Moving TargeT BALLET NATIONAL DE MARSEILLE SAISON 11-12

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Moving TargeT BALLET NATIONAL DE MARSEILLE SAISON 11-12
Moving Target
BALLET NATIONAL
DE MARSEILLE
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Saison 11-12
DOSSIER pédagogique
Dossier proposé dans le cadre de l’opération Lycéens à l’Opéra, financée par la Région Rhône-Alpes.
Dossier réalisé sous la direction de David Camus
Coordination générale élodie Michaud
Rédactions des textes Aurélie Noailly, Muriel Mura
Suivi de fabrication Maxime Riquelme
Document téléchargeable sur
www.operatheatredesaintetienne.fr
Contact Fanny Loingeville
Chargée du développement des publics
04 77 47 83 60
[email protected]
« Moving Target nous étonne et nous émerveille par son invention,
sa diversité et sa vitalité. »
Le Figaro - 5/12/97
« Pas de doute que l’emprise de cet ensemble - vision, espace,
mouvement - est efficace, fascinant et magnétique. »
La Nazione - 20/10/97
« Spectaculaire production, à l’image de ce qu’affectionne Frédéric
Flamand, qui a toujours conçu des spectacles à l’esthétique saisissante,
Moving Target est d’une grande ambition visuelle. »
Le Nouvel Observateur – 5>11/03/98
MOVING TARGET
BALLET NATIONAL DE MARSEILLE
Chorégraphie / création Frédéric Flamand
Scénographie et vidéo Diller+Scofidio
Lumières Bertrand Blayo, Frédéric Flamand
Costumes Nicole Murru, Aurélia Lyon
Conseiller artistique Bernard Degroote
Maître de Ballet Sophie Faudot Abel
Assistants chorégraphiques Yasuyuki Endo et Cristina Dias
Conseillers musicaux Jean-Paul Dessy et Boyan Vodenitcharov
Interprétation David Cahier, Marion Cavaillé,
Katharina Christl, Malgorzata Czajowska, Noémie Ettlin,
Gert Gijbels, Vito Giotta, Gabor Halasz, Nonoka Kato,
Yoshiko Kinoshita, David Le Thai, Angel Martinez Hernandez,
Valentina Pace, Sandra Saletti Aguilera, Nahimana Vandenbussche,
Valeria Vellei
Violoncelle Jean-Paul Dessy
Piano Boyan Vodenitcharov
Musiques Jean-Sébastien Bach, Jean-Paul Dessy, Acid Kirk, Arvo Pärt,
Seal Phüric, Alfred Schnittke, Dmitri Chostakovitch...
Captation, images, montage Steeve Calvo, Pino Pipitone,
Yannick Rayne
Grand Théâtre Massenet
Vendredi 2 décembre 2011 : 20h
Durée : 1h20 sans entracte
Les textes de Vaslav Nijinski utilisés dans le spectacle sont empruntés aux Cahiers
(version non expurgée) publiés par Actes Sud et traduits par Christian Dumais-Lvowski
et Galina Pogojeva.
Production Ballet National de Marseille 2010.
Re-création le 23 septembre 2010 au Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence.
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sommaire
p.7 Découverte de l’œuvre
Note d’intention du metteur en scène
La production
p.11 Autour de l’œuvre
Dans la ligne de mire
La danse est multiple et ne cesse de se réinventer
La danse est partout
p.15 informations complémentaires
Glossaire
Extraits des Cahiers de Nijinski
à propos de l’Opéra Théâtre
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Découverte de l’œuvre
moving target de Frédéric Flamand
© Barak
Spectacle emblématique sur les rapports entre danse et
architecture et résultat de la première collaboration de
Frédéric Flamand avec des architectes - les new-yorkais
Diller+Scofidio -, Moving Target s’inspire librement
des Carnets non censurés de Nijinski, célèbre danseurchorégraphe, initiateur mythique de la danse contemporaine,
qui passa la moitié de sa vie en asile psychiatrique.
Synopsis : Miroir, mon beau miroir
© Pipitone
Sur scène, les danseurs du Ballet National de Marseille et un miroir.
Une chorégraphie en trompe-l’œil construite par Frédéric Flamand et
deux architectes new-yorkais Diller+Scofidio.
Avec Moving Target (cible mouvante), créé en 1996 à Charleroi en
Belgique, Frédéric Flamand plonge en apnée dans des mosaïques
artistiques qui se démultiplient à l’infini. De pièce en pièce,
le chorégraphe fait ricocher le couple danse et architecture.
Corps flottants, gestes en apesanteur. Est-ce le danseur qui danse avec
son reflet ou bien l’inverse ? Un vocabulaire de l’espace en pleins et en
déliés. Apparitions, disparitions, kaléidoscopes et portes ouvertes sur le
labyrinthe de l’esprit. Au carrefour des corps, Frédéric Flamand convoque
une libre adaptation des Cahiers non censurés du génial Nijinski.
Artistes et architectes modèlent sa schizophrénie en dédoublant le
regard du spectateur. Un miroir démesuré incliné à 45° au-dessus
de la scène démantèle nos repères visuels. Corps et pensées hybrides.
Flux et reflux. Moving Target va et vient entre la liberté du geste aérien
et les frontières, contraintes géométriques et camisoles imaginaires.
Slogans, murs d’images, néons et flashs incessants, sommes-nous dans
un ouvrage de science-fiction ou dans un livre visionnaire à la George
Orwell. Illusion ou désillusion d’optique. Vertige du corps et de l’âme.
Utopie, contre-utopie, image preuve, image traîtresse, corps soumis,
corps rebelle. Captif d’une cage électronique, un danseur tente de
s’échapper avec frénésie. Un circuit interactif de traque géré en temps
réel par un ordinateur contrôle son échappée. Human Target.
Ne tirez pas sur le danseur !
NB : les termes soulignés sont à retrouver dans le glossaire (p.15)
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© Pipitone
TêTE-à-TêTE AVEC FRéDéRIC FLAMAND
Des Cahiers non censurés de Nijinski à aujourd’hui
La création artistique et le monde contemporain partagent une certaine
dimension de la schizophrénie. Notre société schizoïde prône l’hyperindividualisme. L’omniprésence des machines entre les hommes redéfinit
nos relations sociales et spatiales. Corps réels, virtuels, avatars, identités
médiatiques et multiples. Entre l’homme normal et l’autre, lequel est le
plus pathologique ? La réalité est une mosaïque que l’on ne cesse de
recomposer, de reconstruire tout comme le geste artistique.
Un kaléidoscope poétique extrait des Cahiers de Nijinski ?
« Je suis Apis, je suis un égyptien, un indien peau-rouge, un chinois,
un japonais, un étranger, un inconnu. Je suis l’oiseau de mer et celui
qui rêve de cette femme. Je suis l’arbre de Tolstoï avec ses racines.
Je suis l’époux et l’épouse, j’aime ma femme. »
Imposer le regard actif du spectateur
© Pipitone
J’aime pervertir le cadre de la boîte théâtre en jouant avec les différentes
lectures. Grâce au dispositif architectural, vous observez les danseurs
sur scène mais aussi leurs reflets dans l’espace. Le spectateur regarde
parfois davantage le miroir que la scène. Quand un artiste est allongé
sur le plateau, si l’on regarde le miroir, on a l’impression qu’il flotte dans
l’espace.
Des spots publicitaires interviennent soudain comme une agression
active. Un écran descend pour vanter les mérites d’un produit miraculeux
qui rend normal ! C’est très drôle et très ironique ! Je ne sais plus qui
disait qu’en cinq minutes de publicité, cinq strates du cerveau se vident.
à la télé, le décalage entre le réel et le virtuel est tout aussi violent.
à 20h28 un reportage sur le théâtre d’un conflit, à 20h34 un spot pour
un régime miracle. Nous sommes sans cesse écartelés, ciblés, étiquetés.
NB : des extraits des Cahiers de Nijinski sont à découvrir p.16
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La production
DILLER + SCOFIDIO
scénographie et vidéo
Diller + Scofidio est une agence
d’architecture américaine fondée en 1979
par Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio,
et basée à Manhattan.
Diller et Scofidio sont avant tout des
architectes dont la vision dépasse les
limites de leur métier. Leur parcours
comprend des installations et
performances utilisant toutes formes
d’arts, et des collaborations avec toute une série d’artistes allant des
arts plastiques aux arts de la scène. Collaborateur depuis 1997, Charles
Renfro devient en 2004 associé de l’agence, se renommant à l’occasion
Diller Scofidio + Renfro.
Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio ont été les premiers architectes à
remporter le prix MacArthur (MacArthur Prize, parfois appelé «Genius
Grant»).
Elizabeth Diller
Née en 1954 à Łódz, en Pologne, d’une famille rescapée de la Shoah,
elle immigre à New York dans son enfance. Elle rencontre son mari
Ricardo Scofidio dans les années soixante-dix alors que ce dernier est
professeur à la Cooper Union School, où elle étudie tout d’abord la
peinture. Elizabeth est diplômée d’architecture de cette même école en
1979, et y travaille de 1981 à 1990 en tant que professeur assistant.
Aujourd’hui, elle enseigne à l’université de Princeton, dans le New Jersey.
Ricardo Scofidio
Il naît en 1935 à New York, États-Unis. Diplômé d’architecture (Bachelor
of Architecture) en 1960 de l’université de Columbia, il enseigne dès
1965 à la Cooper Union School. Il occupe encore actuellement ce poste.
Blur Building - Yverdon-les-Bains
High Line - New York
Facsimile - San Francisco
Outre la construction de bâtiments importants comme l’ICA à Boston
(Institut d’Arts contemporains), le Musée d’Art et Technologie à New
York ou le Moscone Convention Center à San-Francisco... Diller+Scofidio
ont aussi fait beaucoup parler d’eux pour leur réalisation d’installations
comme le Blur Building, cet immense nuage surplombant le Lac de
Neuchâtel créé pour l’Expo.02 (CH), Facsimile, installation media
permanente au Moscone Convention Center de San-Francisco ou
Travelogues, œuvre d’art exposée dans le terminal des arrivées
internationales de l’aéroport d’Istanbul.
Ils viennent tout récemment de rénover le Lincoln Center et de
réhabiliter la High Line (voie de chemin de fer aérien) en parc public
à New York.
ICA - Boston
Principales réalisations
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Frédéric Flamand
chorégraphe
Frédéric Flamand, né à Bruxelles en 1946,
aborde la danse en prônant le
décloisonnement des techniques et
en favorisant le dialogue entre danse
classique et contemporaine. Depuis dix
ans, il travaille de manière intensive sur
les rapports entre danse et architecture et
collabore avec des architectes majeurs tels
que Jean Nouvel, Zaha Hadid, Thom
Mayne, Diller+Scofidio et Dominique Perrault... L’optique
pluridisciplinaire de son travail l’a conduit à la tête du 1er Festival
International de danse contemporaine de la Biennale de Venise 2003,
à l’Université d’Architecture de Venise pour laquelle il fut titulaire d’un
atelier « danses » dans la section arts & design. Il dirige le Ballet
National de Marseille depuis décembre 2004 après avoir dirigé
Charleroi / Danses - Centre Chorégraphique de la Communauté
française de Belgique pendant près de quinze ans et ses quatre
Biennales Internationales de la danse. De 2005 à 2009, il a dirigé
avec William Forsythe, Angelin Preljocaj et Wayne McGregor le
programme D.A.N.C.E. (Dance Apprentice Network aCross Europe),
une formation pluridisciplinaire pour jeunes danseurs. Ses spectacles sont programmés sur les grandes scènes européennes,
aux USA, au Japon, en Amérique du Sud. Frédéric Flamand est Officier
de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République Française.
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Ballet National de Marseille
Direction Frédéric Flamand
Fondé en 1972 par Roland Petit, le Ballet National de Marseille fait
partie des grandes compagnies de renommée internationale.
En 1992, la création de l’École Nationale Supérieure de Danse de
Marseille et la construction d’un bâtiment de 6 000 m2 abritant 9
studios de répétition - 2 pour la compagnie et 7 pour l’École - et une
salle de spectacle de 300 places, confèrent au Ballet National de
Marseille une dimension élargie.
Composé de 70 salariés dont 35 danseurs, le Ballet National de
Marseille oriente son activité à travers une réelle ouverture d’esprit qui
dépasse le clivage traditionnellement installé entre danse classique
et danse contemporaine. En effet, en prenant la direction de la
compagnie phocéenne en 2004, Frédéric Flamand a situé son projet
« entre mémoire et innovation » ; ce n’était pas pour parler de mémoire
d’un côté et tenter d’innover de l’autre. Le mot « entre » impliquait pour
lui la communication, que ce soit pour son travail ou pour les œuvres
qui seraient demandées à des chorégraphes invités. Danse classique,
danse contemporaine sont des « étiquettes » destinées à clarifier la
connaissance et l’appréhension des phénomènes mais qui dit étiquette
sous-entend également « limite et enfermement ». Flamand est partisan
pour le Ballet National de Marseille d’une vision transversale des
choses : que ce soit pour les disciplines ou pour les techniques.
autour de l’œuvre
moving target : DANS LA LIGNE DE MIRE
Moving Target
Une inspiration du quotidien
Moving Target
entre réalité et illusion
L’architecture et la danse sont deux arts de la structuration
dans l’espace.
Vous êtes en plein dans le réel pas réel.
Frédéric Flamand le dit : « On peut imaginer que les danseurs dessinent
aussi dans l’espace une architecture éphémère, comme si le corps laissait
des traces derrière chacun de ses mouvements. »
Le dialogue architecture et danse
Moving Target explore le dialogue presque fusionnel qui peut exister
entre ces deux disciplines.
Décloisonner la danse et l’entremêler à d’autres formes d’arts permet
d’exprimer en gestes et en mouvements les manifestations de la vie et
de notre environnement.
Elle devient l’invention d’un langage pour témoigner du temps présent
et créer une sorte de mémoire collective.
Pour la création de La Cité Radieuse, Frédéric Flamand a précisé : « Je voulais donner une autre dimension à la scène pour reproduire
l’imaginaire développé pendant des années dans des lieux insolites. Un
jour Diller et Scofidio m’ont dit : « pour nous, l’architecture c’est tout
ce qui se passe entre la peau d’une personne et la peau d’une autre
personne ».
« Alors que les délires verbaux de Nijinski se confrontent aux spots
publicitaires eux aussi délirants, mais pleins d’humour, se moquant d’une
industrie pharmaceutique qui voudrait bien réguler l’homme jusqu’à
le déshumaniser, les danseurs sont lancés dans une course effrénée
qui multiplie les images surprenantes, les raccourcis imprévus, brouille
les pistes. Ils sont d’ailleurs magnifiques, très jeunes, et lancés dans
l’aventure avec une ardeur joyeuse qui électrise les spectateurs. »
Raphaël de Gubernatis, Le Nouvel Observateur, 29 septembre 2010
Une danse un peu folle
La scénographie proposée par Diller+Scofidio permet de dédoubler
le regard du spectateur. Elle brise les lignes de la réalité et casse un
schéma parfaitement équilibré que l’on se construit bien souvent pour
se situer et qui rassure. Mais la confusion prend place…
Notre environnement et nos modes de communication sont étudiés
de près pour que nous nous interrogions sur la réalité que nous nous
fabriquons et sur notre façon d’être au monde.
La chorégraphie de Frédéric Flamand est une lecture de ce décalage,
de cet ailleurs indéfini situé entre réalité et illusion. On est projeté
là, dans ce monde bizarre. Sur scène, les repères sont brisés par les
danseurs. On assiste à un vrai dédoublement.
Ce qui est dansé, vu et entendu, c’est la distorsion, la confusion des
repères, les troubles de la perception. Les liens se font entre cette perte
de la réalité et la schizophrénie où Moving Target prend sa source.
C’est en effet dans ses Cahiers que Nijinski s’est raconté. Ils seront
rédigés en six semaines pendant l’hiver 1919. Ils constituent un
document exceptionnellement enrichissant et bouleversant sur l’homme
et son mysticisme relayés par les danseurs sur scène. Nijinski parle de la
vie, de la mort, de la folie, de la douleur…
Ce petit monde auquel on prend part, ça donne un peu le tournis…
En mars 1919, la schizophrénie de Nijinski lui fit connaître l’hôpital
psychiatrique. Il ira, d’institut en institut pendant 30 ans, jusqu’à sa
mort, en 1950.
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autour de l’œuvre
La danse est multiple et ne cesse de se réinventer
La danse contemporaine
Elle est née en Europe et aux États-Unis après la Seconde Guerre
mondiale. Elle prend ainsi le relais de la danse moderne.
Deux personnalités ont marqué la danse contemporaine d’après
1960, année charnière qui fait passer la danse moderne à la danse
contemporaine : Merce Cunningham et Trisha Brown.
En France, Alwin Nikolais crée le Centre National de Danse
Contemporaine. En Allemagne, Pina Bausch oriente ses travaux
de danse-théâtre au sein de sa compagnie Tanztheater Wuppertal.
La danse contemporaine aborde les problématiques du mouvement
et du corps.
 Les grandes pointures : Carolyn Carlson / Merce Cunningham /
Philippe Decouflé / Pina Bausch / Mats Ek / Jan Fabre / William
Forsythe / Jean-Claude Gallotta / Maguy Marin / Angelin Preljocaj /
Blanca Li / Mourad Merzouki / Alwin Nikolais / Trisha Brown…
La danse moderne
Elle n’a rien à voir avec le modern’jazz. Elle apparaît en Allemagne et aux
États-Unis vers 1920 avec la volonté farouche de se démarquer des codes
rigides de la danse classique. Danse de scène expressive, elle deviendra
par la suite la danse contemporaine.
 Les grandes pointures : Isadora Duncan / Martha Graham /
Émile Jaques-Dalcroze / Rudolf Laban…
La danse classique
Pour la qualifier, on parle souvent de Ballet, un genre dramatique figuré
par des danses et des personnages. Les courants ont évolué au fil des
époques depuis la Renaissance. Elle est très codifiée mais toujours très
appréciée.
 Les grandes pointures : Opéra-ballet et comédie-ballet avec Lully
et Molière / Serge de Diaghilev / Serge Lifar / George Balanchine…
 Les grands ballets : La Bayadère (1877) / Casse-Noisette (1892) /
Cendrillon (1893) / Coppélia (1870) / La Fille mal gardée (1789) /
Giselle (1841) / Le Lac des cygnes (1877) / L’Oiseau de feu (1910) /
Petrouchka (1911) / Roméo et Juliette (1940) / Le Sacre du printemps
(1913)…
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autour de l’œuvre
LA DANSE EST PARTOUT
Interdisciplinarité dans la danse :
quelques pistes
Danse et architecture
La Cité Radieuse - © DR
La danse repose sur l’épanouissement du corps dans l’espace. Dans le
travail chorégraphique, on cherche à élargir son espace de contrôle.
Le danseur vit de l’espace qui le nourrit en retour. Il le dessine. Son corps
s’y inscrit pour évoluer.
Autour de l’espace, se déploient :
• les notions de plan avec la verticalité, l’horizontalité…
• les notions de perspective et d’ouverture, de géométrie, de gravité,
de vacillement du corps…
• les notions de gestes et de formes plastiques,
• les notions du corps en mouvement (travail de Laban)
De nombreux chorégraphes privilégient ces aspects-là dans leurs
travaux : Frédéric Flamand, avec les architectes Diller+Scofidio et
Jean Nouvel (pour l’Exposition Universelle de Hanovre : The Future
of Work, 2000) / Lucinda Childs et l’architecte Frank Gehry et John
Adams Available Light, 1983) / Le chorégraphe William Forsythe avec
l’architecte Daniel Libeskind pour Limb’s Theorem (1990).
Danse et arts plastiques
L’une et l’autre discipline s’influencent mutuellement. Au centre des
codes de l’écriture chorégraphique, on retrouve l’envie de danser autour
de thématiques.
Elles peuvent être très variées et peuvent concerner la représentation,
l’apparence, les traces laissées par le corps en mouvement, l’aspect
visuel, les lumières…
Quelques exemples :
• Travail plastique : Philippe Découflé qui intègre, en plus de la
chorégraphie, les costumes, les lumières, les vidéos / Saburo
Teshigawara avec Bones in Pages à New York en 2007
• Travail de la couleur : Michel Kelemenis dans Henriette et Matisse.
Comme le peintre, le chorégraphe cherche l’équilibre entre le
trait et la couleur, l’abstraction et la figuration, le représenté
et le représentant.
• Travail des costumes et des décors : Picasso dans Parade (1917) le décor est composé de personnages insolites faisant référence
au cubisme.
• Travail interdisciplinaire : Oskar Schlemmer, pionnier de
l’interdisciplinarité : peintre, muraliste, sculpteur, chorégraphe,
décorateur, danseur et théoricien. Son travail est reconnu pour
l’interprétation qu’il donnait de l’espace notamment par rapport
aux danses du Bauhaus.
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Interdisciplinarité dans la danse :
quelques pistes (suite)
Danse et peinture - sculpture
Peintres, dessinateurs, sculpteurs, ont utilisé des photographies comme
supports pour leurs travaux sur la plastique des danseurs. Fixer la
danse sur la toile ou le papier est une réelle difficulté : comment traiter
l’irreprésentabilité du mouvement ?
Auguste Rodin, a montré son admiration pour les Ballets. Il a réalisé
une sculpture en bronze de Nijinski, Danseur, dit Nijinsky (1912).
Danse et littérature
Danse et sports
Boxe Boxe - © M. Cavalca
Dans Boxe Boxe, le chorégraphe Mourad Merzouki fait danser la boxe et
montre la similitude de ces deux disciplines : le sens de l’effort physique,
le plaisir de s’exprimer avec son corps, le dépassement de soi et la joie
qui en découle…
En somme, danser pour montrer la poétique du monde. Montrer ses
forces mais aussi ses faiblesses d’où peut émaner une vraie beauté.
Danser la vie.
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La danse est un réservoir de créations artistiques. Son influence est
notable dans le monde des lettres. Beaucoup, dans leurs œuvres, ont
témoigné de leur attrait pour les Ballets russes.
Ainsi :
Jean Cocteau, ami de Diaghilev. Il a mis sa patte dans la création de
trois ballets : Le Dieu leu (1912), Parade (1917) et Le Train Bleu (1924).
Il a également été une source d’inspiration pour les musiciens Erik Satie,
Darius Milhaud et Igor Stravinski.
Guillaume Apollinaire a défendu les Ballets devant la controverse de la
Parade, jugée trop loufoque et avant-gardiste.
Marcel Proust raffolait des Ballets Russes dont il a quelques fois tiré son
inspiration. Par exemple, dans à la recherche du temps perdu, madame
Verdurin parle de sa découverte de ces ballets lors des conversations
qu’elle tient dans son salon.
Paul Valéry a écrit son poème l’âme et la Danse, ému par les Ballets
Russes.
D’autres écrivains, comme Claudel, Guitry, Maeterlinck... ont également
témoigné dans leurs écrits de la fascination qu’ont exercé sur eux les
Ballets.
Adaptation d’œuvres littéraires : Barbe bleue / Cendrillon /
L’Après-midi d’un faune, de Nijinski d’après le poème
de Mallarmé / May B de Maguy Marin pour son
travail sur l’œuvre de Samuel Beckett…
 Un petit mot sur le scandale de Parade :
Ce ballet témoigne de l’époque qui entame son tournant vers la
modernité. Cocteau écrit le livret, Léonide Massine, la chorégraphie,
Erik Satie, la musique et Picasso signe les costumes et les décors.
La première représentation a lieu à Paris le 18 mai 1917. La toile
est peinte par Picasso. On y voit un singe sur une échelle, un cheval
ailé, un arlequin… sur scène, on danse le quotidien de la vie par
l’intermédiaire d’un prestidigitateur chinois, d’acrobates et d’une
petite fille américaine avec des ailes, pédalant sur le tempo du tactac-tac-tac d’une machine à écrire.
Le public mondain juge le ballet stupide, trop loufoque. Les critiques
sont sans pitié. La pièce fut incomprise mais au final, sa controverse
fut bénéfique ! Lorsque l’on parle de Parade, on parle bien souvent
de l’invention du ballet moderne et Apollinaire parlera même de
surréalisme.
informations complémentaires
Glossaire
Bauhaus 1919-1933
Philippe Decouflé
École fondée en 1919 à Weimar, en Allemagne, par Walter Gropius et
dirigée par de brillants artistes de l’entre-deux-guerres comme Klee,
Kandinsky, Breuer, Schlemmer, Mies Van der Rohe… Elle est un lieu antiacadémique et veut donner vie à la «construction du futur».
La philosophie de cette école est d’affirmer une étape dans la réflexion
et la disposition de ce qui deviendra le design. Architecture, danse,
publicité… Le Bauhaus touche tous les domaines et son influence est
encore largement présente de nos jours.
Il crée en 1992 la très appréciée mise en scène des festivités d’ouverture
et de clôture des Jeux olympiques d’Albertville. Au cours de sa formation,
il a touché au mime avec Isaac Alvarez et au cirque avec Annie Fratellini.
Il a travaillé avec Merce Cunningham et Alwin Nikolais (après n’avoir
pas réussi l’audition d’entrée pour l’école de Béjart, l’Ecole Mudra).
Chorégraphe
Le chorégraphe a pour mission de créer un spectacle de danse
ou d’adapter un ballet. Pour ce faire, il s’entoure de danseurs,
de compositeurs et de scénographes.
En dehors d’une haute maîtrise de la danse, la créativité et l’inventivité
restent de rigueur.
On ne s’improvise pas chorégraphe, on le devient après avoir acquis des
bases solides en danse. L’objectif de cette intense et longue préparation
consiste à s’imprégner de la discipline pour être capable de mêler les
genres en une création originale. Un bon chorégraphe est généralement
un danseur de haut niveau, créatif et doté d’une grande expérience du
métier.
Cubisme
Mouvement d’art moderne allant de 1907 à 1914, lancé par les
peintres Georges Braque et Pablo Picasso. L’éclatement des volumes
est important.
Scénographie Conception de l’espace scénique dans lequel se déroulera un spectacle
vivant et au sein duquel évolueront les artistes. Il s’agit de composer
avec les volumes, des objets, des couleurs, des lumières... Cette activité
nécessite une très bonne connaissance des caractéristiques techniques
du plateau et des matériaux. Le scénographe travaille en collaboration
avec le metteur en scène, ainsi qu’avec les créateurs lumières et sons.
Schizophrénie
La schizophrénie fait perdre tout contact avec la réalité. Cette maladie
mentale est une dislocation, un dédoublement de la personnalité,
entraînant des comportements anormaux tels que des hallucinations,
un langage fou et des attitudes incohérentes.
Surréalisme
Mouvement artistique né dans les années 20 caractérisé avant tout
par un esprit de révolte. On tente de provoquer des sentiments chez le
spectateur en produisant des images qui dépassent l’ordinaire.
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informations complémentaires
extraits des cahiers de nijinski
Extrait des Cahiers, de Vaslav Nijinski (version non
expurgée). Actes Sud, 1995. Traduit du russe par Christian Dumais
Lvowski et Galina Pogojeva.
« J’ai envie de pleurer, mais je ne peux pas, car mon âme me fait si mal
que j’ai peur pour moi. Je sens de la douleur. Je suis malade de l’âme.
Je suis malade de l’âme, et pas de l’esprit. Le Docteur Frankël ne
comprend pas ma maladie. Je sais ce dont j’ai besoin pour retrouver
la santé. Ma maladie est trop grave pour qu’on puisse me guérir
rapidement. Je suis incurable. Je suis malade de l’âme. Je suis pauvre.
Je suis misérable. Je suis malheureux. Je suis affreux. Je sais que tout
le monde souffre en lisant ces lignes, car je sais qu’on me ressentira.
Je sais bien ce qu’il me faut. Je suis un homme fort, et pas faible.
Je ne suis pas malade du corps. Je suis malade de l’âme. Je souffre.
Je souffre. Je sais que Kostrovski me ressentira, mais je sais que tout le
monde me ressentira. Je suis un homme, et pas une bête. J’aime tout
le monde. Moi aussi j’ai des fautes. Je suis un homme et pas Dieu.
Je veux être Dieu, c’est pourquoi je travaille sur moi-même. Je veux
danser. Je veux dessiner. Je veux jouer du piano. Je veux écrire des vers.
Je veux composer des ballets. Je veux aimer tout le monde. C’est mon
but dans la vie. (...). »
« Les gens étaient venus pour se distraire et croyaient que mes danses
allaient être amusantes. Elles furent effrayantes et je fis tellement peur
que les spectateurs s’imaginèrent que je voulais les tuer. Je ne l’ai pas
fait. Mais je sentais, moi qui les aimais tous, que je n’étais aimé de
personne - ce qui ne manqua pas d’agir sur mes nerfs, de les bouleverser,
tandis que mon excitation se communiquait à l’assistance. Je leur
avais déplu et ils se levaient déjà pour partir quand soudain je me mis
à exécuter une danse débordante de joie et de gaieté qui les remit de
bonne humeur. Ils m’avaient pris pour un acteur triste et je leur prouvai
que j’étais aussi capable de faire rire. Dès que j’eus recommencé à
danser - et, en dansant à rire moi-même, ce fut une explosion de joie.
Ils avaient compris ce que signifiait ma danse et toutes les jambes fourmillaient de l’envie de m’imiter... Pendant toute la soirée j’avais senti
la présence de Dieu et l’amour que nous éprouvions l’un pour l’autre.
Nous étions mariés. Dans la voiture qui nous ramenait de Suvretta je dis
à ma femme que ce jour-là était celui de mon mariage avec Dieu… »
« Parti un soir faire une promenade en montagne, je m’arrêtai sur
le Mont Sinaï... Il faisait froid, je m’étais éloigné. Alors hâtivement
sentant que c’était indispensable, je me suis agenouillé. Je sentais aussi
qu’il me fallait mettre la main sur la neige, tout de suite. J’éprouve
aussitôt une douleur qui me fait crier et je retire la main. Mon regard
se porte vers une étoile qui ne m’a pas dit bonsoir. Elle me refusait ses
scintillations. Pris de peur je veux m’enfuir, mais retenu par mes genoux
qui s’enfoncent dans la neige, je me mets à crier : personne n’entend
mes cris, personne ne vient à mon secours. En général, je trouve de
l’agrément aux promenades mais celle-ci ne m’apporte que de la terreur
car je ne parviens pas à découvrir la raison de mon impuissance et
n’arrive pas à me dépêtrer. Des minutes passent, je me retourne en fin et
j’aperçois une maison aux volets fermés, et puis une autre un peu plus
loin dont le toit est recouvert de neige. A nouveau la peur me saisit - et
de ma voix la plus aiguë je crie : « Mort ! » Un peu de chaleur qui monte
alors en moi me réconforte, je réussis à me redresser et je marche vers la
maison. Elle était grande et il y avait une lampe d’allumée. Ce n’est pas
la peur qui me retint d’y entrer mais l’impression qu’il ne le fallait pas. »…
Extraits tirés du blog de Thierry Delcourt et reproduits avec son aimable autorisation
http://thierry.delcourt.over-blog.com/article-vaslav-nijinski-je-suis-la-danse-je-suisdieu-65506352.html
Les apports de Nijinski à la danse
Il a dépoussiéré l’art chorégraphique qui répondait à des normes
strictes, au début du siècle.
Les Ballets Russes ont permis à Nijinski de faire exploser les codes.
Il a libéré la danse de ses conventions et du formalisme.
Ses créations chorégraphiques ont souvent un parfum de scandale,
évoquant des scènes sulfureuses, les pieds sont "en-dedans", les
genoux pliés…
Les danseurs masculins ont pu trouver leur place grâce à lui, au
milieu des tutus ! Ils sont maintenant plébiscités et non moqués ou
dénigrés.
Nijinski a ouvert la voie aux sentiments exprimés sur scène par des
gestes et des pas naturels. Ils rendent hommage à la beauté du
corps.
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Retrouvez plus d’informations sur www.operatheatredesaintetienne.fr
informations complémentaires
à propos de l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne
Présentation générale
L’Opéra Théâtre remplit également une mission capitale auprès du jeune
public, proposant une saison dédiée, riche et variée.
Enfin, dans le domaine de l’action culturelle et de la médiation, l’Opéra
Théâtre, en partenariat avec de nombreux partenaires (universités,
Éducation nationale, écoles de musique..), souhaite développer ses
propositions aux personnes n’ayant pas spontanément accès à la culture
(politique tarifaire, décentralisation des concerts...)
Des visites guidées sont également organisées.
Certaines représentations sont précédées 1 heure avant le début du
concert d’un Propos d’avant-spectacle (présentation sous la forme d’une
conférence).
© Cyrille Sabatier
Bénéficiant d’une notoriété nationale et internationale importante,
l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne se situe parmi les maisons d’opéra les
plus dynamiques en termes de public.
L’Opéra Théâtre de Saint-Étienne est un établissement de la Ville de
Saint-Étienne soutenu par le Conseil général de la Loire, la Région
Rhône-Alpes et le Ministère de la Culture.
L’arrivée d’un nouveau Directeur artistique et général en la personne
de Daniel Bizeray offre à l’institution la possibilité de se renouveler
en profondeur tant sur le plan de son organisation que de son
projet artistique. Le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire et l’Orchestre
Symphonique Saint-Étienne Loire placés sous la direction musicale de
Laurent Campellone sont les acteurs essentiels d’une programmation qui
sait également s’ouvrir aux artistes de tous les horizons.
La vocation première de l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne est une
vocation lyrique : avec ses propres ateliers de construction de décors
et de costumes, l’Opéra Théâtre produit et coproduit chaque saison de
nouvelles productions lyriques.
L’institution a également pour mission de proposer au plus grand
nombre une programmation riche avec une exigence de qualité dans les
domaines de la musique classique (musique symphonique, musique de
chambre...), de la danse, du théâtre, en allant aussi vers des formes aussi
diverses que le cirque, le cabaret...
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