plan strategique national de lutte antitabac

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plan strategique national de lutte antitabac
BURKINA FASO
MINISTERE DE LA SANTE
PLAN STRATEGIQUE NATIONAL
DE LUTTE ANTITABAC
2009-2013
Mai 2009
TABLE DES MATIERES
PREFACE
LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
INTRODUCTION
I
GENERALITES
1.1 Définitions
1.2 Aperçu sur l’historique du tabac
1.3 Epidémiologie du tabagisme dans le monde
1.4 Composition du tabac
1.5 Pathologies liées au tabac
1.6 Le tabagisme comme problème social
1.7 Mesures de lutte contre le tabagisme
II
CONTEXTE DE LA LUTTE ANTITABAC
2.1 Contexte international
2.2 Contexte national
2.2.1 Présentation générale du Burkina Faso
2.2.2
Données sanitaires
2.2.3 Profil épidémiologique
2.3
Situation du tabac et du tabagisme au Burkina Faso
2.3.1
Prévalence
2.3.2
Morbidité et mortalité
2.3.3
Données économiques
2.3.4
Données législatives et réglementaires
2.4 Situation actuelle de la lutte antitabac au Burkina Faso
2.5 Forces, opportunités, faiblesses et menaces pour la lutte antitabac au Burkina Faso
2.6 Problèmes prioritaires
III
PLAN STRATEGIQUE ANTITABAC
3.1
But
3.2
Objectif Général
3.3
Objectifs spécifiques
3.4
Stratégies et domaines d’interventions
3.5
Mécanismes de mise en oeuvre
3.5.1
Cadre institutionnel
3.5.2
Cadre de mise en œuvre
3.6
Suivi et évaluation
IV.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
2
PREFACE
De par le monde, la prise de conscience sur les méfaits du tabac sur la santé est établie. Des études
scientifiques bien conduites ont permis de décrire ces méfaits qui affectent tous les organes du
corps humain. Face à cette situation, les pays industrialisés ont entrepris depuis plusieurs
décennies la mise en œuvre d’interventions antitabac afin de protéger leurs populations des
méfaits de ce produit toxique malheureusement licite dans sa commercialisation et sa
consommation. Ces mesures comportent des aspects législatifs, mais aussi des aspects de
communication à l’endroit des populations, notamment jeunes afin de les soustraire de l’initiation
au tabagisme. Confrontées à la réglementation de plus en plus rigide dans les pays développés,
l’industrie du tabac s’est rabattue sur les pays en développement où la prévalence du tabagisme est
en croissance surtout chez les jeunes.
Au Burkina Faso, les données disponibles montrent que la prévalence du tabagisme est élevée.
Elle est surtout élevée dans le sous-groupe des adolescents et des jeunes qui sont fragiles face aux
multiples stratégies de l’industrie du tabac pour accroître la consommation du tabac.
Face à cette situation et en conformité avec les objectifs du plan national de développement
sanitaire, le Ministère de la Santé a élaboré le présent plan stratégique de lutte antitabac au
Burkina Faso dont l’objectif est de lutter contre le tabagisme et ses conséquences sanitaires au
Burkina Faso. Ce plan se veut un cadre de fédération de l’ensemble des interventions pour réduire
le tabagisme au sein des populations. Il constitue un outil pour tous les acteurs de la lutte antitabac
et devrait faciliter la mise en œuvre d’actions synergiques. Certes, certains trouveront que ce plan
comporte des insuffisances, mais je voudrai dire qu’il n’y a pas de plan parfait. Un plan est par
nature le fruit de choix parfois difficile. Ce qui importe, c’est qu’il permette aux acteurs d’agir.
Aussi, j’invite tous les démembrements du Ministère de la santé, les acteurs des autres
départements ministériels et l’ensemble des partenaires techniques et financiers à soutenir ce plan
stratégique et à travailler pour sa mise en œuvre effective. Protéger les générations présentes et
futures des méfaits du tabagisme est une de nos responsabilités que nous devons tous assumer.
Seydou BOUDA ./Commandeur de l’ordre national
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LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
ABSP
Association Burkinabé de Santé Publique
AVC
Accident Vasculaire Cérébral
BPCO
Broncho Pneumopathie Chronique Obstructive
CCLAT
Convention Cadre de Lutte Anti-Tabac
CHR
Centre Hospitalier Régional
CHU
Centre Hospitalier Universitaire
CMA
Centre Médical avec Antenne chirurgicale
CRDI
Centre de Recherche pour le Développement International
CSPS
Centre de Santé et de Promotion Sociale
CO
Monoxyde de carbone
DSF
Direction de la Santé de la Famille
F CFA
Franc de la Communauté Francophone d’Afrique
FESPACO
Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou
GYTS
Global Youth Tobacco Survey
HTA
Hypertension artérielle
IEC
Information Education Communication
INSD
Institut National de la Statistique et de la Démographie
MABUCIG
Manufacture Burkinabé de Cigarettes
OMS
Organisation Mondiale de la Santé
ONG
Organisation Non Gouvernementale
ORL
Oto-Rhino-Laryngologie
RGPH
Recensement Général de la Population et de l’Habitat
SIDA
Syndrome d’Immunodéficience Acquise
UACT
Union des Associations Contre le Tabac
VEMS
Volume Expiratoire Moyen par Seconde
VIH
Virus de l’Immunodéficience Humaine
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INTRODUCTION
Le tabagisme est un fléau reconnu dans l’ensemble des pays du monde. C’est un problème de
santé publique qui affecte surtout la couche jeune des populations. Il est la cause reconnue de
plusieurs maladies parmi lesquelles les maladies cardio-vasculaires, les maladies cancéreuses et
les maladies broncho-pulmonaires. Le tabac affecte également la santé de la reproduction avec
comme conséquence des accouchements prématurés, des avortements spontanés, des décès fœtaux
et périnatals. Le tabagisme a également des conséquences sociales liées à la dépendance rapide
qu’il crée, faisant du consommateur un toxicomane.
Le tabac est donc un produit dangereux malheureusement licite. Les non consommateurs exposés
à la fumée de tabac courent autant que les consommateurs les mêmes risques de développer des
pathologies graves.
Face à l’ampleur du tabagisme, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a suscité et conduit
l’élaboration et l’adoption d’une Convention Cadre de Lutte Antitabac (CCLAT) par les Etats
membres.
Le Burkina Faso, pays à ressources limitées, est touché par l’épidémie du tabagisme tout comme
les autres pays en développement. Les données épidémiologiques disponibles montrent que ce
sont les couches jeunes de la population qui sont les plus affectées. Afin de préserver les
générations présentes et futures du Burkina Faso contre les méfaits du tabagisme, il est urgent
d’agir en développant des interventions antitabac efficaces. C’est dans ce cadre que le Ministère
de la Santé avec l’appui de ses partenaires, a entrepris l’élaboration d’un plan stratégique de lutte
antitabac. Ce plan, premier du genre au Burkina Faso couvre la période 2009-2013. Il définit le
cadre d’une action multisectorielle et pluridisciplinaire concertée. Sa déclinaison en projets et
plans d’action annuels pour les différents secteurs d’activités permettra d’accroître son
opérationnalisation.
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I. GENERALITES
1.1 Définitions
1.1.1 Le tabac
Le tabac est une plante herbacée de la famille des solanacées, consommé à l'origine exclusivement
sur le continent américain. C’est une plante originaire d’Amérique, haute et à larges feuilles, qui
contient un alcaloïde toxique, la nicotine. Les feuilles de tabac sont travaillées et présentées sous
diverses formes pour la consommation : tabac à priser, tabac à chiquer, tabac à fumer, tabac à
mâcher.
1.1.2 Le tabagisme
Le tabagisme est l’intoxication aiguë ou chronique consécutive à une consommation de tabac. Il se
manifeste par des troubles physiologiques et psychiques. On parle également de nicotinisme. Le
tabagisme passif est l’inhalation par des non fumeurs de la fumée de tabac. Ces non fumeurs
courent les mêmes risques que les fumeurs.
1.1.3 La lutte antitabac
La lutte antitabac est l’ensemble des stratégies et actions visant la réduction de l’offre, de la
demande et des effets nocifs du tabac afin d’améliorer la santé d’une population en réduisant ou en
éliminant sa consommation des produits de tabac et l’exposition de celle-ci à la fumée de tabac.
1.2 Aperçu sur l’historique du tabac
Les premières mentions de l’usage du tabac sont relatées par Christophe Colomb en 1492. En
1550, Bartolomé de las Casas décrit la survenue d'un état de dépendance chez ses usagers. La
plante est introduite en France en 1556 par André Thevet, pour un usage médicinal. C'est en 1820
que Richelieu met en place les premières taxes sur le tabac.
Les premières cigarettes sont consommées en France à partir de 1830, puis la consommation
connaît un développement important à partir de 1840 avec la production industrialisée.
Le tabac est rentré en Afrique parallèlement aux mouvements de colonisation.
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1.3 Epidémiologie du tabagisme dans le monde
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de fumeurs de tabac dans le monde
est actuellement estimé à 1,1 milliard d'individus et devrait atteindre 1,64 milliard d'ici 2025.
Aucune autre drogue ne s'est appuyée sur un système industriel et commercial aussi puissant que
le tabac.
En 2002, le tabac aurait tué 4,9 millions de personnes dans le monde dont 50% dans les pays en
développement. En l’absence de mesures vigoureuses, le nombre de décès dus au tabac atteindra
10 millions en 2020, dont 70% dans les pays en développement. Selon l’OMS, le tabagisme des
hommes baisse progressivement dans la plupart des pays, tandis que le tabagisme féminin connaît
un accroissement. En 2000, la prévalence du tabagisme chez les hommes en Afrique était estimée
à 29% contre 7% chez les femmes.
Le nombre de décès dans ce continent du fait de la
consommation de tabac était estimé à 200.000 personnes pour la même année.
L’âge d’initiation au tabagisme est précoce dans la plupart des pays. Dans les pays industrialisés,
des enquêtes ont montré que l’initiation au tabac commence dès l’âge de 11 ans pour devenir
importante à partir de 13-15 ans. Ainsi, on a pu noter qu’en moyenne, 12% des adolescents ont
leur première expérience tabagique à 11 ans (15% des garçons et 9% des filles), 33% à partir de 13
ans (30% des garçons et 32% des filles), 54% à partir de 15 ans (55% des garçons et 54% des
filles). A partir de 15 ans la consommation devient quotidienne pour 14% des adolescents tout
sexe confondu.
Les facteurs qui favorisent la consommation du tabac chez les jeunes et les adolescents sont entre
autres :
- Le tabagisme des parents,
- des personnes « modèles » (enseignants, sportifs, musiciens, leaders politiques)
- des pairs.
- La consommation de tabac dans l’environnement des jeunes a un effet d’entrainement de
ceux-ci qui s’identifient à ces personnes.
En outre, dans les pays en développement d’autres facteurs supplémentaires augmentent la
consommation du tabac chez les jeunes. Il s’agit entre autres de:
7
-
la vente en détail des produits du tabac,
-
la publicité sous toutes ses formes,
-
l’utilisation de certaines vedettes comme support de cette publicité.
1.4 La composition du tabac
La composition chimique du tabac est très complexe. Son analyse peut concerner la plante fraîche
ou séchée, de même que le tabac de la cigarette et ses additifs. Cependant, si la chimie du tabac est
examinée sous l’angle de la dépendance, c’est l’analyse de ce à quoi le fumeur est exposé qui
importe et c’est donc à la chimie de la fumée de cigarette qu’il convient de s’intéresser.
La fumée de tabac contient plus de 4000 substances chimiques parmi lesquelles on peut retenir :
− la nicotine,
− le monoxyde de carbone (CO),
− des irritants,
− des substances cancérigènes,
− des N-nitrosamines.
Ce sont ces substances qui sont à l’origine des effets néfastes décrits chez les personnes exposées
à la fumée du tabac.
Toutes les formes de tabac fumé ont une dangerosité équivalente, avec quelques nuances. Les
fumées de tabacs bruns, de pipe et de cigare, bien que plus toxiques, sont en général peu inhalées
en raison de leur âcreté et de leur PH alcalin, qui permet une absorption de la Nicotine dès la
muqueuse buccale. Cependant, un fumeur de cigarettes qui passe à cette forme de tabac
conservera son habitude d'inhaler profondément.
1.5 Les pathologies liées au tabac
Le tabagisme est la cause de plusieurs pathologies dont les plus fréquentes sont les cancers, les
maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires. Il affecte également la santé sexuelle et
reproductive.
1.5.1 Les cancers
Le cancer bronchique primitif est certainement la maladie dont le lien causal avec le tabagisme est
le plus marqué. Quatre vingt cinq pour cent des cancers bronchiques sont attribuables au tabac.
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Le tabac et l’alcool ont une action synergique sur le développement des cancers des voies
aérodigestives supérieures (cancers ORL et de l’oesophage).
Le tabac est également incriminé dans la survenue des cancers de la vessie, du rein, du pancréas,
du col de l’utérus.
1.5.2 Les maladies respiratoires non cancéreuses
Le tabac a une responsabilité majeure dans la survenue des broncho-pneumopathies chroniques
obstructives (BPCO). L'accélération du déclin du VEMS chez le fumeur est prouvée de même que
son ralentissement à l'arrêt du tabac. Environ 10 à 15 % des fumeurs développent une obstruction
bronchique chronique.
1.5.3 Les complications cardio-vasculaires
Le tabac est l'un des facteurs de risque dans le développement d'une HTA, d'une maladie
coronarienne, d'une artériopathie chronique des membres inférieurs et des troubles de l’érection.
La diminution du taux de goudron des cigarettes ne modifie pas l'incidence de l'infarctus du
myocarde chez le fumeur.
Chez la femme, le tabagisme associé à la prise de pilule contraceptive multiplie par 20 le risque
d'accident vasculaire cérébral (AVC) et cette association est fortement déconseillée.
1.5.4 Effets du tabagisme sur la mère et l'enfant
Le tabagisme est responsable d'une diminution de la fécondité, d'une augmentation des
avortements spontanés et d'une mortalité périnatale et néonatale plus importante. Le poids de
naissance est faible et inférieur à la moyenne d'environ 150 à 250 grammes. Un syndrome de
sevrage peut s'observer chez l’enfant à la naissance. La mort subite du nourrisson est fréquente
lorsque l'enfant a été exposé in utéro au tabagisme de sa mère. Les leucémies et les tumeurs
cérébrales sont fréquentes chez les enfants exposés in utéro.
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1.6 Le tabagisme comme problème social
La consommation du tabac constitue un problème social. Le fait de fumer est souvent considéré
comme socialement valorisant, d’où la tentation pour les jeunes de considérer cette conduite
comme normale. Parmi les fumeurs se trouvent souvent des parents, des éducateurs, des vedettes
et personnalités politiques, etc. Les jeunes progressivement prennent ces gens comme modèles et
s’initient ainsi au tabagisme. De l’initiation à l’expérimentation répétée, il s’installe une habitude
psychologique de consommation qui transforme le jeune en toxicomane avec toutes les
conséquences liées à cet état.
1.7 Mesures de lutte contre le tabagisme
Pour une lutte efficace, les expériences de divers pays montrent que des stratégies diverses et
complémentaires, attaquant en synergie toutes les facettes du problème, doivent être déployées
intensivement et simultanément, Ce sont les mesures fiscales et législatives, les animations
communautaires, l’information et l’éducation, la communication de masse, etc. Cette approche
globale est nécessaire et fait l’objet d’un consensus. La stratégie de l’OMS dite stratégie
MPOWER repose sur six axes les plus efficaces pour faire reculer l’épidémie de tabagisme.
-
Monitoring : surveillance de la consommation de tabac et mise en œuvre de politiques de
prévention ;
-
Protecting : protection des populations contre la fumée de tabac ;
-
Offering : offre d’aide à ceux qui veulent arrêter de fumer ;
-
Warning : mise en garde contre les méfaits de tabac ;
-
Enforcing : interdiction de la publicité en faveur du tabac, la promotion et le parrainage ;
-
Raising : augmentation des taxes sur le tabac
Dans cette vision, deux cibles sont à considérer :
− l’individu,
− l’environnement de cet individu.
Les stratégies du volet ciblant l‘individu sont la communication pour le changement de
comportement ainsi que la prise en charge des conséquences du tabagisme. Les moyens sont les
programmes et projets d’animation en milieu scolaire, documentation, campagnes médiatiques,
affichage, activités thématiques promotionnelles, services de soutien à la cessation du tabagisme,
services de prise en charge des conséquences du tabagisme, etc.
10
Les stratégies du volet ciblant l’environnement ont un caractère réglementaire ou législatif. Elles
appellent des mesures touchant :
− La production du tabac y compris la culture,
− l’accessibilité des produits du tabac (prix et taxes, lieux et modalités de vente, âge
minimum pour l’achat, emballage, etc.),
− la promotion de ces produits (publicité, commandite, produits dérivés, promotion des
ventes, étalage, friandises imitant les produits de tabac, etc.),
− l’information à leur sujet (renseignement et avertissement sur les emballages)
− ainsi que la protection contre l’exposition à la fumée de tabac dans l’environnement
(limitation de l’usage du tabac, particulièrement dans les lieux fermés).
La législation constitue donc une approche stratégique fondamentale dans la lutte contre le
tabagisme, l’Etat ayant recours à ce pouvoir de structuration de l’environnement afin de
contrecarrer les stratégies de marketing de l’industrie du tabac. C’est dans ce cadre qu’il faut
comprendre l’adoption par divers pays de lois antitabac ainsi que l’adoption de la convention
cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.
II. CONTEXTE DE LA LUTTE ANTITABAC
2.1 Contexte international
Le contexte international actuel est favorable à la lutte antitabac. L’adoption de la Convention
Cadre de l’OMS pour la Lutte Antitabac (CCLAT) en 2003 et sa ratification par la majorité des
pays constituent un acquis important dans la lutte. L’entrée en vigueur de la CCLAT a eu lieu le
27 février 2005. L’adoption de la CCLAT fait suite à la prise de conscience des pays de la
responsabilité du tabagisme dans la survenue de pathologies lourdes telles que les cancers de
même que les conséquences économiques et environnementales désastreuses.
Avant l’adoption de la CCLAT, plusieurs actions étaient déjà entreprises dans les pays développés
généralement sous la pression de la société civile. On peut entre autre citer l’adoption en 1988 au
Québec d’une loi règlementant les produits de tabac, d’une loi sur la santé des non-fumeurs et
l’adoption en 1991 en France de la loi Evin. On peut citer également les actions de la Food and
Drug Administrtion aux Etats-Unis qui a produit une importante documentation sur les méfaits du
tabac, ce qui a conduit à des poursuites contre les firmes de tabac dès le début des années 90.
La plupart des pays développés ont pris des mesures pour protéger leurs populations des méfaits
du tabagisme. Une dynamique forte est engagée par ces pays pour réduire la prévalence du
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tabagisme au sein des populations. Cette dynamique est soutenue par des associations de lutte
antitabac qui se sont engagées à soutenir les pays en développement devenus des zones de
prédilection des firmes de tabac pour la promotion de leurs produits.
2.2 Contexte national
2. 2.1 Présentation générale du Burkina Faso
Situé au coeur de l’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso s’étend sur une superficie de
274 200 km2. Il partage ses frontières avec six pays. En 2006, sa population était estimée à
14 017 262 d’habitants dont 51,7% de femmes et 48,3% d’hommes. Le taux d’accroissement a été
estimé à 3,1% (RGPH 2006). La majorité de cette population est jeune. En effet, les jeunes de 1024 ans représentent 31,3%.
Avec un revenu annuel par tête d’habitant estimé à 303,3 USD, le Burkina Faso fait partie des
pays les plus pauvres de la planète. En 2003, 46,4% de la population se trouvait en dessous du
seuil de pauvreté absolu estimé à 82 672 F CFA (INSD 2003). Cet indice était plus élevé en milieu
rural (52,3%) qu’en milieu urbain (19,9%), chez les femmes (47,1%) que chez les hommes
(46,4%).
Sur le plan administratif, le pays est subdivisé en circonscriptions administratives (les villages, les
départements, les provinces et les régions) et en collectivités locales (la commune et la région).
Depuis 2006, le pays s’est engagé dans la communalisation intégrale, mettant ainsi en place 351
communes dirigées par des conseils municipaux.
Dans le domaine de l’éducation, le système éducatif entretient encore de fortes disparités selon le
sexe, les zones géographiques et le milieu de résidence. La qualité et la pertinence demeurent des
questions de préoccupation constante du système éducatif. L’inadaptation du contenu de
l’éducation au contexte socio-économique est souvent incriminée dans l’augmentation du niveau
du chômage. Les jeunes diplômés ne trouvent pas de travail sur le marché de l’emploi et restent
fragiles devant les initiatives parfois malveillantes de certains groupes parmi lesquels l’industrie
du tabac.
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2.2.2 Le système de santé
Le système public de santé, de type pyramidal s’articule autour de trois niveaux.
• Le niveau périphérique regroupe 63 districts sanitaires dont les équipes cadres ont la
responsabilité de la mise en œuvre opérationnelle des programmes de santé.
• Le niveau intermédiaire comporte 13 régions sanitaires organisées en directions régionales
de la santé chargées de la coordination et de l’appui aux districts.
• Le niveau central, organisé autour du cabinet du Ministre de la santé et du Secrétariat
général, est chargé de l’élaboration des politiques, de la mobilisation des ressources, du
contrôle de gestion et de l’évaluation des performances.
Les structures publiques de soins sont organisées en trois niveaux : le premier niveau qui est
constitué des centres de santé et de promotion sociale ou CSPS (au nombre de 1268 en fin 2007)
et des centres médicaux avec antenne chirurgicale ou CMA (42), jouent le rôle d’interface avec la
communauté ; le deuxième niveau est représenté par les centres hospitaliers régionaux ou CHR
(09) ; le troisième niveau est constitué par les Centres Hospitaliers Universitaires CHU (03). Le
Service de Santé des Forces Armées Nationales, l’Office de Santé des Travailleurs et la Caisse
Nationale de Sécurité Sociale contribuent à l’offre de soins à travers leurs propres institutions.
A côté du secteur public, existe un secteur privé qui est passé de 19 structures en 1985 à 372 en
2007. Ce secteur comprend les cliniques privées à but lucratif, les institutions de soins relevant
d’associations et d’ONG à but non lucratif, les établissements de soins confessionnels. Il existe
une collaboration assez développée entre les secteurs public et privé à travers les rencontres de
concertation, l’offre de soins et le renforcement des compétences.
Avec l’avènement du VIH/SIDA, plusieurs associations sont constituées et contribuent aux
activités de promotion de la santé et d’offre de soins.
La médecine et la pharmacopée traditionnelles sont reconnues depuis 1994 par le code de la santé
publique et jouent un rôle important, notamment en zone rurale. L’Etat est impliqué dans
l’organisation de ce secteur avec la mise en place d’une direction centrale, l’élaboration d’un
projet de loi régissant la pratique de la médecine traditionnelle et le regroupement des
tradipraticiens en associations.
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2.2.3 Profil épidémiologique
Le Burkina Faso est dans une phase de transition épidémiologique, marquée par la persistance des
maladies infectieuses et parasitaires évoluant sous un mode endémo-épidémique, et le
développement des maladies chroniques liées à des modifications profondes des comportements
notamment alimentaires. Les pathologies liées au tabac, bien que non documentées, représentent
une part non marginale.
2.2.4 Situation du tabac et du tabagisme au Burkina Faso
Prévalence
Les données disponibles sur la prévalence du tabagisme concernent certains sous-groupes de la
population. Ces données indiquent néanmoins une tendance de la consommation tabagique au
Burkina Faso. En 1996, Sondo et col. trouvaient une prévalence de 13,6% chez les jeunes de 11 à
25 ans en milieu scolaire. En 2000, Ouédraogo et col. dans une population de jeunes de 12 à 30
ans du milieu scolaire et informel notaient une prévalence de 36,7%. L’Association Burkinabé de
Santé Publique (ABSP), en milieu scolaire chez les élèves âgés de 12 à 15 ans rapportait en 2001
une prévalence de 20,3% chez les élèves de 12-15 ans.
En 2006, dans la population des élèves de 13 à 15 ans, 17,3% étaient des consommateurs de
produits de tabac et 12,2% des fumeurs de cigarettes (GYTS 2006).
Malgré les limites de ces études, les résultats indiquent que le tabagisme constitue une réalité au
Burkina Faso et touche la frange jeune de la population.
Morbidité et mortalité
Au Burkina Faso, il n’existe pas de données spécifiques suffisantes indiquant les conséquences du
tabac sur la santé des populations. Les sources de données présentées ici portent sur quelques
études scientifiques sur des cas de cancers bronchiques.
Dans une étude menée au Centre Hospitalier National Yalgado OUEDRAOGO dans laquelle
l’endoscopie bronchique a été utilisée, OUEDRAOGO et col. rapportent sept cas de cancers
bronchiques chez des hommes fumant en moyenne 25 paquets-années de cigarettes pour une
période d’exposition de 15 ans environ. Dans la même étude, les auteurs attribuent trois cas de
cancers bronchiques chez des femmes exposées à un tabagisme passif.
Toujours dans le même hôpital, OUEDRAOGO V., dans une thèse portant sur 32 cas de cancers
broncho-pulmonaires confirmés par fibroscopie, note le tabac comme facteur principal chez 21
14
patients (65,62%), exclusivement de sexe masculin, consommant en moyenne 26 paquets-années
de tabac.
Données économiques
Au Burkina Faso, trois sources assurent la disponibilité du tabac au plan national à savoir la
production intérieure, l’importation et la contrebande.
a) La production intérieure
Les deux activités de production intérieure sont la culture du tabac sous encadrement et la
production de cigarettes.
La culture de tabac sous encadrement est principalement assurée par la Manufacture Burkinabé de
Cigarettes (MABUCIG). Elle concerne surtout du tabac de haute qualité qui est exporté pour la
fabrication de cigares et cigarettes. Les chiffres disponibles donnent une production nationale en
2002 de 62 tonnes.
La fabrication des cigarettes est assurée par la MABUCIG. Les matières premières sont importées
pour la fabrication de cigarettes. Elle est variable d’une année à l’autre.
Outre les imprécisions sur la production intérieure de tabac sous encadrement, il n’y a pas de
donnée sur la production non encadrée. La culture traditionnelle de tabac a de tout temps été une
activité marginale mais culturellement importante au Burkina Faso. Certains paysans en marge de
leurs activités de culture vivrière, aménagent de petits périmètres pour planter du tabac. La
production obtenue est utilisée pour la consommation, la vente et pour des cérémonies diverses.
b) L’importation du tabac
Elle constitue l’une des principales sources de la disponibilité de ce produit au plan national. La
quantité importée du tabac va croissant d’une année à l’autre. Entre 2000 et 2002, plus de six
tonnes de tabac ont été importées. En 2004, 75 814 910 bâtonnets de cigarettes ont été vendus au
Burkina Faso. En 2005, sur 9 mois, 46 098 000 bâtonnets de tabac ont été vendus au Burkina
Faso.
c) Circuit de distribution
L’importation et la production de tabac sont soumises au monopole au Burkina Faso. Au BF, la
MABUCIG est la seule usine de fabrication de cigarettes. Quelques grossistes bénéficient d’un
agrément pour l’importation de tabac essentiellement sous forme de cigarettes.
15
La vente au consommateur n’est pas soumise à des conditions particulières. Tout détenteur de
boutique, d’alimentation de grande, moyenne ou petite taille peut vendre librement du tabac aux
consommateurs. Cette vente peut se faire en demi-gros, par paquet ou en détail au bâtonnet. Cette
forme de distribution rend le tabac sous forme de cigarette accessible à toutes les bourses et en
tout lieu. Le tabac figure d’ailleurs parmi les produits les plus répandus jusque dans les zones
reculées.
La consommation traditionnelle n’est pas bien quantifiée, mais elle semble importante.
Données législatives et réglementaires
En matière de lois et règlements pour la lutte antitabac, la situation demeure très insuffisante au
Burkina Faso.
La plupart des textes disponibles concernent le commerce du tabac (monopole, prix, agrément
etc.). Très peu de textes ayant un contenu anti-tabac existent et portent sur la publicité (loi N°0252001/AN du 25 octobre 2001 portant code de la publicité au Burkina Faso, le Raabo N°AN IV –
0081/FP/SAN/CAPRO/DP du 29 février 1988 portant réglementation de la publicité et des lieux
de consommation des tabacs et le decret N 97- 84 / PRES/PM/MJ du 28 février 1997 portant
définition et sanction des contraventions) . Mais la faiblesse des dispositions de ces textes permet
de les contourner facilement.
Les textes protégeant les populations contre la consommation du tabac sont quasi inexistants.
Le seul texte qui contient des éléments assez clairs de lutte contre le tabagisme est le Raabo N°AN
IV – 0081/FP/SAN/CAPRO/DP du 29 février 1988 portant réglementation de la publicité et des
lieux de consommation des tabacs. Il réglemente la publicité, les lieux où il est interdit de fumer
et les mentions devant obligatoirement figurer sur les paquets. Mais ce Raabo est très restrictif car
le champ d’application est très limité.
Ce Raabo mérite d’être revu dans son contenu car les formes de publicités ont évolué et l’intérêt
pour les fabricants de tabac à l’égard de notre pays (pays en développement) s’est accru depuis
que les pays du Nord ont renforcé leurs programmes de lutte anti-tabac.
La loi n°23/94/ADP du 19 mai 1994 portant code de la santé publique consacre le chapitre VII du
livre II à la lutte contre certains fléaux sociaux comprenant l’alcoolisme, le tabagisme, la
prostitution et la toxicomanie. Ce chapitre comporte seulement quatre articles et reprend juste une
petite partie du Raabo ci-dessus évoqué. Le seul avantage de ce texte en matière de protection
contre le tabagisme est qu’il prévoit des sanctions aux infractions concernant les mentions sur les
16
emballages. Il s’agit d’une amende de 100.000 à 1.000.000 FCFA et d’un emprisonnement de un à
six mois. Il était prévu que la publicité serait réglementée par un arrêté conjoint des ministres
chargés de la santé, de l’information et du commerce, mais cet arrêté n’a jamais vu le jour.
La loi n°25-2001 du 25 octobre 2001 portant code de la publicité au Burkina Faso, plus récente,
élargit l’interdiction de la publicité à la radio mais elle est également insuffisante car elle laisse
beaucoup de possibilités de pouvoir être contourné. C’est ainsi que le parrainage ou le mécénat
permet aux fabricants de faire de la publicité à la télé et à la radio et partout ailleurs. Ceci explique
que la plupart des activités sportives et culturelles soient parrainées par les sociétés de cigarettes
au Burkina.
Aucune interdiction n’existe dans notre pays concernant la consommation de tabac par les
mineurs. A n’importe quel âge, l’enfant a accès au tabac sous toutes ses formes. Les mineurs
peuvent acheter des cigarettes pour leurs parents ou pour quelqu’un d’autre ou pour eux-mêmes.
L’insuffisance d’application des textes et de sanctions pour les contrevenants fait que les gens
continuent de fumer dans les établissements sanitaires, scolaires (même dans les classes pendant
les cours) malgré l’interdiction contenue dans les textes.
A cause de la sensibilisation faite par les différentes associations de lutte contre le tabac, les
fumeurs commencent à prendre conscience et évitent de fumer dans les salles quand il y a
d’autres personnes avec eux.
Dans les restaurants, il n’y a pas de place séparée pour les fumeurs et les non-fumeurs ; il en est de
même dans les cafés et autres lieux de loisirs et de détente. Les différentes associations doivent
œuvrer d’abord pour une bonne application des textes existants et ensuite agir pour leur révision et
l’adoption d’autres textes plus sévères et protégeant mieux les citoyens contre les méfaits du tabac.
Le Burkina a participé à l'élaboration de la convention cadre de lutte antitabac (CCLAT) et l’a
signé en décembre 2003. L’Assemblée nationale a autorisé la ratification de la convention cadre
par le gouvernement en mars 2006 et le Burkina Faso est Partie à cette convention depuis le 31
juillet 2006.
17
2.3 Situation de la lutte antitabac au Burkina Faso
2.3.1 Actions menées par l’Etat
Bien qu’insuffisantes, l’Etat burkinabé a initié plusieurs mesures de lutte antitabac.
L’une des premières actions a été l’adoption du Raabo N°AN IV – 0081/FP/SAN/CAPRO/DP du
29 février 1988 portant réglementation de la publicité et des lieux de consommation des
tabacs. Le code de santé publique adopté en 1994 a retenu le tabagisme parmi les fléaux à
combattre.
Le Ministère de la Santé a désigné un point focal pour toutes les questions en rapport avec le
tabac. Ce point focal a mené plusieurs activités, notamment la participation aux différentes phases
de négociation de la convention cadre de lutte antitabac de l’OMS. Il a été la cheville ouvrière de
la contribution du Burkina Faso à la rédaction et à l’adoption de cette convention.
Les autres activités menées par le point focal ont été la participation aux diverses rencontres sur
les questions de tabac organisées par l’OMS (conférence des parties) et d’autres acteurs. Il a
participé également à plusieurs études sur le tabac au Burkina Faso et a notamment permis
l’analyse de la situation du tabagisme de 1993 à 2002, analyse qui rentrait dans le cadre du projet
«Protéger les enfants et les jeunes africains des méfaits du tabac par une législation et une
politique de santé adaptées». Ce travail a permis l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan
d’action qui a été entièrement exécuté.
Au plan institutionnel, il n’existe pas encore au niveau national un cadre de concertation pour
traiter des questions de « tabac et santé». Toutefois, au ministère de la santé, plusieurs services
centraux se partagent les activités de lutte contre le tabagisme et la toxicomanie. Il s’agit
essentiellement de la Direction de la lutte contre la maladie, de la Direction de l’hygiène publique
et de l’éducation pour la santé et de la Direction de la santé de la famille. Les interventions
antitabac sont conçues dans le cadre global de plans et programmes de santé. On peut citer le plan
national de développement sanitaire 2001-2010, le plan stratégique santé des adolescents et des
jeunes 2004- 2008, le programme national de santé mentale 2001-2005. Mais il se pose encore un
problème de coordination des activités antitabac.
La collaboration intersectorielle est pratiquement inexistante, en dehors de la commémoration de
la Journée mondiale sans tabac et des rares contacts à l’occasion des enquêtes ponctuelles sur le
tabagisme. Les médias publics participent également aux activités commémoratives de la journée
mondiale de lutte contre le tabac à travers la couverture radiophonique, télévisuelle et par la presse
écrite de ces activités.
18
2.3.2 Actions menées par les associations
L’existence de plusieurs associations de jeunes qui luttent spécifiquement contre le tabac est un
fait notable. Il existe également beaucoup d’autres associations qui disposent d’un volet ou d’un
programme de lutte contre le tabac. Pour plus
d’efficacité dans les actions de lutte, huit
associations et une mission adventiste se sont regroupées en Union des Associations de lutte
Contre le Tabac (UACT).
Ces différentes associations ont déjà posé des actes concrets : recherches, information et
sensibilisation des jeunes, organisation de tournois de football sans tabac, émissions radio et télé.
Les associations sont particulièrement actives dans l’organisation des éditions de la Journée
mondiale sans tabac. Dans l’union, elles ont organisé des marches et adressé des déclarations et
des lettres de protestation aux autorités politiques et administratives pour dénoncer leur tolérance
vis à vis de la publicité agressive en faveur des produits de tabac et du parrainage des activités
culturelles et sportives. L’UACT a joué un rôle prépondérant dans la ratification de la CCLAT par
le Burkina Faso. Elle a également condamné l’utilisation abusive et mensongère de la publicité
pour vendre des produits nocifs et mortels comme le tabac, le sponsoring et le mécénat du Festival
Panafricain de Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) par les firmes de tabac,
l’attribution de prix aux cinéastes lors du même festival. De même, une lettre de protestation a été
adressée au Président de l’Assemblée National pour dénoncer l’organisation par des députés de
tournois de football sponsorisés par des marques de cigarettes. Ces actions ont produit des
résultats. Même si la publicité sur les produits de tabac n’a pas totalement disparu, elle est utilisée
de moins en moins par certains canaux comme la télévision nationale et des cadres comme les
maquis, les carrefours, le football, le cyclisme et la boxe.
En matière de prise en charge, il convient de noter l’action de la mission adventiste qui met en
œuvre un programme d’aide au sevrage.
2.3.3 Partenariat :
A travers ces quelques interventions en faveur de la lutte antitabac, on constate le développement
progressif d’un partenariat entre le secteur public et la société civile. Ce partenariat se manifeste à
travers la célébration de la journée mondiale sans tabac et dans la réalisation d’interventions
diverses
avec les associations. Dans le domaine de la recherche, on note également une
collaboration entre chercheurs et associations de lutte antitabac.
19
2.3.4 Prise en charge de la dépendance et des pathologies liées au tabac
La prise en charge de la dépendance tabagique n’est pas structurée au Burkina Faso. Il n’y a pas de
compétences suffisantes pour assurer son organisation. On note néanmoins quelques initiatives
individuelles à Ouagadougou, mais de faible portée.
Il n’y a pas non plus une organisation spécifique pour prendre en charge les pathologies liées au
tabac. Ces pathologies sont prises en charge dans le cadre général d’offre de soins aux
populations. La situation de ces pathologies est d’ailleurs mal connue.
2.4 Forces, opportunités faiblesses et menaces pour la lutte antitabac au Burkina Faso
L’élaboration du présent plan stratégique de lutte antitabac intervient dans un contexte favorable
pour son exécution. En effet plusieurs forces et opportunités existent :
2.4.1 Forces
-
La mobilisation de la société civile
L’engagement des associations de lutte antitabac témoigne d’une prise de conscience des
dangers du tabac au sein de la population. Ces associations ont déjà posé des actes forts à
travers la célébration de la journée mondiale de lutte contre le tabac. Elles ont également
contribué de façon importante dans le processus de ratification de la CCLAT par le Burkina
Faso.
-
Au plan législatif et réglementaire
Le Burkina Faso a ratifié la convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac le 31 juillet
2006. Le Burkina Faso est partie à la CCLAT depuis le 31 octobre 2006, Cela est
incontestablement une force pour soutenir le développement d’interventions antitabac au
Burkina Faso.
-
L’intérêt grandissant des scientifiques
Même si la situation du tabac au Burkina Faso n’est pas très bien connue, on dispose de
quelques données de recherches réalisées par des chercheurs nationaux. Cela témoigne de leur
intérêt pour la question. De plus en plus, la problématique du tabac est posée dans le cercle des
chercheurs et des universitaires.
20
2.4.2 Faiblesses
-
Insuffisance d’expertise en matière de lutte antitabac
Malgré l’engagement des associations et certains acteurs du secteur public, il faut
reconnaître l’insuffisance de personnes formée en matière de lutte antitabac. Il n’y a pas de
spécialistes pour la prise en charge de la dépendance par exemple. Les acteurs manquent
de connaissances sur les subtilités de l’industrie de tabac pour faire barrage à toutes les
tentatives de réduction de la consommation de tabac.
-
Insuffisance de connaissance du phénomène tabagique dans notre pays
Comme on l’a constaté dans la partie épidémiologie, il manque encore beaucoup
d’informations sur le tabagisme au Burkina Faso. Cette insuffisance de données ne permet
pas une planification fine des interventions.
2.4.3 Opportunités
-
La décentralisation
L’environnement politique est favorable aux initiatives privées. La liberté de création
d’association est un atout. Il convient également de noter le processus de décentralisation
avec la communalisation qui offre un cadre d’intervention au niveau local. Les conseils
municipaux peuvent en effet être impliqués dans les activités de lutte antitabac et chaque
maire de commune peut prendre des arrêtés municipaux applicables dans son territoire
communal.
-
Le partenariat/collaboration
Un partenariat fructueux existe entre les associations nationales de lutte contre le tabac, les
services techniques du Ministère de la Santé et des
ONG internationales
et des
Fondations. On peut citer en exemple le partenariat qu’entretiennent l’ABSP et l’UACT
avec le CRDI, le partenariat entre la Fondation Bloomberg et la Ministère de la Santé. Les
autres Départements ministériels font montrent d’une bonne collaboration avec le
Ministère de la Santé pour la résolution des problèmes de santé.
21
-
L’engagement politique
Le Burkina Faso a pris part à tout le processus d’élaboration de la CCLAT qu’il a adoptée
et ratifiée. Il participe régulièrement aux rencontres des Etats Partie. Ceci traduit en
engagement politique certain en faveur de la lutte antitabac
-
Opportunités de financement
Il existe des opportunités de financement de la lutte antitabac. Au plan national,
l’intégration des activités de lutte antitabac aux plans d’action des districts peut permettre
leur financement. Certains partenaires techniques et financiers, de par la nature de leur
appui, peuvent être intéressés par les actions de lutte antitabac qu’ils pourraient financer.
Au plan international, des opportunités de financement sont possibles à travers certaines
fondations.
2.4.4 Les menaces
La lutte contre le tabac est menacée par l’industrie du tabac qui utilise tous les moyens pour
freiner toutes les initiatives. Une menace prévisible sera le blocage du vote de la loi en cours de
rédaction. Cette loi peut être votée, mais vidée de toute sa substance.
2.5 Problèmes prioritaires
De ce qui précède, on peut dégager les problèmes prioritaires suivants qui doivent faire l’objet
d’interventions énergiques:
− La prévalence du tabagisme est élevée chez les jeunes scolaires de 12-15 ans au Burkina Faso
(20,3%)
− Le dispositif législatif et réglementaire de lutte contre le tabagisme au Burkina Faso est
insuffisant
− La situation du tabac et du tabagisme au Burkina Faso est insuffisamment connue
− La lutte contre le tabagisme est insuffisamment structurée et soutenue au Burkina Faso
− La prise en charge des conséquences du tabagisme est insuffisante au Burkina Faso
− Les effets néfastes du tabagisme sont insuffisamment connus par la population burkinabé
22
III. PLAN STRATEGIQUE NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE TABAGISME
3.1 But
Contribuer à l’amélioration de la santé de la population par la réduction de la morbidité et de la
mortalité liées à la consommation de tabac.
3.2 Objectif général
Lutter contre le tabagisme et ses conséquences au Burkina Faso.
3.3 Objectifs spécifiques
− Renforcer le dispositif juridique de lutte contre le tabagisme au Burkina Faso d’ici 2013,
− Porter en 2013 à 70%, la proportion de la population connaissant les méfaits du tabagisme,
− Réduire la prévalence du tabagisme chez les jeunes scolaires de 20,3% à 10,3% d’ici 2013,
− Renforcer les capacités des acteurs de lutte anti tabac d’ici 2013,
− Assurer la prise en charge de la dépendance tabagique d’ici 2013.
3.4 Stratégies et domaines d’intervention prioritaires
Pour atteindre les objectifs énoncés, les axes stratégiques suivants ont été définis. Chaque stratégie
comporte des interventions prioritaires.
Axe stratégique 1 : Renforcement de la législation antitabac
Axe stratégique 2 : Renforcement des actions de communication pour le changement de
comportement, de plaidoyer et de mobilisation sociale
Axe stratégique 3: Renforcement des capacités des acteurs de lutte contre le tabagisme
Axe stratégique 4 : Développement de la prise en charge de la dépendance tabagique
Axe stratégique 5 : Renforcement de la recherche, du suivi et de l’évaluation des
interventions antitabac
Axe stratégique 6 : Renforcement du partenariat
3.4.1 Renforcement de la législation antitabac
La demande et l’initiation au tabagisme sont encouragées par plusieurs facteurs dont:
− La banalisation du tabac qui fait que fumer apparaît comme un geste normal,
− Les fausses idées sur le pouvoir du tabac à valoriser son usager aux yeux des autres ou à
renforcer ses capacités devant les épreuves,
− La publicité tapageuse et mensongère qui associe au tabac des images de réussites,
− La facilité d’accès aux produits de tabac,
23
La réduction de ces facteurs relève du rôle de l’Etat à travers la définition et la mise en œuvre de
politiques claires en faveur de la lutte antitabac et l’adoption d’une législation qui prend en compte
les diverses dimensions de la lutte antitabac.
Les interventions prioritaires
Elaboration et vulgarisation d’une loi antitabac :
La loi antitabac constitue le socle indispensable pour une lutte antitabac efficace. Cette loi prendra
en compte les principaux aspects suivants :
− production et importation de tabac,
− commerce illicite des produits du tabac,
− mesures fiscales et autres visant à réduire la demande de tabac,
− réglementation des lieux de consommation (protection contre l'exposition),
− réglementation de la publicité, promotion et parrainage,
− réglementation de la composition du tabac,
− conditionnement et étiquetage des produits du tabac,
− éducation, communication, formation et sensibilisation du public,
− vente aux mineurs et par les mineurs,
− protection de l'environnement et de la santé des personnes.
Elaboration et vulgarisation de textes d’application de la loi
L’élaboration de la loi est une étape importante, mais elle ne suffira pas si elle n’est pas
accompagnée de textes d’applications (décrets, arrêtés). Une fois la loi adoptée, un plaidoyer
sera fait afin que les différents Ministères concernés contribuent à son application. Le même
plaidoyer sera fait en direction des municipalités et de la société civile.
3.4.2 Renforcement des actions de communication pour le changement de comportement, de
plaidoyer et de mobilisation sociale
Le tabagisme est un comportement individuel suscité par plusieurs facteurs. Pour que l’individu
change de comportement, il faut lui fournir des informations justes et claires et l’encourager à
cesser de fumer.
Le tabagisme est un phénomène également social. Il faut rendre anormal aux yeux de la
population entière le fait de fumer. Pour y parvenir, il faut développer des actions de mobilisation
sociale continues et de plaidoyer à l’endroit des leaders d’opinion à tous les niveaux.
24
Compte tenu de notre contexte, les cibles prioritaires seront la population générale, mais surtout
les fumeurs, les adolescents et les jeunes, les parents, les travailleurs, les femmes (surtout les
femmes enceintes), les leaders communautaires et religieux, les leaders politiques, les leaders
sportifs et culturels, etc.
La communication de masse, la fourniture d’une documentation adaptée et un bon encadrement
vont soutenir cette stratégie. Les thèmes à développer dans la communication porteront entre
autres sur :
la prévention du tabagisme,
les méfaits du tabagisme,
les bienfaits de l’abandon du tabagisme,
les effets néfastes de la fumée de tabac dans l’environnement,
les mesures visant à réduire la consommation de tabac,
le rôle de chaque membre de la société dans la lutte contre ce fléau,
les espaces non fumeurs.
Interventions prioritaires
L’encadrement d’organisations de jeunes de lutte contre le tabac dans tous les
établissements secondaires.
Pour que la lutte contre le tabagisme en milieu jeune soit efficace, il faut associer les jeunes
eux-mêmes qui se connaissent et qui sont les mieux placés pour identifier des stratégies
capables de modifier les comportements tabagiques de leurs pairs. La création de cadre
d’organisation des jeunes qui s’engagent dans la lutte antitabac en milieu scolaire, à l’instar de
la lutte contre le VIH, apparaît comme une approche pertinente. Du reste, elle a donné de bons
résultats dans beaucoup de pays.
L’encadrement des organisations de lutte contre le tabagisme dans les communes.
A l’instar du milieu scolaire, l’encadrement des structures de lutte contre le tabac sera
encouragé dans les communes.
L’appui à l’élaboration et à la mise en œuvre des plans d’action de lutte contre le
tabagisme des jeunes dans les écoles et communes
Les organisations des jeunes bénéficieront d’un renforcement de capacités pour élaborer des
micros plans de lutte antitabac. Un effort sera fait pour financer ces micros plans là où ils ont
été élaborés et adoptés. Le soutien et l’accompagnement de ces structures seront sous la
25
responsabilité des équipes cadres de districts sanitaires qui devront travailler en partenariat
avec les autres intervenants de la lutte antitabac
Renforcement des capacités des enseignants et des encadreurs pédagogiques du primaire.
L’âge d’initiation au tabagisme est précoce et dans bien des cas, les élèves du primaire
sont déjà touchés par le tabagisme. Il s’agira d’offrir aux enseignants des connaissances
sur le tabagisme et des outils pédagogiques pour soutenir l’enseignement.
Le renforcement des capacités des encadreurs et éducateurs des jeunes et adolescents pour
la lutte contre le tabagisme en milieu scolaire
Les éducateurs de jeunes et adolescents en milieu scolaire que sont les enseignants et les
responsables d’établissement seront impliqués dans la lutte contre le tabagisme en milieu
scolaire. Pour ce faire, ils recevront une orientation sur le tabagisme et les méthodes de lutte
afin de les aider à participer efficacement à la lutte antitabac. Dans le cadre de la mise en
œuvre du plan, les enseignants du primaire et du secondaire seront formés et/ou recyclés afin
de renforcer leurs compétences en matière d’enseignement sur les méfaits du tabagisme.
• Elaboration et exécution d’un plan intégré de communication en faveur de la lutte contre le
tabagisme.
Ce plan intégré de communication comportera les volets suivants :
-
Le plaidoyer,
-
La mobilisation sociale,
-
La communication pour le changement de comportement.
Le plaidoyer est un moyen puissant pour obtenir l’adhésion des détenteurs de pouvoir à une
action. Dans le domaine de la lutte antitabac, l’adhésion de responsables à plusieurs niveaux
est indispensable pour obtenir des résultats probants. Ce plaidoyer est d’autant nécessaire
qu’en face, l’industrie de tabac ne baissera pas la garde face aux initiatives pour réduire la
consommation des produits de tabac. C’est pourquoi un plan de plaidoyer sera élaboré et
exécuté. Ce plan prendra en compte les leaders politiques (au niveau central et décentralisé),
les leaders religieux et coutumiers, les leaders modèles des jeunes et adolescents que sont les
sportifs et les musiciens.
Tout comme le plaidoyer, la mobilisation sociale est nécessaire pour réussir la lutte antitabac.
Elle ciblera les parents, les leaders politiques et religieux, les syndicats pour diffuser les
informations sur la lutte antitabac.
26
La production de supports d’IEC
Pour soutenir toutes les actions des différents acteurs, il sera développé des supports d’IEC
adaptés à chaque cible. Il s’agira notamment d’affiches, de panneaux,
de brochures et
dépliants, de supports audio et audiovisuels. Des chansonniers pourront être mis à
contribution ainsi que les médias communautaires
La célébration de la journée mondiale de lutte contre le tabac
A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le tabac,
il sera organisé de façon
intensive pendant une semaine des activités d’information et de sensibilisation sur le tabac et
le tabagisme au niveau national, régional, provincial, communal et au niveau de chaque
établissement d’enseignement secondaire public et privé.
La traduction dans les langues nationales et la diffusion de la loi antitabac
Afin que la population dans son ensemble s’approprie les dispositions de la loi antitabac, cette
loi sera traduite dans les langues nationales et sera largement diffusée. Elle sera introduite
comme support de lecture dans les centres d’alphabétisation.
La loi sera également imprimée sous un format adapté pour être diffusée dans les
établissements secondaires et universitaires et dans les services et entreprises.
3.4.3 Renforcement des capacités des acteurs de lutte contre le tabagisme
Quelle que soit la pertinence d’une intervention, elle ne peut donner de bons résultats que si les
acteurs disposent de capacités suffisantes pour son application. Le renforcement des capacités
portera essentiellement sur deux points :
les ressources humaines
le financement
Interventions prioritaires
La Formation des acteurs
La formation des acteurs est un pilier important pour le succès de la lutte antitabac. Elle visera
à fournir aux acteurs des connaissances et des compétences pour définir et mettre en œuvre
des activités de lutte antitabac. Trois types de formations seront pris en compte :
27
-
la formation des cadres capables de concevoir et de coordonner des interventions
efficaces. Cette formation sera de haut niveau et les personnes formées seront des
formateurs dans le cadre de la formation continue
-
la formation continue des acteurs de terrain pour assurer la mise en œuvre des activités
-
Le recyclage périodique des intervenants ;
La mobilisation des ressources
Les ressources financières sont indispensables pour le financement des activités des différents
acteurs. En tant que l’expression d’une volonté nationale, les activités du plan stratégique de
lutte contre le tabac seront prises en compte dans les plans d’action des districts sanitaires. Un
plaidoyer sera fait pour que le budget national prenne en compte le financement de la lutte
antitabac dans le cadre des allocations faites aux bénéfices des différents programmes de
santé. Les collectivités territoriales développeront des initiatives pour une prise en compte des
activités de lutte contre le tabac dans leur programme et plan de développement. Un plaidoyer
sera également fait à l’endroit des partenaires pour un soutien financier.
3.4.4 Développement de la prise en charge de la dépendance tabagique
Parmi les consommateurs de tabac, beaucoup ont développé une dépendance. Certains présentent
ou développeront des pathologies liées à leur tabagisme. Dans le cadre du présent plan stratégique,
des mesures seront prises pour soutenir ceux qui veulent cesser leur consommation tabagique et
prendre en charge les pathologies liées au tabagisme.
Interventions prioritaires
La création d’unités pluridisciplinaires de prise en charge du tabagisme dans les hôpitaux.
La dépendance tabagique est une toxicomanie qu’il faut gérer selon les règles et la
démarche édictées dans ce cas. Le personnel travaillant dans ces structures bénéficiera
d’une formation complémentaire pour assurer cette prise en charge.
La création et animation de clubs de soutien à l’abandon du tabagisme
Le tabagisme est un comportement, tout comme l’alcoolisme et la consommation d’autres
types de drogue. Les personnes dépendantes ont besoin de soutien pour sortir de cette
dépendance. Les anciens fumeurs ou ceux qui luttent contre le tabagisme peuvent être des
supports efficaces. Aussi, il sera encouragé la création de clubs regroupant d’anciens fumeurs
28
et de personnes ressources (y compris les leaders religieux) pour aider les fumeurs à
abandonner leur consommation tabagique. Dans cette démarche, les associations de lutte
contre le tabagisme auront un rôle essentiel à jouer.
3.4.5 Renforcement de la recherche, du suivi et de l’évaluation des interventions antitabac
La mise en œuvre d’une intervention doit être suivie et documentée afin de tirer des
enseignements pour améliorer au fur et à mesure les résultats.
Interventions prioritaires
L’Exécution d’un programme de recherche
La situation actuelle du tabac et du tabagisme n’est pas très bien connue au Burkina Faso.
Plusieurs zones d’ombre persistent : prévalence du tabagisme passif, femme et tabac,
consommation traditionnelle du tabac, valeur culturelle du tabac, charge morbide liée au
tabagisme, etc. Afin de répondre à cette préoccupation, un programme de recherche sera initié. Ce
programme comportera les volets suivants :
− enquêtes de surveillance des tendances d’évolution du tabac et du tabagisme
− recherche sur les pathologies liées au tabac
− recherche action afin de soutenir la mise en œuvre des interventions sur le terrain
− sondage d’opinion
Ce programme devrait bénéficier de l’appui de l’Etat et de ses partenaires techniques et financiers
intervenant dans le domaine de la santé ainsi que celui d’autres bailleurs
La documentation des interventions
Il s’agira de tirer des leçons de toutes les expériences vécues dans le cadre de la mise en œuvre
des différentes interventions. Ces expériences qui seront consignées sous des formes
appropriées, seront partagées avec tous les acteurs tant au plan national qu’international.
La mise en place d’un plan de suivi et évaluation
Le suivi et l’évaluation sont des outils indispensables dans la mise en œuvre d’une
intervention. Le présent plan stratégique sera soutenu par un plan de suivi et évaluation des
interventions des divers acteurs.
Il sera créé pour la nécessité du suivi et de l’évaluation un observatoire dont la composition et
les missions seront précisées par arrêté ministériel.
3.4.6 Renforcement du partenariat
29
La lutte contre le tabagisme ne peut être l’œuvre d’un seul secteur. Elle nécessite une forte
mobilisation et la collaboration de plusieurs acteurs qui sont :
les départements ministériels
le parlement
les collectivités locales
les ONG et associations
le secteur privé
les leaders d’opinions
les entreprises
les partenaires techniques et financiers
etc.
Une telle mobilisation est un complément nécessaire au dispositif législatif qui ne pourrait être
appliqué sans une véritable adhésion de toutes les composantes de la société.
L’intervention va consister en la mise en place d’un cadre de concertation et de coordination des
interventions antitabac au plan national
La concertation entre acteurs est un gage de réussite de la lutte antitabac. Elle permet de partager
les informations et de rationaliser l’utilisation des ressources. Elle permet également une meilleure
coordination des interventions et une valorisation des acquis.
La concertation entre secteur public et société civile (monde associatif) est particulièrement
indispensable, afin de permettre le transfert aux associations de ce qu’elles font au mieux.
3.5 Mécanismes de mise en œuvre
3.5.1 Cadre institutionnel
Le plan stratégique de lutte antitabac est un document d’orientation stratégique. Il présente le
cadre de mobilisation de toutes les énergies pour réduire le tabagisme au Burkina Faso. Sa mise en
œuvre fait appel à tous les acteurs des secteurs publics et privés ainsi que de la société civile. Pour
donner des chances de succès de ce plan, sa gestion doit être structurée. Le Ministère de la Santé
est responsable de la coordination de la mise en œuvre à travers la Direction de la Santé de la
Famille. Cette coordination se fera à travers un comité de pilotage qui regroupera en son sein les
représentants des autres acteurs. Ce comité de pilotage sera présidé par le Ministre de la Santé.
30
3.5.2 Cadre de mise en œuvre
La mise en œuvre se fera dans l’ensemble du pays. Les différents acteurs interviendront selon les
domaines d’interventions qui les intéressent.
3.5.2.1 Niveau central
Le Ministre de la Santé sera le porteur du plan stratégique. Il fera un plaidoyer fort auprès de ses
collègues des autres départements pour avoir leur adhésion à la mise en œuvre de ce plan.
Pour une bonne appropriation du plan stratégique par les services techniques, la Direction de la
Santé de la Famille avec l’appui du point focal de la lutte contre le tabagisme au Burkina Faso,
procèdera à sa diffusion à travers l’ensemble du pays. Cette diffusion se fera sous forme d’atelier.
La DSF travaillera également à la mise en place du comité de pilotage dont le rôle sera entre autre
d’assurer la coordination des interventions de lutte antitabac définies dans le présent plan
stratégique.
3. 5.2.2 Niveau régional
Les Directeurs régionaux de la santé seront les répondants du comité de pilotage. Ils assureront
dans le territoire régional la diffusion du plan stratégique et la coordination des interventions
antitabac. Ils assureront notamment la promotion d’un partenariat avec les acteurs de la société
civile et des autres départements ministériels. Ils veilleront à la prise en compte des activités de
lutte antitabac dans leurs plans d’action ainsi que ceux du niveau opérationnel.
3.5.2.3 Niveau périphérique
Les équipes cadres de districts intégreront les activités du plan stratégique antitabac dans leurs
plans d’action annuels. Ils apporteront un appui technique aux autres acteurs de lutte antitabac
dans leur district sanitaire. Ils travailleront à la mise en place des clubs antitabac dans les
établissements secondaires ainsi que dans les villages et secteurs.
3.6. Suivi et évaluation
Le suivi de la mise en œuvre se fera à l’aide d’un plan de suivi et évaluation. L’évaluation du plan
stratégique s’assurera de la production des effets attendus du plan. Elle sera fondée sur une
évaluation normative en ce qui concerne l’appréciation du processus, de l’atteinte des résultats, et
une recherche évaluative en ce qui concerne l’impact.
31
Indicateurs de suivi
Indicateurs
Prévalence globale du tabagisme
Prévalence du tabagisme par sous groupe
Niveau de connaissance sur le tabagisme
Niveau de connaissance de la loi
antitabac
Proportion des pathologies liées au tabac
Mortalité liée au tabagisme
Mode de calcul
N : Nombre de consommateurs des dérivés de
tabac parmi les personnes enquêtées
D : Nombre de personnes enquêtées
N : Nombre de consommateurs des dérivés de
tabac dans le sous groupe enquêté
D : Nombre de personnes dans le sous-groupe
enquêtées
N : Nombre de personne ayant une
connaissance sur le tabagisme
D : Nombre de personnes enquêtées
N : Nombre de personnes qui connaissent la
loi
D : Nombre de personnes enquêtées
N : Nombre de cas de pathologies liées au
tabac
D : Nombre de consultants
N : Nombre de décès dus aux maladies liées
au tabagisme
D : Nombre de consultant
-
Prise en charge de la dépendance
-
Nombre d’unités de prise en charge
de la dépendance crées
Nombre de personnes dépendantes
ayant bénéficié d’une prise en charge
Sources des
données
Enquête
Enquête
Enquête
Enquête
Supports de
collecte des
données des
formations
sanitaires
Supports de
collecte des
données des
formations
sanitaires
Supports de
collecte des
données
hospitalières
Existence d’une loi antitabac
Nombre de recherches opérationnelles
exécutées
- Nombre de recherches-action exécutées
Nombre de réunion tenues /Nb réunions
prévues par cadre
Nombre de recherches réalisées
Niveau de fonctionnalité des cadres de
concertation
Rapports de
recherche
Compte rendu de
réunion
32
Références bibliographiques
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