Corrigé BAC 2013 - Philosophie S - Izi-Bac

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Corrigé BAC 2013 - Philosophie S - Izi-Bac
Remarque préliminaire : en philosophie il n'y a pas à proprement parler de corrigé type : il n'y a pas une et une seule réponse attendue
sur le sujet avec un raisonnement type pour la justifier, pas plus qu'il n'y a d'auteur(s) incontournable(s) à trouver dans la copie. Ce qui est
proposé ici n'est qu' un exemple de pistes possibles pour traiter les sujets soumis à la réflexion des candidats.
SUJET 1 :Peut-on agir moralement sans s'intéresser à la politique ?
Analyse du sujet : S'il n'y a pas de corrigé type cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d' erreurs possibles dans le traitement des sujets. Pour
commencer, la lecture du sujet peut donner lieu à des incompréhensions, des erreurs sur le sens de la question. Ces erreurs sont liées, la
plupart du temps, à un manque d'attention aux termes dans lesquels la question est formulée. Le candidat s'empresse de chercher dans ses
souvenirs de cours liés aux notions du programme. Or il faut d'abord chercher à cerner le sens du sujet tel qu'il est formulé.
Pour le sujet qui nous occupe nous devons être attentifs au fait qu'il s'agit « d'agir moralement » et de
« s'intéresser à la politique ». Donc réfléchir sur la morale en acte, nos choix en la matière en tant qu'ils visent
l'action, donc pas juste la morale en tant qu'exigence, ses conditions théoriques mais ses conditions de réalisation
pratique. Ce qui doit nous préoccuper: quelles sont les conditions requises pour agir moralement, pour bien agir.
C'est la réalisation concrète des exigences morales qui doivent nous occuper. Quant à la politique elle n'est pas
interrogée sous l'angle exclusif de l'action politique , du « faire de la politique ». « S'intéresser »à quelque chose
ce n'est pas nécessairement pratiquer la chose à proprement parler, c'est d'abord lui témoigner de l'intérêt, avoir
une certaine attention.
Peut-on agir politiquement sans se soucier de la morale ? Peut-on moraliser la vie politique ? Voilà la
question que beaucoup posent aujourd'hui. Mais ici la question n'est pas posée en ces termes . D'où le caractère
d'abord surprenant de ce sujet : Peut-on agir moralement sans s'intéresser à la politique ?. La première question
semble viser une certaine déficience de l'action politique. Dans le sujet qui est le nôtre, l'accent est d'abord mis
sur l'action morale. Si j'ai ne serait-ce que l'intention d'agir moralement puis-je vraiment espérer réussir si je ne
m'intéresse pas à la politique ? L'intérêt porté à la politique est-il nécessaire à l'action morale ?
Problématique : Spontanément on pourrait penser qu'évidemment on peut agir moralement sans s'intéresser à la
politique. Premièrement car on peut penser que la politique et la morale renvoient chacune à deux sphères bien
distinctes. Dans cette perspective l'action morale serait juste indifférente à la question politique tout simplement
car elles n'auraient juste rien à voir l'une avec l'autre. Cependant si nous avons vraiment le souci de la vie morale,
de l'action morale, ne faut-il pas s'intéresser à la politique, non pas faire de la politique mais au moins s'informer,
y réfléchir, développer des connaissances : ne serait-ce que parce que la politique décidant des lois ne peut pas ne
pas avoir d'incidence sur mes actions, mes choix en la matière ? C'est donc cette prétendue distinction,
hétérogénéité voire opposition entre action morale et politique que le sujet nous invite à interroger. Mais si je
m'intéresse à la politique, si je tiens compte de ses exigences le risque n'est-il pas de pervertir mes choix d'un
point de vue moral ? Au fond qu'est-ce vraiment qu'agir moralement ? Si la morale reste indifférente à la
politique ne se condamne t-elle pas à l'impuissance ?
I Les conditions de l'action morale, de la vie morale ne relèvent-elles pas d'une autre sphère que celle de la vie
politique ?
Agir moralement c'est agir en vue du bien, ce à quoi je dois m'intéresser c'est à ma conscience morale et elle
seule. Je ne dois pas mentir, je dois être honnête... Du côté de la politique il est question d'organiser le vivre
ensemble, nécessairement il faut tenir compte des circonstances particulières ; savoir mentir quand il le faut,
entendu non pas quand c'est moralement défendable mais nécessaire pour assurer l'ordre et la sécurité : ce que les
citoyens sont sensés attendre de la politique.
Kant Fondements de la métaphysique des moeurs analyse qui met au jour les fondements de la morale à partir
de l'analyse de la conscience morale commune. La sphère morale est celle de l'impératif catégorique alors que
sphère politique relèverait plutôt de l'impératif hypothétique. La morale exige d'agir par devoir et non
conformément au devoir.
Agir moralement c'est agir en vue du bien, ce à quoi je dois m'intéresser c'est à ma conscience morale :
l'universalisation de la maxime de mon action.
Transition : l'action morale ne doit-elle pas même exiger qu'on se détourne de la politique ?
II Morale et politique ne relèvent pas seulement de deux sphères différentes quant aux ressors et à la logique de
l'action mais on peut même penser leur incompatibilité radicale
Pouvoir qui pervertit tout, vie politique règne de l'immoralisme, manipulation , mensonge.
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Machiavel Prince Analyse qui n'incrimine pas la politique : on ne peut pas gouverner un Etat sans se fragiliser
de manière coupable face aux autres Etats. Si on veut faire de la politique on ne peut pas faire de morale. En
contre partie si on veut agir moralement il ne faut pas entrer en politique.
Transition : Mais dans la mesure où la politique organise le vivre ensemble : l'action morale ? Ne doit-on pas
s'intéresser à la politique pour ne pas ignorer ce qui régit nos vies afin de pouvoir vraiment agir en connaissance
de cause ?
III Ne doit-on pas s'intéresser à la politique sans pour autant faire de la politique ?
Vers une éthique de la responsabilité : pour une morale concrète, qui ne se contente pas de se payer de mots
Rousseau Du contrat social la figure du citoyen dont l'action est commandée par la volonté générale et non par
l'intérêt particulier, privé.
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Remarque préliminaire : en philosophie il n'y a pas à proprement parler de corrigé type : il n'y a pas une et une seule réponse attendue sur le
sujet avec un raisonnement type pour la justifier, pas plus qu'il n'y a d'auteur(s) incontournable(s) à trouver dans la copie. Ce qui est proposé
ici n'est qu' un exemple de pistes possibles pour traiter des sujets soumis à la réflexion des candidats.
SUJET 2: Le travail permet-il de prendre conscience de soi ?
Analyse du sujet : S'il n'y a pas de corrigé type cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d' erreurs possibles dans le traitement des sujets. Pour
commencer, la lecture du sujet peut donner lieu à des incompréhensions, des erreurs sur le sens de la question. Ces erreurs sont liées, la
plupart du temps, à un manque d'attention aux termes dans lesquels la question est formulée. Le candidat s'empresse de chercher dans ses
souvenirs de cours liés aux notions du programme. Il faut plutôt d'abord chercher à cerner le sens du sujet tel qu'il est formulé.
Deux notions sont articulées dans ce sujet : le travail et la conscience. La notion principale, celle qu'
interroge le sujet, c'est le travail. Le sujet nous invite à penser que la conscience de soi n'est pas première, ne va
pas de soi, qu'elle a besoin de certaines conditions pour émerger.
Surprenant alors de considérer que le travail permet la prise de conscience de soi. Puisque le travail
nous soumet à la nécessité de nos besoins. Le travail se présente d'abord comme l'activité par laquelle nous
satisfaisons des besoins; des besoins qui nous contraignent. Si nous travaillons c'est par nécessité, nécessité
vitale. Or l'authentique conscience de soi ne doit-elle pas être celle d'un soi libre ?
Dans un premier temps parce qu'il est aliénation à la matière le travail ne peut être ce qui permet la prise de
conscience de soi.
D'où le statut de l'esclave dans l'Antiquité et la justification de l'esclavage par exemple par Aristote : pour qu'il y
ait des citoyens libres il faut des individus qui ne le soient pas.
Contemplation activité qui correspond à l'authentique prise de conscience de soi entendue comme soin de l'âme
(science, philosophie, méditation)
Transition : Cette conscience de soi acquise dans ce détachement à l'égard des contraintes du travail n'est-elle pas
abstraite ?
* On pourra s'appuyer dans un deuxième temps sur Hegel Cours d'esthétique
qui montre que la conscience de soi se réalise à travers les œuvres qu'il produit par son travail.
En particulier passage d'une liberté abstraite à une liberté effective, concrète. Non seulement l'individu conquiert
sa liberté en modelant le monde mais l'humanité toute entière, à l'instar de l'individu, prend conscience d'ellemême et de ses possibilités dans le spectacle de ce qu'elle réalise.
Transition : mais tout travail est-il l'expression des potentialités du sujet ?
* Dans cette partie il conviendra d'évoquer une analyse du travail dans le contexte de la société industrielle, et sa
dimension aliénante. Si le travail n'a pas à être incriminé en tant que tel, la forme d'organisation c'est à dire de
division, de spécialisation, que la production industrielle lui impose faisant perdre de vue au travailleur le sens
de son activité et ne lui permet pas la prise de conscience de soi. cf K.Marx Le capital
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SUJET 3 : Bergson, La pensée et le mouvant
Analyse du sujet : « il faut et il suffit que l'explication rende compte par la compréhension précise du texte du problème dont il est question »
précise la consigne qui accompagne le texte.
Problème :
La vérité est une notion que nous utilisons au quotidien: "oui, c'est vrai", "non, je ne suis pas d'accord,
c'est faux". Mais comment définir la vérité, "Qu'est-ce qu'un jugement vrai"? Telle est la question à laquelle
Bergson nous invite à réfléchir dans ce texte, qui est l'occasion pour lui de remettre en question la définition
commune de la vérité selon laquelle la vérité consiste dans une ressemblance avec la réalité.
Argumentation :
Son argumentation s'organise autour de trois étapes. Pour commencer Bergson énonce la définition commune de
la vérité: la vérité désignerait la qualité des jugements qui ressemblent à leur objet, comme un portrait copie son
modèle. Une vérité serait une image fidèle de la réalité. Bergson souligne alors dans un second temps que cette
définition de la vérité n'est applicable qu'à un nombre très réduit de vérités et il justifie cette affirmation. En
effet, la vérité désigne la qualité de certains jugements, de certaines affirmations or leur nature est tellement
hétérogène à celle de leur objet qu'elles ne peuvent pas prétendre en être la copie. En effet, comment prétendre
copier par des mots et des idées la réalité puisque les mots et les idées sont des généralisations et des abstractions
alors que chaque chose est singulière et concrète? Pour nous permettre de bien le comprendre Bergson finit par
nous donner un exemple: "la chaleur dilate les corps". Il s'agit bien d'une vérité mais si on y réfléchit bien ce ne
peut pas être une copie de la réalité puisque la dilatation de chaque corps sous l'effet de la chaleur ne ressemble à
aucune autre en tous points, est unique alors que cette affirmation généralise, ne rend pas compte de la
particularité de chacun de ces phénomènes.
"ce qui est réel (...) c'est du singulier, c'est du changeant"
Ici Bergson souligne que la réalité désigne l'ensemble de toutes les choses qui existent. Il précise leur spécificité:
d'une part, chaque chose qui existe est singulière, c'est à dire unique en son genre, il n'y a pas une chose qui
ressemble en tout point à une autre. D'autre part, chaque chose qui existe change, c'est à dire est en perpétuelle
évolution, pas identique à elle-même.
"nos affirmations sont générales et impliquent une certaine stabilité de leur objet"
Par cette affirmation Bergson va mettre en valeur l'hétérogénéité de nature entre le réel et les affirmations que
sont les vérités. En effet, la vérité désigne la qualité de certaines affirmations, de certains jugements. Or ces
affirmations sont générales, nous parlons de "la chaleur" qui dilate "les corps", nous énonçons par là une idée qui
généralise, c'est à dire que le mot de "chaleur", de "corps" représente l'idée de la chaleur, l'idée du corps mais pas
telle ou telle chaleur en particulier. Par nos affirmations nous figeons dans des concepts, ce qui pourtant est en
perpétuelle évolution.
Faut-il alors renoncer à connaître ce qui est changeant?
Vouloir connaître le réel, atteindre la vérité c'est prétendre pouvoir définir et expliquer ce que sont les choses. Or
comme le souligne Bergson, si nous reconnaissons que les choses sont en perpétuelle évolution, on peut
légitimement se demander si nous ne sommes pas nécessairement conduits à reconnaître l'impossibilité de la
connaissance. En effet comment prétendre connaître ce qui est changeant puisque connaître suppose de figer ce
que sont les choses dans une nature, dans une définition? Pourtant l'homme prétend posséder des connaissances,
des vérités à propos de ce qui est changeant, telle est en particulier la prétention des sciences de la nature .
Le changement semble bien être un obstacle à la connaissance
* si les choses sont en perpétuelle évolution, si elles sont soumises à un changement perpétuel, si ce qui est réel
c'est tel fait déterminé s'accomplissant en tel point de l'espace et du temps, comme l'écrit Bergson, on voit mal
comment nous pourrions les connaître. En effet prétendre connaître quelque chose ou quelqu'un, au sens propre
ce n'est pas seulement en constater l'existence, c'est plus précisément pouvoir déterminer les qualités propres de
cette chose, ce qui la définit en propre, ce qui fait que cette chose est ce qu'elle est et qui permet de ne pas la
confondre avec les autres. Or si les choses sont en perpétuelle évolution dès que je vais énoncer ce qui la définit
cette qualité disparaît pour laisser place à une nouvelle qualité. Le changement semble bien être un obstacle
indépassable à notre connaissance.
* ce que nous appelons la connaissance n'en serait donc pas vraiment une; nous voilà conduit au scepticisme.
Telle est d'ailleurs la conclusion de l'empirisme de D.Hume: les prétendues vérités scientifiques ne sont en
définitive que des généralisations non fondées.
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transition: En effet, si les choses n'ont aucune stabilité il semble bien impossible de pouvoir les connaître. Mais
le changement absolu est-il possible? Quand nous affirmons que les choses sont en perpétuelle évolution nous
nous fondons sur notre perception, sur le témoignage de nos sens, or est-ce légitime?
Ce changement que nous percevons nous révèle-t-il la véritable nature des choses?
* si on analyse plus rigoureusement la notion de changement on comprend qu'elle ne s'oppose pas à l'affirmation
selon laquelle nous pouvons définir la nature des choses. Le changement absolu qui rendrait les choses
insaisissables par la connaissance du fait de leur perpétuelle instabilité est impossible. En effet, dire qu'une chose
change c'est affirmer qu'elle subit des modifications, qu'elle était ainsi et qu'elle n'est plus ainsi. Mais ce passage
du "ainsi" au "autrement" suppose une certaine stabilité de cet objet qui nous permet justement d'affirmer que
c'est cette même chose qui subit ces modifications. Le changement ne rend donc pas les choses insaisissables à
la connaissance car le changement suppose en réalité que les choses possèdent une nature stable par rapport à
laquelle survient le changement.
* insuffisance de la perception, par laquelle nous appréhendons le changement, pour nous délivrer une bonne
connaissance des choses. ex: passage de géocentrisme à l'héliocentrisme (la perception ne nous délivre que
l'apparence des choses)
c'est par les idées de la raison que nous pouvons connaître le réel bien qu'il soit changeant: les grands
principes de la rationalité : principe d’identité, de non-contradiction cf rationalisme de Descartes
Connaître ce qui est changeant n'est donc pas impossible. Affirmer que c'est impossible c'est oublier que le
changement suppose l'identité, cette identité des choses que nous cherchons quand nous cherchons à connaître.
Cette recherche est possible grâce à la raison qui nous permet de dépasser l'apparence des choses, de déjouer les
pièges de la perception.
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