Le mythe de Don Quichotte

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Le mythe de Don Quichotte
Profil scénographie de l'ÉST
Le mythe de Don Quichotte
Soumis par emelie belair
28-02-2008
Dernière mise à jour : 06-03-2008
LE MYTHE DE DON QUICHOTTE
auteure: Roxanne R
Présentation de la figure de don Quichotte
Don Quichotte a été publié au début du XVIIe siècle. Rompant avec la littérature médiévale, cette œuvre
s'impose, grâce à ses techniques narratives, ses mouvements internes et les interventions de l'auteur, comme le premier
roman moderne. Découvert dans un premier temps en Europe, son rayonnement s'étend par la suite au monde entier.
Ce roman est connu de tous, mais peu l'on lu attentivement. En fait, le mythe persiste. Tous se rappellent sa silhouette
qui forme une expressivité contrastante aux côtés de Sancho, et qui ainsi peut être aussitôt reconnaissable. Tous
peuvent aisément se remémorer ce héro pour qui «les passions s'exacerbent dans une quête d'absolu, inadmissible
aux yeux d'une société qui s'accommode de compromis permanents entre le bien et le mal.»
Quatre siècles se sont écoulés depuis sa création, et les transformations, les adaptations, les influences diverses de
ce roman sont innombrables. De nouveaux supports ont également été utilisés pour mettre en image ce récit
picaresque; théâtre, danse, ballet, cinéma, télévision. L'image de don Quichotte revient à la mémoire de plusieurs en
étant nourrie de toute une série de représentations iconographiques à laquelle ont participé Doré, Goya, Daumier, Dali
et Picasso.
Plusieurs ouvrages se sont également évertués à définir et découvrir les raisons qui éclairent «la vitalité d'un
personnage ambiguë, à la fois, sublime et dérisoire, dont la présence n'a cessé de s'affirmer depuis sa première
apparition». Don Quichotte, nonobstant la présence continuelle de Sancho à ses côtés, semble malgré tout s'imposer
comme un héro solitaire. Une part de la fascination qu'il exerce sur les lecteurs provient peut-être également de ce
paradoxe.
Cette figure, de l'âge d'or espagnol, soutient une ambivalence qui s'articule entre un aspect comique et un destin
pathétique. Voilà pourquoi Nietzsche, Freud, Ortega, Thomas Mann, Lukacs et Borges se sont intéressés au Chevalier à
la Triste Figure. Harry Levin à également développé une idée, qu'il a nommé the quixotic principale, «qui veut que plus
le héro de roman s'applique à affronter le monde, plus celui-ci se dérobe ou se rebelle, creusant ainsi l'écart, comique ou
tragique, entre le réel et sa représentation». Cette vision à été reprise et étayée par d'autres auteurs tels que Fielding,
Sterne (XVIIIe siècle), Dickens, Flaubert, Dostoïevski, Melville (XIXe siècle), Joyce, Kafka, García Márquez et Carlos
Fuentes (XXe siècle).
Est-ce que don Quichotte est réellement une figure mythique? Il est possible de croire que tel est le cas puisque ce
«dernier n'émerge pas, comme Faust ou Dom Juan, d'un substrat légendaire et qu'il s'est détaché du récit de ses
déboires et de ses exploits». Il est donc plus qu'un message, qu'un exemple à suivre.
«Dans cette perspective, le double visage qu'il nous offre, à partir et au-delà du texte qui l'a engendré, n'est pas seulement
un miroir tendu à toute conscience oscillant entre la réalité et le rêve; en nous remettant en mémoire le lien
problématique entre étique et esthétique, il sollicite aussi les sociétés d'aujourd'hui; partagées entre l'appel de l'utopie
et la voix de la raison, elles aspirent inlassablement à un équilibre dont on ne sait si elles l'atteindront un jour».
Étant l'effigie même d'une mythologie populaire, don Quichotte se retrouve au sein de plusieurs œuvres sans
jamais y voir son identité être altéré d'une quelconque façon. Molière, Mozart, Pouchkine, Byron, Zorrilla, Lenau,
Baudelaire et Max Frisch se sont emparés de son image pour donner libre cours à leur imagination, pour exposer
quelques métamorphoses personnelles. L'ingénieux hidalgo, et toute l'histoire qui le supporte, ont toujours été en
communion avec les différents publics qui ont façonné les quatre siècles d'errance qu'ils ont parcouru. Durant la période
des lumières, les hommes tentent de démystifier les raisons qui définissent la ressemblance qui s'établie entre cette
figure et l'homme du peuple. «La sympathie qu'il inspire est tempéré par l'humour, et le rire qu'il suscite change à la fois
de nature et de sens». Suite à la Révolution française, l'œuvre de Cervantès semble soutenir les idéaux des
révolutionnaires qui tendent à croire au pouvoir d'un individu contre une société toute entière. Pour les romantiques, don
Quichotte est porteur d'un message d'idéal et acquiert une dimension symbolique. Prenant place dans un monde qui lui
est impossible de comprendre, ses échecs se relativisent et sa solitude émeut pour accroître ainsi sa grandeur. Au XIXe
siècle, Don Quichotte est perçu comme un commentaire social pour finalement accéder au titre de chef-d'œuvre
précurseur au XXe siècle.
Sous un aspect un peu plus malheureux, il est aussi possible de constater que certains artistes ont omis de s'appuyer
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sur l'identité essentiellement comique de don Quichotte pour en faire un emblème de la condition humaine ou un
symbole du caractère espagnol, en lui conférant ainsi, par ailleurs, une dimension tragique. Il est donc primordial
aujourd'hui, au XXIe siècle, de se remémorer le contexte dans lequel il a été créé. Si, à la Renaissance, il suscitait le
rire par ses innombrables et pathétiques mésaventures, s'il évoquait un caractère immanent et transcendant en
incarnant un défenseur de causes perdues pendant les Lumières, qu'en reste-t-il de nos jours? Ne symbolise-t-il pas
seulement, sous ses attraits de revendicateurs et de justicier, que le signe d'une paranoïa contemporaine? Bref, pour une
vaste majorité, don Quichotte n'est maintenant devenu qu'une simple référence. Pour celle-ci,
«le personnage auquel le roman doit son titre est peut-être voué à incarner ce que Jean-Paul Sermain appelle la
découverte d'une absence radicale de sens, dans l'effort de tout homme pour donner à sa vie un plus haut sens. Mais
c'est alors, comme le craignait Fernando Savater, qu'il risque d'être condamné à survivre sous des formes dégradées,
au prix d'un inévitable appauvrissement. En revanche, pour ceux qui n'ont pas renoncé à l'accompagner dans ses
aventures, à lui donner la vie à partir des signes tracés jadis par Cervantès, le Chevalier à la Triste Figure conserve sa
vigueur et sa force.»
Qui sont Alonso Quijano, Sancho Pança et Aldonsa Lorenzo?
Alonso Quijano «gentilhomme campagnard, de robuste complexion, maigre de corps, sec de visage, fort matineux et
ami de la chasse» , est le simple homme qui à la suite de lectures chevaleresques dévorantes, perd un peu la tête et
décide de se consacrer lui-même chevalier. Il s'acharne à remettre en état les armures de ses bisaïeux et rebaptise son
cheval Rossinante, qui instruit sur sa condition de rosse, de mauvais cheval sans vigueur. Le même principe s'applique
au choix du nom par lequel il se proclame don Quichotte, rappelant, du même coup, une imitation d'Amadis et qui
renvoie à une pièce de l'armure couvrant la cuisse, une cuissarde appelée quijote. Il ajoute de La Manche à la suite de son
nom. Il s'agit ici d'un parfait contretype de la Gaule du premier des chevaliers errants, puisque cette contrée prosaïque
manque de noblesse et d'idéal. Ainsi, don Quichotte se distingue visiblement de tous modèles vivants.
Sa première sortie donne le ton au développement d'une épopée insolite dont il est le protagoniste. «Lorsqu'il revient
amoché à dos d'âne chez lui, il n'est plus simplement un personnage comique mais un personnage grotesque». La
deuxième sortie qu'il effectue suit la destruction de sa bibliothèque qui souligne l'affranchissement de modèles auxquels
il se réfère, affirmant ainsi son autonomie. C'est à ce moment qu'il convainc Sancho, paysan voué par tradition à partager
les errances de tout chevalier digne de ce nom, à le suivre dans ses péripéties, qui s'avèrent être plutôt des
mésaventures.
«La construction de Sancho constitue un processus complexe. Tout en étant la synthèse de caractéristiques issues à la
fois de l'observation directe, du folklore et du théâtre comique de la Renaissance, Sancho transcende la somme de ces
références à travers une double dialectique: d'une part, celle qui associe en lui, dans une réversibilité constante, les
traits distinctifs du rusé et du naïf; d'autre part, celle qui découle de son commerce avec son maître, au fil d'une odyssée
dont ils partages les heurs et les malheurs».
Sancho semble indispensable aux côtés de don Quichotte, puisque sans son écuyer, ce chevalier ne parviendrait pas à
suscité la sympathie du lecteur. En effet, c'est dans leurs dialogues que l'entêtement de don Quichotte est décelable.
«En fait, la façon dont s'enchaînent ses déboires met en lumière l'obstination d'un individu affecté d'une monomanie
(idée fixe) et qui, dans les situations les plus prosaïques, entend se conduire en parfait chevalier errant: aussi ne veut-il
d'autre code, pour déchiffrer le monde qui l'entoure, que celui qu'il a trouvé dans ses lectures de prédilection.»
En sommes, cette observation confirme et constitue le caractère comique de ce personnage. L'émoi engendré chez le
lecteur se confirme lorsqu'il réalise l'incompatibilité foncière entre l'univers que s'est fabriqué ce héro, à la fois sublime
et dérisoire, et celui où il vit.
Une autre facette de la folie de ce dernier se dessine dans sa fabulation de Dulcinée. Il citera à la Duchesse: «Dieu sait
s'il y a ou non une Dulcinée, et si elle est ou non de pure fantaisie: se ne sont pas là des choses qu'il faut chercher à
vérifier jusqu'au bout». Don Quichotte fait ici preuve de son ingéniosité et de sa capacité à tromper les gens sur sa
propre identité. Dans un autre ordre d'idée, dans la première partie, don Quichotte confie à Sancho que Dulcinée n'est
autre qu'Aldonsa Lorenzo, renforcissant ainsi leur complicité. Sancho s'en réjouit: «Une sacrée fille, solide et bien
droite, avec de l'estomac, et qui pourrait tirer du pétrin n'importe quel chevalier errant ou à errer qui la prendrait pour
dame.» Il célèbre alors les charmes de cette demoiselle qui est loin d'être perçue comme prude, qui badine avec tout le
monde et se gausse et se moque de tout.
Don Quichotte transposé sur les planches
Les premières apparitions de don Quichotte au théâtre ont d'abord été sous formes d'intermèdes, de farces brèves, en
prose, puis en vers, qui étaient jouées entre les deux premiers actes d'une comédie. Francisco de Avila, en 1617, soit
après la parution du second volume, s'attarde aux incidents comiques qui animent le séjour du héro dans une auberge.
Il multiplie «les procédés destinés à provoquer le rire: jeux de mots et de langage, accoutrement des personnages, y
compris Dulcinée, gestes et mimiques des acteurs, spécifiés par les indications scéniques». Lope de Vega a
également contribué à l'expansion de ce roman jusqu'aux planches, en faisant la promotion de la comedia nueva, la
comédie nouvelle. Guillén de Castro, avec Don Quijote de la Mancha, s'est aussi joint à ce dernier pour créer un théâtre
constamment vivifié par le dialogue des comédiens et du public. Certains écrits prétendent également qu'en 1637
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Calderon aurait créé Los Disparates de don Quijote de la Mancha pour le carnaval de Madrid. Cette comédie burlesque
devait mettre en scène un hidalgo ridicule contrastant avec le chevalier don Mendo, de la pièce L'Alcade de Zalamea du
même auteur, qui est comparé au premier dès son entrée en scène. Au XVIIe siècle, la scène comique française
s'attarde plus particulièrement au couple que forment don Quichotte et Sancho. Elle fera également du gouvernement
de Sancho l'un de ses sujets de prédilection, qui attirera par ailleurs l'intérêt de Molière qui présenta, en 1660 avec sa
troupe, Dom Guichot ou les Enchantements de Merlin. Finalement, la première œuvre musicale significative
inspirée de l'œuvre de Cervantès fut créée entre 1694 et 1696 par Thomas d'Urfey, porta le nom The Comical
History of Don Quixote et fut présentée au Dorset Garden Theater à Londres.
Ne pouvant être classé sous le titre d'épopée, puisqu'il met en scène un héro ridicule, le roman de Cervantès a
longtemps été considéré comme une œuvre inclassable. On s'est également longtemps interrogé à savoir si cette
histoire pouvait susciter l'intérêt de l'élite. Cet homme qui, à chaque fois, s'évertue à mettre à jour son projet se heurte à la
résistance des choses, tantôt à l'incompréhension ou à la malice des hommes peut-il seulement susciter le rire? En effet,
Don Quichotte est soit perçu comme une comédie burlesque noble, puisque ce dernier, par sa vision noble, transforme
les putains en princesses et les auberges en châteaux, soit telle une comédie burlesque basse, car Sancho lors de
certaines mésaventures déféque dans son pantalon ou vomit par intoxication. Bref, Don Quichotte plaît à un public des
plus diversifiés.
Depuis la dernière guerre, plus d'une cinquantaine d'adaptations théâtrales ont été présentées au public. Ainsi que se
soit, au Festival d'Avignon en 1973 sous la direction de Serge Ganzl, ou par Jacques Brel en France en 1968, sous
forme de ballet musical, ou encore à Turin en 2002 par Maurizio Scaparro, assistant de Strehler, don Quichotte a pu
trouver une voix et a su s'incarner sous les yeux des spectateurs.
Regards russes portés sur l'œuvre
«Jusqu'à la révolution romantique, don Quichotte s'était essentiellement imposé en France et en Angleterre. La
transfiguration opéré par l'Allemagne, au début du XIXe siècle, lui a ouvert de nouveaux espaces et, en particulier, les
deux pays, Russie et États-Unis, dont Tocqueville avait pressenti qu'un jour ils domineraient le monde.» La première
traduction complète, en deux volumes, de Don Quichotte, à partir d'une traduction française, est apparue à la fin du XVIIIe
siècle à Saint-Pétersbourg. C'est à travers des adaptations pour enfants et des traductions partielles, y compris la première
à partir de l'espagnol et limitée au vingt-quatre premiers chapitre, que l'œuvre s'implante dans la culture populaire.
La première version complète et intégrale est seulement publiée en 1866 toujours à Saint-Pétersbourg. Cette publication
tardive peut s'expliquer par l'engouement pour l'Occident que portaient les élites russes envers l'Allemagne et la France
au détriment de l'Espagne qui semblait peut-être plus exotique et «n'étaient pour elles que le dépositaire de traditions
et de valeurs qui avaient brillé de tout leur éclat au Moyen Âge.» Le siècle d'or espagnol leur était ainsi étranger et leur
méconnaissance du roman les poussait à entrevoir l'œuvre de Cervantès que sous l'aspect d'un résumé des plus
grands exploits de don Quichotte.
En lisant celui-ci, probablement en français ou en Allemand, quelques-uns se sont interrogés malgré tout sur ce
personnage qui «élit une profession où la noblesse de la pensée, l'honnêteté de la parole, la libéralité des actes, la
vaillance dans les réalisations, la patience dans les travaux, la générosité avec les opprimés et finalement le maintient
de la vérité, bien qu'il lui en coûte la vie de la défendre». C'est ainsi qu'Alexandre Pouchkine est prétendument celui
qui aurait incité Gogol à se pencher sur l'œuvre de Cervantès et qui aurait ainsi été inspiré à créer, en 1842, Les
Âmes Mortes. Le rapprochement constant entre le rêve et la réalité est donc commun à ces deux récits mais l'idéal et
l'échec final de Chichikov ne s'apparente en rien à la quête de don Quichotte.
Ivan Tourgueniev, fasciné et intrigué par l'Espagne, a contrairement à Gogol apprit la langue et à ainsi découvert ce
roman dans sa langue originale. En faisant de ce récit, l'un de ses textes de prédilection, il a écrit plusieurs romans
dont Roudine et Pères et Fils qui rappellent la véhémence des convictions de don Quichotte. Dans son essai Hamlet et
don Quichotte, il confère également à ce dernier, en le replaçant dans un contexte européen, une dimension quasi
religieuse. «À ses yeux, don Quichotte exprime avant tout: la foi en quelque chose d'éternel, d'immuable, bref en la
vérité: vérité située en dehors de l'individu, mais lui demeurant accessible; vérité exigeant de lui services et sacrifice,
mais qu'il peut atteindre s'il est constant dans le service et généreux dans le sacrifice.» Finalement, c'est sans doute
grâce à sa puissante carrure morale que don Quichotte, et tout ce qui le constitue, jugements, parole et silhouette
génèrent une fascination, malgré les situations comiques et humiliantes dans lesquelles il ne cesse de tomber. C'est ce
qui pourrait se nommer la sanctification de don Quichotte, qui se transpose encore dans certaines œuvres
contemporaines.
Dostoïevski, contemporain de Tolstoï, a également lu l'essai de Tourgueniev et compte parmi les admirateurs de
l'œuvre de Cervantès (Journal d'un écrivain 1876-1877). À ses dires, don Quichotte apparaît comme l'incarnation par
excellence, émouvante et anachronique, d'une chevalerie abolie. Ce personnage matérialise également selon lui, la
Russie tentant, depuis Pierre le Grand, de se rapprocher, d'imiter l'Europe toute entière. «Si elle a commencé par se
battre contre des moulins à vent, elle a désormais renoncé, d'après lui, à avoir des prétentions conquérantes.» Il
dénoncait également, toujours en se référent à la symbolisation de l'ingénieux hidalgo, l'hypocrisie des gouvernements
étrangers qui médisent quant à la prétendue sournoiserie russe. En affichant ses penchants slavophiles, il entrevoyait
cet acte comme une arme servant à effrayer la masse et citait à ce propos:
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«ce qui les déroute et les effraie dans l'image présente de la Russie, c'est bien plutôt qu'elle a quelque chose de
véridique et de désintéressé à l'excès, d'intègre, qui répugne à la conquête aussi bien qu'au pourboire. Ils ont l'intuition
qu'il n'est pas question de la corrompre ou de l'entraîner par aucun avantage politique à des actes de proie ou de violence.
À moins de la leurrer; mais don Quichotte, tout grand chevalier qu'il est, est lui aussi merveilleusement rusé, si bien que,
voyez-vous, il ne se laisse pas leurrer.»
À l'intérieur de ses écrits, Dostoïevski a également réussi à nuancer le caractère de don Quichotte. Il créa ainsi un
personnage, à la fois, naïf et véridique, désintéressé et intègre qui surprend par sa ruse et par sa capacité à se sortir du
pétrin. Pour Dostoïevski, ce roman est le plus grand et le plus tristes de tous, puisqu'il renferme, d'une part l'un des
aspects les plus mystérieux de l'esprit humain qui dans une nostalgie du réalisme invente un monde parallèle et, qu'il
présente, sous le paradoxe de Sancho, l'attendrissement que peut susciter, par la grandeur de son cœur, l'homme
le plus fou du monde. Dans ce touchant récit espagnol, il y voyait aussi la parabole selon laquelle le mensonge sauve le
mensonge. Ainsi, tout individu fait figure de don Quichotte lorsqu'«épris du rêve qu'il vient de faire (…), il le
surestime, comme pour s'efforcer de le préserver des doutes qui le harcèlent.»
Le Prince Mychkine, héro de l'Idiot de Dostoïevski, a souvent été comparé au personnage de Cervantès, en raison
d'un commun regard, plutôt naïf qu'ils portent sur le monde et qui provoque l'étonnement ou le rire. En fait, c'est dans leur
rapport avec les femmes que cette naïveté est éminemment décelable. Les deux souffrent aussi d'une pathologie, ainsi
la folie de don Quichotte trouve résonnance dans l'épilepsie dont souffre le prince. Les deux semblent également
victimes, à divers occasion, de l'incompréhension de plusieurs personnages. De plus,
«on a constaté que l'éloge de l'Âge d'or que prononce l'hidalgo devant des chevriers ébahis trouvait correspondance
dans les grands discours idéalistes du prince. On a enfin voulu voir en Aglaïa Epanchina et Nastasia Filipovna, les deux
héroïnes du roman entre lesquelles oscillent les sentiments du prince, une sorte de dédoublement de Dulcinée entre
deux incarnations opposées.»
En somme, la genèse complète de l'Idiot reste difficile à tracer avec certitude, tant l'écriture de ce roman semble avoir
passé par plusieurs processus de réécriture. Admettant que Mychkine suscite chez le lecteur le même amalgame de
sentiments que peut provoquer don Quichotte, Dostoïevski précisait qu'à l'inverse du chevalier errant, le prince, n'est pas
comique, mais attire plutôt la sympathie grâce à son innocence.
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