Compte rendu pdf/CVPT de la séance du 12 février 2014

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Compte rendu pdf/CVPT de la séance du 12 février 2014
ASSOCIATION
« UN CENTRE VILLE POUR TOUS »
Le 5ème débat organisé le Mercredi 12 février 2014 dans le cadre
des « Rendez-vous d'Un Centre-Ville Pour Tous » porte sur le thème :
« Dynamique des inégalités et fracture
Nord/Sud dans l’agglomération de Marseille»
Le centre-ville de Marseille est marqué par une grande précarité, à la différence de la plupart des villes
de France qui ont relégué les populations modestes en périphérie. Le poids des dépenses pour le logement
pèse fortement sur leur budget, et le déficit en logements sociaux dans le centre et le sud de la ville accentue
la fracture sociale, devenue territoriale. Les quartiers Nord vivent dans la relégation et la stigmatisation ; le
centre-ville dans l’indifférence.
Il existe encore des responsables publics tentés de nier cette réalité. Pourtant plusieurs études montrent
que la dynamique des inégalités s’est renforcée depuis 20 ans, particulièrement à Marseille. Car
l’agglomération compte également une population riche, qui a tendance à se regrouper dans des villes
fiscalement riches et les quartiers préservés. Les écarts de revenus médians sont de 1 à 15 pour l’ensemble
de la ville de Marseille entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres.
S’appuyant sur des études récentes (Le Compas 2013 et INSEE PACA 2013) et des méthodes associant
niveau de revenu, niveau de formation, et source de revenus, cette séance permettra également de
« zoomer » et dialoguer sur l’évolution depuis 1990 des quartiers centraux de Marseille.
Ce débat doit permettre à chacun d’agir pour inciter les politiques publiques d’habitat et
d’aménagement à prendre en compte cette réalité. Nous invitons deux experts de ces questions :
Patrick LACOSTE et Philippe LANGEVIN, économistes
Patrick LACOSTE :
Les inégalités sociales s’accroissent ; c’est sur cette situation que les candidats aux élections municipales
doivent être interpellés.
L’étude commandée par le Conseil Régional auprès du bureau d’études COMPAS sur les années 1990 à
2009, démontre que, globalement la région se porte bien sur le plan démographique (beaucoup d’emplois, et
des migrants jeunes et qualifiés). Elle cerne plus particulièrement 4 grandes aires urbaines : Avignon / AixMarseille Provence / Toulon / Nice, avec un zoom inédit réalisé à une échelle très fine, l’IRIS (territoire de
2000 habitants), sur un indicateur de dynamique territoriale (composé du niveau de revenu, de la part de la
population active et du niveau de formation).
Le document de synthèse, page 10, indique un durcissement des inégalités vers le haut et vers le bas. Les
quartiers de Belsunce, Noailles, Thiers, ont vu partir les CSP moyennes. Ce sont les mouvements internes de
population qui ont provoqué ces aggravations.
Le tableau page 7 indique, par revenu médian mensuel, les quartiers les plus riches (Cadenelle : 3374€ de
revenu mensuel / « unité de consommation », Estrangin : 2994 €, La Panouse : 2815 €) et les quartiers les
plus pauvres (Kallisté : 296 €, Bellevue-Pyat : 318 €, 14ème : 340 €). Il est à noter que 62% des revenus des
habitants de Kallisté (le plus pauvre) viennent du travail (salaires, traitements) contre 38% pour le quartier
p. 2
Cadenelle (le plus riche) : les autres vivant plutôt de revenus financiers (23%) ou de rente & retraites (23%).
Le quartier Bernard Dubois (1er) vit à 50% des revenus du travail.
Le schéma page 5 indique les écarts des quartiers par rapport à la moyenne nationale du poids des hauts
niveaux de formation, analyse effectuée sur les années 1990, 1999 et 2009 : ces écarts s’accentuent, plus
rapidement que la moyenne nationale, tant dans les territoires riches (2 à Aix et 2 dans le 8ème
arrondissement de Marseille) que dans les quartiers pauvres (15ème et 3ème arrondissements de Marseille).
Noailles, finalement, dispose d’une population très pauvre mais relativement lettrée.
Sur le site de l’Observatoire des Inégalités (alimenté par Compas), ai publié depuis hier un bilan des revenus
des ménages depuis la crise : pendant la crise les riches s’enrichissent (entre 2008 et 2011, les 10% les plus
pauvres ont perdu 180 millions d’euros alors que les 10% les plus riches ont gagné quant à eux 24 milliards
d’euros. Or, l’avenir de Marseille est au nord et au centre-ville, là où sont les plus jeunes : il y a risque
d’explosion sociale !
Philippe LANGEVIN :
Au-delà de son image revigorée par Marseille- Provence 2013, Marseille unitaire n’existe pas, la moyenne
des quartiers, celle des revenus et des modes de vie ne signifient rien. Tout dans cette ville est excessif. Les
taux de précarité sont parmi les plus élevés des grandes villes françaises. Le quart des marseillais vit dans
des conditions très difficiles. Il vaut mieux parler des Marseilles que de Marseille : les anglo-saxon ont
raison d’ajouter un s.
Certes, de grands travaux ont amélioré l’économie de la ville. Mais n’ont pas contribué à réduire les
inégalités des conditions de vie ni la pauvreté de ses habitants. Marseille va mieux que les marseillais.
Les données quantitatives préoccupantes masquent d’autres réalités : celles d’une économie de bazar, de
communautés, de familles et de débrouille, qui ne se mesure pas. La ville n’a pas d’unité. Elle devient un
ensemble de quartiers mal reliés entre eux et de groupes sociaux qui ne se parlent pas.
Taux de pauvreté des ménages par commune- 2009
Ménages pauvres
Taux de pauvreté
Lyon
32 979
15%
Paris
169 910
16%
Nantes
21 708
17%
Bordeaux
20 106
18%
Rennes
15 682
18%
Toulouse
37 246
19%
Nice
34 996
20%
Strasbourg
26 431
24%
Marseille
93 179
26%
Montpellier
29 853
27%
Lille
25 561
27%
France
métropolitaine
3 930 682
Source : Observatoire des inégalités
15%
Avec un taux de pauvreté de 26%, Marseille est au niveau de Lille et de Montpellier. Ces 3 grandes villes
sont en effet celles où la pauvreté est la plus importante. Tous les indicateurs montrent l’étendue de la
pauvreté monétaire à Marseille : faiblesse du revenu médian, part élevée des ménages non imposés sur le
revenu, nombre élevé d’allocataires du RSA, intensité de la pauvreté, niveau des inégalités…
D’autres indicateurs, non monétaires, soulignent cette situation : le nombre élevé de familles mono
parentales et de personnes isolées, le bas niveau de formation, le taux d’activité modeste, le taux de chômage
Association Loi de 1901 Déposée le 31/10/2000 en Préfecture des Bouches-du-Rhône (J.O. du 25/11/2000)
Adresse Postale : Co/ Cité des Associations – 93 Canebière - 13001 Marseille
Site internet : http://www.centrevillepourtous.asso.fr E-mail : [email protected]
p. 3
élevé ou le nombre élevé de demandes non satisfaites de logements sociaux. Les inégalités entre quartiers et
arrondissements sont particulièrement fortes. Le dernier rapport du CCAS de Marseille sur les besoins
sociaux montre que ces inégalités ont tendance à s’accroître.
Indicateurs économiques 2009 sur les arrondissements de Marseille
Part des ménages
imposés
Arrond.
Médiane des
Revenus €
1° décile
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
41,1%
39,4%
31,1%
55,1%
54,5%
57,9%
63,5%
67,7%
65,0%
55,3%
57,5%
65,4%
51,1%
39,8%
35,4%
49,5%
10 330
9 803
7 365
17 400
17 568
19 325
22 572
24 286
21 248
17 396
17 894
21 881
15 284
10 546
9 974
14 834
4 084
3 522
4 074
7 415
8 991
6 903
4 630
4 835
8 472
1 778
Marseille
53,4%
16 456
Part des familles
monoparentales
Arrond.
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
Marseille
12,5%
12,6%
17,3%
12,4%
9,7%
9,9%
9,5%
9,5%
11,0%
12,6%
13,3%
11,6%
15,6%
18,7%
17,2%
14,4%
12,8%
Rapport
Interdécile
Taux de
Chômage 2011
8,4
9,8
10,9
7,1
6,2
6,3
6,7
7,3
5,2
16,5
2 333
32 708
29 068
22 373
34 288
34 666
44 473
52 893
55 408
43 317
32 140
31 446
43 823
32 855
26 197
24 688
31 444
13,5
27,0%
29,4%
29,5%
15,4%
15,5%
16,1%
10,5%
9,7%
11,5%
14,1%
12,7%
9,3%
18,6%
25,9%
26,8%
19,4%
8 207
37 021
15,3
17,3%
Part ménages
Taux
d'une personne d'activité
50,9%
46,5%
41,2%
46,0%
54,8%
51,8%
48,0%
42,0%
35,2%
38,0%
27,1%
31,1%
30,4%
30,6%
27,1%
32,3%
39,1%
9°décile
65,5%
65,3%
59,5%
71,8%
69,2%
72,9%
72,2%
69,5%
66,2%
68,8%
67,0%
68,2%
65,0%
59,4%
56,2%
64,7%
66,2%
Part population
sans diplôme
29,4%
35,5%
42,6%
17,8%
17,8%
14,7%
12,2%
12,5%
18,2%
23,2%
23,9%
14,7%
28,4%
39,5%
39,9%
33,8%
24,4%
Population
40 197
25113
44 555
47 517
45 519
42 598
36 188
78 293
76 484
52 078
57 222
58 919
89 531
60 772
78 587
17 029
850 602
Source : INSEE
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p. 4
Arrondissements de Marseille- Indicateurs sociaux
2009
RMI
A Parent Isolé
AAHand
1° arrondissement
22,2%
4,2%
5,9%
2° arrondissement
20,8%
4,3%
3,8%
3° arrondissement
26,0%
8,2%
4,3%
4° arrondissement
9,6%
3,1%
3,0%
5° arrondissement
7,9%
2,0%
2,4%
6° arrondissement
7,9%
1,4%
1,2%
7° arrondissement
4,5%
1,0%
1,8%
8° arrondissement
3,1%
0,6%
2,7%
9° arrondissement
4,3%
1,3%
2,2%
10° arrondissement
6,3%
1,7%
2,5%
11° arrondissement
7,7%
2,1%
2,5%
12° arrondissement
3,7%
0,9%
1,8%
13° arrondissement
12,7%
3,6%
4,6%
14° arrondissement
18,7%
5,1%
4,0%
15° arrondissement
18,3%
5,4%
3,8%
16° arrondissement
26,5%
6,7%
5,0%
Marseille
11,4%
3,0%
3,2%
Catégorie 1 : Précarité
Les 1er, 2ème, 3ème, 14ème et 15ème arrondissements de Marseille sont ceux dont la population est la plus
précaire. Ils regroupent 109 865 habitants dans le centre ville (1er, 2ème, 3ème arrondissements) et 150 303
dans les quartiers nord (14ème et 15ème arrondissements), soit 30% de la population marseillaise.
La situation du centre ville est plus précaire que celle des quartiers nord. Dans le centre ville, le revenu
médian est particulièrement faible et même nul pour les 10% des plus pauvres. Plus du quart de la
population est allocataire des minimums sociaux. Le taux de chômage, qui dépasse 25%, est notamment
élevé dans ces arrondissements. Comme la part de la population sans diplôme, qui atteint 42% dans le 3ème.
Prés de la moitié des ménages sont composés d’une seule personne dans les 1er et 2ème.
Les habitants du 13ème et 14ème arrondissement ont un revenu médian un peu plus élevé, et comprennent
moins de familles monoparentales.
Tous ces arrondissements ont un taux d’activité plus faible que la moyenne de la commune. Le taux des
familles monoparentales est de 18,7% dans le 14ème, et de 17% dans les 3ème et 15ème arrondissements.
Quand il est calculable, le rapport inter-décile est particulièrement élevé, traduction de fortes inégalités de
revenus.
Catégorie 2 : Pauvreté
Le 13ème arrondissement est moins affecté par la précarité. Mais ses indicateurs le placent au dessus de la
moyenne marseillaise. Ses 89 531 habitants représentent 10,5% des habitants de Marseille. Le revenu
médian, supérieur à celui de la catégorie précédente, reste toutefois faible. Les allocataires du RMI sont
également moins nombreux, comme la part de la population sans diplôme ou le taux de chômage. Il se
caractérise par le poids relativement faible des ménages composés d’une seule personne. C’est
l’arrondissement où le rapport inter décile est le plus élevé et celui qui se rapproche le plus de la moyenne
Marseillaise
Catégorie 3 : Stabilité sociale
Les 4ème, 5ème, 6ème, 10ème, 11ème et 16ème arrondissements sont en situation moins défavorable. Ils
regroupent 261 963 habitants soit 31% de la population. Le revenu médian, quoique faible par rapport à
celui des autres grandes villes, est proche de celui de Marseille. Mais les écarts sont importants, notamment
dans le 6° et le 16° arrondissement. Le taux de chômage est légèrement inférieur à la moyenne de Marseille.
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La part des familles monoparentales est particulièrement importante dans les 11ème et 16ème
arrondissements, comme la part de la population sans diplôme. Les ménages composés d’une seule personne
sont relativement plus nombreux dans le centre ville que dans les quartiers nord. La taille des ménages est
plus élevée que la moyenne marseillaise.
Catégorie 4 : Aisance économique et sociale
4 arrondissements du centre et de l’est de Marseille sont les plus favorisés de la ville : les 7ème, 8ème, 9ème et
12ème arrondissements, qui concentrent la partie de la population la plus aisée et la moins précaire. Ils
représentent 249 884 habitants soit 29,4 % des marseillais. Le revenu médian est très supérieur à la moyenne
marseillaise, notamment dans le 8ème. Le rapport inter-décile est relativement faible, le taux de chômage est
très inférieur à la moyenne de la ville et le taux d’activité supérieur. La population est plus diplômée et les
taux de minima sociaux faibles.
Situation des
habitants
Précarité
Pauvreté
Stabilité
Aisance
Arrondissements
1er, 2ème, 3ème, 14ème, 15ème
13ème
4ème, 5ème, 6ème, 10ème, 11ème, 16ème
7ème, 8ème, 9ème, 12ème
Marseille
Population 2009
249 224
89 531
261 963
249 884
850 602
%
population
29,3%
10,5%
30,8%
29,4%
100%
Cette situation est stable dans le temps. Les raisons sont cumulatives :
 Un système économique défaillant, essoufflé, qui ne crée que très peu d’emploi, dont la plupart ne
sont pas accessibles aux demandeurs d’emploi (trop peu qualifiés pour pouvoir y prétendre) : l’accès
à l’emploi s’est durci. Le taux de chômage, le plus important de France, augmente.
 La faiblesse des revenus, alors que le système social est largement mobilisé.
 La fragilité des structures familiales (monoparentales, recomposées…).
 Un grave manque de logements, notamment sociaux et très sociaux ; d’où le développement très
répandu du « logement social de fait » proposé par des marchands de sommeil sans scrupule.
 Une faible qualification moyenne de la population active.
 Une urbanité difficile qui ne favorise pas la sociabilité.
 Un accès de plus en plus difficile aux services de santé, traduit notamment par l’accroissement du
nombre de patients insolvables.
Certes, la ville n’a pas beaucoup de marges de manœuvre, en termes de dépenses d’investissement, et doit
faire appel à d’autres financeurs pour conduire ses projets. Mais tout est question de choix et de priorités. A
titre d’exemple, le MUCEM a coûté 216 millions d’euros ; le Stade Vélodrome : 296 millions d’euros ; les
Terrasses du Port : 410 millions d’euros ; le tramway : 290 millions d’euros. Par contre le nouveau Centre
d’hébergement des sans-abris à la Madrague est estimé à 20 millions d’euros !
Toute politique publique de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités devrait agir dans deux
dimensions principales : l’accès au logement, notamment très social, et l’accès à l’emploi, par la
formation et l’accompagnement personnalisé des demandeurs d’emploi.
Débat :

Avec Euroméditerranée, la population va muter ? qui va en profiter ?
Lundi paraît une étude « les effets de la crise » par l’INSEE Paca. Regardez leur site sur le lien
suivant : http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?reg_id=5&ref_id=20773
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Regardez en page 10 du document de COMPAS : sur l’IRIS République, l’évolution positive des
revenus est le résultat de la politique d’expulsions menée sur la rue de la République après son rachat
par les fonds de pension (qui concernaient 350 familles). Depuis, Euroméditerranée respecte la règle
des 3 tiers (particulièrement du tiers de logements sociaux, mais plutôt en PLS).
Ces chiffres n’intègrent pas, par contre, l’arrivée du tramway, qui modifie la structuration de la ville.

L’AGAM a fait des études en 1988 sur les logements sociaux, les logements dégradés, et les
équipements culturels bien plus importants dans les quartiers nord que dans les quartiers sud.

Que font les politiques ?on n’en parle pas dans les médias. Les potentiels scientifiques ne bénéficient
pas aux territoires. Quel secteur économique développer en priorité : le tourisme ou le médical ?

N’oublions pas la théorie de « ruissellement » des investissements, qui « ruissellent pour bénéficier
finalement au plus bas de l’échelle. A-t-on fait des études de redistribution négative ? d’accès aux
services culturels ? d’accès aux cantines scolaires ?
Il semble que ce sont plutôt les couches moyennes qui en bénéficient ? Regardez la fréquentation du
théâtre du Merlan (30% en provenance de Aix). Il semble aussi que l’économie du tourisme ne soit
pas très profitable, à la différence de la Côte d’Azur. D’ailleurs, les villes finissent par en crever,
comme Menton qui perd ses emplois et qui perd ses jeunes. Concernant la construction des tours, il
n’y a pas d’effet de ruissellement. Il faut absolument sortir de l’option TOUT TOURISME high tech.

C’est un levier compliqué de créer des emplois et des logements. La question des équipements
publics (école, crèche, centre social) correspond à un vrai pouvoir d’agir. Le centre-ville ne parvient
pas à améliorer son confort résidentiel. Nous sommes à un moment charnière de l’action politique :
les nouveaux contrats de ville. A Marseille, depuis 1995, la politique de la ville est devenue une vraie
machine à distribuer des financements aux associations, qui se sont fossilisées par la reconduction
des mêmes projets, jusqu’à la caricature !
Le sujet du clientélisme ne vient pas sur la table. CVPT devrait faire quelque chose. Regardez le
rapport de la Chambre Régionale des Comptes : dans les arrondissements aisés comme le 8ème, il y a
1 place en crèche pour 3 enfants ; dans le 3ème arrondissement, c’est 1 place en crèche pour 7.5
enfants, justement là où on en a besoin.

Il y a une mauvaise répartition géographique entre les équipements culturels et les territoires
« politique de la ville » ; c’est un problème d’aménagement du territoire. On a un regard différencié
entre la déshérence des élus, les choses enkystées et les choses qui bougent. Regardez la
méconnaissance qu’on a du café-musique rock l’Affranchi, dans la vallée de l’Huveaune à Saint
Marcel, qui est un produit purement « politique de la ville ». Il faut faire des évaluations.

Le PLU a supprimé 50 hectares de foncier « économique ». Le tissu économique vivant est nié. On
martèle le tourisme comme un mythe. On veut un port touristique. On est dans l’idéologie de droite.
Le contrat de plan est de 2.5 milliards d’euros pour la Gare St Charles, alors qu’on n’a pas réussi à
faire correctement la liaison ferrée entre Aix et Marseille ! Si on investit trop le tourisme, on a le
risque que cette vitrine touristique cache le reste. Le budget municipal doit doubler la partie
culturelle.

Beaucoup d’erreurs ont été faites dans la politique de la ville. Même si aujourd’hui on avait l’argent
et la volonté politique, on aurait quand même 3 générations de gamins « foutues », inemployables ;
quoi en faire ? Quel type d’emploi leur proposer ? quid du « ruissellement » ?
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p. 7

Le constat est effectivement oppressant. Les solutions doivent être pensées à long terme. La fracture
Nord/Sud existe depuis le 19ème siècle (avec le port au nord, et les équipements publics structurants
comme le tribunal dans le centre-sud), mais elle s’est accentuée car elle n’a pas été contrée par une
planification (on n’a toujours pas de pôles industriels dans le sud !). Il faut :
o des logements très sociaux dans les quartiers sud (même si la population des quartiers sud
n’en veut pas), voir sur l’ensemble de la métropole ;
o un calcul de distance entre les zones emplois et les zones logements ;
o la lutte contre un décrochage scolaire dramatique, pressenti maintenant dès l’école primaire,
il faut un accompagnement social,
o et favoriser l’accueil des enfants en bas âge. Le sujet de l’apprentissage est incontournable
(regardez l’hôtel Intercontinental qui recrute ailleurs car la population d’ici est
inemployable).
o Enfin, il faut également une politique des transports en commun pour permettre l’accès à
l’emploi. Tout ceci représente des politiques publiques à moyen et à long terme, à engager
maintenant même si elles ne sont pas visibles, en parallèle des actions à court terme.

Le manque de vision à long terme est effectivement un gros défaut. Nous sommes dans une vision
libérale, où les lois du marché ne font qu’amplifier les situations de ségrégations. Le ruissellement
des actions lourdes, s’il n’est pas dirigé vers les publics qui en ont besoin, est inefficace. Les tours
auraient dû générer des recettes publiques. Quant au PLU, le cas d’Euroméditerranée devrait profiter
aux populations locales.
Si aucune action publique n’est faite sur les valeurs foncières en centre-ville, elles vont augmenter et
vont chasser populations moyennes et activités artisanales. Or, on sait comment les corriger, on a la
boîte à outils, il faut enclencher le mécanisme même si le résultat sera à long terme. Le deuxième
souci est la gouvernance. On a vu des situations où M.P.M. n’était pas informé des zones mises à
l’urbanisation pour y apporter des équipements ad hoc. Et on ne parle jamais de fusionner des
communes.

Il y a un seuil à partir duquel la mixité n’est plus possible (ghetto). Ne peut-on pas penser d’une
gouvernance à l’envers ? créer une commune dans les quartiers nord ? une commune de pauvres, qui
s’organisent ?

Personne ne veut la mixité sociale chez soi, ni les riches ni les pauvres. Quelle notion a-t-on de
l’intérêt général ? les politiques publiques deviennent l’occasion de faire plaisir aux électeurs. Nous
assistons à une détérioration de la vie politique qui ne construit plus l’intérêt général.

Il n’y a pas une élection municipale à Marseille, seules comptent des 8 élections de secteur. L’UMP
se fait réélire dans le secteur des 4ème et 5ème arrondissements alors qu’une forte proportion de
logements sociaux venait d’être construits. Les baronnies des secteurs marseillais rendent difficiles
toute stratégie. Les petites villes périphériques, comme Allauch, Cabriès, le Rove … ont constitué
une « ceinture de chasteté » défensive contre la mixité sociale. Et le plan ANRU continue de démolir
des logements réhabilitables à un cout faramineux.
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Une commune de pauvres, c’est comme un pansement sur une jambe de bois.
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Transformer la loi PLM pour décentraliser dans les secteurs la décision des crèches, des
équipements, des transports en commun, serait une piste intéressante. Voyez a contrario combien de
projets inutiles sont préparés ? Par exemple 8.5 millions d’euros pour financer le Forum mondial de
l’Eau en 2012 ! A Paris le Versement Transport est de 2.8 mais pas à Marseille : pourquoi ne pas
l’augmenter pour réaliser une vraie politique de transport en commun ? Vous savez qu’une 3ème ligne
Association Loi de 1901 Déposée le 31/10/2000 en Préfecture des Bouches-du-Rhône (J.O. du 25/11/2000)
Adresse Postale : Co/ Cité des Associations – 93 Canebière - 13001 Marseille
Site internet : http://www.centrevillepourtous.asso.fr E-mail : [email protected]
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de métro est dessinée entre la Gare St Charles / Endoume / Bonneveine, mais qui reste bien dans les
cartons. Les CICA devaient permettre la démocratie participative, mais c’est de la poudre de
perlimpinpin !
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Ce sont les mêmes élus qui siègent au Conseil Municipal et au Conseil Communautaire, mais les
politiques sont disparates. L’image du « ruissellement » est un paradigme libéral ; elle est contraire à
celle du jaillissement, qui vient de la base. L’économie « de bazar », de flux, d’échanges, l’économie
souterraine, est chassée ; or elle permettait d’utiliser les ressources du territoire. Il faut penser la
localisation des ressources pour réinvestir.
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La pauvreté monétaire est différente de la pauvreté culturelle. A Menton ils ont la possibilité d’aller
travailler à Monaco ; à Marseille, non ! Dans le 3ème arrondissement, les potentiels de formation sont
à valoriser. Or la sous-qualification de la main d’œuvre pourrait constituer les « petits pas » d’une
économie intermédiaire.
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Les élites marseillaises sont responsables du manque d’emplois. Aujourd’hui ce ne sont plus les
grandes familles qui n’investissent pas dans l’économie de leur ville, ce sont les propriétaires de
start-up ou les grands groupes immobiliers qui ne pensent qu’à tirer bénéfice sans du tout participer à
l’intérêt général. Après avoir accumulé une bonne plus-value, ils vendent et s’en vont sans état
d’âme.
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L’école représente une caricature de la lutte des classes. La carte scolaire est détournée ; regardez le
livre « le ghetto français » de Eric Maurin.
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Mes enfants sont différents : mais les deux premiers ont pu être scolarisés dans un lycée de qualité ;
ils ont aujourd’hui une situation sociale et professionnelle de qualité et qui les passionne. La
dernière, par contre, n’a pas eu la même scolarité, elle est aujourd’hui vendeuse.
Il y a un vrai clivage culturel dans la qualité des établissements d’enseignement. J’aimerai citer pour
finir, Ricardo Basualdo : « réhabiliter mais pas trop » pour ne pas exclure !
Association Loi de 1901 Déposée le 31/10/2000 en Préfecture des Bouches-du-Rhône (J.O. du 25/11/2000)
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