Danaé à Forges - Michel LeBrun

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Danaé à Forges - Michel LeBrun
Danaé à Forges …
Cette jeune fille inquiète assise dans la cour du château fort, c’est moi Danaé. Je suis la fille unique
d’Acrisios, le roi d’Argos, une ville du Péloponnèse qui porte le nom de son fondateur Argos, le
géant aux cent yeux, fils de Zeus. Je suis très jeune mais il se dit déjà que je suis la plus belle des
femmes de ce pays. Au lieu d’en éprouver de la fierté, mon père est plein d’acrimonie - peut-être
est-ce l’origine de son nom ? En effet je suis une “fille” alors qu’il désire ardemment avoir un “fils”.
Un jour, pour savoir si les dieux lui accorderaient ce bonheur, il s’est rendu à Delphes pour
consulter l’Oracle. Ce dernier lui révéla que non seulement il n’aurait pas d’enfant mâle, mais que
moi, Danaé, sa fille, je mettrais au monde un fils qui plus tard le tuerait ! Aussi lui affirma-t-il que
le seul moyen d’échapper à la fatale prophétie, était de me tuer, moi Danaé son unique enfant, de
ses propres mains afin d’éviter que quelque exécuteur des basses œuvres, séduit par mon
exceptionnelle beauté, ne me laisse secrètement en vie ...
Mon père n’a pas suivi le conseil de l’Oracle, non par pitié ou par tendresse paternelle, mais parce
qu’il sait que les dieux châtient sévèrement ceux qui répandent le sang de leurs proches. Alors il a
décidé de me séquestrer à perpétuité dans un lieu où aucune créature “mâle” ne pourrait
m’approcher, jamais ! Donc, Acrisios, le roi d’Argos, mon père, ordonna de faire bâtir une tour aux
murs si hauts et si épais que rien de ce qui avait été bâti auparavant ne puisse lui être comparé.
Aucune ouverture ne fut percée dans les hauts murs, si ce n’est une porte hermétiquement close
par deux épais battants d’airain - c’est le nom d’un alliage du cuivre et de l’étain. Et comme si ce
n’était pas suffisant, cette porte est gardée, jour et nuit, par de terribles molosses. C’est pourquoi,
depuis que je suis nubile, de par la volonté de mon père, je suis enfermée cette “tour d’airain” où
je me désespère d’un jour pouvoir sortir. Je ne vois jamais personne, même pas celle qui me passe
la nourriture par un étroit guichet. Pour passer le temps je fixe le ciel, à Argos il est presque
toujours d’un bleu immaculé, afin d’apercevoir les oiseaux de passage - j’ai oublié de vous dire que
ma “prison” ne possède pas de toit, car il pleut rarement à Argos et puis il fallait bien que je puisse
avoir assez d’air pour ne pas mourir étouffée - mon père n’a pas voulu prendre le risque d’une
mort qui aurait ruiné la “preuve” de ses “bonnes intentions” envers les dieux ...
Soudain, je suis inquiète, car je ne sais pas ce qui m’arrive ? Une nuée soudaine est apparue dans
ce ciel d’ordinaire d’un bleu immaculé, et elle déverse sur moi une pluie étrangement sèche
comme s’il pleuvait de fines particules d’or ? ... Plus tard j’ai accouché d’un garçon et j’ai compris
que Zeus, sous la forme de cette soudaine pluie d’or, était venu me féconder, ce ne pouvait être
qu’un dieu, car, je le jure, personne ne s’est jamais approché de moi ...
Mon père ne m’a pas crue et pensa que c’était Prœtos son frère jumeau qui, pour lui nuire, avait
abusé de moi. Ces deux-là se battaient déjà dans le ventre de leur mère ! ... Alors il nous a
enfermés mon fils et moi dans un coffre en bois hermétiquement clos et nous a abandonné aux
courants marins ... J’ai oublié de vous dire, mon fils s’appelle Persée ...
Michel LeBrun-Franzaroli - 6 juin 2012

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