CASSEL JP Dans la vie je me fais mon cinéma

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CASSEL JP Dans la vie je me fais mon cinéma
Dans la vie, je me fais mon cinéma avec Jean-Pierre CASSEL
C’était dit, c’était fait. Les fées s’étaient penchées sur le berceau du nouveau né
et avaient formulé les incantations magiques qui toute sa vie l’accompagneraient.
Il serait grand et fort, un peu ténébreux, parfois sombre. Sa mère arborait des
yeux d’une couleur rare, un mauve inquiétant et envoutant. Elle était grande et
brune, belle à croquer. Malgré cela, il était parti sans laisser d’adresse, pour une
semaine, une année, une vie ?
Mais elle était forte aussi et pensait déjà à demain. Elle irait vivre à Pigalle, Saint
Germain-des-Près ou n’importe où. Avec son petit d’homme, elle partait sur la
Route du bonheur, de cela elle était certaine. La naissance du bambin avait été un
Acte d’Amour. Quelque part dans le Monde, elle savait qu’une autre femme de
son sang vivait la même chose, étrangement. Mais il ne fallait pas vendre la peau
de l’ours avant de l’avoir tué, se dit-elle, en se rappelant les mises en garde du
monde parallèle, celui des lumières. Elle devrait s’y rendre un jour, là-bas, dans
cette forêt pour accomplir son destin. Elle irait A pied, à cheval ou en voiture, peu
importe. Elle n’arriverait pas comme Un cheveu sur la soupe, car tout cela était
écrit dans le marbre de la vie. La route joyeuse s’ouvrait devant elle, calme et
bienveillante pour préparer son fils à son avenir exceptionnel et crucial.
Vinz grandi au cœur de ce Paris que sa mère aimait tant. Les quartiers populaires
avaient été ses refuges. Déjà quinze ans. Il était bien bâti et faisait déjà tourner les
yeux de Trois pin-up, comme ça. En cas de malheur ou de petites frayeurs, il savait
pouvoir compter sur les amis du quartier. Ils y avaient les garçons boucher, ceux
de la volaille, mais aussi Les surmenés, ces cols blancs des bureaux qui ne payaient
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pas de mine, mais qui savamment savaient se faire respecter comme personne.
Vinz avait d’ailleurs du mal à comprendre les us et coutumes, les influences, Le
désordre et la nuit, facilement gérés par ces hommes différents dont il se sentait
proche. C’était une sacrée jeunesse que sa mère lui offrait et chaque jour, après
l’école, enfin, il rejoignait ses amis du cirque. Il avait droit au cours particulier
d’Anastasia, la jeune danseuse rousse venue du froid. Il enchainait les acrobaties
ou parfois parlait avec elle de ses rêves, discussions d’adolescents, Cabriole ou la
journée d’une danseuse, c’était selon l’humeur, l’envie.
Le cirque était un cercle magique pour Vinz. Il s’y sentait bien, mais il était intrigué
par la présence d’un nain, Lillolok. Ce n’était pas vraiment un nain, mais plutôt un
homme de très petite taille, car il était gracieux et son corps harmonieux. Ses
yeux étaient d’un bleu pâle très étrange, proche de la clarté de l’eau pure.
Anastasia ne savait pas qui il était et Vinz était fasciné. Il avait déjà vu Lillolok sur
le chemin de l’école entrain de l’observer. Vinz était perturbé et il fallait qu’il en
sache un peu plus. Il alla trouver Lillolok, qui à l’écart jonglait. Dans ses mains
tournoyaient des boules bleues comme ses yeux, d’une grande pureté. Vinz avait
l’impression qu’il émanait une grande force de ces boules, sans pour autant en
comprendre la signification.
Lillolok toisa Vinz droit dans les yeux et s’approcha de lui. Vinz se sentait comme
envouté et incapable de mouvement. Lillolok sourit et dit ‘’Vinz, tu es l’élu, tu es
la lumière. Ta destinée est grande, mais tu ne le sais pas encore’’ Vinz était
interloqué. Aucun son ne parvenait à sortir de sa bouche. ‘’Il y aura des sacrifices,
il y aura la peur, mais il y aura aussi l’espoir’’ Lillolok disparu derrière une
caravane. Vinz chercha sans retrouver cet être étrange. Il ne revit plus Lillolok et
le sourire d’Anastasia était si joyeux et attractif, que Lillolok ne fût bientôt qu’un
lointain et vague souvenir, d’autant que personne ne semblait se préoccuper de
son absence.
Tard dans la soirée, il cheminait à travers rues, rencontrant ça et là, les copains,
ceux avec qui on partage les jeux, mais aussi les bêtises. Pitou était là avec Marcus
à fumer. Vinz ne put s’empêcher de lancer à Marcus ‘’Et ta sœur, si elle te chope à
cloper, tu vas voir tes fesses’’ ‘’Pas de risque’’ enchaîna Marcus, ‘’elle est chez La
Marraine de Charley, il y a son copain Victor, elle va consacrer sa soirée aux Jeux
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de l’Amour, alors ma clope, elle s’en fout’’. A ce Marcus, sacré Farceur, toujours à
la pointe des opportunités le Candide, l’optimiste du XXème siècle, rien ne lui
faisait peur et encore moins les battoirs de son père, un colosse dont il se
moquait en le baptisant à tout bout de champ Napoléon II, l’Aiglon du quartier, le
nabot. Ça volait bas dans la demeure de Marcus. D’ailleurs, il ne savait pas
vraiment si ce colosse était son père.
De sa mère il était sûr, la fossette à la joue était une marque de fabrique que sa
sœur arborait fièrement aussi. Sa mère, Nadia, avait eu un Amant de cinq jours.
C’est comme cela que l’on appelait les représentants de commerce dans le coin.
Ils restaient cinq jours et rentraient retrouver leur régulière pour le week-end.
Des semeurs de graines. Celui de Nadia était mélomane et draguait la donzelle en
se faisant mousser. ‘’Aimez-vous Brahms ?’’ disait-il à de pauvres créatures plus
préoccupées par trouver de quoi manger que par la culture. Mais il était charmeur
et représentait un rayon de soleil dans la grisaille de ces journées parfois tristes et
sordides.
Vinz abandonna ses acolytes pour retrouver Dédé La Gamberge. Il était marrant
celui-là et bien connu dans le quartier. Il avait eu une vie visiblement spéciale et
Vinz la découvrait pas à pas. Dédé en était encore et toujours à réfléchir sur Les
Sept pêchés capitaux et en cette soirée sur l’Avarice particulièrement. Il n’avait
pas prêté la main à son pote Raymond, un ancien de l’armée lui aussi.
Raymond avait déconné gravement à la fin de son engagement et fût rétrogradé.
Il avait été puni, le Caporal épinglé attrapé en pleine forfaiture de vol par Arsène
le cuistot du camp. Le capitaine en avait ri de lui, ‘’ ah, ah, Arsène Lupin contre
Arsène Lupin’’, pris à son propre piège par ce satané cuistot, qui voleur aussi
gardera son grade et sa place grâce une sordide promesse de dénoncer l’autre
Arsène du camp. Si seulement Raymond avait parlé avant. Rien ne se passe
comme on voudrait se disait Raymond, Nunca pasa nada répétait-il comme pour
honorer une partie de ses origines espagnoles. Ah Raymond le rêveur, il aurait
bien aimé être Cyrano et d’Artagnan ou alors un ténor, avec une grosse voix pour
enchanter les bougresses qui se seraient pâmer au seul son de sa voix sur une
chaîne Haute fidélité. Au lieu de cela il avait passé sa vie à essayer de monter Les
plus belles escroqueries du monde. Il avait revêtu nombre d’identités, de métiers,
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de vies. Monsieur de compagnie pour approcher les riches héritières, mais bien
vite rattrapé et chassé par ceux que ces belles et riches surnommaient ‘’Ces
merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines’’, ces aviateurs de la haute.
Raymond s’était planté ce jour là, lors d’une de ces Fêtes Galantes. Il avait allumé
prestement et sèchement un ancien militaire aviateur, un de ceux qui avaient
brillamment combattu pour défendre Paris, celui-là même qui avait pu répondre
au péril de sa vie au général qui lui posait fébrilement la question par radio ‘’Paris
brûle-t-il ? ’’ ‘’Non mon Général, mais il faut faire vite et libérer Paris sans
attendre’’ Ce Clément là avait démasqué l’intrus et en bon officier du
renseignement qu’il avait été pendant la Révolution d’Octobre, il l’avait livré en
pâture à ses amis, un vrai Jeu de massacre. La Dolci signore avaient chassé le
bougre et Pas folle les mignonnes n’avaient plus d’yeux que pour Clément et ses
compagnons. Il faut dire que les gaillards en claquaient sérieux, aviateurs, héros
de guerre, membre de L’Armée des Ombres, ils surfaient tous sur le même
morceau, Oh ! What a lovely war, tant les guerres assuraient leur succès auprès
des féminines. Raymond finalement n’avait rien à faire dans ce monde, au bras
d’une donzelle blonde comme les blés et jeunette de première, on aurait dit
L’Ours et la poupée. Il était évident qu’il y aurait une fin rapide, une Rupture, on
ne fait pas naviguer Un Bateau sur l’herbe, c’est contre nature.
Dédé décida qu’il devrait retrouver Raymond, Cormélon et Griboin pour les
emmener dans sa maison de campagne à Malpertuis. Le vin et la bonne chère
devraient les aider à se retrouver et à deviser gaiement sur les mystères des
Cyclades, les dieux, Zeus, Aphrodite et les Gorgones. Ces week-ends ne servaient
à rien, sinon à fortifier l’amitié, en refaisant quelque peu le monde au travers de
quelques vapeurs alcooliques et échapper ainsi à l’environnement frivole du
Charme discret de la Bourgeoisie .Il Magnate, surnom de Dédé à l’italienne, siffla
Baxter, cet affreux chien bull terrier des bas fond et s’enquit de trouver ses trois
mousquetaires pour prendre la route avant l’aube.
Il en avait mangé du Mouton enragé, il était temps de profiter un peu des plaisirs
de la vie. Il regarda longuement Vinz et cette jeunesse insolente. C’est vrai qu’il
était beau l’asticot. Cela lui fit penser aux femmes, il avait oublié les femmes.
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Il se laissa alors aller à voix haute auprès de Vinz, à parler de cette femme
mystérieuse qu’il avait connu et qui lui avait donné autant de plaisir, celle qu’il
n’avait jamais oublié, comme un premier amour. ‘’Moi aussi Vinz, j’étais jeune et
beau, très beau’’ ‘’Je travaillais comme apprenti à l’époque sur l’Orient Express, ce
train mythique autant que son histoire, ses histoires. A Venise, avait embarqué
une beauté sans pareil, toujours cachée en partie par une voilette gris claire. Elle
était seule et on racontait bien des histoires sur son identité’’
‘’J’étais fasciné par cette grâce indicible, par son odeur enivrante, par son
mystère. Je ne rêvais que d’être affecté à son wagon, à sa cabine dont elle ne
sortait quasiment jamais, pour la sentir et la frôler, j’étais envouté, possédé,
asservi. Trois jours plus tard, j’étais à son service, toujours prêt, un peu pressant
même. Au cours d’une nuit, je perçus des sanglots étouffés. Derrière sa voilette,
je ressentais la grande détresse de cette femme. Elle me demanda de rester au
près d’elle, comme une présence, un protecteur, un secours. La nuit fût courte,
trop courte pour moi tellement mon cœur chavirait de la sentir aussi proche et
inaccessible.
Vers sept heures du matin, le chef du train arriva en courant dans le wagon. Un
crime venait d’être commis dans le wagon d’à côté. Un homme était mort d’un
coup de couteau dans le cœur, tué sur le coup, net. Le Crime de l’Orient Express
faisait déjà le tour des wagons. On parlait d’une femme ayant agit dissimulée sous
une voilette. En vérifiant l’identité du mort, on s’aperçu que celle que l’on
appelait Milady avait été sa maîtresse, récemment éconduite. Tout cela n’était
que trop évident pour le Chef. Elle était coupable. Il entra dans la cabine et
interrogea Milady. Je savais qu’elle ne pouvait être responsable de cet acte
odieux. N’y tenant plus, mais sachant que mes révélations me chasserait de
l’Orient Express, j’avouais au Chef avoir passé la nuit auprès d’elle, ce qu’elle
confirma avec force de détails qui me fit rougir et mis le Chef dans l’embarras. Je
me morfondais intérieurement. Avait-elle espéré toute la nuit ce qu’elle racontait
là ? Quels détails m’avaient échappés ? Je me mordais la joue pour ne pas hurler
mon désarroi.
Le train allait entrer en gare de Sophia, lorsqu’arriva hors d’haleine l’adjoint du
train. Un homme avait tenté de sauter du train en marche avant l’entrée en gare
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et en avait été empêché par un mécanicien. On avait retrouvé sur lui le couteau et
une forte somme d’argent. Le jeu était visiblement la cause de la rixe entre les
deux individus et d’un crime passionnel, nous étions rendus à un crime crapuleux.
That lucky touch me dis-je, les choses tournent bien parfois.
‘’Inutile de te dire Vinz, que je fus viré sur le champ. Mais Milady reconnaissante
m’accueillit dans sa cabine pour le reste du voyage jusqu’à Istanbul. Les délices de
l’Orient m’emportèrent au-delà même de mes propres espérances’’
Vinz abandonna Dédé à ses délicats souvenirs et rentra chez lui pour retrouver
quelque peu les bienfaits de Morphée. Petit matin chaud et tendre, Œufs brouillés
au petit déjeuner, Vinz avait rendez-vous avec le Docteur Françoise Gailland. Ce
n’était pas une femme comme les autres, ni même un médecin ordinaire. Adepte
des Folies bourgeoises et de la Grande cuisine, Françoise, une amie de la mère de
Vinz se rendait souvent Au rendez-vous d’Anna, une brasserie un peu particulière
du quartier. Des libertins y jouaient à Je te tiens, tu me tiens par la barbichette
dont Jean et Yann, les favoris de Françoise pour lesquels elle avait un penchant
véritable et sincère. Inutile de dire que dans ce lieu de débauche aussi bien diurne
que nocturne, œuvrait un représentant de Dieu, le grand Charles, en fait Jules de
son vrai prénom. Il s’était rebaptisé Charles en mémoire de son idole Grandison
dont il rêvait de continuer l’œuvre. Il vociférait contre les impudents et jurait qu’il
irait De l’Enfer à la victoire et qu’il sortirait tous ces mécréants de La Ville des
silences, de leur absence de respect pour la parole divine. Il parlait comme Il
maestro, celui que l’on doit entendre et non pas seulement écouter. Il parlait tout
le temps du besoin impérieux de se soumettre à l’épreuve comme de regarder Le
soleil en face. Marat un habitué le traitait de fou. ‘’Tu deviendras aveugle à force
de faire ces conneries’’ et le grand Charles de répliquer 5% de risque, ce n’est rien
pour respecter Dieu et soi-même. Il se prenait vraiment pour le Superman de la
foi. Marat ne put s’empêcher de tester l’évangéliste et le colla devant un Nu de
Femme. ‘’Et alors, enchaîna le grand Charles, c’est une créature de Dieu, La vie
continue et tu devrais être avec ta femme Alicja plutôt que de fréquenter ce lieu
de petite vertu. La vie se déroulait ainsi en ce lieu inhabituel.
Vinz était en bonne santé. Il fût accueilli par Ehrengard, l’assistante du Docteur
Gailland. Cette belle allemande d’origine faisait souffrir Vinz à chaque fois qu’il la
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voyait. Elle avait une aura attractive et sa plastique agissait sur le jeune Vinz d’une
façon très suggestive. Vinz devait se battre contre lui-même pour ne rien laisser
transparaître, une vraie Guérilléra. Son esprit devait voguer vers des images
improbables pour pouvoir lutter. Il s’imaginait l’histoire d’une Truite syndicaliste,
amie d’Adolfo, un gars du quartier, molestant un malfaisant qui s’en était pris à sa
protégée Pamela, pendant que des ouvriers manifestants gueulaient à tue tête
Vive la sociale, sous les yeux effarés d’Elizabeth, la gracieuse marchande de fleurs
des quatre saisons.
Le calvaire prenait fin avec l’arrivée de la doctoresse qui le faisait entrer dans son
cabinet, amusée par le Désir qu’elle devinait chez Vinz. Elle en avait vu des
Tranches de vie comme cela, notamment pendant ses études en Italie, ce pays
réputé pour l’amour, ses belles femmes et ses hommes charmants, bien que
parfois un peu encombrants de jeunesse. Elle se souvenait de Luigi, un grand brun
qui lui lançait avec un regard de braise Se un giornio busserai alla mia porta, je
l’ouvrirais pour t’accueillir comme il se doit, Bellezza. Elle s’était présentée devant
chez lui, pour découvrir une soirée à l’italienne et une vieille femme lui ouvrit.
S’enquérant de Luigi, la vieille femme lui dit, Luigi ha detto Vado a riprendermi il
gatto. Voilà qu’elle était doublée par un chat. Choux blanc comme Chouans !!
Elle tenta de parlementer, mais commençait à comprendre que la guerre était
ouverte avec la Mama qui visiblement la prenait pour une petite allumeuse. Elle
tint tête le temps du retour de Luigi, mais sécha les deux par un demi tour
salvateur et hautain. Elle en rigolait intérieurement encore sachant que ce n’était
certainement pas La Guerre la plus glorieuse qu’elle avait gagnée.
Vinz se tenait là devant la Doctoresse qui ne pouvait que constater qu’il était
devenu un homme. Bientôt seize ans et une musculature impressionnante. Les
yeux de Vinz avaient quelque chose d’étrange. Du bleu de son enfance, ils
devenaient différents, tirant indéniablement vers le mauve des yeux de sa
procréatrice. Françoise était troublée par ce spectacle et se dit intérieurement
qu’elle devrait se méfier de ses envies. C’était quand même le fils d’une amie et il
était mineur.
Fin de contrôle, Vinz emprunta le chemin du cirque pour y retrouver Anastasia et
son chien Mangeclous, un bouledogue français, chenapan. Son nom était l’exacte
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description de l’alignement de ses dents. Une poignée de clous jetée dans sa
gueule. Mangeclous n’avait pas son pareil pour faire tourner en bourrique les
animaux du cirque, mais il était un fin chasseur de rats, qu’il pouvait d’un coup de
dent, éliminer sans autre forme de procès.
Anastasia paraissait bien excitée. Elle accueillit Vinz dans une frénésie qu’il ne lui
connaissait pas. Ce soir est un grand soir Vinz, dit-elle. Nous avons un spectacle
italien merveilleux avec des chevaux Murgese et une chanteuse grandiose Rosina
Storchio qui chantera une œuvre de Toscanini. Je vais jouer Vinz !! Anastasia
s’entraînait depuis des années pour ce moment merveilleux de la vie d’un artiste.
Le premier grand soir, celui où les applaudissements seront partagés, où la peur
pénètre au plus profond de ton cœur. Tu perds les sens pour ne faire plus qu’un
dans le spectacle. Ta conscience devient ta boussole, tu voles et survoles, tu
vibres quoiqu’il en coûte et quand tombe le rideau, tu entends parfois avec délice,
le plaisir du public qui te rend le bonheur qu’il a vécu. La plus belle des drogues.
Qu’elle était belle Anastasia, transcendée de la sorte. Vinz serait là, pour la
soutenir et vivre avec intensité cet évènement auprès d’elle, cela elle pouvait en
être certaine.
Le retour des mousquetaires de Dédé était annoncé dans la contrée. Eux aussi
voulaient être de la partie. Ils savaient que Mister Frost, un américain déjanté, son
pote Jeff, mais aussi Vincent et Théo seraient présents et ils avaient des choses à
régler, des affaires d’hommes. Ce serait chaud certainement, surtout si la tueuse
de Jeff était dans les parages. The Maid était son blaze. Ancienne femme de
chambre dans un hôtel 5 étoiles, on ne sût jamais vraiment comment Jeff l’avait
recrutée et formée. Mais elle avait un palmarès redoutable et beaucoup la
craignait.
Cormélon s’était fait piquer Rue Saint Sulpice, La Croix, la montre et la manière
dont s’y étaient pris ses agresseurs portait sans ambiguïté la marque de Mister
Frost et de ses acolytes. Il faut dire que la croix et la montre étaient les reliques
du clan des mousquetaires. Ces anciens des fortifs de Vaugirard n’allaient pas
laisser ces vanupieds agir ainsi sans punition.
Le Lieutenant Lorena serait de la partie avec eux, le roi de la fléchette entre les
deux yeux, l’italien qui à chaque décoche ne pouvait s’empêcher de lâcher Aqui
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d’el Rei, pour bien faire sentir aux autres que le roi n’en avait pas encore terminé
avec eux. Que du beau linge en prévision et un face à face torride entre The Maid
et le Roi, fines lames pour sûr.
Cormélon donna rendez-vous à ses pays à La Caverne de la Rose d’or, club select
et privé de Fantagaro, la princesse rebelle. Il paraît qu’elle fût vraiment princesse
dans une contrée lointaine au nom aussi improbable que son histoire personnelle
et que son évasion rocambolesque. Elle avait juré qu’elle reviendrait se venger de
la sorcière noire, de la reine des ténèbres et de l’empereur du mal, ces trois
charlatans dont son peuple subissait le joug, les injustices, les sévices. L’heure
viendrait disait-elle avec l’arrivée du sauveur, la chair de sa chair, le sang de son
sang. Tout cela était bien mystérieux.
L’œil écarlate et la rage au fond du cœur, Cormélon exhortait ses amis à la
prudence, mais à être sans merci lors du grand soir. Le chien de Fantagaro, Pétain,
un doberman musculeux et inquiétant les regardait et semblait les écouter. Un
sentiment douteux vient habiter les comparses et Pétain rebroussa chemin
retournant auprès de la maîtresse des lieux. Jurons amis, jurons ensemble, que
Sur la terre comme au ciel nous ne feront qu’un. Ils jurèrent ensemble, ce qui
sembla leur donner un Coup de jeune, rappelant à chacun les risques pris
ensemble lorsqu’ils étaient Casque bleu et qu’ils chatouillaient la chance à chaque
pas dans des pays lointains et souvent hostiles. Ce soir, ils auraient leur
vengeance et récupéreraient leur bien.
La porte de la caverne s’ouvrit avec un grincement inhabituel. Un homme au teint
foncé, à l’énorme moustache et à l’œil noir s’avança jusqu’au bar. Cha Forte com
limao lança-t-il à Fantagaro sur un ton autoritaire et assuré. Pétain grogna
réprimé immédiatement par sa maîtresse. Ce n’est plus l’heure du thé
compaheiro, lança-t-elle. Tu ne veux pas de l’Amour et des doigts de pied dans le
fessier non plus ? Ce qui fût traduit par tous, par une proposition de prendre un
bon coup de pied au cul pour se faire virer. Il faut dire que la princesse avait de
l’assurance et une présence indéniable. Son épaisse et longue chevelure blonde et
ses yeux noirs ébène n’y étaient pas étrangers.
L’homme grogna et dans un français approximatif commanda une téquila. ‘’Voilà
qui est mieux’’ acheva Fantagaro la bouteille déjà en main. On sentait l’homme
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inquiet cependant, perturbé, prêt à agir ou à parler. Pétain ne le quittait pas des
yeux, comme s’il sentait qu’il fallait être sur ses gardes. La tension était palpable.
L’homme se tourna vers Cormélon, les yeux plein de larmes. La vision était
étrange de cet homme si rude et qui semblait si fragile en un instant. ‘’Ils ont ma
fille’’ lâcha-t-il enfin.
‘’Elle est Métisse, c’est l’Enfer. Ils l’ont enlevé dans le quartier du Marais, où elle
travaille dans le prêt à porter. Ils disent qu’ils vont faire la Cérémonie, je les ai
entendu parler des talismans, une croix et une montre’’
‘’Ils sont le diable, ils vont la sacrifier. Le chef s’appelle Frazzeta. J’ai croisé Vinz
dans la rue, un gars de chez vous qui m’a dit de vous trouver, que vous pourrez
m’aider, n’est-ce pas ?’’ Cormélon était abasourdi, Frost et sa clique n’y étaient
donc pour rien. Le sang aurait pu couler pour rien. Il fallait les prévenir et unir les
forces contre ces diaboliques et comprendre l’enjeu de cette métisse.
Visiblement, on en voulait au clan des précieux, car même si Mister Frost et sa
clique étaient parfois ennemis des anciens de Vaugirard, ils étaient tous du même
camp, celui de la lumière et du don.
Dans une Valse nocturne d’affrontements et d’entrechoquements de fer et d’acier
et d’éclairs assassins, les nuiteux, les sombres, les obscurs avaient déjà tentés
d’occire plusieurs pays, les prenant pour des Bidochon sans cervelle et incapables
de défendre la lumière. C’était sans compter sur les alliés invisibles du bien. Les
obscurs étaient violents et sans pitié. Ils faisaient la conquête de femmes pour les
engrosser sous la contrainte et récolter le fruit de l’enfantement pour agrandir
leur armée souterraine et terrible. Ces Amours qui tuent la matrice sans pitié,
entre Colère et Amour, les pauvres femmes ne voyaient pas leurs sombres destins
s’accomplir au profit du mal.
Les pays firent prévenir Frost et sa bande pour se retrouver en terrain neutre à la
Patinoire de Montparnasse. Ils s’y retrouvèrent tous ensemble, affolant le péquin
parisien venu tranquillement se vider la tête à force de longueur glacée.
Le péquin, celui qui toujours dit vivre dans Le plus beau pays du monde, comme
d’avoir le plus beau bébé du monde et qui ne voit pas ramper autour de lui, la
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menace du côté sombre, celui de l’odeur fétide des infidèles de l’enfer. Savent-ils
les péquins, que certains œuvrent pour sauvegarder l’humanité du chaos ?
Sade, le Vicomte dur au mal, était arrivé le premier avec Jacquot pour assurer la
sécurité des lieux. Pas d’aura néfastes ou négatives, l’espace était clair.
Dominique était là aussi, relâché depuis peu de La Santé où il avait été incarcéré
pour Trafic d’influence. Un sacré loustic que personne n’arrivait à faire parler. A
propos de Buñuel, un présumé complice espagnol, Dominique n’avait rien lâché
aux flics qui pourtant l’avaient savamment concerté. Ils avaient été jusqu’aux
Rivières pourpres, le QG des interrogatoires musclés, endroit interdit et bien
gardé, A l’abri des regards indiscrets et des journaleux qu’ils fuyaient comme la
peste. Mais malgré les pressions et les traitements limites, il avait tenu bon. Les
autres n’avaient rien, pas une information et même Dominique s’en sorti avec un
peine symbolique.
Il savait qu’il avait été trahi par L’Inconnu qui avait comme nom de code Michel
Vaillant. Les soupçons de Dominique s’étaient fait jour quand il avait chopé le
félon armé d’une Caméra de bois. Dominique avait chargé Narco, un acolyte
spécialiste de la poudre et fin limier, de pister ses amitiés. Il l’avait vu quelques
jours plus tôt en grande discussion avec Virgil, que Narco savait être un infiltré de
la spéciale. Il appela Dominique pour lui faire part de la situation, Dans tes rêves,
Dominique, tu as bien vu ce Judas. Que fait-on de lui ?
Call me Agostino, Narco et donne lui rendez-vous au Bunker Paradise. Qu’il
s’attrape cette enflure pour interrogatoire, il faut que l’on sache, ce qu’il a dit.
L’inconnu était déjà sur une chaise à l’arrivée de Dominique. Les plaies béantes
sur son visage indiquaient qu’Agostino avait commencé un interrogatoire musclé.
Mais l’inconnu se foutait de leur gueule. Qui es-tu ? Je suis Guy, J’aurai voulu être
un danseur, mais je suis Acteur, et il partait dans un rire sardonique et moqueur.
Tu n’es pas très Fair Play l’ami, insista Agostino. J’ai plein de projets pour toi, mais
ils sont à court terme. L’inconnu rigolait de plus belle. Je vais t’organiser un
Congorama au Jardin des plantes, abruti et on ne retrouvera rien de ta carcasse.
Agostino y avait été un peu fort dans l’entrée en matière et l’inconnu lâcha son
dernier souffle avec un regard de défiance. Dominique regretta presque la perte
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de ce Judas, car comme lui, il avait su se taire pour protéger ses contacts, ses
sources, ses amis.
Mister Frost pris la parole en premier et accusa Dédé d’avoir été de Mauvaise foi
contre eux. Tu aurais pu Mener une contre-enquête avant de nous accuser. Tu sais
bien les lois qui nous régissent, les principes qui nous guident. Oui, je sais, Le
scaphandre et le Papillon, la conscience respiratoire, la transformation et la
manipulation de la vérité. J’aurai dû réfléchir et cheminer de la chrysalide aux
ailes de la vérité. Où avais-je la tête ?
Mais le temps était sombre et la menace se faisait plus présente. Il fallait
retrouver la trace de la Métisse et faire vite. On sentait dans l’air l’odeur fétide de
la mort, mais plus encore d’un drame plus conséquent. Le danger perlait de
partout et les lumineux ne formaient plus qu’un. Ils sentaient que le combat
approchait et qu’il serait terrible.
Surgit de nulle part, un homme étrange apparu. Son nom était Mark Kapono. Une
grande sérénité émanait de cet homme étrange. Mi homme, mi bête, le regard
perçant. Ses longs cheveux noirs tombaient sur de larges épaules musclées.
L’énergie qu’il dégageait était presque effrayante. Plus personne ne parlait, un
silence pesant s’installa. Frost le déjanté ne pu s’empêcher de briser le silence et
de provoquer le nouvel arrivant. Vous êtes de la Police ? Non ? Alors un invincible,
comme Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques ? La dernière phrase de Mister Frost
fit rire l’assemblée des lumineux, mais le regard sombre de Mark Kapono ramena
tout le monde à la réalité.
‘’Un grand danger nous guette. La métisse va mourir si nous ne faisons rien et le
chaos s’emparera de l’univers. Les forces du mal se rassemblent, se préparent. Les
élus doivent agir et s’exposer, le temps de l’épreuve est arrivé mes amis, partons
rejoindre Noelani et Fantagaro, il est temps’’
Tous les lumineux étaient resté coi. Comment connaissait-il la mère de Vinz ? Que
venait faire Fantagaro dans cette histoire. Mark Kapono entra dans la Caverne de
la Rose d’or. Vinz était assis là avec sa mère Noelani. Elle esquissa un sourire en
reconnaissant le père de Vinz.
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Vinz ne bougeait pas, comme si cet instant était écrit au plus profond de son âme.
Fantagaro était blême. Mark Kapono s’approcha de la Rose d’Or posée sur le
comptoir et souffla dessus, insufflant la vie à l’objet. Une lumière intense envahit
l’espace et Fantagaro tomba au sol, prise de tremblements fulgurants et
puissants. Elle poussait des cris d’enfantement et son ventre oscillait en même
temps que la lumière intense et dorée. La Rose d’Or se consumait et le ventre de
Fantagaro s’arrondissait. La Princesse rebelle accomplissait son destin en ce lieu.
Des Auras scintillantes dansaient dans les airs, protectrices et bienfaitrices. Les
lumineux étaient silencieux et comprenait que la prophétie s’accomplissait en ce
moment de grâce.
Les cris étaient puissants et perçants, bien que sans douleurs. Plus la lumière
s’intensifiait plus le ventre de Fantagaro s’arrondissait. Sa poitrine gonflait et ses
muscles se tendaient sous l’effort et la force surnaturelle qui avait pris possession
de son enveloppe charnelle. Son ventre tendu à l’extrême s’illuminait d’une
couleur orangée puissante. La regarder n’était bientôt plus possible. Une aura de
Licorne apparue flottant et se cabrant au dessus de ce corps tordu par l’effort,
puis une explosion de lumière jaillit aveuglant les lumineux. L’âme de Noelani
flottait au milieu des arbres et rentrait en osmose avec la licorne. C’était cela le
chemin, elle y était auprès de son alter ego, de son âme sœur. Seuls Mark Kapono
et Vinz semblaient imperturbables devant ce spectacle irréel. La lumière disparue
comme aspirée par un trou noir, volatilisée en une fraction de seconde, aussi vif
que l’éclair dans le ciel. Fantagaro était toujours allongée au sol. Elle semblait
tranquille et respirait calmement. Son ventre si rond était redevenu aussi plat et
musclé qu’auparavant et se tenait devant elle, un homme à la chevelure dorée,
aussi dorée qu’était noire celle de Vinz.
Il était fort et beau et son regard profond arborait comme chez Vinz une teinte
mauve, parsemée de jaune d’or. Noelani semblait être revenu d’un autre monde
parcouru à la vitesse de la lumière. Dans ses yeux, on sentait l’apaisement de la
révélation.
Mark Kapono s’avança vers le jeune homme et convergeant d’un même pas, Vinz
entra dans le cercle sacré des élus. Voici Makoalani, fils de Fantagaro, princesse
rebelle et rempart de l’absolu. Voici Vinz, fils de Noelani, la prophétie, l’ancrage et
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la conscience. Voici les élus, ceux qui vont combattre la menace. Voici les élus
engendrés pour sauver le monde du chaos et combattre le côté obscur. Il était
temps de se mettre en marche.
Mes amis, vous les lumineux, vous avez été désignés pour lutter aux côtés des
élus et pour sauver le monde de l’armée des nuiteux venus de l’enfer. La paix des
âmes et le devenir des Hommes sont entre vos mains. Ce soir nous allons
combattre. La mort va sourire à beaucoup d’entre nous, la douleur sera terrible,
mais l’issue est capitale pour que la nuit ne s’installe pas jusqu’à la fin des temps.
Le rempart de l’apocalypse est en marche.
Mark Kapono ouvrit la marche vers les entrailles de la terre, suivi par Fantagaro,
Noelani, Vinz, Makoalani et l’armée des lumineux. Le chemin était chaotique et
bon nombre de lumineux était effrayé par ce chemin de l’impossible. Comment ce
chemin pouvait-il descendre aussi profondément dans les entrailles de la terre.
Allaient-ils directement au cœur de l’enfer ?
Une grotte immense apparue sous leurs yeux rougis par l’acidité de l’air ambiant.
Au centre se dressait un autel de granit d’un noir intense et comme lié à lui, était
allongée la métisse. Elle était nue et semblait se tordre de douleur. Un imposant
dragon rouge était tatoué dans son dos. Son corps ne ressemblait en rien aux
traits de l’homme qui se disait son père. Métisse elle était, mais au teint clair. Son
corps était musclé et délicatement harmonieux. Ses seins étaient lourds et
généreux, son ventre plat et dur précédait son intimité qui appelait au désir des
hommes, charnelle et sensuelle. La situation était périlleuse, mais ce corps
n’évoquait que grâce et sensualité. La courbe de ses reins était un hymne à la
féminité et ses fesses dégageaient une image de puissance gracile et irréelle. Elle
était la matrice plus que tout. Elle était le symbole de l’enfantement des lumineux
et c’est pour cela qu’ils voulaient la sacrifier.
Frazzeta, le chef, entouré de ses lieutenants du mal, se tenait là devant elle. Il leva
un poignard d’argent prêt à transpercer le cœur de la métisse. Mark Kapono
investit l’espace, sortant de sa réserve avant qu’il ne soit trop tard. Les deux
armées se faisaient face. Le combat était imminent, la tension palpable, l’odeur
âcre. Mark Kapono lança un terrible sortilège à Frazzeta qui laissa tomber son
poignard. Le chaos de la bataille faisait rage dans les entrailles de la terre. Des
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lumineux surgissaient de partout affrontant l’armée du néant. Les corps
tombaient, calcinés, déchiquetés.
Fantagaro faisait face enfin à sa revanche. Elle combattait la Sorcière noire, la
Reine des ténèbres et l’Empereur du mal. Elle transperçait les corps, arrachait les
têtes avec une rage indicible et une violence non contenue. Noelani se tenait
devant Vinz et Makoalani, les protégeant des attaques des lieutenants du mal qui
se concentraient sur eux. Les élus n’avaient d’yeux que pour la métisse qui
semblait se tordre de douleur sur l’autel du sacrifice. Passé la surprise Frazzeta se
ressaisit et lança une attaque touchant en plein cœur Fantagaro et Noelani. Les
deux mères tombèrent à terre en même temps que le cri d’effroi des deux élus ne
transperça le fracas des combats. Mark Kapono fonça sur Frazzeta et
l’empoignant se livra avec lui à un combat à mort, déchainant fureur,
craquements, éclairs et rugissements. Les deux forces étaient d’une grande
puissance. La terre sous leurs pieds s’ouvrait plus profondément encore, révélant
les entrailles de la perdition.
Les élus voyaient leurs mères se consumer, disparaître sous leurs yeux,
impuissants. La douleur était intense, la colère montait, les cœurs saignaient.
Tous deux se regardèrent et déclenchèrent contre l’armée du mal, une bataille
d’une rare violence. Ils arrachaient de leurs propres mains le cœur de leurs
ennemis, perforant les enveloppes charnelles comme si elles n’existaient pas.
L’armée du mal vacillait sous les coups de boutoir. Les lumineux étaient vaillants,
mais beaucoup perdaient la vie dans ce combat titanesque.
Mark Kapono et Frazzeta disparurent dans un fracas épouvantable au cœur des
entrailles ainsi ouvertes, chacun redoublant d’adresse et de haine pour éliminer
définitivement le moindre souffle de vie de leur corps respectif.
L’armée des lumineux semblait avoir bataille gagnée auprès des élus, quand une
déflagration imposante claqua comme l’annonce du glas et de la mort. Elle se
tenait là devant eux.
Un froid mortel envahit la caverne. Les deux armées semblaient figées dans le
temps. Plus un bruit de fureur ne retentit. Les élus se regardèrent et comprirent
que la force en présence sonnait peut être le chaos de l’humanité. La mort dans
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ce corps de femme était terrifiante. Elle leva les bras au ciel dans des incantations
mystiques et secrètes. L’effroi se lisait sur les visages.
Sur la pierre froide de l’autel, la métisse semblait apaisée. Son corps était lisse et
brillant. Elle se redressait pour faire face à la mort. Tous les muscles de son corps
puissant étaient tendus à l’extrême. Elle la défiait dans un ultime combat, celui
qui déciderait de l’enfantement ou du néant.
Ses mains gracieuses s’ouvraient et d’elle jaillissaient une lueur bleue, la chaleur
de la vie. Les élus comprenaient qu’ils étaient trois et que leurs destins était enfin
là. La mort mobilisait toute sa haine dans une boule de feu qui grossissait à vue
d’œil. Vinz, Makoalani et Condra la métisse se tenaient la main formant ainsi le
cercle vertueux de la vie. Les yeux dans le vague, ils récitaient des incantations
venues des temps immémoriaux, conservées par les élus, siècles après siècles.
Contre la boule du feu destructeur s’opposait la magie bleue de la vie des élus. Un
éclair monumental éclata, projetant un souffle divin et salvateur à travers
l’espace.
C’était lors d’un petit matin tendre et doux du mois de juin. Les fées s’étaient
penchées sur le berceau du nouveau né et avaient formulé les incantations
magiques qui toute sa vie l’accompagneraient. Elle serait grande et forte, avec un
regard bienveillant et plein d’insouciance. Sa mère arborait des yeux d’une
couleur rare, un mauve inquiétant et envoutant. Elle était grande et blonde, belle
à croquer. Malgré cela, il était parti sans laisser d’adresse, pour une semaine, une
année, une vie ?
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