurs de têtes m’avaient humilié. Une
boîte à racheter, même petite, coûtait trop cher. » Il crée
en 1993 Partex International Ltd, « un club hôtel du business
en Asie. Tout le monde voulait venir sans prendre trop de
ULVTXHV0HVIRXUQLVVHXUVÀQDQoDLHQWXQHSDUWLHGHPHVIUDLV
Le système était sain. J’étais indépendant. J’avais pris plein
de cartes de peur de ne pas y arriver jusqu’à ma rencontre
avec les ballons éclairants de Pierre Chabert, un inventeur
de Grenoble qui louait des enceintes et des projecteurs
pour des concerts et avait commencé par organiser des
lâchers de ballons de baudruche avec des petites lampes
de sapin de Noel à l’intérieur. Il a eu envie de pouvoir
moduler la lumière avec la musique en utilisant des radio
commandes. Pour récupérer ses récepteurs, il s’est dit qu’il
SRXUUDLWUHWHQLUVHVEDOORQVDYHFGHVÀOVHW«GHÀOHQDLJXLOOH
il a mis au point dans sa cuisine ses ballons éclairants.
C’est à cette époque que Pascal Petitjean arrive.
« J’apportais l’Asie et la connaissance de l’éclairage
public. J’ai mis un peu d’argent. Très vite, je suis devenu
OHXUSOXVJURVFOLHQW$X-DSRQHQ&RUpHj7DLZDQj6LQJDpour… les Asiatiques avaient le coup de foudre, alors que
les Occidentaux y allaient plus doucement. »
En dix-huit ans, la progression d’Air Star a été très rapide.
$XMRXUG·KXL OD FRPSDJQLH D GHV ÀOLDOHV HQ (XURSH DX[
Etats-Unis et en Asie et emploie 300 personnes, dont 50 à
60 dans son usine en France. En Asie, son chiffre d’affaires a
augmenté de 40% en 2009.
Pascal Petitjean est intarissable sur ses ballons qu’il
LQVWDOOHOXLPrPH©/HVSUHPLHUVpWDLHQWJRQÁpVjO·KpOLXPHW
éclairaient déjà 2 000 mètres carrés. J’ai installé mon premier ballon chez ma mère à 10 mètres du sol dans le jardin.
C’était magique ! »
L’aventure technique ne fut pas facile. L’hélium était cher,
le vent problématique. « Nous avons failli tout arrêter. Puis
QRXVDYRQVJRQÁpOHVEDOORQVjO·DLUQRXVOHVDYRQVÀ[pVVXU
des perches. Nous avons recréé la magie dans la mise en
scène, en travaillant avec le paysage, en nous servant de
plans d’eau comme de miroirs, en générant des changements de couleurs. Nous ne faisons jamais deux fois la
même chose et nous travaillons maintenant avec des designers lumière. Chaque pays, chaque culture réalise des
évènements différents et nous disposons d’une banque de
données fabuleuse. »
Parmi les meilleurs souvenirs de Pascal Petitjean, il y a
l’éclairage de l’arrivée du premier A 380 à Singapour devant 1 000 personnes, face à la piste, le tournage au CamERGJHDYHF-HDQ-DFTXHV$QQDXGGXÀOPLes deux frères,
ou la performance en collaboration avec le canadien Rafael Lozano Hemmer pour l’installation d’un ballon de 14
mètres de diamètre, sur lequel était projetée, via un i-pod,
la surface mouvante du soleil.
Partout où l’on a besoin la nuit d’un soleil au bout d’une
ÀFHOOH $LU 6WDU HVW Oj SRXU pFODLUHU OH WRXUQDJH GX Titanic
de James Cameron, assurer bénévolement l’éclairage lors
d’opérations de sauvetage ou illuminer des chantiers. Et le
marché devrait continuer à susciter des affaires d’autant
que la nuit tombe tôt dans cette partie de l’Asie O
CZbbglmZee®
fhgik^fb^k[Zeehg
\a^sfZf¯k^%
]Zgle^cZk]bg%
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<®mZbmfZ`bjn^'
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BmpZlZfZ`b\Zefhf^gm'
”
29
© DR
© DR
S
L’éclairage du grand prix de formule 1 de Singapour est un des grands
succès de Pascal Petitjean. The illumination of the Formula 1 Grand Prix
in Singapore is one of the biggest contracts to date for Petitjean.
30
elling the Asians sunshine on a string is the strange
EHW PDGH DQG ZRQ E\ $LUVWDU DQ 60( FUHDWHG
in Grenoble by Pierre Chabert and developed
LQ $VLD E\ 3DVFDO 3HWLWMHDQ ZKR LV EDVHG LQ 6LQgapore. Today, the bright French illuminated
balloons light up a number of big events in the
city-state, from presidential parties to the nighttime Formula
*UDQG 3UL[ ´:LWK EDOORRQV KLUHG RXW LQ RQH JR WKDW·V
our biggest contract to date,” he says. Nothing in Petitjean’s
EDFNJURXQG LQGLFDWHG KH ZRXOG EHFRPH DQ DFH LQ WKH
ZRUOGRILOOXPLQDWHGEDOORRQVDMREWKDWGHPDQGVERWKWHFKQLFDODQGDUWLVWLFVNLOOV+HVWDUWHGKLVFDUHHULQ7UR\HVZKHUHKLV
family had created a candelabra company for public lightLQJ%XWLQIROORZLQJDGLIÀFXOWSHULRG3HWLWMHDQFUHDWHG
3DUWH[,QWHUQDWLRQDO/WGLQ$VLD´,WZDVDEXVLQHVVFOXEKRWHO
LQ$VLD,ZDVDIUDLG,ZRXOGQ·WVXFFHHGXQWLO,FDPHDFURVV
3LHUUH&KDEHUWDQGKLVLOOXPLQDWHGEDOORRQV&KDEHUWZDVDQ
LQYHQWRUZKRKLUHGYHQXHVDQGSURMHFWRUVIRUFRQFHUWVDQG
KDG VWDUWHG RXW E\ RUJDQLVLQJ WKH UHOHDVH RI EDOORRQV ZLWK
VPDOO&KULVWPDVOLJKWVLQVLGHµKHVD\V´+HZDQWHGWREHDEOH
to change the light according to the music by using radio
control. To get his receptors back he decided to attach lines
to the balloons. One thing led to another and he ended up
developing his illuminated balloons in his kitchen.”
7KDW·V ZKHQ 3HWLWMHDQ DUULYHG ´, EURXJKW $VLD DQG NQRZOedge of public lighting to the table. I invested some money. I
YHU\TXLFNO\EHFDPHWKHLUELJJHVWFXVWRPHU7KH$VLDQVZHQW
MXVWFUD]\DERXWLWZKLOH:HVWHUQHUVZHUHFDOPHULQWKHLUUHsponse,” he says. Over the next 18 years, Airstar progressed
rapidly. Today the company has branches in Europe, the
86DQG$VLDDQGHPSOR\VSHRSOHLQFOXGLQJEHWZHHQ
DQGLQLWVIDFWRU\LQ)UDQFH,Q$VLDUHYHQXHVJUHZE\
SHUFHQW LQ %XW WKH DGYHQWXUH ZDVQ·W HDV\ +HOLXP
ZDV H[SHQVLYH DQG VDOHV ZHUH SUREOHPDWLF ´:H DOPRVW
VWRSSHG HYHU\WKLQJ 7KHQ ZH LQÁDWHG WKH EDOORRQV ZLWK DLU
DQG À[HG WKHP RQ SHUFKHV :H SXW WKH PDJLF EDFN LQWR
VWDJLQJHYHQWV:HQHYHUGLGWKHVDPHWKLQJWZLFHDQGZH
QRZZRUNZLWKOLJKWLQJGHVLJQHUV(DFKFRXQWU\DQGFXOWXUH
SXWVRQGLIIHUHQWHYHQWVDQGZHQRZKDYHDIDEXORXVFOLHQW
and event database,” he says. Among Petitjean’s favourite
memories are providing the lighting for the arrival of SingaSRUH·VÀUVW$LQIURQWRISHRSOHIDFLQJWKHUXQZD\
DQG VKRRWLQJ WKH ÀOP ¶/HV 'HX[ )UqUHV· LQ &DPERGLD ZLWK
-HDQ-DFTXHV$QQDXG$Q\ZKHUHWKHUHLVDQLJKWWLPHQHHG
IRUDVXQRQDVWULQJ$LUVWDULVWKHUHIXOÀOOLQJWDVNVDVYDULHGDV
OLJKWLQJ WKH ÀOP VHW RI -DPHV &DPHURQ·V 7LWDQLF WR RIIHULQJ
free illumination during emergency operations and lighting
O
up building sites
Ravansith Thammarangsy
© A.G.
Delta construction
DELTA
CONSTRUCTION
Laos
9j[`al][lmj]
et entreprise générale de travaux
Fondée en 2000
Basée à Vientiane,
200 employés.
9j[`al][lmj]Yf\[gfkljm[lagf
works company
Founded in 2000
Based in Vientiane, Laos
Number of staff: 200.
Ravansith Thammarangsy est architecte et entrepreneur
général de travaux. Franco-laotien, il a fondé une entreprise de 200 employés, Delta construction et créé un boutique hôtel, l’Ansara, à Vientiane. Passionné d’aviation, cet
homme tranquille a choisi en 1989 de revenir dans son pays
d’origine qu’il avait quitté en 1967.
« Mon intention était d’y vivre paisiblement et d’observer. »
3URIHVVHXU j O·pFROH IUDQoDLVH SHQGDQW VL[ DQV LO ÀQLW SDU
monter une société de construction. « A l’époque, on ne
concevait pas de payer un architecte pour dessiner des
projets de qualité. Nous étions des dessinateurs qui construisions. »
Ravansith Thammarangsy commence avec de « petites
choses », puis un projet de centre de langues avec François Greck. Ensemble, les deux hommes construisent l’hôtel
Phou Vao en l’an 2000, l’hôtel de référence à Luang Prabang. Ils apprennent à travailler sur le patrimoine mondial.
Les donneurs d’ordre sont le groupe Pansea, fondé par
deux anciens du groupe Accor. Ravansith Thammarangsy
construit ensuite une usine de tabac pour Lao Tobacco, un
stade couvert à Savannakhet dans le sud du pays.
8Q GH VHV SOXV JURV GpÀV HVW GH FRQVWUXLUH SRXU 3KX %LD
Mining, une compagnie australienne d’extraction de cuivre
et d’or, un camp d’habitation pour 900 personnes en pleine
forêt. « Il n’y avait ni eau, ni électricité. Le camp se trouvait
dans une zone isolée. Pour protéger et rassurer les ouvriers,
qui acceptaient de s’isoler pendant dix mois, nous avons
du demander l’assistance de l’armée. »
Aujourd’hui, un ouvrier de base dans la construction gagne
un salaire plus élevé que dans l’industrie du vêtement ou
le tourisme. Ravansith Thammarangsy les paie 40 000
kips par jour (5 dollars), ce qui représente un peu plus de
31
BegrZoZbmgb^Zn%
gb®e^\mkb\bm®'E^\Zfil^
mkhnoZbm]Zglng^shg^
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kZllnk^ke^lhnokb^kl%jnb
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avons du demander
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and reassure
ma^phkd^kl%pahaZ]
Z`k^^]mhebo^bgblheZmbhg
_hk*)fhgma'
120 dollars par mois. « Les ouvriers qui ont une spécialité
gagnent autour 90 000 kips (11 dollars)/jour, les contremaitres entre 200 et 250 dollars — parfois jusqu’à 1000 dollars
— par mois. Et nous avons du mal à trouver des gens vraiment compétents, car il n’y a pas d’école digne de ce
nom ». Ravansith Thammarangsy les forme sur le tas tout
en regrettant qu’une fois bien formés, ils soient débauchés. Il essaie d’imposer des méthodes de construction de
qualité. « Chaque pays a sa manière. Les ouvriers vietnamiens qui sont immigrés au Laos vont très vite mais le
travail n’est pas toujours de grande qualité. Les Chinois
n’emploient pratiquement pas de Laotiens, à cause des
problèmes de langues et de coutumes. »
Respecter les règles de l’UNESCO
5DYDQVLWK 7KDPPDUDQJV\ YD HQVXLWH pGLÀHU XQ DXWUH WUqV
grand hôtel le Amantaka installé dans l’ancien hôpital
de Luang Prabang… Deux ans avec l’architecte Pascal
Trahan. « Mon travail a consisté à décortiquer les plans et à
les exprimer en termes compréhensibles par ceux qui exéFXWDLHQW1RLXVDYRQVUHOHYpEHDXFRXSGHGpÀVOHVGpODLV
la préparation, le choix de fournisseurs. Beaucoup de choses ont été faites sur mesure. Il a fallu trouver les fabricants,
faire les dessins d’exécution, les moules, les prototypes. Nous
avons du reproduire certaines techniques très peu utilisées
de nos jours comme le torchis, enduit à base de colle de
SHDXGHEXIÁHERXLOOLHSHQGDQWWURLVMRXUVª-XVTX·j
personnes ont travaillé sur le chantier. « Nous avons du recruter des ouvriers dans tout le Laos. Nous les avons installés
ensemble. Pas facile de faire cohabiter des montagnards
avec des Lao des plaines. Nous avons embauché des chefs
de village qui parlent le lao et le dialecte des montagnards
et traduisaient les ordres, tout en ménageant les susceptiELOLWpVª$SUqVFHVHFRQGGpÀ5DYDQVLWK7KDPPDUDQJV\D
livré un autre hôtel, l’Alila, installé dans l’ancienne prison de
Luang Prabang.
La protection du patrimoine à Vientiane
A force de rénover de grands hôtels, Ravansith Thammarangsy décide de construire son propre hôtel de charme
à Vientiane : 14 chambres dans l’ancien consulat de Thaïlande, au milieu d’un quartier de monastères. L’ancien bâtiment colonial avait été abandonné pendant 25 ans. L’idée
a été de reproduire son esprit, de garder les proportions
et certains éléments tout en les adaptant à des fonctions
nouvelles. « A Vientiane, les nombreux anciens bâtiments
FRORQLDX[ VRQW FODVVpV HW HQ WKpRULH GX PRLQV LGHQWLÀpV
dessinés, archivés. On ne peut donc pas les détruire du jour
32
© A.G.
R
Ravansith Thammarangsy devant son hôtel l’Ansara à Vientiane. Ravansith Thammarangsy in front of his hotel Ansara in Vientiane.
avansith Thammarangsy is an architect and
general project entrepreneur. Of Franco-Laotian origin, he founded and runs Delta construcWLRQ D FRPSDQ\ ZLWK HPSOR\HHV DQG KH
created a boutique hotel, the Ansara, in Vientiane.
A passionate aviator, this softly-spoken man decided in 1991
to return to his native land. After leaving for France in 1967,
7KDPPDUDQJV\PDGHDÀUVWWULSEDFNWR/DRVEXWGLGQ·WVWD\
ORQJ)ROORZLQJDVWLQWLQ%DQJNRNKHVWXGLHGDUFKLWHFWXUHLQ
0DUVHLOOHDQGVSHFLDOLVHGLQQHZWHFKQRORJ\,WZDVQRWXQWLO
1989 that he next returned to Laos to see his grandmother
DQGGHFLGHGWRPRYHWKHUH´0\LQWHQWLRQZDVWROLYHDQG
to observe,” he says.
He became a teacher at the French school and six years
DIWHUWKDWIRXQGHGKLVRZQFRPSDQ\´$WWKHWLPHWKHFRQcept of paying an architect to design buildings didn’t exist.
:HZHUHGHVLJQHUVZKRGLGWKHFRQVWUXFWLRQWRRµKHVD\V
7KDPPDUDQJV\VWDUWHGZLWKVPDOOSURMHFWVDQGWKHQZRUNHG
RQDODQJXDJHFHQWUHZLWK)UDQoRLV*UHFN7RJHWKHUWKHWZR
men built the landmark Phou Vao Hotel in Luang Prabang
in 2000. The project involved renovating ancient buildings
DQGDGGLQJQHZRQHV7KHSDLUOHDUQHGKRZWRZRUNZLWK
FXOWXUDOKHULWDJH7KHFRPPLVVLRQLQJFRPSDQ\ZDV3DQVHD
IRXQGHGE\WZRIRUPHU$FFRUH[HFXWLYHVDQGWKHQVROGWR
WKH(QJOLVKFRPSDQ\2ULHQW([SUHVV)ROORZLQJWKDW7KDPmarangsy built a tobacco factory for Lao Tobacco and a
covered stadium in Savannakhet in the south of the country.
In the middle of the forest
2QHRIKLVELJJHVWFKDOOHQJHVZDVDSURMHFWIRU$XVWUDOLDQ
EUDVVDQGJROGPLQLQJÀUP3KX%LD0LQLQJWKDWHQWDLOHGOLYau lendemain. Mais est-ce que ça tiendra longtemps à la ing quarters for 900 people in the middle of the forest. “There
pression économique ? Le centre de Vientiane n’est pas ZDV QR ZDWHU RU HOHFWULFLW\ 7KH FDPS ZDV LQ DQ LVRODWHG
classé par l’UNESCO comme l’a été Luang Prabang. Et un DUHD:HKDGWRDVNIRUKHOSIURPWKHPLOLWDU\WRSURWHFWDQG
FODVVHPHQW QH VXIÀW SDV WRXMRXUV /H F±XU GH &KDQJ 0DL UHDVVXUHWKHZRUNHUVZKRKDGDJUHHGWROLYHLQLVRODWLRQIRU
en Thaïlande a été déclassé à la suite d’un développe- PRQWKVµKHVD\V7RGD\DORZOHYHOZRUNHUHDUQVPRUH
in construction than in textiles or tourism. Thammarangsy
ment anarchique. »
Ravansith Thammarangsy s’inquiète de la concurrence pays them 40,000 kips a day ($5), giving a monthly salary
vietnamienne et chinoise. « Ils peuvent faire une tour de of about $120. “Specialised labourers earn 90,000 kips ($11)
15 étages en quelques mois. Les Chinois ne visent que les D GD\ WKH IRUHPDQ PDNHV EHWZHHQ DQG DQG
gros projets. Les Vietnamiens sont plus intéressés par les VRPHWLPHVXSWRDPRQWK,W·VKDUGWRÀQGUHDOO\FRPprojets de moyenne importance. » Les atouts de Ravansith SHWHQWSHRSOHEHFDXVHWKHUHLVQRWUDLQLQJVFKRROZRUWK\RI
Thammarangsy sont l’expérience du pays, la capacité de the name,” he says. Thammarangsy trains them on the job.
mobiliser du personnel lao de qualité et ses compétences Regrettably, once they are trained up they are let go. He
en architecture. « On vient nous voir pour des projets de tries to instil quality methods of construction in them. ThamPDUDQJV\ WKHQ ZRUNHG RQ DQRWKHU ELJ KRWHO WKH $PDQqualité »
O
33
Protecting heritage in Vientiane
Having experience in renovating big hotels, Thammarangsy
GHFLGHGWREXLOGKLVRZQERXWLTXHKRWHOLQ9LHQWLDQHZLWK
URRPV LQ ZKDW ZDV WKH IRUPHU 7KDL FRQVXODWH ORFDWHG
LQDQDUHDGRWWHGZLWK\HOORZSDLQWHGPRQDVWHULHV7KHROG
colonial building had been abandoned for 25 years. The
LGHD ZDV WR UHFUHDWH LWV VSLULW WR NHHS LWV RULJLQDO SURSRUWLRQV DQG VRPH RI WKH RULJLQDO HOHPHQWV ZKLOH DOVR DGDSWLQJLWIRUDQHZIXQFWLRQ´,Q9LHQWLDQHPDQ\IRUPHUFRORQLDO EXLOGLQJV KDYH EHHQ FODVVLÀHG DQG LQ WKHRU\ DW OHDVW
LGHQWLÀHGGUDZQDQGDUFKLYHG7KHZLOOWRSURWHFWLVWKHUH
but the means to do so are not. Buildings belonging to the
state are rarely maintained and restored. And the problem
LVHYHQZRUVHIRUWKRVHEXLOGLQJVLQSULYDWHKDQGV8QOLNHWKH
centre of Luang Prabang, the centre of Vientiane has not
EHHQJLYHQ8QHVFRGHVLJQDWLRQ$QGHYHQVXFKFODVVLÀFDtion is not enough in some cases. The centre of Chiang Mai
LQ7KDLODQGZDVGHFODVVLÀHGDVDUHVXOWRIDQDUFKLFGHYHORSment there,” he said. Thammarangsy is feeling the pressure
from Chinese and Vietnamese competitors. “They can build
D VWRUH\ WRZHU LQ D IHZ PRQWKV 7KH &KLQHVH DUH RQO\
interested in big projects. The Vietnamese are more into
medium-sized projects,” he said. Thammarangsy’s advantages are his experience in the country, his ability to mobilise
high-quality Laotian staff and his expertise in architecture.
O
“People approach us for quality projects,” he said.
34
Philippe Lubrano
Helipartner
© A.G.
taka, located on a former hospital site in Luang Prabang,
ZKLFKZDVWRLQYROYHWZR\HDUVRIZRUNDORQJVLGHDUFKLWHFW
Pascal Trahan. “Unesco left little margin for manoeuvre on
WKHEXLOGLQJ·VH[WHULRUEXWZHKDGPRUHIUHHGRPZLWKWKH
LQWHULRU0\ZRUNZDVWRWDNHWKHSODQVDQGH[SODLQWKHPLQ
DQXQGHUVWDQGDEOHZD\WRWKRVHZKRZHUHGRLQJWKHDFWXDOZRUNµKHVDLG´7KHUHZHUHDORWRIFKDOOHQJHVLQFOXGLQJ
WKHVFKHGXOHDQGWKHSUHSDUDWLRQZRUN:HQHHGHGJRRG
suppliers for this 6,000 square metre project made up of old
EXLOGLQJV$ORWRIÀWWLQJVZHUHPDGHWRRUGHU:HKDGWRXVH
techniques that are very rare these days, such as making
cob rendered using paste made from buffalo skin that had
EHHQERLOHGIRUWKUHHGD\Vµ8SWRSHRSOHZRUNHGRQ
WKHVLWH´:HKDGWRUHFUXLWODERXUHUVIURPDOORYHU/DRV,W
ZDVQ·WHDV\WRPDNHVXUHWKHPRXQWDLQWULEHVPHQDQGWKH
/DRIURPWKHSODLQVJRWDORQJZLWKHDFKRWKHUDQGPDQ\
+PRQJGRQ·WVSHDN/DR:HKLUHGYLOODJHFKLHIVZKRVSHDN
Lao and the mountain dialects to translate the orders and
GHDO ZLWK VHQVLWLYLWLHVµ KH VDLG $IWHU WKLV VHFRQG ELJ FKDOlenge, Thammarangsy delivered another hotel, the Alila,
located on a former prison site in Luang Prabang.
HELIPARTNER
Malaisie
;gfk]ad$[gee]j[]$_]klagf\`­da[ghl®j]k
Fondée en 2009
Basée à Kuaka Lumpur
Nombre de salariés : 20 permanents, une
cinquantaine sous contrats.
Advice, sales
Yf\eYfY_]e]flg^`]da[ghl]jk
Founded in 2009
Based in Kuaka Lumpur, Malaysia
Number of staff: 20 permanent,
50 under contract.
A Kuala Lumpur, les bureaux de Philippe Lubrano ont un
côté James Bond : jolies Malaisiennes, décor gris et noir
éclairé par des tableaux de Bouddha dans les tons dorés.
Atmosphère électrique. Un hub. Passionné d’hélicoptères,
le fondateur de Helipartner, raconte. « Je suis arrivé la première fois en Malaisie en 1993 à la direction Support Client
d’Eurocopter. Malaysian Helicopter Services avaient acheté quatre Super Puma et j’étais venu mettre en place des
VHUYLFHV VSpFLÀTXHV $ OD PrPH pSRTXH MH PHQDLV DXVVL
une négociation à Singapour. »
(Q LO V·LQVWDOOH GpÀQLWLYHPHQW VXU OD ]RQH G·DERUG j
Singapour puis en Malaisie en 2002 pour monter Eurocopter
Malaisie qui se développe à une vitesse impressionnante.
En 2007, revenu en France, c’est le choc culturel, à l’envers !
En 2008, Il quitte Eurocopter pour monter sa société avec
deux associés et amis, un Norvégien et un Britannique. Helipartner nait en 2009, avec trois activités principales : le
commerce d’hélicoptères d’occasion, le conseil en opération pour les nouvelles compagnies de transports de personnel dans les pays émergents à la gestion de projet de
PRGLÀFDWLRQ G·KpOLFRSWqUHV RX GH FKDQWLHU 7URLV DQV SOXV
tard, son chiffre d’affaires devrait atteindre treize millions de
dollars.
« Créer ma société n’était pas un rêve d’enfance, plutôt
un changement d’orientation à mi-vie. Mais quand on n’a
plus Eurocopter sur sa carte de visite, c’est la minute de
vérité. Dans une grande entreprise, on aime les gens qui
ont 12 sur 20. Dans sa propre entreprise, on ne gagne pas
la même chose avec 12 ou 18 sur 20. La récompense dans
notre métier, c’est l’argent. Après, il y a les amitiés. On travaille avec vous parce qu’on vous apprécie, qu’on vous
WURXYHÀDEOHª
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ghehg`^kaZo^>nkh&
\him^khgrhnk[nlbg^ll
\Zk]%ma^fhf^gmh_mknma
aZlZkkbo^]'
35
Philippe Lubrano est conscient du risque qu’il a pris mais
cela le stimule. « Dans une petite entreprise, le client est
plus gros que vous. Si vous vous ratez, vous n’existez plus! ».
Philippe Lubrano pourtant évoque le plaisir de passer de
l’autre côté : « Un sentiment de liberté, de bonheur, de bienêtre mais aussi plus de risque et plus de concentration. »
Le pari asiatique de Helipartner
Pourquoi la Malaisie ? « Je savais que les pays d’Asie du
sud-est n’avaient pas encore donné la mesure de leur
talent. » Il assimile la Malaisie à la Suisse. « Un pays de 25
millions d’habitants avec qui tout le monde travaille, qui
jouit d’une bonne stabilité depuis plus de vingt ans et offre
quasiment les mêmes facilités que Singapour à moitié prix.
De Malaisie, je peux opérer dans toute la région avec des
PR\HQVPRGHUQHVHWGXSHUVRQQHOTXDOLÀp7RXWOHPRQGH
parle anglais. »
En Malaisie même, Helipartner vient de remporter un beau
FRQWUDW DYHF :HVWVWDU $YLDWLRQ 6HUYLFHV TXL D JDJQp OH
contrat de service Petronas pour 20 helicoptères en juin
2010. « Nous avons apporté l’expertise, répondu ensemble
à des appels d’offre, monté une équipe, levé des fonds.
Quand on gagne, on partage les revenus. »
Français quand même
Philippe Lubrano insiste sur le fait qu’il reste français : « J’ai
amené comme partenaire technique Heli-union, le plus
gros opérateur d’hélicoptères de France, qui n’était plus
du tout présent en Asie sauf en Birmanie ». Mais, il reconnaît
le côté multiculturel de sa société, qui emploie une vingtaine d’experts permanents de huit nationalités différentes,
et une soixantaine de travailleurs sous contrat.
Depuis un an et demi, Philippe Lubrano passe quinze jours
par mois au Vietnam pour le groupe Vinacopter. « Un des
pays les plus prometteurs d’Asie du Sud-est dans les dix
prochaines années : 100 à 150 hélicoptères privés ou commerciaux sans parler du militaire. »
Helipartner a été approché par des investisseurs chinois,
mais il a du refuser : « C’était gigantesque. Il aurait fallu s’y
consacrer à plein temps ! ».
Avec le français Safran Turboméca, plus grand fabricant de turbines d’hélicoptères au monde, la PME est
en train de franchir une étape importante avec la créaWLRQ G·+HOLSDUWQHU (QJLQH ÀOLDOH G·+HOLSDUWQHU DXTXHO GHV
partenaires malaisiens se sont associés. Safran Turboméca
devrait venir grossir le capital d’ici le milieu de cette année… Une implantation dans la banlieue de Kuala Lumpur, devrait créer à terme une trentaine d’emplois locaux
36
L’intérêt pour l’industriel est d’être en zone dollar, d’avoir
des facilités logistiques et des coûts de fabrication raisonnables. Cela montre aussi à la Malaisie, un bon client, qu’on
peut renvoyer l’ascenseur en matière d’emploi et de création de compétences ».
Les avantages de la Malaisie
Philippe Lubrano a aussi travaillé avec la Chine dans la
deuxième moitié des années 90, il trouve que la communication y est moins facile qu’en Malaisie et que le coût de
fabrication renchérit alors que le salaire d’un ouvrier spécialisé débutant en Malaisie a peu évolué en quinze ans
(de 200 à 300 euros par mois). « Un jeune ingénieur est payé
800 euros par mois et les charges sociales n’excèdent pas
4XDQW j OD ÀGpOLVDWLRQ GH OD PDLQG·±XYUH HOOH HVW
OLpHDXSURÀOGHPDQDJHPHQW,FLRQHVVDLHG·rWUHSDWHUnaliste avec nos équipes multiculturelles. »
Philippe Lubrano en est convaincu : pour développer les
Malaisiens, il faut les exposer en dehors de leur zone de
confort, le plus jeune possible, quand ils n’ont pas encore
été déformés par une autre entreprise. « Les jeunes ont une
IRUPDWLRQ LQLWLDOH LQVXIÀVDQWH PDLV MH OHV SUHQGV FRPPH LOV
sont et je les fais progresser. »
Philippe Lubrano s’est installé à Kuala Lumpur aussi pour la
qualité de la vie. « Les gens sont gentils, le niveau de sécurité incroyable. Je viens du XXe arrondissement, à l’est de
Paris. Un quartier sympa mais turbulent. Mes parents avaient
XQHSHWLWHHQWUHSULVHFUppHÀQ;,;e par mon arrière-grandpère. J’ai grandi dans l’appartement au-dessus de l’atelier.
On parlait d’affaires à table et je croisais tous les jours les
employés. Quand je suis arrivé à l’âge de fonder une famille, j’ai cherché le bon endroit pour travailler et me faire
plaisir. Ici, rien n’est loin… On est bien, à condition de savoir
s’intégrer. »
Quand il est arrivé en Malaisie, Philippe Lubrano a privilégié
ses liens avec le pays : s’intégrer, comprendre comment
ça fonctionne, savoir qu’ici on est invités et qu’on peut demain nous remercier très, très vite… ! » O
P
KLOLSSH /XEUDQR·V .XDOD /XPSXU RIÀFHV KDYH
D ZKLII RI -DPHV %RQG DERXW WKHP WKDQNV WR
the pretty Malaysian girls there and a grey and
black décor illuminated by golden Buddhist tabOHDX[,W·VDKXEZLWKDQHOHFWULFDWPRVSKHUH´,
ÀUVWFDPHWR0DOD\VLDLQWRZRUNDWWKH(XURFRSWHUFOLHQWVXSSRUWRIÀFHµVD\VWKH+HOLSDUWQHUIRXQGHU
a passionate helicopter enthusiast. In 2000, he moved to the
UHJLRQ IRU JRRG ÀUVW LQ 6LQJDSRUH DQG WKHQ LQ 0DOD\VLD LQ
WR VHW XS (XURFRSWHU 0DOD\VLD ZKLFK GHYHORSHG LPpressively quickly.
Reverse cultural shock
5HWXUQLQJ WR )UDQFH LQ KH ZDV KLW E\ UHYHUVH FXOWXUH
VKRFN,QKHOHIW(XURFRSWHUWRVHWXSKLVFRPSDQ\ZLWK
WZR SDUWQHUV DQG IULHQGV D 1RUZHJLDQ DQG D %ULWRQ +HOLSDUWQHUZDVERUQLQDQGKDVWKUHHPDLQDFWLYLWLHVVHOOLQJXVHGKHOLFRSWHUVRSHUDWLRQDODGYLFHIRUQHZSHUVRQQHO
transportation companies in emerging countries and project
PDQDJLQJ PRGLÀFDWLRQV WR KHOLFRSWHUV RU KHOLFRSWHU VLWHV
7KUHH\HDUVRQLWZRXOGKDYHUHYHQXHVRIPLOOLRQ´6WDUWLQJP\EXVLQHVVZDVOHVVDFKLOGKRRGGUHDPWKDQDPLGOLIH
FKDQJHRIGLUHFWLRQ:KHQ\RXQRORQJHUKDYH(XURFRSWHU
on your business card, the moment of truth has arrived. In a
ELJÀUP\RXOLNHDQ\RQHZKRLVEHWWHUWKDQDYHUDJH%XWLILW·V
\RXURZQÀUPWKHQWKHGLIIHUHQFHEHWZHHQSHRSOHZKRDUH
UHDOO\JRRGDQGWKRVHZKRDUHDELWDERYHDYHUDJHKDVDQ
LPSDFWRQWKHERWWRPOLQH7KHUHZDUGIRURXUZRUNLVPRQH\
Friendship is the secondary recompense,” he says. Lubrano is
DZDUHRIWKHULVNKHKDVWDNHQEXWKHÀQGVLWVWLPXODWLQJDQG
enjoys having moved over to the other side. “It’s a feeling of
IUHHGRP KDSSLQHVVDQGZHOOEHLQJEXWDOVRWKDQNVWRWKH
risk involved, one of greater concentration,” he says.
Helipartner’s Asian bet
:K\ 0DOD\VLD" /XEUDQR FRPSDUHV LW WR 6ZLW]HUODQG´,W·V D
FRXQWU\RIPLOOLRQSHRSOHZLWKZKRPHYHU\RQHZRUNVWKDW
has enjoyed stability for the past 20 years and has almost the
same facilities as Singapore but for half the price. From MaOD\VLD,FDQRSHUDWHDFURVVWKHZKROHUHJLRQXVLQJPRGHUQ
PHDQVDQGTXDOLÀHGVWDII(YHU\RQHVSHDNV(QJOLVKµKHVD\V
,Q0DOD\VLDLWVHOI+HOLSDUWQHUKDVMXVWZRQDJRRGFRQWUDFW
ZLWK :HVWVWDU $YLDWLRQ 6HUYLFHV ZKLFK LV SURYLGLQJ D GR]HQ
KHOLFRSWHUVIRU3HWURQDVDQGÀYHRWKHURLOFRPSDQLHVIRUWKH
QH[W \HDUV ´:H EURXJKW H[SHUWLVH WR WKH WDEOH ZRUNHG
together on the tender, assembled a team and raised funds.
,IZHZLQZHVKDUHWKHUHYHQXHVµKHVD\V
Lubrano makes a point of his Frenchness – “I got Heli-union,
)UDQFH·VELJJHVWKHOLFRSWHURSHUDWRUDVDSDUWQHU,WZDVQ·W
SUHVHQW DQ\ZKHUH LQ 6RXWKHDVW $VLDµ KH VD\V ² EXW KH LV
DZDUHRIKLVFRPSDQ\·VPXOWLFXOWXUDOQDWXUH
It employs 20 permanent experts from eight different counWULHVDQGDERXWFRQWUDFWZRUNHUV)RUWKHSDVW\HDUDQGD
half, Lubrano has spent half of every month in Vietnam for
WKHFRPSDQ\9LQDFRSWHU´9LHWQDPZLOOEHRQHRIWKHPRVW
SURPLVLQJ6RXWKHDVW$VLDQFRXQWULHVLQWKHQH[W\HDUV:H
are talking about 100 to 150 private or commercial helicopters, and that’s not including the military,” he says. Helipartner has been approached by Chinese investors but Lubrano
KDGWRWXUQWKHPGRZQ´,WZDVJLJDQWLF,ZRXOGKDYHKDG
WRZRUNRQLWIXOOWLPHµKHVD\V:RUNLQJZLWK)UDQFH·V6DIUDQ
Turboméca, the biggest helicopter turbine manufacturer in
WKHZRUOGWKH60(LVWDNLQJDQLPSRUWDQWVWHSE\VHWWLQJXS
+HOLSDUWQHU (QJLQH D +HOLSDUWQHU VXEVLGLDU\ OLQNHG ZLWK 0DOD\VLDQ SDUWQHUV 6DIUDQ 7XUERPpFD ZDV GXH WR ERRVW WKH
subsidiary’s capital in the middle of this year. A location in
WKH.XDOD/XPSXUVXEXUEVZLOOFUHDWHORFDOMREV´7KHLQdustrial company’s interest in the project is to be in the dollar zone, to gain logistical facilities and to enjoy reasonable
manufacturing costs. This also demonstrates to Malaysia, a
JRRGFXVWRPHUWKDWZHFDQDOVRRIIHUSD\EDFNLQWHUPVRI
jobs and skills,” he says.
Malaysia’s advantages
/XEUDQR ZKR ZRUNHG LQ &KLQD LQ DQG EHOLHYHV
communication there is harder than in Malaysia and that
PDQXIDFWXULQJ FRVWV WKHUH DUH ULVLQJ ZKLOH LQ 0DOD\VLD WKH
VWDUWLQJVDODU\RIDVSHFLDOLVHGZRUNHUKDVQ·WFKDQJHGPXFK
RYHU WKH ODVW \HDUV E\ EHWZHHQ (85 DQG SHU
month). “A young engineer is paid EUR 800 per month and
VRFLDOFKDUJHVGRQ·WH[FHHGSHUFHQW:RUNIRUFHOR\DOW\LV
WLHGWRWKHNLQGRIPDQDJHPHQWLQSODFH:HWU\WREHSDWHUQDOLVWLFZLWKRXUPXOWLFXOWXUDOWHDPVµKHVD\V
Lubrano is convinced that, in order to develop Malaysians,
they must be taken out of their comfort zones at as young
an age as possible, before they have been ruined by anRWKHUÀUP/XEUDQRDOVROLNHV.XDOD/XPSXUIRULWVTXDOLW\RI
life. “People are friendly and it’s incredibly safe. I’m from the
WKDUURQGLVVHPHQWLQ3DULVZKLFKLVDQLFHEXWURXJKDUHD
My parents had a small company, created at the end of the
WKFHQWXU\E\P\JUHDWJUDQGIDWKHU,JUHZXSLQWKHÁDW
DERYH WKH ZRUNVKRS %XVLQHVV ZDV GLVFXVVHG DW PHDOWLPHV
DQG,EXPSHGLQWRWKHZRUNHUVYHU\GD\µKHVD\V“:KHQ,
reached the right age to start a family, I looked for the right
SODFHWRZRUNDQGHQMR\OLIH+HUH\RX·UHFORVHWRHYHU\WKLQJ
O
/LIHLVJRRGDVORQJDV\RXNQRZKRZWRLQWHJUDWH.”
37
Louis-Paul Heussaff
© DR
Supply Oilfield Services
SUPPLY OILFIELD SERVICES
H`adahhaf]k
Services pétroliers, recrutement, santé
Créée en mars 1979
Basée à Manille
)-(]ehdgq­kYmpH`adahhaf]k$
0((§1((§d­ljYf_]j&
Oil services, recruitment, logistics (air, land, sea)
>gmf\]\afEYj[`)1/1
:Yk]\afEYfadY$H`adahhaf]k&
FmeZ]jg^klY^^2)-(afl`]H`adahhaf]k$Z]lo]]f
800 and 900 abroad.
38
Louis-Paul Heussaff a débarqué aux Philippines en 1979,
en compagnie de sa femme, une danseuse du Ballet national philippin rencontrée au Caire. « J’étais un broussard.
J’avais passé sept ans dans la marine nationale en tant
qu’électronicien, engagé à 16 ans. Sept ans de discipline…
et de mal de mer. »
Reparti dans la jungle de Bornéo en 1977, il y devient
« l’homme à tout faire » de la société pétrolière Peschaud
International en charge pour le compte de Total d’un
chantier qui va durer deux ans. « On m’avait embauché
pour mes capacités linguistiques. Sur 800 personnes, j’étais
le seul à parler deux dialectes indonésiens, le bahasa,
O·DQJODLV HW OH IUDQoDLV ª ,O HQ SURÀWH SRXU DSSUHQGUH OHV
ÀFHOOHVGHODJURVVHORJLVWLTXHSpWUROLqUH3XLV3HVFKDXG,Qternational l’envoie aux Philippines avec 7000 dollars et six
mois pour démarrer une compagnie de services pétroliers.
« Au départ, il s’agissait de faire une base logistique mais
ça s’est vite révélé impossible, la Compagnie nationale
philippine ne souhaitant pas de concurrent. Les compagnies déjà installées — Amoco, British Petroleum… — ne
voyaient pas ce que je pouvais leur apporter de neuf. Alors
je suis revenu à ce que je savais faire, être un “Mr Fix it”,
disponible 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, pour résoudre toute
GLIÀFXOWpKXPDLQHRXORJLVWLTXHª
Avant l’ère de l’outsourcing, Louis-Paul Heussaff a l’intuition
de proposer l’externalisation de ses services et sa compagnie grossit au fur et à mesure que les compagnies pétrolières font davantage d’économies. De trois employés
au départ — chauffeur et secrétaire compris —, SOS passe
à 150 personnes — dont une moitié de femmes — aux Philippines, et 900 dans le monde. 90% travaillent dans les
services pétroliers (logistiques, achats), le recrutement et la
gestion de main-d’œuvre. Mais le groupe a aussi des activités dans la santé (avec International SOS) et la production
cinématographique (Axentis).
/D FURLVVDQFH V·HVW VXUWRXW IDLWH SDU DXWRÀQDQFHPHQW (Q
1990, Louis-Paul Heussaff a racheté les parts des actionnaires français (30%) et philippins (70%). Dès la deuxième
DQQpH LO HQJUDQJHDLW GROODUV GH SURÀW HW SHWLW j
petit, a intégré les normes internationales (ISO) et embauché, en interne, des avocats, des ingénieurs, des cadres
supérieurs. Pourtant Louis-Paul Heussaff garde la nostalgie
de l’époque où il allait lui-même décharger les bateaux.
« Je me suis fait une réputation de gars qui n’avait pas peur
de se salir les mains » dit-il. Il est d’ailleurs convaincu que
c’est cette volonté de maîtriser lui-même le métier, d’être
à l’écoute des gens, de respecter la culture locale qui
sont les clés de son développement. « Les Philippins sont
LQVWUXLWV HW EpQpÀFLHQW GH ERQQHV XQLYHUVLWpV 0DLV LOV
restent très émotifs, laissent parler leur cœur et peuvent se
vexer facilement. Il faut savoir être paternaliste, montrer
l’exemple, prouver ses connaissances et ses capacités. La
marine m’a appris la discipline, l’hygiène et la propreté. Et,
dans mon entreprise, j’ai institué les tickets restaurant et j’ai
exigé que tout le monde soit en uniforme, que personne ne
fume ou ne mange dans les bureaux ».
Le fondateur de SOS présente volontiers son entreprise
comme un « hypermarché des services pétroliers », où l’on
propose de tout. « Dans notre secteur, les Philippines sont
un marché de niche. Avec moins de 10 forages par an (60
en un siècle), l’archipel est loin derrière l’Indonésie (250
forages par an), la Thaïlande (150), le Vietnam (une centaine). Avec le renchérissement et la raréfaction des ressources énergétiques, les Philippines tirent mieux leur
épingle du jeu. Récemment Exxon Mobile a creusé quatre
puits à 5 500 m de profondeur (2 000 mètres d’eau plus 3
500 mètres de profondeur), soit un chantier d’une valeur
de 400 millions de dollars. » Le rôle de SOS, sous traitant de
contracteurs sur ce chantier, a été de faciliter la logistique
de vie sur les quatre bases. « La seule chose qu’on ne fasse
pas, c’est le forage lui-même. Et, en général, nous avons
un éventail de clients sur une même opération. »
L’autre volant majeur des activités de SOS, c’est le recrutement et la gestion de main-d’œuvre philippine hors du
pays. La société envoie des techniciens, des ingénieurs,
des capitaines de bateaux, des médecins, dans 35 pays,
comme employeur direct ou chasseur de tête. « Je n’aime
pas le mot “recruteur” souvent mal connoté ici. Mes emSOR\pV EpQpÀFLHQW G·XQH DVVXUDQFH LQWHUQDWLRQDOH /HXUV
salaires sont au-dessus des normes minimum. Ainsi un in-
C^f^ggnb^]¯ljn^cZb
fbljn^ejn^\ahl^
lnke^lkZbel'
CZb[^lhbg]^eZ
eb[^km®]®\ahn^k
^m]Zee^k]^eZoZgm'
:llhhgZllhf^mabg`
blniZg]knggbg`%B`^m
[hk^]'Bg^^]mhaZo^
the freedom to fail
Zg]mhZepZrlfhobg`
_hkpZk]l'
”
39
génieur dans le pétrole offshore touche 5 000 dollars pour
deux mois dont un chez lui. » SOS est aussi le partenaire local de grands groupes tels Canadian Helicopter, Bolloré…
Les Philippines ? « Aujourd’hui je ne suis pas très optimiste
malgré les 20 milliards de dollars annuels qui viennent de
la diaspora philippine de dix millions de personnes. Le pays
souffre d’un manque d’infrastructure. On construit des centres commerciaux, des immeubles de call-centers, mais la
JRXYHUQDQFH Q·HVW SDV VXIÀVDPPHQW ERQQH SRXU GpFROler. »
Atout femme
Pour Louis-Paul Heussaff, un des atouts de ce pays sont les
femmes. Il en emploie 70 dans ses bureaux dont plusieurs
cadres supérieurs. Il a même publié un beau-livre de photos
qui leur rend hommage, Filipina. « Chez moi, l’homme de loi
chargé de suivre les régulations est une avocate, ingénieur
chimiste et spécialiste en environnement ; le chef de la sécurité est une ingénieur mécanicienne et maître plombier.
Je trouve les femmes philippines particulièrement loyales,
ÀGqOHVHWÀQDOHPHQWPRLQVpPRWLYHVTXHOHVKRPPHVª
A plus de soixante ans, Louis-Paul Heussaff n’envisage pas
de retraite. Il a lancé, au contraire, de nouvelles activités.
Co-fondateur d’Axentis, une maison de production, dont
le nom est celui que donnait Pline à l’île d’Ouessant, il s’est
RFFXSpGHVÀOPVGH%HUQDUG*LUDXGHDXDDVVXPpODSURGXFWLRQH[pFXWLYHORFDOHSRXUOHWRXUQDJHGXÀOPLe marquis, de Dominique Farrugia, avec Richard Berry et Franck
'XERVF © %HDXFRXS GH ÀOPV DPpULFDLQV QRWDPPHQW VXU
le Vietnam ont été tournés aux Philippines (Apocalypse
QRZ 0LVVLRQ LQ DFWLRQ). Les Français sont venus plus tard
avec notament un documentaire co-scénarisé Nicolas
Sarkozy, Leclerc, rêve d’Indochine avec Roger Planchon
ou l’adaptation de Au bout du rouleau, un roman de
Conrad avec Bohringer. Cette nouvelle activité, comme
celle d’édition, sont une façon pour Louis-Paul Heussaff
de garder le sens de l’aventure. « Je m’ennuie dès que j’ai
mis quelque chose sur les rails. J’ai besoin de cette liberté
d’action, de cette liberté d’échouer et d’aller de l’avant.
On m’a surnommé The French Phoenix. » O
40
L
ouis-Paul Heussaff has lived for 33 adventurepacked years in the Philippines, arriving in the
DUFKLSHODJR LQ ZLWK KLV ZLIH D GDQFHU LQ
the Philippine national ballet. “I had spent nine
years in the navy as an electrician having joined
up aged 16. Seven years of sailing and seasickness,” he says. In 1971 he left the navy to join the Compagnie Générale de Géophysique, a geophysical services
company, and then in 1976 left for the jungles of Borneo,
ZKHUH KH EHFDPH D ¶0U )L[ ,W· IRU WKH VHUYLFH FRPSDQ\
Peschaud International, in charge of a Total construction
VLWHWKHUHIRUWZR\HDUV´,ZDVKLUHGPRUHIRUP\ODQJXDJH
DELOLW\WKDQIRUP\ORJLVWLFVNLOOV2ISHRSOH,ZDVWKHRQO\
RQH WR VSHDN WZR ,QGRQHVLDQ GLDOHFWV %DKDVD ,QGRQHVLD
English and French,” he says.
He learned about logistics of big oil and Peschaud InterQDWLRQDO VHQW KLP WR WKH 3KLOLSSLQHV ZLWK LQ FDSLWDO
and six months to launch an oil services company there.
´,QWKHEHJLQQLQJWKHSODQZDVWRGHYHORSDORJLVWLFVEDVH
EXWLWZDVVRRQFOHDUWKDWWKDWZDVLPSRVVLEOHEHFDXVHWKH
)LOLSLQRQDWLRQDORLOFRPSDQ\GLGQ·WZDQWDQ\FRPSHWLWRUV
The companies already there – Amoco, BP etc. – didn’t see
ZKDW,FRXOGRIIHUWKHP,ZHQWEDFNWRZKDW,NQHZEHLQJ
D0U)L[,WDYDLODEOHWRVROYHDQ\SUREOHPZKHWKHUKXman or logistical,” he said.
The outsourcing era
+HXVVDII VDZ DQ RSSRUWXQLW\ ZKHQ WKH RXWVRXUFLQJ HUD
VWDUWHGDQGWKHPRUHVDYLQJVRLOFRPSDQLHVZHUHDEOHWR
PDNHWKHPRUHKLVFRPSDQ\JUHZ626JUHZIURPWKUHHWR
SHRSOHRIZKRPKDOIZHUHZRPHQLQWKH3KLOLSSLQHV
DQGZRUOGZLGHZLWKSHUFHQWZRUNLQJLQRLOVHUYLFHV
(seismic logistics, purchasing, drilling and production). But
WKHFRPSDQ\DOVRKDGDFWLYLWLHVLQKHDOWKZLWK,QWHUQDWLRQal SOS) and cinema or television production (Axentis).
*URZWK ZDV VHOIIXQGHG ,Q +HXVVDII ERXJKW RXW KLV
French (30 percent) and Filipino (70 percent) shareholders.
,QWKHVHFRQG\HDUKHPDGHDSURÀWDQGOLWWOHE\
little began adopting international norms (ISO) and engagLQJODZ\HUVDQGHQJLQHHUV+RZHYHUKHUHPDLQVQRVWDOJLF
IRUWKHWLPHVZKHQKHZRXOGJRDQGXQORDGWKHERDWVKLPVHOI ´, PDGH D QDPH IRU P\VHOI DV VRPHRQH ZKR ZDVQ·W
afraid to get his hands dirty,” he says. He is convinced that
WKLVZLOOLQJQHVVWRPDVWHUWKHMREKLPVHOIOLVWHQWRSHRSOHDQG
respect the local culture has been the key to his success.
´)LOLSLQRVDUHZHOOHGXFDWHGDQGEHQHÀWIURPJRRGXQLYHUVLWLHVEXWWKH\UHPDLQYHU\HPRWLRQDOWKH\ZHDUWKHLUKHDUWV
on their sleeves and become vexed easily. You have to be
© DR
© DR
Tournage aux Philippines avec Dominique Farrugia. Dominique FarY\NPH»ZÄST3L4HYX\PZ^HZZOV[PU[OL7OPSPWWPULZ
Eurocampus, le lycée français de Manille co-fondé par Louis-Paul Heussaff il y a 19 ans. Eurocampus, the French lycée in Manila founded 19
years ago.
© DR
SDWHUQDOLVWLFOHDGE\H[DPSOHDQGSURYH\RXUNQRZOHGJH
and skills. I learned discipline, hygiene and cleanliness in the
navy. In my company I introduced restaurant tickets and
insisted that everyone be in uniform and not smoke or eat
LQWKHRIÀFHVµKHVD\V
The SOS founder describes his company as an ‘oil services supermarket’. “In our sector, the archipelago is a niche
PDUNHW:LWKOHVVWKDQQHZGULOOLQJVD\HDULQDFHQtury), the Philippines are far behind Indonesia (250 a year),
7KDLODQGDQG9LHWQDPDERXW:LWKWKHULVHLQRLO
prices and the increasing scarcity of resources, those countries are doing better out of the industry. Exxon Mobil reFHQWO\ERUHGIRXUZHOOVDWDGHSWKRIPPRIZDWHUSOXVPRIERULQJDVLWHZRUWKPLOOLRQµKHVD\V
Louis-Paul Heussaff durant le 4e Philippines energy contracting round.
7KHUROHRI626ZKLFKLV([[RQ·VFRQWUDFWRUDQGGLVWULEXWHV Louis-Paul Heussaff during the “4th Philippines Energy Contracting
further sub-contracts on the site, is to arrange living condi- Round”.
WLRQVRQWKHIRXUEDVHV´7KHRQO\WKLQJZHGRQ·WGRLVWKH
GULOOLQJLWVHOI$QGLQJHQHUDOZHKDYHDZKROHUDIWRIFOLHQWV
for each operation,” he says. The other major aspect of the
company’s activity is the recruitment and management
RI )LOLSLQR ZRUNHUV IRU ZRUN DEURDG 7KH FRPSDQ\ VHQGV
41
Homage to women
In Heussaff’s opinion, one of the country’s advantages is
LWV ZRPHQ +H HPSOR\V LQ KLV RIÀFHV LQFOXGLQJ VHYHUDO
in senior positions. He has even published a book of photos entitled Filipina in homage to them. “In my company,
WKH OHJDO H[SHUW HQVXULQJ FRPSOLDQFH ZLWK UHJXODWLRQV LV
D IHPDOH ODZ\HU FKHPLFDO HQJLQHHU DQG HQYLURQPHQWDO
specialist and the head of security is a female mechaniFDOHQJLQHHUDQGSOXPELQJPDVWHU,ÀQG)LOLSLQRZRPHQWR
be particularly loyal and frankly less emotional than Filipino
PHQµKHVD\V1RZDJHGRYHU+HXVVDIIKDVQRLQWHQWLRQ
RIUHWLULQJ2QWKHFRQWUDU\KHLVODXQFKLQJQHZYHQWXUHV
Founder of Axentis, a production house bearing the name
given by Pliny to the island of Ushant (the land of his ancesWRUVKHGLGÀOPVE\%HUQDUG*LUDXGHDXDQGWRRNFDUHRI
ORFDOSURGXFWLRQIRUWKHÀOPLQJRI'RPLQLTXH)DUUXJLD·V/H
Marquis, starring Richard Berry and Franck Dubosc.
´0DQ\ $PHULFDQ ÀOPV SDUWLFXODUO\ WKRVH DERXW 9LHWQDP
ZHUHVKRWLQWKH3KLOLSSLQHVVXFKDV$SRFDO\SVH1RZDQG
0LVVLQJLQ$FWLRQ7KH)UHQFKFDPHODWHUZLWKDGRFXPHQWDU\FRZULWWHQE\1LFRODV6DUNR]\/HFOHUFUrYHG·,QGRFKLQH
/HFOHUF$GUHDPRI,QGRFKLQDZLWK5RJHU3ODQFKRQµKH
VD\V7KLVQHZDFWLYLW\OLNHSXEOLVKLQJLVDZD\IRU+HXVVDII
O
to maintain his sense of adventure.
42
Bruno Hasson
Sophie Paris
© DR
technicians, engineers, ship captains and doctors to 35
countries via its partner SOS International, both as a recruitPHQWDJHQWDQGDGLUHFWHPSOR\HU´,GRQ·WOLNHWKHZRUG
UHFUXLWPHQW DJHQW ZKLFK KDV EDG FRQQRWDWLRQV KHUH 0\
employees have international insurance and their salaries
DUHDERYHPLQLPXPZDJHOHYHOV$QHQJLQHHUZRUNLQJRQ
an offshore oil operation gets more than $5,000 on rotation
(one month on, one month off). SOS is also the local partner
for big companies such as Canadian Helicopter and Bolloré (SDV – Scac, Delmas and Vieljeux).
:KDWOLHVDKHDGIRUWKH3KLOLSSLQHV"´7RGD\,·PQRWRSWLPLVWLFGHVSLWHWKHELOOLRQÁRZLQJEDFNHDFK\HDUIURPWKH
10 million-strong Filipino diaspora. The country lacks infrastructure. Shopping malls and call centres are being built
but governance isn’t good enough for things really to take
off,” he says.
SOPHIE PARIS
Indonésie
>YZja[Ylagf]ln]fl]\Y[[]kkgaj]k\]eg\]
Créée en 1996
Basée à Jakarta,
850 employés dont 35 expatriés.
EYfm^Y[lmj]Yf\kYd]g^^Yk`agfY[[]kkgja]k
Founded in 1996
Based in Jakarta, Indonesia
Number of staff: 850 including 35 expatriates.
Les études de Bruno Hasson en agronomie tropicale ne le
préparaient pas à devenir le roi de la mode en Indonésie.
Et pourtant aujourd’hui avec 15 000 sacs vendus par jour
dans ce pays et une entreprise présente aux Philippines, au
0DURF DX 9LHWQDP HW HQ 0DODLVLH ÀQ FHW HQWUHSUHneur-né, premier distributeur de sacs à main d’ASEAN en
YROXPHSHXWrWUHÀHUGHVDUpXVVLWH
Bruno Hasson découvre l’Indonésie au début des années
1990. Le pays, en plein boom économique dans un contexte européen morose, l’inspire. Après avoir écrit un livre
pour faire découvrir des opportunités d’affaires en Asie du
Sud-est (Réussir en Asie les Presses du Management 1992),
il part à Jakarta représenter des sociétés diverses dans
l’agroalimentaire entre 1992 et 1994, du tuyau en inox aux
machines de conditionnement alimentaire.
Persuadé de l’importance de la consommation intérieure,
il a l’idée de vendre des cosmétiques qu’il fait fabriquer
sur place et qu’il présente dans une petite trousse rouge
et or. Plutôt que de payer trop cher, il décide de réaliser
lui-même les trousses. Avec quatre ouvriers à la maison et
quatre machines, il se lance dans le sac à main, adopte
le nom de marque très français Sophie Paris et publie un
premier catalogue. Un ami allemand, Helmut Paasch, qui
a fait fortune en Indonésie dans les détergents lui propose
en 1997 de monter une usine et lui prête de l’argent et
un entrepôt. S’il se rend vite compte que s’occuper d’une
usine n’est pas sa tasse de thé, il réalise aussi que ses sacs se
vendent comme des petits pains. « J’avais observé qu’en
Indonésie la consommation intérieure se développait très
vite. Je voulais gagner de l’argent. J’ai compris qu’en fabriquant localement tout en jouant sur un nom français, cela
marcherait. J’ai opté pour le système Multi Level Marketing,
CZb\hfikbljn^g
_Z[kbjnZgmeh\Ze^f^gm
tout en jouant sur un nom
_kZg­Zbl%c^`Z`g^kZb
]^eZk`^gm'CZb\ahblb
e^fZkd^mbg`k^eZmbhgg^e'
Les Indonésiennes
adorent avoir des
i^mbml[nlbg^ll'
BpZgm^]mhfZd^fhg^r'
I understood that
fZdbg``hh]leh\Zeerng&
]^kZ?k^g\agZf^phne]
phkd'Bhim^]_hkma^fne&
mbe^o^efZkd^mbg`lrlm^f
[^\Znl^BaZ]l^^gmaZm
Bg]hg^lbZgphf^geho^
aZobg`ebmme^[nlbg^ll^l'
43
La force du bouche à oreille
%UXQR +DVVRQ GHFLGH GH SHDXÀQHU VRQ FDWDORJXH HQ IDLsant appel à des agences de mannequins européennes et
les affaires prennent feu : « Au départ, il n’y avait que vingt
sacs. Aujourd’hui, nos catalogues très léchés se renouvellent tous les quarante jours, font 250 pages avec 1 000 références ». Bruno Hasson est intarissable sur les avantages
de la vente par catalogue. « Les gens qui s’inscrivent chez
nous payent seulement cinq dollars par an. L’inscription est
à vie. Ils ont 30% de remise sur les produits et donc peuvent faire un gain immédiatement de 30% s’ils revendent
le produit. Grâce au bouche-à-oreille, cela fonctionne très
bien dans toute l’Asie du Sud-est. Cela va même parfois
trop vite. »
Contrairement à beaucoup d’autres, la crise de 1997 qui
sévit en Indonésie, accélère encore le mouvement. « Les
produits importés devenant trop chers, le made in Indonesia est avantagé et les Indonésiennes au chômage sont
ravies de trouver dans la vente des sacs Sophie Paris une
excellente opportunité » explique Bruno.
Sophie Paris est très bien organisée. « Les clients relais sont
FODVVpVHQIRQFWLRQGHOHXUHIÀFDFLWpHWGHOHXUG\QDPLVPH
et nous proposons aux plus performants de devenir nos
agents. Il y en a 375 aujourd’hui, quadrillant complètement le vaste territoire indonésien. Sophie Paris dispose
d’un centre logistique, derrière l’aéroport à Jakarta, sur
quatre hectares, un énorme entrepôt très moderne avec
un système informatisé très pointu qui permet de livrer par
avion les 375 clients relais tous les jours, en fonction de leurs
commandes passées par mail. Le prix de transport est compris dans le prix de vente, de 15 à 20 US dollars par sac. »
Aujourd’hui l’entreprise vend aussi beaucoup de vêtement,
des chaussures, des montres. Devenu le premier distributeur
de sacs à main en Indonésie, Sophie Paris a ouvert dans
plusieurs pays de l’ASEAN : aux Philippines depuis huit ans,
DX9LHWQDPHQHWHQ0DODLVLHÀQ(OOHHVWpJDOHment présente au Maroc depuis 2006.
3URGXLUHHQTXDQWLWpVXIÀVDQWH
/H SULQFLSDO GpÀ GH 6RSKLH 3DULV F·HVW GH SURGXLUH HQ
TXDQWLWp VXIÀVDQWH SRXU UpSRQGUH j OD GHPDQGH © 1RXV
avons 400 modèles de sacs dans le catalogue et nous en
changeons 30% tous les quarante jours, il faut aller très vite.
44
© DR
car j’avais observé que les Indonésiennes adoraient avoir
des petits business ». Aujourd’hui certaines de ses distributrices (plus de 1,5 millions en Indonésie) gagnent 30 000 Euros
par mois.
Bruno Hasson durant un grand opening de La maison de Sophie. Bruno
Hasson during a grand opening of La maison de Sophie.
Nos designers sont français, italiens et indonésiens. Parmi
nos trente-cinq expatries, nous faisons travailler beaucoup
de jeunes diplômés. Nous avons aussi un bureau d’achat
à Shenzhen avec huit personnes en permanence pour
sourcer des produits, surtout des montres et des matières
premières. Mais, pour l’instant, nous ne vendons pas encore
en Chine où la vente directe est très encadrée. »
Aujourd’hui Sophie Paris amorce une nouvelle étape et
veut monter ses propres usines en Indonésie. « Au départ,
j’avais monté puis fermé mon usine, mais comme la Chine
a augmenté ses prix, beaucoup d’usines chinoises délocalisent en Indonésie. Du coup l’Indonésie souffre d’une
pénurie de main-d’œuvre ouvrière et nos commandes ne
sont plus toujours honorées à temps. »
A terme, une usine de sac est prévue en 2012 ainsi qu’une
usine de cosmétiques.
Bruno Hasson regrette qu’en France il n’y ait pas de statut
pour les entrepreneurs français à l’étranger. « Pour avoir
droit à des VIE (Volontaire International Entreprise – géré
SDU8ELIUDQHLODIDOOXTXHMHPRQWHXQHÀOLDOHHQ)UDQFH
Il faudrait créer un lien moderne, type Facebook, qui
réunisse des entrepreneurs. Pour rechercher des Français
en Asie qui cherchent du travail sur la zone, il faudrait créer
une bourse du travail réservée aux Français. Un site Internet
VXIÀUDLWª O
B
runo Hasson didn’t study tropical agronomy to
EHFRPH D IDVKLRQ NLQJ LQ ,QGRQHVLD <HW ZLWK
15,000 bags sold a day in the country and a
FRPSDQ\ ZLWK D SUHVHQFH LQ WKH 3KLOLSSLQHV
Morocco, Vietnam and in Malaysia at the end
of 2011, this born entrepreneur, has scored a
success to be proud of. Hasson discovered Indonesia at the
beginning of the 1990s. The country, booming economicalO\ZKLOH(XURSHVWDJQDWHGLQVSLUHGKLP+DVVRQOHIWIRU-DNDUWDWRUHSUHVHQWYDULRXVDJULEXVLQHVVFRPSDQLHVEHWZHHQ
1992 and 1994 and also inoxidable metal pipes and food
processing machine companies.
Convinced of the domestic market’s huge scale, he had
the idea of selling cosmetics made locally and presented
in a small red and gold case. Instead of paying through
the nose for the cases, he decided to make them himself.
:LWKIRXUZRUNHUVDQGIRXUPDFKLQHVLQKLVKRPHKHVWDUWed making handbags, took the very French brand name
Sophie Paris and had his company publish an initial cataORJXH,QD*HUPDQIULHQG+HOPXW3DDVFKZKRPDGH
his fortune in Indonesia in detergent, suggested he build a
IDFWRU\DQGOHQWKLPWKHPRQH\DQGDZDUHKRXVH+DVVRQ
TXLFNO\UHDOLVHGWKDWUXQQLQJDIDFWRU\ZDVQ·WKLVFXSRIWHD
EXWDOVRWKDWWKHEDJVZHUHVHOOLQJOLNHKRWFDNHV
Catalogue selling
´,VDZWKDWGRPHVWLFFRQVXPSWLRQZDVGHYHORSLQJUDSLGO\
LQ ,QGRQHVLD , ZDQWHG WR PDNH PRQH\ , XQGHUVWRRG WKDW
PDNLQJ JRRGV ORFDOO\ XQGHU D )UHQFK QDPH ZRXOG ZRUN
I opted for the multilevel marketing system because I had
VHHQWKDW,QGRQHVLDQZRPHQORYHKDYLQJOLWWOHEXVLQHVVHVµ
he says. Today, some of his more than 1.5 million Indonesian
distributors make EUR 30,000 a month. Things really took off
DIWHU+DVVRQGHFLGHGWRUHÀQHKLVFDWDORJXHE\DSSURDFKing European model agencies. “In the beginning there
ZHUHRQO\EDJV7RGD\RXUVOLFNFDWDORJXHVDUHUHQHZHG
HYHU\GD\VDQGKDYHSDJHVZLWKUHIHUHQFHVµ
he says. Hasson can’t stop talking about the advantages
RI FDWDORJXH VHOOLQJ ´7KH SHRSOH ZKR VLJQ XS ZLWK \RX
RQO\SD\ÀYHGROODUVD\HDU,W·VDOLIHWLPHVXEVFULSWLRQ7KH\
have a 30 percent margin on the products and can thereIRUH PDNH DQ LPPHGLDWH SHUFHQW SURÀW LI WKH\ VHOO WKH
SURGXFW,WZRUNVYHU\ZHOODFURVV6RXWKHDVW$VLDWKDQNVWR
ZRUGRIPRXWK6RPHWLPHVWKLQJVGHYHORSYHU\TXLFNO\µKH
says. Unusually, the crisis that spread throughout IndoneVLDLQZDVDFWXDOO\JRRGIRU+DVVRQ·VEXVLQHVV6RSKLH
3DULVEHFDPHZHOORUJDQLVHG´7KHUHDUHDJHQWVWRGD\
completely covering all of Indonesia,” he says. Sophie Paris
has a four-hectare logistical centre behind Jakarta airport,
DQHQRUPRXVDQGPRGHUQZDUHKRXVHZLWKDFXWWLQJHGJH
,7V\VWHPWKDWDOORZVIRUGDLO\GHOLYHULHVWRDOODJHQWVDFcording to the orders they make by email. Transportation
FRVWVDUHLQFOXGHGLQWKHSULFHRIWKHEDJZKLFKLVEHWZHHQ
$15 and $20. Having become the biggest bag distributor
in Indonesia, Sophie Paris expanded into ASEAN and has
been operating in the Philippines for eight years, in Vietnam
VLQFHDQGZLOOEHJLQLQ0DOD\VLDDWWKHHQGRI,W
has also operated in Morocco since 2006.
Unlike many companies, the main challenge for Sophie
3DULVLVWRPDNHHQRXJKEDJVWRVDWLVI\GHPDQG´:HKDYH
PRGHOVLQWKHFDWDORJXHVDQGZHFKDQJHSHUFHQW
RIWKHPHYHU\GD\VVRZHKDYHWRPRYHYHU\TXLFNO\µ
he says. “Our designers are French, Italian and Indonesian.
$PRQJ RXU H[SDWULDWHV DUH D ORW RI UHFHQWO\ TXDOLÀHG
\RXQJSHRSOH:HDOVRKDYHDSXUFKDVLQJRIÀFHLQ6KHQ]KHQZLWKHLJKWSHUPDQHQWVWDIIWRVRXUFHSURGXFWVPDLQO\
ZDWFKHVDQGSULPDU\PDWHULDOVEXWIRUWKHPRPHQWZHDUH
QRWVHOOLQJLQ&KLQDZKHUHWKLVNLQGRIUHWDLOPHWKRGLVWLJKWO\
controlled,” he says.
7RGD\ 6RSKLH 3DULV LV HQWHULQJ D QHZ SKDVH DQG DLPV WR
EXLOGLWVRZQIDFWRULHVLQ,QGRQHVLD
“In the beginning I set up and then closed my factory, but
seeing as China is getting more expensive, many factories
in China are moving to Indonesia. As a result, Indonesia is
VXIIHULQJDIDFWRU\ZRUNIRUFHVKRUWDJHDQGRXURUGHUVFDQ
QRORQJHUDOZD\VEHPHWRQWLPHµKHVD\V$KDQGEDJIDFtory is planned for 2012 and a cosmetics factory is also in
the pipeline.
+DVVRQ ÀQGV LW UHJUHWWDEOH WKDW )UHQFK HQWUHSUHQHXUV
abroad have no statutory status in France. “To be able to
access VIE (a French programme for internships abroad run
E\8ELIUDQFH,KDGWRVHWXSDEUDQFKLQ)UDQFH:HQHHG
a modern link-up similar to Facebook that brings entrepreneurs together. There should also be a jobs marketplace
IRU )UHQFK SHRSOH VR ZH FDQ ÀQG )UHQFK SHRSOH LQ $VLD
ZKRDUHORRNLQJIRUZRUN$ZHEVLWHZRXOGEHHQRXJKµKH
O
says.
45
Olivier Jeandel
© A.G.
Librairie Carnets d’Asie
EB;K:BKB><:KG>ML=:LB>
;YeZg\_]]lL`YadYf\]
:Yk­]§H`fgeH]f`]l:Yf_cgc
Créée en 2004 (Cambodge)
]l*((/ L`Y´dYf\]!
-]ehdgq­k§:Yf_cgc]l*§H`fgeH]f`&
Bookstore
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY
Yf\:Yf_cgc$L`YadYf\
Founded in 2004 (Cambodia)
Yf\*((/ L`YadYf\!
Number of staff: 5 in Bangkok
Yf\*afH`fgeH]f`&
46
Olivier Jeandel est un véritable amoureux des livres et de
l’Asie du Sud-est. Longtemps bibliothécaire du centre culturel de Phnom Penh, il a franchi le pas en créant ses deux
librairies Carnets d’Asie avec Jean-Paul Collet de la librairie
la Boucherie. Il a ainsi pu conjuguer ses passions tout en rendant service aux francophones de la zone.
Les clientèles de ses deux librairies sont assez différentes et
UHÁqWHQWOHVpFDUWVGHQLYHDX[GHGpYHORSSHPHQWHQWUHOHV
deux pays. A Phnom Penh, elle se répartit entre un tiers de
Cambodgiens, un tiers d’expatriés et un tiers de touristes
dont 100 000 touristes francophones. « Nous y vendons plus
de livres spécialisés sur l’Asie qu’à Bangkok, explique Olivier
Jeandel. Pour des raisons historiques, il y a beaucoup plus de
livres publiés en français sur l’Indochine que sur la Thaïlande
et, tous les ans, sortent des nouveautés sur le Cambodge ou
l’art khmer, avec des best-sellers locaux comme Le portail
de Bizot, Jarai de Louis Durand, Un barrage contre le PaciÀTXH de Marguerite Duras, La voie royale de Malraux. »
En Thaïlande, Carnets d’Asie, installée dans les locaux de
O·$OOLDQFHIUDQoDLVHTXLGpPpQDJHHQSURÀWHG·XQH
population française plus importante (10 000 Français en
Thaïlande versus 3 700 au Cambodge) et plus aisée. Bangkok devenue mégapole mondialisée, ses lecteurs sont
moins curieux de l’Asie et achètent volontiers les dernières
nouveautés de la rentrée littéraire. La moitié de la clientèle,
thaïlandaise, est surtout attirée par les méthodes de langue.
De nombreux retraités français qui vivent « en province »
passent par la librairie pour faire des économies. « Grâce
à une subvention au transport que la Centrale de l’édition,
attribue aux librairies françaises à l’étranger, nos prix ne dépassent pas de plus de 15% les prix en France et le travail du
WUDQVSRUWHXU 6DJD $LU HVW ÀDEOH ª VRXOLJQH 2OLYLHU -HDQGHO
Dans les deux librairies, comme partout ailleurs, ce sont les
romans policiers, la littérature jeunesse et la littérature française qui se vendent le mieux. « Il existe quelques auteurs
thaïlandais traduits mais quasiment aucun cambodgien ».
Animer la communauté francophone
Carnets d’Asie organise régulièrement des événements
culturels. En tête de popularité, les conférences de l’auteur
de « polars » à succès John Burdett, un Britannique francophone installé en Thaïlande (Bangkok 8, Bangkok psycho…)
et de Séra, un auteur de bandes dessinées qui travaille
beaucoup sur le Cambodge (Impasse et rouge, L’eau et
la terre et Lendemains de cendres). En Thaïlande, la librairie
SURÀWHGXPRLVFXOWXUHOIUDQoDLV©/DIrWHª
Olivier Jeandel est bien placé pour mesurer l’évolution de
la francophonie dans les deux pays. « Paradoxalement, la
francophonie ne prospère pas plus au Cambodge qu’en
Thaïlande. A cela, des raisons historiques — les francophones cambodgiens ont été décimés par Pol Pot —, démographiques — la Thaïlande est cinq fois plus peuplée que
le Cambodge — et culturelles — les universités thaïlandaises
sont plus structurées. Au Cambodge, l’avenir de la francophonie repose sur les diasporas au Canada et en France. En
Thaïlande, on retrouve la même situation qu’ailleurs dans le
monde : le succès d’une langue étrangère dépend des débouchés économiques qu’elle offre, et le français devient
un outil de distinction sociale, visible dans certains milieux
(design, cinéma…) ».
$XWUHJURVGpÀG·2OLYLHUÀOWUHULQWHOOLJHPPHQWXQHSURGXFtion croissante. « Nous stockons 5 000 titres et 10 000 exemplaires tant à Phnom Penh qu’en en Thaïlande. Notre hantise ce sont les stocks inutilisés, mais indispensables pour être
crédible. En littérature, nous réalisons l’essentiel de notre
chiffre d’affaires avec quelques best-sellers : à Bangkok,
Burdett (400 exemplaires en 2010), Houellebecq (deuxième
meilleure vente avec 70 exemplaires), puis Gavalda, Marc
Levy, Morgan Sportès ; au Cambodge, Bizot, Houellebecq,
Duras, Malraux… « En tant que libraire à l’étranger, nous
VRPPHVjO·DYDQWJDUGHGHODUpÁH[LRQVXUODIXVLRQHQWUHOHV
métiers de libraire et documentaliste. La loi sur le prix unique
a sauvé les petites librairies. Mais avec les évolutions technologiques, rien n’est gagné. La question du livre reste la
même : maintient-on une culture vivante ou va-t-on niveler
en proposant partout la même chose ? ». Pourtant, malgré
WRXVFHVGpÀV2OLYLHU-HDQGHOJDUGHXQHQWKRXVLDVPHFRPmunicatif : « Ma satisfaction, c’est le retour positif des clients. Il y a tout le temps des débats dans mes librairies… et
mes meilleurs clients deviennent des amis. » O
:n<Zf[h]`^%eZo^gbk
]^eZ_kZg\hiahgb^
repose sur les diasporas
Zn<ZgZ]Z^m^g?kZg\^'
>gMaZµeZg]^%e^_kZg­Zbl
devient un outil
]^]blmbg\mbhglh\bZe^'
Ma^_nmnk^h_?k^g\abg
<Zf[h]bZ]^i^g]lhg
the diasporas
bg?kZg\^Zg]<ZgZ]Z'
BgMaZbeZg]%bmZee]^&
i^g]lhg^\hghfb\
hi^gbg`l'?k^g\ablZelh
[^\hfbg`ZpZrh_]blmbg&
`nblabg`hg^l^e_lh\bZeer'
47
48
Julien Arnaud
Edgilis
© A.G.
O
livier Jeandel’s loves are books and SouthHDVW$VLD%\FUHDWLQJKLVWZRERRNVKRSVLQ
Phnom Penh in 2004 and Bangkok in 2007,
the former Phnom Penh cultural centre liEUDULDQZDVDEOHWROLQNKLVORYHVDQGSURvide a service to French speakers in the
UHJLRQ+LVWZRVKRSV·UHVSHFWLYHFOLHQWHOHVUHÁHFWWKHGHYHORSPHQWJDSEHWZHHQWKHFRXQWULHV,Q3KQRP3HQKD
third of customers are Cambodian, a third are expatriates
and a third are tourists, including 100,000 French-speaking
WRXULVWV ,Q 7KDLODQG &DUQHWV G·$VLH EHQHÀWV IURP D ELJJHU
DQGZHDOWKLHU)UHQFKSRSXODWLRQWKHUHDUH)UHQFK
citizens in Thailand compared to just 3,700 in Cambodia).
Bangkok having become a globalised city, its readers are
less curious about Asia and keener to buy the latest literary
releases. Half of its customers, the Thais, come for language
learning materials. A lot of retired French living ‘in the provLQFHV·YLVLWWKHVKRSWRPDNHVDYLQJV/LNHHYHU\ZKHUHHOVH
the bestsellers are detective novels, youth literature and
)UHQFKOLWHUDWXUH´7KHUHDUHDIHZWUDQVODWHG7KDLDXWKRUV
but hardly any Cambodians,” he says.
-HDQGHO LV ZHOO SRVLWLRQHG WR JDXJH KRZ WKH )UHQFK ODQJXDJHLVGHYHORSLQJLQWKHWZRFRXQWULHV
“Paradoxically, French isn’t doing any better in Cambodia
than in Thailand. There are historic reasons for this – FrancoSKRQH&DPERGLDQVZHUHGHFLPDWHGE\3RO3RW²DVZHOODV
GHPRJUDSKLFUHDVRQV²7KDLODQGLVÀYHWLPHVDVSRSXORXVDV
Cambodia – and cultural reasons – Thai universities are more
structured. The future of French in Cambodia depends on
the diasporas in France and Canada. In Thailand the situaWLRQLVWKHVDPHDVHOVHZKHUHLQWKHZRUOG,WDOOGHSHQGVRQ
HFRQRPLFRSHQLQJV)UHQFKLVDOVREHFRPLQJDZD\RIGLVtinguishing oneself socially and this can be seen in certain
milieus such as design and the cinema etc.,” he says.
$QRWKHUELJFKDOOHQJH-HDQGHOIDFHVLVKRZWRVHOHFWIURP
DQ LQFUHDVLQJ DUUD\ RI SXEOLVKHG ERRNV ´,Q OLWHUDWXUH ZH
PDNHPRVWRIRXUUHYHQXHVIURPDIHZEHVWVHOOHUV,Q%DQJkok it’s Burdett (400 copies in 2010), Houellebecq (in secRQG SODFH ZLWK FRSLHV DQG WKHQ*DYDOGD 0DUF /HY\
and Morgan Sportès. In Cambodia it’s Bizot, Houellebecq,
'XUDVDQG0DOUDX[$VDERRNVKRSDEURDGZHDUHDWWKH
forefront of thinking about the fusion of the roles of bookVKRSDQGGRFXPHQWDULDQ7KHODZRIRQHSULFHKDVVDYHG
small bookshops. But nothing is safe in the face of technological development,” he says.
Despite all these challenges, Jeandel maintains an infectious enthusiasm.“My satisfaction comes from good
O customer feedback, debates and friendship,” he says.
EDGILIS
Singapour
Ingénierie, recrutement
Créée en 2006
FgeZj]\]ehdgq­k2mf]imYjYflYaf]&
Engineering, recruitment
Founded in 2006
Based in Singapore
Number of staff: around 40.
Julien Arnaud est arrivé à Singapour en 2001. Diplômé de
l’ecole de Commerce de Grenoble, il souhaitait travailler
au-delà de l’Europe et, si possible, monter sa société. « Singapour était peu connu à l’époque. Altran m’a offert la
SRVVLELOLWpGHPHWWUHXQSLHGHQ$VLHHWGHPRQWHUOHXUÀOLDOH
à partir de zéro. Une expérience formidable. J’étais payé
pour faire ce qui me faisait rêver : voler de mes propres
ailes. »
Au bout de cinq ans, il quitte pourtant Altran et monte
avec un ancien camarade d’école, Edgilis, une entreprise
de consulting en ingénierie qui adapte le business model
aux réalités de l’Asie, avec des prestations de service spécialisées et des prix plus compétitifs. Leurs clients sont Alstom, Siemens, Bombardier, Singapour Technologies….
« Aujourd’hui nous avons une quarantaine d’ingénieurs
de toute nationalité qui interviennent sur des gros projets
d’infrastructure à travers l’Asie et le Moyen Orient. ».
&HWWHDFWLYLWpOHVDOHUWHVXUODGLIÀFXOWpGHPDLQWHQLUXQHUHlation privilégiée avec des ingénieurs toujours en déplacement. Ils décident alors de développer aQayo, un logiciel
qui facilite le recrutement. « On observe en ce moment une
révolution du monde du recrutement grâce aux réseaux sociaux tels que Facebook ou Linkedin. Notre logiciel aQayo
offre aux entreprises une plateforme qui facilite la gestion
des candidats. Mais le système va plus loin en donnant un
côté social au recrutement. Il implique les amis d’amis dans
le processus et permet à toute personne compétente dans
un domaine de référer en direct ses amis pour des offres
G·HPSORL(QpFKDQJHHOOHDDFFqVjXQHUpFRPSHQVHÀnancière si son ami est sélectionné. Plus besoin d’aller sur les
« job board » ou de faire des entretiens qui ne mènent à rien.
/·HQWUHSULVHQHWUDLWHSOXVTXHGHVSURÀOVTXLFRUUHVSRQGHQW
Nous avons été aidés
par International
>gmk^ikbl^%e®jnboZe^gm
lbg`Zihnkb^g
]N[b_kZg\^'<^eZghnl
Zi^kfbl]^ÛgZg\^k^g
partie le développement
]ng^[kZg\a^
\hff^k\bZe^¨IZkbl'
P^p^k^a^ei^][r
Bgm^kgZmbhgZe>gm^kikbl^%
ma^Lbg`Zihk^Zg^jnboZ&
e^gmh_N[b_kZg\^':lZ
k^lnem%p^]^o^ehi^]
Z\hff^k\bZeln[lb]bZkr
bg?kZg\^'
49
vraiment à ses besoins. » Pour l’instant, Julien Arnaud est
en phase de développement de cette nouvelle aventure
HWSURÀWHGHFHUWDLQHVIDFLOLWpVRIIHUWHVSDUODFLWpetat pour
aller plus loin. Outre sa fonction de hub régional et ses excellentes infrastructures, Singapour offre en effet des aides
pour les jeunes entreprises. « Nous avons reçu un soutien
ÀQDQFLHU GDQV OH FDGUH G¶XQH LQLWLDWLYH SXEOLTXH GHVWLQpH
à aider les entreprises singapouriennes à être plus compétitives. Nous avons aussi été aidés par International Entreprise, l’équivalent singapourien d’Ubifrance, dont le rôle est
d’aider les entreprises locales à se développer à l’étranger.
&HOD QRXV D SHUPLV GH ÀQDQFHU HQ SDUWLH OH GpYHORSSHment d’une branche commerciale à Paris. ».
Julien Arnaud souligne l’attractivité croissante de Singapour. « Il y a dix ans peu de Français connaissaient Singapour. Aujourd’hui, nous sommes plus de 10 000 enregistrés
au Consulat. J’estime avoir contribué à cet intérêt, en ayant
recruté une quarantaine d’entre eux depuis la création de
notre entreprise. »
-XOLHQ $UQDXG LQVLVWH VXU OHV GpÀV TXH UHSUpVHQWH O·HQWUH
prenariat. « Il faut constamment innover, être résilient, ne
pas avoir peur du risque et savoir réévaluer les opportunités ». Il se dit satisfait d’avoir bâti quelque chose, et que
sa société soit toujours sur ses pieds malgré les nombreuses
péripéties. « L’entrepreneur est avant tout un vendeur qui
doit aussi penser à tout le reste, et estimer ce qui peut créer
de la valeur. Ce côté “multi-casquettes” me plaît. Quant à
l’argent, il me semble que cela ne doit pas être la première
priorité pour l’entrepreneur : banquier serait un métier bien
mieux adapté dans ce cas ! »
Pour une start-up dans la High Tech, Singapour est-elle devenue une ville-phare ? « Oui et non. Singapour fait beaucoup d’efforts, investit dans un écosystème favorable à
la création, mais on est encore à des années lumière de
la Silicon Valley. Même s’ils font venir des groupements
d’entrepreneurs comme The Founder Institute, ce n’est pas
dans leurs gènes. Reste que des sites comme SG Entrepreneurs, la multiplication d’incubateurs d’entreprises avec
des programmes de formation témoignent depuis un ou
deux ans de cette ambition “d’embryonner” à Singapour
une Silicon Valley asiatique. » O
50
A
Grenoble Business School graduate, Julien Arnaud arrived in Singapore in 2001. “Singapore
ZDV OLWWOHNQRZQ DW WKH WLPH $OWUDQ RIIHUHG
me the opportunity to get into Asia and set
up their branch from scratch,” he says. Five
years later, he left Altran in order to launch
(GJLOLVZLWKDIRUPHUFODVVPDWH(GJLOLVLVDQHQJLQHHULQJFRQVXOWDQF\ ÀUP ZLWK D VSHFLDOLVHG VHUYLFH RIIHULQJ DQG PRUH
competitive prices. Its clients include Alstom, Siemens, Bombardier and Singapore Technologies. Today it has about 40
HQJLQHHUVIURPDOORYHUWKHZRUOGZKRZRUNRQELJLQIUDVWUXFture projects across Asia and the Middle East.
7KHFRPSDQ\·VDFWLYLW\KDVPDGHLWVIRXQGHUVDZDUHRIKRZ
GLIÀFXOWLWLVWRVWD\LQFORVHFRQWDFWZLWKHQJLQHHUVZKRDUH
DOZD\VRXWZRUNLQJRQVLWH7KH\GHFLGHGWRGHYHORSD4D\R
DSLHFHRIVRIWZDUHWKDWIDFLOLWDWHVUHFUXLWPHQWDQGSHUVRQQHOPDQDJHPHQW´:HDUHFXUUHQWO\VHHLQJDUHYROXWLRQLQ
WKH UHFUXLWPHQW ZRUOG WKDQNV WR VRFLDO QHWZRUNLQJ 2XU V\Vtem aQayo offers companies a platform to facilitate candidate management. But the system goes further by adding a
social element to recruitment and getting friends of friends
involved in the process. There is no more need for job boards
RUSRLQWOHVVLQWHUYLHZVµKHVD\V
For the moment, Arnaud is in the development phase of this
QHZDGYHQWXUHDQGLVEHQHÀWLQJIURPDLGRIIHUHGWR\RXQJ
HQWUHSUHQHXUVE\WKHFLW\VWDWH´:HJRWÀQDQFLDOVXSSRUWDV
part of a public initiative to help Singaporean companies
EHFRPHPRUHFRPSHWLWLYH:HZHUHDOVRKHOSHGE\,QWHUQDtional Enterprise, the Singaporean equivalent of Ubifrance,”
he says. Arnaud says Singapore is becoming more and more
DWWUDFWLYH ´7HQ \HDUV DJR YHU\ IHZ )UHQFK SHRSOH NQHZ
DERXW6LQJDSRUH1RZWKHUHDUHPRUHWKDQUHJLVWHUHG
ZLWKWKHHPEDVV\,KDYHUHFUXLWHGRIWKHPVLQFHIRXQGLQJ
the company,” he says.
%HLQJDQHQWUHSUHQHXUFRPHVZLWKXQDYRLGDEOHFKDOOHQJHV
DWWDFKHG , DP VDWLVÀHG WR KDYH EXLOW VRPHWKLQJ WKDW LV VWLOO
going strong despite numerous pitfalls,” he says. “An entreSUHQHXULVDERYHDOODVDOHVPDQZKRDOVRKDVWRWKLQNDERXW
HYHU\WKLQJ HOVH DQG KDYH D YLVLRQ RI ZKDW FUHDWHV YDOXH ,
OLNHWKLVZHDULQJRIPDQ\KDWV0RQH\LWVHHPVWRPHVKRXOG
not be the top priority for an entrepreneur. Better to be a
banker if that is the case!” he says. Has Singapore become
a beacon for high-tech start-ups? “Yes and no. Singapore
is putting in a lot of effort and is investing in an ecosystem
WKDWHQFRXUDJHVFUHDWLYLW\EXWLWLVVWLOOOLJKW\HDUVDZD\IURP
being Silicon Valley. Even if they get groups of entrepreneurs
to come such as The Founder Institute, it’s just not in their
O
genes,” he says.
Anne-Charlotte et Noé Saglio
© A.G.
StarAsia
STARASIA
Singapour
Distribution de produits soin et beauté
de grande consommation
Fondée en 2001
Nombre de salariés : 650.
Distributor of mass-market brands of
skincare and beauty products
Founded in 2001
Based in Singapore
Number of staff: 650.
En 2006, Anne-Charlotte et Noé Saglio, deux anciens de
LVMH, ont pris les rênes de StarAsia, une étoile montante sur
le marché des produits « soin et beauté » de grande consommation en Asie du Sud-est et au Bengladesh, créée en
2001par Frédéric Cassin.
« Tout a basculé au soir du référendum sur l’Europe. Nous
nous étions jurés que si le « non » passait, nous quittions la
France pour l’Asie, explique Anne-Charlotte. Ce qui nous
attirait ? La qualité de la vie, mais aussi cette impression
d’avancer sur un tapis roulant alors qu’en France le poids
des démarches administratives alourdissait notre emploi du
temps ».
A leur arrivée, la société, qui distribue des parfums de prestige, emploie une cinquantaine de salariés essentiellement
à Singapour. Cinq ans plus tard, le groupe, présent sur
huit marchés (Malaisie, Indonésie, Cambodge, Vietnam,
%HQJODGHVK 6LQJDSRXU 7DLZDQ HW ELHQW{W 0\DQPDU UDVsemble 650 personnes et fait 90% de son chiffre d’affaires,
qui est passé de 8 à 40 millions de US dollars, sur des produits
soin et beauté de grande consommation. « Nous avons
SURÀWp G·XQH RSSRUWXQLWp ,O Q·\ DYDLW SDV GH GLVWULEXWHXU
spécialisé sur ce segment dans cette zone. Cela nous a
permis de signer très vite avec de très grosses marques :
Adidas, Procter, L’Oréal…. »
L’originalité de StarAsia est de proposer une offre globale,
accompagnée d’une politique de marketing. « Nous avons
été les premiers à offrir une seule plate forme pour un marché de 350 millions de personnes, segmenté en trois : un
PDUFKpWUqVPDWXUHj7DLZDQGHVPDUFKpVPDWXUHVj6LQgapour et en Malaisie et des marchés émergents au Vietnam, Cambodge, Birmanie, Indonésie et Bengladesh.
3RXUV·DGDSWHUHQÀQHVVHOHFRXSOH6DJOLRQRXHGHVSDUWH-
51
Nous avons été
les premiers à offrir une
ieZm^&_hkf^ngbjn^ihnk
ngfZk\a®]^,.)
millions de personnes
P^p^k^ma^Ûklm
mhh__^kZlbg`e^ieZm_hkf
_hkZfZkd^mh_,.)
fbeebhgi^hie^'
”
52
nariats avec des entrepreneurs locaux. En Malaisie, par
exemple, StarAsia Malaysia est cogérée avec des Chinois
de Malaisie, partenaires à 49%. « Nous gardons le contrôle
grâce à un système informatique interne, auquel on accède de partout », explique Noé qui l’a développé à partir
d’une base achetée en Inde et baptisé Samoha, ce qui
veut dire « communauté » en hindi. « Il fonctionne en deux
langues, l’anglais et la langue locale, quel que soit le pays.
Le système de traduction automatique convertit aussi les
devises locales en dollars US et garantit la transparence
comptable, celle des stocks et des opérations…. »
Trouver les bons partenaires
« J’ai constaté que les problèmes dans les partenariats
venaient souvent des non-dits et du manque de visibilité
TXLFUpDLHQWGHODPpÀDQFHUHQFKpULW1Rp1RWUHV\VWqPH
en garantissant une totale transparence sur les chiffres de
ventes et les marges, permet aussi le respect de la liberté
des partenaires ». Anne-Charlotte ajoute : « Nous ne sommes pas arrivés en donneurs de leçons. Nous savons que
nos partenaires connaissent mieux que nous les comportements de leurs compatriotes. Nous mettons au service de la
société nos capacités d’organisation, notre connaissance
des process et des grands clients. »
Une des bonnes surprises du couple a été l’extrême qualité
de leurs partenaires. « Ce sont des entrepreneurs créatifs,
extrêmement travailleurs et dédiés à notre organisation, et
ambitieux », souligne Noé. Et Anne-Charlotte complète :
« De partenaires, ils sont devenus des amis et nous avons
réussi à créer une famille soudée à travers des rencontres,
des voyages et des séminaires ».
Un groupe jeune et dynamique
StarAsia est un groupe jeune, avec une moyenne d’âge de
35 à 40 ans pour les partenaires et de 25 ans pour les employés. « Ils sont diplômés, mais nous les avons recrutés surtout pour leur expérience professionnelle dans la distribution de masse. » Une des clés du succès de StarAsia est sa
UpDFWLYLWpHWVRQLQYHQWLYLWp©1RXVDYRQVLGHQWLÀpSOXVLHXUV
avenues de croissance : la distribution (StarAsia), mais aussi
O·LQIRUPDWLTXHOHUHFUXWHPHQWOHZHEPDUNHWLQJVXUOHVTXHOV
QRXVDYRQVLQYHVWLVRXVOHQRPGH7ULSOH$ª2XWUHOHÀQDQFHment de la trésorerie nécessaire aux achats anticipés, un des
principaux challenges de StarAsia est de garder son personnel. « Heureusement, ils apprécient la liberté et les possibilités de promotion interne. Nous les payons bien et ils
ont droit à plus de vacances qu’ailleurs et à de bonnes
DVVXUDQFHV« ª $XWUH GpÀ UpXVVLU OD PL[LWp HWKQLTXH 8Q
I
© DR
n 2006, Anne-Charlotte and Noé Saglio, both exLVMH, took the reins at StarAsia, a rising star in the
Southeast Asian and Bangladeshi consumer health
and beauty market founded in 2001 by Frédéric CasVLQ7KH\ZHUHDWWUDFWHGE\WKH$VLDQ´TXDOLW\RIOLIH
and also the sense there of things moving smoothly
IRUZDUG FRPSDUHG WR WKH WLPHFRQVXPLQJ DQG EXUGHQsome administrative procedures in France.”
:KHQWKH\MRLQHGWKHFRPSDQ\ZKLFKZDVGLVWULEXWLQJSUHPLXPSHUIXPHVLWKDGDERXWHPSOR\HHVPRVWRIZKRP
ZHUHLQ6LQJDSRUH)LYH\HDUVODWHUWKHFRPSDQ\LVSUHVHQW
in eight countries, has 650 employees and makes 90 perFHQWRILWVUHYHQXHVZKLFKKDYHJURZQIURPPLOOLRQWR
Réussir la mixité ethnique est un challenge en Asie du Sud-est. Making
million, from consumer health and beauty products. “There
sure the cultural mix works in South-East Asia is a challenge.
ZDVQRGLVWULEXWRULQWKHUHJLRQVSHFLDOLVLQJLQWKLVVHJPHQW
7KLVDOORZHGXVWRVLJQXSTXLFNO\ZLWKELJEUDQGVµ
6WDU$VLD·V LQQRYDWLRQ KDV EHHQ WR RIIHU JOREDO VXSSO\ ZLWK
challenge en Asie du Sud-est. A part quelques Français DPDUNHWLQJSROLF\DWWDFKHG´:HZHUHWKHÀUVWWRRIIHUD
dans le top management, l’ensemble des partenaires et single platform for a market of 350 million people. It is dides employés sont asiatiques. « Nous mélangeons les origi- YLGHGLQWRWKUHHDYHU\PDWXUHPDUNHWLQ7DLZDQDPDWXUH
QHV GDQV OH JURXSH PDLV SDV GDQV OHV ÀOLDOHV /HV &KLQRLV market in Singapore and Malaysia and emerging markets in
ont tendance à travailler avec des Chinois. Quand nous Vietnam, Cambodia, Burma, Indonesia and Bangladesh.”
avons commencé à faire venir des Indiens dans la société
très chinoise, ils ont eu peur. Pourtant, récemment, lors d’un Partnership with local entrepreneurs
karaoké, des employées chinoises ont salué avec des vi- ,QRUGHUWRÀQHWXQHLWVRIIHUWKH6DJOLRVHQWHUHGLQWRSDUWQHUVKLSVZLWKORFDOHQWUHSUHQHXUV,Q0DOD\VLDIRUH[DPSOH
vats l’arrivée d’un collègue indien. Ça marche ! »
Anne-Charlotte souligne que la diversité culturelle dans la 6WDU$VLD0DOD\VLDLVFRPDQDJHGZLWK&KLQHVH0DOD\VLDQV
]RQHHVWXQHVRXUFHGHSODLVLUHWXQYUDLGpÀ©$X%DQJOD- ZKR KDYH D SHUFHQW VWDNH ´:H NHHS RYHUDOO FRQWURO
desh, le parfum est une odeur qui doit s’exprimer, qui n’est WKDQNV WR DQ LQWHUQDO ,7 V\VWHP WKDW ZH FDQ ORJ RQWR DQ\jamais assez puissant et ne tient jamais assez longtemps. Au ZKHUHµVD\V1RpZKRGHYHORSHGLWIURPDEDVLFVWUXFWXUH
Cambodge ou au Vietnam, au contraire, la fragrance est SXUFKDVHGLQ,QGLDDQGFKULVWHQHG6DPRKDWKH+LQGLZRUG
toujours trop forte. Et si le déodorant n’est pas un produit for community.
habituel dans la culture chinoise — même à Singapour—, ´,W IXQFWLRQV LQ WZR ODQJXDJHV (QJOLVK DQG WKH ORFDO ODQchez les Malais ou les Indonésiens, dans des pays très JXDJH ZKDWHYHU WKH FRXQWU\ 7KH DXWRPDWLF WUDQVODWLRQ
musulmans, la culture de la fragrance en favorise l’usage. system also converts the local currencies into US dollars and
Au Bengladesh, ils s’en mettent même par-dessus les vête- guarantees transparent accounts, stocks and operations.
“I observed that the problems in partnerships often came
ments. »
Anne-Charlotte souligne encore que chaque pays, voire DVDUHVXOWRIZKDWZDVQRWVDLGDQGDODFNRIYLVLELOLW\%\
chaque minorité, a sa culture du soin. « Les Malaisiennes ne JXDUDQWHHLQJWRWDOWUDQVSDUHQF\RXUV\VWHPDOVRDOORZVXV
se rendent pas visite sans s’être maquillées avec soin. Ce to afford freedom to our partners.”
serait témoigner un manque de respect ». L’apparence est $QQH&KDUORWWH DGGV ´:H KDYHQ·W FRPH WR JLYH OHVVRQV
essentielle et les marques repères donnent de l’assurance :H NQRZ WKDW RXU SDUWQHUV XQGHUVWDQG WKHLU FRPSDWULRWV·
à condition de jouer la carte asiatique. « L’Oréal l’a bien EHKDYLRXUEHWWHUWKDQZHGR:HEULQJWRWKHFRPSDQ\RXU
FRPSULV /HV $VLDWLTXHV VRQW LQVSLUpV SDU« GHV ÀJXUHV GH RUJDQLVDWLRQDO FDSDFLWLHV RXU NQRZOHGJH RI SURFHVV DQG
proue asiatiques et les marques japonaises cartonnent dans the big clients.”
la beauté en offrant des produits auxquels les jeunes con- 2QHRIWKHQLFHVWVXUSULVHVIRUWKHFRXSOHZDVWKHH[FHOOHQW
VRPPDWHXUVSHXYHQWV·LGHQWLÀHUHWGRQWLOVRQWO·LPSUHVVLRQ quality of their partners. “They are creative entrepreneurs,
YHU\KDUGZRUNLQJGHGLFDWHGWRRXURUJDQLVDWLRQDQGDPELqu’ils leur sont adaptés. » O
53
54
Jacques Rostaing
Rostaing
© A.G.
tious,” says Noé. “Having started off as partners, they have
EHFRPHIULHQGVDQGZHKDYHEHHQDEOHWRFUHDWHDFORVH
knit family,” adds Anne Charlotte.
StarAsia is a young company. Its partners have an average
DJHRIEHWZHHQDQGDQGLWVHPSOR\HHVDQDYHUDJH
DJH RI ´7KH\ DUH JUDGXDWHV EXW ZH UHFUXLWHG WKHP
mainly for their professional experience of mass distribution.”
One of the keys to StarAsia’s success is its ability to react
DQGLWVLQYHQWLYHQHVV´:HLGHQWLÀHGVHYHUDOJURZWKSDWKV
'LVWULEXWLRQ 6WDU$VLD EXW DOVR ,7 UHFUXLWPHQW DQG ZHE
PDUNHWLQJ LQ ZKLFK ZH KDYH LQYHVWHG XQGHU WKH QDPH
Triple A.”
Apart from getting the necessary funding for the purchases
it anticipates making, one of the company’s biggest challenges is retaining its staff. “Thankfully they appreciate the
IUHHGRPDQGWKHSRVVLELOLWLHVIRULQWHUQDOSURPRWLRQ:HSD\
WKHPZHOODQGWKH\JHWPRUHKROLGD\VWKDQHOVHZKHUHDQG
good insurance.”
Another challenge is making sure the cultural mix ZRUNV
$SDUW IURP D IHZ )UHQFK SHRSOH DPRQJ VHQLRU PDQDJHPHQW DOO WKH SDUWQHUV DQG HPSOR\HHV DUH $VLDQ ´:H PL[
people up in the company, but not in the branches. The
&KLQHVHWHQGWRZRUNZLWKRWKHU&KLQHVH:KHQZHVWDUWHG
EULQJLQJLQ,QGLDQVWKH\ZHUHDELWVFDUHG%XWDWDUHFHQW
karaoke, some Chinese employees cheered the arrival of
an Indian colleague!”
The region’s cultural diversity is both a source of pleasure
and a real challenge, says Anne-Charlotte. “Take perfume.
In Bangladesh, perfume must express itself and can never
be too strong or long-lasting. On the contrary, in Cambodia
RU9LHWQDPWKHIUDJUDQFHLVDOZD\VWRRVWURQJ$QGZKLOH
deodorant is not a commonly used product in Chinese culture, even in Singapore, the culture of fragrances in IndoQHVLDDQG0DOD\VLDZKLFKERWKKDYHDVWURQJ0XVOLPLGHQtity, encourages its use. In Bangladesh they even apply it to
their clothing,” she says.
(DFKFRXQWU\DQGHWKQLFJURXSKDVLWVRZQKHDOWKFXOWXUH
´0DOD\VLDQ ZRPHQ QHYHU JR YLVLWLQJ ZLWKRXW EHLQJ FDUHIXOO\PDGHXS7RGRVRZRXOGEHDPDUNRIGLVUHVSHFWµ%XW
ORRNVDUHLPSRUWDQWHYHU\ZKHUHDQGE\SOD\LQJWKH$VLDQ
card, the company’s brands help its customers keep up
appearances. “L’Oreal has understood this. Asians are inVSLUHGE\«$VLDQÀJXUHKHDGVDQG-DSDQHVHEUDQGVKDYH
seen huge success in the beauty market by offering prodXFWVZLWKZKLFK\RXQJFRQVXPHUVFDQLGHQWLI\DQGZKLFK
O
they feel have been adapted especially for them.”
ROSTAING
Vietnam
Gants, tanneries, accessoires de cuir
Présente au Vietnam depuis 1994
:Yk­]hj®k\]@g;`aEaf`nadd]
FgeZj]\]ehdgq­k\m_gmh]2
Rostaing France 200 (France et Maroc),
700 à Rostaing Vietnam.
?dgn]k$d]Yl`]jY[[]kkgja]k$lYff]ja]k
Founded in Vietnam in 1994
:Yk]\[email protected];`aEaf`;alq$Na]lfYe
Number of staff: 200 between France
and Morocco, 700 in Vietnam.
Jacques Rostaing s’était promis qu’il ne travaillerait jamais dans l’entreprise familiale fondée en 1789, tannerie
devenue fabricant de gants de sécurité dans les années
80. Ayant quitté l’école juste après le bac pour gagner sa
vie — disc jockey, propriétaire d’un magasin de moto, directeur commercial import/export notamment en Asie et
ÀQDOHPHQW GLUHFWHXU G·XQH HQWUHSULVH GH WUDLWHPHQW GH
VXUIDFH GHV PpWDX[ ³ LO pWDLW ÀHU G·DYRLU WUDFp VHXO VRQ
chemin. Pourtant, l’appel au secours de son père en 1993
le convainc de venir l’aider. Un examen rapide de la situation le persuade qu’il s’agit d’un problème de prix. Quand
RQIDEULTXHGHVJDQWVGHSURWHFWLRQLQGXVWULHOVGLIÀFLOHGH
résister face au prix du made in Asia. « J’avais 39 ans. Mon
père était fatigué. L’entreprise avait vieilli avec lui. La tannerie avait été fermée dans les années 80. Mon père s’était
lancé dans la productions des gants de protection au Maroc. Mais le gant de Hong Kong avait ruiné ses efforts. »
La seule solution, pense alors Jacques Rostaing , c’est produire en Asie. Après avoir essayé la Chine — trop de
problèmes de communication —, il se tourne vers le Vietnam, tout en maintenant la logistique de distribution en
France. « Je ne voulais pas fermer en France. Je voulais
rester fabricant, et ne pas me contenter d’être importateur
sachant que l’importateur est le premier à sauter. »
Au Vietnam en 1993, conseillé par des amis, il parvient à
obtenir une licence de fabrication pour une société dont
il est le propriétaire à 100%. Il monte une première usine
dans la zone industrielle de Bien Hoa 2, située dans une
banlieue lointaine de Ho Chi Minh ville, sur l’emplacement
d’un ancien aéroport américain et de rizières. « Ils m’ont
montré un terrain vague. Je me suis installé en haut d’une
colline pour ne pas être inondé. Je me suis mis à fabriquer
Nous avons préservé
notre personnel
^g?kZg\^%\hgl^ko®
ghmk^f®mb^k%^mZf®ebhk®
ghmk^lZohbk&_Zbk^'
Ihnk\^eZ%be_ZeeZbm°mk^
prêt pendant un
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ailleurs pour maintenir
e^gmk^ikbl^¨Ühm'
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rhnaZo^mh[^k^Z]r
Zmlhf^lmZ`^mh`h
^el^pa^k^mhd^^ima^
\hfiZgrZÜhZm'
55
56
© DR
Tannerie ultra-moderne construite dans la zone industrielle de Long
Thanh. The new ultra modern tannery is located in the Long Thanh industrial zone.
© A.G.
des gants avec 100 ouvriers ». En même temps, Jacques
Rostaing part acheter les peaux directement en Inde, au
Pakistan, en Chine. « Les ventes sont reparties très vite nous
avons multiplié le chiffre d’affaires par quatre depuis 1994.
Nos employés en France ont accepté ce mouvement pour
sauver la société. Je n’ai licencié personne. Il y a eu des
départs à la retraite ». Le fait d’être au Vietnam a permis de
lancer de nouveaux produits : gants de jardin brodés, gants
cousus, tricotés, gants en latex (technique d’enduction),
gants d’administration, de ville, d’uniforme automobile…
En 1998, Jacques Rostaing a ouvert une nouvelle usine
plus grande et confortable avec l’air conditionné, qu’il a
agrandie encore en 2001 et 2003. Aujourd’hui, elle abrite
300 ouvriers. Il lui a fallu deux ans pour mettre au point des
gants de latex de qualité. Pour des gants de ville, il a fait
YHQLU GHV WHFKQLFLHQV )UDQoDLV &·HVW XQH GHV ÀHUWpV GH
Jacques Rostaing de savoir que son travail a permis la récupération ou la conservation de techniques menacées
de disparition en France. « Onze techniciens expatriés dont
dix Français travaillent avec moi au Vietnam. »
Jacques Rostaing a aussi racheté du matériel d’entreprises
françaises en liquidation : Cansellier, une vieille société qui
fabriquait de la chaussure, et la tannerie Costil de Pont$XGHPHU,OO·DIDLWYHQLUSDUIRLVDYHFGLIÀFXOWpMXVTX·jVHV
usines du Vietnam pour relancer la production dans les
meilleures conditions de modernité. « Quand on achète des
peaux dans des pays tels que le Pakistan ou l’Inde, on fait
face à des problèmes d’hygiène, de travail des enfants. Le
FRQWU{OHHVWGLIÀFLOH-·DLWHQXjWRXWIDEULTXHUWRXWGDQVOHV
règles. J’ai du retrouver le savoir-faire. J’ai construit dans la
zone industrielle de Long Thanh, de très beaux bâtiments,
avec un souci écologique : station d’épuration, récupération des eaux de pluie et panneaux solaires. La production
est plus chère, mais on peut faire des économies à long
WHUPH-HPHVXLVWRXMRXUVDXWRÀQDQFpHQIRQFWLRQGHPHV
SURÀWVª
La disparation de pans entiers de l’industrie du textile et du
cuir est un des regrets de Jacques Rostaing qui a essayé,
en vain, d’alerter les autorités. « En 2002, la Fédération de
la chaussure était venue au Vietnam avec une dizaine
d’entrepreneurs, persuadés que beaucoup d’eau aurait
coulé sous les ponts avant qu’en Asie, on sache faire des
chaussures. Quatre ans après, la moitié des gens venus me
voir n’existaient plus. Dans le secteur du gant de protection,
il n’y a pas eu de big-bang, mais seulement une entreprise
sur dix a survécu, en général en devenant acheteur. » Pour
lutter contre la désindustrialisation, Jacques Rostaing est
convaincu que le protectionnisme n’est pas la bonne solu-
La nouvelle usine construite en 1998, plus grande et confortable, abrite
300 ouvriers. In 1998, Rostaing opened a new bigger and more comfortable air-conditioned factory that accommodates 300 workers.
tion. « Pour préserver la fabrication et les savoir-faire, il faut
être prêts pendant un moment à aller fabriquer ailleurs pour
PDLQWHQLU O·HQWUHSULVH j ÁRW ,O IDXW LQQRYHU YLVHU OD TXDOLWp
On y arrive très bien. Nous avons 30% des parts du marché
en France, sommes numéro 1 en Belgique, bien implanté
en Europe. Nous avons préservé notre personnel en France,
notre métier et amélioré notre savoir-faire ». Jacques
Rostaing regrette que son message et son expérience
n’aient pas été mieux relayés par les politiques. « On m’a
dit que ce message était invendable ». Pourtant il est optimiste : « J’ai reçu récemment plusieurs prix, dont un dans
la région Rhone-Alpes, en récompense de mon redéploiePHQWDX9LHWQDPÀQ/HVLGpHVpYROXHQW«ªO
J
DFTXHV5RVWDLQJSURPLVHGKLPVHOIKHZRXOGQHYHU
ZRUNLQWKHIDPLO\OHDWKHUEXVLQHVVIRXQGHGLQ
a tannery that had become a protective gloves
manufacturer in the 1980s. Having left school just
after the baccalaureate in order to earn a living –
DVDGLVFMRFNH\PRWRUF\FOHVKRSRZQHULPSRUW
H[SRUWWUDGHGLUHFWRUZLWKDIRFXVRQ$VLDDQGÀQDOO\DVWKH
KHDGRIDFRPSDQ\WUHDWLQJPHWDOVXUIDFHV²KHZDVSURXG
RIKDYLQJPDGHKLVRZQZD\LQOLIH1HYHUWKHOHVVKLVIDWKHU·V
plea for help in 1993 persuaded him to go to his aid. A quick
ORRNZDVHQRXJKIRUKLPWRWHOOWKDWWKHSUREOHPZDVRQHRI
price. In the industrial protective gloves market it’s hard to
FRPSHWHZLWKWKH¶0DGHLQ$VLD·SULFH
´,ZDV0\IDWKHUZDVWLUHG7KHFRPSDQ\KDGJURZQROG
ZLWKKLP7KHUHZDVVRPHGLYHUVLÀFDWLRQLQWKHVEXWWKH
WDQQHU\FORVHGLQWKHV0\IDWKHUKDGGLYHUVLÀHGE\SURducing his protective gloves in Morocco, but gloves from
Hong Kong had undermined his efforts,” he said. The only soOXWLRQWKRXJKW5RVWDLQJDWWKHWLPHZDVWRPRYHSURGXFWLRQ
WR$VLD$IWHUWU\LQJ&KLQDZKHUHKHUDQLQWRWRRPDQ\FRPPXQLFDWLRQGLIÀFXOWLHVKHRSWHGIRU9LHWQDPZKLOHNHHSLQJ
the company’s distribution logistics in France.
On the site of a former American air-base
´,GLGQ·WZDQWWRFORVHGRZQLQ)UDQFH,ZDQWHGWRUHPDLQD
PDQXIDFWXUHUDQGQRWVLPSO\FRQWHQWP\VHOIZLWKEHLQJDQ
LPSRUWHUEHFDXVH,NQRZWKDWLPSRUWHUVDUHÀUVWWRJRZKHQ
WLPHVJHWWRXJKµKHVD\V$GYLVHGE\IULHQGV5RVWDLQJZDV
able to get a manufacturing licence for a company that he
RZQHG SHUFHQWRILQ9LHWQDPLQ+H VHWXSDÀUVW
factory in the Bien Hoa 2 industrial zone, on the site of a forPHU$PHULFDQDLUEDVHVXUURXQGHGE\SDGG\ÀHOGVLQRQHRI
+R&KL0LQK·VRXWHUVXEXUEV´7KH\VKRZHGPHDZDVWHODQG
,VHWXSRQDKLOOWRSLQRUGHUQRWWREHÁRRGHGDQGEHJDQ
PDNLQJJORYHVZLWKZRUNHUVµKHVD\V$WWKHVDPHWLPH
he could buy the skins he needed directly in India, Pakistan
DQG &KLQD ´6DOHV TXLFNO\ VKRW XS DJDLQ DQG ZH KDYH LQcreased revenues by a factor of four since 1994. Our emSOR\HHV LQ )UDQFH DFFHSWHG WKH PRYH ZDV QHFHVVDU\ WR
save the company. I didn’t make anyone redundant. There
ZHUHVRPHGHSDUWXUHVWKURXJKUHWLUHPHQWµKHVD\V
%HLQJ LQ 9LHWQDP DOORZHG WKH FRPSDQ\ WR ODXQFK QHZ
products: embroidered garden gloves, stitched and knitted
gloves, latex gloves (made by a coating process), adminLVWUDWLYH WRZQ IDVKLRQ DQG FKDXIIHXU JORYHV HWF ,Q 5RVWDLQJRSHQHGDQHZELJJHUDQGPRUHFRPIRUWDEOHDLU
conditioned factory that he extended in 2001 and 2003. ToGD\ LW DFFRPPRGDWHV ZRUNHUV +H QHHGHG WZR \HDUV
to develop his quality latex gloves and brought in French
WHFKQLFLDQVWRSHUIHFWKLVWRZQJORYHV+HLVSURXGWKDWKLV
ZRUNKDVHQDEOHGKLPWRFRQVHUYHRUUHHPSOR\WHFKQLTXHV
that could disappear in France because of the decline of
industry there.
´:H KDYH H[SDWULDWH WHFKQLFLDQV LQFOXGLQJ )UHQFK
SHRSOHZRUNLQJZLWKPHLQ9LHWQDPµKHVD\V5RVWDLQJDOVR
ERXJKW HTXLSPHQW IURP )UHQFK FRPSDQLHV WKDW ZHUH XQdergoing liquidation such as Canselier, an old company that
made leather goods (mainly shoes) and the Costil tannery in
3RQW$XGHPHU+HWUDQVSRUWHGLWVRPHWLPHVZLWKGLIÀFXOW\WR
the factories in Vietnam to put it into use again in top modern conditions.
´:KHQ \RX EX\ VNLQV LQ FRXQWULHV OLNH 3DNLVWDQ RU ,QGLD \RX
face problems of hygiene and child labour. Supervision is difÀFXOW,ZDQWHGWRPDQXIDFWXUHLQDFFRUGDQFHZLWKDOOWKH
UXOHV,KDGWRÀQGVRPHVDYRLUIDLUHDJDLQ,QWKH/RQJ7KDQK
LQGXVWULDO]RQH,FRQVWUXFWHGVRPHORYHO\EXLOGLQJVZLWKHFRORJLFDOIDFLOLWLHVVXFKDVDWUHDWPHQWSODQWUDLQZDWHUFROOHFtion and solar panels. Production is more expensive but there
DUHVDYLQJVLQWKHORQJWHUP,DOZD\VIXQGHGP\VHOIXVLQJP\
SURÀWVµKHVD\V
The disappearance of entire parts of the textile and leather
industry is something Rostaing regrets. He tried to alert the
authorities, he says – but in vain. “In 2002, the Shoe FederaWLRQZDVLQ9LHWQDPDFFRPSDQLHGE\DGR]HQHQWUHSUHQHXUV
ZKRZHUHFRQYLQFHGWKDWWKHEHVWVKRHVZHUHQRWPDGHLQ
$VLD )RXU \HDUV ODWHU D ORW RI ZDWHU KDG ÁRZHG XQGHU WKH
EULGJHDQGWKHFRPSDQLHVRIKDOIRIWKRVHZKRFDPHWRVHH
me no longer existed. In the protective gloves sector there
may not have been a complete implosion but in the end
only one in ten companies survived, generally by becoming
purchasers,” he said.
5RVWDLQJLVFRQYLQFHGWKDWSURWHFWLRQLVPLVQRWWKHULJKWZD\
to reverse industrial decline. “To maintain manufacturing
DQGNQRZKRZ\RXKDYHWREHUHDG\DWVRPHVWDJHWRJR
DQG PDQXIDFWXUH HOVHZKHUH WR NHHS WKH FRPSDQ\ DÁRDW
<RXKDYHWRLQQRYDWHDQGWDUJHWTXDOLW\:HDUHGRLQJYHU\
ZHOO :H KDYH SHUFHQW RI WKH )UHQFK PDUNHW DQG DUH
QXPEHURQHLQ%HOJLXPDQGZHOOHQWUHQFKHGLQ(XURSH:H
kept our staff in France, stayed in the business and improved
RXUNQRZKRZµKHVD\V5RVWDLQJODPHQWVKRZHYHUWKDWKLV
message and experience have not been taken up by politiFLDQV´,ZDVWROGWKDWWKLVPHVVDJHZRXOGQRWJRGRZQZHOOµ
KHVD\V1HYHUWKHOHVVKHUHPDLQVRSWLPLVWLF´,ZDVUHFHQWO\
DZDUGHG VHYHUDO SUL]HV LQFOXGLQJ RQH LQ WKH 5KRQH$OSHV
region in recognition of our relocation to Vietnam in 2002.
O
Ideas are evolving,” he says.
57
Mirjana Malignon
© A.G.
Glorious Field
GLORIOUS FIELD
Malaisie
Distribution (puériculture, vins, bijoux)
Fondée en 2003
Basée à Kuala Lumpur.
<akljaZmlagf [`ad\[Yj]hjg\m[lk$
wines, jewellery)
Founded in 2003
Based in Kuala Lumpur, Malaysia.
58
Mirjana Malignon, française d’origine macédonienne,
TXLDIDLWXQHSDUWLHGHVHVpWXGHVj3pNLQjODÀQGHVDQnées 80, a créé avec son mari à Kuala Lumpur la première
grande surface de puériculture de Malaisie. Elle vient de
la revendre pour se lancer dans la fabrication de bijoux
qu’elle crée et vend en ligne. Son mari importe et commercialise du vin.
« Notre installation en Malaisie, en 2002, résulte d’abord
d’un choix de vie équilibrée ». Le parcours du couple Malignon découle naturellement de leur background professionnel. « Mon mari était dans les vins et, moi, dans la mode
et les produits de puériculture. J’ai été expatriée par le
groupe Majorette à Hong Kong. Après cette expérience,
M·DLWUDYDLOOpGDQVXQHÀOLDOHGXJURXSH<YHV5RFKHUSRXUOD
fabrication d’accessoires féminins. »
L’aventure de la création d’une grande surface de puériculture a démarré par une activité d’agents pour plusieurs marques européennes. « J’ai d’abord cherché des
distributeurs en 2003 pour les produits de puériculture. En vain.
Nous avons alors décidé d’ouvrir un magasin de produits
de puériculture importés, de 800 mètres carré. Nous avons
choisi des marques européennes qui incarnent une puériFXOWXUHGHERQQHTXDOLWpHIÀFDFHHWV€UHDYHFXQFHUWDLQ
style de design. Nous avons choisi un emplacement dans
un centre commercial baptisé Atria, un centre de première
classe situé dans le « Neuilly » local, pas trop loin de nos bureaux. Nous voulions un grand espace pas trop cher mais
connu. Aujourd’hui la Malaisie regorge de centres commerciaux extraordinaires. Nous avons visé une clientèle de
locaux de classes moyennes et supérieures. Dès l’ouverture,
ce fut le succès grâce au buzz. Nous n’avions pas les
moyens de faire un lancement publicitaire. L’aventure a
GXUpVHSWDQVVDQVTXHÁpFKLVVHODGHPDQGHFDUOHVQRXvelles classes moyennes veulent les produits dernier cri pour
leur progéniture. »
Pour le couple Malignon, le principal problème fut le reFUXWHPHQW HW OH PDQDJHPHQW © 'LIÀFLOH GH WURXYHU GHV
personnes sérieuses, surtout pour les petits salaires. Le
magasin a eu au maximum 45 employés : plutôt des
Chinois pour les travaux de bureau, des Indiens pour la
PDQXWHQWLRQ/HSOXVGLIÀFLOHDpWpGHWURXYHUGHVFDQGLGDWV
pour les postes de vente, une profession qui n’est pas bien
bien considérée, qui n’est pas vue comme une carrière. Les
Chinois commerçants préfèrent travailler en famille. »
Le couple a aussi souffert de malhonnêteté de la part
d’employés comme de clients. « Nous avons découvert
que cinq de nos employés, des clients et des partenaires
s’étaient mis d’accord pour créer une société concurrente
tout en continuant à travailler pour nous. Nous avons fait
appel à la Haute cour de Malaisie et nous avons obtenu le
droit de saisir les biens de cette société. Mais ce fut compliqué et fatiguant. »
Finalement les Malignon ont revendu à une famille de
0DODLVLH FDU LO GHYHQDLW GLIÀFLOHPHQW G·DFFRPSDJQHU
la croissance de l’entreprise. « En Malaisie, les employés
fonctionnent mieux quand la directive vient directement
du numéro 1. Grandir en tant qu’étranger, sans réseau
familial de gens que l’on peut placer à des postes-clé, est
risqué. Plus on grandit, plus on crée des opportunités d’être
trahis. »
Le nouveau projet de Mirjana Malignon est de lancer une
entreprise de vente en ligne de bijoux et d’accessoires
pour femme. Elle dessine elle-même ses modèles et fait
fabriquer en Chine. « Les Malaisiennes sont étonnantes, un
peu le contraire de ce qu’on pourrait attendre dans un
pays musulman. Elles sont vibrantes, n’ont pas peur de se
montrer, d’avoir un travail et des responsabilités. Le voile
est souvent porté chez les Musulmanes, à cause de la pression sociale. Mais certaines le refusent catégoriquement.
Chacune le porte différemment, parfois avec coquetterie. Les femmes peuvent occuper des postes à très hautes
responsabilité, dans les banques, les ministères. J’ai travaillé
autant avec des femmes qu’avec des hommes, qu’elles
soient chinoises ou malaises. Je fais même partie d’un club
de femmes actives les « Brick ladies », un réseau permet de
mieux nous connaître, de se parler entre femmes actives,
une expérience multiculturelle. Aujourd’hui en Malaisie,
les mentalités évoluent très vite. Le professionnalisme se
développe. La population a de plus en plus de moyens
ÀQDQFLHUV-HVXLVDVVH]RSWLPLVWHª O
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kbldr'Ma^[b``^krhn`^m%
the more opportunities
ma^k^Zk^_hk[^mkZrZe'
”
59
60
Soreasmey Ke Bin
Avanti Trading co.
O
© A.G.
M
LUMDQD 0DOLJQRQ D )UHQFKZRPDQ RI
0DFHGRQLDQ RULJLQ ZKR GLG SDUW RI KHU
studies in Beijing at the end of the 1980s,
FUHDWHGDORQJZLWKKHUKXVEDQGWKHÀUVW
big baby care supermarket in Malaysia.
She has just sold it in order to start making
MHZHOOHU\WRVHOORQOLQH+HUKXVEDQGLPSRUWVDQGVHOOVZLQH
7KHEDE\FDUHVXSHUPDUNHWDGYHQWXUHEHJDQZLWKDJHQF\
ZRUN IRU YDULRXV (XURSHDQ EUDQGV ´, ÀUVW ORRNHG IRU EDE\
FDUHSURGXFWGLVWULEXWRUVLQEXWLWZDVLQYDLQ:HGHcided to open an 800 square metre shop for imported baby
FDUHSURGXFWV:HFKRVHDELJVSDFHWKDWZDVZHOONQRZQ
but not too expensive in order to target a local middle and
XSSHU FODVV FOLHQWHOHµ VKH VD\V ´$V VRRQ DV ZH RSHQHG
LW ZDV D VXFFHVV WKDQNVWRWKHEX]]7KHDGYHQWXUHODVWHG
VHYHQ\HDUVZLWKRXWDQ\GLSLQGHPDQGEHFDXVHWKHQHZ
PLGGOHFODVVHVZDQWWKHODWHVWSURGXFWVIRUWKHLURIIVSULQJµ
7KH 0DOLJQRQV IRXQG WKHLU PDLQ GLIÀFXOW\ ZDV ÀQGLQJ DQG
PDQDJLQJ HPSOR\HHV ´,W·V WRXJK WR ÀQG VHULRXV SHRSOH
HVSHFLDOO\IRUORZZDJHV7KHELJJHVWGLIÀFXOW\ZDVWRÀQG
VDOHVVWDIIDSURIHVVLRQWKDWLVORRNHGGRZQXSRQ7KH&KLQHVHWUDGHUVSUHIHUWRZRUNZLWKWKHLUIDPLOLHVµVKHVD\V
The couple also suffered from dishonesty on the part of emSOR\HHVDQGFXVWRPHUV´:HGLVFRYHUHGWKDWÀYHRIRXUHPployees, clients and partners had plotted to create a rival
FRPSDQ\ ZKLOH FRQWLQXLQJ WR ZRUN ZLWK XV :H DSSHDOHG
WRWKH0DOD\VLDQ+LJK&RXUWDQGZRQDQRUGHUVHL]LQJWKH
ULYDOFRPSDQ\·VDVVHWV%XWLWZDVFRPSOLFDWHGDQGWLULQJµ
she said.
Finally, the Malignons sold the company to a Malaysian
IDPLO\ EHFDXVH LW ZDV EHFRPLQJ GLIÀFXOW WR NHHS XS ZLWK
LWVJURZWK´,Q0DOD\VLDHPSOR\HHVZRUNEHVWZKHQRUGHUV
FRPHGLUHFWO\IURPWKHERVV*URZLQJDVIRUHLJQHUVZLWKRXW
DIDPLO\QHWZRUNRISHRSOHWKDW\RXFDQSXWLQWRNH\SRsitions is risky. The bigger you get, the more opportunities
there are for betrayal,” she says.
0DOLJQRQ·VQHZSURMHFWLVWRODXQFKDQRQOLQHVWRUHVHOOLQJ
ZRPHQ·VMHZHOOHU\DQGDFFHVVRULHV´,·YHZRUNHGDVPXFK
ZLWK ZRPHQ KHUH DV ZLWK PHQ ZKHWKHU &KLQHVH RU 0DOD\0DOD\VLDQZRPHQDUHLQFUHGLEOHDQGHQHUJHWLF7KH\
DUHQ·WDIUDLGRIVKRZLQJWKHPVHOYHVRIZRUNLQJDQGKDYLQJ
UHVSRQVLELOLWLHV 0DQ\ 0XVOLP ZRPHQ ZHDU WKH YHLO EXW LW·V
PDLQO\ WKH UHVXOW RI VRFLDO SUHVVXUH (DFK ZRPDQ ZHDUV LW
GLIIHUHQWO\ 6RPH DGDPDQWO\ UHIXVH WR ZHDU LW GHVSLWH WKH
SUHVVXUHZKLOHRWKHUVZHDULWFRTXHWWLVKO\µVKHVD\V´,Q0Dlaysia today, mentalities are changing rapidly. ProfessionalLVP LV GHYHORSLQJ 3HRSOH KDYH PRUH ÀQDQFLDO UHVRXUFHV
O
I’m pretty optimistic.”
AVANTI TRADING
CO.
Cambodge
Distribution lingerie de luxe,
mode balnéaire,
accessoires de mode
Fondée en 2004
:Yk­]§H`fgeH]f`&
Distribution,
dmpmjqdaf_]ja]$^Yk`agfY[[]kkgja]k$ZYl`af_o]Yj
Founded in 2004
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY&
Certains l’appellent Soreasmey, d’autres Baptiste. Ce double prénom correspond à sa double nationalité (mère française, père cambodgien), un métissage qu’il veut mettre à
SURÀWSRXUDLGHUOHSD\VGHVRQSqUHRLODFKRLVLGHYLYUH
Revenu en 2002, Soreasmey Ke Bin a fondé, en actionnaire
minoritaire, une première société d’informatique, puis une
deuxième société de création graphique. Pour le troisième
lancement, il a pris directement les rênes et s’est lancé en
association avec un expatrié français dans la distribution et
la vente de lingerie féminine, en créant Avanti Trading co.
et en ouvrant Promesses, une boutique de luxe à Phnom
Penh.
Après avoir testé leurs compétences par la distribution de
protéines sportives et de boules de pétanque, les créateurs
d’Avanti Trading Co. ont commencé à commercialiser la
marque Aubade, dont les exigences les ont poussés à ouvrir une boutique multimarques. Leur but, à terme, est de
devenir le représentant des grandes marques de mode
au Cambodge. En l’absence de vrais grands magasins —
on y vend encore trop de copies —, ils ont conçu un lieu
LQWLPHHWVpOHFWRLOVRUJDQLVHQWGHVGpÀOpVHWGHVpYpQHments pour attirer la clientèle. Comme le Cambodge est
HQFRUHXQSD\VWUqVFRQVHUYDWHXUOHVGpÀOpVRQWOLHXGDQV
leurs locaux pour des clientes triées sur le volet. Au départ,
la clientèle était surtout formée d’expatriées. Mais depuis
six mois, les Cambodgiennes génèrent un plus gros chiffre
d’affaires, même si elles sont moins nombreuses.
Soreasmey Ke Bin vise d’abord les plus aisées pour atteindre ensuite les classes moyennes quand il aura davantage
d’options d’emplacement. « Je pense qu’on va vers un
marché de distribution sélective. Le gros problème, c’est
que les Cambodgiennes aisées et les expatriées préfèrent
:n]®iZkm%eZ\eb^gm¯e^
était surtout formée
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FZbl]^inbllbqfhbl%
e^l<Zf[h]`b^gg^l
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même si elles sont moins
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h_k^o^gn^l^o^gmahn`a
ma^bkgnf[^klZk^_^p'
61
encore faire leur shopping à Bangkok ou à Singapour. »
Soreasmey Ke Bin a donc du mal à rentabiliser ses activités
car il doit réinjecter des fonds tous les six mois au moment
des prises de commande. « On est proche de l’équilibre,
QRXVUHVWRQVG·DXWDQWSOXVFRQÀDQWVTXHQRXVQRXVVRPPHV
GLYHUVLÀpVYHUVOHEDOQpDLUH$XEDGHUHVWHODPDUTXHSKDUH
avec un effet d’entraînement certain. »
« Nos clientes, souvent sur Facebook — c’est notre principal moyen de communication avec elles — viennent des
“grandes familles”. La société cambodgienne fonctionne
en cercles fermés qui ne se mélangent pas. Il nous faut
WURXYHUODFOLHQWHÀGqOHTXLHQWUDvQHVRQFHUFOHHWIDLUHYHQLU VHV FHUFOHV VpSDUpPHQW ª 8QH WkFKH GLIÀFLOH SRXU XQ
homme : « Je ne peux pas leur parler en direct de lingerie
et notre responsable des ventes qui vient d’un milieu plus
modeste n’a pas accès à elles. » Soreasmey Ke Bin compte
aussi parmi sa clientèle des employées de bureau aux
revenus mensuels entre 300 et 400 dollars, qui vivent chez leurs
SDUHQWVHWYHXOHQWSRXYRLUPRQWUHUOHXUUDIÀQHPHQWHQODLVsant apercevoir sous leur débardeur une bretelle de luxe.
S
ome call him Soreasmey, others Baptiste. His
double name corresponds to his dual nationality
(French mother, Cambodian father), a mixture
that he is using to help develop his father’s counWU\ZKHUHKHKDVFKRVHQWROLYH
Having returned in 2002, Soreasmey Ke Bin foundHG ÀUVW DQ ,7 FRPSDQ\ DQG WKHQ D JUDSKLF GHVLJQ FRPSDQ\ )RU KLV WKLUG DWWHPSW KH WRRN WKH UHLQV KLPVHOI ZLWK
DIULHQGDQGEHJDQGLVWULEXWLQJDQGVHOOLQJOLQJHULHZLWKD
French expatriate by creating Avanti Trading and opening
Promesses, a luxury boutique in Phnom Penh.
$YDQWL7UDGLQJEHJDQVHOOLQJWKHEUDQG$XEDGHZKRVHGHmands pushed them to open a multi-brand store. The longterm goal is to become the representative for big fashion
brands in Cambodia. In the absence of real department
stores (too many copies are sold in the country), they creDWHGDQLQWLPDWHDQGH[FOXVLYHORFDWLRQZKHUHWKH\RUJDQLVH IDVKLRQ VKRZV DQG HYHQWV WR DWWUDFW D FOLHQWHOH ,Q WKH
EHJLQQLQJFXVWRPHUVZHUHODUJHO\H[SDWULDWHVEXWRYHUWKH
SDVW VL[ PRQWKV &DPERGLDQ ZRPHQ KDYH DFFRXQWHG IRU
the majority of revenues even though their numbers are
Fédérer ceux qui rentrent au pays
IHZHU´7KHELJSUREOHPLVWKDWZHDOWK\&DPERGLDQVSUHIHU
L’autre objectif de Soreasmey Ke Bin est d’aider ceux to do their shopping in Bangkok or Singapore,” he said.
qui rentrent au pays. Il a fondé avec un ami revenu des $VDUHVXOW.H%LQLVKDYLQJGLIÀFXOW\WXUQLQJDSURÀWEHFDXVH
Etats-Unis l’initiative Anvaya, une association qui fédère les KHKDVWRUHLQYHVWIXQGVHYHU\VL[ZHHNVZKHQWDNLQJRUGHUV
Khmers, d’où qu’ils viennent. « A partir de 1990, une grande But he thinks he is close to breaking even.
partie de l’élite est rentrée au Cambodge pour faire de la ´2XUFOLHQWVDUHRIWHQRQ)DFHERRN²WKDW·VRXUPDLQZD\RI
politique avec plus ou moins de réussite et avec parfois des FRPPXQLFDWLQJZLWKWKHP²DQGFRPHIURPKLJKVRFLHW\
comportements assez scandaleux. La diaspora cambod- Cambodian society operates in closed circles that do not
gienne est divisée entre ceux qui sont partis avant la guerre, PL[ZLWKRQHDQRWKHU:HQHHGWRÀQGOR\DOFOLHQWVZKREULQJ
au tout début de la guerre, pendant la guerre et après la in their circle and get in other circles separately,” he says.
guerre. Ceux qui sont partis le plus tôt l’ont fait dans de This is a tricky task for a man. “I can’t speak directly about
meilleures conditions. Ils se sont beaucoup mieux intégrés OLQJHULH ZLWK WKHVH ZRPHQ DQG RXU VDOHV GLUHFWRU FRPHV
dans les pays d’accueil et sont aussi ceux qui reviennent from a more modest background and so doesn’t have acle plus. Mais, depuis trois ou quatre ans, de plus en plus de cess to them,” he says. Among Ke Bin’s clients are also ofjeunes reviennent seuls ». Anvaya, qui compte 320 inscrits, a ÀFH ZRUNHUV ZKR HDUQ EHWZHHQ DQG D PRQWK
été créée sur le modèle d’une association équivalente au OLYHZLWKWKHLUSDUHQWVDQGZDQWWRVKRZWKHLUVRSKLVWLFDWLRQ
Vietnam $VVRFLDWLRQ IRU OLDLVRQ ZLWK RYHUVHDV 9LHWQDPHVH by making a luxury strap visible underneath their tops.
(ALOV-HCMC), initiée par le gouvernement. Le but est de Ke Bin’s other aim is to help other returnees coming back
favoriser le retour et l’intégration de ceux qu’on appelle to the country. Six months ago he and a friend back from
un peu péjorativement au Cambodge « les déracinés » the US launched the Anvaya initiative, an association link(aneakechuon). Dans un pays en manque de cadres, les LQJ.KPHUVQRPDWWHUZKHUHWKH\DUHFRPLQJEDFNIURP,W
ressources humaines que constitue la diaspora ne sont pas DLPVWRIDFLOLWDWHWKHUHWXUQDQGLQWHJUDWLRQRIWKRVHNQRZQ
négligeables. « Nous avons aussi un groupe féminin car les VRPHZKDW SHMRUDWLYHO\ LQ &DPERGLD DV ¶WKRVH ZLWKRXW
ÀOOHVpSURXYHQWSOXVGHGLIÀFXOWpjVHUpLQWpJUHU/DSUHXYH roots’ (aneakechuon). In a country lacking executives, the
les hommes qui reviennent se marient à 70% avec des « lo- human resource that the diaspora represents is not inconO
cales » alors que sur les 30 femmes de notre association, siderable.
une seule a épousé un « local ». O
62
David Picard
© A.G.
Moleac
MOLEAC
Singapour
Hjg\m[lagfh`YjeY[]mlaim]
Entreprise créée en : 2003
Nombre de salariés : 29
H`YjeY[]mla[Ydk
Founded in 2003
Based in Singapour
Number of staff : 29.
David Picard est un CEO heureux. La structure qu’il a
fondée en 2003 à Singapour, Moleac PTe Ltd double de
taille chaque année. Son chiffre d’affaires a été multiplié par huit en trois ans et il espère qu’il pourra encore le
multiplier par dix. Il a reçu deux prestigieux prix asiatiques
d’entreprenariat. Son produit-phare et unique, NeuroAiD,
ODQFpÀQHVWDXMRXUG·KXLSUpVHQWGDQVXQHTXLQ]DLQH
de pays d’Asie, du Moyen-Orient et d’Europe. Il devrait
s’étendre encore en Europe et en Amérique latine. Indiqué
pour récupérer des fonctions neurologiques perdues après
une attaque cérébrale, NeuroAiD connaît des développePHQWVSURPHWWHXUVSRXUVRLJQHUGHVGpÀFLHQFHVGXV\VWqPH
nerveux périphérique, des maladies neuro-dégénératives,
des déclins cognitifs… Mais cette belle progression a mis du
temps à se déclencher. Sur le chantier depuis 2002, il a du
batailler ferme pour convaincre des investisseurs de miser
sur la médecine chinoise.
David Picard travaillait depuis une dizaine d’années dans
un cabinet de conseil en Asie et en France quand il s’est
lancé dans l’aventure Moleac, avec l’idée de développer
de nouveaux chemins d’innovation en pharmacie. « L’idée
de “cross-fertiliser” l’Asie et l’Occident à travers les deux
médecines m’excitait. Je souhaitais réduire les temps de
développement et les coûts et trouver des solutions pour
des gens qui souffrent. »
A partir de 2002, David Picard fait la tournée des instituts
et des sociétés pharmaceutiques chinoises, conseillé par
Tang frères, un groupe sino-français né dans le 13e arURQGLVVHPHQWGHYHQXVRQSULQFLSDODFWLRQQDLUH,OLGHQWLÀH
des médicaments (MTC) qui peuvent combler des vides
WKpUDSHXWLTXHVHQ2FFLGHQWDYHFXQERQSURÀOGHVpFXULWpVDQLWDLUHGHVGRQQpHVÀDEOHVHWIDFLOHPHQWDFFHVVLEOHV
63
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\hgoZbg\k^]^l
g^nkheh`n^l]^mkZbm^k
e^lH\\b]^gmZnqob\mbf^l
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Pa^gBlmZkm^]%ghhg^
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Zg]`bobg`bmmhp^lm^kg
lmkhd^ob\mbflpahp^k^
bgZ\kbmb\Ze\hg]bmbhgpZl
`hbg`mh[^Z[b`
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64
Il les fait valider grâce à des approches méthodologiques
GpÀQLHV DYHF XQH pTXLSH PpGLFDOH GH WUqV KDXW QLYHDX
,O ÀQLW SDU VH IRFDOLVHU VXU OH SOXV SURPHWWHXU TXH 0ROHDF
va exploiter sous le nom de NeuroAiD. « Le composé de
quatorze éléments issus de la pharmacopée chinoise que
QRXVDYRQVLGHQWLÀpVVHPEODLWDLGHUGHVSDWLHQWVjUpFXSp
rer des fonctions, même très longtemps après une attaque.
Après des travaux importants menés par les professeurs
Heurteaux et Lazdunski, nous avons compris comment ce
produit permettait de régénérer les cellules du cerveau en
les aidant à créer de nouveaux circuits neuronaux. »
&·HVW HQ GDWH j ODTXHOOH O·206 UHFRQQDvW HQÀQ OHV
MTC (médicaments traditionnels chinois) comme des médicaments à part entière, que David Picard a démarré en
pionnier. « Quand j’ai commencé, personne ne voulait investir dans cette aventure. Convaincre des neurologues de
traiter les Occidentaux victimes d’attaque cérébrale avec
des médicaments de la pharmacopée chinoise semblait
XQGpÀGLIÀFLOHjUHOHYHUª
Le choix de Singapour
« J’ai choisi Singapour parce que les autorités de santé
comprenaient déjà la médecine chinoise et m’ont permis
d’aller relativement vite. En un an et demi, l’essai clinique
était autorisé à démarrer dans les laboratoires. En six mois,
le produit était commercialisable à Singapour sous le label
“médecine traditionnelle”. Il est aujourd’hui prescrit à 80%
par des neurologues et des neurochirurgiens. » En 2011, NeuroAiD a été commercialisé en Amérique latine, en Europe
et en Russie… En Europe, il devrait être lancé sous forme
de supplément alimentaire sans indication thérapeutique
dans un premier temps. Aujourd’hui, Moleac emploie vingtcinq personnes à Singapour, trois à Paris et une en Chine.
C’est une équipe multinationale où les Français sont bien
représentés. « En arrivant d’un grand groupe, j’ai du apprendre à passer du temps à régler des petits problèmes
opérationnels. Maintenant il s’agit de construire une équipe,
d’attirer des talents et de les maintenir à bord alors que la
structure double chaque année. » David Picard a installé
Moleac au cœur de Biopolis, un ensemble hyperfonctionnel créé en 2004 par le gouvernement singapourien pour
développer les sciences de la vie dans l’île-Etat. « A Singapour, je me trouve sur une plateforme d’accélération dans
mon domaine. J’ai pu transformer un produit chinois et le
rendre légitime en Occident. Si je m’étais installé en Chine,
j’aurais été plus vite pour moins cher, mais personne n’y
croirait. Si je l’avais fait en France, je n’aurais probablement
pas encore démarré… » David Picard souligne toutefois
D
© DR
avid Picard is a happy CEO. The company he
founded in 2003 in Singapore, Moleac Pte Ltd,
is doubling in size each year. Its turnover has
JURZQ HLJKWIROG LQ WKUHH \HDUV DQG KH DLPV
to multiply it a further tenfold. He is the recipiHQWRIWZRSUHVWLJLRXV$VLDQHQWUHSUHQHXUVKLS
SUL]HV+LVÁDJVKLS²DQGVRIDURQO\²SURGXFWLV1HXUR$L'
ODXQFKHG DW WKH HQG RI DQG SUHVHQW WRGD\ LQ ÀIWHHQ
Asian, Middle Eastern and European countries. The product
is due to go on sale in Europe and Latin America this year.
1HXUR$L' KHOSV SHRSOH ZKR KDYH VXIIHUHG D VWURNH UHJDLQ
neurological functions and there are promising signs that it
FRXOGDOVREHXVHGWRWUHDWGHÀFLHQFLHVLQWKHSHULSKHUDOQHUvous system, degenerative neurological disease and degeneration of cognitive function.
Pour ses réalisations, David Picard a reçu en 2009, le Frost & Sullivan
+RZHYHU WKHVH YHU\ SURPLVLQJ GHYHORSPHQWV KDYH WDNHQ
,_JLSSLUJLPU/LHS[OJHYL(^HYKZL[LU)PVZWLJ[Y\T(ZPH7HJPÄJ
Award. In 2009 David Picard received the Frost & Sullivan Excellence WKHLU WLPH LQ FRPLQJ :LWK KLV SURGXFW XQGHU GHYHORSPHQW
PU /LHS[OJHYL (^HYK HUK PU [OL )PVZWLJ[Y\T (ZPH 7HJPÄJ (^HYK VLQFH3LFDUGKDGWRÀJKWWRFRQYLQFHLQYHVWRUVWRWDNH
(pictured above).
DEHWRQ&KLQHVHPHGLFLQH7&03LFDUGKDGZRUNHGIRUD
TX·LO HVW GLIÀFLOH SRXU XQ HQWUHSUHQHXU IUDQoDLV GH WURXYHU GR]HQ\HDUVLQDFRQVXOWDQF\ÀUPLQ$VLDDQG)UDQFHZKHQ
GHV IRQGV j 6LQJDSRXU ,O YDQWH SDU FRQWUH OD ÁH[LELOLWp GX he set out on the Moleac adventure. “The idea of crossdroit du travail : « Il est facile d’embaucher sans se poser la IHUWLOLVLQJ $VLD DQG WKH :HVW XVLQJ WKHLU WZR IRUPV RI PHGLquestion CDD ou CDI. Et cela ne coûte que le salaire ». Sans FLQHH[FLWHGPH,ZDQWHGWRUHGXFHGHYHORSPHQWWLPHDQG
compter que Singapour attire beaucoup depuis l’annonce FRVWVDQGÀQGVROXWLRQVIRUSHRSOHZKRZHUHVXIIHULQJ,NQHZ
d’une croissance à plus de 15%. A l’avenir, David Picard es- WKHUHZDVDGHFHQWEXVLQHVVWREHEXLOWµKHVDLG
père encore multiplier son chiffre d’affaires par dix. Ensuite, )URP RQZDUGV 'DYLG 3LFDUG YLVLWHG &KLQHVH SKDUPDil pense aller en bourse… ou être racheté par un grand FHXWLFDOLQVWLWXWHVDQGFRPSDQLHV+HZDVDGYLVHGE\7DQJ
Brothers, a Sino-French business based in the 13th arrondissegroupe.
PHQWLQ3DULVWKDWEHFDPHKLVFKLHIVKDUHKROGHU+HLGHQWLÀHG
WUDGLWLRQDO&KLQHVHPHGLFLQH7&0WKDWFRXOGÀOOWKHUDSHXBien dans sa peau
David Picard se sent bien dans sa peau d’entrepreneur. WLFJDSVLQWKH:HVWDQGKDGDUHFRUGRISRVLWLYHO\LPSDFW« C’est intense et amusant. J’aime faire avancer la struc- LQJ KHDOWK JRRG GDWD DQG ZDV UHDGLO\ DYDLODEOH +H KDG
ture. J’ai choisi un sujet compliqué, de nature mondiale WKHPYDOLGDWHGDFFRUGLQJWRPHWKRGRORJ\GUDZQXSLQFROpour une toute petite boîte. Ce que je fais, je le regarde ODERUDWLRQZLWKDWHDPRIPHGLFDOH[SHUWVDQGÀQLVKHGE\
avec des yeux occidentaux. Le qi, je ne sais pas ce que FRQFHQWUDWLQJ RQ WKH PRVW SURPLVLQJ DPRQJ WKHP ZKLFK
c’est exactement. Dans mon secteur, je suis encore tout 0ROHDFZDVWRVHOOXQGHUWKHEUDQGQDPH1HXUR$L'70´7KLV
seul. Il y a quelques sociétés cosmétiques qui exploitent SURGXFW PDGH XS RI HOHPHQWV ZH KDYH LGHQWLÀHG DQG
les pharmacopées traditionnelles, une chaîne renommée taken from TCM, seemed to help patients recover functions
de pharmacies traditionnelles chinoises Eu Yan Sang avec HYHQLIDORQJWLPHKDVSDVVHGVLQFHDVWURNH)ROORZLQJVLJQL
des positionnements moins médicalisés et plus marketing. ÀFDQWZRUNE\3URIHVVRUV+HXUWHDX[DQG/D]GXQVNLZHXQGHUA l’autre extrémité du spectre, des sociétés pharmaceu- VWRRGKRZWKLVSURGXFWKHOSVYLFWLPVUHJHQHUDWHEUDLQFHOOV
tiques telles que Novartis ont des approches classiques de E\KHOSLQJWKHPWRFUHDWHQHZQHXURQDOFLUFXLWVµKHVDLG
recherche de composés actifs dans des plantes tradition- ,W ZDV LQ ZKHQ WKH :+2 ÀQDOO\ UHFRJQLVHG 7&0 DV
nelles. Nous avons travaillé sur une formulation tradition- PHGLFLQHLQLWVRZQULJKWWKDW'DYLG3LFDUGVHWRXWXSRQKLV
QHOOHF·HVWjGLUHXQPpODQJHQRQSXULÀpHWO·DYRQVpWXGLp SLRQHHULQJSDWK´:KHQ,VWDUWHGQRRQHZDQWHGWRLQYHVW
WHOTXHOGHPDQLqUHULJRXUHXVHHQPRGLÀDQWOHPRLQVSRV- 7DNLQJ PHGLFLQH FRQWDLQLQJ 7&0 DQG JLYLQJ LW WR ZHVWHUQ
sible au départ. Maintenant, nous commençons à faire VWURNHYLFWLPVZKRZHUHLQDFULWLFDOFRQGLWLRQZDVJRLQJWR
be a big challenge,” he said. “I chose Singapore because
évoluer la formule. » O
65
66
Alain Daout
Apple Tree, Exotissimo Laos
© A. G.
the health authorities there already understood TCM and alORZHG PH WR GR WKLQJV UHODWLYHO\ TXLFNO\ :LWKLQ PRQWKV
ZHKDGDXWKRULVDWLRQIRUFOLQLFDOWULDOVLQWKHODERUDWRULHV,Q
six months the product could be sold in Singapore under the
¶WUDGLWLRQDOPHGLFLQH·ODEHO,WLVQRZSUHVFULEHGE\QHXURORgists and neurosurgeons in 80 percent of cases. Last year, at
WKHLQYLWDWLRQRIWKH3DULVSXEOLFKRVSLWDOERG\ZHDWWHPSWHG
to run a clinical trial in France but came up against the more
conservative French Health Standards Agency.”
,Q1HXUR$L'ZLOOJRRQWKHPDUNHWLQ/DWLQ$PHULFD(XURSH DQG 5XVVLD ,Q (XURSH LW ZLOO LQLWLDOO\ EH VROG DV D IRRG
VXSSOHPHQWZLWKRXWWKHUDSHXWLFSURSHUWLHV
Today, Moleac employes 25 people in Singapore, three in
3DULVDQGRQHLQ&KLQD,W·VDPXOWLQDWLRQDOWHDPZLWKPDQ\
French members. “Having come from a big company, I had
WR OHDUQ KRZ WR WDNH WLPH WR VROYH VPDOO RSHUDWLRQDO SUREOHPV1RZWKHWDVNLVWREXLOGDWHDPDWWUDFWWDOHQWDQGNHHS
them on board as the company doubles in size each year,”
he said.
Picard located Moleac in the heart of Biopolis, an agglomeration created by the Singapore government in 2004 to deYHORSOLIHVFLHQFHVZKHUHLWZDVRQHRIWKHÀUVWWHQDQWV´7KH
main advantage of being in Singapore has been speed of
movement. I have been able to transform a Chinese prodXFWDQGJLYHLWOHJLWLPDF\LQWKH:HVW,I,KDGORFDWHGLQ&KLQD , ZRXOG KDYH ZRUNHG IDVWHU DQG PRUH FKHDSO\ EXW QR
RQHZRXOGEHOLHYHLQWKHSURGXFW,I,KDGGRQHLWLQ)UDQFH,
ZRXOGSUREDEO\QRWHYHQKDYHVWDUWHG\HWEHFDXVH,ZRXOG
VWLOO EH ERJJHG GRZQ ZLWK DGPLQLVWUDWLYH SUREOHPVµ KH
said.
3LFDUGVDLG)UHQFKHQWUHSUHQHXUVKDYHDWRXJKMREÀQGLQJ
funding in Singapore but lauded the city-state’s employment
ÁH[LELOLW\´,W·VHDV\WRKLUHSHRSOHZLWKRXWZRUU\LQJDERXWWKH
length of their contract and it only costs the person’s salary,” he said. Singapore is also attractive to many thanks to
LWVSHUFHQWUDWHRIJURZWK,QWKHIXWXUH3LFDUGKRSHVWR
increase turnover tenfold and then perhaps proceed to IPO
or sell to a big company. And he is enjoying life as an entrepreneur. “It’s intense and fun. I like building the business. I’ve
chosen a complex area, global in nature, as the focus for
D YHU\ VPDOO FRPSDQ\ ,·P ORRNLQJ DW ZKDW ,·P GRLQJ ZLWK
ZHVWHUQH\HV,GRQ·WNQRZH[DFWO\ZKDWqi is. I’m still the only
RQHLQP\VHFWRU:HKDYHZRUNHGRQDWUDGLWLRQDOIRUPXOD
ZKLFKPHDQVDPL[WXUHWKDWKDVQRWEHHQSXULÀHGDQGGXUing the early stages studied it rigorously in its original form,
DYRLGLQJPRGLÀFDWLRQDVIDUDVSRVVLEOH1RZWKDWZHNQRZ
PRUHDERXWKRZLWZRUNVZHDUHVWDUWLQJWRHYROYHWKHIRUmula,” he said. O
APPLE TREE, EXOTISSIMO LAOS
Laos
Tourisme, distribution
(agro-alimentaire, jouets…)
Créée en 2000
Basée à Vientiane,
*-(]ehdgq­k\gflmf]imafrYaf]\]phYlja­k&
Tourism, distribution (food, toys…)
Founded in 2000
Based in Vientiane, Laos
Number of staff: 250 including 15 expatriates.
« Ma vie au Laos est ma troisième vie », explique d’entrée de
MHX$ODLQ'DRXWTXLDFUppDX/DRVODÀOLDOHG·$SSOH7UHHXQ
groupe français basé à Ho chi Minh Ville, et celle d’Exotissimo,
devenue, en cinq ans, la première agence de tourisme au
Laos. Arrivé à Vientiane en 1997, résident permanent au
/DRVGHSXLVFHWDQFLHQRIÀFLHUGHO·DUPpHIUDQoDLVH
(dans les blindés) est un personnage haut en couleur, qui
a choisi le Laos comme pays d’adoption et dit volontiers
« nous » quand il en parle. Entre la cavalerie et le Laos, il
a eu une deuxième vie en France dans le tourisme vert.
« J’étais en avance sur mon temps et je ne connaissais pas le
marketing. J’ai eu du mal à m’adapter à la vie civile… Personne ne se sentait responsable. J’ai eu l’impression que
nous étions devenus une civilisation vieillissante. Cela ne
me correspondait pas. »
Partir, mais où ?
Un beau matin de juillet 1995, il se réveille en se disant qu’il
part. Mais où ? « L’Afrique ne me paraîssait pas être le continent de l’avenir. Les choses allaient se jouer en Asie. Je
suis parti en repérages. Invité à un mariage à Vientiane,
j’ai eu une intuition forte et immédiate : c’est là que je
voulais vivre. » Alain Daout se lance dans le tourisme, un
métier facile à apprendre en autodidacte, pense-t-il. Un
investisseur ouvrait un lodge dans le nord et cherchait
TXHOTX·XQ SRXU ÀQLU OD FRQVWUXFWLRQ HW GpPDUUHU ,O YLHQW
seul et embauche une Laotienne qui devient sa femme.
« Je n’avais plus envie de rentrer en France. » A l’époque,
il y avait très peu de licences de tourisme : une vingtaine,
contre deux cents aujourd’hui. Alain Daout récupère celle
d’un Laotien et s’allie à la société Exotissimo. « Tout est allé
très vite, à l’amiable. Le président fondateur est venu me
Le Nord du pays est
^gmb¯k^f^gm\abghbl3
e^lm^kk^l%e^l^gmk^ikbl^l%
e^l\Zfbhgl%e^l[Zkl%
f°f^e^lÛee^l'
Ma^ghkmah_ma^\hngmkr
is entirely Chinese – the
eZg]%ma^\hfiZgb^l%
ma^mkn\dl%ma^[Zkl%
^o^gma^`bkel'
”
67
voir. Nous avons conclu un accord. A l’époque, une société étrangère ne pouvait pas être actionnaire dans le
tourisme. Nous avons signé avec un Laotien un contrat de
management de sa société. » Dans le cadre d’AppleTree,
outre Exotissimo, Alain Daout ouvre Anam Fine Food, crée
la Villa Mali et le Kamu Lodge. Il emploie aujourd’hui 250
personnes, dont une quinzaine d’expatriés. Son cœur de
métier est le tourisme — 70% de l’activité — mais il importe
des produits alimentaires bien français et assure aussi la
gestion de projets architecture. Hors groupe, Alain Daout
a créé avec sa femme, une librairie internationale, un magasin de jouets et acheté des concessions pour plantations
agricoles. « Le Laos est un pays de petits volumes. Il est difÀFLOH GH GpYHORSSHU XQH DFWLYLWp MXVTX·j XQ VHXLO GH UHQWDELOLWpLPSRUWDQW/DSOXSDUWG·HQWUHQRXVVHGLYHUVLÀHQWª
Former et retenir ses employés
Les ressources humaines sont, à ses yeux, une question-clé.
©/H/DRVPDQTXHGHSHUVRQQHOTXDOLÀp2QQHWURXYHSDV
de cadres âgés de 40 à 50 ans ; la formation technique est
mauvaise. L’encadrement moyen commence à s’améliorer,
surtout à travers le travail des femmes, car les hommes ont
une activité de représentation, mais ne s’occupent ni de la
maison, ni des terres, ni de l’agriculture et ils abandonnent
aux femmes la gestion du patrimoine. »
Selon Alain Daout, la priorité du Laos, c’est d’améliorer
l’éducation. « Le primaire n’est pas si mauvais, mais, dès le
secondaire, la qualité chute. Les professeurs sont trop mal
payés avec des salaires de 80 dollars par mois. Les entreprises souffrent d’un turn-over d’autant plus fort que l’activité
HVWTXDOLÀpH'DQVPRQGRPDLQHXQHRSpUDWULFHDVRXYHQW
envie d’aller voir ailleurs, d’autant que la construction du
barrage de Namhteun 2 a créé, dans le privé, un très fort
décalage entre les salaires intermédiaires (de 500 à 600
dollars) et les bas salaires (entre 80 et 120 dollars). »
Autre souci pour un entrepreneur français : la montée en
puissance des Chinois. « Le Nord du pays est entièrement
chinois : les terres, les entreprises, les camions, les bars,
PrPHOHVÀOOHV/jEDVRQQHERLWSOXVGHELqUHODR2QERLW
de la bière chinoise et on fume des cigarettes chinoises ! »
Avec la construction des routes, le trajet entre Vientiane
et la Chine est passé, en dix ans, de 70 h à 20h. « Au milieu des années 90, il n’y avait pas un Chinois dans le Nord.
Aujourd’hui leur présence est si forte qu’elle suscite des réactions hostiles. » Et Alain Daout d’ajouter : « Les Laotiens
VRQWH[WUrPHPHQWDFFXHLOODQWVPDLVÀQLVVHQWSDUVHPpÀHU
des étrangers. Trop de gens de toute nationalité sont passés avec des grosses voitures et repartis un an plus tard les
poches bien remplies. » O
68
A
lain Daout set up the Laos branches of Apple Tree, a French company based in Ho
&KL 0LQK &LW\ DQG ([RWLVVLPR ZKLFK LQ ÀYH
years became the top travel agency in Laos.
Daout arrived in Vientiane in 1997 and became a permanent resident in 1999. He’s a
IRUPHU)UHQFKDUP\RIÀFHUZKRFKRVH/DRVDVKLVDGRSWHG
FRXQWU\ DQG XVHV WKH ZRUG ´ZHµ ZKHQ KH WDONV DERXW LW
%HWZHHQWKHDUP\DQG/DRVWKHUHZDVDOVRDVWLQWLQ)UDQFH
LQWKHJUHHQWRXULVPVHFWRUEXWKHKDGGLIÀFXOW\´DGDSWLQJ
to civilian life”.
2QHÀQHPRUQLQJLQ-XO\'DRXWZRNHXSDQGVDLGWR
KLPVHOIWKDWKHZDVOHDYLQJ,QYLWHGWRDPDUULDJHLQ9LHQWLDQHKHKDGDQ´LPPHGLDWHDQGSRZHUIXOLQWXLWLRQµWKDW
KHZDQWHGWROLYHWKHUH+HEHJDQZRUNLQJLQWRXULVP$QLQYHVWRUZDVRSHQLQJDORGJHLQWKHQRUWKDQGZDVORRNLQJIRU
VRPHRQHWRÀQLVKWKHFRQVWUXFWLRQDQGRSHQLW+HDUULYHG
DORQHDQGKLUHGD/DRWLDQZRPDQZKREHFDPHKLVZLIH
“I had no further desire to return to France,” he says.
$WWKHWLPHWKHUHZHUHYHU\IHZWRXULVPOLFHQVHVDERXW
compared to 200 today. Daout obtained one from a LaoWLDQ DQG OLQNHG XS ZLWK ([RWLVVLPR )RU $SSOH 7UHH 'DRXW
opened Anam Fine Food and created the Villa Mali and
the Kamu Lodge. Today he employs 250 people including
DERXW H[SDWULDWHV +LV PDLQ RSHUDWLRQ LV WRXULVP ZKLFK
accounts for 70 percent of activity, but he also imports
French foods and takes care of architecture projects. Outside the company, Daout created an international bookVKRSZLWKKLVZLIHDWR\VKRSDQGDOVREX\VFRQFHVVLRQVIRU
DJULFXOWXUDO SODQWDWLRQV ,Q KLV YLHZ KXPDQ UHVRXUFHV DUH
crucial.
´/DRVLVODFNLQJLQTXDOLÀHGSHUVRQQHO<RXGRQ·WÀQGH[HFXWLYHV DJHG EHWZHHQ DQG 7HFKQLFDO WUDLQLQJ LV SRRU
0LGGOHPDQDJHPHQWLVVWDUWLQJWRLPSURYHZKLFKLVPDLQO\
GRZQ WR WKH ZRUN RI ZRPHQµ KH VD\V /DRV·V SULRULW\ DFcording to Daout is to improve education. “Primary educaWLRQLVQ·WEDGEXWWKHTXDOLW\IDOOVDZD\DWVHFRQGDU\OHYHO
DQGEH\RQG7KHWHDFKHUVDUHSRRUO\SDLGZLWKVDODULHVRI
about $80 a month. Companies suffer from high staff turnRYHUWKDWLVHYHQKLJKHUZKHQWKHDFWLYLW\UHTXLUHVTXDOLÀHG
people,” he says.
$QRWKHUZRUU\IRUWKH)UHQFKHQWUHSUHQHXULVWKHULVHLQSRZer of the Chinese. “The north of the country is entirely Chinese – the land, the companies, the trucks, the bars, even
WKH JLUOVµ KH VD\V +LJKZD\ FRQVWUXFWLRQ KDV UHGXFHG WKH
GULYLQJ WLPH EHWZHHQ 9LHQWLDQH DQG &KLQD IURP KRXUV
WRKRXUVLQMXVW\HDUV´,QWKHPLGVWKHUHZHUHQ·W
DQ\&KLQHVHLQWKHQRUWK1RZWKHUHDUHVRPDQ\WKDWWKHLU
presence is getting a hostile reaction,” he says. O
Christophe Forsinetti
© A. G.
Devenco
DEVENCO
Cambodge
>gf\k\afn]klakk]e]flaffgnYfl
Créé en 2007
:Yk­§H`fgeH]f`$
21employés.
Private equity and investment
consulting
Founded in 2007
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY
Number of staff: 21.
A l’image de son co-fondateur, Christophe Forsinetti, un
franco-cambodgien cosmopolite, ancien de PlaNet Finance, Devenco (Development Venture Corporation),
créé en 2007 à Phnom Penh, est un fonds innovant. Ni purement fonds d’investissement, ni vraiment fonds social, il est
un peu les deux : « Nous cherchons à combler un vide. Si
les grandes sociétés peuvent s’adresser aux banques et les
WRXWHVSHWLWHVjODPLFURÀQDQFH³TXLPDUFKHWUqVELHQDX
Cambodge —, les PME intermédiaires, peu structurées, qui
ne paient pas de taxes et parfois ne sont même pas enregistrées au ministère du Commerce, ont des problèmes
GHÀQDQFHPHQWªH[SOLTXH&KULVWRSKH)RUVLQHWWL/HEXWGH
Devenco est de les aider à se structurer en investissant des
fonds privés, pour l’instant français, canadiens et singaSRXULHQV 8Q WkFKH GLIÀFLOH FDU © OHV 30( FDPERGJLHQQHV
ne comprennent pas ce dont nous parlons et la courbe
G·DSSUHQWLVVDJHHVWOHQWH'LIÀFLOHG·DFFHSWHUG·rWUHDXGLtées, de perdre un peu d’argent pour en gagner plus, de
respecter une éthique qui nécessite la mise en place d’une
sécurité sociale pour les employés. »
Devenco joue le rôle de « business angel ». « Nos investisseurs,
HQJpQpUDOVHPpÀHQWGXPDUFKpFDPERGJLHQ1RXVOHXUV
LQVSLURQVFRQÀDQFH/HEXWELHQV€UHVWXQUHWRXUVXULQYHVtissement. Mais c’est aussi, de promouvoir l’écologie et le
social dans une logique d’entreprise, de créer de l’emploi
dans les provinces, avec une stratégie d’investissement
dans les industries de substitution aux importations. »
Devenco a déjà un vrai succès à son actif, avec le rachat
d’une société familiale, spécialisée dans la collecte des
déchets à Siem Reap. Quatre ans après, elle est devenue
numéro 2 dans son secteur, elle n’a qu’un seul concurrent
alors qu’existe désormais une forte barrière à l’entrée. « Au
69
© DR
© DR
départ, dans cette entreprise purement familiale n’existaient
ni procédure, ni chiffre, et les conditions de travail étaient
déplorables. « Nous avons évalué l’entreprise, fait une
offre — le propriétaire souhaitait vendre —, mis en place
un nouveau management, étudié les routes, racheté des
camions, opéré la nuit, donné des uniformes, une assurance
aux employés. L’investissement initial a été important — plus
d’un million de dollars —, mais le chiffre d’affaires a triplé
et les dépenses opérationnelles ont baissé. Aujourd’hui,
00&DGHVFRPSWHVDXGLWpVWUqVSURÀWDEOHVHOOHVHGpYH
loppe dans d’autres villes cambodgiennes où elle jouit de
contrats exclusifs pour cinquante ans. Elle a trois axes de
GpYHORSSHPHQW JDJQHU G·DXWUHV YLOOHV GLYHUVLÀHU VHV
activités, exploiter les déchets. »
Devenco a lancé aussi deux autres grands projets, une
chaîne de pharmacies et une usine de fertilisants organiques, tout en étudiant plus d’une centaine de sociétés
— et en faisant beaucoup de conseil, une activité lucrative
à court terme contrairement à l’investissement.
+L]LUJV H YHJOL[t L[ ÄUHUJt SL Kt]LSVWWLTLU[ KL .(,( \UL LU[YLprise de ramassage des ordures à Siem Reap. Devenco bought and developed a company specialising in waste collection in Siem Reap.
70
Les leçons d’un échec relatif
Entreprendre n’est pourtant pas simple au Cambodge et
l’expérience du lancement d’une chaîne de pharmacies
a été instructive. « C’est une start up. Dans la pharmacie, il
n’y avait presque rien au Cambodge, seulement quelques
petites échoppes, sans visibilité sur la qualité des médicaments, sans service, s’adressant à une clientèle pauvre.
Nous avons choisi de nous adresser à la classe moyenne
naissante avec des revenus à partir de 600 dollars menVXHOVSDUIDPLOOH1RXVDYRQVPLVHQSODFHGHVYpULÀFDWLRQV
une gestion du déstockage en ligne et en temps réel. Mais
notre recrue initiale, excellent pharmacien, n’était pas un
manager. Nous avons du le pousser vers la sortie ainsi que
les quatre candidats suivants qui n’étaient pas assez compétents avant de trouver le bon.»
/D IRUPDWLRQ GX SHUVRQQHO HVW HQ HIIHW XQ GHV GpÀV FUXciaux pour Devenco qui vend d’abord de la matière grise.
« L’esprit critique et analytique manque énormément au
Cambodge. L’éducation est de mauvaise qualité, les
GLSO{PHVV·DFKqWHQW,OQ·\DQLVHQVGHO·HIÀFDFLWpQLJHVtion du temps. Mais les jeunes recrues peuvent apprendre
très vite quand elles sont motivées. Les gens boivent les paroles, aiment apprendre. Nous recrutons très peu de plus
de trente ans, sauf sur notre projet d’usine de fertilisants
pour aller parler aux chefs de villages et aux agriculteurs,
car l’ancienne garde, bien qu’au pouvoir, est totalement
dépassée au niveau technique. »
Devenco sert d’incubateurs et de réseau pour former de
Devenco a aussi une usine de fertilisants organiques. An organic fertiliser factory developed by Devenco.
E^l`kZg]^llh\b®m®l
i^no^gmlZ]k^ll^kZnq
[Zgjn^l^me^lmhnm^l
i^mbm^l¨eZfb\kh&ÛgZg\^%
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aZo^lbfie^lmkn\mnk^l%
aZo^_ng]bg`ikh[e^fl'
© DR
jeunes managers cambodgiens à fort potentiel. « Outre
les 17 employés du siège, trois à quatre managers par
projet tournent autour de la société. Ils ont entre 28 et 35
ans et font partie de la famille Devenco. Nous mettons en
place un système de partage d’information, de réseaux,
G·pFKDQJHVª$O·H[FHSWLRQGXGLUHFWHXUÀQDQFLHUIUDQoDLV
tous les managers sont cambodgiens. Selon Christophe Forsinetti, même si le management des hommes est exigeant,
le point positif est que « les Cambodgiens, à un certain
niveau, à la différence des Vietnamiens ou des Chinois,
VRQWÀGqOHVVLO·HQYLURQQHPHQWOHXUSODLWª
/·DXWUH JUDQG GpÀ HVW GH WURXYHU GHV LQYHVWLVVHXUV © /HV
Cambodgiens préfèrent investir dans l’immobilier et les
Chinois dans le commerce avec leur diaspora. Quant aux
Vietnamiens, extrêmement présents, comme les Chinois,
ils utilisent leurs propres réseaux. Finalement les Occidentaux sont devenus notre cible… par défaut. Aujourd’hui, la
structure commence à attirer des banques d’investissement
de la région. Pour l’instant, nous continuons à travailler exclusivement avec des fonds privés. Pour ne pas perdre de
l’argent, nous faisons du consulting pour des sociétés au
Cambodge. Par contre, à terme, nous sommes optimistes :
les projets dans lesquels nous avons investi auront une sortie très lucrative, et nous sommes là pour longtemps. En ce
sens, nous ne sommes pas un fonds d’investissement traditionnel ». O
71
L
ike its cofounder Christophe Forsinetti, a cosmopolitan Franco-Cambodian and former PlaNet Finance
staffer, Devenco (Development Venture Corporation), created in 2007 in Phnom Penh, is an innovative fund.
Not purely an investment fund, neither is it genuLQHO\ D VRFLDO IXQG LQVWHDG LW LV D PL[ RI WKH WZR ´:H DUH
ORRNLQJWRÀOODJDS:KLOHELJÀUPVFDQDSSO\WREDQNVDQG
YHU\ VPDOO RSHUDWLRQV FDQ ORRN WR PLFURÀQDQFH ² ZKLFK
ZRUNVYHU\ZHOOLQ&DPERGLD²WKHVPDOODQGPHGLXPVL]HG
HQWHUSULVHV60(VZKLFKKDYHVLPSOHVWUXFWXUHVGRQ·WSD\
WD[DQGDUHVRPHWLPHVQRWHYHQUHJLVWHUHGZLWKWKH0LQLVWU\
of Commerce, have funding problems,” says Forsinetti. Devenco’s aim is to help them to build themselves up by investing private funds from France, Canada and Singapore. This is
a tough task, because “Cambodian SMEs don’t understand
ZKDW ZH PHDQ ZKHQ ZH WDON ZLWK WKHP DQG WKH OHDUQLQJ
FXUYHLVVORZ7KH\ÀQGLWKDUGWRDFFHSWEHLQJDXGLWHGWR
pay out a bit of money in order to make more, to respect
ethics that necessitate providing social security for employees.”
Devenco is playing the role of a ‘business angel’. “Our invesWRUVLQJHQHUDODUHZDU\RIWKH&DPERGLDQPDUNHW:HJLYH
WKHP FRQÀGHQFH 7KH JRDO LV RI FRXUVH D UHWXUQ RQ LQYHVWment. But it’s also to promote ecology and social concerns
ZLWKLQ DQ HQWHUSULVH IUDPHZRUN WR FUHDWH MREV LQ WKH SURYLQFHVZLWKDVWUDWHJ\RILQYHVWLQJLQLQGXVWULHVWKDWUHSODFHWKH
need for imports,” he says. Devenco has already notched up
DUHDOVXFFHVVZLWKWKHSXUFKDVHRI0,&&DIDPLO\EXVLQHVV
VSHFLDOLVLQJLQZDVWHFROOHFWLRQLQ6LHP5HDS)RXU\HDUVRQ
WKHÀUPKDVEHFRPHQXPEHUWZRLQLWVVHFWRUDQGKDVRQO\
one real competitor given the high barriers to entry. “In the
EHJLQQLQJWKLVSXUHO\IDPLO\UXQEXVLQHVVZLWKDWXUQRYHURI
EHWZHHQDQGDPRQWKKDGQRSURFHGXUHV
RUÀJXUHVDQGZRUNFRQGLWLRQVZHUHGHSORUDEOH:HHYDOXDWHGWKHEXVLQHVVDQGPDGHDQRIIHU7KHRZQHUZDQWHGWR
VHOOZHSXWLQSODFHQHZPDQDJHPHQWVWXGLHGWKHURXWHV
ERXJKW ORUULHV ZRUNHG DW QLJKW LVVXHG XQLIRUPV WR HPSOR\ees and gave them insurance. The initial investment of more
WKDQDPLOOLRQGROODUVZDVVL]HDEOHEXWWXUQRYHUWULSOHGDQG
RSHUDWLRQDOFRVWVIHOOµKHVD\V´7RGD\0,&&KDVSURÀWDEOH
audited accounts and is moving into other Cambodian citLHV ZKHUH LW HQMR\V H[FOXVLYH \HDU FRQWUDFWV ,W KDV WKUHH
ZD\VWRGHYHORSE\H[SDQGLQJWRQHZFLWLHVGLYHUVLI\LQJLWV
DFWLYLWLHVDQGH[SORLWLQJWKHZDVWHLWFROOHFWVµ'HYHQFRKDV
ODXQFKHGWZRRWKHUELJSURMHFWV²DSKDUPDF\FKDLQDQG
DQRUJDQLFIHUWLOLVHUIDFWRU\²ZKLOHVWXG\LQJPRUHWKDQDKXQdred companies and also doing a lot of lucrative short-term
DGYLVRU\ZRUN
72
Lessons drawn from a relative failure
6WDUWLQJDEXVLQHVVLVKRZHYHUIDUIURPVWUDLJKWIRUZDUGLQ&DPbodia and the experience of launching a chain of pharmaFLHV ZDV LQVWUXFWLYH ´,W·V D VWDUWXS 7KHUH ZHUH KDUGO\ DQ\
SKDUPDFLHVLQ&DPERGLDMXVWDIHZVKRSVZLWKQRJXDUDQWHHRITXDOLW\PHGLFDWLRQDQGQRVHUYLFHWKDWZHUHJHDUHG
WRZDUGV SRRU FXVWRPHUV :H FKRVH WR DLP IRU WKH HPHUJLQJPLGGOHFODVVZLWKUHYHQXHVRIDWOHDVWDPRQWKSHU
IDPLO\ :H SXW LQ SODFH FKHFNV DQG RQOLQH UHDOWLPH VWRFN
management. But our initial recruit, although an excellent
SKDUPDFLVW ZDV QRW D PDQDJHU :H KDG WR VKRZ KLP WKH
GRRUIROORZHGE\WKHQH[WIRXUFDQGLGDWHVZKRZHUHHTXDOO\ODFNLQJLQFRPSHWHQFHEHIRUHÀQGLQJWKHULJKWRQHµVD\V
Forsinetti. Training staff is one of the most important chalOHQJHVIRU'HYHQFRZKLFKDERYHDOOLVVHOOLQJEUDLQSRZHU´$
critical and analytical spirit is hugely lacking in Cambodia.
(GXFDWLRQLVSRRUDQG\RXFDQEX\TXDOLÀFDWLRQV7KHUH·VQR
VHQVHRIHIÀFLHQF\RUWLPHPDQDJHPHQW%XW\RXQJUHFUXLWV
can learn very quickly if they are motivated. People gobble
XSZKDW\RXVD\DQGORYHWROHDUQ:HUHFUXLWYHU\IHZSHRple aged over 30, except for our fertiliser factory so they can
go and speak to village chiefs and farmers, because the old
JXDUGGHVSLWHEHLQJLQSRZHUKDYHEHHQWRWDOO\OHIWEHKLQG
E\QHZWHFKQLTXHVµKHVDLG
'HYHQFR DOVR RSHUDWHV DV DQ LQFXEDWRU DQG D QHWZRUN WR
WUDLQ\RXQJ&DPERGLDQPDQDJHUVZLWKKLJKSRWHQWLDO
´$SDUWIURPWKHHPSOR\HHVLQWKHRIÀFHWKHUHDUHWKUHH
to four managers from each project going through the comSDQ\ 7KH\ DUH DJHG EHWZHHQ DQG DQG DUH SDUW RI
WKH'HYHQFRIDPLO\:HKDYHSXWLQSODFHDV\VWHPIRUVKDULQJ NQRZOHGJH DQG QHWZRUNV DQG PDNLQJ H[FKDQJHVµ KH
VD\V$SDUWIURPWKH)UHQFKÀQDQFLDOGLUHFWRUDOOWKHPDQD
gers are Cambodian. According to Forsinetti, although
managing these guys is demanding, there are also plus
points. “Cambodians, unlike the Vietnamese or Chinese, are
loyal if they like the environment they are in,” he says.
7KH RWKHU ELJ FKDOOHQJH LV ÀQGLQJ LQYHVWRUV ´&DPERGLDQV
prefer to invest in real estate and the Chinese prefer to invest
LQFRPPHUFHYLDWKHLUGLDVSRUD7KH9LHWQDPHVHZKRKDYH
DELJSUHVHQFHDOVRXVHWKHLURZQQHWZRUNVLQWKHVDPHZD\
DVWKH&KLQHVH6R:HVWHUQHUVKDYHE\GHIDXOWEHFRPHRXU
target,” he says. “Today the organisation is beginning to atWUDFWLQYHVWPHQWEDQNVLQWKHUHJLRQ)RUWKHPRPHQWZHDUH
FRQWLQXLQJWRZRUNH[FOXVLYHO\ZLWKSULYDWHIXQGV,QRUGHUQRW
WRORVHPRQH\ZHGRFRQVXOWLQJZRUNIRU&DPERGLDQFRPSDQLHV%XWZHDUHRSWLPLVWLFIRUWKHORQJWHUP7KHSURMHFWV
ZHKDYHLQYHVWHGLQZLOODIIRUGXVOXFUDWLYHH[LWVDQGZHZLOO
EHDURXQGIRUDORQJWLPH,QWKLVVHQVHZHDUHQRWDWUDGLtional investment fund.” O
Didier del Corso
© A. G.
BAM
BAM
L`Y´dYf\]
Filiale de BAM
>YZja[Ylagf]ln]fl]\­lmak\afkljme]flk\]emkaim]
\]hmak*((,]fL`Y´dYf\]
Basée à Bangkok
+-]ehdgq­k]fL`Y´dYf\]$,(]f>jYf[]]l-Ymp=lYlk%Mfak
Subsidiary of BAM
Manufacture and sale of musical instrument cases
>gmf\]\af*((,afL`YadYf\
Based in Bangkok
FmeZ]jg^klY^^2,(afL`YadYf\$
40 in France and 5 in USA
Didier del Corso, est un Provençal calme, affable et souFLHX[G·HIÀFDFLWp'HSXLVHQ7KDwODQGHLODIRQGpOD
ÀOLDOHGHODVRFLpWp%$0FRPPHERLWHVjPXVLTXHXQH30(
française leader mondial dans les étuis pour instruments à
cordes de quatuor et instruments à vent. BAM a l’exclusivité
du polyuréthane Airex dans le domaine musical et emploie
aujourd’hui 35 personnes en Thaïlande, 40 en France et 5
aux Etats-Unis.
« J’ai choisi délibérément de vivre plusieurs vies professionnelles, en changeant tous les huit ans, explique-til. J’ai d’abord travaillé à l’aéroport de Provence dans
l’organisation du travail pour la prévention des accidents.
Même si j’adorais ce métier, je ne me voyais pas faire cela
pendant 40 ans. Je me suis reconverti dans une activité
de marketing téléphonique en travaillant à la campagne
avec ma femme. Puis nous avons ouvert des chambres
d’hôtes dans le parc du Lubéron. Une façon de perfectionner notre qualité de vie, tout en démarrant pour BAM,
une société fondée par des parents, une activité de suivi téléphonique, qui en un an, a fait augmenter le chiffre
d’affaires de 50%. »
C’est à la veille du tsunami, le 25 décembre 2004, que Didier del Corso débarque, toujours en famille, en Thaïlande.
©$O·DUULYpHODSKDVHDGPLQLVWUDWLYHDpWpDVVH]GLIÀFLOHVH
souvient-il. Quelquefois l’accueil était assez froid de la part
d’administrations qui préfèreraient ne pas avoir recours aux
pWUDQJHUV0DLVÀQDOHPHQWHQWURLVPRLVQRXVDYRQVHXOHV
papiers, puis trouvé des locaux à 35 kilomètres du centre
ville. Nous les avons équipés, nous avons recruté du personnel pour coudre, en apprenant à demander de l’aide
pour rentrer dans des délais serrés, un conteneur arrivant
début août… »
73
CZbÛ]®ebl®^giZrZgm
[b^g%^g®mZgm_^kf^
^mlrfiZ%^gk^g]Zgm
le travail le plus
bgm®k^llZgmihllb[e^'
I ensured loyalty
[riZrbg`p^ee%[^bg`
ÛkfZg]lrfiZma^mb\Zg]
fZdbg`ma^phkdZl
bgm^k^lmbg`Zlihllb[e^'
”
74
La compagnie, chargée de fabriquer les housses extérieures en couture pour les étuis à musique, a du traverser
deux années houleuses avant de naviguer en eaux plus
calmes. Tout s’est agité à nouveau avec la crise de 2008.
Flexibilité et humanité ont été les maître-mots du management. « J’ai du trouver des ouvriers habitués à coudre des
choses épaisses et lourdes qu’il m’a fallu former. Je craignais un turn-over énorme, mais j’ai réussi à ne perdre en
6 ans qu’un seul employé qui a du reprendre la ferme à
ODPRUWGHVRQSqUH-·DLÀGpOLVpHQSD\DQWELHQHQpWDQW
ferme et sympa, en rendant le travail le plus intéressant
possible. » L’usine a démarré avec quatre personnes, puis
a grandi. « Dans chacun des trois ateliers, une personne
s’est dégagée. Je l’ai récompensée sans la nommer chef
d’équipe formellement, ce qui l’aurait empêchée de rester
amicale avec les autres et l’aurait amenée à se retirer de la
production directe. »
Dans l’entreprise, la langue de communication entre Didier
del Corso et ses employés reste l’anglais ou le passage par
un interprète. « J’ai eu la chance que les trois employés
les plus motivés comprennent un peu l’anglais et je parle
VXIÀVDPPHQWOHWKDwSRXUFRPSUHQGUHGHVGLIIpUHQFHVGH
comportement : si les ouvriers disent facilement oui même
V·LOVQ·RQWSDVELHQFRPSULVMHVDLVTX·LOIDXWIDLUHFRQÀUPHU
Quand ils ont fait une erreur, ils ont tendance à sourire, je
sais que ce n’est pas par ironie mais par gêne. Ils disent
souvent 0DLSHQUD\TXLVLJQLÀH©FHQ·HVWSDVJUDYHªMH
sais qu’il faut être ferme…
L’autre force du management de Didier del Corso a été sa
ÁH[LELOLWp©3HQGDQWODFULVHQRXVDYRQVFKRLVLGHPDLQWHQLU
notre personnel malgré de fortes baisses de commandes.
Pour le faire, nous avons créé une gamme d’accessoires
et les clients ont suivi. Cette année, nous avons retrouvé les
niveaux de commandes d’avant la crise auquel s’ajoute la
vente de nos accessoires. Notre croissance a été de 20%
pour un chiffre d’affaires de 1,5 millions de dollars. »
Didier del Corso trouve les conditions de vie en Thaïlande
plutôt agréables même si « ce n’est pas toujours aisé de
passer d’une vie au milieu de 13 hectares de forêts à une
vie au milieu de 13 millions de personnes ». Il est conscient
que l’implantation de BAM en Thaïlande a favorisé les
FRPPDQGHVGHV$VLDWLTXHV³-DSRQDLV&RUpHQVHW7DwZDnais — en réduisant les coûts de transport d’un facteur
de dix. « Aujourd’hui 1% de nos clients sont thaïlandais et
20% sont asiatiques et nous continuons à faire toute notre
R&D en France et à y commander nombre de matières
premières. » O
© A. G.
D
idier del Corso is a calm character from
3URYHQFH DIIDEOH DQG HIÀFLHQW /RFDWHG LQ
Thailand since 2004, he founded operations
WKHUHIRU%$0ZKLFKVWDQGVIRU¶ERLWHVjPXsique’ and is a French SME that is the global
OHDGHUIRUFDVHVIRUTXDUWHWDQGZLQGLQVWUXments. BAM has exclusive use of Airex polyurethane in the
music sector and today employs 35 people in Thailand, 40
LQ)UDQFHDQGÀYHLQWKH86
Del Corso arrived in Thailand just before the 2004 tsunami.
´7KHDGPLQLVWUDWLYHSKDVHRQDUULYDOZDVTXLWHGLIÀFXOW:H
GLGQ·W DOZD\V UHFHLYH D SDUWLFXODUO\ ZDUP ZHOFRPH IURP
DGPLQLVWUDWLRQVWKDWGLGQ·WZDQWWRGHDOZLWKIRUHLJQHUV%XW
ÀQDOO\ DIWHU WKUHH PRQWKV ZH JRW WKH SDSHUV DQG IRXQG
DORFDWLRQNPIURPWKHFLW\FHQWUH:HÀWWHGLWRXWUHFUXLWHGVHZLQJVWDIIDQGOHDUQHGWRDVNIRUKHOSLQRUGHUWR
PHHWWLJKWGHDGOLQHVEHFDXVHZHKDGDFRQWDLQHUDUULYLQJ
at the beginning of August,” he says.
7KH FRPSDQ\ ZKLFK PDNHV VWLWFKHG H[WHUQDO FRYHUV IRU
PXVLFFDVHVKDGWRQDYLJDWHWKURXJKWZRVWRUP\\HDUVEHIRUHUHDFKLQJFDOPHUZDWHUV
Things became rocky again during the 2008 crisis. Flexibility
DQGKXPDQLW\ZHUHWKHPDQDJHPHQW·VZDWFKZRUGV
´,KDGWRÀQGDQGWUDLQZRUNHUVZKRZHUHXVHGWRVHZLQJ
WKLFN DQG KHDY\ WKLQJV , ZDV ZRUULHG DERXW D KXJH WXUQover but I have actually only lost one employee in six years,
ZKR KDG WR WDNH RYHU WKH IDUP DIWHU KLV IDWKHU·V GHDWK ,
HQVXUHGOR\DOW\E\SD\LQJZHOOEHLQJÀUPDQGV\PSDWKHWLF
DQG PDNLQJ WKH ZRUN DV LQWHUHVWLQJ DV SRVVLEOHµ KH VD\V
7KHIDFWRU\VWDUWHGRXWZLWKIRXUSHRSOHDQGJUHZ
´,Q HDFK RI WKH WKUHH ZRUNVKRSV RQH SHUVRQ VWRRG RXW ,
SDLGWKDWSHUVRQPRUHZLWKRXWIRUPDOO\QDPLQJWKHPWHDP
OHDGHUZKLFKZRXOGKDYHPDGHLWGLIÀFXOWIRUWKHPWRVWD\
IULHQGO\ ZLWK WKH RWKHUV DQG ZRXOG KDYH IRUFHG WKHP WR
step back from direct production,” he says.
In the company, del Corso and his employees communicate in English or through an interpreter.
´, ZDV OXFN\ EHFDXVH WKH WKUHH PRVW PRWLYDWHG HPSOR\ees understand a bit of English and I speak enough Thai
WR XQGHUVWDQG GLIIHUHQFHV LQ EHKDYLRXU ,I WKH ZRUNHUV VD\
\HVDORWGHVSLWHQRWKDYLQJXQGHUVWRRG,NQRZ,QHHGWR
FRQÀUPZLWKWKHP:KHQWKH\PDNHDPLVWDNHWKH\WHQGWR
VPLOHDQG,NQRZWKLVLVERUQQRWRILURQ\EXWIURPHPEDUUDVVPHQW 7KH\ RIWHQ VD\ ¶0DL SHQ UD\· ZKLFK PHDQV ¶LW·V QR
ELJGHDO·DQG,NQRZ,KDYHWREHÀUPµKHVD\V
The other strength of del Corso’s management has been
KLV ÁH[LELOLW\ ´'XULQJ WKH FULVLV ZH FKRVH WR NHHS RXU VWDII
GHVSLWHSOXPPHWLQJRUGHUV7RGRWKDWZHFUHDWHGDUDQJH
BAM a l’exclusivité du polyuréthane Airex dans le domaine musical.
BAM has exclusive use of Airex polyurethane in the music sector.
RIDFFHVVRULHVDQGWKHFOLHQWVOLNHGWKHP7KLV\HDUZHDUH
EDFN XS WR SUHFULVLV RUGHU OHYHOV DGGHG WR ZKLFK DUH RXU
DFFHVVRULHV VDOHV :H KDYH JURZQ DW SHUFHQW WR UHYHnues of $1.5 million,” he says.
'HO&RUVROLNHVOLIHLQ7KDLODQG+HNQRZVWKDWORFDWLQJ%$0
in Thailand has favoured Asian orders, mainly from Japan,
6RXWK .RUHD DQG 7DLZDQ DQG KDV PHDQW WUDQVSRUWDWLRQ
FRVWV WKDW DUH WLPHV ORZHU WKDQ LI WKH SURGXFWV ZHUH
shipped out from France.
“Today, 1 percent of our clients are Thai and 20 percent are
$VLDQ:HFRQWLQXHWRGRDOORXU5'LQ)UDQFHDQGRUGHU
many of our primary materials there,” he says. O
75
Philippe Augier
© A. G.
Museum Pasifika
MUSEUM PASIFIKA
Indonésie
Emk­]\Yjl\9ka]HY[aÚim]
Fondée en 2008
Basée à Bali.
Emk]meg^9kaYf%HY[aÚ[Yjl
Founded in 2008
Based in Bali, Indonesia
76
Ce marseillais est un original. Passionné et très actif, rien ne
le décourage quand il s’agit d’aller au bout de son rêve :
fonder et faire prospérer son musée à Bali. Un musée qu’il
DEDSWLVp3DVLÀNDHWGRQWOHÀOURXJHFRXUWDXWRXUGHVUHODWLRQV(XURSH$VLH3DFLÀTXH©-HYRXODLVUHQGUHKRPPDJH
à l’Indonésie, mon pays d’adoption, sachant que cet
archipel, aussi large que les Etats-Unis et traversé par la
OLJQH :DOODFH TXL VpSDUH O·$VLH GH O·2FpDQLH HVW XQ YUDL
PHOWLQJSRWG·LQÁXHQFHVHWGHFXOWXUHVGLYHUVHVª
C’est la découverte des dix-neuf musées de Bali, dont il a
appris à connaître les fondateurs, qui lui a donné le goût
de l’aventure muséale. Mais il a voulu se distinguer en se
concentrant plutôt sur les relations entre peintres européens et asiatiques à travers deux écoles importantes qui ont
contribué à la richesse créative et aux échanges artistiques
dans la zone : l’école informelle des peintres Indo-européens, artistes un peu marginaux partis s’installer au bout du
monde à Bali au début du XXe siècle dans le sillage de Paul
Gauguin, et celle, plus formelle, de l’Ecole des Beaux-Arts
de Hanoï, fondée par les Français en 1934. « Ces deux mouYHPHQWVRQWIRUWHPHQWLQÁXHQFpOHVSHLQWUHVG·,QGRQpVLHHW
du Vietnam et ont contribué à donner naissance à cette
créativité superbe qui, aujourd’hui, est reconnue à sa juste
valeur », explique l’homme d’affaires devenu collectionneur, qui a choisi de redémarrer à 48 ans une nouvelle vie.
Après maintes aventures, Philippe Augier a su imposer la
pertinence de ses collections, bien installées dans huit pavillons construits par l’architecte balinais Popo Danes à Nusa
Dua, à quelques centaines de mètres du Club Med. Outre
ses propres collections, qui s’enrichissent régulièrement,
avec la complicité du spécialiste des textiles indonésiens,
le suisse Georges Bréguet, il organise régulièrement depuis
2008, des expositions temporaires autour d’artistes tels que
Theo Meier, dont Philippe Augier possède la plus belle
collection au monde. Le musée abrite aussi l’étonnante
collection d’arts premiers de la Fondation Nicolaï Michoutouchkine et Aloï Pilioko.
400 peintures et 200 sculptures, qui font référence
600 œuvres, 140 artistes de vingt différentes nationalités
VRQW H[SRVpV DX 0XVHXP 3DVLÀND R O·RQ GpFRXYUH DXVVL
bien des chefs-d’œuvre indonésiens — Raden Saleh, Ida
Bagus Nyoman Rai, Hendra Gunavan, Affandi… — que de
très belles pièces d’artistes français ou vietnamiens — Victor Tardieu, Joseph Inguimberty, Evariste Jonchère, André
Maire, Vu Cao Dam, Tran Van Tung, Le Pho… Un des points
forts de la collection sont les œuvres d’Européens tombés
sous le charme de Bali à partir du tournant du XXe : maîWUHVSLRQQLHUVWHOVTXH5XGROI%RQQHW:LOOHP*HUDUG+RINHU
Adrien Jean le Mayeur de Merprès ou Theo Meier, le Mexicain Miguel Covarrubias, emblématique du concept du
3DFLÀTXH GHV ,WDOLHQV (PLOLR $PEURQ 5HQDWR &KULVWLDQR
RX 5RPXDOGR /RFDWHOOL GHV +ROODQGDLV :2- 1LHXZHQkamp, Hendrik Paulides, Auke Sonnega, Arie Smit, Isaac
Israel), un Australien (Donald Friend) et des femmes (Gabrielle Ferrand, Léa Lafugie, Geneviève Couteau… De quoi
se régaler !
0DOJUpOHVGpÀVFRPPHUFLDX[3KLOLSSH$XJLHUYRLWO·DYHQLU
DYHF RSWLPLVPH © $XMRXUG·KXL OH PXVpH 3DVLÀND FRPmence à faire référence. Nous sommes invités à exposer
une partie de nos collections en Europe dans des lieux
prestigieux, même si nous peinons toujours à trouver une
clientèle sur place, indispensable pour assurer la pérennité du modèle économique ». Raison de plus pour recommander la visite qui permet de goûter un délicieux moment
GH FRQWHPSODWLRQ HW G·DIÀQHU VD UpÁH[LRQ VXU OD FUpDWLYLWp
de cette région du monde, au cœur de la globalisation culturelle, en s’aidant du catalogue du musée très bien fait
De la restauration collective à l’art
Comment passe-t-on d’une activité de restaurateur collectif pour plates-formes pétrolières ou bases vie minières, à la
direction d’un musée ? « Il faut continuer à être entrepreneur et s’entourer de gens compétents, explique Philippe
Augier. Avant de créer le musée, j’étais déjà collectionneur.
Une forme de chasse au trésor qui m’a poussé à aller chercher, au-delà des ventes aux enchères, auprès des familles
des artistes, les œuvres manquantes et les informations les
concernant. Mais cela peut vite tourner à l’obsession. J’ai
voulu partager mes découvertes. » O
:oZgm]^\k®^ke^fnl®^%
c®mZbl]®c¨
\hee^\mbhgg^nk'
FZbl\^eZi^nmobm^
mhnkg^k¨eh[l^llbhg'
CZbohneniZkmZ`^k
f^l]®\hno^km^l'
;^_hk^\k^Zmbg`
ma^fnl^nfBpZl
Zek^Z]rZ\hee^\mhk';nm
bmllhf^mabg`maZm\Zg
jnb\der[^\hf^
Zgh[l^llbhg'
BpZgm^]mhlaZk^
fr]bl\ho^kb^l'
”
77
© DR
N
Une oeuvre de Hendra Gunawan, peintre indonésien (1918-1983).
A painting by Hendra Gunawan, Indonesian artist (1918-1983).
78
othing deters this passionate and active MarVHLOOHQDWLYHLQKLVWLUHOHVVZRUNWRSURPRWHWKH
museum he created in Bali, the Museum PasLÀND ZKLFK WUDFHV UHODWLRQV EHWZHHQ (XURSH
DQG$VLD3DFLÀF´,ZDQWHGWRSD\KRPDJHWR
Indonesia, my adoptive country, because this
DUFKLSHODJRLVDUHDOPHOWLQJSRWRILQÁXHQFHVDQGGLYHUVH
cultures,” he says. The collections he presents in his museum
DWRWDORIZRUNVIURPDUWLVWVRIGLIIHUHQWQDWLRQDOLWLHVH[DPLQHWKHUHODWLRQVEHWZHHQ(XURSHDQDQG$VLDQ
SDLQWHUVZLWKDIRFXVRQWZRLPSRUWDQWVFKRROVWKHLQIRUPDO
Indo-European school of painters and the more formal Hanoi
)LQH$UWV6FKRROIRXQGHGE\WKH)UHQFKLQ´7KHVHWZR
PRYHPHQWVKHDYLO\LQÁXHQFHG,QGRQHVLDQDQG9LHWQDPHVH
painters and helped give birth to this splendid creativity that
is being properly appreciated today,” says the businessman,
ZKRIRUPHUO\VSHFLDOLVHGLQFDWHULQJ+DYLQJEHFRPHDQDUW
collector, he decided to share his passion and at the age of
HPEDUNHGXSRQDQHZOLIH$IWHUQXPHURXVDGYHQWXUHV
$XJLHUZDVDEOHWRPDNHKLVFROOHFWLRQUHOHYDQWWRDUWORYHUV
from Raden Saleh, to Affandi, from Victor Tardieu to Le Pho,
from Rudolf Bonnet to Donald Friend…
,W LV QRZ LQVWDOOHG LQ HLJKW SDYLOLRQV EXLOW E\ WKH %DOLQHVH DUFKLWHFW 3RSR 'DQHV LQ 1XVD 'XD $SDUW IURP KLV RZQ FROOHFWLRQZKLFKFRQWLQXHVWRJURZKHDOVRRUJDQLVHVZLWKWKH
6ZLVV ,QGRQHVLDQ WH[WLOH VSHFLDOLVW *HRUJHV %UpJXHW UHJXODU
temporary exhibitions of artists such as Theo Meier and posVHVVHVWKHZRUOG·VEHVWFROOHFWLRQRI0HLHUV7KHPXVHXPDOVR
KRXVHV DQ DVWRQLVKLQJ FROOHFWLRQ RI WKH ÀUVW SURGXFWV IURP
the Nicolaï Michoutouchkine and Aloï Pilioko Foundation.
In spite of the commercial challenge, Augier is optimistic for
WKHIXWXUH´7RGD\WKH0XVHXP3DVLÀNDLVEHJLQQLQJWRPDNH
LWVPDUN:HDUHEHLQJLQYLWHGWRH[KLELWSDUWRIRXUFROOHFWLRQVLQSUHVWLJLRXV(XURSHDQORFDWLRQVHYHQLIZHDUHKDYLQJ
GLIÀFXOW\ ÀQGLQJ ORFDO FOLHQWHOH ZKLFK LV YLWDO WR HQVXUH WKH
viability of the economic model,” he says. Just one more reason to recommend a visit that affords a delicious moment of
contemplation and an opportunity to enhance one’s insight
LQWRFUHDWLYLW\LQWKLVSDUWRIWKHZRUOG
+RZGRHVRQHPRYHIURPEHLQJDPDVVFDWHUHUIRURLOULJV
and mining camps to becoming a museum director?“You
have to keep taking on the challenges and surround yourVHOIZLWKFRPSHWHQWSHRSOHµKHVD\V´%HIRUHFUHDWLQJWKH
PXVHXP,ZDVDOUHDG\DFROOHFWRU,WZDVDNLQGRIWUHDVXUH
hunt that pushed me to go beyond the auction houses and
DSSURDFKWKHDUWLVWV·IDPLOLHVWRVHHNRXWPLVVLQJZRUNVDQG
information about them. But it’s also something that can
TXLFNO\EHFRPHDQREVHVVLRQ,ZDQWHGWRVKDUHP\GLVFRYeries.” O
Pierre–Jean Malgouyres
© A. G.
Archetype group
Archetype group
Vietnam
Kg[a­l­\]eY³ljak]\Ômnj]hdmja\ak[ahdafYaj]
Créée en septembre 2002,
:Yk­]§@g;`aEaf`nadd]
400 employés dans le groupe, 240 personnes au Vietnam
)-\]phYlja­k]lmf]imafrYaf]\]>jYf¬Yak!
Multidisciplinary project management company
Created in September 2002
:Yk]\[email protected];`aEaf`;alq$Na]lfYe
FmeZ]jg^klY^^2,((afl`][gehYfq$*,(afNa]lfYeg^
o`ge)-h]j[]flYj]]phYljaYl]k
af[dm\af_YZgml)->j]f[`h]ghd]
Pierre-Jean Malgouyres a toujours été actif et entreprenant.
Président à 19 ans du comité des fêtes de son village de
l’Aveyron, où il crée un festival qui existe toujours, président
du bureau des élèves de l’INSA de Lyon où il fait des études
d’ingénieur en génie civil et urbanisme, il n’a guère eu le
temps de voyager durant ses études et se dit même « casanier ». Mais il sait déjà qu’il veut être entrepreneur et suit les
cours d’HEC entrepreneurs, avec l’ambition de créer une
société dans la construction dans la lancée.
(QLOTXLWWHOD)UDQFHHWSURÀWHG·XQ961(SRXUSDUWLU
aux Philippines sur un projet Schneider Electric. Il enchaîne
DX9LHWQDPHQ$ODÀQGXFRQWUDWVRXKDLWDQWUHVWHU
dans le pays, il rencontre l’architecte François Magnier qui
le fait rentrer dans la société de construction franco-vietnamienne Sacidelta qu’il dirige. Il la quitte deux ans après
en démissionnant collectivement avec lui et un autre Français. « L’entreprise s’était trop vietnamisée. Pour acheter
un crayon, il fallait demander une autorisation ». Les trois
associés fondent alors Archétype et se focalisent sur les
métiers de la maîtrise d’œuvre. « En n’étant pas entreprise
JpQpUDOH GH FRQVWUXFWLRQ OH ULVTXH pWDLW PRLQGUH ÀQDQcièrement. »
Un choix stratégique payant
Leur licence rapidement en poche en septembre 2002, ils
s’attaquent au marché des investisseurs vietnamiens haut
de gamme, prêts à payer plus que le prix standard local
sans pouvoir encore se permettre le prix étranger. Un choix
stratégique payant. « Contrairement à nos concurrents
étrangers dont la clientèle internationale stagnait, nous
avons pu compter sur les entreprises vietnamiennes : 80%
au départ, 50% à partir de 2006 avec l’arrivée des grands
investisseurs internationaux, 60% aujourd’hui. » En un an, ils
sont 120, huit ans plus tard ils sont 240 au Vietnam et 400
dans le groupe. 53e agence d’architecture dans le top 100
PRQGLDOOHXUFKLIIUHG·DIIDLUHVDQQXHOÁLUWHDYHFOHVPLOlions de dollars US et leur croissance s’envole de 30 à 40%
79
Même si nous avons
\hnkn]^kkb¯k^
e^l]®eZbl%f°f^lb
e®jnbeb[k^g®mZbmiZl
obZ[e^Zn]®iZkm%ghnl
avons pu atteindre
rapidement une taille
\kbmbjn^inbl]hfbgZgm^%
nous permettant
]^ik^g]k^^g\aZk`^
mhnle^lZli^\ml
]ng`khlikhc^m'
”
80
par an. La clé de cette réussite : devenir incontournables.
« Même si nous avons du courir pour respecter les délais,
même si l’équilibre n’était pas viable au départ, nous avons
pu atteindre rapidement une taille critique puis dominante
(numéro 1 au Vietnam), acquérir une image de grosse boîte pluridisciplinaire, capable de prendre en charge tous les
aspects d’un grand projet (architecture, ingénierie, urbanisme, management de projet, pilotage de travaux, économie de la construction). Pour se développer, Archétype
a beaucoup joué sur son statut d’agence locale : « nous
pouvons dessiner les concepts, mais nous travaillons aussi
comme locaux avec des grands noms de l’architecture
1RUPDQ)RVWHU50-0«TXLQRXVIRQWFRQÀDQFHHWVDYHQW
que nous n’allons pas démonter un projet sous prétexte de
respecter la réglementation à la lettre. »
A l’assaut d’autres marchés
Archétype est aussi parti à l’assaut d’autres marchés : au
Cambodge en 2003 ; en Thaïlande en 2004 ; en Inde en
2005 avec le groupe Aman Resort ; en France en 2006, avec
le rachat d’une petite SARL, Equator Paris qui fait partie des
membres fondateurs d’un réseau européen d’architectes
(TXDWRU (XURSHDQ 1HWZRUN j 'XEDL HQ XQH HUUHXU
stratégique qui a conduit à la fermeture des bureaux un
an après ; au Laos en 2009 ; en Mongolie et au Bengladesh
en 2011.
En 2008, la société s’est aussi lancée dans la maîtrise
d’œuvre sur des projets environnementaux, en association
avec le cabinet Merlin et Altereo en créant Archetype Environment en Asie. « C’est un secteur très lié à l’Etat. Dans
la mesure du possible, nous préférons travailler de gré à gré
sans passer par des concours ou des appels d’offre aux
procédures longues et complexes. Notre portefeuille est
privé à 90%. »
L’avenir ? Pierre-Jean Malgouyres reste optimiste, malgré
OD IRUWH LQÁDWLRQ YLHWQDPLHQQH HQ VHSWHPEUH « Depuis 2008, le marché s’est resserré, avec une concurrence accru venue du Moyen Orient notamment, et
O·LQÁDWLRQ DFWXHOOH IDLW UHPRQWHU OHV WDX[ G·LQWpUrWV EDQcaires, mais nous avons un carnet de commandes bien
garni pour les deux années qui viennent. Le Vietnam reste
un pays porteur, avec une main-d’œuvre de qualité — un
architecte débutant est payé 300 USD plus 25 % charges
sociales — même si elle demande à être formée et que
nous souffrons du même turn-over que dans toute l’Asie (20
à 30%). Les Vietnamiens sont travailleurs, optimistes, ambitieux et entreprenants. »
© A. G.
Une identité française
Les rapports avec la France ? S’il a choisi de monter son
entreprise à 10 000 km de la métropole, Pierre-Jean Malgouyres tient à défendre l’identité française de sa société.
« La compagnie est enregistrée à Hong Kong, mais elle est
détenue à 100 % par des actionnaires français (dont Apple
Tree). Nous avons 10 à 15% de cadres expatriés pour la conception, dont la moitié sont des Français. Nous permettons
l’importation de nombreux produits français du bâtiment
et nous faisons appel au savoir-faire français. Nous travaillons par exemple avec Bouygues pour la construction de
la tour « Saigon M &C » à Ho Chi Minh ville, la troisième plus
haute tour du Vietnam (185 m). Ce contrat de 150 millions
d’euros pour Bouygues, c’est un des exemples de notre
contribution indirecte au commerce extérieur français ».
Fort de cette observation, Pierre-Jean Malgouyres plaide
pour que l’on cesse de considérer les entrepreneurs franoDLV j O·pWUDQJHU FRPPH GHV H[LOpV ÀVFDX[ © &H VRQW GHV
gens qui ont créé des sociétés à partir de rien, des gens qui
travaillent généralement beaucoup avec la France indiUHFWHPHQWHWGLUHFWHPHQW,OVPpULWHQWGRQFGHEpQpÀFLHU
des dispositifs français d’aide à l’export des PME (garanties
HWSURVSHFWLRQ&2)$&(ÀQDQFHPHQWV26(2SRXUDFFpGHU
plus facilement à d’autres types de prêts), à condition de
prouver leur apport à la France. Ce type d’appui existe en
Allemagne. Il faut comprendre que l’accès aux sources
GHÀQDQFHPHQWHVWODYUDLHGLIÀFXOWpSRXUXQHQWUHSUHQHXU
français de l’étranger qui n’a pas accès au support bancaire local ni français car il n’a en général pas de biens ou
de société en France pour se porter caution. » O
© DR
« Saigon M &C » à Ho Chi Minh ville, la troisième plus haute tour du
Vietnam (185 m). Saigon M&C tower in Ho Chi Minh City, Vietnam’s third
highest tower (185m).
La Residence Hue, un bijou d’art déco réhabilité par Archetype au
centre du Vietnam. The Hue Residence, an art deco jewel refurbished
by Archetype in the centre of Vietnam.
81
P
LHUUH-HDQ0DOJRX\UHVKDVDOZD\VEHHQDFWLYH
and entrepreneurial. Aged just 19, he chaired
the local festival committee in his village AveyURQDQGFUHDWHGDIHVWLYDOWKDWVWLOOH[LVWV+HZDV
also chairman of the student body at INSA in
/\RQ ZKHUH KH VWXGLHG FLYLO HQJLQHHULQJ DQG
urbanism, and barely had time to travel during his studies,
GHVFULELQJKLPVHOIDVD´KRPHERG\µ%XWKHDOUHDG\NQHZ
WKDWKHZDQWHGWREHDQHQWUHSUHQHXUDQGVWXGLHGHQWUHSUHQHXULDOLVP DW +(& LQ 3DULV ZLWK WKH DLP RI IRXQGLQJ D
construction company.
,Q0DOJRX\UHVOHIW)UDQFHDQGZHQWWRWKH3KLOippines on a French international volunteer programme,
961(9,(WRZRUNRQD6FKQHLGHU(OHFWULFSURMHFW+HFRQWLQXHGLQ9LHWQDPLQ:LVKLQJWRVWD\RQLQWKHFRXQWU\
after the end of the contract, he met the architect François
0DJQLHUZKRKLUHGKLPIRU6DFLGHOWDWKH)UDQFR9LHWQDPese construction company he ran. Malgouyres, Magnier
and another French member of staff collectively resigned
IURPWKHFRPSDQ\WZR\HDUVODWHU´7KHFRPSDQ\KDGEHFRPHWRR¶9LHWQDPHVLÀHG·<RXQHHGHGWRDVNIRUSHUPLVsion to buy a pen,” he says.
A strategic choice that paid off
The three partners founded Archetype and focused on project management. “Avoiding being a general construction
FRPSDQ\HQDEOHGXVWROHVVHQWKHÀQDQFLDOULVNµKHVD\V
Having rapidly obtained a licence in September 2002, they
launched into the high-end Vietnamese investment market,
ZLOOLQJ WR SD\ PRUH WKDQ WKH VWDQGDUG 9LHWQDPHVH SULFH
EXWQRW\HWUHDG\WRPDWFKIRUHLJQSULFHV,WZDVDVWUDWHJLF
FKRLFHWKDWSDLGRII´8QOLNHRXUIRUHLJQFRPSHWLWRUVZKRVH
IRUHLJQFOLHQWHOHZDVVWDJQDWLQJZHFRXOGFRXQWRQDFOLHQWHOH WKDW ZDV SHUFHQW 9LHWQDPHVH LQ WKH EHJLQQLQJ
IURPZLWKWKHDUULYDORIELJLQWHUQDWLRQDOLQYHVWRUV
DQGWZRWKLUGV9LHWQDPHVHDQGDWKLUGIRUHLJQWRGD\µKH
says.
After a year the company numbered 120, eight years later
WKH\DUHLQ9LHWQDPDQGLQWKHÀUP7KHDJHQF\LV
UDQNHGUGLQWKHZRUOGLWVUHYHQXHVDUHXSWRPLOOLRQ
DQG LWV UDWH RI JURZWK LV EHWZHHQ SHUFHQW DQG SHUFHQW D \HDU ´0DNLQJ RXUVHOYHV LQGLVSHQVDEOH (YHQ LI ZH
had to scamper to meet deadlines and couldn’t balance
RXUERRNVLQWKHEHJLQQLQJZHZHUHUDSLGO\DEOHWRDFKLHYH
critical mass and dominant scale (number one in Vietnam)
and develop an image as a big multidisciplinary agency,
capable of handling all the aspects of a big project (architecture, engineering, urbanism, project management,
82
ZRUNVPDQDJHPHQWDQGFRVWPDQDJHPHQWµKHVD\V
Archetype played heavily on its identity as a local agency
LQRUGHUWRGHYHORS´:HFDQFUHDWHFRQFHSWVEXWZHDOVR
ZRUNDVWKHORFDOSDUWQHURIELJQDPHVLQDUFKLWHFWXUHVXFK
DV1RUPDQ)RVWHUDQG50-0ZKRWUXVWXVDQGNQRZWKDW
ZHDUHQRWJRLQJWRUXLQWKHLUSURMHFWXQGHUWKHSUHWH[WRI
observing regulations to the letter,” he says.
Conquer other markets
Archetype has also set out to conquer other markets – CamERGLDLQ7KDLODQGLQ,QGLDLQZLWKWKH$PDQ
5HVRUWFRPSDQ\DQG)UDQFHLQZLWKWKHSXUFKDVHRI
(TXDWRU3DULVDVPDOOOLPLWHGFRPSDQ\WKDWZDVDIRXQGHU
PHPEHURIWKH(TXDWRU(XURSHDQ1HWZRUNDQDUFKLWHFWV·
QHWZRUN $UFKHW\SH FRQWLQXHG LQWR 'XEDL LQ D VWUDWHJLFHUURUWKDWOHGWRWKHFORVXUHRILWVRIÀFHVWKHUHD\HDU
later), Laos in 2009 and Mongolia and Bangladesh in 2011.
In 2008, the company also began project managing enviURQPHQWDOSURMHFWVLQDVVRFLDWLRQZLWKWKH0HUOLQDQG$OWHreo consultancies through the creation of Archetype EnviURQPHQWLQ$VLD´,W·VDVHFWRUZLWKVWURQJOLQNVWRWKH6WDWH
$VIDUDVSRVVLEOHZHSUHIHUWRZRUNRQDQHJRWLDWHGEDVLV
ZLWKRXWJRLQJWKURXJKORQJDQGFRPSOLFDWHGFRPSHWLWLRQ
or tendering procedures. Our portfolio is 90 percent privately-held,” he says.
Malgouyres is optimistic about the future despite high inÁDWLRQ LQ 9LHWQDP SHUFHQW LQ 6HSWHPEHU ´6LQFH
WKHPDUNHWKDVFORVHGXSZLWKLQFUHDVHGFRPSHWLWLRQ
QRWDEO\ IURP WKH 0LGGOH (DVW DQG LQÁDWLRQ LV SXVKLQJ XS
EDQNLQWHUHVWUDWHVEXWRXURUGHUERRNLVIXOOIRUWKHQH[WWZR
\HDUV 9LHWQDP UHPDLQV D ERRPLQJ FRXQWU\ ZLWK D TXDOLW\
ZRUNIRUFH²DQHQWU\OHYHODUFKLWHFWLVSDLGSOXVSHUcent social charges – even if they still need training and
HYHQLIZHVXIIHUIURPWKHVDPHKLJKWXUQRYHUUDWHWKDW\RX
see across Asia (20 percent to 30 percent). The Vietnamese
DUH KDUGZRUNLQJ RSWLPLVWLF DPELWLRXV DQG HQWUHSUHQHXUial,” he says.
A French identity
0DOJRX\UHV LQVLVWV WKDW KLV FRPSDQ\ ZKLFK KH FKRVH WR
VWDUW NP DZD\ IURP )UDQFH KDV D )UHQFK LGHQWLW\
“The company is registered in Hong Kong but is 100 percent held by French shareholders (including Apple Tree)
%HWZHHQ DQG SHUFHQW RI RXU H[HFXWLYHV IRU GHVLJQ
VWDJH ZRUN DUH H[SDWULDWHV RI ZKRP KDOI DUH )UHQFK :H
import numerous French building materials and use French
VDYRLUIDLUH)RUH[DPSOHZHDUHZRUNLQJZLWK%RX\JXHVRQ
WKHFRQVWUXFWLRQRIWKH6DLJRQ0&WRZHULQ+R&KL0LQK
© DR
L’intérieur de la Résidence Hue. Inside the Hue Residence.
&LW\9LHWQDP·VWKLUGKLJKHVWWRZHUP7KLV(85PLOlion contract for Bouygues is one example of our indirect
contribution to French foreign trade,” he says.
Having made this point, Malgouyres appealed to France
to stop thinking of French entrepreneurs abroad as tax exLOHV´7KHVHDUHSHRSOHZKRKDYHFUHDWHGFRPSDQLHVIURP
QRWKLQJ SHRSOH ZKR JHQHUDOO\ ZRUN D ORW ZLWK )UDQFH GLUHFWO\ DQG LQGLUHFWO\ 7KH\ GHVHUYH WR EHQHÀW IURP )UHQFK
support mechanisms to boost SME exports (COFACE prospecting and guarantees, OSEO funding to get easier access to other types of loans) as long as they can prove they
are making a contribution to France. This type of support
exists in Germany. It must be understood that access to
IXQGLQJLVWKHUHDOGLIÀFXOW\D)UHQFKHQWUHSUHQHXUDEURDG
faces.
He or she doesn’t have access either to local or French
banking support because in general he or she doesn’t have
any goods or company in France to act as collateral,” he
says. O
P^p^k^kZib]erZ[e^
mhZ\ab^o^\kbmb\ZefZll
Zg]]hfbgZgml\Ze^
Zg]]^o^ehiZgbfZ`^
ZlZ[b`fnemb]bl\biebgZkr
Z`^g\r%\ZiZ[e^
h_aZg]ebg`Zee
ma^Zli^\ml
h_Z[b`ikhc^\m'
”
83
Francis Chagnaud
© A. G.
Agroforex Company
AGROFOREX COMPANY
Laos
Production et commercialisation
de plantes rares
Fondée en 1992
Mf][]flYaf]\]ehdgq­k
Production and sale of rare plants
Founded in 1992
Based in Laos
Number of staff: 100
84
Francis Chagnaud, la cinquantaine, est un homme déterminé et passionné. En poste en 1985 au Laos pour les Nations Unies (FAO), il est séduit par le pays et y revient en
1989 pour une mission d’études sur les plantes aromatiques
et pharmaceutiques. Fait rare, il est autorisé à se rendre
partout dans le pays et consigne sur papier le potentiel de
développement des produits forestiers non ligneux. Mais
une fois les liens tissés, il se demande comment aller plus
loin…
© 'HYDQW OD FRQÀDQFH DFFRUGpH MH PH VXLV HQJDJp j
fond, explique-t-il dans son petit bureau de Vientiane d’où
il dirige Agroforex, l’entreprise qu’il a fondée en 1992. La
préparation d’une communication présentée au congrès
forestier mondial en 1991 pour la délégation lao a scellé
mon choix. La loi sur les investissements étrangers était encore toute récente. Un accord de garantie réciproque des
investissements venait d’être signé entre la France et le
Laos. Et j’ai pu obtenir une licence d’investissement pour
Agroforex Company début 1992. A l’époque, je ne savais
SDVVLM·DYDLVODÀEUHG·XQHQWUHSUHQHXUPDLVMHVDYDLVTXH
je quittais un emploi pour satisfaire une passion. »
Aujourd’hui, presque vingt ans après sa création, Agroforex
Company emploie une centaine de personnes, dispose de
plantations en propre et de cultures sous contrats et réalise
la totalité de son chiffre d’affaires à l’exportation directement vers les industries de transformation. Elle a obtenu la
FHUWLÀFDWLRQELRORJLTXHSRXUWUHL]HSURGXLWV
La première étape a consisté à dresser un état des lieux des
produits aux propriétés aromatiques ou pharmaceutiques,
qui poussent dans les forêts laotiennes. Francis Chagnaud
a été guidé par des nomenclatures de médicaments, par
les travaux de pharmaciens et d’agronomes coloniaux et
par des produits déjà exploités localement, à la base des
ressources monétaires des populations montagnardes pour
lesquelles il éprouve depuis longtemps un grand intérêt.
L’objectif était de développer une économie marchande
dans ces zones extrêmement reculées. Francis Chagnaud
choisit quatre produits susceptibles d’intéresser l’industrie
européenne : noix vomique, gomme benjoin, noix de
malva et gomme dammar. Il développe d’abord leur exportation en relayant les sociétés de commerce d’Etat,
mises en retrait avec la libéralisation de l’économie. Puis,
rapidement, sa compagnie vise une meilleure maitrise des
ÀOLqUHV GH SURGXFWLRQ HQ SRUWDQW XQH JUDQGH DWWHQWLRQ j
l’environnement réglementaire des marchés mondiaux.
La compagnie organise en amont des cultures (orthosiphon, lespedeza, ambrette…), aménage des plantations
forestières (styrax, cannelle…). Elle s’assure des traitements
post-récolte nécessaires pour répondre aux cahiers des
charges des industries. Tous ces produits sont natifs du Laos.
Certains étaient sur le déclin (gomme dammar), d’autres
ont périclité (noix vomique), quelques-uns ont retrouvé leur
attrait d’antan (gomme benjoin), tandis que d’autres ont
vu leur véritable origine révélée aux industries utilisatrices
(gurjum, aquilaria, orthosiphon…). L’implantation des productions a été réalisée souvent après une phase préalable
de mise en défens comme le tiliacora, la centella, le phyllanthus.
Anticiper pour mieux s’adapter
« Ces produits sont à destination de deux industries : aromatique et pharmaceutique, explique Francis Chagnaud
qui veut assurer des débouchés stables aux communautés
paysannes et des approvisionnements tracés aux industriels. Pas question d’engager des systèmes paysans très
peu développés sur des marchés trop changeants. Mon
métier c’est d’adapter et de faire évoluer. Aujourd’hui,
l’arsenal réglementaire dans les pays d’utilisation de nos
produits est complexe. Il faut le comprendre et s’adapter
sinon, on disparait… A moins de se satisfaire du border
trade, c’est-à-dire de pousser ses caisses de l’autre côté
GXÁHXYHHQ7KDwODQGHHQ&KLQHRXDX9LHWQDPTXLV·HQ
arrangeront. »
Francis Chagnaud suit deux axes de développement :
aller vers des semi-produits industriels — avec prudence —
et continuer de promouvoir un développement responsable. « J’ai un devoir vis-à-vis de ceux qui ont conservé ces
ressources et en vivent : expliquer à l’industrie leur rôle et
OHV HQMHX[ SRXU O·DYHQLU GHV ÀOLqUHV ª 3RXU FHOD GqV le fondateur d’Agroforex a développé un concept de
Je veux assurer
]^l]®[hn\a®llmZ[e^l
Znq\hffngZnm®l
paysannes et des
approvisionnements
mkZ\®lZnqbg]nlmkb^l'
My aims are to ensure
lmZ[e^k^o^gn^l
for the peasant
\hffngbmb^lZg]k^`neZk
lniieb^lmhbg]nlmkr'
”
85
F
développement responsable et éthique. Il a été entendu
rancis Chagnaud is a determined and passionpar un leader mondial de l’industrie aromatique qui lui a
ate man in his 50s. Posted to Laos in 1985 by the
SURSRVp HQ GH V·\ DVVRFLHU HQ ÀQDQoDQW OD PLVH HQ
8QLWHG 1DWLRQV )$2 KH ZDV VHGXFHG E\ WKH
place de deux nouveaux collèges dans des régions moncountry and returned in 1989 for a mission to study
WDJQHXVHV HW HQFODYpHV DÀQ GH FRQWULEXHU j O·HIIRUW GHV
aromatic and pharmaceutical plants. Unusually,
communautés montagnardes pour conserver ces ressourKHZDVDOORZHGWRWUDYHODOORYHUWKHFRXQWU\DQG
ces. « Notre intérêt est de contenir l’exode rural, même si ZULWHGRZQWKHSRWHQWLDOIRUGHYHORSPHQWRIQRQZRRGIRUFHWWHDLGHQpFHVVDLUHQ·HVWSDVVXIÀVDQWHª
est products. But once he had established his connections,
KHEHJDQWKLQNLQJDERXWKRZWRWDNHWKLQJVIXUWKHU
Pour la biodiversité végétale
´*LYHQWKHWUXVWVKRZQLQPH,UHDOO\JRWLQYROYHGµKHH[En se lançant dans la responsabilité sociale d’entreprise SODLQVLQWKHVPDOO9LHQWLDQHRIÀFHIURPZKLFKKHUXQV$JURavant l’heure, Francis Chagnaud est revenu à son mé- forex, the company he founded in 1992. “The preparation
tier d’origine. « Le développement durable constitue le RIDSDSHUSUHVHQWHGWRWKH:RUOG)RUHVWU\&RQJUHVVVHDOHG
IRQG GH PD UpÁH[LRQ 1RWUH SURMHW V·LQWqJUH ELHQ GDQV OD my choice.”
problématique des liens entre commerce et développe- He got an investment licence for Agroforex Company at
ment. Une partie de notre création de richesse va à notre WKHEHJLQQLQJRI´$WWKDWWLPH,GLGQ·WNQRZLI,KDG
propre développement, l’autre au développement so- ZKDW LW WDNHV WR EH DQ HQWUHSUHQHXU EXW , GLG NQRZ WKDW ,
cial. L’administration laotienne comprend de mieux en ZDVTXLWWLQJDMRELQRUGHUWRVDWLVI\DSDVVLRQµKHVD\V
mieux que le secteur productif s’implique activement dans Today, nearly 20 years after its creation, Agroforex employs
l’accompagnement du développement. Nous sommes DERXWSHRSOHKDVLWVRZQSODQWDWLRQVDVZHOODVFURSV
capables, en tant qu’entrepreneur, d’élaborer des actions JURZQXQGHUFRQWUDFWDQGJHWVDOOLWVUHYHQXHIURPH[SRUWV
DX SURÀW GHV FRPPXQDXWpV TXL H[SORLWHQW GHV UHVVRXUFHV GHVWLQHGIRUSURFHVVLQJ,WKDVREWDLQHGELRORJLFDOFHUWLÀFDnaturelles. Nous sommes dans un pays en développement. tion for 13 products.
Tout ne tient pas que dans le prix. L’industrie l’a bien com- &KDJQDXG·V ÀUVW WDVN ZDV WR HYDOXDWH WKH SURGXFWV ZLWK
SULV$XMRXUG·KXLODSUHVVHSURIHVVLRQQHOOHFLWHODÀOLqUHEHQ- DURPDWLFRUSKDUPDFHXWLFDOSURSHUWLHVJURZLQJLQ/DRWLDQ
MRLQ HQ H[HPSOH 'LIIpUHQWHV ÀOLqUHV GH PDWLqUHV SUHPLqUHV IRUHVWV +H GUHZ XSRQ OLVWV RI PHGLFDWLRQ WKH ZRUN RI FRaromatiques sont en effet fragilisées par l’exode rural, un lonial pharmacists and agronomists and products already
mouvement qu’il faut se donner la peine de comprendre RQ WKH ORFDO PDUNHW ZKLFK SURYLGH PRVW RI WKH ÀQDQFLDO
pour réagir avec justesse. Il en est de la responsabilité des UHVRXUFHVRIWKHFRXQWU\·VPRXQWDLQWULEHVLQZKRP&KDJutilisateurs. Si nous ne faisons rien, les produits natifs reste- naud had long been interested.
ront dans la forêt et tout le monde plantera du manioc, 7KHDLPZDVWRGHYHORSDPDUNHWHFRQRP\LQWKHVHUHPRWH
du maïs ou de la canne à sucre. Ce que je défends, c’est areas. Chagnaud chose four products that might interest
une exploitation raisonnée de la biodiversité végétale, au European industry – vomic nuts, benzoin rubber, malva nuts
SURÀWGHFHX[TXLYLYHQWGHO·H[SORLWDWLRQGHFHVUHVVRXUFHV and dammar gum. He set about exporting them using state
et de ceux qui créent des formules à partir de ces matières trading companies that had been retired during economic
premières. » O
liberalisation.
Soon thereafter, his company sought to improve its operaWLRQVE\WDNLQJDFORVHUORRNDWWKHZRUOGPDUNHW·VUHJXODWRU\
HQYLURQPHQW7KHFRPSDQ\RUJDQLVHGLWVXSVWUHDPJURZLQJ
RSHUDWLRQVUHYLHZHGIRUHVWU\SODQWDWLRQVDQGXQGHUWRRNWKH
QHFHVVDU\ SRVWKDUYHVW WUHDWPHQW WR FRPSO\ ZLWK PDUNHW
VSHFLÀFDWLRQV$OOWKHSURGXFWVFRPHIURP/DRV7KHFRPSDQ\ UHDOLVHG WKDW VRPH RI WKH SURGXFWV ZHUH LQ GHFOLQH
(dammar gum), others endangered (vomic nuts), some
have regained their usefulness from yesteryear (benzoin
UXEEHUZKLOVWRWKHUVKDYHOLWHUDOO\EHHQLQWURGXFHGWRWKH
LQGXVWULHV ZKLFK XVH WKHP 7KH FRPSDQ\ KDV HVWDEOLVKHG
SURGXFWLRQZLWKDYLHZWRGHIHQGLQJFHUWDLQSODQWV
86
© DR
Anticipating change
“These products are destined for the aromatic and pharPDFHXWLFDO LQGXVWULHVµ H[SODLQV &KDJQDXG ZKR DLPV WR
ensure stable revenues for the peasant communities and
regular supplies to industry. “My job is to adapt and evolve.
Today the regulatory landscape in end-user countries is
FRPSOH[,I\RXGRQ·WXQGHUVWDQGLW\RXZLOOGLVDSSHDUXQOHVV\RXDUHVDWLVÀHGZLWKERUGHUWUDGHµ
&KDJQDXG KDV WZR PDLQ SDWKV IRU GHYHORSPHQW 7KH ÀUVW
LVDFDUHIXOPRYHWRZDUGVVHPLÀQLVKHGLQGXVWULDOSURGXFWV
and the second is continuing to promote responsible deYHORSPHQW´,KDYHDGXW\WRWKRVHZKRKDYHWDNHQFDUH
RIWKHVHUHVRXUFHVDQGZKROLYHIURPWKHPDQGWKDWLVWR
explain their role and the challenges for the future to indusWU\µKHVD\V:LWKWKLVLQPLQGWKH$JURIRUH[IRXQGHUEHJDQ
in 2004 to develop a concept for responsible and ethical
development. The concept came to the attention of a
ZRUOG OHDGHU LQ DURPDWLFV ZKLFK LQ VXJJHVWHG LW OLQN
XS ZLWK $JURIRUH[ E\ IXQGLQJ WZR QHZ FROOHJHV LQ PRXQtainous landlocked regions to help contribute to the local
communities’ efforts to conserve these resources.
´2XUDLPLVWRVWHPWKHUXUDOH[RGXV7KLVDLGZKLOHYLWDOLV
QRWVXIÀFLHQWµKHVD\V
© DR
Plant biodiversity
By getting into corporate social responsibility ahead of time,
Chagnaud returned to his original profession.“Sustainable
development is the foundation for my thinking. Our project
LV DW WKH LQWHUVHFWLRQ EHWZHHQ FRPPHUFH DQG GHYHORSPHQW3DUWRIRXUUHYHQXHJRHVWRZDUGVRXURZQGHYHORSPHQWDQGSDUWRILWJRHVWRZDUGVVRFLDOGHYHORSPHQW7KH
Laotian administration increasingly understands that production actively accompanies development. As entrepreQHXUVZHDUHFDSDEOHRIZRUNLQJWREHQHÀWFRPPXQLWLHV
that live off natural resources. This is a developing country
and not everything is just a question of price,” he says. “The
industry at large has taken this on board. Today, the trade
SUHVVFLWHVEHQ]RLQSURGXFWLRQDVDQH[DPSOHWRIROORZ'LIferent production chains for primary aromatic resources are
becoming more vulnerable as a result of the rural exodus,
a movement that one must take the time to understand
properly in order to be able to respond appropriately. It’s
SDUW RI HQG XVHUV· UHVSRQVLELOLW\ ,I ZH GR QRWKLQJ QDWLYH
SURGXFWVZLOOUHPDLQLQWKHIRUHVWVDQGHYHU\RQHZLOOSODQW
cassava, maize or sugar cane. I’m standing up for the ratioQDOH[SORLWDWLRQRISODQWELRGLYHUVLW\WRWKHEHQHÀWRIWKRVH
ZKROLYHRIIWKHH[SORLWDWLRQRIWKHVHUHVRXUFHVDQGWKRVH
En haut : verveine exotique. En bas : aquilaria du Laos. Above: litsea
ZKRFUHDWHIRUPXODVXVLQJWKHVHSULPDU\PDWHULDOVµ O
cubeba. Below: aquilaria from Laos.
87
Bruno Dubigeon
Smile Minimart
© A. G.
1H YRXV ÀH] SDV DX VRXULUH MXYpQLOH GH %UXQR 'XELJHRQ
patron co-fondateur de Smile Minimart, la petite chaîne de
magasins de proximité qui monte dans la capitale cambodgienne. Cet ingénieur des Arts et Métiers a déjà 15 ans
d’Asie et beaucoup d’expériences : une coopération en
Indonésie chez Schneider, un travail dans le matériel médical puis dans l’importation et la distribution de produits de
grande consommation au Timor, un passage chez Siemens
à Jakarta, un MBA à l’INSEAD à Singapour et deux ans à
Hong Kong pour un leader mondial des dessiccatifs pour
containers.
SMILE MINIMART
Cambodge
;`Y³f]\]eY_Ykafk\]hjgpaeal­
Créée en 2008
:Yk­]§H`fgeH]f`
Nombre de salariés : 68.
;`Yafg^[gfn]fa]f[]klgj]k
Founded in 2008
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY
Number of staff : 68.
88
Une étape vers le développement
C’est en juin 2008 qu’il ouvre son premier magasin à Phnom
Penh avec un partenaire rencontré au Timor. « Il n’y avait
pas encore beaucoup de magasins de proximité à Phnom
Penh, mais le marché nous paraissait mûr. Le développement des économies d’Asie me semble suivre un modèle
régulier. Quand les gens n’ont pas d’argent, ils achètent
une paire de ciseaux et une chaise et deviennent coiffeurs.
Quand ils en ont un peu, ils montent des cafés Internet.
Ensuite vient la phase des magasins de proximité, puis celle
du luxe.».
Les deux partenaires passent d’abord cinq mois à étudier
le marché. « Les prix nous ont parus secondaires. Ce que
les gens voulaient, c’était du service, de la propreté, de
la climatisation, des glaces qui ne fondent pas avant de
rentrer chez soi car les congélateurs sont à moins 2° au lieu
de moins 12 °… Bref, une attention aux petits détails… Nous
nous sommes focalisés dessus. ».
Après avoir déposé leur nom, les deux partenaires lancent
un concours local de design pour trouver leur logo et ou-
vrent leur premier magasin. Puis ils prennent quatre mois
pour... observer. « Nous avons testé 5 000 produits et en
avons gardé 3 000 ».
Depuis, ils ont ouvert quatre autres magasins, tous à Phnom
Penh, et se sont lancés dans l’importation. « Là où, en
Europe, il faudrait trois fournisseurs (pour le frais, le sec et
les alcools et cigarettes), ici il en fallait 380, souvent en rupture de stock. » Bruno Dubigeon importe aujourd’hui 500
références et fournit 170 magasins sur Phnom Penh, dont
de nombreux concurrents.
« Aujourd’hui nous sommes 68 dans la société. Pour
l’instant, nous attendons que le marché se consolide. Trois,
quatre magasins de proximité ouvrent chaque mois. Autant ferment. Les gens croient qu’on peut faire de l’argent
facilement. Mais il y a un savoir-faire, une politique des prix à
mettre en place : des produits d’appel bon marché quand
les prix sont connus des clients — Coca Cola, alcools forts,
riz…— et des marges sur les produits aux prix moins connus. Même si le panier de la ménagère reste très faible,
XQH FODVVH PR\HQQH HVW HQ WUDLQ G·pPHUJHU 'LIÀFLOH G·HQ
estimer le nombre, mais il existe une économie souterraine
énorme. »
Bruno Dubigeon insiste sur le fait qu’il passe systématiquePHQWSDUOHVFLUFXLWVRIÀFLHOVSRXULPSRUWHUHWTXHVDVRFLpté fait particulièrement attention à respecter la chaîne du
froid et les dates de péremption. « Nous avons régulièrement droit à la visite des inspecteurs du ministère de la
Santé qui espèrent nous mettre à l’amende, mais ils n’ont
encore jamais trouvé de produits périmés. »
/HVTXDWUHGpÀVGHO·HQWUHSUHQHXU
Aujourd’hui le tout jeune groupe est à l’affut des bons coins
de rue pour se développer. « Non seulement, il faut trouver
le bon emplacement avant les autres, mais il faut négocier
avec des propriétaires qui ne sont pas toujours rationnels. »
Le fait de ne pas avoir d’associé khmer ne lui pose pas de
problème, mais il lui faut affronter seul l’administration locale. « Quand on connaît le système, si on va les voir régulièrement, ils deviennent plus compréhensifs au moment de
renouveler une licence ou de payer ses taxes. ».
Reste que la corruption est très présente. Même pour récupérer des petites coupures, il faut payer. 10 à 12% de plus,
c’est le tarif. Et chacun se sert. Ceci dit, Bruno Dubigeon tient
à souligner qu’il y a aussi des directeurs d’administration intègres.
*pUHUOHSHUVRQQHOHVWXQDXWUHJURVGpÀ©1RXVDYRQVHPbauché en priorité des gens sans expérience que nous
avons formés. Cela a très bien marché. Nous avons mis du
<^jn^e^l`^gl
ohneZb^gm\®mZbm]n
l^kob\^%]^eZikhik^m®%
]^eZ\ebfZmblZmbhg%
]^l`eZ\^ljnb
ne fondent pas avant
]^k^gmk^k\a^slhb
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Znqi^mbml]®mZbel
Nous nous sommes
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PaZmi^hie^pZgm^]
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b\^\k^ZfmaZm]h^lgm
f^em[^_hk^rhnaZo^
k^Z\a^]ahf^Bg[kb^_%
Zmm^gmbhgmh]^mZbe'Mablbl
paZmp^_h\nl^]hg'
89
temps à leur inculquer la discipline, les bonnes routines, à
éliminer l’absentéisme. Pour lutter contre la volatilité, nous
privilégions des contacts sympas, sans agressivité. Nous les
impliquons et les promouvons en interne. Nous payons aussi
un peu plus que la moyenne, avec des procédures strictes pour les augmentations. Cela marche… la plupart du
temps, mais il y a aussi des échecs, des vols…»
Le niveau de formation du personnel n’est pas fondamental. « Cela va du bachelier à l’ingénieur informatique de
25 ans. Nous cherchons des gens motivés, souriants et qui
savent compter. L’anglais est secondaire. Pour nous faire
connaître, nous passons par Facebook. Aujourd’hui nous
sommes un des groupes les plus connus du Cambodge et
QRXVEpQpÀFLRQVG·XQHERQQHLPDJHJUkFHjODUXPHXUVXU
OH:HEª
/H TXDWULqPH GpÀ HVW OD VpFXULWp © KHXUHV VXU QRXV
avons trois personnes : une à la caisse, une aux étagères
et une à la surveillance. Nous avons essuyé beaucoup de
vols, internes et externes, y compris des attaques à mains
armées. Un de nos employés est parti avec la caisse alors
qu’il devait être payé le lendemain, une somme plus importante. Il y aussi des vols de boites de lait pour bébé par des
gamins de cinq ans ou de lames de rasoir par des grandspères. Mais les mêmes problèmes existent en Europe ! »
0DOJUp OHV GLIÀFXOWpV GH SDUFRXUV %UXQR 'XELJHRQ HVW
RSWLPLVWH © /HV GLIÀFXOWpV QH QRXV RQW MDPDLV EORTXpV
Quand on une idée, qu’on s’y tient de façon professionnelle, on parvient au but. Le Cambodge est un pays très
jeune. Il y a de l’argent, des ressources et un fort potentiel.
Les infrastructures ne sont pas bonnes, mais tout progresse.
Le niveau éducatif est encore bas, mais j’observe dans une
partie de mon personnel une soif d’apprendre, même si
beaucoup sont limités par les ressources de la famille. » O
90
D
on’t be fooled by the youthful smile of
%UXQR 'XELJHRQ RZQHU DQG FRIRXQGHU
of Smile Minimart, a small chain of convenience stores emerging in the CamboGLDQFDSLWDO7KLVWUDGHVPDQKDGZRUNHG
in Asia for 15 years before he opened his
ÀUVWVKRSLQ3KQRP3HQKZLWKDSDUWQHU
´,Q-XQHWKHUHZHUHQ·WPDQ\FRQYHQLHQFHVWRUHVLQ
Phnom Penh but the market seemed to us to be mature
enough. The development of Asian economies seems to
PHWRIROORZDUHJXODUPRGHO:KHQSHRSOHGRQ·WKDYH
money, they buy a pair of scissors and a chair and beFRPHKDLUGUHVVHUV:KHQWKH\KDYHDELWRIPRQH\WKH\
VWDUWLQWHUQHWFDIHV7KHQIROORZVWKHFRQYHQLHQFHVWRUH
phase and then the luxury phase,” he said.
7KH WZR SDUWQHUV VSHQW DQ LQLWLDO ÀYH PRQWKV VWXG\LQJ
the market. “Prices seemed to be a secondary considHUDWLRQ :KDW SHRSOH ZDQWHG ZDV VHUYLFH FOHDQOLQHVV
air-conditioning, ice cream that doesn’t melt before you
have reached home because the freezers are at minus
WZRGHJUHHVLQVWHDGRIPLQXVGHJUHHV,QEULHIDWWHQWLRQWRGHWDLO7KLVLVZKDWZHIRFXVHGRQµKHVDLG
After registering their company name, the partners orJDQLVHGDORFDOGHVLJQFRPSHWLWLRQWRÀQGDORJRDQG
RSHQHGWKHLUÀUVWVWRUH7KH\VSHQWWKHQH[WIRXUPRQWKV
REVHUYLQJ ´:H WHVWHG SURGXFWV DQG NHSW µ
he said.
Since then, they have opened another four shops, all in
Phnom Penh, and have moved into importing. “In EuURSH\RXZRXOGQHHGWKUHHVXSSOLHUVIRUIUHVKJRRGVGU\
goods and alcohol and cigarettes but here you need
PDQ\RIZKRPDUHVKRUWRIVWRFNµKHVDLG
Today, Dubigeon imports 500 items and supplies 170
shops in Phnom Penh, including numerous competitors.
´7KH FRPSDQ\ KDV SHRSOH DQG DW WKH PRPHQW ZH
DUHZDLWLQJIRUWKHPDUNHWWRFRQVROLGDWH
Three or four convenience stores are opening each
PRQWKDQGDVPDQ\DUHFORVLQJ,WLQYROYHVNQRZKRZD
pricing policy based on offering cheap products such as
FRFDFRODVSLULWVDQGULFHDQGZKRVHSULFHVDUHNQRZQ
WR FXVWRPHUV DQG PDNLQJ PDUJLQV RQ OHVV ZHOONQRZQ
products.
(YHQWKRXJKKRXVHZLYHVVWLOOGRQ·WKDYHPXFKVSHQGLQJ
SRZHUDPLGGOHFODVVLVHPHUJLQJ,W·VKDUGWRHVWLPDWH
its size but there is an enormous underground economy
here,” he said.
© DR
The four challenges facing the entrepreneur
The young company is today on the lookout for good
VWUHHWORFDWLRQVLQZKLFKWRGHYHORS5HDOHVWDWHLVRQH
RI6PLOH·VELJJHVWFKDOOHQJHV´1RWRQO\GRZHKDYHWR
ÀQGJRRGORFDWLRQVEHIRUHRWKHUSHRSOHGREXWZHDOVR
KDYHWRQHJRWLDWHZLWKRZQHUVZKRDUHQRWDOZD\VUDWLRnal,” he said.
Not having a Khmer partner is not a problem, but he has
WRGHDOZLWKWKHORFDODXWKRULWLHVRQKLVRZQ´:KHQ\RX
NQRZ WKH V\VWHP DQG YLVLW WKH DXWKRULWLHV UHJXODUO\ WKH\
EHFRPHPRUHDPHQDEOHZKHQLWFRPHVWRUHQHZLQJD
OLFHQVHRUSD\LQJWD[µKHVDLG+RZHYHUFRUUXSWLRQUHmains entrenched; you even have to pay to get small
ELOOV (YHU\RQH LV RQ WKH WDNH +RZHYHU 'XELJHRQ VD\V
WKDWWKHUHDUHDOVRRIÀFLDOVZLWKJUHDWLQWHJULW\
0DQDJLQJ VWDII LV DQRWKHU ELJ FKDOOHQJH´:H PDGH D
SRLQWRIKLULQJSHRSOHZLWKRXWH[SHULHQFHZKRZHWKHQ
WUDLQHGIURP$WR=7KDWZRUNHGYHU\ZHOO:HWRRNWLPH
to train them in discipline, good practice and to stop abVHQWHHLVP:HRIIHUGHFHQWFRQWUDFWVWRSUHYHQWDKLJK
VWDIIWXUQRYHU:HJHWWKHPLQYROYHGDQGSURPRWHWKHP
LQWHUQDOO\ :H SD\ D ELW PRUH WKDQ DYHUDJH DQG KDYH
VWULFWSURFHGXUHVIRUZDJHLQFUHDVHV0RVWRIWKHWLPHLW
ZRUNVEXWWKHUHDUHDOVRIDLOXUHVDQGLQVWDQFHVRIWKHIWµ
he said.
The level of education among staff isn’t the most imporWDQW FRQVLGHUDWLRQ ´:H KDYH HYHU\WKLQJ IURP VFKRRO
OHDYHUV WR \HDUROG ,7 HQJLQHHUV :KDW ZH ORRN IRU
PRVW LV PRWLYDWHG SHRSOHV ZKR VPLOH DQG FDQ FRXQW
(QJOLVK LV VHFRQGDU\ 7R JHW RXU QDPH RXW ZH KDYH D
)DFHERRN SDJH DQG DUH QRZ RQH RI WKH EHVWNQRZQ
JURXSV LQ &DPERGLD :H KDYH D JRRG LPDJH RQ WKH
ZHEµKHVDLG
7KH IRXUWK FKDOOHQJH LV VHFXULW\ ´:H KDYH WKUHH VWDII
members on site 24 hours a day, one at the counter,
RQHDPRQJWKHVKHOYHVDQGRQHGRLQJVXUYHLOODQFH:H
have suffered a lot of thefts, both by staff and the public,
including armed robberies. Five-year-old kids steal baby
milk and grandfathers steal razor blades. But the same
problems exist in Europe!” he said.
,QVSLWHRIWKHGLIÀFXOWLHV'XELJHRQLVRSWLPLVWLF´7KHVH
GLIÀFXOWLHVKDYHQHYHURYHUFRPHXV,I\RXKDYHDQLGHD
and stick to it in a professional manner, you attain your
goal in the end. Cambodia is a very young country.
There is money, resources and a lot of potential. The infrastructure isn’t good but things are progressing.” O
Les angles de rue à Phnom Penh sont très recherchés. Shops located
on street corners are highly sought after in Phnom Penh.
91
Nathalie Arbefeuille
© A. G.
Nathalie Gourmet Studio
NATHALIE GOURMET
STUDIO
Malaisie
;makaf]^jYf¬Yak] [Yl]jaf_$j]klYmjYfl]l
centre de formation)
Créé en 2010
Situé à Kuala Lumpur.
>j]f[`[makaf] [Yl]jaf_$j]klYmjYflYf\
training centre)
Founded in 2010
Based in Kuala Lumpur, Malaysia
Number of staff: 11
92
Nathalie Arbefeuille, chef en Malaisie et fondatrice de Nathalie gourmet studio vit en Asie depuis treize ans. Ancienne
assistante de direction, douée d’une excellent capacité
d’organisation elle a accompagné son mari en Malaisie,
puis en Thaïlande. Passionnée de cuisine, depuis l’âge de
12 ans, elle faisait des dîners pour sa famille.
Pendant ses deux premières années d’expatriation,
1DWKDOLH$UEHIHXLOOHV·RFFXSHGHVDÀOOH0DLVHOOHV·HQQXLH
et décide de prendre des cours de cuisine. « Ce n’était pas
FH TXH M·DWWHQGDLV -·DL FRPPHQFp j UpÁpFKLU j XQ FRQcept ». En trois ans, elle a plus de 500 élèves à Bangkok. Nathalie fonde alors Nathalie’s gourmet studio chez elle et se
lance dans le catering, devient chef à domicile. « Je faisais
GHVFRFNWDLOVGvQDWRLUHVHWGHVGvQHUVDVVLV-·DLÀQLSDUIDLUH
des dîners pour la famille royale de Thaïlande. »
Revenue en Malaisie, elle ajoute à ses activités le consulting. Il y a deux ans, on propose à son mari de rentrer en
France mais il préfère lancer son affaire en Malaisie. Pour
Nathalie, c’est le feu vert pour concrétiser son rêve et ouYULURIÀFLHOOHPHQWVRQUHVWDXUDQWHWVRQVWXGLRGHFXLVLQH(OOH
crée aussi des recettes pour des marques connues en Asie
et des macarons qu’elle distribue à travers des sociétés de
luxe.
L’ambition de Nathalie Arbefeuille est de proposer du ÀQH
dining français à des prix abordables. « En Asie, si vous
voulez manger français, cela coûte une fortune. Mon idée,
c’est d’arriver à régaler ceux qui n’ont pas les moyens de
dépenser 1 000 ringgit (240 euros environ) pour un dîner. »
Nathalie Arbefeuille a déjà un restaurant ouvert les matins
et midis, mais seulement deux soirs par mois.
(OOHDRXYHUWXQQRXYHDXUHVWDXUDQWÀQMXLQDXFHQWUH
ville. Le guide Michelin n’est pas encore en Malaisie, mais
les étoiles ne font pas vraiment partie de ses rêves. Elle se
GpÀQLW FRPPH XQH DXWRGLGDFWH © -·DL DSSULV DYHF PHV
grands-mères. La cuisine, c’est comme la peinture ou la
musique. Il faut être doué. »
Pour parfaire son art, elle a passé dans les cuisines de son
amie Anne-Sophie Pic. « C’est un peu mon modèle, j’ai
EHDXFRXSG·DGPLUDWLRQSRXUHOOHª/HPpWLHUGLIÀFLOHHWIDtiguant, ne lui fait pas peur : « Je suis petite mais très costaud.
&·HVW PD IRUFH © 1DWKDOLH $UEHIHXLOOH D DXWRÀQDQFp VRQ
projet. « Quand on est un nouvel entrepreneur dans un pays
qui n’est pas le sien, personne ne vous prête d’argent! »
Même les Malais musulmans viennent !
Nathalie surfe sur le goût des Malaisiens pour la cuisine
française ici. « 70% de ma clientèle est locale : des SinoMalaisiens mais aussi, de plus en plus, des Malais musulmans.
Ma cuisine n’est pas halal — je mets de l’alcool — mais je ne
cuisine pas le porc. Mes clients musulmans considèrent que
l’alcool s’est évaporé en cuisant. »
Les menus sont en français et en anglais, pas en malais, car
les classes moyennes parlent à 80% anglais. « En Malaisie,
les prix des produits importés restent raisonnables. Je peux
FXLVLQHU GX ÀOHW G·DJQHDX GH 1RXYHOOH=pODQGH GX ÀOHW
de bœuf australien. Nous sommes gâtés pour les légumes
grâce au climat tempéré toute l’année dans les Cameron
Highland qui permet de cultiver tous nos légumes et des
herbes extraordinaires. »
Pour lancer son entreprise, Nathalie Arbefeuille conseille
G·DERUGG·rWUHV€UGHVDPRWLYDWLRQHWGHELHQUpÁpFKLUj
son projet, de mesurer ses chances de réussite, de bien observer et d’équilibrer ses comptes.
« Quand je rentre en France, je me sens chez moi mais je
me sens aussi chez moi ici. Ma petite dernière est née en
Thaïlande. La vie de mes enfants, c’est ici. La famille me
manque mais pas forcément la mentalité française, trop
fermée parfois ». Nathalie insiste sur le fait que monter la
même chose en France lui aurait coûté dix fois plus. « Ici, j’ai
investi 100 000 euros tout compris. Je suis locataire des murs
vides et j’ai aménagé moi-même l’espace. »
« La France c’est bien, mais nos enfants doivent se tourner vers le monde. Il y a des choses à faire et à découvrir.
En Malaisie, on ne m’a pas mis de bâtons dans les roues.
Il y a des règles à suivre, mais elles ne sont pas insurmontables. On m’a traitée comme les Malaisiens, voire mieux.
/HVHXOLQFLGHQWXQFRXSGHÀOGHODSROLFHORFDOHTXLPH
GHPDQGDLWGHO·DUJHQWSRXUSDUDvWUHGDQVOHXUQHZVOHWWHU
J’ai refusé. » O
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fZg`^k_kZg­Zbl%\^eZ
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”
93
© DR
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5H[OHSPL(YILML\PSSLWYtWHYLKLZJVJR[HPSZYHMÄUtZWV\YSHMHTPSSLYV`HSL
de Thaïlande.5H[OHSPL(YILML\PSSLWYLWHYLZYLÄULKJVJR[HPSZMVY[OL;OHP
royal family.
94
athalie Arbefeuille, Malaysia-based chef
and founder of Nathalie’s Gourmet Studio,
has lived in Asia for 13 years. She took care
RI KHU GDXJKWHU IRU KHU ÀUVW WZR \HDUV RI H[patriation and then decided to take cooking
FODVVHV'LVDSSRLQWHGZLWKZKDWVKHIRXQGVKHWKRXJKW
up a different concept. Three years later she had 500 pupils in Bangkok, had founded Nathalie’s Gourmet Studio,
became a home chef and ended up making dinners for
the Thai royal family.
On her return to Malaysia, she added consulting to her
DFWLYLWLHV7ZR\HDUVDJRKHUKXVEDQGZDVDVNHGWRUHWXUQWR)UDQFHEXWKHGHFLGHGLQVWHDGWRODXQFKKLVRZQ
EXVLQHVVLQ0DOD\VLD)RU1DWKDOLHWKLVZDVDJUHHQOLJKWWR
RIÀFLDOO\RSHQKHUUHVWDXUDQWDQGFRRNLQJVWXGLR6KHDOVR
PDGHUHFLSHVIRUZHOONQRZQ$VLDQEUDQGVDQGFUHDWHG
macaroons that she sells through luxury companies.
$UEHIHXLOOH·V DLP LV WR RIIHU ÀQH )UHQFK GLQLQJ DW DIIRUGable prices. She has just opened a second restaurant
(June 2011) in the city centre and considers herself to be
self-taught. To perfect her art, she did a stint in her friend
Anne Sophie Pic’s kitchens. “She’s something of a role
model for me, I have a lot of admiration for her,” she said.
$UEHIHXLOOHLVVXUÀQJDZDYHRIHQWKXVLDVPDPRQJ0DOD\sians for French cuisine. “About 70 percent of my clientele
is local, mostly Chinese Malaysians but also increasingly
Muslim Malays. My cuisine is not halal – I use alcohol – but
I don’t cook pork. In Malaysia, imported products still cost
UHDVRQDEOHSULFHV,FDQFRRND1HZ=HDODQGODPEÀOOHW
RUDQ$XVWUDOLDQEHHIVWHDN:HDUHVSRLOHGIRUYHJHWDEOHV
thanks to the year-round temperate climate in the CamHURQ +LJKODQGV ZKHUH DOO RXU YHJHWDEOHV DQG VRPH H[WUDRUGLQDU\KHUEVDUHJURZQµVKHVD\V
“My children’s life is here. I miss my family but not
VR PXFK WKH )UHQFK PHQWDOLW\ ZKLFK LV WRR FORVHG
sometimes.”Arbefeuille is convinced that setting up the
VDPHRSHUDWLRQLQ)UDQFHZRXOGKDYHFRVWKHUWHQWLPHV
as much.“Here, I invested EUR 100,000 in total. I rented an
empty space and arranged the interior myself,” she says.
´)UDQFHLVDOOZHOODQGJRRGEXWRXUFKLOGUHQQHHGDJOREal outlook. There are things to do and discover. In MalayVLDQRRQHKDVSXWDVSDQQHULQP\ZRUNV7KHUHDUHUXOHV
WRIROORZEXWWKH\DUHQRWLPSRVVLEOH,KDYHEHHQWUHDWHG
the same as or better than a Malaysian. The only incident
ZDVDSKRQHFDOOIURPWKHORFDOSROLFHZKRDVNHGPHIRU
PRQH\WRDSSHDULQWKHLUQHZVOHWWHU,UHIXVHGµO
Robert Bougrain-Dubourg
© A. G.
Restaurateurs sans Frontières
RESTAURATEURS SANS
FRONTIÈRES
L`YadYf\]
J]klYmjYlagf\gZb]lk\Yjl
Fondée en 1981,
Située à Bangkok,
depuis 2003
Restorers of artefacts
Founded in 1981
:Yk]\af:Yf_cgc$L`YadYf\
since 2003
Fondateur et directeur de Restaurateurs sans frontières,
Robert Bougrain-Dubourg, a sillonné le monde entier depuis
SRXUDSSRUWHUH[SHUWLVHHWÀQDQFHPHQWjGHVSURMHWV
GH UHVWDXUDWLRQ G·REMHWV G·DUW 'HSXLV LO V·HVW À[p HQ
Thaïlande, où, à la tête d’une petite équipe, il remet en
état les collections de plusieurs palais royaux dont celui
du prince héritier. Il s’est occupé aussi des œuvres peintes
par le souverain actuel, 150 toiles exécutées de 1950 à
1960. Aujourd’hui, installé à Bangkok chez Jim Thomson,
l’Américain qui relança la soie thaïlandaise, il s’attelle à
un nouveau projet : monter pour le compte du recteur de
l’université des bonzes de Thaïlande, une école de restauration d’œuvres d’art.
« En Asie du Sud-est, le patrimoine artistique est essentiellement religieux, explique Robert Bougrain-Dubourg. Pour
le préserver, j’ai pensé qu’il valait mieux s’adresser directement à ceux qui en ont la charge. La loi protège théoriquement le patrimoine ancien, fort bien recensé depuis les années 30. Mais elle n’est pas systématiquement appliquée.
La population très dévote n’ose pas s’opposer à la volonté
d’un personnage religieux. Or, il arrive qu’un vénérable en
prenant en charge un temple, veuille construire pour laisser une trace. D’autant plus que domine ici l’idée que tout
meurt et renaît, ce qui ne génère pas le même souci de
conservation. Les Beaux-Arts thaïlandais forment pourtant
des peintres traditionnels de très grande qualité mais il n’y
a que quatorze restaurateurs professionnels dans toute la
Thaïlande pour plus de 1 000 temples peints. »
L’intérêt du roi pour la restauration et le soutien de l’Unesco,
ont permis à Robert Bougrain-Dubourg de rencontrer les
autorités ecclésiastiques au plus haut niveau. Le timing était
bon puisque les bonzes, préoccupés par la désaffection
95
C^fZmm^ee^¨
un nouveau projet —
fhgm^kihnke^\hfim^
]nk^\m^nk]^engbo^klbm®
]^l[hgs^l]^
MaZµeZg]^%ng^®\he^
de restauration
]Õnok^l]Zkm'
Bf_h\nlbg`hgZg^p
ikhc^\ml^mmbg`niZg
Zkmk^lmhkZmbhgl\ahhe
_hkma^k^\mhkh_ma^
;n]]ablmNgbo^klbmrh_
MaZbeZg]'
”
96
envers leur système traditionnel de recrutement, étaient en
train de réorienter leur formation vers l’international, dans
trois directions : le bouddhisme, les affaires sociales et la
pédagogie. « Traditionnellement les jeunes garçons allaient
faire leurs études dans les temples et certains d’entre eux
restaient sur place. Mais depuis que la Thaïlande a multiplié
OD FRQVWUXFWLRQ G·pFROHV FLYLOHV OHV ERQ]HV TXL DIÀUPHQW
perdre 30 000 bonzes par an et savent qu’on ne reviendra
pas sur l’école publique, ont cherché des solutions alternatives. Le recteur a été intéressé par mes propositions de
formation à la conservation préventive. La première année, nous ouvrons la formation aux 5 000 bonzes de la section “bouddhisme”. J’espère en passionner une trentaine
pour en faire des spécialistes. Comme cette formation
rayonne au-delà du pays, nous formerons du même coup
des moines cambodgiens, laotiens… »
Robert Bougrain-Dubourg se défend d’intervenir comme
« missionnaire » persuadé de sa supériorité. « J’essaye
G·pFRXWHUHWGHFRPSUHQGUHGHIDLUHSURÀWHUOHVDXWUHVGH
mon expérience ». Le restaurateur qui a roulé sa bosse aux
quatre coins du monde explique à quel point il a appris le
pragmatisme et l’humilité. « A Saint-Domingue, un musée
ultra-moderne a été conçu autour de l’air conditionné alors
qu’il n’y avait que deux heures d’électricité par jour. Résultat, les collections ont pourri à cause de la condensation. »
Il mise plutôt sur la valeur d’exemple et d’entrainement :
« En ce moment, nous restaurons pour l’UNESCO le temple
de Bakong à Siem Reap près d’Angkor au Cambodge.
J’ai recruté trois étudiants des Beaux-Arts pour les former.
Ils iront ensuite sur le marché chercher des clients ! » Fait
DVVH]UDUHO·RSpUDWLRQpWpÀQDQFpHSDUXQHHQWUHSULVHOD
société Holcim, ce qui va permettre de publier un livre sur
la restauration et un DVD qui sera distribué aux monastères
du Cambodge.
Robert Bougrain-Dubourg est aussi partisan de restaurer
SRXUOHEpQpÀFHGHVSRSXODWLRQVORFDOHV©$6LHP5HDS
l’UNESCO me reproche de faire trop de retouches. Mais
je persiste car je restaure d’abord pour les gens du village,
SDV SRXU OHV YLVLWHXUV /HV ÀGqOHV YHXOHQW UHWURXYHU OHV LPD
ges devant lesquelles ils viennent prier. Nous recomposons
donc les parties lacunaires. Si l’artiste avait voulu qu’il y ait
des parties lacunaires, il les aurait prévues ! » O
F
© A. G.
© A. G.
RXQGHU DQG GLUHFWRU RI 5HVWRUHUV :LWKRXW %RUGHUV
Robert Bougrain Dubourg, has traversed the globe
VLQFHWRVXSSO\H[SHUWLVHDQGIXQGVWRDUWZRUN
restoration projects. In 2003 he settled in Thailand
ZKHUH KHDGLQJ XS D VPDOO WHDP KH LV UHVWRULQJ
collections belonging to several royal palaces inFOXGLQJ WKDW RI WKH FURZQ SULQFH +H LV DOVR WDNLQJ FDUH RI
ZRUNV E\ WKH FXUUHQW NLQJ FDQYDVHV SDLQWHG EHWZHHQ
1950 and 1960.
Today, in the Bangkok location of Jim Thomson, the AmeriFDQZKRUHODXQFKHG7KDLVLONKHLVDSSO\LQJKLPVHOIWRDQHZ
project – setting up an art restoration school for the rector of
the Buddhist University of Thailand.
“In Southeast Asia, the body of art is essentially religious.
In order to preserve it, I thought it best to approach those
ZKRZHUHLQFKDUJHRILW7KHODZLQWKHRU\SURWHFWVFXOWXUDO
KHULWDJH ZKLFK KDV EHHQ SURSHUO\ GRFXPHQWHG VLQFH WKH
1930s, but it is not systematically applied. The devout popuODWLRQ GRHVQ·W GDUH RSSRVH WKH ZLOO RI D UHOLJLRXV SHUVRQDOity. So it can come to pass that a venerable member of the
FOHUJ\ZKHQWDNLQJFKDUJHRIDWHPSOHPD\ZLVKWRDGGWR
LWLQRUGHUWROHDYHKLVPDUNRQLW7KLVHIIHFWLVLQWHQVLÀHGE\
the dominant idea here that everything dies and is reborn,
ZKLFKGRHVQ·WOHDGWRWKHVDPHFRQFHUQIRUFRQVHUYDWLRQ
The Thai Fine Arts schools are training gifted traditional painters but there are only 14 professional restorers in the entire
country for more than 1,000 painted temples,” he says.
5R\DOLQWHUHVWLQUHVWRUDWLRQDQGVXSSRUWIURP8QHVFRDOORZHG
'XERXUJWRPHHWWKHWRSUHOLJLRXVDXWKRULWLHV7KHWLPLQJZDV
JRRGEHFDXVHWKH%XGGKLVWVSUHRFFXSLHGZLWKJHQHUDOGLVDIIHFWLRQIRUWKHLUWUDGLWLRQDOUHFUXLWPHQWPHWKRGVZHUHJLYing their training a more international feel by dividing it into
the three areas of Buddhism, social affairs and education.
´7UDGLWLRQDOO\\RXQJER\VZHQWWRVWXG\LQWKHWHPSOHVDQG
VRPH RI WKHP ZRXOG UHPDLQ WKHUH %XW VLQFH 7KDLODQG EXLOW
LWVFLYLOVFKRROVWKH%XGGKLVWVZKRVD\WKH\DUHORVLQJ
Buddhists a year and understand that public schools are
here to stay, are looking for alternative solutions. The rector
ZDVLQWHUHVWHGLQP\VXJJHVWLRQVIRUWUDLQLQJLQSUHYHQWDWLYH
FRQVHUYDWLRQ'XULQJWKHÀUVW\HDUZHWUDLQHG%XGGKLVWV
DVSDUWRIWKH%XGGKLVPVHFWLRQ,KRSHDERXWRIWKHPZLOO Robert Bougrain-Dubourg vient de restaurer le temple bouddhiste de
be passionate enough about this that I can train them into Bakong dans la zone d’Angkor. 9VILY[)V\NYHPU+\IV\YNOHZQ\Z[ÄUished the restoration of the only recent Buddhist temple in Angkor.
VSHFLDOLVWV7KLVWUDLQLQJZLOOKDYHDQLPSDFWEH\RQG7KDLODQG
DQGZHZLOODOVRWUDLQPRQNVIURP&DPERGLD/DRVHWFµKH
says. Dubourg denies any suggestion that he is some kind of
¶PLVVLRQDU\· FRQYLQFHG RI KLV RZQ VXSHULRULW\ ´, WU\ WR OLVWHQ
DQGXQGHUVWDQGDQGDOORZRWKHUVWREHQHÀWIURPP\H[SHULence,” he says. O
97
Ted Perrein
© A. G.
Biztools enterprise solution technology
BIZTOOLS
ENTERPRISE
SOLUTION TECHNOLOGY
De père français et de mère anglaise, Ted Perrein, trentenaire, a découvert l’ASEAN étudiant. Quinze ans après, il
est à la tête de Biztools enterprise solution, une PME de services informatiques qu’il a créée en 2005 et qui emploie 33
personnes. Et aujourd’hui le marché cambodgien lui paraît
trop petit. Il vient d’ouvrir un bureau à Ho Chi Minh ville.
$SUqV DYRLU WUDYDLOOp GDQV OD ÀQDQFH j /RQGUHV LO SUHQG
le large en Europe de l’Est (six mois) et en Inde (six mois).
Quand il débarque à Saïgon, il est embauché deux jours
après son arrivée dans une société de conception de softZDUHVXUPHVXUH,O\IDLWVHVJDPPHVSHQGDQWTXDWUHDQV
avant de fonder Conical Hat au Cambodge, en s’adossant
sur un gros client KPMG.
Son cœur de métier : le développement en interne
d’applications à destination de PME asiatiques ou occidentales (budget, gestion et transport, inventaires…) s’installant
au Cambodge. Ses affaires prospèrent rapidement. « Deux
au départ, trois ans plus tard, nous étions 35 dont 5 expatriés. La crise passée, nous ne sommes plus que 27 et je suis
le seul expatrié. »
$SUqVGL[KXLWPRLVGLIÀFLOHVGXVjODFULVH%L]WRROVHQWHUSULVH
VROXWLRQDFKRLVLGHVHGLYHUVLÀHUGDQVO·DGDSWDWLRQDXPDUFKpFDPERGJLHQGHSURGXLWVVRIWZDUHFRQoXVHQH[WHUQH
Aujourd’hui la société de Ted Perrein passe des accords de
collaboration avec des sociétés asiatiques, comme le singapourien Cuscapi, spécialisé dans les points de ventes de
« fast food », ou l’indien Ezeetechnosys pour le marché des
boutique-hôtel ou un partenariat avec SAP.
Cambodge, Vietnam
Services informatiques
Créé en 2005
:Yk­§H`fgeH]f`$
FgeZj]\]ehdgq­k2++&
Computer services
Founded in 2005
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY$
& Vietnam Cultiver la loyauté et mettre en place des procédures
7HG 3HUUHLQ GLW Q·pSURXYHU DXFXQH GLIÀFXOWp SDUWLFXOLqUH
Number of staff: 33. d’adaptation à l’Asie du Sud-est, mais il reconnaît faire
98
attention quand il dirige ses équipes à mettre en place
une structure claire, basée sur la loyauté. « Au Cambodge
ou au Vietnam, l’amitié vient après. Il faut d’abord un
respect et une reconnaissance de la compétence, qui permet de développer la loyauté et un sens d’appartenance.
A Biztools enterprise solution, les employés se voient régulièrement, font des fêtes ensemble. Cinq ans et demi après
la fondation de l’entreprise, même s’il y a eu des départs, il
existe un noyau loyal et qui m’aime bien, je crois. »
Autre observation de Ted Perrein : la nécessité de résouGUH OHV FRQÁLWV HQ UHVSHFWDQW OD PDQLqUH FDPERGJLHQQH
« Nous avons eu, par exemple, un problème de commisVLRQV VRXV OH PDQWHDX XQH GLIÀFXOWp DVVH] FRXUDQWH 0RQ
directeur commercial cambodgien s’en est occupé. Moi,
je voulais virer tout le monde. Il m’a conseillé d’éviter la
perte de face, pour que les gens autour ne se sentent pas
humiliés et puissent rester dans la société. »
L’importance des procédures
Ted Perrein insiste beaucoup sur l’importance des procédures qui permettent d’avancer. « Au Cambodge et au
Vietnam, si vous voulez des gens heureux, il faut bien les
encadrer. Certains d’entre eux vous proposeront peut-être
de changer la procédure et là, vous saurez que vous avez
en face de vous un directeur de département potentiel. En
tant que patron de PME, on peut embaucher des gens très
brillants qui, s’ils étaient européens, travailleraient pour de
grosses sociétés ». Mais si Ted Perrein a appris à faire preuve
GHÁH[LELOLWpLODSRVpGHVOLPLWHV©-HQ·DLDXFXQHÁH[LELOLWp
pour le vol. » Et s’il est prêt à accepter une erreur, il ne veut
pas qu’elles se répètent, une fois que le nouvel employé
est formé. « J’ai embauché des jeunes boursiers qui, il y a
cinq ans, ne savaient pas comment fonctionnait une carte
de crédit ! » Un des goulots d’étranglement au Cambodge
HVW GH WURXYHU GHV LQJpQLHXUV TXDOLÀpV © /H &DPERGJH
forme seulement 7 000 ingénieurs titulaires d’un BA IT par
an — les Cambodgiens préfèrent le commerce — et certains diplômes n’ont aucune valeur. Ce qui sauve le Cambodge, c’est qu’une recrue intelligente avec une bonne
attitude peut devenir opérationnelle au bout de trois à six
mois. » Ted Perrein souligne qu’il y est plus facile de créer
son entreprise qu’en Chine ou au Vietnam. Par contre, le
marché est petit. Autre point noir, le manque de clarté
dans l’application des lois. Ted Perrein reste pourtant opWLPLVWH©-XVTX·HQQRXVDYRQVEpQpÀFLpG·XQHFURLVsance fantastique. Aujourd’hui, les affaires repartent. Notre
société nous fait vivre confortablement. Mais nous voulons
passer à la vitesse supérieure. » O
>gmZgmjn^iZmkhg
]^IF>%hgi^nm
^f[Zn\a^k]^l`^glmk¯l
[kbeeZgmljnb%
lbel®mZb^gm^nkhi®^gl%
travailleraient pour
]^`khll^llh\b®m®l'
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^fiehr[kbeebZgmi^hie^
pah%b_ma^rp^k^
>nkhi^Zg%phne][^
phkdbg`_hkan`^
\hfiZgb^l'
”
99
Building loyalty and procedures
3HUUHLQVD\VKHKDVWDNHQFDUHZKHQPDQDJLQJKLVWHDPVWR
put in place a clear loyalty-based structure. “First of all there
QHHGVWREHUHVSHFWDQGUHFRJQLWLRQRIVNLOOVZKLFKPDNHVLW
possible to build loyalty and a sense of belonging. Over time
the employees see each other regularly and have parties
together. Five and a half years after starting the company,
,EHOLHYHZHKDYHDOR\DOFRUHWHDPWKDWDSSUHFLDWHVPHµ
he says. Perrein has also observed that it is necessary to reVROYHFRQÁLFWVLQWKH&DPERGLDQZD\´)RUH[DPSOHZHKDG
DSUREOHPZLWKXQGHUWKHWDEOHFRPPLVVLRQVDSUHWW\ZLGHVSUHDGGLIÀFXOW\0\&DPERGLDQFRPPHUFLDOGLUHFWRUWRRN
FDUHRILW,ZDQWHGWRÀUHHYHU\RQHEXWKHDGYLVHGPHWR
DYRLG ORVV RI IDFH VR WKDW SHRSOH ZRXOGQ·W IHHO KXPLOLDWHG
DQGFRXOGFRQWLQXHZRUNLQJIRUWKHFRPSDQ\µKHVD\V
Clear procedures are vital to progress, according to Perrein.
´,Q&DPERGLDDQG9LHWQDPLI\RXZDQWSHRSOHWREHKDSpy you have to manage them. Some of them may suggest
FKDQJLQJSURFHGXUHVDQG\RXNQRZ\RXKDYHLQIURQWRI\RX
DSRWHQWLDOKHDGRIGHSDUWPHQW$VDQ60(RZQHU,FDQHPSOR\EULOOLDQWSHRSOHZKRLIWKH\ZHUH(XURSHDQZRXOGEH
ZRUNLQJIRUKXJHFRPSDQLHVµKHVD\V%XWWKHUHLVDOLPLWWR
3HUUHLQ·VÁH[LELOLW\´:KHQLWFRPHVWRVWHDOLQJWKHUHFDQEH
QRÁH[LELOLW\µKHVD\V O
100
Jean-Marie Pithon
Dextra
© DR
B
orn of a French father and an English mother,
7HG 3HUUHLQ QRZ LQ KLV WKLUWLHV GLVFRYHUHG $6(AN as a student. Fifteen years on, since 2005 he
has headed an IT services SME that employs 33
SHRSOH7RGD\KHKDVRXWJURZQWKH&DPERGLDQPDUNHWDQGKDVRSHQHGDQRIÀFHLQ+R&KL
0LQK&LW\$IWHUÀUVWKDYLQJZRUNHGLQÀQDQFHLQ/RQGRQKH
KHDGHGRIIWRGLVFRYHUHDVWHUQ(XURSHDQG,QGLD7ZRGD\V
DIWHUDUULYLQJLQ6DLJRQKHZDVKLUHGE\DFRPSDQ\PDNLQJ
VRIWZDUHWRRUGHU+HFXWKLVWHHWKWKHUHIRUIRXU\HDUVEHIRUH
IRXQGLQJKLVFRPSDQ\LQ&DPERGLDZKLFKKDGDELJFOLHQW
via KPMG.
,WVPDLQMREZDVGHYHORSLQJDSSOLFDWLRQVIRU$VLDQRUZHVWHUQ60(VPRYLQJWR&DPERGLD%XVLQHVVJUHZTXLFNO\´,QWKH
EHJLQQLQJWKHUHZHUHWZRRIXVDQGWKUHH\HDUVODWHUWKHUH
ZHUHRIXVLQFOXGLQJÀYHH[SDWULDWHV,QWKHZDNHRIWKH
FULVLV ZH DUH GRZQ WR DQG ,·P WKH RQO\ H[SDWULDWHµ KH
says. After 18 tough months thanks to the crisis, Perrein deFLGHGWRGLYHUVLI\LQWRDGDSWLQJVRIWZDUHSURGXFWVFUHDWHG
HOVHZKHUHIRUWKH&DPERGLDQPDUNHW7RGD\KLVFRPSDQ\
KDVFROODERUDWLRQDJUHHPHQWVZLWK$VLDQFRPSDQLHVVXFKDV
6LQJDSRUH·V&XVFDSLZKLFKVSHFLDOLVHVLQIDVWIRRGRXWOHWVRU
India’s Ezeetechnosys for the boutique hotel market.
DEXTRA
L`Y´dYf\]
Equipementier
pour la construction béton
Entreprise créée en 2003
Nombre de salariés : 900
Supplier of engineered
construction products
Founded in 2003
:Yk]\afL`YadYf\
Number of staff: 900
Jean-Marie Pithon, président du groupe Dextra, leader pour
la fabrication de coupleurs (boulons pour connecter les
ronds à béton), est à la tête d’une grosse PME qui est aussi
une petite multinationale avec 900 personnes employées
dans le monde.
Lancée en Thaïlande en 1983, Dextra vend aujourd’hui
aussi bien sur les marchés émergents que sur celui des pays
dits « riches » et résiste aux imitations grâce à un mélange
de management à l’européenne et de cadres intermédiaires et ingénieurs locaux. « En terme de chiffre d’affaires,
nous sommes une grosse PME avec 50 millions d’euros, mais
nous avons une problématique de petite multinationale.
Nos chiffres d’affaires sont générés partout dans le monde :
Bangkok, Hong Kong, Dubaï, Bombay, Paris, Los Angeles,
Sao Paulo et notre personnel aussi (450 en Thaïlande, 200
en Chine, 150 en Inde et le reste entre le Moyen Orient,
l’Europe, les Etats-Unis et le Brésil) ».
Une progression de 40% par an
Jean-Marie Pithon est arrivé à Bangkok en 1983, avec un
doctorat de commerce international en poche et un goût
de l’étranger hérité d’une famille expatriée en Afrique
du Nord. Il vient négocier, envoyé par son patron, qui va
devenir ensuite son associé, deux projets de transports
G·XVLQHFOpVHQPDLQÀQDQFpVVXUSURWRFROHIUDQoDLV7URLV
mois après, les projets ont capoté, mais leur intérêt pour la
7KDwODQGH V·HVW FRQÀUPp 'X WUDQVSRUW OHV GHX[ DVVRFLpV
basculent alors vers des activités de négoce. En 1986-87,
ils emploient déjà 25 personne, quand démarre le boom
thaïlandais qui va durer jusqu’à la crise asiatique en 1997.
© 1RXV pWLRQV VXIÀVDPPHQW SUrWV SRXU SRXYRLU QRXV DFcrocher à l’ascenseur. En rachetant, en 1987, une société
de négoce dans les matériaux de construction à Hong
Kong, nous avons mis le doigt sur notre produit-phare
d’aujourd’hui : le « coupleur ». Dans les années 90, nous
avons progressé jusqu’à 40% par an, grâce a une marche
en avant opportuniste, par essai et erreur sur de nombreux
produits différents ».
Les coupleurs de Dextra connectent les ronds à béton, ces
armatures d’acier qui sont le squelette du béton. « C’est
un élément structurel important donc soumis à des agréments qualitatifs de plus en plus exigeants. C’est là que la
société se différencie d’éventuels copieurs, explique son
CEO. Après des tests exigeants, nous fournissons entre autre
les coupleurs de la centrale nucléaire de Flamanville, au
VRPPHWHQPDWLqUHGHFHUWLÀFDWLRQWHFKQLTXH'HV&KLQRLV
quelques Thaïlandais, des Indiens nous copient depuis déjà
de nombreuses années... Le dernier en date est malaisien
et s’appelle Rebartec, notre produit-phare s’appelant lui
Bartec... Ils n’ont qu’un argument : le prix. Cela nous gêne,
bien sûr, sur certains marchés primaires en pesant sur nos
marges, mais pas sur les marchés sophistiqués où la qualité
du service prime sur le prix. »
Dextra fabrique d’autres produits complémentaires dans
son usine de Canton et a conservé ses activités historiques
de transport, de négoce et de distribution.
D’émergent à émergent
Un des points les plus originaux de la société est d’être partie de Thaïlande, un pays émergent, pour se développer
vers des pays riches grâce à une technologie de pointe
originale et découverte de façon opportuniste sur place.
« Nous avions beaucoup appris sur le marché thaïlandais
(1983) et celui de Hong Kong (1987). Quand nous avons ré-
101
alisé que nous pouvions concurrencer la terre entière, nous
avons alors pris notre courage à deux mains et sommes
SDUWLVDLOOHXUVOD&KLQHHQDYHFXQHÀOLDOHGqV
ensuite le Moyen Orient et l’Inde en 2000, puis l’Europe, les
eWDWV8QLV HW OH %UpVLO $XMRXUG·KXL HQ WHUPH GH QDWLRQDOLtés des clients, les marchés de Dextra sont à 27% en Chine
(Hong Kong compris), 27% en Asie du Sud-est,12% en Inde,
DX0R\HQRULHQWHQ(XURSHHWDX[eWDWV8QLV
et Amériques. »
« Dans nos métiers d’infrastructures, l’Asie n’est plus vraiment une zone émergente. Notre horizon désormais
F·HVWO·,QGHOH%UpVLO0DLVMHUHVWHÀGqOHjOD7KDwODQGHHQ
passant 40% de mon temps dans les avions. Je n’ai pas trouvé
ailleurs un aussi bon rapport qualité-prix. L’ouverture en
Chine ne nous a pas incités à fermer la Thaïlande. Nous
sommes clairement plus heureux ici : les gens sont plus cool,
la règlementation plus facile, les infrastructures un peu
mieux en place, les gens davantage formés et c’est plus
plaisant à vivre. Rien n’est déterminant, mais ce faisceau
de raisons fait la différence. »
Défendre les entreprises des Français de l’étranger
Un des chevaux de bataille de Jean-Marie Pithon à la tête
d’une entreprise de droit local est de faire connaître aux
Français l’intérêt pour eux des entreprises fondées par des
Français de l’étranger (EFE). Il mène une campagne de sensibilisation depuis plusieurs années avec d’autres CCE (conseillers du commerce extérieur) de la région : « J’aimerais
partager mon expérience. Depuis 20 ans, les modèles
économiques, logistiques, culturels, politiques et sociaux
ont fusionné. Si nous restons sur notre quant-à-soi hexagonal, nous sommes morts. La démarche des EFE est de dire
qu’il y a des Français qui ont vécu autrement et qui ont des
choses à raconter et à partager sur la mondialisation. Mais
nos propositions concrètes butent sur un état d’esprit, un
système politique et des réglementations fermés. Comme
QRXVQHVRPPHVSDVÀVFDOLVpVHQ)UDQFHQRXVQ·H[LVWRQV
pas aux yeux du pouvoir politique, malgré notre nationalité française. Or, nous sommes persuadés qu’il manque
XQ SRUWDLO HIÀFDFH GHV ()( YHUV OHV 30( H[SRUWDWULFHV GH
)UDQFHDÀQGHOHVVRXWHQLUVXUOHWHUUDLQjO·pWUDQJHU/HV$Qglais, les Allemands les Japonais ou les Chinois jouent beauFRXSSOXVTXHQRXVHQpTXLSH/HUHÁH[HIUDQoDLVF·HVWGH
voir dans l’autre Français un concurrent, mais le Français
sur place, même concurrent, n’est pas forcément le plus
dangereux… Alors unissons nous davantage et soyons plus
solidaires. » O
102
J
ean-Marie Pithon, chairman of the Dextra group,
a leader in manufacturing couplers (the bolts
connecting reinforcement rings inside concrete),
heads a large SME that is also a small multinationDOZLWKHPSOR\HHVZRUOGZLGH
Launched in Thailand in 1983, Dextra has sales in
both emerging markets and rich-country markets and is a
GLIÀFXOWPRGHOWRUHSOLFDWHWKDQNVWRLWVPL[WXUHRI(XURSHDQ
style management and local mid-level managers and enJLQHHUV´,QWHUPVRIRXUWXUQRYHUZHDUHDELJ60(ZLWK(85
PLOOLRQEXWZHKDYHWKHSURÀOHRIDVPDOOPXOWLQDWLRQDO
2XU UHYHQXHV DUH JHQHUDWHG DOO RYHU WKH ZRUOG %DQJNRN
Hong Kong, Dubai, Mumbai, Paris, Los Angeles, Sao Paolo
DQG RXU VWDII LV HTXDOO\ VSUHDG RXWµ VD\V 3LWKRQ 7KH ÀUP
has 450 employees in Thailand, 200 in China, 150 in India
and the rest spread across the Middle East, Europe, the US
and Brazil.
3LWKRQDUULYHGLQ%DQJNRNLQZLWKDGRFWRUDWHLQLQWHUnational trade in his pocket and an appetite for foreign
climes inherited from his family, expatriates in north Africa.
+HZDVVHQWWKHUHE\KLVERVVVRRQWREHFRPHKLVEXVLQHVV
SDUWQHU WR QHJRWLDWH WZR WXUQNH\ IDFWRU\ WUDQVSRUWDWLRQ
SURMHFWVÀQDQFHGE\)UDQFH7KUHHPRQWKVODWHUWKHLUSURMHFWVKDGFROODSVHGEXWWKHLULQWHUHVWLQ7KDLODQGKDGJURZQ
Leaving transportation behind, the partners began examinLQJWUDGH,QWKH\ZHUHDOUHDG\HPSOR\LQJSHRSOH
ZKHQ D 7KDL ERRP EHJDQ WKDW ZRXOG ODVW XQWLO WKH $VLDQ
crisis in 1997.
40 percent a year in the 1990s
´:H ZHUH SUHSDUHG HQRXJK WR EH DEOH WR MXPS RQ WKH
HOHYDWRU:KHQLQZHERXJKWD+RQJ.RQJFRQVWUXFWLRQ PDWHULDOV WUDGLQJ FRPSDQ\ ZH IRXQG ZKDW KDV EHFRPHRXUÁDJVKLSSURGXFWWRGD\WKHFRXSOHU,QWKHV
ZHDFKLHYHGSHUFHQWD\HDUWKDQNVWRDPDUNHWRQWKH
XSYLDDSURFHVVRIWULDODQGHUURUZLWKQXPHURXVGLIIHUHQW
products,” says Pithon. Dextra’s couplers connect rings inside concrete. The rings are the steel reinforcements that
form the concrete’s skeleton.
“They are an important structural element and are subject
WRHYHUPRUHGHPDQGLQJVWDQGDUGV7KLVLVZKHUHRXUFRPpany differentiates itself from the copycats. For example,
DIWHUSDVVLQJGHPDQGLQJWHVWVZHSURYLGHGWKHWRSVSHFLÀFDWLRQFRXSOHUVLQWKH)ODPDQYLOOHQXFOHDUSRZHUVWDWLRQµ
he says.
´7KH&KLQHVHDIHZ7KDLFRPSDQLHVDQGWKH,QGLDQVKDYH
all been copying us for many years. They have only one
DGYDQWDJH SULFH 7KDW KDV GHÀQLWHO\ DIIHFWHG RXU PDU-
gins in certain primary markets, but not in the sophisticatHG PDUNHWV ZKHUH TXDOLW\ RI VHUYLFH LV HYHU\WKLQJµ 'H[WUD
manufactures other complimentary products in its factory
LQ*XDQJ]KRXZKLOVWUHWDLQLQJLWVKLVWRULFDODFWLYLWLHVLQWUDQVport, trading and distribution.
One of the most original things about the company is that it
ZDVODXQFKHGLQ7KDLODQGDQHPHUJLQJFRXQWU\DQGPDGH
inroads into developed countries thanks to cutting edge
RULJLQDOWHFKQRORJ\DQGRSSRUWXQLVWLFORFDOGLVFRYHULHV´:H
learned a lot in the Thai market in 1983 and in Hong Kong
LQ :KHQ ZH UHDOLVHG WKDW ZH FRXOG EH FRPSHWLWLYH
JOREDOO\ZHJDWKHUHGXSRXUFRXUDJHDQGJRWRXWWKHUH
China in 1994 and a branch there in 1996, then the Middle
East and India in 2000, after that Europe, the US and Brazil.
Today in terms of the nationalities of our clients, 27 percent
of Dextra’s market is in China and Hong Kong, 27 percent in
Southeast Asia, 12 percent in India, 17 percent in the Middle
East, 10 percent in Europe and 6 percent in the US and the
Americas,” he says.“In the infrastructure business, Asia isn’t
UHDOO\DQHPHUJLQJDUHDDQ\PRUH2XUKRUL]RQDVRIQRZLV
India and Brazil. But I’m loyal to Thailand despite spending
40 percent of my time on aeroplanes. I haven’t found such
D JRRG UDWLR RI SULFH WR TXDOLW\ DQ\ZKHUH HOVH 2SHQLQJ
XSLQ&KLQDKDVQ·WOHGXVWRFORVHGRZQLQ7KDLODQG:HDUH
clearly happier here, the people are cooler, the bureaucracy is easier, the population is a bit better trained and it’s
nicer to live here. No single one of these factors is crucial to
our choice, but together they make the difference.”
Standing up for French companies abroad
2QHRI3LWKRQ·VIDYRXULWHWRSLFVLVZKDWKHVHHVDVDQHHG
WRUDLVHDZDUHQHVVDPRQJWKH)UHQFKSRSXODWLRQRIWKHDGvantages offered by companies founded by French people
abroad. He has been campaigning on this for several years
ZLWK RWKHU IRUHLJQ WUDGH DGYLVHUV LQ WKH UHJLRQ ´, ZRXOG
like to share my experience. Over the last 20 years, economic, logistical, cultural, political and social models have
DOOFRQYHUJHG,IZHUHPDLQVWXEERUQO\LQZDUGORRNLQJZH
are doomed,” he says.“The aim of French entrepreneurs
DEURDGLVWRVKRZWKDWVRPH)UHQFKSHRSOHKDYHFKRVHQ
to live differently and have a lot of globalisation experience
WR VKDUH %XW ZH FRPH XS DJDLQVW FORVHGPLQGHGQHVV D
SROLWLFDO V\VWHP DQG LQÁH[LEOH UXOHV %HFDXVH ZH DUH QRW
UHJLVWHUHGLQ)UDQFHZHPLJKWDVZHOOQRWH[LVWDVIDUDVWKH
political establishment is concerned, despite our French naWLRQDOLW\ :H DOVR WKLQN )UHQFK HQWUHSUHQHXUV DEURDG FDQ
provide support abroad for French export-oriented SMEs,
support that is currently lacking.” O
>gkZ\a^mZgm%^g*210%
ng^lh\b®m®]^g®`h\^
dans les matériaux
]^\hglmkn\mbhg
¨Ahg`Dhg`%
ghnlZohglfble^]hb`m
lnkghmk^ikh]nbm&iaZk^
]Znchnk]anb'
Pa^gbg*210
p^[hn`amZAhg`Dhg`
\hglmkn\mbhgfZm^kbZel
mkZ]bg`\hfiZgr%
p^_hng]paZmaZl
[^\hf^hnkÜZ`labi
ikh]n\mmh]Zr'
”
103
Arnaud Darc
© A. G.
Thalias
THALIAS
Cambodge
@¸l]dd]ja]%j]klYmjYlagf$
hjgeglagfaeegZada®j]
Fondée en 1997
:Yk­]§H`fgeH]f`
FgeZj]\]ehdgq­k2).(
Hotel industry, real estate
Founded in 1997
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY
Number of staff: 160
104
Arnaud Darc avait toujours souhaité fonder sa propre entreprise. Depuis 1994, cet ancien d’une école de commerce
GH%RUGHDX[DpGLÀpSLHUUHSDUSLHUUHVRQUpVHDXGHUHVWDXrants et de boutiques hôtels, en misant sur l’accélération du
développement touristique au Cambodge.
&·HVWjO·K{WHO&DPERGLDQDG·$FFRUVRXVODPDUTXH6RÀtel, que le jeune Arnaud Darc fait ses armes en 1994. Une
fois diplômé, il rejoint Accor au Cambodge jusqu’à 1997.
Il démarre alors une activité d’import export. « Je suis
devenu un des fournisseurs d’Accor. Les premiers mois
de 1997 ont été très confortables, jusqu’au coup d’Etat,
en juillet, qui arrêta net le développement. Pendant cinq
DQVODVLWXDWLRQpFRQRPLTXHDpWpGLIÀFLOHª0DLV$UQDXG
Darc, marié avec une jeune femme thaïlandaise, ne se
décourage pas et ouvre un premier petit restaurant de cuisine thaïe Topaz, à qui, progressivement, sous la houlette
de l’ex-chef de l’ambassade de France devient français. Il
y rencontre Bernard Babot, avec lequel il fonde la première
ERXWLTXH K{WHO GH 3KQRP 3HQK DX ERUG GX ÁHXYH 7RQOH
VDSO·$PDQMD\DHWVRQUHVWDXUDQWOH.:HVWOHSUHPLHUUHVtaurant climatisé du Quai.
Arnaud Darc ouvre ensuite un restaurant cambodgien,
le Malis, en association avec un des chefs cambodgiens
les plus renommés, Luu Meng, avec lequel il organise
d’importants banquets pour promouvoir la cuisine khmère
à l’étranger. Arnaud Darc déménage son vaisseau amiral
le restaurant Topaz dans de nouveaux locaux, avec des
salons privés, dans l’ancienne maison d’un Premier ministre, qu’il rénove et où il installe une très belle cave à vins
et à cigares ainsi qu’un club de jazz, le Studio 180. Il y
installe aux fourneaux son père, Alain Darc, chef dacquois.
Avec des prix entre 40 et 50 dollars par personne, il vise une
clientèle très aisée à 70% cambodgienne. Parallèlement il
ouvre aussi un petit bistrot de cuisine française, le Bai Thong,
à moins de 10 dollars par personne, une boulangerie pâtisserie et d’autres hôtels ainsi que la chaîne des cafés Sentiment, qu’il créé en 2007 sur le modèle des Starbucks. Entre
temps il a revendu son premier hôtel à Citystar, un fonds
d’investissement qu’il aide à acquérir 200 hectares de terrains à Ream, sur la côte ouest.
Aujourd’hui Arnaud Darc, après un passage délicat pendant la crise de 2008, est à nouveau optimiste. Il projette
d’ouvrir une pâtisserie de luxe sur le boulevard Sothearos,
deux nouveaux restaurants sur les quais, deux boutique hôtels très haut de gamme sous le sigle Arunreas (Lever de
soleil). Il développe aussi un petit groupe de promotion
immobilière à Phnom Penh visant la classe moyenne. « Il y
avait très peu d’offres sur ce segment. Nous voulons proposer des appartements entre 25 et 50 000 dollars, de 50 à
80 mètres carrés, pas trop loin du centre. »
Arnaud Darc se dit « satisfait » du climat d’affaires au Cambodge. « Contrairement à la Thaïlande ou au Vietnam,
nous, étrangers, pouvons posséder une société à 100%.
-·DL GH ERQQHV UHODWLRQV DYHF O·DGPLQLVWUDWLRQ /H GpÀ FH
sont plutôt les ressources humaines. On ne trouve pas toujours les compétences dont on a besoin. 50% de la population a moins de 20 ans. On passe beaucoup de temps
à former les jeunes. Par exemple, nous avons engagé 17
jeunes envoyés par une ONG, Pour un sourire d’enfant, qui
les forme aux rudiments des compétences hôtelières. EnVXLWHQRXVSUHQRQVOHUHODLV/HGHX[LqPHGpÀHVWGHWURXYHUGHVÀQDQFHPHQWVORFDX[HQWDQWTXH30(,OPDQTXH
aussi une certaine transparence, mais ce n’est pas propre
au Cambodge. »
L’atout d’Arnaud Darc est d’avoir misé sur le tourisme, un
secteur en plein boom avec deux millions de visiteurs par
an à Angkor, même si la côte ouest cambodgienne reste
encore sous-exploitée. « L’histoire du pays a retardé les
choses. Le Cambodge ne jouit d’une certaine stabilité politique que depuis 1997. Quand je suis arrivé ici, je ne voyais
que des enfants et des vieillards. La transmission de certains
savoirs ne s’est pas faite. En 1993, on ressentait un vide incroyable. L’aéroport de Siem Reap n’a été ré-ouvert qu’en
1994. La première fois que j’ai fait la route SihanoukvillePhnom Penh, les ponts n’étaient pas reconstruits. Les investisseurs ont commencé à arriver en 2007, mais leur élan a
été stoppé par la crise de 2008. Pourtant la reprise est là.
Nous la sentons. Le Cambodge se normalise et l’économie
nationale prend petit à petit prend le relais des ONG. » O
E^]®Û%\^lhgmienm¹m
e^lk^llhnk\^lanfZbg^l'
Nous ne trouvons pas
mhnchnkle^l\hfi®m^g\^l
]hgmghnlZohgl[^lhbg'
.)]^eZihineZmbhgZ
moins de 20 ans
et nous passons
[^Zn\hni]^m^fil
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Ma^[b`\aZee^g`^aZl
fhk^mh]hpbmaanfZg
k^lhnk\^l'P^li^g]Z
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rhng`i^hie^'
105
106
Paul Dumont
Francom Asia
© A. G.
A
UQDXG 'DUF DOZD\V ZDQWHG WR VWDUW KLV RZQ
company. Since 1994, this Bordeaux business
school graduate has gradually built up his
QHWZRUNRIUHVWDXUDQWVDQGERXWLTXHKRWHOV
betting on the rapid development of tourism
in Cambodia.
7KH\RXQJ'DUFFXWKLVWHHWKLQZLWK$FFRULQ&DPERdia. He returned once he had graduated and stayed until
1997. He then did some import/export business but the coup
in July 1997 truncated its development. Undeterred, Darc
RSHQHG KLV ÀUVW UHVWDXUDQW 7RSD] D VPDOO 7KDL SODFH WKDW
became progressively more French under the leadership
of the former French embassy chef. There he met Bernard
%DERWZLWKZKRPKHIRXQGHG3KQRP3HQK·VÀUVWERXWLTXH
KRWHOWKH$PDQMD\DDQGLWVUHVWDXUDQWWKH.:HVWZKLFK
ZDVWKHÀUVWDLUFRQGLWLRQHGUHVWDXUDQWRQWKH4XD\
Darc then opened a Cambodian restaurant, the Mallis, a
FROODERUDWLRQ ZLWK /XX 0HQJ RQH RI WKH FRXQWU\·V PRVW
UHQRZQHG FKHIV +H PRYHG KLV ÁDJVKLS 7RSD] WR D QHZ
ORFDWLRQZLWKSULYDWHURRPVLQDIRUPHUSULPHPLQLVWHU·VUHVLGHQFH ZKLFK KH UHQRYDWHG SXWWLQJ LQ D ZLQH DQG FLJDU
cellar and a jazz club and installing his father as chef. He
ZDVDLPLQJIRUDULFKDQGSHUFHQW&DPERGLDQFOLHQWHOH
At the same time he also opened a small French bistro, the
%DL7KRQJZLWKPHDOVIRUXQGHUSHUSHUVRQDSDWLVVHULH
DQGRWKHUKRWHOVDVZHOODVWKH6HQWLPHQWFDIHFKDLQ
)ROORZLQJDURFN\SHULRGGXULQJWKHFULVLV'DUFLVWRGD\
once again optimistic and has numerous projects including
a plan to develop a small real estate company in Phnom
Penh catering to the middle class.
'DUF SURFODLPV KLPVHOI ´VDWLVÀHGµ ZLWK &DPERGLD·V EXVLness climate.
´:H IRUHLJQHUV FDQ SHUFHQW RZQ D FRPSDQ\ , KDYH
DJRRGUHODWLRQVKLSZLWKWKHDXWKRULWLHV7KHELJFKDOOHQJH
KDV PRUH WR GR ZLWK KXPDQ UHVRXUFHV :H VSHQG D ORW RI
time training up young people. The second challenge as
DQ60(LVWRÀQGORFDOIXQGLQJ7KHUH·VDOVRDODFNRIWUDQVparency, but that’s not unique to Cambodia,” he says.
'DUF·VPDVWHUVWURNHZDVWREHWRQWRXULVPDERRPLQJVHFWRUHYHQWKRXJK&DPERGLD·VZHVWFRDVWUHPDLQVXQGHUGHveloped.
´7KHFRXQWU\·VKLVWRU\KDVKHOGWKLQJVEDFN:KHQ,DUULYHG
KHUHDOO,VDZZDVFKLOGUHQDQGROGSHRSOH7KHUHZDVQR
KDQGLQJ GRZQ RI NQRZKRZ ,QYHVWRUV EHJDQ DUULYLQJ LQ
EXWPRPHQWXPZDVKDOWHGLQ1RZLW·VNLFNLQJRII
again. Cambodia is normalising and the national economy
is taking over from the NGOs bit by bit,” he says. O
FRANCOM ASIA
L`Y´dYf\]
Communication et veille
Fondée en 1990
Basée à Bangkok
15 employés
Public relations and corporate
communications
Founded in 1990
:Yk]\af:Yf_cgc$L`YadYf\
Number of staff: 15
Paul Dumont, président de la société Francom Asia, est arrivé à Bangkok il y a vingt ans, une valise à la main, à la
veille de la première guerre du Golfe. Il venait implanter
XQH ÀOLDOH SRXU OH JURXSH )UDQFRP QXPpUR GH OD FRPmunication institutionnelle française de l’époque. En 1996,
LOUDFKHWDLWODÀOLDOHWKDwODQGDLVHHWOHQRP©)UDQFRPªSRXU
l’Asie. Aujourd’hui sa compagnie fait partie du Top Ten des
entreprises de relations publiques en Thaïlande et emploie
une quinzaine de consultants thaïlandais, alors que la maison-mère n’existe plus.
« Il y a plusieurs dizaines d’agences RP en Thaïlande, mais
la plupart sont des sociétés locales qui s’établissent et disparaissent au gré des projets. Les compétiteurs sérieux sont
une douzaine, dont deux ou trois agences thaïes, et surtout
OHV ÀOLDOHV GHV JUDQGV JURXSHV GH FRPPXQLFDWLRQ DPpUL
FDLQV,QWHUSXEOLF2PQLFRPHWEULWDQQLTXH:33ªH[SOLque Paul Dumont.
Francom Asia gère la communication institutionnelle de
très grands groupes internationaux en Thaïlande — pour les
WpOpFRPV OH FKLQRLV +XDZHL SRXU OHV PpGLDV O·DPpULFDLQ
CNN, pour les cosmétiques l’allemand Beiersdorf, pour le
WRXULVPH O·2IÀFH GH WRXULVPH GH +RQJ .RQJ GH VHV
clients sont asiatiques, 30% américains et 40% européens.
Un tiers sont dans les biens de consommation, un tiers dans
l’industrie et un tiers dans les services.
« J’ai malheureusement assez peu de clients français,
regrette le président de Francom Asia, car il faut bien
constater que d’une manière générale les entreprises françaises ne s’intéressent pas beaucoup à la communication.
Les dirigeants des entreprises françaises à l’étranger ont
souvent une mentalité d’ingénieurs et tendance à considérer que leurs produits et leurs technologies sont les meil-
E^l]bkb`^Zgml_kZg­Zbl¨
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produits et leurs
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les meilleurs du monde
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Zk^ma^[^lmbgma^phke]
and thus that there is no
g^^]mh\hffngb\Zm^
bghk]^kmhl^ee'
107
leurs du monde et qu’ils n’ont pas besoin de communiquer
pour les vendre ». Et ce désintérêt semble plutôt s’aggraver :
« Les nouveaux managers sont de plus en plus spécialisés,
avec des responsabilités transversales plutôt que par pays.
Résultat : la communication des grands groupes français
reste aux mains des sièges parisiens qui ne comprennent
pas bien la Thaïlande. »
Francom Asia travaille, de même, assez peu pour des entreprises d’origine thaïlandaise. « Nous restons toujours des
étrangers... » précise Paul Dumont.
Mais il souligne aussi que les CEO des entreprises étrangères
sont de plus en plus des Thaïs. « C’est un phénomène récent.
Avant, les directeurs marketing étaient thaïs. Aujourd’hui ce
sont les CEO. Mais ma façon de faire des affaires ne change
pas. Je continue de proposer mes méthodes cartésiennes,
ÀDEOHVHWSURIHVVLRQQHOOHVVDQVP·DSSX\HUSDUWLFXOLqUHPHQW
sur des “connections”. Et ça marche ! »
Avec ses clients, Francom Asia travaille sur le long terme,
gérant leur service de presse, organisant des événements,
fournissant des services d’édition en thaï et en anglais. Pour
quelques groupes, Paul Dumont va même plus loin et rédige personnellement des analyses conjoncturelles et des
études prospectives sur la situation politique et économique
qui proposent différents scénarii. « Ici, la censure est importante et il faut remettre les choses en perspective. »
Paul Dumont souligne cependant la vitalité de la presse
thaïe, très nationale et centralisée — il existe très peu
de presse régionale —, essentiellement tournée vers les
affaires intérieures, et, ajoute-t-il, « très anti-Thaksin à peu
d’exceptions près ». On compte une trentaine de quotidiens, trois cents magazines, six chaînes de TV, une chaîne
par câble, un réseau Facebook — un de ceux qui se
développent le plus vite dans le monde — et un engouePHQWSRXU7ZLWWHU
Quant à la présence française en Thaïlande, Paul Dumont,
président des CEE de Thaïlande, rappelle son importance :
« Plus de dix mille Français résident en permanence sur le
territoire. Même si la France n’occupe que le 4e rang des
investisseurs européens, la communauté française en Thaïlande est la plus importante d’Asie du Sud-est. La Thaïlande
peut se comparer en taille à la France. Après Singapour,
c’est notre deuxième marché parmi les pays de l’ASEAN.
Y sont implantées environ 350 entreprises françaises : 60
grands groupes — Michelin, Saint-Gobain, Essilor, Lafarge,
Valéo, Legrand, Schneider, Total E&P, Suez, Crédit Agricole
et BNP Paribas, Accor, Bouygues, Casino, Sodexo — et près
de 300 PME. Au total, ces entreprises françaises emploient
plus de 70 000 personnes. » O
108
P
aul Dumont, chairman of Francom Asia, arrived
in Bangkok 20 years ago to set up a branch for
Francom, then France’s top corporate comPXQLFDWLRQV ÀUP ,Q KH ERXJKW WKH 7KDL
branch and the Francom brand in Asia. Today
KLVÀUPLVRQHRI7KDLODQG·VWRSWHQ35ÀUPVDQG
employs about 15 Thai consultants. “There are several dozen
35DJHQFLHVLQ7KDLODQGEXWPRVWDUHHSKHPHUDOORFDOÀUPV
7KHUHDUHDGR]HQVHULRXVFRPSHWLWRUVLQFOXGLQJWZRRUWKUHH
Thai agencies and above all the branches of big American or
%ULWLVKÀUPVµKHVD\V
Francom Asia manages corporate communications for very
ODUJH LQWHUQDWLRQDO FRPSDQLHV LQ 7KDLODQG VXFK DV +XDZHL
&11%HLHUVGRUIDQGWKH+RQJ.RQJ7RXULVP2IÀFH$ERXW
percent of its clients are from Asia, 30 percent American and
40 percent European. A third are in consumer goods, a third
LQLQGXVWU\DQGDWKLUGLQVHUYLFHV´6DGO\,KDYHIHZ)UHQFKFOLents. In general, French enterprises aren’t much interested in
communication. French executives abroad tend to believe
WKDWWKHLUSURGXFWVDQGWHFKQRORJ\DUHWKHEHVWLQWKHZRUOG
and thus that there is no need to communicate in order to
VHOOµKHVD\V$QGWKLVLQGLIIHUHQFHDSSHDUVWREHJURZLQJ
6LPLODUO\ )UDQFRP $VLD GRHVQ·W GR PXFK ZRUN IRU 7KDL
FRPSDQLHV´:HZLOODOZD\VEHIRUHLJQHUVKHUHµKHVD\V$QG
according to the chairman, the CEOs of foreign companies are increasingly Thais. “It’s a recent phenomenon. But I
DP FRQWLQXLQJ ZLWK P\ DQDO\WLFDO UHOLDEOH DQG SURIHVVLRQDO
PHWKRGVZLWKRXWUHO\LQJWRRPXFKRQFRQQHFWLRQV²DQGLW·V
ZRUNLQJµKHVD\V)UDQFRP$VLDGRHVORQJWHUPZRUNZLWKLWV
clients, managing their press service, organising events, providing content in Thai and English and, for some companies,
carrying out short term analyses and prospective studies.
“Here censorship is important and things have to be put into
perspective,” he says.
+RZHYHU'XPRQWVD\VWKH7KDLSUHVVLVHQHUJHWLFFHQWUDOLVHG
KDV DQ RYHUZKHOPLQJO\ QDWLRQDO IRFXV DQG LV KH DGGV ZLWK
DIHZH[FHSWLRQVYHU\DQWL7KDNVLQ7KHUHDUHDERXWGDLO\
QHZVSDSHUVPDJD]LQHVVL[79FKDQQHOVRQHFKDQQHOYLD
FDEOHD)DFHERRNQHWZRUN²RQHRIWKHIDVWHVWGHYHORSLQJLQ
WKHZRUOG²DQGDIDGIRU7ZLWWHU
The French population in Thailand is also important, says DuPRQWZKRLVDOVRFKDLUPDQRIWKHORFDOEUDQFKRIWKH&RQVHLOOers du Commerce Extérieur, France’s foreign trade advisory
body. “More than 10,000 French citizens live here permanently. Even though France is only ranked fourth among European
investors, the French community in Thailand is the biggest in
Southeast Asia. After Singapore, it’s our second-biggest market among the ASEAN countries,” he says. O
Jean-Michel Fraisse
© A. G.
French culinary school in Asia
HTC, FRENCH
CULINARY
SCHOOL IN
ASIA
Malaisie
Ecole de cuisine,
restauration, traiteur
Fondée en 2003
Basée à Kuala Lumpur
30 employés
;ggcaf_k[`ggd$
restaurant, catering
Founded in 2003
Based in Kuala Lumpur, Malaysia
Number of staff: 30
Jean-Michel Fraisse est un personnage truculent et hospitalier. Quinze ans en Malaisie ne lui ont pas fait perdre son
accent des Pyrénées. Ce chef, doublé d’un pédagogue,
avec trois décennies d’expérience, a choisi Kuala Lumpur
pour y installer son académie de cuisine, la French Culinary
School in Asia. Son ambition : porter haut les couleurs des
différentes cuisines occidentales, de façon à la fois traditionnelle, innovante et saine.
« Je voulais être chef dès l’âge de 7 ans, encouragé par
ma mère. Je suis entré à l’école hôtelière de Toulouse à
14 ans et j’en suis sorti à 20. J’ai adoré cette formation ».
Jean-Michel Fraisse parle avec émotion de son premier
professeur : « Il m’a donné le feu sacré et m’a aidé à me
construire. A l’école hôtelière, j’ai trouvé une famille et
un métier faits pour moi. » Son BTS en poche, il travaille à
Toulouse mais son énergie le pousse à partir. Un premier
voyage en 1991 aux Philippines lui fait découvrir une philosophie asiatique de la vie. Après avoir repris des études
supérieures pour mieux se faire entendre, il décide en 1994
de quitter la France. Destination le Laos…
« Je me suis retrouvé dans la plaine de Jarres à diriger un
K{WHO,OIDLVDLWIURLG/HVWURLVSUHPLHUVPRLVRQWpWpGLIÀFLOHV
à cause du choc culturel. Je faisais avancer les choses en
faisant des dégâts, en bon soldat. Puis j’ai baissé la garde
et appris la langue pour mieux comprendre les gens. J’ai
découvert que ma conception de la vie n’était pas la meilleure, que le plus important était d’être vivant et heureux.
Cela a changé ma vie ! ». Dans la foulée, il accepte un
poste en Malaisie pour enseigner au Taylors College, une
très grande école hôtelière d’Asie, qui a signé un partenariat avec l’école de Toulouse. En attendant sa nomination,
il rentre en France et monte à Paris prendre la direction du
109
Je me suis retrouvé dans
la plaine de Jarres à
]bkb`^knga¹m^e'E^lmkhbl
premiers mois ont été
]b_Û\be^l'C^_ZblZbl
ZoZg\^ke^l\ahl^l
^g_ZblZgm]^l]®`©ml'
I found myself run&
gbg`Zahm^ehgma^
IeZbgh_CZkl'Ebd^Zgr
`hh]lhe]b^k%B\kZla^]
Zkhng]ebd^Z[neebgZ
\abgZlahi'
”
110
Café des Monuments au Palais de Chaillot. « Je m’y plaisais, mais ce n’était pas moi. Je préfère l’aventure, les missions impossibles. Avec mon métier, je peux partir n’importe
R7RXWHPDYLHFHODP·DGRQQpFRQÀDQFHHQPRLª
La Malaisie en tête
-HDQ0LFKHO )UDLVVH GpEDUTXH ÀQDOHPHQW HQ 0DODLVLH Gpbut 1997. « Je parlais le thaï, le lao et le bahasa indonésien.
Ils se sont vite rendu compte qu’un Français dans leurs murs
faisait avancer les choses. J’ai fait venir une amie. A tous
les deux, nous avons monté la première licence française
d’hôtellerie en anglais ». Le jour où elle part, il s’oriente vers
la formation continue et embauche Vicki, une ancienne
élève. Il travaille d’abord pour Taylors College puis lance sa
propre affaire avec, comme mise de fond, l’argent de sa retraite. Il réunit autour de lui une équipe d’amis et d’anciens
élèves, Bruno Casassus, Vicki Kui, Jean-François Arnaud,
sacré meilleur ouvrier de France en pâtisserie en 2000. Ensemble, à partir de 2003, ils font aussi bien des études de
marché que des formations (Club Med, Denis frères…). Mais
LOV QH IRQW JXqUH GH SURÀW ,OV GpFLGHQW DORUV G·DXJPHQWHU
OHXUVWDULIVHWGHVHGLYHUVLÀHU(QRUJDQLVDQWGHVVWDJHVGH
formation, ils sortent la tête de l’eau. Puis sa rencontre avec
-XOLH:RQJUpGDFWULFHHQFKHIG·XQPDJD]LQHFXOLQDLUH³
Flavours du groupe The star on line, les lance encore mieux
en Malaisie. Sa société HTC grandit. Aujourd’hui, ils sont une
trentaine à travailler dans les secteurs de l’hospitalité, du
tourisme et de la cuisine, aux quatre coins du monde. Ils
ont monté deux restaurants en Malaisie, Cuisine studio (casual dining) et Urban picnic, un café urbain pour cadres
moyens et supérieurs. Des projets ? Il ne raisonne pas à long
terme : « Pour moi, ce qui compte, c’est le plaisir et l’amitié.
-·DWWLUHGHVFOLHQWVTXLDLPHQWPRQVW\OHª/HSURFKDLQGpÀ
de HTC est le lancement d’un nouveau restaurant, La vie
en rose. « Pour faire plaisir à Vicki et Mickael ! »
Avec la Malaisie, Jean-Michel Fraisse dit avoir contracté un
mariage de raison. « Je suis conscient de ce que le pays
m’a apporté. A Singapour, je n’aurais pas pu démarrer
avec 30 000 euros. Personnellement, je préfère diriger une
petite structure plutôt qu’être aux ordres d’un investisseur. »
Jean-Michel Fraisse n’a pas voulu s’installer en Thaïlande
ou en Indonésie car il aurait dû s’associer avec un partenaire local. « Finalement, en Malaisie, je décide ce que je
fais. Personne ne me rackette. Je respecte les lois. J’essaie
de comprendre l’environnement. Et quand j’ai un petit
problème, les gens dans l’administration trouvent toujours
une solution. Ce sont des gens de consensus et profondément gentils. » O
J
© DR
© DR
ean-Michel Fraisse hasn’t lost his Pyrenees accent
after 15 years in Malaysia. This chef and educator
ZLWK \HDUV H[SHULHQFH FKRVH .XDOD /XPSXU IRU
his cooking academy, the French Culinary School in
$VLD+LVDPELWLRQZDVWRSXWGLIIHUHQWZHVWHUQFXLVLQHVRQVKRZLQDZD\WKDWZDVWUDGLWLRQDOLQQRYDtive and healthy.
´,ZDQWHGWREHDFKHIIURPWKHDJHRIVHYHQDQGZDVHQFRXUDJHGE\P\PRWKHU,ZHQWWRKRVSLWDOLW\VFKRROLQ7RXlouse at 14 and left at 20. I loved the training,” he says.
1HZO\TXDOLÀHGKHZRUNHGLQ7RXORXVHEXWKLVHQHUJHWLFQDWXUHSXVKHGKLPWROHDYH$ÀUVWWULSWRWKH3KLOLSSLQHVLQ
LQWURGXFHGKLPWRDQ$VLDQYLHZRIOLIH,QDIWHUWDNLQJXS
higher studies to improve his communication skills, he decided
to leave France for Laos.
“I found myself running a hotel on the Plain of Jars. Like any
good soldier, I crashed around like a bull in a china shop.
Then I dropped my guard and learned the language to better understand the people. I discovered that the most imporWDQWWKLQJZDVWREHDOLYHDQGKDSS\,WFKDQJHGP\OLIHµKH
says.
Next, he took a teaching position in Malaysia at the Taylors
College, a big Asian hospitality school that had a partnership
ZLWK WKH VFKRRO LQ 7RXORXVH :KLOH KH ZDLWHG WR EH SRVWHG
he ran the Café des Monuments at the Palais de Chaillot in
Paris.
´,HQMR\HGLWEXWLWZDVQ·WPH,SUHIHUDGYHQWXUHWKHPLVVLRQ
LPSRVVLEOH:LWKWKLVMRE,FDQJRDQ\ZKHUH7KLVKDVJLYHQPH
VHOIFRQÀGHQFHDOOP\OLIHµKHVD\V
)UDLVVHÀQDOO\DUULYHGLQ0DOD\VLDDWWKHEHJLQQLQJRI
“They quickly noticed that a Frenchman had got things going
in their establishment. Myself and a female friend set up the
ÀUVW(QJOLVKODQJXDJH)UHQFKKRVSLWDOLW\GHJUHHµKHVD\V
:KHQ VKH OHIW KH PRYHG LQWR IXUWKHU HGXFDWLRQ DQG WKHQ
VWDUWHGKLVRZQEXVLQHVVXVLQJKLVSHQVLRQIRUVWDUWXSIXQGLQJ
He built a team. From 2003 they did both training and market research and ran training placements. Today, there are
DERXWSHRSOHZRUNLQJLQKRVSLWDOLW\WRXULVPDQGFRRNHU\
ULJKWDFURVVWKHZRUOG7KH\ODXQFKHGWZRUHVWDXUDQWVLQ0Dlaysia, Cuisine Studio (casual dining) and Urban Picnic, an urJean-Michel Fraisse défend une cuisine traditionnelle, innovatrice, baban cafe for senior executives and managers.
)UDLVVHVD\VKLVUHODWLRQVKLSZLWK0DOD\VLDKDVEHHQDPDUULDJH sée sur de bons produits. Jean-Michel Fraisse champions a cuisine that
RIFRQYHQLHQFH´,Q6LQJDSRUH,FRXOGQRWKDYHVHWXSZLWK is traditional, innovative and healthy.
EUR 30,000. Personally I prefer to run a smaller structure rather
WKDQEHIROORZLQJLQYHVWRUV·RUGHUV,Q0DOD\VLD,GHFLGHZKDW,
GR7KHUH·VQRRQHH[WRUWLQJXV,UHVSHFWWKHODZ,WU\WRXQGHUVWDQGWKHHQYLURQPHQW$QGZKHQ,KDYHDVPDOOSUREOHPWKH
SHRSOHLQWKHDGPLQLVWUDWLRQDOZD\VÀQGDVROXWLRQ7KH\DUH
H[WUHPHO\NLQGSHRSOHZKRZRUNE\FRQVHQVXVµKHVD\V O
111
Alain Dambron
© A. G.
PT Istana Karang Laut
PT ISTANA KARANG LAUT
Indonésie
Ingenierie et Construction pour
daf\mklja]h­ljgda®j]
Créée en 1981
Basée à Jakarta
180 employés dont 13 expatriés
Engineering and construction
^gjl`]gadaf\mkljq
Founded in 1981
Based in Jakarta, Indonesia
Number of staff: 180,
including 13 expatriates
112
$UULYpHQ$VLHjODÀQGHVDQQpHVSRXUVDFRRSpUDWLRQ
Alain Dambron décide de ne pas rentrer en France. Il traYDLOOHG·DERUGGDQVO·DJURDOLPHQWDLUHPDLVÀQOHWDX[
de change dollar/franc s’effondrant, il tente sa chance
dans la construction pour l’industrie pétrolière, un secteur
qui ne souffre pas de problème de change.
Il fonde sa société PT Istana Karang Laut en avril 1981, avec
deux partenaires indonésiens car, à l’époque, les investissements étrangers étaient impossibles, mais, en 2001, il transforme la société en société 100% étrangère. Une formule
qu’il recommande. « Etre propriétaire de son entreprise n’a
pas de prix. Par contre, il faut un bon personnel indonésien
pour faire l’interface avec les autorités. Aujourd’hui, nous
sommes 180 dans la société dont 13 expatriés, Français,
Philippins, Russes, Bangladeshis, Indiens et Anglais. »
Les clients d’Alain Dambron sont les grands pétroliers. « Un
champ produit en général un mélange huile, gaz et eau.
Notre cœur de métier est de séparer ces trois produits et
de traiter l’huile et le gaz. Nous mettons le gaz propre dans
des tuyaux et nous stabilisons les huiles pour être chargées
dans des bateaux, sans risque d’explosion ». Aujourd’hui,
la société fait 80% de son chiffre d’affaires en dehors
d’Indonésie. Car les grands clients locaux comme Total,
BP, CononcoPhillips ont changé de stratégie : « Ils émettent
désormais d’énormes appels d’offres de plusieurs centaines de millions de dollars auxquels nous ne pouvons plus
répondre.Ces grosses affaires sont réservées aux grands
contracteurs coréens, japonais ou à des Saipem et Technip. Nous devons alors devenir leurs sous-traitants. Ainsi, en
2011, pour le développement du champ de Cepu, à Java
Est, ExxonMobil a recu six offres dont celles de Coréens et
deux Japonais pour un marché de 750 millions de dollars et
si nous voulons en prendre un morceau, il va falloir lécher
les bottes du gagnant », note Alain Dambron, qui souligne
FRPELHQVRQPDUFKpHVWGHYHQXPRQGLDOHWQHEpQpÀFLH
d’aucune protection locale. « Cela nous oblige à être compétitif. Nous travaillons beaucoup en Asie centrale, autour
de la mer Caspienne, et un peu en Iran et en Irak. Mais
nous n’arrivons pas à pénétrer le Moyen-Orient trop anglosaxon. Nous travaillons aussi au Bengladesh, au Myanmar,
en Thaïlande, au Cambodge, au Vietnam et à Singapour
où nous sommes en train de monter une troisième usine de
comptage de gaz naturel. »
Un des soucis d’Alain Dambron est la formation de son
personnel indonésien. « Nous sommes une école post-universitaire. Et tous nos concurrents locaux cherchent à débaucher nos ingénieurs en doublant leurs salaires. Néanmoins de nombreux employés sont chez PT IKL depuis plus
de quinze ans ». La corruption en Indonésie ? « Il n’y en a
pas plus qu’ailleurs et plutôt moins dans le secteur pétrolier.
En Indonésie, si vous grillez un feu rouge, vous pouvez vous
en sortir à l’amiable ».
Diriger des équipes d’Indonésiens ne lui pose pas de souci
particulier à condition de gérer les différentes ethnies. « Un
Javanais a du mal à diriger des Javanais. Mieux vaut faire
appel à des gens des Moluques ou de Sumatra pour diriger
certaines équipes. »
Infrastructures : le goulot d’étranglement
Autre souci, les goulots d’étranglement dans le domaine
des infrastructures. « Beaucoup de gens me demandent pourquoi je reste en Indonésie. Nous pourrions être
installés ailleurs, mais la société a trente ans, des listes de
référence, une crédibilité. Les salaires de base indonésiens
sont encore un peu compétitifs par rapport aux salaires
européens, même si maintenant un Indonésien senior de
bon niveau vaut presque aussi cher qu’un Français. »
Alain Dambron souligne que les charges sociales en Indonésie sont assez similaires aux françaises et representent
1,6 fois le salaire net de l’employé. En Indonesie, certaines
lois sociales peuvent même être encore plus contraignantes qu’en France : « En gros, le dernier employeur
paye la retraite de l’employé à son départ. Les contrats
à durée déterminée ne peuvent être renouvelés qu’une
fois. Le treizième mois est obligatoire. On paye les impôts
personnels et les frais médicaux qui représentent plusieurs
centaines de milliers de dollars par an. Si on respecte la loi,
un salaire de 1000 dollars coûte à l’employeur 1600 dollars.
(WQRXVGHYRQVDOOHUDXGHOjGHODORLSRXUÀGpOLVHUOHSHUsonnel. » O
E^llZeZbk^l]^[Zl^
bg]hg®lb^gllhgm^g\hk^
\hfi®mbmb_liZkkZiihkm
ZnqlZeZbk^l^nkhi®^gl%
mais un Indonésien
senior vaut presque aussi
\a^kjnng?kZg­Zbl'
Indonesian salaries
Zk^lmbee\hfi^mbmbo^
\hfiZk^]mhmahl^bg
>nkhi^%^o^gb_]^\^gm
l^gbhkBg]hg^lbZgl\hlm
ZefhlmZlfn\aZlma^bk
?k^g\a^jnboZe^gml'
”
113
114
DOAN VIET Dai Tu
Openasia Group
© DR
A
lain Dambron arrived in Asia at the end of the
1970s for his civilian service (an alternative to
PLOLWDU\VHUYLFHLQ)UDQFH+HIRXQGHGKLVRZQ
company, Istana Karang Laut, in April 1981
ZLWKWZR,QGRQHVLDQSDUWQHUVEHFDXVHIRUHLJQ
LQYHVWPHQW ZDV QRW DOORZHG DW WKH WLPH EXW
LQPDGHLWSHUFHQWIRUHLJQRZQHG,W·VDPRYHKH
UHFRPPHQGV7RGD\WKHÀUPKDVVWDIILQFOXGLQJH[patriates.
'DPEURQ·VFOLHQWVDUHWKHELJRLOFRPSDQLHV7RGD\WKHÀUP
makes 80 percent of its revenue outside Indonesia because
the big local clients such as Total, BP, Cononco and Phillips
KDYHFKDQJHGVWUDWHJ\´7KH\DUHQRZSXWWLQJRXWKXJHWHQGHUVZKLFKFDQRQO\EHKDQGOHGE\WKHELJFRQWUDFWRUV:H
have become their subcontractors. So in 2011, to develop
WKH&HSXÀHOGVLQHDVW-DYD([[RQ0RELOUHFHLYHGVL[RIIHUV
IURPIRXU.RUHDQFRPSDQLHVDQGWZR-DSDQHVHFRPSDQLHV
IRUDPLOOLRQPDUNHW,IZHZDQWDSLHFHZHZLOOKDYHWR
OLFNWKHZLQQHU·VERRWV7KHPDUNHWLVQRZJOREDODQGWKHUHLV
QRORFDOSURWHFWLRQZKLFKPHDQVZHKDYHWREHFRPSHWLWLYH:HZRUNDORWLQFHQWUDO$VLDDURXQGWKH&DVSLDQ6HD
and a bit in Iran and Iraq, in Bangladesh, Myanmar, Thailand,
&DPERGLD 9LHWQDP DQG 6LQJDSRUH ZKHUH ZH DUH VHWWLQJ
up a third natural gas metering plant,” he says.
One of Dambron’s concerns is the training of his Indonesian
SHUVRQQHO$QGZKDWRIFRUUXSWLRQLQ,QGRQHVLD"
´,W·VQRJUHDWHUWKDQHOVHZKHUHDQGUDWKHUOHVVLQWKHRLOVHFtor. In Indonesia, if you jump a red light you can resolve things
LQDIULHQGO\ZD\µKHVD\V
0DQDJLQJWHDPVRI,QGRQHVLDQVSRVHVQRGLIÀFXOWLHVDVORQJ
as he makes sure the different ethnic groups get along. Another concern is infrastructure bottlenecks.
´$ORWRISHRSOHDVNPHZK\,VWD\LQ,QGRQHVLD7KHFRPSDny has 30 years of experience, reference lists and credibility.
Indonesian salaries are still competitive compared to those
in Europe, even if decent senior Indonesians cost almost as
much as their French equivalents,” he says.
Dambron emphasises that social deductions in Indonesia
are similar to those in France and come to 1.6 times an emSOR\HH·VQHWVDODU\´,Q,QGRQHVLDFHUWDLQVRFLDOODZVFDQEH
HYHQPRUHOLPLWLQJWKDQLQ)UDQFH%DVLFDOO\WKHÀQDOHPSOR\HUSD\VDQHPSOR\HH·VSHQVLRQZKHQKHRUVKHOHDYHV)L[HG
WHUP FRQWUDFWV FDQ RQO\ EH UHQHZHG RQFH $ WKLUWHHQWK
month’s pay is obligatory. Personal tax and medical fees
FRVWKXQGUHGVRIWKRXVDQGVRIGROODUVD\HDU,IZHIROORZWKH
ODZDVDODU\FRVWVWKHHPSOR\HU$QGZHKDYH
WRJREH\RQGZKDWLVUHTXLUHGE\ODZLQRUGHUWRHQVXUHVWDII
loyalty,” he says. O
OPENASIA GROUP
Vietnam
Dmp]$Y­jgfYmlaim]$AL$ZYfim]\Y^^Yaj]k
[j­­]f)11+hYjdY:Yfim]DYrYj\$jY[`]l­
par les trois partenaires en 1999
:Yk­]§@g;`aEaf`Nadd]][email protected]
FgeZj]\]ehdgq­k2),((&
Luxury, aeronautics, IT, business banking,
investments
Founded in 1993 by Banque Lazard, acquired
Zql`]l`j]]hYjlf]jkaf)111
:Yk]\[email protected];`aEaf`Yf\@Yfga$Na]lfYe
Number of staff: 1,400.
A la tête d’Openasia Group, une holding de 1400 employés, basée au Vietnam, Doan Viet Dai Tu, d’origine
vietnamienne mais élevé à Paris, répond rarement aux
LQWHUYLHZV ,O IDLW SRXUWDQW XQH H[FHSWLRQ SRXU SODLGHU OD
cause de l’esprit d’entreprise. Un de ses thèmes favoris.
« J’ai créé ma première société à 22 ans avec Christian de
5XW\(QDYHFXQGLSO{PHGHPDQDJHPHQWHWÀQDQ
ces à Dauphine, ne sortant ni d’HEC, ni de Polytechnique, ni
d’Harvard, nos chances de décrocher les meilleurs postes
étaient faibles. Nous avons alors décidé de nous différencier en créant notre société en Australie. Nous avons aidé
plus de soixante-dix entreprises françaises à s’implanter,
mais, au bout de six ans, nous avions le sentiment d’avoir
fait le tour de la question. »
Le pays de mon père
Doan Viet Dai Tu, toujours avec Christian de Ruty, se
tourne alors vers le pays de son père, en pleine ouverWXUHpFRQRPLTXHHWFUppHQDX9LHWQDPXQHÀOLDOH
G·2SHQDVLDXQHVRFLpWpGHFRQVHLOHQÀQDQFHVHWVWUDWpJLH
fondée par la banque Lazard Frères. Quatre ans plus tard,
les deux complices en rachètent les parts et s’associent
avec Nguyen Thi Nhung. « J’avais 35 ans, l’âge des choix :
une carrière dans un grand groupe ou le grand saut vers
O·HQWUHSUHQHXULDW"-·DYDLVVXIÀVDPPHQWG·H[SpULHQFHSRXU
VDYRLUjSHXSUqVFHTXHMHIDLVDLVHWVXIÀVDPPHQWGHWHPSV
pour faire des plans à long terme. J’étais frappé par le décollage du secteur privé vietnamien (700 entreprises créées
chaque semaine), déçu par l’érosion progressive de l’esprit
d’entreprise en France. Quand mes amis à Paris me demandaient ce que je faisais au Vietnam, je leur répondais :
“je réapprends le capitalisme”. »
JnZg]f^lZfbl¨IZkbl
f^]^fZg]Zb^gm\^jn^
c^_ZblZblZnOb^gmZf%
c^e^nkk®ihg]Zbl3
“je réapprends
e^\ZibmZeblf^'
Pa^gfr_kb^g]lbgIZkbl
Zld^]f^paZmBpZl
]hbg`bgOb^mgZf%Bmhe]
ma^fmaZmBpZl
k^e^Zkgbg`\ZibmZeblf'
”
115
Mixité culturelle
La distance entre la France et le Vietnam n’a jamais fait
peur à Doan Viet Dai Tu. Au contraire ! « La force de OpeQDVLDF·HVWVDPL[LWpFXOWXUHOOHTXLUHÁqWHFHTXHQRXVVRPmes : trois partenaires à l’aise dans une société francoYLHWQDPLHQQH 1RWUH WUqV IRUWH FXOWXUH YLHWQDPLHQQH LQÁXence notre gestion des relations d’affaires locales, avec
les collaborateurs ou les membres de l’administration, et
enrichit notre connaissance du marché. Mais notre style
de management et notre formation sont d’origine européenne, voire française. Cette mixité culturelle a d’ailleurs
conduit plusieurs grands groupes à nous inviter à devenir
co-investisseurs. »
A la question de savoir s’il se sent davantage vietnamien
ou français, Doan Viet Dai Tu répond qu’il réagit selon les
situations, l’environnement, « à 100% comme un Français,
ou à 100 % comme un Vietnamien ». « J’ai été élevé à Paris,
comme un vietnamien du XIXe siècle. J’ai une tournure de
pensée très vietnamienne. Mon intégration ici a été immé-
116
© DR
En douze ans, sa société passe de 40 à 1400 employés. Une
croissance qui se développe autour de quatre pôles : le
luxe (Tam Son group) ; l’aéronautique (Vinaero Ltd) développé en coopération avec le groupe EADS autour des hélicoptères et de la maintenance d’avions ; la technologie
de l’information et le management (VINAconnect Ltd) qui
fournit des services et du conseil pour plus de 600 projets ;
l’investissement (Omvest Ltd), avec des partenariats stratégiques.
© 1RXV DYRQV SURÀWp GX IDLW G·rWUH VXU XQ PDUFKp j FURLVsance très rapide avec des niches partout. Comme nous
n’avions pas beaucoup de capacités d’investissement,
nous avons d’abord investi dans une société de représentation commerciale d’équipements miniers — des camions
Volvo, des machines de forage Tamrock. La somme de départ était de 50 000 dollars, mais, dès la première année,
nous avons réalisé des ventes de 1,5 millions de dollars. La
deuxième année, elles sont montées à 3,5 millions, puis 7
millions la troisième année, 14 millions la quatrième… »
« Cette première expérience nous a obligé à apprendre
très vite différents métiers : la distribution de pièces détachées, la maintenance. Nous avons du progresser à la
dure, les mains dans le cambouis, le nez dans le guidon et
les pieds dans la boue, mais c’était génial. Au début, nous
nous payions notre salaire quand nous le pouvions. Nous
avons commencé à nous distribuer des dividendes bien
plus tard car la seule chose qui comptait, c’était de bien
gérer nos tableaux de bord. »
Open Asia travaille aussi bien dans le luxe, l’aéronautique, les servicesIT ou l’investissement. Open Asia’s domains span luxury, aeronautics,
consulting and investment.
diate. En même temps, j’ai reçu une éducation française.
Quant à ma famille, elle se sent bien ici. »
Un choix de vie
'RDQ 9LHW 'DL 7X GpÀQLW O·HVSULW G·HQWUHSULVH FRPPH XQ
choix de vie. « Un entrepreneur ne peut pas mentir. Il bâtit à
SDUWLUGHFHTX·LOHVW1RWUHÀHUWpj2SHQDVLDQHWLHQWSDV
seulement aux résultats chiffrés mais à la satisfaction d’avoir
créé une culture d’entreprise, une famille dans laquelle
nous sommes heureux. La liberté, c’est notre luxe. Malgré le
stress et un boulot de fou… Une liberté pour laquelle nous
nous battons tous les jours, car cet espace de liberté nous
permet de réaliser quelque chose en harmonie avec ce
que nous sommes. »
'RDQ9LHW'DL7XQ·KpVLWHSDVjGpÀQLUO·HQWUHSUHQHXUFRPPH
un artiste, « parce que nous créons à partir de ce que nous
sommes ». Il énumère les qualités de l’entrepreneur : « Il faut
être passionné, volontaire, combattif, mais aussi insouciant,
avec l’esprit d’aventure, le goût de l’inconnu et le sens du
risque. Il faut être solide, extrêmement patient, développer
des soft skills. » Doan Viet Dai Tu admire et respecte tous les
entrepreneurs mais, paradoxalement, il pense qu’il est plus
GLIÀFLOH DXMRXUG·KXL GH WHQWHU VD FKDQFH HQ )UDQFH © $X
9LHWQDPÀQDOHPHQWLO\DSOXVG·RSSRUWXQLWpVSOXVGHPDUges de négociation et moins de danger à échouer. » O
D
oan Viet Dai Tu, of Vietnamese origin but
raised in Paris, allies pragmatism and enthusiasm. As the head of Openasia, a group that
describes itself as an entrepreneurial investor,
he is a keen advocate of the entrepreneurial
VSLULW´,IRXQGHGP\ÀUVWFRPSDQ\ZKHQ,ZDV
22 years old. In 1986, Christian de Ruty, a former classmate,
DQG,KDGTXDOLÀHGLQPDQDJHPHQWDQGÀQDQFHIURP'DXSKLQH1RWEHLQJ+(&3RO\WHFKQLFRU+DUYDUGJUDGXDWHVZH
GLGQ·WKDYHPXFKFKDQFHRIJHWWLQJWKHWRSMREV6RZHGHFLGHG WR GLIIHUHQWLDWH RXUVHOYHV :H FUHDWHG RXU FRPSDQ\
LQ$XVWUDOLDDQGLWZDVDVXFFHVV:HKHOSHGPRUHWKDQ
)UHQFKFRPSDQLHVWRVHWXSWKHUH%XWDIWHUVL[\HDUVZHKDG
done all that could be done,” he says.
Back to my father’s land
6WLOOZRUNLQJZLWKGH5XW\'RDQ9LHWFKRVHWRJRWR9LHWQDP
his father’s country and also an emerging force at the beginning of the 1990s. In 1994 they opened a branch of OpeQDVLD WKHQ D ÀQDQFLDO DQG VWUDWHJ\ FRQVXOWDQF\ FUHDWHG
by the bank Lazard Frères. They bought it in 1998 through a
PDQDJHPHQWEX\RXW´,ZDVWKHDJHIRUPDNLQJFKRLFes: a career in a big company or a leap into entrepreneurLDOLVP,KDGHQRXJKH[SHULHQFHWRNQRZZKDW,ZDVGRLQJ
and enough time to make long term plans. I chose to be
an entrepreneur. At the end of the 1990s, you couldn’t be
LQ 9LHWQDP DQG QRW EH WHPSWHG :KHQ P\ IULHQGV LQ 3DULV
DVNHGPHZKDW,ZDVGRLQJWKHUH,WROGWKHPWKDW,ZDVUHOHDUQLQJFDSLWDOLVP,VDZWKHSULYDWHVHFWRUWDNHRIIZLWK
FRPSDQLHVFUHDWHGHDFKZHHN0\JHQHUDWLRQLQ)UDQFH
has undergone a progressive erosion of the entrepreneurial
VSLULWKHVD\V,QZKHQ'RDQ9LHWGH5XW\DQG1JX\HQ
7KL 1KXQJ WRRN WKH UHLQV DW 2SHQDVLD LW ZDV D VPDOO PHUFKDQWEDQNZLWKHPSOR\HHV7ZHOYH\HDUVRQ2SHQDVLD
employs 1,400 people around four hubs: luxury (Tam Son
group) – Hermès, Kenzo, Hugo Boss, La Perla, Lancel and
(PLOLR3XFFLDHURQDXWLFV9LQDHUR/WG²LQFRRSHUDWLRQZLWK
the EADS group for helicopters (Eurocopter, Azur Helicopters)
and aircraft maintenance; IT and management (VINAconQHFW/WGDVHUYLFHVDQGDGYLFHFRPSDQ\WKDWKDVZRUNHG
RQSURMHFWVDQGLQYHVWPHQW2PYHVW/WGZLWKVWUDWHJLF
partners – CFAO (Audi, Citroen, Volvo and Sandvik), Morgan
Stanley Vietnam, Lafarge Vietnam, Artemis Group and Gras
6DYR\H:LOOLV
At the beginning, they didn’t have much investment capacity and started a company based on a commercial repreVHQWDWLRQ ÀUP GRLQJ PLQLQJ HTXLSPHQW GLVWULEXWLRQ ² 9ROYR
WUXFNV7DPURFNDQG6DQGYLNGULOOLQJPDFKLQHV´:HLQYHVWHG
,QWKHÀUVW\HDUZHPDGHPLOOLRQLQVDOHVPLOlion in the second, $7 million in the third and $14 million in the
IRXUWK7KLVLQLWLDOH[SHULHQFHTXLFNO\REOLJHGXVWROHDUQQHZ
skills, such as distributing individual parts and maintenance.
:HJRWRXUKDQGVGLUW\JRWRXUQRVHVWRWKHJULQGVWRQHDQG
RXUIHHWLQWKHPXG$WWKHEHJLQQLQJZHSDLGRXUVHOYHVVDODULHVZKHQZHFRXOGDQGKDYHRQO\VWDUWHGSD\LQJRXUVHOYHV
GLYLGHQGVUHFHQWO\:KHQ\RXFUHDWHDFRPSDQ\XVLQJIHZ
means in a fast-moving market the only thing that matters
LVPDQDJLQJRQH·VSHUIRUPDQFHLQGLFDWRUV:HOHDUQHGWKH
DUWRIHQWUHSUHQHXUVKLSWKHKDUGZD\EXWLWZDVDJUHDWH[perience!” he says.
100 percent French and 100 percent Vietnamese
7KHGLVWDQFHEHWZHHQ)UDQFHDQG9LHWQDPKROGVQRIHDUIRU
'RDQ9LHWTXLWHWKHFRQWUDU\LQIDFW´2SHQDVLD·VSRZHULV
its cultural mix. Our strong Vietnamese culture comes to the
IRUHZKHQPDQDJLQJRXUORFDOEXVLQHVVUHODWLRQVKLSVRXUFROODERUDWRUVRURXUDGPLQLVWUDWLRQDQGIRURXUNQRZOHGJHRIWKH
market. But our management and training style is a balance
EHWZHHQ(XURSHDQHYHQ)UHQFKDQG$VLDQ7KLVLVDWWUDFWLYH
WRELJFRPSDQLHVDQGZHDUHLQYLWHGE\IRUHLJQFRPSDQLHV
WRLQYHVWMRLQWO\ZLWKWKHPORFDOO\µKHVD\V,W·VDFXOWXUDOPL[
WKDWUHÁHFWVWKDWRIWKHFRPSDQ\·VIRXQGHUV´'HSHQGLQJRQ
the situation and the environment, I react 100 percent like a
French person or 100 percent like a Vietnamese. My father is
9LHWQDPHVHDQG,ZDVUDLVHGOLNHDWK&HQWXU\9LHWQDPHVH
in Paris. I have very Vietnamese thought processes. I integrated instantly. At the same time I had a French education. My
family all feel that Vietnam is our home,” he says. Doan Viet
GHÀQHVEHLQJDQHQWUHSUHQHXUDVDOLIHVW\OHFKRLFH´$QHQWUHSUHQHXUFDQ·WOLH+LVVWDUWLQJSRLQWLVKLPVHOI:KDWPDNHV
XV DW 2SHQDVLD HVSHFLDOO\ SURXG LV QRW WKH ÀJXUHV LW·V WKH
satisfaction of having created a company and a family in
ZKLFKZHDQGRXUFROODERUDWRUVDUHKDSS\7KHKDSSLQHVV
DQGOX[XU\RIVWDUWLQJ\RXURZQFRPSDQ\LVWKHIUHHGRPWKDW
FRPHV IURP LW :H VXIIHU VWUHVV DQG ZRUN OLNH FUD]\ EXW ZH
ÀJKW HYHU\ GD\ WR PDLQWDLQ D IUHH VSDFH WKDW ZH FDQ XVH
WRGRVRPHWKLQJWKDWLVLQKDUPRQ\ZLWKZKDWZHDUH,QWKH
end, an entrepreneur is an artist. He creates something that
UHSUHVHQWV ZKDW KH IHHOV %HLQJ DQ HQWUHSUHQHXU LV IRU WKH
passionate and combative. But you also have to be careIUHHDQGKDYHDWDVWHIRUDGYHQWXUHDQGWKHXQNQRZQ<RX
have to be solid, extremely patient and develop soft skills. I
DOZD\VDGPLUHDQGUHVSHFWHQWUHSUHQHXUVEXWSHUKDSVHYHQ
PRUHWKRVHZKRODXQFKLQ)UDQFH,Q9LHWQDPWKHUHDUHPRUH
opportunities, more room for negotiation and less risk of failure,” he says. O
117
Jacques Pickering
© A. G.
Pickering Pacific
PICKERING PACIFIC
Kaf_Yhgmj]l;`af]
Conseil en fusions acquisitions
:Yk­]§Kaf_Yhgmj]lK`Yf_`Ya
Fondée en 2004
9 employés
M&A consultants
:Yk]\afKaf_Yhgj]Yf\K`Yf_`Ya
Founded in 2004
Number of staff: 9
118
Avocat d’affaires pressenti comme partenaire pour Clifford
Chance à 30 ans, Jacques Pickering s’est reconverti dans
le conseil en fusions et acquisitions et a choisi de lancer,
en 2004, une société qui porte son nom à Singapour. « Un
bon compromis entre l’Est et l’Ouest. Mon épouse est chinoise et après avoir beaucoup voyagé, nous souhaitions
nous poser quelque part. » Pendant les six premières anQpHV3LFNHULQJ3DFLÀFDLGHVXUWRXWOHVJUDQGVJURXSHVRFcidentaux à racheter des entreprises de taille moyenne en
Asie du Sud-est et en Chine. Mais, depuis dix-huit mois, le
PRQGHDFKDQJpHW3LFNHULQJ3DFLÀFDSUHVTXHDXWDQWGH
travail en aidant les sociétés asiatiques à acquérir des soFLpWpVSDUWRXWGDQVOHPRQGH©/HSRLQWG·LQÁH[LRQVHVLWXH
courant 2010. Comme nous sommes agiles, nous avons
pu nous réorganiser assez rapidement et avons ouvert un
bureau à Shanghai. Les acheteurs sont surtout des Chinois. Nous avons des mandats directs, ou nous travaillons
pour le compte des groupes occidentaux vendeurs. Les
Occidentaux acheteurs cherchent à pénétrer de nouveaux
marchés ; les acquéreurs asiatiques veulent acquérir de la
technologie ou des marques avec un peu d’ancienneté. »
Le développement des M&A est encore un phénomène
très chinois — hors Corée et Japon —, mais l’Asie du Sudest se développe. L’Indonésie est en plein boom dans le
domaine des acquisitions. « En Asie du Sud-est, les appartenances ethniques jouent un rôle important. Pourtant il ne
faut pas opposer une Asie du Sud-est, très diverse, et une
Chine que l’on voudrait voir monolithique. La Chine est
elle-même très hétérogène ». Jacques Pickering souligne
l’écart culturel entre les Chinois continentaux et ceux de
la diaspora d’Asie du Sud-est. « Les Singapouriens se font
parfois avoir. Dans le monde des Chinois de la diaspora,
chacun a conscience qu’il fait partie d’un réseau global.
8Q VLQRLQGRQpVLHQ HQYRLH XQ ÀOV j 6LQJDSRXU RX XQ DXWUH
j +RQJ .RQJ SRXU GLYHUVLÀHU VHV DFWLYLWpV pYLWHU TXH VHV
ÀOV QH VH IDVVHQW GH O·RPEUH RX VH PHWWUH j O·DEUL GH UHtournements politiques. En Chine, les relations d’affaires
sont moins policées ; si votre contrepartie peut vous “rouler
dans la farine”, elle aura tendance à le faire et jugera que
cela est de bonne guerre. »
Jacques Pickering souligne la dimension culturelle dans la
réussite d’une joint venture : « Il faut comprendre la zone,
y être à l’aise, en avoir l’expérience. Il y a beaucoup de
dimensions différentes dans un M&A. Pour convaincre un
entrepreneur asiatique de céder une partie de sa sociéWpLOIDXWVDYRLULGHQWLÀHUOHVSURÀOVGHVYHQGHXUVGHIDoRQ
VXEWLOHHWOHXULQVSLUHUFRQÀDQFH-HVDLVFRPPHQWSUpSDUHU
l’entretien, ce que je vais devoir dire, ce qu’il faudra mieux
ne pas dire, comment présenter les choses. La manière est
WUqVLPSRUWDQWHHWGLIÀFLOHjH[SOLTXHUjWUDYHUVXQPDQXHO
Il faut le vivre et avoir du recul. »
Jacques Pickering a choisi de créer sa société car il avait
besoin d’un challenge, après avoir travaillé au plus haut
niveau chez Clifford Chance, puis chez Heinz. « J’ai vécu
à Pittsburgh, en Pennsylvanie. J’étais fasciné par les très
grosses sociétés. Je rapportais au bras droit du CEO de
+HLQ]&·pWDLWÁDWWHXUPDLVMHPHVXLVUHQGXFRPSWHTXHMH
n’aimais pas qu’on me donne des ordres. Je me suis dit que
M·DYDLVVXIÀVDPPHQWG·H[SpULHQFHSRXUPHODQFHU4XDQG
je me suis installé à Singapour, je ne connaissais quasiment
personne. Je suis arrivé avec un stylo et une feuille blanche.
Comme beaucoup d’entrepreneurs, j’ai eu de la chance
mais j’ai travaillé dur pour la saisir. Mon but, c’est de créer
quelque chose qui va rester. J’ai mis mon nom pour dire
que je suis là à long terme. Je souhaite revenir aux sources
du métier de la haute banque. Et l’Asie du Sud-est, qui me
rappelle l’Europe d’il y a vingt ans, est un bon site pour cela.
Il y a moins de concurrents et l’accès à l’information, plus
GLIÀFLOHGHPDQGHO·XWLOLVDWLRQGHFRQVHLOVSURIHVVLRQQHOV/HV
relations humaines jouent un rôle essentiel pour accéder à
la bonne information. »
(WDEOLGHSXLVKXLWDQV3LFNHULQJ3DFLÀFDWWLUHGpVRUPDLVGHV
opérations de très grande ampleur (chiffrées en centaines
de millions d’euros). La compagnie travaille pour de nombreuses multinationales et a créé ces deux dernières années un réseau mondial de partenariats, avec, dans certains pays, des banques de plus d’un siècle d’ancienneté.
« Nous sommes aujourd’hui présents en Chine. La concurrence sur le marché du conseil aux investissements chinois
à l’étranger va être sévère, mais elle ne l’est pas encore. A
nous d’aller plus vite… ! » O
=^inbl*1fhbl%e^
fhg]^Z\aZg`®^mghnl
avons presque autant de
travail en aidant
e^llh\b®m®lZlbZmbjn^l
¨Z\jn®kbk]^llh\b®m®l
iZkmhnm]Zgle^fhg]^'
?hkma^Ûklmlbqr^Zkl%
Ib\d^kbg`IZ\bÛ\fZbger
a^ei^][b`p^lm^kg\hf&
iZgb^l[nrf^]bnf&lbs^]
Lhnma^Zlm:lbZgZg]
<abg^l^\hfiZgb^l'
;nmho^kma^iZlm*1
fhgmal%ma^]bk^\mbhgh_
mkZ]^aZlk^o^kl^]'
119
120
Lionel Roy
Borneo incentives
© A. G.
A
FRPPHUFLDOODZ\HUHDUPDUNHGDWWKHDJHRI
30 to become a partner at Clifford Chance,
Jacques Pickering instead became a mergers and acquisitions (M&A) consultant and
launched a company bearing his name in
6LQJDSRUHLQ)RUWKHÀUVWVL[\HDUV3LFNHULQJ 3DFLÀF PDLQO\ KHOSHG ELJ ZHVWHUQ FRPSDQLHV EX\
medium-sized Southeast Asian and Chinese companies. But
over the past 18 months, the direction of trade has reversed.
´7KHWXUQLQJSRLQWZDVLQ:HZHUHDEOHWRUHRUJDQLVH
SUHWW\TXLFNO\DQGRSHQHGDQRIÀFHLQ6KDQJKDL0RVWRI
WKHEX\HUVDUH&KLQHVH:HKDYHDGLUHFWPDQGDWHRUZH
ZRUN IRU WKH ZHVWHUQ FRPSDQLHV WKDW DUH VHOOLQJ :HVWHUQ
EX\HUVDUHWU\LQJWRJHWLQWRQHZPDUNHWVZKLOH$VLDQEX\HUV
ZDQWWHFKQRORJ\RUHVWDEOLVKHGEUDQGVµKHVD\V
Pickering emphasises the cultural dimension to the success
of a joint venture. “You have to understand the region, be
at ease there and have experience of it. There are many
different dimensions to M&A. To convince Asian entrepreneurs to cede part of their companies, you need a subtle
XQGHUVWDQGLQJ RI WKH VHOOHU·V SURÀOH DQG WR EH DEOH WR LQVSLUHFRQÀGHQFHLQWKHP,NQRZKRZWRSUHSDUHWKHGLVFXVVLRQVZKDW,ZLOOKDYHWRVD\DQGZKDWLVEHWWHUOHIWXQVDLG
DQGKRZWRSUHVHQWWKLQJV7KHZD\WKLQJVDUHGRQHLVYHU\
LPSRUWDQWDQGGLIÀFXOWWRH[SODLQLQDPDQXDO<RXKDYHWR
live it and take a step back from it,” he says.
Pickering chose to start a company because he needed
a challenge after having scaled the heights at Clifford
Chance and Heinz. “I lived in Pittsburgh in Pennsylvania. I
ZDVIDVFLQDWHGE\ELJFRPSDQLHV,UHSRUWHGWRWKH+HLQ]
&(2·V ULJKWKDQG PDQ ,W ZDV ÁDWWHULQJ EXW , UHDOLVHG WKDW
I didn’t like being given orders. I said to myself that I had
HQRXJKH[SHULHQFHWRJRLWDORQH:KHQ,VHWXSLQ6LQJDSRUH,KDUGO\NQHZDQ\RQH,DUULYHGZLWKDSHQDQGDEODQN
piece of paper. Like many entrepreneurs I had my share of
OXFNEXW,ZRUNHGKDUGIRULW0\DLPLVWRFUHDWHVRPHWKLQJ
lasting. I put my name to the company as a statement that
,DPLQLWIRUWKHORQJWHUP,ZDQWWRJHWWRWKHHVVHQFHRI
high banking,” he says.
(VWDEOLVKHG IRU HLJKW \HDUV 3LFNHULQJ 3DFLÀF LV QRZ ZRUNLQJRQHYHUELJJHUGHDOVZRUWKKXQGUHGVRIPLOOLRQVRIHXURV7KHÀUPZRUNVIRUQXPHURXVPXOWLQDWLRQDOVDQGLQWKH
SDVW WZR \HDUV KDV FUHDWHG D QHWZRUN RI SDUWQHUVKLSV DOO
RYHUWKHZRUOGLQVRPHFRXQWULHVZLWKEDQNVWKDWDUHPRUH
WKDQDKXQGUHG\HDUVROG´7RGD\ZHDUHSUHVHQWLQ&KLQD
Competition in the market for advising Chinese investments
DEURDGZLOOEHLQWHQVHEXWLWKDVQ·WUHDFKHGWKDWVWDJH\HW
6RLW·VXSWRXVWRPRYHDVIDVWDVZHFDQµKHVD\V O
BORNEO
INCENTIVES
Malaisie
Lgmjake]­n®f]e]fla]d
Société fondée en 1997
Basée à Kuala Lumpur.
Tourism and Events Management
Founded in 1997
Based in Kuala Lumpur, Malaysia.
/D 0DODLVLH HVW XQ SHX OH ÀO FRQGXFWHXU GH OD YLH GH /LRnel Roy, directeur et propriétaire de l’agence de tourisme
événementiel Borneo incentives qui a fait voyager en 2010,
1200 personnes, à 80% françaises. Son premier séjour, aux
côté de son père qui travaillait pour la Malaysian Airlines,
remonte à l’âge 10 ans.
Après des études d’Histoire, cet amoureux des voyages
fonde sa première société de conseil, Symbiose C&D. Il aide
des sociétés malaisiennes à travailler en France et des sociétés françaises à aborder le marché malaisien. Reconnu
rapidement comme spécialiste de la destination, il ouvre,
en 2000, avec son frère, un tour-opérateur, Asie Impact Voyages, qui reçoit en 2002 le prix du Nouvel entrepreneur du
WRXULVPH,OSURÀWHDORUVGXODQFHPHQWGHVFDPSDJQHVSURmotionnelles de la Malaisie en France pour partir s’installer
en Asie, d’abord pour le compte d’une société locale,
Reliance, puis à son propre compte, à partir de 2009. Il rachète Bornéo incentives, une société fondée par un sinomalais en 1997, avec un bureau à Kuala Lumpur et des anWHQQHVDX6DUDZDNHWj6DEDKHW\DMRXWHXQEXUHDXj3DULV
HWj/DQJNDZL
« Notre cœur de métier c’est le tourisme d’affaires, les
voyages de motivation, les forums et les événements. Je
continue cependant mes partenariats historiques avec
les gros tours-opérateurs français et mes activités de tourisme réceptif de groupes. Nous cherchons à travailler plus
étroitement avec les entreprises françaises installées en Asie
du Sud-est et à sortir au maximum des sentiers battus. »
Ses envies professionnelles ? « Faire venir l’orchestre philharmonique de Kuala Lumpur au cœur de la jungle !
Développer la culture de l’événement, continuer à assurer une logistique impeccable en s’adaptant à différentes
Les projets de tourisme
]nkZ[e^%iZkmb\biZmb_
hn®jnbmZ[e^lhgm]^ienl
^gienlghf[k^nq'
Ng®e®f^gm^ll^gmb^e
pour un pays où
le tourisme représente
eZmkhblb¯f^lhnk\^
]^k^o^gn'
Ma^k^Zk^`khpbg`
gnf[^klh_lnlmZbgZ[e^%
iZkmb\biZmbo^Zg]_Zbk
mhnkblfikhc^\mlZg]mabl
is essential for
Z\hngmkrpahl^mabk]&
[b``^lmlhnk\^
h_k^o^gn^blmhnkblf'
121
M
clientèles ». Ses grands succès ? « Avoir emmené des groualaysia has been a central theme in the
pes adopter des orangs-outangs, organisé d’extraordinaires
OLIHRI/LRQHO5R\&(2DQGRZQHURIWKH
GvQHUVSULYDWLIVVXUGHVvOHVGpVHUWHVPDLQWHQXODÀGpOLWpDX
Borneo Incentives events tourism agenÀOGHVDQQpHVª6HVMRLHV"©*ULPSHUDXVRPPHWGXPRQW
F\+LVÀUVWYLVLWWKHUHFDPHDJHG7KHQ
Kinabalu, le plus élevé d’Asie du Sud-est, faire la route le
after history studies, this travel addict
long du Kalimantan en dormant chez l’habitant dans des
founded an advisory company, ‘Symbiolonghouses, emmener ses deux enfants paresser à Lang- se C&D’, to help Malaysian companies operate in France
NDZLRXGpQLFKHUGHVREMHWVG·DUWVSUHPLHUVj.XFKLQJ«ª
DQG YLFH YHUVD ,W TXLFNO\ EHFDPH NQRZQ DV D 0DOD\VLD
VSHFLDOLVWDQGLQZLWKKLVEURWKHU<RKDQKHRSHQHGD
21 millions de touristes par an
WRXURSHUDWRU$VLH,PSDFW9R\DJHVZKLFKLQZRQWKH
Pourquoi la Malaisie ? « Moins connue que la Thaïlande, 1HZ7RXULVP(QWUHSUHQHXUSUL]H
le pays attire les sociétés qui recherchent de nouvelles He took advantage of Malaysian promotional campaigns
destinations, mais cela nécessite un travail pédagogique. LQ)UDQFHWRPRYHWKHUHÀUVWIRUDORFDOÀUP5HOLDQFHDQG
C’est surtout Bornéo qui fait rêver parce qu’elle est asso- then by buying Borneo Incentives, a company founded by
ciée à la jungle, au tourisme vert, aux grands espaces, et D&KLQHVH0DOD\VLDQLQZLWKDQRIÀFHLQ.XDOD/XPSXU
recèle un certain mystère. Un des atouts de la Malaisie est DQGEUDQFKHVLQ6DUDZDNDQG6DEDK+HDGGHGRIÀFHVLQ
de permettre un tourisme plus authentique, plus de haut 3DULVDQG/DQJNDZL/DVW\HDU%RUQHR,QFHQWLYHVRUJDQLVHG
de gamme que ses voisins. Les guides sont désormais con- WULSVIRUSHRSOHSHUFHQWRIZKRPZHUH)UHQFK´2XU
scients de la nécessité de préserver le patrimoine naturel, FRUHZRUNLVEXVLQHVVWRXULVPPRWLYDWLRQDOWULSVIRUXPVDQG
même si la population l’est généralement moins, faute de HYHQWV%XW,DPVWLOOFDUU\LQJRQP\ROGHUSDUWQHUVKLSVZLWK
programmes éducatifs. Les projets de tourisme durable, de big French tour operators and continue to receive tourist
tourisme participatif ou équitable sont de plus en plus nom- JURXSV :H DUH DLPLQJ WR ZRUN PRUH FORVHO\ ZLWK )UHQFK
breux. Un élément essentiel pour un pays où le tourisme companies located in Southeast Asia and get as far off
représente la troisième source de revenu du pays avec 21 the beaten track as possible,” he says. Roy’s professional
millions de touristes annoncés, dont la moitié vient de Sin- aims are to “develop an events culture and continue to
gapour et 40% intra-asiatique. »
ensure impeccable logistics that are tailored to different
Autres atouts de la Malaisie : la qualité des infrastructures, clienteles”.
les sourires, le respect, une nature luxuriante au sein de la :K\ GLG KH FKRRVH 0DOD\VLD" ´,W·V OHVV ZHOONQRZQ WKDQ
ville, un sentiment de sécurité et la pratique courante de 7KDLODQGVRWKHUHLVDQHGXFDWLRQDODVSHFWWRWKHZRUNEXW
l’anglais. « Tout le monde parle anglais dès l’âge de six ans WKHFRXQWU\LVDWWUDFWLQJÀUPVWKDWDUHORRNLQJIRUQHZGHVcar la moitié des cours sont donnés dans cette langue ». WLQDWLRQV0DOD\VLDDOORZVIRUPRUHDXWKHQWLFXSVFDOHWRXUPourtant Lionel Roy regrette le manque d’esprit critique des LVP WKDQ LWV QHLJKERXUV*XLGHV DUH DZDUH RI WKH QHHG WR
Malaisiens. « A l’école, on ne leur demande pas assez de ré- protect the natural environment, although the local popuÁpFKLU3DUFRQWUHPHVHPSOR\pVIRQWSUHXYHG·XQHJUDQGH ODWLRQ LV OHVV DZDUH RI WKLV RZLQJ WR D ODFN RI HGXFDWLRQDO
écoute et d’une volonté d’apprendre. Ils sont surpris par SURJUDPPHV 7KHUH DUH JURZLQJ QXPEHUV RI VXVWDLQDEOH
O·DXWRQRPLHTXHMHOHXUGRQQHHWVHUpYqOHQWVRXYHQWÀGqOHV participative and fair tourism projects and this is essential for
à condition de leur témoigner de la reconnaissance et de DFRXQWU\ZKRVHWKLUGELJJHVWVRXUFHRIUHYHQXHLVWRXULVPµ
les payer convenablement. Aujourd’hui, un guide parlant he says. Malaysia’s advantages are its quality infrastructure,
français est payé 100 euros par jour. Une secrétaire entre its smiling people, a sense of respect, luxuriant nature even
300 et 400 euros par mois. Mais dans l’hôtellerie, les premiers inside its cities, excellent security and a population that
jobs restent sous-rémunérés. »
speaks good English. “Everyone speaks English from the age
Autre atout du pays : mieux comprendre une autre fa- of six because half of all classes are given in the language,
çon de vivre le multi-ethnisme. « Le modèle n’est pas celui but Malaysians do lack a critical spirit. They are not asked
de l’intégration à la française. Il tend vers le communau- to think enough at school. On the other hand, my employtarisme. Il y a de moins en moins de mariages mixtes, mais ees are great listeners and keen to learn. Surprised by the
dans les entreprises les gens travaillent ensemble, et, dans degree of autonomy that I give them, they have proven to
les équipes, les clubs, les lieux publics, Malais, Chinois et In- be loyal as long as their contribution is recognised and they
diens vivent ensemble. » O
are properly paid,” he says. O
122
Cyril Rocke
© A. G.
DataOneAsia
DATAONEASIA,VOICEONE,
FINACORE TECHNOLOGY FINANCE
H`adahhaf]k
Financements, services et équipements IT
Basés à Manille
Création 1997, 2001, 2010
Employés : Finacore : 6 ; DataOneAsia : 35 ;
VoiceOne :15.
Financing and leasing of IT equipment,
created in 1997, 2001, 2010
:Yk]\afEYfadY$H`adahhaf]k
Number of staff: Finacore: 6; DataOneAsia: 35;
VoiceOneAsia: 15.
Né au Cambodge, cadre dans une grande banque française pendant dix ans, ayant vécu et travaillé en Asie du
Sud-est, Cyril Rocke souhaitait revenir dans cette zone. A
29 ans, en 1989, les hasards professionnels l’emmènent aux
Philippines. « Le Crédit Lyonnais venait de racheter une parWLFLSDWLRQPDMRULWDLUHGDQVXQHÀOLDOHGXJURXSHVXLVVH=XHOOLJ-HPHVXLVUHWURXYpjODWrWHG·XQHGHOHXUÀOLDOH-·DYDLV
une grande autonomie. Je gérais trente-cinq personnes,
avec une problématique de choc : renouveler l’équipe
dirigeante, déménager, récréer une image… J’ai affronWp OHV GLIÀFXOWpV G·XQ HQWUHSUHQHXU GDQV OH FDGUH G·XQH
grande entreprise et j’ai énormément appris. »
Pourtant, quelques années plus tard, en 1995, Cyril Rocke
veut aller plus loin et réaliser son rêve : devenir entrepreneur. « J’avais côtoyé, en tant que banquier, énormément d’entrepreneurs asiatiques, des self-made men. Ces
parcours me passionnaient. Devenir entrepreneur était
presque un acte de foi. Je n’avais pas de projet, mais beaucoup d’idées. Ce qui m’attirait : être le responsable de ma
propre vie et créer des activités qui me passionnent. »
&\ULO 5RFNH ÀQLW SDU WURXYHU VD YRLH DX WUDYHUV SDUIRLV
G·pSUHXYHV GLIÀFLOHV $XMRXUG·KXL LO VH UHWURXYH j OD WrWH
de trois sociétés — DataOne, Finacore et VoiceOne — qui
tournent autour de la même ligne de business : les data
centres et technologies liées à l’informatique et à Internet,
qu’il s’agisse d’infogérance ou de leasing.
« Après plusieurs échecs, en 1997, je suis revenu vers mon
PpWLHUG·RULJLQHODÀQDQFHHQFUpDQW)LQDFRUH7HFKQRORJ\
Finance. J’ai rencontré des dirigeants du fabricant Compaq, racheté depuis par HP, qui cherchaient un partenaire
pour mettre en place une formule de leasing pour leurs
équipements informatiques. Quand Compaq a été ra-
123
CZb%^gmZgmjn^
[Zgjnb^k%\¹mhr®
énormément
]^gmk^ik^g^nkl
ZlbZmbjn^ljnbfhgm
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`e^]pbmafZgr:lbZg
^gmk^ik^g^nklpahaZ]
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bg`'Ma^bklmhkb^lbglibk^]
f^';^\hfbg`Zg^gmk^&
ik^g^nkpZlZefhlmZg
Z\mh__Zbma'
FKHWpSDU+3MHPHVXLVGLYHUVLÀpDYHF(0&&LVFRHW'HOO
Petit à petit, j’ai vu qu’il y avait un marché dans les solutions
VSpFLÀTXHVGHOHDVLQJSRXUOHVpTXLSHPHQWVLQIRUPDWLTXHV
des grandes entreprises. »
Dans les années 2000, l’arrivée de gros investissements dans
le secteur des datacentres, avec la bulle Internet, engendre
aux Philippines la création de plusieurs datacentres (Ayala,
Keppel…), qui souffrent vite de surcapacités. En 2002, dans
un pari risqué, Cyril Rocke rachète avec ses économies et à
un prix très compétitif, DataOne, le datacentre du groupe
Keppel qui y avait investit plus de 7 millions de dollars. « J’ai
UHSULV XQH VRFLpWp TXL SHUGDLW EHDXFRXS G·DUJHQW -·DL Ànalement gagné mon pari car la révolution informatique
a, par la suite, poussé des entreprises de plus en plus nombreuses à venir aux Philippines faire du BPO (business process outsourcing) et à externaliser la gestion de leurs infrastructures informatiques lourdes. »
Outre Finacore et DataOne, Cyril Rocke a rajouté récemment VoiceOne, un opérateur télécom qui utilise la technique de la voix sur IP (type Skype). Cette société lui permet
de répondre à la demande de services de centre d’appels,
liés à la voix qui emploient 500 000 personnes. « Les centres
d’appels marchent bien aux Philippines. Les Philippins parlent bien anglais, sans trop d’accent et sont plus américanisés que les autres asiatiques. »
Actuellement le chiffre d’affaires des sociétés de Cyril
Rocke progresse d’environ 20% par an. « Les débuts ont été
GLIÀFLOHV$XGpSDUWM·DLG€DXWRÀQDQFHUPRQGpYHORSSHPHQW8QHGHPHVÀHUWpVF·HVWG·rWUHDSSURFKpDXMRXUG·KXL
par des banques et des organisations internationales. »
Un vivier de compétences
Cyril Rocke est convaincu que les Philippines sont un pays
d’avenir. « Quand je suis arrivé, le pays souffrait d’une grave
FULVHÀQDQFLqUH$XMRXUG·KXLVHVUpVHUYHVVRQWLPSRUWDQWHV
OHVHFWHXUGX%32HVWÁRULVVDQW/HSD\VHVWWUqVMHXQHWUqV
dynamique avec une population assez bien formée et des
frais salariaux inférieurs à ceux qui se pratiquent dans la région. Un ingénieur — femme ou homme — coûte trois fois
moins cher aux Philippines qu’à Singapour et 40% moins
cher qu’en Malaisie. Quand on cherche des compétences
en comptabilité, droit, informatique, gestion des opérations,
OHVHXOHQGURLWHQ$VLHGX6XGHVWDYHFGHVJHQVTXDOLÀpVHW
HQTXDQWLWpVXIÀVDQWHFHVRQWOHV3KLOLSSLQHV(WOHVLQFRQYpnients traditionnels — faiblesse des infrastructures, énergie,
transport, quartiers dilapidés — évoluent rapidement dans
le bons sens. » O
124
C
DPERGLDERUQ &\ULO 5RFNH ZDV DQ H[HFXtive in a big French bank for 10 years and,
KDYLQJOLYHGDQGZRUNHGLQ6RXWKHDVW$VLD
ZLVKHGWRUHWXUQWKHUH,QDJHGKLV
ZRUNWRRNKLPWRWKH3KLOLSSLQHV
´7KHFRXQWU\ZDVQ·WRQHRIP\SULRULWLHVEXW
Credit Lyonnais had just bought a majority stake in a branch
RIWKH6ZLVVJURXS=XHOOLJ,IRXQGP\VHOIUXQQLQJRQHRIWKHLU
VPDOOÀQDQFHEUDQFKRIÀFHV,KDGDORWRIIUHHGRP,PDQDJHGSHRSOHDQGKDGDORWWRGHDOZLWK²UHQHZLQJWKH
VHQLRUPDQDJHPHQWWHDPPRYLQJRIÀFHVDQGUHEXLOGLQJD
EUDQG,KDGWRGHDOZLWKWKHFKDOOHQJHVIDFHGE\DQHQWUHSUHQHXUEXWZLWKLQWKHIUDPHZRUNRIDELJFRPSDQ\DQG
I learned a lot,” he says.
Inspired by Asian self-made men
+RZHYHU D IHZ \HDUV ODWHU LQ 5RFNH GHFLGHG WR JR
further and live his dream of becoming an entrepreneur.
´$VDEDQNHU,KDGPLQJOHGZLWKPDQ\$VLDQHQWUHSUHQHXUV
VHOIPDGHPHQZKRKDGEXLOWIRUWXQHVRXWRIQRWKLQJ7KHLU
VWRULHVLQVSLUHGPH$WWKHRIÀFHLQ3DULV,KDGDOUHDG\ZRUNHG
ZLWKVRPHSUHWW\HQWUHSUHQHXULDOÀUPVDQG,ZDVPRUHLQWHUested in being on their side than on mine. Becoming an enWUHSUHQHXUZDVDOPRVWDQDFWRIIDLWK,KDGQRSURMHFWEXWD
ORWRILGHDV,ZDQWHGWREHUHVSRQVLEOHIRUP\RZQOLIHDQG
FUHDWHDFWLYLWLHVWKDW,ZDVSDVVLRQDWHDERXWµKHVD\V
5RFNHWULHGRXWYDULRXVWKLQJVEHIRUHÀQGLQJDQDFWLYLW\WKDW
gradually, via a rollercoaster of opportunities, obstacles,
´SDLQµDQGGRXEWZRXOGWXUQRXWWREHÀUVWSURPLVLQJDQG
WKHQ SURÀWDEOH 7RGD\ KH LV WKH ERVV RI WKUHH FRPSDQLHV
²'DWD2QH)LQDFRUHDQG9RLFH2QH²ZKLFKDUHDOOLQWKH
same line of business: data centres and technology linked
to computers and the internet, be it data management or
leasing.
“In 1997 after several failures I returned to my original area
RI H[SHUWLVH ÀQDQFH E\ FUHDWLQJ )LQDFRUH 7HFKQRORJ\ )Lnance. I met executives from the manufacturer Compaq,
VLQFH ERXJKW E\ +3 ZKR ZDV ORRNLQJ IRU D SDUWQHU WR RUJDQLVHDV\VWHPIRUOHDVLQJLWV,7HTXLSPHQW:KHQ&RPSDT
ZDVERXJKWE\+3,GLYHUVLÀHGWRZRUNZLWK(0&WKHJOREDO
VWRUDJHOHDGHUDVZHOODV&LVFRDQG'HOO/LWWOHE\OLWWOH,VDZ
WKHUHZDVDPDUNHWIRUOHDVLQJVSHFLÀF,7HTXLSPHQWWRELJ
companies,” he says.
$IWHUWKHZDYHRILQYHVWPHQWLQWKHGDWDVWRUDJHVHFWRUWKDWDFFRPSDQLHGWKHLQWHUQHWEXEEOHVDZWKHFUHDWLRQ
of several data centres in the Philippines (such as those of
)LOLSLQR FRPSDQ\ $\DOD RU 6LQJDSRUH·V .HSSHO +RZHYHU
the ensuing overcapacity quickly forced some companies
to sell. In 2002, Rocke took a calculated bet on DataOne,
.HSSHO·VGDWDFHQWUHLQZKLFK.HSSHOKDGLQYHVWHGPLOlion), using his savings to buy it for a very competitive price.
´,WRRNRYHUDFRPSDQ\WKDWZDVORVLQJDORWRIPRQH\%XW,
ZRQP\EHWLQWKHHQGEHFDXVHWKH,7UHYROXWLRQSURPSWHG
more and more companies to come to the Philippines as
part of their business process outsourcing (BPO) and to subcontract out the management of their heavy IT infrastructure,” he says.
500,000 people working in call centres
In addition to Finacore and DataOne, Rocke recently took
on VoiceOne, a telecom operator that uses VOIP (like
Skype) and can thus respond to demand from call centres,
ZKLFKHPSOR\SHRSOHLQWKH3KLOLSSLQHV
´&DOOFHQWUHVDUHGRLQJZHOOEHFDXVHWKHUHDUHIHZHUDFcent problems. Filipinos speak good English and are more
Americanised,” he says.
5RFNH·VFRPSDQLHV·UHYHQXHVDUHQRZJURZLQJE\DERXW
20 percent a year.
´7KRVHZKRNQRZPHWHOOPH,PDGHWKHULJKWGHFLVLRQ%XW
ORRNLQJ EDFN LW ZDV GLIÀFXOW $W WKH EHJLQQLQJ , KDG WR ÀQDQFHP\RZQGHYHORSPHQW,W·VDVRXUFHRISULGHWRPH
WKDW,DPQRZDSSURDFKHGE\EDQNVDQGLQWHUQDWLRQDORUJDQLVDWLRQVZDQWLQJWRIXQGRXUJURZWKµKHVD\V
Rocke is convinced that the Philippines is a country for the
future.
A country young and dynamic
´:KHQ,DUULYHGWKHFRXQWU\ZDVVXIIHULQJDVHULRXVÀQDQFLDO
crisis. Today it has decent reserves and the BPO sector is
ÁRXULVKLQJ,W·VDFRPSOHWHXWXUQ7KHFRXQWU\LVYHU\\RXQJ
DQG G\QDPLF ZLWK D UHDVRQDEO\ ZHOOHGXFDWHG SRSXODWLRQ WKDW VSHDNV (QJOLVK DQG ZKHUH VDODU\ FRVWV DUH ORZHU
WKDQHOVHZKHUHLQWKHUHJLRQ$QHQJLQHHUPDOHRUIHPDOH
is three times cheaper in the Philippines than in Singapore
and 40 percent cheaper than in Malaysia. The only place
ZKHUH\RXFDQÀQGVXIÀFLHQWQXPEHUVRITXDOLÀHGSHRSOH
ZLWKVNLOOVLQDFFRXQWVODZ,7DQGRSHUDWLRQDOPDQDJHPHQW
in Southeast Asia is the Philippines. And the usual problems
– lack of infrastructure, energy, transport, slums – are rapidly
being resolved,” he says. O
125
Christine Grosso
© A. G.
Anak
ANAK
Indonésie
É\m[Ylagf]lhYjjYafY_]\]f^Yflk
ONG créée en 2002
Basée à Bali,
6 salariés + 6 coordinateurs.
NGO dedicated to providing education
lg[`ad\j]f
Founded in 2003
Based in Bali, Indonesia
Number of staff: 6 and 6 coordinators.
126
&KULVWLQH *URVVR HVW XQH HQWUHSUHQHXVH TXL D IDLW IUXFWLÀHU
pendant de nombreuses années sa compagnie de fabrication et de commercialisation d’objets d’artisanat. Mais
elle est aussi, depuis 2002, la fondatrice et directrice d’une
ONG qui a réussi à scolariser 300 enfants pauvres balinais.
Une autre forme d’engagement, où elle a pu appliquer,
avec une foi chevillée au corps, son esprit d’entreprise.
Chrisine Grosso venait régulièrement à Bali depuis 1990,
TXDQG HOOH D FUpp $QDN ³ XQ PRW TXL VLJQLÀH ´HQIDQWµ
en indonésien, mais aussi en malais, en philippin, en malgache et même en vietnamien. « Nous étions, avec mon
mari, importateurs détaillants, commerçants et créateurs à
Bali. Pendant douze ans, nous sommes venus régulièrement
dans l’île, mais nous savions que notre vie de commerçant
n’était qu’une étape. Nous avions décidé tous les deux
d’arrêter vers 50 ans. Christian, graveur diplômé des BeauxArts de Genève, voulait continuer son aventure artistique
et moi, je voulais faire quelque chose pour les enfants, ou
plutôt avec les enfants. Nous avons vendu notre entreprise
en 2002, après avoir créé Anak de façon spontanée. »
C’est dans la région d’Amed, une des plus pauvres de Bali,
que Christine Grosso rencontre en 2000 un petit garçon sur
la plage. La zone est hérissée de collines et souffre de huit
mois de sécheresse par an. Les habitants vivent dans des
cahutes souvent sans électricité et se nourrissent de maïs six
mois par an. « Quand je lui ai demandé pourquoi il n’était
pas à l’école un lundi matin, il est devenu honteux. J’ai détourné la conversation en lui parlant en indonésien et il m’a
invité chez lui. Là, j’ai pris un coup de poing. Ces collines,
dont j’admirais le soir la poésie avec ses petites lumières
clignotant au-dessous de la voie lactée, cachaient en fait
une très dure réalité. La maison de l’enfant, en bambou,
ne mesurait que deux mètres sur deux, avec un sol de terre
battue et aucun matelas. Le père parlait bien indonésien
FDUVDIDPLOOHUHYHQDLWGHFLQTDQVj6XODZHVLDSUqVDYRLU
participé à un programme gouvernemental de transmigration. » Il aurait bien aimé envoyer son enfant à l’école
mais le matériel et les uniformes à la charge des parents
(18 euros par mois, pour trois uniformes obligatoires, des
chaussures fermées et un chapeau) coûtaient trop cher. A
l’époque, même l’école primaire était payante. Depuis, il y
a une aide. Comme Christine Grosso passe six mois par an
à Bali, elle peut inscrire l’enfant à l’école et le suivre.
L’association voit le jour sur un coin de table, avec quelques
amis, un prêtre chef de village et le patron du restaurant
pour soutenir l’éducation dans des régions défavorisées
d’Indonésie. Des statuts sont déposés en 2002. « Des amis
indonésiens dans les affaires nous ont tout de suite aidés car
ils étaient touchés. Nyoman Sutapa, un homme d’affaires
est devenu président de l’association en Indonésie. Des
JXLGHV0DGH'ZL.DGHN%XGGKDRQWGRQQpGHOHXUWHPSV
gratuitement. Au début, nous n’avons parrainé que 25 enfants, choisis soigneusement à partir de recommandations
GXGLUHFWHXUG·pFROHYpULÀpHVVXUOHWHUUDLQª
Progressivement Anak prend en charge 80 enfants sur la région d’Amed puis une soixantaine d’enfants à Pakisan, une
quarantaine à Penji Anom et une vingtaine à Galungan.
Outre les parrainages, Anak se met à attribuer des bourses
aux meilleurs élèves, car ce système est particulièrement
apprécié par les Indonésiens qui aiment récompenser le
mérite.
Au début, tous les animateurs d’Anak sont bénévoles. Puis,
grâce à des dons plus importants, des lieux de rassemblement sont construits à partir de 2004. « J’ai moi-même
acheté un terrain à Amed où nous avons construit une bibliothèque, un endroit pour réunir les enfants et les coordinateurs de terrain, qui est devenu un lieu de vie et de consultations médicales. » Progressivement, la bibliothèque
libère de l’espace pour des cours d‘écriture balinaise, de
peinture ou de danse traditionnelle, qui passionnent les enfants. Christine Grosso se souvient d’avoir pleuré d’émotion
lors de l’ouverture du premier centre.
Anak aujourd’hui gère deux centres, emploie six salariés
et six coordinateurs de terrain qui touchent des compensations. Elle aide aussi à reconstruire des écoles laissées à
l’abandon, et détruites par des termites. En mettant en
OXPLqUH OHV SUREOqPHV HOOH IRUFH OHV DXWRULWpV j ÀQDQFHU
environ la moitié des reconstructions (12 000 euros) et elle
responsabilise les parents qui participent aux travaux, ce qui
permet d’économiser. Anak a construit aussi des toilettes,
E¨%cZbikblng\hni]^
ihbg`'<^l\heebg^l%]hgm
cZ]fbkZble^lhbk
eZih®lb^Zo^\l^li^mbm^l
enfb¯k^l\eb`ghmZgm
Zn&]^llhnl]^eZohb^
eZ\m®^%\Z\aZb^gm^g_Zbm
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Ma^k^B`hmZk^Zelah\d'
Ma^l^abeel%pahl^ih^mb\
ebmme^eb`amlpbgdbg`ng]^k
ma^FbedrPZrBZ]fbk^]
bgma^^o^gbg`l%ab]Z
o^krmhn`ak^Zebmr'
”
127
© A. G.
C
Christine Grosso face à la grand-mère d’une de ses protégées. Christine Grosso with the grandmother of one of her protégés.
fourni des tableaux, des bancs, des bureaux ou du matériel scolaire et travaille avec des étudiants, notamment à
*DOXQJDQ(QÀQ$QDNDFRQWULEXpjODUHFRQVWUXFWLRQGH
Aceh, une région indonésienne qui a souffert terriblement
du tsunami de 2006.
Le dernier développement de l’aventure d’Anak conVLVWHjVXLYUHOHVHQIDQWVMXVTX·jO·XQLYHUVLWp(OOHÀQDQFHOHV
études d’un dentiste, d’un sportif, de deux apprentis enseiJQDQWVGHVDJHVIHPPHVHWG·LQÀUPLqUHV«(OOHHQYRLHDXVVL
des enfants vers des lycées professionnels. « Nous sommes
arrivés à un cap important. Nous pensions au départ aider
les enfants seulement dans le primaire et au collège. Mais
impossible de lâcher des écoliers brillants, et déterminés.
Or l’université coûte cher : 20 000 euros sur cinq ans pour
des études dentaires, sans compter le logement, les déplacements — 2500 euros par an —, l’ordinateur... Le lycée
globalement coûte 75 euros par mois. » Un parrainage à
HXURVSDUPRLVQHVXIÀWGRQFSOXV©1RXVFKHUFKRQVXQ
nouveau modèle économique. Dans ce sens, nous venons
de signer un accord de développement avec une autre
association née à Bali, Sokasi banten, dont la présidente,
Catherine Chouart, peut nous épauler pour garantir aux
jeunes de pouvoir aller au bout de leurs études et de leurs
rêves. » O
128
KULVWLQH *URVVR LV DQ HQWUHSUHQHXU ZKR
spent years cultivating her company making and selling artisanal items made in Bali.
But in 2003 she also co-founded an NGO
that has since managed to educate 300
poor Balinese children. Another type of
HQWHUSULVHWRZKLFKWKDQNVWRKHUWUHPHQGRXVIDLWKLQOLIH
she has been able to apply her entrepreneurial spirit.
*URVVRKDVWUDYHOOHGUHJXODUO\WR%DOLVLQFHZKHQVKH
FUHDWHG$QDNDZRUGWKDWPHDQVFKLOGLQ,QGRQHVLDQEXW
also in Malay, Tagalog, Malagasy and even Vietnamese.
´:LWKP\KXVEDQGZHZHUHLPSRUWHUVDQGUHWDLOHUVWUDGHUVDQGFUHDWRUVLQ%DOL)RU\HDUVZHFDPHUHJXODUO\WR
%DOLEXWZHNQHZWKDWRXUWUDGLQJOLYHVZHUHMXVWRQHVWDJH
RQDMRXUQH\:HGHFLGHGWRVWRSDWWKHDJHRIDERXW
&KULVWLDQDQHQJUDYHUZDQWHGWRFRQWLQXHKLVDUWLVWLFDGYHQWXUHDQG,ZDQWHGWRGRVRPHWKLQJIRURUUDWKHUZLWK
FKLOGUHQ :H VROG RXU FRPSDQ\ LQ DQG $QDN ZDV
VSRQWDQHRXVO\ERUQDIHZPRQWKVODWHUµVKHVD\V
,WZDVLQWKH$PHGUHJLRQRQHRI%DOL·VSRRUHVWFRYHUHG
ZLWKKLOOVDQGVXIIHULQJHLJKWPRQWKVRIGURXJKWD\HDUWKDW
*URVVR PHW D VPDOO ER\ RQ WKH EHDFK LQ ´:KHQ ,
DVNHGKLPZK\KHZDVQ·WDWVFKRRORQD0RQGD\PRUQLQJ
he became ashamed. I changed the subject of conversation and spoke to him in Indonesian and he invited me
WR KLV KRPH 7KHUH , JRW D UHDO VKRFN 7KHVH KLOOV ZKRVH
SRHWLF OLWWOH OLJKWV ZLQNLQJ XQGHU WKH 0LON\ :D\ , DGPLUHG
in the evenings, hid a very tough reality,” she says. “The
FKLOG·VEDPERRKRPHRQO\PHDVXUHGWZRE\WZRPHWUHV
ZLWK D ÁRRU RI EHDWHQ HDUWK DQG QR PDWWUHVV 7KH IDWKHU
spoke good Indonesian because his family had returned
IURP ÀYH \HDUV LQ 6XODZHVL DIWHU KDYLQJ SDUWLFLSDWHG LQ D
government transmigration programme.”
7KH IDWKHU ZRXOG OLNH WR KDYH VHQW KLV VRQ WR VFKRRO EXW
WKHVFKRROPDWHULDODQGWKHXQLIRUPVZKLFKDUHSDLGIRU
by parents (EUR 18 a month for three obligatory uniforms,
FORVHG VKRHV DQG D KDW ZHUH WRR H[SHQVLYH ´$W WKH
time, even primary school charged fees. Since then aid
programmes have been introduced,” she said. As Grosso
spent six months of the year in Bali, she could enrol the boy
LQVFKRRODQGIROORZKLVSURJUHVV
+HUDVVRFLDWLRQFDPHWROLIHRQWKHFRUQHURIDWDEOHZLWK
DIHZIULHQGVDSULHVWDQGYLOODJHFKLHIDQGWKHUHVWDXUDQW
RZQHUYRZLQJWRVXSSRUWHGXFDWLRQLQ,QGRQHVLD·VSRRUUHJLRQV´,QGRQHVLDQIULHQGVZKRZHUHEXVLQHVVSHRSOHZHUH
touched and helped us immediately. Nyoman Sutapa, a
EXVLQHVVPDQZDVPDGHSUHVLGHQWRIWKHDVVRFLDWLRQLQ,QGRQHVLD6RPHJXLGHV0DGH'ZL.DGHN%XGGKD0DGH
© A. G.
© A. G.
<DVDDQG'HZD%DWXDQJDYHWKHLUWLPHIRUIUHH$WWKHEHJLQQLQJ ZH VSRQVRUHG MXVW FKLOGUHQ VHOHFWHG FDUHIXOO\
on the basis of recommendations from the school headWHDFKHUDQGYHULÀHGRQWKHJURXQGµVKHVD\V
Anak progressed to helping 80 children in Amed and then
another 60 in Pakisan, 40 in Penji Anom and 20 in Galungan. Apart from these sponsorships, Anak also began giving
out bursaries to the best pupils, a system that is particularly
DSSUHFLDWHGE\WKH,QGRQHVLDQVZKREHOLHYHLQUHZDUGLQJ
PHULW,QWKHEHJLQQLQJDOOWKRVHZRUNLQJIRU$QDNGLGVR
on a voluntary basis. Then, thanks to bigger donations, a
PHHWLQJSODFHZDVEXLOWVWDUWLQJLQ´,ERXJKWDSLHFH
RIODQGLQ$PHGZKHUHZHEXLOWDOLEUDU\DSODFHIRUWKH
children and the local coordinators to meet that has beFRPH D VSDFH IRU ZRUN DQG PHGLFDO FRQVXOWDWLRQVµ VKH
says. “As time passed, the library created space for lessons
LQ%DOLQHVHZULWLQJSDLQWLQJRUWUDGLWLRQDOGDQFHZKLFKWKH
children are passionate about.”
7RGD\ $QDN UXQV WZR FHQWUHV HPSOR\V VL[ VDODULHG VWDII
DQG VL[ ÀHOG FRRUGLQDWRUV ZKR DOVR JHW SD\PHQWV ,W DOVR
helps rebuild schools that have fallen into disrepair or been
destroyed by termites. It gives parents responsibility by
KDYLQJWKHPSDUWLFLSDWHLQZRUNVZKLFKFUHDWHVVDYLQJV
Anak has also built toilets, provided furniture and school
PDWHULDOVDQGZRUNVZLWKWKHSXSLOVQRWDEO\LQ*DOXQJDQ
Finally, Anak contributed to reconstruction in Aceh, an Indonesian region that suffered terribly from the 2004 tsuQDPL$QDNDOVRFRPSULVHVDERXWYROXQWHHUVLQ6ZLW]HUODQG 6SDLQ DQG )UDQFH ZKR KHDG XS PRUH SHRSOH
publicising its actions and looking for funding to pay for its
projects.The most recent step on the Anak adventure has
EHHQWRIROORZSXSLOVLQWRXQLYHUVLW\,WLVIXQGLQJVWXGLHVIRU
a dentistry student, a sports student and students training
WREHWHDFKHUVPLGZLYHVDQGQXUVHV,WDOVRVHQGVSXSLOVWR
YRFDWLRQDOKLJKVFKRROV´:HKDYHUHDFKHGDQLPSRUWDQW
PRPHQW,QWKHEHJLQQLQJZHRQO\SODQQHGWRKHOSSXSLOV
LQSULPDU\DQGVHFRQGDU\VFKRROV%XWZHFRXOGQ·WDEDQdon determined students. And university costs a lot, about
(85RYHUÀYH\HDUVIRUGHQWLVWU\VWXGLHVSOXVDFFRPmodation and travel costs, about EUR 2,500 a year, a computer etc. High schools all cost EUR 75 a month,” she says.
Sponsorships of EUR 25 a month are therefore no longer
HQRXJK´6RZHDUHORRNLQJIRUDQHZHFRQRPLFPRGHO
7R WKLV HQG ZH KDYH MXVW VLJQHG D GHYHORSPHQW DJUHHPHQWZLWKDQRWKHUDVVRFLDWLRQFUHDWHGLQ%DOL6RNDVL%DQWHQZKRVHFKDLUZRPDQ&DWKHULQH&KRXDUWFDQKHOSXV
WRJXDUDQWHHWKHVH\RXQJSHRSOHWKHDELOLW\WRÀQLVKWKHLU Anak aide chaque enfant individuellement mais elle développe aussi
des activités de groupe. Anak helps each child individually as well as
studies and achieve their dreams,” she says. O
organising group activities.
129
Aurélien Rouvreau
© A. G.
Utilis Malaysia
UTILIS MALAYSIA
Malaisie
<akljaZml]mj\`¸halYmp\][YehY_f]
et de camps médicaux
Fondée en 2010
Basée à Kuala Lumpur,
5 employés.
Kmhhda]jg^Ú]d\`gkhalYdk
and medical camps
Founded in 2010
Based in Kuala Lumpur, Malaysia
Number of staff: 5.
130
Aurélien Rouvreau, à la tête de deux sociétés en Malaisie
— Utilis Malaysia et ICBM — a l’entreprenariat dans le sang.
A 29 ans, il se revendique comme un « multirécidiviste »,
fasciné par le voyage.
Une fois son mastère en poche, Aurélien Rouvreau s’installe
à Kuala Lumpur, attiré par l’ouverture et la qualité de la
vie. En 2009, il monte sa société, ICBM, qui fait du conseil
et représente des PME françaises dans le domaine de la
défense et de la sécurité. Avec la société Utilis France (hôpitaux de campagne, postes médicaux, camps et systèmes
de décontamination) il passe un accord de licence. Utilis Malaysia naît en juillet 2010 et regroupe cinq personnes
dont son associé et ami, Matthieu Maidon.
« Aujourd’hui, le cœur de notre business, ce sont les camps
médicaux et les hôpitaux de campagne. Les Asiatiques sont
très intéressés par nos solutions de décontamination. L’Asie
du Sud-est est une zone de catastrophes naturelles et nous
savons répondre à l’urgence de masse. Nos hôpitaux de
campagne se déploient en moins d’une demi-journée.
Ces produits haut de gamme peuvent être adaptés à la
demande. Nos concurrents sont européens, scandinaves
et américains. Etre français est plutôt un atout, même si
certains de nos concurrents sont privilégiés par d’anciens
systèmes d’alliances et de copinage. » Leur première référence en Malaisie a été la signature à l’été 2010 d’un
contrat avec les services de santé de l’armée pour leurs
opérations en Afghanistan. « Nous étions là au bon moment
et avec la bonne technologie ». Utilis Malaysia travaille ausVLDYHFOD7KDwODQGHO·,QGRQpVLHOHV3KLOLSSLQHVHW7DLZDQ
L’aspect juvénile d’Aurélien Rouvreau ? « C’est un avantage et un inconvénient. Quand on s’adresse à un général
de 55 ans, il faut être sûr de ce qu’on dit. Mais on peut aussi
être aidé et écouté précisément parce qu’on est jeune. ».
Il faut savoir aussi adapter sa stratégie commerciale aux
armées avec lesquelles on travaille. « L’armée singapourienne a plus de moyens. Elle a été la première référence
Utilis en Asie. L’armée indonésienne présente un fort potentiel à cause de la fréquence des catastrophes naturelles
et de l’isolement de certaines populations. La Thaïlande
est dans le même cas. Au Cambodge, on touche un
domaine réservé aux hommes politiques. En Malaisie, on
fait une promotion commerciale plus classique. »
La corruption ? « Utilis Malaysia est le représentant de plusieurs
sociétés françaises. Pas question de faire n’importe quoi.
Je travaille avec des partenaires locaux qui s’occupent du
marketing. Je les rétribue sous forme commission commerciale et je m’arrête là. A eux de décider de leur politique
commerciale et d’en porter la responsabilité. »
Utilis Malaysia vit de l’achat-vente de produits et de consulting. C’est cette dernière activité qui lui rapporte le plus
aujourd’hui, mais l’objectif est d’inverser d’ici douze mois.
Aurélien Rouvreau est optimiste sur les nouveaux concepts
qu’il développe, comme celui de proposer à des grands
groupes, en collaboration avec des ONG, des projets pour
leur RSE.
Aurélien était étudiant quand il a créé ses premières compagnies. « A l’époque, je ne me donnais pas toutes les
chances. Quand on monte une société, il faut être présent
à 200%. Je crois qu’inconsciemment, je me faisais la main.
La première barrière, la plus répulsive, c’est souvent l’aspect
administratif. Quand on est déjà passé par là, on aborde les
choses de manière plus détendue et on garde son énergie
pour le projet lui-même. »
Pourquoi la Malaisie ? « C’est le pays des mélanges. On s’y
plaît forcément. C’est varié, cosmopolite, interculturel, et…
à une heure de Bangkok ou de Jakarta. Le coût de la vie
n’est pas très élevé. Une bonne secrétaire cultivée — et
occidentalisée — gagne environ 500 euros. »
Trouver des collaborateurs ? Pas de problèmes. Aurélien
Rouvreau a rencontré son vendeur, un ancien militaire,
grâce à son associé, un Malais de cinquante ans, retourné
d’Australie. « Nous nous sommes rencontrés et nous nous
sommes plus. Nous sommes complémentaires. Des incompréhensions culturelles ? Il met plus de temps à me dire
si quelque chose ne va pas. Je suis plus direct. Mais nous
pouvons en rire, alors… ». De toute façon, dans un secteur
comme le sien, il faut un associé local. « Ce n’est pas une
obligation légale. Mais les clients nous demandent toujours
quel est l’actionnariat de la société avant de nous inviter
sur un appel d’offres. » O
>mk^c^ng^^lm
ngZoZgmZ`^^mng
bg\hgo®gb^gm'Be_Znm°mk^
l¾k]^\^jnhg]bm'FZbl
beZkkbo^Znllbjnhglhbm
Zb]®^m®\hnm®
ik®\bl®f^gmiZk\^
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Z]]k^llbg`Z..&r^Zk&he]
`^g^kZe%rhnaZo^mh[^
lnk^h_paZmrhnZk^
lZrbg`';nmbm\ZgZelh
mean that you are
helped and listened to
ik^\bl^er[^\Znl^rhn
Zk^rhng`'
131
132
John Paul
ICognitive
© A. G.
A
XUpOLHQ 5RXYUHDX ZKR KHDGV WZR FRPSDnies in Malaysia – Utilis Malaysia and ICBM –
has entrepreneurship in his blood. At 29 years
of age he declared himself to be a ‘multirecidivist’ fascinated by travel.
Once he had his master’s degree, Rouvreau
moved to Kuala Lumpur and set up his company, ICBM,
ZKLFKRIIHUVFRQVXOWLQJVHUYLFHVDQGUHSUHVHQWV)UHQFK60(V
in the defence and security sectors. He obtained a licensLQJ DJUHHPHQW IRU 8WLOLV )UDQFH ÀHOG KRVSLWDOV PHGLFDO
posts, camps and decontamination systems). Utilis Malaysia
ZDVERUQLQDQGKDVDVWDIIRIÀYHSHRSOHLQFOXGLQJKLV
partner and friend Matthieu Maidon.“Today the core of our
EXVLQHVV LV PHGLFDO FDPSV DQG ÀHOG KRVSLWDOV 7KH $VLDQV
are very interested in our decontamination systems. SouthHDVW $VLD LV DQ DUHD ZKHUH WKHUH DUH PDQ\ QDWXUDO GLVDVWHUVDQGZHNQRZKRZWRUHVSRQGWRDPDVVHPHUJHQF\
Our high-end products can be tailored to demand. Our
competitors are Europeans and Americans. Being French
is mainly an advantage, even if some of our competitors
have advantages stemming from longstanding alliances
DQGUHODWLRQVKLSVµKHVD\V7KHLUÀUVWGHDOLQ0DOD\VLDZDV
WKH VLJQDWXUH LQ RI D FRQWUDFW ZLWK WKH DUP\·V PHGLFDO VHUYLFHV IRU WKHLU RSHUDWLRQV LQ $IJKDQLVWDQ ´:H ZHUH
WKHUH DW WKHULJKWWLPHDQGZLWKWKHULJKWWHFKQRORJ\µKH
VD\V8WLOLV0DOD\VLDDOVRZRUNVZLWK7KDLODQG,QGRQHVLDWKH
3KLOLSSLQHVDQG7DLZDQ:HDGDSWFRPPHUFLDOVWUDWHJ\WR
WKHDUPLHVFRQFHUQHG´7KH6LQJDSRUHDQDUP\ZDVRXUÀUVW
Asian deal. The Indonesian and Thai armies are full of potential. In Cambodia it is a domain reserved for politicians.
,Q 0DOD\VLD ZH GR PRUH FODVVLFDO SURPRWLRQDO ZRUNµ KH
says.
:KDWRI5RXYUHDX·V\RXWKIXODSSHDUDQFH"´,W·VERWKDQDGYDQWDJHDQGDGLVDGYDQWDJH:KHQDGGUHVVLQJD\HDU
ROGJHQHUDO\RXKDYHWREHVXUHRIZKDW\RXDUHVD\LQJ
But it can also mean that you are helped and listened to
SUHFLVHO\ EHFDXVH \RX DUH \RXQJµ KH VD\V $QG ZKDW RI
FRUUXSWLRQ"´8WLOLV0DOD\VLDUHSUHVHQWVVHYHUDO)UHQFKÀUPV
VRZHFDQ·WMXVWJRDURXQGGRLQJZKDWHYHU,ZRUNZLWKORFDO
SDUWQHUVZKRWDNHFDUHRIPDUNHWLQJ,FRPSHQVDWHWKHP
ZLWKEXVLQHVVFRPPLVVLRQVDQGVWRSDWWKDW,W·VXSWRWKHP
to decide on their commercial strategy and be responsible
for it,” he says. Utilis Malaysia makes its revenues from buying and selling products and consultancy services. At the
moment consulting makes more money but the aim is to
FKDQJHWKDWZLWKLQD\HDU5RXYUHDXLVRSWLPLVWLFDERXWWKH
QHZ LGHDV KH LV GHYHORSLQJ VXFK DV VXJJHVWLQJ &65 SURMO
HFWVWRELJFRPSDQLHVLQFROODERUDWLRQZLWK1*2V
ICOGNITIVE
Singapour
Conseil en organisation industrielle
Fondée en 2002,
25 employés.
;gfkmdlaf_Yf\kmhhdq[`Yaf
management
Founded in 2002
Based in Singapore
Number of staff: 25.
John Paul est le fondateur d’iCognitive, une société de conseil en organisation industrielle, qui utilise le modèle SCOR
pour optimiser les processus industriels de grands groupes
internationaux. Après avoir travaillé six ans dans un institut
de recherche public singapourien, John Paul a fondé sa société à Singapour en 2002.
8QLYHUVLWDLUH pSULV G·HIÀFDFLWp LQGXVWULHOOH H[SHUW HQ JHVtion de la supply chain, il a fait des études en France et aux
Etats-Unis, travaillé chez Matra, puis chez Digital equipment
corporation (US) pendant dix ans. Basé à Genève, il a été
contacté en 1996 pour mettre en place et diriger le centre gouvernemental de recherche en supply chain à Singapour. « A l’époque je ne connaissais pas l’Asie. Ils m’ont
proposé de venir visiter avec mon épouse. Nous avons été
séduits par le dynamisme, le service, l’ouverture, l’énergie
des gens. Nous avons décidé de quitter la Suisse. » John
Paul travaille six ans pour l’Etat singapourien. « Pendant la
crise de 1997, mon salaire a baissé de 30%, mais j’ai tenu
bon. Le centre que je dirigeais s’est peu à peu fait connaître
en Asie. Nos dix chercheurs étaient intégrés dans le centre
de développement singapourien des industries manufacturières, avec dix-huit unités de chercheurs pluridisciplinaires.
Pour obtenir le budget nécessaire, il nous fallait prouver
que nos recherches appliquées intéressaient les industriels.
Nous avons opté pour le modèle SCOR que nous avons mis
exclusivement au service des industries — et de l’armée —
de Singapour ».
En 2002, après quelques projets avec des entreprises industrielles, John Paul souhaite reprendre sa liberté et travailler pour
des sociétés locales et internationales. Il obtient l’agrément
pour reprendre le contrat avec l’armée singapourienne
à titre privé. « J’ai choisi le nom de iCognitive parce que
Nous vivons dans
ngob^nqiZrl'E^l`^gl
sont intéressés
iZke^l`kZg]^llh\b®m®l
jnbhgm_ZbmeZ?kZg\^'
Ils ne pensent pas
jnbeinbll^rZohbk
ngk^ghno^ee^f^gm'
P^ebo^bgZghe]
\hngmkr'I^hie^Zk^
bgm^k^lm^]bgma^[b`
\hfiZgb^lmaZmfZ]^
?kZg\^paZmbmbl'Ma^r
]hgm[^eb^o^ma^k^\Zg
[^Zgrk^g^pZe'
:g]p^Zk^eZ\dbg`
thousands of industrial
^gm^kikbl^lbg?kZg\^'
133
nous avions un savoir profond sur les systèmes d’information.
Notre mission est restée la même : accompagner les sociéWpV GDQV OHXU UHFRQÀJXUDWLRQ HQ GpÀQLVVDQW GHV SURFHVVXV
et des applications informatiques, en partant d’un modèle
standardisé (SCOR). Aujourd’hui, nous sommes vingt-cinq
dans la société. Le siège est à Singapour, mais nous travailORQVGDQVOHPRQGHHQWLHUDYHFGLIIpUHQWHVÀOLDOHVGRQWXQH
à Paris. Nos concurrents sont les grands cabinets de conseil.
Notre succès vient du bouche à oreille. Nous travaillons de
plus en plus avec des entreprises asiatiques. Nous travaillons surtout pour des grands groupes internationaux. Notre
équipe est composée de sept nationalités différentes avec
une majorité de Chinois. ».
Le premier client important d’iCognitive, outre l’armée singapourienne, a été British American Tobacco qui lançait
une réorganisation de sa supply chain en réaction aux lois
antitabac en Europe.
Pourquoi l’Asie ? « Le marché est ici, mais l’Europe est aussi un axe majeur de développement. La France a pris du
UHWDUG&HUWDLQVGHQRVFRQFLWR\HQVQHSURÀWHQWSDVDVVH]
de la bonne réputation des produits français. Aujourd’hui,
tout fabriquer sur le marché intérieur, c’est une mission impossible. Il faut aussi mieux analyser les besoins des clients
internationaux pour éviter par exemple les erreurs des constructeurs automobiles français en Afrique qui ont continué
à fabriquer des produits faits pour la France et non pour
l’Afrique. La force de SCOR est d’obliger à se poser la question de ce que veut le client. »
iCognitive a encore peu de clients français (Thalès), mais
travaille pour des groupes européens en Asie (BAT, Bayer, le papetier suédois UPM), des entreprises au MoyenOrient (Emirates, Al Nahdi Medical)… « Nous avons ajouté
à notre tableau de chasse Shanghai Electric (SEC), numéro
3 mondial derrière Siemens et Alstom, ou encore Mengniu,
première société laitière chinoise. »
Pour se développer en France, John Paul veut faire publier sa
méthode en français, ce qu’il a déjà fait en Chine et bientôt
en Inde. Mais il a du mal à convaincre ses compatriotes.
«Nous vivons dans un vieux pays. Les gens sont intéressés par
les grandes sociétés qui ont fait la France. Ils ne pensent pas
qu’il puisse y avoir un renouvellement. Or, il nous manque un
millier d’entreprises industrielles en France. Je crois au développement de la richesse par le travail. Quand les gens travaillent, ils ne font pas de bêtises, Ils sont structurés, ils tissent
des liens. En France, nous avons quelques belles réussites
(Carrefour, Schneider, Danone…), 50% de la population vit
bien, mais 50% s’appauvrit. Nous sommes en train de nous
endetter et notre modèle n’est pas soutenable. » O
134
J
ohn Paul is the founder of iCognitive, a company specialising in industrial organisational
FRQVXOWLQJ $IWHU KDYLQJ ZRUNHG IRU VL[ \HDUV
in a public research institute in Singapore, he
launched his company in 2002.
$Q DFDGHPLF ZLWK D SDVVLRQ IRU LQGXVWULDO HIÀFLHQF\ DQG DQ H[SHUW LQ VXSSO\ FKDLQ PDQDJHPHQW KH
VWXGLHG LQ )UDQFH DQG WKH 86 ZRUNHG DW 0DWUD DQG WKHQ
Digital Equipment Corporation for 10 years. Based in GeQHYDKHZDVDVNHGLQWRVHWXSDQGUXQWKHJRYHUQmental supply chain research centre in Singapore. For six
\HDUV3DXOZRUNHGIRUWKH6LQJDSRUHDQVWDWH´'XULQJWKH
FULVLV P\ VDODU\ ZHQW GRZQ E\ SHUFHQW EXW , KHOG
ÀUP7KHFHQWUH,ZDVUXQQLQJJUDGXDOO\PDGHLWVQDPHLQ
$VLD2XUWHQUHVHDUFKHUVZHUHLQWHJUDWHGLQWR6LQJDSRUH·V
PDQXIDFWXULQJLQGXVWU\GHYHORSPHQWFHQWUHZLWKPXOWLGLVFLSOLQDU\UHVHDUFKXQLWV7RJHWWKHUHTXLUHGEXGJHWZH
KDGWRSURYHWKDWRXUDSSOLHGUHVHDUFKZDVLQWHUHVWLQJWR
LQGXVWU\:HRSWHGIRUWKH6&25PRGHODQGKDYHSXWLWWR
the exclusive service of Singapore’s industry and its army,”
he says.
,Q -RKQ 3DXO ZDQWHG WR KDYH KLV IUHHGRP EDFN DQG
ZRUNIRUORFDODQGLQWHUQDWLRQDOFRPSDQLHV+HJRWDJUHHPHQWWRFRQWLQXHZRUNLQJRQWKH6LQJDSRUHDUP\FRQWUDFW
as a private contractor. “Our mission is the same, to help
FRPSDQLHVUHFRQÀJXUHE\GHÀQLQJSURFHVVHVDQG,7DSSOLcations, taking the standardised SCOR model as a base. Today there are 25 people in the company. The headquarters
LVLQ6LQJDSRUHEXWZHZRUNDOORYHUWKHZRUOGYLDGLIIHUHQW
branches, including one in Paris,” he says.
:K\$VLD"´7KHPDUNHWLVKHUHEXW(XURSHLVDOVRDPDMRUGHYHORSPHQWDUHD)UDQFHLVODJJLQJ6RPHRIRXUIHOORZFLWLzens don’t take enough advantage of the good reputation
French products have. Today you can’t make everything
on the national market, it’s mission impossible. You must betWHUDQDO\VHWKHQHHGVRILQWHUQDWLRQDOFOLHQWV6&25·VSRZHUOLHVLQIRUFLQJ\RXWRDVN\RXUVHOIZKDWWKHFOLHQWZDQWVµ
he says. iCognitive doesn’t yet have many French clients
7KDOqVEXWZRUNVIRU(XURSHDQDQG$VLDQFRPSDQLHV%$7
%D\HUWKH6ZHGLVKSDSHUPDNHU8300LGGOH(DVWHUQFRPSDQLHV(PLUDWHV$O1DKGL0HGLFDODQG&KLQHVHÀUPVVXFK
as Shanghai Electric (SEC), third in its sector behind Siemens
and Alstom, and Mengniu, China’s biggest dairy company.
-RKQ3DXOLVVWUXJJOLQJWRFRQYLQFHKLVFRPSDWULRWV´:HOLYH
in an old country. People are interested in the big compaQLHVWKDWPDGH)UDQFHZKDWLWLV7KH\GRQ·WEHOLHYHWKHUH
FDQEHDQ\UHQHZDO$QGZHDUHODFNLQJWKRXVDQGVRILQO
dustrial enterprises in France,” he says.
François Greck
© DR
Les Ateliers de la Péninsule
DE
LES ATELIERS
LA PÉNINSULE
DYgk$L`Y´dYf\]
9j[`al][lmj]
Fondés en 1993
Basés à Vientiane et Bangkok
Une trentaine de salariés.
9j[`al][lmj]
Founded in 1993
Based in Vientiane, Laos and Bangkok,
L`YadYf\
Number of staff: around 30.
François Greck, co-fondateur avec Rodolphe Gerardi des
Ateliers de la Péninsule implantés à Vientiane et en Thaïlande, a un parcours atypique. Architecte de formation, il
devient chercheur pour continuer à étudier et se spécialise
dans l’étude des rituels de la construction et dans les architectures en bois. Puis, après avoir été une des chevilles
ouvrières de la protection du patrimoine à Luang Prabang,
une des merveilles touristiques d’Asie du Sud-est, il revient à
ses premières amours, dessine et restaure des hôtels de luxe
au Laos, en Thaïlande, en Birmanie et jusqu’à Tahiti.
Tout commence en 1991, quand il reçoit une bourse Lavoisier pour faire un post-doctorat sur l’Histoire des civilisations
indochinoises sous la direction du Professeur Pierre Bernard
Lafont. De 1990 à 1993, il part au nord Laos étudier les
rituels de construction. Sa recherche donne naissance à
une première exposition (sur les architectures vernaculaires
du nord Laos) itinérante, notamment pour le compte de
O·$VLD6RFLHW\/HPLQLVWqUHGHOD&XOWXUHGX/DRVOXLFRQÀHOD
rédaction d’un document sur la préservation du patrimoine
en 1993, un timing parfait puisque c’est début 1994 que
O·81(6&2LGHQWLÀHTXDWUHVLWHVVXVFHSWLEOHVG·rWUHQRPLQpV
au patrimoine mondial. François Greck en collaboration
avec le ministère de la Culture du Laos réalisera le dossier
de nomination de Luang Prabang en 1994, ce qui conduit
l’architecte à créer et gérer la maison du patrimoine de
Luang Prabang en 1997.
Mais cette expérience le pousse aussi à retourner à
l’architecture au service de l’hôtellerie de luxe, d’abord
pour le compte de la chaîne hôtelière Pan Sea, puis du
groupe anglais Orient express qui a racheté les six hôtels
et garde François Greck comme architecte au Laos et en
Birmanie. Depuis, les Ateliers de la Péninsule n’ont cessé de
135
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136
se développer, avec à leur actif notamment la restauration
de l’hôtel The Governor’s Residence à Rangoun, celle du
bateau de croisière The road to Mandalay… la construction d’un nouvel hôtel de style colonial à Luang Prabang
The Luang Say Residence.
Aujourd’hui, l’entreprise regroupe une trentaine de personnes. Elle offre des services d’ingénierie du bâtiment,
de décoration intérieure et de paysagisme et s’est lancée
dans le développement plus commercial (achats et valorisation de terrains, accord de franchise avec la chaine IBIS
pour le Laos).
« Quand j’ai commencé dans les années 90, nous faisions
tout faire. Nous avons gardé cette habitude pour l’hôtellerie
de luxe, où nous créons tables, chaises, tissus et jusqu’aux
poignées de portes. » François Greck s’inspire volontiers
des antiquités qu’il collectionne. « J’agrandis des détails en
jouant avec les échelles, détourne des objets, bijoux ethniques... J’aime toute l’Asie du Sud-est et l’Himalaya. J’y
trouve une continuité. »
En passant de la protection du patrimoine à l’architecture
de luxe, François Greck a suivi de près le développement du
/DRV©$ODÀQGHVDQQpHVLO\DYDLWHQFRUH5XVVHV
à Vientiane. Le Laos s’est ouvert dans les années 94-95. Ces
années de recherche au CNRS m’ont permis de mieux comprendre le Laos. Nous avons créé l’agence d’architecture
en 1993, en commençant par de petits projets. Travailler
au Laos demande du temps. Chaque pays est différent.
Au Laos, les langues étrangères sont peu pratiquées, les
ressources humaines manquent, le niveau d’éducation est
faible, la culture est essentiellement orale et la formation du
personnel est nécessaire et longue. Il faut savoir être un peu
paternaliste. En revanche en Birmanie, malgré la fermeture
des universités, on remarque chez les jeunes architectes et
ingénieurs, un fort intérêt à se former. »
Depuis quinze ans, l’agence a réalisé des projets publics
pour tous les bailleurs de fonds internationaux présents au
Laos. François Greck est optimiste. « Le Laos vit aujourd’hui
le début d’une dizaine de bonnes années. Tout est à faire. A
Vientiane, on observe une prise de conscience de la valeur
du patrimoine. Mais Luang Prabang souffre de la destinée
des villes trop touristiques et sa base religieuse est en péril.
Quant au reste du Laos, il est encore en retrait malgré un
vrai potentiel touristique » O
F
© DR
© DR
© DR
UDQoRLV*UHFNZKRZLWK5RGROSKH*HUDUGLIRXQGed Ateliers de la Péninsule, located in Vientiane
and Thailand, has had an unusual life. A trained
architect, he became a researcher in order to
continue studying and specialised in the study of
FRQVWUXFWLRQPHWKRGVDQGDUFKLWHFWXUHLQZRRG
Then, after having been one of the lynchpins of heritage
protection in Luang Prabang, one of Southeast Asia’s tourist
PDUYHOVKHUHWXUQHGWRKLVÀUVWORYHDQGQRZGHVLJQVDQG
restores luxury hotels in Laos, Thailand, Burma and even TaKLWL)URPWR*UHFNZHQWWRWKHQRUWKRI/DRVWR
study construction methods. His research gave birth to a
ÀUVWWUDYHOOLQJH[KLELWLRQQRWDEO\RQEHKDOIRIWKH$VLD6RFLHW\7KHQ*UHFNZRUNLQJZLWKWKH/DRV0LQLVWU\RI&XOWXUH
SXWWRJHWKHUDGRVVLHURQ/XDQJ3UDEDQJLQZKLFKOHG
him to create and manage the Luang Prabang heritage
house in 1997.
This experience also pushed him to return to architecture
IRUWKHOX[XU\KRWHOLQGXVWU\ÀUVWIRUWKH'XWFKFKDLQ3DQ6HD
DQGWKHQWKH%ULWLVKJURXS2ULHQW([SUHVVZKLFKERXJKWWKH
six hotels and kept Greck on as architect in Laos and Burma. Since then, Ateliers de la Péninsule hasn’t stopped deYHORSLQJZLWKWKHUHVWRUDWLRQVRI7KH*RYHUQRU·V5HVLGHQFH
in Rangoon and The Road to Mandalay cruise ship to its
name. Its achievements also include the construction of a
QHZFRORQLDOVW\OHKRWHOLQ/XDQJ3UDEDQJWKH/XDQJ6D\
Residence.
Today, the company has about 30 staff and offers architectural engineering, interior decoration and landscaping
services and has also moved into more commercial developments (land purchases and exploitation, a franchise
DJUHHPHQW ZLWK WKH ,ELV FKDLQ IRU /DRV ´:KHQ , VWDUWHG
RXWLQWKHVZHGLGHYHU\WKLQJ:HNHSWWKLVDSSURDFK
IRU OX[XU\ KRWHOV IRU ZKLFK ZH FUHDWH HYHU\WKLQJ IURP WKH
WDEOHV FKDLUV DQG IDEULFV GRZQ WR WKH GRRU KDQGOHVµ KH
says.
Greck is inspired by the antiques he collects. “I enlarge deWDLOVE\SOD\LQJZLWKWKHVFDOHRIHWKQLFREMHFWVDQGMHZHOOHU\,OLNHDOO6RXWKHDVW$VLDDQGWKH+LPDOD\DV,ÀQGLWKDV
a sense of continuity,” he says.
$ORQJKLVRZQWUDMHFWRU\IURPKHULWDJHSURWHFWLRQWROX[XU\
DUFKLWHFWXUH*UHFNKDVFORVHO\IROORZHGWKHGHYHORSPHQW François Greck rénove avec goût l’architecture coRI/DRVLWVHOI´7KH\HDUVRIUHVHDUFKZLWKWKH&156DIIRUG- loniale. François Geck renovates tastefully colonial
architecture.
ed me a better understanding of the country. It takes time
WRZRUNLQ/DRV<RXKDYHWREHVRPHZKDWSDWHUQDOLVWLF,Q
%XUPD KRZHYHU GHVSLWH XQLYHUVLW\ FORVXUHV WKHUH LV D QRticeable and strong desire among young architects and
O
engineers to get trained up,” he says.
137
Didier Millet
© DR
Editions du Pacifique
EDITIONS
DU
PACIFIQUE
Singapour,
Edition
Basée à Singapour, Kuala Lumpur,
Bangkok, Bali et Paris
Fondée en 1989
35 employés dont 22 à Singapour.
Edition
Based in Singapore, Kuala Lumpur,
Bangkok, Bali and Paris
Founded in 1989
Number of staff: 22 in Singapore,
35 globally.
138
L’aventure entrepreneuriale de Didier Millet a commencé
en 1969. Son service militaire à Tahiti lui donne l’occasion de
s’occuper de la seule librairie de Papeete, avec l’accord
du gouverneur. « J’ai pu rapidement m’associer avec
Hachette qui voulait renforcer sa présence notamment
pour la distribution de journaux. Nous avons géré jusqu’à
six librairies ! » Il renouvelle l’exercice en Nouvelle-Calédonie, mais très vite il réalise que sa vraie passion, c’est
l’édition. Il monte alors une première maison sous le sigle Les
(GLWLRQVGX3DFLÀTXHTXLH[LVWHWRXMRXUVHQ)UDQFH©&·pWDLW
l’époque où le navigateur écrivain, Bernard Moitessier,
qui avait publié le 9DJDERQGGHVPHUVGX6XG et Cap Horn
j OD 9RLOH était en tête de la première course autour du
monde sans escale. Quand il a fait demi-tour et s’est arrêté
à Tahiti, j’ai été contacté par son éditeur Jacques Arthaud.
Nous avons organise une signature de ses livres et nous vendu mille exemplaires… »
Dans les années 80, il est contacté par le groupe singapourien Straits Times qui cherche à développer des coéditions à l’international. Il s’installe à Singapour en 1984 pour
travailler avec eux et se focalise sur ce qu’il sait faire : des
livres illustrés. « J’avais édité trente-huit titres sur Tahiti, de
*DXJXLQDX[UHTXLQVHQSDVVDQWSDUODFXLVLQHOHVÁHXUVHW
les coraux, Tahiti vue du ciel… J’avais fait la même chose
VXUOHVWHUULWRLUHVG·RXWUHPHU/HÀORQpWDLWXQSHXpSXLVp$
l’époque, Singapour n’avait pas d’éditeur avec des contacts internationaux. La production restait très locale. Il
n’y avait qu’une grande maison internationale, APA, qui
publiait les guides Insight. »
Didier Millet travaille cinq ans pour le groupe singapourien,
Straits Times dans leur division d’édition de livres. Il rentre
brièvement en France en 1989 et revient rapidement dans
la région pour y lancer une nouvelle maison qui porte son
nom, les Editions Didier Millet (EDM), et publie alors des
livres sur la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie et Singapour.
« J’étais personnellement plus attiré par la littérature et la
politique, mais il y avait un marché pour les livres illustrés et
les livres d’Histoire, un marché surtout en anglais, l’intérêt en
France pour la région n’étant pas assez fort pour nourrir une
maison d’édition. »
Les Editions Didier millet ont aujourd’hui un catalogue de
cinq cents titres dont beaucoup sont épuisés. Elles publient
deux grands types d’ouvrages : des livres conçus par EDM,
SRXUOHVTXHOVODVRFLpWpUHFKHUFKHGHVVRXWLHQVÀQDQFLHUV
comme pour les livres du style A Day in the life, où ils font
venir cinquante photographes pendant une semaine, ou
GHV&KURQLTXHVGHVHQF\FORSpGLHVUDIÀQpHVGHVOLYUHVGH
photos anciennes avec parfois des coups de cœur comme
Rimbaud à Java… L’autre secteur de publication, ce sont
les livres de commande de sociétés privées, d’institutions
publiques ou de collectionneurs.
-XVTX·LFL SRXU ÀQDQFHU OHXUV JURV SURMHWV FRPPH Pictorial
6LQJDSRXU (80 000 exemplaires vendus), EDM a compté sur
les préventes. « En librairie, on fait très peu d’argent. Il faut
donner 60% de remise au distributeur qui reverse 40% au
libraire avec un droit de retour intégral des ouvrages non
vendus pendant une année… Les lecteurs qui apprécient
ces ouvrages de fond un peu prestigieux — comme le livre
pour les 84 ans du roi de Thaïlande — sont souvent des
ORFDX[jODÀEUHQDWLRQDOLVWHHWOHXUSXEOLFDWLRQHVWVRXWHQXH
par des sponsors locaux.
Mais il arrive à EDM d’aller bien au-delà de ce public local.
Sa série des 6NHWFKERRNVpar exemple, est une collection
qui couvre des villes du monde entier — Singapour, LonGUHV 1HZ <RUN 5RPH OHV MDUGLQV GH 3DULV« ³ HQ DQJODLV
italien, espagnol.
EDM s’apprête à publier une Histoire illustrée des Français
j6LQJDSRXU qui devrait retenir l‘intérêt de la large communauté française présente sur place et en Asie du Sud-est.
L’avenir ? « Il est suspendu à l’évolution de l’édition digitale
dont le modèle économique est imprécis. Les ventes en librairie s’effondrent régulièrement, même si nos livres sont
des long-sellers. » O
EZo^gbk8Be^lmlnli^g]n
¨e®ohenmbhg]^e®]bmbhg
]b`bmZe^]hgme^fh]¯e^
®\hghfbjn^^lmbfik®\bl'
Ma^_nmnk^8Bmk^lmlhg
the evolution of the
]b`bmZein[eblabg`
bg]nlmkrpab\a]h^lgm
aZo^Z\e^Zk
[nlbg^llfh]^e'
”
139
140
Jacky Deromedi
Aprim Interior Design
© DR
D
idier Millet’s entrepreneurial adventure began in 1969. Military service in Tahiti gave him
the opportunity to run the only bookshop in
3DSHHWH ZLWK WKH JRYHUQRU·V DJUHHPHQW´,
ZDVTXLFNO\DEOHWROLQNXSZLWK+DFKHWWH:H
managed up to six bookshops,” he says. He
UHSHDWHGWKHH[HUFLVHLQ1HZ&DOHGRQLDEXWUHDOLVHGWKDW
KLVWUXHSDVVLRQZDVSXEOLVKLQJ+HODXQFKHGDÀUVWSXEOLVKLQJKRXVHXQGHUWKHQDPH/HV(GLWLRQVGX3DFLÀTXHZKLFK
still exists in France.
,QWKHVKHZDVFRQWDFWHGE\WKH6LQJDSRUHDQFRPSDQ\6WUDLWV7LPHVZKLFKVRXJKWWRGHYHORSFRHGLWLRQVLQWHUQDWLRQDOO\+HPRYHGWR6LQJDSRUHLQWRZRUNZLWK
WKHPDQGIRFXVHGRQZKDWKHNQHZEHVWLOOXVWUDWHGERRNV
$IWHUÀYH\HDUVZLWK6WUDLWV7LPHVDQGDEULHILQWHUYHQLQJSHriod in France in 1989, he returned to the region to launch a
QHZSXEOLVKLQJKRXVHFDUU\LQJKLVQDPH²/HV(GLWLRQV'LGLHU
Millet (EDM) – and published books about Thailand, Indonesia, Malaysia and Singapore, mostly in English.
´, SHUVRQDOO\ ZDV PRUH DWWUDFWHG WR OLWHUDWXUH DQG SROLWLFV
EXW WKHUH ZDV D PDUNHW IRU LOOXVWUDWHG ERRNV DQG KLVWRU\
books,” he says. Today, EDM has a catalogue of 500 titles,
PDQ\RIZKLFKDUHQRZRXWRISULQW7KH\SXEOLVKWZRPDLQ
W\SHVRIZRUN7KHÀUVWLVERRNVFUHDWHGE\('0LWVHOILQWKH
VW\OHRI$'D\LQWKH/LIHIRUZKLFKWKHFRPSDQ\JRHVRXW
looking for funding and brings in 50 photographers for a
ZHHNRU&KURQLFOHVUHÀQHGHQF\FORSDHGLDVRUDQWKRORJLHV
of old photographs. The second concerns books ordered
by private companies, public institutions or collectors.
7RÀQDQFHELJSURMHFWVVXFKDV3LFWRULDO6LQJDSRUH
FRSLHVVROG('0KDVXQWLOQRZFRXQWHGRQSUHVDOHRUGHUV
´<RXGRQ·WPDNHPXFKPRQH\LQWKHZRUOGRIERRNV<RX
KDYHWRJLYHDSHUFHQWGLVFRXQWWRWKHGLVWULEXWRUZKR
JLYHV D SHUFHQW GLVFRXQW WR WKH ERRNVKRS ZLWK D ULJKW
RI UHWXUQ LQFOXGHG IRU ERRNV QRW VROG ZLWKLQ D \HDU 5HDGHUVZKRDSSUHFLDWHWKHVHVRPHZKDWSUHVWLJLRXVZRUNVDUH
RIWHQ LQ SODFHV ZLWK VRPHWKLQJ RI D QDWLRQDOLVW FKDUDFWHU
and the books’ publication is supported by local sponsors,”
he says.
+RZHYHU('0KDVDOVRFUHDWHGZRUNVZLWKPXFKEURDGHU
appeal, such as the Sketch Books series, a collection covHULQJFLWLHVWKHZRUOGRYHU²6LQJDSRUH/RQGRQ1HZ<RUN
Rome, the gardens of Paris – in English, Italian and Spanish. EDM is preparing to publish an ‘Illustrated History of the
French’ in Singapore that should pique the interest of the
French community in Singapore and Southeast Asia.
The future ? It rests on the evolution of the digital publishing
O
LQGXVWU\ZKLFKGRHVQ·WKDYHDFOHDUEXVLQHVVPRGHO
APRIM INTERIOR DESIGN
Singapour
Aménagement de bureaux
& Coordination de travaux
Fondée en 1989
20 employés
G^Ú[]afl]jagj\]ka_fYf\hjgb][l
management
Founded in 1989
Based in Singapore
Number of staff: 20
EZ\nemnk^^nkhi®^gg^
est un outil de promotion
pour les entreprises
^mihnke>nkhi^'
Inlabg`>nkhi^Zg\nemnk^
is a promotional tool
_hk\hfiZgb^lZg]
_hk>nkhi^bg`^g^kZe'
Jacky Deromedi, installée depuis vingt-deux ans à Singapour, est entrepreneuse à plusieurs titres. Elle a fondé en
1989 Aprim, une société spécialisée dans l’aménagement
de l’espace et la coordination de travaux. Vice-présidente
de l’Alliance Française, elle a repris les rênes de la Saison
Européenne Encore, qui diffuse la culture européenne
dans la ville-Etat. Elle développe pour le compte de la Fondation Prince Albert II de Monaco, un programme humanitaire notamment au Timor.
La présidente de la section locale des CCE explique son
engagement : « Je suis dans une période de ma vie où
je peux redonner une partie de ce que j’ai reçu pour des
causes auxquelles je crois. A Singapour, j’ai la réputation
GHOHYHUGHVIRQGVFDUPHVDPLVRQWFRQÀDQFHHQPRLHW
savent que je porte toujours des projets ou des causes qui
en valent la peine. »
Jacky Deromedi a passé son enfance à Toulouse, puis a
YpFX j 3DULV HW VXU OD F{WH G·$]XU © -HXQH ÀOOH MH YRXODLV
être médecin, mais mon père, promoteur immobilier, a
exigé que j’étudie la construction et les travaux publics à
Toulouse. Mon père ne savait ni lire ni écrire mais a fondé
un groupe de promotion et de construction qui employait
2 000 personnes. »
Formée pour être conducteur de travaux, elle exerce
d’abord ce métier chez son père puis décide de partir à
Singapour pour lui prouver qu’elle est digne de son nom.
Voler de ses propres ailes
En novembre 89, Jacky Deromedi arrive à Singapour chez
des amis pour ne plus en repartir. « C’était un pays à mon
échelle. J’ai créé Aprim, une société qui a commencé par
effectuer des travaux de second œuvre. Nous avons fait
”
141
© DR
500 000 mètres carrés de membrane d’étanchéité pour
Pontiac Land, réalisé la façade en verre du Four Seasons Hotel, la toiture octogonale de l’hôtel Marriott. Nous
étions, à l’époque, une trentaine d’ingénieurs, tous étrangers. Nous étions les agents de Siplast, La Seigneurie et
Technal. Aujourd’hui, nous nous sommes spécialisés dans
l’aménagement de bureaux, et nous employons une vingtaine de personnes, architectes, dessinateurs et conducteurs de travaux. »
Aux yeux de Jacky Deromedi, dans ce métier, le fait d’être
une femme ne pose pas de problème. « Les hommes
nous regardent avec réticence au début, mais dès qu’ils
constatent que nous savons de quoi nous parlons, ils sont
rassurés. Et cela peut même devenir un avantage. Mon
envie de convaincre me permet de faire passer des messages. Même dans les pays d’Asie musulmans ou confucéens, je retrouve ce respect. Je dirais qu’il y a presque plus de
réticence vis-à-vis des femmes chez les Français. J’ai observé beaucoup de femmes très fortes en Asie, notamPHQWDXVHLQGHOD&KLQHVH:RPHQ$VVRFLDWLRQGRQWMHVXLV
membre. A Singapour, les femmes occupent beaucoup
de postes importants dans les affaires, ce qui s’explique en
partie par le fait que les hommes font plus de deux ans de
service militaire, suivis de périodes militaires régulières ».
Jacky Deromedi s’est engagée au Timor avec la fondation du Prince
Albert II de Monaco. Jacky Deromedi undertakes work in Timor with
Prince Albert II’s Foundation.
Humanitaire au Timor
L’humanitaire est un autre domaine dans lequel Jacky
Deromedi exerce son pouvoir de conviction. « J’ai eu la
chance de connaître la famille princière de Monaco par
mon père et j’ai accepté de représenter à Singapour la
La culture comme argument de vente
Autre champ réservé à l’esprit d’entreprise de Jacky Dero- fondation humanitaire et écologique du Prince Albert II.
medi : la culture avec la Saison Européenne Encore créée Nous avons choisi d’aider, entre autres, la population de
en 2008 par Pierre Bulher, ancien ambassadeur de France Timor Leste, une petite île à deux heures et demie d’avion
à Singapour. « Je dois aujourd’hui convaincre les entrepre- de Singapour, autrefois indonésienne, maintenant inneurs et les ambassadeurs européens que la promotion de dépendante. J’y suis allée pour la première fois en 2009.
la culture européenne est un outil de promotion pour les J’ai brusquement pris conscience de l’extrême pauvreté
entreprises et pour l’Europe. J’ai la certitude qu’organiser de ses habitants. J’ai découvert des gens qui n’avaient
ensemble des événements culturels permet de former un rien : pas d’électricité, pas d’eau potable, aucune possibilclub de gens qui partagent les mêmes valeurs et qui, de ce ité de se nourrir correctement, des personnes malades de
fait, ont envie de travailler ensemble ». Le gouvernement tuberculose, de la lèpre, des enfants de quatre ans qui en
singapourien soutient cette initiative qui renforce l’image paraissaient un. J’ai décidé de me battre pour eux ». Aidée
culturelle de la ville-Etat. « Les Singapouriens qui ne peuvent de religieux, nombreux sur place — car l’île est majoritairepas aller en Europe, peuvent découvrir chez eux la meil- ment catholique — la fondation Albert II de Monaco a enleure musique polonaise, les grands chanteurs d’opéras ita- WUHSULVGHFRQVWUXLUHGHVPDWHUQLWpVÀQDQFHGHVLQJpQLHXUV
liens, les compagnies de danse les plus prestigieuses, les dé- qui apprennent à faire des plantations en terrasses, à consÀOpV GH KDXWHFRXWXUH SDULVLHQV OHV H[SRVLWLRQV GH JUDQGV truire des bassins pour élever les poissons, des canalisations
peintres impressionnistes... Singapour a bien compris que pour apporter l’eau potable…
la culture, au sens large, a changé l’image internationale Finalement pour Jacky Deromedi, les qualités communes
du pays. D’autre part, l’Europe à travers sa culture soutient à toutes ses entreprises, c’est le courage d’y aller quand
des événements caritatifs qui permettent de lever des tout le monde dit que ce n’est pas possible. « Quand on est
fonds pour des équipements en matériel médical, soutenir convaincu, il faut se dire qu’on va gagner avant même de
savoir comment on va y arriver. » O
la recherche...»
142
J
acky Deromedi, a Singapore resident for 22
years, is a serial entrepreneur. In 1989 she founded Aprim, a company specialising in interior design and project management. She is vice president of the Alliance Française and has taken
WKHUHLQVDWWKH(QFRUH(XURSHDQ6HDVRQZKLFK
promotes European culture in the city-state. She is also developing a humanitarian programme on behalf of the Prince
Albert II of Monaco Foundation, notably active in East Timor.
'HURPHGL ZKR LV DOVR FKDLUZRPDQ RI WKH ORFDO EUDQFK RI
the Conseillers du Commerce Extérieur, a French trade advisory body, explains her multi-faceted engagement. “I am
LQDSHULRGRIP\OLIHZKHUH,FDQJLYHEDFNVRPHRIZKDW
I have received to causes that I believe in. My friends trust
PHDQGNQRZWKDW,DOZD\VZRUNIRUZRUWKZKLOHSURMHFWVRU
causes,” she says. Deromedi spent her childhood in Toulouse
and then lived in Paris and on the Côte d’Azur. “As a young
JLUO,ZDQWHGWREHDGRFWRUEXWP\IDWKHUZKRZRUNHGLQ
UHDOHVWDWHLQVLVWHGWKDW,VWXG\FRQVWUXFWLRQDQGSXEOLFZRUNV
in Toulouse,” she says.
7UDLQHGDVDSURMHFWPDQDJHUVKHDWÀUVWSHUIRUPHGWKLVUROH
for her father but then decided to leave for Singapore to
prove to him that she didn’t need his help to succeed.
Standing on her own two feet
'HURPHGLDUULYHGWRVWD\ZLWKIULHQGVLQ6LQJDSRUHLQ1RYHPber 1989 and never left. “The country had the right scale for
me. I created Aprim, a company that started by carrying out
ÀQLVKLQJZRUN:HGLGVTXDUHPHWUHVRIZDWHUSURRI
membrane for Pontiac Land, did the Four Seasons Hotel’s
glass facade and the octagonal roof for the Marriott hotel. At
WKHWLPHZHZHUHDERXWHQJLQHHUVDOOIRUHLJQHUVDJHQWV
IRU6LGSODVW/D6HLJQHXULHDQG7HFKQDO7RGD\ZHVSHFLDOLVH
in interior design and key-in-hand projects, essentially for ofÀFHVDQGZHHPSOR\DERXWSHRSOHDUFKLWHFWVGHVLJQHUV
and project managers,” she says.
,Q'HURPHGL·VRSLQLRQEHLQJDZRPDQSRVHVQRSUREOHPLQ
WKLVOLQHRIZRUN´0HQDUHDELWUHWLFHQWZLWKXVDWWKHEHJLQQLQJEXWDVVRRQDVWKH\UHDOLVHWKDWZHNQRZZKDWZHDUH
talking about they feel reassured. It can even be an advantage and I get proper respect even in Muslim or Confucian
$VLDQFRXQWULHV,ZRXOGJRDVIDUDVVD\LQJWKHUHLVPRUHUHWLFHQFHWRZDUGVZRUNLQJZLWKZRPHQDPRQJWKH)UHQFK,·YH
VHHQDORWRIVWURQJZRPHQLQ$VLDSDUWLFXODUO\LQWKH&KLQHVH
:RPHQ·V$VVRFLDWLRQRIZKLFK,DPDPHPEHU,Q6LQJDSRUH
ZRPHQRFFXS\SOHQW\RILPSRUWDQWEXVLQHVVSRVLWLRQVZKLFK
LVSDUWO\GXHWRWKHIDFWWKDWPHQGRPRUHWKDQWZR\HDUVRI
PLOLWDU\VHUYLFHIROORZHGE\UHJXODUUHSHDWVWLQWVµVKHVD\V
Culture as a sales pitch
$QRWKHU ÀHOG LQ ZKLFK 'HURPHGL H[HUFLVHV KHU HQWHUSULVLQJ
DELOLW\LVFXOWXUHZLWKWKH(QFRUH(XURSHDQ6HDVRQFUHDWHG
in 2008 by former French ambassador to Singapore Pierre
Bulher. “I have to convince European entrepreneurs and
ambassadors that pushing European culture is a promotional tool for companies and for Europe in general.
2UJDQLVLQJFXOWXUDOHYHQWVWRJHWKHUDOORZVXVWRIRUPDFOXE
RI SHRSOH ZKR VKDUH WKH VDPH YDOXHV DQG ZKR WKHUHIRUH
ZDQWWRZRUNWRJHWKHUµVKHVD\V7KH6LQJDSRUHDQJRYHUQPHQW VXSSRUWV WKLV LQLWLDWLYH ZKLFK DOVR ERRVWV 6LQJDSRUH·V
FXOWXUDO LPDJH 6LQJDSRUHDQV ZKR FDQ·W WUDYHO WR (XURSH
can discover in Singapore the best Polish music, the great
,WDOLDQRSHUDVLQJHUV3DULVLDQKDXWHFRXWXUHDQGWKHZRUNVRI
WKHJUHDWLPSUHVVLRQLVWSDLQWHUV6LQJDSRUHZHOOXQGHUVWDQGV
WKDWIURPDEURDGSRLQWRIYLHZFXOWXUHFKDQJHGWKHZD\
6LQJDSRUHLVUHJDUGHGE\WKHUHVWRIWKHZRUOG)XUWKHUPRUH
(XURSHFDQXVHFXOWXUHDVDZD\WRVXSSRUWFKDULWDEOHDFtivities that can raise funds for medical equipment or sustain
research.
Humanitarianism in East Timor
+XPDQLWDULDQLVPLVDQRWKHUDUHDLQZKLFK'HURPHGLLVZRUNLQJ IRU ZKDW VKH EHOLHYHV LQ´, ZDV OXFN\ HQRXJK WR JHW WR
NQRZ WKH 0RQDFR UR\DO IDPLO\ WKURXJK P\ IDWKHU DQG ,
agreed to represent Prince Albert II’s humanitarian and ecoORJLFDO IRXQGDWLRQ LQ 6LQJDSRUH $PRQJ RWKHU WKLQJV ZH
chose to help the population of East Timor, a small island
WZRDQGDKDOIKRXUV·ÁLJKWIURP6LQJDSRUHWKDWZDVIRUPHUO\
SDUWRI,QGRQHVLDDQGLVQRZLQGHSHQGHQW,ZHQWWKHUHIRU
WKHÀUVWWLPHLQDQGZDVLPPHGLDWHO\VWUXFNE\WKHH[WUHPHSRYHUW\RIWKHSHRSOHWKHUH,IRXQGSHRSOHZKRKDG
QRWKLQJ QR HOHFWULFLW\ QR GULQNLQJ ZDWHU QR ZD\ RI IHHGing themselves properly, suffering from tuberculosis, leprosy,
FKLOGUHQDJHGIRXUZKRORRNHGOLNHWKH\ZHUHMXVWRQH\HDU
ROGµVKHVD\V´,GHFLGHGWRÀJKWIRUWKHP:LWKWKHKHOSRI
the religious establishment – there are a lot of church people there because the island is mostly Catholic – the Prince
$OEHUW,,RI0RQDFR)RXQGDWLRQLVEXLOGLQJPDWHUQLW\ZDUGV
DQGÀQDQFLQJHQJLQHHUVZKRDUHOHDUQLQJWRPDNHWHUUDFHG
SODQWDWLRQVDQGFUHDWHEDVLQVIRUÀVKIDUPLQJDQGFDQDOVWR
WUDQVSRUWGULQNLQJZDWHUµVKHVD\V
$WWKHHQGRIWKHGD\ZKDWDOO'HURPHGL·VHQWHUSULVHVKDYH
LQFRPPRQLVKHUFRXUDJHWRJRIRUVRPHWKLQJZKHQHYHU\RQHDURXQGKHULVVD\LQJLWFDQ·WEHGRQH´:KHQ\RXDUH
FRQYLQFHG \RX KDYH WR WHOO \RXUVHOI WKDW \RX ZLOO ZLQ DQG
KDYHWKHFRXUDJHWRJRIRULWEHIRUHHYHQNQRZLQJKRZ\RX
O
ZLOOGRLWµVKHVD\V
143
Dominique Eluere
© A. G.
Citadel
CITADEL
Cambodge
Forge et coutellerie
Créée en 2001
Kalm­]§H`fgeH]f`$
60 salariés.
Handcrafted knives and blades
Founded in 2001
:Yk]\afH`fgeH]f`$;YeZg\aY
Number of staff: 60.
144
Les forgerons de Citadel, qu’ils soient Français ou Cham,
sont des as de la lame : du canif de randonnée à l’arme
japonaise (NDWDQDZDNLVDVKLWDQWRDLNXFKLNDLNHQRXVKLrasaya) en passant par des couteaux de chasse scandinaves ou tibétains, toutes les armes blanches fabriquées
dans l’atelier de Citadel à Phnom Penh sont travaillées à
OD PDLQ DYHF XQ QLYHDX GH ÀQLWLRQ UHPDUTXDEOH 4XDQW
aux prix, ils restent raisonnables, compte tenu du travail engagé. De quoi faire rêver les férus d’arts martiaux ou de
découpe en cuisine.
L’aventure a commencé il y a dix ans sous la direction de
Dominique Eluere, forgeron et amateur de couteaux, venu
s’installer à Phnom Penh après vingt ans d’Asie. Il fait avec
deux amis le pari un peu fou de fabriquer des sabres nippons dignes des maître-artisans japonais. « Quand j’ai commencé, je n’avais aucune idée de ce qu’était un katana
(sabre japonais). Heureusement ! Sinon, je n’aurais jamais
osé me lancer. ». Aujourd’hui il fournit de nombreux dojos
européens et américains et ses katanas sont utilisés dans
les compétitions de tameshigiri (coupe rituelle japonaise).
« Au Japon, nous sommes reconnus, mais le marché est fermé. Il reste quelques grands maîtres dont les sabres hors de
prix demandent trois ou quatre ans d’attente. Les Chinois
inondent le marché de produits d’une qualité mauvaise ou
médiocre et nous, nous satisfaisons une demande intermédiaire. ».
Dans les ateliers de Citadel, installés non loin de l’aéroport
— et que l’on peut visiter —, impossible de ne pas tomber
VRXV OH FKDUPH GH FHV DUPHV G·XQH JUDQGH ÀQHVVH IDEriquées sous la direction de Christophe par une équipe
d’artisans chams, une minorité musulmane composée
traditionnellement de pêcheurs, de forgerons ou de bou-
chers. Les outils et les machines sont extrêmement simples,
voire archaïques. Et pourtant à l’arrivée, ces lames uniques
— chacune est fabriquée par un artisan —, nées de la rencontre du perfectionnisme japonais, du travail cham et de
ODSDVVLRQGHGHX[)UDQoDLVVRQWEHOOHVjFRXSHUOHVRXIÁH
Martelées, découpées, chauffées, limées, polies, avec des
manches réalisés à partir de matériaux triés sur le volet (galuchat — peau de raie — du Golfe de Thaïlande, jacquier
GH0DODLVLHSDOLVVDQGUHGX&DPERGJHFRUQHGHEXIÁHGX
Vietnam) et des fourreaux parfaitement adaptés à chaque
lame, elles deviennent des objets d’art ou de haut artisanat, uniques.
« Nous travaillons uniquement à partir d’aciers européens,
français (Bonpertuis, Savoie), ou autrichien (Bolher), car
nous avons besoin, pour un bon traitement thermique, de
connaître exactement la composition de l’acier », explique Dominique Eluère pour qui la qualité prime. Pour faire
un sabre, il faut de trois à cinq semaines. Le polissage à la
main d’un sabre japonais demande de quatre à six jours,
avec des papiers de verre ou des pierres de quatre grains
différents. Tout commence par le dessin d’un gabarit que
O·RQ GpFRXSH GDQV XQ DFLHU WUqV ÀQ /HV IRUJHURQV FKDPV
vont alors marteler une barre épaisse chauffée au rouge
dans une forge alimentée au charbon de bois. La barre est
aplatie et élargie pour l’amener au gabarit, comme cela
se faisait encore en Europe, il y a une centaine d’années.
« Pour le contrôle de la température, nul besoin de therPRPqWUHQXPpULTXH1RXVQRXVÀRQVjODFRXOHXUªH[SOLque Christophe.
La deuxième étape consiste à donner la forme exacte souhaitée à la lame. L’ouvrier en charge de l’arme de A à Z,
GpFRXSH OD ODPH j OD WDLOOH ÀQDOH HW OD OLPH GH PDQLqUH
rectiligne de chaque côté pour en amorcer le tranchant.
Celle-ci est ensuite trempée, c’est-à-dire chauffée à 800
GHJUpVSXLVUHIURLGLHEUXWDOHPHQWGDQVXQEDLQG·KXLOHDÀQ
GH PRGLÀHU OD VWUXFWXUH FULVWDOOLQH GH O·DFLHU SXLV GH ÀJHU
FHWWHPRGLÀFDWLRQ3RXUpYLWHUTXHODODPHGHYLHQQHGXUH
et cassante — ce qui serait préjudiciable pour un sabre de
combat — la lame est ensuite portée à 250 degrés pour la
déstresser à petite température. Elle devient alors un peu
PRLQV GXUH PDLV EHDXFRXS SOXV ÁH[LEOH $YDQW OD WUHPpe traditionnelle les lames sont entourées d’une gangue
d’argile du Mékong mêlée à de la poudre de charbon et
de la limaille d’acier, un mélange réfractaire, qui en laissant
à l’air libre le tranchant permet une trempe différenciée.
8QHIRLVOHVODPHVSUrWHVHOOHVVRQWFRQÀpHVjXQRXYULHUTXL
les polit longuement, puis les monte. Là encore un travail
d’artisanat extrêmement habile et entièrement à la main,
Il reste au Japon
jn^ejn^l`kZg]lfZ´mk^l
]hgme^llZ[k^lahkl
de prix demandent trois
hnjnZmk^Zgl]Zmm^gm^'
Les Chinois inondent
e^fZk\a®]^ikh]nbml
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^mghnl%ghnllZmbl_Zblhgl
une demande
bgm^kf®]bZbk^'
”
145
C
© DR
© DR
© DR
itadel’s blacksmiths, be they French or Cambodian, are masterful forgers of blades and
make anything from penknives to Scandinavian or Tibetan hunting knives and Japanese
VZRUGV NDWDQD ZDNLVDVKL WDQWR DLNXFKL
NDLNHQRUVKLUDVD\D$OOWKHEODGHGZHDSRQV
FUHDWHGLQWKH3KQRP3HQKZRUNVKRSDUHKDQGPDGHWRD
remarkable degree of precision. Prices are reasonable given
WKHDPRXQWRIZRUNLQYROYHGDQGWKHÀQDOSURGXFWVDUHWKH
stuff of dreams for martial arts fans and ardent kitchen choppers.
The adventure began 10 years ago under the guidance of
'RPLQLTXH (OXqUH D EODFNVPLWK DQG NQLIH HQWKXVLDVW ZKR
had moved to Phnom Penh after 20 years in Asia. He made
WKHVRPHZKDWFUD]\EHWZLWKWZRIULHQGVWKDWKHFRXOGPDNH
-DSDQHVH VZRUGV ZRUWK\ RI WKH -DSDQHVH PDVWHUV WKHPselves.
´:KHQ , VWDUWHG , KDG QR LGHD ZKDW D NDWDQD -DSDQHVH
VZRUGZDV7KDWZDVDFWXDOO\OXFN\RWKHUZLVH,ZRXOGQHYHU
have dared to start out!” he said.
Today, he supplies numerous European and American dojos
and his katanas are used in tameshigiri (Japanese ritual cutting) competitions.
´:HDUHZHOONQRZQLQ-DSDQEXWWKHPDUNHWLVFORVHG7KHUH
DUH VWLOO D IHZ JUHDW PDVWHUV ZKRVH SULFHOHVV VZRUGV WDNH
WKUHH RU IRXU \HDUV WR PDNH 7KH &KLQHVH DUH ÁRRGLQJ WKH
PDUNHWZLWKPHGLRFUHTXDOLW\SURGXFWVDQGZHDUHVDWLVI\LQJ
WKHGHPDQGLQEHWZHHQµKHVD\V
&LWDGHO·V ZRUNVKRSV QHDU WKH DLUSRUW FDQ EH YLVLWHG DQG
upon entry therein it’s impossible not to fall under the spell
RIWKHÀQHZHDSRQVPDGHXQGHU&KULVWRSKH·VJXLGDQFHE\
En haut : détail d’un couteau avec son fourreau. Chaque couteau est DWHDPRIDUWLVDQVIURPWKH0XVOLP&KDPPLQRULW\ZKRDUH
WUDGLWLRQDOO\ÀVKHUPHQEODFNVPLWKVRUEXWFKHUV7KHWRROVDQG
unique et entièrement réalisé à la main. Au-dessus : artisans de l’ethnie
Cham dans l’atelier. Top: a knife and its sheath. Each knife is unique and the machines used are very simple, even archaic.
completely hand crafted. Above: a Cham craftsman in the workshop.
$QG\HWWKHÀUVWVLJKWRIWKHVHXQLTXHEODGHV²HDFKPDGH
E\DQDUWLVDQDQGERUQRIWKHHQFRXQWHUEHWZHHQ-DSDQHVH
permet de fabriquer des manches dans tous les matériaux perfectionism, Cham craftsmanship and French passion – is
SRVVLEOHVGXFXLUjODFRUQHGHEXIÁHGXERLVSUpFLHX[DX HQRXJKWRWDNH\RXUEUHDWKDZD\+DPPHUHGLQWRVKDSH
bambou, en passant par la peau de raie (galuchat) laquée FXW KHDWHG ÀOHG GRZQ DQG SROLVKHG ZLWK KDQGOHV PDGH
et polie, gainée de cuir ou de soie. Un régal pour les yeux, from handpicked materials (the skin of stingrays from the
*XOIRI7KDLODQG0DOD\VLDQMDFNIUXLW&DPERGLDQURVHZRRG
mais aussi au toucher.
'RPLQLTXH(OXqUHHVWÀHUGHVRQHQWUHSULVHQRQVHXOHPHQW the horns of Vietnamese buffalo) and sheaths perfectly
pour la qualité de ce qu’elle fabrique mais parce que, dit- adapted to each blade, they are objects of art and high
il, « elle permet d’offrir a nos ouvriers cambodgiens, Chams FUDIWVPDQVKLS´:H RQO\ XVH (XURSHDQ VWHHO HLWKHU )UHQFK
ou Khmers, la possibilité de devenir d’excellents profession- (Bonpertuis, Savoie) or Austrian (Bolher), because in order to
nels et de vivre de leur travail, dans leur pays, de façon JHWWKHWKHUPDOWUHDWPHQWULJKWZHQHHGWRNQRZWKHH[DFW
SOXV TX·KRQRUDEOH HQ pWDQW j MXVWH WLWUH ÀHUV GH OHXUV FRPSRVLWLRQRIWKHVWHHOµH[SODLQV(OXqUHZKRVHSULPHFRQcern is quality.
réalisations. » O
146
,W WDNHV EHWZHHQ WKUHH DQG ÀYH ZHHNV WR PDNH D VZRUG
+DQGSROLVKLQJD-DSDQHVHVZRUGWDNHVEHWZHHQIRXUDQG
six days using sandpaper or stones of four different measures
RIFRDUVHQHVV7KHSURFHVVEHJLQVZLWKWKHGUDZLQJRIDWHPplate that is then cut out in thin steel. The Cham blacksmiths
EHDWDWKLFNEDUKHDWHGXQWLOLWLVUHGKRWLQDFKDUFRDOÀUHG
IRUJH7KHEDULVÁDWWHQHGDQGHQODUJHGWRPDWFKWKHWHPplate, the same method used in Europe a hundred years
ago.
´:HGRQ·WQHHGDGLJLWDOWKHUPRPHWHUWRFRQWUROWKHWHPSHUDWXUHZHFDQWHOOIURPWKHFRORXUµVD\V&KULVWRSKH
The second stage is to shape the blade into the exact form
UHTXLUHG7KHFUDIWVPDQZKRLVLQFKDUJHRIWKHEODGHIURP
EHJLQQLQJWRHQGFXWVLWWRWKHULJKWVL]HDQGÀOHVLWLQDVWUDLJKW
OLQHRQERWKVLGHVWRPDNHLWVKDUS,WLVWKHQVRDNHGZKLFK
PHDQV LW LV ÀUVW KHDWHG WR GHJUHHV DQG WKHQ EUXWDOO\
FRROHGLQDQRLOEDWKLQRUGHUWRPRGLI\DQGÀ[WKHFU\VWDOOLQH
structure. To make sure the blade doesn’t become hard and
EULWWOH²GHWULPHQWDOIRUDFRPEDWVZRUG²WKHEODGHLVWKHQ
KHDWHGWRGHJUHHVDQGVORZO\FRROHGWKHUHE\UHQGHULQJLWDOLWWOHOHVVKDUGEXWPXFKPRUHÁH[LEOH%HIRUHWKHWUDGLWLRQDOVRDNLQJWKHEODGHVDUHFRDWHGZLWKPXGG\0HNRQJ
FOD\PL[HGZLWKFRDOGXVWDQGVWHHOÀOLQJVDUHVLVWDQWPL[WXUH
that affords a differentiated soaking effect by leaving the
cutting edge exposed.
2QFHWKHZHDSRQVDUHUHDG\WKH\DUHKDQGHGRYHUWRD
ZRUNHU ZKR SROLVKHV WKHP DW OHQJWK DQG WKHQ DVVHPEOHV
WKHP+HUHWRRGHOLFDWHKDQGFUDIWVPDQVKLSDOORZVIRUKDQdles to be made from any material, from leather to buffalo
KRUQ IURP SUHFLRXV ZRRG WR EDPERR RU HYHQ ODFTXHUHG
and polished stingray skin, sheathed in leather or silk. A pleasure to gaze upon and to touch.
Eluère is proud of his company not just because of the quality of its products but also because: “It affords our CamboGLDQ ZRUNHUV ZKHWKHU &KDP RU .KPHU WKH RSSRUWXQLW\ WR
EHFRPH JUHDW SURIHVVLRQDOV DQG WR OLYH IURP WKHLU ZRUN LQ
WKHLURZQFRXQWU\LQDQKRQRXUDEOHPDQQHUDQGWREHULJKWO\
SURXGRIZKDWWKH\PDNHµO
Ma^k^Zk^lmbeeZ_^p
`k^ZmfZlm^klpahl^
ikb\^e^lllphk]lmZd^
three or four years
mhfZd^'Ma^<abg^l^Zk^
Ühh]bg`ma^fZkd^m
pbmaf^]bh\k^jnZebmr
ikh]n\mlZg]p^Zk^
lZmbl_rbg`ma^]^fZg]
bg[^mp^^g'
”
147
Pourquoi l’ASEAN1
L’ASEAN constitue « la troisième force » du développement asiatique. A l’horizon
2020, son PIB consolidé devrait atteindre 4 400 milliards USD et représenter plus
de 4 % du PIB mondial. Il pourrait dépasser nettement celui de la France (3170),
et se raprocher du niveau indien (5 127) pour constituer la troisième force de
développement asiatique derrière la Chine (15 000) — voir tableaux. En son sein,
le poids lourd de la zone sera l’Indonésie (1967), loin devant la Thaïlande (673),
les Philippines (479), la Malaisie (452), Singapour (423) et le Vietnam (263)…
Cette région de 590 millions d’habitants connaîtra une progression
démographique forte. D’ici 2020, la population en âge de travailler augmentera de près de 50 millions, soit davantage que la Chine en valeur absolue, alors
que son taux moyen d’urbanisation est nettement inférieur à celui de la Chine
(42% contre 47%).
Une économie complémentaire de l’économie française
Avec une croissance moyenne de l’ordre de 5% par an, une gestion macropFRQRPLTXHSUXGHQWHO·$6($1EpQpÀFLHG·XQHIRUWHRXYHUWXUHVXUOHPRQGHHW
d’excédents structurels de balance des paiements.
L’enjeu pour l’économie et les entreprises françaises est toutefois différent de
ce qu’il est en Chine ou en Inde. L’ASEAN n’est pas un « concurrent global ».
Elle est plutôt complémentaire de l’économie française, avec des avantages
comparatifs forts dans l’énergie, les matières premières et certaines spécialisations agro-alimentaires, et de très larges besoins en infrastructures urbaines, de
transport et d’énergie. En témoigne un niveau d’exportations françaises vers la
région qui est comparable aux performances en Chine et un commerce bilaWpUDOSURFKHGHO·pTXLOLEUHTXLWUDQFKHDYHFOHVGpÀFLWVHQUHJLVWUpVDYHFOHUHVWH
GHO·$VLH(QWpPRLJQHpJDOHPHQWXQQLYHDXG·LQYHVWLVVHPHQWWUqVVLJQLÀFDWLIGHV
entreprises, qui reste supérieur à celui atteint sur le marché chinois.
8QHUpJLRQGLYHUVLÀpH
Dans son ensemble, l’ASEAN reste plus rurale que le reste du monde, avec de
fortes disparités entre Singapour, urbanisée à 100% et un Cambodge qui reste
très rural (19,7%). Le niveau de richesse aussi est très disparate. On passe de
la grande richesse à Singapour (44 117 USD/habitant) à la grande pauvreté
au Cambodge, en Birmanie et au Laos. Entre ces deux extrêmes, le niveau de
développement varie du simple ou double entre la Malaisie (8 423), la Thaïlande (4 992) et l’Indonésie (2 974).
La taille des marchés est aussi très différenciée, avec un pays leader l’Indonésie,
qui, avec un PIB de 706,8 Mds USD, représente à lui seul près de 40% du PIB
régional, la Thaïlande comme second marché (un peu plus de 319 Md$ en
2010), trois pays de dimension économique comparable (Malaisie, Philippines,
1. Ecrit en collaboration avec le Service Economique Régional de Singapour
148
Singapour1
République
;YhalYd]2Kaf_Yhgmj%Kmh]jÚ[a]/)($+ce2
Population: 5,2 millions, dont 3,2 millions de citoyens
et 541 000 résidents permanents
DYf_m]g^Ú[a]dd]2Yf_dYak$eYf\Yjaf$eYdYak$lYegmd
Monnaie : dollar singapourien
J]da_agfk2Zgm\\`akl] ,*$-!$emkmdeYfk ),$1!$
lY¸akl]k 0$-!
Espérance de vie : 81,4 ans,
Indice de fécondité (2009) : 1,22
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((1!21.$+
LYmp\mjZYfakYlagf2)((
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2007) : n.c
PIB (Mds USD) : 222,7
PIB/Habitant : 44 117 USD
Exportations (Mds USD) : 352,1
Importations (Mds USD) : 311
Birmanie/Myanmar
Union fédérale
;YhalYd]2FYqhqa\Yo%Kmh]jÚ[a]./.-/1ce2
Population (millions) : 54,4
DYf_m]g^Ú[a]dd]2ZajeYf%EgffYa]2cqYl
J]da_agfk2Zgm\\`akl] 01$,!$[`j­la]fk -!$
musulmans (3,9%)
Espérance de vie : 63,3 ans
Indice de fécondité (2008) : 1,89
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((0!21,$)
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2++
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2007) : 32,7%
PIB (Mds USD, 2009) : 38,5
PIB/Habitant : 700 USD
Importations (MDS USD, 2009) : 3,5
Exportations (MDS USD, 2009) : 6,5
Vietnam
République socialiste
;YhalYd][email protected]%Kmh]jÚ[a]++)*)(ce2
Population (millions) : 88,3
DYf_m]g^Ú[a]dd]2na]lfYea]f%EgffYa]2\gf_
J]da_agfk2Zgm\\`akl] -(!$[`j­la]fk 0§)(!$
`gY`gY ,!$[Yg\Yakl]k +!
Espérance de vie : 74,9 ans, Indice de fécondité (2009) : 2,03
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((1!21,
LYmp\mjZYfakYlagf *((1!2*1$.
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2007) : 14,7%
PIB (Mds USD) : 103,6
PIB/Habitant : 1174 USD
Exportations (Mds USD) : 72,2
Importations (Mds USD) : 83,8
L’Asie du Sud-est
Singapour, tous trois proches de 200Md$ de PIB), en sixième position le Vietnam,
dont le PIB vient de dépasser 100 Md$. Les 4 autres pays de l’organisation (Brunei, Laos, Cambodge, Birmanie/Myanmar)ont une dimension beaucoup plus
modeste.
L’ASEAN connaît une dynamique de croissance hétérogène et l’intégration des
marchés est très loin d’être optimale.
La zone dispose d’un nombre limité de champions nationaux et — différence
majeure avec la Chine ou l’Inde — ne se trouve pas en mesure de concurrencer les grands acteurs internationaux dans de nombreux domaines. Les IDE
(investissements directs étrangers) représentent dans une majorité de pays (à
l’exception de l’Indonésie) une part très importante de la valeur ajoutée industrielle et des exportations. Le potentiel d’innovation des entreprises régionales
est restreint et les marchés de l’ASEAN constituent fondamentalement un terrain d’affrontement des multinationales asiatiques et occidentales. L’ASEAN
est ouverte sur le monde, et privilégie l’intégration internationale. Les obstacles
149
Cambodge
EgfYj[`a][gfklalmlagff]dd]
;YhalYd]2H`fgeH]f`%Kmh]jÚ[a])0)(+-ce2
Population (millions) : 14,5
DYf_m]g^Ú[a]dd]2c`e]j%EgffYa]2ja]d
J]da_agfk2Zgm\\`akl] 1.$,!$emkmdeYfk *$)!
Espérance de vie : 62,1 ans
Indice de fécondité (2008) : 3,04
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((,!2/+$.
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2)1$/
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2004) : 35%
PIB (Mds USD, 2010) : 106,5
PIB/Habitant (2010) : 710 USD
Exportations (Mds USD, 2010) : 4,05
Importations (Mds USD, 2010) : 6,44
Projection du PIB nominal par pays en 2020 (Mds USD)
24 778
22 087
15 010
5 127
4 401
3 170
Laos
EgfYj[`a]^­\­jYd]
Capitale : Vientiane
Kmh]jÚ[a]*+.0((ce2
Population (millions) : 6,5
DYf_m]g^Ú[a]dd]2dYg%EgffYa]2cah
J]da_agfk2Zgm\\`akl]k ./![`j­la]fk )$-!
Espérance de vie : 62 ans
Indice de fécondité (est. 2010) : 3,22
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((-!2/+
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2+)
Taux de population sous le seuil de pauvreté (est.2009) : 26%
PIB (Mds USD, 2009): 238
PIB/Habitant (2009): 8 134 USD
Exportations (Mds USD, 2009) : 198
Importations (Mds USD, 2009) : 156
Malaisie
EgfYj[`a]^­\­jYd]
;YhalYd]2CmYdYDmehmj%Kmh]jÚ[a]+*10,/ce2
Population (millions): 28,3
DYf_m]g^Ú[a]dd]2eYdYaka]f%EgffYa]2jaf__al
J]da_agfk2emkmdeYfk .($,!$Zgm\\`akl]k )1$*!$
[`j­la]fk 13)!
Espérance de vie : 73,3 ans
Indice de fécondité (2008) : 2,95
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*(((!200$/
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2/(
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2002) : 5,1%
PIB (Mds USD) : 238
PIB/Habitant : 8 423 USD
Exportations (Mds USD) : 198,9
Importations (Mds USD) : 164,7
150
ASEAN
;`af]
France
Inde
Union Européenne
USA
Sources : FMI, calculs et projection SER de Singapour.
directs aux échanges sont dans l’ensemble moins élevés qu’en Chine ou en
Inde, même si les problèmes d’accès au marché restent nombreux.
8QFRPPHUFHpTXLOLEUpHWGHVLQYHVWLVVHPHQWVVLJQLÀFDWLIVDYHFOD)UDQFH
Le commerce bilatéral entre la France et l’ASEAN s’est progressivement équilibré au cours de la dernière décennie.
/HVLQYHVWLVVHPHQWVIUDQoDLVGDQVODUpJLRQVRQWVLJQLÀFDWLIVHWHQFURLVVDQFHFRQtinue. L’implantation dans la zone est très souvent une condition indispensable du
succès. Selon les statistiques de la Banque de France, le stock d’investissements
cumulés des entreprises françaises au sein de l’ASEAN représentait 9 586 millions
G·HXURVÀQTXLVHFRPSDUHQWDX[PLOOLRQVG·HXURVHWDX[PLOlions d’euros investis respectivement en Chine et en Inde. Les entreprises implantées dans l’ASEAN seraient au nombre de 1420 (à comparer aux 2 000 implantations en Chine) et emploieraient un peu plus de 200 000 personnes (contre 250 à
300 000 en Chine). La dynamique de ces investissements reste forte, en particulier à Singapour, en Indonésie, en Malaisie et au Vietnam.
De gros projets d’infrastructures
Les indications recueillies auprès des entreprises montrent que dans la compétition avec la Chine comme base d’implantation, cette dernière reste incontournable par la taille et la dynamique de son marché, comme par la qualité de
ses infrastructures, mais n’est plus caractérisée par la compétitivité de ses coûts
salariaux, même vis-à-vis de pays à revenus intermédiaires comme la Thaïlande
ou la Malaisie. Les avantages comparatifs de l’ASEAN sont assez complémentaires des nôtres. Les besoins de la région sont gigantesques en infrastructures
pour l’énergie, les services urbains et les transports. Ils sont estimés par la Banque
Philippines
République présidentielle
;YhalYd]2EYfadd]%Kmh]jÚ[a]2*11/.,ce2, 7 107 îles
\gflhj®k\mla]jkfgflhYk\]fge
Population: 94 millions
DYf_m]g^Ú[a]dd]2Údahafg]lYf_dYak%EgffYa]2h]kg
J]da_agfk2[Yl`gdaim]k 0($1!$hjgl]klYflk ))$-!$
musulmans (5%)
=kh­jYf[]\]na]2/)Yfk ^]ee]k!$..Yfk `gee]k!
Indice de fécondité (2010) : 3,18
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((+!21+$,
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2.-
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2006) : 32,9%
PIB (Mds USD) : 199,6
PIB/Habitant : 2 123 USD
Exportations (Mds USD) : 51,4
Importations (Mds USD) : 54,9
1 967
Cambodge
6
Indonésie
Laos
Malaisie
Myanmar
2010
H`adahhaf]k
Singapour
L`Y´dYf\]
263
106,5
319
423
218
189
82
36
16,5
238
452
479
673
707
Brunei
11
29
Indonésie
République présidentielle
;YhalYd]2BYcYjlY%Kmh]jÚ[a]2)1(,-.1ce2
Population (millions) : 237,6
DYf_m]g^Ú[a]dd]2af\gf­ka]f%EgffYa]2jgmha]af\gf­ka]ff]
Religions : musulmans (86,1%), protestants (5,7%),
[Yl`gdaim]k +!$`af\gmakl]k )$0!$Zgm\\`akl]k )!
Espérance de vie : 71 ans
Indice de fécondité (est.2010) : 2,28
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*((,!2/+$.
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2-*
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2006) : 10%
PIB (Mds USD) : 706,8
PIB/Habitant : 2 974 USD
Exportations (Mds USD) : 157,8
Importations (Mds USD) : 135,7
Projection du PIB nominal par pays en 2020 (Mds USD)
12
20
Thaïlande
EgfYj[`a][gfklalmlagff]dd]
;YhalYd]2:Yf_cgc%Kmh]jÚ[a]2-))*)(ce2
Population (millions) : 63,9
DYf_m]g^Ú[a]dd]2l`Y´%EgffYa]2ZY`l
J]da_agfk2Zgm\\`akl] 1,$.!$emkmdeYfk ,$.!$
[`j­la]fk ($/!
Espérance de vie : 69,6 ans
Indice de fécondité (2008) : 1,65
LYmp\Ydh`YZ­lakYlagf #)-Yfk$*(((!21+$1
LYmp\mjZYfakYlagf *((0!2++
Taux de population sous le seuil de pauvreté (2004) : 10%
PIB (Mds USD) : 318,9
PIB/Habitant : 4 992 USD
Exportations (Mds USD) : 195,3
Importations (Mds USD) : 184,5
Vietnam
2020
Sources : FMI, calculs et projection SER de Singapour.
Asiatique de Développement à 1 150 Mds USD sur la période 2010-2020, dont
70% sont liés aux projets de l’Indonésie, de la Malaisie et de la Thaïlande. Ils
correspondent aux avantages comparatifs de la France en aéronautique
et spatial, en production et distribution d’énergie, en matériels de transports
terrestres dans un environnement compétitif moins biaisé par le poids des champions nationaux qu’en Chine ou en Inde.
Un marché de consommateurs en fort développement
La montée en puissance du consommateur et du tourisme constitue également un enjeu important. La part de la consommation dans le PIB est déjà
sensiblement plus importante dans l’ASEAN qu’en Chine. Située en moyenne
à près de 60% du PIB (contre 35% en Chine), elle atteint même un niveau relatif
comparable à celui des Etats-Unis dans un pays aussi pauvre que le Vietnam.
S’y ajoute, à travers le tourisme, la présence des consommateurs asiatiques —
Chinois à Singapour par exemple — qui accroît d’autant les perspectives de
développement d’une consommation de type occidental et les besoins en
infrastructures touristiques de qualité. Face à ces besoins, la France dispose
dans plusieurs pays (Vietnam, Laos, Cambodge, Thaïlande, Singapour) d’une
diaspora binationale très active et/ou d’une population d’entrepreneurs individuels capables de compléter l’action des grandes entreprises par une grande
GLYHUVLWpG·LQLWLDWLYHVTXLEpQpÀFLHQWjO·LPDJHGHOD)UDQFH
1 Source : IRASEC (in l’Asie du Sud-est 2011) sauf pour PIB, PIB/habitant, exportations, importations de l’ Indonésie, Malaisie,
Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam. Source : Service économique régional de Singapour (chiffres 2010)
151
SOMMAIRE
Préface par Anne Garrigue
Avant-propos d’Arnaud Vaissié
Pascal Rey-Herme
Eric Merlin
Marc Steinmeyer
Pascal Petitjean
Ravansith Thammarangsy
Philippe Lubrano
Louis-Paul Heussaff
Bruno Hasson
Olivier Jeandel
Julien Arnaud
Anne-Charlotte et Noé Saglio
Jacques Rostaing
Mirjana Malignon
Soreasmey Ke Bin
David Picard
Alain Daout
Christophe Forsinetti
Didier Del Corso
Philippe Augier
Jean-Pierre Malgouyres
152
p. 4-5
p. 6-12
p. 15-19
p. 20-24
p. 24-27
p. 28-30
p. 31-34
p. 34-37
p. 38-42
p. 42-45
p. 46-48
p. 48-50
p. 51-54
p. 54-57
p. 58-60
p. 60-62
p. 63-66
p. 66-68
p. 69-72
p. 73-75
p. 76-78
p. 79-83
Francis Chagnaud
Bruno Dubigeon
Nathalie Arbefeuille
Robert Bougrain-Dubourg
Ted Perrein
Jean-Marie Pithon
Arnaud Darc
Paul Dumont
Jean-Michel Fraisse
Alain Dambron
Doan Viet Dai Tu
Jacques Pickering
Lionel Roy
Cyril Rocke
Christine Grosso
Aurélien Rouvreau
John Paul
François Greck
Didier Millet
Jacky Deromedi
Domnique Eluere
Pourquoi l’ASEAN
p. 84-87
p. 88-91
p. 92-94
p. 95-97
p. 98-100
p. 100-103
p. 104-106
p. 106-108
p. 109-111
p. 112-114
p. 114-117
p. 118-120
p. 120-122
p. 123-125
p. 126-129
p. 130-132
p. 132-134
p. 135-137
p. 138-140
p. 140-143
p. 144-147
p. 148-151
Conception et écriture: Anne Garrigue
Basée à Singapour. Journaliste écrivain, Anne Garrigue a vécu et travaillé en Asie pendant
17 ans (Japon, Corée du Sud, Chine, Singapour), à partir de 1985. Elle est l’auteur de cinq
livres sur l’Asie (Japonaises, la révolution douce ; Asie, les nouvelles règles du jeu ; Japon, la
ÀQG·XQHpFRQRPLHO·$VLHHQQRXV'HSLHUUHHWG·HQFUH&KLQHDXSD\VGHVPDUFKDQGV
lettrés). Elle a été rédactrice en chef de Connexions, le magazine bilingue de la Chambre
de Commerce et d’Industrie française en Chine, de 2006 à 2010.
Recherche de sponsor et diffusion : Laurence Azzéna-Gougeon
Basée à Singapour depuis un an, après six années à Londres, où elle a travaillé au sein de
la Chambre de Commerce franco-britannique, en charge du membership et des relations
publiques, Laurence Azzéna-Gougeon a été élue Conseiller à l’Assemblée des Français de
l’étranger de 2006 à 2010. Elle est engagée depuis longtemps pour que soit reconnu le rôle la
diaspora économique française à l’étranger.
Traduction : Bridget Rooth
Basée à Pékin, francophone depuis l’âge de cinq ans, la britannique Bridget Rooth a créé en
2008 English Trackers, une société qui fournit des traductions et de l’édition de qualité pour
des clients dont l’anglais est une seconde langue. En Chine, elle travaille régulièrement pour
des compagnies françaises. Sur ce projet, elle a traduit avec le journaliste britannique Tom
Spender.
Conception graphique et réalisation : Sophie Lavergne
Basée à Lille, Sophie Lavergne a vécu cinq ans à Pékin où elle a dirigé le magazine de la
Chambre de Commerce de d’Industrie Française en Chine, Connexions, avec Anne Garrigue.
Auparavant, à Paris, elle a travaillé dans l’édition, notamment aux Editions du Seuil et chez
Folio-Junior/Gallimard (adaptation et traduction de Tristan et Iseut, Perceval ou le conte du
Graal(OOHV·RFFXSHDFWXHOOHPHQWGHODFRPPXQLFDWLRQSULQWHWZHEG·XQHHQWUHSULVHGX
secteur IT.
153
Ce livre a pu être réalisé grâce au parrainage de la compagnie International SOS
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Printed by Xpress Holdings Ltd, No. 1 Kallang Way 2A, Singapore 347495
154
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