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INSECTES XYLOPHAGES
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Les insectes xylophages :
qui sont-ils ? que mangent-ils ?
Ravageurs primaires ou secondaires d'arbres
ou d'arbustes sur pied, ou dangereux ennemis
des bois ouvrés, les insectes xylophages comptent
plusieurs milliers d'espèces en Europe. Portraits
de familles.
par Michel Martinez*
L
es insectes ravageurs de nos cultures, de nos forêts et de
certains de nos produits stockés ou manufacturés appartiennent à divers ordres, familles, genres et espèces, et
peuvent être réunis selon leur régime alimentaire, les dégâts
occasionnés ou encore leur mode de vie. On rassemble sous le
nom d'insectes xylophages tous les insectes qui consomment
le bois. Il peut s'agir de feuillus ou de résineux, de bois vivant
ou mort. Le terme saproxylophage qualifie les organismes qui
vivent aux dépens du bois mort en décomposition.
Les espèces qui se développent dans des jeunes rameaux ou
dans la moelle des branches (sésie du groseillier, cèphe du
poirier...), dans les pousses d'arbres feuillus ou de conifères
(certaines tordeuses et des charançons) ne sont pas considérées ici comme xylophages (elles ne se développent pas dans
les vaisseaux du bois) ; il en est de même pour les espèces qui
vivent dans les écorces (certaines cécidomyies) ou dans l'assise
cambiale (certains diptères Agromyzidae).
Par ailleurs, ces xylophages n'ont pas tous le même niveau de
relation avec leurs plantes hôtes. Les polyphages peuvent
consommer une grande diversité d'espèces d'arbres, de
diverses familles et parfois même appartenant à plusieurs
ordres. Les oligophages s'alimentent d'arbres ou d'arbustes
appartenant à une même famille (ou exceptionnellement à
2 familles très proches phylogénétiquement). Les monophages
se développent aux dépens d'une seule espèce de plante (ou
éventuellement de 2 ou 3 espèces appartenant à un même
genre botanique).
La majorité des insectes xylophages est incapable de digérer la
cellulose et la lignine. Ces ravageurs hébergent dans leur tube
digestif divers organismes symbiotes (bactéries, champignons),
qui prédigèrent le bois (cas des termites). Ces organismes
sont le plus souvent déjà présents dans le substrat, mais
certains insectes peuvent, en quelque sorte, ensemencer leurs
galeries avec ces derniers.
Il est souvent difficile, sans connaître l'identité précise d'un
insecte xylophage (en particulier d'un coléoptère), de savoir si
c'est un ravageur primaire ou secondaire, et cette distinction
est indispensable pour décider des mesures de lutte (préventives ou curatives) à mettre éventuellement en œuvre. En effet,
les xylophages primaires sont des insectes qui sont capables de
causer un dégât direct à un arbre ou un arbuste sain et en
pleine sève. Les ravageurs secondaires, ou de faiblesse, sont au
contraire incapables de vivre aux dépens d'un arbre sain et ne
se développent que sur des arbres affaiblis par des maladies ou
d'autres insectes, ou en mauvais état physiologique.
Plusieurs insectes xylophages ont une grande importance
économique, car ils s'attaquent aux bois ouvrés (char-
L
MANGEURS DE BOIS FRAIS OU SEC
Les insectes ravageurs xylophages s'alimentent, aux stades
larvaires ou adulte, du tronc, des branches et parfois même des
racines. Ils sont le plus souvent étroitement spécialisés** ;
ainsi, chaque espèce vit aux dépens d'un organe végétatif particulier, dans une zone précise (aubier, duramen...), et possède
une biologie et un mode de vie particuliers (foreur ou
boreur***, mineur...).
*Inra-U.M.R. C.B.G.P., bâtiment 16, 2 place Pierre-Viala, 34060 Montpellier cedex 01.
**certains insectes xylophages sont dits pyrophiles, car ils recherchent et se développent préférentiellement
dans du bois brûlé. Grâce à des capteurs infrarouges très sensibles, le bupreste noir du pin (espèce nord-américaine) est capable de repérer des bois incendiés situés à plusieurs dizaines de kilomètres.
***insecte qui creuse des galeries.
PHM-REVUE HORTICOLE
1 Larves de petite sésie du peuplier dans leurs galeries (photo
S.R.P.V.-Pays de la Loire).
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Les vrillettes : des ennemies des bois ouvrés
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Les Anobiidae comptent environ 108 espèces en France. Les
larves de ces coléoptères sont essentiellement xylophages.
Les Anobiidae se reconnaissent à leur tête enchâssée sous le
thorax. Ces insectes mesurent de 2 à 6 mm de long. Ils ont, pour
la plupart, des couleurs ternes et généralement foncées (variant du
marron au noir). L'adulte a la particularité de "faire le mort" lorsqu'on le touche. Certaines espèces sont connues sous le nom de
"vrillettes", car l'orifice de sortie très circulaire, foré par les adultes,
fait penser à celui réalisé à l'aide d'une vrille.
Les larves de ces insectes vivent dans toutes sortes de bois morts
et sont de dangereux ennemis des bois ouvrés (charpentes,
meubles, boiseries...). Quelques espèces sont très fréquentes
dans les habitations (Anobium punctatum, Oligomerus ptilinoides,
Xestobium rufovillosum - photo 1 -) et les lieux muséographiques.
Certaines, tel A. punctatum, sont devenues pratiquement anthropophiles ; leurs dégâts sont souvent sérieux.
1. Xestobium rufovillosum (photo F. Fohrer).
• Biologie et dégâts
Ce sont les larves qui commettent les dégâts en digérant les
constituants du bois. Les adultes ne s'alimentent pas et ne vivent
que quelques semaines. Les femelles pondent leurs œufs dans les
anfractuosités et les microfissures du bois (jamais sur une surface
lisse). Dès leur éclosion, les larves pénètrent dans l'épaisseur du
matériau, en créant de nombreuses galeries. Pour une même
espèce, la durée du cycle larvaire varie généralement de 1 à
4 an(s), selon les conditions climatiques et le degré d'altération du
bois (réduction de la durée du cycle lors d'une attaque de champignons lignivores par exemple).
On repère l'activité des insectes grâce aux trous d'émergence des
adultes à la surface du bois (trou d'envol circulaire de 1 à 4 mm
de diamètre - photo 2 -) et par la présence de vermoulure
("poudre") au niveau des trous d'envols, résultant de la digestion
du bois par les larves. La forme et la taille des vermoulures
peuvent parfois permettre de caractériser l'espèce (X. rufovillosum
induit une vermoulure caractéristique, dont chaque grain à la
forme d'une lentille de 1 mm de diamètre environ).
pentes, objets en bois...). Les noms de
termites*, capricorne des maisons,
vrillettes (voir encadré) sont connus de
la plupart d'entre nous et sont les "bêtes
noires" de nombreux particuliers ou de
municipalités. Nous nous limitons ciaprès aux espèces nuisibles à nos arbres
et arbustes sur pied.
QUATRE ORDRES PRINCIPAUX
L es insectes xylophages ravageurs
primaires de nos arbres et arbustes sont
peu nombreux par rapport aux insectes
xylophages secondaires. Ils appartiennent principalement à 4 ordres : coléoptères, lépidoptères, hyménoptères et
isoptères.
*voir également dans ce numéro "Les termites à l’assaut des espaces
verts ? " pp. 21-25.
• Espèces les plus dangereuses
A. punctatum (petite vrillette), espèce cosmopolite que l'on
rencontre très souvent sur les meubles, retables, sculptures, cadres
de tableaux, dans les charpentes..., préfère les bois tendres (de
feuillus ou de résineux). Elle est considérée comme l'espèce la
plus dangereuse.
X. rufovillosum (grosse vrillette), espèce cosmopolite, de taille plus
grande que la précédente, affectionne les bois durs (chêne,
châtaignier, hêtre) et de préférence prédégradés par les champignons lignivores. Cette espèce se rencontre essentiellement sur les
vieux éléments en bois, surtout lorsque ces derniers sont exposés
aux intempéries. De par sa taille (c'est la plus grande des vrillettes
françaises), elle est particulièrement nuisible et peut provoquer des
dégâts considérables.
O. ptilinoides (vrillette brune) est essentiellement présent dans le
sud de la France et dans les pays du pourtour méditerranéen. Il
occasionne de nombreux dégâts sur le mobilier et les objets.
Nicobium castaneum (vrillette des bibliothèques) s'attaque essen-
Parmi les coléoptères, 4 familles (Scolytidae*, Curculionidae, Cerambycidae et
Buprestidae) regroupent la majorité des
espèces xylophages, mais beaucoup sont
des ravageurs de faiblesse. Les Scolytidae sont des coléoptères cylindriques,
de couleur brune. Selon les espèces, leur
taille varie de 2 à 9 mm. Ces insectes attaquent aussi bien les feuillus (scolytes des
arbres fruitiers, scolyte de bouleau, xylébore disparate...) que les conifères
(dendroctone, hylésines, Ips, scolytes du
thuya...). Les larves apodes creusent de
nombreuses galeries, souvent parallèles,
qui se différencient des galeries simples
produites par les adultes. Les Curculionidae (beaucoup sont mangeurs de
*les coléoptères Scolytidae sont maintenant rattachés aux Curculionidae en tant que sous-famille (Scolytinae). Nous conservons volontairement ici le terme de Scolytidae pour rester dans la tradition de nos
manuels d'entomologie appliquée.
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feuilles, de pousses ou de bourgeons),
insectes généralement trapus et caractérisés à l'avant par un rostre plus ou moins
long selon les espèces, regroupent peu
d'espèces strictement xylophages. Seuls
les Pissodes et, dans une moindre
mesure, les Magdalis sont nuisibles aux
conifères. Les Cerambycidae, insectes
élancés avec de longues antennes
qui atteignent ou dépassent souvent
la longueur du corps, comptent
242 espèces en France ; moins d'une
dizaine sont réellement nuisibles. Les
plus connus en tant que ravageurs
primaires sont la petite saperde et la
grande saperde du peuplier. En revanche,
beaucoup de Cerambycidae sont des
ravageurs de faiblesse (ils accélèrent les
processus de dégradation des arbres) de
nombreuses essences feuillues et de coni-
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tiellement aux livres et aux bois tendres (pin, sapin, peuplier,
bouleau, aulne). Il se rencontre fréquemment sur le mobilier et les
sculptures. C'est un hôte classique des boiseries présentes dans les
églises.
• Moyens de lutte
Il est tout d'abord indispensable, d'une part, d'effectuer un diagnostic précis de la présence avérée d'une infestation par ces insectes
et, d'autre part, de déterminer, si possible, l'espèce en cause.
S'il s'agit d'éléments de construction (charpentes...) qui sont attaqués, il sera nécessaire, dans la plupart des cas, de faire appel à
des sociétés spécialisées dans le traitement des bois. Plusieurs traitements existent (fumigation, traitement à la chaleur...), mais le traitement le plus courant reste l'utilisation de produits de préservation.
Ce traitement consiste à injecter, à l'intérieur du bois et en profondeur, un insecticide rémanent, ce qui permet généralement une
protection durable. De plus, un insecticide appliqué en surface
évite toute réinfestation (on emploie de plus en plus des gels insecticides, dont le pouvoir pénétrant au sein du bois est bien plus grand
que celui des produits liquides habituellement utilisés). Les traitements
par fumigation, avec des gaz toxiques (phosphure d'hydrogène,
fluorure de sulfuryle - le bromure de méthyle est maintenant totalement interdit -...), présentent l'inconvénient de n'avoir aucune rémanence : les bois traités peuvent être immédiatement réinfestés. De
plus, des agréments particuliers sont nécessaires pour l'utilisation de
ces gaz et peu d'entreprises les emploient.
Pour le traitement des objets et du mobilier, on peut utiliser les techniques de fumigation en adaptant le type de gaz à la composition
des matériaux des objets ou des meubles, afin d'éviter tout risque
d'altération. Ce type de traitement est particulièrement recommandé
dans les monuments historiques lorsque l'on ne peut pas démonter
les œuvres ou lorsque l'on a à faire à une infestation de très grande
ampleur. Les risques d'altération des matériaux lors de l'utilisation
de ces gaz dans le domaine patrimonial font l'objet de recherche
au Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine, à Marseille (13). Les collections patrimoniales peuvent être
traitées par les techniques de privation d'oxygène, qui ont l'avantage de ne pas être toxiques. Il s'agit de remplacer l'oxygène de
l'air par de l'azote (anoxie dynamique) ou d'employer des sachets
fères. Les Buprestidae, coléoptères
élancés, plus ou moins aplatis dorsoventralement et à coloration souvent métallique verdâtre, comptent une dizaine
d'espèces xylophages nuisibles (capnode
des arbres fruitiers, agrile du poirier,
bupreste vert, bupreste du thuya...).
L eurs lar ves, qui font des galeries
linéaires plus ou moins sinueuses, dans
l'écorce, l'aubier, le bois... et même les
racines, se reconnaissent facilement à
leur pronotum transverse bien différencié
du corps (larves marteaux).
Les lépidoptères comptent quelques
espèces xylophages, mais seuls les
Cossidae et les Sesiidae sont économiquement importants. Les Cossidae
regroupent le cossus gâte-bois et la
zeuzère. Leurs chenilles sont polyphages et se développent sur un grand
2. Trous d'envol sur un rabot en chêne vert attaqué par Oligomerus ptilinoides (photo
F. Fohrer).
absorbeurs d'oxygène (anoxie statique). Cela implique souvent de
nombreuses manipulations des œuvres. Les inconvénients majeurs
de ces dernières techniques sont la durée du traitement (environ
1 mois) et son coût souvent très important.
• Méthodes de prévention
Après la réalisation d'un traitement, il faudra éviter impérativement
l'entrée des insectes (donc une réinfestation) dans les locaux. Pour
cela, il conviendra de :
- vérifier l'étanchéité des bâtiments et placer des protections adaptées (moustiquaires aux fenêtres et balais anti-intrusion au bas des
portes) si nécessaire ;
- placer des systèmes de piégeage, tels que des pièges à lumière
ultraviolette à fond englué, à l'intérieur des locaux afin de détecter
la présence d'insectes et réduire leur population ;
- recourir à des pièges à phéromone, spécifiques pour une espèce
donnée (piège à phéromone pour l'A. punctatum par exemple) ;
mais actuellement peu de phéromones ont été mises sur le marché
pour le piégeage des insectes xylophages appartenant à cette
famille.
par Fabien Fohrer*
*Centre interrégional de conservation et restauration du patrimoine (C.I.C.R.P.).
nombre de feuillus fruitiers ou forestiers. Les Sesiidae (ou sésies - photo 1 -) sont
principalement nuisibles aux essences
fruitières (sésie du pommier...), aux
saules et peupliers (Synanthedon spp.,
Paranthrene tabaniformis...).
Les hyménoptères sont surtout connus
en tant que parasitoïdes (ichneumons,
Braconidae, chalcidiens...) et pollinisateurs, mais quelques espèces, appartenant essentiellement au groupe des
tenthrèdes ainsi qu'aux familles des
Xiphydriidae et des Siricidae, sont
strictement xylophages. L'espèce la plus
nuisible est le sirex géant ou guêpe du
bois (Urocerus gigas) : ses larves creusent des galeries profondes de 6 à
20 cm dans les résineux sur pied, mais
aussi dans les bois abattus et les charpentes.
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Les isoptères sont les termites, qui
sont bien connus en tant que dangereux
ravageurs des bois ouvrés (charpentes,
cercueils...). En Europe, ces insectes
peuvent également occasionner
quelques dégâts aux arbres ou arbustes
d'ornement et d'alignement (en ville
principalement), mais ces cas sont
plutôt rares.
Enfin, il faut avoir à l'esprit que les
insectes xylophages, qui sont représentés par plusieurs milliers d'espèces en
Europe, jouent un rôle essentiel pour
la résilience écologique* de l'écosystème forestier, la régénération naturelle
et le maintien de la biodiversité.
I
*capacité d'un écosystème, d'un habitat, d'une population ou d'une
espèce à retrouver un fonctionnement et un développement normaux
après avoir subi une perturbation importante (incendie...).

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