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RHINOCEROS
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PREXTIER ACTE
Avant le lever du rideau, on entend carillonner. Le
B6nnrqcnn.
Evidemment... je
pourrais l,affirmer.
- se sont assis.) ne
(Jean et Birenger
JraN.
voyez bien.
- VousQu'est-ce
BEnrNcBn.
que vous buvez?
- avez soif, vous,
Jrnu.
Vous
dds le matin?
BinrNcBn.
Il fait tellement chaud, tellement sec.
carillon cessera quelques secondes apris le lever du
25
porte de la boutique et la regarde passer.
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rideau. Lorsque le rideau se live, tme femme portant sous un bras un panier d provisions vide, et
sous l'autre un chat, traverse en silence la scine, de
droite d gauche. A son passage, l'ipici|re ouvre la
Ah, celle-lirl (A son mari qui est dans
L'EpIctinr.
- celle-li, elle est fidre. EIle ne veut plus
la boutique.) Ah,
acheter chez nous. (L'dpicidre disparait, plateau vide,
quelques secondes.)
Par la droite, apparatt Jean; en m€me temps par
la gauche, apparait Bdrenger. Jean est tris soigneusement v1tu : costume marron, cravate rouge, faux
col arnidonnd, chapeau nlarron.
de figure,
Il a
Il
est un peu rougeaud
des souliers jaunes, bien ciris;
b5
- on boit, plus on a soif, dit la science
Plus
Jr.q.N.
populaire...
BtnpNcnn.
Il ferait moins sec, oo aurait moins soif
si on pouvait -faire venir dans notre ciel des nuages scientifiques.
36 Jnl^N, examinant Birenger. Qa ne ferait pas votre
affaire. Ce n'est pas d'eau que- vous avez soif, mon cher
B6renger...
BEnrNcEn.
Jean?
40 JEln.
-
Que voulez-vous dire par lir, mon cher
Vous me comprenez
bien. Je parle
- votre gosier. C'est unetrds
l'aridit6 de
terre insatiable.
de
Bdrenger n'est pas rasd, il est tAtu nue, les cheveux
mal peignds, les v€tements chiffonnds ; tout exprime
chez lui la nigligence, il a l'air fatigud, somnolent;
de temps d autre, il bdille.
Votre comparaison, il me semble...
Jr;rN, I'interrompant.
Vous 6tes dans un triste6tat,
mon ami.
45 BfnuucBn.
Dans un triste 6tat, vous trouvez?
JeeN, venant de la droite.
Vous voil?r tout de m6me,
B6renger.
BtnrNcrn, venant de la gauche.
Bonjour, Jean.
(Il regarde
Jea.N.
Toujours en retard, 6videmment!
Nous avions rendez-vous ir onze
sa montre-bracelet.)
10
heures trente. Il est bient6t midi.
Excusez-moi. Vous m'attendez depuis
B6neNann.
longtemps?
Jea.N.
Non. J'arrive, vous voyez bien. (Ils vont
s'asseoir -d une des tables de la terrasse du cafd.)
16 Bf,noNcen.
Alors, je me sens moins coupable,
puisque... vous-meme...
JBIN.
Moi, c'est pas pareil, je n'aime pas attendre,
- encore perdu la nuit, vous bdlllez, vous Otes
vous avez
mort de sommeil...
B6nrNcBn.
J'ai un peu
- puez l'alcool!mal aux cheveux...
60 Jn,q,N. Vous
B6nrNcrn.
J'ai un petit peu la gueule de bois, c'est
5
- de temps d perdre.
je n'ai pas
Comme vous ne venez
jamais ir l'heure, je viens exprds en retard, au moment ot
20 je
suppose avoir la chance de vous trouver.
Bfnnucnn.
C'est juste... c'est juste, pourtant...
- ne pouvez affirmer que vous venez ir
JBIN.
Vous
l'heure convenue!
BERnNcen.
JpaN.
vrai
!
-
Je ne suis pas aveugle. Vous tombez de fatigue,
-
JB.a.N.
Tous les dimanches matin, c,est pareil, sans
compter -les jours de la semaine.
66 B6nnrqcrn. Ah non, en semaine c'est moins frdquent,
ir cause du bureau...
JBaN.
Et
cravate, or) est-elle? Vous l,avez
- vos votre
perdue dans
6bats!
BEnENcEn, mettant la main d son couTiens, c,est
80
vrai, c'est drdle, qu'est-ce que j'ai bien pu -en faire?
Jntis, sortant une cravate de la poche de son yeston.
Tenez, mettez celle-ci.
BfnrNcrn.
Oh, merci, vous €tes bien obligeant.
- d son cou.)
(Il noue la cravate