L`anchage des pieds de cabrettes Le dimanche 14 - fatp-cmc

Commentaires

Transcription

L`anchage des pieds de cabrettes Le dimanche 14 - fatp-cmc
L’anchage des pieds de cabrettes
Le dimanche 14 octobre 1979, une rencontre amicale réunissait à La Canourgue (Lozère) des membres des
groupes folkloriques "La Pastourelle" de Rodez, "Le Velay" du Puy-en-Velay, ainsi que des cabrettaires
lozériens sur le thème de travail : Nous voudrions présenter ici cette technique.
La fabrication des anches et leur réglage étant une activité exclusivement artisanale, la méthode que nous
exposons ci-après est seulement indicative. Nous l'appellerons la méthode Edouard Chapot. Elle n'est ni la seule,
ni forcément la meilleure méthode.
L'ANCHAGE des PIEDS de CABRETTE
L «.me Ut
Chaque fabricant ayant ses tours de main et ses astuces personnelles parfois gardées jalousement : en ce
domaine rien ne remplace l'expérience et le système D.
Cependant, ce jour-là, deux de nos jeunes amis ont eux-mêmes confectionné une anche de A à Z et réglé
celle-ci sur leur pied de cabrette après avoir observé le travail fait sous leurs yeux.
Nous espérons seulement que cet article incitera les cabrettaires débutants ou chevronnés à se lancer dans
ce passionnant travail qui leur permettra d'approfondir leurs connaissances sur ce si capricieux mais si
captivant instrument qu'est la cabrette.
I — Les éléments constitutifs de l’anche
La cabrette comme la plupart des cornemuses (excepté la cornemuse landaise) est un instrument à
anche double. Sa anche est formée de trois éléments principaux : (fig. 1)
a) Un tube métallique
b) Deux lamelles de roseau
c) Une double ligature : la première faite d'un
fil métallique maintenant les deux roseaux l'un contre l'autre (fig. 21, la deuxième pour laquelle nous
faisons ici l'usage de ficelle fine de pâtissier permettant de serrer les divers éléments. Le tout est
complété par un entourage de fil de coton pour obtenir une parfaite adaptation au pied de cabrette
Ligature grossie
Nous envisageons séparément la réalisation de ces divers éléments.
a) Réalisation du tube
On utilise pour cela de la tôle provenant de boites à biscuits par exemple ou toute autre tôle d'épaisseur
équivalente.
La longueur du tube métallique est déterminante pour l'accord de la cabrette et varie suivant la longueur du
pied. Rappelons en effet qu'il existe plusieurs catégories de pieds classés suivant leur longueur en centimètres,
longueur correspondant à une tonalité déterminée.
Les longueurs les plus courantes étant de :
•
•
•
•
•
•
35
39
42
44
47
50
cm pour un pied en ré
cm pour un pied en do
cm pour un pied en si
cm pour un pied en si bémol
cm pour un pied en la
cm pour un pied en sol dièse.
On donnera au tube une longueur en millimètres égale à la longueur du pied moins un (ex : 38 mm pour un pied
de 39 cm). La tôle est découpée à la forme d'un gabarit (fig. 3). Ses dimensions sont ici données pour ancher
un pied de 39, mais pour un pied plus long, il suffira de prolonger les grands côtés de ce gabarit du côté de la
base pour atteindre la longueur voulue ou de les raccourcir pour un pied plus court.
Ce tube est réalisé en enroulant la tôle, découpée selon la dimension désirée et suivant le pied à ancher (voir gabarit
fig. 3) autour d'une forme conique en acier doux (poinçon par exemple) à l'aide d'une pince, puis est ovalisé
dégressivement a son extrémité la plus étroite sur une longueur de 1 cm à 1 cm 1/2 à l'aide d'une autre forme
conique (fig. 4 ).
L’ enroulement doit permettre d'obtenir un tube parfaitement ferme
(fig. 5), l'étanchéité sera parfaite après fixation aux lamelles de roseau
par la ficelle légèrement encollée ou vernissée.
On veillera à ce
qu'aucune aspérité ne
vienne
modifier
la
qualité du tube : pour
limer
éventuellement
on peut utiliser une
queue de rat très fine.
Cet élément est alors
terminé.
b) Préparation des
lamelles de roseau
La matière première
utilisée est constituée
par les roseaux servant
à faire des "canisses" à
usage de palissades,
etc… Ces "canisses"
sont découpées en fragments de 15 à 20 cm dépourvus de nœuds.
On choisira pour réaliser l'anche le roseau le plus sec et le plus homogène possible. Ce roseau est d'abord
amené à une largeur d'environ 1 cm à l'aide d'un instrument très aiguisé (tranchet de cordonnier par exemple) et
toujours en suivant le fil du bois lors de la découpe sur une longueur (photo ci-jointe).
On amincit ensuite celui-ci en le creusant au moyen d'une lame
recourbée (fig. 6 : lame de scie à métaux ou de couteau bien aiguisée). Le
creusement se fait en tirant vers soi avec la lame, du côté concave et non
vernissé du roseau. L'amincissement est suffisant lorsque la lame de
roseau devient souple au point de pouvoir la vriller d'un demi tour. Cet
amincissement est complété et affine à l'aide d'une toile émeri a grain fin
fixée sur un cylindre de bois de 2 cm de diamètre.
La lame ainsi obtenue est alors coupée perpendiculairement en son milieu. Pour cela on la dispose sur un cylindre
de bois épousant sa forme (2cm de diamètre environ) puis on la scie du côté du vernis végétal à l'aide d'une lame de
scie à métaux. On finit la coupe au moyen du tranchet déjà utilise.
On découpe alors de manière rigoureusement identique chacune îles deux lamelles obtenues à la forme définitive de
l'anche.
Edouard Chapot a confectionné à cet usage un outil a l'aide d'une paire de pinces permettant de saisir en son entier la
lamelle de roseau et de la découper
tout autour des mâchoires de l'instrument : chacune de ces lamelles sera ainsi rigoureusement identique à l'autre.
L'une de ces mâchoires étant concave et l'autre convexe, elles s'emboîtent parfaitement et suivent bien
l'arrondi du roseau (cf. dimensions fig. 7).
t. .
Si l'on ne dispose pas de cette pince, après avoir prépare le roseau, le
couper dune longueur de 10 cm, le plier en deux comme précédemment
indiqué, tracer un trait en son milieu et un de chaque côté (cf. fig. 8)
couper le roseau de la forme en prenant soin de tenir les deux lamelles
bien serrées l'une contre l'autre afin de les obtenir bien identiques.
Les bords de ces deux lamelles sont bien égalisés en les ponça
Découpe du roseau
c) Réalisation de la double ligature
1 — fil métallique — On utilise pour réaliser celle-ci du fil de cuivre ou de laiton, genre fil de bobinage fin
mais gardant sa forme au pliage.
Cette ligature est réalisée au préalable en enroulant ce fil autour d ' u n clou aplati auquel on a donné la forme}
de l'anche (fig. 9). Cette ligature, qui devra avoir environ 5 mm de large, sera donc mise en forme sur le clou et
sera ensuite utilisée pour maintenir les lamelles de roseau l ' u n e contre l'autre, son rôle étant de maintenir le degré
d'ouverture des deux lamelles et ainsi de régler la force et la tonalité.
Fig 9 Clou pour confectionner la ligature
Pour ceci on descend un peu la ligature métallique, puis au fur et à mesure que l'on fait progresser le tube on
la remonte. Pour mieux adapter les lamelles au tube, on peut les creuser un peu plus du côté rétréci à l'aide
d'une queue de rat.
En fin de montage le tube métallique doit avoir été introduit de 2 cm environ entre les deux lamelles. Ce
qui correspond à une distance de 4 mm entre la ligature et le tube.
De façon à ce que les lamelles soient bien plaquées l'une contre l'autre, prendre soin de poncer la partie de
l'anche qui se trouve sur le tube, si cette partie se trouvait trop large et trop épaisse, en la fixant sur le tube,
le roseau risquerait de se fendre sur toute sa longueur.
A cette phase du montage, nous utilisons un étau en bois pour le maintien définitif des éléments entre eux et
pour permettre de continuer le travail sans risquer de détériorer un équilibre encore fragile. Cet étau est
constitué de deux mâchoires de bois maintenues en position l'une contre l'autre par une vis et un écrou à ailettes.
Les deux mâchoires seront légèrement creusées à la dimension de l'anche (fig. 10).On enroule environ 5 à 6
tours de fil, les 2 extrémités étant vrillées entre elles (fig. 2 ).
2 — ficelle fine de pâtissier — La ficelle fine de pâtissier nous permettra d'assurer la parfaite étanchéité de
l'anche en l'enroulant en spirale depuis la ligature métallique jusqu'au bout du tube. Son maintien en position
sera assuré par un collage léger.
II — Montage de l'Anche
La ligature est enfilée sur les deux lamelles de roseau plaquées l'une contre l'autre de façon à ce que le côté
vernissé soit à l'extérieur, le tube métallique est alors introduit entre les deux lamelles de roseau par son
extrémité aplatie du côté étroit des lamelles (fig. 1).
Le tube et les lamelles sont solidarisés par un entourage de ficelle de pâtissier : on commence à enrouler
cette ficelle en dessous de la ligature. Cet enroulement se fait de manière à isoler totalement l'ensemble tuberoseaux de l'air pour la partie située au-dessous de la ligature. Enfin, pour bloquer la ligature et pour éviter
qu'elle ne redescende, on fait deux petites encoches très légères de chaque côté de l'anche. On repousse alors
cette ligature pour la caler dans les encoches (fig. 11).
Fig 11 encoches pour maintenir la
ligature
Tailler très légèrement le vernis de l'anche sur le centre, puis se servir de la lame en grattoir, ce grattage doit
s'effectuer en forme de V (fig. 1) de façon à laisser une légère rigidité sur les bords. Décapiter ensuite très
légèrement l'extrémité des lèvres.
III — Adaptation au pied et réglage de l’anche
Un enroulement du fil de coton à la base de l'anche (côté tube) permet une adaptation de celle-ci au pied.
En effet, les dimensions de la loge destinée à l'anche sont assez variables selon les fabricants de pied.
L'essayage de l'anche se fait en aspirant du côté du tube et non en soufflant du coté roseau : on procède alors
aux essais sur la cabrette. On entre alors dans le domaine de l'expérience que l'on n'acquiert qu'après de
nombreuses tentatives plus ou moins réussies. La meilleure technique de l'anchage des cabrettes en espérant
avoir été assez clairs dans notre démonstration. Un dernier point s'impose peut-être puisqu'on entend souvent
parler "du anchage" des cabrettes : sachons qu'il n'y aucune raison de ne pas faire la liaisons et notre discours,
s'agissant d'un instrument de musique, en sera plus mélodieux. L'anchage des cabrettes demeure donc une
opération délicate que tout joueur devrait sinon parfaitement maîtriser du moins mieux connaître après ces
quelques travaux pratiques. Lecteurs, n'hésitez pas, vos suggestions ou vos critiques seront favorablement
reçues.
Pour compléter la panoplie de notre bricoleur, il convient de se procurer : un marteau et une enclume ou support
métallique plat à la dimension de nos travaux pour égaliser le métal du tube, une paire de ciseaux pour couper ce
métal une petite pince, un socle en bois dur (huis) sur lequel nous pourrons tailler ou couper l'anche lors duréglage.
.