Traiter les lésions cervicales précancéreuses

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Traiter les lésions cervicales précancéreuses
Prévention du cancer cervical
AIDE-MEMOIRE
Traiter les lésions cervicales précancéreuses
Un point crucial des programmes efficaces
de dépistage du cancer du col utérin est la
capacité à offrir aux femmes un traitement
des lésions cervicales précancéreuses
approprié et efficace, réduisant l’incidence
globale du cancer du col et la mortalité.
Dans les pays développés, le traitement
des lésions précancéreuses est passé de
méthodes où la patiente était hospitalisée
à des méthodes ambulatoires. Cependant,
dans beaucoup de pays en développement,
les médecins doivent hospitaliser les
patientes et utiliser des méthodes comme
la conisation ou l’hystérectomie pour traiter
la dysplasie.1 Introduire des méthodes plus
simples, moins agressives et ambulatoires
telles que la cryothérapie et la résection à
anse diathermique (RAD) peut permettre
de traiter efficacement des lésions
intraépithéliales de haut grade (LIEHG) pour
beaucoup de femmes. En même temps, elles
permettent de réduire les risques pour la
santé des femmes, d’augmenter l’efficacité
des programmes et de limiter la charge sur
les finances des programmes de santé.2
Quels types de lésions doivent
être traitées ?
Dans la plupart des pays développés, la
stratégie habituelle est de traiter les LIEHG
et de surveiller les femmes ayant des lésions
intraépithéliales de bas grade (LIEBG). Dans
les pays pauvres, les stratégies vont varier
en fonction des données épidémiologiques
locales, de la capacité des programmes
à traiter et suivre les patientes et de
considérations financières. Par exemple,
lorsqu’il est peu probable que les femmes
reviennent pour la visite de suivi, il peut
être approprié de traiter les LIEBG des
femmes admissibles. De plus, un test qui
ne peut différencier les LIEBG des LIEHG,
comme l’Inspection Visuelle avec Acide
acétique (IVA) ou les tests de recherche
de l’ADN du VPH, peut être utilisé pour
identifier les femmes ayant un éventuel
pré-cancer. Dans ce cas, et lorsqu’aucun
test de confirmation n’est disponible ou
n’est effectué, un traitement est proposé à
beaucoup de femmes dépistées positives
pour lesquelles le grade précis de la maladie
n’est pas connu.
Technologies de traitement adaptées
Il existe plusieurs options, sans
hospitalisation de la patiente, pour traiter
les lésions précancéreuses. Les méthodes
chirurgicales comme la cryothérapie, la
coagulation par le froid, la vaporisation
laser ou la cautérisation, détruisent le tissu
cervical anormal. Les méthodes comme la
RAD éliminent le tissu anormal. La taille de
la lésion, sa sévérité et sa localisation sur
le col permettent de déterminer l’option
de traitement la plus adaptée. D’autres
facteurs influent également sur le choix du
traitement : son efficacité, les complications
éventuelles et les effets secondaires,
la réglementation sur les médecins
autorisés à pratiquer le traitement, les
équipements et matériels nécessaires,
la disponibilité, le coût.3 Une formation
adaptée est essentielle pour assurer
l’efficacité du traitement. De nouveaux
supports ont été mis au point pour aider à
apporter des formations dans les zones à
faibles ressources.3,4
La cryothérapie
La cryothérapie (méthode qui utilise le
froid pour geler les cellules anormales) est
souvent considérée comme la méthode
d’ablation la plus pratique dans les pays
pauvres. Cette méthode est simple, peu
coûteuse et ne nécessite pas d’électricité.
La cryothérapie est efficace à environ 90%
pour le traitement des LIEHG à douze
mois après traitement.5 Cette méthode a
généralement un taux de guérison plus
faible pour les lésions plus larges (lésions
plus larges que la sonde utilisée pour la
cryothérapie ou occupant, en moyenne,
plus de 75% de la surface du col de
l’utérus) et pour les lésions qui s’étendent
dans le canal cervical. Si cela est possible,
une méthode alternative de traitement
devra être envisagée pour les femmes
présentant ce type de lésions.2,5
Le traitement des femmes
contaminées par le VIH
Les lésions précancéreuses ont
tendance à être plus fréquentes,
plus persistantes, et plus récurrentes
chez les patientes contaminées par
le VIH. Ces femmes doivent donc
recevoir des conseils spécifiques
avant d’être traitées. On doit
leur dire que la cryothérapie,
tout comme d’autres traitements
sans hospitalisation, risque d’être
moins efficace chez les patientes
contaminées par le VIH et qu’elles
devront être suivies régulièrement.
Il semble que la diffusion du VIH
augmente substantiellement (mais
temporairement) sur le site de
la cryothérapie.6 Cette diffusion
peut augmenter le risque de la
transmission du VIH à un partenaire
non infecté. Il est essentiel d’insister
sur le fait que l’abstinence sexuelle
est très importante pendant la
période de cicatrisation (ou bien,
utiliser un préservatif si l’abstinence
est impossible).
La cryothérapie apparaît comme sûre et
bien acceptée par les femmes
Les complications associées à la
cryothérapie sont très minimes. Les données
disponibles montrent que la cryothérapie
est sûre et comporte peu de risques de
complications importantes.5 Les hémorragies
et les maladies inflammatoires pelviennes,
deux des complications potentielles les plus
sérieuses, sont extrêmement rares chez les
femmes traitées par cryothérapie. Aucune
preuve n’a été faite qu’il existe un lien entre
la cryothérapie et la sténose cervicale ou
bien que la cryothérapie a un impact à
long terme sur la fertilité des femmes ou
sur leurs grossesses futures ; ce qui est très
important lorsque l’on traite des femmes en
âge de procréer.5,7 Proposer un traitement
par cryothérapie aux femmes ayant un
résultat de dépistage positif lors de la même
visite (stratégie de la visite unique) peut être
une approche rationnelle dans certaines
régions.5,7 Des informations claires et
précises doivent être données aux femmes
sur la nécessité de revenir à la consultation
si des indications de complications sérieuses
surviennent après le traitement.
La cryothérapie est généralement une option
de traitement bien acceptée par les femmes.
Beaucoup de femmes ressentent un certain
inconfort, tel que des douleurs ou des
crampes, pendant le traitement ou durant
2–3 jours après le traitement. Elles peuvent
aussi avoir des vertiges, des évanouissements
ou des bouffées de chaleur pendant ou
immédiatement après le traitement. Pour
ces raisons, les femmes qui vont subir une
cryothérapie ont besoin d’informations
claires et de soutien pour les aider à réduire
leurs éventuelles anxiétés. Des pertes
vaginales aqueuses abondantes, pouvant
durer jusqu’à 4 semaines, constituent l’effet
secondaire le plus fréquemment rencontré
de la cryothérapie. Bien que cela soit
désagréable, les femmes peuvent surmonter
le problème en utilisant un linge propre ou
des serviettes hygiéniques.5
RAD
Des méthodes de traitement par résection
telles que la RAD ont l’avantage de
fournir des spécimens pour diagnostic
histologique (si disponible), permettant
de réduire les possibilités de ne pas
diagnostiquer un cancer invasif ou
de ne pas éliminer toutes les cellules
précancéreuses.
La RAD, parfois connue sous le nom de
« résection de la zone de transformation
par une large anse », utilise un fil
métallique électrique fin pour exciser
complètement la zone de transformation
du col. La RAD est efficace entre 90 et
95 % pour traiter la dysplasie de haut
grade mais elle est plus lourde que la
cryothérapie en terme de compétences,
Implications des politiques
Les planificateurs de programmes de
prévention du cancer du col utérin
doivent prendre en considération les
éléments suivants :
• S’appuyer, le plus souvent possible,
sur des technologies de traitement
ne nécessitant pas d’hospitalisation
pour traiter les lésions précancéreuses
de façon appropriée ; cela rend les
traitements plus facilement accessibles
aux femmes.
• Etendre l’accès au traitement en
rendant la cryothérapie disponible
au niveau local et élargir les règles
et directives afin que des personnels
non médecins puissent exécuter des
traitements sans hospitalisation du
patient tels que la cryothérapie.
• Lorsque la distinction est possible,
s’intéresser davantage aux lésions
de haut grade ou sévères plutôt
qu’à toutes les lésions, puisque les
de formation, de besoins en équipement et
en électricité, et de coût.8
La RAD est aussi associée à un taux un
peu plus élevé de complications et d’effets
secondaires tels que les saignements et les
douleurs post-opératoires.9 Pour ces raisons,
il est plus pratique de proposer la RAD dans
un hôpital central ou dans un centre de
santé de référence et d’offrir la cryothérapie
dans les centres de santé locaux.2
Puisque la cryothérapie et la RAD sont
associées avec des taux d’échec jusqu’à
10–15 % selon les caractéristiques de
la lésion, un suivi après traitement à un
an minimum est recommandé. Bien que
certains médecins pensent que des suivis à
intervalles plus courts sont plus appropriés,
cela peut ne pas être pratique dans les
zones à faibles ressources.
Références
1. Bishop A, Sherris J, Tsu V. Cervical Dysplasia
Treatment in Developing Countries: A Situation
Analysis. Seattle, WA: PATH (July 1995).
lésions de bas grade régressent
spontanément. Dans les régions
où les femmes risquent de ne pas
revenir pour la visite de suivi, il peut
cependant être approprié de traiter
aussi les lésions de bas grade, tout
particulièrement chez les femmes plus
âgées (30 ans et plus).
• En général, la cryothérapie est adaptée
au traitement des lésions situées sur
l’exocol, qui occupe moins des 3
quarts de la zone de transformation
et qui ne s’étend pas dans le canal
cervical ou le vagin.
• Les femmes pour lesquelles la
cryothérapie ne semble pas adaptée,
une méthode de traitement alternative
comme la RAD est recommandée.
• Explorer de nouvelles stratégies afin
que le nombre de visites nécessaires
pour le dépistage, le diagnostic, le
traitement et le suivi puisse être réduit.
2. Bishop A, Wells E, Sherris J, et al. Cervical cancer:
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vaporization, and loop electrosurgical excision
for treatment of squamous intraepithelial lesions
of the cervix. Obstetrics and Gynecology 92(5):
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Membres de l’Alliance pour la prévention du cancer cervical
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IARC (International Agency for Research on Cancer), 150, cours Albert-Thomas, F-69372, Lyon cedex 08, FRANCE, Tel: 33-472738599
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Juillet 2004