027-oryx11 - Terroir

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027-oryx11 - Terroir
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Ctifl
STATION DE CREYSSE
NOYER 2011
CARACTÉRISATION DES TERROIRS DU SUD-OUEST LES PLUS FAVORABLES À LA CULTURE DU NOYER
Guillaume PAGES, Station de Creysse
Marie-Eve BAYLE, stagiaire Station de Creysse
I - Objectifs de l'étude
L’enjeu global de l’étude consiste à mieux appréhender les diversités de performances observées pour
Chandler, Fernor et Lara, variétés plus productives mais autrement exigeantes, à la fois sur les conditions
pédoclimatiques mais aussi sur les pratiques culturales de l’agriculteur que les variétés traditionnelles, et
affiner l’appui technique en verger (choix parcellaire, itinéraire cultural…) afin notamment d’éviter des
échecs de plantation. L’objectif général est donc de caractériser les terroirs du Sud-Ouest les mieux
adaptés à Chandler, Fernor et Lara en définissant d’une part les morphopaysages (zone géographique
définie par sa géologie, sa pédologie et son climat) qui leur sont plus favorables, et en déterminant d’autre
part les pratiques culturales les plus propices aux bonnes performances de celles-ci. Les analyses des
facteurs naturels et humains, puis le croisement de ces différents éléments devraient permettre à terme de
définir les différents terroirs de la zone d'étude et discriminer ceux qui sont favorables ou non à la culture
de ces variétés. Par ailleurs, cette étude pourrait permettre de mieux comprendre la bactériose du noyer
par l’incidence de la situation pédoclimatique et des pratiques culturales sur son expression.
II - Matériel et Méthodes
Depuis 2008, 162 nuciculteurs ayant implanté au moins une des 3 variétés étudiées dans les
départements du Lot, Dordogne et Corrèze, ont été enquêtés (situation générale, présentation du verger,
formation, entretien du sol et du verger, protection sanitaire et récolte), et les pratiques culturales de 362
objets ont ainsi été recensées (parcelle ou fraction de parcelle pour l’obtention d’unités de terroir
homogènes). La surface couverte par l’étude est de 337 ha, et la moyenne d’un objet est de 0,93 ha.
Tableau 1. Répartition des données par variété
Nbre d'exploitations
enquêtées
Nbre
d'objets
Surfaces
(ha)
Total
162
362
337
Fernor
123
181
Lara
82
154
Chandler
20
27
Tableau 2. Répartition des données par département
Nbre d'exploitations
enquêtées
Nbre
d'objets
Surfaces variétés
récentes (ha)
Total
162
362
337 (4,1%)
173
Lot
66
170
169 (6,4%)
130
Dordogne
72
127
123 (2,6%)
34
Corrèze
24
65
45 (5,9%)
En 2009 et 2010, des relevés pédologiques et topographiques de 146 de ces objets, couvrant 130 ha, ont
été effectués ; il a en effet été décidé, pour obtenir rapidement des résultats, de ne prospecter dans un
premier temps que les parcelles en production significative et stable (âge supérieur à 8 ans) et dont la
surface atteignait au minimum 0,20 ha.
L’intégralité des données collectées est stockée sur une base de données Access.
Chaque producteur, dont un verger a été enquêté depuis le début de l’étude, reçoit chaque hiver une fiche
de suivi où il doit notamment renseigner le rendement obtenu au cours de la campagne achevée sur sa ou
ses parcelles sondées. Cette démarche alimente et enrichit continuellement la base de données, et doit
permettre par la suite une analyse plus fine et représentative.
Les variables étudiées sont liées au type de sol, à la situation géographique, au cadastre... ainsi qu’aux
pratiques culturales (nombre d'arbres/ha, rendement en noix sèches/ha...).
La méthode consiste à sélectionner pour chacun des objets des facteurs naturels, des données de
situation et des indicateurs des pratiques culturales pouvant faire l’objet d’un croisement, afin de
déterminer les terroirs (combinaisons de tous des facteurs) les plus favorables à chacune des variétés.
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Création d’indicateurs synthétiques
Afin de pouvoir exploiter les nombreuses données récoltées depuis 2008, des indicateurs ont été créés
selon la méthode suivante : sélection et hiérarchisation des données, regroupement pas type d’information
(paramètres biologiques, anthropiques ou physiques), mise en place d’un barème de notation pour donner
du poids aux paramètres les plus influents, et enfin découpage en classes pour l’analyse statistique et la
future exploitation en SIG. Les notes obtenues sont ensuite entrées dans la base de données, pour
faciliter l’exploitation statistique des informations.
Analyse statistique des données
La plupart des données étant qualitatives, le traitement analytique de ces dernières est réalisé par le biais
de Box plots (statistiques descriptives), d’Analyses de Correspondances Multiples et de matrices de
corrélations (statistiques analytiques).
III - Résultats
Au regard des objectifs prévisionnels, l’intégration des données géomorphologiques dans un système
d’information géographique (SIG), et donc le début des analyses par corrélation géographique, n’a pu être
réalisée. Ce manque s’explique grandement par le retard initié par certaines limites relevées au fil de
l’avancement des travaux, dues principalement à l’insuffisance de précision et fiabilité vis-à-vis des
rendements annuels renseignés par les producteurs, éléments essentiels pour corréler les différents
facteurs aux performances du verger.
Les travaux en 2011 se sont donc axés sur d’autres pistes de combinaisons de facteurs possibles pas
encore explorées, et ne faisant pas intervenir cette notion quantitative de récolte. Ainsi, l’ensemble des
paramètres relatifs notamment aux pratiques culturales et propriétés physiques du sol ont été confrontés à
l’appréciation des nuciculteurs sur le niveau de sensibilité à la bactériose des variétés étudiées présentes
au sein de leur exploitation.
Amélioration de la base de données
La base de données, clé de voûte de l’étude, a fait l’objet d’améliorations pour des raisons de praticité.
Désormais, la structure est organisée selon la figure 1. Les deux facteurs principaux sont l’ "objet" et
l’ "exploitation", ensuite arborisés en sous-facteurs. Il est nécessaire de bien coder les requêtes
pertinentes afin de pouvoir à terme utiliser ces données.
Figure 1. Structure de la base de données
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Indicateurs créés
• Indicateurs des facteurs physiques
Les indicateurs TYPE SOL et FERTI SOL présentent respectivement les données de type physique du sol,
pouvant difficilement être améliorées par amendement, et celles indiquant le degré de fertilité du sol,
pouvant au contraire être facilement améliorées avant implantation. L’indicateur GEOL regroupe en quatre
types les principales formations géologiques sur lesquelles les vergers sont implantés.
• Indicateur des facteurs anthropiques
L’indicateur PRATIQUES résume les pratiques culturales ayant une influence sur le rendement du verger.
Le barème donne du poids aux pratiques les plus impactantes. Pour des raisons de lisibilité, cet indicateur
est divisé en deux sous-indicateurs : pratiques avant implantation (PREPARATION) et pratiques
d’entretien (ENTRETIEN).
• Indicateur des facteurs biologiques
L’indicateur RENDEMENT servira de principale appréciation de la qualité des vergers de l’étude. Pour
pallier au problème du jeune âge de certains vergers, une courbe rendement=f(âge) a été conçue pour la
variété Lara, basée sur les données relevées à la Station de Creysse.
L’indicateur SENSI BACT note la sensibilité à la bactériose, selon l’appréciation des producteurs
renseignée lors de l’enquête.
Corrélations en lien avec la bactériose
L’enquête effectuée a permis d’interroger les producteurs sur leurs observations et ressentis liés aux
attaques de bactériose sur les variétés étudiées qu’ils ont implanté, en comparaison à la variété référence
Franquette présente dans une grande majorité des exploitations.
Avis des exploitants
100%
Forte sensi
90%
Moy sensi
Faible sensi
80%
70%
59%
%
60%
52%
48%
50%
30%
37%
38%
40%
29%
23%
20%
10%
4%
10%
0%
Fernor
Lara
Chandler
Figure 2. Sensibilité à la bactériose par variété, en comparaison à Franquette
C’est Fernor qui est considéré comme étant la variété la moins sensible comparée à Franquette (figure 2) :
seulement 29 % des objets observés sont jugés plus sensibles que Franquette (=’’Forte sensi’’), contre
52 % pour Lara et 59 % pour Chandler (résultat à nuancer de par le faible nombre d’objets pour cette
variété), et presque un quart des objets Fernor sont considérés comme moins sensibles que Franquette.
Tableau 3. Détails de l’indicateur SENSIBACT
SENSIBACT
Modalités
Notation
Points
Sensibilité moindre observée comparé à Franquette
Faible
2
Même sensibilité que Franquette
Moy
1
Sensibilité supérieure comparé à Franquette
Forte
0
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Ce critère est laissé à l’appréciation des producteurs, en comparaison à la sensibilité de la variété
Franquette sur leur exploitation. Avec le barème de notation, une sensibilité FORTE (ou 0 points) signifie
‘’plus forte que Franquette’’, MOY ou MOYENNE (ou 1 point) signifie ‘’comparable à Franquette’’ et
FAIBLE (ou 2 points) ‘’inférieure à Franquette’’ (tableau 3).
Des corrélations ont cherché à être mises en exergue entre ce critère et d’autres facteurs liés au terroir :
ceux inhérents aux pratiques du nuciculteur et ceux liés aux propriétés du sol. Seuls les résultats les plus
probants seront développés synthétiquement dans le présent compte-rendu.
Corrélations pratiques culturales - sensibilité à la bactériose
- Mode d’irrigation : sur les cinq situations rencontrées (non irrigué, aspersion sous frondaison, aspersion
sur frondaison, goutte à goutte et micro-aspersion), les analyses confirment que l’aspersion sur frondaison
peut favoriser la bactériose sur les trois variétés réunies.
- Fertilisation azotée : aucune corrélation n’a pu être mise en évidence concernant le fractionnement des
apports ; les résultats témoignent toutefois qu’une même forte dose annuelle d’azote favoriserait
davantage l’expression de la bactériose sur Fernor que Lara.
Corrélations pédologie - sensibilité à la bactériose
- Taux de calcaire : les sols argilo-calcaires sont propices aux noyers. Les analyses, toutes variétés
confondues, corroborent qu’un taux élevé de calcaire serait défavorable à la bactériose, mais il est
intéressant de constater que ce phénomène se vérifie davantage pour la variété Fernor que pour la variété
Lara (figures 3 et 4) ; néanmoins, on notera que l’échantillon pour Lara est moins représentatif
statistiquement (échantillon moins bien réparti sur les trois classes).
Figure 3. ACM entre sensibilité à la bactériose
et taux de calcaire pour Fernor
Figure 4. ACM entre sensibilité à la bactériose
et taux de calcaire pour Lara
- Type de sol : L’indicateur TYPE SOL regroupe les facteurs TEXTURE, pH et taux de calcaire. Si les
analyses attestent que pour Fernor un sol limono-calcaire serait défavorable à l’expression de la
bactériose à l’inverse d’un sol filtrant (sableux ou limoneux neutre), ils soulignent également que la
sensibilité de Lara serait moins corrélée au type de sol que Fernor.
- Fertilité du sol : les figures 5 et 6 présentent les cartes des corrélations des différents critères de fertilité
du sol et de la sensibilité à la bactériose pour Fernor et Lara. On constate qu’il est difficile d’établir un lien
entre la sensibilité à la bactériose et les facteurs pH, CEC, Calc. et MO. Cependant, comme
précédemment, on remarque que la tolérance de la variété Fernor à la maladie serait davantage liée aux
qualités de fertilité du sol que Lara.
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Pour Fernor, une ACM entre les facteurs TEXTURE, CALC, CEC, MO, pH et avec SENSI en variable
supplémentaire, a mis en évidence qu’une forte sensibilité serait associée à un sol acide filtrant et pauvre
en matière organique ; en revanche, la sensibilité de Lara serait moins assujettie aux qualités du sol.
Avec l’indicateur FERTI SOL, on regroupe la CEC, le taux de matière organique, le taux de saturation, le
taux de minéralisation, et la teneur en azote du sol. En regroupant ces facteurs selon un système de
notation qui permet d’avoir un indice de fertilité du sol, on constate que la sensibilité de Fernor à la
maladie est davantage corrélée à cet indicateur en comparaison à Lara.
Figure 5. Carte des corrélations entre les propriétés du
sol et la résistance de Fernor à la bactériose
Figure 6. Carte des corrélations entre les propriétés du
sol et la résistance de Lara à la bactériose
IV - Conclusion
On retiendra principalement des analyses 2011 que les variétés Lara et Fernor n’ont pas la même
sensibilité aux facteurs physiques du milieu ; la tolérance à la bactériose de Fernor semble être en effet
davantage liée aux propriétés du sol, et en particulier le taux de calcaire. Trop peu de données sont
relevées pour la variété Chandler.
Depuis le lancement de l’étude, plusieurs limites sont apparues. Tout d’abord, l’objectif du projet ne colle
pas aux moyens humains disponibles, et le champ d’investigation trop vaste et ambitieux n’aboutit à
l’heure actuelle sur aucune donnée fiable et sans résultat probant. En considérant les superficies du Lot,
de la Dordogne et de la Corrèze, il y a un facteur de plus de 2 millions entre un objet de 1 ha (0,01 km²) et
l’aire couverte par l’étude (2 029 300 km²). Autre constat : la précision et la fiabilité des rendements
annuels renseignés par les producteurs est insuffisante ; or c’est un élément essentiel pour corréler de
manière pertinente les différents facteurs aux performances du verger.
Il semble avant tout nécessaire de réduire la zone d’étude à un nombre restreint de parcelles
représentatives d’un terroir (triangle Sarlat-Domme-Gourdon, diagonale Terrasson-Hautefort-Excideuil,...).
Ensuite, il faudrait prévoir sur ces parcelles la récolte d’informations fiables, notamment les rendements
précis des objets ciblés. Grâce à la base de données et aux indicateurs mis au point cette année, et à
partir du moment où la méthode sera validée sur une zone donnée, il sera plus facile de répéter
l’expérience jusqu’à couvrir les trois départements.
année de mise en place : 2008
Action
en cours ●
RENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES AUPRES DE : G. PAGÈS - Station Expérimentale de Creysse
Perrical - 46600 Creysse - Tél : 05 65 32 22 22
Mots clés du thésaurus Ctifl : variété, comportement agronomique, teroir
N° action : * 2.03.02.25
Date de création de cette fiche : 05/06/2012
Validité des informations jusqu'à la date suivante : 05/06/2013
Les moyens consacrés à cette action sont à rattacher à la nomenclature suivante :
Diffusion publique totale (internet) ●

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