Une monnaie romaine de Charles d`Anjou - Sacra

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Une monnaie romaine de Charles d`Anjou - Sacra
Une monnaie romaine de Charles d'Anjou
Dernière mise à jour : 16-04-2009
Italie, Sénat de Rome. Charles d'Anjou, première dignité sénatoriale. 1263-1266. Gros d'argent (2,91 grammes). A/ +
K A R 0 L V S . S . P. Q . R . ( Karohts, Senatns populusque romanus. Lion marchant à gauche; au-dessus, l'écu de
France à trois fleurs de lys, chargé en chef d'un lamhel à trois pendants. R/ RO MA CAP MVNDI. Rome, sous la figure
d'une femme, assise de face, la tête couronnée, tenant dans la main droite un globe, et dans la gauche une palme.
Photo CNG
Cette monnaie d'argent a été frappée par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, en son titre de sénateur de Rome.
Le sénateur était, au treizième siècle, le premier magistrat de la république romaine. Les papes, suivant qu'ils furent
puissants ou faibles, et selon le degré d'autorité qu'ils eurent sur les Romains, retinrent pour eux ou abandonnèrent au
peuple l'élection du sénateur. A plusieurs reprises, au treizième siècle, il y eut à la fois deux sénateurs.
Le peuple romain, s'étant, au douzième siècle, constitué en république, s'empara du droit de battre monnaie, qui avait
jusque là appartenu au souverain pontife. Clément III, d'ailleurs, reconnut, en 1188, le droit du peuple romain à frapper
monnaie; tout en se réservant un tiers sur les profits provenant du monnayage. La plupart des sénateurs n'ont mis sur
les espèces émises pendant la durée de leur magistrature que leurs armoiries, ou l'initiale de leur nom, et cela d'une
façon peu apparente. Deux seulement ont osé y inscrire leur nom en toutes lettres ; ce sont Brancaleone et Charles
d'Anjou. Le premier était un citoyen de Bologne, que les romains, profitant de l'absence du pape Innocent IV,
appelèrent en 1232 pour les gouverner; il exerça pendant trois ans un pouvoir dictatorial. Quant au second, Charles
d'Anjou, il fut plusieurs fois investi de la dignité sénatoriale. Le 29 mai 1263, le frère de saint Louis fut proclamé
sénateur pour un an; bientôt après, le 6 janvier 1260, il fut couronné roi de Sicile par le pape Clément IV. Ce même
pontife lui conféra à nouveau, en septembre 1268, le titre de sénateur, qu'il devait conserver pendant dix ans. Enfin,
Martin IV ayant obtenu des Romains la reconnaissance solennelle du droit qu'avait le pape de gouverner la ville, nomma
Charles d'Anjou sénateur à vie. Charles mourut, comme on sait, le 7 janvier 1283 ; mais quelque temps avant sa mort le
peuple romain s'était soulevé contre le vicaire royal qui le représentait à Rome.
La monnaie représentée plus haut a été émise après le 29 mai 1205, et avant le 6 janvier 1266. En effet, Charles
d'Anjou, une fois roi de Sicile, fît mettre son nouveau titre sur Jes monnaies romaines, comme le prouve une seconde
monnaie. Le type de ces deux belles monnaies d'argent n'a pas été inauguré par le roi de Sicile. C'est sous
Brancaleone qu'il apparaît pour la première fois ; c'est à lui que Charles d'Anjou l'a emprunté. Si nous en voulions croire
Fioravanti, les Romains, en choisissant le lion pour emblème, auraient voulu l'opposer à l'aigle, symbole de la faction
gibeline. Cette explication ne saurait être acceptée; car le sénateur Brancaleone, dont le nom figure sur la monnaie
romaine à côté de l'image du lion, était gibelin; il resta fidèle à Frédérie II, même après son excommunication.
Quant à la personnification de Rome, elle est une preuve manifeste de l'orgueil légitime du peuple romain. C'est une
conception, née sous l'influence des souvenirs antiques, si profondément gravés dans l'esprit des Romains, qu'aucune
révolution n'a pu les effacer. Pour eux, Rome n'a jamais cessé d'être la capitale du monde. « Roma caput mundi regit
orbis frena rotundi. » disait-on au treizième siècle : « Rome, tête du monde, tient les rênes de l'univers. » C'était
encore à cette époque la ville par excellence, urbs; et si le pouvoir de ses magistrats s'arrêtait à ses murs, au moins son
évêque étendait-il son autorité sur tout le monde chrétien. « Roma caput mundi quidquid non possidet armis religione
tenet. » « Tout ce que Rome n'a pas subjugué par les armes, elle l'a conquis par la religion. »
Rome attire toujours à elle les savants et les artistes ; c'est sur cette terre si riche en grands souvenirs qu'ils se
rencontrent unis dans un même sentiment d'admiration pour les chefs-d'œuvre que l'antiquité y a laissés.
Maurice Prou.
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