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Mémoires
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Le 5 juin 1991, René Sieffert a donné son dernier cours dans la
salle Raymond Aron, au Centre Universitaire Dauphine. Si cet
événement couronne une exceptionnelle carrière d’enseignant, il
inaugure surtout une nouvelle forme de collaboration avec un
prestigieux chercheur. Professeur émérite, René Sieffert va continuer à
nous aider et nous enrichir tout en poursuivant une œuvre déjà sans
égale. Nous voudrions lui exprimer notre gratitude et rappeler, en
publiant la liste, toujours ouverte, de ses travaux et publications,
l’ampleur de sa contribution aux études japonaises en France.
L’œuvre de René Sieffert s’articule autour de deux axes : littérature et
théâtre.
Littérature : les monogatari de Heian, les récits épiques, la poésie
classique (waka et haikai), littérature moderne et contemporaine.
Théâtre : Zéami et le nô (théorie et textes), Chikamatsu et le ningyô
jôruri.
Bibliographie
• Bibliographie de l’ethnographie japonaise, Bulletin de la Maison
Franco-Japonaise, nouvelle série, II, 1953.
• Bibliographie du théâtre japonais, B.M.F.J., III, 1954.
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Littérature
• Le conte du coupeur de bambous, Taketori monogatari, traduction
commentée, B.M.F.J., II, 1953, 60 pages.
• Contes de pluie et de lune, Ugetsu monogatari, d’Ueda Akinari,
Gallimard-UNESCO, 1956, 226 pages. Ouvrage traduit en portugais.
• La littérature japonaise, Armand-Colin, 1961. Rééd. mise à Jour,
POF, 1973, 240 pages.
• Les belles endormies, Nemureru bijo, de Kawabata Yasunari, AlbinMichel, 1967, 150 pages.
• Littérature « d’Etranges Pays », Japon, choix de textes classiques,
POF, 1973, 120 pages.
• Poèmes d’amour du Man.yôshû, POF, 1975, 48 pages.
• Le Dit de Hôgen, le Dit de Heiji, Hôgen monogatari, Heiji monogatari,
POF, 1976, 230 p.
• Le Dit des Heike, Heike monogatari, POF, 1976, 546 pages.
• Journaux de voyage de Bashô, Kikô zenshû, POF, 1976, 120 pages.
• Chants de palefreniers, Saibara uta, POF, 1976, 48 pages.
• Eloge de l’ombre, In.ei raisan, de Tanizaki Jun.ichirô, POF, 1977, 114
pages.
• Le dit du Genji, Genji monogatari, première partie, 876 pages en deux
tomes, POF, 1977.
• Journal de Murasaki-shikibu, Murasaki-shikibu nikki, POF, 1978, 112
pages.
• Journal de Sarashina, Sarashina nikki, POF, 1978, 102 pages.
• Contes de Yamato, Yamato monogatari, et le Dit de Heichû, Heichû
monogatari, POF, 1979, 250 pages.
• Le haikai selon Bashô, propos recueillis par ses disciples, Kyoraishô et Sanzôshi, POF, 1983, 256 pages.
• La geste des Sanada, Sanada gunki, d’lnoue Yasushi, POF, 1984, 144
pages.
Mémoires
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• Contes des provinces, Saikaku shokoku banashi, Honchô nijû fukô, de
Saikaku, POF, 1985, 240 pages.
• La tuile de Tenpyô, Tenpyô no iraka, d’Inoue Yasushi, POF, 1985, 144
pages.
• Poèmes de Murasaki-shikibu, Murasaki-shikibu-shû, POF, 1986, 104
pages.
• Le manteau de pluie du singe, Sarumino, de Bashô, POF, 1986, 206
pages.
• Les contes d’Uji, Uji shû.i monogatari, POF, 1986, 364 pages.
• Jours d’hiver, Fuyu no hi, de Bashô, POF, 1987, 79 pages.
• Le Dit du Genji, Genji monogatari, édition complète, POF, 1988, en
deux tomes de 632 et 680 pages.
• Izumi-shikibu, Journal et poèmes, Izumi-shikibu nikki, wa-ka-shû,
POF, 1989, 202 pages.
• Histoires de marchands, Nippon eitai-gura et Seken muna- zan.yô, de
Saikaku, POF, 1990, 330 pages.
• Enquêtes sous les cerisiers, Honchô ô.in hiji et Yorozu no fumu hôgu,
de Saikaku, POF, 1991, 280 pages.
• La calebasse, Hisago, de Bashô, POF, 1991, 80 pages.
N.B. Ces ouvrages, parus dans la collection des « Œuvres capitales
de la littérature japonaise » seront suivis de la traduction intégrale de
cinq des grandes anthologies poétiques du Moyen-Age : Man.yôshû,
Kokin-Shû, Shin Kokin-shû, Sanka-Shû et Kin-kai-shû. Toutes ces
traductions sont achevées et en cours de révision. L’ensemble de la
collection comprendra une quarantaine de volumes.
• Articles : une centaines d’articles, parus dans diverses revues, dans
l’Encyclopædia Universalis, l’Encyclopédie Larousse, l’Encyclopédie
Permanente du Japon, etc., soit environ 2 000 pages.
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Théâtre
• La tradition secrète du nô, de Zeami, suivi d’une Journée de nô,
Gallimard-UNESCO, 1960, 378 pages. Ouvrage traduit en italien et en
danois.
• Théâtre du Moyen Age, Nô et kyôgen, cinquante livrets de nô
(yôkyoku) et quarante kyôgen, POF, 1979, deux tomes de 616 et 586
pages.
• Le mythe des quarante-sept rônin, quatre drames, Kenkô-hôshi
monomi-guruma et Goban Taiheiki, de Chikamatsu, et Chûshin-gura,
avec, traduit par Michel Wasserman, Fantômes à Yotsuya, Yotsuya
Kaidan, POF, 1981, 440 pages.
• Théâtre classique, Collection « Arts du Japon », POF, 1983, 170
pages.
• Les vingt-quatre tragédies bourgeoises, sewa-mono, de Chikamatsu
Monzaemon, environ 1 400 pages en quatre tomes : Tome I, POF, 1991,
310 pages.
• Articles : Une cinquantaines d’articles dans des revues spécialisées,
encyclopédies, dictionnaires, soit environ 600 pages.
Histoire des religions, ethnologie
• Les religions du Japon, coll. « Mythes et religions », PUF 1968, 132
pages.
• Articles « Japon » dans la collection « Sources Orientales », Le Seuil :
Les songes et leur interprétation, Le jugement des morts, La lune,
mythes et rites, Les danses sacrées, Le monde du sorcier, soit au total
140 pages.
Mémoires
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Divers
• Le Japon à l’ère planétaire, par Umesao Tadao, traduction et
présentation, POF, 1983, 160 pages.
Direction d’ouvrages collectifs ou de collections
• Le Japon et la France, images d’une découverte, POF, 1974, 160
pages.
• Encyclopédie Permanente du Japon. Tous les aspects de la
civilisation japonaise, dix volumes parus depuis 1976, 276 pages par
volume, POF.
• Collection « Œuvres capitales de la littérature japonaise », 24
volumes parus, POF.
• Collection « Bibliothèque des études japonaises », 28 volumes
parus, POF.
• Collection « Arts du Japon », 5 volumes parus, POF.
• Collection « Littérature d’Etranges Pays », 72 volumes parus, POF.
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Thèse de doctorat soutenue par Dragomir Costineanu, sous la
direction de René Sieffert (1990) : Une morphologie du kabuki.
I. La forme dans la perspective étymologique
Que signifie exactement le mot « kabuki » ? Quelle est son
origine ? Quelle fut son évolution ? Etymologiquement et
étymographiquement parlant, le vocable kabuki est l’aboutissement
d’un long processus linguistique : il est le résultat du croisement de
deux filiations : (1°) l’une, de nature purement « philologique »,
faisant référence surtout à l’attitude du locuteur face au phénomène
en question pour mieux en définir « la forme » (« décadent »,
« extravagant »), va d’un éloigné étymon katamuku / katabuku,
« s’incliner ; être en désordre, etc. », à travers des dérivés kabusu 1,
kabuku 1, « décliner, etc. », jusqu’au kabuki conçu comme « un art
décadent ou dépravé » et (2°) l’autre, participant en grande mesure de
« l’étymologie populaire » qui prend en considération son contenu («
chant et danse »), le fait dériver d’un terme sino-japonais kabu qui a
développé un paradigme kabusu 2, kabuku 2, sur le modèle du
paradigme [kabusu 1, kabuku 1] préexistant. Ce point est essentiel pour
la compréhension des significations que le mot « kabuki » avait
initialement (au XVIe siècle et plus tard), à l’encontre de celles qu’il
évoque aujourd’hui.
II. La forme dans la perspective historique
1. Le kabuki et la tradition de l’itinérance. Comme tous les phénomènes
vivants, le kabuki, pour éviter la mort et l’asphyxie, a dû se réclamer
de certaines origines (mythiques), recueillir certaines influences (nô,
kyôgen), bouger au sens propre comme au figuré (proliférer dans
Mémoires
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toutes les régions du pays, se servir de l’intertextualité, etc.), se
développer à partir de bases culturelles préexistantes, tout en les
enrichissant. C’était par ailleurs l’époque des grands voyages, aussi
bien transocéaniques que transnippons, occasion rêvée pour colporter
et adapter théâtralement des histoires « venues d’ailleurs ». Quatre
exemples de « coïncidences » culturelles entre des motifs
mythologiques ou folkloriques eurasiens et japonais, ayant écho dans
le kabuki sont analysés : [A] La légende de Yurikawa / Ulysse ; [B] La
légende de Semimaru / Kunâla / Hippolyte ; [C] La légende de
Obasute Yama / Le Royaume sans vieillards et [D] La légende
d’Urashima Tarô / Le Royaume de la Jeunesse Impérissable et de la
Vie sans fin.
2. Morphogénèse du kabuki. L’évolution du kabuki est suivie depuis ses
premiers balbutiements (1559-1600) jusqu’à sa complète maturité (v.
1688). Le développement de l’architecture scénique, lui, est étudié
jusqu’à une date plus récente (post-1868), étant donné les
transformations incessantes qu’elle a subies, avant de se stabiliser
dans les formes conservées jusqu’à nos jours. Après comparaison des
différentes sources, apparemment
contradictoires, relatant divers
aspects de l’activité d’Okuni, il résulte que, classées dans un ordre
inédit, elles acquièrent une nouvelle cohérence : les 5 classes distinctes
de documents se rapportent à l’évidence à plusieurs femmes de
théâtre désignées comme « Okuni » . Un traitement similaire est
appliqué aux informations contradictoires concernant Nagoya
Sanzaemon/Nagoya Sanzaburô. Traduction des principales sources,
dont Kunijo Kabuki Ekotoba, en version bilingue intégrale. Formes
ultérieures : Uneme kabuki, Onna kabuki (1603-1629), Wakashû kabuki
(>1652), Yarô kabuki
(1653>). Parmi les innovations les plus
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remarquables datées de la période 1655-1695, il est à retenir la
spécialisation par types de rôles, la conception de la keiseigai, « pièce
d’achat d’une courtisane » et du sewamono, « drame bourgeois », ainsi
que des styles de jeu aragoto, « dur » [Edø Tôkyô] et wagoto
« doux » [Ôsaka-Kyôto]. C’est également l’époque qui a vu l’arrivée
du plus grand auteur dramatique japonais de tous les temps :
Chikamatsu Monzaemon.
III. La forme dans la perspective comparative
Une analyse comparative ayant comme termes de référence le nô,
le ningyô joruri, le théâtre élisabéthain et la Commedia dell’Arte, vient
compléter la vision historique du phénomène kabuki : elle prend en
considération des aspects liés aux caractéristiques textuelles et
actorielles, à la place de la femme dans ces théâtres, aux aptitudes
requises d’un acteur et à la différence d’approche en vue de situer le
monde fictionnel de la scène par rapport au monde réel de la salle, ou
le rapport intime entre acteur et personnage. Suit une étude des
publics, quant à leurs composition et attentes. Le chapitre s’achève
sur une comparaison « textuelle » : rôle de l’intrigue, en tant que
moteur de l’action, et sa conception liée généralement à une faute ou
à la transgression d’un tabou (cf. karma japonais/hybris grec).
IV. Synthèse
Le chapitre final (re)situe le kabuki parmi les autres phénomènes
dramatiques tout en étoffant sa définition initiale.
D. Costineanu
Mémoires
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Thèse de doctorat soutenue par Sakae Murakami Giroux, sous la
direction de René Sieffert (1988) : Zeami et sa conception du théâtre
d‘après ses entretiens sur le sarugaku1.
Cette étude prend sa source dans la curiosité née d’une première
rencontre avec Zeami, à l’occasion de la lecture de Fûshikaden « De la
transmission de la fleur de l’interprétation ». Qui donc était cet artiste
qui joua un rôle si important dans le théâtre nô, qu’il est impossible
d’en faire l’historique sans mentionner son nom, et dans quelle
mesure a-t-il effectivement contribué à faire évoluer cet art,
principalement sur le plan théorique ?
Les résultats des recherches menées afin de répondre à ces deux
questions constituent la première partie de notre thèse et servent de
point de départ à une seconde partie entièrement consacrée à l’étude
du texte Zeshi rokujû igo sarugaku dangi « Entretiens avec Zeshi sur le
sarugaku, après sa soixantième année » dont nous proposons une
traduction intégrale.
Après un rappel historique de l’évolution du sarugaku, de ses
origines jusqu’au moment où il devint une forme théâtrale spécifique,
et la présentation des faits historiques et sociaux qui permirent son
développement, débute l’étude de la vie de l’acteur de sarugaku
Zeami – de son ascension jusqu’à sa disgrâce et son exil – et de ceux
qui, dans son entourage, exercèrent une influence sur son art ou qui
en héritèrent.
Pour présenter l’apport de Zeami-auteur de pièces de nô, nous
avons tout d’abord pris soin de distinguer quelles étaient celles qu’il
avait probablement écrites, en nous fondant sur le chapitre xvi du
1
Cette thèse, complétée par un index des personnages et des pièces cités
dans le sarugaku dangi, vient d’être publiée par les Publications orientalistes
de France sous le titre Zeami et ses « Entretiens sur le nô ».
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Zeshi rokujû igo sarugaku dangi, sur ses traités Go on « Les cinq
mélodies » et Nôsakusho « Le livre de la composition de nô », ainsi que
sur les études les plus récentes des spécialistes japonais dans ce
domaine, étant donné que le nombre de pièces qui lui sont attribuées
fait l’objet de variations considérables dans les ouvrages occidentaux
traitant du nô. Nous avons ensuite cherché à analyser la structure de
ses pièces ainsi que sa méthode d’écriture, par comparaison avec
celles de son père Kan.ami, afin de déterminer quelle fut sa
contribution véritable. Et cette contribution, nous avons cherché à la
préciser à l’intérieur de ses pièces, classées selon différentes
catégories, ce qui nous a permis de constater une certaine évolution
dans la thématique de Zeami.
Un certain nombre de réflexions sur les écrits théoriques de
Zeami suivent :
- les différentes dénominations de ces « traités », la question de
leur datation et l’analyse du caractère secret de ces transmissions sont
abordées, ainsi qu’une rapide présentation de leur contenu, nécessaire
aux développements suivants.
- une analyse de la conception théâtrale de Zeami à travers ces
traités, l’accent étant mis en premier lieu sur les idées développées
dans Fûshikaden, qui portent encore l’empreinte de Kan.ami et sont à
la base de cette conception ; il s’agit ensuite d’observer comment ces
idées ont évolué dans les traités postérieurs. C’est le chapitre où notre
propos est à la fois de mettre en lumière la façon dont Zeami
concevait son théâtre, et de poser les bases indispensables à la suite de
notre étude.
La présentation du Zeshi rokujû igo sarugaku dangi, sa traduction,
les notes concernant celle-ci et, enfin, une analyse de ce document
formeront les quatre divisions de la seconde partie.
Mémoires
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Après quelques considérations sur la structure, la composition et
les objectifs de ce traité, nous nous sommes intéressé, brièvement en
raison de la rareté des informations, à celui qui en organisa les
éléments, Motoyoshi, le second fils de Zeami. Nous présentons
ensuite les différents manuscrits connus de ce texte, dont il est
important de dégager les caractéristiques respectives afin de bien
montrer par quels détours ils sont parvenus jusqu’à nos jours, et
d’expliquer pourquoi nous avons opté pour le texte établi par Omote
Akira.
La traduction du Zeshi rokujû igo sarugaku dangi, s’avérait
indispensable car notre travail, de par sa nature-même, oblige sans
cesse à une réflexion sur les termes utilisés dans le texte. D’autre part,
il n’en existait encore aucune traduction intégrale en français.
Il était aussi nécessaire de compléter cette traduction par des
notes explicatives, principalement pour l’interprétation de certains
termes ambigus du texte, afin d’apporter quelques précisions sur
certains noms de personnes et pour indiquer également les pièces
d’où furent tirés les exemples utilisés par Zeami pour expliquer à son
fils les effets de la musique ou ceux du jeu de l’acteur dans une
représentation de nô.
Pour le commentaire de ce texte, nous avons du recourir à
d’autres traités afin d’y rechercher les clés nécessaires à la
compréhension ; en effet, les sujets abordés sont nombreux, certains
passages obscurs, et il était souvent impossible de saisir les exemples
cités par Zeami, notamment ceux ayant trait au chant. Finalement,
nous avons examiné ici non seulement les idées et les sentiments de
Zeami, mais aussi sa contribution à l’étude des autres arts de
représentation.
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Ce travail a été publié, après révision et ajout d’un index des
personnages et des pièces cités dans le Sarugaku dangi, sous le titre
Zéami et ses « Entretiens sur le nô » par les Publications Orientalistes de
France, 1991.
S. Murakami Giroux
Thèse de doctorat soutenue par Pascal Griolet, sous la direction de
Jean-Jacques Origas (1991) : Les japonais face à leur écriture – politiques et
polémiques de 1900 à nos jours – .
Le système graphique japonais fait l’objet de controverses depuis
plus d’un siècle. La présente thèse examine leur développement et les
politiques qui furent successivement mises en place. L’année 1900 voit
naître la première commission officielle, dont la mission était
explicite : étudier les moyens de « phonétiser » l’écriture.
Simultanément, furent arrêtées dans le cadre de l’éducation des
mesures de simplification radicales. L’examen des différents points de
vue qui furent alors exprimés montre que cette question constituait
aussi un enjeu politique et idéologique.
L’analyse à l’aide de l’informatique de textes originaux de cette
époque permet de mesurer l’ampleur des questions soulevées et la
fonction respective des caractères chinois et des deux syllabaires
japonais (les kana). L’écrasante majorité du lexique nominal y apparaît
constituée de mots composés à partir d’unités d’origine chinoise. Ces
termes sino-japonais sont encore souvent majoritaires dans la
catégorie des mots qualificatifs et verbaux, même si le lexique
purement japonais s’y révèle plus dynamique et soutient mieux la
concurrence. Les mots variables indigènes sont eux aussi écrits à
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l’aide de caractères chinois, mais suivis de kana qui en précisent les
modifications morphologiques. Les éléments fonctionnels sont – dès
cette date – notés en kana. Ainsi, les mots sino-japonais se révèlent
fondamentaux pour le contenu proprement dit des textes. En raison
de leur inflation homophonique, ces mots ne peuvent fonctionner
sans le support des caractères chinois qui permettent de les identifier.
Les éléments en kana n’ont qu’une fonction d’appoint. Il apparaît
donc qu’une réforme de l’écriture ne peut se faire sans modifier le
lexique même, et donc l’équilibre interne de la langue. Pourtant, dans
le cadre de la langue écrite courante, les mots purement japonais ne
semblent pas être en mesure de remplacer les emprunts chinois.
Les simplifications que tenta de promouvoir le ministère de
l’Education se heurtèrent aussi à une question qui pouvait sembler a
priori secondaire, mais qui déclencha la plus vive polémique à partir
de 1904 : celle de « l’orthographe en kana », kana-zukai. Alors que
durant l’époque d’Edo, plusieurs usages s’étaient trouvés en
concurrence et qu’avait régné dans les faits une joyeuse anarchie, les
philologues de la tradition des « études nationales » avaient imposé
au tout début de l’ère Meiji un usage dit « historique », fondé sur la
langue du VIIIe siècle. L’un des plus grands écrivains du Japon
moderne, Mori Ôgai, prit position en 1908 dans cette bataille et
parvint à mettre en échec les projets de réforme « phonétique » de
l’écriture en kana. On peut encore à cette date déceler la pression du
courant des « études nationales », auquel l’écrivain était étroitement
lié depuis l’enfance. Certains des arguments qui furent avancés contre
la simplification de la notation des mots en kana, reflètent la
survivance d’une conception mystique de la langue japonaise. Il faut
aussi noter ici la rivalité entre l’Armée et le Ministère de l’éducation
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pour la formation des citoyens. Cette querelle persistante paralysera
la politique linguistique jusqu’au lendemain de la Seconde guerre
mondiale.
La polémique sur l’orthographe en kana avait éclaté dans une
période de grandes tensions sociales. Une campagne pour la
romanisation de l’écriture battait aussi son plein : le premier ministre,
Saionji Kinmochi, présidait l’association qui prônait la diffusion de ce
mode d’écriture. Le ministre des affaires étrangères, Hayashi Tadasu,
en était le vice-président.
Pour comprendre ce que l’alphabet pouvait représenter au Japon,
il est nécessaire d’en retracer l’histoire, de considérer ses liens avec le
christianisme – et donc l’interdit qui pèsera longtemps sur lui – d’une
part, avec l’étude des sciences et des langues étrangères d’autre part.
On peut aussi discerner dans cette critique de l’écriture traditionnelle
une forme de contestation de l’ordre social du Japon moderne.
Comme l’écriture en kana, les tentatives de romanisation furent mises
en échec par une interminable querelle concernant la transcription du
japonais, c’est-à-dire son « orthographe » en caractères latins.
La rationalisation de l’emploi des caractères chinois, vivement
réclamée par les grands organes de presse, fut examinée par les
diverses commissions officielles qui se succédèrent jusqu’en 1945.
Une première limitation officielle des caractères chinois à 1963 unités
vit le jour en 1923, mais fut ajournée en raison du grand tremblement
de terre qui se produisit cette année-là. Pourtant, au cœur de la
Seconde guerre mondiale, l’armée se trouva contrainte elle-même de
procéder à des limitations radicales dans ses documents internes.
Au lendemain de la défaite, les forces d’occupation américaines
recommandèrent la romanisation de l’écriture et donnèrent un
Mémoires
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nouveau souffle aux mouvements militant dans ce sens. Mais les
autorités japonaises préférèrent mener prudemment une réforme
drastique du système lui-même : une série de décrets - dont une
limitation des caractères chinois à 1 850 unités et une redéfinition de
l’usage des kana selon des critères phonétiques - fut publiée entre 1946
et 1959. Ces mesures donnèrent un nouveau visage à l’écriture
japonaise, sans introduire de changements fondamentaux.
Dès le retour à l’indépendance en 1952, les réformes de l’aprèsguerre furent de plus en plus critiquées. De grands écrivains les
dénoncèrent comme une rupture avec le passé et un carcan pour la
libre expression. Par ailleurs, les fondements théoriques de la
linguistique occidentale selon laquelle l’écriture ne fait pas partie
intégrante de la langue, et les conclusions qu’en tiraient les
réformateurs, furent remis en cause. Une nouvelle liste de 1945 signes
fut promulguée en 1981. Le principe d’une norme officielle était
maintenu, mais son caractère coercitif très atténué. Surtout
l’hypothèque de la romanisation qui pesait sur la langue, était
totalement levée.
Ce changement de politique est à mettre en relation avec la
prospérité économique et le haut niveau d’éducation que put
atteindre la société japonaise, mais surtout avec la révolution
informatique qui balaya toutes les considérations techniques qui
jusqu’alors poussaient à l’abandon des caractères chinois.
Les polémiques se sont aujourd’hui apaisées. Un équilibre
semble s’être instauré. Faut-il donc en parler au passé ? Ou ne s’agit-il
que d’une accalmie passagère, comme il y en eut d’autres ? Bien des
phénomènes montrent que l’équilibre demeure fragile et que des
forces travaillent sans cesse la langue de façon souterraine.
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Informations
L’écriture japonaise offre une complexité que n’imaginent guère
les utilisateurs d’une écriture à principe phonétique. Il est difficile
d’en mesurer précisément les règles, et surtout de saisir les points où
la plus grande souplesse est requise et ceux qui, au contraire, doivent
être appliqués strictement.
En fait, l’interrogation sur la langue et son écriture ne commence
pas avec l’ère Meiji, mais s’est posée dès l’introduction des caractères
chinois, signes graphiques qui avaient été conçus pour un ensemble
linguistique fondamentalement différent du japonais.
P. Griolet
Thèse de doctorat soutenue par Ninomiya Masayuki, sous la direction
de Jean-Jacques Origas (1988) : La pensée de Kobayashi Hideo, 1942-1948.
L’originalité de Kobayashi Hideo à la fois comme penseur et
comme écrivain s’affirma dans les années 1942-1948. Le but de ce
travail consiste à dégager une cohérence inhérente à la pensée de
Kobayashi Hideo, qui s’exprima sous diverses formes durant cette
période particulièrement mouvementée sur le plan idéologique.
La première partie est consacrée à l’étude des activités que mena
l’écrivain au sein de l’équipe de la revue Bungakukai, notamment lors
de la table ronde « Kindai no chôkoku / Dépasser la modernité » (en
juillet 1942). Dans ses prises de position face aux problèmes
concernant la rencontre des civilisations apparaissent ses idées
personnelles sur l’histoire, le rapport du mental au corps, ou
l’importance de la langue maternelle pour la pensée.
La deuxième partie porte sur « Mujô to iu koto / Ce qu’on appelle
l’impermanence » (1942-1946). L’analyse de l’œuvre met en lumière la
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Mémoires
signification profonde des « rencontres », qui se produisirent grâce à
l’acte de se souvenir, entre certaines œuvres classiques et cette
conscience critique moderne.
La troisième partie traite « Watashi no jinseikan / Ma manière de
voir la vie » (1948) et fait ressortir la dimension universelle de la
« sagesse » qui s’appuie sur l’expérience vécue du Beau. L’éthique et
l’esthétique s’y trouvent foncièrement unies.
L’« analogie » se révèle à travers ces trois parties comme fil
conducteur de la démarche du penser chez Kobayashi Hideo, qui se
refuse délibérément à séparer la forme et le contenu de l’objet de sa
réflexion.
Ninomiya M.
Thèse de doctorat soutenue par Ananda Ruhunuhewa, sous la
direction de René Sieffert (Inalco) et Robert Heinemann (Université
de Genève) (1989) : Traduction commentée du Shôjijissô-gi, traité sur
« voix-signe-réalité », de Kûkai (774-835).
- Introduction (présentation du travail, doctrines
symbolisme, la vie de Kûkai, les œuvres), 57 p.
- Traduction commentée du shôjijissô-gi, 91 p.
- Index, glossaire japonais-sanskrit-français, 91 p.
- Texte (2 versions : chinois et nobegaki), 41 p.
- Notes et références, 42 p.
- Bibliographie, 12 p.
indiennes,
Le shôjijissô-gi (Taishô shinshû daizôkyô, vol. 77, n°2429 ; date
incertaine, mais rédaction postérieure au Sokushin jôbutsu gi compte
parmi les œuvres majeures de Kôbôdaishi Kûkai, fondateur de
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Informations
l’ésotérisme Shingon (« Vraie Parole ») au Japon. Ce traité, rédigé en
kanbun, développe – à partir de certains passages du Dainichikyô sho
(T.39, n°1796), « Commentaires du Mahâvairocana-sûtra » par Yixing
(683-727) et en recourant à l’analyse de la composition nominale de la
grammaire sanskrite – l’une des caractéristiques essentielles de
l’ésotérisme (mikkyô) par rapport à l’exotérisme (kengyô), à savoir la
« prédication du dharma-kâya » (hosshin seppô) : si l’exotérisme insiste
sur le caractère signifiant de la « voix » (shô), du « signe » (ji) et
soutient que le reste est « ineffable » (fukasetsu), du point de vue
ésotérique tous les sons (« voix », shô) de l’univers sont autant de
« signes » (ji), manifestations de la « réalité » (jissô), l’un des noms
bouddhiques de l’absolu. Ils constituent donc ce que nous
appellerions aujourd’hui des « symboles » (dans le sens où ce terme
est généralement employé en science des religions). C’est dans les
« signes » (en fait, dans les phénomènes du monde) que l’homme
perçoit la prédication du Tathâgata (Nyorai seppô).
Pour ce qui est de la présente thèse, plus que la traduction de ce
traité elle-même, la première en langue française, ce sont surtout les
annotations, les commentaires et l’analyse des termes mis en
correspondance avec leurs équivalents sanskrits qui font l’originalité
de ce travail et sa valeur. L’intérêt principal de cette étude repose sur
les solides connaissances du sanskrit et du pâli que possède son
auteur, formé au canon bouddhique au cours de ses années
monastiques au Sri Lanka. Le lecteur peut deviner l’intention de
l’auteur de ramener systématiquement tous les éléments constitutifs
de ce traité aux doctrines du bouddhisme indien.
Si ce travail ne résout pas toute la problématique de cette œuvre
particulièrement complexe, il constituera certainement, grâce à la
traduction richement annotée, un point de départ pour de futures
19
Mémoires
recherches dans des domaines tels que l’histoire des religions, la
philosophie et la sémiologie.
Robert Heinemann
Thèse de doctorat soutenue par Christiane Séguy, sous la direction de
René Sieffert (1991) : Aspects de l’histoire de la presse japonaise – Le
développement de la presse à l’époque Meiji et son rôle dans la modernisation
du Japon.
Cette thèse constitue une suite chronologique au mémoire de
maîtrise consacré aux « débuts de la presse japonaise : des kawaraban
aux premiers quotidiens », mais son propos est tout différent, car il
tient compte d’un paramètre non abordé précédemment, qui
constitue sa question principale : le rôle de la presse dans la
modernisation du Japon.
Que recouvre exactement le terme de modernisation, comment
en déterminer le point de départ, quand la considérer comme
achevée ? La difficulté à cerner par une définition exacte le concept de
modernisation nous amène à l’aborder dans son sens le plus large,
c’est-à-dire en tant que phénomène évolutif applicable aux domaines
les plus variés de la société : contexte ouvert mais extrêmement
complexe, dans lequel seront présentés non seulement les aspects liés
à l’histoire de la presse et à son développement, mais aussi ceux
concernant la nature et les fonctions du journal aux moments
cruciaux de l’histoire, et, bien entendu, l’analyse du rôle de la presse
dans la modernisation, qui comprend tant l’évolution politique,
idéologique, sociale et culturelle, que les progrès économiques et
industriels.
20
Informations
En dégageant les parallélismes dans ce double processus de
modernisation, concernant donc à la fois le développement de la
presse elle-même et celui de son environnement, nous sommes
arrivée à distinguer cinq étapes fondamentales, qui constituent les
cinq chapitres de la thèse. Les chapitres s’enchaînent plus ou moins
chronologiquement, mais chacun est construit de manière à mettre en
lumière un aspect particulier du développement de la presse, auquel
est associé un aspect important de la modernisation.
Ainsi le premier chapitre, intitulé Le journal, symbole de
connaissance, tente de faire la part de toutes les influences, internes ou
externes, qui, depuis l’époque d’Edo, ont pu contribuer à la création
de la presse moderne au début de Meiji. Dans le chapitre deux, Le
journal, symbole de modernité, le journal est associé à l’effort de
modernisation des premières années de Meiji, ou bunmeikaika,
« ouverture à la civilisation ». Le chapitre trois, Le journal, symbole de
liberté, est consacré au rôle de la presse dans le Jiyûminken undô, le
« Mouvement pour la liberté et les droits du citoyen ». Le chapitre
quatre, Le journal, espoir de démocratie analyse le rôle de la presse dans
la modernisation du système politique japonais. Le chapitre cinq Le
journal en quête de son identité – De la modernisation à la modernité a pour
toile de fond les guerres sino-japonaises (1894-95) et russo-japonaises
(1904-05) et leurs répercussions sur l’opinion publique, et étudie
parallèlement les fondements de la politique commerciale des grands
journaux.
En résumé, cette thèse met en évidence, d’abord, combien le
concept même de modernisation a connu d’interprétations variables
et extensibles entre l’époque d’Edo et la fin de la guerre sinojaponaise, elle s’interroge aussi sur l’enjeu que représente la presse
21
Mémoires
pour chacun des acteurs de la modernisation, et analyse enfin l’usage
qu’ils firent du journal pour atteindre leurs divers objectifs et réaliser
leurs ambitions.
Le travail est complété par une annexe biographique, un index
des titres de journaux et des noms propres, ainsi que par une
bibliographie commentée.
C. Séguy
Thèse de doctorat soutenue par Pierre F. Souyri, sous la direction de
Michel Vie (1990) : La société médiévale japonaise.
Cette thèse « sur travaux » présentée en janvier 1990 intervient à la
suite d’une thèse de troisième cycle (soutenue en 1984 à l’Inalco) sur
« le Moyen-Age japonais, histoire et représentations de l’histoire ».
Dans ce premier travail, j’essayais de montrer comment les
japonais s’étaient représentés au cours de leur histoire cette période
qu’ils appellent aujourd’hui Chûsei (Moyen-Age), comment cette
vision avait évolué depuis les contemporains (le moine Jien,
Kitabatake Chikafusa) jusqu’aux historiens du début du XXe siècle, en
passant par les lettrés d’Edo et les intellectuels de Meiji, comment les
thèmes mis en avant, les préoccupations, les interrogations avaient
subi les influences des idéologies du temps, comment une histoire
« moderne », une pensée critique s’étaient mises en place peu à peu à
la fin du XIXe siècle. Temps guerriers, âge féodal, période de toutes les
usurpations, époque noire de l’histoire japonaise, moment de
libération des couches populaires, revanche d’un Japon oriental
« pur » sur le Japon de l’ouest trop influencé par la culture chinoise,
les interprétations ont largement varié. Balayer l’histoire médiévale
22
Informations
avec des éclairages différents selon les périodes me permettait de
repérer les constantes de la pensée politique japonaise, les évolutions
et d’assister à la naissance de nouvelles problématiques à l’époque de
la modernisation.
A la suite de ce travail, je me suis essentiellement consacré à
l’étude de la société médiévale proprement dite et à la manière dont
les historiens d’aujourd’hui – en fonction des apports des nouvelles
sciences sociales et historiques – se la représentent. L’occasion de ce
travail m’a été offerte par Francine Hérail, qui m’a proposé de rédiger,
pour l’Histoire du Japon qu’elle dirigeait, la partie consacrée au
Moyen-Age. Dans le cadre imparti par cet ouvrage (qui constitue
l’essentiel de la nouvelle contribution « sur travaux »), j’ai surtout
essayé de rendre compte des nouvelles approches des historiens
médiévistes japonais depuis les vingt ou trente dernières années, ce
que les japonais appellent eux mêmes la shakaishi 社会史 (l’histoire
sociale) mais qui souvent prend des allures d’une histoire
anthropologique (les mentalités, les rapports des hommes avec la vie
matérielle, l’imaginaire).
J’ai essayé de rendre compte de ce qui paraît essentiel dans
l’évolution de la société médiévale japonaise :
- la montée de la classe des guerriers avec ce que cela implique
comme modifications dans les structures étatiques et foncières : la
mise en place d’un régime guerrier dans l’Est, les conditions de sa
coopération avec la Cour impériale de Kyôto, puis sa subversion des
institutions héritées de l’époque ancienne ; l’intrusion des guerriers
orientaux dans les domaines seigneuriaux (shôen 荘園) et le type de
conflits qui s’en est suivi, etc.
23
Mémoires
- la mobilité sociale due en partie à l’émancipation (l’autonomie)
grandissante des couches populaires. Temps des conjurations (ichimi
dôshin 一味同心) et des révoltes (ikki 一揆), celles des « domin 土民»,
c’est-à-dire des ruraux, petits guerriers et paysans parfois encadrés
par
des
mouvements
religieux,
temps
du
« monde
à
l’envers » (gekokujô 下剋上) qui remet en question la légitimité des
autorités étatiques, seigneuriales, lignagères, le Moyen-Age est un
moment d’instabilité socio-politique tout autant qu’un moment de
forte expansion économique et commerciale : désenclavement des
domaines, essor des échanges, accumulation, naissances de foires, de
guildes, naissance d’une « bourgeoisie ».
- ces modifications dans les structures sociales sont à l’origine de
nouvelles formes de sociabilités (sô 惣, ikki, yoriai 寄り合い, chakai 茶会
kusari renga 鎖連歌, etc.) qui favorisent une forte créativité culturelle
(littérature orale, arts du spectacle, théâtre, arts des jardins, des fleurs,
du thé, etc.) avec pour conséquence, l’émergence d’une nouvelle
culture, celle qu’on appellera plus tard la « culture traditionnelle ».
Cette nouvelle culture qui naît entre le XIIIe et le XVIe siècle est
reconnue par les élites bien que souvent d’origine populaire. Elle est
souvent le fruit de l’activité intellectuelle de catégories marginales ou
en voie de marginalisation dont il faut reconsidérer la place dans le
passé de la civilisation japonaise.
Ce travail a été publié : P.F. Souyri, « le Moyen-Age » (p. 127-300),
in Histoire du Japon, Francine Hérail, Horvath, 1990.
P.F. Souyri
24
Informations
Mémoire de DEA présenté par Marleen Raymaekers, sous la direction
de Jean-Jacques Origas (1990) : La gravure japonaise contemporaine.
Première partie : Funasaka Yoshisuke, un graveur du Japon contemporain.
Deuxième partie : Quelques orientations de la gravure japonaise.
L’étude de l’œuvre de Funasaka Yoshisuke (1939-) m’a ouvert un
champ assez mal connu : celui de la gravure japonaise du vingtième
siècle. Cet artiste combine la technique traditionnelle de l’estampe sur
bois (moku hanga) avec d’autres techniques de gravures, en particulier
la sérigraphie. L’œuvre est abstraite, mais le procédé technique, la
composition et la conception de l’espace ont peu en commun avec
l’abstraction à l’occidentale. La série la plus importante de l’œuvre de
Funasaka s’intitule « My space and My Dimension ». Dans cette série,
l’auteur s’est donné pour but de cerner au plus près une
interprétation subjective de l’espace. Ce souci de l’espace rejoint une
préoccupation traditionnelle de l’esthétique japonaise.
La deuxième partie du mémoire est consacrée à six graveurs
japonais, tous du vingtième siècle. L’objectif était de donner une idée
de divers aspects de l’évolution de la gravure japonaise depuis la
création du Mouvement de la Gravure Originale (sôsaku hanga undô)
par Yamamoto Kanae. Il s’agit d’Onchi Kôshirô (1891-1955), Azechi
Umetarô (1902-), Hamaguchi Yôzô (1909-), Kanô Mitsuo (1933-),
Ikeda Masuo (1934-) et Kurosaki Akira (1937-).
Onchi Kôshirô fut associé au Mouvement de la Gravure
Originale, dont l’idéal fut de libérer la gravure japonaise de sa
fonction traditionnelle de reproduction (fukuseiteki hanga) et la faire
considérer comme un art à part entière (sôsakuteki hanga). Il fut l’un
des artistes les plus réceptifs aux tendances d’avant-garde affluant en
Europe.
25
Mémoires
Azechi Umetarô fut l’un des élèves d’Onchi et également
membre de Sôsaku hanga. Il parvint à une grande maîtrise de
l’estampe sur bois pour exprimer avec simplicité la beauté de la
montagne et des êtres qui l’habitent.
Hamaguchi Yôzô a découvert, lors de son séjour en France une
technique tombée dans l’oubli – le mezzo-tinto – à laquelle il ajouta
l’utilisation de la couleur par une mise au point habile inspirée par les
procédés techniques de l’ukiyo-e. Cette technique lui a permis de créer
un monde d’ombre et de lumière avec des objets familiers, mais
sublimés, tels que des fruits ou des insectes.
Kanô Mitsuo tente de capter la vision d’un mouvement
ondulatoire et halluciné à travers des expérimentations avec la
technique de la corrosion, propre à la gravure sur métaux, et avec la
monochromie ou la couleur. Le procédé de création prime sur le
résultat.
Le peintre, céramiste, écrivain Ikeda Masuo a également fait de la
gravure. Très inspiré par Picasso, il dessine directement sur la planche
de gravure.
Kurosaki Akira est arrivé à une expression abstraite où prime un
mouvement serein et profond, en traversant des étapes très diverses.
Sa technique de base est l’estampe sur bois. L’histoire de la gravure
du vingtième siècle se résume par l’assimilation de courants et
techniques occidentaux et la question de la sauvegarde de la
splendeur des techniques de l’ukiyo-e.
M. Raymaekers
26
Informations
Mémoire de maîtrise présenté par Mlle Adachi Yukiko, sous la
direction de M. Jean-Jacques Origas et de M. Ninomiya Masayuki
(1990) : Étude contrastive du lexique fondamental en japonais et en français.
Cette recherche vise en premier lieu à établir des listes de
vocabulaire de base de ces deux langues vivantes à l’usage des
enseignants, des chercheurs et des étudiants.
Nous avons choisi, en tant que corpus, deux ouvrages lexicaux
publiés par Kokuritsu Kokugo Kenkyûjo. Ce sont les suivants :
- pour le japonais : Nihongo kyôiku kihon goi 7 shu hikaku taishô hyô
(Liste comparative de 7 ouvrages de lexique fondamental pour
l’enseignement du japonais comme langue étrangère)
- pour le français : Furansugo kihon goi 7 shu hikaku taishô hyô (Liste
comparative de 7 ouvrages de lexique fondamental du français)
Tout en comparant le choix des lexiques figurant dans ces
ouvrages, nous avons relevé environ 3 000 mots de chaque langue. A
partir de ces listes une fois établies, nous avons essayé de dégager des
caractéristiques lexicales du japonais par contraste avec le français,
dans l’optique d’une application pédagogique.
Nous avons d’abord traité le problème de la « triple structure de
la langue japonaise » (yamato kotoba, kango, gairaigo) et nous avons
souligné le taux d’emploi des yamato
kotoba
plutôt que leur
importance numérique.
Deuxièmement, nous avons traité les mots de haute fréquence de
chaque langue, pour définir les mots élémentaires qui doivent être
enseignés en priorité. Bien entendu, la fréquence ne correspond pas
obligatoirement à l’indice des « mots élémentaires ». S’il en bien est
ainsi, nous nous sommes proposé de savoir comment enseigner les
mots de haute fréquence non élémentaires.
27
Mémoires
Troisièmement, nous avons abordé la question de la distribution
du lexique selon les classes de mots et nous avons établi une liste du
« lexique fondamental » japonais classé par catégories grammaticales.
Enfin dans la conclusion de notre ouvrage, nous avons procédé à
une sorte d’enquête statistique du taux de couverture visant à
prouver l’utilité de la liste du « lexique fondamental » telle que nous
l’avons conçue. Nous avons retenu un taux de 79,3 % pour les mots
autonomes.
Adachi. Y.
Mémoire de maîtrise présenté par Marie-Hélène Grézaud, sous la
direction de Francine Hérail (1990) : L’archipel Gotô et les missions
jésuites au xvie siècle.
Les documents relatifs à l’histoire des îles Gotô compilés dans
Gotô hennenshi, « Annales de l’archipel Gotô », ou les archives des
Aokata, Aokata monjo, ne contiennent pas de renseignements sur
l’activité des missionnaires chrétiens ni sur ses résultats. Celle-ci est
exposée dans les lettres écrites par les jésuites, lettres qui étaient de
deux sortes, « lettres annuelles » dont le contenu était destiné à la
publication en vue d’édifier les lecteurs, et lettres adressées aux
supérieurs de Rome et fournissant des données plus sûres. Ce sont
ces dernières – sur Gotô au nombre de huit – qui ont principalement
été utilisées (édition d’Evora, 1598).
A l’image de la documentation, le mémoire comprend deux
grandes parties. La première est une présentation des îles Gotô au
XVIe siècle : vie économique, largement fondée sur l’exploitation de la
mer, pêche, récolte de sel, commerce et piraterie, tout ceci au
28
Informations
demeurant assez médiocre, et vie politique marquée par l’unification
de l’archipel sous l’autorité de la maison Uku (Gotô à partir de 1592).
Un de ses membres, Sumitaka (1546-1579), fut baptisé.
La deuxième partie retrace les étapes de la mission, florissante
sous le daimyô chrétien Sumitaka, puis souvent menacée jusqu’aux
persécutions finales, qui ont presque entièrement extirpé le
christianisme de l’archipel (les chrétiens cachés découverts au XIXe
siècle étaient les descendants de réfugiés arrivés plus tardivement).
Le
contenu
des
prédications,
les
motivations
de
ceux
qui
demandaient le baptême et de ceux qui le refusaient ou
abandonnaient la foi, font l’objet du dernier chapitre. La mission dans
l’archipel des Gotô reproduit en petit les traits caractéristiques du
christianisme au Japon, dont d’ailleurs elle a connu le même destin.
M.H. Grézaud
Mémoire de maîtrise présenté par Isabelle Guichard, sous la direction
de François Joyaux (1990) : La politique japonaise au Moyen-Orient : de la
crise du pétrole à la guerre du Golfe.
La première crise pétrolière de 1973 a eu comme effet de
contraindre les pays industrialisés à réviser leurs politiques
énergétiques et leurs relations avec les pays producteurs de pétrole.
Le Japon n’a pas fait exception à la règle et a dû lui aussi
rechercher
des
solutions
susceptibles
de
lui
garantir
un
approvisionnement pétrolier. Ce qui fait l’originalité de la situation
japonaise est que le Japon a alors élaboré une stratégie globale non
pas seulement économique mais aussi politique et culturelle.
De nombreuses sources ont été utilisées pour cette étude.
Mémoires
29
Notamment en japonais, les Livres bleus sur la diplomatie japonaise
(Wa ga gaikô no kinkyô, Gaimushô, 1976-1989), les livres blancs sur le
commerce (Tsûshô hakusho, MITI, 1976-1985) ainsi que de nombreux
articles de presse (Asahi Shinbun, Nihon Keizai Shinbun, Asahi Jânaru).
On peut ici déplorer que les Asahi shinbun de 1973 et 1974 soient
introuvables à Paris, ce qui prive d’une source importante
d’information. Les sources en langues occidentales ont été elles aussi
diverses : Japan and the Middle East in alliance politics de Ronald Morse
(Washington, 1984), Caught in the Middle East de Michael Yoshitsu
(Lexington, 1984) ou les rapports annuels Middle East Economic Digest
(1979-1987).
L’un des aspects les plus intéressants de cette étude est la
coopération politique nippo-moyen-orientale mise en place dès 1973.
Le Japon semble alors inaugurer une vision internationale et non plus
seulement nationale de ses relations extérieures. Le gouvernement
japonais augmente sa présence diplomatique et organise deux
missions (Nakasone en janvier 1974 et Fukuda en septembre 1978). Le
sommet de cette coopération politique demeure toutefois le dialogue
nippo-palestinien qui s’engage. Dès février 1975, Miki propose
l’ouverture d’un bureau de l’OLP à Tokyo et, en octobre 1981, Arafat
se rend au Japon.
En dépit d’un opportunisme certain, il est indéniable que la
politique japonaise connaît des succès à court terme. Le Japon est
rapidement reconnu comme « pays ami » et échappe à l’embargo
pétrolier. Il n’en demeure toutefois pas moins confronté au
quadruplement des prix du pétrole. Sur le long terme, la réussite
japonaise est moins évidente. En raison tout d’abord du contexte
régional arabe. Le meilleur exemple en est sans doute le complexe
30
Informations
pétrochimique de Bandar Khomeiny mis à mal par la révolution
iranienne. Mentionnons également les hésitations japonaises lors de la
guerre Iran/Irak puis lors de l’invasion soviétique en Afghanistan. La
seconde limite est l’irritation de Washington. Dès 73, Kissinger met en
garde le Japon contre l’adoption d’une politique trop pro-arabe.
Plusieurs crises illustrent ces tensions nippo-américaines : crise des
otages américains à Téhéran, attentisme japonais lors des crises du
Golfe successives ou problème des forces américaines stationnées à
Okinawa.
Ceci explique sans soute la volonté actuelle du Japon de revenir à
une politique plus équilibrée entre les pays arabes et Israël (reprise
des échanges commerciaux, rencontres de personnalités)
Quid
aujourd’hui de cette étude ? Plus sûrement qu’un
approfondissement du sujet dans le cadre d’un DEA, peut-être la
publication d’un opuscule sur le Japon face au conflit israëlo-arabe en
privilégiant l’aspect politique des choses ...
I. Guichard
Mémoire de maîtrise présenté par Pascal Hurth, sous la direction de
Francine Hérail (1990) : Une révolte paysanne du début de l’ère Meiji
(1876) : la révolte de Kokawa (département de Wakayama) et ses suites
politiques.
La Restauration de Meiji bouleversa de fond en comble les
institutions de l’époque d’Edo. Les réformes entreprises n’allèrent pas
sans susciter ici et là des réactions plus ou moins vives. La réforme de
l’impôt foncier fut accueillie diversement selon qu’elle représentait un
31
Mémoires
allégement ou un alourdissement de la fiscalité. A Kokawa et ses
hameaux voisins (région qui ne connut quasiment pas de mouvement
violent à l’époque d’Edo), les modalités de calcul du prix du riz pour
la fixation de l’impôt transitoire et du nouvel impôt déclenchèrent
une série de requêtes rédigées par les notables (chefs de village,
adjoints, tous gros propriétaires fonciers), qui furent toutes rejetées
par le préfet. Ce mouvement finit par échapper aux notables et
déboucha sur des violences exercées sur un fonctionnaire et des
policiers, et une tentative de marche sur la ville de Wakayama, siège
de la préfecture, après l’arrestation de cinq édiles tenus pour des
meneurs. Les émeutiers et les notables furent condamnés à des peines
de prison, des amendes et des peines corporelles.
La typologie de cette révolte est quasiment identique à celle des
émeutes de l’époque d’Edo. Mais, la Restauration amena plusieurs
changements : 1) en dépit des dérapages, les notables parvinrent à
éviter de trop grandes violences comme ce fut le cas quelques mois
plus tard à Ibaraki et à Mie, et ceci explique la clémence du tribunal
(alors qu’auparavant la peine capitale était souvent prononcée) pour
des faits semblables ; 2) la presse nationale rendit compte de
l’émeute ; 3) l’un de ces notables, Kodama Chûji, étudia trois mois à
Keiô auprès de Fukuzawa Yukichi ; 4) à l’instar d’autres notables dans
leur situation (à Shizuoka, Fukui, etc), les principaux notables qui
dirigèrent ce mouvement entreprirent par la suite de belles carrières
politiques (conseiller général, député), opportunité impensable
autrefois et que le nouveau régime leur avait offert (dans le cadre
d’un vote censitaire très restrictif). Ils se manifestèrent aussi dans de
nombreuses associations politiques, économiques et culturelles.
P. Hurth
32
Informations
Mémoire de maîtrise présenté par Emmanuel Lozerand sous la
direction de Jean-Jacques Origas (1990) : « Shibue Chûsai » de Mori Ôgai
– L’invention de la « chronique historique »
Le présent travail s’attache essentiellement à l’analyse des
problèmes génériques soulevés par une œuvre, Shibue Chûsai, qui
inaugura en 1916 une suite de « chroniques historiques [shiden] » dans
lesquelles Ôgai retrace la vie de médecins et érudits de la fin de
l’époque d’Edo.
Dans l’introduction « Une sérénité inquiète » (p. 8-42), la
première séquence de l’œuvre fait l’objet d’une explication de texte
détaillée qui permet de mettre en évidence le caractère singulier du
héros éponyme, mais aussi le rapport original qu’entretient la
chronique historique avec le passé.
Une première partie « Morceaux choisis » (p. 43-142) propose la
traduction annotée d’une vingtaine des cent dix-neuf séquences de
Shibue Chûsai.
Une deuxième partie « Shibue Chûsai fut-il un individu ? » (p.
143-223) essaie d’analyser l’œuvre du point de vue d’une écriture de
l’individualité. Shibue Chûsai est situé parmi les diverses traditions de
la biographie (chap. i). Dans quelle mesure l’œuvre présente -t-elle
« la vie d’un homme » (chap. ii) ? Ceci conduit à considérer la
chronique historique comme alternative au roman de la vie privée
[shishôsetsu] (chap. iii), puis à s’interroger sur sa dimension
autobiographique oblique (chap. iv), avant de conclure par l’étude
d’un motif singulier : le désir de vie nouvelle, chez Ôgai et chez
Chûsai (chap.v).
Une troisième partie « Le bruit du temps » (p. 234-316) engage
plusieurs enquêtes destinées à serrer au plus près les caractéristiques
33
Mémoires
esthétiques de la chronique historique. L’analyse du réalisme érudit
(chap. i) propre à Shibue Chûsai montre comment l’œuvre brise les
modes de représentation habituels du roman historique pour se
rapprocher - hypothèse hasardeuse ? - de la théâtralité des nô
oniriques. Ces ruptures de rythme attirent l’attention sur le rôle de la
digression. Les liens qui unissent « chronique historique » et « essai
au fil du pinceau [zuihitsu] » (chap. ii) sont ainsi mis en lumière.
L’étude des architectures temporelles permet alors de réfuter les
théories qui voient dans Shibue Chûsai le « devenir même ». Elle
montre a contrario comment Ôgai construit le passé et lui donne sens
(chap. iii). Enfin, pour donner une idée de la richesse insoupçonnée
de cette œuvre-cathédrale, on propose la description d’une de ses
constellations thématiques, celle des Noms et des Etres (chap. iv).
La conclusion « Inutile érudition » (p. 321-338) se fait l’écho de la
réception contrastée de l’œuvre au long du siècle et pointe certains
aspects souterrains du goût pour l’érudition.
La bibliographie comporte la liste quasi exhaustive des soixantedix articles et ouvrages consacrés aux chroniques historiques d’Ôgai
depuis leur parution.
E. Lozerand
Mémoire de maîtrise présenté par Thierry Mormanne, sous la
direction de Michel Vié et Pierre-François Souyri (1990) : L’archipel des
Brumes - précis d’histoire kourilienne.
Ce travail de maîtrise est le premier aboutissement d’une
curiosité déjà lointaine. Dans les années soixante-dix, l’amitié d’une
34
Informations
jeune soviétique étudiant le japonais à l’Institut m’avait sensibilisé au
mystère des relations russo-japonaises. J’étais intrigué par le contraste
de deux cultures (ou natures) que je ressentais globalement opposées,
l’une chaleureuse, matérielle et expansive, l’autre froide, sensuelle, et
raffinée. Quels effets avaient eu, au fil de l’histoire, le rapprochement
de ces caractères apparemment antagonistes, et comment pourraientils se fondre à l’avenir ? Un premier séjour à Hokkaidô en 1982 me
permettait de visualiser l’interdit frontalier et d’entrevoir une tragédie
plus grande : celle du peuple ainu décimé.
L’éloignement
des
milieux
universitaires
et
une
activité
professionnelle composite n’empêcha pas l’envie de savoir se
développer. Je m’enquis de livres, cartes et gravures se rapportant au
Nord du Japon. En 1986, un emploi temporaire au service
d’information de l’Ambassade du Japon facilitait l’accès aux
publications officielles japonaises relatives au problème territorial.
Les Kouriles, autrefois terres des Ainu, étaient le chemin obligé
des premiers contacts russo-japonais. Elles étaient aujourd’hui
disputées. Pourquoi les Ainu en avaient-ils disparu, et à qui devaientelles légitimement revenir ? Je voulais connaître les faits historiques,
et me forger une opinion. Des livres précieux furent obtenus à
Sapporo et à Londres. Je consultai aux Archives Nationales les
manuscrits
français.
Le
responsable
soviétique
des
fouilles
archéologiques kouriliennes, rencontré à Washington, accepta un
échange fructueux de documentation. Le présent mémoire a résulté
de la consultation de ces diverses sources, dont il est le résumé. Il
relate, dans l’ordre chronologique, le passé kourilien, de l’antiquité à
nos jours.
35
Mémoires
La première partie du titre est empruntée au capitaine Simonet
de Maisonneuve, qui désigna ainsi les Kouriles en 1855, la seconde au
« dictionnaire historique du Japon » publié en 1975 par la Maison
franco-japonaise.
T. Mormanne
Mémoire de maîtrise présenté par Christophe-Alban Sabouret, sous la
direction de Messieurs Fujimori Bunkichi et Richard Dubreuil (1990) :
Mémoire et oubli – L’enseignement de l’histoire et la révision des manuels
scolaires d’histoire dans le Japon de 1868 à 1945.
Au Japon, un malaise persistant fait état de craintes et mises en
garde contre une altération des acquis démocratiques de l’Education
rénovée après 1945. C’est la récurrence de ces appels persistants à la
vigilance – pour la plupart le fait d’enseignants et de parents
d’élèves – et des procès engagés contre l’Etat au sujet de la censure
sur les manuels d’histoire qui m’a amené à envisager une étude sur
les formes qu’auraient prises la fabrication et la diffusion d’une
« histoire sous haute surveillance ».
J’ai concentré mon investigation, de la Restauration de Meiji
jusqu’à l’été 1945. Il m’a paru en effet souhaitable de faire remonter la
« guerre des manuels scolaires » au Japon, précisément au moment où
la diffusion de l’enseignement fait de l’emploi de livres uniformes à
l’école élémentaire un phénomène courant.
L’école moderne, qui est mise en place dans les années 1870,
semble indissociable de l’effort entrepris par les hommes de l’ère
Meiji
(1868-1912)
pour
« sortir
de
l’Asie
et
rattraper
l’Occident » (datsua nyûô) et constituer « une armée forte et un pays
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Informations
prospère »
(fukoku
kyôhei).
Le
système
éducatif
qui
voit
progressivement le jour après 1868 n’a pas été crée ex nihilo car il
prolonge en la systématisant l’œuvre accomplie par les écoles de fiefs
(hankô) et de temples (terakoya) de « l’Ancien Régime ». La nouveauté
réside principalement dans l’ampleur nationale du nouveau « marché
scolaire » et les buts que les pédagogues officiels assignent à
l’enseignement.
La main-mise étatique sur l’enseignement en général et l’histoire
en particulier jusqu’à l’effondrement de 1945 était-elle inéluctable ?
L’écriture de l’histoire par et pour les autorités apparaît-elle, avec le
recul du temps, comme le fruit du hasard ou de la nécessité ?
L’absence de programme éducatif explicite et les scandales où les
maisons d’édition tinrent la vedette confortent certes la thèse
accidentelle de la nationalisation (kokuteika) des manuels scolaires.
L’alibi d’un scandale (1902) a néanmoins le mérite de souligner les
aspects conjoncturels des indécisions gouvernementales. Il semble en
tout cas indéniable qu’à partir du moment et dans les formes où
l’entourage impérial l’exigeait dans le Rescrit impérial sur l’Education
(1890), l’unanimisme idéologique était inévitable, et que, étant donné
la situation de l’opposition réduite au silence, et quelle que fût
l’époque du prétexte, l’orthodoxie impériale devait affecter l’écriture
des manuels scolaires.
Ce à quoi les écoliers japonais ont été sommés de souscrire tient
en définitive à la fable suivante : fort d’une insularité passée
immémoriale et d’une dynastie impériale qui remonterait à la nuit
des temps, les Japonais et le Japon d’alors ont (selon les institutions) à
cœur de perpétuer et d’exporter, si besoin est, les vertus d’un esprit
japonais réputé unique. Cette légende leur sera tout d’abord
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Mémoires
présentée
sans
grande
insistance
puis
sans
ménagement.
Schématiquement, on peut écrire que de 1868 à la fin du siècle les
autorités forgent et améliorent l’instrument éducatif qu’elles ne vont
cesser de 1903 à 1945 de réduire à un service du trône et de l’armée en
exaltant la voie du bon et loyal sujet (shinmin).
La réécriture des manuels d’histoire, qui va s’amplifiant, de 1872
à 1945 et surtout de 1903 à 1945 présente une cohérence générale car
le projet demeure la sacralisation du système impérial en même
temps que l’éradication de toute forme d’histoire autre qu’officielle.
On note cependant dans l’exposé de cette histoire totale qui prétend
tout commenter – de la fondation de l’archipel au miracle de l’ère
Meiji – des révisions sensibles. Jusqu’en 1903, l’événement est roi et
l’histoire tourne à la galerie de portraits. Ainsi, les actions des héros
positifs et des félons négligent une histoire en réalité également
habitée et travaillée par une masse anonyme. De 1903 à 1920,
l’hagiographie impériale occulte les apports technologiques et
institutionnels extérieurs et les références à un passé national où la
cour de Kyôto est absente. La religion de l’événement (une série de
tableaux pittoresques pris sur le vif sans référence au contexte socioéconomique) tend d’ailleurs à être tempérée de 1920 à 1945 par
l’introduction massive de la mythologie et d’une histoire linéaire qui
privilégie la longue durée. Néanmoins, cette réécriture vise moins à
établir des lignes de rupture et des continuités que de détacher
l’intérêt historique des préoccupations du présent pour les ramener
aux siècles précédents et de retrouver ainsi des appuis pour soutenir
la conscience nationale.
Autant il apparaît facile a posteriori de dévoiler l’imposture d’une
histoire réécrite à des fins préjudiciables pour la vérité historique,
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Informations
autant l’exacte mesure de l’impact sur son public de son
enseignement
se
révèle
problématique
et
douloureuse.
Problématique, car une fois révolues les sombres années de l’avantguerre, rares parmi ceux qui vivent encore admettent ouvertement
avoir
adhéré
aux
thèses
d’un
régime
désormais
proscrit.
Douloureuse, car il convient de ne pas oublier que l’inculcation d’une
telle histoire s’accompagnait aussi de contraintes morales et de
vexations physiques et que là où la présence militaire japonaise le
permettait, on apprenait aux enfants asiatiques à renier leur langue
maternelle et leur propre histoire.
Les manuels scolaires d’histoire au Japon, avant et après 1945,
révèlent un champ d’investigation stimulant pour qui veut
comprendre l’art et la manière d’accommoder le passé en fonction
d’un présent qui généralement se dérobe. Le sentiment d’admiration
que procure à présent le spectacle des réussites japonaises ne doit
cependant pas masquer les coulisses d’une histoire officielle qui
depuis 1945 ne s’est manifestement pas délivrée de tous ses vieux
démons.
C. A. Sabouret
Mémoire de maîtrise présenté par Jean-Francois Soum, sous la
direction de Francine Hérail (1990) : Daigaku wakumon (1687)
« Dialogue sur la Science Suprême », de Kumazawa Banzan, étude et
traduction.
La carrière de Kumazawa Banzan (1619-1691) présente à peu près
toutes les situations qu’ont pu connaître les guerriers de rang
médiocre : un temps rônin, un temps conseiller apprécié du daimyô
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Mémoires
éclairé Ikeda Mitsumasa, du fief d’Okayama, puis penseur
indépendant, penchant mais sans excès vers les doctrines d’Ô Yômei,
(Wang Yangming), parfois même proscrit et, pour finir, consigné au
château de Koga. Après avoir eu une expérience directe de
l’administration dans le fief des daimyô Ikeda, Banzan se consacra à
l’enseignement et, à partir de 1670, produisit environ 35 ouvrages,
grands ou petits, dans lesquels, à côté de commentaires des
classiques, les sujets de politique, de morale, de religion et
d’éducation tiennent une place importante. Le Daigaku wakumon, de
1687, pour lequel le bakufu le condamna à l’internement à Koga, est
sans doute le dernier. Daigaku, « Grande Etude » ou « Science
suprême » est la science ou l’art du gouvernement. Selon certains
manuscrits, l’ouvrage aurait eu d’autres titres, dans lesquels entre le
mot keizai, économie. Une bonne part du texte est consacrée aux
moyens d’enrichir le pays et d’amortir les dettes. C’est pourquoi
Banzan est quelquefois considéré comme un précurseur des
économistes. Les 22 chapitres se répartissent de la manière suivante :
1 à 3 ainsi que 18, morale politique, 4 à 14, 21 et 22, mesures
économiques (dans une période de bonnes récoltes qui font baisser les
prix, au moins ceux payés aux producteurs), 15 à 17, religions, 19 et
20, éducation. Un lien existe entre ces divers chapitres, mais il n’est
pas toujours évident et les transitions sont quelquefois abruptes. Le
texte traduit est celui du volume 30 de la collection Nihon shisô taikei,
Kumazawa Banzan.
J. F. Soum

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