La Pédagogie, « un gros mot » ? Pédagogie. Oh le gros mot, l

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La Pédagogie, « un gros mot » ? Pédagogie. Oh le gros mot, l
La Pédagogie, « un gros mot » ?
Pédagogie. Oh le gros mot, l’horrible mot ! La France a l’originalité d’avoir un grand nombre de
personnalités pour qui, la pédagogie, pourtant étymologiquement l’art de conduire les enfants, doit
s’appliquer partout, sauf dans le domaine scolaire où seuls règnent les savants. « La pédagogie ne
doit pas l’emporter sur les savoirs » affirmait récemment Nicolas Sarkozy dans son discours
programme de Montpellier sur l’Ecole, comme si les deux étaient antagonistes et concurrents. Que
veut dire une pédagogie sans contenu et des savoirs qui ne peuvent être transmis ?
C’est au nom de cette vision, qu’a été conduite la désastreuse réforme de la formation des
maîtres qui a supprimé l’année de stage en alternance et les IUFM selon l’idée qu’ il suffit d’un bon
niveau scientifique pour enseigner : c’est évidemment une condition nécessaire, mais non suffisante.
Chacun d’entre nous a rencontré des chercheurs remarquables, mais incapables de transmettre la
moindre parcelle de leur science. Remarque de bon sens, mais pas toujours partagée. Trop
d’étudiants réussissent encore des concours de recrutement, grâce à la qualité scientifique de leurs
copies écrites, mais se révèlent immédiatement et irrémédiablement des enseignants inaudibles. Ils
seront malheureux toute leur vie professionnelle et dégouteront du savoir des milliers d’élèves.
La question se pose depuis longtemps, mais elle a pris une acuité particulière avec la grande
hétérogénéité du public scolaire, et l’émergence des nouvelles technologies de l’information et de la
communication qui renforce considérablement la concurrence entre culture scolaire et extrascolaire.
En fait, derrière ce refus de la pédagogie se dissimule une vision fausse de l’Ecole, des élèves et des
savoirs, une école frileuse, dernier rempart contre « les barbares » : rempart pour les élèves qui, par
leur capacités intellectuelles et leur milieu socio-culturel, apprennent par eux-mêmes et quelle que
soit la qualité du maître des savoirs figés une fois pour toutes, sans rapport avec les réalités
scientifiques d’aujourd’hui… Cette conception de l’enseignement n’est pas seulement inadaptée à
notre époque, elle est contraire à la grande tradition initiée par les humanistes, Montaigne, le premier
pour qui une tête bien faite valait mieux qu’une tête bien pleine.
Il est donc urgent de remette la pédagogie au cœur de la formation initiale et continue des
enseignants.
Cette pédagogie est ce qui fait de l’école de la défiance, une école de la confiance ; où les
élèves acquièrent l’estime d’eux-mêmes. Elle sait être attentive aux plus démunis et traiter la diversité
des aptitudes et des intelligences. Elle initie chacun à la complexité des savoirs du 21eme siècle, en
établissant des liens entre les domaines disciplinaire et en articulant savoirs scolaires et extra
scolaires, sans oublier de tenir compte de la révolution numérique dans son ampleur et ses limites.
Par différentes méthodes, elle développe en chaque élève, la volonté d’autonomie, la créativité et le
sens du travail d’équipe. En donnant enfin le plaisir d’apprendre, elle prépare à la nécessaire
formation tout au long de la vie qui seule permettra d’affronter les mutations techniques et
économiques.
Rendre à la pédagogie ses lettres de noblesse, c’est aussi refonder l’Ecole.
Philippe Joutard, Ancien recteur, Membre du Comité National Education de la Ligue de
l’enseignement
André Giordan, Professeur Fondateur du Laboratoire de Didactique et Epistémologie des
Sciences, Université de Genève