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François Forestier
C’est de la
daube!
C’EST DE LA DAUBE ! CHRONIQUES DE CINÉMA • EXTRAITS • 12 MARS 2015
CHro
CHROniQu
NIQUesESde
DECinÉ
CINÉMa
MA
EXTRAITS... C’EST DE LA DAUBE ! CHRONIQUES DE CINEMA...EXTRAITS....
BIOPIC OR NOT BIOPIC ?
Donc, il y a eu un type assez patafiolé du caisson pour tourner un biopic sur Cloclo ? Je dis bien :
Claude François ? La vie et l’œuvre de l’un des chanteurs les plus nuls de la galaxie - en 1/66 technicolor
Dolby 5 ? Le gars qui a braillé « Pauvre petite fille riche », qui a massacré « Si j’avais un marteau », qui a
transformé « From me to you » de John Lennon en « Des bises pour moi de toi » (des bises pour moi de toi
? Et la grammaire, Cloclo ?), qui a transpiré sur « Quand l’épicier ouvre sa boutique » (ça, c’est un thème
excitant pour une chanson) et enregistré « Tu as tes problèmes, j’ai les miens » (T’as raison, truffe) ? Ah
quelle existence spectaculaire, quelle saga biographique, quelle Odyssée du showbiz ! Le crooner favori
des boîtes de nuit du troisième âge ! L’artiste des clubs Alzheimer ! Alexandrie-Alexandra pour Sonotones !
Né en 1939 en Egypte, mort en 1978 dans sa salle de bain en mettant les doigts dans la prise ! Grandiose !
Colossal ! Lawrence d’Arabie, à côté, c’est du coton hydrophile.
Après le biopic sur Margaret Thatcher, voici qu’on annonce aussi un film – un vrai, avec Naomi Watts –
sur Diana. Parole, c’est aussi passionnant qu’un docu sur les épisodes chytiniques de la vie du scarabée
bousier ! Bientôt, il y aura un gars pour filmer la vie passionnée de Christine Boutin (ses conversations
avec le Pape, ses soirées à faire des concours de macramé, sa lecture quotidienne du « Figaro »), de
Rachida Dati (ah, je ris de me voir si belle en ce miroir), ou de Nadine Morano (grand film comique). Il y a
de la matière, je vous le dis.
Au fond, c’est une bonne nouvelle : voilà des années que je me bats pour qu’on reconnaisse la valeur
de la nullité. Mon slogan : plus c’est affligeant, plus c’est excitant. D’ailleurs – officiel ! – on est en
train de restaurer les film de Ed Wood, le plus mauvais cinéaste du monde, à la Cinémathèque de Los
Angeles. Bientôt, on mettra les livres de Jean Bruce, de Houellebecq et de Marc Levy dans la section des
Incunables, à la BN ! Je propose qu’on béatifie André Verchuren, qu’on fasse une série de six heures sur
Jean-François Copé, qu’on relie en peau de zèbre les œuvres complètes d’Yves Thréard (mille pages, que
du vent), et qu’on filme la vie de Bernadette Soubirous. Ah ? ça a déjà été fait ? L’affliction dépasse la
réalité.
Saint Cloclo, priez pour nous.
(24 février 2012)
La Chronique de l’agacé
CINEMA EN GROS
Air France veut surtaxer les gros ? Saoudi Aviation souhaite doubler la place des passagers XXXL ? La
SNCF parle de faire payer les adipeux ? C’est dans l’air du temps. Allons plus loin : fixons un barême. Au
cinéma, quand on est assis à côté d’un type dont les poignées d’amour débordent sur vos genoux, c’est
râlant. Le gras-double empêche de savourer Hitchcock, la culotte de cheval géante de la voisine perturbe
le plaisir de voir « La Grande Bouffe », et l’obésité du gars de gauche couplée avec la gélatine de la mémé
de droite laisse peu de place pour admirer « Les Dix Commandements » (vous savez, le film qui dit : « Tu
ne tueras point, de chocolat ne mangera pas en quantité, le couscous-frites tu éviteras…etc. »). Bref, les
gros sapent notre confiance dans le cinoche. En plus, ils bouffent des paquets de pop-corn qui craquent
sur la bande-son, c’est énervant.
Il convient donc de les faire payer, ok. Mais alors, pour rester juste, il faut vendre des places à moitié
prix aux culs-de-jatte, aux maigres, aux petits, aux manchots, aux gars qui marchent de biais, non ? Et
le spectateur atteint d’un violent strabisme divergent, il ne peut voir que la moitié d’Avatar 3D ! Il faut
d’urgence inventer un barême, imposer des cotes, ajuster le prix des places. Question d’équité. Un type
qui mesure 2m16 bouche la vue de dix spectateurs derrière lui ? Il doit donc payer onze places. Un quidam
qui sent le chou au lard et la sardine grillée incommode quarante voisins ? Allez, facture à quarante et une
places ! La fille assise au deuxième rang a des oreilles comme Dumbo, et obstrue une moitié de l’écran
en les remuant pour s’éventer ? Par ici l’oseille ! Il y aurait des handicaps à 20%, des emmerdements à
60%, des disgrâces physiques à 80%, et la caissière du ciné, d’un coup d’œil expérimenté, appliquerait le
tarif homologué dès l’entrée. Les pieds plats, les mains palmées, les cous velus et la bêtise échapperaient
à l’impôt forcé. En revanche, les autres infirmités seraient taxées, et comment ! On nommerait une
commission pour gérer le machin, dirigée par des visionnaires irréprochables. On aurait des Commissaires
du gras, des inspecteurs du saindoux, des contrôleurs de fessus. Enfin, la République deviendrait équitable
! Politiquement super correcte ! Et le film le plus couru de la rentrée serait : « Obèse-moi ». F.F.
(21 janvier 2010)
TITRES DE NOBLESSE
Mais qui donc traduit les titres de films ? Une bande de dyslexiques azerbaïdjanais avec des logiciels mis
au point par des saboteurs basques ou, tout simplement, des types qui mettent des idées dans un chapeau
et tirent au sort ? On se souvient de l’admirable contre-sens qui transforma le film de Mankiewicz : « No
way out » est devenu, grâce à l’imbécillité d’un traducteur sans doute bourré, « La Porte s’ouvre ». Et «
The Naked Dawn » (l’Aube nue), d’Edgar G. Ulmer, retitré « Le Bandit ». Au moins, là, pas d’ennuis sur
la nuance de la traduction. Pourquoi ne se borne-t-on pas à faire du rendu littéral ? « Jamon, jamon »,
film espagnol de Bigas Luna, a bien été rebaptisé en français « Jambon, jambon », et non, au hasard, «
Saucisse, saucisse ».
Le virus s’est propagé, pire que le H1N1. « The Naked Gun » est devenu, en France, « Y a-t-il un flic
pour sauver la reine ? » « Tom Jones » a été donné pour « Entre l’alcôve et la potence ». Et « Unforgiven
» (Sans pardon) a été rendu par «Impitoyable » (rien à voir)… Difficile, en effet, de traduire tels quels
certains titres bizarres : vous voyez « Pulp Fiction » affiché en français comme « Fiction pulpeuse » ? Ou
« Chicken run » baptisé « Poulets en fuite » (on croirait qu’il s’agit d’un polar d’Olivier Marchal) ? Quant à
« Scary Movie », seriez-vous allés le voir sous le titre « Film qui fait peur » ? Et je vous fais grâce de « Die
Hard with a vengeance », qu’on pourrait rendre par « Crève durement avec une vengeance ». Pas terrible,
pour Bruce Willis. Remarquez, le film était pas terrible non plus.
Les distributeurs ont trouvé la parade, maintenant. Ils gardent les titres originaux, même
incompréhensibles. « Trainspotting », « Kill Bill », « Ocean’s eleven », « Men in Black ». Le procédé a le
mérite d’éviter de se pourrir la vie avec des équivalences plus ou moins heureuses. Ainsi, pour des films
comme « Terminator », « Halloween », « Hellraiser », « Highlander » ou « Scream », on a tout simplement
rajouté des chiffres : « Scream 2 », « Sream 3 », etc.
Mais ils auraient pu nous épargner « Saw VI », quand même. F.F.
(10 novembre 2009)
François Forestier
C’est de la
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C’EST DE LA DAUBE ! CHRONIQUES DE CINÉMA • EXTRAITS • 12 MARS 2015
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EXTRAITS... C’EST DE LA DAUBE ! CHRONIQUES DE CINEMA...EXTRAITS....
MESSAGE CHIFFRÉ
C’est une manie, une obsession, un tic, un eczéma, un phytovirus galopant. Pas moyen de parler d’un
film sans qu’un loquedu vous interrompe pour vous demander : « ça a marché ? » et vous bombarde de
chiffres, de résultats du box-office, de totaux d’entrées en première séance, de budgets de production
et de montants prévisionnels marketing. Comme si « Jason Bourne 6 » était plus intéressant parce qu’il
a coûté 112 millions de dollars et que Jennifer Love Hewitt était une meilleure actrice parce qu’elle
prend quinze millions de dollars pour jouer une harengère dans « Fish Party 2 ». La religion du chiffre a
cassé l’intérêt critique. Avant, on lisait les articles de Godard dans « Les Cahiers du cinéma » (qui nous
assurait que « Le Temps des œufs durs » avec Darry Cowl était une merveille poétique) avant d’aller en
salle voir à quel point c’était un escroc intellectuel. Aujourd’hui, on lit les résultats du box-office avant
même de savoir si le film est un drame dans une salle de bain (le gant de toilette a disparu. Qui ?), un
polar finlandais (le couteau du cuisinier a disparu. Qui ?), une comédie sri-lankaise (l’épouse achetée a
disparu. Qui ?) ou une œuvre d’art et d’essai (la caméra a disparu. Ouf).
Ainsi, dans le métro, on peut entendre des lycéens discuter de cinéma : « T’as vu « Batman et le gant
de toilette disparu » ? – Pas encore. – ça a super marché aux Etats-Unis ! » Pas un mot sur la qualité du
film. Juste une estimation de sa valeur marchande. Résultat : plus le film est con, plus il fait d’argent.
Plus il fait d’argent, plus les spectateurs vont le voir. Le succès engendre le succès. A cette aune-là,
Max Ophuls est un nain, Fritz Lang un tâcheron, Jean-Luc Godard un insecte (je ne me prononce pas).
Quant aux grands films qui ont été des flops – « La Sorcellerie à travers les âges », « Fiancées en folie
», « Citizen Kane », « L’Impossible monsieur bébé », « La Vie est belle », « Le Magicien d’Oz » - ils
n’existent même pas. La mentalité du fric a tout envahi. On ne parle plus d’une œuvre d’art, mais d’un
tonnage de savonnettes. La mentalité trader a contaminé les cinéphiles.
Les footballeurs sont évalués en kilos d’or, les tennismen en brouettes de dollars, les patrons du
CAC 40 en golden parachutes, les chanteurs en montant de l’ISF, les écrivains en tirages papier. Ainsi,
Marc Lévy est un géant de la littérature parce qu’il vend des livres par palettes, Dany Boon un génie
parce qu’il a raflé le jackpot avec les Ch’tis, Rihanna une artiste immense parce qu’elle vend « My
gant de toilette » comme des bonbons, et Lady Gaga détrône La Callas au hit-parade avec « Le couteau
du cuisinier salsa ». Je sais, je sais, le cinéma est « aussi une industrie », comme disait l’autre. Mais
l’industrie, c’est pour les producteurs. Moi, l’industrie, je m’en contrecolle le rebondi.
Le remède est simple : le premier qui parle d’entrées, un bourre-pif. Celui qui mentionne un budget
marketing, une savate dans la rotule. L’admirateur du box-office des « Expendables 2 » reviendra à la
raison face à la batte de base-ball. L’épidémie est rapide, les moyens doivent être appropriés. L’art
doit être défendu, n’est ce pas ? Les Chevaliers de l’Association des Contempteurs des Chiffres (CACC),
groupe d’utilité super publique, doivent agir. Radicalement. Marre, des chiffres.
D’ailleurs, le premier qui me fait remarquer que cette chronique fait 3480 signes, 575 mots et 46
lignes, je lui pète la gueule.
(1er septembre 2012)
La chronique de l’agacé
CONSEILS DE STARS
Sophia Loren vous dit : « Mangez des pâtes ». Nana Mouskouri, je sais pas ce qu’elle conseille mais
elle conseille plein de trucs. Meryl Streep incite à manger de la verdure, Paris Hilton à ne pas porter
de culotte (ça, c’est pas mal), Arnold Schwarzenegger à faire du sport, Sting à pratiquer le yoga, David
Lynch à se livrer à la méditation transcendentale, Paul McCartney à éviter le jambon et tout ce qui
bouge. Chacun son message, hein. Be yourself, no matter what they say.
Ok, ok. Mais, dans le genre, je vous recommande deux actrices célèbres, Mélanie Griffith et Goldie
Hawn. Celles-là, elles sont plus avec nous. Sur le site « Melaniegriffith.com/Avalon », l’épouse
d’Antonio Banderas explique les raisons de son succès de son « incroyable » bonheur, et vous donne la
recette. Tous les soirs, écrivez-vous une petite lettre ainsi conçue, juste avant d’aller dormir:
« Cher moi-même
Si c’est ta volonté, s’il te plaît révèle-moi en rêve cette nuit la voie la plus positive (ici, insérer
l’explication de votre problème) de façon à me rapprocher de toi.
Avec amour et respect (ici, insérer votre nom) »
Pas mal, non ? J’espère que « moi-même » répond par retour de courrier. Elle a fumé la brosse du
chien, Mélanie ? Mieux : Goldie Hawn, la blonde acidulée de « La Bidasse », Madame Kurt Russell dans
le civil, donne des consultations à ses fans. Un peu de bouddhisme, un peu de technique de respiration,
et voici la « brain science » (la science du cerveau) de notre comédienne. Et là, nom d’un petit
bonhomme, c’est grave. Ainsi, écrit Goldie Hawn, « un élève de maternelle était le souffre-douleur
de la classe, à tel point qu’il a été déplacé dans une autre classe. Finalement, cet enfant a réfléchi
et, dans la voiture de sa maman, il a expliqué pourquoi il avait été pris pour cible. Il a compris que les
enfants qui le maltraitaient n’utilisaient pas leur cortex frontal pour prendre de bonnes décisions et
qu’ils agissaient ainsi sous l’influence de leurs amygdales ».
Pour sûr, Goldie. Jean-François Copé agit ainsi parce qu’il n’utilise pas son cortex frontal, et Sarko a
des amygdales grosses comme des pastèques, hein ? Lady Gaga s’écrit des lettres avant de miauler sur
scène ? Berlusconi est entièrement recentré sur son cerveau reptilien ?
Kurt et Antonio, soyez gentils. Pour Noël, achetez un cerveau à vos deux quiches. Même en solde,
payable par traites à trois mois, avec option « ferme-la avant de causer ». F.F.
(4 aout 2010)

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