homelie de l`abbe c. gouyaud pour les funerailles de monsieur

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homelie de l`abbe c. gouyaud pour les funerailles de monsieur
HOMELIE DE L’ABBE C. GOUYAUD POUR LES
FUNERAILLES DE MONSIEUR MICHEL MULLER
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Bien chère Madame Muller, chère famille Olivier, parents, alliés, proches, chers confrères,
mes bien chers frères,
Face à la dépouille mortelle d’un parent ou d’un proche, face à l’énigme de la mort, alors
que l’âme comparait devant son Créateur, son Sauveur et aussi son juge, on ne se paie pas de
mots mais on essaie d’atteindre la vérité de l’être. Michel Muller n’était pas un homme
mondain ou frivole. C’était un homme pudique et secret. Il n’aurait pas souhaité qu’en ce
jour on exaltât ses vertus, pourtant réelles, mais il aurait aimé en revanche que l’on exhortât
les fidèles à prier, à implorer la miséricorde de Dieu. Et c’est bien ce que nous faisons
aujourd’hui.
Pendant le second conflit mondial, Michel Muller a été incorporé de force sur le front Est.
Les « Malgré-nous » qui en sont revenus, qui sont revenus dans leur terre nourricière, ont
décidé de prendre leur destin en main. L’âme de Michel Muller était ainsi trempée dans
l’acier, résolue jusqu’à être déterminée, gardant jusqu’au bout sa force de conviction. Ayant
aussi côtoyé le tragique de l’histoire humaine, Michel Muller avait le sens du caractère
précaire de la vie. Et, de ce fait, aussi le sens de la gratuité du don de la vie. Pour cette
trempe d’homme, la mort fait partie de la vie. On ne thésaurise pas sur ce qui est corruptible
par la rouille ou les vers. En bon assureur qu’il était, Michel Muller investissait dans les
valeurs pérennes et éternelles.
Les valeurs pérennes, tout d’abord, c’est-à-dire sa famille. Notre cher défunt était fier à juste
titre de sa postérité : une fille, sept petits-enfants et déjà sept arrière-petits enfants ! Il
éprouvait surtout une joie de la foi transmise dans un contexte de rupture de cette
transmission : un petit-fils prêtre qui célèbre aujourd’hui ce Requiem, une petite-fille
religieuse.
Les valeurs pérennes et les valeurs éternelles. Michel Muller était un serviteur authentique de
l’Eglise. Depuis les années 1980, je crois, les Muller se sont dévoués à servir l’Eglise à
travers des engagements très concrets. Ils ont connu, j’en suis le témoin, l’épreuve de 1988 où
ils ont renoncé à un certain confort spirituel pour s’embarquer dans l’aventure - car c’en
était une -, l’aventure de la fidélité au successeur de Pierre. Ils ont été ainsi à l’origine de la
communauté devenue depuis lors paroisse personnelle traditionnelle La Croix glorieuse.
Michel Muller a su toucher le cœur de l’archevêque de Strasbourg de l’époque, Monseigneur
Charles-Amarin Brand, qui l’a pris comme interlocuteur crédible dans la mise en place
locale du dispositif voulu par saint Jean-Paul II en faveur de la liturgie traditionnelle. Nous
leur devons beaucoup. Michel Muller est resté jusqu'au bout un soutien sans faille de la
Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre et je salue ici les membres de cet institut.
Pour autant il ne s’agissait pas chez lui d’un simple engagement militant. Depuis un quart de
siècle, il assistait de façon quasi quotidienne au Saint Sacrifice eucharistique. Michel Muller,
dans sa quatre-vingt-quatorzième année, traversait encore la ville de Strasbourg pour se
rendre chaque jour à la sainte Messe. Quel exemple ! Il voulait en effet que chaque jour
résonne en son âme la Parole de Dieu. Il voulait en effet chaque jour être le contemporain du
drame de la Passion. Il voulait en effet chaque jour recevoir le pain de vie qui est, selon saint
Luc, le pain super-substantiel. Il voulait, chaque jour, à la faveur du memento des vivants, au
canon de la messe, confier tous ceux qui lui étaient chers. Il voulait chaque jour, à la faveur
du memento des défunts du canon de la messe, rejoindre ceux qui l’avaient précédé. Il entrait
ainsi dans cette dimension mystérieuse, cette dimension de la foi, de l’espérance et de la
charité qu’est la communion des saints. Nous savons que la mort ne dénoue pas les liens.
Nous savons que la mort n’abolit pas les relations. Ces liens et ces relations atteignent un
niveau supérieur de réalité dans le Cœur de Jésus. Saint Augustin nous dit : « Celui-là seul ne
perd aucun de ceux qu’il aime, qui les aime tous en celui qui ne se peut jamais perdre. » On
ne devrait jamais parler des défunts au passé parce qu’ils ont franchi un seuil de présence
supplémentaire. Ils sont parmi nous dans le Cœur de Dieu. Alors toute notre vie durant et
toute la vie durant de Michel Muller, il s’agit d’aller du Repas du Seigneur, selon
l’expression de saint Paul, au banquet eucharistique, au festin des noces de l’Agneau puisque
tous nous sommes appelés à être les commensaux de Dieu. Amen.
8 juillet 2015
Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement.

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