Grand Duchy Birdy Nam Nam Circlesquare Cirkus Danko Jones

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Grand Duchy Birdy Nam Nam Circlesquare Cirkus Danko Jones
avait confirmé cette passion, brutalement refroidie
par le plus expérimental ‘Armchair Apocrypha’.
Avec ‘Noble Beast’, Andrew Bird semble revenu à ses premières amours : ça sifflotte dès le titre d’ouverture, ‘Oh No’, et on est disposé à
s’enthousiasmer à nouveau, d’autant que ‘Fitz
And The Dizzispells’ semble un grand retour aux
millésimes 2003-2005. Las ! Si ‘Noble Beast’ voit
Andrew Bird revenir à une musique moins électronique (à l’exception de ‘Not A Robot, But A
Ghost’), cet album, sur la longueur, voit aussi une
qualité devenir un défaut : la délicatesse s’est
muée en préciosité. Les mélodies ne filent plus :
elles sont contournées, méandreuses, alanguies.
Il y a cinq ans, en interview, Andrew Bird nous
vantait la simplicité comme qualité première de
toute musique populaire, aussi intelligente soitelle ; on aimerait qu’il se souvienne de ses propres propos. (ds)
Birdy Nam Nam
‘Manual for Successful Rioting’
Has Been/Sony Music
Il y a quatre ans, Pone, Crazy B, Lil’ Mike et
Need réussissaient le pari ambitieux de faire (re)découvrir au public français les joies du
turntablism, superposant boucles samplées,
breaks cisaillés et scratches frénétiques sur un
opus introductif à 8 mains, varié, efficace et élégant. Ensuite, c’est sur scène que les 4As du diamant vont bousculer les genres, injectant à ce
ballet technique - un genre souvent rébarbatif
sur la longueur - la dose d’adrénaline qui électrise l’audience. Mais aujourd’hui on en est loin. A
vrai dire, on avait flairé l’embrouille l’été dernier
à Dour. Exit, l’âme hip hop du quatuor, les mélodies classieuses du premier album (cf.‘Abesses’),
ses textures complexes, ses arrangements soignés… Exit la finesse décalée du gimmick de Peter
Sellers dans « The Party » (à l’origine du nom du
groupe). Désormais, les Birdy bourrinent, contaminés qu’ils sont par la déferlante d’« ed-bangïte » aigüe qui sévit en France depuis le sacre de
Justice et la légende Daft Punk. Du même coup,
ils surfent sur la hype, s’octroyent les services
d’un orfèvre du genre (Yuksek) et gagnent une
étiquette French Touch pour le moins inattendue. Synthés triturés, guitares électroniques malmenées, basses technoïdes distordues, c’est du
lourd, tout y est. (nc)
Circlesquare
‘Songs About Dancing And Drugs’
!K7
Avec son troisième album, Circlesquare, alias
Jeremy Shaw, nous propose un disque superbe aux atmosphères tout en finesse et nuance.
Habillant ses mélodies subtiles de beats minimalistes, de nappes cotonneuses et de petites touches de guitare, il nous régale d’une pop downtempo minimaliste et addictive. Alors que la plupart des artistes de !K7 composent de l’électro
dansante, Shaw nous convie plutôt à goûter au
léger spleen qui accompagne les lendemains
de la veille lorsque, vanné, on se retrouve seul
chez soi aux petites heures. Souvent, d’ailleurs,
l’ambiance générale est à la mélancolie et aux
sentiments doux amers, notamment sur ‘Timely’
et ‘Hey you guys’, qui est tout simplement superbe et renvoie au meilleur de Notwist. ‘Music
for satellites’, avec ses claviers vaporeux cold
wave et ses beats métronomiques surgis de nulle part est un autre must de cet album, tout comme ‘Bombs away, away’ qui commence comme
un gospel épuré pour ensuite s’orner de beats et
de trompettes on ne peut plus élégants. ‘Songs
About Dancing And Drugs’ est donc une œuvre
atypique, intrigante et audacieuse. Que demander de plus ? (pf)
Cirkus
‘Medicine’
Wagram
Cirkus est une entreprise familiale. L’histoire
raconte que l’idée est née dans la tête de
Cameron McVey (aka. Booga Bear), connu pour
son travail de production aux côtés de Tricky,
Grand Duchy
‘Petits Fours’
Cooking Vinyl
Frank Black a passé une bonne partie de son temps au sein
des Pixies à déconstruire, voire démolir l’héritage musical des
années 80. Sa femme, quand à elle, adore l’électro pop eighties. Sur un coup de tête - ah, que c’est beau, l’amour ! -, les
deux tourtereaux ont décidé de s’enfermer dans un studio pendant une journée. Cette expérience a donné naissance à ‘Fort
Wayne’,morceau improbable qui voit le couple se lancer dans un
duo où Frank se la joue façon Neil Young, alors que Violet pose sa voix touchante et pas totalement assurée sur fond de pop électro/folk minimaliste parsemée de quelques riffs tranchants sur
la fin. Cela pourrait paraître bancal ou artificiel, mais c’est tout simplement superbe. Impressionné
par le résultat, le couple a décidé d’approfondir cette idylle musicale, ce qui nous vaut un album
certes atypique dans la carrière de Frank, mais qui le voit afficher une inspiration qu’on ne lui
avait plus connue depuis longtemps ! Ce qui frappe le plus, c’est le coté très frais, quasi candide
de l’ensemble. On imagine très bien Frank et Violet tâtonner, tenter de faire se rapprocher leurs
univers musicaux respectifs et s’émerveiller du résultat obtenu. Au final, l’album est superbe, car
fourmillant de merveilles un rien curieuses, un peu décalées, donc très touchantes. C’est ainsi
que ‘Lovesick’est un joli exercice d’électro pop délicate, alors que ‘The long song’,titre plus sombre, mélange douceur et rugosité avec beaucoup de talent. Si le passé de Frank prend parfois le
dessus, comme sur le pixien ‘Come over to my house ‘,on est impressionné par l’apport de Violet
à l’ensemble de ce disque, lequel permet de jeter un éclairage totalement neuf sur le potentiel
de son mari. La plus belle preuve en est sans doute ‘Black suit’ou le chant/grognement de Frank
se marie à merveille au chant apaisé de Violet sur une mélodie downtempo quasi exclusivement
synthétique. Un disque magique, tout simplement. (pf)
Massive Attack et Portishead, au sein de plusieurs formations pop en vue des années ’90
comme All Saints et les Sugarbabes, ou encore pour le compte de sa chère et tendre qui
n’est autre que Neneh Cherry. McVey est inspiré et s’alloue les services d’un jeune DJ et producteur, Matt Kent, en tant qu’assistant ingé-son.
Toujours selon la légende, Karmil, pour les intimes, souffrirait d’encéphalomyélite myalgique,
un syndrome de fatigue chronique qu’il gère
mieux aujourd’hui grâce à un traitement mais qui
l’a isolé et désocialisé de nombreuses années,
le poussant du même coup à l’apprentissage
d’instruments, de platines, et à terme à la production de sa propre musique. Les deux hommes commencent alors à travailler à des sonorités que l’on sent proche de l’instigateur du projet, à mi-chemin entre une culture musicale pop
très british et des réminicences trip hop. Mais
il leur faut des voix, féminines pourquoi pas…
McVey rebaptisé Burt Ford fait alors tout naturellement appel à sa Cherry pour tater du micro,
et à leur fille, Lolita Moon, accessoirement petite
amie de Karmil. Vous suivez toujours ? Toujours
est-il que le soul/rap de Neneh, le reggae haut
perché façon Horace Andy de McVey et les refrains soul de la petite Lolita se conjuguent
sans peine à tous les temps. Un premier album,
‘Laylow’, voit le jour fin 2006, puis un deuxième
lui succède au printemps 2009, ‘Medicine’. On
y retrouve les tendances pré-citées et une prod’
très soignée. Seul un véritable hit manque à ces
deux opus, qui raviront néanmoins les nostalgiques de Bristol. (nc)
Danko Jones
‘B-Sides’
Bad Taste Records/Suburban/Ber tus
Adepte d’un rock puissant et intègre ayant de
quoi enthousiasmer les stades, les canadiens de
Danko Jones sont actuellement en tournée à travers l’Europe, histoire de défendre ‘Never too
loud’, leur dernier - et très réussi - album. C’est
aussi le moment qu’a choisi le groupe pour sortir une généreuse compilation de 27 titres ne figurant sur aucun album. Reprenant faces B, singles
rares, morceaux provenant de compilations diverses ou tirages limités, le tout agrémenté d’une
poignée d’inédits, ce copieux album ne propose donc que des morceaux difficiles à se procurer.
Le problème avec ce genre de sortie, c’est qu’on
y trouve à boire et à manger. Bien sûr, l’énergie
et la générosité du groupe sont de la partie, mais
l’inspiration, quand à elle, fait parfois défaut. Tout
n’est cependant pas à jeter, et l’on retrouve même
quelques réussites comme ‘My time is now’, ‘Never
again’,‘First date’, ainsi qu’une poignée d’autres ti-
tres bien pêchus. Le genre de sortie qui ravira les
fans tout en laissant les autres de marbre. (pf)
Dear Reader
‘Replace Why With Funny’
Cit y Slang
Après s’être nommé Harris Tweed et s’être fait rappeler à l’ordre par cette marque de vêtements, le
couple Cherilyn MacNeil et Darryl Torr a transformé
son nom en Dear Reader. Le duo a effectivement un
goût pour le littéraire, avec une jolie pochette soignée. Mais ce groupe originaire de Johannesburg
aurait dû s’appeler Dear Listenner, pour mieux penser aux auditeurs. Car s’il n’y a rien à redire sur leurs
comptines folk-rock qui aiment le clair-obscur quand
vous les écoutez un soir de Saint-Valentin (et encore…), la voix féminine très mièvre qui domine ce
disque devient vite lassante. (jg)
The Dillinger Escape Plan
‘Under The Running Board’
Relapse
C’était il y a plus de dix ans, à une époque révolue où DEP ne singeait pas encore Faith No More
(le décevant ‘Ire Works’) et proposait une sorte
de mathcore furibard à nulle autre pareil, d’une violence jubilatoire et, comme on dit, cathartique.
« Séminal » ? N’en jetons plus : les trois morceaux
ici réédités, accompagnés d’un live datant de 2000
(époque ‘Calculating Infinity’), n’ont pas pris une
ride. Huit minutes de tempos ultra-speed et de
ruptures de rythme épileptiques, avec un Dimitri
Minakakis (depuis lors remplacé par Greg Puciato)
qui se bousille les cordes vocales comme si sa vie
en dépendait. Une méchante reprise du ‘Planet
Caravan’ de Black Sabbath termine le sale boulot en bonus final… Alors, même pas mal ? Prends
donc ça dans les dents et respire en rafales ! (ge)
DJ Koze
‘Reincarnations - The Remix
Chapter 2001-2009’
Get Physical
DJ Sprinkles aka Terre
Thaemlitz
‘Midtown 120 Blues’
Mule Musiq
Last night a DJ saved my
life: sérieusement, je n’en
reviens pas de l’effet
démultiplicateur produit par
cet album sur mon système
nerveux. Tout ce que DJ
Koze touche et réinvente
(Battles, Matthew Dear, du Kompakt, de la house
italo-disco, un slow allemand) est supérieurement
beau, audacieux, sensuel ou rigolo, quand ce
n’est pas tout ça à la fois. Sa maîtrise du son est
prodigieuse, aucune redite, aucun beat
mécanique, que du bonheur. Le nouveau roi de
l’abstract, celui qui se danse pour de vrai, c’est
lui, DJ Koze toujours, mon prince. Et puisque DJ
Koze encense le nouveau Terre Thaemlitz (“I
really love the Dj Sprinkles album, it’s pure
beauty!”), alors j’écoute le nouveau Terre
Thaemlitz, qu’un étonnant hasard a glissé le
même jour dans mes mains. Je connaissais un
peu le gaillard, militant pratiquant de la cause
transsexuelle et signataire d’albums assez
subversifs à l’époque Mille Plateaux. ‘Midtown
120 Blues’ veut célébrer l’époque où la house
était l’échappatoire du troisième sexe newyorkais; Terre Thaemlitz pleure la disparition de la
42ème rue, leur repaire, un quartier entièrement
racheté depuis par... Walt Disney. La house au
menu est donc un peu tristounette et rêveuse,
mais pas du tout désagréable. (ag)
Aurélie Dorzée
‘Horror Vacui’
Homerecords
C’est l’été. Aurélie Dorzée gambade dans les prés
à Borzée. Ses pieds foulent l’herbe haute. Elle
porte un léger gilet jaune et une robe mauve. On
la devine s’arrêter au bord d’un étang, tout autour
le vert luxuriant des Ardennes l’étreint. Elle pose
ses lèvres sur la rosée et frotte son sexe sur une
touffe de cresson sauvage. Dans sa tête, trottent
des histoires d’infanticide, de deux vielles sœurs
inséparables et d’une femme poisson. Elle considère l’horreur du vide mais ressuscite un conte oublié des frères Grimm pour le combler. Elle
se construit des images par centaines et nous les
donne à écouter. Aurélie est de toute évidence
une très bonne violoniste et altiste, maniant avec
dextérité tant l’archet que les pizzicati. Elle se débrouille aussi au piano et au glockenspiel. Son
chant, peuplant la moitié des morceaux, se complait parfois dans la complainte. Un défaut bénin qu’on lui pardonne volontiers tant il semble indissociable des univers tragiques dépeints ici.
‘Horror Vacui’ confirme l’avènement d’une artiste
qui a résolument décidé d’emprunter les chemins
de traverse pour son plus grand bonheur. (et)
The Drones
‘Havilah’
ATP/R
D’expérience, je peux vous
dire que rarement les
dossiers de presse qui
accompagnent les disques
soumis à la dissection de
nos oreilles surentraînées
reflètent la réalité de la
musique qu’ils sont sensés promouvoir. Le but,
après tout, c’est de vendre, et pour vendre,
certains sont prêts à tout, et donc aussi à dire
n’importe quoi. Tout et son contraire. Lowlands ne
ment pas quand il dit que ‘Havilah’, le nouvel
album des rockers de Melbourne, est une affaire
de contradiction. Je dirais même une affaire de
contrastes. Il se dégage de cette session
d’enregistrement une atmosphère particulièrement fataliste et dépressive, et ce au travers de
textes qui, quand ils ne le frôlent pas, tombent
carrément dans le domaine de la misanthropie
pure et dure. The Drones ne pratique pas le black
métal pour autant ; juste un rock inspiré, fringant
mais terreux, de celui qui vous colle à la peau
avec un effet goudronneux des plus déplaisants.
Toujours au bord de la rupture, les guitares,
tranchées, lyriques juste quand il le faut, flirtent
avec les fausses notes pour mieux révéler le
fragile équilibre qui fait que tout cela tient
miraculeusement debout, on ne sait trop
comment. Une version plus mainstream des
Colossamite, si vous voulez, qui avaient euxmêmes déjà tout décalqué Beefheart… Le chant,
lui, n’a rien à voir. À s’écouter les soirs de
déprime, histoire de se sentir moins seul quand
vous viendra l’envie irrépressible de pester sur
tout, tout le temps et sur tout le monde. (do)