Histoire de la forêt limousine

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Histoire de la forêt limousine
Histoire de la forêt
limousine
Au commencement était la steppe
L’analyse du pollen contenu dans les tourbières de la montagne limousine permet d’avoir
quelques indications sur la végétation à partir de 10.000 ans environ avant J-C. Il y avait alors
une steppe qui a été colonisée principalement par le bouleau, ainsi que de façon moins
importante par le pin. Le chêne et le noisetier font leur apparition vers 8.000 ans avant J-C.
L’orme s’installe aussi. Ces formations forestières subissent un bouleversement environ 5.000
ans avant J.C, avec la mise en place d’une chênaie diversifiée contenant du tilleul, du frêne, et
de l’aulne, voire de l’érable ; elles indiquent une probable évolution climatique.
L’arrivée du hêtre
Le hêtre commence à arriver environ 3.000 ans avant J-C. Sa dynamique est retardée par
rapport à l’Auvergne, progressive, tant pour des raisons climatiques qu’à la suite très probable
de défrichements à vocation pastorale vers environ 3.500 ans avant J-C. Ces derniers sont
suivis d’une période de recul de l’activité humaine, liée probablement à un refroidissement du
climat, où la forêt recouvre très largement le territoire. Une forte emprise agricole, initiée
entre les IVe et IIe siècle avant notre ère se traduit par une progression de terrains à vocation
pastorale, les mises en culture étant ponctuelles.
Les défrichements se poursuivent pendant la période gallo-romaine. Le noyer et le châtaignier
apparaissent pour la première fois sur le plateau de Millevaches. Une phase de déprise a lieu à
la fin du IIIe siècle de notre ère, avec un retour à la forêt. Elle est assez courte, puisqu’une
reprise agro-pastorale a lieu à partir d’une période estimée au Ve siècle ; elle s’intensifie à
partir des VIe-VIIe siècles. Les surfaces cultivées notamment en seigle progressent. A partir
des Xe-XIIe siècles, il est possible d’avancer une hypothèse de déforestations régulières et
spécialisées ; le hêtre est alors exploité de préférence aux autres essences. L’activité pastorale
est alors largement dominante et suffisamment intensive pour causer, en raison d’un début
d’épuisement des sols, le développement considérable et général sur le plateau de
Millevaches, de landes sèches à callune.
Un déclin de l’activité humaine est constaté entre la fin du XIIIe siècle et le début du XIVe
siècle. Après la guerre de cent ans, nous avons une emprise agricole croissante, qui utilise de
mieux en mieux les potentialités du territoire et qui atteindra son maximum à la fin du XIX e
siècle.
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Une région déboisée
De ce fait, le Limousin n’avait presque plus de forêts pendant le dix-neuvième siècle, surtout
sur la Montagne Limousine. La population déboisait pour cultiver la terre. Seuls quelques
taillis subsistaient, surtout dans les vallées encaissées, afin de satisfaire les besoins en
chauffage et pour les forges et fours à porcelaine. Cependant, le châtaignier avait une grande
importance dans la vie locale, formant avec les raves et le blé noir l’essentiel de la nourriture
du paysan. Il était surtout présent au sud de la ligne reliant Saint-Junien à Bort-les-Orgues, où
les terrains sont les plus chauds.
La situation a commencé à changer avec les effets visibles de l’émigration définitive. La
population a commencé à diminuer au début du vingtième siècle, libérant quelques terres.
Quelques essais de plantations ont été tentés. Pendant ce temps, plusieurs propriétaires
terriens importants évoquent la nécessité du boisement, tant pour assainir les prés humides (le
paludisme était une maladie banale dans la montagne limousine au cours du dix-neuvième
siècle) que pour limiter l’importance des crues de la Loire après une série d’inondations
catastrophiques (la Loire a des levées à partir de Nevers jusqu’à Nantes).
Après la première guerre mondiale, la population continue à décroître sur les plateaux. On
boise surtout dans la Montagne. Les notables locaux font la promotion du reboisement des
parcelles abandonnées. Marius Vazeilles, un ancien garde général des Eaux et Forêts, apôtre
de la forêt paysanne comme complément de revenu pour une région pauvre, est une figure
emblématique du reboisement du plateau de Millevaches. Les anciens parcours à moutons et
les parcelles les plus éloignées des exploitations sont plantées et semées, principalement en
pin sylvestre. Cette essence pionnière était celle qui arrivait le mieux à pousser sur les landes
avec les moyens techniques de l’époque, les autres essences essayées subissant alors des
échecs relativement importants.
Le mouvement s’amplifie dans les années 1950. L’exode rural est important et des fermes
entières ne trouvent plus de cultivateurs pour les mettre en valeur. De plus, à ce moment-là, la
France a besoin de bois pour la reconstruction et pour la pâte à papier. Une taxe spécifique
prélevée sur la vente des bois –appelée Fonds Forestier National -, donc d’autofinancement,
permet d’aider les propriétaires à mettre en valeur leur terrain et à entretenir ainsi leur
patrimoine, tout en ayant l’espoir que cela ferait vivre le pays. Les plantations sont surtout
réalisées avec de l’épicéa ; plus de 150 000 hectares sont ainsi mis en valeur. Dans le même
temps, la forêt s’accroît de façon équivalente par des accrues feuillues sur des terrains
vacants.
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Evolution de la surface boisée en hectares en Limousin entre 1862 et 2003 (sources cadastre,
inventaire forestier national, enquêtes utilisation du territoire, analyse CRPF)
700 000
600 000
500 000
400 000
300 000
Surface (ha)
200 000
100 000
Inventaire
forestier 2002-03
Inventaire
forestier 1990-91
Inventaire
forestier 1980-81
Statistique
agricole 1974
Inventaire
forestier 1963-65
Cadastre 1948
Cadastre 1908
Statistique
forestière 1878
Cadastre 1862
0
A la fin des années 70, la forêt a pratiquement atteint sa surface actuelle ; elle est devenue une
composante majeure de la région.
La tempête des 6 et 7 novembre 1982 est un déclencheur de l’essor de la filière bois régionale.
Il y a un développement fort des exploitations forestières, des scieries de conifères, ainsi que
des éclaircies dans les résineux. Le douglas devient la première essence de boisement de la
région ; il a mieux résisté à la tempête que l’épicéa commun, il pousse plus vite et les qualités
de son bois commencent à être appréciées des scieurs. Les agriculteurs se désengagent
progressivement de la forêt.
Schématiquement, la surface de la forêt régionale a triplé en un siècle. La moitié de cette
augmentation de surface correspond à des plantations qui ont eu pour but de mettre en valeur
les terrains vacants, l’autre moitié étant des accrues sur des terrains abandonnés.
Dans le même temps, l’autosuffisance en bois commence à être atteinte notamment grâce au
succès des politiques de boisement des terrains vacants en Europe engagées après la seconde
guerre mondiale. Cette situation, totalement nouvelle dans l’histoire de la forêt, donne aux
propriétaires, à partir des années quatre-vingts, la possibilité d’exprimer leurs autres besoins
et désirs, que ce soit par rapport à leur perception du paysage que par rapport à leur vision de
leur environnement. La tempête du 27 décembre 1999 a simplement révélé cette évolution.
Nous voyons ainsi que l’histoire de la forêt limousine, et donc son importance, est étroitement
liée à l’action humaine. Celle-ci limite son extension par les défrichements. En même temps,
les différentes sylvicultures pratiquées ont une influence sur les caractéristiques de cette forêt.
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(source, Sandrine Pénys, 2002)
Voir aussi
- Histoire de la forêt française
- Histoire de la châtaigneraie limousine
- Les noms de lieux et la forêt en Limousin
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Retour vers les généralités.
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