Chroniques bleues Didier Deschamps, parce qu`il ne lâchait rien

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Chroniques bleues Didier Deschamps, parce qu`il ne lâchait rien
Chroniques bleues
Didier Deschamps, parce qu’il ne lâchait rien
vendredi 15 octobre 2010, par Bruno Colombari
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103 sélections, 54 fois capitaine, champion de tout, la Dèche n’était certainement pas le meilleur joueur français.
Mais pour l’empêcher de gagner, mieux valait se lever de bonne heure. Désormais sélectionneur, il va tenter de faire
aussi bien que sur le terrain.
Son apport :
D’un point de vue technique, l’équipe de France a connu de nombreux milieux défensifs aussi bons, voire meilleurs, que Didier
Deschamps. Celui-ci se situe dans une moyenne honnête, sans plus, bon récupérateur avec un très gros volume physique, ce qui le
rapproche d’un Makelele ou, il y a plus longtemps, d’un Bathenay.
C’est au niveau du mental et de l’influence sur le terrain que Deschamps fait la différence. Capitaine pour la première fois à 25 ans
en 1994 (il l’était déjà à l’OM l’année précédente lors de la victoire en finale de la C1 à Munich), il a littéralement pris en main
l’équipe entre 1996 et 2000, servant de relais au sélectionneur sur le terrain. Ce n’est pas un hasard si c’est le seul capitaine à avoir
gagné deux trophées majeurs avec la sélection nationale.
Son influence se mesure aussi au fait que le seul match de phase finale qu’il ait manqué [1] est la demi-finale de l’Euro 1996 contre
la République tchèque. Les Bleus la perdront aux tirs au but après n’avoir jamais réussi à inquiéter leur adversaire.
Avec Blanc et Desailly derrière lui, il a formé le triangle défensif axial le plus redoutable de l’histoire des Bleus, encore plus fort que
le « carré magique » défensif de 1986 (Bossis-Battiston-Fernandez-Tigana). Ce n’est qu’après un Euro 2000 plutôt moyen sur le plan
du jeu qu’on a mesuré son influence sur l’équipe.
Sans lui et sans Laurent Blanc, les Bleus vont vivre un temps sur leurs acquis avant de sombrer en 2002. Et depuis, ni Desailly, ni
Zidane, ni Vieira, et encore moins Henry ou Evra ne parviendront à prendre le relais. Recordman du nombre de matches joués avec
le brassard de capitaine (53), Didier Deschamps est le dernier meneur d’hommes des Bleus. A ce jour, on est bien en peine de
deviner qui pourra lui succéder.
Ses sélections :
103 sélections sur une amplitude de 120 matches, soit 85,8% de présence, 17 matches manqués en 11 ans : la carrière de
Deschamps est l’une des plus denses du football français. Il est le premier à franchir le cap des cent sélections fin juin 2000 contre
le Portugal à Bruxelles.
Joueur
Sel
Tps
jeu
mn
3
Marcel Desailly
116
10025
99%
78
26
12
3
52
4
Zinedine Zidane
108
8507
94%
73
27
8
31
25
5
Patrick Vieira
107
7654
80%
65
26
16
6
21
6
Didier Deschamps
103
8362
92%
68
23
12
4
54
7
Bixente Lizarazu
97
7645
85%
65
23
9
2
1
8
Laurent Blanc
97
8237
94%
62
25
10
16
9
9
Sylvain Wiltord
92
5017
60%
64
16
12
26
1
%
tit
G
N
P
Buts
Cap
Voir le tableau des joueurs
Classement des buteurs :
Avec quatre buts marqués en 103 matches, Didier Deschamps n’occupe que la 99ème place du classement des buteurs. On le
retrouve en bonne compagnie, précédé par le trio Lebœuf-Michel-Trésor. Il devance trois joueurs plus confidentiels, dont Célestin
Oliver et deux internationaux du début du vingtième siècle.
Joueur
Buts
Sel
buts/
match
CF
Pe
2
3+
96
Franck Lebœuf
4
50
0,08
0
1
1
0
97
Henri Michel
4
58
0,07
0
0
0
0
98
Marius Trésor
4
65
0,06
0
0
0
0
99
Didier Deschamps
4
103
0,04
0
0
0
0
100
Célestin Oliver
3
5
0,60
0
0
1
0
101
Charles Bardot
3
6
0,50
0
0
1
0
102
Juste Brouzes
3
6
0,50
0
0
1
0
Voir le tableau des buteurs
Son équipe préférentielle :
Blanc-Deschamps, c’est vraiment le duo-clé de l’équipe de France. Ils débutent tous les deux quasiment en même temps (en février
1989 pour Blanc, en avril pour Deschamps), terminent ensemble (en septembre 2000 à la 57ème minute de France-Angleterre), et
vont passer sur le pré pas moins de 6366 minutes côte à côte, soit plus de 106 heures réparties sur 82 matches ! L’équipe
préférentielle de Deschamps comporte d’ailleurs cinq autres partenaires à plus de 50 matches en commun, auxquels il faut ajouter
Barthez et Petit pour compléter le tableau France 98.
A noter toutefois la présence, en pointe, du duo Papin-Cantona, très loin devant les champions du monde Dugarry (23), Trezeguet
(15) et Guivarc’h (10). Rappelons que le critère principal n’est pas le nombre de matches joués mais le temps passé en commun. A
ce classement-là, Bernard Lama arrive d’ailleurs huitième, juste derrière Barthez.
Ses sélectionneurs :
Appelé en Bleu pour la première fois par Michel Platini à 20 ans et six mois, Didier Deschamps aura connu trois autres
sélectionneurs, ce qui n’est pas considérable pour un joueur ayant dépassé les cent sélections. C’est avec Aimé Jacquet qu’il jouera
le plus souvent, 40 matches, toujours comme titulaire. Auparavant, il avait joué les douze matches du mandat de Gérard Houllier,
mais c’est avec Roger Lemerre qu’il obtiendra les résultats les plus probants, remportant 70% des 27 matches joués, n’en manquant
aucun, même pas le Pays-Bas-France de juin 2000 où il entra à la 90ème minute !
Son premier match : 29 avril 1989, France-Yougoslavie
Quand arrive le printemps 1989, les Bleus de Michel Platini sont mal partis. Après un nul contre Chypre et deux défaites en
Yougoslavie et en Ecosse, ils doivent absolument vaincre la bande à Safet Susic pour pouvoir espérer encore. Malmenés dans le jeu,
inefficaces devant, ils s’en tirent avec un 0-0 logique. Papin est malade et Cantona purge son année de suspension. Deschamps
étrenne sa première sélection en entrant à un quart d’heure de la fin à la place de Daniel Xuereb. Saint-Denis et Rotterdam sont à
l’époque à des années-lumières du Parc des Princes.
Son match référence : 10 février 1999, Angleterre-France
Ce n’est bien sûr pas le match le plus important des 103 joués par Deschamps, mais c’est sans doute un des plus accomplis. Sept
mois après le titre mondial, ce déplacement amical à Wembley prend des allures de test, contre une sélection britannique qui
s’estimait alors meilleure que les Bleus. Si la première mi-temps est équilibrée, la deuxième période tourne à la démonstration avec
un doublé d’Anelka et une mainmise totale des Français sur le jeu. A 2-0, les Anglais ne voient plus le ballon que les Bleus
confisquent et font tourner comme le fera la grande équipe d’Espagne aujourd’hui.
Son dernier match : 2 septembre 2000, France-Angleterre
C’est le terme officiel de sa carrière, même si en réalité celle-ci s’est achevée un soir de juillet à Rotterdam. On se souvient de la
longue discussion entre Roger Lemerre et son capitaine, au milieu de la pelouse, après la remise de la coupe d’Europe des nations.
Le second voulait tout arrêter, exaspéré par les critiques dont il avait l’objet depuis près d’un mois. Le premier savait qu’il allait
perdre gros avec le départ conjugué de Blanc et de Deschamps. Résultat : un compromis consistant à assurer les deux prochaines
rencontres, à Marseille contre une sélection mondiale et à Saint-Denis contre l’Angleterre.
Sept minutes après le début de la deuxième période, le match est interrompu pour saluer la sortie, bouquet de fleurs à la main, de
l’actuel sélectionneur national et de l’entraîneur de l’OM. Quand Manu Petit ouvrira le score, quelques instants plus tard, il se
précipitera vers le banc pour les saluer. Peine perdue : la Dèche et le Président ont déjà rejoint le vestiaire. Pour eux, la page des
Bleus est tournée.
Et après ?
Déjà relais du sélectionneur sur le terrain, capitaine très précoce en club et en sélection, il était inéluctable que Deschamps finisse
par diriger une équipe depuis le bord du terrain. Ce qu’il fait avec Monaco, qu’il mène en finale de la Ligue des Champions 2004. Il
aide ensuite la Juventus à retrouver la Série A en 2007, offre un titre de champion de France à l’OM en 2010 et succède à Laurent
Blanc en équipe de France à l’été 2012. Il ne lui manque plus qu’à gagner quelque chose avec elle. On lui fait confiance.
P.-S.
Légende des tableaux et des graphiques :
J : matches joués - G : gagnés - N : nuls - P : perdus - B : buts marqués - b/m : moyenne de buts par matches - C : capitaine. Dans les
graphiques, le bleu représente les victoires, le gris les matches nuls et le rouge les défaites.
Notes
[1] hormis le France-Danemark de 1998, mais les Bleus étaient déjà qualifiés pour les huitièmes de finale.